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 <title>Observatoire de l&#039;imaginaire contemporain - antiféminisme</title>
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 <title>Répercussions du discours antiféministe dans les médias sur le mouvement des femmes québécois</title>
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 <description>&lt;div class=&quot;field field-name-body field-type-text-with-summary field-label-hidden&quot;&gt;
    &lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item even&quot; property=&quot;content:encoded&quot;&gt;&lt;p&gt;Au cours des dernières décennies, le mouvement des femmes québécois a connu des transformations importantes et celles-ci ont été expliquées par des causes internes (dynamiques entre les groupes de femmes, changements de &lt;em&gt;leaders&lt;/em&gt; politiques, etc.) ainsi que par des causes externes (mondialisation, néolibéralisme et montée des conservatismes, médias). Toutefois, nous croyons qu’il est aussi essentiel d’étudier la relation entre un mouvement social et le contre-mouvement qui y est associé, dans le cas présent le mouvement des femmes et l’antiféminisme.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’approche des contre-mouvements dans la théorie de la mobilisation des ressources permet en effet une compréhension dynamique du phénomène, en tenant compte des interactions entre le mouvement initial et le contre-mouvement, du rôle des élites, de la capacité d’adopter de nouvelles stratégies et de nouvelles actions ainsi que du processus d’influence entre ceux-ci (Sommier, 2009: 159). Cette approche repose sur l’idée que tout mouvement social qui a une certaine visibilité et qui connaît du succès créera les conditions nécessaires à l’émergence et à la mobilisation d’un contre-mouvement (Zald et Useem, 1986: 247-248; Meyer et Staggenborg, 1996: 1630). Ces dernières sont au nombre de trois: le succès du mouvement social initial, la menace des privilèges d’une partie de la population et la disponibilité d’alliés du contre-mouvement, tels que des acteurs politiques, des personnes du domaine des affaires, etc. (Meyer et Staggenborg, 1996: 1635). Un contre-mouvement «se place donc à la fois en réaction à un mouvement initial et en dépendance à son égard. Deux perspectives d’analyse sont ainsi tracées: les conditions d’émergence et les interactions qu’il noue avec son mentor» (Sommier, 2009: 155). Par conséquent, les interactions entre le contre-mouvement et le mouvement initial influencent les valeurs, les objectifs, les tactiques et les modes d’action des deux mouvements. (Sommier, 2009: 157). Un contre-mouvement grandit et améliore sa situation lorsqu’il parvient à montrer les effets dangereux et nuisibles du mouvement initial (Zald et Useem 1986: 248). Le mouvement initial tente de neutraliser, confronter et discréditer le contre-mouvement qui s’oppose à lui, car lorsque ce dernier connaît du succès, le mouvement initial est obligé d’être en mode défensif pour tenter de maintenir le&lt;em&gt; statu quo&lt;/em&gt; (Sommier, 2009: 159). Comme l’opposition entre ces deux mouvements se développe continuellement, la nature des interactions entre ceux-ci évolue également (Meyer et Staggenborg 1996: 1645).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ce texte présente les résultats d’une recherche menée dans le cadre de notre mémoire de maîtrise&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref1_akpddq5&quot; title=&quot;Comment comprendre les transformations du mouvement des femmes? Analyse des répercussions de l’antiféminisme au Québec, mémoire de maîtrise (science politique), Université de Montréal, 2011.&quot; href=&quot;#footnote1_akpddq5&quot;&gt;1&lt;/a&gt;, qui portait sur les transformations du mouvement des femmes et les répercussions du discours antiféministe sur lui. L’objectif du présent texte&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref2_w6kfxur&quot; title=&quot;Je tiens à remercier Krystelle Chrétien et Julie Robillard pour la relecture de ce texte et leurs commentaires.&quot; href=&quot;#footnote2_w6kfxur&quot;&gt;2&lt;/a&gt; est d’analyser les interactions entre le mouvement des femmes québécois et le contre-mouvement masculiniste telles qu’elles sont révélées par l’analyse d’articles de la presse écrite. Ainsi, après une brève présentation de nos résultats sur la présence des discours antiféministes dans les médias, nous traiterons de l’argumentaire masculiniste qui est présent dans les deux journaux retenus, pour enfin aborder la question des répercussions de ces discours sur le mouvement des femmes québécois.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Pour mieux situer le cadre de notre analyse, précisions que nous étudions les articles portant sur les thématiques masculinistes&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref3_3c4wu7b&quot; title=&quot;Au Québec, l’antiféminisme prend une forme masculiniste; c’est donc pour cette raison que nous parlons de thématiques masculinistes. Pour plus de détails, voir Blais et Dupuis-Déri, 2008.&quot; href=&quot;#footnote3_3c4wu7b&quot;&gt;3&lt;/a&gt; qui sont parus dans &lt;em&gt;La Presse&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Le Soleil &lt;/em&gt;entre 1985 et 2009. Si nous avons fait débuter la période couverte par notre analyse en 1985, c’est afin de vérifier l’hypothèse selon laquelle la tuerie de Polytechnique a réellement eu des répercussions sur l’émergence (ou la résurgence) de l’antiféminisme au Québec. Elle se termine en 2009 pour inclure les actions du groupe Fathers-4-Justice, qui ont débuté vers 2005 au Québec. Les thématiques retenues pour colliger les articles sont: condition et identité masculine; suicide des hommes; droits des pères divorcés; difficultés scolaires des garçons; violence conjugale et dérives du féminisme.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Pour repérer et analyser les réactions du mouvement des femmes à ces discours antiféministes, nous avons analysé diverses publications diffusées par la Fédération des femmes du Québec (rapports d’activités, la &lt;em&gt;Petite Presse&lt;/em&gt; et le &lt;em&gt;Féminisme en bref&lt;/em&gt;) au cours de cette même période.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Discours antiféministes dans les médias au Québec&amp;nbsp;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Nous avons trouvé 219 articles (voir Graphique 1) portant sur des thématiques masculinistes dans &lt;em&gt;Le Soleil &lt;/em&gt;et 283 dans &lt;em&gt;La Presse&lt;/em&gt;, ce qui représente un total de 502 articles parus entre 1985 et 2009.&lt;/p&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;73453&quot; view_mode=&quot;embed_large&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;p&gt;Le premier constat pouvant être fait est que très peu, voire aucun article portant sur des thématiques masculinistes n’a été publié dans les deux quotidiens avant les années 1990. Les premiers articles recensés dans&lt;em&gt; La Presse &lt;/em&gt;ont été publiés en 1988 et ceux retrouvés dans &lt;em&gt;Le Soleil&lt;/em&gt;, en 1992. Nous observons toutefois qu’à partir des années 1990, le nombre d’articles augmente graduellement et que celui-ci atteint des sommets beaucoup plus importants au cours des années 2000. Plusieurs auteures ont affirmé que la tuerie de l’École Polytechnique du 6 décembre 1989 avait été déterminante dans la montée des discours antiféministes. Diane Lamoureux (2008: 16) estime qu’il y a une «montée de l’antiféminisme dans le discours public à partir des événements de Polytechnique» et Micheline Dumont (2008: 198) affirme que «cet événement a marqué le début d’un antiféminisme ouvert et tonitruant». Mélissa Blais et Francis Dupuis-Déri (2008: 24) considèrent, pour leur part, que Polytechnique «agira, au final, comme catalyseur de la mouvance masculiniste qui se constituera en véritable mouvement social dans les années 1990».&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Nos données ne nous permettent toutefois pas de confirmer que la tragédie de Polytechnique a réellement joué un rôle catalyseur dans la diffusion des discours antiféministes par les médias, du moins pas à partir de ce que nous révèle l’analyse de la presse écrite, puisque c’est beaucoup plus tardivement que le nombre d’articles sur les thématiques masculinistes connaîtra une croissance importante. C’est effectivement durant les années 2000, avec des sommets entre 2002 et 2005, que se publie le plus grand nombre d’articles portant sur des thématiques masculinistes; il faut donc trouver d’autres facteurs pour expliquer cette croissance.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les graphiques 2 et 3&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref4_3doas6y&quot; title=&quot;Il faut prendre en considération qu’un article peut contenir plusieurs thématiques, ce qui explique que ces données ne correspondent pas au nombre total d’articles qui composent le corpus.&quot; href=&quot;#footnote4_3doas6y&quot;&gt;4&lt;/a&gt;montrent que les thématiques masculinistes, comme l’importance qui leur est accordée, n’évoluent pas de façon similaire et que des variations importantes s’observent d’une année à l’autre.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;73454&quot; view_mode=&quot;embed_large&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;73455&quot; view_mode=&quot;embed_large&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;p&gt;Comme l’évolution des thématiques n’est pas constante ou progressive, il est possible d’envisager qu’elle est généralement liée à des événements ou à des actions spécifiques. Ceci se vérifie plus spécialement pour les sujets portant sur la condition masculine, les droits des pères et la réussite scolaire des garçons. Par exemple, dans les deux journaux analysés, la thématique des droits des pères occupe un espace particulièrement important en 1997-1998, comme en 2005-2006. Or, les années 1997 et 1998 sont marquées par un projet de loi sur les pensions alimentaires, par un rapport sur la refonte de la Loi sur le divorce et par la mise sur pied d’un comité sur la garde des enfants. À partir de 2005 et dans les années qui suivent, la thématique des droits des pères est beaucoup plus présente dans les médias, vraisemblablement en raison des différentes actions d’éclat du groupe Fathers-4-Justice et des démêlés avec la justice de certains membres de cette organisation. La présence du discours antiféministe dans les médias peut donc être interprétée comme intimement liée aux actions menées par les groupes masculinistes et à leur capacité de faire parler de ces thématiques.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Orientation du contenu&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans les deux quotidiens, nous notons que la thématique de la condition masculine est celle qui revient le plus souvent. En effet, elle se retrouve dans 51,6 % des articles relevés dans &lt;em&gt;La Presse &lt;/em&gt;et dans 44,3 % de ceux du &lt;em&gt;Soleil&lt;/em&gt;. Les thématiques de la réussite scolaire des garçons et des droits des pères arrivent respectivement en 2e et 3e positions. Les deux thématiques les moins présentes sont celles du suicide des hommes et de la violence conjugale. Enfin, l’idée que le féminisme est allé trop loin se retrouve dans 30 % des articles de &lt;em&gt;La Presse&lt;/em&gt; et dans 20,5 % des articles du &lt;em&gt;Soleil&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Chacun des articles recensés pour notre étude est classé selon l’orientation globale de son contenu et de l’argumentaire qui y était utilisé. Ainsi, l’orientation d’un article est établie comme étant neutre, masculiniste, féministe ou bien à la fois féministe et masculiniste. Dans &lt;em&gt;La Presse&lt;/em&gt;, 47,4 % des articles relevés ont un contenu masculiniste, 10,9 % ont un contenu féministe, 32,9 % sont neutres et 8,8 % ont un contenu qui est à la fois masculiniste et féministe. En ce qui concerne &lt;em&gt;Le Soleil&lt;/em&gt;, 39,3 % des articles relevés ont un contenu masculiniste et 10 % un contenu féministe, 43,8 % sont neutres, et 6,9 % ont un contenu à la fois masculiniste et féministe. L’une des raisons qui peuvent expliquer la différence de l’orientation de contenu entre les deux journaux est qu’un plus grand nombre d’articles provenant de la &lt;em&gt;Presse canadienne&lt;/em&gt; est présent dans &lt;em&gt;Le Soleil&lt;/em&gt;. Dans&lt;em&gt; La Presse&lt;/em&gt;, une très grande majorité des articles sont écrits par des journalistes, chroniqueurs ou éditorialistes engagés par le journal ou sont des articles d’opinion, ce qui a pour conséquence que nous y retrouvons moins d’articles de la &lt;em&gt;Presse canadienne&lt;/em&gt;. Les textes provenant de&lt;em&gt; La Presse canadienne&lt;/em&gt; ont généralement un contenu plus neutre. Dans l’ensemble, nous constatons que l’orientation des articles est rarement féministe et que c’est l’argumentaire masculiniste qui est le plus utilisé. Aussi, même si beaucoup de textes sont neutres, les thématiques masculinistes sont tout de même présentes dans les médias, que ce soit à cause d’actions de la part de groupes (membre de Fathers-4-Justice sur le pont Jacques-Cartier) qui sont rapportées dans l’actualité ou à cause d’événements (un colloque sur la condition masculine).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Argumentaire masculiniste&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le discours masculiniste ne remet pas systématiquement en question les avancées du mouvement des femmes; il dénonce toutefois le «pouvoir excessif» des femmes. Selon cette perspective, ou l’égalité entre les femmes et les hommes serait déjà atteinte, ou les inégalités se seraient maintenant inversées; le masculinisme se présente en l’occurrence comme une forme de rééquilibrage de la société après les bouleversements engendrés par le féminisme (Blais et Dupuis-Déri, 2008: 11-12; Lamoureux, 2006: 42-45; Trat, Lamoureux et Pfefferkorn, 2006: 22). Il s’agit donc généralement d’un discours sur la situation des hommes qui est alarmiste et qui fait référence à plusieurs problématiques pour appuyer la thèse de leur désarroi: le suicide des hommes, la réussite scolaire des garçons, la violence conjugale et les droits des pères (Blais et Dupuis-Déri, 2008: 11-13, 30).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Comme nous l’avons déjà mentionné, nos données montrent que le thème de la condition masculine est celui qui est le plus présent dans les articles et qu’il s’agit du thème central du discours masculiniste. En effet, il existe plusieurs liens entre cette thématique et les autres. L’accent est surtout mis sur le malheur, la souffrance, le désarroi et les questionnements des hommes. Cet extrait d’une chronique d’Yves Boisvert (2004: A5) dans &lt;em&gt;La Presse&lt;/em&gt; présente bien l’argumentaire masculiniste sur la condition masculine:&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;L’homme ne sait plus qui il est. Il ne sait plus où est sa place. Il est silencieux, mais il n’en pense pas moins. Les enquêtes le disent. Jusque dans les replis de sa vie quotidienne, l’homme fait face au désarroi.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Il a été domestiqué par la révolution féministe. Mais on lui demande en même temps de conserver cette aptitude ancestrale pour bûcher une corde de bois et reclouer la patte du lit du petit dernier.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;L’homme est à un tournant de son histoire. Il le sent. Il souffre. Il se demande ce qu’il y a dans ce rapport sur la condition masculine, remis récemment au ministre de la Santé.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Des liens explicites sont ainsi établis entre la condition des hommes et le féminisme. Dans certains articles, il est parfois question de la perte de pouvoir et de privilèges subie par les hommes à la suite de changements engendrés par le féminisme. Selon certains, les hommes n’avaient pas choisi cette position de pouvoir ni ces privilèges et sont par conséquent des victimes de tous ces bouleversements. Un autre aspect central de l’argumentaire masculiniste sur la condition masculine est le manque de représentations positives des hommes. Que ce soit dans les publicités ou dans la société en général, leur image serait toujours négative (pauvre type maladroit et incapable de faire quoi que ce soit, père absent, pédophile, violeur, violent, etc.), alors que celle des femmes serait positive et liée à la réussite.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En ce qui a trait au suicide, même si un grand nombre d’articles sur le sujet peuvent être considérés comme neutres, il existe un argumentaire masculiniste sur la question. L’idée du manque de représentations positives des hommes revient aussi dans cette thématique, puisque cette absence ferait en sorte que leur souffrance ne serait pas prise au sérieux. De même, un lien est établi entre le suicide et la situation des hommes divorcés: quelques articles affirment qu’une majorité des suicides masculins au Québec seraient commis par des pères divorcés ou séparés, bien que cette affirmation ne soit pas appuyée ni par des statistiques ni par des études. On allègue également que le féminisme aurait fait perdre aux hommes leur place au sein de la famille et que les changements observés dans les rapports entre femmes et hommes auraient entraîné des problèmes identitaires chez ces derniers, ce qui expliquerait en partie le suicide des hommes. Or, le suicide est un phénomène complexe avec de multiples causes. Plusieurs études et données contredisent clairement les affirmations faites par les masculinistes au sujet du suicide des hommes (Dupuis-Déri, 2008).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La thématique des droits des pères divorcés ou séparés est celle où l’argumentaire masculiniste s’avère le plus important. Le point de départ de celui-ci est que les hommes n’auraient pas les mêmes droits que les mères et que ces dernières seraient favorisées par le système juridique et par le gouvernement en ce qui concerne la garde des enfants. Suite à l’émancipation des femmes, aux gains du mouvement des femmes et aux transformations des rôles familiaux qui en découlent, les masculinistes affirment que plusieurs hommes seraient exclus de la famille, surtout après un divorce. Cet extrait de &lt;em&gt;La Presse &lt;/em&gt;montre bien le fil conducteur de l’argumentaire utilisé:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Pour être bref, autant pour le père marié que pour le père divorcé, l’équité parentale, ce n’est pas pour demain. Le père divorcé, lui, ne fait carrément pas partie de la famille dans notre société prétendant vouloir abolir les iniquités entre hommes et femmes. La fête des Pères devra peut-être bientôt changer de nom pour la fête du Guichet automatique. (Ménard, 1997: B3)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Un autre élément de cet argumentaire est que plusieurs hommes seraient victimes de fausses accusations de la part de leur conjointe ou de leur ex-conjointe dans le but de les empêcher d’obtenir la garde de leurs enfants.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le thème de la réussite scolaire revient de façon récurrente dans l’argumentaire masculiniste, reposant sur l’idée qu’il existerait une différence entre les garçons et les filles sur le plan de l’apprentissage et du comportement. D’autres causes sont aussi mises de l’avant pour expliquer les difficultés scolaires des garçons, comme le manque de modèles masculins (à l’école et dans la société) ainsi qu’une trop grande féminisation de l’école. Selon certains, le féminisme serait responsable de ces problèmes, notamment du mépris des valeurs masculines:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Qu’est-ce donc qui a changé? Le nouveau facteur, dont le Conseil ne parle pas, est peut-être le féminisme, ou plus précisément un certain féminisme primaire et radical qui a engendré le mépris des valeurs masculines. Toute la société, l’école au premier chef, est imprégnée de cette mentalité qui voit la masculinité comme une tare et tourne en ridicule les comportements masculins traditionnels. (Gagnon, 1999: B3)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Des solutions sont parfois proposées pour régler ce problème, comme l’augmentation du nombre d’enseignants masculins, un temps de récréation plus long et plus d’activités physiques, ainsi que la non-mixité des classes.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Lorsqu’il est question de la thématique de la violence conjugale, nous retrouvons plusieurs des arguments qui sont utilisés dans les autres thématiques. L’image négative des hommes que l’on dit véhiculée dans la société est encore une fois dénoncée. L’argument utilisé est que ceux-ci seraient toujours présentés comme des agresseurs et les femmes, comme des victimes ou comme des personnes qui se défendent. Le discours masculiniste insiste sur l’idée qu’il y aurait plutôt une symétrie de la violence, c’est-à-dire que les femmes seraient aussi violentes que les hommes, sinon plus. Les statistiques sur le sujet seraient, selon eux, faussées, car les hommes seraient victimes de fausses accusations de violence conjugale et défavorisés par un système qui privilégie les femmes. Encore une fois, aucune étude n’indique que c’est le cas. Ainsi, selon des masculinistes, seules les femmes « profitent » des fonds consacrés à la violence conjugale; les féministes auraient instrumentalisé le discours sur la violence conjugale et développé, aux dires de certains, une industrie qui «profite» aux femmes et aux féministes. Un texte d’Yves Pageau (2003 : A23) publié dans &lt;em&gt;La Presse&lt;/em&gt; illustre bien ces arguments:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;L’idée que des hommes soient parfois la victime de leur conjointe bouscule, en effet, les bases d’une industrie importante. Il faut bien le reconnaître que l’objectif du féminisme consiste à broyer les hommes présumés toujours coupables et à accorder aux femmes, présumées toujours victimes, les moyens de se soustraire à la justice en portant de fausses allégations à l’endroit de leur conjoint.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Finalement, la dernière thématique que nous avons étudiée est cette idée que le féminisme serait allé trop loin (les «dérives du féminisme»). Cette thématique est généralement présente dans l’argumentaire développé à propos des autres sujets: les hommes seraient dorénavant victimes de sexisme. De plus, le féminisme est fréquemment présenté comme un mouvement qui était nécessaire dans le passé, mais qui est maintenant néfaste autant pour les hommes que pour les femmes. Il serait passé d’un mouvement nécessaire à un mouvement anti-hommes dont l’objectif est de détruire ces derniers.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ce bref survol de l’argumentaire masculiniste illustre que les mêmes arguments sont souvent utilisés afin d’appuyer les idées et les valeurs véhiculées par ce contre-mouvement. En effet, le suicide des hommes, les difficultés scolaires des garçons, la problématique des droits des pères et la violence conjugale sont souvent expliqués par des arguments qui invoquent l’utilisation d’images négatives des hommes et de la masculinité, les problèmes liés à une identité masculine bousculée par le féminisme et ses avancées de même que l’implantation de mesures et politiques gouvernementales qui seraient plus favorables aux femmes.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Répercussions sur le mouvement des femmes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Afin de bien comprendre les interactions entre le mouvement des femmes et le mouvement masculiniste, il est nécessaire d’analyser les réactions de ce premier face aux discours du second. Comme nous l’avons mentionné plus tôt, nous avons analysé diverses publications de la Fédération des femmes du Québec (FFQ) de 1985 à 2009. La période de 1985 à 1989 est surtout marquée par des consultations gouvernementales, par le débat sur la souveraineté du Québec et par l’Accord du Lac Meech, en plus de plusieurs dossiers liés à la condition féminine. De 1990 à 2000, d’autres dossiers et sujets font leur apparition à l’ordre du jour de la FFQ. Il est notamment question des difficultés internes au sein de l’organisation, de la Marche du pain et des roses ainsi que de la Marche mondiale des femmes. À partir de 1996, la priorité de la FFQ devient la lutte contre la pauvreté, et le sujet «femmes du monde» et celui d’un «Québec féminin pluriel» sont plus présents. C’est aussi à partir du milieu des années 1990 que le néolibéralisme et la montée de la droite et des intégrismes commencent à être une préoccupation majeure pour l’organisation.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Durant les années 2000, la Marche mondiale des femmes continue d’occuper une place importante, ainsi que les dossiers de la lutte contre la pauvreté et la violence. Toutefois, c’est dans les années 2000 que la FFQ réagit pour la première fois dans ses publications à la montée de l’antiféminisme et des discours masculinistes. Même si nous observons une augmentation des discours antiféministes dans les quotidiens retenus durant les années 1990, celle-ci ne donne lieu à aucune déclaration de la FFQ avant 2003. La première mention du masculinisme est faite dans le rapport annuel de 2002-2003, alors que le comité Communications indique que les journalistes ont posé des questions sur le masculinisme à plusieurs reprises au cours de l’année (Fédération des femmes du Québec, 2003a: 11). C’est aussi à partir de 2003 que la FFQ parle de la montée de l’antiféminisme et l’associe régulièrement à la progression de la droite (Fédération des femmes du Québec, 2003b: 30). Il est difficile d’expliquer pourquoi la FFQ a attendu jusqu’à ce moment pour réagir dans ses publications à la montée de l’antiféminisme. Il est possible que la Marche mondiale des femmes ait exigé beaucoup de temps et de ressources pour l’organisation avant et après l’événement, ce qui a laissé peu de place pour réagir à cette montée de l’antiféminisme et pour élaborer des stratégies destinées à la bloquer.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’année 2004 marque un tournant; la mouvance antiféministe devient alors une préoccupation considérable pour les membres de la FFQ. Dans le Rapport d’activités 2003-2004, il est stipulé que les membres sont préoccupées par la montée de l’antiféminisme et que la FFQ devrait en tenir compte (Fédération des femmes du Québec, 2004: 35-36). Ce contexte influence donc directement les stratégies et les actions de la FFQ pour les années suivantes. À la suite de l’adoption de cette proposition au congrès, la FFQ commence à s’impliquer en participant à des journées de réflexions sur les revendications féministes et les médias au cours desquelles il est notamment question du discours antiféministe dans les médias québécois (Fédération des femmes du Québec, 2004: 36). Ce contexte influence aussi les revendications québécoises de la Marche mondiale des femmes de 2005, qui sont adaptées à cette nouvelle réalité, c’est-à-dire à une montée de la droite politique et à une progression de l’antiféminisme (Fédération des femmes du Québec, 2005: 13). C’est également en 2005, dans le prolongement des journées de réflexion, que la FFQ s’engage avec d’autres groupes de femmes pour contrer cette montée de l’antiféminisme (Fédération des femmes du Québec, 2005: 49). Finalement, nous observons qu’en 2006 et dans les années qui suivent, la FFQ entreprend diverses actions qui ont comme objectifs de réagir à la montée de l’antiféminisme et de la bloquer. Mentionnons notamment, la création de la liste de discussion RebELLEs, qui vise à «contribuer à briser l’isolement des jeunes qui s’identifient comme féministes dans un contexte de ressac antiféministe, particulièrement celles vivant hors des grands centres urbains et qui ont moins d’espace de collectivisation» (Fédération des femmes du Québec, 2006: 7). Un autre exemple est le Groupe des 13&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref5_njxntcr&quot; title=&quot;Il s’agit d’un lieu de concertation réunissant les groupes de femmes nationaux et le Réseau des Tables régionales de groupes de femmes (Fédération des femmes du Québec 2006 : 50).&quot; href=&quot;#footnote5_njxntcr&quot;&gt;5&lt;/a&gt;, dont la FFQ fait partie, qui a mis en place un comité sur la montée de l’antiféminisme (Fédération des femmes du Québec, 2006: 50). À partir de 2006, nous constatons donc que plusieurs actions sont menées par la FFQ en réaction à cette montée de l’antiféminisme, tandis que des stratégies sont développées pour tenir compte de cette situation.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En analysant les publications de la FFQ, nous observons que durant les années 2000, la montée de l’antiféminisme occupe une place de plus en plus importante au sein de ses préoccupations. Au début, le sujet est mentionné seulement lorsqu’il est question de la montée de la droite, afin d’expliquer un changement du contexte social, politique et économique au Québec. Le milieu des années 2000 marque un tournant important dans la manière dont est traitée la montée de l’antiféminisme. Ce phénomène occupe dès lors une place centrale dans les analyses de la FFQ et les conséquences précises de cette montée sur le mouvement des femmes sont prises en considération.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’objectif de ce texte était de comprendre les interactions entre le mouvement des femmes québécois et le contre-mouvement masculiniste. Selon l’approche des contre-mouvements, l’émergence d’un contre-mouvement a, nous l’avons mentionné en introduction, une influence qui ne peut être négligée sur les valeurs, les objectifs, les stratégies et les actions de chacun (Sommier, 2009: 157). Le contre-mouvement cherche constamment à améliorer sa situation en critiquant les effets nuisibles et pervers du mouvement auquel il s’oppose, tandis que celui-ci est forcé à prendre une position défensive afin de neutraliser, de confronter et de discréditer les prétentions du premier tout en défendant et en préservant ses propres acquis (Zald et Useem 1986: 148; Sommier, 2009: 159). C’est ce que confirment clairement les résultats de notre analyse des discours masculinistes recensés dans &lt;em&gt;Le Soleil&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;La Presse.&lt;/em&gt; Il est manifeste que le contre-mouvement masculiniste essaie effectivement de discréditer le mouvement des femmes en montrant ses effets «négatifs» et «nuisibles» pour les hommes et qu’il intensifie sa présence médiatique au fil des ans. Quant à la FFQ, si elle tarde à prendre explicitement acte de la présence de l’antiféminisme, elle lui accorde néanmoins de plus en plus d’importance à partir du milieu des années 2000. Cela concorde avec l’augmentation considérable de la diffusion du discours masculiniste dans les médias, augmentation qui force vraisemblablement la FFQ à réagir et à cibler nombre de ses interventions contre le mouvement masculiniste. Cette situation force le mouvement des femmes à se replier sur une position défensive depuis les années 2000.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Notre étude confirme donc la montée d’un discours antiféministe dans la presse écrite au Québec. Certes, le sujet de l’antiféminisme au Québec avait déjà été étudié, mais il était plutôt question de l’émergence du masculinisme, de son argumentaire, de ses stratégies ou de l’importance des médias dans la diffusion de ses idées. Toutefois, la plupart de ces analyses ne se basaient pas sur des données empiriques et il était donc difficile de mesurer l’ampleur de la présence du discours masculiniste dans les médias. Or, notre recherche permet de démontrer empiriquement la présence de thématiques masculinistes dans deux importants journaux de la presse écrite québécoise. Nos résultats montrent également que c’est seulement à partir du milieu des années 1990 qu’il y a une augmentation significative, mais graduelle, du nombre d’articles portant sur des thématiques masculinistes et que c’est véritablement dans les années 2000 que ce discours occupe une place importante dans les journaux analysés. Ainsi, si nos données ne nous permettent pas de confirmer, comme certains auteurs l’ont affirmé, le rôle joué par la tragédie de Polytechnique dans la diffusion du discours antiféministe dans la presse écrite, nos résultats confirment toutefois ce que Mélissa Blais et Francis Dupuis-Déri (2008: 27) ont avancé, à savoir que «le mouvement masculiniste est particulièrement actif et dynamique surtout depuis le début des années 2000». Finalement, l’approche des contre-mouvements nous aura permis d’étudier les interactions entre le mouvement des femmes et le masculinisme, ainsi que les répercussions du dernier sur le premier.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans leur analyse du mouvement masculiniste, Mélissa Blais et Francis Dupuis-Déri (2008: 252) constatent que «plusieurs considèrent qu’il s’agit là d’un phénomène marginal, porté par quelques individus plus ou moins sains d’esprit, qui ont recours à l’activisme politique pour métaboliser leur crise personnelle et leur dérive psychologique». Cependant, malgré le nombre peu élevé de militants connus du public, leur discours et leurs arguments sont largement diffusés dans les médias, parfois même par des journalistes qui ne se considèrent pas comme étant masculinistes. Par conséquent, le mythe selon lequel l’égalité entre les hommes et les femmes serait atteinte, ou pire, celui affirmant que le mouvement des femmes serait allé trop loin, apparaît de plus en plus présent depuis les années 2000 dans les médias examinés. Cela est inquiétant dans la mesure où plusieurs recherches montrent que les femmes, particulièrement les jeunes, refusent de s’affirmer féministes, même si beaucoup d’entre elles sont conscientes des inégalités qui persistent et sont favorables aux valeurs féministes (Aronson, 2003; Baker Beck, 1998; Roy, Weibust et Miller, 2007). Il serait intéressant d’étudier à quel point cette image négative du mouvement des femmes et des féministes véhiculée par le discours antiféministe participe à ce rejet du féminisme et à l’acceptation du mythe de «l’égalité déjà-là».&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Aussi, nous croyons qu’il est essentiel d’étudier plus en détail l’antiféminisme au Québec et d’y réagir. Dans un contexte politique et économique défavorable aux femmes et au mouvement des femmes, il est crucial de produire un contre-discours qui montre que l’égalité entre les femmes et les hommes n’est pas atteinte et que des inégalités importantes persistent. Malgré un nombre grandissant de recherches sur le sujet, il reste encore du chemin à faire afin de mieux comprendre les conséquences du contre-mouvement masculiniste sur la société et sur le mouvement des femmes. Une meilleure compréhension de la situation actuelle permettrait pour le moins à ce dernier d’être davantage proactif pour ne pas être &lt;em&gt;acculé &lt;/em&gt;à des &lt;em&gt;positions défensives &lt;/em&gt;limitant ses capacités d’initiatives et d’intervention.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Références&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;ARONSON, Pamela. 2003. «Feminists or “Postfeminists”»?: Young Women’s Attitudes toward Feminism and Gender Relations», &lt;em&gt;Gender and Society&lt;/em&gt;, vol. 17, no 6, p. 903-922.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BAKER BECK, Debra. 1998. «The “F” Word: How the Media Frame Feminism», &lt;em&gt;NWSA Journal&lt;/em&gt;, vol. 10, no 1, p. 139-153.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BLAIS, Mélissa et Francis DUPUIS-DÉRI (dir.). 2008. &lt;em&gt;Le mouvement masculiniste au Québec. L’antiféminisme démasqué&lt;/em&gt;, Montréal: Éditions du remue-ménage.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BOISVERT, Yves. 2004. «La condition masculine», &lt;em&gt;La Presse&lt;/em&gt; (Montréal), 14 avril, p. A5.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;DUMONT, Micheline. 2008. &lt;em&gt;Le féminisme québécois raconté à Camille&lt;/em&gt;, Montréal: Éditions du remue-ménage.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;DUPUIS-DÉRI, Francis. 2008. «Le chant des vautours : de la récupération du suicide des hommes par les antiféministes», dans Mélissa Blais et Francis Dupuis-Déri, dir., &lt;em&gt;Le mouvement masculiniste au Québec. L’antiféminisme démasqué&lt;/em&gt;, Montréal: Éditions du remue-ménage, p. 145-177.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;FÉDÉRATION DES FEMMES DU QUÉBEC. 2003a. &lt;em&gt;Rapport d’activités 2002-2003&lt;/em&gt;, 1er juin 2003.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;________. 2003b. «Plateforme féministe». &lt;em&gt;Le Féminisme en bref&lt;/em&gt;, vol. 13, no 1, p. 1-52.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;________. 2004. &lt;em&gt;Rapport d’activités 2003-2004&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;________. 2005. &lt;em&gt;Rapport d’activités 2004-2005&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;________. 2006. &lt;em&gt;Rapport d’activités 2005-2006&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;GAGNON, Lysianne. 1999. «La misère scolaire des garçons», &lt;em&gt;La Presse (&lt;/em&gt;Montréal), 16 octobre, p. B3.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;LAMOUREUX, Diane. 2006. «Les nouveaux visages de l’antiféminisme en Amérique du Nord», dans &lt;em&gt;L’autonomie des femmes en question: antiféminismes et résistances en Amérique et en Europe&lt;/em&gt;, sous la dir. de Josette Trat, Diane Lamoureux et Roland Pfefferkorn, Paris: L’Harmattan, p. 31-50.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;________. 2008. «Québec 2001: un tournant pour les mouvements sociaux québécois?», dans Francis Dupuis-Déri, dir., &lt;em&gt;Québec en mouvements: idées et pratiques militantes contemporaines&lt;/em&gt;. Montréal: Lux éditeur, p. 11-34.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;MÉNARD, Serge. 1997. «Le père divorcé fait-il toujours partie de la famille?», &lt;em&gt;La Presse &lt;/em&gt;(Montréal), 14 juin, p. B3.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;MEYER, David S. et Suzanne STAGGENBORG. 1996. «Movements, Countermovements, and the Structure of Political Opportunity»,&lt;em&gt; The American Journal of Sociology&lt;/em&gt;, vol. 101, no 6, p. 1628-1660.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;PAGEAU, Yves. 2003. «Le crime au féminin —La criminalité n’a pas vraiment de sexe»,&lt;em&gt; La Presse&lt;/em&gt; (Montréal), 12 novembre, p. A23.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;ROY, Robin E., Kristin S. WEIBUST et Carol T. MILLER. 2007. «Effects of Stereotypes about Feminists on Feminist Self-identification , &lt;em&gt;Psychology of Women Quarterly&lt;/em&gt;, vol. 31, no 2, p. 146-156.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;SOMMIER, Isabelle. 2009. «Contre-mouvement», dans &lt;em&gt;Dictionnaire des mouvements sociaux&lt;/em&gt;, sous la dir. d’Olivier Fillieule, Lilian Mathieu et Cécile Péchu, Paris: Presses de SciencePo, p. 154-159.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;TRAT, Josette, Diane LAMOUREUX et Roland PFEFFERKORN (dir.). 2006. &lt;em&gt;L’autonomie des femmes en question: antiféminismes et résistances en Amérique et en Europe&lt;/em&gt;, Paris: L’Harmattan.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;ZALD, Mayer N. et Bert USEEM. 1986. «Movement and Countermovement Interaction: Mobilization, Tactics, and State Involvement», dans &lt;em&gt;Social Movements in an Organizational Society&lt;/em&gt;, sous la dir. de Mayer N. Zald et John D. McCarty, New Brunswick, NJ: Transaction Books, p. 247-271.&lt;/p&gt;

&lt;section  class=&quot;footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed&quot; data-collapsible-show-label=&quot;Notes&quot; data-collapsible-hide-label=&quot;Notes&quot;&gt;&lt;ul class=&quot;footnotes collapsible-content&quot;&gt;&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote1_akpddq5&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref1_akpddq5&quot;&gt;1.&lt;/a&gt; &lt;em&gt;Comment comprendre les transformations du mouvement des femmes? Analyse des répercussions de l’antiféminisme au Québec&lt;/em&gt;, mémoire de maîtrise (science politique), Université de Montréal, 2011.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote2_w6kfxur&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref2_w6kfxur&quot;&gt;2.&lt;/a&gt; Je tiens à remercier Krystelle Chrétien et Julie Robillard pour la relecture de ce texte et leurs commentaires.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote3_3c4wu7b&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref3_3c4wu7b&quot;&gt;3.&lt;/a&gt; Au Québec, l’antiféminisme prend une forme masculiniste; c’est donc pour cette raison que nous parlons de thématiques masculinistes. Pour plus de détails, voir Blais et Dupuis-Déri, 2008.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote4_3doas6y&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref4_3doas6y&quot;&gt;4.&lt;/a&gt; Il faut prendre en considération qu’un article peut contenir plusieurs thématiques, ce qui explique que ces données ne correspondent pas au nombre total d’articles qui composent le corpus.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote5_njxntcr&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref5_njxntcr&quot;&gt;5.&lt;/a&gt; Il s’agit d’un lieu de concertation réunissant les groupes de femmes nationaux et le Réseau des Tables régionales de groupes de femmes (Fédération des femmes du Québec 2006 : 50).&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;/section&gt;&lt;/div&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;Ce texte présente les résultats d’une recherche menée dans le cadre de notre mémoire de maîtrise, qui portait sur les transformations du mouvement des femmes et les répercussions du discours antiféministe sur lui. L’objectif du présent texte est d’analyser les interactions entre le mouvement des femmes québécois et le contre-mouvement masculiniste telles qu’elles sont révélées par l’analyse d’articles de la presse écrite.&lt;/div&gt;
      &lt;/div&gt;
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 <pubDate>Mon, 02 May 2022 19:06:40 +0000</pubDate>
 <dc:creator>Alexia Giroux</dc:creator>
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 <title>Présentation: de l&#039;assignation à l&#039;éclatement</title>
