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 <title>Observatoire de l&#039;imaginaire contemporain - homophobie</title>
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 <title>Quelle solidarité pour les femmes allosexuelles réfugiées au Canada?</title>
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 <description>&lt;div class=&quot;field field-name-body field-type-text-with-summary field-label-hidden&quot;&gt;
    &lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item even&quot; property=&quot;content:encoded&quot;&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Introduction&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En 2015, sur les 193 États membres de l’Organisation des Nations Unies (ONU), 73 pays criminalisent les actes homosexuels&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref1_legcdho&quot; title=&quot;Sur l’homophobie d’État, voir Itaborahy et Zhu (2013). Selon Borrillo (2000: 13), la notion d’homophobie renvoie tant au rejet de la personne homosexuelle qu’à celui de l’homosexualité.&quot; href=&quot;#footnote1_legcdho&quot;&gt;1&lt;/a&gt;. Il demeure difficile de préciser si ces lois visent aussi la sexualité entre les femmes. Plusieurs législations font abstraction du lesbianisme, négligent de le mentionner ou ne sanctionnent pas les femmes et les hommes gais également (Lennox et Waites, 2013). De plus, si la majorité des lois écrites ou coutumières limitent la criminalisation de l’homosexualité à des actes sexuels, d’autres étendent leur prohibition aux lieux de rencontre, incluant les bars, à la tenue d’événements culturels comme les manifestations de la fierté gaie, et aux familles homoparentales. De par leurs règles culturelles et sociales, et leurs législations, une majorité des pays du monde continue donc de nier l’égalité des droits, la sécurité et la dignité des personnes qui éprouvent du désir en dehors de l’hétéronormativité (Lévy et Ricard, 2013)&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref2_5pdq0lr&quot; title=&quot;Les personnes allosexuelles vont à l’encontre de l’ordre des choses établi par les dieux, la loi, le sens commun ou la nature, et selon lequel les personnes cissexuelles, c’est-à-dire dont le genre assigné correspond à leur anatomie, éprouvent du désir hétérosexuel pour le sexe opposé (masculin ou féminin), mais complémentaire. Cet idéal de cohérence entre le genre, le sexe et le désir est régulé par une grammaire d’intelligibilité, l’hétéronormativité, aussi appelée «matrice hétérosexuelle» (Butler, 1993).&quot; href=&quot;#footnote2_5pdq0lr&quot;&gt;2&lt;/a&gt;, les exposant ainsi à une plus grande vulnérabilité de même qu’à un traitement déshumanisant. La dissimulation de l’orientation homosexuelle, d’une identité de genre non conforme à l’hétéronormativité ou, au contraire, la lutte active et la résistance contre celle-ci, font partie du bagage de survie émotive, physique, sociale et économique des personnes lesbiennes, gaies, bisexuelles, transgenres, intersexes et &lt;em&gt;queers&lt;/em&gt; (LGBTIQ). Néanmoins, pour plusieurs de ces personnes allosexuelles, la fuite du pays devient la seule issue afin de demeurer en vie.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR, 2012) appelle ces demandes d’asile fondées sur l’orientation sexuelle ou sur l’identité de genre, LGBTI.&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref3_amb0lw8&quot; title=&quot;Malgré la mise en garde de l’Organisation pour le Refuge, l’Asile et la Migration (ORAM, 2013, p. 1), qui avait souligné en quoi cette désignation s’appuie sur des construits occidentaux méconnus ou évités dans plusieurs régions du monde, l’acronyme LGBTI est de plus en plus utilisé par les institutions pour parler des personnes ayant une orientation sexuelle et/ou une identité de genre jugées non conformes. L’International Lesbian, Gay, Bisexual, Trans and Intersex Association (ILGA) l’illustre. Le vocable queer est aussi généralement rejeté par ces institutions.&quot; href=&quot;#footnote3_amb0lw8&quot;&gt;3&lt;/a&gt; Les mots utilisés par les réfugiés-es pour s’identifier dans leur culture respective ne sont donc pas retenus, reconduisant ainsi l’idée qu’en dehors de la modernité occidentale, les minorités sexuelles demeurent opprimées, dans le placard, en attente de leur Stonewall. À l’ère de la globalisation, «gay» serait même devenu un terme générique (Leap et Boellstorff, 2004). Bien que privilégiant une position émique&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref4_j3pc2oo&quot; title=&quot;La méthode anthropologique établit une distinction entre le point de vue émique, qui est basé sur le système de pensée et les concepts de la personne ou du groupe interviewés ou observés, et celui du chercheur ou de la chercheure avec son point de vue éthique.&quot; href=&quot;#footnote4_j3pc2oo&quot;&gt;4&lt;/a&gt;, l’identification des migrantes et migrants de ma recherche demeure néanmoins un défi puisque leur propre vocabulaire subit une transition devant l’acquisition d’une nouvelle terminologie normative, nécessaire à leur reconnaissance légale, au Canada. Afin de nommer les personnes ayant une orientation sexuelle et/ou une identité de genre jugées non conformes, et provenant de diverses cultures, mon utilisation du terme «allosexuel», et de ses dérivés, relève dès lors d’un compromis.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;D’invention québécoise, cette appellation masque les différences entre les hommes et les femmes, et entre les personnes cissexuelles et celles qui ne le sont pas. L’allosexualité, comme l’allosexualisation, invite toutefois au décentrement de l’identité gaie. Il serait aussi souhaitable que l’hétérosexualité ne soit plus pensée comme le référent duquel la différenciation&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref5_gh1sl8w&quot; title=&quot;«Allo-»: élément de composition tiré du grec et qui signifie «autre, différent» (Centre national de ressources textuelles et lexicales). Depuis les années 2000, les termes «allosexuel» et «altersexuel», et leurs équivalents au pluriel et au féminin, sont des tentatives de traduction en français du mot «queer», mais qui, contrairement à ce dernier, n’ont généralement pas les mêmes intentions de confrontation politique ni les mêmes connotations de marginalité (voir le Bureau de la traduction du gouvernement fédéral canadien et la note du traducteur de l’article de Walks, 2014, p. 20).&quot; href=&quot;#footnote5_gh1sl8w&quot;&gt;5&lt;/a&gt; se produit et que l’on pense d’emblée en termes de diversité sexuelle. Or, le terme «&lt;em&gt;queer&lt;/em&gt;» qui pourrait s’y employer, porte les mêmes limitations que la désignation-parapluie «allosexuel». S’il est utilisé, toutefois, de manière politique, ce qui ne se fait pas systématiquement, il enjoint à la déstabilisation de l’hétéronormativité et à la critique de la normalisation, et de l’essentialisation des identités sexuelles et de genre. De sorte qu’il m’arrive aussi de parler de personnes LGBTIQ pour rappeler l’existence des &lt;em&gt;queers&lt;/em&gt; et pour souligner l’importance de la vigilance devant le langage institutionnel, les politiques migratoires sélectives des étrangers et étrangères, et les règlementations sur les assemblages du vivre-ensemble. En outre, la critique est nécessaire face au processus judiciaire de l’asile, qui s’inspire des catégories onusiennes. Les réfugiées dont il sera ici question ne s’identifient pas, cependant, comme &lt;em&gt;queers&lt;/em&gt;, mais principalement comme lesbiennes ou bisexuelles.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Je commencerai par décrire le dispositif de la reconnaissance du statut de réfugié au Canada&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref6_peajud1&quot; title=&quot;Cet article s’appuie sur des données recueillies, dans le cadre de ma recherche en cours en anthropologie, sur les notions et les pratiques de justice mobilisées par le droit d’asile au Canada pour les personnes violentées en raison de leur orientation sexuelle et/ou de leur identité de genre.&quot; href=&quot;#footnote6_peajud1&quot;&gt;6&lt;/a&gt;. Puis, je ferai brièvement état de ma démarche ethnographique dans les principales villes où habitent les migrants et migrantes LGBTIQ au pays. Quelques pistes seront alors proposées pour comprendre la faible participation des lesbiennes, femmes bisexuelles et trans dans certains groupes communautaires qui collaborent à ma recherche. Ce sera aussi l’occasion de présenter leurs caractéristiques générales. Dans un troisième temps, j’aborderai à grands traits, avec les risques que cela comporte, le vécu de violence des femmes que j’ai interviewées. Une approche intersectionnelle est indiquée pour appréhender leur processus de subjectivation, dans lequel s’entrecroisent les rapports sociaux de genre et de sexualité et leur statut migratoire. De plus, l’expérience de la racisation des participantes influence le développement de leurs liens de solidarité. Enfin, nous retiendrons que la célébration de l’autonomie et la valorisation de l’énergie sexuelle des femmes repoussent les frontières politiques, affectives, sexuelles et culturelles qui auraient voulu les garder dans une condition victimaire.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;&lt;strong&gt;1. Le dispositif de reconnaissance du statut de réfugié&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Selon la &lt;em&gt;Convention du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés&lt;/em&gt; (ci-après, la &lt;em&gt;Convention&lt;/em&gt;) et le &lt;em&gt;Protocole relatif au statut de réfugié de 1967&lt;/em&gt;, une personne réfugiée est une personne qui craint avec raison d’être persécutée «du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques», et qui «se trouve hors du pays dont elle a la nationalité et qui ne peut ou, du fait de cette crainte, ne veut se réclamer de la protection de ce pays» (HCR, 2007: 16). Depuis les années 1990, les demandes des minorités sexuelles, comme celles des femmes, sont interprétées, au Canada, comme pouvant provenir de personnes faisant partie d’un «certain groupe social» (HCR, 2007: 16), ciblé par des violences spécifiques. Le type de requête LGBTI (HCR, 2012) repose ainsi fondamentalement sur l’établissement de l’orientation sexuelle et/ou de l’identité de genre du demandeur ou de la demandeuse de refuge et sur leur crédibilité. Après avoir déposé une requête écrite, ces derniers passeront en audience, présidée par un ou une commissaire de la Section de la Protection des Réfugiés (SPR). Son rôle est de décider s’ils sont des réfugiés au sens de la &lt;em&gt;Convention&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les dépositions écrites et verbales, et l’ensemble de la preuve, devront donc démontrer principalement trois aspects, dans les délais prescrits par la SPR&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref7_toiu2ku&quot; title=&quot;Depuis décembre 2012, les documents appuyant la requête d’asile doivent être soumis dix jours avant l’audience. Celle-ci se déroulera 30 jours après le dépôt de la demande écrite de refuge, si la personne ne vient pas d’un pays d’origine désigné, ou 60 jours plus tard, si elle vient d’un pays d’origine désigné.&quot; href=&quot;#footnote7_toiu2ku&quot;&gt;7&lt;/a&gt;. Il s’agit de l’appartenance à un groupe social particulier, de l’absence de protection en tout temps et en tous lieux du pays dont le requérant ou la requérante détient la nationalité, de même que de sa victimisation liée à son orientation sexuelle ou à son identité de genre, ou de sa sérieuse éventualité advenant un retour dans le pays. La SPR est un tribunal administratif qui est, en principe, indépendant du gouvernement. Lors de son audience, qui se déroule à huis clos, la personne devrait se sentir à l’aise de raconter son histoire sans subir de contre-interrogatoire. Les demandeurs-euses d’asile peuvent être défendus-es par un-e avocat-e, bénéficier des services d’un-e interprète, et être accompagnés-es par des personnes de leur choix, du moment que le ou la membre de la SPR les accepte. Chaque audience est enregistrée. Depuis la réforme du système d’asile, en décembre 2012, les demandeurs-euses de refuge déboutés-es qui ne proviennent pas de pays d’origine désignés ont la possibilité de porter la décision en appel&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref8_d7snz9p&quot; title=&quot;Pour la liste, voir le site du Ministère de la Citoyenneté et de l’Immigration. L’analyse critique de cette liste problématique pour les minorités sexuelles dépasse le cadre du présent article.&quot; href=&quot;#footnote8_d7snz9p&quot;&gt;8&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 80px;&quot;&gt;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;1.1 Les impacts de la mondialisation sur les décisions de la SPR&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Pour obtenir des informations sur le traitement des personnes allosexuelles dans différents pays, les commissaires et les avocats et avocates recourent aux publications gouvernementales, mais aussi à celles des organisations non gouvernementales qui interviennent sur le terrain. Or, la concentration des luttes militantes contre la décriminalisation de l’homosexualité, qui concerne davantage les hommes qui ont des rapports sexuels avec d’autres hommes, marginalise le vécu des femmes lesbiennes et bisexuelles, qui sont pourtant particulièrement affectées par les lois privées ou par les coutumes qui touchent le mariage et la vie familiale (Amnesty International, 2008; Lennox et Waites, 2013; Sheill, 2009). Le National Centre for Lesbian Rights (2007: 9) soutient aussi que les lois contre la sodomie, la grossière indécence ou qui criminalisent uniquement la sexualité entre les hommes peuvent suggérer, de manière erronée, que la sexualité entre les femmes serait généralement mieux tolérée. Son occultation indique plutôt qu’une sexualité féminine en dehors de l’hétérosexualité demeure un impensé. Ainsi, tandis que les violences systémiques et directes contre les hommes gais sont assez bien documentées, celles contre les lesbiennes (Jensen et Spijkerboer, 2011), les personnes trans, bisexuelles ou intersexes le sont beaucoup moins. Cette absence de données accroît leur difficulté à cumuler des preuves pour étayer leur victimisation, et pour prouver que leur pays ne peut pas les protéger. Qui plus est, l’assimilation des lesbiennes aux hommes gais dans l’expression «gais et lesbiennes», et l’effacement de celles-ci sous les vocables «homosexualité», «homophobie» et «homosexuels», demeurent courants.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Conséquemment, malgré les formations qui sont données à la SPR depuis 1995 (LaViolette, 2013: 195), les stéréotypes sexuels, la méconnaissance des réalités vécues par les femmes dans différents pays, de même que l’ethnocentrisme, continuent d’influencer le processus d’évaluation des demandes d’asile (Lee et Brotman, 2011; Murray, 2011; Rehaag, 2008; Ricard, 2014a, 2014b; Quan, 2012). Les styles de vie et la culture de plusieurs demandeurs et demandeuses d’asile sont différents de ce que les membres de la SPR pensent connaître sur ce que signifie «être gai». Leurs représentations homonormatives&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref9_pn5xuug&quot; title=&quot;L’homonormativité se réfère à la pratique de normalisation des gais et lesbiennes, à travers leur inclusion à un mode de vie domestiqué et de consommation, ainsi qu’au fait de ne plus constituer une menace à l’hétérosexualité ni au néolibéralisme (Duggan, 2002: 179). Ce modèle occidentalocentrique s’est répandu avec la mondialisation du mouvement des droits humains LGBT. Couplée à des sentiments nationalistes, l’homonormativité devient homonationalisme (Puar, 2007) et projette les «autres» contrées et leurs habitants comme étant nuisibles à l’épanouissement des communautés gaies.&quot; href=&quot;#footnote9_pn5xuug&quot;&gt;9&lt;/a&gt; du mode de vie et de l’identité gais masquent aussi les écarts socioéconomiques entre les nationaux et les réfugiés, la condition psychosociale de ceux-ci, les différences de genre et celles entre les personnes cissexuelles et celles qui ne le sont pas. De plus, les notions mêmes d’identité sexuelle et\ou de genre et de communauté LGBT qui tirent leur sens historique de l’évolution des sociétés libérales post-industrielles du Nord global, n’existent pas ou n’ont pas les mêmes résonnances dans les pays d’où viennent la majorité des demandeurs-euses d’asile allosexuels&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref10_8s3my3w&quot; title=&quot;Entre avril 2009 et juin 2011, 120 femmes bisexuelles, gaies, trans et lesbiennes ont déposé une demande d’asile sur les 526 réclamations faites sur la base de la persécution liée à l’orientation sexuelle et/ou à l’identité de genre. Ces demandeurs d’asile venaient principalement du Mexique, puis des Caraïbes. Ces données ont été obtenues grâce à la Loi sur l’accès à l’information, en février 2012. Depuis, les activistes ont remarqué une baisse dramatique du nombre de ressortissantes et ressortissants mexicains. Le fait que le Mexique se retrouve sur la liste des pays «sécuritaires» pourrait l’expliquer. Par contre, les demandeurs-euses de refuge originaires des Caraïbes demeurent nombreux, et ceux et celles d’Afrique et d’Europe de l’Est, incluant la Russie, seraient en hausse.