@book {401,
	title = {{\'E}crire},
	year = {1993},
	pages = {146},
	publisher = {Gallimard},
	organization = {Gallimard},
	address = {Paris},
	abstract = {<p>R{\'e}sum{\'e} descriptif:</p><div>D{\'e}di{\'e} {\`a} la m{\'e}moire de W. J. Cliffe, un \&laquo;jeune aviateur anglais tu{\'e} le dernier jour de la guerre\&raquo; (p. 70), {\'E}crire se veut non seulement une r{\'e}ponse {\`a} l\&rsquo;absurdit{\'e} de cette mort, qui est en fait le pr{\'e}texte et la raison d\&rsquo;{\^e}tre de ce livre, mais se donne {\'e}galement {\`a} lire comme une longue r{\'e}flexion sur le sens de l\&rsquo;{\'e}criture dans ses rapports {\`a} la solitude et au corps, toujours proche de la folie. Aussi, les cinq textes qui composent le livre de Marguerite Duras, issus de dialogues, d\&rsquo;entrevues et de sc{\'e}narios de films, s\&rsquo;attardent {\`a} d{\'e}velopper une po{\'e}tique qui repose sur la \&laquo;sauvagerie\&raquo; (p. 28) de l\&rsquo;{\'e}criture et de sa travers{\'e}e du corps et du souffle. Cette sauvagerie, \&laquo;on la reconna{\^\i}t toujours, c\&rsquo;est celle des for{\^e}ts, celle ancienne comme le temps. Celle de la peur de tout, distincte et ins{\'e}parable de la vie\&raquo; (p. 28-29 ; ce mouvement de l\&rsquo;{\'e}criture qui rejoint les peurs inscrites au plus profond de l\&rsquo;{\^e}tre, \&laquo;la solitude initiale de l\&rsquo;auteur\&raquo; (p. 31).</div><div>\&nbsp;</div><div>D{\`e}s le premier texte, intitul{\'e} \&laquo;{\'E}crire\&raquo;, Marguerite Duras tente de d{\'e}finir, cette solitude de l\&rsquo;{\'e}criture \&laquo;sans quoi l\&rsquo;{\'e}crit ne se produit pas, ou il s\&rsquo;{\'e}miette exsangue de chercher quoi {\'e}crire encore\&raquo; (p. 17). En ce sens, les lieux de l\&rsquo;{\'e}criture \&mdash;pour elle la maison de Neauphle-le-Ch{\^a}teau\&mdash; r{\'e}v{\`e}lent l\&rsquo;{\'e}crivain {\`a} lui-m{\^e}me, le ram{\`e}nent {\`a} sa solitude, {\`a} son d{\'e}sespoir et {\`a} la peur de l\&rsquo;obscurit{\'e}, mais aussi {\`a} la libert{\'e} et {\`a} la v{\'e}rit{\'e} de l\&rsquo;{\'e}criture.\&nbsp;</div><div>\&nbsp;</div><div>Dans le second texte, \&laquo;La mort du jeune aviateur anglais\&raquo;, la mort est \&laquo;l\&rsquo;{\'e}croulement silencieux du monde\&raquo; (p. 100). Et face {\`a} la mort inutile de ce jeune aviateur, la n{\'e}cessit{\'e} de l\&rsquo;{\'e}criture s\&rsquo;impose : celle qui sauve de l\&rsquo;oubli, celle qui donne {\`a} l\&rsquo;histoire une m{\'e}moire de l\&rsquo;{\'e}v{\'e}nement, parce que \&laquo;[l]a mort de n\&rsquo;importe qui c\&rsquo;est la mort enti{\`e}re. N\&rsquo;importe qui c\&rsquo;est tout le monde\&raquo; (p. 78).</div><div>\&nbsp;</div><div>R{\'e}sum{\'e} interpr{\'e}tatif:</div><div>\&nbsp;</div><div><div>Dans une {\'e}criture proche du corps et du souffle, parfois m{\^e}me du silence, Marguerite Duras observe, dans {\'E}crire, l\&rsquo;existence m{\^e}me de l\&rsquo;{\^e}tre et du monde dans l\&rsquo;{\'e}criture, la vie, la mort, la solitude. Aussi, face {\`a} l\&rsquo;exigence et {\`a} la n{\'e}cessit{\'e} de l\&rsquo;{\'e}crit, il faut cr{\'e}er \&laquo;une s{\'e}paration d\&rsquo;avec les autres gens autour de la personne qui {\'e}crit les livres. C\&rsquo;est une solitude. C\&rsquo;est la solitude de l\&rsquo;auteur, celle de l\&rsquo;{\'e}crit\&raquo; (p. 17). En ce sens, le cr{\'e}puscule et la maison de Neauphle-le-Ch{\^a}teau sont un moment particulier de la journ{\'e}e et un lieu privil{\'e}gi{\'e} pour Duras, dans la mesure o{\`u} ils livrent \&mdash;abandonnent en quelque sorte\&mdash; l\&rsquo;auteure {\`a} une {\'e}criture \&laquo;sauvage\&raquo; (p. 38) o{\`u} la solitude c{\^o}toie la folie et la mort. Mieux, l\&rsquo;obscurit{\'e} et la solitude de la maison portent en elles-m{\^e}mes toutes les angoisses, tous les silences et toutes les peurs de l\&rsquo;auteure, c\&rsquo;est comme \&laquo;se trouver dans un trou, au fond d\&rsquo;un trou, dans une solitude quasi totale et d{\'e}couvrir que seule l\&rsquo;{\'e}criture vous sauvera\&raquo; (p. 24), que seule l\&rsquo;{\'e}criture peut encore parler pour vous.