@book {398,
	title = {G{\'e}nie du non-lieu. Air, poussi{\`e}re, empreinte, hantise},
	year = {2002},
	pages = {156},
	publisher = {Minuit},
	organization = {Minuit},
	edition = {Fables du lieu},
	address = {Paris},
	abstract = {<p>R{\'e}sum{\'e} descriptif:</p><div>{\`A} partir d\&rsquo;{\oe}uvres de l\&rsquo;artiste italien Claudio Parmiggiani, Georges Didi-Huberman d{\'e}veloppe une po{\'e}tique de l\&rsquo;absence postulant que la cr{\'e}ation artistique se fait {\`a} rebours de la vie. Contrairement {\`a} la vie, dira l\&rsquo;auteur, l\&rsquo;art trouve son lieu de naissance dans la mort. Suivant cette conception, la d{\'e}marche de Parmiggiani repr{\'e}sente la recherche d\&rsquo;un souffle originel oubli{\'e}, et chaque {\oe}uvre, de multiples tentatives de le saisir ; le souffle contenu dans l\&rsquo;inconscient du lieu surgit d\&rsquo;une forme vide d{\'e}coup{\'e}e dans la poussi{\`e}re, et c\&rsquo;est de ce vide que surgit l\&rsquo;{\oe}uvre v{\'e}ritable, dont la mati{\`e}re n\&rsquo;est que le t{\'e}moin.</div><div>\&nbsp;</div><div>Le processus cr{\'e}ateur de tout artiste, {\`a} l\&rsquo;image des feux de pneus qu\&rsquo;allume Parmiggiani sur les lieux m{\^e}mes de ses Delocazione, tient du souffle, et se d{\'e}ploie dans la forme comme une m{\'e}moire {\`a} travers la r{\'e}sistance d\&rsquo;un mat{\'e}riau. La cendre noircissant les murs devient l\&rsquo;ombre, le n{\'e}ant duquel {\'e}mergent des figures d\&rsquo;absence. Chacune des Delocazione {\'e}voque, chez Didi-Huberman, une po{\'e}tique de la mati{\`e}re en mouvement, de la m{\'e}moire, mais avant tout du deuil : lieu de fant{\^o}mes o{\`u} les morts signalent leur pr{\'e}sence par le manque, livrant ainsi le vide {\`a} la hantise. D\&rsquo;o{\`u} l\&rsquo;id{\'e}e de g{\'e}nie du non-lieu, qui figurerait le pouvoir r{\'e}ciproque de la hantise sur le lieu et du lieu sur la hantise. L\&rsquo;{\oe}uvre est ensevelie dans la m{\'e}moire ; ne demeure qu\&rsquo;une trace, sculpt{\'e}e dans la suie, humilit{\'e} derni{\`e}re de l\&rsquo;{\oe}uvre, d{\'e}coup{\'e}e dans le corps de la poussi{\`e}re comme la simple silhouette de ce qui fuit.</div><div>\&nbsp;</div><p>R{\'e}sum{\'e} interpr{\'e}tatif:</p><div>George Didi-Huberman propose dans G{\'e}nie du non-lieu une lecture d\&rsquo;{\oe}uvres de Claudio Parmiggiani, au centre de laquelle se trouve une s{\'e}rie d\&rsquo;installations intitul{\'e}e Delocazione. La d{\'e}marche de l\&rsquo;artiste consiste {\`a} br{\^u}ler des pneus {\`a} l\&rsquo;int{\'e}rieur d\&rsquo;espaces clos afin de produire une fum{\'e}e lourde de poussi{\`e}re. Une fois les objets retir{\'e}s de la pi{\`e}ce, leurs empreintes deviennent des figures de temps et d\&rsquo;absence.\&nbsp;</div><div>\&nbsp;</div><div>Le travail de l\&rsquo;artiste, d\&rsquo;apr{\`e}s Didi-Huberman, se d{\'e}marque de la critique des tautologies anti-picturales de son {\'e}poque. Son {\oe}uvre {\'e}voque plut{\^o}t l\&rsquo;id{\'e}e d\&rsquo;une progression circulaire, qui provient de diverses {\'e}poques de l\&rsquo;histoire de l\&rsquo;art. L\&rsquo;essayiste voit ainsi dans les Delocazione \&laquo;\&ldquo;le climat d\&rsquo;une ville morte\&rdquo; et incendi{\'e}e, quand il ne reste plus \&mdash;comme {\`a} Hiroshima\&mdash; que les \&ldquo;ombres des choses\&rdquo;\&raquo; (p. 22). {\`A} travers les formes laiss{\'e}es par ce \&laquo;processus physique provoqu{\'e}\&raquo; appara{\^\i}t l\&rsquo;horreur de la disparition. Il s\&rsquo;agit tr{\`e}s pr{\'e}cis{\'e}ment de natures mortes, ajoutera l\&rsquo;auteur, car elles sont habit{\'e}es par l\&rsquo;apr{\`e}s-vivre.