&quot; href=&quot;#footnote10_8s3my3w&quot;&gt;10&lt;/a&gt;. Dans la section suivante, je présenterai certains des organismes qui soutiennent ces migrants et migrantes, ainsi que les femmes réfugiées que j’ai interviewées dans le cadre de ma recherche.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;&lt;strong&gt;2. Présentation des groupes et individus qui ont pris part à la recherche&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 80px;&quot;&gt;&lt;strong&gt;2.1 Mise au point méthodologique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Mon ethnographie sur trois sites, Montréal, Toronto et Vancouver, a débuté en 2010. Au moment des entretiens, les personnes rencontrées étaient: demandeurs-euses d’asile (47), réfugiés-es déboutés-es (5), réfugiés-es acceptés-es (4), anciens-nes commissaires de la SPR (4), activistes (14) et avocats-es (12). Se déroulant habituellement en anglais et de type semi-structuré, les entrevues avec les réfugiés-es ont duré en moyenne une heure trente, mais plusieurs ont évolué en récits de vie&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref11_i7m4kwn&quot; title=&quot;Des observations durant les audiences, la participation dans les associations de soutien pour migrants et migrantes allosexuels, l’accompagnement de ceux-ci durant le processus d’asile, incluant des visites en centre de détention, l’écriture de lettres de soutien et d’appel, les artefacts produits par des activistes et réfugiés-es, les journaux et d’autres types de littérature, ainsi que mes notes de terrain complètent la collecte de données. Sur les lettres de soutien comme objets ethnographiques, voir Ricard (2014a).&quot; href=&quot;#footnote11_i7m4kwn&quot;&gt;11&lt;/a&gt;. Tous les réfugiés-es interviewés-es ont déposé une demande d’asile en sol canadien et la majorité d’entre eux l’ont fait avant la réforme du régime asilaire. Il ne s’agit donc pas de bénéficiaires réinstallés au Canada grâce au &lt;em&gt;Programme de réfugiés pris en charge par le gouvernement&lt;/em&gt;. Trois regroupements communautaires, sur la douzaine que j’ai fréquentés, ont signé une entente de collaboration, soit &lt;em&gt;Action Gaie, lesbienne, bisexuelle, trans et queer avec les ImmigrantEs et réfugiéEs &lt;/em&gt;(AGIR), à Montréal, &lt;em&gt;Among Friends Refugee Peer Support &lt;/em&gt;(Among Friends), à Toronto, et &lt;em&gt;Rainbow Refugee Committee&lt;/em&gt; (Rainbow Refugee), à Vancouver. Ces organismes sont très différents de par la constitution de leurs membres, leur financement, histoire et philosophie politique et d’intervention. Je les ai choisis parce qu’ils sont ouverts à toutes les orientations sexuelles et identités de genre, et qu’ils ne sont pas constitués sur une base ethnique ou religieuse. En incluant ceux et celles que la SPR ne reconnaît pas ou qui sont en attente de statut, la majorité des 56 réfugiés-es interviewés-es avaient participé à l’un de ces groupes ou en étaient toujours membres.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 80px;&quot;&gt;&lt;strong&gt;2.2 Composition des groupes communautaires&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le tiers des membres d’&lt;em&gt;Among Friends&lt;/em&gt;, qui n’accueille que des demandeurs-euses d’asile, sont des femmes lesbiennes et bisexuelles. Depuis la réforme du système d’asile, 70 personnes se réunissent en moyenne, à chaque semaine, tandis qu’auparavant, plus de 150 personnes pouvaient se retrouver. Très peu de femmes trans participent à ce groupe composé à 90% de personnes originaires des anciennes colonies britanniques africaines et caribéennes. Selon la responsable du groupe, elle-même venue au Canada pour y chercher refuge, et qui s’identifie en tant que femme noire lesbienne féministe et &lt;em&gt;queer&lt;/em&gt;&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref12_c70g4rt&quot; title=&quot;Pour les activistes de ces organismes communautaires, le terme queer renvoie généralement à l’auto-identification sexuelle et de genre, à la résistance au pouvoir de désignation des régimes hégémoniques hétéronormatifs et migratoires, à des pratiques anti-oppressives et de solidarité entre résidents-es de pays anciennement colonisés et colonisateurs, et à la décriminalisation du travail du sexe.&quot; href=&quot;#footnote12_c70g4rt&quot;&gt;12&lt;/a&gt;, les participantes viennent au groupe car elles peuvent s’identifier à elle, s’y sentir en sécurité et anticiper qu’elles seront comprises. L’historique du groupe semble appuyer cette explication inspirée des politiques identitaires. À ses débuts, &lt;em&gt;Among Friends&lt;/em&gt;, animé par un homme latino gai, attirait très peu de femmes et de personnes noires.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En revanche, les rencontres mensuelles de &lt;em&gt;Rainbow Refugee &lt;/em&gt;regroupent une dizaine de personnes. Entre 2010 et 2013, j’ai pu compter sur les doigts d’une main les femmes allosexuelles qui ont participé aux réunions de cet organisme, qui sont encadrées par quatre intervenants-es: trois lesbiennes blanches qui s’identifient comme féministes, mais dont deux se disent aussi &lt;em&gt;queers&lt;/em&gt;, et un homme gai originaire du Moyen-Orient&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref13_rqa955w&quot; title=&quot;Depuis, une doctorante s’est jointe à leur équipe. Elle participe au développement des activités et accompagne les migrants et migrantes dans leurs démarches et revendications. Le nombre de participants-es à Rainbow Refugee aurait aussi augmenté.&quot; href=&quot;#footnote13_rqa955w&quot;&gt;13&lt;/a&gt;. Deux de ces intervenants-es ont immigré au Canada avec leurs parents. Pour expliquer la moindre participation des femmes à son groupe, l’une des intervenantes m’a suggéré que ces dernières n’avaient guère les moyens de se diriger vers l’Ouest canadien, depuis leur arrivée à Toronto qui est la plaque tournante des vols aériens au pays.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les participants et participantes de &lt;em&gt;Rainbow Refugee&lt;/em&gt; sont de diverses nationalités et statuts migratoires quoique l’organisation, contrairement à AGIR, n’applique pas une philosophie active de soutien envers les sans-papiers. Sans tête dirigeante, d’allégeance &lt;em&gt;queer&lt;/em&gt;, AGIR regroupe des personnes LGBTIQ racisées et qui ont vécu une expérience migratoire, personnellement ou en tant que groupe familial. L’organisme organise sporadiquement des rencontres et activités pour ses membres, dont une forte proportion est composée de femmes bi, lesbiennes, &lt;em&gt;queers&lt;/em&gt; ou trans et d’étudiantes et étudiants étrangers qui ne sont toutefois pas des requérants-es d’asile.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Selon Jensen et Spijkerboer (2011: 20), «seulement un tiers de tous les demandeurs d’asile dans les pays occidentaux sont des femmes, et [un] pourcentage encore plus faible sont des femmes seules». Nonobstant l’emplacement géographique du Canada et ses politiques migratoires, les groupes communautaires pour migrants-es LGBTIQ, de ce côté-ci de l’Atlantique, accueillent aussi beaucoup plus d’hommes que de femmes réfugiés-es. Falquet et Alarassace (2006) soutiennent, cependant, que «les lesbiennes en mouvement» qui échappent à la violence sexuelle, aux mariages forcés et à l’hétérosexualité obligatoire seraient plus nombreuses que les données françaises le suggèrent. Mais ce pourrait être le cas dans plusieurs pays, d’autant que des considérations économiques peuvent aussi motiver «leur migration politico-sexuelle». L’écart entre le nombre de femmes et d’hommes qui parviennent à demander l’asile demeure néanmoins préoccupant. Dans les prochaines sections, d’autres pistes seront proposées pour expliquer cet écart.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 80px;&quot;&gt;&lt;strong&gt;2.3 Portrait des réfugiées&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dix-neuf des 56 réfugiés-es interviewés-es étaient des femmes allosexuelles qui avaient en moyenne 31 ans. Au moment de l’entrevue, dix d’entre elles s’identifiaient comme lesbiennes, une autre ne parvient toujours pas à s’identifier comme telle, tandis que les huit dernières se sont présentées comme bisexuelles. Sur les neuf participantes qui avaient des enfants, seulement deux habitaient avec ceux-ci au Canada. Les réfugiées interviewées vivent douloureusement la séparation d’avec leurs enfants. Aussi, selon le National Centre for Lesbian Rights (2007), les lesbiennes tardent à fuir leur pays à cause de leurs charges familiales. Deux des interviewées s’étant identifiées comme lesbiennes mères avec moi avaient cependant déclaré aux agents-es d’immigration être bisexuelles. Plusieurs raisons expliquent ce changement. Comme dans le cas des hommes gais et bisexuels interviewés qui m’ont aussi déclaré une autre identité sexuelle que celle inscrite sur leur formulaire d’application pour l’asile, il leur semblait que leur maternité, paternité ou double vie seraient mieux comprises s’ils s’affichaient comme bisexuels. Quant à leur nationalité, douze des participantes sont originaires des Caraïbes, l’une d’elles du Moyen-Orient, une autre de la Corée du sud, alors que les cinq autres sont africaines.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Depuis le moment de leur entretien, onze de ces dix-neuf interviewées ont été acceptées comme réfugiées, deux répondantes bisexuelles ont été déboutées et deux autres sont toujours en attente de leur audience. Parmi les autres candidates à l’asile, l’une se fait dorénavant marrainer&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref14_op3l9tz&quot; title=&quot;Sa requête d’asile a été abandonnée en raison de l’Entente entre le Canada et les États-Unis sur les tiers pays sûrs. Selon celle-ci, toute personne qui transite par nos voisins du sud avant de venir au Canada et qui souhaite postuler pour l’asile doit le faire aux États-Unis, malgré ses lois envers les minorités sexuelles.&quot; href=&quot;#footnote14_op3l9tz&quot;&gt;14&lt;/a&gt;, une lesbienne qui a été expulsée tente de revenir au Canada comme travailleuse migrante temporaire et les deux dernières ne me donnent plus de nouvelles. Je soupçonne qu’elles ont rejoint les rangs grandissants des sans-papiers au pays&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref15_wml6iyy&quot; title=&quot;Sur ce point, voir Wright (2013).&quot; href=&quot;#footnote15_wml6iyy&quot;&gt;15&lt;/a&gt;. Parmi les 56 réfugiés-es interviewés-es, le quart a survécu sans statut légal, souvent durant de nombreuses années. Plusieurs d’entre eux et elles ne savaient pas qu’il était possible de demander l’asile au Canada en raison d’une identité sexuelle ou de genre persécutées.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La majorité des femmes interviewées sont donc arrivées au Canada comme touristes, avant que les règles d’obtention des visas se raffermissent et que leurs prix deviennent faramineux. Trois d’entre elles m’ont cependant dit avoir eu affaire à des passeurs. Dans l’un des cas, la demandeuse d’asile, alors fortunée, avait pu payer le passeur, tandis que dans l’autre situation, c’est en échange de services sexuels qu’un homme a fait les démarches et a avancé l’argent nécessaire afin qu’elle puisse s’échapper. L’autre exilée a bénéficié du soutien financier et logistique d’un organisme de son pays qui lutte en catimini pour les droits des minorités sexuelles, mais plus ouvertement dans le champ du VIH-Sida. Les hommes allosexuels interviewés ont été beaucoup plus nombreux à rentrer au Canada grâce aux réseaux de passeurs, qui sont onéreux et auxquels il faut avoir accès.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Par ailleurs, une seule des réfugiées interviewées est venue à titre d’étudiante étrangère, contrairement aux hommes qui ont participé à ma recherche, chez qui la poursuite des études ou l’obtention d’une formation spécialisée au Canada étaient un scénario plus fréquent. L’accès à la scolarisation marquée par la différence de genre et de classe expliquerait aussi cette variation. Cette répondante était d’ailleurs la seule à posséder un diplôme universitaire, tandis que quatre autres femmes interviewées possédaient l’équivalent d’un diplôme technique. Neuf autres participantes qui avaient complété leurs études secondaires n’avaient toujours pas leur certificat d’équivalence. Huit des participantes écrivaient l’anglais avec difficulté. Une seule des répondantes parlait aisément le français.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;&lt;strong&gt;3. Les violences rapportées par les femmes allosexuelles interviewées&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Parmi les réfugiés interviewés, plus de femmes que d’hommes ont rapporté avoir été agressés sexuellement. Elles l’ont été par des personnes se trouvant généralement dans leur entourage. Deux de ces participantes ont été mariées, sans leur consentement, à des hommes beaucoup plus âgés qu’elles, alors qu’elles étaient mineures. Hormis leurs maris et conjoints, les viols des femmes interviewées ont été commis par un pasteur, père, cousin, médecin, des conjoints d’une mère, amis d’un conjoint, et une mère. De plus, toutes les participantes à la recherche ont été injuriées, tant par des hommes que par des femmes, agressées physiquement et parfois harcelées, mais pas uniquement en raison de la découverte de leur lesbianisme ou de leur identité de genre non conformes, contrairement aux hommes, qui ont subi des représailles quand leur allosexualité était démasquée ou soupçonnée. Le seul fait d’être identifiée comme une femme suffirait pour être victime de violences de genre et de discriminations sexistes. De plus, quoique les pressions sur l’honneur à sauvegarder au sein de la famille ou de la communauté traversent l’ensemble des entretiens, plus de contraintes et de règles à observer s’appliquent aux femmes.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Plus spécifiquement, sept des participantes à la recherche ont rapporté avoir été victimes de violence conjugale. Trois d’entre elles ont dévoilé de sévères cas d’abus et ont été terrorisées par leur conjoint respectif qui appartenait à des bandes criminelles. Plusieurs répondantes ont aussi reçu des menaces de mort de la part de conjoints, d’ex-conjoints, d’un père ou de jeunes de la rue. Parfois, cette menace est mise à exécution: l’amante de l’une des répondantes a ainsi été assassinée. D’autres femmes allosexuelles ont reçu des menaces de viol et le père de l’une d’elles a menacé de la faire interner tout en la frappant. Une des participantes m’a montré sa jambe, ébouillantée par les femmes de son mari polygame, qui la battaient régulièrement.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les exactions sont aussi commises par des gangs que les réfugiés-es appellent «&lt;em&gt;mob justice&lt;/em&gt;» ou «vigilantes», soit des groupes de jeunes hommes qui font les justiciers en se chargeant de faire respecter la morale traditionnelle ou religieuse et les diktats de l’ordre conventionnel des genres. Le voisinage qui joue un rôle de surveillance, de relais de l’information et des rumeurs a souvent été le premier à ébruiter qu’elles avaient des relations sexuelles avec d’autres femmes. Les intrusions dans la vie privée des gens sont fréquentes. La protection de cette dernière est d’ailleurs avidement recherchée par les demandeuses d’asile, qui l’associent à une question de justice. Dans l’un des cas, une voisine qui était aussi la cliente de la personne interviewée a menacé de la dénoncer aux policiers et l’a donc fait chanter. Deux des femmes interviewées ont été accusées de sorcellerie, mais elles n’ont pas subi de rites de purification, contrairement à quelques hommes allosexuels interviewés. L’une de ces «sorcières» a soulevé la suspicion dans son village, car elle n’était pas mariée à vingt-cinq ans et qu’elle faisait de l’éducation sexuelle et féministe auprès des femmes et des filles&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref16_tjcxgb4&quot; title=&quot; Prenant acte de cette discrimination, le comité onusien sur l&#039;élimination de toutes les formes de discrimination à l&#039;égard des femmes (2014: 5) invite les évaluateurs-trices des demandes d’asile à prendre en considération les punitions politiques et religieuses que subissent les féministes, ainsi que les persécutions dont sont victimes les femmes qui ne se conforment pas aux normes de genre prescrites.