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 <title>Observatoire de l&#039;imaginaire contemporain - naturalisme</title>
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 <title>De l’«épistémè» hygiéniste à l’esthétique naturaliste. Migration de la notion d’hygiène au XIXe siècle</title>
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          &lt;div class=&quot;field-item clearfix even&quot;&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;72194&quot; view_mode=&quot;embed_large&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;p&gt;Dans son article «La littérature putride» paru le 23 janvier 1868 dans &lt;em&gt;Le Figaro&lt;/em&gt;, Ferragus (Louis Ulbach) soumet à ses lecteurs un réquisitoire contre les romanciers réalistes. Il y indique notamment que les œuvres de ces auteurs, qui exposent selon lui les dessous fangeux de la société, contribuent «à la putridité […] de la littérature contemporaine» (cité dans Zola, 1979 [1867]: 323). Ces reproches, adressés tout particulièrement à Émile Zola à la suite de la parution de &lt;em&gt;Thérèse Raquin&lt;/em&gt; (1867), relèguent d’emblée l’œuvre du romancier du côté du monstrueux, du maladif, du sale et du vicieux, et visent à une condamnation immédiate du roman par le lectorat bourgeois. Rappelons que le mot «putride», qui renvoie à la pourriture et à la putréfaction, évoque également des idées de puanteur («putride» vient de «puer»; ainsi &lt;em&gt;Thérèse Raquin&lt;/em&gt; «pue») et d’immoralité («puer» vient de «puter», dont on tire également le mot «pute»; &lt;em&gt;Thérèse Raquin&lt;/em&gt; parle de «putain») qui ont tout leur poids dans la pensée du second XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;&amp;nbsp;siècle, du fait de leur rapport étroit avec la notion d’hygiène. C’est ce phénomène de contamination du discours esthétique par le discours hygiéniste dans la seconde moitié du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle, illustré dans le réquisitoire de Ferragus, qui retiendra ici notre attention. Si Jean-Louis Cabanès a déjà montré que «la deuxième moitié du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;&amp;nbsp;siècle ne cesse d’étendre le territoire de la pathologie» et que l’on y «voit constamment se développer des confusions entre normes biologiques et normes sociales»&amp;nbsp;(1991:&amp;nbsp;13) —ce que confirme, nous le verrons, la nature générale des remarques contenues dans l’article de Ferragus—, on a omis de relever combien le second XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;&amp;nbsp;siècle est aussi marqué par les prescriptions multiples des hygiénistes. De l’&lt;em&gt;épistèmé&lt;/em&gt; instaurée et pratiquée par Lavoisier à la fin du XVIII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;&amp;nbsp;siècle à la législation sanitaire mise en place entre la fin des années 1880 et le début des années 1900, les recommandations des spécialistes de l’hygiène ne cessent en effet de gagner en influence dans la société française. Convoquons à nouveau le discours de Ferragus à titre de preuve:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Il s’est établi depuis quelques années une école monstrueuse de romanciers, qui prétend substituer l’éloquence du &lt;u&gt;charnier&lt;/u&gt; à l’éloquence de la chair, qui fait appel aux curiosités les plus &lt;u&gt;chirurgicales&lt;/u&gt;, qui groupe les &lt;u&gt;pestiférés&lt;/u&gt; pour nous en faire admirer les marbrures, qui s’inspire directement du &lt;u&gt;choléra&lt;/u&gt;, son maître, et qui fait jaillir le &lt;u&gt;pus&lt;/u&gt; de la conscience. […] J’estime les écrivains dont je vais piétiner les œuvres; ils croient à la r&lt;u&gt;égénération&lt;/u&gt; sociale; mais en faisant leur petit tas de &lt;u&gt;boue&lt;/u&gt;, ils s’y mirent, avant de le balayer; ils veulent qu’on le &lt;u&gt;flaire&lt;/u&gt; et que chacun s’y mire à son tour; ils ont la coquetterie de leur besogne et ils oublient &lt;u&gt;l’égout&lt;/u&gt;, en retenant &lt;u&gt;l’ordure&lt;/u&gt; au-dehors. […] Quant à Thérèse Raquin, c’est le résidu de toutes les horreurs publiées précédemment. On y a égoutté tout le &lt;u&gt;sang&lt;/u&gt; et toutes les &lt;u&gt;infamies&lt;/u&gt;: c’est le &lt;u&gt;baquet&lt;/u&gt; de la mère Bancal. (cité dans Zola, 1979 [1867]:&amp;nbsp;319-322, l’auteur pour les italiques, nous soulignons.)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’apparition, d’une part, de mots tels que «charnier», «chirurgicales», «pestiférés», «choléra», «pus» ou «sang» souligne bien la prégnance du discours médical dans la pensée du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;&amp;nbsp;siècle. Or l’emploi désordonné de termes tels que «régénération sociale», «boue», «flair», «égout», «infamies» et «baquet» expose, d’autre part, l’attention accordée à la notion encore flottante d’hygiène, qui vient ici supplémenter les notions pathologiques convoquées par le journaliste pour condamner le caractère malsain, voire dégénéré et donc délinquant de l’esthétique réaliste. Bien que l’on sache, depuis les travaux de Georges Vigarello, que l’hygiène «occupe [au XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle] une place inédite»&amp;nbsp;(182) dans les discours médicaux, il convient d’interroger l’apparition inopinée de cette notion dans les discours esthétiques de la seconde moitié du siècle, de même que les motifs et les modalités de ce transfert. Pourquoi les considérations hygiénistes occupent-elles si largement les discours au XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle? Et si les romanciers, au même titre que leurs détracteurs, envisagent leurs pratiques à l’aune de ces considérations, la notion d’hygiène subit-elle dans leurs discours une simple translation, ou se voit-elle réappropriée par les écrivains?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Proposer ici une définition et une histoire de la notion d’hygiène, tout en faisant la synthèse de son influence et de sa réappropriation dans l’ensemble du corpus littéraire du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle, serait un projet par trop ambitieux. Dans le cadre de cette réflexion, nous chercherons donc plutôt à retracer, de l’&lt;em&gt;épistémè&lt;/em&gt; lavoisienne à l’idéal romanesque zolien, l’un des multiples parcours entrepris par la notion d’hygiène au cours du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle. Pour ce faire, nous offrirons, dans un premier temps, un aperçu des transformations que connaît la notion à l’orée du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle, ce qui nous permettra de saisir la multiplicité des acceptions de ce terme à cette époque. Dans un deuxième temps, nous rappellerons le contexte particulier dans lequel les préceptes hygiénistes se sont répandus, dans le but de comprendre les raisons qui ont mené à la migration de ceux-ci du discours médical au discours esthétique dans le long XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle. Dans un troisième temps, nous veillerons à souligner les motifs plausibles de la migration de la notion d’hygiène sous la plume zolienne, afin d’interroger ce qui fonde, dans ce cas particulier, la nécessité du transfert. Dans un quatrième et dernier temps, nous prendrons, à l’instar de Ferragus, le cas du roman zolien —et plus spécifiquement celui du quatorzième volume des &lt;em&gt;Rougon-Macquart&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;L’Œuvre&lt;/em&gt; (1886), dans lequel Zola met en scène son double romanesque— à titre d’exemple, afin de montrer la spécificité de la réappropriation zolienne de la notion d’hygiène, laquelle, pensons-nous, a modelé de façon déterminante l’idéal esthétique et social du romancier.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;L’hygiène au XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;Avant de nous pencher sur la question de la migration de la notion d’hygiène au XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;&amp;nbsp;siècle, il convient de souligner le flottement qui entoure, tant à l’époque que dans l’historiographie actuelle, sa définition. En effet, comme le rappellent les spécialistes de l’histoire sociale Lion Murard et Patrick Zylberman, malgré une attention soutenue accordée à la notion d’hygiène dans les dernières décennies par les historiens, les ethnologues et les sociologues, celle-ci se dérobe toujours à toute tentative d’explicitation:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Hygiène? L’histoire du mot fut toujours emberlificotée, marquée d’une confusion absolue et peut-être sans remède. Depuis quelques années, on a cherché à démêler cet écheveau de significations embrouillées. Le pur et l’impur, le propre et le sale, le sain et le malsain: autant d’oppositions soumises au scalpel de l’ethnologue et de l’historien des mentalités. On s’est employé aussi à une sociologie de la maladie ou du corps malade, ou encore à l’histoire des fléaux sociaux. Pourtant, ce récit échappe à l’historiographie comme à la sociologie proprement médicales. (7)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Devant ce «brouillage», et pour tâcher de définir le sens du mot «hygiène» dans la pensée du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle, nous pourrions alors être tentée de suivre la même démarche que le spécialiste de l’histoire de l’hygiène Georges Vigarello. Dans son ouvrage &lt;em&gt;Le Propre et le sale&lt;/em&gt;&amp;nbsp;(1985), alors qu’il s’intéresse lui-même à «l’hygiène du corps depuis le Moyen Âge», l’historien en revient à une étude étymologique pour cerner les nouvelles acceptions de la notion d’hygiène à partir du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;&amp;nbsp;siècle:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Les manuels traitant de santé changent de titre. Tous étaient concentrés jusqu’ici sur l’«entretien» ou la «conservation» de la santé. Tous deviennent maintenant des traités ou des manuels d’«hygiène». […] L’hygiène, ce n’est plus l’adjectif qualifiant la santé (&lt;em&gt;hygeinos&lt;/em&gt; signifie en grec: ce qui est sain), mais l’ensemble des dispositifs et des savoirs favorisant son entretien. C’est une discipline particulière au sein de la médecine. C’est un corpus de connaissances et non plus un qualificatif physique. (182)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En remontant à ses origines grecques, Vigarello exprime avec justesse le changement sémantique radical que subit la notion d’hygiène au début du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;&amp;nbsp;siècle, lequel lui accorde un statut nouveau dans les discours médicaux. Cependant, cette première définition, qui fait de l’hygiène un simple «ensemble de dispositifs et de savoirs favorisant l’entretien de la santé» sans chercher à indiquer la teneur de ces dispositifs et de ces savoirs, est insuffisante si l’on cherche à cerner la spécificité des caractéristiques que revêt la notion d’hygiène à cette époque. Les récents travaux du philosophe et historien des sciences Gérard Jorland sur l’hygiène et la salubrité publiques en France, qui retracent minutieusement le parcours entrepris par la notion d’hygiène dans les discours du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;&amp;nbsp;siècle, nous semblent les plus appropriés pour pallier les lacunes de cette première définition.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans son ouvrage &lt;em&gt;Une société à soigner&lt;/em&gt; (2010), Jorland rappelle qu’au XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle, l’hygiène publique n’est pas une discipline unique, mais bien «un ensemble connexe de disciplines qui, outre la médecine, comprend la pharmacie, la chimie, la médecine vétérinaire, le génie civil et militaire, l’administration publique, les statistiques et l’économie politique» (19). Précisant toutefois que «[c]ette configuration de disciplines ne va pas de soi» (20), il s’attelle, dans les premiers chapitres de son ouvrage, à en rapporter attentivement la provenance.&lt;br&gt;&amp;nbsp;&lt;br&gt;Selon Jorland, l’&lt;em&gt;épistèmé&lt;/em&gt; hygiéniste, telle qu’elle se rencontre au XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle, «trouve son origine chez Lavoisier qui l’a instaurée et pratiquée avant que ses collaborateurs et successeurs ne l’institutionnalisent» (20). En effet, celui que l’on présente souvent comme le père de la chimie moderne se serait essayé à la fin du XVIII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle à de nombreuses disciplines, qu’il aurait toutes mises au service de l’instauration de l’&lt;em&gt;épistèmé&lt;/em&gt; hygiéniste (20-26). Avant que d’être exécuté en 1794, Lavoisier œuvra également à l’institutionnalisation de cette épistémè: il participa aux travaux du Comité de salubrité de l’Assemblée nationale constituante, un comité «chargé de l’enseignement et de l’exercice de la médecine, de l’organisation des hôpitaux et des maisons de santé, et de tout ce qui intéressait la salubrité publique»&amp;nbsp;(26). Or comme le rappelle Jorland, «[l]es préconisations en matière d’enseignement [de ce comité] furent mises en œuvre sans solution de continuité, sinon sans délai» (26), ce qui permit dès 1794 au médecin Jean-Noël Hallé de commencer à enseigner son propre paradigme hygiéniste à la faculté de médecine de Paris.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le paradigme de Hallé a structuré tout au long du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle l’enseignement des préceptes hygiénistes. Hallé définissait l’hygiène comme «la médecine de l’homme sain, par opposition à la thérapeutique, médecine de l’homme malade, ou encore comme l’art de conserver la santé, par contraste avec l’art de la restaurer» (43). Il s’agissait pour ce médecin de faire de l’hygiène une médecine préventive, fondée sur la prise en compte de deux paramètres: le sujet et la matière. Comme le rappelle Jorland, au sein du paradigme de Hallé,&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;[l]e sujet, c’est l’homme considéré sous un double point de vue, individuel et social, et, selon Hallé lui-même, c’est cette distinction entre hygiène privée et hygiène publique qui fait toute l’originalité de sa théorie. À la constitution physique des individus, qui les prédispose à telle ou telle maladie, correspond la constitution médicale des populations, qui les rend vulnérables aux endémies comme aux épidémies.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;La matière de l’hygiène, ce sont tous les éléments du monde extérieur susceptibles de modifier positivement ou négativement la santé, et qui seront appelés «modificateurs de santé». Hallé, systématisant Boerhaave, les classe en &lt;em&gt;circumfusa&lt;/em&gt; —choses environnantes, comme l’air, la lumière, le climat, selon les saisons— , &lt;em&gt;applicata&lt;/em&gt; —choses appliquées à la surface du corps, comme les habits, les cosmétiques, les bains, etc.—, &lt;em&gt;ingesta&lt;/em&gt; —choses introduites dans le corps, comme les aliments, les boissons et les médicaments—, &lt;em&gt;excreta&lt;/em&gt; —choses rejetées du corps, comme les excréments, le sperme ou le sang menstruel—, &lt;em&gt;gesta&lt;/em&gt; —actions volontaires, comme la veille, le sommeil, la locomotion et le repos, selon les professions— et &lt;em&gt;percepta&lt;/em&gt; —les perceptions, les sensations, les affections, les cognitions, subsumées toutes ensemble sous l’hygiène morale. (43-44)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’hygiène, telle qu’elle est enseignée au XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle, comprend donc les soins apportés aux corps tels que les a étudié Vigarello, mais ne se limite pas à ceux-ci. Cette nouvelle branche de la médecine inclut entre autres une perspective &lt;em&gt;morale&lt;/em&gt;, laquelle sera d’une grande importance pour les réappropriations de la notion d’hygiène dans le long XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;&amp;nbsp;siècle. Le rapport étroit de l’hygiène avec les questions morales participe en effet à la diffusion des préceptes hygiénistes dans les classes aisées. Comme l’a montré Alain Corbin, la bonne hygiène —et notamment l’attention à son odeur— permet au bourgeois de se distinguer &lt;em&gt;moralement&lt;/em&gt; du peuple par sa propreté, ce qui l’encourage à affirmer sur lui sa supériorité:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;L’absence d’odeur importune permet de se distinguer du peuple &lt;em&gt;putride&lt;/em&gt;, puant comme la mort, &lt;em&gt;comme le péché&lt;/em&gt; et, du même coup, de justifier implicitement le traitement qu’on lui impose. Souligner la fétidité des classes laborieuses, et donc mettre l’accent sur le risque d’infection que leur seule présence comporte, contribue à entretenir cette terreur justificatrice dans laquelle la bourgeoisie se complaît et qui endigue l’expression de son remords. (62, nous soulignons.)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Si l’on considère, avec Martyn Lyons, qu’«un bourgeois avait[, au XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;&amp;nbsp;siècle,] beaucoup plus de chances d’être un lecteur régulier et un possesseur de livres qu’un paysan ou un ouvrier» (249), il n’est pas étonnant que le milieu littéraire ait, lui aussi, été influencé par la popularisation de ces idées. Par ailleurs, et comme le souligne Valérie Stiénon, pour comprendre le dialogue qui s’établit entre l’hygiénisme et la littérature au XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;&amp;nbsp;siècle, «il faut compter avec toute la labilité que manifeste l’hygiène, à la fois discipline, appareil idéologique d’État et vision du monde»&amp;nbsp;(18):&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Le moins que l’on puisse dire est que le sujet concerne un grand nombre de données. […] À travers ces données, c’est plus fondamentalement la formation d’un regard sur la société qui se met en place, contribuant à penser l’humain dans son environnement et à l’inscrire dans une sociographie. Mais dans la mesure où l’hygiène a davantage une portée prescriptive qu’une force d’application, il lui faut aussi se fonder sur l’imaginaire et se parer de justifications diverses, qu’elles soient morales, scientifiques ou pédagogiques. (19-20)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il convient alors de s’interroger, à la suite de Stiénon, sur ce qui motive la migration de la notion d’hygiène dans les discours littéraires du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle, afin d’apprécier avec justesse la manière dont les œuvres littéraires ont pu être investies par cette notion.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;Du discours médical au roman&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;Valérie Stiénon, dans son article «Prévision et prévention. Le roman d’anticipation dans les discours de l’hygiène» (2018), retrace avec justesse l’importance institutionnelle des préceptes hygiénistes dans la France du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle et son influence sur leur inscription dans la littérature conjecturale de la seconde moitié du siècle. Certains des constats de la chercheuse, qu’elle applique elle-même à la compréhension de l’hybridation des discours sociaux et littéraires dans le roman d’anticipation entre 1846 et 1928, nous semblent pouvoir s’appliquer à l’ensemble du corpus littéraire du second XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;&amp;nbsp;siècle et méritent d’être convoqués ici, puisqu’ils éclairent d’une façon inédite les raisons de la migration de la notion d’hygiène dans la littérature de cette période.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Comme le rappelle la chercheuse, de nombreux facteurs expliquent la popularisation de la notion d’hygiène dans les discours du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle, et notamment dans le discours littéraire. D’abord,&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;[la] diffusion [des préceptes hygiénistes] dans l’espace social est renforcée par la forme vulgarisée d’une hygiène à l’usage des foyers et des écoles, relayée par une abondante littérature de revues spécialisées, de brochures de sensibilisation et de manuels de vulgarisation. (2)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Puis, «[l]’inscription sociale de l’hygiène est encore appuyée par la réclame qui récupère l’argument sanitaire pour vendre de nouveaux produits» (5). Enfin, le domaine d’application de la notion d’hygiène gagne aussi en &amp;nbsp;«extension […] parce qu’[il] mobilise d’autres acteurs sociaux que les seuls médecins —journalistes, académiciens, professeurs— et traverse un ensemble mouvant de disciplines» (6). Cette «situation d’intersection [non seulement] l’amène à assimiler des problématiques morales et sociales»&amp;nbsp;(6), mais témoigne aussi du fait que l’hygiène «investit [au XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle] ce que Marc Angenot nomme une &lt;em&gt;hégémonie&lt;/em&gt; du discours social, c’est-à-dire une configuration dominante capable d’imposer ses thèmes, sa rhétorique et ses modalités expressives de mise en forme du réel» (6). Ainsi, «[s]uperposant les problématiques médicale et morale, s’imprimant sur les supports les plus expansifs, s’appuyant sur un important outillage promotionnel, l’hygiène représente une source d’information non négligeable et un sujet de prise de position pour les écrivains» (20&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref1_r6b84wc&quot; title=&quot;Gérard Jorland, dans Une société à soigner, en arrive au même constat: «Les traités et manuels d’enseignement, les rapports d’expertise à la demande des pouvoirs publics, et les enquêtes ou recherches personnelles concernant tous les aspects de la société française susceptibles d’avoir une incidence sur la santé publique ont constitué une véritable clinique sociale, qui fut une source d’informations aussi bien pour les théoriciens, comme Karl Marx, que pour les romanciers, de Balzac à Marcel Proust.» (13, l’auteur souligne.)&quot; href=&quot;#footnote1_r6b84wc&quot;&gt;1&lt;/a&gt;), ce qui explique sa grande popularité dans le discours des romanciers. Comme Stiénon a déjà montré l’influence des préceptes hygiénistes sur le roman d’anticipation de la seconde moitié du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle, il convient d’examiner à notre tour ce qui, dans le cas précis du roman zolien, a motivé cette migration.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;Zola et l’hygiénisme&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;Selon Valérie Stiénon, le XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle est d’autant plus propice à la migration de la notion d’hygiène dans le discours des écrivains qu’il «précède pour une bonne part l’organisation des sciences humaines en cadres disciplinaires différenciés et voit les hommes de lettres participer régulièrement aux sociabilités et aux débats scientifiques»&amp;nbsp;(6). Partant de ce constat, nous pouvons déjà effectuer des rapprochements avec le cas zolien. En effet, avant que d’entamer la rédaction de son premier grand cycle romanesque, et alors qu’il prépare la parution de son premier roman, &lt;em&gt;La Confession de Claude&lt;/em&gt; (1865), Zola fait déjà preuve d’un intérêt sans équivoque pour les questions sociales et scientifiques dans son discours journalistique. Dans la première de ses deux «Lettres d’un curieux» (mars 1865), qu’il adresse —selon toute vraisemblance— au rédacteur en chef de &lt;em&gt;L’Avenir national&lt;/em&gt;, le chroniqueur se donne notamment pour tâche de rendre compte avec justesse des problèmes du siècle —qu’il peint comme de véritables maladies. Usant d’une rhétorique projective qui, nous le verrons, est loin d’être anodine, il indique dans ses chroniques vouloir transmettre à la société future non seulement une histoire, mais aussi un &lt;em&gt;enseignement&lt;/em&gt;:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Nous sommes malades de progrès, malades de science, d’art et d’industrie, et, chaque jour, nous interrogeons l’horizon avec anxiété pour savoir si les problèmes sociaux et artistiques, scientifiques et industriels n’ont pas enfin reçu leurs solutions. […] Puisque notre temps est pris de folie cérébrale, de monomanie progressive et humanitaire, puisqu’en lui les nerfs l’emportent sur le sang et que nous ne savons où s’arrêtera l’exaltation qui nous pousse à la liberté et à la justice, notre temps a besoin de moralistes, de chroniqueurs qui marquent les phases de sa maladie, ses fièvres et ses palpitations, et qui apprennent ainsi aux hommes, à la société de demain, comment ils sont nés, dans quelle douleur et dans quel travail de géants. Il y a donc une place à prendre, et je n’ose dire que mon grand orgueil serait de tenter cette terrible besogne de moraliste […]. (1865: s.p.)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Par sa dimension projective d’«enseignement à transmettre», une dimension cristallisée dans l’emploi du verbe «apprendre» en fin de paragraphe, l’entreprise du chroniqueur se rapproche doublement de celle des hygiénistes. D’une part, rappelons que, «ne pouvant soigner les maladies, [les hygiénistes] mis[ent] sur la guérison spontanée et sur les mesures préventives» (Jorland:&amp;nbsp;12), des mesures qui se sont notamment traduites au XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;&amp;nbsp;siècle par l’enseignement, dans les facultés de médecine, des préceptes hygiénistes. En cherchant à «marquer les phases de [l]a maladie» du Second Empire pour «appren[dre] […] aux hommes, à la société de demain, comment ils sont nés, dans quelle douleur et dans quel travail de géants», Zola semble aspirer à un même effet préventif, qui empêchera la «folie cérébrale» de ce règne de se transmettre dans celui qui lui succédera. Ce constat nous mène à un second rapprochement, d’autre part, puisque la mission des hygiénistes, «orientée vers un état futur et donnée comme un idéal à réaliser, s’appuie [elle aussi] sur des projets dont il s’agit de manipuler les virtualités à travers une visée prospective plus ou moins explicite» (Stiénon:&amp;nbsp;8), une visée «encore accentuée par le fait qu’en France, l’institution hygiéniste a essentiellement un rôle consultatif tout au long du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;&amp;nbsp;siècle»&amp;nbsp;(Stiénon:&amp;nbsp;9). L’entreprise journalistique zolienne, du fait de sa dimension à la fois éducative et projective, prend ainsi une tonalité hygiéniste dès l’abord. Esquissé dans les chroniques, ce programme «hygiéniste» sera (littéralement) mis en œuvre dans le premier cycle romanesque de Zola. Nous nous pencherons donc sur la genèse des &lt;em&gt;Rougon-Macquart &lt;/em&gt;de même que sur les liens que présente ce cycle avec le projet des hygiénistes afin de comprendre les causes et la spécificité de la réappropriation de la notion d’hygiène dans le discours esthétique du père du Naturalisme.