@book {394,
	title = {L{\textquoteright}amour du nom. Essai sur le lyrisme et la lyrique amoureuse},
	year = {1997},
	pages = {262},
	publisher = {Librairie Jos{\'e} Corti},
	organization = {Librairie Jos{\'e} Corti},
	edition = {En lisant en {\'e}crivant},
	address = {Paris},
	abstract = {<p>R{\'e}sum{\'e} descriptif:</p><div>Martine Broda tente, dans cet essai, de r{\'e}habiliter la po{\'e}sie lyrique en s\&rsquo;attachant {\`a} d{\'e}montrer qu\&rsquo;elle ne se r{\'e}duit pas {\`a} une expression exalt{\'e}e du moi, mais qu\&rsquo;elle rend compte, non d\&rsquo;un \&laquo;sujet plein, mais [d\&rsquo;]un sujet {\'e}vid{\'e} par l\&rsquo;exp{\'e}rience du manque\&raquo; (p. 90). Ainsi, le lyrisme soul{\`e}ve d\&rsquo;abord la question du d{\'e}sir, \&laquo;par lequel le sujet acc{\`e}de {\`a} son manque {\`a} {\^e}tre fondamental\&raquo; (p. 31). En cela, l\&rsquo;auteure d{\'e}gage, par sa lecture de certains troubadours et de po{\`e}tes comme P{\'e}trarque, Aragon, Tsv{\'e}ta{\"\i}eva, Rilke et Baudelaire, l\&rsquo;essentiel de l\&rsquo;aventure du d{\'e}sir et du langage tout en {\'e}tudiant la place de l\&rsquo;amour dans la po{\'e}sie.\&nbsp;</div><div>\&nbsp;</div><div>Rappelons que dans la tradition lyrique, les {\oe}uvres s\&rsquo;inspiraient g{\'e}n{\'e}ralement d\&rsquo;une figure f{\'e}minine inaccessible, mais aussi \&mdash;et surtout\&mdash; de son nom, le plus souvent invent{\'e} ou tir{\'e} de la mythologie : B{\'e}atrice pour Dante, D{\'e}lie pour Sc{\`e}ve, Aur{\'e}lia pour Nerval et H{\'e}l{\`e}ne pour Jouve. Remontant par la po{\'e}sie arabe et l\&rsquo;{\'e}l{\'e}gie romaine jusqu\&rsquo;aux origines du lyrisme, Broda articule sa r{\'e}flexion autour de cet \&laquo;amour du nom\&raquo;, cette adresse {\`a} l\&rsquo;Autre, {\`a} la Chose, {\`a} l\&rsquo;indicible. Dans cette conception toute lacanienne de la jouissance, \&laquo;[c]\&rsquo;est le nom qui soutient le d{\'e}sir pur. Sans cette inscription signifiante, autour de laquelle l\&rsquo;{\'e}criture amoureuse se d{\'e}ploie, il serait pur d{\'e}sir de rien\&raquo; (p. 38).\&nbsp;</div><div>\&nbsp;</div><div>Mais avec Rilke, le sujet d{\'e}laisse l\&rsquo;objet du d{\'e}sir, au sens restreint du terme, pour {\'e}lire plut{\^o}t le monde comme objet supr{\^e}me, suivant une id{\'e}alisation du nom qui atteint au sublime, {\`a} l\&rsquo;amour absolu. La po{\'e}sie lyrique prend alors une valeur unique o{\`u} \&laquo;[l]a c{\'e}l{\'e}bration lyrique semble cons{\'e}cutive {\`a} une {\'e}piphanie : en derni{\`e}re instance celle de la Chose, les retrouvailles avec elle signant une jouissance impossible, sinon sur le mode hallucinatoire, dans l\&rsquo;{\'e}criture comme dans la folie\&raquo; (p. 252). Chanter la beaut{\'e} du monde, sa pr{\'e}sence et sa finitude, passe ainsi par ce que Broda nomme le haut lyrisme, ouverture au Grand Tout, au sens religieux et m{\'e}taphysique.</div><div>\&nbsp;</div><div>R{\'e}sum{\'e} interpr{\'e}tatif:\&nbsp;</div><div>\&nbsp;</div><div><div>Soumise {\`a} une interdiction secr{\`e}te, la po{\'e}sie lyrique est pourtant, selon une expression de Pierre-Jean Jouve, vou{\'e}e \&laquo;comme l\&rsquo;amour\&raquo; {\`a} rena{\^\i}tre toujours. Or, si Martine Broda cherche {\`a} r{\'e}habiliter le lyrisme, forme de po{\'e}sie d\&rsquo;amour, c\&rsquo;est en ce que \&laquo;[l]oin de toute fadeur sentimentale, [il] demeure, dans sa plus haute exigence, une fa{\c c}on d\&rsquo;affronter la condition humaine, et l\&rsquo;{\'e}nigme m{\^e}me du d{\'e}sir\&raquo; (p. 259). En proposant ainsi une {\'e}tude approfondie de la tension qui existe entre le d{\'e}sir de l\&rsquo;{\'e}crivain et son objet, Broda convoque la conception lacanienne du d{\'e}sir et de sa sublimation qui \&laquo;{\'e}l{\`e}ve l\&rsquo;objet {\`a} la dignit{\'e} de la Chose\&raquo; (p. 217) : \&laquo;La Chose comme c{\oe}ur vide et noir du d{\'e}sir de la repr{\'e}sentation, comme sans-nom autour duquel se tisse toute op{\'e}ration symbolisante\&raquo; (p. 214). Aussi, c\&rsquo;est de cette {\'e}criture qu\&rsquo;il est question dans L\&rsquo;amour du nom.