&quot; href=&quot;#footnote16_tjcxgb4&quot;&gt;16&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les lesbiennes, femmes trans et bisexuelles rencontrées m’ont toutes rapporté qu’il était très risqué de demander aux policiers d’intervenir. Ces derniers banalisent la violence faite aux femmes et en parlent comme d’un problème domestique qui doit être réglé au sein de la famille. De plus, les interviewées sont nombreuses à avoir fait l’objet d’insultes lorsqu’elles ont osé dénoncer l’abus dont elles étaient victimes. L’une des participantes m’a raconté qu’après les avoir sévèrement battues et amenées à comparaître devant son père en pleine nuit, les policiers, de concert avec un autre corps armé chargé de l’ordre public, ont rapporté à la radio l’avoir découverte sans vêtements avec une autre femme. Aucune des participantes à la recherche n’a donc pu obtenir de rapport policier, mais certaines ont pu fournir des rapports médicaux pour leur audience. Leurs agresseurs ne sont donc jamais poursuivis, et l’impunité reste totale. Or pour rapporter des agressions, il faut déjà être considéré-e comme un sujet de droits à part entière, en avoir conscience et connaître ses droits, ce qui ne va pas de soi dans une société où l’égalité entre les sexes n’est pas respectée. Une lesbienne que j’ai interviewée m’a ainsi raconté que sa déclaration avait été discréditée car elle n’était pas corroborée par le témoignage d’un homme.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 80px;&quot;&gt;&lt;strong&gt;3.1&amp;nbsp;Les femmes allosexuelles aux confluents de plusieurs oppressions et espoirs&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Afin de comprendre le vécu rapporté par les allosexuelles réfugiées, leurs demandes de protection, les relations qu’elles tissent, de même que leur capacité à atteindre les frontières canadiennes et à rester au pays, l’adoption d’une perspective englobant leurs multiples appartenances communautaires et identitaires est indiquée. Or, bien que résultant de l’enchevêtrement de rapports de domination, leur classe, race, nationalité, sexualité, statut migratoire et genre, entres autres catégories, s’amalgament selon les subjectivations recherchées dans différentes circonstances. L’approche méthodologique de McCall (2005) sur l’intersectionnalité intracatégorielle, anticatégorielle et intercatégorielle permet d’explorer les solidarités qui entourent les migrantes allosexuelles. Leur développement nécessite de faire des choix, contraints par des circonstances historiques et des rapports d’inégalité, d’autant que la reconnaissance légale demeure la priorité. La perspective intersectionnelle permet, néanmoins, de ne pas limiter mon regard et écoute à cet objectif. Aussi, l’ensemble des facettes de l’intersectionnalité proposées par McCall deviennent intéressantes pour observer et analyser, dans différents contextes impliquant divers actrices et acteurs, comment l’entraide et le soutien qui font partie des échanges s’enracinent.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’approche intra-catégorielle vise donc à montrer la complexité à l’intérieur d’une même catégorie sociale. Ainsi, bien que les demandeurs-euses d’asile se regroupent en raison de leur statut migratoire à &lt;em&gt;Among Friends&lt;/em&gt;, d’autres facteurs stimulent leur participation. La composition sporadique de noyaux où se retrouvaient, d’une part, les femmes bisexuelles et lesbiennes et, d’autre part, les hommes allosexuels, suggère que les membres d’&lt;em&gt;Among Friends&lt;/em&gt; cherchent tant à fraterniser qu’à explorer leur désir sexuel ou sentimental. Genre et orientation sexuelle se dissocient rarement de leurs représentations sur l’identité sexuelle. Qui plus est, les femmes trans socialisaient plus fréquemment du côté des hommes, tandis que ce n’était pas le cas au sein d’AGIR ou de &lt;em&gt;Rainbow Refugee&lt;/em&gt;, la fluidité de ces sous-groupes étant aussi tributaire de l’origine nationale des participantes et participantes et d’une connivence linguistique et religieuse.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;D’utilité moindre pour l’action à court terme, l’intersectionnalité anticatégorielle cherche «à déconstruire les catégories sociales […] pour en montrer le caractère socialement construit, contingent, et reproducteur de l’inégalité sociale» (Rousseau, 2009: 138). Dans le contexte de la SPR, les témoignages des candidats et candidates au refuge dépeignent leur pays comme ne pouvant pas les protéger, tout en parlant de leur insertion dans la société canadienne en tant que personnes ouvertement gaies. Paradoxalement, elles entretiennent alors le discours néocolonialiste et homonationaliste qui positionne le Nord global comme la terre promise de leur sécurité et de leur libération sexuelle&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref17_0tmqamo&quot; title=&quot;Cantú (2009†) a développé cette analyse dans ses travaux sur les réfugiés gais mexicains confrontés au système américain. Pour une critique semblable du dispositif canadien, voir Murray (2014).&quot; href=&quot;#footnote17_0tmqamo&quot;&gt;17&lt;/a&gt;. Les activistes sensibles aux rapports Nord-Sud, et désireux de rester solidaires envers les activistes LGBTIQ qui n’habitent pas dans les pays occidentaux, réalisent, néanmoins, que les membres de leurs associations qui font des dépositions démontrant de tels éléments ont plus de chances d’être acceptés comme réfugiés. Pragmatiques, ils cherchent en premier lieu à les soutenir dans leurs démarches et se réservent la déconstruction de la catégorie normative du réfugié avec sa notion de persécution. Une telle critique ne fera donc pas l’objet des rencontres collectives dans leurs organisations respectives, mais sera l’objet de partage lors des discussions entre activistes ou chercheurs-es.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’analyse intercatégorielle prend pour acquis que des relations d’inégalité existent entre les groupes sociaux et les analyse en créant des comparaisons entre plusieurs groupes (McCall, 2005). Cette analyse s’actualise par les pratiques des organismes communautaires qui mettent l’accent sur la dénonciation du racisme, les questions de la migration forcée et de l’intégration à la société en étant indissociables. Ainsi, le racisme reconduit par le système asilaire est combattu en réclamant l’abolition de la liste des pays d’origine désignés ou le rétablissement des soins de santé pour les réfugiés. La racisation qui est aussi porteuse d’un historique rappelle, plus spécifiquement, qu’avoir la peau noire ne signifie pas uniquement être minoritaire au sein d’une société. On le devient parmi les Blancs et les Blanches qui ont réduit en esclavage des peuples libres, les ont colonisés-es et continuent d’exploiter leurs ressources, en cette ère postcoloniale de la mondialisation. À &lt;em&gt;Among Friends&lt;/em&gt;, cette analyse intercatégorielle se fait donc aussi de manière implicite pendant que les solidarités entre les personnes de couleur noire se cimentent tel un réflexe intrinsèque. Traversés par une mémoire collective qui se décline dans les fiertés nationales, les liens de solidarité sont aussi motivés par le besoin d’entraide, qui repose sur la logique du don-contre-don. Des ressources économiques et matérielles sont mises en commun, de même que les connaissances sur le processus juridico-administratif du refuge et sur la communauté LGBTIQ.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Cherchant à créer une cohésion de groupe et à développer un sentiment d’appartenance, les organismes communautaires misent donc sur les convergences entre leurs membres, soit le combat contre la pauvreté, la sécurisation de leur statut migratoire, leur allosexualité, de même que le fait d’être racisés-es. Bien que nous ayons vu que les femmes allosexuelles réfugiées avaient subi des discriminations systémiques et des violences en raison de leur genre, la lutte contre la violence faite aux femmes n’apparaît pas à l’agenda des participants-es. Les comportements sexistes ne sont toutefois pas tolérés au sein des groupes&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref18_6haky4w&quot; title=&quot;Le budget d’Among Friends ayant augmenté récemment, la responsable du groupe a comme dessein de constituer deux comités afin que les femmes et les jeunes puissent se retrouver.&quot; href=&quot;#footnote18_6haky4w&quot;&gt;18&lt;/a&gt;. Ainsi, les liens de confiance entre les membres des groupes s’organisent selon l’appartenance raciale, l’orientation sexuelle, le genre, l’origine nationale, religieuse et ethnique. La langue, et si possible le dialecte, servent aussi de vecteurs rassembleurs significatifs dans cette terre peuplée d’inconnus.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 80px;&quot;&gt;&lt;strong&gt;3.2 La solidarité entre les femmes allosexuelles réfugiées&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;AGIR, &lt;em&gt;Rainbow Refugee&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Among Friends&lt;/em&gt; s’impliquent généralement dans les activités pour célébrer la Fierté. Ces organismes se mobilisent aussi lors de la Journée mondiale des réfugiés et dans le cadre de la Journée internationale de lutte contre l’homophobie et la transphobie. Les limites de l’inclusion de la lesbophobie et de la biphobie à la lutte contre l’homophobie apparaissent dans le discours des &amp;nbsp; &amp;nbsp;réfugiés-es interrogés-es, qui ne perçoivent pas les rapports entre celle-ci, la transphobie et le sexisme. Leur connaissance historique des luttes pour les droits des minorités sexuelles s’inscrit dans l’historiographie dominante du mouvement gai et lesbien, qui débute avec Stonewall et dont l’iconographie et les revendications se sont mondialisées grâce à l’Internet. Seules deux lesbiennes et une bisexuelle interviewées qui ont participé à des regroupements féministes tenaient un discours plus politique sur les rapports entre le sexisme et l’homophobie.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Selon Chamberland et ses collègues (2012: 5), le «concept hégémonique d’homophobie peut occulter l’oppression des lesbiennes en tant que femmes et homosexuelles» et «conduire à renouveler la violence symbolique» dirigée contre celles-ci, la notion d’homophobie rendant impossible leur exclusion de la catégorie des personnes homosexuelles mais pouvant les exclure de celle des femmes. Du coup, les lesbiennes peuvent être perçues comme bénéficiant d’un meilleur traitement social que les hommes gais, infériorisés à l’instar des femmes (Chamberland &lt;em&gt;et al&lt;/em&gt;, 2012: 6). Or, les violences rapportées par les femmes allosexuelles interviewées témoignent du contraire. Qui plus est, pour la majorité d’entre elles, leur identification comme lesbiennes ou bisexuelles ne place pas en opposition les composantes «femme» et «homosexuelle» de leur subjectivité. Leurs réalités et les significations qu’elles donnent à ces catégories restent cependant méconnues.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les femmes allosexuelles réfugiées payent le prix de leur autonomie sexuelle en rejetant les diktats du pouvoir patriarcal et son honneur. Elles trouvent la force pour valoriser la libération de leur énergie sexuelle, sans nier la nécessité de leur indépendance financière et des changements législatifs&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref19_xnli1xe&quot; title=&quot;Sur l’indivisibilité des droits humains concernant l’autonomie sexuelle des femmes, voir Waites (2009).&quot; href=&quot;#footnote19_xnli1xe&quot;&gt;19&lt;/a&gt;. Or, les histoires familiales des femmes caribéennes, en particulier, rappellent que la quête du travail les pousse depuis des générations à la tête de chaînes migratoires, appuyées par leurs réseaux féminins qui s’occupent des enfants (Ho, 1999). Leur sexualité hors normes ébranle, néanmoins, ces solidarités et interpelle leur développement avec des femmes allosexuelles, ainsi qu’avec des alliés-es. Devant ces défis provoqués par l’imbrication des inégalités, mais aussi par les perspectives d’un avenir meilleur, le plaisir et le pouvoir de la sexualité des femmes allosexuelles sont célébrés au sein des regroupements. Leur atmosphère n’est donc jamais victimaire et se vit sous le signe de la fierté et de la communauté retrouvée.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’intersectionnalité est de mise pour aborder le vécu et la subjectivation des femmes allosexuelles migrantes&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref20_0k3tu5g&quot; title=&quot;Sur l’intégration d’une perspective queer et historicisée aux approches intersectionnelles, voir Taylor et al. (2011).&quot; href=&quot;#footnote20_0k3tu5g&quot;&gt;20&lt;/a&gt;. Les données à leur sujet sont rares et ce champ d’études complexe reste à développer, à plus forte raison lorsqu’elles revendiquent un statut de réfugiée. L’entrecroisement des systèmes oppressifs de classe, race, genre et sexualité explique en partie leur présence moindre dans les groupes communautaires. La manière dont ces réfugiées nomment et parlent de leurs réalités pose aussi d’intéressants défis à la recherche transculturelle. De plus, un questionnement critique sur l’essentialisme identitaire, soit l’une des limites de l’intersectionnalité, est à garder en tête; la mise en contexte des subjectivités permettant de mieux saisir les aspirations et réalités des personnes que l’ouverture statique d’une catégorie à leur inclusion (Hunter et De Simone, 2009).&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Du côté des organismes communautaires qui collaborent à ma recherche, AGIR articule un discours qui remet en question cet essentialisme identitaire. Pour ce qui est d’&lt;em&gt;Among Friends&lt;/em&gt;, et dans une moindre mesure de &lt;em&gt;Rainbow Refugee&lt;/em&gt;, si le discours essentialiste y perdure avec force, leurs participants et participantes sont invités-es à faire sens de leurs spécificités identitaires et à surmonter les obstacles qui les maintiennent dans des espaces et des rôles de subordination. Les leaders de ces organismes, qui sont majoritairement des lesbiennes, deviennent ainsi des modèles de leur possible émancipation. Ces organismes qui travaillent à la reconnaissance d’une citoyenneté substantive pour l’ensemble de leurs membres nous lancent une question: de quelle solidarité témoignons-nous à l’égard des migrants et migrantes allosexuels-les?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong style=&quot;font-size: 0.8125rem;&quot;&gt;Références&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;AMNESTY INTERNATIONAL. 2008. &lt;em&gt;Love, hate and the law. Decriminalizing homosexuality&lt;/em&gt;, 68 p. En ligne: &amp;nbsp;&lt;br&gt;&lt;a href=&quot;https://www.amnesty.org/fr/documents/POL30/003/2008/en/.Consult&quot;&gt;https://www.amnesty.org/fr/documents/POL30/003/2008/en/.Consult&lt;/a&gt;é le 2 novembre 2015.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BORRILLO, Daniel. 2000. &lt;em&gt;L’homophobie&lt;/em&gt;. Paris: Presses universitaires de France, coll. «Que-sais-je ?».&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BUTLER, Judith. 1993. &lt;em&gt;Bodies That Matter : On the Discursive Limits of &quot;Sex&quot;&lt;/em&gt;. New York: Routledge.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;CANTÚ, Lionel. 2009†. &lt;em&gt;The Sexuality of Migration: Border Crossings and Mexican Immigrant Men&lt;/em&gt;. New York: New York University Press.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;CHAMBERLAND, Line et Christelle LEBRETON, avec la coll. de Michaël BERNIER. 2012. &lt;em&gt;Stratégies des travailleuses lesbiennes face à la discrimination. Contrer l’hétéronormativité des milieux de travail&lt;/em&gt;, Montréal: Cahier de l’Institut de recherches et d’études féministes, Université du Québec à Montréal, coll. «Agora», no 3. En ligne:&amp;nbsp;&lt;a href=&quot;https://iref.uqam.ca/upload/files/Cahier_Agora_no3-2_en_ligne.pdf&quot;&gt;https://iref.uqam.ca/upload/files/Cahier_Agora_no3-2_en_ligne.pdf&lt;/a&gt;. Consulté le 26 octobre 2014.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;DUGGAN, Lisa. 2002. «The New Homonormativity: The Sexual Politics of Neoliberalism», dans &lt;em&gt;Materializing Democracy: Toward a Revitalized Cultural Politics&lt;/em&gt;, sous la dir. de Russ CASTRONOVO et de Dana D. NELSON, Durham: Duke University Press, p. 175-194.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;FALQUET, Jules et Sabreen ALARASSACE. 2006. «Les femmes parties de leur pays en raison de leur lesbianisme: un état des connaissances en France aujourd’hui». &lt;em&gt;REVUE Asylon(s)&lt;/em&gt;, no 1, octobre. En ligne: &lt;a href=&quot;http://www.reseau-terra.eu/article483.html&quot;&gt;http://www.reseau-terra.eu/article483.html&lt;/a&gt;. Consulté le 2 novembre 2012.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;HAUT COMMISSARIAT DES NATIONS UNIES POUR LES RÉFUGIÉS. &lt;em&gt;2007. Convention et Protocole relatifs au statut des réfugiés&lt;/em&gt;, Genève, 56 p. En ligne: &lt;a href=&quot;http://www.unhcr.fr/4b14f4a62.html?_ga=1.214522708.251770489.1389727192&quot;&gt;http://www.unhcr.fr/4b14f4a62.html?