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le cycle des &lt;em&gt;Rougon-Macquart&lt;/em&gt; tel que le conçoit Zola à son origine, en plus de sa dimension projective, qu’il partage avec les chroniques du romancier, entre en dialogue avec le projet hygiéniste selon trois facteurs déterminants. D’abord, le projet romanesque a le même objet que le paradigme de Hallé. Ensuite, il se nourrit du même fantasme de dégénérescence «que [celui que] les hygiénistes […] contribu[ent] à susciter et qu’ils n’[ont] de cesse d’alimenter» (Jorland:&amp;nbsp;151). Enfin, il partage avec lui une même «utopie de regénération […] au lendemain de la guerre franco-prussienne» (Murard et Zylberman:&amp;nbsp;7). Ces trois facteurs demandent à ce que nous les expliquions minutieusement, car, comme nous le verrons, le rapport de Zola à l’hygiène est déterminant pour la formation de son idéal esthétique.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ce que propose, chose inédite, Hallé avec son paradigme, c’est une grille conceptuelle qui «consist[e] à analyser le sujet dans ses interactions avec son milieu» (Jorland:&amp;nbsp;13). De fait, il est possible d’effectuer des rapprochements entre le paradigme de Hallé et le roman zolien. Rappelons que Zola, dans les &lt;em&gt;Notes générales sur la marche de l’œuvre&lt;/em&gt; (1868-1869) qui annoncent le cycle à venir des &lt;em&gt;Rougon-Macquart&lt;/em&gt;, résume celui-ci à l’étude romanesque de deux éléments: «1°&amp;nbsp;l’élément purement humain, l’élément physiologique, l’étude scientifique d’une famille avec les enchaînements et les fatalités de la descendance», ce qui revient à dire qu’il y étudiera le &lt;em&gt;sujet&lt;/em&gt;, et «2°&amp;nbsp;[l’]effet du moment moderne sur cette famille, son détraquement par les fièvres de l’époque, [l’]action sociale et physique des milieux» (&lt;em&gt;NAF 10345&lt;/em&gt; f°&amp;nbsp;1 à 7), ce qui revient à dire qu’il analysera &lt;em&gt;les interactions de ce sujet avec son milieu&lt;/em&gt;. Le roman zolien est donc animé par le même sujet et la même matière que le paradigme hygiéniste qui se diffuse depuis le début du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;&amp;nbsp;siècle dans les discours médicaux. Deux divergences se dessinent cependant entre les analyses proposées par les hygiénistes au moyen de ce paradigme et celles envisagées par Zola, des divergences que nous remettrons ici en perspective afin de saisir la complexité des liens qui unissent le roman zolien à l’hygiène.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Alors que l’hygiénisme se présente comme la «médecine de l’homme sain» et qu’elle considère son sujet comme porteur d’une santé immanente, le roman zolien est quant à lui habité par des personnages malades de leur temps dont le rôle est de figurer «le tableau d’un règne mort, d’une étrange époque de folie et de honte» (Zola, 1981 [1871]: 28). Cette divergence n’est toutefois pas en décalage avec la dimension projective que l’on retrouve à la fois chez les hygiénistes et chez Zola. Rappelons que la chronique zolienne, en «marqu[ant] les phases de [l]a maladie» (1865: s.p.) de la société dans laquelle évoluait l’écrivain, cherchait à transmettre un enseignement selon une volonté très proche de celle des hygiénistes. En mettant en scène «la lente succession des accidents nerveux et sanguins qui se déclarent dans une race, à la suite d’une première lésion organique, et qui déterminent, selon les milieux, chez chacun des individus de cette race […] [les] vertus et [les] vices» (Zola, 1981[1871]:&amp;nbsp;27-28), le cycle des &lt;em&gt;Rougon-Macquart&lt;/em&gt; cherche lui aussi à induire un assainissement non de ses personnages, mais de la société toute entière,&amp;nbsp;grâce à la «vérité» de sa représentation. Il suffit, pour s’en convaincre, de convoquer les propos du romancier dans ses &lt;em&gt;Notes générales sur la marche de l’œuvre&lt;/em&gt;:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Pour résumer mon œuvre en une phrase: je veux peindre, au début d’un siècle de liberté et de vérité, une famille qui s’élance vers les biens prochains, et qui roule détraquée par son élan lui-même, justement à cause des lueurs troubles du moment, des convulsions fatales de l’enfantement d’un monde. […] J’ai dit qu’il y avait un élan vers la liberté et la justice. Je crois que cet élan sera long à aboutir, tout en admettant qu’il peut conduire à un mieux. Mais je crois plutôt à une marche constante vers la vérité. C’est de la connaissance seule de la vertu que pourra naître un état social meilleur. (1868-1869, &lt;em&gt;NAF 10345&lt;/em&gt; f°&amp;nbsp;1 à 7)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ce ne sont donc pas tant les personnages des romans qui sont visés par l’hygiénisme zolien que les lecteurs de ces romans, pour qui la connaissance acquise par la lecture au sujet de réalités sociales de tout ordre devrait favoriser sinon la santé physique, du moins la santé morale et sociale.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ce constat nous mène à un second écart entre le projet des hygiénistes et le projet zolien. Alors que l’hygiénisme a pour objectif de maintenir et d’améliorer, par la diffusion de pratiques et de savoirs divers, l’état de santé de la population —ou à tout le moins de prévenir ses affections—, l’étude romanesque proposée par Zola se veut quant à elle seulement une constatation. Comme l’écrit Zola, «[m]on étude est un simple coin d’analyse du monde tel qu’il est. Je constate purement. C’est une étude de l’homme placé dans un milieu, sans sermon.» (1868-1869, &lt;em&gt;NAF 10345&lt;/em&gt; f°&amp;nbsp;1 à 7) Bien que ce positionnement éloigne, en théorie, le projet zolien des visées hygiénistes, celui-ci fait au contraire écho à une autre réalité de l’application de l’hygiénisme au XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle et permet encore une fois le rapprochement entre le projet des hygiénistes et le projet zolien. Comme le rappelle Valérie Stiénon, le rôle essentiellement consultatif de l’institution hygiéniste au XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle fait en sorte que «les projets hygiénistes revêtent […] une valeur polémique modérée, ancrée dans le sens commun plutôt que dans la volonté réformiste»&amp;nbsp;(9). De ce fait, et comme le souligne l’historien Jacques Léonard, «[p]our se faire accepter, l’entreprise hygiéniste fait son œuvre goutte à goutte, par des suggestions modestes, des observations réitérées et des critiques de bon sens» (151). En cela, cette entreprise rejoint, dans son essence, le projet zolien.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ces premiers rapprochements entre le projet des hygiénistes et le projet romanesque et social de Zola ne suffisent pas à expliquer la migration de la notion d’hygiène du discours médical au discours littéraire dans le cas précis du romancier, ni même à cerner la spécificité de ce transfert. Pour en comprendre les justifications profondes, il nous faut observer deux autres facteurs déterminants, c’est-à-dire l’influence du fantasme de la dégénérescence sur les pratiques romanesques du second XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle, et tout particulièrement sur celle de Zola, ainsi que ses effets sur l’élaboration d’un second fantasme chez le romancier, celui de la régénération sociale.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Comme le rappelle Gérard Jorland, dans la seconde moitié du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle, le fantasme de la dégénérescence affecte l’ensemble de la communauté littéraire:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Au mythe d’une humanité en route vers la lumière, et donc sur le chemin du progrès, fût-il parsemé d’embûches, succéda celui d’une humanité décadente, dégénérée à cause du progrès lui-même, ou plutôt de sa forme matérielle, l’industrie broyeuse des corps et la finance corruptrice des âmes. De Baudelaire à Proust, il n’est pas un écrivain français, poète ou romancier, qui n’ait décliné ce thème. (151)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Selon le philosophe et historien des sciences, trois textes en particulier alimentent ce fantasme et contribuent à son élaboration: le traité sur l’hérédité de Prosper Lucas, celui sur la dégénérescence d’Augustin Morel et l’essai sur la décadence de la France de Claude-Marie Raudot (152). Zola, on le sait, a lu les travaux de Lucas et de Morel, «et utilise [leurs] idées dans plusieurs de ses ouvrages» (Percheron: 2016&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref2_zr2pk4f&quot; title=&quot;Nous ne reviendrons pas ici sur l’exploitation zolienne du thème de la dégénérescence, comme celle-ci a longuement été abordée par la critique. Voir notamment Louis Huard (1988) et Gilbert Darbouze (1997).&quot; href=&quot;#footnote2_zr2pk4f&quot;&gt;2&lt;/a&gt;). Comme le souligne Bénédicte Percheron, «[s]i Flaubert use avec parcimonie de la théorie de la dégénérescence, Zola l’inclut dans un système de création littéraire beaucoup plus vaste, au cœur même d’un cycle d’ouvrages en vingt volumes, celui des &lt;em&gt;Rougon-Macquart&lt;/em&gt;» (8). Or dans la pensée zolienne, cette attention portée à la dégénérescence, qui mène nombre d’écrivains sur le chemin du décadentisme à la fin du siècle, s’accompagne plutôt, à l’instar du projet hygiéniste, d’une visée de &lt;em&gt;régénération&lt;/em&gt;.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Comme le rappelle Gilbert Darbouze, «une des prétentions, justifiées ou non, du romancier naturaliste est de mener une expérience active (au lieu d’être un observateur passif) dans le but, dans l’espoir de découvrir un moyen, une cure qui pourrait régénérer la société» (141). &amp;nbsp;Dans le cas de Zola, «en dépit d’une situation apparemment désespérée, [celui-ci] voi[t] une possibilité de régénérescence dans un avenir où règneront l’altruisme, l’amour et la justice sociale» (142). Ce sont surtout les romans qui suivent &lt;em&gt;Les Rougon-Macquart&lt;/em&gt; qui en témoignent, puisque, vers la fin du siècle, et comme l’a montré Alain Morice, «porté par le courant solidariste […], Zola [est] obligé de troquer l’anatomie sociale pour la recherche de solutions» (78). Dans les dernières décennies du XIXe siècle, Zola n’est d’ailleurs pas le seul écrivain à chercher dans la solidarité sociale et dans l’humanitarisme les moyens d’assainir la société française. David Baguley, dans la thèse qu’il consacre au roman &lt;em&gt;Fécondité&lt;/em&gt; (1899), rappelle qu’à cette époque, de nombreux écrivains voient dans le solidarisme une solution au décadentisme, qu’ils associent à l’individualisme. Cette philosophie politique est ainsi appelée à jouer un grand rôle dans la question de la régénération sociale qui anime les auteurs (Baguley:&amp;nbsp;15). Or ce ne sont pas que les écrivains qui font appel à ces idéaux. Après la défaite cuisante de la France contre la Prusse lors de la guerre de 1870-1871, les hygiénistes cherchent effectivement les causes de sa défaite dans le manque de vitalité de la population et incitent l’État à mener une réforme de l’institution hygiéniste sous la IIIe République (Jorland: 295 et 298). Cette réforme avait pour objectif de permettre l’imposition de contraintes de santé publique, et donc de faire passer les instances hygiénistes d’un rôle consultatif à un rôle décisionnaire. Si les hygiénistes parvinrent à faire voter cette nouvelle législation sanitaire sous la III&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;&amp;nbsp;République, il ne le purent qu’en abandonnant l’idéologie libérale qu’ils encourageaient jusqu’alors pour «en construire une autre plus appropriée, le solidarisme» (Jorland: 323). &amp;nbsp;Comme le rappelle Jorland, au XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle,&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;[b]ien sûr, le gouvernement concevait à Paris des lois pour tout le royaume, l’Empire ou la République. Mais c’étaient les conseils généraux qui tenaient le pays, décidant d’appliquer ou non ces lois en votant ou non les crédits nécessaires. Cela se traduisait dans l’idéologie politique. Si les libertés collectives (droit d’association) étaient strictement contrôlées par le pouvoir central, les libertés individuelles étaient farouchement défendues. Au libéralisme hégémonique, les hygiénistes allaient opposer une autre idéologie, le solidarisme, et aux libertés individuelles, les libertés collectives. (301-302)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;On voit ainsi combien la pensée zolienne rejoint les préoccupations des hygiénistes, de même que les moyens de leur mise en œuvre. Cependant, malgré une même visée projective, une même attention aux interactions entre les sujets et leurs milieux, un même intérêt pour le fantasme de la dégénérescence et un même espoir solidariste envers le fantasme de la régénérescence, nous verrons que, dans ses romans, Zola se réapproprie d’une façon bien singulière les préceptes hygiénistes.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;Le naturalisme, une esthétique hygiéniste?&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;À la parution du premier volume des &lt;em&gt;Rougon-Macquart&lt;/em&gt; correspond la chute du Second Empire, «dont [Zola] avai[t] besoin comme artiste, et que toujours [il] trouvai[t] fatalement au bout du drame, sans oser l’espérer si prochaine» (Zola, 1981[1871]: 28). Rappelons que Zola constate dès 1865 dans ses chroniques la «maladie» qui touche la société sous ce régime. Lorsque survient la guerre de 1870-1871, qui signe l’arrêt de mort de l’Empire, la France passe ainsi aux yeux du romancier d’un règne malade à un règne qu’il espère salvateur. Or pour marquer ce passage d’un règne à l’autre, selon Zola, il faut également faire peau neuve au sens poétique du terme: l’esthétique naturaliste devient pour l’écrivain le seul moyen de régénérer la littérature après l’«étrange époque de folie et de honte» (Zola, 1981[1871]:&amp;nbsp;28) qu’a été à ses yeux le Second Empire, ce qu’il confirme en affirmant, dans &lt;em&gt;La République et la littérature&lt;/em&gt; (1879), que «[l]a République sera naturaliste, ou elle ne sera pas» (5). Compte tenu des liens étroits qui unissent le projet zolien au projet hygiéniste, il convient de se pencher sur la donnée hygiéniste de cette esthétique à visée régénératrice, dont Zola rend compte de façon éclairée dans le quatorzième volume de son cycle romanesque, &lt;em&gt;L’Œuvre&lt;/em&gt;, en y mettant en scène son double fictif, le romancier Pierre Sandoz.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ainsi que l’affirme Frédérique Giraud, «[a]vec l’écrivain Sandoz, Zola présente un double fictif qui est une instance d’autoreprésentation délibérée» (3). Dans &lt;em&gt;L’Œuvre&lt;/em&gt;, la mise en scène de ce double joue un rôle singulier. Selon Giraud, «la fictionnalisation de soi à travers ce roman a pour Zola une valeur pragmatique plutôt que représentative. C’est un acte performatif, un acte d’écriture par lequel il cherche à dessiner son image publique.»&amp;nbsp;(9) Sandoz revêt ainsi les traits physiques du romancier, partage avec lui les mêmes origines familiales, tout comme il suit un parcours professionnel similaire à celui de Zola (3). Sandoz partage en outre avec Zola son idéal esthétique, qu’il n’a de cesse de défendre au fil du roman. Cet idéal est convoqué à de nombreuses reprises lors des discussions de Sandoz avec les personnages d’artistes qui parsèment le récit —et plus particulièrement avec le personnage de Claude Lantier, un peintre génial exaspéré par son incapacité à atteindre son propre idéal. Or l’idéal romanesque de Sandoz et l’idéal pictural de Claude —&amp;nbsp;dont les opinions esthétiques rappellent également celles de Zola— sont constamment explicités au moyen de considérations hygiénistes.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’idéal esthétique de Sandoz, au même titre que celui prôné par Claude Lantier, cherche à s’opposer aux idéaux qui le précède. Dans &lt;em&gt;L’Œuvre&lt;/em&gt;, qui est aussi, rappelons-le, le roman de la modernité picturale et des impressionnistes, ce sont ainsi des peintres romantiques et réalistes qui sont d’abord convoqués pour représenter l’ancienne école. Alors qu’il observe la toile qu’il vient de peindre, Claude juge en effet d’un mauvais œil le produit qu’il a sous les yeux en se critiquant de copier les grands artistes qui l’ont précédé: «Nom d’un chien, c’est encore noir! J’ai ce sacré Delacroix dans l’œil. Et ça, tiens! cette main-là, c’est du Courbet….»&amp;nbsp;(2016 [1886]: 68&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref3_tpug4ta&quot; title=&quot;Lors de cette discussion, Sandoz «se lament[e] lui aussi d’être né au confluent d’Hugo et de Balzac» (68), le romancier refusant comme le peintre de suivre les traces de ses prédécesseurs.&quot; href=&quot;#footnote3_tpug4ta&quot;&gt;3&lt;/a&gt;) Cependant, ces constats sont rapidement suivis d’un autre qui, sur le plan de la réappropriation zolienne de la notion d’hygiène, est révélateur. Le commentaire qui suit ces observations met en effet au jour la visée que devrait avoir la peinture moderne dans la pensée de ces personnages, c’est-à-dire une visée de «nettoyage»: «Ah! nous y trempons tous, dans la sauce romantique. Notre jeunesse y a trop barboté, nous en sommes barbouillés jusqu’au menton. &lt;em&gt;Il nous faudra une fameuse lessive&lt;/em&gt;.» (2016 [1886]: 68, nous soulignons) À la toute fin du roman, lorsque Sandoz assiste à l’enterrement de Claude, qui s’est suicidé par dépit de ne pouvoir créer le chef-d’œuvre envisagé, le romancier entrevoit quant à lui le caractère vain de ce seul «nettoyage»: «Oui, notre génération a trempé jusqu’au ventre dans le romantisme, et nous en sommes restés imprégnés quand même, et nous avons eu beau nous débarbouiller, prendre des bains de réalité violente, la tache s’entête, toutes les lessives du monde n’en ôteront pas l’odeur.» (2016 [1886]: 402) Dans ce discours esthétique, Sandoz emploie deux modificateurs de santé reconnus par l’hygiénisme, le bain et la lessive, pour témoigner de son désir de «désencrasser» l’art de l’ancien lyrisme romantique. À cet égard, remarquons que le «bain» réaliste entrevu par le romancier fictif possède une étrange particularité, puisque celui-ci est un bain de «réalité &lt;em&gt;violente&lt;/em&gt;». Or au XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle, c’est notamment pour sa violence que le réalisme a été discrédité par les critiques&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref4_xkcfcci&quot; title=&quot;Dans Du principe de l’art et de sa destination sociale (1865), P. J. Proudhon, qui critique la toile Un Enterrement à Ornans de Gustave Courbet, dit en effet ceci: «Le contraste entre les figures et le motif pieux qui les réunit est d’une telle violence, que je ne pense pas, quoi que nous puissions dire nous autres hérauts et vulgarisateurs de l’idée nouvelle, que de longtemps le public puisse comprendre et supporter une pareille leçon, ni l’artiste compter, pour de tels essais, sur le suffrage des masses.» (208, nous soulignons.)&quot; href=&quot;#footnote4_xkcfcci&quot;&gt;4&lt;/a&gt;. Influencé par le discours hygiéniste en vogue dans la seconde moitié du siècle, Zola s’appuie donc sur un lexique associant esthétique et hygiène pour témoigner du désir de renouveau éprouvé par les artistes du Second Empire. Cependant, ainsi que nous avons pu le lire dans le discours de Sandoz, pour mener à bien ce renouveau, le seul «nettoyage» est insuffisant.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ainsi que l’affirme Sandoz, malgré leurs efforts, «la tache s’entête» chez les peintres comme chez les auteurs. Plus loin, le personnage renchérit d’ailleurs en disant que «[sa] génération est trop encrassé de lyrisme pour laisser des œuvres saines» (2016 [1886]: 402). Si le personnage accuse le romantisme d’avoir «encrassé» sa génération et le réalisme de ne pas avoir suffi à se défaire de cette «souillure», c’est donc qu’il faut se tourner vers une autre méthode pour assainir véritablement les œuvres:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Il faudra une génération, deux générations peut-être, avant qu’on peigne et qu’on écrive logiquement, dans la haute et pure simplicité du vrai… Seule, la vérité, la nature, est la base possible, la police nécessaire, en dehors de laquelle la folie commence; et qu’on ne craigne pas d’aplatir l’œuvre, le tempérament est là, qui emportera toujours le créateur. (2016 [1886]: 402-403)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Par cette diatribe, où Sandoz en appelle à une nouvelle forme de peinture et de littérature, à un art qui soit fait «logiquement, dans la haute et pure simplicité du vrai», c’est bien sûr au naturalisme que renvoie le personnage. Or ce discours en faveur du naturalisme est déjà présent dès la première discussion esthétique du roman. Comme nous le verrons, il témoigne en outre de particularités fort éclairantes du point de vue de l’appropriation zolienne de la notion d’hygiène.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans le deuxième chapitre du roman, Claude prend Sandoz pour modèle. Cette activité donne lieu à une discussion sur l’art entre les personnages, une discussion qui revêt elle-même un caractère hygiénique dans le discours de la narration. Les échanges entre les artistes semblent en effet les revigorer, comme s’ils y refaisaient leur santé:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Dès qu’ils étaient ensemble, le peintre et l’écrivain en arrivaient d’ordinaire à cette exaltation. Ils se fouettaient mutuellement, ils s’affolaient de gloire; et il y avait là une telle envolée de jeunesse, une telle passion du travail, qu’eux-mêmes souriaient ensuite de ces grands rêves d’orgueil, &lt;em&gt;ragaillardis, comme entretenus en souplesse et en force&lt;/em&gt;. (2016 [1886]: 67-68)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Lors de cette première discussion esthétique, Sandoz en vient alors à exposer à Claude ses idées et son ambition littéraires. Celles-ci s’apparentent à celles du naturalisme et de Zola:&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Ah! que ce serait beau, si l’on donnait son existence entière à une œuvre, où l’on tâcherait de mettre les choses, les bêtes, les hommes, l’arche immense! Et pas dans l’ordre des manuels de philosophie, selon la hiérarchie imbécile dont notre orgueil se berce; mais en pleine coulée de la vie universelle, un monde où nous ne serions qu’un accident, où le chien qui passe, et jusqu’à la pierre des chemins, nous compléteraient, nous expliqueraient; &lt;em&gt;enfin le grand tout, sans haut ni bas, ni sale ni propre, tel qu’il fonctionne&lt;/em&gt;… Bien sûr, c’est à la science que doivent s’adresser les romanciers et les poètes, elle est aujourd’hui l’unique source possible. Mais, voilà! que lui prendre, comment marcher avec elle? Tout de suite, je sens que je patauge… Ah! si je savais, si je savais, quelle série de bouquins je lancerais à la tête de la foule!&amp;nbsp;(2016 [1886]: 66-67, nous soulignons.)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Cette déclaration, bien qu’elle ne soit pas à proprement parler hygiéniste, fait état de deux spécificités de l’hygiénisme que porte en germe le rêve littéraire naturaliste de Sandoz et, par association, l’idéal romanesque zolien. D’une part, le propos de Sandoz est étroitement lié aux questions de propreté et de saleté, lesquelles, nous l’avons vu, sont elles-mêmes étroitement liées aux questions morales dans le second XIXe siècle. En affirmant vouloir montrer «le grand tout, sans haut ni bas, &lt;em&gt;ni sale ni propre&lt;/em&gt;, tel qu’il fonctionne», Sandoz témoigne de l’importance que prendront à la fois la propreté et la saleté, de même que la moralité et l’immoralité, dans ses œuvres futures. Or ces œuvres, si nous suivons la logique associative du récit, correspondent justement aux &lt;em&gt;Rougon-Macquart&lt;/em&gt;: c’est donc pour Zola un moyen de se positionner en faveur de la représentation conjointe du pur et de l’impur dans son œuvre romanesque. D’autre part, et contrairement à ce qui est prôné dans le discours hygiéniste, la propreté n’acquiert aucune supériorité face à la saleté dans le discours de Sandoz. Le personnage ne valorise en effet ni le sale, ni le propre, puisque c’est ailleurs, dans la &lt;em&gt;vérité&lt;/em&gt;, que réside pour lui l’intérêt de la représentation romanesque. En 1886, nous l’avons vu, ce constat n’a rien de nouveau. Une vingtaine d’années plus tôt, dans sa «Réponse à Ferragus» (1868), Zola expliquait déjà que c’était la quête de vérité, et non une quelconque complaisance pour l’immondice et la fange, qui motivait le rapport à la saleté (physique et morale) chez lui&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref5_rrnamo8&quot; title=&quot;Zola affirmait d’ailleurs rédiger sa réponse «non pour [s]e défendre, mais pour défendre la cause de la vérité» (324).