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 <description>&lt;div class=&quot;field field-name-body field-type-text-with-summary field-label-hidden&quot;&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot; property=&quot;content:encoded&quot;&gt;&lt;p&gt;Au moment de lancer l’appel à propositions pour le colloque&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref1_ki8mbqs&quot; title=&quot;Le colloque «Représentations des femmes: médias, arts, société», sous l’égide de l’Institut de recherches et d’études féministes de l’UQAM (IREF) et de l’Institut d’études des femmes de l’Université d’Ottawa (IÉF), s’est déroulé dans le cadre du 79e congrès de l’Association francophone pour le savoir (Acfas) à Sherbrooke, Québec, Canada, les 10 et 11 mai 2011.&quot; href=&quot;#footnote1_ki8mbqs&quot;&gt;1&lt;/a&gt; à l’origine de cette publication, nous misions sur la double signification du terme &lt;em&gt;représentation&lt;/em&gt;, pour traiter tant de la &lt;em&gt;place&lt;/em&gt; que de l’&lt;em&gt;image&lt;/em&gt; des femmes dans l’espace public, les médias et les arts. Notre objectif était de favoriser le dialogue entre des chercheures de différents horizons disciplinaires qui s’intéressent, d’une part, aux figures des femmes dans les récits, discours et mises en scènes et, d’autre part, aux places et positions qu’elles occupent ou qui leur sont accordées dans l’espace public comme dans l’imaginaire collectif.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’ouvrage &lt;em&gt;De l’assignation à l’éclatement. Continuités et ruptures dans les représentations des femmes&lt;/em&gt;, rassemble douze textes pour la plupart issus de ce colloque. Ceux-ci offrent une occasion de poursuivre la réflexion théorique sur les mécanismes de représentation qui interviennent dans les dynamiques et les rapports sociaux de sexe et de genre. Sans nécessairement reprendre cette double signification du terme &lt;em&gt;représentation&lt;/em&gt;, les auteures explorent, à partir de leurs disciplines et ancrages, diverses facettes de l’expérience des femmes, telle qu’elle nous est présentée dans : les discours de presse, les médias, les politiques, la fiction, les pratiques créatrices, les préconceptions et le passage du temps. Les représentations qui s’en dégagent tanguent entre le pôle convenu de l’assignation et celui, libérateur, de l’éclatement comme condition préalable aux choix, à la pleine liberté.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Figures de l’assignation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Au cours de l’histoire, les représentations législatives et culturelles des femmes ont été le fait et le reflet de régimes politiques et symboliques patriarcaux et hétéronormés. Ceux-ci ont relégué les femmes hors du domaine public et, pendant longtemps, les ont définies comme non «personnes» ou non «adultes» au sens juridique des termes. Combien d’œuvres d’arts les dépeignent comme des vierges ou des mères, des courtisanes ou des saintes, et donc les associent à des statuts consubstantiels de leurs rapports sexuels avec des hommes, en tant qu’ils sont leurs —futurs—époux/amants, incluant Dieu (la religieuse mariée à Dieu)? Les seules exceptions à cette règle étaient la sorcière, la vilaine et la tentatrice. Tandis que la sorcière, qui possède des pouvoirs (connaissances) jugés maléfiques, est le plus souvent une femme ménopausée, et donc improductive en regard d’une économie centrée sur l’appropriation des capacités reproductives des femmes par les hommes, la vilaine est une pécheresse «égoïste» et désobéissante, inapte à s’occuper d’un mari et d’enfants, encore moins de parents. Elle est par ailleurs souvent «laide», alors qu’elle devrait être «belle», c’est-à-dire désirable afin qu’un homme l’«engrosse». Enfin, chargée du poids de la chute de l’humanité, Ève la séductrice est réduite à sa dimension sexuelle et esthétique. Elle est dépeinte comme cette complice du diable face à laquelle les hommes deviennent serviles et sans défense. En réalité, les figures de sorcière, vilaine et tentatrice sont «dérangeantes» parce qu’elles interpellent le pouvoir des hommes. La première vit seule et possède un savoir enviable, lié à des capacités menaçantes pour l’ordre établi; la seconde est une rebelle qui défie clairement celui-ci (Lilith refusant de se soumettre à Adam), alors que la troisième confronte les hommes à leurs propres faiblesses et vulnérabilités (Ève offrant la pomme défendue à Adam). C’est d’ailleurs à ces représentations métaphoriques de femmes indociles et voulant s’émanciper que renvoient souvent les épithètes dépréciatifs qui sont employés pour décrire les suffragettes et les féministes, ces femmes dites «enragées» qui veulent l’égalité avec les hommes, revendiquent le statut de citoyenne à part entière et réclament, entre autres, le droit de prendre leurs propres décisions concernant leur corps et leur sexualité.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L’éclatement&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans le présent ouvrage, les auteures ne se sont pas attardées aux grandes luttes citoyennes ni aux célèbres figures de la culture occidentale (iconographie religieuse, personnages des mythes ou des contes, héroïnes sentimentales ou hollywoodiennes, etc.) qui ont alimenté et continuent d’alimenter les métaphores de la représentation des sexes, ces questions ayant déjà été traitées par des féministes d’horizons divers depuis les années soixante-dix&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref2_hyzj7mh&quot; title=&quot;Du côté des productions récentes, pensons aux nombreux articles qui sont parus sur la parité et, concernant la représentation figurative, à l’ouvrage de Raphaëlle Moine, Les femmes d’action au cinéma (2010) ou au documentaire audio-visuel, Miss Representation de Jennifer Siebel Newsom (2011), qui traite de la représentation des femmes dans les médias populaires américains.&quot; href=&quot;#footnote2_hyzj7mh&quot;&gt;2&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’ensemble des textes révèle en effet la lente transition qui s’opère tout au long du XXe siècle. Aux figures de femmes clichées et asservies s’ajoutent des modèles de femmes plus audacieuses, moins conformes, dans un nombre croissant d’œuvres (picturales, cinématographiques et littéraires), de discours et de médias et ce, tant en Amérique du Nord qu’ailleurs dans le monde. Ces études nous permettent de constater à quel point les stéréotypes qui réduisent les femmes à leur sexe, à la maternité et à l’espace domestique, en retrait donc des grands enjeux sociaux, du savoir et des compétences politiques, sont difficiles à déloger. Or, de plus en plus de femmes de la scène artistique et sociale utilisent une variété de stratégies face à la machine bien huilée qu’elles affrontent, améliorant ainsi nos connaissances de cette machine et contribuant à son lent déboulonnage. Les textes réunis ici s’articulent autour de trois pôles correspondant aux trois dimensions sur lesquelles les auteures se penchent: les pratiques contraignantes, les représentations et les imaginaires.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les textes de la première section examinent les pratiques contraignantes que l’on impose aux femmes et décortiquent les mécanismes qui les sous-tendent. Le texte de Caroline Désy explore les interventions de régimes fascistes européens de la période 1922-1945 en matière de différence sexuelle, dans les espaces de la santé, de la beauté et de la maternité, et ce, afin d’en cerner les différentes sphères d’influence. L’analyse montre une indéniable tension entre maternité et femme idéalisée, tension nourrie par les principes esthétiques contradictoires imposés par le fascisme au corps des femmes selon les moments, les événements et les exigences politiques. Plus près de l’actualité, une autre étape dans la tradition patriarcale de contrôle des corps et des imaginaires est franchie avec l’hypersexualisation dont traitent Carole Boulebsol et Lilia Goldfarb. Leur texte permet de révéler quelques-uns des mécanismes sexualisateurs présents dans les représentations culturelles, médiatiques et publicitaires, et leurs liens avec les discriminations et les violences auxquelles les jeunes filles sont confrontées. Les auteures concluent à la nécessité de mettre au premier plan les valeurs de relations interpersonnelles équitables, de plaisir, de respect ainsi que de conscience de soi et des autres. Il est aussi possible de miser sur des mécanismes de contrôle normés ou légaux pour lutter contre les stéréotypes sexuels, comme l’exprime Rachel Chagnon dans son étude sur les organismes d’autorégulation des médias au Canada. L’auteure y questionne la détermination de ces organismes à mettre en œuvre les principes de non discrimination, tout comme elle illustre leur difficulté à prendre position sur le concept même de stéréotype sexuel. Ses conclusions invitent à penser que des revendications pour obtenir un resserrement de la vigilance et du contrôle pourraient être portées par le mouvement des femmes. Chantal Maillé, quant à elle, nous amène sur un autre terrain lorsqu’elle questionne les stratégies et les interventions qui ont été mises de l’avant par le mouvement des femmes au Québec en réponse à ce qui est parfois désigné comme «la sous-représentation politique des femmes». Son analyse met en relief les images qui ont été ou sont véhiculées à travers des stratégies et des interventions consacrées à la promotion de la présence des femmes dans la politique active. Maillé en conclut qu’elles connotent trop souvent des associations négatives entre les femmes et la politique.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La deuxième section de l’ouvrage comporte des textes qui s’intéressent, à partir de points d’observation variés dans le temps et l’espace, aux représentations qui accompagnent certains discours ou pratiques. L’une des collaboratrices, Emilie Goulet, nous incite à réfléchir sur la place qu’occupe le discours antiféminisme dans la presse écrite et sur le message qui s’en dégage. Ayant dépouillé deux quotidiens québécois à grand tirage parus entre 1985 et 2009, elle constate que le discours et les arguments masculinistes y sont largement diffusés et postulent que l’égalité entre les hommes et les femmes est atteinte, ou pire, que le mouvement des femmes est allé trop loin. Geneviève Lafleur s’intéresse aussi à ce que dit la presse. Elle le fait cependant en s’attardant aux portraits convenus de trois galeristes montréalaises actives au milieu du XXe siècle. La contextualisation des portraits qui s’en dégage permet de bien voir quelles étaient les règles contraignantes auxquelles ces femmes audacieuses devaient se soumettre pour légitimer leur place sur le marché du travail et être acceptées dans le milieu des arts. Isabelle Marchand nous entraîne vers un tout autre univers en interrogeant le regard que des femmes aînées posent sur elles-mêmes. Rédigé en collaboration avec Michèle Charpentier et Anne Quéniart, son texte rend bien compte de la distance qui sépare les images réductrices qui circulent sur les femmes de 65 ans et plus au Québec, et celles que ces dernières entretiennent à l’égard d’elles-mêmes. Ce constat met notamment en lumière les écarts importants qui se creusent entre les perceptions et les attentes que notre société entretient à l’égard des aînées et les besoins et les priorités de ces dernières à une époque où indépendance et vitalité sont fortement valorisées. Enfin, la contribution de Marcelle Dubé rend compte d’une expérience pédagogique menée auprès d’étudiantes et d’étudiants en travail social. Son but était de vérifier si, à la suite de son cours sur les rapports de sexe et de genre, les représentations qu’elles et ils entretenaient à l’égard des femmes, des féministes et du féminisme seraient modifiées. L’auteure conclut que l’expérience a valu la peine puisque plusieurs membres du groupe ont affirmé qu’au terme de la session, leur perception était changée et leur opinion sur ces sujets, plus nuancée.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Enfin, la troisième section examine différentes facettes de l’asymétrie androcentrée et de la catégorisation sexuelle structurant nos imaginaires. Deux romans contemporains écrits par des femmes sont au cœur de l’analyse de Catherine Dussault Frenette, soit &lt;em&gt;Aurélien, Clara, Mademoiselle et le Lieutenant anglais &lt;/em&gt;d’Anne Hébert et &lt;em&gt;L’Île de la Merci &lt;/em&gt;d’Élise Turcotte. L’initiation sexuelle de jeunes filles y est examinée attentivement, au regard d’un mouvement d’affirmation/négation du désir. Car si l’auteure y débusque une subjectivité féminine adolescente, celle-ci apparaît soumise à la suprématie du discours masculin sur le désir et le sexuel. Marie-Noëlle Huet s’intéresse pour sa part aux nouveaux récits écrits du point de vue de la mère et aux fictions ayant pour thème la maternité. Elle prend pour exemple une œuvre de l’écrivaine Nancy Huston, qui assimile enfantement et création romanesque, et s’attarde aux représentations que propose l’auteure de la «maternité-érotisme», de l’identité, et de la carrière. Ce sont aussi des créatrices qui font l’objet du texte d’Ève Lamoureux: celles-ci s’interrogent sur leur identité de femme et d’artiste en questionnant le milieu des arts visuels et la société. En examinant l’évolution d’autoreprésentations, Lamoureux constate que cette pratique est passée d’une période du genre revendiqué à celle d’une déconstruction du genre, du moins dans un contexte où celui-ci est compris de façon essentialiste, globalisante, totalisante. Enfin, l’art semblant permettre une «part d’espoir et de liberté (de jeu?) dont la réalité [serait] dépourvue»&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref3_i41fclo&quot; title=&quot;Voir la contribution de D. Bourque à cet ouvrage: «Claude Cahun ou l’art de se dé-marquer».&quot; href=&quot;#footnote3_i41fclo&quot;&gt;3&lt;/a&gt;, Dominique Bourque recense depuis quelques années des œuvres issues de personnes marginalisées et questionnant plus d’une pratique normative, comme la convergence entre sexe et genre, l’injonction à l’hétérosexualité et la déshumanisation des êtres minorisés. Cela l’amène à étudier le cas de l’artiste française Claude Cahun (1894-1954), une figure méconnue dont elle propose d’examiner l’œuvre avant-gardiste à partir du concept du dé-marquage, cette notion regroupant les stratégies qui exposent, contournent ou abolissent un ou plusieurs marquages de manière à reconquérir sa pleine humanité, et donc sa représentativité.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il est entendu que cette anthologie fait silence sur de nombreuses analyses et réflexions associées aux représentations. On n’y trouvera pas, par exemple, de textes sur l’injonction à la jeunesse et à la «beauté» qui pèse plus lourdement sur les femmes que sur les hommes, mais le sujet a déjà été admirablement traité ailleurs&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref4_wnnh2kr&quot; title=&quot;Voir entre autres Éthique de la mode féminine, sous la dir. de Michel Dion et Mariette Julien (2010), et plus particulièrement l’article «D’une tyrannie de l’apparence: corps de femmes sous contrôle» de David Le Breton dans cet ouvrage. Pour une vue d’ensemble sur les processus de reproduction des stéréotypes sexuels et leurs effets, on consultera avec profit l’étude de Francine Descarries et Marie Mathieu (2010), Entre le rose et le bleu. Stéréotypes sexuels et construction sociale du féminin et du masculin.&quot; href=&quot;#footnote4_wnnh2kr&quot;&gt;4&lt;/a&gt;. Aucun texte n’aborde directement la représentation des femmes racialisées ou racisées, pauvres ou handicapées, ni les images et les descriptions de femmes qui circulent sur l’Internet et dans les médias sociaux. Ces thèmes, sollicités par notre appel à communications, n’ont malheureusement pas fait l’objet de textes ni reçu le traitement qu’ils méritaient. Nous espérons que ces omissions seront comblées par le travail de collègues dans un avenir rapproché.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le présent ouvrage regroupe néanmoins un éventail d’études faites dans diverses disciplines, par des chercheures chevronnées et émergeantes, ainsi que par des praticiennes de terrain. Il examine les représentations des femmes d’hier et d’aujourd’hui, réelles et fictionnelles, à diverses étapes de leur vie. S’il associe le politique et le culturel, c’est que ces deux dimensions sont étroitement liées dans nos sociétés de la modernité avancée où l’image&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref5_po31y1d&quot; title=&quot;L’hyperconsommation, l’importance des médias, la société du spectacle, le culte du corps et de la jeunesse, etc., qui caractérisent notre époque, favorise ce que Le Breton (2010) appelle une «tyrannie de l’apparence»: «Le corps est un lieu de différenciation, un atout pour exister dans le regard des autres, et donc une valeur à faire fructifier à travers le souci de soi. Il s’agit de construire par la mise en scène de l’apparence et éventuellement de son for intérieur des opérations pour devenir soi, se faire d’emblée image» (Le Breton, 2010: 5).&quot; href=&quot;#footnote5_po31y1d&quot;&gt;5&lt;/a&gt; s’associe désormais à la citoyenneté dans l’élaboration de nos identités:&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Dans nos sociétés contemporaines, l’expérimentation prend la place des anciennes identités fondées sur l’habitus. Le sentiment de soi est inlassablement travaillé par un acteur dont le corps est la matière première de l’affirmation propre selon l’ambiance du moment. (Le Breton, 2010: 4)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les textes réunis offrent l’occasion de poursuivre la réflexion théorique engagée sur les mécanismes de représentations qui interviennent dans les dynamiques sociales et dans les interactions avec l’autre sexe. Ils constituent également une incitation à multiplier les analyses et les stratégies pour rompre avec les non-dits des représentations sexuées et documenter notre engagement à l’égard de l’égalité entre les sexes.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Références&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;DESCARRIES, Francine et Marie MATHIEU. 2010. &lt;em&gt;Entre le rose et le bleu. Stéréotypes sexuels et construction sociale du féminin et du masculin&lt;/em&gt;. Québec, Conseil du statut de la femme. En ligne: &lt;a href=&quot;http://www.csf.gouv.qc.ca/modules/fichierspublications/fichier-35-1082.pdf&quot;&gt;http://www.csf.gouv.qc.ca/modules/fichierspublications/fichier-35-1082.pdf&lt;/a&gt; (consulté le 29 novembre 2012)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;DION, Michel et Marielle JULIEN (dir.). 2010. &lt;em&gt;Éthique de la mode féminine&lt;/em&gt;, Paris: PUF.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;LE BRETON, David. 2010. «D’une tyrannie de l’apparence: corps de femmes sous contrôle», dans &lt;em&gt;Éthique de la mode féminine&lt;/em&gt;, sous la dir. de Michel Dion et de Mariette Julien, Paris: PUF, p. 3-26.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;MOINE, Raphaëlle. 2010. &lt;em&gt;Les femmes d’action au cinéma&lt;/em&gt;, Paris: Armand Colin,&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;SIEBEL NEWSOM, Jennifer. 2011. &lt;em&gt;Miss Representation&lt;/em&gt;. Film documentaire, États-Unis, Girls Club Entertainment, 85 min.&lt;/p&gt;

&lt;section  class=&quot;footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed&quot; data-collapsible-show-label=&quot;Notes&quot; data-collapsible-hide-label=&quot;Notes&quot;&gt;&lt;ul class=&quot;footnotes collapsible-content&quot;&gt;&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote1_ki8mbqs&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref1_ki8mbqs&quot;&gt;1.&lt;/a&gt; Le colloque «Représentations des femmes: médias, arts, société», sous l’égide de l’Institut de recherches et d’études féministes de l’UQAM (IREF) et de l’Institut d’études des femmes de l’Université d’Ottawa (IÉF), s’est déroulé dans le cadre du 79e congrès de l’Association francophone pour le savoir (Acfas) à Sherbrooke, Québec, Canada, les 10 et 11 mai 2011.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote2_hyzj7mh&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref2_hyzj7mh&quot;&gt;2.&lt;/a&gt; Du côté des productions récentes, pensons aux nombreux articles qui sont parus sur la parité et, concernant la représentation figurative, à l’ouvrage de Raphaëlle Moine, &lt;em&gt;Les femmes d’action au cinéma&lt;/em&gt; (2010) ou au documentaire audio-visuel, &lt;em&gt;Miss Representation&lt;/em&gt; de Jennifer Siebel Newsom (2011), qui traite de la représentation des femmes dans les médias populaires américains.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote3_i41fclo&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref3_i41fclo&quot;&gt;3.&lt;/a&gt; Voir la contribution de D. Bourque à cet ouvrage: «Claude Cahun ou l’art de se dé-marquer».&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote4_wnnh2kr&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref4_wnnh2kr&quot;&gt;4.&lt;/a&gt; Voir entre autres &lt;em&gt;Éthique de la mode féminine&lt;/em&gt;, sous la dir. de Michel Dion et Mariette Julien (2010), et plus particulièrement l’article «D’une tyrannie de l’apparence: corps de femmes sous contrôle» de David Le Breton dans cet ouvrage. Pour une vue d’ensemble sur les processus de reproduction des stéréotypes sexuels et leurs effets, on consultera avec profit l’étude de Francine Descarries et Marie Mathieu (2010), &lt;em&gt;Entre le rose et le bleu. Stéréotypes sexuels et construction sociale du féminin et du masculin.&lt;/em&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote5_po31y1d&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref5_po31y1d&quot;&gt;5.&lt;/a&gt; L’hyperconsommation, l’importance des médias, la société du spectacle, le culte du corps et de la jeunesse, etc., qui caractérisent notre époque, favorise ce que Le Breton (2010) appelle une «tyrannie de l’apparence»: «Le corps est un lieu de différenciation, un atout pour exister dans le regard des autres, et donc une valeur à faire fructifier à travers le souci de soi. Il s’agit de construire par la mise en scène de l’apparence et éventuellement de son for intérieur des opérations pour devenir soi, se faire d’emblée image» (Le Breton, 2010: 5).&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;/section&gt;&lt;/div&gt;
      &lt;/div&gt;
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    &lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;L’ensemble des textes révèle en effet la lente transition qui s’opère tout au long du XXe siècle. Aux figures de femmes clichées et asservies s’ajoutent des modèles de femmes plus audacieuses, moins conformes, dans un nombre croissant d’œuvres (picturales, cinématographiques et littéraires), de discours et de médias et ce, tant en Amérique du Nord qu’ailleurs dans le monde. &lt;/div&gt;
      &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
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 <pubDate>Mon, 02 May 2022 14:28:15 +0000</pubDate>
 <dc:creator>Alexia Giroux</dc:creator>
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 <title>Analyses féministes et luttes contre l&#039;homophobie, écueils et convergences possibles: un essai</title>
 <link>https://oic.uqam.ca/en/articles/analyses-feministes-et-luttes-contre-lhomophobie-ecueils-et-convergences-possibles-un-essai</link>
 <description>&lt;div class=&quot;field field-name-body field-type-text-with-summary field-label-hidden&quot;&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot; property=&quot;content:encoded&quot;&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 200px;&quot;&gt;&lt;em&gt;Mon texte se veut être un humble hommage à Nicole-Claude Mathieu, qui nous laisse des textes formidables à découvrir et à redécouvrir…&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le thème de la présente publication, les zones de convergences des féminismes et des luttes contre l’homophobie, résume en lui-même ce que bon nombre d’entre nous, chercheurs-es, militants-es, intervenants-es, avons tenté et tentons de faire au jour le jour depuis des décennies. C’est parfois, pour certains, mais surtout certaines d’entre nous, l’histoire de toute une vie. C’est sans aucun doute mon cas. Entre les combats et les enjeux, perçus comme différents et complémentaires, y a-t-il eu une hiérarchie? Existerait-elle encore aujourd’hui?&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref1_w7h7zxk&quot; title=&quot;L’auteure remercie Irène Kaufer, militante et blogueuse féministe, pour sa relecture attentive du texte.&quot; href=&quot;#footnote1_w7h7zxk&quot;&gt;1&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En Belgique, l’acquisition des droits s’est faite progressivement, dans la foulée des mouvements sociaux et des avancées politiques. Citons quelques dates majeures: le droit de vote des femmes a été obtenu pleinement en 1948, le viol n’est défini légalement qu’en 1989, l’avortement, criminalisé en 1867, devient légal sous certaines conditions en 1990. En 2003, la loi anti-discrimination est votée et les couples de même sexe peuvent accéder au mariage (mais sans la filiation directe). En 2006, l’adoption est légalement ouverte à toutes les personnes et couples et ce n’est qu’en 2014 que la filiation est également directement présumée pour les couples de même sexe s’ils sont mariés. En 2013, la Belgique et ses fédérations se dotent de lois et de politiques d’abord contre les violences homophobes, puis contre l’homophobie. Ce n’est qu’en 2014 que la loi contre le sexisme est promulguée.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Après mes années d’expérience en tant que psychologue, actrice de changement social et chercheure, dans ce contexte socio-politique belge, voici quelques-unes de mes considérations au sujet des luttes féministes et contre l’homophobie. Les formes de ces dernières se transforment, évoluent, «rêve-oluent», avec succès et/ou dérapages. En voici quelques exemples.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Actuellement, en Belgique francophone du moins, il devient peu concevable dans les mouvements de lutte contre l’homophobie d’envisager des luttes qui ne soient pas mixtes; elles doivent être composées de femmes et d’hommes. La proportion est variable, majoritairement en faveur des hommes. Et les mouvements lesbiens et féministes qui souhaitent des moments et des actions spécifiques pour les femmes, en non-mixité, sont alors rapidement perçus comme agressifs, bêtement séparatistes, d’un autre âge («les vieilles lesbiennes féministes») et simplistes. Les questions et revendications transidentitaires, les approches queer, prennent plus aisément leur place et deviennent prégnantes, mais il est peu évident d’interroger leurs limites, leurs résonances avec les rapports sociaux de sexe. Sous peine, encore une fois, d’apparaître comme d’une autre époque. Comment envisager et oser questionner les avancées et les écueils, à l’intersection des questions de S_exe, de G_enre et d’O_rientation S_exuelle&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref2_ppt65wf&quot; title=&quot;La majuscule barrée souligne le fait que ce sont bien des classes et des catégories socialement construites.&quot; href=&quot;#footnote2_ppt65wf&quot;&gt;2&lt;/a&gt; et des rapports sociaux de pouvoir ? Je propose d’évoquer quelques-uns des obstacles et des convergences relatifs à cette intersectionnalité qui émergent de ma pratique en tant que formatrice, superviseuse, psychologue clinicienne et chercheure universitaire. En réalisant ce travail, j’ai constaté davantage d’obstacles que de convergences, même si ces dernières sont vivement souhaitables. Mes propos sont ouverts à la critique, ils ne témoignent que de mon cheminement et de l’état de mes réflexions actuelles. Je reste en perpétuelle évolution sur ces questions.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Tout d’abord, selon mes pratiques en tant que féministe et ma perception des enjeux de pouvoir, il existe, même entre différents courants féministes, des convergences mais aussi des divergences, voire parfois une absence de compatibilité, entre certains féminismes. Des écueils peuvent rapidement faire surface: sommes-nous toutes d’accord pour affirmer que l’hétérosexualité est un système d’oppression? Que les droits reproductifs et sexuels doivent intégrer d’autres dimensions que la contraception et l’interruption volontaire de grossesse (IVG)? Qu’il y a une invisibilisation des questions lesbiennes dans des courants féministes et que les questions bisexuelles le sont encore davantage, y compris par certains courants lesbiens? Voilà quelques-unes de mes questions. Donc, entre féminismes et entre féministes, il existe des discussions, frictions, difficultés d’articulation à la croisée des rapports de domination. Où faut-il mettre l’énergie pour faire avancer la «cause»? Qui en bénéficie généralement et qui est reléguée le plus souvent au second plan?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Mais d’autre part, les divergences sont d’autant plus aigues et perceptibles entre les courants féministes et les mouvements et actions de prévention et de lutte contre l’homophobie. Les enjeux politiques et épistémologiques ont notamment été mis en évidence par Chamberland et Lebreton (2012). La rencontre de revendications communes peut rapidement se buter contre certains écueils: les espaces non mixtes pour les filles et femmes lesbiennes, bi, gouines ou non exclusivement hétérosexuelles; le sexisme et la domination masculine, y compris dans les groupes LGBT&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref3_u2hm7ls&quot; title=&quot;LGBT: lesbiennes, gays, bi, trans.&quot; href=&quot;#footnote3_u2hm7ls&quot;&gt;3&lt;/a&gt;, déniés par certains gays; la dilution de la problématique des rapports sociaux de sexe dans les approches queer; les difficultés pour construire des revendications politiques communes lors des Prides et marches des fiertés; l’évocation de la question du mariage, mais plus intensément, de celle des mères porteuses ou de la gestation pour autrui (GPA); l’islamophobie dont est parfois teintée la lutte contre l’homophobie, etc. Il s’agit de trouver en quoi l’articulation des luttes peut être un moteur, et au bénéfice –et au détriment– de qui ou de quoi.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;À titre d’exemple, considérons les revendications des mouvements LGBT. Cet acronyme nécessite déjà de repenser autant la hiérarchie que l’invisibilisation de certains publics et de leurs oppressions, par le recouvrement (et non l’articulation) des enjeux, luttes et populations. En effet, le mouvement LGBT n’est pas uniforme. Lorsqu’il est présenté comme un monolithe, les différences inter-groupes, entre les différentes catégories des LGBT et les différences intra-groupes, à l&#039;intérieur de chaque catégorie, sont effacées. Dans les pays post-industrialisés, les mouvements LGBT sont largement&lt;em&gt; G&lt;/em&gt;, composés de gays, occidentaux, blancs et de pouvoir socio-économique moyen ou aisé. Il semble que les&lt;em&gt; T &lt;/em&gt;(personnes transidentitaires), peuvent de mieux en mieux faire reconnaître leurs besoins spécifiques (enjeux de sortie du DSM, hormonothérapie, chirurgies, accès à des soins adéquats, etc.). Mais les &lt;em&gt;L&lt;/em&gt; (lesbiennes) et encore plus les &lt;em&gt;B&lt;/em&gt; (bisexuel-les) et leurs réalités sont invisibilisées.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il faut préciser que selon certaines études, les personnes qui s’identifient comme bisexuelles sont davantage des filles et des femmes (Diamond, 2000, 2003a, 2003b, 2005, 2008; Peplau, 1999; Peplau et Garnets, 2000) que des hommes (Rahman &amp;amp; Wilson, 2003). Ce fait est notamment relié à la socialisation selon le sexe et aux rapports sociaux, qui pèsent différemment sur les femmes et les hommes. Selon cette analyse, ce sont surtout les femmes qui sont contraintes à rester dans l’hétérosexualité, à y céder sans consentir&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref4_oq4r89b&quot; title=&quot;En référence à «Quand céder n’est pas consentir», article essentiel de Nicole-Claude Mathieu, paru dans L’Anatomie politique, 1991.&quot; href=&quot;#footnote4_oq4r89b&quot;&gt;4&lt;/a&gt;, en tout ou en partie. Ce fait s’inscrit dans la dynamique sociétale patriarcale et viriarcale&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref5_98uu54q&quot; title=&quot;Le viriarcat est une forme actuelle du patriarcat. Ce ne sont plus les plus âgés, les ancêtres, les ainés hommes qui détiennent le plus le pouvoir. Avec le capitalisme et le néo-libéralisme, le pouvoir est davantage détenu par les hommes les plus virils parmi les hommes, quel que soit leur âge.&quot; href=&quot;#footnote5_98uu54q&quot;&gt;5&lt;/a&gt;. Ce qui est caractéristique, voire structurel, c’est que l’oppression des lesbiennes et des bisexuelles est invisibilisée et niée. L’invisibilisation de leurs oppressions, y compris dans la lutte contre l’homophobie, est assez frappante et elle semble se maintenir dans le temps, sous des formes variées. Il s’agit d’une forme spécifique de l’invisibilisation de l’oppression des femmes, qui est parfois tout autant déniée, tant dans la société dans son ensemble que dans les courants LGBT.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Selon mon point de vue, les gays et les hommes bisexuels subissent de plein fouet l’homophobie, du fait même d’appartenir au groupe des hommes, des personnes socialisées comme hommes et, en même temps, du fait de ne pas y correspondre suffisamment, dans les codes de masculinité et de virilité pré-établis qui lui sont associés. Les filles et les femmes lesbiennes, bisexuelles ou sans étiquette mais qui aiment d’autres filles ou femmes, subissent moins d’homophobie au sens strict du terme. J’ai entendu dire de nombreuses fois que ce serait plus facile pour les femmes de vivre leur amour pour une autre femme. Mes recherches doctorales actuelles tendent à montrer qu’il n’en est rien. Car elles subissent davantage les contraintes à l’hétérosexualité, avec les déclinaisons de contraintes telles que :&lt;/p&gt;&lt;ul&gt;&lt;li&gt;la contrainte à l’hétérosexualité, avec la dialectique hétérosexisme/hétéronormativité qui fonde l’hétérosystème et qui dévalorise les autres formes de relations que l’hétérosexualité et survalorise l’hétérosexualité simultanément (Horincq-Detournay, 2015);&lt;/li&gt;&lt;li&gt;la contrainte à l’exercice social de la sexualité avec un homme;&amp;nbsp;&lt;/li&gt;&lt;li&gt;la contrainte à la maternité dans un cadre hétérosexuel;&amp;nbsp;&lt;/li&gt;&lt;li&gt;la contrainte au mariage (avec un homme);&lt;/li&gt;&lt;li&gt;la contrainte à la soumission aux hommes, notamment par l’éducation au désir masculin (Tabet, 1998) et à la désirabilité sociale et sexuelle à travers le seul regard des hommes, par la romance hétérosexuelle, par les provocations sexistes et de drague (Lebreton, 2014)&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;p&gt;Les critiques de la notion d’homophobie (individualisant, psychologisant, etc.) ont été justement décrites par Chamberland et Lebreton (2012), tout en ajoutant la critique de l’androcentrisme de cette notion. Le concept de l’hétérosexisme est plus large et opérationnel pour aborder les problématiques relatives aux rapports sociaux de sexe et favoriser l’émancipation collective et individuelle de nombreuses personnes. Mais son intérêt en recherche et sa portée politique ne rencontrent pas le même succès que la notion d’homophobie. On peut présumer que ce qui relève du masculin et de ses déclinaisons présente un attrait accru, comparativement à ce qui peut davantage permettre l’émancipation des femmes et des personnes lesbiennes ou bi. Les filles et les femmes qui sont lesbiennes ou bisexuelles tentent de sortir de l’hétérosystème et doivent conjuguer leurs efforts pour s’extraire du sexisme et des contraintes à l’hétérosexualité. En m’appuyant sur les travaux de Guillaumin (1992), j’ai émis une hypothèse. Pour rappel, cette auteure met en évidence les appropriations multiples, collectives et individuelles, des femmes. «L’appropriation matérielle de la classe des femmes par la classe des hommes: le sexage» (36) opère collectivement et en outre, «&lt;em&gt;l’ensemble des hommes&lt;/em&gt; dispose de &lt;em&gt;chacune des femmes&lt;/em&gt;» (42). Il s’agit d’une appropriation individuelle de chaque femme par la classe des hommes, à laquelle s’ajoute l’appropriation individuelle, privée, d’une femme par un homme en particulier, par le mariage notamment (33). Sur ces bases, j’émets l’hypothèse que les lesbiennes et les bisexuelles, de par leur orientation sexuelle et leur sortie de l’hétérosexualité exclusive, sortent partiellement du groupe, de la classe des femmes&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref6_tq307m6&quot; title=&quot;En référence à «Les lesbiennes ne sont pas des femmes», Monique Wittig, 2001.&quot; href=&quot;#footnote6_tq307m6&quot;&gt;6&lt;/a&gt;. Elles s’émancipent individuellement (volontairement ou non) en se réappropriant elles-mêmes, par leurs tentatives pour échapper aux relations sociales liées aux rapports de pouvoir et aux institutions patriarcales et sexistes (mariage avec un homme, appartenance au père, à la religion, etc.), qui sont des actualisations du sexage, selon Guillaumin, en s’éloignant de l’appropriation privée par un homme et de l’appropriation individuelle par la classe des hommes. Mais elles n’échappent pas au rapport de l’appropriation sociale en tant que femmes; elles restent contraintes socialement, par l’appropriation collective des femmes, dont elles continuent à faire néanmoins partie. Et individuellement, elles peuvent devoir payer le prix de leur autonomisation, entre autres en subissant «les injures plus ou moins violentes et les menaces traditionnellement lancées à toutes les femmes qui n’acceptent pas les termes de cette relation, de ce jeu» (42) de leur indisponibilité à la classe des hommes. Ce n’est donc pas plus facile à vivre pour elles que pour les gays. D’autant que les rapports de domination qu’elles doivent traverser ne sont pas vus comme tels et que la lutte contre l’hétérosexisme ne rencontre pas un réel intérêt dans les luttes contre l’homophobie, ni dans la société dans son ensemble.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il existe donc un grand nombre de difficultés pour articuler les luttes et les rendre véritablement intersectionnelles. Pour l’illustrer, prenons l’exemple des mouvements de revendications dits LGBT, au sujet de l’égalité de droits et de traitement, notamment des droits familiaux. On peut se demander si l’homonormativité (Duggan, 2002) qui s’exprime par la revendication des droits familiaux et sociaux des LGBT, dont l’accès au mariage et à l’adoption, ne renforce pas le système de domination. L’homonormativité peut se définir comme des tentatives pour rentrer dans les normes, schémas et modèles hétérosexuels: se marier, vivre ensemble, avoir des enfants, etc. Les personnes LGBT qui y correspondent le plus, qui sont assimilées, intégrées, sont d’ailleurs mieux acceptées par la société hétérosexuelle et hétéronormative. De nombreux gays, mais aussi la plupart des lesbiennes et des personnes bi, ont manifesté un vif intérêt pour ce mouvement de revendications des droits. Il s’agissait d’une valeur socialement partagée, celle de l’égalité. Mais aussi, il s’agissait de se sentir intégrés-es, de faire partie de l’histoire humaine, d’appartenir enfin à la société et d’y avoir une place respectable et respectée, reconnue par les autres, par les modèles dominants. Les seules voix qui s’opposaient à ce mariage pour tous, contre l’institution du mariage, étaient très rares, incomprises et elles émanaient de certaines militantes féministes et lesbiennes, pas des gays. Il s’agissait d’une critique de la notion même de mariage comme institution patriarcale, outil de domination des femmes. Il s’agissait pour elles de revendiquer d’autres évolutions, d’autres droits, dont les droits individuels, plus favorables à toutes et tous. Pour certaines personnes qui voulaient l’accès au mariage, il s’agissait de modifier la notion de mariage de l’intérieur, comme le cheval de Troie. Mais comme le disait Audre Lorde (2003: 119), «les outils du maître ne détruiront pas la maison du maître».&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Récemment, ce qui s’est passé en France, les réactions contre le mariage pour tous et les discours réactionnaires qui ont accompagné ce processus socio-politique, n’est qu’un exemple des obstacles que rencontre l’égalité pour tous les couples, quels qu’ils soient, qui veulent se marier, même si l’égalité est une règle dans tous les pays qui composent l’Union européenne. Des lois ont été adoptées depuis plusieurs années aux Pays-Bas et en Belgique, sans qu’il y ait de tels mouvements sociaux d’opposition. Depuis les débuts de l&#039;Union européenne, un article du Traité mentionnait l’égalité et l&#039;interdiction des discriminations. Petit à petit, chaque pays intègre, dans ses lois nationales, des arrêtés anti-discriminations et la promotion de l’égalité de droits et de traitements, qui mènent par exemple à l’accès au mariage pour tout couple. On ne change pas le système mis en place et qui est vu comme naturel (se marier, avoir deux parents, vouloir et devoir se reproduire si possible biologiquement grâce aux avancées scientifiques, maintien des lois patriarcales, etc.). On permet que tout le monde y ait accès ou en ait l’illusion.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Du coup, la porte se ferme au sujet du travail pour d’autres luttes, dont celle des droits individuels (et non pas les droits dérivés) qui auraient eu un réel effet de changement social, au bénéfice de toutes et tous, femmes et hommes, dont les personnes les plus vulnérabilisées économiquement et socialement, c’est-à-dire les femmes. En effet, les droits dérivés assurent les privilèges des dominants et la dépendance des dominées (économique, par exemple), tandis que les droits individuels reconnaissent à chaque personne des droits sociaux en tant qu’individu.