_ga=1.214522708.251770489.1389727192&lt;/a&gt;. Consulté le 13 janvier 2014.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;HAUT COMMISSARIAT DES NATIONS UNIES POUR LES RÉFUGIÉS. 2012. &lt;em&gt;Principes directeurs sur la protection internationale no. 9: Demandes de statut de réfugié fondées sur l’orientation sexuelle et/ou de genre dans le contexte de l’article 1A (2) de la Convention de 1951 et/ou de son Protocole de 1967 relatifs au statut des réfugiés&lt;/em&gt;, 23 octobre, 32 p. En ligne: &lt;a href=&quot;http://refworld.org/cgi-bin/texis/vtx/rwmain/opendocpdf.pdf?reldoc=y&amp;amp;docid=52d8facd4.Consult&quot;&gt;http://refworld.org/cgi-bin/texis/vtx/rwmain/opendocpdf.pdf?reldoc=y&amp;amp;doc...&lt;/a&gt;é le 2 novembre 2015.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;HO, Christine G. T. 1999. «Caribbean Transnationalism as a Gendered Process». &lt;em&gt;Latin American Perspectives&lt;/em&gt;, vol. 26, no 5, p. 34-54. En ligne: &lt;a href=&quot;http://www.jstor.org/stable/2633969&quot;&gt;http://www.jstor.org/stable/2633969&lt;/a&gt;. Consulté le 28 février 2008.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;HUNTER, Rosemary et Tracey De SIMONE. 2009. «Identifying Disadvantage: Beyond Intersectionality», dans &lt;em&gt;Intersectionality and Beyond. Law, Power and the Politics of Location&lt;/em&gt;, sous la dir. d’Emily GRABHAM, Davina COOPER, Jane KRISHNADAS et Didi HERMAN, New York: Routledge-Cavendish, p. 159-182.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;ITABORAHY, Lucas P. et Jingshu ZHU. 2013. &lt;em&gt;A World Survey of Laws: Criminalisation, Protection and Recognition of Same-Sex Love, International Lesbian, Gay, Bisexual, Trans and Intersex Association&lt;/em&gt;, 110 p. En ligne:&amp;nbsp;&lt;a href=&quot;http://old.ilga.org/Statehomophobia/ILGA_State_Sponsored_Homophobia_2013.pdf&quot;&gt;http://old.ilga.org/Statehomophobia/ILGA_State_Sponsored_Homophobia_2013...&lt;/a&gt;. Consulté le 13 janvier 2014.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;JENSEN, Sabine et Thomas SPIJKERBOER. 2011. &lt;em&gt;Fleeing Homophobia: Demandes d’asile liées à l’orientation sexuelle et à l’identité sexuelle en Europe&lt;/em&gt;, Amsterdam: Université Libre d’Amsterdam, 94 p. En ligne: &amp;nbsp;&lt;a href=&quot;http://www.rechten.vu.nl/nl/Images/web_110098_FH_FR_tcm22-243075.pdf&quot;&gt;http://www.rechten.vu.nl/nl/Images/web_110098_FH_FR_tcm22-243075.pdf&lt;/a&gt;. &amp;nbsp;Consulté le 13 mai 2014.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;LaVIOLETTE, Nicole. 2013. «Overcoming Problems with Sexual Minority Refugee Claims. Is LGBT Cultural Competency Training the Solution?», dans &lt;em&gt;Fleeing Homophobia. Sexual Orientation, Gender Identity and Asylum&lt;/em&gt;, sous la dir. de Thomas SPIJKERBOER, New York: Routledge, p. 189-216.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;LEAP, William et Tom BOELLSTORFF. 2004. &lt;em&gt;Speaking in Queer Tongues: Globalization and Gay Language&lt;/em&gt;. Chicago: University of Illinois Press.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;LEE, Edward O.J. et Shari BROTMAN. 2011. «Identity, Refugeeness, Belonging: Experiences of Sexual Minority Refugees in Canada». &lt;em&gt;Canadian Review of Sociology&lt;/em&gt;, vol. 48, no 3, p. 241–274.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;LENNOX, Corinne et Matthew WAITES (dir.). 2013. H&lt;em&gt;uman Rights, Sexual Orientation and Gender Identity in the Commonwealth: Struggles for Decriminalisation and Change&lt;/em&gt;. Londres: Institute of Commonwealth Studies, University of London, 562 p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;LÉVY, Joseph J. et Nathalie RICARD. 2013. «Droits humains et minorités sexuelles», dans &lt;em&gt;Droits et cultures en mouvements&lt;/em&gt;, sous la dir. de Francine SAILLANT et Karoline TRUCHON, Québec: Presses de l’Université Laval, p. 101–130.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;McCALL, Leslie. 2005. «The Complexity of Intersectionality». &lt;em&gt;Journal of Women in Culture and Society&lt;/em&gt;, vol. 30, no 3, p. 1771–1800. En ligne: &lt;a href=&quot;http://www.journals.uchicago.edu/doi/pdf/10.1086/426800&quot;&gt;http://www.journals.uchicago.edu/doi/pdf/10.1086/426800&lt;/a&gt;. Consulté le 9 mai 2011.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;MINISTÈRE DE LA CITOYENNETÉ ET DE L’IMMIGRATION. 2012. «Pays d’origine désigné», Gouvernement du Canada. En ligne: &lt;a href=&quot;http://www.cic.gc.ca/francais/refugies/reforme-surs.asp&quot;&gt;http://www.cic.gc.ca/francais/refugies/reforme-surs.asp&lt;/a&gt;. Consulté le 13 janvier 2014.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;MURRAY, David A. B. 2014. «The Challenge of Home for Sexual Orientation and Gendered Identity Refugees in Toronto». &lt;em&gt;Journal of Canadian studies&lt;/em&gt;, vol. 48, no.1, p. 132-152. En ligne: &lt;a href=&quot;http://muse.jhu.edu.acces.bibl.ulaval.ca/journals/journal_of_canadian_studies/v048/48.1.murray.pdf&quot;&gt;http://muse.jhu.edu.acces.bibl.ulaval.ca/journals/journal_of_canadian_st...&lt;/a&gt;. Consulté le 17 septembre 2014.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;MURRAY, David A. B. 2011. «Becoming Queer Here: Integration and Adaptation Experiences of Sexual Minority Refugees in Toronto». &lt;em&gt;Refuge&lt;/em&gt;, vol. 28, no 2, p.127–132.&amp;nbsp;En ligne: &lt;a href=&quot;http://connection.ebscohost.com/c/articles/91691216/becoming-queer-here-integration-adaptation-experiences-sexual-minority-refugees-toronto&quot;&gt;http://connection.ebscohost.com/c/articles/91691216/becoming-queer-here-...&lt;/a&gt;. Consulté le 12 janvier 2013.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;NATIONAL CENTER FOR LESBIAN RIGHTS. 2007. &lt;em&gt;The Challenges to Successful Lesbian Asylum Claim&lt;/em&gt;, San Francisco.&amp;nbsp;&lt;br&gt;En ligne: &lt;a href=&quot;http://www.nclrights.org/wp-content/uploads/2013/04/Resources_Challenges_Lesbian_Asylum_Claims.pdf&quot;&gt;http://www.nclrights.org/wp-content/uploads/2013/04/Resources_Challenges...&lt;/a&gt;. Consulté le 13 mai 2014.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;ORGANISATION POUR LE REFUGE, L’ASILE ET LA MIGRATION. 2013. &lt;em&gt;Les impasses: La lutte invisible des personnes réfugiées lesbiennes, gays, bisexuelles, transgenres et intersexuées dans les zones urbaines au Mexique, en Ouganda et en Afrique du Sud. Partie 1&lt;/em&gt;, Synthèse, San Francisco.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;PUAR, Jasbir. 2007. &lt;em&gt;Terrorist Assemblages: Homonationalism in Queer Times&lt;/em&gt;. Durham: Duke University Press.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;QUAN, Douglas. 2012. «Immigration Officer Shoots Down Residency Claimant for Failing to Prove He’s Gay». &lt;em&gt;Ottawa Citizen&lt;/em&gt;, Ottawa, 10 juillet. En ligne: &lt;a href=&quot;http://o.canada.com/2012/07/10/immigration-officer-shoots-down-residency-claimant-for-failing-to-prove-hes-gay/&quot;&gt;http://o.canada.com/2012/07/10/immigration-officer-shoots-down-residency...&lt;/a&gt;. Consulté le 2 mars 2013.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;REHAAG, Sean. 2008. «Patrolling the Borders of Sexual Orientation: Bisexual Refugee Claimants in Canada». &lt;em&gt;McGill Law Journal&lt;/em&gt;, vol. 53, no 1, p. 59–102.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;RICARD, Nathalie. 2014a. «Testimonies of LGBTIQ Refugees as Cartographies of Political, Sexual and Emotional Borders». &lt;em&gt;Journal of Language and Sexuality, &lt;/em&gt;vol. 3, no 1, p. 28–59.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;RICARD, Nathalie. 2014b. «Que faut-il taire &#039;&#039;quand dire, c’est faire&#039;&#039;? L’audience d’un demandeur d’asile à l’identité de genre hétérodoxe». &lt;em&gt;Culture-Kairós. Revue d’anthropologie des pratiques corporelles et des arts vivants&lt;/em&gt;, no 4. En ligne: &lt;a href=&quot;http://revues.mshparisnord.org/cultureskairos/&quot;&gt;http://revues.mshparisnord.org/cultureskairos/&lt;/a&gt; index.php?id=925. Consulté le 15 avril 2015.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;ROUSSEAU, Stéphanie. 2009. «Genre et ethnicité racialisée en Bolivie : pour une étude intersectionnelle des mouvements sociaux». &lt;em&gt;Sociologie et sociétés&lt;/em&gt;, vol. 41, no 2, p. 135-60. En ligne: &lt;a href=&quot;http://id.erudit.org/iderudit/039262ar&quot;&gt;http://id.erudit.org/iderudit/039262ar&lt;/a&gt;. Consulté le 15 avril 2015.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;SHEILL, Kate. 2009. «Losing Out in the Intersections: Lesbians, Human rights, Law and Activism». &lt;em&gt;Contemporary Politics, The Global Politics of LGBT Human Rights&lt;/em&gt;, vol. 15, no 1, p. 55–71.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;TAYLOR, Yvette, Sally HINES et Mark CASEY. 2011. &lt;em&gt;Theorizing Intersectionality and Sexuality&lt;/em&gt;. Londres: Palgrave MacMillan.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;UNITED NATIONS COMMITTEE ON THE ELIMINATION OF DISCRIMINATION AGAINST WOMEN (CEDAW). 2014. &lt;em&gt;General Recommendation No. 32 On the Gender-Related Dimensions of Refugee Status, Asylum, Nationality and Statelessness of Women&lt;/em&gt;, 5 novembre, 20 p. En ligne: &lt;a href=&quot;http://www.refworld.org/docid/54620fb54.html&quot;&gt;http://www.refworld.org/docid/54620fb54.html&lt;/a&gt;. Consulté le 13 novembre 2014.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;WAITES, Matthew. 2009. «Critique of ‘Sexual Orientation’ and ‘Gender Identity’ in Human Rights Discourse: Global Queer Politics Beyond the Yogyakarta Principles». &lt;em&gt;Contemporary Politics, The Global Politics of LGBT Human Rights&lt;/em&gt;, vol. 15, no 1, p. 137-56.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;WALKS, Michelle. 2014. «&#039;&#039;Nous sommes ici et nous sommes &lt;em&gt;queer&lt;/em&gt; !&#039;&#039;: Une introduction aux études sur l’anthropologie queer». &lt;em&gt;Anthropologica&lt;/em&gt;, thématique sur l’anthropologie queer, vol. 56, no 1, p. 17-20.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;WRIGHT, Cynthia. 2013. «The Museum of Illegal Immigration: Historical Perspectives on the Production of Non-citizens and Challenges to Immigration Controls», in &lt;em&gt;Producing and Negotiating Non-citizenship: Precarious Legal Status in Canada&lt;/em&gt;, sous la dir. de Luin GOLDRING et Patricia LANDOLT, Toronto: University of Toronto Press, p. 31-53.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;

&lt;section  class=&quot;footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed&quot; data-collapsible-show-label=&quot;Notes&quot; data-collapsible-hide-label=&quot;Notes&quot;&gt;&lt;ul class=&quot;footnotes collapsible-content&quot;&gt;&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote1_legcdho&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref1_legcdho&quot;&gt;1.&lt;/a&gt; Sur l’homophobie d’État, voir Itaborahy et Zhu (2013). Selon Borrillo (2000: 13), la notion d’homophobie renvoie tant au rejet de la personne homosexuelle qu’à celui de l’homosexualité.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote2_5pdq0lr&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref2_5pdq0lr&quot;&gt;2.&lt;/a&gt; Les personnes allosexuelles vont à l’encontre de l’ordre des choses établi par les dieux, la loi, le sens commun ou la nature, et selon lequel les personnes cissexuelles, c’est-à-dire dont le genre assigné correspond à leur anatomie, éprouvent du désir hétérosexuel pour le sexe opposé (masculin ou féminin), mais complémentaire. Cet idéal de cohérence entre le genre, le sexe et le désir est régulé par une grammaire d’intelligibilité, l’hétéronormativité, aussi appelée «matrice hétérosexuelle» (Butler, 1993).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote3_amb0lw8&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref3_amb0lw8&quot;&gt;3.&lt;/a&gt; Malgré la mise en garde de l’Organisation pour le Refuge, l’Asile et la Migration (ORAM, 2013, p. 1), qui avait souligné en quoi cette désignation s’appuie sur des construits occidentaux méconnus ou évités dans plusieurs régions du monde, l’acronyme LGBTI est de plus en plus utilisé par les institutions pour parler des personnes ayant une orientation sexuelle et/ou une identité de genre jugées non conformes. L’International Lesbian, Gay, Bisexual, Trans and Intersex Association (ILGA) l’illustre. Le vocable &lt;em&gt;queer&lt;/em&gt; est aussi généralement rejeté par ces institutions.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote4_j3pc2oo&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref4_j3pc2oo&quot;&gt;4.&lt;/a&gt; La méthode anthropologique établit une distinction entre le point de vue émique, qui est basé sur le système de pensée et les concepts de la personne ou du groupe interviewés ou observés, et celui du chercheur ou de la chercheure avec son point de vue éthique.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote5_gh1sl8w&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref5_gh1sl8w&quot;&gt;5.&lt;/a&gt; «Allo-»: élément de composition tiré du grec et qui signifie «autre, différent» (Centre national de ressources textuelles et lexicales). Depuis les années 2000, les termes «allosexuel» et «altersexuel», et leurs équivalents au pluriel et au féminin, sont des tentatives de traduction en français du mot «&lt;em&gt;queer&lt;/em&gt;», mais qui, contrairement à ce dernier, n’ont généralement pas les mêmes intentions de confrontation politique ni les mêmes connotations de marginalité (voir le Bureau de la traduction du gouvernement fédéral canadien et la note du traducteur de l’article de Walks, 2014, p. 20).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote6_peajud1&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref6_peajud1&quot;&gt;6.&lt;/a&gt; Cet article s’appuie sur des données recueillies, dans le cadre de ma recherche en cours en anthropologie, sur les notions et les pratiques de justice mobilisées par le droit d’asile au Canada pour les personnes violentées en raison de leur orientation sexuelle et/ou de leur identité de genre.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote7_toiu2ku&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref7_toiu2ku&quot;&gt;7.&lt;/a&gt; Depuis décembre 2012, les documents appuyant la requête d’asile doivent être soumis dix jours avant l’audience. Celle-ci se déroulera 30 jours après le dépôt de la demande écrite de refuge, si la personne ne vient pas d’un pays d’origine désigné, ou 60 jours plus tard, si elle vient d’un pays d’origine désigné.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote8_d7snz9p&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref8_d7snz9p&quot;&gt;8.&lt;/a&gt; Pour la liste, voir le site du Ministère de la Citoyenneté et de l’Immigration. L’analyse critique de cette liste problématique pour les minorités sexuelles dépasse le cadre du présent article.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote9_pn5xuug&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref9_pn5xuug&quot;&gt;9.&lt;/a&gt; L’homonormativité se réfère à la pratique de normalisation des gais et lesbiennes, à travers leur inclusion à un mode de vie domestiqué et de consommation, ainsi qu’au fait de ne plus constituer une menace à l’hétérosexualité ni au néolibéralisme (Duggan, 2002: 179). Ce modèle occidentalocentrique s’est répandu avec la mondialisation du mouvement des droits humains LGBT. Couplée à des sentiments nationalistes, l’homonormativité devient homonationalisme (Puar, 2007) et projette les «autres» contrées et leurs habitants comme étant nuisibles à l’épanouissement des communautés gaies.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote10_8s3my3w&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref10_8s3my3w&quot;&gt;10.&lt;/a&gt; Entre avril 2009 et juin 2011, 120 femmes bisexuelles, gaies, trans et lesbiennes ont déposé une demande d’asile sur les 526 réclamations faites sur la base de la persécution liée à l’orientation sexuelle et/ou à l’identité de genre. Ces demandeurs d’asile venaient principalement du Mexique, puis des Caraïbes. Ces données ont été obtenues grâce à la &lt;em&gt;Loi sur l’accès à l’information&lt;/em&gt;, en février 2012. Depuis, les activistes ont remarqué une baisse dramatique du nombre de ressortissantes et ressortissants mexicains. Le fait que le Mexique se retrouve sur la liste des pays «sécuritaires» pourrait l’expliquer. Par contre, les demandeurs-euses de refuge originaires des Caraïbes demeurent nombreux, et ceux et celles d’Afrique et d’Europe de l’Est, incluant la Russie, seraient en hausse.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote11_i7m4kwn&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref11_i7m4kwn&quot;&gt;11.&lt;/a&gt; Des observations durant les audiences, la participation dans les associations de soutien pour migrants et migrantes allosexuels, l’accompagnement de ceux-ci durant le processus d’asile, incluant des visites en centre de détention, l’écriture de lettres de soutien et d’appel, les artefacts produits par des activistes et réfugiés-es, les journaux et d’autres types de littérature, ainsi que mes notes de terrain complètent la collecte de données. Sur les lettres de soutien comme objets ethnographiques, voir Ricard (2014a).