&quot; href=&quot;#footnote5_rrnamo8&quot;&gt;5&lt;/a&gt;:&lt;/p&gt;&lt;p&gt;S’il est possible, ayez un instant la curiosité du mécanisme de la vie, oubliez l’épiderme satiné de telle ou telle dame, demandez vous quel tas de boue est caché au fond de cette peau rose dont le spectacle contente vos faciles désirs. Vous comprendrez alors qu’il a pu se rencontrer des écrivains qui ont fouillé courageusement la fange humaine. La vérité, comme le feu, purifie tout. […] D’ailleurs, monsieur, je vous l’accorde, on doit fouiller la boue aussi peu que possible. J’aime comme vous les œuvres simples et propres, lorsqu’elles sont fortes et vraies en même temps. Mais je comprends tout, je fais la part de la fièvre, je m’attache surtout dans un roman à la marche logique des faits, à la vie des personnages […]. (cité dans Zola, 1979&amp;nbsp;[1867]: 327)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ainsi, bien que Sandoz fasse d’emblée appel à des questions de propreté et de saleté (tant physique que morale) dans son discours esthétique, ce qui le rapproche du discours des hygiénistes, l’hygiénisme que défend le roman zolien diffère largement de l’hygiénisme médical du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle puisqu’il en aplatit les pôles axiologiques fondamentaux et qu’il fait de la représentation de la vérité son ultime finalité. Par ailleurs, contrairement à la pensée des hygiénistes, qui participent à la conservation de la santé du peuple français en encourageant des pratiques spécifiques, dans la pensée zolienne, il ne suffit pas, pour conserver la santé de l’art, de faire propre ou de faire beau: il faut plutôt faire vrai, et ce, même si cela implique la représentation de sujets, de thèmes ou de valeurs considérés dans les discours comme non hygiéniques.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En guise de conclusion à cette réflexion, nous souhaiterions enfin revenir sur un dernier élément du discours esthétique présenté dans &lt;em&gt;L’Œuvre&lt;/em&gt;. En effet, dans ce roman, bien que les artistes présentent des discours esthétiques aux visées nettement hygiénistes, la création n’a rien d’hygiénique pour ceux qui doivent la produire. Si Claude se suicide, à force de ne point réussir à peindre comme il le souhaite, Sandoz déplore quant à lui les effets néfastes de l’écriture sur sa vie quotidienne et sur sa santé:&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Écoute, le travail a pris mon existence. Peu à peu, il m’a volé ma mère, ma femme, tout ce que j’aime. C’est le germe apporté dans le crâne, qui mange la cervelle, qui envahit le tronc, les membres, qui ronge le corps entier. Dès que je saute du lit, le matin, le travail m’empoigne, me cloue à ma table, sans me laisser respirer une bouffée de grand air; puis, il me suit au déjeuner, je remâche sourdement mes phrases avec mon pain; puis, il m’accompagne quand je sors, rentre dîner dans mon assiette, se couche le soir sur mon oreiller, si impitoyable, que jamais je n’ai le pouvoir d’arrêter l’œuvre en train, dont la végétation continue, jusqu’au fond de mon sommeil… […] Non! Non! plus rien n’est à moi, j’ai rêvé des repos à la campagne, des voyages lointains, dans mes jours de misère; et, aujourd’hui que je pourrais me contenter, l’œuvre commencée est là qui me cloître: pas une sortie au soleil matinal, pas une escapade chez un ami, pas une folie de paresse! Jusqu’à ma volonté qui y passe, l’habitude est prise, j’ai fermé la porte du monde derrière moi, et j’ai jeté la clef par la fenêtre… Plus rien, plus rien dans mon trou que le travail et moi, et il me mangera, et il n’y aura plus rien, plus rien!&amp;nbsp;(2016 [1886]: 299-300)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Pour Sandoz, ce n’est pas tant la réception critique des œuvres qui est néfaste que leur enfantement. Au contraire, la critique prend elle-même dans le discours du personnage une nature hygiénique, alors que l’écriture est montrée comme une source d’exaspération mortifère:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Je ne parle pas des potées d’injures qu’on reçoit. Au lieu de m’incommoder, elles m’excitent plutôt. J’en vois que les attaques bouleversent, qui ont le besoin de peu fier de se créer des sympathies. […] Mais l’insulte est saine, c’est une mâle école que l’impopularité, rien ne vaut, pour vous entretenir en souplesse et en force, la huée des imbéciles. […] Ah! si les autres savaient de quelle gaillarde façon je porte leurs colères! Seulement, il y a moi, et moi, je m’accable, je me désole à ne plus vivre une minute heureux. Mon Dieu! que d’heures terribles, dès le jour où je commence un roman! Les premiers chapitres marchent encore, j’ai de l’espace pour avoir du génie; ensuite, me voilà éperdu, jamais satisfait de la tâche quotidienne, condamnant déjà le livre en train, le jugeant inférieur aux aînés, me forgeant des tortures de pages, de phrases, de mots, si bien que les virgules elles-mêmes prennent des laideurs dont je souffre. Et, quand il est fini, ah! quand il est fini, quel soulagement! non pas de cette jouissance du monsieur qui s’exalte dans l’adoration de son fruit, mais le juron de portefaix qui jette bas le fardeau dont il a l’échine cassée… Puis, ça recommence; puis, ça recommencera toujours; puis, j’en crèverai, furieux contre moi, exaspéré de n’avoir pas eu plus de talent, enragé de ne pas laisser une œuvre plus complète, plus haute, des livres sur des livres, l’entassement d’une montagne; et j’aurai, en mourant, l’affreux doute de la besogne faite, me demandant si c’était bien ça, si je ne devais pas aller à gauche, lorsque j’ai passé à droite; et ma dernière parole, mon dernier râle sera pour vouloir tout refaire… (2016 [1886]: 302)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Bien que Sandoz (et le romancier qu’il figure) envisage la possibilité d’assainir la société française grâce à ses œuvres «vraies», il n’est pas dupe quant aux épreuves et aux souffrances individuelles que suscitera cette entreprise d’hygiénisme littéraire. En cela, le personnage nous semble atteindre le but artistique et social qu’il s’est fixé, puisque l’abnégation du créateur entre en droite ligne avec le solidarisme à la source de l’entreprise hygiéniste zolienne que nous avons précédemment évoquée. Dès lors, si notre attention s’est principalement fixée ici sur le discours esthétique exposé dans le roman zolien, il conviendrait de voir si Zola est également parvenu, dans ses œuvres, à se soumettre à l’idéal esthétique hygiéniste qu’il a longuement défendu et théorisé.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;h2&gt;Bibliographie&lt;/h2&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/fecondite-demile-zola-roman-a-these-evangile-mythe&quot; id=&quot;node-72450&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Baguley, David. 1973.&amp;nbsp;&lt;em&gt;&quot;Fécondité&quot; d’Émile Zola. Roman à thèse, évangile, mythe&lt;/em&gt;. Toronto : University of Toronto, 294 p.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/le-corps-et-la-maladie-dans-les-recits-realistes&quot; id=&quot;node-65423&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Cabanès, Jean-Louis. 1991.&amp;nbsp;&lt;em&gt;Le Corps et la maladie dans les récits réalistes&lt;/em&gt;. Paris : Klincksiek, t. I-II.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/le-miasme-et-la-jonquille&quot; id=&quot;node-72449&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Corbin, Alain. 2016.&amp;nbsp;&lt;em&gt;Le Miasme et la jonquille&lt;/em&gt;. Paris : Flammarion, 429 p.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/degenerescence-et-regenerescence-dans-loeuvre-demile-zola-et-dans-celle-de-manuel-zeno-gandia&quot; id=&quot;node-72448&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Darbouze, Gilbert. 1987.&amp;nbsp;&lt;em&gt;Dégénérescence et régénérescence dans l’œuvre d’Émile Zola et dans celle de Manuel Zeno Gandía. Étude comparée&lt;/em&gt;. Paris : Flammarion, 183 p.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/le-portrait-de-soi-en-ecrivain-zola-et-son-double-sandoz&quot; id=&quot;node-72447&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Giraud, Frédérique. 2011.&amp;nbsp;«&amp;nbsp;Le portrait de soi en écrivain. Zola et son double Sandoz&amp;nbsp;».&amp;nbsp;&lt;em&gt;Mémoires du livre/Studies in Book Culture&lt;/em&gt;. &amp;lt;&lt;a href=&quot;https://id.erudit.org/iderudit/1001759ar&amp;gt;&quot;&gt;https://id.erudit.org/iderudit/1001759ar&amp;gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/une-societe-a-soigner-hygiene-et-salubrite-publiques-en-france-au-xixe-siecle&quot; id=&quot;node-72446&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Jorland, Gérard. 2010.&amp;nbsp;&lt;em&gt;Une société à soigner. Hygiène et salubrité publiques en France au XIXe siècle&lt;/em&gt;. Paris : Gallimard, 361 p.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/la-medecine-entre-les-savoirs-et-les-pouvoirs-histoire-intellectuelle-et-politique-de-la&quot; id=&quot;node-72445&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Léonard, Jacques. 1981.&amp;nbsp;&lt;em&gt;La Médecine entre les savoirs et les pouvoirs. Histoire intellectuelle et politique de la médecine française au XIXe siècle&lt;/em&gt;. Paris : Aubier-Montaigne, 386 p.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/le-triomphe-du-livre&quot; id=&quot;node-72440&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Lyons, Martyn. 1987.&amp;nbsp;&lt;em&gt;Le Triomphe du livre&lt;/em&gt;. Paris : Éditions du Cercle de la librairie, 308 p.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/travail-roman-de-zola-ou-la-race-ouvriere-entre-malediction-et-et-messianisme-redempteur&quot; id=&quot;node-72439&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Morice, Alain. 2006.&amp;nbsp;«&amp;nbsp;&quot;Travail&quot;, roman de Zola, ou la &quot;race&quot; ouvrière entre malédiction et et messianisme rédempteur&amp;nbsp;».&amp;nbsp;&lt;em&gt;Tumultes&lt;/em&gt;. &amp;lt;&lt;a href=&quot;https://www.jstor.org/stable/24598533&amp;gt;&quot;&gt;https://www.jstor.org/stable/24598533&amp;gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/lhygiene-dans-la-republique-la-sante-publique-en-france-ou-lutopie-contrariee-1870-1918&quot; id=&quot;node-72438&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Murard, Lion&amp;nbsp;et&amp;nbsp;Patrick&amp;nbsp;Zylberman. 1996.&amp;nbsp;&lt;em&gt;L’Hygiène dans la République. La santé publique en France, ou l’utopie contrariée (1870-1918)&lt;/em&gt;. Paris : Fayard, 816 p.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/le-corps-degenere-des-textes-scientifiques-a-la-litterature-francaise-du-xixe-siecle&quot; id=&quot;node-72437&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Percheron, Bénédicte. 2016.&amp;nbsp;«&amp;nbsp;Le corps dégénéré: des textes scientifiques à la littérature française du XIXe siècle&amp;nbsp;».&amp;nbsp;Arts et Savoirs. &amp;lt;&lt;a href=&quot;http://journals.openedition.org/aes/935&amp;gt;&quot;&gt;http://journals.openedition.org/aes/935&amp;gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/du-principe-de-lart-et-de-sa-destination-sociale&quot; id=&quot;node-72432&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Proudhon, Pierre-Joseph. 1865.&amp;nbsp;«&amp;nbsp;Du principe de l’art et de sa destination sociale&amp;nbsp;».&amp;nbsp;&lt;em&gt;Du principe de l’art et de sa destination sociale&lt;/em&gt;. Paris : Garnier Frères. &amp;lt;&lt;a href=&quot;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6531603v.texteImage&amp;gt;&quot;&gt;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6531603v.texteImage&amp;gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/prevision-et-prevention-le-roman-danticipation-dans-les-discours-de-lhygiene&quot; id=&quot;node-72431&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Stiénon, Valérie. 2018.&amp;nbsp;«&amp;nbsp;Prévision et prévention. Le roman d’anticipation dans les discours de l’hygiène&amp;nbsp;».&amp;nbsp;&lt;em&gt;COnTEXTES&lt;/em&gt;. &amp;lt;&lt;a href=&quot;http://journals.openedition.org/contextes/6687 &amp;gt;&quot;&gt;http://journals.openedition.org/contextes/6687 &amp;gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/la-litterature-putride&quot; id=&quot;node-72430&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Ulbach, Louis [Ferragus]. 1868 [01/1868apr. J.-C.].&amp;nbsp;«&amp;nbsp;La littérature putride&amp;nbsp;».&amp;nbsp;&lt;em&gt;Le Figaro&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/le-propre-et-le-sale-lhygiene-du-corps-depuis-le-moyen-age&quot; id=&quot;node-72427&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Vigarello, Georges. 1985.&amp;nbsp;&lt;em&gt;Le Propre et le sale. L’hygiène du corps depuis le Moyen Âge&lt;/em&gt;. Paris : Seuil, 283 p.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/lettres-dun-curieux&quot; id=&quot;node-72426&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Zola, Émile. 1865.&amp;nbsp;«&amp;nbsp;Lettres d’un curieux&amp;nbsp;».&amp;nbsp;&lt;em&gt;Archives zoliennes&lt;/em&gt;. &amp;lt;&lt;a href=&quot;http://www.archives-zoliennes.fr/lettres-dun-curieux/&amp;gt;&quot;&gt;http://www.archives-zoliennes.fr/lettres-dun-curieux/&amp;gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/reponse-a-ferragus&quot; id=&quot;node-72428&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Zola, Émile. 1868.&amp;nbsp;«&amp;nbsp;Réponse à Ferragus&amp;nbsp;».&amp;nbsp;&lt;em&gt;Le Figaro&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/notes-generales-sur-la-marche-de-loeuvre&quot; id=&quot;node-72424&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Zola, Émile. [s. d.].&amp;nbsp;«&amp;nbsp;Notes générales sur la marche de l’œuvre&amp;nbsp;».&amp;nbsp;&lt;em&gt;Documents préparatoires des Rougon-Macquart&lt;/em&gt;. &amp;lt;&lt;a href=&quot;https://www.rougon-macquart.fr/le-cycle-des-rougon-macquart/la-construction-des-rougon-macquart/notes-generales-sur-la-marche-de-loeuvre/&amp;gt;&quot;&gt;https://www.rougon-macquart.fr/le-cycle-des-rougon-macquart/la-construct...&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/preface-1&quot; id=&quot;node-72423&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Zola, Émile. 1871.&amp;nbsp;«&amp;nbsp;Préface&amp;nbsp;», dans&amp;nbsp;&lt;em&gt;La Fortune des Rougon&lt;/em&gt;. Paris : Gallimard, p. 27-28.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/la-republique-et-la-litterature&quot; id=&quot;node-72422&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Zola, Émile. [s. d.].&amp;nbsp;«&amp;nbsp;La République et la littérature&amp;nbsp;».&amp;nbsp;&lt;em&gt;La République et la littérature&lt;/em&gt;. Paris : Gallimard. &amp;lt;&lt;a href=&quot;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k992458j&amp;gt;&quot;&gt;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k992458j&amp;gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/loeuvre&quot; id=&quot;node-2370&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Zola, Émile. 1886.&lt;em&gt;&amp;nbsp;L’Œuvre&lt;/em&gt;. Paris : Pocket, 492 p.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;

&lt;section  class=&quot;footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed&quot; data-collapsible-show-label=&quot;Notes&quot; data-collapsible-hide-label=&quot;Notes&quot;&gt;&lt;ul class=&quot;footnotes collapsible-content&quot;&gt;&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote1_r6b84wc&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref1_r6b84wc&quot;&gt;1.&lt;/a&gt; Gérard Jorland, dans &lt;em&gt;Une société à soigner&lt;/em&gt;, en arrive au même constat: «Les traités et manuels d’enseignement, les rapports d’expertise à la demande des pouvoirs publics, et les enquêtes ou recherches personnelles concernant tous les aspects de la société française susceptibles d’avoir une incidence sur la santé publique ont constitué une véritable &lt;em&gt;clinique sociale&lt;/em&gt;, qui fut une source d’informations aussi bien pour les théoriciens, comme Karl Marx, que pour les romanciers, de Balzac à Marcel Proust.» (13, l’auteur souligne.)&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote2_zr2pk4f&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref2_zr2pk4f&quot;&gt;2.&lt;/a&gt; Nous ne reviendrons pas ici sur l’exploitation zolienne du thème de la dégénérescence, comme celle-ci a longuement été abordée par la critique. Voir notamment Louis Huard (1988) et Gilbert Darbouze (1997).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote3_tpug4ta&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref3_tpug4ta&quot;&gt;3.&lt;/a&gt; Lors de cette discussion, Sandoz «se lament[e] lui aussi d’être né au confluent d’Hugo et de Balzac» (68), le romancier refusant comme le peintre de suivre les traces de ses prédécesseurs.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote4_xkcfcci&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref4_xkcfcci&quot;&gt;4.&lt;/a&gt; Dans &lt;em&gt;Du principe de l’art et de sa destination sociale&lt;/em&gt; (1865), P. J. Proudhon, qui critique la toile &lt;em&gt;Un Enterrement à Ornans&lt;/em&gt; de Gustave Courbet, dit en effet ceci: «Le contraste entre les figures et le motif pieux qui les réunit est d’une telle &lt;em&gt;violence&lt;/em&gt;, que je ne pense pas, quoi que nous puissions dire nous autres hérauts et vulgarisateurs de l’idée nouvelle, que de longtemps le public puisse comprendre et supporter une pareille leçon, ni l’artiste compter, pour de tels essais, sur le suffrage des masses.» (208, nous soulignons.)&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote5_rrnamo8&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref5_rrnamo8&quot;&gt;5.&lt;/a&gt; Zola affirmait d’ailleurs rédiger sa réponse «non pour [s]e défendre, mais pour défendre la cause de la vérité» (324).&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;/section&gt;&lt;/div&gt;
      &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&lt;a href=&quot;/en/taxonomy/term/53401&quot; typeof=&quot;skos:Concept&quot; property=&quot;rdfs:label skos:prefLabel&quot;&gt;Imagining theoretical practices&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;Le Miasme et la jonquille&lt;/div&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item odd&quot;&gt;Dégénérescence et régénérescence dans l’œuvre d’Émile Zola et dans celle de Manuel Zeno Gandía. Étude comparée&lt;/div&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;Le portrait de soi en écrivain. Zola et son double Sandoz&lt;/div&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item odd&quot;&gt;Une société à soigner. Hygiène et salubrité publiques en France au XIXe siècle&lt;/div&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;La Médecine entre les savoirs et les pouvoirs. Histoire intellectuelle et politique de la médecine française au XIXe siècle&lt;/div&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&amp;quot;Travail&amp;quot;, roman de Zola, ou la &amp;quot;race&amp;quot; ouvrière entre malédiction et et messianisme rédempteur&lt;/div&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item odd&quot;&gt;L’Hygiène dans la République. La santé publique en France, ou l’utopie contrariée (1870-1918)&lt;/div&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;Le corps dégénéré: des textes scientifiques à la littérature française du XIXe siècle&lt;/div&gt;
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 <pubDate>Mon, 08 Nov 2021 19:12:42 +0000</pubDate>
 <dc:creator>Alexandra Boilard-Lefebvre</dc:creator>
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 <title>Corps et corpus chez le mauvais lecteur: «La Fortune des Rougon», «La Faute de l’abbé Mouret» et «Le Rêve» d’Émile Zola</title>
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 <pubDate>Sun, 02 Dec 2018 03:47:20 +0000</pubDate>
 <dc:creator>Nicolas Gagné</dc:creator>
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 <title>Fragmentation et détachement du corps dans l&#039;art de Zola et de Rodenbach</title>
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 <description>&lt;div class=&quot;field field-name-field-cahier-remix field-type-entityreference field-label-above&quot;&gt;
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Que ce soit chez Émile Zola ou chez Georges Rodenbach,&amp;nbsp;l’impossible équivalence entre l’œuvre et la vie anime un rapport à la représentation du corps qui permet une observation en parallèle des pratiques artistiques de ces deux écrivains.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 0.8125rem;&quot;&gt;Créer un &lt;/span&gt;&lt;em style=&quot;font-size: 0.8125rem;&quot;&gt;vrai&lt;/em&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 0.8125rem;&quot;&gt; corps dans l’art n’est qu’un leurre –un mirage séduisant, fascinant mais tout autant l’objet d’une indicible peur face à l’impossibilité de le toucher. Le rêve du vivant mène nécessairement toute œuvre vers une reproduction qui ne peut le rendre réel, car seul le mythe de Pygmalion pourra l’atteindre. Cette impasse semble particulièrement profonde et créatrice chez Zola et Rodenbach. Au-delà d’un simple subterfuge du monde réel, leur représentation d’une chair vivante semble tenter une échappatoire en l’exprimant en fragments, en morceaux découpés, ou en objets métaphoriques. Ces fragments relèvent généralement du désir, du fétichisme; seulement, chez Zola et Rodenbach, ces parties solitaires du corps deviennent une mise en abyme de la réification du monde dans la création littéraire, n’étant pas celle d’un démiurge divin: une coupure avec la vie, une représentation qui n’est faite que de lignes, de réseaux, d’objets déshumanisés. Cette spécularité de l’écriture entraîne nécessairement le désespoir de ne pas avoir un «matériau vivant» du corps –«matériau»&amp;nbsp;qui aura cependant lieu dans les performances artistiques du XX&lt;/span&gt;&lt;sup&gt;e &lt;/sup&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 0.8125rem;&quot;&gt;siècle comme chez Gina Pane. Parfaites incarnations du «symptôme» de la création face à la chair, Rodenbach et Zola le transfigurent à l’intérieur de leurs œuvres. Ce drame devient alors l’outil esthétique de leur art, mais aussi le lieu d’une rivalité entre la description littéraire et la photographie. &lt;/span&gt;&lt;em style=&quot;font-size: 0.8125rem;&quot;&gt;Les Rougon-Macquart&lt;/em&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 0.8125rem;&quot;&gt;, le soutien inconditionnel à Manet et une pratique intense de portraits photographiques chez Zola semblent installer un dialogue avec &lt;/span&gt;&lt;em style=&quot;font-size: 0.8125rem;&quot;&gt;Bruges-la-Morte&lt;/em&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 0.8125rem;&quot;&gt; de Rodenbach, sur le morcellement nécessaire des corps et l’illusion du vrai dans la photographie –réflexion relativement avant-gardiste à la fin du XIX&lt;/span&gt;&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 0.8125rem;&quot;&gt; siècle. Au-delà des principes réalistes ou symbolistes, ces échos rendent les deux écrivains à la fois proches et lointains.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;strong&gt;La marchandise des morceaux de chair dans &lt;em&gt;Les Rougon-Macquart&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;Les fragments du corps exposent dans ce cycle romanesque la volonté d’une mise à distance avec ce qui ne peut être directement décrit, grâce aux actions des regardeurs. Ces personnages servent à lancer de longs portraits dans le texte, grâce à certains «trucages» tels qu&#039;un miroir, une vitrine ou une esquisse d’artiste, comme l’a montré Philippe Hamon&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref1_0t74l6l&quot; title=&quot;Consulter les ouvrages de Philippe Hamon, Le Personnel du roman. Le système des personnages dans Les Rougon-Macquart d’Émile Zola et Expositions. Littérature et architecture au dix-neuvième siècle. (Hamon, 1998;1989) &quot; href=&quot;#footnote1_0t74l6l&quot;&gt;1&lt;/a&gt;. Or, dans ces descriptions zoliennes, le corps féminin connaît un démembrement inquiétant, des morceaux découpés et détachés voire même des objets.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’omniprésence du corps de Nana dans le roman éponyme réalise-t-il un contre-exemple? Rien n’est moins sûr. La jeune femme est toujours décrite à travers les yeux de son amant Muffat, mais aussi de tous les hommes à travers lui, devenant une allégorie des effets de la chair. Ces regards masculins installent un fétichisme créant une distance rassurante face à un être uniquement physique, impossible à sonder, tel un sphinx&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref2_ln32smh&quot; title=&quot;Voir sur ce point l’article de Naomi Schor, «Le sourire du sphinx: Zola et l’énigme de la féminité» (Schor, 1976).&quot; href=&quot;#footnote2_ln32smh&quot;&gt;2&lt;/a&gt;. Les portraits de Nana –parfait nom du rien– se transforment dès lors en une spécularité personnifiée de l’impuissance de la description romanesque des corps. La chair de Nana apparaît ainsi à travers de multiples reflets de miroir ou n’est vue que de dos. Une métaphore filée la détourne également en la transformant en lionne. Il en est de même plus loin lorsque sa chair est décrite par l’intermédiaire des bas-reliefs d’orfèvre sur sa tête de lit, devenant un mythe, une bacchante dans un badinage érotique. Le cheval «Nana» dans une course hippique porte quant à lui ses poils et sa chevelure&amp;nbsp;et la nudité de la femme est contemplée à travers sa tenue transparente à travers un trou du rideau de scène. Muffat nous transmet alors sa fascination de la chair figée mais aussi terrifiante par des métaphores systématiques. Un seul exemple vient contredire nos propos dans l’&lt;em&gt;explicit&amp;nbsp;&lt;/em&gt;du roman, un portrait sans fard ni intermédiaire:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Nana restait seule, la face en l’air, dans la clarté de la bougie. C’était un charnier, un tas d’humeur&amp;nbsp;et de sang, une pelletée de chair corrompue, jetée là, sur un coussin. Les pustules avaient envahi la figure entière, un bouton touchant l’autre; et, flétries, affaissées, d’un aspect grisâtre de boue, elles semblaient déjà une moisissure de la terre, sur cette bouillie informe, où l’on ne retrouvait plus les traits. Un œil, celui de gauche, avait complètement sombré dans le bouillonnement de la purulence; l’autre, à demi ouvert, s’enfonçait, comme un trou noir et gâté. Le nez suppurait encore. Toute une croûte rougeâtre partait d’une joue, envahissait la bouche, qu’elle tirait dans un rire abominable. Et, sur ce masque horrible et grotesque du néant, les cheveux, les beaux cheveux gardant leur flambée de soleil, coulaient en un ruissellement d’or. Vénus se décomposait. (Zola, 1960: 1485)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Voilà donc la vraie vision physique de Nana, lorsque son corps n’est plus… vivant: un objet biologique de la science –rivalisant avec le scandale de la fin de &lt;em&gt;Madame Bovary&lt;/em&gt;. Ce regard précis et concret arrive seulement lorsque la maladie détruit l’intégralité de la chair humaine d’un être. Le retour de Nana, après sa fuite d’une lointaine Russie, sonne la fin de son existence qui n’était qu’une non-existence digne d’une déesse irréelle de la beauté&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref3_1at9dmx&quot; title=&quot;Nous vous renvoyons sur ce point aux travaux d’Éléonore Reverzy dans La Chair de l’idée. Poétique de l’allégorie dans Les Rougon-Macquart, et l’article «Nana, ou l’inexistence. D’une écriture allégorique.» (Reverzy, 2007;1999)&quot; href=&quot;#footnote3_1at9dmx&quot;&gt;3&lt;/a&gt;, car le vrai réel revient: l’oxymore du verbe «décomposer» détruit ce corps intouchable de manière expéditive en une phrase de trois mots. Celui-ci disparaît dans les dernières phrases qui s’éloignent de Nana, en observant le départ des soldats vers la guerre de 1870.