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La suite actuelle de ce mouvement égalitaire, au sujet du fait de pouvoir avoir des enfants qui soient protégés-es dans leurs droits de filiation, amène la délicate question des femmes, des mères donneuses et porteuses, renommée pour la «cause» gestation pour autrui notamment par les mouvements gays de lutte contre l’homophobie. Il ne s’agit pas de naturaliser à nouveau les fonctions de mère, je ne relève pas d’un féminisme essentialiste. Mais il y a de fait un versant biologique non négligeable dans ces questions. Les corps des femmes ne sont pas de simples machines de production (d’ovules) et de reproduction (d’enfants), tout comme les dons de sperme et d’ovules ne sont pas comparables en termes d’atteintes physiques. De plus, socialement, ce ne sont pas n’importe quelles femmes qui vont se proposer comme donneuses d’ovules ou porteuses d’enfants. Le plus souvent, ce sont des femmes pauvres, des pays émergents par exemple, à destination des couples hétérosexuels la plupart du temps, mais aussi des couples de même sexe, majoritairement des gays, couples aisés, riches, des pays occidentaux. Il existe un encadrement par des cliniques de fertilité, dans ces pays mais aussi dans les pays du Nord. Dans les pays occidentaux qui l’autorisent ou qui utilisent le vide juridique, tel qu’en Belgique, ces cliniques travaillent avec des femmes de leur pays. Leur degré de pauvreté est sans doute moindre et certaines ont probablement des volontés altruistes de donner la vie pour d’autres couples. Néanmoins, il ne semble pas que les femmes d’un certain niveau socio-économique, de certaines classes sociales, soient nombreuses à se proposer. Ces cliniques, privées, prennent souvent une bonne part de l’argent payé par les personnes ou les couples demandeurs. &lt;em&gt;Business is business&lt;/em&gt;, dans nos sociétés capitalistes et viriarcales. Le commerce est ainsi fait que les intermédiaires se font payer des sommes importantes. Ces services répondent à une demande, celle des couples stériles, de sexes différents ou de même sexe.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ayant récemment entendu des gays qui avaient eu recours à ces services et d’autres qui espéraient y avoir recours, j’ai été frappée par certains propos qui se voulaient respectueux à l’égard des femmes, mais qui les considéraient néanmoins comme des objets. À titre d’exemples, ces hommes se demandaient comment être sûrs des capacités de reproduction des femmes qu’on leur présentait. Leur argent (une somme moins élevée en faisant appel aux pays du Sud, mais conséquente lorsque la demande était réalisée auprès d’une femme dans un pays occidental), allait-il être placé avec le meilleur rendement possible? Les femmes les plus expérimentées, ayant déjà porté des enfants pour autrui, ainsi que les femmes plus jeunes, étaient plus «chères» que les autres. La proposition des nouvellement pères était d’envisager cela comme une assurance complémentaire. Les gays les plus pauvres auront-ils également accès à ces «services» ou est-ce que cela restera réservé aux plus nantis?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;D’autres exemples concernaient l’importance de contrôler les dépenses des femmes, ce dont la clinique de fertilité se charge. Puisqu’elles ne sont pas rétribuées à proprement parler, elles reçoivent de l’argent en échange de leur prestation, mais en tant que remboursement de frais (faire des courses au supermarché, des massages, acheter des vêtements, assumer les frais médicaux liés à la grossesse, etc.). Le prix est convenu contractuellement par avance et les femmes doivent rendre leurs tickets de caisse afin de recevoir l’argent. Elles n’ont pas l’autonomie sur l’argent perçu. En ce sens, on peut faire un parallèle avec ce qu’analyse Delphy (2009) du mode de production domestique,&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;pour comprendre en quoi consiste l’entretien et en quoi il diffère du salaire. En effet, trop de gens «traduisent» l’entretien en son équivalent monétaire, comme si une femme qui reçoit un manteau recevait la valeur de ce manteau. Ce faisant, ils abolissent la distinction cruciale entre salariat et rétribution en nature, distinction qui, indépendamment de la «valeur» consommée, crée la différence entre consommation libre et consommation non libre. (13-14)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Selon les discussions entre pères et futurs pères, certaines seraient aussi plus dépensières et devraient être davantage contrôlées.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;À côté de cela, d’autres propos encensent les femmes qui sont donneuses ou porteuses, les considérant à peu près comme des «saintes» qui donnent la vie pour d’autres personnes et qui sont remerciées pour leur cadeau par des offrandes financières. J’ai entendu souvent parler de don et de contre-don, mais qu’est-ce que cela recouvre? En aucun cas, la transaction financière pour l’utilisation de leur corps n’est vue comme un salaire, la loi ne l’autoriserait pas. Le politiquement correct non plus.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans &lt;em&gt;L’Anatomie politique&lt;/em&gt;, Nicole-Claude Mathieu dit: «je ne saurais “défendreˮ aucune société, culture, option ou idéologie (fût-elle minoritaire d’un certain point de vue) dont la survie en l’état, le “progrèsˮ, la “modernisationˮ ou l’expansion dépendrait de l’oppression des femmes, ou l’aménagerait» (Mathieu, 1991: 135). Mes questionnements sur ces processus de revendications de certains gays rejoignent cette considération. Selon moi, les droits des gays ne peuvent pas porter préjudice aux droits de femmes (droits reproductifs et sexuels, économiques, sociaux, droit à la santé, etc.). Sinon, il s’agit de rapports de domination qui peuvent être niés par les gays eux-mêmes, mais qui n’en existent pas moins. Si ces transactions financières et le rapport social sont différents de ce qui existe dans la prostitution, il ne s’agit pas non plus d’un cadeau, d’un don, pour lequel la femme est récompensée par un contre-don, économique, déguisé en cadeau de remerciement relationnel et humain. Il s’agit bien d’un rapport d’exploitation qui doit être envisagé comme tel. Explorer la multiparentalité est une piste à creuser, qui permettrait aux hommes d’avoir et d’élever des enfants, tout en respectant davantage les droits des femmes.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Un autre exemple qui met en tension mes considérations féministes concerne l’homonationalisme et les dérives sécuritaires. Dans un contexte néolibéral global, le virage à droite est de plus en plus fréquent et banalisé en Europe. Le terme «homonationalisme», inventé par Puar (2007), met en évidence les mécanismes mis en œuvre dans la lutte des droits des LGBT, qui peuvent être intégrés et récupérés, dans des logiques nationalistes des pouvoirs dominants, des pays occidentaux post-industrialisés. Il est donc relié à l’homonormativité et son instrumentalisation. La Belgique, par exemple, s’est dotée d’un plan de lutte contre les violences homophobes (2013), avant qu’un plan de lutte contre l’homophobie et les discriminations (2013) n’existe. Il a été ajouté rapidement, après-coup. On pourrait pourtant préférer que les personnes n’aient pas à vivre de la violence homophobe avant que quelque chose puisse être fait légalement et prévenu socialement. Une recherche menée à Bruxelles par Huysentruyt de l’Université d’Anvers (2013) montrait que les gays, majoritairement présents dans le quartier St-Jacques de Bruxelles (sorte de village gay et «LGBT»), souhaitaient une plus grande réaction et coercition envers les personnes et les actes homophobes. Ils incriminaient le plus souvent les personnes d’origine arabe et de confession musulmane, qui sont nombreuses dans ce quartier. Selon leurs dires, ces personnes seraient plus homophobes, de par leurs croyances, culture, religion et origines. Pourtant, entre leurs représentations et les réalités des faits, il existe de nombreuses différences&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref7_20al1hz&quot; title=&quot;Selon les agressions, l’auteur peut être d’origine «arabe» ou «européenne», la seule et écrasante ressemblance, c’est que tous les auteurs d’agressions sont des hommes.&quot; href=&quot;#footnote7_20al1hz&quot;&gt;7&lt;/a&gt; et les femmes ne font pas face aux mêmes agressions que les hommes. Ces dernières font face à des violences lesbophobes dans la communauté gaie elle-même, qui les nie. Elles partagent le vécu des violences sous-estimées avec les gays d’origine ethnoculturelle, selon l’analyse que l’on peut faire de ce rapport. L’intersectionnalité permet de mettre en lumière les rapports de domination croisés et l’indivisibilité des droits humains. Pour la majorité des gays de ce quartier, il y a d’un côté, le monde occidental, blanc, dominé par les hommes, «tolérant» et libéral, et de l’autre côté, un monde musulman, sexiste et homophobe, où les hommes ont le pouvoir. La diversité et les spécificités des violences, notamment à l’égard des femmes, ne sont pas suffisamment envisagées par les mouvements de lutte contre l’homophobie. Les intersections avec le sexisme, mais aussi le racisme, l’âgisme, ne le sont pas davantage.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La question du pouvoir des hommes, y compris celui des gays, est souvent difficile à amener dans les luttes communes entre féministes et LGBT. Souvent, les hommes ne reconnaissent pas qu’ils font partie du groupe, de la classe des dominants (voir les travaux de Thiers-Vidal, 2010). Les gays le reconnaissent encore moins, ayant été parfois eux-mêmes rejetés, discriminés et violentés par ces mêmes dominants, les plus homophobes d’entre eux, qui assurent la police du genre et qui appartiennent à la même classe qu’eux.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En 2014, le 17 mai, il y a eu à Bruxelles un collectif Alternatieve Pride Alternative (APA), pour des revendications autres que la Pride4Every1 (&lt;em&gt;Pride for Everyone&lt;/em&gt; / Fierté pour tous), dont les enjeux commerciaux mais aussi électoraux, à une semaine des élections, étaient manifestes. L’essentiel des revendications portaient sur les familles : faciliter l’accès à l’adoption, la filiation juridique pour les co-parents, combler le vide juridique entourant ce qui était exclusivement nommé gestation pour autrui, le droit de donner son sang pour les gays, l’application de la loi pénalisant l’homophobie et la transphobie&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref8_xthbbbs&quot; title=&quot;À noter que dans cette dénomination, les lesbiennes et les bi, dites cisgenres, sont moins concernées et donc moins protégées.&quot; href=&quot;#footnote8_xthbbbs&quot;&gt;8&lt;/a&gt; et enfin, la concrétisation de l’éducation à la vie affective et sexuelle. Le collectif alternatif, féministe et anti-capitaliste voulait re-politiser le débat et leur marche commune avait comme centre d’intérêt la lutte contre les oppressions. Mais deux écueils peuvent mettre à mal ce mouvement naissant. En interne, des approches différentes en stratégies, mais aussi en positionnement politique, pourront se faire sentir avec le temps (entre queer et féministes radicales matérialistes par exemple). A l’extérieur du mouvement, le mouvement collectif majoritaire de la Pride a tenté de «récupérer» ce mouvement dissident, en les enjoignant à les rejoindre et en s’agaçant de leur refus. Comment articuler les luttes entre féministes, face à un courant de lutte contre l’homophobie qui a la légitimité et une reconnaissance dont n’ont jamais joui les courants féministes traditionnels? Comment mieux articuler les luttes féministes et celles contre l’homophobie?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;D’autres questions émergent. Comment comprendre le succès des questions trans tandis que les questions lesbiennes et bi ne l’ont jamais eu? Actuellement, les performances post-porn des féministes dites «pro-sexe»&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref9_90u88fr&quot; title=&quot;Comme si les autres féministes étaient anti-sexe?&quot; href=&quot;#footnote9_90u88fr&quot;&gt;9&lt;/a&gt;, réalisées y compris par des personnes se présentant comme lesbiennes, ont un certain succès auprès des gays et des mouvements de lutte contre l’homophobie, alors que d’autres approches féministes traditionnelles n’ont jamais reçu cet intérêt. Est-ce que c’est leur caractère individualisant et le passage par le corps, ses performances, sa marchandisation, sa pornographisation qui les rend plus populaires que les approches qui relèvent davantage du social, du collectif et des rapports sociaux de domination? Toutes ces questions m’interpellent. Elles prennent tout leur sens, concrètement, notamment lorsque je dispense des activités de formation d’adultes, professionnels-les de l’éducation, de la santé, des services sociaux,&amp;nbsp;etc.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En effet, depuis de nombreuses années, j’offre des formations sur «l’éducation non sexiste et ouverte à la diversité». Ce titre mériterait en soi déjà bien des débats. Il s’agit du titre officiel émis par les instances de formation. Petit à petit, pour donner à voir et schématiser les rapports de domination et leurs croisements, j’ai développé un tableau qui reprend les processus de hiérarchisation-différenciation binaire (inspiré des travaux de Guillaumin, 1992; Mathieu, 1991; Delphy, 2008), selon le S_exe, le G_enre et l’O_rientation sexuelle. J’explicite aussi largement les processus de sur-différenciation inter-groupes (variabilités entre les groupes) et de sous-différenciation intra-groupes (variabilités entre les membres d’un même groupe).&lt;/p&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;73269&quot; view_mode=&quot;embed_large&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;p&gt;Chacune des catégories est soutenue et renforcée par des doubles mouvements de survalorisation et de dévalorisation qui agissent conjointement. Pour le sexisme, il s’agira de la domination des hommes contre la dévalorisation des femmes et leurs instrumentalisations et appropriations. Pour l’homophobie, il s’agira du renforcement de la virilité et de ce qui est considéré comme le productif contre la dévalorisation du féminin et de ce qui est considéré comme le reproductif. Pour l’hétérosexisme, il s’agira de la survalorisation de l’hétérosexualité et de la dévalorisation des autres formes dont l’homosexualité et la bisexualité. L’avantage de ce schéma est d’articuler les rapports de domination, sur base du S_exe, du G_enre et des O_rientations sexuelles. L’inconvénient, outre sa simplification, c’est que les rapports sont mis sur le même niveau. Or, il se peut que certains rapports (hétérosexisme/hétéronormativité, homophobie/virilité) soient des moyens qui servent à réaliser le sexisme et la domination masculine (dévalorisation des femmes, misogynie/domination des hommes). La question reste ouverte et à creuser.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;D’autre part, il ne me semble pas que les approches qui tendent à décloisonner, à enlever les catégories ou à les rendre caduques, puissent être suffisantes pour mettre à mal cette architecture des contraintes sociales. Enlever les catégories, les différences, certains-es pensent le réaliser en enlevant les étiquettes de genre. Théoriquement et politiquement, c’est intéressant. Mais les rapports de domination ne seraient-ils pas ainsi davantage invisibles et invisibilisés? Il me semble que cela ne les modifierait pas. C’est peut-être pourquoi ces courants rencontrent davantage de succès actuellement que les courants féministes, notamment radicaux et matérialistes, et qui remettraient plus directement et profondément le système en question. Je pense qu’enlever les étiquettes et les catégories ne pourra s’opérer que dans un second temps. Après que les rapports de domination aient été anéantis, et non pas dans l’ordre inverse puisque «[l]a hiérarchisation précède la différence» (Delphy, 2008). C’est aux rapports hiérarchiques qu’il convient d’accorder toute notre attention et notre énergie; sur ce point, des convergences pourraient davantage se développer entre les mouvements féministes et de lutte contre l’homophobie.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Pour finir cet article sur une note plus positive, je présenterai une affiche de prévention, réalisée par l’association Magenta, qui rencontre un grand succès auprès des jeunes et qui relie lutte contre le sexisme et l’homophobie. Prochainement, un site à destination des jeunes complétera cette affiche, pour offrir des informations et du soutien aux jeunes et à leur entourage, familles, amis-es et écoles&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref10_300lp3l&quot; title=&quot;http://www.moicmoi.com &quot; href=&quot;#footnote10_300lp3l&quot;&gt;10&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;73270&quot; view_mode=&quot;embed_large&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Articuler les luttes, de manière très concrète, est donc possible. Ce qui m’a aidée à le faire, c’est de garder comme fil conducteur l’analyse féministe, l’analyse des rapports sociaux de sexe. Je peux alors articuler ceux-ci, selon mes expériences et mes expertises professionnelles, avec la lutte contre l’homophobie, mais aussi dans d’autres champs dans lesquels je travaille. Par exemple, je le fais également au sujet des violences intra-familiales, dont les violences conjugales et les maltraitances à l’égard des enfants, et leur prévention. La racine et la transversalité de mon analyse féministe, comme fil premier et primordial, me permettent de l’articuler avec d’autres rapports de domination. Je ne pense pas que j’aurais pu le faire avec autant d&#039;ouverture, d&#039;efficacité et de richesse, si j’avais pris comme fil primordial la lutte contre l’homophobie ou celle de la prévention des maltraitances. J’ai d’abord été une professionnelle qui a œuvré dans les champs des maltraitances et des violences, ensuite dans la lutte contre l’homophobie. Ceci a fait de moi une actrice de changement social. Mais ce n’est que depuis que je m’intéresse aux lesbiennes et femmes bisexuelles que je suis régulièrement présumée de prosélytisme en tant que chercheure. Pourquoi ne l’étais-je pas comme une militante de la bientraitance des enfants? C’est depuis ma rencontre avec les courants féministes, et particulièrement l’analyse féministe radicale matérialiste, conjointe avec le lesbianisme politique, que j’ai trouvé les moyens les plus intéressants pour articuler mes pratiques, des actions les plus concrètes en aidant les jeunes, leurs familles jusqu’à la production de connaissances scientifiques, assumées, qui ont une grande pertinence sociale.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’articulation, les interconnections, l’intersectionnalité des rapports de domination nous invitent à reconsidérer continuellement nos croyances, nos luttes, à repenser nos pratiques ensemble. Selon le chemin que j’ai moi-même parcouru, c’est en maintenant le cap sur l’analyse des rapports sociaux de sexe, le fil conducteur sur l’analyse féministe, que l’on peut espérer améliorer au mieux les articulations des luttes, dont celles contre l’homophobie.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Références&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;CHAMBERLAND, Line et Christelle LEBRETON. 2012. «Réflexions autour de la notion d&#039;homophobie: succès politique, malaises conceptuels et application empirique», &lt;em&gt;Nouvelles Questions Féministes&lt;/em&gt;, vol. 31, n°1, p. 27-43.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;DELPHY, Christine. 2009. &lt;em&gt;L’ennemi principal. Économie politique du patriarcat&lt;/em&gt;. Paris: Syllepse, coll. «Nouvelles Questions Féministes».&lt;/p&gt;&lt;p&gt;______. 2008. &lt;em&gt;Classer, dominer. Qui sont les «autres»? &lt;/em&gt;Paris: Édition La Fabrique.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;DIAMOND, Lisa. M. 2008a. «Female Bisexuality from Adolescence to Adulthood: Results from a 10-year Longitudinal Study», &lt;em&gt;Developmental Psychology&lt;/em&gt;, 44, p. 5-14.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;______. 2008b. &lt;em&gt;Sexual Fluidity, Understanding Women’s Love and Desire&lt;/em&gt;, Cambridge: Harvard University Press.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;______. 2005. «A New View of Lesbian Subtypes: Stable vs. Fluid Identity Trajectories over an 8-year Period»,&amp;nbsp;&lt;em&gt;Psychology of Women Quarterly&lt;/em&gt;, 29, p. 119-128.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;______. 2003a. «Was it a Phase? Young Women&#039;s Relinquishment of Lesbian/Bisexual Identities over a 5-year Period», &lt;em&gt;Journal of Personality and Social Psychology&lt;/em&gt;, 84, p. 352-364.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;______. 2003b. «What does Sexual Orientation Orient? A Biobehavioral Model Distinguishing Romantic Love and Sexual Desire», &lt;em&gt;Psychological Review&lt;/em&gt;, 110, p. 173-192.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;______. 2000. «New Paradigms for Research on Heterosexual and Sexual-Minority Development», &lt;em&gt;Journal of Clinical Child and Adolescent Psychology&lt;/em&gt;, 32, p. 490-498.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;DUGGAN, Lisa. 2002. «The New Homonormativity: The Sexual Politics of Neoliberalism», dans &lt;em&gt;Materializing Democracy: Toward a Revitalized Cultural Politic&lt;/em&gt;, sous la dir. de Russ CASTRONOVO et Dana D. NELSON, p. 175-194.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;GUILLAUMIN, Colette. 1992. &lt;em&gt;Sexe, race et pratique du pouvoir. L’idée de Nature&lt;/em&gt;, Paris: Côté-femmes, coll. &amp;nbsp;«Recherche».&lt;/p&gt;&lt;p&gt;HORINCQ-DETOURNAY, Rosine. 2015. «Se vivre lesbienne ou bisexuelle aujourd’hui? C’est comme un tailleur Chanel jaune fluo…», &lt;em&gt;Thérapie familiale&lt;/em&gt;, Genève, vol. 36, no 1, p.149-162.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;HUYSENTRUYT, Heleen. 2013.&lt;em&gt; De contekst van homofoob geweld in de publieke ruimte. Een etnograpfisch onderzoel in het centrum van Brussel&lt;/em&gt;, Universiteit Antwerpen.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;LEBRETON, Christelle. 2014. &lt;em&gt;Rapports sociaux de sexe et sexualité dans le québec contemporain: les trajectoires adolescentes lesbiennes&lt;/em&gt;, Thèse de doctorat. Montréal: Université du Québec à Montréal.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;LORDE, Audre. 2003 [1984]. &lt;em&gt;Sister Outsider. Essais et propos d&#039;Audre Lorde: sur la poésie, l&#039;érotisme, le racisme, le sexisme…&lt;/em&gt;, textes traduits de l’anglais par Magali C. Calise ainsi que Grazia Gonik, Marième Hélie-Lucas et Hélène Pour, Genève: &amp;nbsp;Mamamélis et Laval: Trois.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;MATHIEU, Nicole-Claude. 1991. &lt;em&gt;L’anatomie politique. Catégorisations et idéologies du sexe&lt;/em&gt;, Paris: Côté- femmes, coll. «Recherche».&lt;/p&gt;&lt;p&gt;PEPLAU, Letitia Anne et Linda D. GARNETS. 2000. «A New Paradigm for Understanding Women&#039;s Sexuality and Sexual Orientation», &lt;em&gt;Journal of Social Issues&lt;/em&gt;, 56(2), p. 329-350.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;PEPLAU, Letitia Anne, L. R. SPALDING, T. CONLEY et R. VENIEGAS. 1999. «The Development of Sexual Orientation in Women»,&amp;nbsp;&lt;em&gt;Annual Review of Sex Research&lt;/em&gt;, 10, p. 70-99.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;PUAR, Jasbir K. 2007. &lt;em&gt;Terrorist Assemblages. Homonationalism in Queer Times&lt;/em&gt;. Durham et Londres: Duke University Press.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;RAHMAN, Qazi et Glenn WILSON. 2003. «Born Gay? The Psychobiology of Human Sexual Orientation»,&amp;nbsp;&lt;em&gt;Personnality and Individuals Differences&lt;/em&gt;, 34, p. 1337-1382.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;TABET, Paola. 1998. &lt;em&gt;La Construction sociale de l’inégalité des sexes. Des outils et des corps&lt;/em&gt;, Paris: L’Harmattan, coll. «Bibliothèque du féminisme».&lt;/p&gt;&lt;p&gt;THIERS-VIDAL, Léo. 2010. &lt;em&gt;De «l&#039;ennemi principal» aux ennemis principaux. Position vécue, subjectivité et conscience masculine de domination&lt;/em&gt;, Paris: L’Harmattan, 374 p. [Publication posthume].&lt;/p&gt;&lt;p&gt;WITTIG, Monique. 2007 [2001]. &lt;em&gt;La Pensée straight&lt;/em&gt;, Paris: Amsterdam.&lt;/p&gt;

&lt;section  class=&quot;footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed&quot; data-collapsible-show-label=&quot;Notes&quot; data-collapsible-hide-label=&quot;Notes&quot;&gt;&lt;ul class=&quot;footnotes collapsible-content&quot;&gt;&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote1_w7h7zxk&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref1_w7h7zxk&quot;&gt;1.&lt;/a&gt; L’auteure remercie Irène Kaufer, militante et blogueuse féministe, pour sa relecture attentive du texte.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote2_ppt65wf&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref2_ppt65wf&quot;&gt;2.&lt;/a&gt; La majuscule barrée souligne le fait que ce sont bien des classes et des catégories socialement construites.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote3_u2hm7ls&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref3_u2hm7ls&quot;&gt;3.&lt;/a&gt; LGBT: lesbiennes, gays, bi, trans.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote4_oq4r89b&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref4_oq4r89b&quot;&gt;4.&lt;/a&gt; En référence à «Quand céder n’est pas consentir», article essentiel de Nicole-Claude Mathieu, paru dans &lt;em&gt;L’Anatomie politique&lt;/em&gt;, 1991.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote5_98uu54q&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref5_98uu54q&quot;&gt;5.&lt;/a&gt; Le viriarcat est une forme actuelle du patriarcat. Ce ne sont plus les plus âgés, les ancêtres, les ainés hommes qui détiennent le plus le pouvoir. Avec le capitalisme et le néo-libéralisme, le pouvoir est davantage détenu par les hommes les plus &lt;em&gt;virils&lt;/em&gt; parmi les hommes, quel que soit leur âge.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote6_tq307m6&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref6_tq307m6&quot;&gt;6.&lt;/a&gt; En référence à «Les lesbiennes ne sont pas des femmes», Monique Wittig, 2001.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote7_20al1hz&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref7_20al1hz&quot;&gt;7.&lt;/a&gt; Selon les agressions, l’auteur peut être d’origine «arabe» ou «européenne», la seule et écrasante ressemblance, c’est que tous les auteurs d’agressions sont des hommes.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote8_xthbbbs&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref8_xthbbbs&quot;&gt;8.&lt;/a&gt; À noter que dans cette dénomination, les lesbiennes et les bi, dites cisgenres, sont moins concernées et donc moins protégées.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote9_90u88fr&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref9_90u88fr&quot;&gt;9.&lt;/a&gt; Comme si les autres féministes étaient anti-sexe?&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote10_300lp3l&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref10_300lp3l&quot;&gt;10.&lt;/a&gt; &lt;a href=&quot;http://www.moicmoi.com&quot;&gt;http://www.moicmoi.com&lt;/a&gt; &lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;Tout d’abord, selon mes pratiques en tant que féministe et ma perception des enjeux de pouvoir, il existe, même entre différents courants féministes, des convergences mais aussi des divergences, voire parfois une absence de compatibilité, entre certains féminismes. Des écueils peuvent rapidement faire surface: sommes-nous toutes d’accord pour affirmer que l’hétérosexualité est un système d’oppression? Que les droits reproductifs et sexuels doivent intégrer d’autres dimensions que la contraception et l’interruption volontaire de grossesse (IVG)? Qu’il y a une invisibilisation des questions lesbiennes dans des courants féministes et que les questions bisexuelles le sont encore davantage, y compris par certains courants lesbiens? Voilà quelques-unes de mes questions. &lt;/div&gt;
      &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
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      &lt;div class=&quot;field-label&quot;&gt;To cite this document: &lt;/div&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&lt;span class=&quot;biblio-authors&quot; &gt;&lt;a href=&quot;/en/biblio?f%5Bauthor%5D=7006&quot; rel=&quot;nofollow&quot;&gt;Detournay, Rosine Horincq&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;. 2016. “&lt;a href=&quot;/en/biblio/analyses-feministes-et-luttes-contre-lhomophobie-ecueils-et-convergences-possibles-un-essai&quot;&gt;&lt;span class=&quot;biblio-title&quot; &gt;Analyses féministes et luttes contre l&#039;homophobie, écueils et convergences possibles: un essai&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;”. Available online: l’Observatoire de l’imaginaire contemporain. &amp;lt;&lt;a href=&quot;https://oic.uqam.ca/en/articles/analyses-feministes-et-luttes-contre-lhomophobie-ecueils-et-convergences-possibles-un-essai&quot;&gt;https://oic.uqam.ca/en/articles/analyses-feministes-et-luttes-contre-lhomophobie-ecueils-et-convergences-possibles-un-essai&lt;/a&gt;&amp;gt;. Accessed on May 1, 2023. Source: (&lt;span  style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;Féminismes et luttes contre l&#039;homophobie: de l&#039;apprentissage à la subversion des codes&lt;/span&gt;. 2016. Montréal: Institut de recherches et d&#039;études féministes (IREF). coll. Agora, vol. Cahier de l&#039;IREF).&lt;span class=&quot;Z3988&quot; title=&quot;ctx_ver=Z39.88-2004&amp;amp;rft_val_fmt=info%3Aofi%2Ffmt%3Akev%3Amtx%3Adc&amp;amp;rft.title=Analyses+f%C3%A9ministes+et+luttes+contre+l%26%23039%3Bhomophobie%2C+%C3%A9cueils+et+convergences+possibles%3A+un+essai&amp;amp;rft.isbn=978-2-922045-47-5&amp;amp;rft.date=2016&amp;amp;rft.volume=Cahier+de+l%26%23039%3BIREF&amp;amp;rft.aulast=Detournay&amp;amp;rft.aufirst=Rosine&amp;amp;rft.pub=Institut+de+recherches+et+d%26%23039%3B%C3%A9tudes+f%C3%A9ministes+%28IREF%29&amp;amp;rft.place=Montr%C3%A9al&quot;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
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      &lt;div class=&quot;field-label&quot;&gt;Pour citer ce document (Computed): &lt;/div&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&amp;lt;span class=&amp;quot;biblio-authors&amp;quot; &amp;gt;Detournay, Rosine Horincq&amp;lt;/span&amp;gt;. 2016. « &amp;lt;span class=&amp;quot;biblio-title&amp;quot; &amp;gt;Analyses féministes et luttes contre l&amp;#039;homophobie, écueils et convergences possibles: un essai&amp;lt;/span&amp;gt; ». En ligne sur le site de l’Observatoire de l’imaginaire contemporain. &amp;amp;lt;https://oic.uqam.ca/fr/articles/analyses-feministes-et-luttes-contre-lhomophobie-ecueils-et-convergences-possibles-un-essai&amp;amp;gt;.  Publication originale : (&amp;lt;span  style=&amp;quot;font-style: italic;&amp;quot;&amp;gt;Féminismes et luttes contre l&amp;#039;homophobie: de l&amp;#039;apprentissage à la subversion des codes&amp;lt;/span&amp;gt;. 2016. Montréal : Institut de recherches et d&amp;#039;études féministes (IREF). coll. Agora, vol. Cahier de l&amp;#039;IREF).&amp;lt;span class=&amp;quot;Z3988&amp;quot; title=&amp;quot;ctx_ver=Z39.88-2004&amp;amp;amp;rft_val_fmt=info%3Aofi%2Ffmt%3Akev%3Amtx%3Adc&amp;amp;amp;rft.title=Analyses+f%C3%A9ministes+et+luttes+contre+l%26%23039%3Bhomophobie%2C+%C3%A9cueils+et+convergences+possibles%3A+un+essai&amp;amp;amp;rft.isbn=978-2-922045-47-5&amp;amp;amp;rft.date=2016&amp;amp;amp;rft.volume=Cahier+de+l%26%23039%3BIREF&amp;amp;amp;rft.aulast=Detournay&amp;amp;amp;rft.aufirst=Rosine&amp;amp;amp;rft.pub=Institut+de+recherches+et+d%26%23039%3B%C3%A9tudes+f%C3%A9ministes+%28IREF%29&amp;amp;amp;rft.place=Montr%C3%A9al&amp;quot;&amp;gt;&amp;lt;/span&amp;gt;&lt;/div&gt;
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 <pubDate>Fri, 25 Mar 2022 16:06:25 +0000</pubDate>
 <dc:creator>Alexia Giroux</dc:creator>
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 <title>Injures homophobes: ordre et désordre hétéronormatifs</title>
 <link>https://oic.uqam.ca/en/articles/injures-homophobes-ordre-et-desordre-heteronormatifs</link>
 <description>&lt;div class=&quot;field field-name-body field-type-text-with-summary field-label-hidden&quot;&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot; property=&quot;content:encoded&quot;&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Injures homophobes: ordre et désordre hétéronormatifs&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les propos homophobes sont les formes de discours de haine les plus couramment proférées sur Internet. 44 % des actes homophobes se manifestent au moyen d’injures. 80 % des jeunes homosexuels les et bisexuels-les rapportent avoir déjà été la cible d’injures homophobes. Omniprésentes, les insultes homophobes constituent la partie visible de l’objectivation, dans le langage, des schèmes produits par la domination masculine, fonctionnant comme des matrices de perceptions et de représentations du monde social (Bourdieu, 1998).&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;73262&quot; view_mode=&quot;embed_large&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;p&gt;Les insultes homophobes tirent leur force injurieuse de l’ordre patriarcal. En prononçant les mots «sale pédé» ou «sale gouine», le locuteur ne fait pas qu’insulter le destinataire du message. Il invoque la communauté et l’histoire de ces mots injurieux pour blesser le destinataire et contribue, ce faisant, à reproduire l’ordre hétéronormatif. L&#039;injure homophobe participe de la catégorisation essentialiste des attributs féminins et masculins, pour discipliner ceux qui ne se conformeraient pas à cette catégorisation.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les femmes comme les hommes dont la sexualité ou l’expression du genre ne se conforment pas au modèle hétéronormatif sont rappelées à l’ordre. Les femmes sont insultées parce qu’elles ne se cantonnent pas à leur rôle de femme. Les hommes sont insultés parce qu’ils ne renvoient pas l’image de la virilité. La simple interpellation d’un homme par une expression le comparant à une femme est censée l’injurier. Les injures gayphobes, omniprésentes dans les cours de récréation, classifient et hiérarchisent les attributs masculins et féminins, participant ainsi, en stigmatisant l&#039;homosexualité masculine, à inférioriser les femmes. C’est dire si l’étude des injures homophobes est inextricablement liée aux enjeux du féminisme.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Afin de contrebalancer les effets reproductifs et normatifs de l’injure homophobe, la loi française a introduit en 2004 un dispositif réprimant plus sévèrement les injures commises avec un mobile homophobe et permettant aux associations de lutte contre l’homophobie d’agir à l’encontre des auteurs d’injures homophobes.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Cette incrimination pénale des injures homophobes soulève deux problématiques. D’une part, l’injure homophobe constitue l’extériorisation violente de la catégorisation stigmatisante des homosexuels-les. Juger les injures homophobes, c’est donc juger avec elles les catégories de la pensée hétérosexiste, alors qu’une approche juridique implique d’identifier un sujet unique coupable et le fait générateur de cette culpabilité (Butler, 1997). D’autre part, en raison du caractère général de la norme juridique au moyen de laquelle les propos homophobes sont incriminés, limiter l’expression de la parole homophobe risque fort de limiter l’expression sur les questions sexuelles en général, aboutissant finalement à censurer les discours des associations de défense des droits des homosexuels-les. Le recours à des concepts-cadres, tels que l’ordre public&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref1_61ash74&quot; title=&quot; CE, 9 janvier 2014, n° 374508, affaire Dieudonné: http://www.legifrance.gouv.fr. &quot; href=&quot;#footnote1_61ash74&quot;&gt;1&lt;/a&gt;, la dignité&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref2_5gi7e0h&quot; title=&quot;CA Douai, 25 janvier 2007, affaire Vaneste I: http://www.lexisnexis.fr. &quot; href=&quot;#footnote2_5gi7e0h&quot;&gt;2&lt;/a&gt;, la grossière indécence&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref3_n60e240&quot; title=&quot;Article 157 du Code criminel canadien.&quot; href=&quot;#footnote3_n60e240&quot;&gt;3&lt;/a&gt; ou l’obscénité&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref4_pdoiguq&quot; title=&quot;Chaplinsky v. New Hampshire, 315 U.S. 568 (1942); Roth v. United States, 354 U.S. 476 (1957)&quot; href=&quot;#footnote4_pdoiguq&quot;&gt;4&lt;/a&gt;, n’est pas satisfaisant au regard des impératifs de la liberté d’expression.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Afin de démêler l’objet de notre étude compte tenu des exigences juridiques de responsabilité personnelle et de sauvegarde de la liberté d’expression, il conviendra de se pencher dans un premier temps sur les critères du délit d’injure en droit français&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref5_0xd5ndm&quot; title=&quot;Article 29 de la loi français du 29 juillet 1881.&quot; href=&quot;#footnote5_0xd5ndm&quot;&gt;5&lt;/a&gt;à la lumière d’une analyse juridique et sémantique de l’injure homophobe, avant d’envisager la circonstance aggravante introduite par la loi française du 30 décembre 2004 pour les injures prononcées à raison de l’homosexualité.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;&lt;strong&gt;1. INJURE&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’analyse des injures homophobes est l’occasion de porter un regard nouveau sur le droit de l’injure en général. L’expression des questions sexuelles et de l’homophobie a en effet joué ces dernières années un rôle important dans la définition jurisprudentielle des limites de la liberté d’expression, tant au niveau national qu’européen.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Afin d’adapter notre compréhension de l’injure à l’objet de notre étude, nous définirons l’injure comme l’acte &lt;strong&gt;conscient et volontaire (D)&lt;/strong&gt; d’&lt;strong&gt;exprimer (A) &lt;/strong&gt;une insulte &lt;strong&gt;(B)&lt;/strong&gt; de nature à créer une &lt;strong&gt;trajectoire injurieuse (C) &lt;/strong&gt;vers&lt;strong&gt; un destinataire (E)&lt;/strong&gt;, ces cinq critères devant être réunis pour que soit caractérisée l’infraction pénale d’injure.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Expression&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’injure homophobe doit être exprimée pour faire l’objet d’une poursuite. Une simple pensée, une conversation téléphonique privée&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref6_uagohpl&quot; title=&quot;Crim., 3 août 1937: Bull. Crim., n° 174.&quot; href=&quot;#footnote6_uagohpl&quot;&gt;6&lt;/a&gt;, une lettre personnelle&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref7_mot2ks6&quot; title=&quot;Crim., 3 juin 1976: Gaz. Pal. 1976.2.704.&quot; href=&quot;#footnote7_mot2ks6&quot;&gt;7&lt;/a&gt; ou un écrit confidentiel&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref8_bm5rqj2&quot; title=&quot;Civ. 2, 28 octobre 1992: Bull. Civ., n° 250.&quot; href=&quot;#footnote8_bm5rqj2&quot;&gt;8&lt;/a&gt; ne suffit pas à caractériser l’expression de l’injure.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Insulte&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Définition de l’insulte&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En pratique, les insultes homophobes sont souvent prononcées à raison de l’homosexualité. L’expression «insulte homophobe» est ainsi couramment utilisée pour désigner une insulte à raison de l’homosexualité. Ces deux expressions doivent pourtant être nettement distinguées.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Nous proposons ici de désigner par le terme «insulte» l’élément sémantique du délit d’injure. Nous suggérons ensuite de distinguer entre les insultes vexatoires et les insultes discriminatoires.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les insultes vexatoires visent à créer une trajectoire injurieuse en attribuant au locuteur une qualité dépréciée du fait même de leur définition. En prononçant le signifiant «salaud»&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref9_y5hxrlq&quot; title=&quot;Crim., 10 mai 2006: D. 2006, jurispr. p. 2220, note E. Dreyer.&quot; href=&quot;#footnote9_y5hxrlq&quot;&gt;9&lt;/a&gt;, le locuteur effectue l’action d’injurier en signifiant précisément au destinataire qu’il est un salaud. L’acte réalisé par l’énonciation du mot «salaud» correspond à la signification conventionnelle du terme «salaud». La charge injurieuse de cette insulte est ainsi attachée à sa signification présente. Les insultes «escroc»&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref10_6o5qpb7&quot; title=&quot;Crim., 8 févr. 1972: Bull. Crim. 1972, n° 48.&quot; href=&quot;#footnote10_6o5qpb7&quot;&gt;10&lt;/a&gt;, «voyou»&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref11_yqib733&quot; title=&quot; Crim., 19 juin 2001, n° 00-86167.&quot; href=&quot;#footnote11_yqib733&quot;&gt;11&lt;/a&gt;, «ordure»&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref12_glyizs2&quot; title=&quot;Crim., 19 févr. 2002, n° 00-88289.&quot; href=&quot;#footnote12_glyizs2&quot;&gt;12&lt;/a&gt; ou «malhonnête»&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref13_f3r5x1q&quot; title=&quot;Crim., 16 mai 2000, n° 99-84944.&quot; href=&quot;#footnote13_f3r5x1q&quot;&gt;13&lt;/a&gt; fonctionnent sur le même mode. Les insultes vexatoires constituent des insultes homophobes dès lors qu’elles sont prononcées avec un mobile homophobe, c’est-à-dire compte tenu de l’orientation sexuelle, vraie ou supposée, du destinataire. L’injure homophobe n’implique donc pas nécessairement l’usage d’un terme imputant l’homosexualité.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;À l’inverse, les insultes discriminatoires visent à créer une trajectoire injurieuse en imputant au locuteur le fait d&#039;appartenir à une catégorie de personnes stigmatisées. Nous proposons d’appeler «insultes hétéronormatives» les injures discriminatoires stigmatisant les homosexuels-les. Ces insultes peuvent donc être adressées à toute personne, hétérosexuelle ou homosexuelle. L’énonciation par le locuteur de l’insulte hétéronormative ne préjuge en rien de l’orientation sexuelle, vraie ou supposée, du destinataire. Les termes «pédé», «tapette», «goudou», «tarlouze», pour ne citer que ceux-là, sont ainsi très couramment employés, sur Internet ou dans les cours de récréation, à destination de personnes hétérosexuelles.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ce paradoxe apparent tient au fait qu’il existe une rupture sémantique entre la signification présente de l’insulte hétéronormative (imputation de l’homosexualité) et sa signification au regard des schèmes de pensée hétérosexistes (imputation d’une qualité universellement dépréciée ou d’une qualité du sexe opposé). Aujourd’hui, dans les pays occidentaux, l’imputation de l’homosexualité n’a rien d’injurieux. En employant une insulte hétéronormative, le locuteur signifie en réalité au destinataire «&lt;em&gt;tu es un salaud&lt;/em&gt;» ou alors «&lt;em&gt;tu te comportes comme une personne de l’autre sexe&lt;/em&gt;».