\&nbsp;</div><div>\&nbsp;</div><div>Plus encore, l\&rsquo;{\'e}criture \&laquo;c\&rsquo;est l\&rsquo;inconnu que l\&rsquo;on porte en soi\&raquo; (p. 64), c\&rsquo;est {\c c}a ou rien : \&laquo;{\c c}a arrive comme le vent, c\&rsquo;est nu, c\&rsquo;est de l\&rsquo;encre, c\&rsquo;est l\&rsquo;{\'e}crit, et {\c c}a passe comme rien d\&rsquo;autre ne passe dans la vie\&raquo; (p. 65), c\&rsquo;est toujours plus que ce que l\&rsquo;on croit. C\&rsquo;est l\&rsquo;inconnu, comme lorsqu\&rsquo;il s\&rsquo;agit de d{\'e}crire la mort du jeune aviateur anglais, parce que la mort d\&rsquo;un enfant de vingt ans c\&rsquo;est la mort tout enti{\`e}re, parce que \&laquo;c\&rsquo;{\'e}tait tout le monde et c\&rsquo;{\'e}tait aussi lui seul. C\&rsquo;{\'e}tait tout le monde et lui\&raquo; (p. 76). Elle condense ainsi les morts individuelles et anonymes, (son enfant mort {\`a} six mois, son fr{\`e}re Paulo et cet orphelin de vingt ans) en la Mort elle-m{\^e}me, en la mort de chacun des enfants de chacune des guerres pass{\'e}es ou {\`a} venir. Face {\`a} l\&rsquo;absurdit{\'e} de la mort d\&rsquo;un enfant, la parole et l\&rsquo;{\'e}criture deviennent impossibles.</div><div>\&nbsp;</div><div>Comme dans un film, Marguerite Duras imagine alors le r{\'e}cit de la mort du jeune aviateur anglais, fait \&laquo;d\&rsquo;insistances, de retours en arri{\`e}re, de red{\'e}parts\&raquo; (p. 99). Un film que l\&rsquo;on serait contraint d\&rsquo;abandonner aussit{\^o}t qu\&rsquo;on entre dans l\&rsquo;{\'e}criture, livr{\'e} {\`a} soi-m{\^e}me, {\`a} la sauvagerie et {\`a} l\&rsquo;inconnu de l\&rsquo;{\'e}criture. Or, c\&rsquo;est pr{\'e}cis{\'e}ment cet \&laquo;abandon\&raquo; (p. 99) que l\&rsquo;on devrait filmer, selon Duras, comme s\&rsquo;il s\&rsquo;agissait d\&rsquo;une \&laquo;{\'e}criture du non-{\'e}crit\&raquo; (p. 86) o{\`u} les mots sont sans attaches, quitt{\'e}s avant m{\^e}me d\&rsquo;{\^e}tre {\'e}crits. Car \&laquo;un jour, il n\&rsquo;y aura rien {\`a} {\'e}crire, rien {\`a} lire, il n\&rsquo;y aura plus que l\&rsquo;intraduisible de la vie de ce mort si jeune, jeune {\`a} hurler\&raquo; (p. 100), l\&rsquo;intraduisible de la vie, qui traverse le corps et de la solitude.</div><div>\&nbsp;</div><div>Chez Duras, solitude et mort sont li{\'e}es l\&rsquo;une {\`a} l\&rsquo;autre, inextricablement, en une sorte de proximit{\'e} qui rel{\`e}ve de la folie, mais {\'e}galement du suicide de l\&rsquo;auteur, toujours {\`a} recommencer. Pour elle, \&laquo;[i]l y a le suicide dans la solitude d\&rsquo;un {\'e}crivain. On est seul jusque dans sa propre solitude. Toujours inconcevable. Toujours dangereux\&raquo; (p. 38). {\`A} partir de l{\`a}, l\&rsquo;{\'e}criture est per{\c c}ue comme un glissement, comme une forme d\&rsquo;abandon. Mais la solitude de l\&rsquo;auteur et la solitude de l\&rsquo;{\'e}crit, comme celle de Duras, c\&rsquo;est aussi \&laquo;celle du monde entier\&raquo; (p. 38), celle qui a tout envahi, partout pr{\'e}sente. Cette solitude, \&laquo;c\&rsquo;est ce sans quoi on ne fait rien. Ce sans quoi on ne regarde plus rien\&raquo; (p. 38-39). Pour Marguerite Duras, la solitude n\&rsquo;est pas seulement une posture d\&rsquo;{\'e}criture ou un {\'e}tat int{\'e}rieur, mais davantage une mani{\`e}re de voir le monde et d\&rsquo;appr{\'e}hender l\&rsquo;{\'e}criture.</div></div><p>Source : Interligne - UQ{\`A}M (http://www.interligne.uqam.ca/pages/liste_biblio.asp)</p>},
	author = {Marguerite Duras}
}