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’ensemble de ce roman souligne le rapport problématique des descriptions zoliennes à&amp;nbsp;la chair vivante dans le cycle, que confirment de nombreux détails. Les tendances de la mode des vêtements transmises par des mannequins en témoignent dans &lt;em&gt;Au&lt;/em&gt;&amp;nbsp;&lt;em&gt;Bonheur des dames&lt;/em&gt;. Sans tête, sans identité, ceux-ci deviennent les doubles des clientes. Dans les descriptions, ils partagent une posture immobile, mais aussi un tronçonnage dans les multiples miroirs du magasin. Les corps féminins sont ainsi montrés à distance, mais jamais en entier. Comme le remarque Régine Borderie, s’ajoute alors «un anonymat et une indétermination qui favorisent la fragmentation» (2005: 252). Ces «morceaux» de femmes en arrivent même à s’intégrer au &lt;em&gt;design&lt;/em&gt; du magasin de Mouret&amp;nbsp;en se mélangeant avec les séduisants objets et tissus et en devenant des produits à vendre, des marchandises en pièces détachées. Les vrais mannequins sans tête deviennent quant à elles paradoxalement, ou plutôt cyniquement, plus vivantes que les clientes:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;La &lt;em&gt;gorge ronde &lt;/em&gt;des mannequins &lt;em&gt;gonflait&lt;/em&gt; l’étoffe, les &lt;em&gt;hanches fortes&lt;/em&gt; exagéraient la finesse de la taille, la tête absente était remplacée par une grande étiquette, piquée avec une épingle dans le molleton rouge du col; &lt;u&gt;tandis que&lt;/u&gt; les glaces, aux deux côtés de la vitrine, multipliaient sans fin, peuplaient la rue de ces belles femmes à vendre, et qui portaient des prix en gros chiffres, à la place des têtes. (Zola, 1964: 392&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref4_apxjxsk&quot; title=&quot;Sauf mention contraire, nous ajoutons les séquences soulignées ou en italique dans les citations.&quot; href=&quot;#footnote4_apxjxsk&quot;&gt;4&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La description de ces «corps» semble plus facile mais elle est aussi le siège d’une réflexion sociologique sur la déshumanisation des consommations futiles. Au départ, l’énumération de ces membres est plus réelle que les vraies femmes dans &lt;em&gt;Les&lt;/em&gt; &lt;em&gt;Rougon-Macquart&lt;/em&gt; comme Nana. La gorge, la taille et les hanches évoquées relèvent qui plus est des parties charnelles, étymologiquement liées alors à la chair qu’on peut vouloir «pétrir». Ces objets de vitrine deviennent ainsi des vrais corps, abondants et donc séduisants (&lt;em&gt;it&lt;/em&gt;.). La fin de l’énumération stoppe cette illusion personnifiée. Quoique. Leur visage et leur esprit sont remplacés par une étiquette de prix sur un «molleton rouge du col», couleur rappelant cyniquement une décapitation. Les mannequins deviennent donc des&amp;nbsp;«belles femmes», certes «à vendre», grâce au miroir. Cet outil permet de les «multipli[er]» pour les faire devenir une foule «peupl[ant]&amp;nbsp;la rue», donc en dehors de la vitre. Les reflets leur donnent dès lors la vie et les transportent vers le vrai monde. Cette description n’est pas seulement un amusement ironique de l’écrivain, car les miroirs en arrivent à inverser les règles. Dans la suite du roman, le magasin séduit les clientes et réussit alors à les enfermer dans son monde –principe commercial créé par Mouret. D’emblée, les femmes s’opposent à la fuite des mannequins au dehors des vitrines grâce aux miroirs, en les replaçant à l’intérieur. L’humanisation malheureuse des mannequins se renverse chez les clientes qui devraient&amp;nbsp;avoir, elles, des corps humains:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Des piles de rubans &lt;u&gt;écornaient&lt;/u&gt; &lt;em&gt;les têtes&lt;/em&gt;, un mur de flanelle avançait un promontoire, partout les glaces reculaient les magasins, &lt;u&gt;reflétaient&lt;/u&gt; des étalages avec &lt;em&gt;des coins de public, des visages renversés, des moitiés d’épaules et de bras&lt;/em&gt;. (Zola, 1964: 627)&lt;/p&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;66153&quot; view_mode=&quot;embed_medium&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;66154&quot; view_mode=&quot;embed_medium&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;p&gt;La phrase juxtapose des articles en vente et les reflets des clientes tronquées (&lt;em&gt;it&lt;/em&gt;.). Les corps sont déshumanisés grammaticalement: ils sont des COD, donc des éléments passifs. Or, les verbes d’action qui les commandent ont paradoxalement comme sujet les choses du magasin. Ainsi s’inverse l’humain et l’objet dans le texte. De même, les «moitiés», le pluriel, les articles indéfinis associent ces membres à des morceaux dissociés de corps humains particuliers, d’autant que la présence du mot «étalage» à ce moment ne peut que nous faire penser à un «étal» dans une vitrine de boucherie. Au-delà de la critique du commerce nouveau, ces fragments du corps confirment la problématique du rendu d’un être vivant chez Zola. Ce chiasme des clientes objectivées en face des «mannequins vivants» ne peut que nous faire penser à la manifestation qui scandait la même expression contre les Galeries Lafayette Haussmann en 1999. Dans un «coup de maître» publicitaire, tel ceux d’Octave Mouret, le magasin avait laissé Chantal Thomass créer une exposition de sous-vêtements en vitrine par des vraies femmes vivantes face au regard des badauds. Les mannequins de cire sont alors incarnés par des femmes dont le métier est d’être «mannequins». Cette syllepse, comme celle de «l’incarnation», semble réaliser la prémonition de Zola.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le portrait de Lisa dans &lt;em&gt;Le Ventre de Paris&lt;/em&gt; se situe quant à lui dans des «étals» de boucherie. À l’intérieur de sa charcuterie, la jeune femme se trouve entourée de miroirs en cadre doré, du «m’as-tu-vu» de la boutique: une «immense glace» au plafond, «d’autres glaces» derrière le comptoir, à gauche, et au fond. Ces reflets qui se répondent sans cesse joueront à démembrer, à reproduire à l’infini et à déshumaniser son corps. Or, cette échoppe expose des morceaux de chair à vendre dans la vitrine, qui ne peuvent que nous faire penser aux parties du corps de Lisa qui sont choisies, identiques aux meilleures pièces de… viande. Celles-ci sont d’ailleurs aussi évoquées dans les reflets: «des portes […] semblaient s’ouvrir sur d’autres salles, à l’infini, toutes emplies des viandes étalées.» (Zola, 1960: 653) Ce parallélisme monstrueux est mené dans le regard de son beau-frère Florent, arrivant famélique après son évasion de Cayenne:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Florent finit par l’examiner à la dérobée, dans les glaces, autour de la boutique. Elle s’y reflétait de dos, de face, de côté; même au plafond, il la retrouvait, la tête en bas, avec son chignon serré, ses minces bandeaux, collés sur les tempes. C’était toute une foule de Lisa, montrant la largeur des épaules, l’emmanchement puissant des bras, la poitrine arrondie, si muette et si tendue, qu’elle n’éveillait aucune pensée charnelle et qu’elle ressemblait à un ventre. Il s’arrêta, se plut surtout à un de ses profils, qu’il avait dans une glace, à côté de lui, entre deux moitiés de porcs. Tout le long des marbres et des glaces, accrochés aux barres à dents de loup, des porcs et des bandes de lard à piquer pendaient; et le profil de Lisa, avec sa forte encolure, mettait une effigie de reine empâtée, au milieu de ce lard et de ces chairs crues. (Zola, 1960: 667)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La plupart des membres du corps de Lisa ne semblent pas lui appartenir en n’étant pas désignés par des déterminants possessifs, comme s’ils étaient à l’extérieur de son être. Les virgules d’une énumération de ces parties du corps insistent sur leur détachement. Le début de la phrase, «c’était toute une foule de Lisa», annonce quant à elle sa disparition de l’humain. Le pronom démonstratif neutre supprime son existence personnelle, que confirme sa multiplication, aboutissant en une foule. Son prénom «Lisa», qui devrait désigner une véritable identité, devient dès lors un simple complément du nom «foule», comme si le personnage n’était que des «clones» inquiétants. L’omniprésence des pluriels dans les fragments du corps suggère déjà le malaise du regardeur Florent face à elle. Cette terreur est renforcée par la présence violente de la chair dans ce portrait. Cet extrait succède à la description de l’abondance des étals de la charcuterie; or, les membres du corps de Lisa évoqués correspondent aux termes utilisés dans les morceaux de viande vendus dans cette boutique: «poitrine», «épaules», «ventre», «emmanchement des bras», «encolure». La position des glaces dans la pièce en arrive même à intercaler les reflets des fragments de Lisa entre les morceaux de viande exposés: «entre deux porcs», puis «au milieu de ce lard et de ces chairs crues». La femme se transforme ainsi en allégorie de la charcuterie, «l’effigie&amp;nbsp;de reine empâtée» encadrée par les morceaux de viande. Le choix de l’adjectif «empâté» pour désigner sa lourdeur nous fait entendre nécessairement un «pâté» en terrine dans la vitrine. Les morceaux des corps de Lisa et des porcs se juxtaposent ainsi sans cesse, une phrase après l’autre, pour les faire se confondre lors de notre lecture.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Démembrée, réifiée voire même débitée comme une viande, Lisa devient des parties de chair morte dans cette description. Le regard de Florent semble ainsi exprimer la question épineuse de pouvoir représenter un être chez un écrivain ou un peintre. Le portrait réel du corps ne parviendra nécessairement jamais à être &lt;em&gt;la&lt;/em&gt; chair. Claude Lantier, le peintre de &lt;em&gt;L’Œuvre&lt;/em&gt; apparaît d’ailleurs pour la première fois dans &lt;em&gt;Le Ventre de Paris&lt;/em&gt;. En racontant à Florent sa plus belle œuvre, Claude explique que ce tableau particulier était flamboyant dans la charcuterie: la vitrine devenait son cadre, les morceaux de viande des pigments, et leur chair cuisinée ou découpée un outil artistique parfait&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref5_wgmw2io&quot; title=&quot;Zola, 1960: 800-801. Voir l’analyse picturale de cette charcuterie dans notre ouvrage Zola ou la fenêtre condamnée. La crise de la représentation dans Les Rougon-Macquart. (Piton-Foucault, 2015: 926-929&quot; href=&quot;#footnote5_wgmw2io&quot;&gt;5&lt;/a&gt;. Décodons-le dès lors: la peinture ne peut rendre la chair vivante en n’étant pas elle-même réalisée avec de la chair, car toute représentation ne peut attendre la matière vivante, quoiqu’en soit le rêve artistique. Dans &lt;em&gt;L’Œuvre&lt;/em&gt;, Claude incarnera ainsi une véritable mise en abyme de cet échec dans l’art.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;strong&gt;La hantise picturale du corps de&amp;nbsp;&lt;em&gt;L’Œuvre&lt;/em&gt;: la spécularité d’une impossible création littéraire&lt;/strong&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 0.8125rem;&quot;&gt;Le rapport de Claude avec son modèle Christine met en scène le combat de l’art aboutissant à un morcellement du corps dans ce roman. Les œuvres les plus abouties du peintre sont en effet paradoxalement sous le signe de la fragmentation. La chair de Christine obsède l’artiste en le mettant face à son incapacité à créer du vivant –une entreprise fatalement vaine. De nombreuses scènes confirment la conscience zolienne de l’aspect hors réalité d’une œuvre, qui ne pourra jamais être l’équivalent de la vie.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;66155&quot; view_mode=&quot;embed_medium&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;66156&quot; view_mode=&quot;embed_medium&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;66157&quot; view_mode=&quot;embed_medium&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;p&gt;La première rencontre de Christine et Claude entraînera son unique moment de réussite d’ébauche, avant l’abîme de la suite du roman. Accueillie pendant un orage, la jeune femme sera subrepticement dessinée durant son sommeil, lors d’une révélation du peintre apparue en voyant son corps. Modèle sans le savoir, cette jeune femme endormie révèle sa chair par petits bouts dans les jours de sa blouse, de manière immobile, naturelle et sans conscience. Cette création sera toutefois déjà peinte dans une décomposition du corps, Claude «découvrant la gorge», et admirant «une chair dorée, d’une finesse de soie, le printemps de la chair, deux petits seins rigides». Ainsi les fragments vivants se transforment-ils en un simple objet de gouache et d’allégorie, et non un vrai être humain: «C’était ça, tout à fait ça, la figure qu’il avait inutilement cherchée pour son tableau, et presque dans la pose.» (Zola, 1966: 19) La tautologie du rien, «c’était ça», annonce par avance la tragédie de son rapport très ambigu entre cette femme et son image peinte. Une fois devenue sa compagne, Christine n’est théoriquement plus «utilisée» comme modèle. Toutefois, les difficultés financières entraînent la reprise de quelques poses. Christine devient alors de manière inquiétante l’outil des «morceaux» de corps:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Claude avait pris d’après Christine des indications, une tête, un geste des bras, une allure du corps. Il lui jetait un manteau aux épaules, il la saisissait dans un mouvement et lui criait de ne plus bouger. (Zola, 1966: 238)&lt;/p&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;66158&quot; view_mode=&quot;embed_medium&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;p&gt;Tel un objet, la jeune femme s’avère «balancée» sans la moindre possibilité de volonté ou de gestes, et même désignée par un simple pronom anonyme, qui plus est l’objet du sujet… Les verbes d’action violents, mais aussi l’énumération de ses parties du corps comprenant des articles indéfinis, révèlent son morcellement et sa réification, tel un mannequin du &lt;em&gt;Bonheur&lt;/em&gt; ou un morceau de viande du &lt;em&gt;Ventre de Paris&lt;/em&gt;. Ce démembrement rappelle certes les croquis qui sont toujours exposés dans nos musées, tels ceux d’Ingres ou de Géricault. Toutefois, ce dépouillement ne se situe pas dans une description du dessin mais plutôt dans un vrai corps qui dort dans l’atelier…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Claude décrira lui-même ce corps vivant dans un faux dialogue avec sa compagne. Comme un critique d’art face à une toile, voire un&amp;nbsp;anatomiste face à un cadavre, le peintre désigne ses fragments en termes techniques, froids, indéfinis comme s’ils n’étaient plus les siens&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref6_ce1orsf&quot; title=&quot;«Tiens, là, sous le sein gauche, eh bien! c’est joli comme tout. Il y a des petites veines qui bleuissent, qui donnent à la peau une délicatesse de ton exquise… Et là, au renflement de la hanche, cette fossette où l’ombre se dore, un régal!… Et là, sous le modelé si gras du ventre, ce trait pur des aines, une pointe à peine de carmin dans de l’or pâle…» (Zola, 1966: 241)&quot; href=&quot;#footnote6_ce1orsf&quot;&gt;6&lt;/a&gt;: c’est alors l’art qui va vider le corps vivant de Christine, devenu déréalisé. Puis, lorsque Claude en arrive à l’utiliser comme un objet quelconque, le narrateur compare cruellement ce corps à un «chaudron» ou une «cruche»:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;&lt;em&gt;Il l’employait &lt;/em&gt;pour tout&lt;em&gt;, la faisait se déshabiller &lt;/em&gt;à chaque minute, pour un bras, pour un pied, pour le moindre détail dont il avait besoin. C’était un métier où &lt;em&gt;il la ravalait&lt;/em&gt;, un emploi de mannequin vivant, qu’il plantait là et qu’il copiait, comme il aurait copié la cruche ou le chaudron d’une nature morte. (Zola, 1966: 240)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La jeune femme devient une fois de plus l’objet des verbes d’action que commande Claude: la toute-puissance d’un client sur ce modèle standardisé, disponible pour tout usage&amp;nbsp;(&lt;em&gt;it&lt;/em&gt;.). Ces termes font d’ailleurs écho à un bricolage ou une construction d’immeuble. Zola utilise l’énumération et l’anaphore pour dissocier les parties par des virgules et prépositions anaphores. La présence du mot «détail» dans la liste de l’accumulation place également au même niveau les fragments impersonnels et un outil mécanique. Tel un mannequin du &lt;em&gt;Bonheur&lt;/em&gt;, Christine rencontre donc une inexistence de l’être dans la «copie», violemment comparée à des ustensiles de cuisine quelconques, la «cruche» et le «chaudron». Or, la cruche et le chaudron sont deux objets creux et vides, mots qui ont sans doute été choisis par Zola grâce à leurs sens subliminaux: le second possède dans son étymologie le sens de la mort en provençal, donc le vide; d’autre part, le premier rappelle le célèbre tableau de Greuze au Louvre, &lt;em&gt;La Cruche cassée&lt;/em&gt;. Dans cette toile, le pot représente allégoriquement la perte du corps vierge de la jeune fille. Ces associations semblent concordantes dans la métaphore à l’intérieur de cette comparaison, puisqu’ils appartiennent à une «une nature morte», art qui les élève au même niveau qu’un être humain portraituré, comme l’énonçait Diderot sur l’art de Chardin:&lt;/p&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;66160&quot; view_mode=&quot;embed_medium&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Ô Chardin, ce n’est pas du blanc, du rouge, du noir que tu broies sur ta palette; c’est la substance même des objets, c’est l’air et la lumière que tu prends à la pointe de ton pinceau, et que tu attaches sur la toile. […] On n’entend rien à cette magie. Ce sont des couches épaisses de couleur, appliquées les unes sur les autres, et dont l’effet transpire de dessous en dessus. […] Approchez-vous, tout se brouille, s’aplatit et disparaît. Éloignez-vous, tout se crée et se reproduit. (Diderot, 2008: 82-83)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ces propos rappellent la théorie artistique de Claude dans &lt;em&gt;Le Ventre de Paris&lt;/em&gt; déjà évoquée, mais aussi celle du début de &lt;em&gt;L’Œuvre&lt;/em&gt;. Son désir était de faire des œuvres vibrantes où une carotte équivalait en tout point une femme comme sujet, deux objets tout aussi louables:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Est-ce que tout ne se réduisait pas à planter une bonne femme devant soi, puis à la rendre comme on la sentait? est-ce qu’une botte de carottes, oui, une botte de carottes! […] Le jour venait où une seule carotte originale serait grosse d’une révolution. (Zola, 1966&lt;span style=&quot;font-size: 0.8125rem;&quot;&gt;: 44)&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Et pourtant, l’expression «nature morte» indique à elle seule l’impossibilité du rêve de Claude. Un objet, certes réel et naturel mais sans vie et immobile, ne pourra jamais être identique à un corps humain. La terreur du peintre engendre presque logiquement son acharnement pictural lors du décès de son fils&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref7_b6n2781&quot; title=&quot;Voir, concernant cette question picturale du fils, l’article de Véronique Cnockaert, «Dans l’ombre de l’oeuvre: L’enfant mort» (Cnockaert, 1998) &quot; href=&quot;#footnote7_b6n2781&quot;&gt;7&lt;/a&gt;: les yeux fixes de son cadavre permettent à l’artiste d’adapter enfin sa création à un corps humain, en éloignant ainsi son incapacité à faire naître une vraie chair sur une toile. Comment ne pas encore penser alors à la sentence de Denis Diderot, qui annonce déjà le drame de cette esthétique dans le roman: «Mille peintres sont morts sans avoir senti la chair; mille autres mourront sans l’avoir sentie.» (2008: 181) Ce constat de l’impossibilité de rivaliser avec la vie entraînera le suicide de Claude en face de son dernier portrait irréel, non fini, et par là-même inexistant, qui devient le miroir de son propre corps mort.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les termes utilisés par Zola pour désigner sa création préviennent déjà subliminalement la fin du roman dès son début. L’«acharnement» permanent de Claude dans l’art réussira à lui faire perdre sa propre chair. De la même manière, sa particularité est de toujours sublimer les «ébauches», terme désignant en effet à l’origine un embryon, un être créant ses propres parties du corps avant de naître. Ce mot désigne donc à la fois cette constitution vivante en cours et la préparation d’une œuvre d’art. Le récit est un véritable chiasme entre la naissance impossible de la peinture et le retournement de l’embryon dans l’existence arrêtée chez Claude. Une image furtive prévoit le drame esthétique de Claude dans son atelier dès le deuxième chapitre:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Il y avait encore d’admirables morceaux, des pieds de fillette, exquis de vérité délicate, un ventre de femme surtout, une chair de satin, frissonnante, vivante du sang qui coulait sous la peau […]. [Ces études] annonçaient un grand peintre, doué admirablement, entravé par des impuissances soudaines et inexpliquées. (Zola, 1966: 44)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ce génie s’arrêterait ainsi aux esquisses, aux ébauches sur… des morceaux de corps. Le premier croquis du visage de Christine devient même presque comique par la syntaxe: «D’un mouvement instinctif, et dont il ne fut pas le maître, le peintre glissa dans un carton la tête de Christine.» (Zola, 1966&lt;span style=&quot;font-size: 0.8125rem;&quot;&gt;: 32) Cette tête cachée réussit à nous faire imaginer un cadavre découpé, prédisant déjà la suite du roman&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref8_akma2ak&quot; title=&quot;Cette tête cachée peut en effet nous faire penser au film&amp;nbsp;La Sentinelle réalisé par Arnaud Desplechin, un personnage envoûté par un paquet qu&#039;il n&#039;ouvre pas, bien qu&#039;il le sente contenir une tête humaine momifiée.&quot; href=&quot;#footnote8_akma2ak&quot;&gt;8&lt;/a&gt;:&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 0.8125rem;&quot;&gt;&amp;nbsp;la suppression du couple, de l’identité de Christine, de leur procréation, et enfin de la vie du peintre&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref9_osuaz9w&quot; title=&quot;Étapes du récit: la découverte du corps de Christine dans l&#039;incipit; l&#039;embryon de la naissance d&#039;un grand tableau, avorté; l&#039;autre embryon épuisé dès sa naissance, son fils allant déjà vers la mort; le corps de Claude qui le rejoint comme ses oeuvres disparues (explicit). &quot; href=&quot;#footnote9_osuaz9w&quot;&gt;9&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 0.8125rem;&quot;&gt;. Claude n’est alors «pas le maître» de ses actes, ce qui annonce déjà son échec à devenir un autre «maître», celui de l’art. La suite du chapitre le confirme lorsqu’il découpe et détruit le visage sur la toile finale, de manière irrépressible:&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Et, d’un seul coup, lentement, profondément, il gratta la tête et la gorge de la femme. Ce fut un meurtre véritable, un écrasement: tout disparut dans une bouillie fangeuse. […] Il n’y eut plus, de cette femme nue, sans poitrine et sans tête, qu’un tronçon mutilé, qu’une tache vague de cadavre, une chair de rêve évaporée et morte. (Zola, 1966: 57)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ces premiers extraits sur ses uniques ébauches de génie face à un tableau irréalisable sont repris naturellement pendant son enterrement, lorsque ses œuvres et sa vie s’en sont allées. Faut-il dès lors y voir un écho de la même impuissance de la littérature réaliste dans la représentation de la vie dans la chair? Le plus proche ami de Claude, Sandoz, évoque lui-même ces ébauches dans sa conversation avec le peintre Bongrand:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Ah! ses anciennes toiles, reprit Bongrand, […], vous vous souvenez? Des morceaux extraordinaires! Hein? les paysages rapportés du Midi, […] des jambes de fillette, un ventre de femme, oh! ce ventre… […] Un grand peintre, simplement! […]&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;–Et il ne laisse rien.