&lt;/p&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;73265&quot; view_mode=&quot;embed_large&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;p&gt;L’insulte hétéronormative tire ainsi sa charge injurieuse, non pas de sa signification présente, mais de son histoire. Malgré un mouvement contemporain de reconnaissance des droits des homosexuels-les, il existe une persistance des schèmes de perception hétérosexistes, notamment du fait que ces schèmes sont durablement ancrés dans le langage (Vidal, 2008). L’insulte est citée; elle est reprise de conventions linguistiques passées pour être réexploitée dans une situation contemporaine. L’insulte hétéronormative agit ainsi comme un argument d’autorité. Au moment de son énonciation, l’homonégativité historique est implicitement rappelée par le locuteur, qui invoque l’autorité de la communauté passée dans le but de blesser le destinataire (Butler, 1997).&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans tous les cas, l’appréciation juridique du caractère injurieux de l’insulte devra être faite objectivement, d’un point de vue extérieur au locuteur. Pour qualifier juridiquement l’emploi d’une insulte vexatoire, il conviendra de chercher sa signification présente. En revanche, pour qualifier juridiquement l&#039;emploi d&#039;une insulte hétéronormative, il conviendra de se référer à sa signification au regard des schèmes de pensée et de perception hétérosexiste.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Distinction de l’insulte au fond et de l’insulte en la forme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’injure au fond est celle qui, sans se matérialiser par une insulte, vise à porter atteinte à la dignité de son destinataire du fait de l’idée exprimée. Nous considérons que cette catégorie d’injure doit être appelée à disparaître en raison des limitations trop peu précises qu’elle apporte à la liberté d’expression. Cette opinion est confirmée par la jurisprudence récente de la Cour européenne des droits de l’homme et par celle de la Cour de cassation française.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Jurisprudence européenne&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La position de principe de la Cour européenne quant aux limites de la liberté d’expression a été énoncée dans l’arrêt Handyside de 1976&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref14_fb9aq3r&quot; title=&quot;CEDH, 7 décembre 1976, Handyside c/ Royaume-Uni, req. n° 5493/72.&quot; href=&quot;#footnote14_fb9aq3r&quot;&gt;14&lt;/a&gt;. Le Royaume-Uni avait alors suspendu la publication d’un livre d’éducation à la sexualité, abordant la question de l’homosexualité, sur le fondement d’une loi visant à combattre les publications «obscènes», définies par leur tendance à «dépraver et corrompre».&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Saisie par l’éditeur, la Cour européenne avait alors condamné le Royaume-Uni aux motifs que «la liberté d&#039;expression constitue l&#039;un des fondements essentiels d’une société démocratique […]. Elle vaut non seulement pour les “informations” ou “idées” accueillies avec faveur ou considérées comme inoffensives ou indifférentes, mais aussi pour celles qui heurtent, choquent ou inquiètent l&#039;État ou une fraction quelconque de la population». Les pays européens n’ont donc pas la possibilité d’incriminer des propos du seul fait des idées véhiculées. Incriminer des propos exprimés sans mépris ni invective, du simple fait de leur signification, reviendrait en effet à incriminer des opinions qui heurtent et choquent. Or, la Cour considère précisément que de tels propos ne dépassent pas les limites de la liberté d’expression.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Jurisprudence française&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La jurisprudence française a confirmé ce mouvement libéral. Dans l’affaire Vanneste I, des propos homophobes de Christian Vanneste, député du Nord, avaient été publiés dans la presse: «Je n&#039;ai pas dit que l&#039;homosexualité était dangereuse, j&#039;ai dit qu&#039;elle était inférieure à l&#039;hétérosexualité. Si on la poussait à l&#039;universel, ce serait dangereux pour l&#039;humanité», «Je critique les comportements, je dis qu&#039;ils sont inférieurs moralement». La Cour de cassation considéra alors dans un arrêt de 2008 que «si les propos litigieux […] ont pu heurter la sensibilité de certaines personnes homosexuelles, leur contenu ne dépasse pas les limites de la liberté d&#039;expression»&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref15_84oukxw&quot; title=&quot;Crim., 18 novembre 2008, n° 07-83398: &quot; href=&quot;#footnote15_84oukxw&quot;&gt;15&lt;/a&gt;&quot;&gt;http://www.legifrance.gouv.fr.&lt;/fn&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En évoquant des propos «heurtant» la sensibilité d’une fraction de la population, la Cour de cassation s’est référée sans aucun doute à la terminologie choisie quelques années plus tôt par la Cour européenne. Pirouette de l’histoire, la décision Handyside de la Cour européenne, qui laissait parler ceux qui jetaient le trouble sur les questions sexuelles, est désormais évoquée par la Cour de cassation pour laisser parler les partisans de l’ordre hétéronormatif. Il nous faut donc admettre que l’expression d’opinions homophobes en Europe est licite, à moins qu’elle ne dépasse les limites classiques de la liberté d’expression (injure, diffamation, provocation).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’affaire Vanneste II apporte un éclairage tout à fait intéressant sur la pertinence, dans une société démocratique, de permettre l’expression de propos homophobes. Dans une vidéo diffusée sur le site internet LibertePolitique.com le 10 février 2012&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref16_goon1cx&quot; title=&quot;Cette vidéo n’est malheureusement plus disponible en ligne.&quot; href=&quot;#footnote16_goon1cx&quot;&gt;16&lt;/a&gt;, le député du Nord avait évoqué «la fameuse légende de la déportation des homosexuels» avant de déclarer que «l’un des fondements principaux de l’homosexualité [...] c’est le narcissisme». Ces propos teintés d’homophobie ont valu à Christian Vanneste une exclusion de son parti politique et la perte de son investiture aux élections législatives. De nombreux articles de presse sont alors parus au sujet de la déportation des homosexuels. De nombreux Français ont certainement découvert ou redécouvert à cette occasion la réalité de la déportation des homosexuels pendant la Seconde Guerre mondiale. Nouvelle pirouette de l’histoire, c’est en laissant s’exprimer l’homophobie que l’opprobre fut jeté sur le député homophobe.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Création d’une trajectoire injurieuse&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’insulte, siège de la charge injurieuse, ne constitue une injure qu’à la condition que le locuteur crée une trajectoire injurieuse vers le destinataire.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Transmission de la charge injurieuse&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le locuteur ne crée pas la charge injurieuse. Celle-ci préexiste dans le langage au locuteur. Elle lui est antérieure. Le locuteur se borne à transmettre cette charge au destinataire, créant de ce fait une trajectoire injurieuse.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Préexistence de la charge injurieuse dans le langage&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Cette compréhension historique du langage est indispensable pour saisir le mécanisme de l’injure. &amp;nbsp;Le locuteur, sujet juridique de l’injure, n’est pas sanctionné pour avoir créé la charge injurieuse. La répression vise uniquement la création d’une trajectoire injurieuse, qui produit en quelque sorte une passerelle entre le langage et le destinataire. Ce n’est pas le langage qui est l’objet de la sanction juridique, mais le sujet responsable de la transmission d’une charge injurieuse présente dans le langage. Cette situation pourrait être comparée à celle d’un meurtrier abattant une victime avec un fusil. La charge meurtrière préexiste au meurtre. Le droit ne condamne pas le producteur du fusil. C’est uniquement l’auteur du meurtre qui a braqué le fusil vers la victime que le droit constitue comme criminel.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Indifférence du résultat de l’injure&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En créant une trajectoire injurieuse, le locuteur n’est jamais certain d’atteindre sa cible. L’injure homophobe n’a pas un effet automatique. En tant qu’acte de langage, l’injure n’agit pas comme un pouvoir souverain (Butler, 1997). Dans un contexte social &lt;em&gt;gay-friendly&lt;/em&gt;, la violence de l’injure homophobe a toutes les chances de se retourner contre le locuteur. La désapprobation sociale de l’injure homophobe joue comme un miroir où la trajectoire injurieuse se reflète pour se retourner contre le locuteur. Le résultat de l’injure, considéré comme une atteinte à l’honneur ou la considération, ne peut donc pas constituer un élément matériel de l’injure. Ce serait conférer à l’injure un rôle causal et mécanique dont elle est dépourvue.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Prise en compte nécessaire du contexte de l’injure&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les termes «pédé», «gouine», «camionneuse», «queer» ont fait l’objet d’une appropriation par les homosexuels-les eux-mêmes. Dans les mouvements &lt;em&gt;transpédégouine&lt;/em&gt; notamment, la resignification de l’insulte a initié un contre-mouvement dans lequel la politique du langage est devenue un outil de résistance. Ce pouvoir d’appropriation de l’injure implique que la loi ne peut pas condamner le simple fait de prononcer l’injure, mais doit nécessairement prendre en compte le contexte du discours pour savoir si une trajectoire injurieuse a été créée par l’expression du terme. Contrairement à ce que mentionnent certains-es auteurs-es, il nous est impossible de dresser une liste de termes injurieux par nature. Le juge disposera nécessairement d’un pouvoir d’interprétation, afin de déterminer si, eu égard au contexte discursif, les propos litigieux sont objectivement de nature à créer une trajectoire injurieuse.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Intention&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Classiquement, la jurisprudence considère que la matérialité de l’injure suffit pour faire présumer l’existence de l’intention coupable&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref17_ounun7o&quot; title=&quot;Crim., 18 janvier 1950: Bull. crim., 1950, n° 23.&quot; href=&quot;#footnote17_ounun7o&quot;&gt;17&lt;/a&gt;. Il est ainsi une présomption simple d’intention injurieuse susceptible de faire l’objet d’une preuve contraire.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il est malheureusement courant que le locuteur ne perçoive pas la portée négative de ses propos envers les homosexuels en employant des insultes telles que «pédé», «tapette» ou «gouine». Cette ignorance est indifférente, le locuteur ne pourra pas se dégager de sa responsabilité en invoquant son absence de volonté de créer une trajectoire injurieuse&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref18_bx7gy5h&quot; title=&quot;CA Lyon, 7e ch A, 8 octobre 2008: Legipresse, 2008, n° 257, I, p. 173.&quot; href=&quot;#footnote18_bx7gy5h&quot;&gt;18&lt;/a&gt;. Le locuteur ne pourra renverser la présomption de culpabilité qu’en prouvant qu’il n’avait pas conscience d’employer une insulte. Ce sera le cas notamment lorsque le locuteur est atteint de désordre mental, passager ou permanent.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Destinataire identifiable&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Traditionnellement, l’injure doit être adressée à un destinataire identifié ou identifiable pour être punissable. Ainsi, l’infraction est caractérisée quand bien même la personne visée n’est pas immédiatement identifiée, mais peut l’être au moyen d’éléments extérieurs au propos litigieux&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref19_ewzbpdx&quot; title=&quot;Crim., 15 septembre 2009: JurisData n° 2009-049802.&quot; href=&quot;#footnote19_ewzbpdx&quot;&gt;19&lt;/a&gt;. La jurisprudence considère également que le destinataire est suffisamment identifiable lorsque l’injure s’adresse à un groupe de personnes restreint, dès lors que chaque membre de ce groupe peut se sentir personnellement atteint&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref20_12j8fyk&quot; title=&quot;Crim. 12 septembre 2000: JurisData n° 2000-006324.&quot; href=&quot;#footnote20_12j8fyk&quot;&gt;20&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Cette exigence d’un destinataire identifiable excluait jusqu’en 2004 toute poursuite à l’encontre d’injures visant les homosexuels en général. Il était donc nécessaire qu’une loi habilite les associations de lutte contre l’homophobie à agir à l’encontre des propos homophobes n’ayant pas de destinataire identifiable. C’est ce que fit la loi du 30 décembre 2004, en créant dans le même temps une circonstance aggravante d’homophobie.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;&lt;strong&gt;2. MOBILE HOMOPHOBE&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le mobile homophobe constitue, d’une part, un élément de recevabilité de l’action collective du procureur et des associations de lutte contre l’homophobie &lt;strong&gt;(A)&lt;/strong&gt; et, d’autre part, la condition de fond pour aggraver la peine encourue par le locuteur de l’injure &lt;strong&gt;(B)&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Action collective&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Fondement de l’action collective&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’injure homophobe déploie un double effet. Elle créé non seulement une trajectoire injurieuse vers son destinataire, mais également des effets hétéronormatifs &lt;em&gt;erga omnes&lt;/em&gt;, contribuant à institutionnaliser l’infériorité de l’homosexualité. Elle constitue pour tous un rappel à l’hétérosexualité obligatoire. Au moment de l’énonciation par le locuteur, l’injure homophobe rayonne, en quelque sorte, vers tout l’auditoire, de sorte qu’elle impose ses effets normatifs à tous ceux qui, même non visés par elle, se trouvent sur son passage.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;73266&quot; view_mode=&quot;embed_large&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;div&gt;&amp;nbsp;&lt;/div&gt;&lt;div&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;73267&quot; view_mode=&quot;embed_large&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div&gt;&amp;nbsp;&lt;/div&gt;&lt;div&gt;C’est ce double effet, injurieux et normatif, qui fonde l’action collective du procureur et des associations de lutte contre l’homophobie introduite par la loi du 30 décembre 2004.&amp;nbsp;&lt;/div&gt;&lt;div&gt;&amp;nbsp;&lt;/div&gt;&lt;div&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;73268&quot; view_mode=&quot;embed_large&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Titulaire de l’action collective&amp;nbsp;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La loi a conféré au procureur et aux associations de lutte contre l’homophobie les droits reconnus à la partie civile afin d’agir contre les auteurs des délits de presse commis «envers une personne ou un groupe de personnes à raison de […] leur orientation sexuelle». Les associations de lutte contre l’homophobie peuvent agir à la condition d’être constituées depuis plus de cinq ans&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref21_728lll8&quot; title=&quot;Art. 48-4 de la loi du 29 juillet 1881.&quot; href=&quot;#footnote21_728lll8&quot;&gt;21&lt;/a&gt;. Désormais, l’auteur d’une injure peut ainsi être poursuivi par une association lorsque l’injure vise, non plus seulement une personne identifiable, mais également un groupe de personnes à raison de leur homosexualité. Là encore, il suffit que le groupe soit identifiable, quand bien même il ne serait pas immédiatement identifié&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref22_1il26h8&quot; title=&quot;Crim., 17 mai 1994: Dr. pén. 1994, comm. 258, obs. M. Véron (en matière d&#039;injure raciale).&quot; href=&quot;#footnote22_1il26h8&quot;&gt;22&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;S’est alors posée la question de savoir si des propos visant un comportement et non des personnes pouvaient être considérés comme des propos prononcés à raison de l’orientation sexuelle. Le 2 avril 2014, Christine Boutin, député, a publiquement affirmé, lors d’une interview accordée au journal&lt;em&gt; Charles&lt;/em&gt;: «Je n’ai jamais condamné un homosexuel. Jamais. Ce n’est pas possible. L’homosexualité est une abomination. Mais pas la personne»&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref23_sbeyy51&quot; title=&quot;Et tel que rapporté à nouveau dans le Nouvel Obs du 23 octobre 2015:&amp;nbsp;http://tempsreel.nouvelobs.com/en-direct/a-chaud/10765-boutin-avait-decl... vérifié le 23 mars 2016.&quot; href=&quot;#footnote23_sbeyy51&quot;&gt;23&lt;/a&gt;. Mise en cause par plusieurs associations de lutte contre l’homophobie, Christine Boutin s’est alors défendue en affirmant que les propos litigieux ne visaient pas des personnes à raison de leur orientation sexuelle, mais seulement des comportements condamnés par la Bible.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Un tel argument ne peut pas être reçu par les tribunaux. Les homosexuels ne se définissent que par leur homosexualité. Dès lors, critiquer l’homosexualité, c’est critiquer les homosexuels-les. Confrontée à cette question en 2013, la Cour suprême du Canada a très clairement formulé le lien inséparable entre homosexuel-le et homosexualité:&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Une interdiction qui englobe des propos ciblant un comportement sexuel n’a pas une portée excessive. Les tribunaux ont reconnu l’existence d’un lien solide entre l’orientation sexuelle et la conduite sexuelle et, lorsque la conduite visée par les propos qui ont été tenus constitue un aspect crucial de l’identité d’un groupe vulnérable, les attaques portées contre cette conduite doivent être assimilées à une attaque contre le groupe lui-même. &lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref24_e9n6zx3&quot; title=&quot;Cour Suprême du Canada, 27 février 2013, Saskatchewan c. Whatcott.&quot; href=&quot;#footnote24_e9n6zx3&quot;&gt;24&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Circonstance aggravante d’homophobie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Définition de la circonstance aggravante d’homophobie&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La circonstance aggravante d’homophobie est caractérisée dès lors que l’injure est commise «envers une personne ou un groupe de personnes à raison […] de leur orientation sexuelle»&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref25_6kc2bad&quot; title=&quot;Article 33 al. 4 de la loi française du 29 juillet 1881.&quot; href=&quot;#footnote25_6kc2bad&quot;&gt;25&lt;/a&gt;. Il s’agit ainsi d’une circonstance aggravante tirée de la motivation de l’auteur. La circonstance aggravante est caractérisée lorsque le locuteur prononce l’injure, car il pense que le ou les destinataires de l’injure sont homosexuels. Cette motivation doit être recherchée dans le for intérieur du locuteur.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En matière de circonstance aggravante, la règle &lt;em&gt;non bis in indem&lt;/em&gt; exclut qu’un même élément puisse servir en même temps d’élément constitutif de l’infraction et de circonstance aggravante&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref26_nmaeul6&quot; title=&quot;Crim., 1er mars 1995, no 94-85.393, D. 1996, somm. 241, obs. E. Malbrancq-Decourcelle.&quot; href=&quot;#footnote26_nmaeul6&quot;&gt;26&lt;/a&gt;. Ainsi, la caractérisation du mobile homophobe ne pourra résulter de la simple énonciation d’une insulte, élément constitutif de l’injure. Le mobile homophobe devra nécessairement être caractérisé au regard du contexte, et notamment de la signification des autres éléments du discours tenu par le locuteur.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Cet impératif vaut même pour les injures hétéronormatives, car l’énonciation d’une telle injure ne préjuge pas nécessairement de l’orientation sexuelle, vraie ou supposée, du destinataire. L’injure « pédé », profondément ancrée dans le langage, peut en effet être employée par une personne non homophobe en direction d’un destinataire hétérosexuel. Le simple usage d’une injure homophobe ne sera donc pas suffisant pour caractériser la motivation homophobe du locuteur. Là encore, les juges devront interpréter les propos au regard du contexte et faire preuve de discernement entre les injures hétéronormatives et les injures prononcées à raison de l’homosexualité.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Effets de la circonstance aggravante d’homophobie&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Alors que l’injure publique seule est punie de 12 000 euros d’amende, l’injure publique commise avec un mobile homophobe est punie de six mois d&#039;emprisonnement et de 22 500 euros d&#039;amende&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref27_qt4aw9y&quot; title=&quot;Article 33 de la loi française du 29 juillet 1881.&quot; href=&quot;#footnote27_qt4aw9y&quot;&gt;27&lt;/a&gt;. &amp;nbsp;De même, alors que l’injure privée seule est punie d’une contravention de la 1re classe (38 €)&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref28_j3oo13j&quot; title=&quot;Article R. 621-2 du Code pénal français.&quot; href=&quot;#footnote28_j3oo13j&quot;&gt;28&lt;/a&gt;, l’injure privée commise avec un mobile homophobe est punie d’une contravention de la 4e classe (750 €)&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref29_pobk1eb&quot; title=&quot;Article R. 624-4 du Code pénal français.&quot; href=&quot;#footnote29_pobk1eb&quot;&gt;29&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans son avis du 18 novembre 2004, la Commission nationale consultative des droits de l’homme, s’opposant à l’adoption de la loi sur les propos homophobes, considérait «qu’il n’était pas démontré que l’orientation sexuelle d’une personne ou d’un groupe de personnes génère une vulnérabilité nécessitant une protection spécifique de l’Etat». Suite à la promulgation de la loi, trouvant «agaçant de s’entendre donner des leçons de démocratie par des nouveaux venus à la table de la liberté» (Montfort, 2005: 2), plusieurs auteurs juridiques autorisés avaient dénoncé «une rupture avec l’universalité des droits de l’homme» (Mathieu, 2005: 113) ou encore «la répression de l’opinion […] sur des critères communautaristes» (Bigot, 2004: 35), considérant qu’affirmer l’infériorité de l’homosexualité, c’était se «borner à exprimer ce que pense une très large proportion de l&#039;opinion publique depuis la nuit des temps et qui constitue de surcroît la doctrine officielle des trois grandes religions monothéistes» (Le Pourhiet, 2007: 118).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Finalement, on ne pourra s’empêcher de penser que la dénonciation du&amp;nbsp;«communautarisme» reflète de vieux relents d’homophobie dont est encore empreinte une partie de la doctrine juridique française. En son temps, le célèbre juriste Jean-Luc Auber (1997), professeur à La Sorbonne et Conseiller à la Cour de cassation, n’avait-il pas déclaré: «Impropre à assurer le renouvellement des membres qui composent celle-ci, l’homosexualité est, par nature, un comportement mortel pour la société [...]. En présence d&#039;une évolution nuisible à la société, la règle de droit doit en contrarier le développement».&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ces réflexions nous semblent, pour le moins, peu convaincantes. La répétition quotidienne des insultes homophobes a pour effet d’inférioriser les homosexuels-les, les femmes et les trans. Cette ségrégation verbale déploie ses effets bien au-delà du langage. Les victimes de propos de haine souffrent de symptômes physiologiques et de troubles émotionnels, tels que honte, cauchemars, difficultés respiratoires, hypertension, psychose et, enfin, suicide. Afin d’éviter d’être la cible d’injures homophobes, les victimes quittent leur travail, leur famille, évitent certains lieux publics, cachent leur sentiment à ceux qui leur sont proches. Plus qu’une simple blessure passagère, le mépris homophobe induit une restriction de la liberté individuelle (Matsuda, 1993).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il était donc indispensable de mettre en œuvre des mécanismes juridiques destinés à réprimer plus sévèrement les injures homophobes. C’est ce que visaient les dispositions introduites en France par la loi du 30 décembre 2004. Interprétées à la lumière de la jurisprudence européenne&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref14_3fefrej&quot; title=&quot;CEDH, 7 décembre 1976, Handyside c/ Royaume-Uni, req. n° 5493/72.&quot; href=&quot;#footnote14_fb9aq3r&quot;&gt;14&lt;/a&gt; et française&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref30_dqfta9t&quot; title=&quot;Crim, 18 novembre 2008, n° 07-83398 : http://www.legifrance.gouv.fr. &quot; href=&quot;#footnote30_dqfta9t&quot;&gt;30&lt;/a&gt;, il ne fait aucun doute que ces dispositions préservent la liberté d’expression. Le législateur n’a pas entendu incriminer les opinions homophobes, mais seulement conférer un droit d’action aux associations de lutte contre l’homophobie et aggraver les peines lorsque les délits d’injure, de diffamation et de provocation sont commis avec un mobile homophobe. La loi réprime la haine et l’intolérance de l’auteur de l’acte délictueux. Elle n’accorde pas une protection spéciale accordée aux homosexuels-les en tant que tels, la victime pouvant ne pas l’être. La création d’une circonstance aggravante d’homophobie permet de prendre en compte le caractère discriminatoire des propos litigieux.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ce qui est finalement en jeu dans le débat sur les injures homophobes est une certaine vision de la société. Il ne s’agit pas seulement de mettre en balance la liberté d’expression et le droit de ne pas être injurié. Il s’agit d’un débat bien plus profond sur ce que nous comprenons du concept d’égalité.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Références&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;AUBER, Jean-Luc. 1998. Note sous arrêt Cass. Civ. 3, 17 décembre 1997, Recueil Dalloz, cahier du 26 février, n°9.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BIGOT, Christophe. 2004. «Sexisme, homophobie et liberté d’expression», &lt;em&gt;Légipresse&lt;/em&gt;, mars, n° 209.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BOURDIEU, Pierre. 1998. &lt;em&gt;La domination masculine&lt;/em&gt;, Paris: Editions du Seuil.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BUTLER, Judith. 1997. &lt;em&gt;Le pouvoir des mots. Politique du performatif&lt;/em&gt;, traduit de l’anglais par Charlotte Nordmann, Paris: éditions Amsterdam.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;LE POURHIET A.-M. 2007. «La liberté et la démocratie menacée», in &lt;em&gt;La liberté de critique&lt;/em&gt;, Paris: Litec, coll. Colloques et débats.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;MATHIEU, Bernard. 2005. &lt;em&gt;Le délit d’homophobie ou la violation de la constitution par consensus&lt;/em&gt;, ADJA.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;MATSUDA, Mari J., Charles R.LAWRENCE III, Richard DELGADO et Kimberle Williams CRENSHAW. 1993. &lt;em&gt;Words that Wound: Critical Race Theory, Assaultive Speech, and the First Amendment&lt;/em&gt;, Boulder/San Francisco/Oxford: Westview Press.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;MONFORT, Jean-Yves. 2005. «Les nouvelles incriminations de la loi du 30 décembre 2004 au regard de la liberté d’expression et des droits de l’homme», &lt;em&gt;Gazette du Palais&lt;/em&gt;, 17 décembre, n° 351.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Statistiques réalisées d’après les 3517 témoignages reçus par SOS homophobie en 2012: &lt;a href=&quot;http://www.sos-homophobie.org/rapport-annuel-2013&quot;&gt;http://www.sos-homophobie.org/rapport-annuel-2013&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;VIDAL, Jean-Pierre. 2008. «De la déconstruction de la différence des sexes à la neutralisation des sexes, pour une société postsexuelle!», in &lt;em&gt;Connexions&lt;/em&gt;, 2008/2 n° 90, p. 123-138.&lt;/p&gt;

&lt;section  class=&quot;footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed&quot; data-collapsible-show-label=&quot;Notes&quot; data-collapsible-hide-label=&quot;Notes&quot;&gt;&lt;ul class=&quot;footnotes collapsible-content&quot;&gt;&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote1_61ash74&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref1_61ash74&quot;&gt;1.&lt;/a&gt;  CE, 9 janvier 2014, n° 374508, affaire Dieudonné: &lt;a href=&quot;http://www.legifrance.gouv.fr&quot;&gt;http://www.legifrance.gouv.fr&lt;/a&gt;. &lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote2_5gi7e0h&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref2_5gi7e0h&quot;&gt;2.&lt;/a&gt; CA Douai, 25 janvier 2007, affaire Vaneste I: &lt;a href=&quot;http://www.lexisnexis.fr&quot;&gt;http://www.lexisnexis.fr&lt;/a&gt;. &lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote3_n60e240&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref3_n60e240&quot;&gt;3.&lt;/a&gt; Article 157 du Code criminel canadien.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote4_pdoiguq&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref4_pdoiguq&quot;&gt;4.&lt;/a&gt; &lt;em&gt;Chaplinsky v. New Hampshire&lt;/em&gt;, 315 U.S. 568 (1942); &lt;em&gt;Roth v. United States&lt;/em&gt;, 354 U.S. 476 (1957)&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote5_0xd5ndm&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref5_0xd5ndm&quot;&gt;5.&lt;/a&gt; Article 29 de la loi français du 29 juillet 1881.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote6_uagohpl&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref6_uagohpl&quot;&gt;6.&lt;/a&gt; Crim., 3 août 1937: &lt;em&gt;Bull. Crim.&lt;/em&gt;, n° 174.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote7_mot2ks6&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref7_mot2ks6&quot;&gt;7.&lt;/a&gt; Crim., 3 juin 1976: &lt;em&gt;Gaz. Pal.&lt;/em&gt; 1976.2.704.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote8_bm5rqj2&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref8_bm5rqj2&quot;&gt;8.&lt;/a&gt; Civ. 2, 28 octobre 1992: &lt;em&gt;Bull. Civ.&lt;/em&gt;, n° 250.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote9_y5hxrlq&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref9_y5hxrlq&quot;&gt;9.&lt;/a&gt; Crim., 10 mai 2006:&lt;em&gt; D.&lt;/em&gt; 2006, jurispr. p. 2220, note E. Dreyer.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote10_6o5qpb7&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref10_6o5qpb7&quot;&gt;10.&lt;/a&gt; Crim., 8 févr. 1972: &lt;em&gt;Bull. Crim.&lt;/em&gt; 1972, n° 48.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote11_yqib733&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref11_yqib733&quot;&gt;11.&lt;/a&gt;  Crim., 19 juin 2001, n° 00-86167.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote12_glyizs2&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref12_glyizs2&quot;&gt;12.&lt;/a&gt; Crim., 19 févr. 2002, n° 00-88289.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote13_f3r5x1q&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref13_f3r5x1q&quot;&gt;13.&lt;/a&gt; Crim., 16 mai 2000, n° 99-84944.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote14_fb9aq3r&quot;&gt;&lt;a href=&quot;#footnoteref14_fb9aq3r&quot; class=&quot;footnote-label&quot;&gt;14.&lt;/a&gt; &lt;a class=&quot;footnote-multi&quot; href=&quot;#footnoteref14_fb9aq3r&quot;&gt;a.&lt;/a&gt; &lt;a class=&quot;footnote-multi&quot; href=&quot;#footnoteref14_3fefrej&quot;&gt;b.&lt;/a&gt; CEDH, 7 décembre 1976, Handyside c/ Royaume-Uni, req. n° 5493/72.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote15_84oukxw&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref15_84oukxw&quot;&gt;15.&lt;/a&gt; Crim., 18 novembre 2008, n° 07-83398: &lt;a href=&quot;http://www.legifrance.gouv.fr.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote16_goon1cx&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref16_goon1cx&quot;&gt;16.&lt;/a&gt; Cette vidéo n’est malheureusement plus disponible en ligne.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote17_ounun7o&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref17_ounun7o&quot;&gt;17.&lt;/a&gt; Crim., 18 janvier 1950: &lt;em&gt;Bull. crim.&lt;/em&gt;, 1950, n° 23.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote18_bx7gy5h&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref18_bx7gy5h&quot;&gt;18.&lt;/a&gt; CA Lyon, 7e ch A, 8 octobre 2008: &lt;em&gt;Legipresse&lt;/em&gt;, 2008, n° 257, I, p. 173.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote19_ewzbpdx&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref19_ewzbpdx&quot;&gt;19.&lt;/a&gt; Crim., 15 septembre 2009: &lt;em&gt;JurisData&lt;/em&gt; &lt;em&gt;n° 2009-049802.&lt;/em&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote20_12j8fyk&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref20_12j8fyk&quot;&gt;20.&lt;/a&gt; Crim. 12 septembre 2000: &lt;em&gt;JurisData n° 2000-006324.&lt;/em&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote21_728lll8&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref21_728lll8&quot;&gt;21.&lt;/a&gt; Art. 48-4 de la loi du 29 juillet 1881.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote22_1il26h8&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref22_1il26h8&quot;&gt;22.&lt;/a&gt; Crim., 17 mai 1994: &lt;em&gt;Dr. pén.&lt;/em&gt; 1994, comm. 258, obs. M. Véron (en matière d&#039;injure raciale).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote23_sbeyy51&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref23_sbeyy51&quot;&gt;23.&lt;/a&gt; Et tel que rapporté à nouveau dans le &lt;em&gt;Nouvel Obs&lt;/em&gt; du 23 octobre 2015:&amp;nbsp;&lt;a href=&quot;http://tempsreel.nouvelobs.com/en-direct/a-chaud/10765-boutin-avait-declare-revue-charles-avril-homosexualite.html.Lien&quot;&gt;http://tempsreel.nouvelobs.com/en-direct/a-chaud/10765-boutin-avait-decl...&lt;/a&gt; vérifié le 23 mars 2016.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote24_e9n6zx3&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref24_e9n6zx3&quot;&gt;24.&lt;/a&gt; Cour Suprême du Canada, 27 février 2013, Saskatchewan c. Whatcott.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote25_6kc2bad&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref25_6kc2bad&quot;&gt;25.&lt;/a&gt; Article 33 al. 4 de la loi française du 29 juillet 1881.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote26_nmaeul6&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref26_nmaeul6&quot;&gt;26.&lt;/a&gt; Crim., 1er mars 1995, no 94-85.393, &lt;em&gt;D. 1996&lt;/em&gt;, somm. 241, obs. E. Malbrancq-Decourcelle.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote27_qt4aw9y&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref27_qt4aw9y&quot;&gt;27.&lt;/a&gt; Article 33 de la loi française du 29 juillet 1881.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote28_j3oo13j&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref28_j3oo13j&quot;&gt;28.&lt;/a&gt; Article R. 621-2 du Code pénal français.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote29_pobk1eb&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref29_pobk1eb&quot;&gt;29.&lt;/a&gt; Article R. 624-4 du Code pénal français.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote30_dqfta9t&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref30_dqfta9t&quot;&gt;30.&lt;/a&gt; Crim, 18 novembre 2008, n° 07-83398 : &lt;a href=&quot;http://www.legifrance.gouv.fr&quot;&gt;http://www.legifrance.gouv.fr&lt;/a&gt;. &lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;Les femmes comme les hommes dont la sexualité ou l’expression du genre ne se conforment pas au modèle hétéronormatif sont rappelées à l’ordre. Les femmes sont insultées parce qu’elles ne se cantonnent pas à leur rôle de femme. Les hommes sont insultés parce qu’ils ne renvoient pas l’image de la virilité. La simple interpellation d’un homme par une expression le comparant à une femme est censée l’injurier. Les injures gayphobes, omniprésentes dans les cours de récréation, classifient et hiérarchisent les attributs masculins et féminins, participant ainsi, en stigmatisant l&amp;#039;homosexualité masculine, à inférioriser les femmes. C’est dire si l’étude des injures homophobes est inextricablement liée aux enjeux du féminisme.&lt;/div&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&lt;span class=&quot;biblio-authors&quot; &gt;&lt;a href=&quot;/en/biblio?f%5Bauthor%5D=7005&quot; rel=&quot;nofollow&quot;&gt;Deshoulières, Étienne&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;/en/biblio?f%5Bauthor%5D=6999&quot; rel=&quot;nofollow&quot;&gt;Line  Chamberland&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;/en/biblio?f%5Bauthor%5D=6991&quot; rel=&quot;nofollow&quot;&gt;Caroline  Désy&lt;/a&gt; and &lt;a href=&quot;/en/biblio?f%5Bauthor%5D=3628&quot; rel=&quot;nofollow&quot;&gt;Lori  Saint-Martin&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;. 2016. “&lt;a href=&quot;/en/biblio/injures-homophobes-ordre-et-desordre-heteronormatifs&quot;&gt;&lt;span class=&quot;biblio-title&quot; &gt;Injures homophobes: ordre et désordre hétéronormatifs&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;”. Available online: l’Observatoire de l’imaginaire contemporain. &amp;lt;&lt;a href=&quot;https://oic.uqam.ca/en/articles/injures-homophobes-ordre-et-desordre-heteronormatifs&quot;&gt;https://oic.uqam.ca/en/articles/injures-homophobes-ordre-et-desordre-heteronormatifs&lt;/a&gt;&amp;gt;. Accessed on May 1, 2023. Source: (&lt;span  style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;Féminismes et luttes contre l&#039;homophobie: de l&#039;apprentissage à la subversion des codes&lt;/span&gt;. 2016. Montréal: Institut de recherches et d&#039;études féministes (IREF). coll. Agora, vol. Cahier de l&#039;IREF).&lt;span class=&quot;Z3988&quot; title=&quot;ctx_ver=Z39.88-2004&amp;amp;rft_val_fmt=info%3Aofi%2Ffmt%3Akev%3Amtx%3Adc&amp;amp;rft.title=Injures+homophobes%3A+ordre+et+d%C3%A9sordre+h%C3%A9t%C3%A9ronormatifs&amp;amp;rft.isbn=978-2-922045-47-5&amp;amp;rft.date=2016&amp;amp;rft.volume=Cahier+de+l%26%23039%3BIREF&amp;amp;rft.aulast=Deshouli%C3%A8res&amp;amp;rft.aufirst=%C3%89tienne&amp;amp;rft.au=Chamberland%2C+Line&amp;amp;rft.au=D%C3%A9sy%2C+Caroline&amp;amp;rft.au=Saint-Martin%2C+Lori&amp;amp;rft.pub=Institut+de+recherches+et+d%26%23039%3B%C3%A9tudes+f%C3%A9ministes+%28IREF%29&amp;amp;rft.place=Montr%C3%A9al&quot;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
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 <pubDate>Fri, 25 Mar 2022 15:04:29 +0000</pubDate>
 <dc:creator>Alexia Giroux</dc:creator>
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 <title>La portée de l&#039;épithète «gai»: sujets interpelés, sujets touchés</title>