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote12_c70g4rt&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref12_c70g4rt&quot;&gt;12.&lt;/a&gt; Pour les activistes de ces organismes communautaires, le terme &lt;em&gt;queer&lt;/em&gt; renvoie généralement à l’auto-identification sexuelle et de genre, à la résistance au pouvoir de désignation des régimes hégémoniques hétéronormatifs et migratoires, à des pratiques anti-oppressives et de solidarité entre résidents-es de pays anciennement colonisés et colonisateurs, et à la décriminalisation du travail du sexe.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote13_rqa955w&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref13_rqa955w&quot;&gt;13.&lt;/a&gt; Depuis, une doctorante s’est jointe à leur équipe. Elle participe au développement des activités et accompagne les migrants et migrantes dans leurs démarches et revendications. Le nombre de participants-es à &lt;em&gt;Rainbow Refugee&lt;/em&gt; aurait aussi augmenté.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote14_op3l9tz&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref14_op3l9tz&quot;&gt;14.&lt;/a&gt; Sa requête d’asile a été abandonnée en raison de l’&lt;em&gt;Entente entre le Canada et les États-Unis sur les tiers pays sûrs&lt;/em&gt;. Selon celle-ci, toute personne qui transite par nos voisins du sud avant de venir au Canada et qui souhaite postuler pour l’asile doit le faire aux États-Unis, malgré ses lois envers les minorités sexuelles.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote15_wml6iyy&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref15_wml6iyy&quot;&gt;15.&lt;/a&gt; Sur ce point, voir Wright (2013).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote16_tjcxgb4&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref16_tjcxgb4&quot;&gt;16.&lt;/a&gt;  Prenant acte de cette discrimination, le comité onusien sur l&#039;élimination de toutes les formes de discrimination à l&#039;égard des femmes (2014: 5) invite les évaluateurs-trices des demandes d’asile à prendre en considération les punitions politiques et religieuses que subissent les féministes, ainsi que les persécutions dont sont victimes les femmes qui ne se conforment pas aux normes de genre prescrites.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote17_0tmqamo&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref17_0tmqamo&quot;&gt;17.&lt;/a&gt; Cantú (2009†) a développé cette analyse dans ses travaux sur les réfugiés gais mexicains confrontés au système américain. Pour une critique semblable du dispositif canadien, voir Murray (2014).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote18_6haky4w&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref18_6haky4w&quot;&gt;18.&lt;/a&gt; Le budget d’&lt;em&gt;Among Friends &lt;/em&gt;ayant augmenté récemment, la responsable du groupe a comme dessein de constituer deux comités afin que les femmes et les jeunes puissent se retrouver.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote19_xnli1xe&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref19_xnli1xe&quot;&gt;19.&lt;/a&gt; Sur l’indivisibilité des droits humains concernant l’autonomie sexuelle des femmes, voir Waites (2009).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote20_0k3tu5g&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref20_0k3tu5g&quot;&gt;20.&lt;/a&gt; Sur l’intégration d’une perspective &lt;em&gt;queer&lt;/em&gt; et historicisée aux approches intersectionnelles, voir Taylor &lt;em&gt;et al.&lt;/em&gt; (2011).&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;/section&gt;&lt;/div&gt;
      &lt;/div&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;Je commencerai par décrire le dispositif de la reconnaissance du statut de réfugié au Canada. Puis, je ferai brièvement état de ma démarche ethnographique dans les principales villes où habitent les migrants et migrantes LGBTIQ au pays. Quelques pistes seront alors proposées pour comprendre la faible participation des lesbiennes, femmes bisexuelles et trans dans certains groupes communautaires qui collaborent à ma recherche. Ce sera aussi l’occasion de présenter leurs caractéristiques générales. Dans un troisième temps, j’aborderai à grands traits, avec les risques que cela comporte, le vécu de violence des femmes que j’ai interviewées. Une approche intersectionnelle est indiquée pour appréhender leur processus de subjectivation, dans lequel s’entrecroisent les rapports sociaux de genre et de sexualité et leur statut migratoire. De plus, l’expérience de la racisation des participantes influence le développement de leurs liens de solidarité. Enfin, nous retiendrons que la célébration de l’autonomie et la valorisation de l’énergie sexuelle des femmes repoussent les frontières politiques, affectives, sexuelles et culturelles qui auraient voulu les garder dans une condition victimaire. &lt;/div&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&lt;span class=&quot;biblio-authors&quot; &gt;&lt;a href=&quot;/en/biblio?f%5Bauthor%5D=7007&quot; rel=&quot;nofollow&quot;&gt;Ricard, Nathalie&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;. 2016. “&lt;a href=&quot;/en/biblio/quelle-solidarite-pour-les-femmes-allosexuelles-refugiees-au-canada&quot;&gt;&lt;span class=&quot;biblio-title&quot; &gt;Quelle solidarité pour les femmes allosexuelles réfugiées au Canada?&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;”. Available online: l’Observatoire de l’imaginaire contemporain. &amp;lt;&lt;a href=&quot;https://oic.uqam.ca/en/articles/quelle-solidarite-pour-les-femmes-allosexuelles-refugiees-au-canada&quot;&gt;https://oic.uqam.ca/en/articles/quelle-solidarite-pour-les-femmes-allosexuelles-refugiees-au-canada&lt;/a&gt;&amp;gt;. Accessed on May 1, 2023. Source: (&lt;span  style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;Féminismes et luttes contre l&#039;homophobie: de l&#039;apprentissage à la subversion des codes&lt;/span&gt;. 2016. Montréal: Institut de recherches et d&#039;études féministest de recherches et d&#039;études féministes (IREF). coll. Agora, vol. Cahier de l&#039;IREF).&lt;span class=&quot;Z3988&quot; title=&quot;ctx_ver=Z39.88-2004&amp;amp;rft_val_fmt=info%3Aofi%2Ffmt%3Akev%3Amtx%3Adc&amp;amp;rft.title=Quelle+solidarit%C3%A9+pour+les+femmes+allosexuelles+r%C3%A9fugi%C3%A9es+au+Canada%3F&amp;amp;rft.isbn=978-2-922045-47-5&amp;amp;rft.date=2016&amp;amp;rft.volume=Cahier+de+l%26%23039%3BIREF&amp;amp;rft.aulast=Ricard&amp;amp;rft.aufirst=Nathalie&amp;amp;rft.pub=Institut+de+recherches+et+d%26%23039%3B%C3%A9tudes+f%C3%A9ministest+de+recherches+et+d%26%23039%3B%C3%A9tudes+f%C3%A9ministes+%28IREF%29&amp;amp;rft.place=Montr%C3%A9al&quot;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
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 <pubDate>Fri, 25 Mar 2022 16:31:30 +0000</pubDate>
 <dc:creator>Alexia Giroux</dc:creator>
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 <title>Analyses féministes et luttes contre l&#039;homophobie, écueils et convergences possibles: un essai</title>
 <link>https://oic.uqam.ca/en/articles/analyses-feministes-et-luttes-contre-lhomophobie-ecueils-et-convergences-possibles-un-essai</link>
 <description>&lt;div class=&quot;field field-name-body field-type-text-with-summary field-label-hidden&quot;&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot; property=&quot;content:encoded&quot;&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 200px;&quot;&gt;&lt;em&gt;Mon texte se veut être un humble hommage à Nicole-Claude Mathieu, qui nous laisse des textes formidables à découvrir et à redécouvrir…&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le thème de la présente publication, les zones de convergences des féminismes et des luttes contre l’homophobie, résume en lui-même ce que bon nombre d’entre nous, chercheurs-es, militants-es, intervenants-es, avons tenté et tentons de faire au jour le jour depuis des décennies. C’est parfois, pour certains, mais surtout certaines d’entre nous, l’histoire de toute une vie. C’est sans aucun doute mon cas. Entre les combats et les enjeux, perçus comme différents et complémentaires, y a-t-il eu une hiérarchie? Existerait-elle encore aujourd’hui?&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref1_w7h7zxk&quot; title=&quot;L’auteure remercie Irène Kaufer, militante et blogueuse féministe, pour sa relecture attentive du texte.&quot; href=&quot;#footnote1_w7h7zxk&quot;&gt;1&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En Belgique, l’acquisition des droits s’est faite progressivement, dans la foulée des mouvements sociaux et des avancées politiques. Citons quelques dates majeures: le droit de vote des femmes a été obtenu pleinement en 1948, le viol n’est défini légalement qu’en 1989, l’avortement, criminalisé en 1867, devient légal sous certaines conditions en 1990. En 2003, la loi anti-discrimination est votée et les couples de même sexe peuvent accéder au mariage (mais sans la filiation directe). En 2006, l’adoption est légalement ouverte à toutes les personnes et couples et ce n’est qu’en 2014 que la filiation est également directement présumée pour les couples de même sexe s’ils sont mariés. En 2013, la Belgique et ses fédérations se dotent de lois et de politiques d’abord contre les violences homophobes, puis contre l’homophobie. Ce n’est qu’en 2014 que la loi contre le sexisme est promulguée.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Après mes années d’expérience en tant que psychologue, actrice de changement social et chercheure, dans ce contexte socio-politique belge, voici quelques-unes de mes considérations au sujet des luttes féministes et contre l’homophobie. Les formes de ces dernières se transforment, évoluent, «rêve-oluent», avec succès et/ou dérapages. En voici quelques exemples.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Actuellement, en Belgique francophone du moins, il devient peu concevable dans les mouvements de lutte contre l’homophobie d’envisager des luttes qui ne soient pas mixtes; elles doivent être composées de femmes et d’hommes. La proportion est variable, majoritairement en faveur des hommes. Et les mouvements lesbiens et féministes qui souhaitent des moments et des actions spécifiques pour les femmes, en non-mixité, sont alors rapidement perçus comme agressifs, bêtement séparatistes, d’un autre âge («les vieilles lesbiennes féministes») et simplistes. Les questions et revendications transidentitaires, les approches queer, prennent plus aisément leur place et deviennent prégnantes, mais il est peu évident d’interroger leurs limites, leurs résonances avec les rapports sociaux de sexe. Sous peine, encore une fois, d’apparaître comme d’une autre époque. Comment envisager et oser questionner les avancées et les écueils, à l’intersection des questions de S_exe, de G_enre et d’O_rientation S_exuelle&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref2_ppt65wf&quot; title=&quot;La majuscule barrée souligne le fait que ce sont bien des classes et des catégories socialement construites.&quot; href=&quot;#footnote2_ppt65wf&quot;&gt;2&lt;/a&gt; et des rapports sociaux de pouvoir ? Je propose d’évoquer quelques-uns des obstacles et des convergences relatifs à cette intersectionnalité qui émergent de ma pratique en tant que formatrice, superviseuse, psychologue clinicienne et chercheure universitaire. En réalisant ce travail, j’ai constaté davantage d’obstacles que de convergences, même si ces dernières sont vivement souhaitables. Mes propos sont ouverts à la critique, ils ne témoignent que de mon cheminement et de l’état de mes réflexions actuelles. Je reste en perpétuelle évolution sur ces questions.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Tout d’abord, selon mes pratiques en tant que féministe et ma perception des enjeux de pouvoir, il existe, même entre différents courants féministes, des convergences mais aussi des divergences, voire parfois une absence de compatibilité, entre certains féminismes. Des écueils peuvent rapidement faire surface: sommes-nous toutes d’accord pour affirmer que l’hétérosexualité est un système d’oppression? Que les droits reproductifs et sexuels doivent intégrer d’autres dimensions que la contraception et l’interruption volontaire de grossesse (IVG)? Qu’il y a une invisibilisation des questions lesbiennes dans des courants féministes et que les questions bisexuelles le sont encore davantage, y compris par certains courants lesbiens? Voilà quelques-unes de mes questions. Donc, entre féminismes et entre féministes, il existe des discussions, frictions, difficultés d’articulation à la croisée des rapports de domination. Où faut-il mettre l’énergie pour faire avancer la «cause»? Qui en bénéficie généralement et qui est reléguée le plus souvent au second plan?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Mais d’autre part, les divergences sont d’autant plus aigues et perceptibles entre les courants féministes et les mouvements et actions de prévention et de lutte contre l’homophobie. Les enjeux politiques et épistémologiques ont notamment été mis en évidence par Chamberland et Lebreton (2012). La rencontre de revendications communes peut rapidement se buter contre certains écueils: les espaces non mixtes pour les filles et femmes lesbiennes, bi, gouines ou non exclusivement hétérosexuelles; le sexisme et la domination masculine, y compris dans les groupes LGBT&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref3_u2hm7ls&quot; title=&quot;LGBT: lesbiennes, gays, bi, trans.&quot; href=&quot;#footnote3_u2hm7ls&quot;&gt;3&lt;/a&gt;, déniés par certains gays; la dilution de la problématique des rapports sociaux de sexe dans les approches queer; les difficultés pour construire des revendications politiques communes lors des Prides et marches des fiertés; l’évocation de la question du mariage, mais plus intensément, de celle des mères porteuses ou de la gestation pour autrui (GPA); l’islamophobie dont est parfois teintée la lutte contre l’homophobie, etc. Il s’agit de trouver en quoi l’articulation des luttes peut être un moteur, et au bénéfice –et au détriment– de qui ou de quoi.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;À titre d’exemple, considérons les revendications des mouvements LGBT. Cet acronyme nécessite déjà de repenser autant la hiérarchie que l’invisibilisation de certains publics et de leurs oppressions, par le recouvrement (et non l’articulation) des enjeux, luttes et populations. En effet, le mouvement LGBT n’est pas uniforme. Lorsqu’il est présenté comme un monolithe, les différences inter-groupes, entre les différentes catégories des LGBT et les différences intra-groupes, à l&#039;intérieur de chaque catégorie, sont effacées. Dans les pays post-industrialisés, les mouvements LGBT sont largement&lt;em&gt; G&lt;/em&gt;, composés de gays, occidentaux, blancs et de pouvoir socio-économique moyen ou aisé. Il semble que les&lt;em&gt; T &lt;/em&gt;(personnes transidentitaires), peuvent de mieux en mieux faire reconnaître leurs besoins spécifiques (enjeux de sortie du DSM, hormonothérapie, chirurgies, accès à des soins adéquats, etc.). Mais les &lt;em&gt;L&lt;/em&gt; (lesbiennes) et encore plus les &lt;em&gt;B&lt;/em&gt; (bisexuel-les) et leurs réalités sont invisibilisées.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il faut préciser que selon certaines études, les personnes qui s’identifient comme bisexuelles sont davantage des filles et des femmes (Diamond, 2000, 2003a, 2003b, 2005, 2008; Peplau, 1999; Peplau et Garnets, 2000) que des hommes (Rahman &amp;amp; Wilson, 2003). Ce fait est notamment relié à la socialisation selon le sexe et aux rapports sociaux, qui pèsent différemment sur les femmes et les hommes. Selon cette analyse, ce sont surtout les femmes qui sont contraintes à rester dans l’hétérosexualité, à y céder sans consentir&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref4_oq4r89b&quot; title=&quot;En référence à «Quand céder n’est pas consentir», article essentiel de Nicole-Claude Mathieu, paru dans L’Anatomie politique, 1991.&quot; href=&quot;#footnote4_oq4r89b&quot;&gt;4&lt;/a&gt;, en tout ou en partie. Ce fait s’inscrit dans la dynamique sociétale patriarcale et viriarcale&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref5_98uu54q&quot; title=&quot;Le viriarcat est une forme actuelle du patriarcat. Ce ne sont plus les plus âgés, les ancêtres, les ainés hommes qui détiennent le plus le pouvoir. Avec le capitalisme et le néo-libéralisme, le pouvoir est davantage détenu par les hommes les plus virils parmi les hommes, quel que soit leur âge.