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;–Absolument rien, pas une toile, déclara Bongrand. Je ne connais de lui que des ébauches, des croquis, des notes jetées […]. Oui, c’est bien un mort, un mort tout entier que l’on va mettre dans la terre! (Zola, 1966: 355-356)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les fragments du corps dans ses ébauches superbes sont toujours gâtés par la suite, l’artiste ne sachant s’arrêter pour ne pas détériorer son œuvre –comme le démontrait d’ailleurs Picasso en peignant devant la caméra de Clouzot. Aucune solution ne semble offerte dans ce roman. Le dilemme entre faire vivre de manière illusoire un corps peint ou vraiment «vivre la vie» –expression non tautologique chez ce personnage– s’avère sans solution. Selon Bongrand, «autant partir que de &lt;em&gt;s’acharner&lt;/em&gt; comme nous à faire des enfants infirmes, auxquels il manque toujours des morceaux, les jambes ou la tête, et qui ne vivent pas». Sandoz confirme lui-même ce constat des œuvres réalistes: «il faut vraiment manquer de fierté, se résigner à l’à-peu-près et tricher avec la vie… Moi qui pousse mes bouquins jusqu’au bout, je me méprise de les sentir incomplets et mensongers, malgré mon effort&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref10_pgbsk38&quot; title=&quot;Ces derniers propos utilisés expriment encore des expressions figées issues du corps lorsque Bongrand et Sandoz évoquent leur désespoir: le premier considère que cette impossibilité artistique les tuerait s’ils «ne ten[aient] pas si fort à [leur] peaux», quand le second déplore qu’ils ne puissent rien créer en n’étant que «des reproducteurs débiles, autant vaudrait-il [se] casser la tête tout de suite.»&quot; href=&quot;#footnote10_pgbsk38&quot;&gt;10&lt;/a&gt;.» (Zola, 1966: 363) Les derniers mots de Sandoz, «Allons travailler», s’avèrent donc en pure perte.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Si l’on associe les nombreux corps faux devenus des objets utilitaires et industriels sans la moindre existence dans &lt;em&gt;Les&lt;/em&gt; &lt;em&gt;Rougon-Macquart&lt;/em&gt;, ceci semble exprimer l’impasse du souhait de dépeindre un corps réel, toute représentation étant une reproduction, qui ne sera jamais «vraiment vraie» ni vivante. Toutes les descriptions de corps humains ne révèlent pas ce symptôme dans le cycle, en particulier lorsqu’elles sont des hommes ou des femmes vêtues; en revanche, il en est tout autrement quand le portrait se consacre à la chair, en particulier féminine –source de la vie. Ce morcellement de la chair humaine nous semble indiquer un malaise de l’écrivain dans sa propre volonté de &lt;em&gt;créer&lt;/em&gt; un monde réel. Or, l’art littéraire n’en est pas l’unique indice.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;strong&gt;Lorsque les corps inquiétants contaminent la photographie de Zola&lt;/strong&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;La position d’un critique d’art est une chose, mais sa propre production artistique est parfois tout autre. Les engagements esthétiques de Zola, soutenant dès 1866 les œuvres de Manet au cœur du scandale, semblent en effet se retourner dans ses propres œuvres non littéraires, lorsqu’il réalise dans les années 1890 des milliers de photographies en partie préparées, composées, construites. Ces clichés manifestent alors une évolution croissante de son rapport paradoxal avec le corps dans &lt;em&gt;Les Rougon-Macquart&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans la critique d’art des années 1860 sur Manet, la question des regards croisés entre un regardeur et une figure peinte est introduite par&amp;nbsp;&lt;em&gt;Le Déjeuner sur l’herbe&lt;/em&gt;&amp;nbsp;et&amp;nbsp;&lt;em&gt;Olympia&lt;/em&gt;, le premier exposé en 1863 au Salon des Refusés, et le second en 1865. Les deux femmes centrales dans ces tableaux paraissent s’adresser au spectateur droit dans les yeux, le défiant voire même avec dédain, en nous faisant réaliser notre propre voyeurisme sur leur corps. Comme l’a montré Michael Fried, Manet supprime les «personnages absorbés», habituels dans la peinture plus traditionnelle, où le personnage feint de ne pas être vu par le public à travers une serrure dérobée. L’œil n’est alors pas toujours détourné, à la condition qu’il soit vague, désincarné ou rêveur pour ne pas atteindre directement le spectateur. (Fried, 2000: 143-168)&lt;/p&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;66161&quot; view_mode=&quot;embed_medium&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;p&gt;Ces deux œuvres de Manet renversent en tout point ces conventions en interrogeant notre observation des modèles féminins qui ne cachent pas leur nudité, et elles installent donc le «non absorbement». Au contraire d’une Vénus nue reposante, telle celle de Cabanel achetée par Napoléon&amp;nbsp;III la même année, le déshabillage de ces femmes ne peut être associé à une simple grivoiserie de salon ou à un quelconque prétexte mythologique, mais plutôt à un concret «travail» féminin complémentaire.&amp;nbsp;&lt;em&gt;Olympia&lt;/em&gt;&amp;nbsp;introduit dès lors des réactions scandalisées dans le public que les chroniqueurs retranscrivent, tel Chaumelin pour qui «tous ces gens-là ont l’air de nous dire: regardez-moi! Ils ne pensent pas à autre chose», ou Sensier qui s’amuse des effets sur les spectateurs: l’«insurrection armée dans le camp des bourgeois: c’est un verre d’eau glacée que chaque visiteur reçoit au visage lorsqu’il voit s’épanouir la belle courtisane» (cités par Fried, 2000: 165, 198). Lors de cette «affaire&amp;nbsp;Manet», Zola exprime en presse un soutien ravageur contre ces spectateurs déchaînés et publie même un ouvrage entièrement dédié à l’artiste:&lt;/p&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;66162&quot; view_mode=&quot;embed_medium&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;J’imagine que je suis en pleine rue et que je rencontre un attroupement de gamins qui accompagnent Édouard Manet à coups de pierres. Les critiques d’art –pardon, les sergents de ville– font mal leur office; ils accroissent le tumulte au lieu de le calmer, et même, Dieu me pardonne! il me semble que les sergents de ville ont d’énormes pavés dans leurs mains. Il y a déjà, dans ce spectacle, une certaine grossièreté qui m’attriste, moi passant désintéressé, d’allures calmes, et libres. (Zola, 1991: 142)&lt;/p&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;66163&quot; view_mode=&quot;embed_medium&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;66164&quot; view_mode=&quot;embed_medium&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;66165&quot; view_mode=&quot;embed_medium&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;66166&quot; view_mode=&quot;embed_medium&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;66167&quot; view_mode=&quot;embed_medium&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;p&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 0.8125rem;&quot;&gt;La revendication du vrai chez Zola entraîne nécessairement son soutien à Manet. La nudité accède en effet chez le peintre à la réalité suprême de la vie, notamment dans &lt;/span&gt;&lt;em style=&quot;font-size: 0.8125rem;&quot;&gt;Olympia&lt;/em&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 0.8125rem;&quot;&gt;: «J’ai dit chef-d’œuvre et je ne retire pas le mot. Je prétends que cette toile est véritablement la chair et le sang du peintre. Elle le contient tout entier et ne contient que lui.» (Zola, 1991) Cette chair du peintre devient donc la gouache même de la création, transmettant sa vie dans l’œuvre: «la femme nue du &lt;/span&gt;&lt;em style=&quot;font-size: 0.8125rem;&quot;&gt;Déjeuner sur l’herbe &lt;/em&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 0.8125rem;&quot;&gt;n’est là que pour fournir à l’artiste l’occasion de peindre un peu de chair.» (Zola, 1991: 159-160) Toutefois, son goût l’emporte avant tout vers une analyse purement esthétique des formes, des lignes et des nuances:&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;L’artiste placé en face d’un sujet quelconque, se laisse guider par ses yeux qui aperçoivent ce sujet en larges teintes se commandant les unes les autres. Une tête posée contre un mur, n’est plus qu’une tache plus ou moins blanche sur un fond plus ou moins gris; et le vêtement juxtaposé à la figure devient par exemple une tache plus ou moins bleue mise à côté de la tache plus ou moins blanche. (Zola, 1991: 151)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ce regard zolien précoce annonce en théorie ses souhaits dans le cycle des&amp;nbsp;&lt;em&gt;Rougon-Macquart&lt;/em&gt;: comme Manet, l’écrivain compte ne plus rien masquer du réel. Toutefois, les fragments du corps qui apparaissent dans cet extrait proviennent de personnages échangeables et indiscernables. La tête, le visage et les vêtements ne sont que des&amp;nbsp;taches, un agencement considéré uniquement entre les couleurs et les lignes abstraites. La volonté d’une représentation d’une vraie chair sera en effet plus malaisée plus tard, en raison de sa conscience de l’impasse de créer la vie. Cette description des toiles de Manet met ainsi à distance le corps vivant grâce au morcellement, qui rejoint déjà la mécanisation et la reproduction des fragments dans ses romans. Dans son article consacré aux fragments du corps dans l’art, Jocelyne Lupien confirme indirectement le paradoxe qui contaminera la théorie, la littérature, la critique d’art et la pratique photographique de Zola. L’historienne de l’art nous éclaire en comparant&amp;nbsp;&lt;em&gt;Olympia&lt;/em&gt;&amp;nbsp;avec&amp;nbsp;&lt;em&gt;Sainte Cécile&lt;/em&gt;&amp;nbsp;sculptée par Stefano Maderno à la fin du XVI&lt;span style=&quot;font-size: 9.75px; line-height: 0; position: relative; vertical-align: baseline; top: -0.5em;&quot;&gt;e&lt;/span&gt;&amp;nbsp;siècle:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 0.8125rem;&quot;&gt;[La] dureté [du regard d’Olympia] met à distance ce corps alors même que sa nudité semble au contraire vouloir tout en révéler. On a beau promener notre regard sur d’autres détails du tableau, c’est au regard particulier d’Olympia que nous revenons sans cesse. […] Le vêtement est aussi un outil formidable de représentation de l’image du corps […]. [Au contraire, Sainte Cécile] s’offre à la contemplation d’autrui, n’interposant pas son regard, ni son visage, ni son moi, contrairement à l’&lt;/span&gt;&lt;em style=&quot;font-size: 0.8125rem;&quot;&gt;Olympia&lt;/em&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 0.8125rem;&quot;&gt;&amp;nbsp;de Manet […]. La tête est même détournée, désaxée, par rapport à la position globale du corps. Cette Sainte-Cécile ne peut «voir» mais elle peut «être vue». […] Le caractère très tactile des vêtements ainsi que la visibilité des mains et des pieds dont la fonction est de palper les objets. (Lupien, 1993: 28-29)&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ce problème du regard installe un traitement ambigu du corps féminin chez Zola, aussi bien dans ses descriptions romanesques que dans son art photographique. De la théorie à une reproduction du réel, l’auteur démontre sa contradiction entre la chair qu’il loue chez Manet en critique d’art et ses propres descriptions qui la détournent grâce au morcellement opéré par les miroirs, les objets, ou encore les ébauches dessinées. Or, son goût tardif pour la photographie lui fait faire un grand pas vers la désincarnation. En effet, un cliché devait alors apparaître comme un aboutissement suprême dans la reproduction d’un être vivant. La fanatique «photomanie» de Zola engendre des milliers de prises de vue entre 1888 et 1902, tirées dans ses propres laboratoires. Faut-il y voir une libération de son impossible description des corps vivants? Rien n’est moins sûr. Dans sa prise de vue d’un paysage, les êtres humains sont minuscules ou secondaires; dans celle de ses proches au centre, ceux-ci jouent souvent une scène, une action posée ou immobile préparée par le photographe. Étonnamment, la plupart de ses portraits semblent plus proches des regards traditionnels en peinture et en photographie que de ses principes en critique d’art –en particulier ceux de Jeanne Rozerot et de leur fille Denise. Ces photographies mettent en effet en évidence une proximité de l’appareil; et pourtant, ces images reflètent des poses peu naturelles et réalistes ainsi qu’un regard absent, détaché de l’angle de l’objectif, et donc de l’œil du photographe, alors que la technique de cette époque ne nécessite plus une telle fixité.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Au-delà de la mise en scène, ces clichés zoliens s’éloignent ainsi d’un moment vivant et vrai pour le spectateur –or le spectateur de ces images est… Zola lui-même. La question du corps semble aller encore plus loin lorsque les photographies sont plus intimes, sans véritable costume. Massin remarque d’ailleurs que Zola a développé des portraits dans des «plans de trois quarts arrière, rares à cette époque» (1979: 147). Ceci implique en conséquence une création visuelle très personnelle, que Derain, par exemple, peindra vingt ans plus tard.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le visage de Denise, morcelé et évanescent, disparaît dans le noir qui l’entoure derrière et devant elle. Cette magnifique image semble uniquement laisser un fragment étincelant qui s’enfuit sous nos yeux. Le corps de Jeanne est quant à lui fragmenté sans le moindre découpage de la peau. La blancheur éclatante de son dos dans la lumière ressort du sombre qui l’entoure. Cet angle réussit également à absorber les autres parties du corps dans le noir, qui auraient pu sans cela détourner notre regard. Dans ces deux disparitions, les regards et les lèvres ne peuvent exprimer un quelconque sentiment ou une pensée sur la scène: elles suppriment ainsi tout moment précis et présent, et rendent ces corps éternels. Zola semble dès cette époque sentir le terrible «ça-a-été» de Roland Barthes dans la photographie, en tentant de ne pas fixer une image réelle «en chair et en os» dans un instant vivant, qui ne vit déjà plus dans l’immobilité de cette saisie d’une seconde passée (Barthes, 1980). Ces clichés zoliens pourraient même illustrer la dépréciation dans cette technique du «&lt;em&gt;hic et nunc&lt;/em&gt;» chez Walter Benjamin. Cette reproduction en série entraîne à la fois de l’admiration et de l’horreur, car elle parvient à rendre présent un parfait substitut de la chose, mais lui ôte par là même son essence, son «aura» quasi-cultuel: «&lt;em&gt;multipliant les exemplaires, elle substitue à son occurrence unique son existence en série&lt;/em&gt;» et&amp;nbsp;«parvient à standardiser l’unique&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref11_4kd6gqw&quot; title=&quot;Cette citation provient de la dernière version L’Œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique, en 1939.&amp;nbsp;(Benjamin, 2000: 276, 279; W. B. souligne)&quot; href=&quot;#footnote11_4kd6gqw&quot;&gt;11&lt;/a&gt;».&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Cette sensation que semblait ressentir également Zola lui offrait malgré tout un pis-aller de l’incapacité de donner la vie à un corps en littérature. La réponse de l’écrivain, dans une enquête du&amp;nbsp;&lt;em&gt;Mercure de France&lt;/em&gt; en 1898 sur les romans illustrés en photographie, n’est donc bien qu’en apparence étonnante: «J’aurais préféré ne pas répondre, car je ne crois guère au bon emploi ni au bon résultat de ce procédé. On tombera tout de suite dans le nu.» (Ibels, 1898: 115) Ce photographe passionné dissocie clairement les clichés de la littérature, car les mots ne relèvent pas du même rapport au temps et à l’image. Son évocation finale du «nu» souligne au-delà de la pornographie la valeur peu féconde de ces images du corps, en ôtant toute leur vie dans notre imagination&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref12_comc1zd&quot; title=&quot;Nous nous associons sur ce point avec la belle réflexion de Charles Grivel sur le rapport ambigu de Zola avec la photographie, y compris dans cette enquête: «il sait donc de quoi il parle et met le doigt&amp;nbsp;à la fois&amp;nbsp;sur une réalité qu’il accomplit littérairement et sur une réalité photographique qu’il récuse: le “nu” signe l’acquiescement de l’esprit à l’imprégnation malheureuse qui lui vient du réel.» (Grivel, 2004: 31-60; voir également Grivel, 1999)&quot; href=&quot;#footnote12_comc1zd&quot;&gt;12&lt;/a&gt;. L’impossible création d’un corps en chair dans tout art provoque un désespoir de Zola, constat commun chez Rodenbach, qui en tire cependant une rivalité entre la photographie et la littérature.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;strong&gt;Rodenbach face au corps vivant inatteignable: la domination de l’écriture symboliste sur le réel illusoire de la photographie&lt;/strong&gt;&lt;/h3&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;66168&quot; view_mode=&quot;embed_medium&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;66170&quot; view_mode=&quot;embed_medium&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;66173&quot; view_mode=&quot;embed_medium&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;p&gt;Bien qu’il soit conscient de l’incapacité de créer une vraie chair vivante, Rodenbach s’en affranchit. L’auteur fait de ce dilemme le sujet-même de &lt;em&gt;Bruges-la-Morte&lt;/em&gt;, devenant la mise en abyme d’un combat stylistique entre l’écriture et les photographies dans ce roman. Lors de l’enquête du&amp;nbsp;&lt;em&gt;Mercure de France&lt;/em&gt; sur les illustrations, Rodenbach estime que celles-ci sont «ingénieus[es]» (1892&amp;nbsp;:113); cependant, il ajoute des propos plus proches de Mallarmé en indiquant une exception: «un lecteur un peu subtil aima toujours s’imaginer lui-même les personnages puisqu’un livre n’est qu’un point de départ, un prétexte et un canevas à rêves.» Il estime que «dans les romans de vie moderne, ce sera un élément de réalité, un document de plus». Or, en quelques mots, l’écrivain démontre par la suite le cas particulier des corps photographiés. En effet, le plaisir ne proviendrait pas d’un corps entier dans une scène immobile, mais uniquement de fragments plus ou moins cachés, créant alors des songes chimériques:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Si le sujet est galant, les illustrations représentatives d’attitudes et de gestes intimes, il y aura une secrète excitation à savoir que tels beaux bras, tel visage voluptueux, telle gorge entrevue, existent réellement quelque part… Et, en résumé, tout dépendra des photographies et dépendra des lecteurs.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Bien que la suite relève d’une boutade, la conclusion de Rodenbach sur sa propre lecture introduit d’emblée un combat entre l’art littéraire et la photographie: «Quant à moi, vous comprendrez que je m’intéresse principalement au texte, surtout quand il est de vous.» Et en effet, les illustrations tirées de cartes postales dans &lt;em&gt;Bruges-la-Morte&lt;/em&gt; représentent la ville sans&amp;nbsp;êtres humains. Elles utilisent ainsi des reflets de l’eau sans vague des canaux de Bruges, une dominance des bâtiments en pierre, voire un gros plan d’un monument, notamment des églises. Cet ensemble entraîne une réalité, certes, mais une réalité sans la moindre illusion d’un quelconque mouvement.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 0.8125rem;&quot;&gt;Deux exceptions dans les trente-cinq illustrations ne cachent pas la présence de personnes vivantes nettement visibles, qui deviennent cependant de simples «i», si inexistants qu’ils confirment presque ainsi la négation de la vie dans ces illustrations choisies. L’apparent contre-exemple du «i» ne pourrait en réalité mieux démontrer la disparition des êtres humains: le contraste noir-blanc souligné, la raideur de la personne, son rôle de perspective aux côtés de la ligne du chemin, son écho de la statue… L’ensemble ne pourrait mieux renforcer l’immobilité d’un mannequin chez cet homme. Dans le second contre-exemple, un homme s’avère au départ invisible bien qu’il soit au plus gros plan. Un pêcheur échappe à notre premier regard: situé à la limite de l’image, accolé au cadre, dans une tenue claire, les lignes de son corps se perdent dans celles de la barrière. Cette perspective vers la ville entraîne également le mouvement de&amp;nbsp;notre regard, laissant de côté cet homme. Ces deux êtres signalent finalement plus que tout la disparition humaine dans ces images.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;On pourrait voir une contradiction dans un dernier exemple comprenant des nonnes qui se rendent à l’église. Pour la première fois, des corps sont vus de près, dans une image toutefois perturbante. Entièrement recouverts, ils laissent uniquement voir des visages relativement proches saisis lors d’un mouvement, et pourtant… Cette image possède une profondeur de champ trop précise et nette; et paradoxalement, être moins exact aurait rendu ce cliché plus naturel. Cette illustration semble dès lors moins réelle que les autres photographies sans vie, et ressemble plus à un tableau de Muenier qu’à un vrai moment dans la ville&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref13_qzn6h97&quot; title=&quot;Jules-Alexis Muenier appartient au «mouvement naturaliste» de la fin du XIXe siècle –peinture que Zola goûtait peu. Ce peintre réalisait des œuvres troublantes réalisées à partir de mises en scène photographiques. Cet art cherchait à rivaliser avec leur exactitude, sans grand changement dans le tableau. Voir sur ce point l’ouvrage issu d’une exposition du musée Courbet, À l’épreuve du réel. Les peintres et la photographie au XIXe siècle. (Delmas, 2012)&quot; href=&quot;#footnote13_qzn6h97&quot;&gt;13&lt;/a&gt;. Xavier Fontaine a récemment confirmé cette impression en ayant trouvé la source de cette copie, le tableau de Louis Tytgadt (Fontaine, 2015), cas unique dans ce livre. Ces corps ne peuvent en aucun cas nous donner l’impression d’un vivant face à l’appareil photo.&lt;/p&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;66172&quot; view_mode=&quot;embed_medium&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;66175&quot; view_mode=&quot;embed_medium&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;66176&quot; view_mode=&quot;embed_medium&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;66177&quot; view_mode=&quot;embed_medium&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;p&gt;À cette absence d’humanité et de rythme s’ajoute la mise en retrait de la nature par une raréfaction des arbres qui sont soit cantonnés dans les angles, soit situés au loin, devenant de simples lignes et taches en noir et blanc. Deux clichés se différencient toutefois en mettant ces arbres plus en avant, mais les faisant uniquement devenir le cadre de l’image située derrière. Cette nature utilisée devient un simple encadrement situé en tête du livre, comme si ce roman était en réalité le sujet à représenter allégoriquement. Bien que l’organisation de ces images en collaboration avec Rodenbach ne soit pas prouvée, celle-ci indique un fort lien entre la photographie et la littérature chez lui: la tonalité des paysages de Bruges, les teintes en noir et blanc, le silence&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref14_87sndu7&quot; title=&quot;Voir par exemple la présentation de Jean-Pierre Bertrand et Daniel Grojnowski dans leur édition critique de Bruges-la-Morte&amp;nbsp;(Bertrand et Grojnowski, 1998). Paul Edwards analyse quant à lui les symboles de ces illustrations dans Soleil noir. Photographie et littérature des origines au surréalisme. (Edwards, 2008: 33-56)&quot; href=&quot;#footnote14_87sndu7&quot;&gt;14&lt;/a&gt;, mais sans vie. Le malaise zolien face à la représentation du corps trouve donc des échos dans ce roman de Rodenbach, mais celui-ci ne lance pas de tentative pour substituer les portraits photographiques à l’échec littéraire. Au contraire, les clichés deviennent un outil subordonné soulignant l’écriture même du roman. L’auteur lui-même confirme cette idée dans l’avant-propos de &lt;em&gt;Bruges-la-Morte&lt;/em&gt;, en évoquant les images comme décor reproduit: une «ombre des hautes tours allongée sur le texte.» (Rodenbach, 1892: II) Ces lignes architecturales ne sont que des lettres qui créent tout. Un double de cette mise en abyme commandée par l’écriture est celle de la disparition des êtres: les photographies sans vivant imitent ainsi le thème central du roman.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans&amp;nbsp;&lt;em&gt;Bruges-la-Morte&lt;/em&gt;, l’obsession d’Hugues Vian pour le corps de sa femme défunte restreint celle-ci à un simple fragment, sa tresse de cheveux. Cette dépouille est plus importante que tout portrait car elle laisse l’illusion d’une métonymie vivante de son épouse. L’idéalisation de ce fragment du corps sans chair permet au héros d’espérer faire renaître sa femme à travers la jeune danseuse, Jane, en raison d’une surprenante gémellité. Celle-ci ne devrait dès lors être qu’une copie immobile et silencieuse de l’autre femme. Or, face à cet échec de création d’un double vivant, le fragment de la chevelure devient donc plus vrai, plus vivant que la reproduction d’une femme trop vulgaire, qui semble ainsi moins réelle. Dans le goût du fragment de ce roman, entre réel et symbolisme, l’inconscient du héros semble rejoindre spéculairement la difficulté de tout écrivain face aux images du corps.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Hugues Vian est en effet enfermé dans son deuil, en dehors du monde dans son appartement aux fenêtres recouvertes par rideaux de crêpe. La vénération de sa femme sans vie, mais aussi sans nom, s’exprime également dans une création d’écrin. Nouveau miroir de l’enfermement, cette salle de recueil contient le plus grand «trésor» allant au-delà des portraits peints ou photographiés de l’épouse étant pourtant «comme des&amp;nbsp;reliquaires» (Rodenbach, 1892: 88-90): une natte coupée de sa chevelure «jaune d’ambre». La servante, Barbe, unique présence dans l’appartement, ne peut la toucher. Cette partie du corps devient ainsi à elle seule le visage et l’identité métonymiques de la morte. Or, ce fragment n’est pas de chair, ce qui lui permet de dépasser la disparation de la vie, d’où sa puissance. La chevelure parvient dès lors à ouvrir des rêves hors du temps et dépasse tout dessin, toute image, car l’écriture engendre une imagination débridée&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref15_om5ix8d&quot; title=&quot;L’imagination fétichiste des cheveux s’avère célèbre dans la littérature du XIXe siècle, par exemple chez Maupassant et Baudelaire. Sa présence dans des chroniques de presse –en particulier celles de Félix Fénéon au début du XXe siècle– a d’ailleurs inspiré l’art photographique de Delphine Balley. Cette image de la force de la littérature à l’inverse d’images photographiques avait d’ailleurs été évoquée par Rodenbach sur sa lecture dans l’enquête du&amp;nbsp;Mercure de France. (Ibels, 1898: 113)&quot; href=&quot;#footnote15_om5ix8d&quot;&gt;15&lt;/a&gt;. Comme démonstration de cette idée dans &lt;em&gt;Bruges-la-Morte&lt;/em&gt;, le fragment du corps n’était pas, volontairement, dans un «coffret obscur» (Rodenbach, 1892: 11), Hugues ayant peur d’enfermer à nouveau sa femme dans un tombeau. Le choix presque systématique de mots féminins, «chevelure», «natte» ou «tresse», en arrive quant à lui à faire se confondre le fragment et la femme sans nom dans les pronoms personnels «elle». Et pourtant, l’échec de cette illusion d’une reproduction du corps dans la «vraie vie» arrive très tôt.