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 <description>&lt;div class=&quot;field field-name-body field-type-text-with-summary field-label-hidden&quot;&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot; property=&quot;content:encoded&quot;&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce que «gai» veut théoriquement dire&lt;/strong&gt;&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref1_y5kho9p&quot; title=&quot;Nous tenons à remercier la personne qui a corrigé ce texte pour ses commentaires judicieux.&quot; href=&quot;#footnote1_y5kho9p&quot;&gt;1&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’étude de la construction identitaire masculine comme celle des rapports sociaux entre hommes hétérosexuels et non hétérosexuels mène souvent à celle de l’emploi de l’épithète «gai» ou de la gamme de termes qui lui sont apparentés&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref2_2rmtqtd&quot; title=&quot;Les termes apparentés, au Québec, sont «tapette», «fif» et «moumoune», pour ne nommer qu’eux. Ils varient ensuite selon les espaces géographiques et les sphères linguistiques. La France connait «pédé», «pédale», «homo» et «tantouze»; les États-Unis et le Canada anglais, «fag», «faggot», et «gay»; la Grande-Bretagne et l’Australie: «poof» et «poofter». Pour alléger le texte, nous n’allons employer que l’acception «épithète gai» ou «gai» pour référer à ce conglomérat de termes, tout en étant consciente que certaines nuances peuvent exister entre eux. Nous retenons «gai» car il représente le terme le plus usité au Québec. Puis nous privilégions l’appellation «épithète», puisqu’elle inclut à la fois l’offense (insulte) et le «jeu».&quot; href=&quot;#footnote2_2rmtqtd&quot;&gt;2&lt;/a&gt;. Cet aboutissement n’est pas étranger au constat de leur utilisation fréquente entre garçons adolescents ou entre hommes. Employés principalement par des garçons et des hommes et quelquefois par des filles et des femmes, ces termes s’adressent exclusivement à des garçons ou hommes –à quelques exceptions près (Burn, 2000; Martino, 1999; Martino et Pallotta-Chiarolli, 2003; Nayak et Kehily, 1996; Pascoe, 2005; Plummer, 1999, 2001)&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref3_lp056n8&quot; title=&quot;Nous comprenons les distinctions corporelles « hommes » et «femmes» comme étant produites par la médecine. Celle-ci effectue également l’assignation initiale «garçon» et «fille», reprise ensuite par les multiples appareils sociaux régulateurs de la distinction. Nous nous joignons à la critique de cette vision dichotomique formulée par de nombreuses personnes féministes, transidentifiées ou intersex(ué)es, préférant une lecture approximative des corps qui soit réceptive à l’identification que privilégient les personnes elles-mêmes. Les études sur les pratiques de l’épithète —y compris la nôtre— ont toutefois présumé jusqu’ici l’absence de sujets transidentifiés et intersexués dans les interactions envisagées. Il a depuis été porté à notre connaissance lors d’échanges informels que des personnes ne s’identifiant pas comme hommes, mais étant perçues comme tels, peuvent être également ciblées.&quot; href=&quot;#footnote3_lp056n8&quot;&gt;3&lt;/a&gt;. Cette pratique s’étend de plus à une diversité de pays, tel qu’en témoignent les terrains des chercheurs-es y ayant consacré leur intérêt.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Même lorsqu’ils ne sont pas les destinataires explicites de ces épithètes (Burn, 2000; Nayak et Kehily, 1996; Pascoe, 2005), des jeunes hommes gais témoignent du fait qu’ils sont ou se sentent particulièrement ciblés par elles (Burn, Kadlec et Rexer, 2005). De leur côté, les garçons et les hommes qui les emploient se défendent généralement de les utiliser dans un sens faisant référence aux hommes gais ou dans l’optique de les diminuer (Bastien-Charlebois, 2009; Burn, 2000; Pascoe, 2005), ce que corroborent certains adultes étant en contact étroit avec des jeunes (Grenier, 2005; Richard, 2013). De leurs propres dires, «gai» et ses termes apparentés désigneraient davantage la «stupidité», la «faiblesse» ou les affinités et comportements «féminins». &amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Cette tension interprétative se transpose chez les chercheurs-es qui, bien que s’entendant sur sa fonction régulatrice, sont en désaccord à propos des sujets impliqués dans l’utilisation de «gai»&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref4_yeu0wpx&quot; title=&quot;Nous centrons notre analyse sur les sujets plutôt que sur les pratiques. Même si ce sont ces dernières qui sont soulignées lors de l’emploi des épithètes, c’est un statut de sujet qu’elles forment et ce sont des sujets qui en sont d’abord affectés.&quot; href=&quot;#footnote4_yeu0wpx&quot;&gt;4&lt;/a&gt;. Ce désaccord s’exprime d’abord sur le profil des personnes sujettes à être ciblées par cette épithète, puis sur la possibilité ou non qu’elle ait une incidence sur des personnes qui n’en sont pas les destinataires. Dans une vision plus minimaliste, défendue par Plummer (1999, 2001), les hommes gais ne sont pas particulièrement ciblés, les épithètes s’adressant davantage aux garçons dont les comportements sont en dehors de la masculinité, mais non forcément féminins. Leur emploi ne participerait que de la construction identitaire masculine et serait indépendant des rapports sociaux entre hommes hétérosexuels et non hétérosexuels, de même qu’entre hommes et femmes. Pascoe (2005, 2007) reprend l’idée que l’ensemble des garçons est susceptible d’être interpelé par ce qu’elle désigne comme le discours «fag» [&lt;em&gt;fag discourse&lt;/em&gt;], principalement sur la base de comportements de genre considérés comme non masculins. À la différence de Plummer cependant, elle ne le dissocie pas entièrement de l’orientation sexuelle ni n’exclut nommément la possibilité qu’il ait une portée sexiste. De plus, elle souligne l’importance de relever les modulations de son emploi selon le statut racisé des émetteurs et des destinataires en mettant en relief les différentes déclinaisons de la masculinité selon l’appartenance aux populations blanches ou afro-américaines. Si elle consacre une partie de son observation terrain à examiner les pratiques sexistes et hétéronormatives des jeunes garçons, elle les analyse en parallèle aux pratiques discursives «fag».&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Martino (1999, 2000), Martino et Pallotta-Chiarolli (2003), ainsi que Nayak et Kehily (1996), ne centrent pas leurs analyses sur les sens et les usages de l’épithète «gai», mais en font une composante des rapports sociaux entre hommes dont ils étudient les divers codes. Relevant les associations persistantes entre l’ «efféminement» et l’homosexualité masculine, ils estiment que «gai» a une portée disciplinaire qui contribue non seulement à former les sujets hommes et hétérosexuels, mais également à reproduire la hiérarchie entre hommes au sein de laquelle les hommes gais et les hommes dits efféminés occupent des positions subalternes: «Nous pouvons voir que les hommes “faibles” sont définis comme “gais”&amp;nbsp;pour consolider le pouvoir et le statut des autres hommes» (Nayak et Kehily, 1996: 220).&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Rares sont les auteurs-es qui vont au-delà des rapports sociaux entre hommes et affirment que les femmes font également partie des sujets indirectement impliqués par les emplois de «gai». Martino (1999, 2000) ainsi que Nayak et Kehily (1996) évoquent rapidement l’idée que les femmes constituent des sujets indirects de l’emploi de l’épithète en raison de sa dévalorisation du féminin, mais ils n’en font pas leur principal objet d’investigation. Dans des écrits antérieurs, nous avons fortement souligné les ressorts (hétéro)sexistes de «gai». Selon nous, bien qu’il cible particulièrement les hommes (soupçonnés d’être) gais et efféminés, il découle d’un découpage et d’une attribution des traits genrés en fonction d’une vision des sexes comme étant complémentaires, vision qui oriente les rapports hommes-femmes et cautionne la domination masculine (Bastien-Charlebois, 2009, 2011a).&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Notre conclusion diffère de celles de Plummer et Pascoe. Comment en arrivons-nous à des résultats différents, ou comment peut-on mieux cerner les sujets interpelés et touchés par l’emploi de l’épithète «gai»? Le commun appui que chaque auteur-e prend sur l’empirie pour comprendre cet emploi nous incite à porter notre attention sur les procédés méthodologiques et analytiques de chacun-e. Si nous adoptons tous une approche qualitative composée d’entrevues individuelles et de groupes semi-directives menées auprès de garçons adolescents, mais n’arrivons pas aux mêmes conclusions, c’est qu’il doit y avoir des différences dans les thématiques abordées de même que dans l’interprétation du matériau. Mobilisées dans cette analyse, les assises théoriques et conceptuelles sont alors également d’importance. Que nous nous concentrions sur les analyses de Plummer et Pascoe est motivé par le fait que ce sont les seuls auteurs à avoir tenté de saisir la portée sémantique et sociale des épithètes dans le milieu de la recherche anglophone, et parce qu’ils sont tous deux abondamment cités&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref5_9hawbl5&quot; title=&quot;Autant cela puisse-t-il surprendre, les écrits savants se référant à la gamme d’épithètes se concentrent surtout sur les effets qu’elles entraînent sur la construction identitaire et l’estime de soi, de même que sur les pratiques pédagogiques. Rares sont celles qui s’attardent sur les dimensions sémantiques et la portée sociale des sens déployés.&quot; href=&quot;#footnote5_9hawbl5&quot;&gt;5&lt;/a&gt;. Nous entamons notre examen avec un bref exposé de notre propre démarche afin de situer l’origine des critiques que nous formulons aux démarches respectives de Plummer et Pascoe.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un déploiement de l’(hétéro)sexisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Notre propre recherche avait pour but de comprendre la diversité des attitudes des garçons adolescents à l’endroit des hommes gais, de même que les pratiques de l’épithète. Les emplois de «gai» y étaient un des thèmes abordés dans les entrevues semi-directives individuelles que nous avons menées auprès de garçons adolescents –toutes orientations sexuelles confondues (Bastien-Charlebois, 2009, 2010, 2011a).&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Notre cadre théorique et conceptuel s’appuie principalement sur celui développé par Rubin (1998) dans «L’économie politique du sexe», où elle établit un lien obligé entre l’oppression des femmes et celle de l’homosexualité. Les conditions de cette oppression sont: la production et la naturalisation des genres «hommes» et «femmes» pourvus de traits et compétences distincts respectivement masculins et féminins, puis complémentaires; la prescription du mariage hétérosexuel; l’hétérosexualité obligatoire; ainsi que la répression des homosexuels hommes et femmes. Prolongeant les réflexions anthropologiques de Lévi-Strauss sur l’échange des femmes entre groupes d’hommes et développant un cadre d’analyse qu’elle nommera «système sexe-genre», elle affirme:&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Les systèmes de parenté reposent sur le mariage [hétérosexuel]. Ils transforment donc des mâles et des femelles en «hommes» et «femmes», chaque catégorie étant une moitié incomplète qui ne peut trouver la plénitude que dans l’union avec l’autre [...]&amp;nbsp;Et ceci exige la répression: chez les hommes, de ce qui est la version locale (quelle qu’elle soit) des traits «féminins», chez les femmes, de ce qui est la définition locale (quelle qu’elle soit) des traits «masculins». (Rubin, 1998: 32)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Après avoir mis en relief l’exigence d’une distinction des traits propres aux femmes et aux hommes pour justifier la division du travail sexué et l’impératif de complémentarité des sexes, Rubin présente les implications que ceci comporte pour l’(homo)sexualité:&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Le genre n’est pas seulement l’identification à un sexe; il entraîne aussi que le désir sexuel soit orienté vers l’autre sexe. La division sexuelle du travail entre en jeu dans les deux aspects du genre –elle les crée homme et femme, et elle les crée hétérosexuels. Le refoulement de la composante homosexuelle de la sexualité humaine, avec son corollaire, l’oppression des homosexuels, est par conséquent un produit du même système qui, par ses règles et ses relations, opprime les femmes. (Rubin, 1998: 33)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Bien que les réseaux d’alliances entre hommes ne s’élaborent plus, dans notre société, à partir d’échanges de femmes entre groupes d’affinités, nous estimons que l’analyse de Rubin expose adéquatement les conditions et les ressorts de l’hétérosexisme&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref6_qkji3x3&quot; title=&quot;Pour une présentation détaillée de notre compréhension de l’hétérosexisme, voir Bastien-Charlebois (2011b).&quot; href=&quot;#footnote6_qkji3x3&quot;&gt;6&lt;/a&gt;. Au-delà des groupes familiaux, les hommes bénéficient toujours globalement de la division sexuelle du travail, et donc des principes de complémentarité et de naturalisation des sexes sur laquelle elle repose&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref7_ig6tw5o&quot; title=&quot;Problématiser la complémentarité des sexes ne signifie pas qu’on exclut d’office l’existence de hiérarchies intragenres. Tel que l’élaborent des auteurs comme Connell (1995) et Connell et Messerschmidt (2005), la hiérarchie intramasculine est un prolongement logique de la hiérarchie homme-femme. Loin de s’opposer, ces analyses peuvent s’arrimer.&quot; href=&quot;#footnote7_ig6tw5o&quot;&gt;7&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Sur le plan méthodologique, nous avons découpé les entrevues que nous avons menées en thèmes permettant de faire ressortir les contrastes par le biais de la comparaison: les représentations des hommes «gais», les expériences interactives avec des hommes gais, les représentations des hommes et des femmes «normatifs», les sens et les usages de «gai». Nous avons de plus effectué les entrevues en étant sensible au possible biais de désirabilité. Sachant que la réprobation sociétale croissante des discriminations flagrantes pousse par moments l’expression de préjugés dans les retranchements de l&#039;équivoque, du démenti et du compte rendu (&lt;em&gt;account&lt;/em&gt;), à des déclinaisons de «je n’ai rien contre, mais …», (Brickell, 2001; Burridge, 2004; Hewitt et Stokes, 1975; Peel, 2001; van Dijk, 1992), nous estimions important d’effectuer des comparaisons intratextuelles au sein d’une même entrevue afin de relever les cohérences ou les contradictions internes. Et comme les participants s’exprimaient pendant environ une heure au sujet des hommes gais, il était possible de saisir avec nuance et précision les positions des jeunes participants au-delà de leurs premières affirmations de principe.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les jeunes que nous avons rencontrés ont certes accordé divers sens à «gai», mais l’associaient principalement à la faiblesse, aux comportements féminins, aux hommes gais, de même qu’à la stupidité. Étaient particulièrement décriés la faiblesse ainsi que les comportements «efféminés», considérés par moments comme artificiels et forcés. Or, au-delà des nuances initiales que plusieurs garçons avançaient en soulignant l’existence d’hommes homosexuels aux traits masculins, des affirmations subséquentes venaient les invalider. Ceux-là mêmes dissociaient force physique et hommes gais, qu’ils ne peuvent imaginer faire du sport de contact. L’efféminement devenait un signe pour reconnaître l’homosexualité, ou encore on le postulait comme nature profonde présente en chaque homme gai. Par ailleurs, les jeunes rencontrés pouvaient difficilement –sauf exception– s’imaginer cette force chez des femmes qui, même masculines, «se la jouent» ou deviennent sexuellement indésirables (Bastien-Charlebois, 2009, 2011a).&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Comme l’affirmation et la démonstration d’une puissance exclusivement masculine/mâle soutiennent le rapport de domination des hommes sur les femmes, tout travail disciplinaire du genre chez les hommes le sert. Malgré le fait que ces pratiques disciplinaires de l’épithète indiquent l’instabilité d’une distinction nette des sexes et des genres (Butler, 2006), la force avec laquelle on l’emploie rend la puissance plus visible que la faiblesse «féminine» qu’on s’applique à chasser des hommes. Les hommes non hétérosexuels, comme les femmes, ne sont peut-être pas (toujours) des sujets directement interpelés par l’épithète, mais ils et elles sont certainement touchés de façon marquée.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un procédé non homophobe de consolidation identitaire masculine&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Muni d’une lunette foucaldienne et adoptant l’approche de la théorie ancrée, Plummer (1999, 2001) a mené une série d’entrevues individuelles semi-directives auprès de jeunes hommes sur le thème de leurs expériences d’enfance, d’adolescence et de jeune adulte, de même que sur celui des comportements de leurs pairs. Cet auteur estime que l’utilisation des épithètes «&lt;em&gt;gay&lt;/em&gt;», «&lt;em&gt;fag&lt;/em&gt;» et «&lt;em&gt;poofter&lt;/em&gt;» participe d’un rite de passage de l’enfance à l’âge adulte chez les hommes, assuré par la construction et l’affirmation d’une masculinité normative. Il s’oppose aux analyses reliant l’homophobie à la misogynie et au sexisme, arguant que les significations de l’épithète ne se réfèrent pas systématiquement à ce qui est désigné comme «féminin» ou propre aux femmes. Empruntant une perspective développementale, il suit le parcours des sens de l’épithète selon l’âge des garçons qui l’utilisent. Il relève que pour qu’un garçon soit ciblé, il doit être associé aux critères suivants: agir comme un bébé, être doux, faible et timide, connaître une maturation lente, agir comme une fille, être studieux et intellectuel, être spécial, être artistique, avoir une apparence différente, ne pas être intégré dans la culture des pairs, être exclu ou solitaire, ne pas se conformer aux attentes des pairs, ne pas faire partie d’équipes sportives importantes, trop se conformer aux attentes des adultes aux dépens de la loyauté envers le groupe de pairs. Puis vient «l’orientation sexuelle?», qu’il ponctue lui-même d’un point d’interrogation pour souligner son doute quant à cette association.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Comme il estime que plusieurs de ces traits ne correspondent pas à ceux attribués aux filles et qu&#039;ils sont plutôt neutres et non masculins, il conclut que c’est d’abord la répudiation de «l’en-dehors» du masculin qui est à la source de l’«homophobie»: «homophobia has its early roots in boyhood otherness –specifically in being different from the collectively authorized expectations of male peers, in lacking stereotypically maculinity and/or in betraying peer group solidarity / &lt;em&gt;&amp;nbsp;L’homophobie plonge ses racines précoces dans ce qui est «autre» aux garçons– ou, précisément dans le fait de différer des attentes collectives autorisées par les pairs (garçons) ainsi que dans celui de manquer de traits masculins stéréotypés ou de trahir la solidarité de ce groups de pairs&lt;/em&gt;» (Plummer, 2001: 21). &amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Plummer ajoute que l’homophobie n’est pas qu’un «simple» préjugé envers les hommes gais, puisqu’elle tend à s’estomper une fois l’âge adulte atteint. S’il était strictement question d’une crainte viscérale de l’homosexualité, celle-ci croitrait lors de l’entrée dans l’âge adulte alors que les sorties du placard se font plus nombreuses: «if homophobia were predominantly an individual prejudice against homosexuals, then it would make sense for the intensity of homophobia to continue increasing as more young men declared their sexual orientation. / &lt;em&gt;Si l’homophobie était principalement un préjugé individuel envers les homosexuels, il tomberait alors sous le sens que son intensité continue à s’accroître tandis que davantage de jeunes hommes déclarent leur orientation sexuelle&lt;/em&gt;» (22). Or, affirme-t-il, l’utilisation d’épithètes homophobes atteint des sommets lorsque la contestation de l’autorité scolaire par les groupes de pairs se fait la plus forte, c’est-à-dire à l’adolescence. L’homophobie appartiendrait donc d’abord à l’histoire développementale des garçons:&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;However, rather than being constructed on an intergender boundary between masculine and feminine, homophobia marks an intragender boundary between masculine stereotypes and the male other […] Thus homophobia targets anything that signifies a lack of allegiance to the collective expectations of male peers –it is much more than heterosexism or a variant of misogyny or a simple prejudice against homosexuals.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;&lt;em&gt;Cependant, plutôt que d’être construite sur une frontière entre le masculin et le féminin, l’homophobie marque une limite intragenre entre les stéréotypes masculins et les hommes «autres» […] Ainsi l’homophobie cible-t-elle tout ce qui sous-tend un manque d’allégeance aux attentes collectives des hommes –c’est beaucoup plus que de l’hétérosexisme ou une variante de la misogynie ou un simple préjugé contre les homosexuels.&lt;/em&gt; (Plummer, 2001: 21)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En formulant un lien accessoire entre l’homophobie et les préjugés individuels envers les personnes (hommes?) homosexuelles, tout en conservant le concept pour l’ancrer sur la régulation de frontières intragenres entre les hommes normatifs et les hommes «autres», Plummer effectue un détournement de sens. Or, malgré les limites de ce concept, il a été produit dans le but exprès d’ouvrir une problématisation des attitudes négatives envers les personnes (hommes) homosexuelles (Bastien- Charlebois, 2011b; Borillo, 2000)&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref8_qilfm8f&quot; title=&quot;Parmi les limites moins souvent nommées se trouve l’androcentrisme, tel qu’exposé par Chamberland et Lebreton (2012).&quot; href=&quot;#footnote8_qilfm8f&quot;&gt;8&lt;/a&gt;. Tout recadrage exige donc minimalement de les conserver comme sujets sociaux premiers et le traitement négatif qu’ils subissent comme objet d’investigation.&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En fait, Plummer n’introduit que faiblement les différents concepts dont il désavoue plus tard la pertinence analytique. Constatant les désaccords autour de l’adéquation d’une étymologie d’«&lt;em&gt;homophobie&lt;/em&gt;» fondée sur un élan psychologique passionnel, il refuse autant de s’en départir que d’en proposer une définition opératoire. En ce qui concerne l’hétérosexisme, il l’invalide avant même d’en exposer la portée, sous le motif que les dynamiques intergenres (hommes-femmes) qu’il met en relief ne rendraient compte ni des dynamiques intragenres, ni de la passion du rejet de certains hommes efféminés et gais, et qu’il centrerait indûment l’analyse sur la sexualité (1999: 9). La misogynie et le sexisme sont de leur côté absents de son cadre théorique et conceptuel initial.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Lorsqu’on fait l’économie d’une exposition des concepts d’homophobie et d’hétérosexisme, le risque est grand de réduire «l’intensité de l’homophobie» aux comportements régulateurs des garçons ainsi qu’à leur utilisation régulière des épithètes «&lt;em&gt;fag&lt;/em&gt;» et «&lt;em&gt;poofter&lt;/em&gt;». On se dispense alors d’outils permettant de saisir l’étendue des comportements (hétéro)sexistes à l’adolescence et à l’âge adulte, puis d’y situer adéquatement les comportements spécifiques qu’on examine. Plummer fait d’ailleurs l’impasse sur le procédé par lequel il juge moins intenses certains comportements se manifestant à l’âge adulte alors que des hommes devenus citoyens de leur société peuvent soutenir tacitement ou proactivement des inégalités juridiques et sociales, rejeter des collègues de travail ou des proches, congédier des employés, inférioriser ponctuellement des personnes non hétérosexuelles devant leurs enfants, réguler le comportement de leurs enfants garçons afin qu’ils ne soient pas des «tapettes» ou rejeter ces enfants s’ils s’avèrent être non hétérosexuels-les. &amp;nbsp;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Sur le plan empirique, l’affirmation d’un lien accessoire entre les comportements régulateurs ayant cours chez les hommes et l’orientation non hétérosexuelle de certains d’entre eux s’opère sans examen préalable de ces deux dimensions. Plummer n’explore pas les représentations des hommes gais, et encore moins celles des femmes ou des comportements dits féminins. Pourtant, seule une démarche comparative aurait permis de statuer sur la présence ou l’absence de liens entre eux, sans compter la nécessité de réfléchir aux modes selon lesquels ils opèrent. De plus, on ne peut mettre à l’écart une portée (hétéro)sexiste à ces comportements régulateurs si on ne présente ni n’examine comment le sexisme agit sur les sujets femmes, si on ne présente pas les travaux et les réflexions de chercheures telles que Rubin (1998) établissant des liens entre les comportements régulateurs du genre et de la sexualité. &amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;S’il est juste que des comportements d’emblée non marqués comme féminins ou masculins sont désavoués à travers la régulation du genre chez les hommes, on ne peut s’abstenir d’en faire l’examen minutieux si l’on veut bien comprendre ce qu’ils signifient, ainsi que saisir leur portée. Certains des traits énumérés par Plummer sont évasifs: «agir comme un bébé», «avoir une apparence différente» et «ne pas se conformer aux attentes des pairs» ne signifient pas grand-chose. Qui plus est, ce qui déplaît en chacun d’eux demeure sans réponse. En quoi «être studieux et intellectuel» ou «connaître une maturation lente» ou «trop se conformer aux attentes des adultes aux dépens de la loyauté envers le groupe de pairs», pour ne nommer qu’eux, posent-ils problème? Martino (1999) et Nayak et Kehily (1996) offrent une réponse à certains de ces traits non approfondis à partir de leurs propres recherches empiriques auprès de garçons adolescents, nommément la conformité aux attentes des adultes, qui trahissent aux yeux des répondants une faiblesse et une soumission qui ne siéraient qu’aux femmes, les hommes devant plutôt affirmer force et contrôle. Avant de conclure à une absence de lien entre la tension intergenre où le féminin associé aux femmes est répudié et intragenre où l’orientation non hétérosexuelle est désavouée, il faut donc s’appliquer à comprendre ce que ces traits et comportements signifient pour les garçons les ayant nommés. Aller au bout de ces sens donne un portrait plus riche de la situation et offre de meilleures prises pour la théorisation.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une régulation du genre chez les garçons&amp;nbsp;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;De son côté, Pascoe (2005, 2007) s’inspire de la pensée de Butler et de la théorie queer pour effectuer son analyse. Elle mobilise les concepts &amp;nbsp;de matrice hétérosexuelle de même que celui de position abjecte développés par Butler (2006, 2009), puis priorise l’hétéronormativité sur l’hétérosexisme et l’homophobie. Guidée également par l’approche de la théorie ancrée, elle a mené des observations en milieu scolaire, de même qu’une série d’entrevues individuelles semi-directives. Elle introduisait l’étude aux participants en affirmant «écrire un livre à propos des garçons», puis les questionnait sur «qu’est-ce qu’une tapette?» [«&lt;em&gt;what is a fag?&lt;/em&gt;»]. Le thème examiné n’était pas l’identité gaie, mais le «&lt;em&gt;fag-discourse&lt;/em&gt;» comme inscripteur de position abjecte.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Elle souligne le fait que des jeunes garçons insistent sur la dissociation entre «&lt;em&gt;fag&lt;/em&gt;» et homosexuel et s’y rallie elle-même: «“tapette [&lt;em&gt;fag&lt;/em&gt;]”’peut certes avoir plusieurs significations qui ne correspondent pas forcément à ses connotations d’insulte homophobe, mais existent plutôt à ses côtés. Certains garçons se sont appliqués à souligner que “tapette” n’avait pas de lien avec la sexualité / «“fag” &lt;em&gt;does have multiple meanings which do not necessarily replace its connotations as a homophobic slur, but rather exist alongside. Some boys took pains to say that ‘fag’ is not about sexuality&lt;/em&gt;» (2005: 336)&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref9_0m38u4t&quot; title=&quot;L’objet de son étude est l’emploi du terme «fag», mais elle se réfère brièvement à celui de «gay». Le point commun principal entre les deux serait la référence aux pratiques de genre non masculines, mais l’auteure relève néanmoins des nuances: «gay» peut signifier stupide alors que ce ne serait pas le cas de «fag». De même, «gay» peut s’appliquer à des objets tandis que «fag» ne le peut pas.&quot; href=&quot;#footnote9_0m38u4t&quot;&gt;9&lt;/a&gt;. Selon elle, «&lt;em&gt;fag&lt;/em&gt;» est une insulte générique châtiant l’incompétence, la faiblesse et tout autre trait considéré comme impropre aux hommes. Elle se fie à la distinction effectuée entre ces significations et l’orientation homosexuelle, car certains jeunes garçons qu’elle a rencontrés n’associeraient pas nécessairement les hommes gais avec l’efféminement et sauraient «that they are not supposed to call homosexual boys “fag” because that is mean» / «&lt;em&gt;qu’ils ne sont pas censés appeler les garçons homosexuels “tapette”, parce que c’est méchant&lt;/em&gt;» (2005: 342).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Son analyse des usages de «&lt;em&gt;fag&lt;/em&gt;» l’amène à la conclusion qu’il n’est pas possible de confondre l’homophobie avec eux, bien qu’elle en soit une composante. Elle redoute les analyses superficielles qui, selon elle, seraient souvent faites de l’épithète, que l’on décrirait comme homophobe sans en étudier les éléments genrés: «homophobia is too facile a term with which to describe the deployment of «fag» as an epithet» /&lt;em&gt; l’homophobie est un terme trop simpliste pour décrire de déploiement de l’épithète «tapette»&lt;/em&gt; (2005: 330)&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref10_xfndpym&quot; title=&quot;Pascoe (2005) redoute qu’en se contentant de désigner l’utilisation de l’épithète «gai» comme insulte &amp;nbsp;«homophobe», on évacue sa dimension genrée et naturalise par le fait même son emploi par les garçons.&quot; href=&quot;#footnote10_xfndpym&quot;&gt;10&lt;/a&gt;. Cela pour les raisons suivantes: le terme peut être appliqué aux hommes gais, mais pas aux lesbiennes; il est presque exclusivement employé par des garçons et non par des filles; il dépasse les hommes gais et circule «telle une patate chaude» dans les interactions quotidiennes des garçons adolescents indépendamment de leur orientation sexuelle; et parce que ses significations varient selon les cultures&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref11_ikeqr0b&quot; title=&quot;Chez les Blancs états-uniens, le soin apporté à la présentation de soi ainsi qu’un intérêt porté à la danse est susceptible de recueillir l’épithète «fag», mais ce n’est pas le cas chez les Noirs états-uniens pour qui le style, la propreté des vêtements et l’art de la danse sont finement cultivés.&quot; href=&quot;#footnote11_ikeqr0b&quot;&gt;11&lt;/a&gt;. L’épithète, affirme Pascoe, a une fonction disciplinaire s’appliquant aux comportements genrés des garçons: «“fag” may be used as a weapon with which to temporarily assert one’s masculinity by denying it to others» / &lt;em&gt;«“tapette” peut être utilise comme une arme par laquelle on peut temporairement affirmer sa masculinité en niant celle des autres»&lt;/em&gt; (2005: 342). Rejoignant la perspective de Butler sur la production de positions inintelligibles et abjectes servant à asseoir un référent normatif, Pascoe (2005) présente le «&lt;em&gt;fag&lt;/em&gt;» comme un «spectre menaçant» qui se situe hors de la masculinité, mais qui est instrumental dans la construction de celle-ci. Tout garçon peut devenir «fag» et doit constamment performer une masculinité référentielle pour y échapper: «The fag is an “abject” position, a position outside of masculinity that actually constitutes masculinity. Thus, masculinity, in part becomes the daily interactional work of repudiating the “threatening specter” of the fag» / &lt;em&gt;«La tapette est une position “abjecte”, une position extérieure à la masculinité qui sert à la constituer. Par conséquent, la masculinité est en partie le travail interactif quotidien de répudiation du “spectre menaçant” de la tapette» &lt;/em&gt;(2005: 342).&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le mérite de la démarche de Pascoe est de s’appuyer sur des analyses relevant déjà avec force les articulations du sexe, du genre et du désir. Au contraire de Plummer, elle ne porte pas avec elle un concept central laissé flou qu’elle déracinerait ensuite de sa visée heuristique. Cependant, elle ne précise pas ce qu’elle entend par homophobie, dont elle affirme à plusieurs reprises la déliaison d’avec le discours «&lt;em&gt;fag&lt;/em&gt;». Tout au plus peut-on déduire de ses propos qu’elle l’associe aux attitudes négatives à l’endroit des personnes homosexuelles, autant femmes que hommes. En cette matière, la dimension principalement genrée de cette épithète occasionnellement destinée aux garçons non hétérosexuels est bien démontrée à travers le matériau que soumet Pascoe, soutenant ainsi la thèse de Butler selon laquelle le sexe, le genre et le désir ne peuvent être envisagés isolément, étant reliés à des réseaux d’intelligibilité ou d’inintelligibilité. Aussi ne peut-on effectivement pas réduire l’utilisation de cette épithète à la seule «homophobie» ou à des comportements négatifs à l’endroit d’une personne sur la base de son orientation sexuelle.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Nous remettons cependant en question la dissociation complète de l’orientation sexuelle de l’épithète lorsque les jeunes n’y font pas expressément allusion, car elle repose sur un raccourci méthodologique et interprétatif. Tout d’abord méthodologique, puisqu’on ne peut conclure que les comportements dits féminins ou efféminés chez les hommes sont dissociés de l’orientation sexuelle sans également examiner avec soin les représentations que se font les participants des hommes gais. L’absence de comparaison chez Plummer se répète chez Pascoe, qui n’a pas invité ses participants à développer leurs pensées sur ceux-ci. Par conséquent, elle n’a pour matériau sur les représentations que se font les garçons des hommes gais que ces quelques instances où ils les évoquent. Qui plus est, elle ne les examine pas avec la même rigueur critique qu’elle applique à d’autres dimensions de la recherche. C’est au pied de la lettre qu’elle prend les démentis de jeunes quant à la portée sémantique de l’épithète, leur assurance de savoir distinguer les hommes gais de l’efféminement, de même que leur défense de ne pas vouloir s’en prendre aux hommes gais car ils sauraient que «c’est méchant»&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref12_d5puc31&quot; title=&quot;Le fait est d’autant plus étrange que Pascoe (2005) dépeint l’école qu’ils fréquentent comme étant particulièrement fermée à l’homosexualité, des élèves jusqu’aux administrateurs.&quot; href=&quot;#footnote12_d5puc31&quot;&gt;12&lt;/a&gt;. De la même manière, elle accepte sans réserve la profession d’une appréciation des lesbiennes chez ces garçons, écartant l’infériorisation que représente l’objectification qu’ils pratiquent à leur égard.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Nous n’affirmons pas en retour que les jeunes désirent forcément et délibérément cacher certaines choses, mais les pratiques de démentis ont été suffisamment analysées pour soulever un doute critique. Notre propre démarche de cueillette de données a mis à jour de fréquentes contradictions chez des participants qui professaient initialement une ouverture à l’endroit des hommes gais ou soutenaient reconnaître que l’orientation sexuelle et le genre sont des dimensions distinctes, mais qui émettaient plus tard quelques caractérisations négatives ou associaient hommes gais et efféminement (Bastien- Charlebois, 2009, 2011a, 2011b). Que ceci soit le résultat d’un biais de désirabilité ou l’expression d’un biais inconscient importe peu, ce qui compte est la permanence et la force du lien. Supposer que les hommes authentiques ne sont pas efféminés, mais que les hommes gais le sont tous au moins un peu, signifie que l’association entre le genre et l’orientation sexuelle est toujours là, même si elle n’est pas présente à l’esprit de la personne qui engage l’épithète.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ces sujets que «gai» interpelle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Une sensibilité aux discours de justification répandus chez les membres de groupes dominants devrait éveiller nos réflexes critiques et nous inciter à creuser les réponses offertes. Au minimum, nous devrions par pur pragmatisme examiner tous les référents impliqués –ici par exemple, les épithètes «&lt;em&gt;fag&lt;/em&gt;», «tapette», «&lt;em&gt;poofter&lt;/em&gt;», «gai», d’une part, et les hommes gais de l’autre– avant de pouvoir établir des associations ou des dissociations entre eux. De la même manière, pouvoir conclure qu’une &lt;em&gt;pratique&lt;/em&gt; (encore une fois, l’utilisation de l’épithète) entraine un &lt;em&gt;effet &lt;/em&gt;quelconque (le développement identitaire des garçons, l’infériorisation des hommes gais, l’infériorisation des femmes), exige de définir clairement ces &lt;em&gt;deux&lt;/em&gt; parties. Nous ne pouvons statuer si la gamme des épithètes que nous étudions concourt à l’homophobie, l’hétérosexisme ou le sexisme si nous ne déterminons ni ne justifions notre définition opérationnelle de ces formes d’oppression.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Relever des liens «inavoués» entre une pratique et des effets infériorisants ne revient pas à présumer une malhonnêteté chez les sujets participants. Certains de ces liens ne sont simplement pas toujours présents à la conscience. De plus, qu’un sujet social ne soit pas nommé ni présent à la conscience ne signifie pas qu’il ne soit pas visé par certains propos que l’on tient. Nous pouvons le remarquer dans nombre d’autres situations, telles que ces occasions où des parents projettent sur de jeunes enfants de sexe différent un «petit couple» hétérosexuel, ou ces nombreuses fois où parents, proches et enseignants présumeront chez leurs élèves et étudiants une orientation hétérosexuelle. L’homosexualité pourrait ne jamais être interpelée directement dans chacune de ces instances, mais cela ne signifie pas qu’elle n’est pas impliquée. Attribuer des trajectoires exclusivement hétérosexuelles aux jeunes sous-tend une dévalorisation de la non-hétérosexualité, qu’on ne saurait envisager dans l’horizon des amours valides.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Outre l’absence à la conscience, il y a aussi les tensions cognitives. S’il est vrai que les hommes gais sont davantage reconnus dans leur diversité et que plusieurs jeunes affirmeront qu’ils peuvent envisager des hommes gais masculins, cette représentation entre en conflit avec l’idée largement répandue selon laquelle hommes et femmes sont différents et, par destinée, complémentaires.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Un élément manque cependant à l’ensemble de ces recherches, y compris la nôtre. On n’examine nulle part la portée du sens de «stupidité» souvent associé avec l’épithète «gai». Il conviendrait de solliciter quelques cas de figure où un jugement de stupidité est considéré comme valide. Dans un second temps, nous pourrions examiner en quoi l’épithète «gai» est plus intéressante que «stupide», qui décrit plus clairement la situation. Nous suggérons un dernier filon d’investigation, qui prendrait la pratique &lt;em&gt;a contrario&lt;/em&gt;. Cela se traduirait par des interrogations sur l’attachement à l’épithète, notamment en explorant les raisons pour lesquelles le mot leur apparaît plus adéquat que les divers sens qu’il colporte.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Nous disposons néanmoins de suffisamment de matériau et d’analyses antérieures exposant les liens entre sexisme et hétérosexisme –ou entre le corps sexué, les identités et pratiques de genre, puis les sexualités– pour confirmer l’effet qu’entraînent ces épithètes sur les hommes non hétérosexuels et non conformes dans le genre, de même que sur les femmes hétérosexuelles et non hétérosexuelles, ainsi que non conformes dans le genre. Tous-tes bénéficieraient donc d’actions visant à contrer cette pratique régulatoire. Si l’on peut se questionner sur la valeur explicative d’une conclusion où tous les sujets humains, au final, sont touchés par une pratique, il faut cependant se garder de présumer qu’on projette une situation de symétrie du pouvoir. L’impact de cette pratique varie selon les appartenances sociales, appuyant le privilège de certains et vulnérabilisant la position d’autres. Tous-tes subissent certes une contrainte plus ou moins marquée, mais tous-tes n’y remportent pas les mêmes gains matériels et symboliques. Reste maintenant à cerner les effets différentiels. Pour ce projet, nous invitons à un élargissement de la réflexion sur la portée et des effets de cette épithète sur les personnes transidentifiées et intersex(ué)es. Les personnes assignées femmes et conservant cette assignation ne sont pas les seuls sujets touchés par l&#039;hétérosexisme.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Références&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BASTIEN-CHARLEBOIS, Janik. 2011a. &lt;em&gt;La virilité en jeu: perception de l’homosexualité masculine par les garçons adolescents&lt;/em&gt;, Québec: Septentrion.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;______. 2011b. «Au-delà de la phobie de l’homo:&amp;nbsp;quand le concept d’homophobie porte ombrage à la lutte contre l’hétérosexisme et l’hétéronormativité», &lt;em&gt;Reflets : Revue d’intervention sociale et communautaire&lt;/em&gt;, vol. 17, no 1, p. 112-149.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;______. 2010. «&quot;L’homophobie naturelle&quot; des garçons adolescents: essor et ressorts d’explications déterministes»,&lt;em&gt; Cahiers de recherche sociologique&lt;/em&gt;, no 49, p. 181-201.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;______. 2009. «Insultes ou simples expressions? Les déclinaisons de «gai» dans le parler des garçons adolescents», dans &lt;em&gt;Diversité sexuelle et constructions de genre&lt;/em&gt;, sous la dir. de Line CHAMBERLAND, Bly W. FRANK et Janice RISTOCK, Québec: Presses de l’Université du Québec, p. 51-74.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BORILLO, Daniel. 2000. &lt;em&gt;L’homophobie&lt;/em&gt;, coll. «Que sais-je», Paris: Presses Universitaires de France.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BRICKELL, Chris. 2001. «Whose “Special Treatment”? Heterosexism and the Problems with Liberalism», Sexualities, vol. 4, p. 211-235.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BURN, Shawn Meghan. 2000. «Heterosexuals’ Use of “Fag” and “Queer” to Deride One Another: A Contributor to Heterosexism and Stigma», Journal of Homosexuality, vol. 40, p. 1-11.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BURN, Shawn Meghan, Kelly KADLEC et Ryan REXER. 2005. «Effects of Subtle Heterosexism on Gays, Lesbians, and Bisexuals», &lt;em&gt;Journal of Homosexuality&lt;/em&gt;, vol. 49, p. 23-38.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BURRIDGE, Joseph. 2004. «&quot;I&#039;m not Homophobic But...&quot;: Disclaiming in Discourse Resisting Repeal of Section 28», &lt;em&gt;Sexualities&lt;/em&gt;, vol. 7, p. 327-344.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BUTLER, Judith. 2009 [2005]. &lt;em&gt;Ces corps qui comptent: de la matérialité et des limites discursives du sexe&lt;/em&gt;, trad. de l&#039;anglais par Charlotte Nordmann Paris: Amsterdam.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;______. 2006 [1990]. &lt;em&gt;Trouble dans le genre. Le féminisme et la subversion de l’identité&lt;/em&gt;, trad. de l’anglais par Cynthia Kraus, Paris: La Découverte, coll. «Poche».&lt;/p&gt;&lt;p&gt;CHAMBERLAND, Line et Christelle LEBRETON. 2012. «Réflexions autour de la notion d’homophobie : succès politique, malaises conceptuels et application empirique», &lt;em&gt;Nouvelles Questions Féministes&lt;/em&gt;, vol. 31, no 1, p. 27-43.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;CONNELL, Raewyn. 1995. &lt;em&gt;Masculinities&lt;/em&gt;, Berkeley: University of California Press.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;CONNELL, Raewyn. W. et James W. MESSERSCHMIDT. 2005. «Hegemonic Masculinity: Rethinking the Concept», &lt;em&gt;Gender &amp;amp; Society&lt;/em&gt;, vol. 19, no 6, p. 829-859.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Van DIJK, Teun A. 1992. «Discourse and the Denial of Racism», &lt;em&gt;Discourse and Society&lt;/em&gt;, vol. 3, p. 97-118.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;GRENIER, Alain. 2005. &lt;em&gt;Jeunes, homosexualité et école: rapport synthèse de l’enquête exploratoire sur l’homophobie dans les milieux jeunesse de Québec&lt;/em&gt;, Québec: GRIS-Québec.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;HEWITT, John P. et Randall STOKES. 1975. «Disclaimers», &lt;em&gt;American Sociological Review&lt;/em&gt;, vol. 40, p. 1-11.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;MARTINO, Wayne. 2000. «Policing Masculinities: Investigating the Role of Homophobia and Heteronormativity in the Lives of Adolescent School Boys», &lt;em&gt;The Journal of Men’s Studies&lt;/em&gt;, vol. 8, no 2, p. 213‑236.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;______. 1999. «Cool Boys, “Party Animals”, “Squids” and “Poofters”: Interrogating the Dynamics and Politics of Adolescent Masculinities in School», &lt;em&gt;British Journal of Sociology of Education&lt;/em&gt;, vol. 20, p. 239-263.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;MARTINO, Wayne et Maria PALLOTTA-CHIAROLLI. 2003. &lt;em&gt;So What’s a Boy? Adressing Issues of Masculinity and Schooling&lt;/em&gt;, Philadelphia: Open University Press.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;NAYAK, Anoop et Mary Jane KEHILY. 1996. «Playing it Straight: Masculinities, Homophobias and Schooling», &lt;em&gt;Journal of Gender Studies&lt;/em&gt;, vol. 5, p. 211-230.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;PASCOE, C. J. 2007. &lt;em&gt;Dude, You’re a Fag: Masculinity and Sexuality in High Schoo&lt;/em&gt;l, Berkeley: University of California Press.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;______. 2005. «“Dude, You&#039;re a Fag“: Adolescent Masculinity and the Fag Discourse», &lt;em&gt;Sexualities&lt;/em&gt;, vol. 8, p. 329-346.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;PEEL, Elizabeth. 2001. «Mundane Heterosexism: Understanding Incidents of the Everyday», &lt;em&gt;Women’s Studies International Forum&lt;/em&gt;, vol. 24, p. 541-554.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;PLUMMER, David C. 2001. «The Quest for Modern Manhood: Masculine Stereotypes, Peer Culture and the Social Significance of Homophobia», &lt;em&gt;Journal of Adolescence&lt;/em&gt;, vol. 24, no 1, p. 15-23.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;______. 1999. &lt;em&gt;One of the Boys: Masculinity, Homophobia, and Modern Manhood&lt;/em&gt;, coll. «Haworth gay &amp;amp; lesbian studies», New York : Harrington Park Press.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;RICHARD, Gabrielle. 2013. «La délicatesse nécessaire à l’intervention en matière d’orientation sexuelle : récits de pratiques d’enseignantes et d’enseignants du secondaire», &lt;em&gt;Reflets, revue d’intervention sociale et communautaire&lt;/em&gt;, vol. 19, no 1, p. 119.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;RUBIN, Gayle. 1998 [1975]. &lt;em&gt;L’économie politique du sexe. Transactions sur les femmes et systèmes de sexe/genre&lt;/em&gt;, trad. de l’anglais par Nicole-Claude Mathieu, Cahiers du Cedref, no&amp;nbsp;7.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;