\&nbsp;</div><div>\&nbsp;</div><div>D{\`e}s le premier chapitre, Broda r{\'e}examine la place du lyrisme \&mdash;voire son discr{\'e}dit\&mdash; au sein de la th{\'e}orie des genres. Selon elle, en opposant sans trop de nuances le monologisme du po{\`e}me au dialogisme de la prose, Bakhtine porterait peut-{\^e}tre la responsabilit{\'e} de ce rejet. Mais il faudrait remonter jusqu\&rsquo;au romantisme allemand pour retracer l\&rsquo;origine d\&rsquo;une r{\'e}duction du lyrisme {\`a} une exaltation du moi, ainsi que l\&rsquo;a d{\'e}montr{\'e} G{\'e}rard Genette dans Introduction {\`a} l\&rsquo;architexte (Paris, Seuil, 1979). Et pourtant H{\"o}lderlin, Nietzsche, Rilke et plus tard Benjamin situent clairement, chacun {\`a} leur mani{\`e}re, le lyrisme dans le dessaisissement qui conduit {\`a} l\&rsquo;{\oe}uvre. Le moi qui entre ici en jeu tend au renoncement et, {\`a} ce titre, le po{\`e}te lyrique se rapprocherait des mystiques par le d{\'e}placement qu\&rsquo;il effectue entre l\&rsquo;indicible du d{\'e}sir, du manque, et l\&rsquo;{\'e}criture qui lui permet de se le r{\'e}approprier : \&laquo;En s\&rsquo;affrontant {\`a} la Chose d\&rsquo;o{\`u} proc{\`e}de le d{\'e}sir comme irrepr{\'e}sentable, la lyrique amoureuse s\&rsquo;accorde {\`a} la vocation la plus profonde du genre lyrique, qui est de s\&rsquo;articuler {\`a} la question du sublime\&raquo; (p. 103). Dans le discours, un double glissement s\&rsquo;est donc op{\'e}r{\'e}, du d{\'e}sir du po{\`e}te {\`a} la sublimation du renoncement, de l\&rsquo;objet de son d{\'e}sir {\`a} l\&rsquo;objet de son chant.\&nbsp;</div><div>\&nbsp;</div><div>\&laquo;Il reste {\`a} mettre en {\'e}vidence l\&rsquo;impossible qui hante cet amour dont parlent les po{\`e}mes, par o{\`u} le sujet acc{\`e}de {\`a} la d{\'e}possession.\&raquo; (p. 29) Car le lyrisme est invocation, r{\'e}ponse au manque par l\&rsquo;{\'e}criture. Le nom donn{\'e} {\`a} la Dame, issu d\&rsquo;une profonde nostalgie, des troubadours {\`a} Baudelaire, mettrait donc en {\'e}vidence ce manque, cet impossible et, mis {\`a} la place de l\&rsquo;objet du d{\'e}sir, g{\'e}n{\'e}rerait l\&rsquo;{\oe}uvre. La D{\'e}lie de Sc{\`e}ve, l\&rsquo;Aur{\'e}lia de Nerval, la \&laquo;Jolie morte\&raquo; de Jouve, l\&rsquo;Elsa d\&rsquo;Aragon et la B{\'e}atrice de Dante : autant de femmes {\`a} la fois d{\'e}personnalis{\'e}es et id{\'e}alis{\'e}es par l\&rsquo;{\'e}criture. Comme dans les th{\'e}ologies n{\'e}gatives, \&laquo;ce qui est vis{\'e}, c\&rsquo;est [...] le trou du Symbolique\&raquo; (p. 101-102).\&nbsp;</div><div>\&nbsp;</div><div>Avec sa conception de \&laquo;l\&rsquo;amour intransitif\&raquo;, seul capable d\&rsquo;effectuer le d{\'e}passement et la travers{\'e}e de l\&rsquo;objet, c\&rsquo;est en fin de compte Rainer Maria Rilke qui formulerait le mieux cette po{\'e}tique. Par l\&rsquo;\&laquo;amour d\&rsquo;un sujet aux limites elles-m{\^e}mes abolies qui, laissant derri{\`e}re lui l\&rsquo;objet limit{\'e}, {\'e}lit finalement pour son objet le monde\&raquo; (p. 213), le po{\`e}me devient, chez Rilke, c{\'e}l{\'e}bration, {\'e}piphanie et transfiguration. Langue d\&rsquo;amour, le lyrisme se d{\'e}ploie en effet dans la po{\'e}sie amoureuse et se lie par une infinie r{\'e}versibilit{\'e} {\`a} l\&rsquo;amour de la langue, gr{\^a}ce auquel se con{\c c}oit \&laquo;la transformation int{\'e}grale du monde en splendeur\&raquo; (Rilke).</div></div><p>Source : Interligne - UQ{\`A}M (http://www.interligne.uqam.ca/pages/liste_biblio.asp)</p>},
	author = {Martine Broda}
}