</div><div>\&nbsp;</div><div>Les traces laiss{\'e}es par le souffle des Delocazione laissent n{\'e}anmoins entrevoir la vie du lieu avant sa destruction ; elles {\'e}voquent donc des pi{\`e}ces peupl{\'e}es de fant{\^o}mes, de hantises. Au-del{\`a} de l\&rsquo;id{\'e}e m{\'e}taphysique d\&rsquo;une pure \&laquo;forme de l\&rsquo;absence\&raquo;, pure \&laquo;{\oe}uvre de spiritualit{\'e}\&raquo; (p. 49), l\&rsquo;auteur souligne tout particuli{\`e}rement la puissance invocatoire des Delocazione : \&laquo;Ici, les choses de la nature n\&rsquo;en finissent pas de mourir [\&hellip;] : d{\'e}j{\`a} en poussi{\`e}re et, pourtant, jamais tout {\`a} fait r{\'e}voqu{\'e}es de notre regard\&raquo; (p. 74).</div><div>\&nbsp;</div><div>L\&rsquo;expression consacr{\'e}e g{\'e}nie du lieu, soulignait Michel Butor dans l\&rsquo;essai du m{\^e}me nom, {\'e}voque \&laquo;le singulier pouvoir qu\&rsquo;exerce une ville ou un site sur l\&rsquo;esprit de ses habitants ou de ses visiteurs1\&raquo;. Mais si, en vertu de ce pouvoir, le lieu s\&rsquo;impose au visiteur comme p{\'e}rennit{\'e}, devant les Delocazione le spectateur est appel{\'e} {\`a} r{\'e}aliser au contraire sa propre {\'e}ph{\'e}m{\'e}rit{\'e}, sa propre disparition {\`a} venir. La progression de l\&rsquo;ombre invite en fait le spectateur {\`a} renoncer {\`a} lui-m{\^e}me, {\`a} se projeter comme souvenir destin{\'e} {\`a} {\^e}tre {\`a} son tour oubli{\'e}, enseveli par la poussi{\`e}re.</div><div>\&nbsp;</div><div>Didi-Huberman con{\c c}oit les {\oe}uvres de l\&rsquo;artiste comme un th{\'e}{\^a}tre du silence o{\`u} jouent la lumi{\`e}re et l\&rsquo;ombre, empruntant {\`a} la pens{\'e}e animiste sa conception de l\&rsquo;ombre comme {\^a}me des choses. L\&rsquo;auteur voit {\'e}galement dans l\&rsquo;ombre un r{\^o}le matriciel : une mati{\`e}re {\`a} image (l{\`a} o{\`u} l\&rsquo;image se forme, se d{\'e}ploie) et une mati{\`e}re {\`a} d{\'e}visag{\'e}ification (l{\`a} o{\`u} l\&rsquo;image d{\'e}ploie les conditions de son inaccessibilit{\'e}, rendant impossible l\&rsquo;identification de la figure). La poussi{\`e}re chez Parmiggiani, comme pigment de l\&rsquo;ombre, mat{\'e}riau de l\&rsquo;absence ou mati{\`e}re du n{\'e}ant, devient le corps dans lequel on peut lire ce qui a v{\'e}cu et est mort aujourd\&rsquo;hui : des fant{\^o}mes. Tiss{\'e}e d\&rsquo;ic{\^o}nes d\&rsquo;absence, l\&rsquo;{\oe}uvre est le silence de ce qui a {\'e}t{\'e}, le t{\'e}moin de sa n{\'e}gation, sa pierre tombale.\&nbsp;</div><div>\&nbsp;</div><div>Delocazione est une immense grisaille qui met en sc{\`e}ne la nature \&ndash; les choses r{\'e}elles utilis{\'e}es pour la fabrication d\&rsquo;une {\oe}uvre \&ndash; et sa mort \&ndash; la pulv{\'e}risation des choses (l\&rsquo;auteur reprend les propos de Bachelard pour qui le gris est la couleur mat{\'e}rielle de toutes choses r{\'e}duites par la pulv{\'e}risation physique).\&nbsp;</div><div>\&nbsp;</div><div>L\&rsquo;artiste travaille l\&rsquo;air comme \&laquo;porte-empreinte\&raquo; de la m{\'e}moire ; il taille l\&rsquo;absence des choses {\`a} m{\^e}me le mat{\'e}riau de leurs cendres volatiles.</div><div>\&nbsp;</div><div>1Michel Butor. Le g{\'e}nie du lieu. coll. \&laquo; Les Cahiers Rouges \&raquo;, Paris : Bernard Grasset, 1994 (1958), 210 pages.</div><div>\&nbsp;</div><div>Source : Interligne - UQ{\`A}M (http://www.interligne.uqam.ca/pages/liste_biblio.asp)</div>},
	author = {Georges Didi-Huberman}
}