&lt;section  class=&quot;footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed&quot; data-collapsible-show-label=&quot;Notes&quot; data-collapsible-hide-label=&quot;Notes&quot;&gt;&lt;ul class=&quot;footnotes collapsible-content&quot;&gt;&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote1_y5kho9p&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref1_y5kho9p&quot;&gt;1.&lt;/a&gt; Nous tenons à remercier la personne qui a corrigé ce texte pour ses commentaires judicieux.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote2_2rmtqtd&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref2_2rmtqtd&quot;&gt;2.&lt;/a&gt; Les termes apparentés, au Québec, sont «tapette», «fif» et «moumoune», pour ne nommer qu’eux. Ils varient ensuite selon les espaces géographiques et les sphères linguistiques. La France connait «pédé», «pédale», «homo» et «tantouze»; les États-Unis et le Canada anglais, «&lt;em&gt;fag&lt;/em&gt;», «&lt;em&gt;faggot&lt;/em&gt;», et «&lt;em&gt;gay&lt;/em&gt;»; la Grande-Bretagne et l’Australie: «&lt;em&gt;poof&lt;/em&gt;» et «&lt;em&gt;poofter&lt;/em&gt;». Pour alléger le texte, nous n’allons employer que l’acception «épithète gai» ou «gai» pour référer à ce conglomérat de termes, tout en étant consciente que certaines nuances peuvent exister entre eux. Nous retenons «gai» car il représente le terme le plus usité au Québec. Puis nous privilégions l’appellation «épithète», puisqu’elle inclut à la fois l’offense (insulte) et le «jeu».&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote3_lp056n8&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref3_lp056n8&quot;&gt;3.&lt;/a&gt; Nous comprenons les &lt;em&gt;distinctions corporelles&lt;/em&gt; « hommes » et «femmes» comme étant produites par la médecine. Celle-ci effectue également l’assignation initiale «garçon» et «fille», reprise ensuite par les multiples appareils sociaux régulateurs de la distinction. Nous nous joignons à la critique de cette vision dichotomique formulée par de nombreuses personnes féministes, transidentifiées ou intersex(ué)es, préférant une lecture approximative des corps qui soit réceptive à l’identification que privilégient les personnes elles-mêmes. Les études sur les pratiques de l’épithète —y compris la nôtre— ont toutefois présumé jusqu’ici l’absence de sujets transidentifiés et intersexués dans les interactions envisagées. Il a depuis été porté à notre connaissance lors d’échanges informels que des personnes ne s’identifiant pas comme hommes, mais étant perçues comme tels, peuvent être également ciblées.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote4_yeu0wpx&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref4_yeu0wpx&quot;&gt;4.&lt;/a&gt; Nous centrons notre analyse sur les sujets plutôt que sur les pratiques. Même si ce sont ces dernières qui sont soulignées lors de l’emploi des épithètes, c’est un statut de sujet qu’elles forment et ce sont des sujets qui en sont d’abord affectés.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote5_9hawbl5&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref5_9hawbl5&quot;&gt;5.&lt;/a&gt; Autant cela puisse-t-il surprendre, les écrits savants se référant à la gamme d’épithètes se concentrent surtout sur les effets qu’elles entraînent sur la construction identitaire et l’estime de soi, de même que sur les pratiques pédagogiques. Rares sont celles qui s’attardent sur les dimensions sémantiques et la portée sociale des sens déployés.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote6_qkji3x3&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref6_qkji3x3&quot;&gt;6.&lt;/a&gt; Pour une présentation détaillée de notre compréhension de l’hétérosexisme, voir Bastien-Charlebois (2011b).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote7_ig6tw5o&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref7_ig6tw5o&quot;&gt;7.&lt;/a&gt; Problématiser la complémentarité des sexes ne signifie pas qu’on exclut d’office l’existence de hiérarchies intragenres. Tel que l’élaborent des auteurs comme Connell (1995) et Connell et Messerschmidt (2005), la hiérarchie intramasculine est un prolongement logique de la hiérarchie homme-femme. Loin de s’opposer, ces analyses peuvent s’arrimer.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote8_qilfm8f&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref8_qilfm8f&quot;&gt;8.&lt;/a&gt; Parmi les limites moins souvent nommées se trouve l’androcentrisme, tel qu’exposé par Chamberland et Lebreton (2012).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote9_0m38u4t&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref9_0m38u4t&quot;&gt;9.&lt;/a&gt; L’objet de son étude est l’emploi du terme «&lt;em&gt;fag&lt;/em&gt;», mais elle se réfère brièvement à celui de «&lt;em&gt;gay&lt;/em&gt;». Le point commun principal entre les deux serait la référence aux pratiques de genre non masculines, mais l’auteure relève néanmoins des nuances: «&lt;em&gt;gay&lt;/em&gt;» peut signifier stupide alors que ce ne serait pas le cas de «&lt;em&gt;fag&lt;/em&gt;». De même, «&lt;em&gt;gay&lt;/em&gt;» peut s’appliquer à des objets tandis que «&lt;em&gt;fag&lt;/em&gt;» ne le peut pas.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote10_xfndpym&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref10_xfndpym&quot;&gt;10.&lt;/a&gt; Pascoe (2005) redoute qu’en se contentant de désigner l’utilisation de l’épithète «gai» comme insulte &amp;nbsp;«homophobe», on évacue sa dimension genrée et naturalise par le fait même son emploi par les garçons.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote11_ikeqr0b&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref11_ikeqr0b&quot;&gt;11.&lt;/a&gt; Chez les Blancs états-uniens, le soin apporté à la présentation de soi ainsi qu’un intérêt porté à la danse est susceptible de recueillir l’épithète «&lt;em&gt;fag&lt;/em&gt;», mais ce n’est pas le cas chez les Noirs états-uniens pour qui le style, la propreté des vêtements et l’art de la danse sont finement cultivés.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote12_d5puc31&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref12_d5puc31&quot;&gt;12.&lt;/a&gt; Le fait est d’autant plus étrange que Pascoe (2005) dépeint l’école qu’ils fréquentent comme étant particulièrement fermée à l’homosexualité, des élèves jusqu’aux administrateurs.&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;/section&gt;&lt;/div&gt;
      &lt;/div&gt;
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      &lt;div class=&quot;field-label&quot;&gt;Publication Type: &lt;/div&gt;
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      &lt;div class=&quot;field-label&quot;&gt;Teaser: &lt;/div&gt;
    &lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;Notre propre recherche avait pour but de comprendre la diversité des attitudes des garçons adolescents à l’endroit des hommes gais, de même que les pratiques de l’épithète. Les emplois de «gai» y étaient un des thèmes abordés dans les entrevues semi-directives individuelles que nous avons menées auprès de garçons adolescents –toutes orientations sexuelles confondues (Bastien-Charlebois, 2009, 2010, 2011a). &lt;/div&gt;
      &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
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 <pubDate>Fri, 25 Mar 2022 13:42:45 +0000</pubDate>
 <dc:creator>Alexia Giroux</dc:creator>
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 <title>«Toutes des lesbiennes!» Antiféminisme et lesbophobie, une complicité à l&#039;épreuve du temps</title>
 <link>https://oic.uqam.ca/en/articles/toutes-des-lesbiennes-antifeminisme-et-lesbophobie-une-complicite-a-lepreuve-du-temps</link>
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot; property=&quot;content:encoded&quot;&gt;&lt;p&gt;«Toutes des lesbiennes!» Cette affirmation, à propos des féministes, qui ne l’a pas entendue? C’est un véritable poncif de l’antiféminisme, auquel il n’est pas toujours aisé de répondre. Toutes, non... Quand même pas! Beaucoup oui, enfin, cela dépend de quel féminisme on parle. Cela dépend aussi de quelle époque on parle. Lesbiennes, oui, enfin, cela dépend aussi de ce que l’on entend par là. Il y a des lesbiennes croyantes mais non pratiquantes, des lesbiennes théoriques, des lesbiennes qui préfèrent se dire homosexuelles, des homosexuelles qui ne se disent pas du tout, et il y a même des hétérosexuelles qui, ayant appris à dire, après l’expulsion hors de France de Daniel Cohn-Bendit en 1968: «Nous sommes tous des juifs allemands», qui chantaient: «Nous sommes toutes des avortées / Nous sommes toutes des avorteuses / Nous sommes toutes des péripatéticiennes / Des lesbiennes et des mal baisées / Nous libèrerons la société / Nous libèrerons la sexualité» (Bernheim, 1983: 54). Ce qui est sûr, c’est que dans le «toutes des lesbiennes !», l’intention n’est pas bienveillante et qu’à l’évidence, la lesbophobie est un moyen de dénigrer le féminisme. Un antiféminisme lesbophobe donc. Ou une lesbophobie antiféministe? Les dosages, instables, varient. Partir à la recherche de ces discours/de ces pratiques n’est pas simple. Il faut faire avec la dispersion, l’hétérogénéité, l’euphémisation dans des sources documentaires disparates et dispersées. Il faut aussi historiciser cette question et la confronter à la réalité qu’elle combat autant qu’au fantasme qu’elle construit.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;S’outiller avec les mots: antiféminisme, lesbophobie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Je voudrais d’abord expliquer pourquoi il est utile de réfléchir à l’antiféminisme même s’il me semble que le public québécois a moins à en être convaincu que le public français. Le Québec a été confronté plus tôt et plus fort à un antiféminisme moderne, le masculinisme, et à la nécessité de le combattre et de l’analyser. Le niveau de conscience de l’antiféminisme, surtout après la tuerie de l’École Polytechnique de Montréal, y est très élevé. Et pourtant, il semble que les féministes, en particulier en France, ont peine à prendre en compte l’antiféminisme dans leur stratégie. Le travail de veille militant existe, bien sûr&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref1_4j2umjo&quot; title=&quot;La revue Prochoix joue un rôle important, de même que le Planning familial.&quot; href=&quot;#footnote1_4j2umjo&quot;&gt;1&lt;/a&gt;, mais les intellectuels-les s’y intéressent peu. Depuis les journées d’études et le colloque que j’avais organisés à l’Université d’Angers entre 1996 et 1998, publiés en 1999 sous le titre &lt;em&gt;Un siècle d’antiféminisme&lt;/em&gt;, il n’y a eu que très peu de publications sur cette thématique hormis le travail de Mélissa Blais et Francis Dupuis-Déri sur le mouvement masculiniste au Québec, en 2008 et, en 2012, un &lt;em&gt;Cahiers du genre&lt;/em&gt; conjoint à &lt;em&gt;Recherches féministes&lt;/em&gt; sur &lt;em&gt;Les antiféminismes&lt;/em&gt;. C’est très insuffisant si l’on veut identifier et cartographier les renouvellements actuels, réviser le logiciel interprétatif, s’entendre sur des définitions partagées.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le temps présent, en effet, soulève de multiples questions, dont celle, classique pour l’histoire, des permanences et des changements. Entre surprise et sidération, on observe ici la remise en cause du droit à l’avortement, ailleurs de fortes mobilisations contre le mariage entre personnes de même sexe. Plusieurs mouvements d’extrême droite en Europe sont aujourd’hui portés par des femmes et non par des hommes. En France, la Manif pour tous a eu pour porte-paroles deux femmes: l’improbable Frigide Barjot et la très logique catholique traditionaliste Ludivine de la Rochère, chargée de la communication de la Conférence des évêques de France puis de la Fondation Jérôme Lejeune, l’une des principales associations du mouvement dit pro-vie. Parmi les hommes en position de pouvoir à l’extrême droite, plusieurs sont des homosexuels notoires. Le vote homosexuel n’a plus rien de spécifique: les gais-es votent pour le Front national autant que les hétérosexuels-les. Il n’y a ni «grâce de la naissance»&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref2_xlulkoi&quot; title=&quot;C’est l’historienne allemande Karin Windaus-Walser qui a utilisé cette expression pour critiquer le penchant de ses contemporaines historiennes féministes allemandes à laver les femmes de toute implication dans le nazisme parce qu’elles étaient «dominées» par les hommes. Voir «La “grâce de la naissance féminine”: un bilan» (Kandel , 2004: 225-235).&quot; href=&quot;#footnote2_xlulkoi&quot;&gt;2&lt;/a&gt;en tant qu’homme ou femme dans le choix des idées de progrès, de tolérance, d’égalité des droits, ni grâce de l’orientation sexuelle.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’identification de l’antiféminisme donne en réalité du fil à retordre. D’abord, parce que le déni est souvent présent. En tout cas l’euphémisme, ce qui représente d’ailleurs une sorte d’hommage indirect pour le féminisme. Mais aussi parce qu’au sein même de la nébuleuse féministe, les unes sont souvent les antiféministes des autres sur un continuum allant des positions modérées aux positions radicales. La disparité des positions féministes sur des questions importantes rend très complexe le choix des identifiants du féminisme. Nous le ressentons beaucoup aujourd’hui, mais à vrai dire, le féminisme a toujours été pris dans l’hétéronomie en ce sens qu’il trouve hors de lui-même des étayages philosophiques, idéologiques, politiques.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Entre féminismes donc, la distance est parfois abyssale. Prenons les exemples, pour la première vague en France, de Marguerite de Witt-Schlumberger (1853-1924) et de Madeleine Pelletier (1874-1939)&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref3_iwgxgnx&quot; title=&quot;Exemples tirés de ma thèse: Les Filles de Marianne. Histoire des féminismes 1914-1940 (1995).&quot; href=&quot;#footnote3_iwgxgnx&quot;&gt;3&lt;/a&gt;. La première, philanthrope protestante, est aussi une féministe d’importance puisqu’elle présida l’Union française pour le suffrage des femmes et occupa le poste de vice-présidente au niveau international de l’association. Mais elle est aussi une nataliste très impliquée et reconnue (elle fut membre du Conseil supérieur de la natalité), ce qui l’amena à dénoncer la «stérilité volontaire» et à réclamer la répression du «crime» d’avortement. Ses efforts ont contribué au vote de la loi de 1920 qui renforce la pénalisation de l’avortement. Selon elle, la survie de la «race» française affaiblie par la Première Guerre mondiale est en jeu. Elle a publié une brochure au titre assez saisissant: &lt;em&gt;Mères de la patrie ou traîtres à la patrie &lt;/em&gt;(1919). De son côté, Madeleine Pelletier, néo-malthusienne, libre-penseuse, est la première féministe à défendre le droit à l’avortement, qu’elle pratique clandestinement: elle sera finalement dénoncée et placée dans un asile où elle mourra dans une détresse absolue. Elle défend la contraception et milite à la Ligue mondiale pour la réforme sexuelle. La première était mère de six enfants. La seconde revendiquait d’être restée vierge par refus de l’asservissement.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’antiféminisme est, bien sûr, aussi présent dans les mouvements alliés du féminisme: il transcende les clivages politiques, cela a souvent été dit même si le socle réactionnaire doit rester un repère. Au nom du respect de la Nature, des écologistes vont ainsi s’opposer à la contraception, que l’on peut bien retenir comme un identifiant du féminisme&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref4_3co9m1z&quot; title=&quot;En mai 2014, le leader paysan anti-OGM José Bové, tête de liste pour les Verts aux élections européennes, s’est déclaré hostile à la procréation médicalement assistée, défendue par son propre parti, par les féministes et par le mouvement LGBT. Il le fait au nom du refus de l’instrumentalisation du vivant sans distinguer parmi les usagères les hétérosexuelles des homosexuelles.&quot; href=&quot;#footnote4_3co9m1z&quot;&gt;4&lt;/a&gt;. Tirant profit de la connotation progressiste de l’écologie, les manifestants contre le mariage pour tous vont s’approprier, par exemple, le concept d’«écologie humaine»&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref5_jqpc2hy&quot; title=&quot;Le Courant pour une écologie humaine a été lancé en mars 2013 par Tugdual Derville (militant Pro-Vie, anti-Pacs, très actif dans la Manif pour tous), Gilles Hériard-Dubreuil et Pierre-Yves Gomez.&quot; href=&quot;#footnote5_jqpc2hy&quot;&gt;5&lt;/a&gt;, opérant ainsi un brouillage sémantique redoutable.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;«Les outils du maître ne démoliront jamais la maison du maître», écrivait la poétesse et militante du &lt;em&gt;black feminism&lt;/em&gt; Audre Lorde (2003: 119). On n’analyse pas non plus la maison avec ses outils. Il faut en forger de nouveaux. C’est pourquoi l’invention féministe de la notion de lesbophobie est fondamentale. Il aura fallu attendre les années 1990 pour mettre en évidence, grâce à un seul mot, ce qu’a de spécifique l’homophobie visant les femmes (le terme homophobie n’était alors pas bien vieux: il apparaît, traduit en français de l’anglais, en 1975). En France, c’est la Coordination lesbienne qui lance le mot&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref6_drc15yc&quot; title=&quot;Voir l’article de la présidente de la CLF, Raymonde Gérard, «Lesbophobie», dans Dictionnaire de l’homophobie, sous la dir. de Louis-Georges Tin (2003).&quot; href=&quot;#footnote6_drc15yc&quot;&gt;6&lt;/a&gt;. L’existence même de cette organisation indique le besoin d’autonomie pour la cause lesbienne, entre alliances et conflits avec, d’une part, le mouvement aujourd’hui dit LGBT et, d’autre part, le mouvement féministe. Pendant longtemps, très longtemps, il n’y eut pas de mot pour décrire simplement et précisément l’hostilité à l’égard des lesbiennes. Bien sûr, l’usage du terme «homophobie» reste utile pour tout ce qui relève du sort commun des homosexuels. Mais la lesbophobie rappelle que le sexe et le genre créent un clivage, produit d’une longue histoire. Les lesbiennes sont doublement victimes de discriminations: comme femmes et comme lesbiennes&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref7_eckmzra&quot; title=&quot;Voir par exemple Stéphanie Arc (2006).&quot; href=&quot;#footnote7_eckmzra&quot;&gt;7&lt;/a&gt;. Leur histoire s’inscrit pleinement dans tout ce qui a été déjà bien repéré pour l’histoire des femmes en général: inégalité, discriminations, pression hétérosexuelle forte, restriction des libertés, de l’autonomie, etc. L’usage hétérosexuel de l’érotisme lesbien est une spécificité, sans équivalent du côté masculin. Mais le plus frappant est certainement le silence, la discrétion, l’invisibilité qui sont, pour les lesbiennes, des ingrédients de la répression spécifique qu’elles subissent.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ce silence prend fin au début des années 1970. Comme l’indique le titre d’un tract «historique» que distribuent des lesbiennes lors des Journées de dénonciation des crimes contre les femmes qui ont lieu à Paris les 14-15 mai 1972: «Femmes qui refusons les rôles d’épouse et de mère, l’heure est venue, du fond du silence il nous faut parler» (Picq, 2011: 183 ). Et elles prennent effectivement la parole, demandant aux homosexuelles présentes dans la salle de monter à la tribune. Cela suppose d’assumer une différence entre femmes à une époque où le mouvement se voulait encore fusionnel&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref8_66xy9bx&quot; title=&quot;Voir Christine Bard (2004): «Le lesbianisme comme construction politique». Sur ce sujet, une thèse est en cours : Ilana Eloit (LES, Londres).&quot; href=&quot;#footnote8_66xy9bx&quot;&gt;8&lt;/a&gt;. Mais il apparaît nécessaire déjà de déchirer les illusions du «nous les femmes», parfois ressenti comme une forme déguisée et très performante de lesbophobie.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La négation de l’existence lesbienne remonte à fort loin. Dans l’Antiquité, les sources sont plus que minimalistes&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref9_k2mti4w&quot; title=&quot;Voir les travaux de Sandra Boehringer, notamment sa thèse: L’Homosexualité féminine dans l’Antiquité grecque et romaine (2007).&quot; href=&quot;#footnote9_k2mti4w&quot;&gt;9&lt;/a&gt;. Les mots manquent et, quand ils existent, ils sont rarement employés. Le contraste est grand avec la présence culturelle de la pédérastie. L’homosexualité féminine, comportement hors-norme, est pour l’essentiel commentée par des astrologues qui expliquent par l’influence des astres le dérèglement des tribades. Les auteurs latins de l’époque impériale décrivent un spectacle monstrueux et étonnant, coupé de toute réalité.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Cette inexistence se retrouve, on le sait, dans bien des États qui ne répriment que l’homosexualité masculine. Un projet de pénalisation du lesbianisme sera abandonné au Royaume-Uni dans les années 1920 par peur de faire de la publicité indirecte pour cette «déviance». En Allemagne, le paragraphe 175 du Code pénal ne concerne que les hommes. Durci sous le IIIe Reich, il conduit de nombreux homosexuels dans les camps avec un triangle rose&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref10_aajesm5&quot; title=&quot;Voir, entre autres, Régis Schlagdenhaussen(2011).&quot; href=&quot;#footnote10_aajesm5&quot;&gt;10&lt;/a&gt;. La répression du lesbianisme ne prend pas les mêmes formes. L’invisibilité, multiforme, alimentera au sein du mouvement LGBT des tensions sur la reproduction des rapports sociaux de sexe. Comment ne pas éprouver alors le sentiment d’être doublement minorisée dans la minorité: minorité parmi les homosexuels-les, minorité parmi les femmes, groupe majoritaire mais minorisé? Minorité parmi les homosexuels-les, semble-t-il, si l’on se fie aux grandes enquêtes sur les pratiques sexuelles ou si l’on se réfère aux chiffres récents sur le mariage entre personnes de même sexe. Ce déséquilibre est généralement expliqué par la contrainte à l’hétérosexualité, plus forte pour les femmes, qui ont tendance également à rechercher la protection dans la discrétion et l’invisibilité sociales.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La minorité dans la minorité est évidemment exposée à des complexes et peut se laisser, dans son expression militante, entraîner dans une sorte de «concurrence des victimes» (Chaumont: 1997). Les sociétés contemporaines accordent une place plus importante qu’autrefois aux victimes d’une manière générale. Les luttes féministes contre les violences masculines y ont contribué; cette ambiance militante s’éloigne de l’atmosphère libertaire hédoniste et utopiste qui était celle des débuts du Mouvement de libération des femmes (MLF) et du Front homosexuel d’action révolutionnaire (FHAR), juste après Mai 68. La discrimination est devenue une catégorie essentielle de l’action militante concernant le sexe et l’orientation sexuelle. De même que la prévention des «phobies»: n’oublions pas que l’invention lexicale de la lesbophobie correspond à la multiplication des néologismes construits à partir de «phobie».&lt;/p&gt;&lt;p&gt;C’est dans ce contexte qu’il faut situer l’invention du concept de lesbophobie. L’utilisation de ce précieux outil –heuristique– n’exclut pas l’usage du terme dont il est issu: homophobie. Au-delà des différences entre lesbiennes, gais et trans, il existe bien une haine homophobe indistincte et une haine visant spécialement les gais ou spécialement les trans qui a un impact sur la cause des femmes et la cause lesbienne. Que cette indistinction dans le terme homophobie soit en réalité androcentrée ne peut nous surprendre. C’est l’ordre genré du monde et de nos représentations qui en est responsable. Par ailleurs, les gais sont visés par une haine spécifique visant à les punir d’être des hommes qui sortent de la masculinité hégémonique. De ne pas être de vrais hommes. D’avoir des pratiques féminisantes.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il serait aussi regrettable de ne pas mesurer la place prise par la transphobie. Ainsi, la campagne actuelle contre la «théorie du genre» en France ne vise pas principalement les études sur le genre et celles et ceux qui les mènent et les transmettent. Elle concerne la possibilité de changer d’identité de genre. «Voulez-vous que votre fils devienne une fille?», résume un tract distribué en 2013 contre les actions d’éducation non-sexistes. Que cette campagne commence alors que les questions trans sont à l’agenda politique dans de nombreux pays, dont certains viennent de reconnaître le droit à la non-déclaration du sexe, n’est pas un hasard.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;S’il faut bien tenir compte des critiques féministes adressées au terme «homophobie», bien synthétisées par Line Chamberland et Christelle Lebreton, conseillant l’emploi d’«hétérosexisme» (Chamberland, Lebreton, 2012), il paraît toujours nécessaire de nommer la haine visant l’homosexualité en général. De ce sort commun témoigne par exemple le mot «homosexualisme» pour désigner de manière péjorative une manière «homosexuelle» de voir l’humain et le monde qui correspondrait à une «anthropologie» fondée sur la production de soi, l’hédonisme, la «culture de mort».&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une traversée diachronique de la haine à deux têtes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Cette haine procède du fantasme du dominant craignant de voir sa domination menacée. Ce qui est logique, et, en même temps, pendant plusieurs siècles, improbable. De l’antiféminisme il est dit souvent qu’il est une «réaction»&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref11_ma8rdh5&quot; title=&quot;L’introduction d’Anne-Marie Devreux et de Diane Lamoureux aux Cahiers du genre / Recherches féministes sur Les antiféminismes commence par cette phrase: «L’antiféminisme est une réaction» (n° 52, 2012).&quot; href=&quot;#footnote11_ma8rdh5&quot;&gt;11&lt;/a&gt;. Précisons qu’il s’agit d’une réaction par &lt;em&gt;anticipation&lt;/em&gt;. Le féminisme n’existe pas à Athènes quand Aristophane imagine la grève des femmes. Les Amazones ont tout du mythe. Il n’y a aucune guerre des sexes en vue quand les humoristes du XVIe et XVIIe siècles imaginent un monde à l’envers rendu chaotique par la prise du pouvoir des femmes. Il n’y a aucune citoyenne révolutionnaire en pantalon quand Amar, au nom du Comité de salut public, prend le prétexte de ce pantalon imaginaire pour fermer les clubs de femmes en 1793. Il n’y a aucune Vésuvienne en activité dans le Paris révolutionnaire de 1848. L’antiféminisme a précédé le féminisme&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref12_316ywrl&quot; title=&quot;C’est la conclusion que je tire de mes recherches sur l’inversion des rôles, pratiques et symboles sexués, en particulier dans Une histoire politique du pantalon (2010).&quot; href=&quot;#footnote12_316ywrl&quot;&gt;12&lt;/a&gt;. L’imagination précède le réel, d’une façon récurrente et troublante&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref13_tt95lko&quot; title=&quot;Troublante au point que des historiens-nes du féminisme se sont laissés piéger par ces sources de politique-fiction, prises pour argent comptant.&quot; href=&quot;#footnote13_tt95lko&quot;&gt;13&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’insurrection féministe ainsi &lt;em&gt;imaginée&lt;/em&gt; dans la longue durée repose sur des femmes entre elles, défiant l’autorité masculine, se suffisant à elles-mêmes, accédant à une activité dans la sphère publique, ce qui en soi a une connotation virile, les femmes étant plutôt désirées passives dans la sphère privée. Leur homosocialité suggère l’homosexualité. Le ton de ces discours –comédies, articles humoristiques, caricatures, etc.– n’est pas nécessairement violent. Il se veut souvent amusé et amusant.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;On ne peut en dire autant de la veine misogyne qui traverse la culture occidentale depuis des siècles. La lesbienne y tient le rôle de l’hyperfemme, intensifiant tous les travers de son sexe. Le texte lesbophobe le plus ancien, en langue française, conservé à Angers, date du XIIe siècle&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref14_udauekz&quot; title=&quot;Ce manuscrit unique est conservé à la bibliothèque municipale d’Angers: le passage lesbophobe concerne les strophes 244 à 282. Il a été repéré et étudié par Frédérique Le Nan (Université d’Angers), que je remercie pour toutes les informations qu’elle m’a communiquées sur cette trouvaille, qu’elle a présentée à la journée d’étude «Injures sexistes et LGBTphobes» du 14 novembre 2014 à l’Université d’Angers.&quot; href=&quot;#footnote14_udauekz&quot;&gt;14&lt;/a&gt;. &lt;em&gt;Le Livre des manières&lt;/em&gt;, œuvre d’Étienne de Fougères, évêque de Rennes, très proche du pouvoir (Henri II de Plantagenêt), s’attaque aux femmes infidèles qui séduisent les jeunes gens et les serviteurs et s’adonnent à des relations entre femmes. Ce texte, qui rompt le silence à propos des pratiques saphiques, alors que la littérature et la poésie du Moyen Âge n’ignorent pas les sodomites, animalise les femmes, sexe perfide, et appelle à lancer les chiens contre cette «volaille» aux pratiques contre-nature, à leur jeter pierres et bâtons, à les rouer de coups avant de les tuer. Ces appels au meurtre sont banals dans la culture hétérosexiste. Au XIXe siècle, ils sont encore courants. Proudhon l’anarchiste est connu pour la violence misogyne de ses menaces à propos des «femmes insoumises»: un qualificatif qui rassemble à la fois les émancipées et les homosexuelles échappant au contrôle masculin.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Nous avons donc affaire, pendant longtemps, à une créature de fiction que l’on pourrait appeler&lt;em&gt; lesboféministe&lt;/em&gt;. Elle hante l’imaginaire des poètes, des essayistes, des moralistes, des hommes d’Église, des scientifiques, des peintres, des humoristes… Fatale (pour les hommes, pour elle-même), elle est dangereuse, dominatrice, castratrice, écrasante, géante, engloutissante&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref15_xxtaxqr&quot; title=&quot;Sur une éruption spectaculaire dans la littérature dite fin-de-siècle, voir Mireille Dottin-Orsini, 1993.&quot; href=&quot;#footnote15_xxtaxqr&quot;&gt;15&lt;/a&gt; … Hyperféminine, parée, bijoutée, elle séduit avec ses courbes, sa chevelure, armée de tous les sortilèges du féminin.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Fin XIXe siècle, le discours psychiatrique cerne la dangerosité de la lesbienne, hypersexuelle, hyposexuelle, stérile. Hypersexualité: la femme homosexuelle est par nécessité active, tandis que la femme hétérosexuelle se doit d’être passive. Elle est souvent assimilée à la prostituée. La femme homosexuelle est aussi l’inverse: hyposexuelle dans une société qui définit la sexualité par le coït avec pénétration du membre viril, la sexualité entre femmes semble ne pas pouvoir exister. Enfin, elle est stérile, dans une société marquée par des prescriptions religieuses qui considèrent la reproduction comme la seule fin de la sexualité. Or cette stérilité angoisse à partir de la fin du XIXe siècle, quand la peur de la «dénatalité» alimente celle de la dégénérescence. L’essor conjoint du féminisme, de l’émancipation sociale des femmes et de la visibilité homosexuelle, à travers, par exemple, l’explosion de discours sur le 3e sexe, est un phénomène remarqué (Murat, 2006). L’antiféminisme prend appui sur la stigmatisation de l’homosexualité pour dénoncer les féministes. Les féministes de cette époque abordent peu les réalités homosexuelles et affichent généralement une hétérosexualité rassurante pour l’opinion publique. La cause féministe ne sert alors la cause homosexuelle que très indirectement.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Entrons maintenant dans une deuxième phase de l’histoire de la haine à deux têtes: celle qui s’attaque à un féminisme devenu un véritable mouvement avec ses associations, ses journaux, ses militantes et ses militants, ses icônes… À partir du dernier tiers du XIXe siècle, donc. Le féminisme devient un enjeu politique clivant. Pour les uns, c’est un des ingrédients de la modernisation et de la démocratisation. Pour les autres, un danger, une aberration, une folie. Le statut de l’homosexualité change également. Très visible dans la littérature, sur la scène culturelle d’une manière générale. Très visible aussi dans les publications des psychiatres et des sexologues, qui en font une perversion. L’invention du terme «homosexuel» peut dater le début d’un militantisme gai, une cause que défend particulièrement Magnus Hirschfeld, en Allemagne, mais peu relayée en France (Tamagne, 2000). Dans le féminisme français, c’est le silence total sur l’homosexualité féminine. D’où l’intérêt du &lt;em&gt;Deuxième Sexe &lt;/em&gt;de Beauvoir (1949), qui consacre un chapitre entier à la lesbienne, celui qui fera le plus scandale&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref16_2zmsphg&quot; title=&quot;Voir, par exemple, Cinquantenaire du Deuxième sexe (Delphy et Chaperon, 2002).&quot; href=&quot;#footnote16_2zmsphg&quot;&gt;16&lt;/a&gt;. On est aujourd’hui sensible à certains propos lesbophobes de Beauvoir sur l’homosexualité comme refus de l’altérité, enfermement, mutilation, immanence, d’autant plus que les publications posthumes ont montré qu’elle n’avait pas assumé publiquement ses relations homosexuelles. Mais on doit aussi reconnaître que dans ces pages contradictoires, elle affirme aussi que le lesbianisme est un choix de vie légitime, égalitaire, propice à la réalisation de soi-même.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le silence du féminisme français sur l’homosexualité est assourdissant. À peine est-il brisé par la condamnation morale de la garçonne, «type social» de la jeune fille sexuellement affranchie, symptôme d’années «folles» au point de faire l’apologie de l’inversion des genres. Les féministes condamnent cette figure popularisée par le roman de Victor Margueritte, qui provoque un scandale énorme en 1922 (Bard, 1998).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;De leur côté, les antiféministes ne se gênent pas pour procéder à des amalgames et désigner comme féministes toutes sortes de personnalités féminines sulfureuses. Ce commentaire haineux de Théodore Joran sur la poétesse Renée Vivien en 1908 est un exemple parmi d’autres :&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Le féminisme, qui était au début la monomanie de l’égalité, est devenu l’apologie de l’instinct bestial. Il exhale une odeur équivoque de luxure. L’une de nos plus éhontées féministes, une certaine Renée Vivien, ne s’est-elle pas faite, dans un livre de mauvais vers, que les femmes riment dans leurs moments éperdus, la prêtresse moderne des «amours lesbiennes»? Cette Sapho mêle sans cesse à son «lyrisme» des déclarations féministes (Joran, 1908: 27).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le milieu saphique parisien autour de Natalie Clifford Barney a alors peu de liens avec les féministes, qui partagent les convictions lesbophobes de leur temps, quand elles se risquent à se prononcer sur un sujet aussi délicat. En 1923 par exemple, Marguerite Guépet évoque ces «femmes dénaturées et gangrénées par un mauvais milieu qui n’engagent pas toute la féminité» (Bard, 1995: 197). Mais il est vrai que l’expression littéraire et artistique d’un certain nombre de femmes assumant leur homosexualité, à la Belle Époque ou dans les années 1920, porte des messages féministes, en tout cas interprétés comme tels. Femmes sans hommes. Femmes indépendantes. Femmes ne se définissant pas par la maternité. Femmes actives dans le désir et le plaisir. Femmes défiant la morale et l’ordre établis. Ce type de femmes pourrait effectivement personnifier le féminisme, alors même que ce dernier ne se reconnaît pas en elles et qu’elles ne se reconnaissent pas en lui. Avant Mai 68, l’homosexualité mondaine se situe plutôt à droite. On peut accepter son homosexualité et l’assumer publiquement sans pour autant vouloir changer l’ordre social. L’identification au modèle viril le plus viriloïde explique en partie l’engagement nazi de la lesbienne la plus populaire de l’entre-deux-guerres en France, la sportive Violette Morris. À l’inverse, l’artiste surréaliste Claude Cahun, pionnière de l’autoportrait transgenre, s’engage dans l’antifascisme, puis dans la résistance.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Nous entrons dans une troisième phase après Mai 68, avec, côte à côte, un mouvement féministe radical, le MLF, né en 1970, et un mouvement de libération homosexuel, le FHAR –Front homosexuel d’action révolutionnaire– constitué en 1971. Et à l’interface: des lesbiennes. Alors que des militantes vendent le «menstruel» féministe &lt;em&gt;Le Torchon brûle&lt;/em&gt;, un passant s’exclame «Tiens, les gouines rouges!»&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref17_b1sujqo&quot; title=&quot;Entretien de l’auteure avec Christine Delphy, 1er février 2001.&quot; href=&quot;#footnote17_b1sujqo&quot;&gt;17&lt;/a&gt;. C’est cette remarque ironique qui inspire le nom du premier groupe féministe et lesbien, créé en France en 1971: les Gouines rouges.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le fantasme antiféministe lesbophobe trouve désormais un point d’appui dans la réalité avec l’existence d’un féminisme radical et d’une visibilité lesbienne militante (Bard, 2004). Entre les femmes et les homosexuels-les des deux sexes, la proximité est grande: synchronie des luttes, répertoire d’action proche (importance de l’humour et du retournement du stigmate), liberté de disposer de son corps et de choisir sa sexualité.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’intensité de la mobilisation accroît-elle l’opposition? Selon Didier Eribon, «la répression de l’homosexualité a historiquement nourri la détermination de l’exprimer» (Eribon, 1999: 19) et, ajoute Louis-Georges Tin, «à son tour, la détermination de l’exprimer a historiquement renforcé le désir de réprimer l’homosexualité» (Tin, 2000: 9). L’hostilité à deux têtes s’exprime de manière diffuse. Des groupes spécialisés se créent, en s’adaptant à l’agenda politique. 1971: c’est la création de l’association française anti-avortement &lt;em&gt;Laissez-les-vivre&lt;/em&gt;, présidé par le professeur Jérôme Lejeune. En 1979, pour la confirmation de la loi Veil, en 1982, pour le remboursement de l’interruption volontaire de grossesse (IVG), des manifestations rassemblent 40 à 50 000 personnes. En 1987, le mouvement pro-vie est relancé avec des commandos contre les cliniques où sont pratiquées les IVG, jusqu’à la création du délit d’entrave à IVG en 1993. Nous sommes alors en plein &lt;em&gt;backlash&lt;/em&gt; et l’antiféminisme sort à découvert. Le mouvement lesbien, lui, s’autonomise.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Au tournant des années 2000, une troisième vague féministe se forme. Elle dénonce d’emblée l’hétérosexisme et s’approprie la pensée queer, les revendications des lesbiennes, gays, bisexuels-les et trans (LGBT), le concept de genre. C’est autour de deux enjeux d’égalité que se cristallise l’homophobie dans les années suivantes: le débat sur le pacte civil de solidarité (PACS), adopté en 1999, puis le mariage pour tous, adopté en 2013. Distinguer dans ces débats la gaiphobie de la lesbophobie paraît difficile, mais, chose certaine, on retrouve l’habituelle survisibilité masculine. L’antiféminisme y est bien présent, par exemple sous la forme d’un groupe appelé les Antigones, qui s’oppose aux Femen, guerrières féministes qui viennent perturber les défilés de la Manif pour tous. Des Hommen singent les Femen, torses nus mais visages masqués dans les manifestations. Enfin, les «pères perchés», «papas grimpeurs», «pères en colère» –des divorcés réclamant la garde de leurs enfants, se postant en haut de grues ou sur le toit de bâtiments– introduisent en France un discours masculiniste jusque-là peu présent. Simultanément à l’opposition au mariage des homosexuels-les apparaît une campagne très forte contre la «théorie du genre» qui cumule l’antiféminisme, l’homophobie, la transphobie et l’opposition au gouvernement socialiste&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref18_w35g652&quot; title=&quot;Voir par exemple, Laure Bereni et Mathieu Trachman (2014).