@book {408,
	title = {Essai sur la fatigue},
	number = {19},
	year = {1991},
	pages = {80},
	publisher = {Gallimard},
	organization = {Gallimard},
	edition = {Arcades},
	address = {Paris},
	abstract = {<p>R{\'e}sum{\'e} descriptif:</p><div>Par un questionnement qui d{\'e}samorce, non sans une certaine pointe d\&rsquo;ironie ses propres r{\'e}flexions, Peter Handke entreprend, avec son Essai sur la fatigue, de \&laquo;raconter les diff{\'e}rentes visions du monde des diff{\'e}rentes fatigues\&raquo; (p. 18). Qu\&rsquo;il s\&rsquo;agisse de la fatigue redoutable ou de la \&laquo;seulfatigue\&raquo; (p.15), de la fatigue du couple ou de la fatigue commune d\&rsquo;un groupe de personnes, la \&laquo;fatigue\&raquo;, au sens o{\`u} l\&rsquo;entend Handke, modifie la perception habituelle que l\&rsquo;on a de la r{\'e}alit{\'e}. Ainsi, la fatigue a \&laquo;ce pouvoir de faire voir\&raquo; (p. 66), elle est ce prisme par lequel passe le regard de l\&rsquo;{\'e}crivain dans une entreprise de mise en forme du monde. En ce sens, si la fatigue peut parfois autant {\'e}loigner l\&rsquo;{\^e}tre que le rapprocher des autres et du monde, elle permet {\'e}galement d\&rsquo;acc{\'e}der {\`a} cet au-del{\`a} du regard o{\`u} le monde semble s\&rsquo;organiser et se raconter de lui-m{\^e}me. La \&laquo;fatigue au regard clair\&raquo; (p. 57) donne alors sa forme au r{\'e}cit, transforme l\&rsquo;image en sensation.\&nbsp;</div><div>\&nbsp;</div><div>Pour Peter Handke, des liens peuvent {\^e}tre tiss{\'e}s entre la fatigue et l\&rsquo;{\'e}criture parce que la fatigue permet le doute et brise la r{\'e}sistance. Elle conduit {\`a} des {\'e}tats po{\'e}tiques de porosit{\'e} et de disponibilit{\'e} et, puisque \&laquo;de telles fatigues veulent {\^e}tre partag{\'e}es\&raquo; (p. 67), de nouveaux types de communication peuvent alors s\&rsquo;{\'e}tablir. Pour l\&rsquo;auteur, \&laquo;[l]\&rsquo;inspiration de la fatigue dit moins ce qu\&rsquo;il faut faire que ce qu\&rsquo;on peut laisser de c{\^o}t{\'e}\&raquo; (p. 73).</div><div>\&nbsp;</div><div>Avec cet essai, Handke propose donc de r{\'e}tablir la fatigue comme une valeur, {\`a} la fois d\&rsquo;enseignement et d\&rsquo;accomplissement. Car la fatigue n\&rsquo;est plus per{\c c}ue ici comme une faute, mais comme un filtre qui permet de voir le monde.</div><div>\&nbsp;</div><div>R{\'e}sum{\'e} interpr{\'e}tatif:</div><div>\&nbsp;</div><div><div>Dans Apr{\`e}s-midi d\&rsquo;un {\'e}crivain (1988), un personnage d\&rsquo;auteur, en retrait du monde et habit{\'e} par la fatigue, mettait en relief la solitude et le doute inh{\'e}rents {\`a} l\&rsquo;acte d\&rsquo;{\'e}crire. Dans le prolongement de cette r{\'e}flexion, l\&rsquo;Essai sur la fatigue (1991) de Peter Handke d{\'e}place le regard en inscrivant la fatigue dans un rapport de n{\'e}cessit{\'e} o{\`u} elle permet l\&rsquo;{\'e}criture. {\'E}tat int{\'e}rieur, la fatigue appara{\^\i}t ici comme une forme de pr{\'e}sence au monde et le foyer de la sensation. \&laquo;Gr{\^a}ce {\`a} [la] fatigue, le monde {\'e}tait grand et d{\'e}barrass{\'e} de ses noms\&raquo; (p. 56), {\'e}crit Handke. Vue ainsi, comme un mode de compr{\'e}hension qui intensifie le regard et aiguise la perception, la fatigue transforme les images en sensations, agit et intervient sur le monde.