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Pour protéger cette tresse, Hugues prévoit de la «mettre sous verre, écrin transparent, boîte de cristal». (Rodenbach, 1892: 12) Cet enchâssement ajoute une nouvelle multiplication des cadres: fragment emprisonné dans un écrin lui-même enfermé dans la pièce interdite aux autres dans un appartement solitaire, installé dans un immeuble situé dans une ville contenant des cloîtres de nonnes recouvertes et séparées du monde –Bruges étant elle-même une forteresse enclavée par des canaux. Cette mise à distance permanente du corps se retrouve dans deux illustrations. Celles-ci semblent devenir le mimétisme de cette écriture en accentuant à la fin du roman son jeu de poupées russes: l’existence du rien à l’intérieur des multiples écrins. Le cliché de la châsse de Sainte-Ursule de la ville comporte elle-même sa propre «illustration» dans la peinture de Memling. Or, ce thème pictural est consacré lui aussi à un objet sacré… Encore un double, elle est l’image même de l’écriture du roman. De manière identique, le cliché de la châsse du Saint-Sang de Bruges semble encore un écho de cette idée. Le mot «sang» exprime à lui seul une allégorie oxymorique entre la vie et l’écoulement de la vie en dehors du corps. La dénomination «Saint-Sang» du Christ reprend la croyance de l’éternité; mais cette châsse symbolise dès lors la relique de la femme que son mari place involontairement dans une tombe –le coffret contenant des fragments du corps. Comme l’épouse, les deux fragments présents dans ces châsses sont séparés du monde extérieur et enfermés dans un coffret orné en métal ou en bois. Le reliquaire du Saint-Sang superpose également un cadre supplémentaire, puisque sa boîte contenant le fragment est ensachée à nouveau dans un baldaquin. Ces châsses photographiées multiplient donc les cadres en gigogne du roman, en ajoutant ces nouveaux cercles à l’intérieur d’autres cadres: une reproduction photographique située dans le cadre de la feuille, que l’auteur désigne lui-même «intercal[ée] entre les pages» (Rodenbach, 1892: II), elle-même enfermée à l’intérieur du livre: cet infini troublant fait disparaître toute chair, désincarnation sans fin dans toute création.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La photographie ne dépasse donc pas l’écriture littéraire mais la seconde dans le roman, en devenant elle aussi une frontière entre la chair vivante et son immatérialité dans l’art. Les deux objets sacrés semblent conçus pour illustrer à l’avance la fin du roman. Ces pendants dupliquent le contenu saint de la vie de l’épouse dans le coffret, et permettent dès lors à Hugues d’ouvrir les yeux sur son erreur de vouloir transformer lui-même sa défunte en un vrai être vivant, à travers Jane. Comme dans un reliquaire, cette femme idolâtrée est invisible, inatteignable; elle ne peut qu’être &lt;em&gt;re-présentée&lt;/em&gt; comme le fait Memling avec la sainte Ursule, et non &lt;em&gt;recréée&lt;/em&gt; –illusion qui mènera Claude Lantier à la mort chez Zola.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Cette reproduction physique entretenue par Hugues rencontre les premiers «morcellements» de sa chimère, annonçant l’&lt;em&gt;explicit&amp;nbsp;&lt;/em&gt;du roman. En pouvant enfin pénétrer pour la première fois dans l’appartement, la danseuse entre dans le monde construit de la défunte, refuse de porter les vêtements de la défunte tout en découvrant son utilité de copie dans les images de cette dernière. De même, lorsqu’elle réussit à ouvrir la fenêtre de ce cloître pour assister à la procession de Saint-Sang portant la châsse dans toute la ville, ce spectacle offre à Hugues une image spéculaire de son propre subterfuge. En effet, des jeunes gens «incarnent» dans la rue des êtres disparus, les saints, chose qui fait apparaître dans les yeux du héros le sens originaire d’une «incarnation»: «On aurait dit que s’étaient faits chair et animés par un miracle.» (Rodenbach, 1892: 210) Cette procession lui offre donc enfin la conscience de son erreur, car celle-ci est bien une &lt;em&gt;re-présentation&lt;/em&gt; et non l’action de faire &lt;em&gt;re-vivre&lt;/em&gt; un être disparu, car elle n’est qu’une mise en scène, comme la sienne avec Jane. Cette confusion entraîne alors la destruction du corps vivant, moins vrai que le fragment d’un corps décédé, la tresse, car le fétiche permet toujours, lui, de créer sa propre existence chimérique:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Les deux femmes s’étaient identifiées en une seule. Si ressemblantes dans la vie, plus ressemblantes dans la mort qui les avait faites de la même pâleur, il ne les distingua plus l’une de l’autre –unique visage de son amour. (Rodenbach, 1892: 220)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans la fin du roman, la chevelure fétichiste ne pouvait dès lors qu’être l’arme de l’étranglement de l’être vivant, Jane. Cette impossibilité de créer chez Hugues se confond ainsi spéculairement avec celle de toute œuvre d’art. Les images textuelles et photographiques de cette création littéraire mettent clairement en scène la conscience esthétique de Rodenbach du corps évanoui dans l’art. Elle entraîne alors un retournement du réalisme vers le symbolisme, démontrant la force du rêve face à la vraie vie. L’auteur développera cette idée en 1895:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Tel que la fille de Dibutade arrêtant le profil du fiancé parti, nous nous mîmes comme machinalement à tracer des mots, des rythmes, des images, des livres qui fussent la ressemblance de la petite patrie, cette petite patrie de la Flandre que nous n’avons recréée et ressuscitée pour nous, dans le mensonge de l’art […]. On n’aime bien que ce qu’on n’a plus. Le propre d’un art un peu noble, c’est le rêve, et ce rêve ne va qu’à ce qui est loin, absent, disparu, hors d’atteinte. (Rodenbach: 138)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Or, l’auteur avait composé, après le décès de ses sœurs et de son père, un poème en hommage à sa mère, intitulé «Le coffret». L’ode nous apprend qu’elle garde dans un «tiroir secret de sa commode»,&amp;nbsp;un «petit coffre en fer rouillé» qu’elle ne lui a «fait voir que deux fois». Elle devient le double prémonitoire d’Hugues Vian, en y déposant des fragments décharnés comme souvenirs, allégorisant les êtres morts: «comme un cercueil, la boîte est funèbre et massive,/Et contient les cheveux de ses parents défunts.» (Rodenbach, 1879: 9-10) Rodenbach réalise étonnamment lui aussi son propre coffret, tout comme sa mère et Hugues Vian; et pourtant, ses proches défunts ainsi que sa mère encore vivante, sont incrustés à l’intérieur d’un coffret irréel et dématérialisé: la clôture du poème contient des mots, des êtres sans corps, éternels dans l’esprit de tout lecteur, à savoir le pouvoir de l’écriture.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les fragments des corps soulignent aussi bien chez Zola et que chez Rodenbach l’impossibilité de créer littérairement un véritable être vivant. Tout désir de la chair n’est nécessairement qu’un «aperçu», imaginé et non réel –d’où ces rapports ambigus avec la photographie. Ce dilemme aboutit chez l’un à se replier sur les morcellements, quand l’autre s’y confronte en les faisant s’envoler du réel. Comme nous l’avons vu, le malheur conscient de l’impénétrabilité de la vraie chair vivante envenime les représentations zoliennes de corps détachés, aussi bien dans &lt;em&gt;Les Rougon-Macquart&lt;/em&gt; que dans sa critique d’art et sa pratique photographique. Au contraire, Rodenbach transforme l’hermétisme du réel en chair et en os en&amp;nbsp;objet de création virevoltant, mettant l’écriture face à elle-même.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;h2&gt;Bibliographie&lt;/h2&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/la-chambre-claire-notes-sur-la-photographie&quot; id=&quot;node-55879&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Barthes, Roland. 1980.&amp;nbsp;&lt;em&gt;La chambre claire: Notes sur la photographie&lt;/em&gt;. Paris : Gallimard, «&amp;nbsp;Le Seuil&amp;nbsp;», 192 pages p.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/loeuvre-dart-a-lere-de-sa-reproductibilite-technique&quot; id=&quot;node-54129&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Benjamin, Walter. 1935.&amp;nbsp;&lt;em&gt;L&#039;oeuvre d&#039;art à l&#039;ère de sa reproductibilité technique&lt;/em&gt;.&amp;nbsp;Oeuvres II.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/presentation-4&quot; id=&quot;node-65483&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Bertrand, Jean-Pierre&amp;nbsp;et&amp;nbsp;Daniel&amp;nbsp;Grojnowski. 1998.&amp;nbsp;«&amp;nbsp;Présentation&amp;nbsp;», dans&amp;nbsp;&lt;em&gt;Bruges-la-Morte, Rodenbach, George&lt;/em&gt;. Paris : GF-Flammarion, p. 7-44.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/pieces-detachees-a-propos-du-personnage-dans-au-bonheur-des-dames&quot; id=&quot;node-65485&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Borderie, Régine. 2005.&amp;nbsp;«&amp;nbsp;Pièces détachées: à propos du personnage dans &quot;Au Bonheur des dames&quot;&amp;nbsp;», dans&amp;nbsp;Vincent&amp;nbsp;Jouve&amp;nbsp;et&amp;nbsp;Pagès, Alain&amp;nbsp;(dir.),&lt;em&gt;&amp;nbsp;Les Lieux du réalisme. Pour Philippe Hamon&lt;/em&gt;. Paris : Éditions L’improviste-Presses de la Sorbonne nouvelle, p. 249-260.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/dans-lombre-de-loeuvre-lenfant-mort&quot; id=&quot;node-65486&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Cnockaert, Véronique. 1998.&amp;nbsp;«&amp;nbsp;Dans l&#039;ombre de l&#039;oeuvre: &quot;L&#039;enfant mort&quot;&amp;nbsp;».&amp;nbsp;&lt;em&gt;Cahiers naturalistes&lt;/em&gt;, 72, p. 351-361.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/a-lepreuve-du-reel-les-peintres-et-la-photographie-au-xixe-siecle&quot; id=&quot;node-65488&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Delmas, Julie. 2012.&amp;nbsp;&lt;em&gt;À l’épreuve du réel. Les peintres et la photographie au XIXe siècle.&lt;/em&gt; Lyon : Éditions Fage, 182 p.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/salon-de-1763&quot; id=&quot;node-65489&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Diderot, Denis. 1763.&amp;nbsp;«&amp;nbsp;Salon de 1763&amp;nbsp;», dans&amp;nbsp;Michel&amp;nbsp;Delon&amp;nbsp;(dir.),&amp;nbsp;&lt;em&gt;Salons, Delon, Michel&lt;/em&gt;. Paris : Gallimard, «&amp;nbsp;Folio classique&amp;nbsp;», p. 608.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/salon-de-1765&quot; id=&quot;node-65490&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Diderot, Denis. 1765.&amp;nbsp;«&amp;nbsp;Salon de 1765&amp;nbsp;», dans&amp;nbsp;Michel&amp;nbsp;Delon&amp;nbsp;(dir.),&amp;nbsp;&lt;em&gt;Salons, Delon, Michel&lt;/em&gt;. Paris : Gallimard, «&amp;nbsp;Folio classique&amp;nbsp;», p. 608.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/soleil-noir-photographie-et-litterature-des-origines-au-surrealisme&quot; id=&quot;node-65491&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Edwards, Paul. 2008.&amp;nbsp;Soleil noir. &lt;em&gt;Photographie et littérature des origines au surréalisme.&lt;/em&gt; Rennes : Presses Universitaires de Rennes, 565 p.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/zola-photographe&quot; id=&quot;node-65384&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Émile-Zola, François&amp;nbsp;et&amp;nbsp;Robert&amp;nbsp;Massin. 1979.&amp;nbsp;&lt;em&gt;Zola photographe&lt;/em&gt;. Paris : Denoël.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/la-photo-mystere-de-bruges-la-morte&quot; id=&quot;node-65493&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Fontaine, Xavier. 2015.&amp;nbsp;«&amp;nbsp;La photo mystère de Bruges-la-Morte&amp;nbsp;», dans&amp;nbsp;Jean-Pierre&amp;nbsp;Montier&amp;nbsp;(dir.),&amp;nbsp;&lt;em&gt;Transactions photolittéraires.&lt;/em&gt; Rennes : Presses Universitaires de Rennes, p. 137-157.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/le-modernisme-de-manet-ou-le-visage-de-la-peinture-dans-les-annees-1860&quot; id=&quot;node-65495&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Fried, Michael. 1996.&amp;nbsp;«&amp;nbsp;Le modernisme de Manet ou Le visage de la peinture dans les années 1860&amp;nbsp;», dans&amp;nbsp;&lt;em&gt;Esthétique et origines de la peinture moderne&lt;/em&gt;,. Paris : Gallimard, «&amp;nbsp;NRF Essais&amp;nbsp;», t. 3, p. 414.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/le-roman-mis-a-nu-par-la-photographie-meme&quot; id=&quot;node-65496&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Grivel, Charles. 1999.&amp;nbsp;«&amp;nbsp;Le Roman mis à nu par la photographie, même&amp;nbsp;».&amp;nbsp;&lt;em&gt;Romantisme&lt;/em&gt;, 105, p. 145-155.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/zola-photogenese&quot; id=&quot;node-65497&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Grivel, Charles. 2004.&amp;nbsp;«&amp;nbsp;Zola photogénèse&amp;nbsp;».&amp;nbsp;&lt;em&gt;Études photographiques&lt;/em&gt;, 15, p. 31-60.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/le-personnel-du-roman-le-systeme-des-personnages-dans-les-rougon-macquart-demile-zola&quot; id=&quot;node-65387&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Hamon, Philippe. 1983.&amp;nbsp;&lt;em&gt;Le Personnel du roman: Le système des personnages dans les &quot;Rougon-Macquart&quot; d&#039;Émile Zola&lt;/em&gt;. Genève : Droz.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/expositions-litterature-et-architecture-au-xixe-siecle&quot; id=&quot;node-65225&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Hamon, Philippe. 1989.&amp;nbsp;&lt;em&gt;Expositions: littérature et architecture au XIXe siècle.&lt;/em&gt; Paris : José Corti, 200 p.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/enquete-sur-le-roman-illustre-par-la-photographie&quot; id=&quot;node-65499&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Ibels, André. 1898.&amp;nbsp;«&amp;nbsp;Enquête sur le roman illustré par la photographie&amp;nbsp;».&amp;nbsp;&lt;em&gt;Mercure de France&lt;/em&gt;, vol. XXV, p. 97-115.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/le-corps-morcele-lenveloppe-epidermique-et-le-vetement-comme-forme-derotisation-dans-lart&quot; id=&quot;node-65501&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Lupien, Jocelyne. 1993.&amp;nbsp;«&amp;nbsp;Le corps morcelé: l’enveloppe épidermique et le vêtement comme forme d’érotisation dans l’art&amp;nbsp;».&amp;nbsp;&lt;em&gt;Espace: Art actuel&lt;/em&gt;, vol. 23, p. 25-29.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/zola-ou-la-fenetre-condamnee-la-crise-de-la-representation-dans-les-rougon-macquart&quot; id=&quot;node-65503&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Piton-Foucault, Émilie. 2015.&amp;nbsp;&lt;em&gt;Zola ou la Fenêtre condamnée. La crise de la représentation dans &quot;Les Rougon-Macquart&quot;&lt;/em&gt;. Rennes : Presses Universitaires de Rennes, 1064 p.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/nana-ou-linexistence-dune-ecriture-allegorique&quot; id=&quot;node-65504&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Reverzy, Éléonore. 1999.&amp;nbsp;«&amp;nbsp;Nana, ou l’inexistence. D’une écriture allégorique&amp;nbsp;».&amp;nbsp;&lt;em&gt;Cahiers naturalistes&lt;/em&gt;, 73, p. 167-180.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/la-chair-de-lidee-poetique-de-lallegorie-dans-les-rougon-macquart&quot; id=&quot;node-65505&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Reverzy, Éléonore. 2007.&amp;nbsp;&lt;em&gt;La Chair de l’idée. Poétique de l’allégorie dans &quot;Les Rougon-Macquart&quot;&lt;/em&gt;. Genève : Droz, 264 p.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/les-tristesses-poesies&quot; id=&quot;node-65506&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Rodenbach, Georges. 1879.&amp;nbsp;&lt;em&gt;Les Tristesses. Poésies.&lt;/em&gt; Paris : Alphonse Lemerre, 122 p.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/bruges-la-morte&quot; id=&quot;node-62092&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Rodenbach, Georges. 1892.&amp;nbsp;&lt;em&gt;Bruges-la-Morte&lt;/em&gt;. Paris : Flammarion.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/paris-et-les-petites-patries&quot; id=&quot;node-65507&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Rodenbach, Georges. 1895 [04/1895apr. J.-C.].&amp;nbsp;«&amp;nbsp;Paris et les petites patries&amp;nbsp;».&amp;nbsp;&lt;em&gt;La Revue, supplément de La Revue encyclopédique&lt;/em&gt;&amp;nbsp;, p. 137-138.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/le-sourire-du-sphinx-zola-et-lenigme-de-la-feminite&quot; id=&quot;node-54511&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Schor, Naomi. 1976.&amp;nbsp;«&amp;nbsp;Le sourire du sphinx: Zola et l&#039;énigme de la féminité&amp;nbsp;».&amp;nbsp;&lt;em&gt;Romantisme&lt;/em&gt;, 13-14, p. 183-196.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/edouard-manet-etude-biographique-et-critique&quot; id=&quot;node-65508&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Zola, Émile. 1867.&amp;nbsp;«&amp;nbsp;Édouard Manet, étude biographique et critique&amp;nbsp;», dans&amp;nbsp;Jean-Pierre&amp;nbsp;Leduc-Adine&amp;nbsp;(dir.),&amp;nbsp;&lt;em&gt;Écrits sur l&#039;art.&lt;/em&gt; Paris : Gallimard, «&amp;nbsp;Tel&amp;nbsp;», p. 523.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/le-ventre-de-paris&quot; id=&quot;node-2000&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Zola, Émile. 1873.&amp;nbsp;&lt;em&gt;Le Ventre de Paris&lt;/em&gt;. Paris : Gallimard, 470 p.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/nana-0&quot; id=&quot;node-60978&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Zola, Émile. 1880.&amp;nbsp;&lt;em&gt;Nana&lt;/em&gt;. Paris : Fasquelle , 469 p.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/au-bonheur-des-dames&quot; id=&quot;node-2002&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Zola, Émile. 1883.&amp;nbsp;&lt;em&gt;Au bonheur des dames&lt;/em&gt;. Paris : Gallimard, 244 p.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/loeuvre&quot; id=&quot;node-2370&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Zola, Émile. 1886.&amp;nbsp;&lt;em&gt;L’Œuvre&lt;/em&gt;. Paris : Pocket, 492 p.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;

&lt;section  class=&quot;footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed&quot; data-collapsible-show-label=&quot;Notes&quot; data-collapsible-hide-label=&quot;Notes&quot;&gt;&lt;ul class=&quot;footnotes collapsible-content&quot;&gt;&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote1_0t74l6l&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref1_0t74l6l&quot;&gt;1.&lt;/a&gt; Consulter les ouvrages de Philippe Hamon, &lt;em&gt;Le Personnel du roman. Le système des personnages dans &lt;/em&gt;Les Rougon-Macquart &lt;em&gt;d’Émile Zola&lt;/em&gt; et&lt;em&gt; Expositions. Littérature et architecture au dix-neuvième siècle&lt;/em&gt;. (Hamon, 1998;1989) &lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote2_ln32smh&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref2_ln32smh&quot;&gt;2.&lt;/a&gt; Voir sur ce point l’article de Naomi Schor, «Le sourire du sphinx: Zola et l’énigme de la féminité» (Schor, 1976).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote3_1at9dmx&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref3_1at9dmx&quot;&gt;3.&lt;/a&gt; Nous vous renvoyons sur ce point aux travaux d’Éléonore Reverzy dans &lt;em&gt;La Chair de l’idée. Poétique de l’allégorie dans &lt;/em&gt;Les Rougon-Macquart, et l’article «Nana, ou l’inexistence. D’une écriture allégorique.» (Reverzy, 2007;1999)&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote4_apxjxsk&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref4_apxjxsk&quot;&gt;4.&lt;/a&gt; Sauf mention contraire, nous ajoutons les séquences soulignées ou en italique dans les citations.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote5_wgmw2io&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref5_wgmw2io&quot;&gt;5.&lt;/a&gt; Zola, 1960: 800-801. Voir l’analyse picturale de cette charcuterie dans notre ouvrage &lt;em&gt;Zola ou la fenêtre condamnée. La crise de la représentation dans &lt;/em&gt;Les Rougon-Macquart. (Piton-Foucault, 2015: 926-929&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote6_ce1orsf&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref6_ce1orsf&quot;&gt;6.&lt;/a&gt; «Tiens, là, sous &lt;em&gt;le &lt;/em&gt;sein gauche, eh bien! &lt;em&gt;c’est &lt;/em&gt;joli comme tout. &lt;em&gt;Il y a des &lt;/em&gt;petites veines qui bleuissent, qui donnent à &lt;em&gt;la &lt;/em&gt;peau une délicatesse de ton exquise… Et là, &lt;em&gt;au renflement de la hanche&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;cette &lt;/em&gt;fossette où l’ombre se dore, un régal!… Et là, sous &lt;em&gt;le &lt;/em&gt;modelé si gras &lt;em&gt;du &lt;/em&gt;ventre, &lt;em&gt;ce &lt;/em&gt;trait pur &lt;em&gt;des &lt;/em&gt;aines, une pointe à peine de carmin dans de l’or pâle…» (Zola, 1966: 241)&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote7_b6n2781&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref7_b6n2781&quot;&gt;7.&lt;/a&gt; Voir, concernant cette question picturale du fils, l’article de Véronique Cnockaert, «Dans l’ombre de l’oeuvre: &lt;em&gt;L’enfant mort&lt;/em&gt;» (Cnockaert, 1998) &lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote8_akma2ak&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref8_akma2ak&quot;&gt;8.&lt;/a&gt; Cette tête cachée peut en effet nous faire penser au film&amp;nbsp;&lt;em&gt;La Sentinelle&lt;/em&gt; réalisé par Arnaud Desplechin, un personnage envoûté par un paquet qu&#039;il n&#039;ouvre pas, bien qu&#039;il le sente contenir une tête humaine momifiée.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote9_osuaz9w&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref9_osuaz9w&quot;&gt;9.&lt;/a&gt; Étapes du récit: la découverte du corps de Christine dans l&#039;&lt;em&gt;incipit&lt;/em&gt;; l&#039;embryon de la naissance d&#039;un grand tableau, avorté; l&#039;autre embryon épuisé dès sa naissance, son fils allant déjà vers la mort; le corps de Claude qui le rejoint comme ses oeuvres disparues (&lt;em&gt;explicit&lt;/em&gt;). &lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote10_pgbsk38&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref10_pgbsk38&quot;&gt;10.&lt;/a&gt; Ces derniers propos utilisés expriment encore des expressions figées issues du corps lorsque Bongrand et Sandoz évoquent leur désespoir: le premier considère que cette impossibilité artistique les tuerait s’ils «ne ten[aient] pas si fort à [leur] peaux», quand le second déplore qu’ils ne puissent rien créer en n’étant que «des reproducteurs débiles, autant vaudrait-il [se] casser la tête tout de suite.»&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote11_4kd6gqw&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref11_4kd6gqw&quot;&gt;11.&lt;/a&gt; Cette citation provient de la dernière version &lt;em&gt;L’Œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique&lt;/em&gt;,&lt;em&gt; en 1939.&lt;/em&gt;&amp;nbsp;(Benjamin, 2000: 276, 279; W. B. souligne)&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote12_comc1zd&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref12_comc1zd&quot;&gt;12.&lt;/a&gt; Nous nous associons sur ce point avec la belle réflexion de Charles Grivel sur le rapport ambigu de Zola avec la photographie, y compris dans cette enquête: «il sait donc de quoi il parle et met le doigt&amp;nbsp;&lt;em&gt;à la fois&lt;/em&gt;&amp;nbsp;sur une réalité qu’il accomplit littérairement et sur une réalité photographique qu’il récuse: le “nu” signe l’acquiescement de l’esprit à l’imprégnation malheureuse qui lui vient du réel.» (Grivel, 2004: 31-60; voir également Grivel, 1999)&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote13_qzn6h97&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref13_qzn6h97&quot;&gt;13.&lt;/a&gt; Jules-Alexis Muenier appartient au «mouvement naturaliste» de la fin du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle –peinture que Zola goûtait peu. Ce peintre réalisait des œuvres troublantes réalisées à partir de mises en scène photographiques. Cet art cherchait à rivaliser avec leur exactitude, sans grand changement dans le tableau. Voir sur ce point l’ouvrage issu d’une exposition du musée Courbet, &lt;em&gt;À l’épreuve du réel. Les peintres et la photographie au XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;&lt;/em&gt; &lt;em&gt;siècle.&lt;/em&gt; (Delmas, 2012)&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote14_87sndu7&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref14_87sndu7&quot;&gt;14.&lt;/a&gt; Voir par exemple la présentation de Jean-Pierre Bertrand et Daniel Grojnowski dans leur édition critique de &lt;em&gt;Bruges-la-Morte&lt;/em&gt;&amp;nbsp;(Bertrand et Grojnowski, 1998). Paul Edwards analyse quant à lui les symboles de ces illustrations dans &lt;em&gt;Soleil noir. Photographie et littérature des origines au surréalisme.&lt;/em&gt; (Edwards, 2008: 33-56)&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote15_om5ix8d&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref15_om5ix8d&quot;&gt;15.&lt;/a&gt; L’imagination fétichiste des cheveux s’avère célèbre dans la littérature du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle, par exemple chez Maupassant et Baudelaire. Sa présence dans des chroniques de presse –en particulier celles de Félix Fénéon au début du XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle– a d’ailleurs inspiré l’art photographique de Delphine Balley. Cette image de la force de la littérature à l’inverse d’images photographiques avait d’ailleurs été évoquée par Rodenbach sur sa lecture dans l’enquête du&amp;nbsp;&lt;em&gt;Mercure de France&lt;/em&gt;. (Ibels, 1898: 113)&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;/section&gt;&lt;/div&gt;