&quot; href=&quot;#footnote18_w35g652&quot;&gt;18&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Aujourd’hui, le discours antiféministe-lesbophobe, comme à l’époque de la première vague féministe, s’appuie sur les forces réactionnaires traditionnellement à droite, à l’extrême droite, dans l’Église catholique. Ses références intellectuelles ne sont pas spécialement en position de force institutionnelle, à l’exception du juriste spécialiste de la filiation Pierre Legendre. Mais est-ce un problème pour ceux qui placent l’université et la recherche en sciences humaines et sociales dans le système à combattre? Et puis dans le monde étudiant intervient l’Union Nationale Inter-universitaire (UNI). Un observatoire de la théorie du genre demande l’exclusion de l’université des enseignants-es et chercheurs-es spécialistes du genre. Parmi les opposants au mariage pour tous et à la théorie du genre, les jeunes sont nombreux. L&#039;hebdomadaire &lt;em&gt;Le Nouvel Observateur&lt;/em&gt; fait sa couverture le 13 février 2014 avec le titre «Génération réac». Or on remarque la perte d’influence chez les jeunes des références intellectuelles de leurs aînés. De plus, dans la famille conservatrice, les capitaux intellectuels du domaine des «sciences humaines et sociales» ne sont pas valorisés. Internet et la télévision sont des caisses de résonnance «modernes» pour des idées qui, elles, n’ont rien de nouveau.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une rhétorique inoxydable&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La rhétorique de la haine bicéphale défie le temps qui passe, même si, à la marge, elle est renforcée par des arguments exogènes à la pensée traditionaliste réactionnaire. On distinguera ici la critique du mouvement, de ses protagonistes, de ses méthodes d’une part, et la critique de sa pensée et de ses objectifs d’autre part. On s’appuiera principalement sur trois personnalités ayant une grande audience médiatique, mais représentant des sensibilités différentes: Alain Soral, Eric Zemmour et Michel Schneider. Le premier, ex-communiste, antisémite, se définit aujourd’hui comme national-socialiste. Il a publié en 1999 V&lt;em&gt;ers la féminisation? Démontage d’un complot antidémocratique&lt;/em&gt;, réédité en 2007 avec un autre sous-titre: &lt;em&gt;Pour comprendre l’arrivée des femmes au pouvoir&lt;/em&gt;. Le second, journaliste, réactionnaire, déplore, d’essai en essai, le déclin d’une France en perte d’identité livrée aux femmes, aux homosexuels-les et aux immigrés-es. Il a publié en 2006 &lt;em&gt;Le Premier sexe&lt;/em&gt;. Le troisième, ancien haut fonctionnaire, écrivain et psychanalyste, fustige la «confusion des sexes», titre d’un de ses ouvrages, paru en 2007.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La disqualification de la cause passe depuis longtemps par celle des moyens militants qu’elle se donne, ou plutôt qu’on lui prête: la méconnaissance est grande et l’imagination s’emporte souvent. À l’époque de la première vague, en l’absence de militantisme homosexuel, l’importance du féminisme est soit minorée, soit exagérée. Le féminisme prétend être représentatif des femmes mais ne l’est pas: il compte peu de militantes. Les hommes qui rejoignent le mouvement dans les groupes mixtes, voire masculins, comme la Ligue des électeurs pour le vote des femmes, sont encore moins représentatifs. La pathologisation du féminisme impacte l’image de ses protagonistes. Madeleine Pelletier, déjà évoquée, mériterait, selon Théodore Joran, d’être internée en prison ou dans un asile où elle pourrait «tout à son aise caresser son rêve de chiennerie universelle» (Joran, 1908)&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref19_afqy3by&quot; title=&quot;Cité par Christine Bard (1992: 7).&quot; href=&quot;#footnote19_afqy3by&quot;&gt;19&lt;/a&gt;. L’écart à la norme est folie, danger dont il faut protéger la société. La lesbophobie, fin XIXe siècle, était déjà une manière de dépeindre un féminisme immoral et décadent.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Plus que d’autres mouvements, le mouvement féministe est stigmatisé à travers l’image donnée de ses militantes qui, laides et desséchées, découragent l’amour (hétérosexuel). À cette force souvent jugée dérisoire –des troupes maigres, concentrées dans les beaux quartiers de Paris– on prête en même temps une influence extraordinaire. Une toute puissance louche qui suppose des accointances avec d’autres forces elles aussi suspectes: les francs-maçons, les juifs, les protestants, etc. Ces éléments déjà posés au XIXe siècle survivent jusqu’à nos jours. Véhiculés par l’extrême droite et le clergé catholique pendant des décennies, ils ont marqué la conscience collective et ont eu leur heure de gloire avec le maréchal Pétain pendant la période de la Collaboration. L’emploi par le Vatican du terme «lobby», largement repris aujourd’hui, parfois «innocemment», représente une victoire lexicale et symbolique pour les opposants à l’égalité des droits. L’évocation d’un lobby féministe, gai et lesbien ne peut que renvoyer dans l’imaginaire à des mythes entretenus par l’extrême droite sur les forces occultes qui mènent le monde, derrière les apparences de la vie démocratique. Le lobby est par nature illégitime. C’est une désignation illégitimante.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Pour Alain Soral, il y a même une mise en abyme du complot puisque, selon lui, le féminisme associé à ses alliés LGBT est manipulé; il est le jouet de l’oligarchie. Sa thèse est celle d’un «démontage d’un complot antidémocratique»: ici la misogynie s’invite. La femme étant par définition «l’être du désintérêt politique (littéralement un homme sans vision collective d’avenir», l’oligarchie a choisi d’en faire le relais privilégié de son pouvoir. D’où la parité: la féminisation du pouvoir traduit selon Soralle recul de la démocratie.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’autre mot-clé du lexique de la dénonciation est «communautarisme», qu’il faut comprendre dans le contexte républicain français où l’universalisme est la référence politique dominante, l’expression de «communautés» n’y ayant en principe pas sa place. L’épouvantail communautariste jouant sur des réflexes toujours vifs d’anglophobie et d’américanophobie est présent à gauche comme à droite, ce qui en fait une invective un peu floue mais efficace, dans le sens où elle a un goût d’évidence. Le communautarisme consiste à préférer le même, voire à construire toutes ses relations sociales avec le même: il donne une forme idéale à une cause elle-même considérée comme un refus de l’altérité (de l’altérité de genre pour les féministes et pour les homosexuels-les; haine des hommes, androphobie des&amp;nbsp;féministes).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Mais un problème sociologique surgit: «les femmes», ou «les homosexuels-les», est-ce des «communautés»? On sent bien qu’il faut dire oui pour que l’accusation tienne même si le bon sens se rebelle. La moitié de l’humanité peut-elle faire communauté? Non, alors, on y revient, le féminisme est réduit à l’expression d’une fraction socioculturelle moderniste, atypique, privilégiée.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le féminisme et le militantisme homosexuel seraient sans objet car ni les femmes, ni les homosexuels-les ne formeraient de groupes sociaux partageant une condition commune. Seules les femmes «immatures» peuvent croire à l’existence d’une condition féminine, ou les «gays» (homosexuels du secteur tertiaire) car, explique Alain Soral, «se faire enculer n’[est] pas une activité productive mais une activité de loisir» (Soral, 1999: 65). Cette variante de la pensée antiféministe-homophobe s’inspire de Michel Clousclard, auteur marxiste qui eut une petite influence dans les années de formation d’Alain Soral (soit les années 1980).&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les gais forment selon lui une sorte de classe de profiteurs inutiles: les classant en socio-styles&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref20_psgghsz&quot; title=&quot;Il est important pour saisir ce mode de pensée de savoir que Soral est un des co-auteurs d’un livre à succès dans les années 1980, Les Mouvements de mode expliqués aux parents.&quot; href=&quot;#footnote20_psgghsz&quot;&gt;20&lt;/a&gt;, il distingue le «pédé littéraire» qui encule «le petit Arabe en toute décomplexion», le «pédé commerçant (genre antiquaire)» qui encule «le petit Arabe pauvre contre dirhams», le «pédé intello-gauchiste (depuis mai 68), style fac de Vincennes», qui encule «le petit Arabe mais ici, grâce à l’immigration des Trente glorieuses, au nom cette fois du désir révolutionnaire» (Soral, 1999: 177). Alain Soral prolonge cette liste pour démontrer que la diversité de la galaxie homosexuelle est telle que parler d’un «parti des homosexuels» est une imposture. Le mouvement LGBT ne peut être le porte-parole d’une communauté qui n’existe pas.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il faut sans doute aussi faire une place au mot «prosélytisme», souvent associé aux actions contre les discriminations menées dans les écoles&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref21_x17zqoj&quot; title=&quot;Signe des temps, à la suite de poursuites engagées par la Confédération nationale des associations familiales catholiques, SOS homophobie a perdu le 23 novembre 2012 l’agrément que lui avait donné le ministère de l’Éducation nationale en 2009 et qui en faisait une «association éducative complémentaire de l&#039;enseignement public».&quot; href=&quot;#footnote21_x17zqoj&quot;&gt;21&lt;/a&gt;, réfléchir à l’imaginaire du mot, qui évoque le dynamisme des sectes et révèle une croyance largement répandue dans le monde homophobe selon laquelle un prosélytisme réussi pourrait rendre homosexuel un enfant ou un adolescent. Selon ce fantasme, il serait donc possible de «rendre homosexuel», comme on «rend» une fille «virile» lorsqu’on l’incite, sous l’influence du féminisme, à faire du sport ou à s’orienter vers des métiers «masculins».&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le prosélytisme est la face douce et persuasive du militantisme tant décrié. Son autre visage est celui de la «guerre des sexes» entretenue dans les médias par des choix de vocabulaires ou d’images qui ne reflètent pas l’ensemble de la cause. Les Femen ont joué sur ce registre, avec un grand succès médiatique. Il va de soi que dans le répertoire d’action, dans les rues, l’humour, la nudité, la sexualité ou l’érotisme –des gogo danseurs en string sur les chars des marches de la fierté LGBT aux &lt;em&gt;kiss-in&lt;/em&gt;– relient féminisme et homosexualité dans la même réprobation.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;73255&quot; view_mode=&quot;embed_large&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;p&gt;Résumons-nous avec une citation d’Éric Zemmour reprenant plusieurs éléments:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Les mêmes mots, les mêmes rejets, les mêmes engouements se retrouvent ainsi chez les militants homosexuels et féministes, au point que l’on peut parler d’alliance objective. Les rares hommes politiques qui assument ou revendiquent leur homosexualité sont aussi les féministes les plus ostentatoires. Il y a une rencontre sociologique, au cœur des grandes villes, entre homosexuels, militants ou pas, et femmes modernes, pour la plupart célibataires ou divorcées. Le cœur de cible de ce fameux électorat bobo. Même revenus, mêmes modes de vie, même idéologie «moderniste», «tolérante», multiculturelle. […] L’alliance n’est pas le fruit du hasard. Le féminisme est une machine à fabriquer du même. Or le désir, lui, repose sur l’attraction des différences. En réduisant les potentialités de désir entre femmes et hommes, le féminisme faisait un bon travail pour les homosexuels, il éloignait les hommes des femmes, il étendait le champ d’action des homosexuels. Les féministes s’y retrouvaient aussi car elles ont toujours considéré, en le disant ou sans oser le dire, la pénétration comme une conquête, une invasion, un viol, même lorsqu’elle est consentie. Ce qui n’est d’ailleurs pas faux. […] Au fil du temps, les femmes sont devenues les otages des homosexuels. Elles ont lié leur sort à celui de leurs ennemis (Zemmour, 2006: 25).&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La rhétorique «anti» se déploie au nom de la morale, au nom de l’ordre divin, au nom de l’ordre social, au nom de l’ordre de la nature, au nom de l’ordre juridique, au nom de l’ordre symbolique, etc. &amp;nbsp;Bref, au nom de l’ordre. Féminisme et luttes LGBT créent le désordre dans un monde pourtant parfaitement conçu selon l’harmonieuse complémentarité des sexes. La force de cette rhétorique est de jouer sur des évidences: il y a deux sexes, faits l’un pour l’autre. Un militant de Civitas lors d’une réunion publique s’exclame par exemple qu’un pénis est fait pour rentrer dans un vagin&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref22_27zmyss&quot; title=&quot;Entendu dans une émission de France Culture, le 7 novembre 2012 : http://www.franceculture.fr/emission-les-pieds-sur-terre-civitas-2012-11-07. Consulté le 19 avril 2016. Civitas est une association catholique intégriste.&quot; href=&quot;#footnote22_27zmyss&quot;&gt;22&lt;/a&gt;. Le retour au biologique n’épargne pas certains psychanalystes, tel Michel Schneider:&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Il y a, dans la position d&#039;avoir des enfants sans avoir à rentrer en rapport avec le sexe masculin, une peur, une haine, une crainte, une phobie du membre viril, qui fait qu’on essaye d&#039;avoir le produit de l’accouplement sans avoir à passer par l’acte d’accouplement. Là, il y a quand même un fantasme, on a envie de dire «Mesdames, si vous voulez avoir des enfants, il y a un moyen très simple, très économique, qui ne coûte rien à personne, c’est le rapport sexuel avec un homme en chair et en os». Pourquoi avoir besoin de PMA? Pourquoi vouloir être mère quand on a choisi un mode de sexualité qui l’interdit? (Schneider, 2013)&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’opposition au mariage homosexuel conduit à la dénonciation de la «théorie du genre», car c’est aussi dans le domaine intellectuel que les luttes se sont jouées, comme le voit bien Éric Zemmour:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Tout le travail idéologique des féministes et des militants homosexuels a consisté à «dénaturaliser» la différence des sexes, à montrer le caractère exclusivement culturel, et donc artificiel, des attributs traditionnellement virils et féminins. La déconstruction sexuelle a sapé toutes les certitudes des uns et des autres. C’était le but recherché. (Zemmour, 2006: 26)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le «on ne naît pas femme, on le devient» de Simone de Beauvoir, largement admis il y a encore quelques années, ne va désormais plus de soi. Pour Michel Schneider,&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;L’État, qui donne au symbolique sa force de contrainte et de repère pour la société –et non l’inverse– ne doit pas autoriser le mariage et la filiation entre deux personnes de même sexe. Si la sexualité humaine n’est pas simplement «naturelle», elle n’est pas non plus tout entière culturelle, affranchie des lois de la reproduction. (Schneider, 2004)&amp;nbsp;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le noyau dur de la rhétorique «anti» se réfère à la tradition. Le retour en force du religieux et spécialement de l’Église catholique est aujourd’hui patent. Le cadrage est donné par le Vatican&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref23_tnkts3h&quot; title=&quot;Voir la thèse en cours de Sara Garbagnoli (EHESS, Paris): Questo matrimonio non s&#039;ha da fare : le “mariage homosexuel” en Italie (2000-2010): débats, enjeux, dispositions.&quot; href=&quot;#footnote23_tnkts3h&quot;&gt;23&lt;/a&gt;. Déjà en 2004, le cardinal Ratzinger condamnait le féminisme, vu comme une tentative de la femme de s’ériger en rival de l’homme, ce qui aboutit à la guerre des sexes et à la confusion des identités et des rôles. Il s’alarmait de l’anthropologie du genre et de la mise sur le même plan de l’homosexualité et de l’hétérosexualité, créant « un modèle nouveau de sexualité polymorphe ». Cette perspective émancipée des prédéterminations de la nature humaine amènerait l’individu à s’autodéterminer. Voilà ce qui menace l’Église elle-même à travers la mise en cause de la masculinité du fils de Dieu, de la culture patriarcale de l’Eglise, du sacerdoce ministériel réservé aux hommes&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref24_k472lc8&quot; title=&quot;Lettre aux évêques de l’Église catholique sur la collaboration de l’homme et de la femme dans l’Église et dans le monde, 31 mai 2004 (http://www.vatican.va).&quot; href=&quot;#footnote24_k472lc8&quot;&gt;24&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Notons que la «tradition» n’est pas seulement défendue par des traditionalistes. S’y réfèrent des conservateurs de toutes les cultures religieuses issues du monothéisme. Éric Zemmour en fait par exemple un bon résumé:&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;La tradition judéo-chrétienne repose sur cette distinction essentielle, hommes et femmes séparés dans les fonctions et les rôles, séparés dans les lieux de culte (jusqu’à aujourd’hui dans les synagogues). Cette distinction s’inscrit d’ailleurs dans un cadre plus général, distinction entre sacré et profane, pur et impur, privé et public, lait et viande (les juifs n’ont pas le droit de cuire la viande avec du lait), indigène et étranger. C’est une conception du monde qui repose sur la distinction, dans tous les sens du terme. Une conception du monde que la conception moderne des genres vient délibérément subvertir. Toutes les frontières sont ainsi abolies, tout vaut tout, plus de sacré et de profane, plus de privé et de public, plus d’indigène et d’étranger, de pur et d’impur. Plus d’homme ni de femme. C’est une société du désordre qui a supplanté une société de l’ordre. (Zemmour, 2006: 27)&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’indistinction conduit au désordre. Au désordre de l’ordre du genre, menacé, déstabilisé, voire pour certains déjà complètement écroulé ou inversé. Notons que cette hantise est aussi vieille que le féminisme. Au sens premier, le féminisme est d’ailleurs une pathologie, celle «d&#039;un individu mâle présentant certains caractères secondaires du sexe féminin». Très révélateur, tant les féministes seront décrites comme des femmes masculinisées. Lorsqu’Alexandre Dumas fils emploie ce mot pour la première fois dans son sens moderne, en 1872, dans son pamphlet, &lt;em&gt;L&#039;Homme-femme&lt;/em&gt;, dans un passage destiné à montrer que l’égalité contredit la répartition des rôles voulue par la nature. En cela, le féminisme est une pathologie sociale, dangereuse pour les deux sexes:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Les féministes, passez-moi ce néologisme, disent, à très bonnes intentions d’ailleurs: tout le mal vient de ce qu’on ne veut pas reconnaître que la femme est l’égale de l’homme et qu’il faut lui donner la même éducation et les mêmes droits qu’à l’homme; l’homme abuse de sa force, etc., etc. Vous savez le reste. Nous nous permettrons de répondre aux féministes que ce qu’ils disent là n’a aucun sens. La femme n’est pas une valeur égale, supérieure ou inférieure à l’homme, elle est une valeur d’un autre genre, comme elle est un être d’une autre forme et d’une autre fonction. (Dumas, 1872: 91)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le discours «anti» emprunte parfois la voie paternaliste, pour «protéger» les femmes et les homosexuels d’eux-mêmes. Pour Alain Soral, par exemple, la nocivité du féminisme est prouvée par les difficultés des femmes salariées-consommatrices, doublement dominées par un mari et un patron. Au foyer –référence à l’âge d’or– les femmes étaient bien plus heureuses. Ce discours passe encore mieux quand des femmes et des homosexuels-les se chargent de combattre les droits dont ils et elles pourraient bénéficier. Les exemples sont nombreux.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;À quoi les progrès de l’égalité et de la tolérance aboutissent-ils? Au «troisième sexe», à la virilisation des femmes, à la dévirilisation des hommes, à la disparition programmée du désir hétérosexuel. Citons à nouveau le psychanalyste Michel Schneider:&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;L’alliance des homosexuels et des féministes tente d’imposer un modèle de relations entre les sexes où le désir d’un homme pour une femme serait une exception statistique rare, une survivance historique regrettable et le signe d’une déviance à la fois pathologique et pénale qui n’a comme circonstance atténuante que l’amour que se portent les deux partenaires. Le partage masculin entre amour et désir est battu en brèche par la conception féminine d’une sexualité qui ne doit jamais s’exercer en dehors de l’amour. L’homosexualité devient la référence de l’amour et l’amour la justification de l’homosexualité. (Schneider, &amp;nbsp;2007: 108)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le résultat? C’est la débandade qu’exprime par exemple le dessinateur Frédéric Pajak dans son roman, &lt;em&gt;La guerre sexuelle&lt;/em&gt;, paru en 2004. C’est le désarroi, dit-on, face à des féministes qui, à l’instar des lesbiennes, n’aiment-pas-les-hommes et s’en passent sans regrets&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref25_tuxhlt7&quot; title=&quot;Voir Colette Pipon (2013)&quot; href=&quot;#footnote25_tuxhlt7&quot;&gt;25&lt;/a&gt;. Il faut souligner l’extraordinaire récurrence du topo sur la dévirilisation (de l’homme blanc). À l’époque du suffragisme, les opposants au vote des femmes n’hésitaient pas à affirmer que «la femme» devenue électrice aimerait moins son mari (de Callias, 1926: 20) et que l’égalité des droits civiques ferait exploser les couples qui se déchireraient à propos de la politique. Et prenant des formes bien plus graves encore que l’obstruction face aux droits politiques des femmes, la hantise de la dévirilisation a profondément inspiré le virilisme nazi.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;À propos des enjeux d’aujourd’hui, autour du mariage, de la filiation, de la procréation médicalement assistée (PMA), de la gestation pour autrui (GPA), de la prostitution, du viol et du harcèlement sexuel, on peut aussi entendre un brouillage idéologique venu d’anticonformistes de gauche: les positions de Marcela Lacub, par exemple, correspondent à un goût de l’incorrection politique assez fort en ce moment (que l’on constate dans le succès populaire de l’humoriste antisémite Dieudonné). Michel Schneider peut se retrouver dans cette famille qui pense se dresser contre la bien-pensance de «Big Mother»&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref26_39gs577&quot; title=&quot;Un pouvoir féminin qui s’est un temps présenté sous les traits de Ségolène Royal, candidate socialiste à l’élection présidentielle de 2007.&quot; href=&quot;#footnote26_39gs577&quot;&gt;26&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les propos que nous venons de citer sont hétérogènes politiquement mais ils ont en commun une vision négative de la modernité et une perception pessimiste de l’avenir. Décadence, dégénérescence, déclin sont des mots-clés de ces discours. Ils activent des peurs qui dépassent les enjeux déjà décrits à propos de l’égalité des sexes et des sexualités. À l’époque de la première vague, sous l’influence d’une pensée d’extrême droite que diffusaient l’Action française et de vastes associations féminines réactionnaires, l’antiféminisme était déjà associé au nationalisme, à la xénophobie, à l’antisémitisme. L’angoisse provoquée par la baisse de la natalité, baisse qui pouvait sans preuve être imputée au féminisme et à la «mode» de l’inversion sexuelle, occupait beaucoup de place et renvoyait à la crainte de l’immigration et du métissage des races, ainsi qu’au déclin national et à la fragilisation du pays en cas de conflit armé. Les antiféministes les plus délirants redoutaient, surtout après l’hécatombe de la Première Guerre mondiale, l’extinction de ce qu’ils appelaient alors «la race».&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il y a entre le sexisme et le racisme des liens organiques qui trouvent leur écho dans l’opposition conjointe à toute égalité. L’idéologie nazie, qui doit rester au cœur de nos réflexions&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref27_sooc41x&quot; title=&quot;Voir, par exemple, Rita Thalmann (1982).&quot; href=&quot;#footnote27_sooc41x&quot;&gt;27&lt;/a&gt;, a repris à son compte un antisémitisme qui faisait des juifs les inventeurs et propagateurs du féminisme et de la libération sexuelle. La réalité de la contribution juive à ces combats n’est pas passée inaperçue. On pense, pour la France, par exemple, au socialiste Léon Blum, objet d’une haine féroce qui passe par son homosexualisation dans les caricatures et par le rappel du contenu subversif de son essai&lt;em&gt; Du mariage&lt;/em&gt; (1907). On pourrait aussi citer l’antisémitisme visant Simone Veil, survivante d’Auschwitz et accusée de génocide des enfants à naître lorsqu’elle défendait en tant que ministre de la Santé son projet légalisant l’interruption volontaire de grossesse (1974-1975).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;On le constate en 2013, au plus fort de l’opposition au mariage pour tous : l’expression d’une forme de haine (l’homophobie) encourage l’expression d’autres haines, bénéficiant de l’ouverture d’un espace d’expression décomplexé. L’exemple le plus éloquent concerne la garde des sceaux Christiane Taubira, qui a porté le projet de loi sur le mariage pour tous. La haine prend la forme d’un racisme de peau: «la guenon mange ta banane» crie une jeune fille brandissant une peau de banane lorsque la ministre vient à Angers le 25 octobre 2013, où elle est accueillie par la Manif pour tous. Au même moment, une candidate du Front national aux élections municipales diffuse le montage de deux photos: celle de Christiane Taubira et celle d’une guenon. Najat Vallaud-Belkacem, devenue ministre de l’Éducation nationale en 2014 après avoir été ministre des Droits des femmes, est aussi victime d’attaques violentes dans les médias reliant ses positions «pro-genre» (à travers le dispositif d’éducation antisexiste: les ABCD de l’égalité) et son identité de jeune femme musulmane d’origine marocaine.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La xénophobie imprègne le discours anti, dessinant une géographie des pays amis et ennemis. Le féminisme, pour les antiféministes, c’est toujours l’ailleurs. Et il en va de même pour l’homosexualité, vice des autres (pour les Français, le vice des Allemands, des Anglais). Pour les homophobes d’Afrique ou du Moyen Orient, le vice occidental. Enfin, du point de vue politique, les idées antiféministes et homophobes conduisent à des positionnements internationaux: pro-allemands pour les Français acquis à ces idées dans les années 1930 et 1940, aujourd’hui pro-russes, anti-américains et anti-israéliens par un antisémitisme qui ne faiblit pas, bien au contraire.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Pour les adversaires de l’égalité, il ne fait aucun doute qu’il y a un seul et même combat à mener contre le féminisme et les luttes LGBT. Avoir un ennemi commun est souvent une raison suffisante pour se sentir proches et faire alliance. Pourtant l’alliance ne va jamais de soi. Les sources de division ne manquent pas; aussi paraît-il important, comme le soulignait sans cesse Audre Lorde, de reconnaître les différences qui existent au sein des vastes ensembles que les luttes politiques désignent comme «femmes» ou «LGBT»&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref28_lr6xl2n&quot; title=&quot; Dans un texte de 1980, «Âge, race, classe sociale et sexe: les femmes repensent la notion de différence», Lorde explique: «Nous devons dès à présent accepter les différences entre les femmes –qui sont nos égales, ni inférieures ni supérieures– et imaginer de nouvelles façons de nous emparer de ces différences afin d’enrichir nos visions du futur et nos luttes communes». (Lorde, 2003: 135).&quot; href=&quot;#footnote28_lr6xl2n&quot;&gt;28&lt;/a&gt;. Prendre au sérieux l’invective «toutes des lesbiennes !» sans se précipiter pour le nier, c’est en tout cas mettre au jour un discours de haine qui, loin de viser seulement les lesbiennes, s’adresse à l’ensemble des femmes, le plus souvent en activant d’autres haines.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 200px;&quot;&gt;Le 12 novembre 2014 à Angers, en France, où les deux meilleures ventes du moment dans la catégorie Essais/documents sont &lt;em&gt;Le suicide français&lt;/em&gt;, d’Éric Zemmour, et &lt;em&gt;Merci pour ce moment&lt;/em&gt;, de Valérie Trierweiler (L’Obs, 6/11/2014).&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 200px;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Références&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;ARC, Stéphanie. 2006. &lt;em&gt;Les lesbiennes&lt;/em&gt;, Paris: Le Cavalier bleu, coll. «Idées reçues».&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BARD, Christine. 2015. &lt;em&gt;Une histoire politique du pantalon&lt;/em&gt;, Paris: Points-Seuil.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;________. 2004. «Le lesbianisme comme construction politique», dans &lt;em&gt;Le siècle des féminismes&lt;/em&gt;, sous la dir. de Eliane GUBIN, Catherine JACQUES, Florence ROCHEFORT, Brigitte STUDER, Françoise THÉBAUD et Michelle ZANCARINI-FOURNEL, Paris: L’Atelier, p. 111-126.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;________. 1998. &lt;em&gt;Les garçonnes. Mythes et fantasmes des Années folles&lt;/em&gt;, Paris: Flammarion.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;________. 1995. &lt;em&gt;Les filles de Marianne. Histoire des féminismes 1914-1940&lt;/em&gt;, Paris: Fayard.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;________. 1992. &lt;em&gt;Madeleine Pelletier (1874-1939). Logique et infortunes d&#039;un combat pour l&#039;égalité&lt;/em&gt;, Paris: Côté-femmes.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BEAUVOIR, Simone de. 1986 [1949]. &lt;em&gt;Le Deuxième Sexe&lt;/em&gt;, Paris: Gallimard, coll. «Folio essais».&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BERENI, Laure et Mathieu TRACHMAN. 2014. &lt;em&gt;Le genre, théories et controverses&lt;/em&gt;, Paris: PUF.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BERNHEIM, Cathy. 1983. &lt;em&gt;Perturbation, ma sœur&lt;/em&gt;, Paris: Seuil.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BLAIS, Mélissa et Francis DUPUIS-DÉRI. 2008. &lt;em&gt;Les mouvements masculinistes au Québec&lt;/em&gt;, Montréal: Remue-ménage.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BOEHRINGER, Sandra. 2007. &lt;em&gt;L’homosexualité féminine dans l’Antiquité grecque et romaine&lt;/em&gt;, Paris: Les Belles Lettres.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;CHAMBERLAND, Line et Christelle LEBRETON. 2012. «Réflexions autour de la notion d’homophobie : succès politique, malaises conceptuels et application empirique», &lt;em&gt;Nouvelles Questions Féministes&lt;/em&gt;, vol. 31, n° 1, p. 27-43.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;CHAUMONT, Jean-Michel. 1997. &lt;em&gt;La &amp;nbsp;concurrence des victimes: génocide, identité, reconnaissance&lt;/em&gt;, Paris: La Découverte. &amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;DE CALLIAS, Suzanne. 1926. &amp;nbsp;&lt;em&gt;Florilège de l’antiféminisme&lt;/em&gt;, Paris: Librairie féministe et féminine.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;DELPHY, Christine et Sylvie CHAPERON (dir.), 2002. &lt;em&gt;Cinquantenaire du &lt;/em&gt;Deuxième Sexe, Paris: Syllepse.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;DOTTIN-ORSINI, Mireille. 1993. &lt;em&gt;Cette femme qu’ils disent fatale. Textes et images de la misogynie fin-de-siècle&lt;/em&gt;, Paris: Grasset.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;DUMAS (fils), Alexandre. 1872. &lt;em&gt;L’homme-femme. Réponse à Henri d’Ideville&lt;/em&gt;, Paris: Michel Lévy frères, Librairie nouvelle.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;ERIBON, Didier. 1999. &lt;em&gt;Réflexions sur la question gay&lt;/em&gt;, Paris: Fayard.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;GÉRARD, Raymonde. 2003. «Lesbophobie», dans &lt;em&gt;Dictionnaire de l’homophobie&lt;/em&gt;, sous la dir. de Louis-Georges Tin, Paris: PUF.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;JORAN, Théodore. 1908. &amp;nbsp;&lt;em&gt;Au cœur du féminisme&lt;/em&gt;, Paris: Savaète.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;LORDE, Audre. 2003 [1984]. &lt;em&gt;Sister Outsider. Essais et propos d&#039;Audre Lorde : sur la poésie, l&#039;érotisme, le racisme, le sexisme…&lt;/em&gt;, trad. de l’anglais par Magali C. Calise ainsi que Grazia Gonik, Marième Hélie-Lucas et Hélène Pour, Genève: Mamamélis et Laval : Trois.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;MURAT, Laure. 2006. &lt;em&gt;La Loi du genre. Une histoire culturelle du «troisième sexe»&lt;/em&gt;, Paris: Fayard. &amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;PAJAK, Frédéric. 2004. &lt;em&gt;La guerre sexuelle&lt;/em&gt;, Paris: Gallimard, coll. «Blanche».&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;PICQ, Françoise. 2011. &lt;em&gt;Libération des femmes. Quarante ans de mouvement&lt;/em&gt;, Brest: Dialogues. &amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;PIPON, Colette. 2013. &lt;em&gt;Et on tuera tous les affreux. Le féminisme au risque de la misandrie (1970-1980)&lt;/em&gt;, Rennes: PUR. &amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;SCHLAGDENHAUSSEN, Régis. 2011. &lt;em&gt;Triangle rose. La persécution des homosexuels et sa mémoire&lt;/em&gt;, Paris: Autrement.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;SCHNEIDER, Michel. 2013. «La loi du genre: polémique autour des théories du genre», &lt;em&gt;France Inter&lt;/em&gt;, 5 juin.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;______. 2007. &lt;em&gt;La Confusion des sexes&lt;/em&gt;, Paris: Flammarion.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;______. 2004. «Homos et parents?», &lt;em&gt;Psychologies.com&lt;/em&gt;. &amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;SORAL, Alain. 1999. &lt;em&gt;Vers la féminisation? Démontage d&#039;un complot antidémocratique. Pour comprendre l’arrivée des femmes au pouvoir&lt;/em&gt;, Paris: Blanche.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;SORAL, Alain, Alexandre PASCHE et Hector OBALK. 1985. &lt;em&gt;Les Mouvements de mode expliqués aux parents&lt;/em&gt;, Paris: Robert Laffont.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;TAMAGNE, Florence. 2000. &lt;em&gt;Histoire de l&#039;homosexualité en Europe&lt;/em&gt;. Berlin, Londres, Paris. 1919-1939, Paris: Seuil.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;THALMANN, Rita. 1982. &lt;em&gt;Être femme sous le IIIe Reich&lt;/em&gt;, Paris: Robert Laffont.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;TIN, Louis-Georges et Geneviève PASTRE (dir.). 2000. &lt;em&gt;Homosexualités. Expression/répression&lt;/em&gt;, Paris: Stock.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;WINDAUS-WALSER, Karin. 2004. «La grâce de la naissance féminine: un bilan», dans F&lt;em&gt;éminismes et nazismes&lt;/em&gt; sous la dir. de Liliane KANDEL, Paris: Odile Jacob.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;ZEMMOUR, Éric. 2006. &lt;em&gt;Le Premier Sexe&lt;/em&gt;, Paris: Denoël.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Cahiers du genre/Recherches féministes&lt;/em&gt;, n° 52/2012, «Les antiféminismes».&lt;/p&gt;&lt;p&gt;«Génération réac»,&lt;em&gt; Le Nouvel Observateur,&lt;/em&gt; 13 février 2014.&amp;nbsp;&lt;br&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;

&lt;section  class=&quot;footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed&quot; data-collapsible-show-label=&quot;Notes&quot; data-collapsible-hide-label=&quot;Notes&quot;&gt;&lt;ul class=&quot;footnotes collapsible-content&quot;&gt;&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote1_4j2umjo&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref1_4j2umjo&quot;&gt;1.&lt;/a&gt; La revue &lt;em&gt;Prochoix &lt;/em&gt;joue un rôle important, de même que le Planning familial.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote2_xlulkoi&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref2_xlulkoi&quot;&gt;2.&lt;/a&gt; C’est l’historienne allemande Karin Windaus-Walser qui a utilisé cette expression pour critiquer le penchant de ses contemporaines historiennes féministes allemandes à laver les femmes de toute implication dans le nazisme parce qu’elles étaient «dominées» par les hommes. Voir «La “grâce de la naissance féminine”: un bilan» (Kandel , 2004: 225-235).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote3_iwgxgnx&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref3_iwgxgnx&quot;&gt;3.&lt;/a&gt; Exemples tirés de ma thèse: &lt;em&gt;Les Filles de Marianne. Histoire des féminismes 1914-1940&lt;/em&gt; (1995).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote4_3co9m1z&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref4_3co9m1z&quot;&gt;4.&lt;/a&gt; En mai 2014, le leader paysan anti-OGM José Bové, tête de liste pour les Verts aux élections européennes, s’est déclaré hostile à la procréation médicalement assistée, défendue par son propre parti, par les féministes et par le mouvement LGBT. Il le fait au nom du refus de l’instrumentalisation du vivant sans distinguer parmi les usagères les hétérosexuelles des homosexuelles.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote5_jqpc2hy&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref5_jqpc2hy&quot;&gt;5.&lt;/a&gt; Le Courant pour une écologie humaine a été lancé en mars 2013 par Tugdual Derville (militant Pro-Vie, anti-Pacs, très actif dans la Manif pour tous), Gilles Hériard-Dubreuil et Pierre-Yves Gomez.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote6_drc15yc&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref6_drc15yc&quot;&gt;6.&lt;/a&gt; Voir l’article de la présidente de la CLF, Raymonde Gérard, «Lesbophobie», dans &lt;em&gt;Dictionnaire de l’homophobie&lt;/em&gt;, sous la dir. de Louis-Georges Tin (2003).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote7_eckmzra&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref7_eckmzra&quot;&gt;7.&lt;/a&gt; Voir par exemple Stéphanie Arc (2006).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote8_66xy9bx&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref8_66xy9bx&quot;&gt;8.&lt;/a&gt; Voir Christine Bard (2004): «Le lesbianisme comme construction politique». Sur ce sujet, une thèse est en cours : Ilana Eloit (LES, Londres).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote9_k2mti4w&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref9_k2mti4w&quot;&gt;9.&lt;/a&gt; Voir les travaux de Sandra Boehringer, notamment sa thèse: &lt;em&gt;L’Homosexualité féminine dans l’Antiquité grecque et romaine&lt;/em&gt; (2007).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote10_aajesm5&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref10_aajesm5&quot;&gt;10.&lt;/a&gt; Voir, entre autres, Régis Schlagdenhaussen(2011).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote11_ma8rdh5&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref11_ma8rdh5&quot;&gt;11.&lt;/a&gt; L’introduction d’Anne-Marie Devreux et de Diane Lamoureux aux &lt;em&gt;Cahiers du genre / Recherches féministes&lt;/em&gt; sur &lt;em&gt;Les antiféminismes&lt;/em&gt; commence par cette phrase: «L’antiféminisme est une réaction» (n° 52, 2012).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote12_316ywrl&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref12_316ywrl&quot;&gt;12.&lt;/a&gt; C’est la conclusion que je tire de mes recherches sur l’inversion des rôles, pratiques et symboles sexués, en particulier dans &lt;em&gt;Une histoire politique du pantalon&lt;/em&gt; (2010).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote13_tt95lko&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref13_tt95lko&quot;&gt;13.&lt;/a&gt; Troublante au point que des historiens-nes du féminisme se sont laissés piéger par ces sources de politique-fiction, prises pour argent comptant.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote14_udauekz&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref14_udauekz&quot;&gt;14.&lt;/a&gt; Ce manuscrit unique est conservé à la bibliothèque municipale d’Angers: le passage lesbophobe concerne les strophes 244 à 282. Il a été repéré et étudié par Frédérique Le Nan (Université d’Angers), que je remercie pour toutes les informations qu’elle m’a communiquées sur cette trouvaille, qu’elle a présentée à la journée d’étude «Injures sexistes et LGBTphobes» du 14 novembre 2014 à l’Université d’Angers.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote15_xxtaxqr&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref15_xxtaxqr&quot;&gt;15.&lt;/a&gt; Sur une éruption spectaculaire dans la littérature dite fin-de-siècle, voir Mireille Dottin-Orsini, 1993.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote16_2zmsphg&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref16_2zmsphg&quot;&gt;16.&lt;/a&gt; Voir, par exemple, &lt;em&gt;Cinquantenaire du &lt;/em&gt;Deuxième sexe (Delphy et Chaperon, 2002).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote17_b1sujqo&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref17_b1sujqo&quot;&gt;17.&lt;/a&gt; Entretien de l’auteure avec Christine Delphy, 1er février 2001.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote18_w35g652&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref18_w35g652&quot;&gt;18.&lt;/a&gt; Voir par exemple, Laure Bereni et Mathieu Trachman (2014).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote19_afqy3by&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref19_afqy3by&quot;&gt;19.&lt;/a&gt; Cité par Christine Bard (1992: 7).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote20_psgghsz&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref20_psgghsz&quot;&gt;20.&lt;/a&gt; Il est important pour saisir ce mode de pensée de savoir que Soral est un des co-auteurs d’un livre à succès dans les années 1980, &lt;em&gt;Les Mouvements de mode expliqués aux parents&lt;/em&gt;.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote21_x17zqoj&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref21_x17zqoj&quot;&gt;21.&lt;/a&gt; Signe des temps, à la suite de poursuites engagées par la Confédération nationale des associations familiales catholiques, SOS homophobie a perdu le 23 novembre 2012 l’agrément que lui avait donné le ministère de l’Éducation nationale en 2009 et qui en faisait une «association éducative complémentaire de l&#039;enseignement public».&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote22_27zmyss&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref22_27zmyss&quot;&gt;22.&lt;/a&gt; Entendu dans une émission de France Culture, le 7 novembre 2012 : &lt;a href=&quot;http://www.franceculture.fr/emission-les-pieds-sur-terre-civitas-2012-11-07&quot;&gt;http://www.franceculture.fr/emission-les-pieds-sur-terre-civitas-2012-11-07&lt;/a&gt;. Consulté le 19 avril 2016. Civitas est une association catholique intégriste.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote23_tnkts3h&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref23_tnkts3h&quot;&gt;23.&lt;/a&gt; Voir la thèse en cours de Sara Garbagnoli (EHESS, Paris): &lt;em&gt;Questo matrimonio non s&#039;ha da fare : le “mariage homosexuel” en Italie (2000-2010): débats, enjeux, dispositions.&lt;/em&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote24_k472lc8&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref24_k472lc8&quot;&gt;24.&lt;/a&gt; Lettre aux évêques de l’Église catholique sur la collaboration de l’homme et de la femme dans l’Église et dans le monde, 31 mai 2004 (&lt;a href=&quot;http://www.vatican.va&quot;&gt;http://www.vatican.va&lt;/a&gt;).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote25_tuxhlt7&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref25_tuxhlt7&quot;&gt;25.&lt;/a&gt; Voir Colette Pipon (2013)&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote26_39gs577&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref26_39gs577&quot;&gt;26.&lt;/a&gt; Un pouvoir féminin qui s’est un temps présenté sous les traits de Ségolène Royal, candidate socialiste à l’élection présidentielle de 2007.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote27_sooc41x&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref27_sooc41x&quot;&gt;27.&lt;/a&gt; Voir, par exemple, Rita Thalmann (1982).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote28_lr6xl2n&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref28_lr6xl2n&quot;&gt;28.&lt;/a&gt;  Dans un texte de 1980, «Âge, race, classe sociale et sexe: les femmes repensent la notion de différence», Lorde explique: «Nous devons dès à présent accepter les différences entre les femmes –qui sont nos égales, ni inférieures ni supérieures– et imaginer de nouvelles façons de nous emparer de ces différences afin d’enrichir nos visions du futur et nos luttes communes». (Lorde, 2003: 135).&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;/section&gt;&lt;/div&gt;