&quot; href=&quot;#footnote5_98uu54q&quot;&gt;5&lt;/a&gt;. Ce qui est caractéristique, voire structurel, c’est que l’oppression des lesbiennes et des bisexuelles est invisibilisée et niée. L’invisibilisation de leurs oppressions, y compris dans la lutte contre l’homophobie, est assez frappante et elle semble se maintenir dans le temps, sous des formes variées. Il s’agit d’une forme spécifique de l’invisibilisation de l’oppression des femmes, qui est parfois tout autant déniée, tant dans la société dans son ensemble que dans les courants LGBT.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Selon mon point de vue, les gays et les hommes bisexuels subissent de plein fouet l’homophobie, du fait même d’appartenir au groupe des hommes, des personnes socialisées comme hommes et, en même temps, du fait de ne pas y correspondre suffisamment, dans les codes de masculinité et de virilité pré-établis qui lui sont associés. Les filles et les femmes lesbiennes, bisexuelles ou sans étiquette mais qui aiment d’autres filles ou femmes, subissent moins d’homophobie au sens strict du terme. J’ai entendu dire de nombreuses fois que ce serait plus facile pour les femmes de vivre leur amour pour une autre femme. Mes recherches doctorales actuelles tendent à montrer qu’il n’en est rien. Car elles subissent davantage les contraintes à l’hétérosexualité, avec les déclinaisons de contraintes telles que :&lt;/p&gt;&lt;ul&gt;&lt;li&gt;la contrainte à l’hétérosexualité, avec la dialectique hétérosexisme/hétéronormativité qui fonde l’hétérosystème et qui dévalorise les autres formes de relations que l’hétérosexualité et survalorise l’hétérosexualité simultanément (Horincq-Detournay, 2015);&lt;/li&gt;&lt;li&gt;la contrainte à l’exercice social de la sexualité avec un homme;&amp;nbsp;&lt;/li&gt;&lt;li&gt;la contrainte à la maternité dans un cadre hétérosexuel;&amp;nbsp;&lt;/li&gt;&lt;li&gt;la contrainte au mariage (avec un homme);&lt;/li&gt;&lt;li&gt;la contrainte à la soumission aux hommes, notamment par l’éducation au désir masculin (Tabet, 1998) et à la désirabilité sociale et sexuelle à travers le seul regard des hommes, par la romance hétérosexuelle, par les provocations sexistes et de drague (Lebreton, 2014)&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;p&gt;Les critiques de la notion d’homophobie (individualisant, psychologisant, etc.) ont été justement décrites par Chamberland et Lebreton (2012), tout en ajoutant la critique de l’androcentrisme de cette notion. Le concept de l’hétérosexisme est plus large et opérationnel pour aborder les problématiques relatives aux rapports sociaux de sexe et favoriser l’émancipation collective et individuelle de nombreuses personnes. Mais son intérêt en recherche et sa portée politique ne rencontrent pas le même succès que la notion d’homophobie. On peut présumer que ce qui relève du masculin et de ses déclinaisons présente un attrait accru, comparativement à ce qui peut davantage permettre l’émancipation des femmes et des personnes lesbiennes ou bi. Les filles et les femmes qui sont lesbiennes ou bisexuelles tentent de sortir de l’hétérosystème et doivent conjuguer leurs efforts pour s’extraire du sexisme et des contraintes à l’hétérosexualité. En m’appuyant sur les travaux de Guillaumin (1992), j’ai émis une hypothèse. Pour rappel, cette auteure met en évidence les appropriations multiples, collectives et individuelles, des femmes. «L’appropriation matérielle de la classe des femmes par la classe des hommes: le sexage» (36) opère collectivement et en outre, «&lt;em&gt;l’ensemble des hommes&lt;/em&gt; dispose de &lt;em&gt;chacune des femmes&lt;/em&gt;» (42). Il s’agit d’une appropriation individuelle de chaque femme par la classe des hommes, à laquelle s’ajoute l’appropriation individuelle, privée, d’une femme par un homme en particulier, par le mariage notamment (33). Sur ces bases, j’émets l’hypothèse que les lesbiennes et les bisexuelles, de par leur orientation sexuelle et leur sortie de l’hétérosexualité exclusive, sortent partiellement du groupe, de la classe des femmes&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref6_tq307m6&quot; title=&quot;En référence à «Les lesbiennes ne sont pas des femmes», Monique Wittig, 2001.&quot; href=&quot;#footnote6_tq307m6&quot;&gt;6&lt;/a&gt;. Elles s’émancipent individuellement (volontairement ou non) en se réappropriant elles-mêmes, par leurs tentatives pour échapper aux relations sociales liées aux rapports de pouvoir et aux institutions patriarcales et sexistes (mariage avec un homme, appartenance au père, à la religion, etc.), qui sont des actualisations du sexage, selon Guillaumin, en s’éloignant de l’appropriation privée par un homme et de l’appropriation individuelle par la classe des hommes. Mais elles n’échappent pas au rapport de l’appropriation sociale en tant que femmes; elles restent contraintes socialement, par l’appropriation collective des femmes, dont elles continuent à faire néanmoins partie. Et individuellement, elles peuvent devoir payer le prix de leur autonomisation, entre autres en subissant «les injures plus ou moins violentes et les menaces traditionnellement lancées à toutes les femmes qui n’acceptent pas les termes de cette relation, de ce jeu» (42) de leur indisponibilité à la classe des hommes. Ce n’est donc pas plus facile à vivre pour elles que pour les gays. D’autant que les rapports de domination qu’elles doivent traverser ne sont pas vus comme tels et que la lutte contre l’hétérosexisme ne rencontre pas un réel intérêt dans les luttes contre l’homophobie, ni dans la société dans son ensemble.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il existe donc un grand nombre de difficultés pour articuler les luttes et les rendre véritablement intersectionnelles. Pour l’illustrer, prenons l’exemple des mouvements de revendications dits LGBT, au sujet de l’égalité de droits et de traitement, notamment des droits familiaux. On peut se demander si l’homonormativité (Duggan, 2002) qui s’exprime par la revendication des droits familiaux et sociaux des LGBT, dont l’accès au mariage et à l’adoption, ne renforce pas le système de domination. L’homonormativité peut se définir comme des tentatives pour rentrer dans les normes, schémas et modèles hétérosexuels: se marier, vivre ensemble, avoir des enfants, etc. Les personnes LGBT qui y correspondent le plus, qui sont assimilées, intégrées, sont d’ailleurs mieux acceptées par la société hétérosexuelle et hétéronormative. De nombreux gays, mais aussi la plupart des lesbiennes et des personnes bi, ont manifesté un vif intérêt pour ce mouvement de revendications des droits. Il s’agissait d’une valeur socialement partagée, celle de l’égalité. Mais aussi, il s’agissait de se sentir intégrés-es, de faire partie de l’histoire humaine, d’appartenir enfin à la société et d’y avoir une place respectable et respectée, reconnue par les autres, par les modèles dominants. Les seules voix qui s’opposaient à ce mariage pour tous, contre l’institution du mariage, étaient très rares, incomprises et elles émanaient de certaines militantes féministes et lesbiennes, pas des gays. Il s’agissait d’une critique de la notion même de mariage comme institution patriarcale, outil de domination des femmes. Il s’agissait pour elles de revendiquer d’autres évolutions, d’autres droits, dont les droits individuels, plus favorables à toutes et tous. Pour certaines personnes qui voulaient l’accès au mariage, il s’agissait de modifier la notion de mariage de l’intérieur, comme le cheval de Troie. Mais comme le disait Audre Lorde (2003: 119), «les outils du maître ne détruiront pas la maison du maître».&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Récemment, ce qui s’est passé en France, les réactions contre le mariage pour tous et les discours réactionnaires qui ont accompagné ce processus socio-politique, n’est qu’un exemple des obstacles que rencontre l’égalité pour tous les couples, quels qu’ils soient, qui veulent se marier, même si l’égalité est une règle dans tous les pays qui composent l’Union européenne. Des lois ont été adoptées depuis plusieurs années aux Pays-Bas et en Belgique, sans qu’il y ait de tels mouvements sociaux d’opposition. Depuis les débuts de l&#039;Union européenne, un article du Traité mentionnait l’égalité et l&#039;interdiction des discriminations. Petit à petit, chaque pays intègre, dans ses lois nationales, des arrêtés anti-discriminations et la promotion de l’égalité de droits et de traitements, qui mènent par exemple à l’accès au mariage pour tout couple. On ne change pas le système mis en place et qui est vu comme naturel (se marier, avoir deux parents, vouloir et devoir se reproduire si possible biologiquement grâce aux avancées scientifiques, maintien des lois patriarcales, etc.). On permet que tout le monde y ait accès ou en ait l’illusion.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Du coup, la porte se ferme au sujet du travail pour d’autres luttes, dont celle des droits individuels (et non pas les droits dérivés) qui auraient eu un réel effet de changement social, au bénéfice de toutes et tous, femmes et hommes, dont les personnes les plus vulnérabilisées économiquement et socialement, c’est-à-dire les femmes. En effet, les droits dérivés assurent les privilèges des dominants et la dépendance des dominées (économique, par exemple), tandis que les droits individuels reconnaissent à chaque personne des droits sociaux en tant qu’individu.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La suite actuelle de ce mouvement égalitaire, au sujet du fait de pouvoir avoir des enfants qui soient protégés-es dans leurs droits de filiation, amène la délicate question des femmes, des mères donneuses et porteuses, renommée pour la «cause» gestation pour autrui notamment par les mouvements gays de lutte contre l’homophobie. Il ne s’agit pas de naturaliser à nouveau les fonctions de mère, je ne relève pas d’un féminisme essentialiste. Mais il y a de fait un versant biologique non négligeable dans ces questions. Les corps des femmes ne sont pas de simples machines de production (d’ovules) et de reproduction (d’enfants), tout comme les dons de sperme et d’ovules ne sont pas comparables en termes d’atteintes physiques. De plus, socialement, ce ne sont pas n’importe quelles femmes qui vont se proposer comme donneuses d’ovules ou porteuses d’enfants. Le plus souvent, ce sont des femmes pauvres, des pays émergents par exemple, à destination des couples hétérosexuels la plupart du temps, mais aussi des couples de même sexe, majoritairement des gays, couples aisés, riches, des pays occidentaux. Il existe un encadrement par des cliniques de fertilité, dans ces pays mais aussi dans les pays du Nord. Dans les pays occidentaux qui l’autorisent ou qui utilisent le vide juridique, tel qu’en Belgique, ces cliniques travaillent avec des femmes de leur pays. Leur degré de pauvreté est sans doute moindre et certaines ont probablement des volontés altruistes de donner la vie pour d’autres couples. Néanmoins, il ne semble pas que les femmes d’un certain niveau socio-économique, de certaines classes sociales, soient nombreuses à se proposer. Ces cliniques, privées, prennent souvent une bonne part de l’argent payé par les personnes ou les couples demandeurs. &lt;em&gt;Business is business&lt;/em&gt;, dans nos sociétés capitalistes et viriarcales. Le commerce est ainsi fait que les intermédiaires se font payer des sommes importantes. Ces services répondent à une demande, celle des couples stériles, de sexes différents ou de même sexe.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ayant récemment entendu des gays qui avaient eu recours à ces services et d’autres qui espéraient y avoir recours, j’ai été frappée par certains propos qui se voulaient respectueux à l’égard des femmes, mais qui les considéraient néanmoins comme des objets. À titre d’exemples, ces hommes se demandaient comment être sûrs des capacités de reproduction des femmes qu’on leur présentait. Leur argent (une somme moins élevée en faisant appel aux pays du Sud, mais conséquente lorsque la demande était réalisée auprès d’une femme dans un pays occidental), allait-il être placé avec le meilleur rendement possible? Les femmes les plus expérimentées, ayant déjà porté des enfants pour autrui, ainsi que les femmes plus jeunes, étaient plus «chères» que les autres. La proposition des nouvellement pères était d’envisager cela comme une assurance complémentaire. Les gays les plus pauvres auront-ils également accès à ces «services» ou est-ce que cela restera réservé aux plus nantis?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;D’autres exemples concernaient l’importance de contrôler les dépenses des femmes, ce dont la clinique de fertilité se charge. Puisqu’elles ne sont pas rétribuées à proprement parler, elles reçoivent de l’argent en échange de leur prestation, mais en tant que remboursement de frais (faire des courses au supermarché, des massages, acheter des vêtements, assumer les frais médicaux liés à la grossesse, etc.). Le prix est convenu contractuellement par avance et les femmes doivent rendre leurs tickets de caisse afin de recevoir l’argent. Elles n’ont pas l’autonomie sur l’argent perçu. En ce sens, on peut faire un parallèle avec ce qu’analyse Delphy (2009) du mode de production domestique,&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;pour comprendre en quoi consiste l’entretien et en quoi il diffère du salaire. En effet, trop de gens «traduisent» l’entretien en son équivalent monétaire, comme si une femme qui reçoit un manteau recevait la valeur de ce manteau. Ce faisant, ils abolissent la distinction cruciale entre salariat et rétribution en nature, distinction qui, indépendamment de la «valeur» consommée, crée la différence entre consommation libre et consommation non libre. (13-14)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Selon les discussions entre pères et futurs pères, certaines seraient aussi plus dépensières et devraient être davantage contrôlées.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;À côté de cela, d’autres propos encensent les femmes qui sont donneuses ou porteuses, les considérant à peu près comme des «saintes» qui donnent la vie pour d’autres personnes et qui sont remerciées pour leur cadeau par des offrandes financières. J’ai entendu souvent parler de don et de contre-don, mais qu’est-ce que cela recouvre? En aucun cas, la transaction financière pour l’utilisation de leur corps n’est vue comme un salaire, la loi ne l’autoriserait pas. Le politiquement correct non plus.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans &lt;em&gt;L’Anatomie politique&lt;/em&gt;, Nicole-Claude Mathieu dit: «je ne saurais “défendreˮ aucune société, culture, option ou idéologie (fût-elle minoritaire d’un certain point de vue) dont la survie en l’état, le “progrèsˮ, la “modernisationˮ ou l’expansion dépendrait de l’oppression des femmes, ou l’aménagerait» (Mathieu, 1991: 135). Mes questionnements sur ces processus de revendications de certains gays rejoignent cette considération. Selon moi, les droits des gays ne peuvent pas porter préjudice aux droits de femmes (droits reproductifs et sexuels, économiques, sociaux, droit à la santé, etc.). Sinon, il s’agit de rapports de domination qui peuvent être niés par les gays eux-mêmes, mais qui n’en existent pas moins. Si ces transactions financières et le rapport social sont différents de ce qui existe dans la prostitution, il ne s’agit pas non plus d’un cadeau, d’un don, pour lequel la femme est récompensée par un contre-don, économique, déguisé en cadeau de remerciement relationnel et humain. Il s’agit bien d’un rapport d’exploitation qui doit être envisagé comme tel. Explorer la multiparentalité est une piste à creuser, qui permettrait aux hommes d’avoir et d’élever des enfants, tout en respectant davantage les droits des femmes.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Un autre exemple qui met en tension mes considérations féministes concerne l’homonationalisme et les dérives sécuritaires. Dans un contexte néolibéral global, le virage à droite est de plus en plus fréquent et banalisé en Europe. Le terme «homonationalisme», inventé par Puar (2007), met en évidence les mécanismes mis en œuvre dans la lutte des droits des LGBT, qui peuvent être intégrés et récupérés, dans des logiques nationalistes des pouvoirs dominants, des pays occidentaux post-industrialisés. Il est donc relié à l’homonormativité et son instrumentalisation. La Belgique, par exemple, s’est dotée d’un plan de lutte contre les violences homophobes (2013), avant qu’un plan de lutte contre l’homophobie et les discriminations (2013) n’existe. Il a été ajouté rapidement, après-coup. On pourrait pourtant préférer que les personnes n’aient pas à vivre de la violence homophobe avant que quelque chose puisse être fait légalement et prévenu socialement. Une recherche menée à Bruxelles par Huysentruyt de l’Université d’Anvers (2013) montrait que les gays, majoritairement présents dans le quartier St-Jacques de Bruxelles (sorte de village gay et «LGBT»), souhaitaient une plus grande réaction et coercition envers les personnes et les actes homophobes. Ils incriminaient le plus souvent les personnes d’origine arabe et de confession musulmane, qui sont nombreuses dans ce quartier. Selon leurs dires, ces personnes seraient plus homophobes, de par leurs croyances, culture, religion et origines. Pourtant, entre leurs représentations et les réalités des faits, il existe de nombreuses différences&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref7_20al1hz&quot; title=&quot;Selon les agressions, l’auteur peut être d’origine «arabe» ou «européenne», la seule et écrasante ressemblance, c’est que tous les auteurs d’agressions sont des hommes.