      &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;La chambre claire: Notes sur la photographie&lt;/div&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item odd&quot;&gt;L&amp;#039;oeuvre d&amp;#039;art à l&amp;#039;ère de sa reproductibilité technique&lt;/div&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;Présentation&lt;/div&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item odd&quot;&gt;Pièces détachées: à propos du personnage dans &amp;quot;Au Bonheur des dames&amp;quot;&lt;/div&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;Dans l&amp;#039;ombre de l&amp;#039;oeuvre: &amp;quot;L&amp;#039;enfant mort&amp;quot;&lt;/div&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item odd&quot;&gt;À l’épreuve du réel. Les peintres et la photographie au XIXe siècle&lt;/div&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;Salon de 1763&lt;/div&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;Soleil noir. Photographie et littérature des origines au surréalisme&lt;/div&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item odd&quot;&gt;Zola photographe&lt;/div&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;La photo mystère de Bruges-la-Morte&lt;/div&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item odd&quot;&gt;Le modernisme de Manet ou Le visage de la peinture dans les années 1860&lt;/div&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;Le Roman mis à nu par la photographie, même&lt;/div&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item odd&quot;&gt;Zola photogénèse&lt;/div&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;Le Personnel du roman: Le système des personnages dans les &amp;quot;Rougon-Macquart&amp;quot; d&amp;#039;Émile Zola&lt;/div&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item odd&quot;&gt;Expositions: littérature et architecture au XIXe siècle&lt;/div&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item odd&quot;&gt;Le corps morcelé: l’enveloppe épidermique et le vêtement comme forme d’érotisation dans l’art&lt;/div&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;Zola ou la Fenêtre condamnée. La crise de la représentation dans &amp;quot;Les Rougon-Macquart&amp;quot;&lt;/div&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item odd&quot;&gt;Nana, ou l’inexistence. D’une écriture allégorique&lt;/div&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item odd&quot;&gt;Édouard Manet, étude biographique et critique&lt;/div&gt;
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 <pubDate>Thu, 10 May 2018 00:31:31 +0000</pubDate>
 <dc:creator>Émilie Bauduin</dc:creator>
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<item>
 <title>Le Corps du mangeur dans «Les Rougon-Macquart»</title>
 <link>https://oic.uqam.ca/en/remix/le-corps-du-mangeur-dans-les-rougon-macquart</link>
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    &lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item clearfix even&quot;&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;66063&quot; view_mode=&quot;embed_large&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;p align=&quot;left&quot;&gt;Dans les vingt romans qui composent les&amp;nbsp;&lt;em&gt;Rougon-Macquart&lt;/em&gt;, Émile Zola n’a de cesse de présenter des personnages tiraillés entre le besoin vital de la faim et le maintien prescrit en société et ce, en prenant le corps de ces mangeurs comme témoin et pilier de la description. Or, les parties spécifiques de l’anatomie du mangeur qui sont soulignées au fil de la série témoignent, chacune à leur manière, d’une soumission du corps (humain et social) au manque ou à l’excès, de même qu’au désir, tout en offrant à voir les influences physiologiques des milieux sur les corps socialisés des mangeurs dans l’esprit naturaliste du XIX&lt;span style=&quot;font-size: 9.75px; line-height: 0; position: relative; vertical-align: baseline; top: -0.5em;&quot;&gt;e&lt;/span&gt;&amp;nbsp;siècle.&amp;nbsp;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;left&quot;&gt;Prendre en considération le corps du mangeur est justifié par les grands principes énoncés dans &lt;em&gt;Le Roman expérimental&lt;/em&gt;. Pour Zola, on le sait, le romancier s’intéresse désormais à «l’homme physiologique» (1971: 97), soumis, qui plus est, aux «influences du milieu» (1971: 74). Or le corps du mangeur révèle un besoin fondamental, la faim, auquel nul n’échappe, de même qu’il traduit la manière de le satisfaire, variable quant à elle, selon les catégories sociales.&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;left&quot;&gt;Les vingt romans des &lt;em&gt;Rougon-Macquart&lt;/em&gt; reprennent le motif de la faim sous toutes ses formes, selon les tempéraments des personnages et leur appartenance à telle ou telle classe de la société. Mais, par-delà la diversité, des constantes se dessinent qui permettent d’établir une cartographie du corps du mangeur, avec ses points d’ancrage récurrents, réclamés, on s’en doute, par la description du processus alimentaire. De plus, ne serait-ce que parce que le projet réaliste l’exige, représenter un tel corps implique que l’on tienne compte des usages sociaux, du (ou plutôt des) rituel(s) du repas, de son déroulement et des manières de table. Ainsi les observations du romancier ne sauraient être neutres parce que, en décrivant un corps qui mange, il met en jeu inévitablement et, pourrait-on dire, inconsciemment, les prescriptions d’un savoir-vivre, certes consignées dans les manuels spécialisés, mais plus généralement observées avec plus ou moins de bonheur par tout un chacun.&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;left&quot;&gt;Quelle image, donc, se dessine de ce corps tributaire à la fois du besoin (l’organique, le dedans, l’intime) et du maintien (la représentation, le dehors, l’autre)? Disons d’emblée que la description, dans le corpus romanesque choisi, procède par métonymie ou synecdoque, en ne visant pas un portrait exhaustif des mangeurs, mais en mettant en relief des parties spécifiques, le visage et les yeux, la bouche, les gestes et, ultimement, le ventre.&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;left&quot;&gt;Le sens a priori le plus éthéré, la vue, participe au processus de la consommation. Par le regard, et parfois, même, le visage tout entier, s’exprime le désir, voire le besoin de manger. Ainsi les convives de Saccard anticipent le plaisir à venir en ayant, à l’entrée de la salle à manger, «une expression de béatitude discrète» diffuse (Zola, 1960: 339). À l’autre bout de l’échelle sociale, les enfants affamés de Maheu regardent leur père manger: «leurs yeux suivaient chaque morceau, le regardaient pleins d’espoir partir de l’assiette et le voyaient d’un air consterné s’engouffrer dans la bouche» (Zola, 1964: 1229). Cette polarisation du regard est connotée de façon plus péjorative en cours de consommation, quand elle n’a plus l’excuse de la faim. Les convives de la noce de Gervaise qui «suiv[ent] des yeux l’apparition de tourtes aux godiveaux» (Zola, 1961: 452), les invités de sa fête qui «suivent les plats d’un œil oblique» (Zola, 1961: 576), la Grande, ce personnage de &lt;em&gt;La Terre&lt;/em&gt;, qui ne «quitt[e] pas les plats des yeux» (Zola, 1966: 524), ont en commun non pas une faim dévorante, pour l’heure déjà comblée par le début du repas, mais la peur de devoir partager, à leur détriment, avec leurs commensaux. La négation d’autrui, de la convivialité, est encore plus manifeste quand l’inclinaison du visage révèle l’enfermement dans la nourriture. A cet égard, le baron Gouraud, «absorbé dans le spectacle de son assiette» (Zola, 1960: 344), ne diffère pas des prolétaires dont «les visages se pench[ent] et cherch[ent] [dans le plat de blanquette] des champignons» (Zola, 1961: 574). Le plaisir satisfait enferme lui aussi chacun en soi-même, comme le trahit le regard. Chez les mondains, il irradie involontairement sur les «visages plus roses [...] comme amollis par une béatitude intérieure» (Zola, 1960: 344), ce qui demeure acceptable aux yeux du narrateur, nettement plus critique quand il s’agit de bourgeois repus qui, «les yeux à demi clos [...] évit[ent] de se parler absorbé chacun dans son plaisir solitaire» (Zola, 1964: 189). La démission du regard contaminé par la matérialité du corps est portée à son comble dans ce gros plan sur Gervaise, qui, devant son établi, «s’oubli[e] [...] avec un sourire vague, la face noyée d’une joie gourmande» (Zola, 1961: 501).&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;left&quot;&gt;On aura compris que le regard du mangeur suffit à trahir la prédominance de l’appétit sur les exigences de la convivialité. Quoiqu’assez peu représenté, à lui seul, il exprime la soumission au besoin, l’avidité, et sur le plan moral, l’égoïsme. On ne s’étonnera pas si la partie du visage bien évidemment la plus décrite, à savoir la bouche, renforce ces conclusions provisoires.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La bouche du mangeur naturaliste a du mal à se conformer aux règles de la bienséance. La synthèse proposée à son sujet dans l’article «Corps» du &lt;em&gt;Dictionnaire raisonné de la politesse et du savoir-vivre&lt;/em&gt; d’Alain Montandon rappelle que la nécessité de dissimuler «touche les aliments [...] dès qu’ils ont pénétré à l’intérieur du corps: rien ne doit évoquer leur destin et est annulé tout ce qui concerne la mastication, la déglutition ou l’évacuation [...]» (1995: 163). Rien de tel, on s’en doute, dans notre corpus. Toutes les composantes de la bouche, les lèvres, les dents, la cavité buccale, loin de se maîtriser pour n’offrir que «la surface lisse» de la bonne tenue, se relâchent de façon voyante pour manifester, on serait tenté de dire sans pudeur, un plaisir de manger presque toujours entaché (plus ou moins, certes) de bestialité. Lèvres avides et bruyantes du peuple («potage mangé très vite avec des sifflements» (Zola, 1961: 451), croupion de l’oie «suc[é] avec un gloussement» (Zola, 1961: 579), lèvres «grasses» des bourgeois que sont les Grégoire (Zola, 1964: 1200) ou encore lèvres «fond[antes]», empâtées d’une liqueur trop sucrée, d’Octave Mouret et Mme Juzeur (Zola, 1964: 215&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref1_npm93e5&quot; title=&quot;Nous renvoyons à l’édition suivante: ZOLA, Émile. Pot-Bouille, Paris, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, tome III, 1964.&quot; href=&quot;#footnote1_npm93e5&quot;&gt;1&lt;/a&gt;), lèvres que, par gourmandise, on «lèch[e]» ou qui se «gonfl[ent]» (Zola, 1961: 576). Dans ce dernier cas, les lèvres, par métonymie, renvoient à un plaisir érotique à peine dissimulé, «une gueulardise polissonne», les convives convoitant Gervaise à travers l’oie grasse à la «peau de blonde».&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;left&quot;&gt;Par ailleurs, la mastication est diversement décrite. Retenue, elle peut être élégante: un verbe connoté positivement, «croquer» revient à plusieurs reprises, ou encore «ronger délicatement». Positives aussi certaines faims, innocentes pourrait-on dire, ou naturelles, saines: «museaux roses» d’enfants «croquant à belles dents» un goûter de fête (Zola, 1961: 897), «coups de dents» énergiques de Désirée, la «grande enfant»&amp;nbsp;attardée, sœur de l’abbé Mouret (Zola, 1960: 1427), «appétit solide» de Clotilde définie comme «une&amp;nbsp;bien portante, une gaie&amp;nbsp;mangeant à belles dents» (Zola, 1967: 1067). Rien de tel, on s’en doute, chez le peuple qui «dévor[e]» (Zola, 1961: 767), «baffr[e]» (Zola, 1961: 452),&amp;nbsp;ses «mâchoires travaill[ant]» (Zola, 1964: 1226).&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;left&quot;&gt;Mais, plus souvent, la mastication paraît omise et la bouche n’est qu’une cavité qu’il faut remplir coûte que coûte. Le motif du trou qui traverse tout &lt;em&gt;L’Assommoir&lt;/em&gt; trouve ici un développement inattendu. Cette frénésie d’absorption, en effet, est notable dans les moments festifs du pauvre, hanté par la peur de manquer. Une des invités de Gervaise «fourr[e] son doigt dans sa bouche», comme pour toucher la nourriture&amp;nbsp;: «vrai je suis pleine, murmura-t-elle. Il n’y a plus de place. Une bouchée n’entrerait pas». Sur ce, Gervaise répond: «on a toujours un petit trou», qu’elle invite, bien évidemment, à combler aussitôt (Zola, 1961: 583). L’avidité est moins justifiée, aux yeux du narrateur, quand les bourgeois s’empiffrent, sans même l’excuse d’un réel plaisir gustatif: les Campardon, voracement, se «bourr[ent] de riz» (Zola, 1964: 275), les invités de Mme Josserand se «gorg[ent]» de thé aigre et de gâteaux rassis» (Zola, 1964: 54).&amp;nbsp;Certains vont encore plus loin: chez eux il s’agit même d’un trop plein qui excède le volume de la bouche. A la fin d’un dîner entre hommes, les convives enchaînent: «Complet[s)», «jusqu’aux yeux» (Zola, 1964: 189),&amp;nbsp;semblables dès lors, aux prolétaires en ribote qui «s’en fourr[ent] jusqu’aux oreilles» (Zola, 1961: 579). Pire, la nourriture déborde de la bouche au cours de la soi-disant élégante soirée chez Saccard: «debout, ils causaient, la bouche pleine, écartant leur menton de leur gilet, pour que le jus tombât sur le tapis» (Zola, 1960: 558).&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;left&quot;&gt;La bouche, enfin, n’est plus qu’un lieu de passage vite traversé en direction de l’estomac, autre trou qu’il faut aussi remplir. Cette bouche-gouffre «gobe» (Zola, 1961: 574), «aval[e]» (Zola, 1964: 1226), voire&amp;nbsp;«englout[it]» (Zola, 1966: 525). Elle disparaît même quand, directement, «on ent[end] le liquide jeté d’un trait tomber dans la gorge» (Zola, 1961: 579), ou qu’on voit «les morceaux de pain disparaître» (Zola, 1966: 81).&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;left&quot;&gt;Bouche et estomac surdimensionnés sont, exceptionnellement, les métonymies d’un autre organe et, sans doute, d’un autre type d’exploit: «il ne pouvait pas y avoir de pique-nique sans cet avale-tout de Mes-Bottes. Et les hommes [...] le couvaient d’un regard jaloux; car enfin, pour tant manger, il fallait être solidement bâti!» (Zola, 1961: 456).&amp;nbsp;À cette exception près, le corps du mangeur est généralement asexué.&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;left&quot;&gt;Mais d’autres parties viennent renforcer l’expression de la faim.&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;left&quot;&gt;La tête toute entière se penche excessivement pour s’absorber dans la consommation: «menton dans l’assiette» (Zola, 1960: 1276&amp;nbsp;) ou nez «dans les verres» (Zola, 1961: 545).&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;left&quot;&gt;Les mains sont souvent présentes. Censées ne tenir que des couverts ou des verres, elles se relâchent à des degrés divers. Certaines infractions sont même admises, voire admirées par le narrateur, parce qu’élégantes et autorisées par le mode de consommation. C’est le cas du souper privé en cabinet particulier: Renée tient&amp;nbsp;«du bout des doigts un os de perdreau qu’elle rong[e] délicatement» (Zola, [1960]1872: 452). C’est aussi celui des petites faims privées, nocturnes: «Hortense t[ient] du bout des doigts son os de lapin, qu’elle épluch[e] savamment» (Zola, 1964: 32). À l’opposé, la détresse est évoquée avec un réalisme non dépourvu de compassion: ainsi les soldats exsangues «se partag[ent] la viande [immonde au demeurant] avec leurs doigts égarés et tremblants, sans prendre le temps d&#039;employer le couteau» (Zola, 1967: 765). Gervaise, mourant de faim, recueillie par Goujet,&amp;nbsp;ne peut pas non plus se retenir: «lorsqu’elle empoigna la fourchette, elle tremblait tellement qu’elle la laissa retomber. [...] Elle dut prendre avec les doigts» (Zola, 1961: 776).&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;left&quot;&gt;La gourmandise pure a moins d’excuses, surtout lorsqu’elle est déraisonnable. Chanteau, pourtant gravement atteint par la goutte, ne sait pas résister à une terrine de pâté dont il «se ser[t] d’une main tremblante» (Zola, 1964: 818). On peut parler de mains voraces quand elles se livrent à un «pillage» (Zola, 1966: 525). Elles se&amp;nbsp;«rencontrent au milieu des viandes» du buffet chez Saccard (Zola, 1960: 557). Enfin, il appartient aux courtisanes de se livrer à un gâchis imbécile quand, en partie fine, «elles mettent les doigts dans les plats et [...] [se] jettent des poignées de salade à la tête» (Zola, 1960: 430).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans le prolongement des mains, les bras participent surtout à l’abandon des fins de repas, avec une posture récurrente, diversement appréciée selon les circonstances. Les coudes sur la table représentent un laisser-aller admissible, encore que dangereux: dans l’intimité du cabinet particulier, Renée et Maxime «s’accoudant comme deux amis» (ce qu’ils ne sont pas alors) «soulagent leur cœur après boire» (Zola, 1960: 453). Mais ce laisser-aller est douteux lorsque le mari, la femme et l’amant «s’oubli[ent] les coudes sur la table, les yeux humides, tous trois pleins de cœur, alanguis par la chaleur suffocante du cabinet» (Zola, 1964: 150&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref2_uzzw3q9&quot; title=&quot;On notera, au passage, l’accumulation de notations péjoratives.&quot; href=&quot;#footnote2_uzzw3q9&quot;&gt;2&lt;/a&gt;&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref3_z0d2guc&quot; title=&quot;Nous renvoyons à l’édition suivante: ZOLA, Émile, Au bonheur des Dames, Paris, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, Tome III, 1964.&quot; href=&quot;#footnote3_z0d2guc&quot;&gt;3&lt;/a&gt;). Plus sympathique est la fin de repas à Bennecourt, quand Sandoz, Claude et Christine «caus[ent] sans fin les coudes carrément sur la table» (Zola, 1966: 160&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref4_lqyqzs7&quot; title=&quot;Nous renvoyons à l’édition suivante: ZOLA, Émile, L’Œuvre, Paris, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, tome IV, 1966.&quot; href=&quot;#footnote4_lqyqzs7&quot;&gt;4&lt;/a&gt;). Mais, en cours de consommation, cette défaillance traduit soit l’incapacité de reproduire les usages du monde&amp;nbsp;(chez Nana «on finissait par moins bien se tenir. Les femmes s’accoudaient en face de la débandade du couvert» (Zola, 1961: 1181)), soit, une fois de plus, la voracité: Frère Archangias «repr[end] des pommes de terre, les coudes sur la table, le menton dans son assiette, mâchant d’une façon furibonde» (Zola, 1960: 1276).&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;left&quot;&gt;Bouche, mains, coudes, autant de détails parcellaires fixés en des sortes de gros plans. Plus rarement, à côté de ce morcellement synecdochique, le corps tout entier est silhouetté métonymiquement par l’intermédiaire de gestes généralement violents qui supposent une polarisation le plus souvent excessive sur la nourriture. En début de repas, on se «jett[e]», on «tomb[e]», on se «ru[e]» sur les plats; dans ce dernier cas, on assiste à la «poussée», à «l’écrasement»&amp;nbsp;de gens du monde, au demeurant bien nourris. «Les grosses femmes tomb[ent] sur la poule» (Zola, 1961: 1301). Les invités «tomb[ent] sur la brioche» (Zola, 1964: 1301). On «se jett[e] sur les sardines (Zola, 1966: 1003). Quand l’effet du repas commence à se faire sentir, un début d’abandon fait que le mangeur «se renvers[e] sur sa chaise» (Zola, 1960: 1277 et 1964: 189).&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;left&quot;&gt;Il y a pire quand le corps, oublieux du monde extérieur, s’immobilise, comme réduit à la seule fonction de manger: «Gervaise, énorme, tassée sur les coudes, mang[e] de gros morceaux de blanc» (Zola, 1961: 578), Pauline est «enfoncée dans une matelote» (Zola, 1964: 525).&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;left&quot;&gt;Aux deux bouts de la chaîne alimentaire, on trouve deux postures du corps opposées: d’une part le geste, animal et pathétique, des affamés, capables de se «mettr[e] à quatre pattes» devant les ordures des restaurants, relâchement suprême qui tente Gervaise, à bout de forces, et qu’elle évite de justesse, non par un sursaut de volonté mais grâce à l’intervention compatissante d’autrui (elle&amp;nbsp;«se serait mise à quatre pattes pour manger dans le poêlon. C’était plus fort qu’elle [...], elle se baissa avec un soupir, mais Goujet avait compris. Il posa le ragoût sur la table [...]» (Zola, 1961: 752 et 776), d’autre part, le consentement maîtrisé à la digestion (les convives de Saccard ont «les bras sur la table» (mais non les coudes), «à demi penchés» (mais non affalés ou renversés), le regard vide, «le vague affaissement de cette ivresse mesurée et décente des gens du monde qui se grisent à petits coups» (Zola, 1960: 346).&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;left&quot;&gt;À la suite naturelle du repas, la digestion, sont associés le ventre et ses organes. Or les romans restent le plus souvent silencieux sur cette dernière étape, sauf lorsque la voracité des mangeurs accélère en quelque sorte le processus. Zola dessine alors de véritables caricatures, les corps se dilatent, les goinfres ont «la peau tendue» (1964: 189), et même «éclat[ent]»&amp;nbsp;dans leur peau ou dans leurs corsages (1966: 525), ou, plus trivialement, «pèt[ent] dans leur peau» (Zola, 1961: 1301). Dans ce registre, la Grande, dans &lt;em&gt;La Terre&lt;/em&gt;, accomplit une prouesse inattendue: «c’était effrayant ce qu’engouffrait ce corps sec et plat d’octogénaire, sans même enfler» (1966: 523). Le ventre lui-même n’apparaît guère que sous la forme d’un «bedon se gonfl[ant] à mesure» (Zola, 1961: 579). Il est toujours vu de l’extérieur, un tabou entourant les entrailles. Rapportées à des locuteurs populaires en style indirect libre, on en trouve deux occurrences: l’épinée de cochon de la fête de Gervaise, d’abord, est ainsi décrite: «quelque chose de doux et de solide qu’on sentait couler le long de son boyau, jusque dans ses bottes» (Zola, 1961: 574). Plus agressivement, les mineurs de &lt;em&gt;Germinal&lt;/em&gt; s’en prennent à «ces salauds de bourgeois», à qui «on [...] en collerait du champagne et des truffes pour se faire péter les tripes» (Zola, 1964: 1440). Inutile de préciser que ce ventre est asexué, comme le souligne une comparaison du &lt;em&gt;Ventre de Paris&lt;/em&gt;: les formes de Lisa, la belle charcutière, «n’éveill[ent] aucune pensée charnelle» parce qu’elles «ressembl[ent] à un ventre» (Zola, 1960: 667).&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;left&quot;&gt;Quant au terme ultime, l’évacuation, elle est purement et simplement gommée et la partie du corps concernée ne figure en texte qu’à titre de comparaison: «ils avaient des faces pareilles à des derrières, et si rouges, qu’on aurait dit des derrières de gens riches, crevant de prospérité» (Zola, 1961: 579).&amp;nbsp;À quelques exceptions près, toutefois: on songe évidemment aux terribles suites de l’orgie de raisins au cours des vendanges de &lt;em&gt;La Terre&lt;/em&gt;: «ça bouillait là-dedans; ça valait une purge». «Là-dedans» peut être néanmoins considéré comme un euphémisme, de même que la suite: «déjà, à chaque minute, une fille était obligée de filer derrière une haie». La scène est très positive, pour les paysans du moins, dont la gaieté est une fois encore rapportée en style indirect: «quelque chose de sain qui rafraîchissait» (Zola, 1966: 66). Les convives de Gervaise sont victimes d’une indigestion, mais le narrateur leur prête une délicatesse relative: «les hommes [...] sortaient dans la rue. [...] Quand on a été bien élevé, cela se voit toujours». Aucun vomissement, par conséquent, dans le corpus, sauf ceux des soldats de &lt;em&gt;La Débâcle&lt;/em&gt;, incapables de digérer une nourriture infecte: réaction physiologique naturelle, sobrement rapportée, au regard de laquelle l’ingestion réussie du même infect brouet semble anormale, et comme telle sanctionnée ultérieurement: «Seul Lapouille dîna copieusement, mais il faillit en crever la nuit [...]» (Zola, 1967: 766). Zola, en revanche, n’a que compassion pour les ventres vides des malheureux. S’il emprunte ses métaphores au registre animal, c’est pour faire entendre, plus encore que voir, un corps dégradé par le manque: il fait entendre «le rugissement du ventre voulant du pain» des mineurs (Zola, 1964: 1421), ou encore «la crevaison des pauvres, les entrailles vides qui crient la faim, le besoin des bêtes claquant des dents et s’empiffrant de choses immondes dans ce grand Paris si doré et si flambant» (Zola, 1961: 752). Or, à ces scandales de la misère, le romancier oppose des ventres métaphoriques ingurgitant et digérant sans pudeur. C’est l’idole mystérieuse de &lt;em&gt;Germinal&lt;/em&gt;, symbole du grand capital, qui est évoquée avec le même champ lexical que celui du corps du mangeur: il «suc[e] la vie des meurt-de-faim» (Zola, 1964: 1389), il est «gorgé de chair humaine» qu’il «aval[e]» avec «le coup de gosier facile d’un géant vorace» (Zola, 1964: 1538), il demeure «repu et accroupi» (Zola, 1964: 1591).