      &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&lt;span class=&quot;date-display-single&quot; property=&quot;dc:date&quot; datatype=&quot;xsd:dateTime&quot; content=&quot;2016-01-01T00:00:00-05:00&quot;&gt;2016&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item odd&quot;&gt;&lt;a href=&quot;/en/taxonomy/term/53401&quot; typeof=&quot;skos:Concept&quot; property=&quot;rdfs:label skos:prefLabel&quot;&gt;Imagining theoretical practices&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
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    &lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;Ce qui est sûr, c’est que dans le «toutes des lesbiennes !», l’intention n’est pas bienveillante et qu’à l’évidence, la lesbophobie est un moyen de dénigrer le féminisme. Un antiféminisme lesbophobe donc. Ou une lesbophobie antiféministe? Les dosages, instables, varient. Partir à la recherche de ces discours/de ces pratiques n’est pas simple. Il faut faire avec la dispersion, l’hétérogénéité, l’euphémisation dans des sources documentaires disparates et dispersées. Il faut aussi historiciser cette question et la confronter à la réalité qu’elle combat autant qu’au fantasme qu’elle construit.&lt;/div&gt;
      &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
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      &lt;div class=&quot;field-label&quot;&gt;To cite this document: &lt;/div&gt;
    &lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&lt;span class=&quot;biblio-authors&quot; &gt;&lt;a href=&quot;/en/biblio?f%5Bauthor%5D=7000&quot; rel=&quot;nofollow&quot;&gt;Bard, Christine&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;. 2016. “&lt;a href=&quot;/en/biblio/toutes-des-lesbiennes-antifeminisme-et-lesbophobie-une-complicite-a-lepreuve-du-temps&quot;&gt;&lt;span class=&quot;biblio-title&quot; &gt;«Toutes des lesbiennes!» Antiféminisme et lesbophobie, une complicité à l&#039;épreuve du temps&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;”. Available online: l’Observatoire de l’imaginaire contemporain. &amp;lt;&lt;a href=&quot;https://oic.uqam.ca/en/articles/toutes-des-lesbiennes-antifeminisme-et-lesbophobie-une-complicite-a-lepreuve-du-temps&quot;&gt;https://oic.uqam.ca/en/articles/toutes-des-lesbiennes-antifeminisme-et-lesbophobie-une-complicite-a-lepreuve-du-temps&lt;/a&gt;&amp;gt;. Accessed on May 1, 2023. Source: (&lt;span  style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;Féminismes et luttes contre l&#039;homophobie: de l&#039;apprentissage à la subversion des codes&lt;/span&gt;. 2016. Montréal: Institut de recherches et d&#039;études féministest de recherches et d&#039;études féministes (IREF). coll. Agora, vol. Cahier de l&#039;IREF).&lt;span class=&quot;Z3988&quot; title=&quot;ctx_ver=Z39.88-2004&amp;amp;rft_val_fmt=info%3Aofi%2Ffmt%3Akev%3Amtx%3Adc&amp;amp;rft.title=%C2%ABToutes+des+lesbiennes%21%C2%BB+Antif%C3%A9minisme+et+lesbophobie%2C+une+complicit%C3%A9+%C3%A0+l%26%23039%3B%C3%A9preuve+du+temps&amp;amp;rft.isbn=978-2-922045-47-5&amp;amp;rft.date=2016&amp;amp;rft.volume=Cahier+de+l%26%23039%3BIREF&amp;amp;rft.aulast=Bard&amp;amp;rft.aufirst=Christine&amp;amp;rft.pub=Institut+de+recherches+et+d%26%23039%3B%C3%A9tudes+f%C3%A9ministest+de+recherches+et+d%26%23039%3B%C3%A9tudes+f%C3%A9ministes+%28IREF%29&amp;amp;rft.place=Montr%C3%A9al&quot;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
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 <pubDate>Fri, 18 Mar 2022 16:17:36 +0000</pubDate>
 <dc:creator>Alexia Giroux</dc:creator>
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</item>
<item>
 <title>De l&#039;assignation à l&#039;éclatement. Continuités et ruptures dans les représentations des femmes</title>
 <link>https://oic.uqam.ca/en/publications/de-lassignation-a-leclatement-continuites-et-ruptures-dans-les-representations-des</link>
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    &lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;Les auteures explorent, à partir de leurs disciplines et ancrages, diverses facettes de l’expérience des femmes, telle qu’elle nous est présentée dans: les discours de presse, les médias, les politiques, la fiction, les pratiques créatrices, les préconceptions et le passage du temps. &lt;/div&gt;
      &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
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 <pubDate>Tue, 15 Mar 2022 13:30:03 +0000</pubDate>
 <dc:creator>Alexia Giroux</dc:creator>
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 <title>«L&#039;envie» de Sophie Fontanel: se soustraire au «schéma des hommes»</title>
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    &lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item even&quot; property=&quot;content:encoded&quot;&gt;&lt;p&gt;«Pendant une longue période, qu’au fond je n’ai à cœur ni de situer dans le temps ni d’estimer ici en nombre d’années, j’ai vécu dans peut-être la pire insubordination de notre époque, qui est l’absence de vie sexuelle» (7). Ainsi débute &lt;em&gt;L’envie&lt;/em&gt;, roman de Sophie Fontanel, publié en 2011. Dire que la «pire insubordination» réside dans le fait de se priver de vie sexuelle suggère que la sexualité est une injonction à laquelle il faut se soumettre, corroborant qu’elle est, ainsi que le formule Gayle Rubin, «un des principaux soucis de notre société» (2010: 172); une fabuleuse obsession, en somme. Et c’est bien cette insubordination qu’a retenue la critique jusqu’ici: l’abstinence comme un exploit. À la clôture du roman, la narratrice renoue avec le sexe: «il s’approcha, et dès que je le pus avec quelle hâte j’appliquai ma main où elle n’allait plus. Je touchai quelque chose qui me &lt;em&gt;rassura &lt;/em&gt;tellement» (161). Mais qu’est-ce qui rend donc la narratrice si &lt;em&gt;craintive&lt;/em&gt; envers la sexualité (puisque son retour à la sexualité est annoncé par le fait d’être rassurée), au point de s’y refuser?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Certes, la narratrice indique une piste: «il me semblait qu’il fallait […] sortir du schéma des hommes» (25-26). Mais à quoi renvoie ce schéma? Et que se passe-t-il lorsque quelqu’un-e se soustrait délibérément à ce schéma, geste qui est sans équivalence avec le fait d’être interdit de sexe, d’être exclu-e, relégué-e aux marges parce que jugé-e indésirable? Le roman esquisse-t-il ce que pourrait être un « schéma des femmes»? Si oui, qu’est-ce qui le distingue? En m’arrêtant aux figurations aussi bien des divers profils sexuels des personnages que de la sexualité elle-même, puis à la trajectoire de la narratrice, je tenterai de voir à quoi la narratrice veut échapper, ainsi qu’avec quoi elle se dit prête à renouer. Qu’est-ce qui la pousse à quitter la scène de la sexualité, et qu’est-ce qui l’y ramène?&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Portraits&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ancrée dans le présent, la narration de &lt;em&gt;L’envie&lt;/em&gt; nous fait plonger dans différents moments du passé, qui sont autant d’occasions de constituer une mosaïque de portraits caractéristiques en fonction des conduites sexuelles: le couple hétérosexuel usé dont l’un des membres trompe l’autre, une lesbienne toujours dans le placard, une autre qui tente de séduire la narratrice («Elle avait cru, puisque je n’allais pas avec les hommes, que j’irais avec les femmes» [72]), un couple d’échangistes, un homme se dépeignant en «affamé sexuel» (60), un autre couple dont la femme proclame «la mirifique activité sexuelle» (67)&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref1_fgshxj1&quot; title=&quot;Si, à première vue, le roman peut sembler hétéronormatif, il faut bien voir qu’en les problématisant, le roman travaille précisément à spécifier les rapports hétérosexuels, et à discuter de la politique qui leur est inhérente, plutôt que de les situer sur un horizon hégémonique.&quot; href=&quot;#footnote1_fgshxj1&quot;&gt;1&lt;/a&gt; et qui fantasme sur la possibilité d’un &lt;em&gt;threesome&lt;/em&gt; avec la narratrice (fantasme qui se dégonfle lorsque la femme apprend que son mari, «n’ayant […apparemment pas absolument] besoin d’une ambiance de trio, [avait] fix[é] un rendez-vous» privé à cette dernière (157). Il y a aussi le voisin de palier de la narratrice, à qui l’épouse refuse aussi bien son corps qu’une séparation et qui, par dépit, fréquente des prostituées (75), et puis l’amie qui téléphone à la narratrice au beau milieu de la nuit pour lui raconter sa dernière aventure, alors que l’amant dort dans la chambre d’à côté, jurant toujours que c’était «mieux que le précédent» (81). Une galerie de portraits donc, au sein de laquelle chacun illustre une posture possible traduisant une sexualité volubile et obsédante.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Mais les portraits comprennent aussi des figures d’abstinents-es autres que celle de la narratrice, question de souligner qu’il y en a plus qu’on pense, même s’ils le sont parfois par défaut et qu’ils ne le crient pas sur les toits. Sans compter qu’ils ne se désignent pas nécessairement comme tels : ils sont plutôt ici des «spectateur[s] de la sexualité» (88). Il en est ainsi de la nounou, figurant «ces [innombrables] femmes » dévouées « [qui élèvent des] enfants qu’elles n’[ont] pas enfantés» (57). On rencontre aussi un aubergiste «sans présence féminine depuis trois ans» (13), puis l’épouse du voisin de palier déjà évoqué ci-haut, qui depuis cinq ans lui impose la « disette » (77). L’oncle Charles est un prêtre qui passe ses vacances au chalet familial, où il fait office de bête mystérieuse: «chaque soir, l’apéritif n’était qu’une progression hypocrite vers la question importante, celle qui définit un homme. Durant la dernière soirée, après avoir bien louvoyé, ils finissaient par la poser: est-ce que ça ne lui pesait pas, à Charles, l’absence de relations sexuelles?» (46). Mentionnons aussi Axel, grand ami de la narratrice, cet «homme infréquenté» (34) qui vit comme elle une «lassitude sexuelle» (14).&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;À côté de ces figures, comment la narratrice se décrit-elle elle-même? «Nous disons “chasteté”, mais ce n’est pas le bon mot. Nous disons “abstinence”, ce n’est pas le bon mot. “Asexualité” n’est pas le bon mot» (36). Car comment résumer en un mot «une multitude de dispositions intérieures, de circonstances extérieures»? (36). De fait, la narratrice attribue de multiples désignations à sa situation. De façon très littérale, elle parle de l’«absence de vie sexuelle» (7), de «renoncement» (108). Elle use tantôt d’euphémismes –elle évoque sa «particularité» (7), son «désintérêt» (14), «ce rien qui [lui] fut salutaire» (8)–, tantôt de métaphores– ici se profilent «les solitaires, [formant une] armée non violente sauf contre elle-même» (7-8), là une «inavouable peuplade» (8) –ou encore d’hyperboles– il est question de son «incurable pureté» (117) ou encore du «plus inouï des fantasmes» (142). Mais quelle que soit l’appellation, elle dit se «sentir honteuse de [s]a particularité, pire que différente» (7). C’est dire le stigmate qui pèse sur cette condition.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ces figures de «solitaires» sont ici singularisées, constituées en phénomènes bizarroïdes, alors que d’innombrables personnes vivent des périodes de vie sans sexualité, tout en demeurant invisibilisées. À ne pas confondre avec les célibataires: célibat ne signifie pas désert sexuel («Il m’arrive des trucs par-ci, par-là» (51), précise un homme inquiet de sa réputation), tout comme le fait d’être en couple ne garantit en rien une activité sexuelle permanente. Tous autant qu’ils sont, ces abstinents traduisent un comportement problématique en regard des normes, comportement qui trahit l’injonction à la sexualité –rappelons que celle-ci est souvent présentée comme un « besoin », ce qui présuppose quelque chose de «vital». On ne meurt pourtant pas d’absence ou de privation de sexualité, pas plus que la sexualité ne garantit la sensualité, ou que celle-ci soit réductible à celle-là. «Une part colossale de sensualité a accompagné ces années, où seuls mes rêves ont comblé mes attentes – et quels rêves – et où ce que j’ai approché, ce n’était qu’en pensée – mais quelles pensées» (7), assure la narratrice. Ici, en plus du déplacement du sexuel au sensuel, c’est la quantité –«colossale»– et la qualité –«et quels rêves, et quelles pensées»– qui est soulevée. L’absence de sexualité fait l’objet d’un retournement: ce n’est pas un vide, mais plutôt un plein, et un plein de qualité. Dans le même ordre d’idées, tandis que le «a» privatif de «asexualité» renvoie à l’absence, la narratrice affirme que sa vie «n’était en rien négligeable. Au contraire, elle était riche, parfaitement ajustée à [sa] personne» (7).&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La sexualité est elle aussi l’objet de multiples circonlocutions, la plupart du temps négatives, souvent assimilée à un danger («J’éprouvais une joie à être hors de tout danger» (32)), à un risque («pour le moment il n’y avait aucun risque » dit la narratrice, rapportant un fantasme (33)), quand elle n’est pas associée à la «Servitude» (14), rappelant par là à quel point elle est l’objet d’un discours normatif dictant fréquence et longueur des rapports, etc. Plus rarement est-elle connotée positivement, apparentée à des «délices» (22) ou vue comme un «trésor» (36), mais un trésor qu’il revient, insiste la narratrice, à chacun-e de définir.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quels scénarios?&amp;nbsp;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Qu’est-ce donc qui éloigne la narratrice de la sexualité? C’est alors qu’elle se trouve entre les bras d’un mauvais amant qu’elle prend la décision de déserter. Et c’est d’abord le corps qui se refuse:&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Ce dont j’avais […] expérimenté la valeur […], ce rinçage inégalé apporté par le sexe, eh bien ne m’intéressait plus. Je n’en pouvais plus qu’on me prenne et qu’on me secoue. Je n’en pouvais plus de me laisser faire. J’avais trop dit oui. Je n’avais pas considéré la tranquillité demandée par mon corps. Comprenant que je n’entendais pas, ce corps avait haussé le ton. […] Une résistance s’était radicalisée en moi. Dans l’intimité, chaque parcelle de mon être se barricadait sans que j’y puisse quoi que ce soit. Je n’arrivais plus à desserrer les poings, il me fallait un effort pour ouvrir ma paume sur les draps, en plus elle se refermait aussitôt. (11)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Or, l’amant ne sait pas lire ces signes pourtant évidents, et se fait insistant: «Depuis des semaines, j’étais obligée de dire non du front à ce que proposait mon amant. Il s’impatientait. Je me forçais. Cet amant crut que je donnais alors que je concédais. […] Je n’étais devenue qu’une maigre possession pour celui qui estimait me tenir en son pouvoir» (11-12).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Pour cet amant, le sujet féminin a valeur de «butin» (12), nous dit la narratrice. Butin: « Ensemble des biens matériels et des esclaves ou prisonniers pris à l&#039;ennemi au cours d&#039;une guerre. Produit d&#039;un vol, d&#039;un pillage » (Usito). Dès lors, sa décision est prise: «On ne m’aurait plus» (13)&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref2_binjyu9&quot; title=&quot;Aussi: «On n’allait pas me prendre» (32).&quot; href=&quot;#footnote2_binjyu9&quot;&gt;2&lt;/a&gt;. Il faut lire cet énoncé aussi bien au sens figuré, qui s’impose d’abord – ne plus se faire rouler – qu’au sens littéral: ce «on», qui anonymise la communauté des hommes, ne possèderait plus «m’». Aussi la narratrice rompt-elle avec cette «habitude d’obéir» (14) : «J’exigeais les pleins pouvoirs. Il me semblait qu’il fallait ça pour sortir du schéma des hommes» (26).&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Mais deux histoires précèdent ce moment déclencheur. D’abord celle de la fameuse «première fois». Un touriste mexicain, dans la jeune trentaine, apprivoise la jeune fille de treize ans, qui paraît en avoir seize (16), et l’entraine à son hôtel. Devant la nudité de son nouvel ami, elle s’extasie, mais n’envisage pas qu’il puisse y avoir des suites:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;[…] elle voulut en rester là. Se reposer sur cette idée quelques années. Elle ébaucha le geste de quitter le lit. Le garçon la retint par le poignet. Elle disait qu’elle voulait partir. […] “J’ai 13 ans en réalité”, elle lui opposa. Elle avait une candeur ridicule malgré son intelligence. Car, que croyait-elle? Qu’un homme qui désire au point où désirait celui-là […] va s’en tenir à la théorie? (18)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En racontant l’évènement à une amie, deux ans plus tard, elle réalise qu’il s’agissait d’un viol, tout en refusant l’idée. C’est donc la jeune fille qu’elle a été, que la narratrice adulte met à distance, qui l’incitait à «tout quitter» (16).&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Un autre épisode jalonne son parcours vers le retrait du sexe, alors que, dans la vingtaine, elle vit avec son petit ami (22-24). Celui-ci «aimait la façon dont […] on pouvait [la] réveiller la nuit» (22). On ne peut mieux euphémiser l’abus. Au final, il apparaît que ce qu’il aime par-dessus tout, c’est son propre pouvoir (22), selon les mots de la narratrice.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Trois histoires inaugurales, trois scénarios rebutants : un viol à treize ans, un ami de cœur égoïste et profiteur, puis un mauvais amant qui croit que tout lui est dû. Si ces trois-là résument le «schéma des hommes», ils suffisent en effet à vous en détourner. Ainsi, la «solution sans hommes» (70) de la narratrice met l’accent non pas sur le dédain de la sexualité, mais bien sur la mauvaise qualité des partenaires – et les rapports sociaux de sexe qui les produisent.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le «schéma des hommes»&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ce «schéma des hommes» n’est pas sans liens avec certains aspects du dispositif de la sexualité tels que soulevés par divers théoriciens. Dans &lt;em&gt;Sémiologie de la sexualité&lt;/em&gt;, Pierre Guiraud soutient que c’est toujours «la même voix –celle des Dieux, des Rois et des Pères» qui, dans la littérature érotique, «proclame et érige la puissance, l’autorité et la domination du mâle» (Guiraud, 1978: 109). Il invite à considérer «que ce langage est d’origine entièrement masculine; que les femmes n’y ont sans doute eu aucune part –au moins jusqu’à une date très récente, et encore» (Guiraud, 1978: 109). Certes, les femmes se sont approprié l’écriture de la sexualité au cours des quatre dernières décennies, mais celle-ci reste culturellement marquée par la domination masculine: «sous sa forme la plus abstraite, poursuit Guiraud, l’acte sexuel est simplement une chose qu’un &lt;em&gt;homme &lt;/em&gt;fait à une &lt;em&gt;femme&lt;/em&gt; […] Plus spécifiquement, c’est une “pénétration” et une “agression”» (Guiraud, 1978: 118), soutient-il après avoir examiné les principaux champs sémantiques utilisés pour parler du sexe.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;De son côté, John Gagnon, examinant de façon plus étroite les scripts&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref3_kkj4b9t&quot; title=&quot;Les scripts sexuels peuvent être vus comme des scénarios préétablis entourant les conduites sexuelles; ces scénarios circulent à travers les discours et les objets culturels, influant sur les rapports interpersonnels et les fantasmes, tout en étant influencés par ceux-ci en retour (Gagnon, 2008).&quot; href=&quot;#footnote3_kkj4b9t&quot;&gt;3&lt;/a&gt; de l’agression sexuelle et de la violence, souligne que les «variantes du scénario culturel de l’usage […] de la force [...] ont toutes un trait commun: l’homme dispose d’un droit légitime aux rapports sexuels […] et ce droit est contrecarré par le refus de la femme d’y accéder» (Gagnon, 2008: 118). Aussi bien dire que les femmes sont des dispositifs à prendre pour les hommes&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref4_4poo5jp&quot; title=&quot;Ce qui prolonge la proposition de Goffman pour qui «[c]haque sexe [constitue] un dispositif de formation pour l&#039;autre sexe [...]» (Goffman, 2002: 77).&quot; href=&quot;#footnote4_4poo5jp&quot;&gt;4&lt;/a&gt;, ce que suggère la lecture croisée de Foucault sur le dispositif et de Guillaumin sur l’appropriation des femmes. Ainsi, les scripts sexuels en circulation dans la culture tout autant que le lexique de la sexualité tel que figé dans le langage correspondent à ce que la narratrice de Fontanel désigne comme le schéma des hommes&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref5_38r9ebg&quot; title=&quot;Cela n’est pas sans résonance avec la théorie des scripts, lesquels, selon Gagnon, peuvent être vus comme «des schème[s] cognitif[s] organisé[s]» (Gagnon, 2008: 78), comme des dispositifs heuristiques (80).&quot; href=&quot;#footnote5_38r9ebg&quot;&gt;5&lt;/a&gt;.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Plus spécifiquement, le sexe du schéma des hommes est associé, dans le roman, au frénétique, au tapageur –«Si tout le monde faisait l’amour, on ne s’entendrait plus» (81)–, alors que la narratrice recherche le silence et le calme. Cela s’applique aussi au discours, jugé trop bavard, trop ostentatoire&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref6_3k84sld&quot; title=&quot;C’est bien ce que l’intertexte confirme: «L’envie», c’est aussi le titre d’une chanson de Johnny Hallyday (12). Celle-ci fait entendre une série d’antithèses, variations sur le thème de «trop tue l’envie»: «qu’on me donne le froid pour que j’aime la flamme / Pour que j’aime ma terre qu’on me donne l’exil / Et qu’on m’enferme un an pour rêver à des femmes / […] On m’a trop donné bien avant l’envie […] Qu’on me donne l’envie / l’envie d’avoir envie». «Qu’on m’enferme un an pour rêver à des femmes», dit le chanteur. On le constate, les genres ne sont pas égaux devant le désir: le locuteur exprime un souhait, la narratrice réalise le projet; un an suffit au locuteur; dix sont nécessaires à la narratrice…&quot; href=&quot;#footnote6_3k84sld&quot;&gt;6&lt;/a&gt;, tandis que selon elle, «toute sexualité devrait […] être un [secret]» (159). Les hommes sont jugés trop techniques, trop mécaniques: «au summum de leurs élans, ils se montr[ent] plus basiques que des manettes» (142). C’est aussi une conception utilitaire, économiste, qui est condamnée, telle qu’elle est véhiculée par ce médecin qui compare le corps au «métro de Taipei, à Taiwan» (35): il faut l’utiliser pour ne pas qu’il rouille; a fortiori «le corps sexuel. Si on en fai[t] pas usage, il se dégrad[e]» (35).&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le roman ne propose ni ne précise ce que serait un schéma des femmes. Aussi sommes-nous appelés-es à le reconstituer en regard des propositions implicites du schéma des hommes. Deux passages en particulier donnent prise à la reconstitution. Le premier est un fantasme:&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;La nuit, j’étreignais mon oreiller, exactement comme s’il se fût agi d’un être humain à ma portée. J’avais pour lui des égards qu’on a pour celui à qui on ne veut aucun mal. […] C’était me livrer au dos d’un homme imaginé par moi, poser mon front entre ses omoplates, je l’entourais. Et lui-là-bas devant, il me prenait les mains. Il bougeait &lt;em&gt;lentement&lt;/em&gt;, si peu que j’aurais pu jurer qu’il se contentait de respirer. J’en mettais, du temps à comprendre qu’il me berçait. Comment s’arrangeait-il de son désir? Je n’en savais rien. Mon désir à moi c’était d’attendre. (33)&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le second réside dans la finale. Après des années d’abstinence, la narratrice croise un homme sur sa route et annonce qu’elle «[veut] recommencer avec le corps» (159). Cet homme est «calme», il a «la stabilité d’un paysan» (160). Devant lui, elle dit n’avoir plus que «l’embarras des incapables» (160). Il s’approche d’elle, qui «appliqu[e]e [alors] sa main où elle n’allait plus», pour «touch[er] quelque chose qui [la] rassura tellement» (161). Le texte ne spécifie pas ce qu’elle touche, ni ce qui la rassure. Et si les sèmes de la lenteur, de la patience, de la bienveillance et de la tendresse peuvent renvoyer à un schéma féminin traditionnel, ils semblent davantage au service d’une récusation d’une sexualité bruyante, rapide, frénétique, consumériste : une sexualité-fétiche, une sexualité-injonction. Au sexe bavard, technique et bâclé (26), centré sur la génitalité, est ici opposée une sexualité qui échappe au spectacle. Fontanel suggère de renouer avec le &lt;em&gt;slow sex&lt;/em&gt;, pourrait-on dire, comme d’autres renouent avec le &lt;em&gt;slow food&lt;/em&gt;.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Par ailleurs, c’est notablement le sujet féminin qui amorce un geste vers le corps de l’autre à la clôture du roman. Vers le corps d’un homme qui attend, qui laisse le temps au désir féminin de s’exprimer plutôt que le devancer et lui imposer le sien. Le schéma des femmes inclurait donc dans le registre des scripts sexuels «une &lt;em&gt;chose&lt;/em&gt; qu’une &lt;em&gt;femme&lt;/em&gt; fait à un homme», renversant ainsi la description de l’acte sexuel tel que formulée par Guiraud (1978: 118) – et bien qu’elle ne soit pas à exclure, cette &lt;em&gt;chose&lt;/em&gt; ne se résume pas à la fellation, là où nous conduirait une lecture phallocentrée de cette proposition.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La disponibilité des femmes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Un tel récit, celui d’une personne racontant comment, pendant plusieurs années, elle se serait volontairement refusée à toute sexualité, semble impensable au masculin. Non pas qu’un tel homme ne puisse pas exister, mais en l’occurrence, ce récit dirait tout autre chose –on pense à Mallarmé et autres figures du blasé, ou encore aux farces hollywoodiennes sur l’abstinence des hommes&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref7_h7cshll&quot; title=&quot; Voir 40 jours et 40 nuits, de Michael Lehmann.&quot; href=&quot;#footnote7_h7cshll&quot;&gt;7&lt;/a&gt;. Chose certaine, on ne saurait imaginer l’histoire d’un homme racontant qu’il aurait renoncé à la sexualité précisément parce que ses expériences avec des femmes lui imposant leur désir lui auraient ôté toute faim –car n’est-ce pas, selon le sens commun, les hommes, tout comme les scouts, sont toujours prêts&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref8_jj7dzlr&quot; title=&quot;Selon Raewyn Connell, «la “véritable” masculinité» est pensée «comme inhérente au corps masculin» et ce corps est «conçu comme conduisant et dirigeant l’action (par exemple, les hommes seraient naturellement plus agressifs que les femmes, le viol résulterait d’un désir sexuel incontrôlable ou d’une pulsion violente innée)» (2014: 29). Et si les contours de la «masculinité hégémonique» (2014: 73) sont historiquement et culturellement variables, on pourrait soutenir que l’un des éléments l’attestant réside dans la manifestation d’un appétit sexuel inassouvissable, voire dans la consommation régulière de sexualité.&quot; href=&quot;#footnote8_jj7dzlr&quot;&gt;8&lt;/a&gt;. Cette impossible inversion révèle une autre dimension signifiante de l’œuvre: sous le récit d’une femme qui se prive de vie sexuelle se profile celui d’une femme qui refuse de se rendre disponible sur le «marché au sexe»&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref9_tu8mspl&quot; title=&quot;Je fais référence au titre d’un entretien entre Judith Butler et Gayle Rubin (2001).&quot; href=&quot;#footnote9_tu8mspl&quot;&gt;9&lt;/a&gt;, et ce second récit nous rappelle que la disponibilité sexuelle est inhérente à la condition de femme dans nos sociétés (Guillaumin, Wittig).&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Jusqu’ici, les scripts sexuels ont été écrits par des hommes, les femmes étant «invitées» à y jouer le rôle d’adoratrices du phallus qui leur était dévolu. Ces patrons sont bel et bien le produit d’une «culture patriarcale et “patrisémique”» (Guiraud, 1978: 132). Certaines inventent de nouveaux scripts, octroyant de nouveaux rôles aux personnages féminins. Fontanel dessine une femme qui se retire de la scène de la sexualité, comme pour mieux la désapprendre, s’en désintoxiquer. Pour ce faire, elle observe, dissèque, analyse les scripts fondés sur les «schémas des hommes»; en creux se révèle ce que pourrait être une autre sexualité, moins bavarde, moins tapageuse, moins technique. Et pour trouver ce qui pourrait la remplacer, il faut d’abord effacer le tableau. Faire silence. C’est ce que fait le personnage de Fontanel, en cessant toute activité sexuelle, le temps que s’effacent de son corps et de sa mémoire les «schémas» que les hommes y ont imprimés. Ce n’est pas tant la sexualité qu’elle refuse, mais l’obligation sociale d’avoir à jouer dans de mauvais scénarios avec de mauvais candidats. C’est bien du «marché au sexe» que la narratrice se retire. Parce que ce marché est régi par une économie patriarcale. Et c’est à cette économie, où le viol d’une jeune fille de 13 ans est chose possible, où la femme est un dispositif à jouir pour les hommes, que Fontanel fait un procès. Économie violente, de laquelle la narratrice s’extrait pour signifier un refus radical à l’endroit des scripts dominants, élaborés sans la participation des femmes. Signifiant aussi par là qu’une autre sexualité est possible, comme on dit : un autre monde est possible.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Selon Rubin, «une théorie radicale du sexe doit identifier, décrire, expliquer et dénoncer l’injustice érotique et l’oppression sexuelle» (Rubin, 2010: 151). C’est bien l’entreprise de Fontanel. Et s’il y a oppression, s’y soustraire constitue un geste d’émancipation. Dans un tel contexte, s’extraire du marché sexuel est un affront à la communauté des hommes; c’est leur barrer l’accès à une ressource. Ce qui n’est pas sans rappeler les propositions théoriques de Monique Wittig, pour qui le lesbianisme est un moyen de sortir du rapport d’appropriation (2001). Mais voilà, il est des hétérosexuelles qui souhaitent aussi définir leur sexualité hors de ce rapport.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les filles l’apprennent toutes jeunes: les hommes ne «s’en tiennent pas à la théorie», ce que rappelle aussi Annie Ernaux dans &lt;em&gt;Mémoire de fille&lt;/em&gt;. Ce schéma des hommes semble donc s’imposer aux filles dès leur entrée dans la sexualité (Dussault Frenette). Il apparait ainsi que la première injonction du schéma des hommes, c’est bien de s’y soumettre. Et s’en soustraire revient à recouvrer sa liberté. Ce que le roman de Fontanel semble nous dire, c’est que le premier des scripts est probablement l’injonction à participer aux scripts. C’est, rappelons-le, à cette jeune fille qu’elle a été que la narratrice dédie son silence sexuel. Comme si elle lui devait ça : aller à rebours d’une entrée trop hâtive dans la sexualité, précipitée par un homme sans aucune considération pour son (non-)désir.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;«Pourquoi donner à la vie sexuelle une valeur en tant que telle?» (36), demande la narratrice. En effet, ne s’agit-il pas de trouver la valeur qu’elle a pour soi? Car elle est bel et bien chargée «d’un excès de signification» (Rubin, 2010: 156). C’est à l’autonomie qu’aspire la narratrice de Fontanel, la réitération du pronom personnel «mon», dans «mon corps et moi» (25); «mon désir à moi c’était d’attendre» (33), «entre ma peau et moi» (26), ainsi que la personnification du corps, dans «mon corps se révolta» (13), le traduit bien. S’émanciper des impératifs normatifs et trouver son propre chemin, exiger et reprendre «les pleins pouvoirs» (25), recouvrer son agentivité (Lang). Et si, en bout de ligne, l’abstinence est vue comme un exploit, cela trahit le fait que la participation aux jeux sexuels relève bien souvent, de nos jours, davantage d’une injonction sociale que de l’envie.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Références&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BUTLER, Judith et Gayle S. RUBIN. 2001. &lt;em&gt;Marché au sexe&lt;/em&gt;, trad. de l’américain par Éliane Sokol et Flora Bolter, Paris: EPEL, coll. «Les grands classiques de l&#039;érotologie moderne».&lt;/p&gt;&lt;p&gt;DUSSAULT FRENETTE, Catherine. 2015. &lt;em&gt;L’expression du désir au féminin dans quatre romans québécois contemporains&lt;/em&gt;, Nota Bene.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;ERNAUX, Annie. 2016. &lt;em&gt;Mémoire de fille&lt;/em&gt;, Paris: Gallimard.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;FONTANEL, Sophie. 2011. &lt;em&gt;L’envie&lt;/em&gt;, Paris: Robert Laffont.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;FOUCAULT, Michel. 1976. &lt;em&gt;Histoire de la sexualité, tome I: La volonté de savoir,&lt;/em&gt; Paris: Gallimard.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;GAGNON, John. 2008. «L’utilisation explicite et implicite de la perspective des scripts dans les recherches sur la sexualité», in &lt;em&gt;Les scripts de la sexualité. Essais sur les origines culturelles du désir&lt;/em&gt;, trad. de l’anglais par Marie-Hélène/Sam Bourcier avec Alain Giami, Paris: Payot, 2008, p. 69 135.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;GOFFMAN, Erving. 2002 (1977). &lt;em&gt;L’arrangement des sexes&lt;/em&gt;, trad. de l’anglais par Hervé Maury, Paris: La Dispute.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;GUILLAUMIN, Colette. 1992. &lt;em&gt;Sexe, race et pratique du pouvoir. L’idée de nature&lt;/em&gt;, Paris: Côté-femmes.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;GUIRAUD, Pierre. 1978. «La rhétorique de l’érotisme», &lt;em&gt;Sémiologie de la sexualité&lt;/em&gt;, Paris: Payot, p. 107-133.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;LANG, Marie-Ève. 2011. «L’“agentivité sexuelle” des adolescentes et des jeunes femmes : une définition», &lt;em&gt;Recherches féministes&lt;/em&gt;, vol. 24, n° 2, p. 189-209.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;RUBIN, Gayle. 2010. «Penser le sexe. Pour une théorie radicale de la politique de la sexualité», in &lt;em&gt;Surveiller et jouir. Anthropologie politique du sexe,&lt;/em&gt; trad. de l’anglais par Nicole-Claude Mathieu, Epel, p. 135 224.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;__________. 1998 (1975). «L’économie politique du sexe: transactions sur les femmes et systèmes de sexe/genre», trad. de l’anglais par Nicole-Claude Mathieu et Gail Pheterson, &lt;em&gt;Les Cahiers du CEDREF&lt;/em&gt;, n° 7, p. 3-81, &lt;a href=&quot;http://cedref.revues.org/171&quot;&gt;http://cedref.revues.org/171&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;WITTIG, Monique. 2001. &lt;em&gt;La pensée straight&lt;/em&gt;, trad. de l’anglais par Marie-Hélène/Sam Bourcier, Paris: Balland.&lt;/p&gt;

&lt;section  class=&quot;footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed&quot; data-collapsible-show-label=&quot;Notes&quot; data-collapsible-hide-label=&quot;Notes&quot;&gt;&lt;ul class=&quot;footnotes collapsible-content&quot;&gt;&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote1_fgshxj1&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref1_fgshxj1&quot;&gt;1.&lt;/a&gt; Si, à première vue, le roman peut sembler hétéronormatif, il faut bien voir qu’en les problématisant, le roman travaille précisément à spécifier les rapports hétérosexuels, et à discuter de la politique qui leur est inhérente, plutôt que de les situer sur un horizon hégémonique.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote2_binjyu9&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref2_binjyu9&quot;&gt;2.&lt;/a&gt; Aussi: «On n’allait pas me prendre» (32).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote3_kkj4b9t&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref3_kkj4b9t&quot;&gt;3.&lt;/a&gt; Les scripts sexuels peuvent être vus comme des scénarios préétablis entourant les conduites sexuelles; ces scénarios circulent à travers les discours et les objets culturels, influant sur les rapports interpersonnels et les fantasmes, tout en étant influencés par ceux-ci en retour (Gagnon, 2008).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote4_4poo5jp&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref4_4poo5jp&quot;&gt;4.&lt;/a&gt; Ce qui prolonge la proposition de Goffman pour qui «[c]haque sexe [constitue] un dispositif de formation pour l&#039;autre sexe [...]» (Goffman, 2002: 77).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote5_38r9ebg&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref5_38r9ebg&quot;&gt;5.&lt;/a&gt; Cela n’est pas sans résonance avec la théorie des scripts, lesquels, selon Gagnon, peuvent être vus comme «des schème[s] cognitif[s] organisé[s]» (Gagnon, 2008: 78), comme des dispositifs heuristiques (80).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote6_3k84sld&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref6_3k84sld&quot;&gt;6.&lt;/a&gt; C’est bien ce que l’intertexte confirme: «L’envie», c’est aussi le titre d’une chanson de Johnny Hallyday (12). Celle-ci fait entendre une série d’antithèses, variations sur le thème de «trop tue l’envie»: «qu’on me donne le froid pour que j’aime la flamme / Pour que j’aime ma terre qu’on me donne l’exil / Et qu’on m’enferme un an pour rêver à des femmes / […] On m’a trop donné bien avant l’envie […] Qu’on me donne l’envie / l’envie d’avoir envie». «Qu’on m’enferme un an pour rêver à des femmes», dit le chanteur. On le constate, les genres ne sont pas égaux devant le désir: le locuteur exprime un souhait, la narratrice réalise le projet; un an suffit au locuteur; dix sont nécessaires à la narratrice…&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote7_h7cshll&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref7_h7cshll&quot;&gt;7.&lt;/a&gt;  Voir &lt;em&gt;40 jours et 40 nuits&lt;/em&gt;, de Michael Lehmann.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote8_jj7dzlr&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref8_jj7dzlr&quot;&gt;8.&lt;/a&gt; Selon Raewyn Connell, «la “véritable” masculinité» est pensée «comme inhérente au corps masculin» et ce corps est «conçu comme conduisant et dirigeant l’action (par exemple, les hommes seraient naturellement plus agressifs que les femmes, le viol résulterait d’un désir sexuel incontrôlable ou d’une pulsion violente innée)» (2014: 29). Et si les contours de la «masculinité hégémonique» (2014: 73) sont historiquement et culturellement variables, on pourrait soutenir que l’un des éléments l’attestant réside dans la manifestation d’un appétit sexuel inassouvissable, voire dans la consommation régulière de sexualité.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote9_tu8mspl&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref9_tu8mspl&quot;&gt;9.&lt;/a&gt; Je fais référence au titre d’un entretien entre Judith Butler et Gayle Rubin (2001).&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;/section&gt;&lt;/div&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;«Pendant une longue période, qu’au fond je n’ai à cœur ni de situer dans le temps ni d’estimer ici en nombre d’années, j’ai vécu dans peut-être la pire insubordination de notre époque, qui est l’absence de vie sexuelle» (7). Ainsi débute L’envie, roman de Sophie Fontanel, publié en 2011.&lt;/div&gt;
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 <pubDate>Tue, 22 Feb 2022 20:52:28 +0000</pubDate>
 <dc:creator>Alexia Giroux</dc:creator>
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