&quot; href=&quot;#footnote7_20al1hz&quot;&gt;7&lt;/a&gt; et les femmes ne font pas face aux mêmes agressions que les hommes. Ces dernières font face à des violences lesbophobes dans la communauté gaie elle-même, qui les nie. Elles partagent le vécu des violences sous-estimées avec les gays d’origine ethnoculturelle, selon l’analyse que l’on peut faire de ce rapport. L’intersectionnalité permet de mettre en lumière les rapports de domination croisés et l’indivisibilité des droits humains. Pour la majorité des gays de ce quartier, il y a d’un côté, le monde occidental, blanc, dominé par les hommes, «tolérant» et libéral, et de l’autre côté, un monde musulman, sexiste et homophobe, où les hommes ont le pouvoir. La diversité et les spécificités des violences, notamment à l’égard des femmes, ne sont pas suffisamment envisagées par les mouvements de lutte contre l’homophobie. Les intersections avec le sexisme, mais aussi le racisme, l’âgisme, ne le sont pas davantage.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La question du pouvoir des hommes, y compris celui des gays, est souvent difficile à amener dans les luttes communes entre féministes et LGBT. Souvent, les hommes ne reconnaissent pas qu’ils font partie du groupe, de la classe des dominants (voir les travaux de Thiers-Vidal, 2010). Les gays le reconnaissent encore moins, ayant été parfois eux-mêmes rejetés, discriminés et violentés par ces mêmes dominants, les plus homophobes d’entre eux, qui assurent la police du genre et qui appartiennent à la même classe qu’eux.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En 2014, le 17 mai, il y a eu à Bruxelles un collectif Alternatieve Pride Alternative (APA), pour des revendications autres que la Pride4Every1 (&lt;em&gt;Pride for Everyone&lt;/em&gt; / Fierté pour tous), dont les enjeux commerciaux mais aussi électoraux, à une semaine des élections, étaient manifestes. L’essentiel des revendications portaient sur les familles : faciliter l’accès à l’adoption, la filiation juridique pour les co-parents, combler le vide juridique entourant ce qui était exclusivement nommé gestation pour autrui, le droit de donner son sang pour les gays, l’application de la loi pénalisant l’homophobie et la transphobie&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref8_xthbbbs&quot; title=&quot;À noter que dans cette dénomination, les lesbiennes et les bi, dites cisgenres, sont moins concernées et donc moins protégées.&quot; href=&quot;#footnote8_xthbbbs&quot;&gt;8&lt;/a&gt; et enfin, la concrétisation de l’éducation à la vie affective et sexuelle. Le collectif alternatif, féministe et anti-capitaliste voulait re-politiser le débat et leur marche commune avait comme centre d’intérêt la lutte contre les oppressions. Mais deux écueils peuvent mettre à mal ce mouvement naissant. En interne, des approches différentes en stratégies, mais aussi en positionnement politique, pourront se faire sentir avec le temps (entre queer et féministes radicales matérialistes par exemple). A l’extérieur du mouvement, le mouvement collectif majoritaire de la Pride a tenté de «récupérer» ce mouvement dissident, en les enjoignant à les rejoindre et en s’agaçant de leur refus. Comment articuler les luttes entre féministes, face à un courant de lutte contre l’homophobie qui a la légitimité et une reconnaissance dont n’ont jamais joui les courants féministes traditionnels? Comment mieux articuler les luttes féministes et celles contre l’homophobie?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;D’autres questions émergent. Comment comprendre le succès des questions trans tandis que les questions lesbiennes et bi ne l’ont jamais eu? Actuellement, les performances post-porn des féministes dites «pro-sexe»&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref9_90u88fr&quot; title=&quot;Comme si les autres féministes étaient anti-sexe?&quot; href=&quot;#footnote9_90u88fr&quot;&gt;9&lt;/a&gt;, réalisées y compris par des personnes se présentant comme lesbiennes, ont un certain succès auprès des gays et des mouvements de lutte contre l’homophobie, alors que d’autres approches féministes traditionnelles n’ont jamais reçu cet intérêt. Est-ce que c’est leur caractère individualisant et le passage par le corps, ses performances, sa marchandisation, sa pornographisation qui les rend plus populaires que les approches qui relèvent davantage du social, du collectif et des rapports sociaux de domination? Toutes ces questions m’interpellent. Elles prennent tout leur sens, concrètement, notamment lorsque je dispense des activités de formation d’adultes, professionnels-les de l’éducation, de la santé, des services sociaux,&amp;nbsp;etc.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En effet, depuis de nombreuses années, j’offre des formations sur «l’éducation non sexiste et ouverte à la diversité». Ce titre mériterait en soi déjà bien des débats. Il s’agit du titre officiel émis par les instances de formation. Petit à petit, pour donner à voir et schématiser les rapports de domination et leurs croisements, j’ai développé un tableau qui reprend les processus de hiérarchisation-différenciation binaire (inspiré des travaux de Guillaumin, 1992; Mathieu, 1991; Delphy, 2008), selon le S_exe, le G_enre et l’O_rientation sexuelle. J’explicite aussi largement les processus de sur-différenciation inter-groupes (variabilités entre les groupes) et de sous-différenciation intra-groupes (variabilités entre les membres d’un même groupe).&lt;/p&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;73269&quot; view_mode=&quot;embed_large&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;p&gt;Chacune des catégories est soutenue et renforcée par des doubles mouvements de survalorisation et de dévalorisation qui agissent conjointement. Pour le sexisme, il s’agira de la domination des hommes contre la dévalorisation des femmes et leurs instrumentalisations et appropriations. Pour l’homophobie, il s’agira du renforcement de la virilité et de ce qui est considéré comme le productif contre la dévalorisation du féminin et de ce qui est considéré comme le reproductif. Pour l’hétérosexisme, il s’agira de la survalorisation de l’hétérosexualité et de la dévalorisation des autres formes dont l’homosexualité et la bisexualité. L’avantage de ce schéma est d’articuler les rapports de domination, sur base du S_exe, du G_enre et des O_rientations sexuelles. L’inconvénient, outre sa simplification, c’est que les rapports sont mis sur le même niveau. Or, il se peut que certains rapports (hétérosexisme/hétéronormativité, homophobie/virilité) soient des moyens qui servent à réaliser le sexisme et la domination masculine (dévalorisation des femmes, misogynie/domination des hommes). La question reste ouverte et à creuser.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;D’autre part, il ne me semble pas que les approches qui tendent à décloisonner, à enlever les catégories ou à les rendre caduques, puissent être suffisantes pour mettre à mal cette architecture des contraintes sociales. Enlever les catégories, les différences, certains-es pensent le réaliser en enlevant les étiquettes de genre. Théoriquement et politiquement, c’est intéressant. Mais les rapports de domination ne seraient-ils pas ainsi davantage invisibles et invisibilisés? Il me semble que cela ne les modifierait pas. C’est peut-être pourquoi ces courants rencontrent davantage de succès actuellement que les courants féministes, notamment radicaux et matérialistes, et qui remettraient plus directement et profondément le système en question. Je pense qu’enlever les étiquettes et les catégories ne pourra s’opérer que dans un second temps. Après que les rapports de domination aient été anéantis, et non pas dans l’ordre inverse puisque «[l]a hiérarchisation précède la différence» (Delphy, 2008). C’est aux rapports hiérarchiques qu’il convient d’accorder toute notre attention et notre énergie; sur ce point, des convergences pourraient davantage se développer entre les mouvements féministes et de lutte contre l’homophobie.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Pour finir cet article sur une note plus positive, je présenterai une affiche de prévention, réalisée par l’association Magenta, qui rencontre un grand succès auprès des jeunes et qui relie lutte contre le sexisme et l’homophobie. Prochainement, un site à destination des jeunes complétera cette affiche, pour offrir des informations et du soutien aux jeunes et à leur entourage, familles, amis-es et écoles&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref10_300lp3l&quot; title=&quot;http://www.moicmoi.com &quot; href=&quot;#footnote10_300lp3l&quot;&gt;10&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;73270&quot; view_mode=&quot;embed_large&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Articuler les luttes, de manière très concrète, est donc possible. Ce qui m’a aidée à le faire, c’est de garder comme fil conducteur l’analyse féministe, l’analyse des rapports sociaux de sexe. Je peux alors articuler ceux-ci, selon mes expériences et mes expertises professionnelles, avec la lutte contre l’homophobie, mais aussi dans d’autres champs dans lesquels je travaille. Par exemple, je le fais également au sujet des violences intra-familiales, dont les violences conjugales et les maltraitances à l’égard des enfants, et leur prévention. La racine et la transversalité de mon analyse féministe, comme fil premier et primordial, me permettent de l’articuler avec d’autres rapports de domination. Je ne pense pas que j’aurais pu le faire avec autant d&#039;ouverture, d&#039;efficacité et de richesse, si j’avais pris comme fil primordial la lutte contre l’homophobie ou celle de la prévention des maltraitances. J’ai d’abord été une professionnelle qui a œuvré dans les champs des maltraitances et des violences, ensuite dans la lutte contre l’homophobie. Ceci a fait de moi une actrice de changement social. Mais ce n’est que depuis que je m’intéresse aux lesbiennes et femmes bisexuelles que je suis régulièrement présumée de prosélytisme en tant que chercheure. Pourquoi ne l’étais-je pas comme une militante de la bientraitance des enfants? C’est depuis ma rencontre avec les courants féministes, et particulièrement l’analyse féministe radicale matérialiste, conjointe avec le lesbianisme politique, que j’ai trouvé les moyens les plus intéressants pour articuler mes pratiques, des actions les plus concrètes en aidant les jeunes, leurs familles jusqu’à la production de connaissances scientifiques, assumées, qui ont une grande pertinence sociale.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’articulation, les interconnections, l’intersectionnalité des rapports de domination nous invitent à reconsidérer continuellement nos croyances, nos luttes, à repenser nos pratiques ensemble. Selon le chemin que j’ai moi-même parcouru, c’est en maintenant le cap sur l’analyse des rapports sociaux de sexe, le fil conducteur sur l’analyse féministe, que l’on peut espérer améliorer au mieux les articulations des luttes, dont celles contre l’homophobie.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Références&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;CHAMBERLAND, Line et Christelle LEBRETON. 2012. «Réflexions autour de la notion d&#039;homophobie: succès politique, malaises conceptuels et application empirique», &lt;em&gt;Nouvelles Questions Féministes&lt;/em&gt;, vol. 31, n°1, p. 27-43.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;DELPHY, Christine. 2009. &lt;em&gt;L’ennemi principal. Économie politique du patriarcat&lt;/em&gt;. Paris: Syllepse, coll. «Nouvelles Questions Féministes».&lt;/p&gt;&lt;p&gt;______. 2008. &lt;em&gt;Classer, dominer. Qui sont les «autres»? &lt;/em&gt;Paris: Édition La Fabrique.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;DIAMOND, Lisa. M. 2008a. «Female Bisexuality from Adolescence to Adulthood: Results from a 10-year Longitudinal Study», &lt;em&gt;Developmental Psychology&lt;/em&gt;, 44, p. 5-14.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;______. 2008b. &lt;em&gt;Sexual Fluidity, Understanding Women’s Love and Desire&lt;/em&gt;, Cambridge: Harvard University Press.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;______. 2005. «A New View of Lesbian Subtypes: Stable vs. Fluid Identity Trajectories over an 8-year Period»,&amp;nbsp;&lt;em&gt;Psychology of Women Quarterly&lt;/em&gt;, 29, p. 119-128.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;______. 2003a. «Was it a Phase? Young Women&#039;s Relinquishment of Lesbian/Bisexual Identities over a 5-year Period», &lt;em&gt;Journal of Personality and Social Psychology&lt;/em&gt;, 84, p. 352-364.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;______. 2003b. «What does Sexual Orientation Orient? A Biobehavioral Model Distinguishing Romantic Love and Sexual Desire», &lt;em&gt;Psychological Review&lt;/em&gt;, 110, p. 173-192.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;______. 2000. «New Paradigms for Research on Heterosexual and Sexual-Minority Development», &lt;em&gt;Journal of Clinical Child and Adolescent Psychology&lt;/em&gt;, 32, p. 490-498.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;DUGGAN, Lisa. 2002. «The New Homonormativity: The Sexual Politics of Neoliberalism», dans &lt;em&gt;Materializing Democracy: Toward a Revitalized Cultural Politic&lt;/em&gt;, sous la dir. de Russ CASTRONOVO et Dana D. NELSON, p. 175-194.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;GUILLAUMIN, Colette. 1992. &lt;em&gt;Sexe, race et pratique du pouvoir. L’idée de Nature&lt;/em&gt;, Paris: Côté-femmes, coll. &amp;nbsp;«Recherche».&lt;/p&gt;&lt;p&gt;HORINCQ-DETOURNAY, Rosine. 2015. «Se vivre lesbienne ou bisexuelle aujourd’hui? C’est comme un tailleur Chanel jaune fluo…», &lt;em&gt;Thérapie familiale&lt;/em&gt;, Genève, vol. 36, no 1, p.149-162.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;HUYSENTRUYT, Heleen. 2013.&lt;em&gt; De contekst van homofoob geweld in de publieke ruimte. Een etnograpfisch onderzoel in het centrum van Brussel&lt;/em&gt;, Universiteit Antwerpen.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;LEBRETON, Christelle. 2014. &lt;em&gt;Rapports sociaux de sexe et sexualité dans le québec contemporain: les trajectoires adolescentes lesbiennes&lt;/em&gt;, Thèse de doctorat. Montréal: Université du Québec à Montréal.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;LORDE, Audre. 2003 [1984]. &lt;em&gt;Sister Outsider. Essais et propos d&#039;Audre Lorde: sur la poésie, l&#039;érotisme, le racisme, le sexisme…&lt;/em&gt;, textes traduits de l’anglais par Magali C. Calise ainsi que Grazia Gonik, Marième Hélie-Lucas et Hélène Pour, Genève: &amp;nbsp;Mamamélis et Laval: Trois.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;MATHIEU, Nicole-Claude. 1991. &lt;em&gt;L’anatomie politique. Catégorisations et idéologies du sexe&lt;/em&gt;, Paris: Côté- femmes, coll. «Recherche».&lt;/p&gt;&lt;p&gt;PEPLAU, Letitia Anne et Linda D. GARNETS. 2000. «A New Paradigm for Understanding Women&#039;s Sexuality and Sexual Orientation», &lt;em&gt;Journal of Social Issues&lt;/em&gt;, 56(2), p. 329-350.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;PEPLAU, Letitia Anne, L. R. SPALDING, T. CONLEY et R. VENIEGAS. 1999. «The Development of Sexual Orientation in Women»,&amp;nbsp;&lt;em&gt;Annual Review of Sex Research&lt;/em&gt;, 10, p. 70-99.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;PUAR, Jasbir K. 2007. &lt;em&gt;Terrorist Assemblages. Homonationalism in Queer Times&lt;/em&gt;. Durham et Londres: Duke University Press.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;RAHMAN, Qazi et Glenn WILSON. 2003. «Born Gay? The Psychobiology of Human Sexual Orientation»,&amp;nbsp;&lt;em&gt;Personnality and Individuals Differences&lt;/em&gt;, 34, p. 1337-1382.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;TABET, Paola. 1998. &lt;em&gt;La Construction sociale de l’inégalité des sexes. Des outils et des corps&lt;/em&gt;, Paris: L’Harmattan, coll. «Bibliothèque du féminisme».&lt;/p&gt;&lt;p&gt;THIERS-VIDAL, Léo. 2010. &lt;em&gt;De «l&#039;ennemi principal» aux ennemis principaux. Position vécue, subjectivité et conscience masculine de domination&lt;/em&gt;, Paris: L’Harmattan, 374 p. [Publication posthume].&lt;/p&gt;&lt;p&gt;WITTIG, Monique. 2007 [2001]. &lt;em&gt;La Pensée straight&lt;/em&gt;, Paris: Amsterdam.&lt;/p&gt;