\&nbsp;</div><div>\&nbsp;</div><div>Pr{\'e}sentant les diff{\'e}rentes sortes de fatigue, Handke rend compte de quatre types de rapport du \&laquo;moi-langage\&raquo; (p. 56) au monde, quatre phases de la fatigue mais aussi de l\&rsquo;{\'e}criture. Dans la premi{\`e}re, l\&rsquo;{\^e}tre est coup{\'e} du monde \&laquo;avec la force d\&rsquo;une souffrance\&raquo; (p. 11) et enferm{\'e} dans le silence. Puis le moi-langage est assailli par les voix et les bruits du monde, mais reste \&laquo;toujours aussi muet, tout au plus capable de crier\&raquo; (p. 56). Avec la troisi{\`e}me phase, une {\'e}criture commence {\`a} {\^e}tre possible, tout en restant une {\'e}criture priv{\'e}e, adress{\'e}e {\`a} quelqu\&rsquo;un de pr{\'e}cis : \&laquo;Involontairement, {\c c}a se met {\`a} raconter, phrase apr{\`e}s phrase\&raquo; (p. 56). Finalement, dans la \&laquo;fatigue au regard clair, c\&rsquo;est le monde qui se raconte lui-m{\^e}me, en silence, absolument sans paroles\&raquo; (p. 57), {\`a} l\&rsquo;{\'e}crivain.\&nbsp;</div><div>\&nbsp;</div><div>Autant la fatigue {\'e}l{\`e}ve, dans les deux premiers types de rapports au monde, des murs infranchissables entre les {\^e}tres, autant, par la suite, elle brise les liens qui entravent la communication, an{\'e}antit les r{\'e}sistances et les r{\'e}ticences. Ce changement de perspective n\&rsquo;advient pour Handke que dans un rapport tr{\`e}s personnel {\`a} soi et hors de toute planification, de toute volont{\'e}. Presque une gr{\^a}ce, semblerait-il, en ce que la fatigue \&laquo;ouvre, fait passer [et] m{\'e}nage un passage pour l\&rsquo;{\'e}pop{\'e}e de tous les {\^e}tres\&raquo; (p. 61-62), permettant non seulement un rassemblement, un \&laquo;remembrement\&raquo; (p. 54), mais aussi la proximit{\'e}, l\&rsquo;ouverture. \&laquo;Et le relatif dans le regard fatigu{\'e} devient absolu et la partie le tout\&raquo; (p. 68). La fatigue n\&rsquo;est donc pas seulement une r{\'e}ponse aux besoins de se (re)conna{\^\i}tre, elle est ce qui lui donne forme : une vision du monde.\&nbsp;</div><div>\&nbsp;</div><div>Port{\'e} par la fatigue, l\&rsquo;essai de Handke cherche {\`a} donner {\`a} voir, {\`a} en faire sentir \&laquo;une pure image\&raquo; (p. 31), une image qui soit exempte d\&rsquo;argumentation et qui devienne sensation. Ce faisant, il remet en question la forme m{\^e}me de l\&rsquo;essai puisqu\&rsquo;il pr{\'e}sente non pas une vision mais des images dont le r{\'e}cit constitue la seule th{\'e}orisation. \&laquo;Qu\&rsquo;il me suffise d\&rsquo;aller {\`a} la suite des images de mon probl{\`e}me [...]. Si je pouvais me souhaiter quelque chose de plus pour la continuation de cet essai sur la fatigue, ce serait plut{\^o}t une sensation\&raquo; (p. 26-27).\&nbsp;</div><div>\&nbsp;</div><div>Pour Handke, la fatigue construit un peuple, une communaut{\'e}, et c\&rsquo;est ce caract{\`e}re unifiant qui cl{\^o}t son essai, derni{\`e}re image autant de la fatigue que de l\&rsquo;humanit{\'e} : \&laquo;r{\'e}concili{\'e}e en ses ultimes instants dans une fatigue cosmique\&raquo; (p. 77). Cette vision nostalgique et id{\'e}aliste de la</div><div>fatigue qui unit et purifie laisse finalement transpara{\^\i}tre une d{\'e}sillusion face {\`a} la soci{\'e}t{\'e} actuelle et {\`a} son refus de la fatigue et du doute, comme si ce refus {\'e}tait en m{\^e}me temps celui d\&rsquo;une proximit{\'e}, d\&rsquo;une participation {\`a} l\&rsquo;{\'e}pop{\'e}e silencieuse.</div></div><p>Source : Interligne - UQ{\`A}M (http://www.interligne.uqam.ca/pages/liste_biblio.asp)</p>},
	issn = {9782070722518},
	author = {Peter Handke}
}