&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;left&quot;&gt;Toujours à titre de métaphore, le ventre figure bien évidemment dans l’un des titres de la série, &lt;em&gt;Le Ventre de Paris&lt;/em&gt;, à savoir les Halles, vues moins comme un organe nourricier que comme un monstrueux système digestif symbole d’une société matérialiste, égoïstement jouisseuse (un «gouvernement d’indigestion générale»). Rien n’y manque: Paris «entripaillé», par l’intermédiaire de son grand marché, «mâch[e] les bouchées à ses deux millions d’habitants», dans un «bruit de mâchoires colossales» (Zola, 1960: 631). Les Halles, comme les corps trop pleins, comprimés par leurs vêtements, voire leur peau, «crèv[ent] dans leur ceinture de fonte trop étroite», «montr[ent] leur ventre ballonné et se soulag[ent] sous les étoiles» (Zola, 1960: 868).&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;left&quot;&gt;Cet excès de matérialité pourrait être compensé, ou du moins neutralisé, par la production corporelle en principe la plus désincarnée, la voix. Sa présence dans les scènes de table est rendue nécessaire par la stricte vraisemblance, tant l’obligation de parler à table est conforme à l’usage courant. La proximité des mangeurs l’exige, le savoir-vivre y voit une occasion supplémentaire de corriger une fonction «inférieure» de la bouche (manger) par une fonction supérieure (parler). Il existe même toute une codification de la parole, selon les moments du repas et les différentes situations de table. Les conversations, dans un roman, participent, de plus, à l’intrigue. Cette subordination au romanesque fait que bien des convives ne sont pas, en texte, montrés comme des mangeurs mais comme des parleurs purs.&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;left&quot;&gt;Mais comment les mangeurs-parleurs, si l’on peut dire, s’en tirent-ils? Plutôt bien, dans le monde. Le grand dîner du début de &lt;em&gt;La Curée&lt;/em&gt; serait à cet égard exemplaire: au potage, Zola note de «petits sourires» et un «demi-silence que ne coup[ent] encore que les cliquetis assourdis des cuillers» (1960: 339), au deuxième service, «le bruit des voix grandit, des éclats de rire f[on]t tinter les cristaux légers» (1960: 340), ensuite, les rires montent en bout de table, puis, au dessert, ils «tomb[ent]» et «les paroles se f[ont] rares» (1960: 346). Le mangeur mondain contrôle sa voix, ses gestes, il évite les deux écueils de la cacophonie et du silence. Le demi-monde, en revanche, n’y parvient pas: «on plaisantait très haut, on gesticulait au milieu des appels jetés d’un bout de la pièce à l’autre» (Zola, 1961: 1181). On retrouve la retenue dans un milieu artiste «arrivé»: chez Sandoz, on entend le «bruit cristallin des verres» et le «léger cliquetis des couverts» (Zola, 1966: 330). Cette retenue des gestes est néanmoins le signe d’une gêne et d’une mésentente auxquelles il faudrait opposer les joyeux débordements de jeunesse, lorsque les amis «salu[ent] d’un hourra» l’apparition d’un gigot (Zola, 1966: 80) pour faire entendre, au dessert, un véritable «vacarme», tant la conversation est passionnée (Zola, 1966: 88). Tout est en effet permis entre artistes car, si le corps se laisse aller, les préoccupations, par contraste, sont uniquement d’ordre esthétique. Il en va tout autrement en milieu populaire: paysans et ouvriers lâchent leurs voix comme ils lâchent leurs corps: «éclats de voix» (Zola, 1961: 574), «cris» (Zola, 1966: 525) se multiplient pour saluer ou célébrer la nourriture. Bien évidemment, ils parlent «la bouche pleine»&amp;nbsp;(Zola, 1964: 275).&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;left&quot;&gt;Plus grave, les paroles sont remplacées par des bruits intempestifs incontrôlés: bruits de couverts («les cuillers tapaient au fond des assiettes», Zola, 1961: 572), pire, bruits corporels (manger «bruyamment» (Zola, 1961: 451), avec des «sifflements de lèvres dans les cuillers» (Zola, 1960: 1273), «gloussement du gosier qui laiss[e] entendre la nourriture tomber dans l’estomac», «terribles bruit de mâchoires» (Zola, 1960: 305), «voix grasses» (Zola, 1960: 306), le comble étant atteint avec la participation du ventre, les vents de Jésus-Christ, dans &lt;em&gt;La Terre&lt;/em&gt;, dont il ponctue le repas pour...&amp;nbsp;«ne pas laisser tomber la conversation» (Zola, 1966: 634)!&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;left&quot;&gt;Le silence ne vaut guère mieux parce qu’il traduit généralement le pur besoin (admissible seulement chez un travailleur, par exemple, «Maheu [a] la faim silencieuse», (Zola, 1964: 1228)), l’enfermement dans la sensation et la goinfrerie («si on ne parlait pas, on mastiquait ferme», (Zola, 1961: 574)), «Gervaise ne parlait pas de peur de perdre une bouchée» (Zola, 1961: 574). Dans une scène de foule, le silence est impressionnant: le jour de la Ducasse, «la cohue [...] s’empiffr[e] sans un cri» (Zola, 1964: 1266).&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;left&quot;&gt;En conclusion, le corps du mangeur zolien est un corps par définition incomplet où sont mises en relief les composantes obligées participant au processus alimentaire, avec un refoulé, les organes de l’excrétion et, plus généralement, le travail de l’appareil digestif.&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;left&quot;&gt;C’est, d’abord, un corps qui transcende les particularités individuelles. Rares sont en effet, contrairement à ce à quoi on s’attendait, les personnages définis par un tempérament de mangeur personnalisé.&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;left&quot;&gt;Les «gros mangeurs» sont finalement assez rares dans le corpus: on ne trouve que frère Archangias, dans &lt;em&gt;La Faute de l’abbé Mouret&lt;/em&gt;, Mes-Bottes, dans &lt;em&gt;L’Assommoir&lt;/em&gt;, et Chanteau, le gourmand compulsif de &lt;em&gt;La Joie de vivre&lt;/em&gt;. &lt;em&gt;Le Ventre de Paris&lt;/em&gt; repose, certes, sur l’antagonisme entre les Gras (gros mangeurs) et les Maigres (petits mangeurs), mais, paradoxalement, dans ce roman nul n’est représenté à table. D’autres personnages indifférents à la nourriture, pour des raisons très différentes, formant ou non couple avec les précédents, l’abbé Mouret, Eugène Rougon, Nana et Denise Baudu, ne sont pas non plus décrits en train de chipoter.&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;left&quot;&gt;Le corps du mangeur zolien est chargé de montrer la physiologie du corps humain soumis au manque, parfois, au besoin, souvent, ainsi qu’au désir. La physiologie est la même pour tous, d’où des constantes dans la description. Il s’agit toujours de montrer la satisfaction d’un besoin élémentaire.&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;left&quot;&gt;La prise en compte des milieux sociaux vient affiner la description: si la bouche, les gestes, sont toujours présents, il y a forcément des différences entre le besoin du misérable affamé, l’appétit du prolétaire en goguette, revanche sur la hantise quotidienne de ne pas manger à sa faim et le désir de faire bonne chère des privilégiés à l’abri du manque.&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;left&quot;&gt;Si l’appétit est lui-même socialisé, il en va de même pour les manières de le satisfaire. Zola décrit des corps façonnés par les usages de leurs milieux respectifs. Il s’impose toutefois une limite en décrivant de mauvaises tenues acceptables et en se bornant à suggérer les comportements véritablement répugnants. Ainsi, on n’en saura pas plus sur Bachelard que cette simple allusion: il «se conduisait si mal à table [...] qu’il fallait compter sur sa fortune pour l’y supporter sans dégoût». Les disciples, cependant, ne s’imposent pas cette retenue, tel Lucien Descaves dont les lignes qui suivent offrent la quintessence ou la caricature du mangeur naturaliste:&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;left&quot; style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;[U]ne gaîté de tripes satisfaites s’épanchait librement dans les logettes de verdure voisines où dînaient des gens déshabillés tapant interminablement sur leurs verres avec le dos des couteaux pour attirer les bonnes surmenées promenant des viandes tièdes au-dessus desquelles elles suaient. Une famille, le père, la mère et cinq mioches [...] engloutissait les parts proportionnelles que le père, debout, passant quasiment devant des cages, distribuait à sa progéniture [...]. Des gens quittaient leur table, la serviette au cou et la bouche pleine, pour, en glissant sur du gras de charcuterie, enfourner des palets dans la gueule de la grenouille [...]; de chaque porte de feuillage s’échappaient, ainsi que d’un garde-manger, des odeurs de ragoût refroidi. (1892)&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;left&quot; style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;left&quot;&gt;Si Zola va moins loin en s’arrêtant avant de tels débordements, il marque toujours une réserve. Tous ces personnages, certes, partagent le plaisir de manger. Et d’ailleurs, à ce corps zolien au moins ponctuellement heureux, il faudrait opposer le corps frustré, voire souffrant des personnages huysmansiens à table, souvent en proie au dégoût ou au découragement. Mais, cela dit, il faut distinguer entre le vécu des personnages (globalement positif, à l’aise dans leur corps de mangeur) et le jugement de l’écrivain. La détresse des corps ravagés par la faim est digne de compassion mais on chercherait en vain l’expression d’une joie rabelaisienne sans mélange (même dans la scène de la fête de Gervaise, écrite sur le mode héroïcomique, mélange indécidable de sympathie et d’ironie), la distance étant toujours perceptible entre l’abandon des personnages et la critique, fût-elle infime, du narrateur. Pour Zola un corps heureux de manger est toujours sur le point de se défaire physiquement par consentement à la pulsion, et, dans le même temps, il se replie sur lui-même dans une jouissance égoïste. L’esthète, le moraliste et le penseur s’accordent pour débusquer, sous le corps socialisé du mangeur, l’inquiétante présence de la bête humaine.&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;left&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;h2 align=&quot;left&quot;&gt;Bibliographie&lt;/h2&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/sous-offs&quot; id=&quot;node-65241&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Descaves, Lucien. 1892.&amp;nbsp;&lt;em&gt;Sous-offs&lt;/em&gt;. Paris : Tresse et stock.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/dictionnaire-raisonne-de-la-politesse-et-du-savoir-vivre&quot; id=&quot;node-65240&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Montandon, Alain. 1995.&amp;nbsp;&lt;em&gt;Dictionnaire raisonné de la politesse et du savoir-vivre&lt;/em&gt;. Paris : Seuil.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/la-fortune-des-rougon&quot; id=&quot;node-65242&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Zola, Émile. 1871.&lt;em&gt;&amp;nbsp;La Fortune des Rougon&lt;/em&gt;. Paris : Gallimard, «&amp;nbsp;Bibliothèque de la Pléiade&amp;nbsp;», t. 1.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/la-curee&quot; id=&quot;node-60633&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Zola, Émile. 1872.&amp;nbsp;&lt;em&gt;La Curée&lt;/em&gt;. Paris : Gallimard, 448 p.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/le-ventre-de-paris&quot; id=&quot;node-2000&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Zola, Émile. 1873.&amp;nbsp;&lt;em&gt;Le Ventre de Paris&lt;/em&gt;. Paris : Gallimard, 470 p.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/la-faute-de-labbe-mouret&quot; id=&quot;node-65243&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Zola, Émile. 1875.&amp;nbsp;&lt;em&gt;La Faute de l&#039;abbé Mouret&lt;/em&gt;. Paris : Gallimard, «&amp;nbsp;Bibliothèque de la Pléiade&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/lassommoir&quot; id=&quot;node-2368&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Zola, Émile. 1877.&amp;nbsp;&lt;em&gt;L&#039;Assommoir&lt;/em&gt;. Paris : GF Flammarion, 544 p.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/une-page-damour&quot; id=&quot;node-2369&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Zola, Émile. 1878.&amp;nbsp;&lt;em&gt;Une page d&#039;amour&lt;/em&gt;. Paris : Gallimard, 404 p.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/nana-0&quot; id=&quot;node-60978&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Zola, Émile. 1880.&amp;nbsp;&lt;em&gt;Nana&lt;/em&gt;. Paris : Fasquelle , 469 p.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/le-roman-experimental&quot; id=&quot;node-3131&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Zola, Émile. 1880.&amp;nbsp;&lt;em&gt;Le roman expérimental&lt;/em&gt;. Paris : Garnier-Flammarion, 376 p.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/pot-bouille&quot; id=&quot;node-57192&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Zola, Émile. 1882.&amp;nbsp;&lt;em&gt;Pot-Bouille. Gutenberg Project&lt;/em&gt;. &amp;lt;&lt;a href=&quot;http://www.gutenberg.org/cache/epub/8907/pg8907.html&amp;gt;&quot;&gt;http://www.gutenberg.org/cache/epub/8907/pg8907.html&amp;gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/au-bonheur-des-dames&quot; id=&quot;node-2002&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Zola, Émile. 1883.&amp;nbsp;&lt;em&gt;Au bonheur des dames&lt;/em&gt;. Paris : Gallimard, 244 p.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/la-joie-de-vivre&quot; id=&quot;node-2779&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Zola, Émile. 1884.&amp;nbsp;&lt;em&gt;La Joie de vivre&lt;/em&gt;. Paris : Gallimard , «&amp;nbsp;Bibliothèque de la Pléiade&amp;nbsp;», 1959 p.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/germinal&quot; id=&quot;node-2001&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Zola, Émile. 1885.&amp;nbsp;&lt;em&gt;Germinal&lt;/em&gt;. Paris : Gallimard, 638 p.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/loeuvre&quot; id=&quot;node-2370&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Zola, Émile. 1886.&amp;nbsp;&lt;em&gt;L’Œuvre&lt;/em&gt;. Paris : Pocket, 492 p.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/la-terre&quot; id=&quot;node-54479&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Zola, Émile. 1887.&amp;nbsp;&lt;em&gt;La Terre&lt;/em&gt;. Paris : Gallimard, «&amp;nbsp;Folio classique&amp;nbsp;», 608 p.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/la-bete-humaine&quot; id=&quot;node-65244&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Zola, Émile. 1890.&lt;em&gt;&amp;nbsp;La Bête humaine&lt;/em&gt;. Paris : Gallimard, «&amp;nbsp;Bibliothèque de la Pléiade&amp;nbsp;», t. IV.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/la-debacle&quot; id=&quot;node-57186&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Zola, Émile. 1892.&amp;nbsp;&lt;em&gt;La débâcle&lt;/em&gt;. Paris : Gallimard, 663 p.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/le-docteur-pascal&quot; id=&quot;node-65245&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Zola, Émile. 1893.&amp;nbsp;&lt;em&gt;Le Docteur Pascal&lt;/em&gt;. Paris : Gallimard, «&amp;nbsp;Bibliothèque de la Pléiade&amp;nbsp;», t. V.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;

&lt;section  class=&quot;footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed&quot; data-collapsible-show-label=&quot;Notes&quot; data-collapsible-hide-label=&quot;Notes&quot;&gt;&lt;ul class=&quot;footnotes collapsible-content&quot;&gt;&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote1_npm93e5&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref1_npm93e5&quot;&gt;1.&lt;/a&gt; Nous renvoyons à l’édition suivante: ZOLA, Émile. &lt;em&gt;Pot-Bouille&lt;/em&gt;, Paris, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, tome III, 1964.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote2_uzzw3q9&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref2_uzzw3q9&quot;&gt;2.&lt;/a&gt; On notera, au passage, l’accumulation de notations péjoratives.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote3_z0d2guc&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref3_z0d2guc&quot;&gt;3.&lt;/a&gt; Nous renvoyons à l’édition suivante: ZOLA, Émile, &lt;em&gt;Au bonheur des Dames&lt;/em&gt;, Paris, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, Tome III, 1964.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote4_lqyqzs7&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref4_lqyqzs7&quot;&gt;4.&lt;/a&gt; Nous renvoyons à l’édition suivante: ZOLA, Émile, &lt;em&gt;L’Œuvre&lt;/em&gt;, Paris, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, tome IV, 1966.&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
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 <pubDate>Tue, 01 May 2018 16:06:55 +0000</pubDate>
 <dc:creator>Émilie Bauduin</dc:creator>
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 <title>Le Pot-Bouille des masculinités : gueuleton, initiation et impuissance</title>
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    &lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item clearfix even&quot;&gt;&lt;p&gt;Ce billet reprend des parties de mon mémoire concernant le roman &lt;em&gt;Pot-Bouille&lt;/em&gt; d’Émile Zola. Mais ces idées et l’argumentaire méritent très probablement d’être développés et améliorés. [Travail en cours]&lt;/p&gt;

&lt;/div&gt;
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 <pubDate>Tue, 07 Nov 2017 00:35:21 +0000</pubDate>
 <dc:creator>Marion Caudebec</dc:creator>
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 <title>«Au Bonheur des Dames» ou l&#039;histoire d&#039;un ensauvagement capitaliste</title>
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    &lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item clearfix even&quot;&gt;&lt;p&gt;Au fil de ces pages, nous tenterons de montrer comment le grand magasin du roman perturbe les coutumes liées au commerce, opérant un ensauvagement qui dépasse la simple vente, mais provoque une nouvelle manière de vivre dans le renouvellement constant de son apparence, changeant aussi les habitudes de travail radicalement.&lt;/p&gt;

&lt;/div&gt;
      &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
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 <pubDate>Fri, 20 Oct 2017 02:02:23 +0000</pubDate>
 <dc:creator>Marion Gingras-Gagné</dc:creator>
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 <title>Quand l&#039;inconvenance est folie. Dynamiques culturelles de la fêlure dans «La Fortune des Rougon»</title>
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 <description>&lt;div class=&quot;field field-name-body field-type-text-with-summary field-label-hidden&quot;&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot; property=&quot;content:encoded&quot;&gt;&lt;h4&gt;&lt;u&gt;Extrait du chapitre&lt;/u&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;«La &quot;fêlure&quot; transmise à sa descendance par Adélaïde Fouque, l’aïeule des &lt;em&gt;Rougon-Macquart&lt;/em&gt;, affecte l’ensemble des membres des deux lignées issues d’elle, la légitime et l’illégitime, et constitue un moteur capital de l’économie romanesque des vingt tomes composant &lt;em&gt;Les Rougon-Macquart&lt;/em&gt;. &quot;La fêlure, c’est la bouche d’ombre par laquelle s’exprime l’origine; la fêlure, c’est la voix de l’originaire&quot;, écrit Françoise Gaillard au sujet de ce motif phare de l’écriture d’Émile Zola. Originaire en effet: la toute première occurrence du lexème de la &lt;em&gt;fêlure&lt;/em&gt; au sein du cycle est appliquée (il fallait s’y attendre) à celle que ses petits-fils appelleront tante Dide; l’occurrence, de plus, survient au début de &lt;em&gt;La Fortune des Rougon&lt;/em&gt;, ce premier épisode, qui selon la préface de Zola &quot;doit s’appeler de son titre scientifique: &lt;em&gt;les Origines&lt;/em&gt;&quot;. La mention du &quot;cerveau fêlé&quot; (&lt;em&gt;FR&lt;/em&gt;, p. 41) d’Adélaïde survient au début du chapitre II, lorsque la narration effectue un retour en arrière et présente le personnage d’où part toute l’histoire.»&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Suite en format pdf.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;

&lt;/div&gt;
      &lt;/div&gt;
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 <pubDate>Tue, 12 Sep 2017 14:29:56 +0000</pubDate>
 <dc:creator>Sarah Grenier</dc:creator>
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 <title>Dons et gueulardises dans «L&#039;Assommoir» de Zola</title>
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 <pubDate>Tue, 05 Sep 2017 20:02:19 +0000</pubDate>
 <dc:creator>Sarah Grenier</dc:creator>
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 <title>Un naturalisme d&#039;anticipation est-il possible? L&#039;étrange cas de «L&#039;autopsie du Dr Z***» d&#039;Édouard Rod</title>
 <link>https://oic.uqam.ca/en/communications/un-naturalisme-danticipation-est-il-possible-letrange-cas-de-lautopsie-du-dr-z</link>
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot; property=&quot;content:encoded&quot;&gt;&lt;h4&gt;&amp;nbsp;&lt;/h4&gt;&lt;h4&gt;&lt;u&gt;Présentation de la communication&lt;/u&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;«&lt;span style=&quot;font-size: 13.008px;&quot;&gt;Un naturalisme d’anticipation semble, sinon catégoriquement impossible, du moins théoriquement inadmissible&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;span id=&quot;spans0e0&quot; style=&quot;font-size: 13.008px;&quot; tooltip=&quot;Le contexte demande de remplacer &lt;b&gt;et&lt;/b&gt; par la forme verbale &lt;b&gt;est&lt;/b&gt;.&quot;&gt;et&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 13.008px;&quot;&gt;&amp;nbsp;en pratique très improbable.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Pourquoi?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;D’abord parce que les oeuvres d’anticipation qui ont associé le nom de J. H. Rosny à la science-fiction ont paru après que l’auteur ait tourné le dos au naturalisme. Il faut savoir que la parution originale des&amp;nbsp;&lt;em&gt;&lt;span id=&quot;spans1e0&quot; tooltip=&quot;&lt;b&gt;Xipéhuz&lt;/b&gt; : mot inconnu de nos dictionnaires, il pourrait être remplacé par: &lt;b&gt;Xinpu&lt;/b&gt;.&quot;&gt;Xipéhuz&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&amp;nbsp;&lt;span id=&quot;spans1e1&quot; tooltip=&quot;&lt;b&gt;coincide&lt;/b&gt; : mot inconnu de nos dictionnaires automatiquement remplacé par &lt;b&gt;coïncide&lt;/b&gt;.&quot;&gt;coïncide&lt;/span&gt;&amp;nbsp;avec la publication du Manifeste des Cinq. Ce texte, signé en 1887 par J. H. Rosny et quatre autres romanciers somme toute inconnus, clamait haut et fort leur rupture définitive avec l’école naturaliste menée par&amp;nbsp;&lt;span id=&quot;spans2e0&quot; tooltip=&quot;&lt;b&gt;Émile&lt;/b&gt; : mot inconnu de nos dictionnaires automatiquement remplacé par &lt;b&gt;Émile&lt;/b&gt;.&quot;&gt;Émile&lt;/span&gt;&amp;nbsp;Zola.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Même en faisant abstraction de la signature de J. H. Rosny de ce&amp;nbsp;&lt;span id=&quot;spans3e0&quot; tooltip=&quot;&lt;b&gt;pladoyer&lt;/b&gt; : mot inconnu de nos dictionnaires automatiquement remplacé par &lt;b&gt;plaidoyer&lt;/b&gt;.&quot;&gt;plaidoyer&lt;/span&gt;&amp;nbsp;tonitruant et un peu injuste contre &lt;em&gt;La Terre&lt;/em&gt;, le roman que Zola publia cet&amp;nbsp;&lt;span id=&quot;spans3e1&quot; tooltip=&quot;&lt;b&gt;été là&lt;/b&gt; doit se lier par un trait d&#039;union.&quot;&gt;été-là&lt;/span&gt;, tout connaisseur du roman de la seconde moitié du XIXe siècle restera&amp;nbsp;&lt;span id=&quot;spans3e2&quot; tooltip=&quot;Dans ce contexte, le mot &lt;b&gt;septique&lt;/b&gt; pourrait être confondu avec son homophone &lt;b&gt;sceptique&lt;/b&gt;.&quot;&gt;sceptique&lt;/span&gt;&amp;nbsp;devant l’hypothèse d’une littérature à la fois spéculative et naturaliste.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Car il ne faut pas confondre la fiction scientifique, celles que préconisent les écrivains naturalistes, fondée sur le paradigme scientifique de l’&lt;span id=&quot;spans4e0&quot; tooltip=&quot;&lt;b&gt;enquete&lt;/b&gt; : mot inconnu de nos dictionnaires automatiquement remplacé par &lt;b&gt;enquête&lt;/b&gt;.&quot;&gt;enquête&lt;/span&gt;&amp;nbsp;médicale et&amp;nbsp;&lt;span id=&quot;spans4e1&quot; tooltip=&quot;Le groupe nominal &lt;b&gt;des plaies sociale&lt;/b&gt; est féminin pluriel.&quot;&gt;des plaies sociales&lt;/span&gt;&amp;nbsp;à soigner, par une littérature exhibant sans retenue ni délicatesse l’exemple à suivre où, plus souvent, l’épouvantable repoussoir à ne pas suivre. Il ne faut pas confondre&amp;nbsp;&lt;span id=&quot;spans5e0&quot; tooltip=&quot;Le groupe nominal &lt;b&gt;les science-fictons de cet acabit&lt;/b&gt; est féminin singulier.&quot;&gt;la science-fiction de cet acabit&lt;/span&gt;&amp;nbsp;et la science-fiction qui est tout autre chose.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 13.008px;&quot;&gt;C’est ce que nous rappelle Arthur B. Evans dans un bel article où il montre que la véritable science-fiction ne se met qu’en place que vers la toute fin du 19e siècle en France avec le renouveau apporté entre autres par les oeuvres de Rosny&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;span id=&quot;spans6e0&quot; style=&quot;font-size: 13.008px;&quot; tooltip=&quot;&lt;b&gt;Ainé&lt;/b&gt; : mot inconnu de nos dictionnaires, il pourrait être remplacé par: &lt;b&gt;Aîné&lt;/b&gt;.&quot;&gt;Aîné&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 13.008px;&quot;&gt;.&amp;nbsp;&lt;/span&gt;»&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;&lt;u&gt;Archive vidéo de la communication&lt;/u&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;&lt;iframe allow=&quot;accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;315&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/wjxjyQfzjZg&quot; title=&quot;YouTube video player&quot; width=&quot;560&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

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 <pubDate>Fri, 05 May 2017 15:33:21 +0000</pubDate>
 <dc:creator>Jasmin Cormier</dc:creator>
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 <title>Lecture critique de «Entre broderie et conterie..., Le rêve» de Marie Scarpa</title>
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 <pubDate>Wed, 08 Feb 2017 16:05:33 +0000</pubDate>
 <dc:creator>Sarah Grenier</dc:creator>
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