&lt;section  class=&quot;footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed&quot; data-collapsible-show-label=&quot;Notes&quot; data-collapsible-hide-label=&quot;Notes&quot;&gt;&lt;ul class=&quot;footnotes collapsible-content&quot;&gt;&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote1_w7h7zxk&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref1_w7h7zxk&quot;&gt;1.&lt;/a&gt; L’auteure remercie Irène Kaufer, militante et blogueuse féministe, pour sa relecture attentive du texte.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote2_ppt65wf&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref2_ppt65wf&quot;&gt;2.&lt;/a&gt; La majuscule barrée souligne le fait que ce sont bien des classes et des catégories socialement construites.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote3_u2hm7ls&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref3_u2hm7ls&quot;&gt;3.&lt;/a&gt; LGBT: lesbiennes, gays, bi, trans.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote4_oq4r89b&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref4_oq4r89b&quot;&gt;4.&lt;/a&gt; En référence à «Quand céder n’est pas consentir», article essentiel de Nicole-Claude Mathieu, paru dans &lt;em&gt;L’Anatomie politique&lt;/em&gt;, 1991.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote5_98uu54q&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref5_98uu54q&quot;&gt;5.&lt;/a&gt; Le viriarcat est une forme actuelle du patriarcat. Ce ne sont plus les plus âgés, les ancêtres, les ainés hommes qui détiennent le plus le pouvoir. Avec le capitalisme et le néo-libéralisme, le pouvoir est davantage détenu par les hommes les plus &lt;em&gt;virils&lt;/em&gt; parmi les hommes, quel que soit leur âge.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote6_tq307m6&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref6_tq307m6&quot;&gt;6.&lt;/a&gt; En référence à «Les lesbiennes ne sont pas des femmes», Monique Wittig, 2001.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote7_20al1hz&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref7_20al1hz&quot;&gt;7.&lt;/a&gt; Selon les agressions, l’auteur peut être d’origine «arabe» ou «européenne», la seule et écrasante ressemblance, c’est que tous les auteurs d’agressions sont des hommes.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote8_xthbbbs&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref8_xthbbbs&quot;&gt;8.&lt;/a&gt; À noter que dans cette dénomination, les lesbiennes et les bi, dites cisgenres, sont moins concernées et donc moins protégées.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote9_90u88fr&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref9_90u88fr&quot;&gt;9.&lt;/a&gt; Comme si les autres féministes étaient anti-sexe?&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote10_300lp3l&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref10_300lp3l&quot;&gt;10.&lt;/a&gt; &lt;a href=&quot;http://www.moicmoi.com&quot;&gt;http://www.moicmoi.com&lt;/a&gt; &lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;/section&gt;&lt;/div&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&lt;span class=&quot;date-display-single&quot; property=&quot;dc:date&quot; datatype=&quot;xsd:dateTime&quot; content=&quot;2016-01-01T00:00:00-05:00&quot;&gt;2016&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item odd&quot;&gt;&lt;a href=&quot;/en/taxonomy/term/119&quot; typeof=&quot;skos:Concept&quot; property=&quot;rdfs:label skos:prefLabel&quot;&gt;stereotype&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
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    &lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;Tout d’abord, selon mes pratiques en tant que féministe et ma perception des enjeux de pouvoir, il existe, même entre différents courants féministes, des convergences mais aussi des divergences, voire parfois une absence de compatibilité, entre certains féminismes. Des écueils peuvent rapidement faire surface: sommes-nous toutes d’accord pour affirmer que l’hétérosexualité est un système d’oppression? Que les droits reproductifs et sexuels doivent intégrer d’autres dimensions que la contraception et l’interruption volontaire de grossesse (IVG)? Qu’il y a une invisibilisation des questions lesbiennes dans des courants féministes et que les questions bisexuelles le sont encore davantage, y compris par certains courants lesbiens? Voilà quelques-unes de mes questions. &lt;/div&gt;
      &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
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      &lt;div class=&quot;field-label&quot;&gt;To cite this document: &lt;/div&gt;
    &lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&lt;span class=&quot;biblio-authors&quot; &gt;&lt;a href=&quot;/en/biblio?f%5Bauthor%5D=7006&quot; rel=&quot;nofollow&quot;&gt;Detournay, Rosine Horincq&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;. 2016. “&lt;a href=&quot;/en/biblio/analyses-feministes-et-luttes-contre-lhomophobie-ecueils-et-convergences-possibles-un-essai&quot;&gt;&lt;span class=&quot;biblio-title&quot; &gt;Analyses féministes et luttes contre l&#039;homophobie, écueils et convergences possibles: un essai&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;”. Available online: l’Observatoire de l’imaginaire contemporain. &amp;lt;&lt;a href=&quot;https://oic.uqam.ca/en/articles/analyses-feministes-et-luttes-contre-lhomophobie-ecueils-et-convergences-possibles-un-essai&quot;&gt;https://oic.uqam.ca/en/articles/analyses-feministes-et-luttes-contre-lhomophobie-ecueils-et-convergences-possibles-un-essai&lt;/a&gt;&amp;gt;. Accessed on May 1, 2023. Source: (&lt;span  style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;Féminismes et luttes contre l&#039;homophobie: de l&#039;apprentissage à la subversion des codes&lt;/span&gt;. 2016. Montréal: Institut de recherches et d&#039;études féministes (IREF). coll. Agora, vol. Cahier de l&#039;IREF).&lt;span class=&quot;Z3988&quot; title=&quot;ctx_ver=Z39.88-2004&amp;amp;rft_val_fmt=info%3Aofi%2Ffmt%3Akev%3Amtx%3Adc&amp;amp;rft.title=Analyses+f%C3%A9ministes+et+luttes+contre+l%26%23039%3Bhomophobie%2C+%C3%A9cueils+et+convergences+possibles%3A+un+essai&amp;amp;rft.isbn=978-2-922045-47-5&amp;amp;rft.date=2016&amp;amp;rft.volume=Cahier+de+l%26%23039%3BIREF&amp;amp;rft.aulast=Detournay&amp;amp;rft.aufirst=Rosine&amp;amp;rft.pub=Institut+de+recherches+et+d%26%23039%3B%C3%A9tudes+f%C3%A9ministes+%28IREF%29&amp;amp;rft.place=Montr%C3%A9al&quot;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
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      &lt;div class=&quot;field-label&quot;&gt;Pour citer ce document (Computed): &lt;/div&gt;
    &lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&amp;lt;span class=&amp;quot;biblio-authors&amp;quot; &amp;gt;Detournay, Rosine Horincq&amp;lt;/span&amp;gt;. 2016. « &amp;lt;span class=&amp;quot;biblio-title&amp;quot; &amp;gt;Analyses féministes et luttes contre l&amp;#039;homophobie, écueils et convergences possibles: un essai&amp;lt;/span&amp;gt; ». En ligne sur le site de l’Observatoire de l’imaginaire contemporain. &amp;amp;lt;https://oic.uqam.ca/fr/articles/analyses-feministes-et-luttes-contre-lhomophobie-ecueils-et-convergences-possibles-un-essai&amp;amp;gt;.  Publication originale : (&amp;lt;span  style=&amp;quot;font-style: italic;&amp;quot;&amp;gt;Féminismes et luttes contre l&amp;#039;homophobie: de l&amp;#039;apprentissage à la subversion des codes&amp;lt;/span&amp;gt;. 2016. Montréal : Institut de recherches et d&amp;#039;études féministes (IREF). coll. Agora, vol. Cahier de l&amp;#039;IREF).&amp;lt;span class=&amp;quot;Z3988&amp;quot; title=&amp;quot;ctx_ver=Z39.88-2004&amp;amp;amp;rft_val_fmt=info%3Aofi%2Ffmt%3Akev%3Amtx%3Adc&amp;amp;amp;rft.title=Analyses+f%C3%A9ministes+et+luttes+contre+l%26%23039%3Bhomophobie%2C+%C3%A9cueils+et+convergences+possibles%3A+un+essai&amp;amp;amp;rft.isbn=978-2-922045-47-5&amp;amp;amp;rft.date=2016&amp;amp;amp;rft.volume=Cahier+de+l%26%23039%3BIREF&amp;amp;amp;rft.aulast=Detournay&amp;amp;amp;rft.aufirst=Rosine&amp;amp;amp;rft.pub=Institut+de+recherches+et+d%26%23039%3B%C3%A9tudes+f%C3%A9ministes+%28IREF%29&amp;amp;amp;rft.place=Montr%C3%A9al&amp;quot;&amp;gt;&amp;lt;/span&amp;gt;&lt;/div&gt;
      &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
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 <pubDate>Fri, 25 Mar 2022 16:06:25 +0000</pubDate>
 <dc:creator>Alexia Giroux</dc:creator>
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 <title>Injures homophobes: ordre et désordre hétéronormatifs</title>
 <link>https://oic.uqam.ca/en/articles/injures-homophobes-ordre-et-desordre-heteronormatifs</link>
 <description>&lt;div class=&quot;field field-name-body field-type-text-with-summary field-label-hidden&quot;&gt;
    &lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item even&quot; property=&quot;content:encoded&quot;&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Injures homophobes: ordre et désordre hétéronormatifs&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les propos homophobes sont les formes de discours de haine les plus couramment proférées sur Internet. 44 % des actes homophobes se manifestent au moyen d’injures. 80 % des jeunes homosexuels les et bisexuels-les rapportent avoir déjà été la cible d’injures homophobes. Omniprésentes, les insultes homophobes constituent la partie visible de l’objectivation, dans le langage, des schèmes produits par la domination masculine, fonctionnant comme des matrices de perceptions et de représentations du monde social (Bourdieu, 1998).&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;73262&quot; view_mode=&quot;embed_large&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;p&gt;Les insultes homophobes tirent leur force injurieuse de l’ordre patriarcal. En prononçant les mots «sale pédé» ou «sale gouine», le locuteur ne fait pas qu’insulter le destinataire du message. Il invoque la communauté et l’histoire de ces mots injurieux pour blesser le destinataire et contribue, ce faisant, à reproduire l’ordre hétéronormatif. L&#039;injure homophobe participe de la catégorisation essentialiste des attributs féminins et masculins, pour discipliner ceux qui ne se conformeraient pas à cette catégorisation.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les femmes comme les hommes dont la sexualité ou l’expression du genre ne se conforment pas au modèle hétéronormatif sont rappelées à l’ordre. Les femmes sont insultées parce qu’elles ne se cantonnent pas à leur rôle de femme. Les hommes sont insultés parce qu’ils ne renvoient pas l’image de la virilité. La simple interpellation d’un homme par une expression le comparant à une femme est censée l’injurier. Les injures gayphobes, omniprésentes dans les cours de récréation, classifient et hiérarchisent les attributs masculins et féminins, participant ainsi, en stigmatisant l&#039;homosexualité masculine, à inférioriser les femmes. C’est dire si l’étude des injures homophobes est inextricablement liée aux enjeux du féminisme.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Afin de contrebalancer les effets reproductifs et normatifs de l’injure homophobe, la loi française a introduit en 2004 un dispositif réprimant plus sévèrement les injures commises avec un mobile homophobe et permettant aux associations de lutte contre l’homophobie d’agir à l’encontre des auteurs d’injures homophobes.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Cette incrimination pénale des injures homophobes soulève deux problématiques. D’une part, l’injure homophobe constitue l’extériorisation violente de la catégorisation stigmatisante des homosexuels-les. Juger les injures homophobes, c’est donc juger avec elles les catégories de la pensée hétérosexiste, alors qu’une approche juridique implique d’identifier un sujet unique coupable et le fait générateur de cette culpabilité (Butler, 1997). D’autre part, en raison du caractère général de la norme juridique au moyen de laquelle les propos homophobes sont incriminés, limiter l’expression de la parole homophobe risque fort de limiter l’expression sur les questions sexuelles en général, aboutissant finalement à censurer les discours des associations de défense des droits des homosexuels-les. Le recours à des concepts-cadres, tels que l’ordre public&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref1_61ash74&quot; title=&quot; CE, 9 janvier 2014, n° 374508, affaire Dieudonné: http://www.legifrance.gouv.fr. &quot; href=&quot;#footnote1_61ash74&quot;&gt;1&lt;/a&gt;, la dignité&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref2_5gi7e0h&quot; title=&quot;CA Douai, 25 janvier 2007, affaire Vaneste I: http://www.lexisnexis.fr. &quot; href=&quot;#footnote2_5gi7e0h&quot;&gt;2&lt;/a&gt;, la grossière indécence&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref3_n60e240&quot; title=&quot;Article 157 du Code criminel canadien.&quot; href=&quot;#footnote3_n60e240&quot;&gt;3&lt;/a&gt; ou l’obscénité&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref4_pdoiguq&quot; title=&quot;Chaplinsky v. New Hampshire, 315 U.S. 568 (1942); Roth v. United States, 354 U.S. 476 (1957)&quot; href=&quot;#footnote4_pdoiguq&quot;&gt;4&lt;/a&gt;, n’est pas satisfaisant au regard des impératifs de la liberté d’expression.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Afin de démêler l’objet de notre étude compte tenu des exigences juridiques de responsabilité personnelle et de sauvegarde de la liberté d’expression, il conviendra de se pencher dans un premier temps sur les critères du délit d’injure en droit français&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref5_0xd5ndm&quot; title=&quot;Article 29 de la loi français du 29 juillet 1881.&quot; href=&quot;#footnote5_0xd5ndm&quot;&gt;5&lt;/a&gt;à la lumière d’une analyse juridique et sémantique de l’injure homophobe, avant d’envisager la circonstance aggravante introduite par la loi française du 30 décembre 2004 pour les injures prononcées à raison de l’homosexualité.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;&lt;strong&gt;1. INJURE&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’analyse des injures homophobes est l’occasion de porter un regard nouveau sur le droit de l’injure en général. L’expression des questions sexuelles et de l’homophobie a en effet joué ces dernières années un rôle important dans la définition jurisprudentielle des limites de la liberté d’expression, tant au niveau national qu’européen.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Afin d’adapter notre compréhension de l’injure à l’objet de notre étude, nous définirons l’injure comme l’acte &lt;strong&gt;conscient et volontaire (D)&lt;/strong&gt; d’&lt;strong&gt;exprimer (A) &lt;/strong&gt;une insulte &lt;strong&gt;(B)&lt;/strong&gt; de nature à créer une &lt;strong&gt;trajectoire injurieuse (C) &lt;/strong&gt;vers&lt;strong&gt; un destinataire (E)&lt;/strong&gt;, ces cinq critères devant être réunis pour que soit caractérisée l’infraction pénale d’injure.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Expression&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’injure homophobe doit être exprimée pour faire l’objet d’une poursuite. Une simple pensée, une conversation téléphonique privée&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref6_uagohpl&quot; title=&quot;Crim., 3 août 1937: Bull. Crim., n° 174.&quot; href=&quot;#footnote6_uagohpl&quot;&gt;6&lt;/a&gt;, une lettre personnelle&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref7_mot2ks6&quot; title=&quot;Crim., 3 juin 1976: Gaz. Pal. 1976.2.704.&quot; href=&quot;#footnote7_mot2ks6&quot;&gt;7&lt;/a&gt; ou un écrit confidentiel&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref8_bm5rqj2&quot; title=&quot;Civ. 2, 28 octobre 1992: Bull. Civ., n° 250.&quot; href=&quot;#footnote8_bm5rqj2&quot;&gt;8&lt;/a&gt; ne suffit pas à caractériser l’expression de l’injure.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Insulte&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Définition de l’insulte&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En pratique, les insultes homophobes sont souvent prononcées à raison de l’homosexualité. L’expression «insulte homophobe» est ainsi couramment utilisée pour désigner une insulte à raison de l’homosexualité. Ces deux expressions doivent pourtant être nettement distinguées.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Nous proposons ici de désigner par le terme «insulte» l’élément sémantique du délit d’injure. Nous suggérons ensuite de distinguer entre les insultes vexatoires et les insultes discriminatoires.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les insultes vexatoires visent à créer une trajectoire injurieuse en attribuant au locuteur une qualité dépréciée du fait même de leur définition. En prononçant le signifiant «salaud»&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref9_y5hxrlq&quot; title=&quot;Crim., 10 mai 2006: D. 2006, jurispr. p. 2220, note E. Dreyer.&quot; href=&quot;#footnote9_y5hxrlq&quot;&gt;9&lt;/a&gt;, le locuteur effectue l’action d’injurier en signifiant précisément au destinataire qu’il est un salaud. L’acte réalisé par l’énonciation du mot «salaud» correspond à la signification conventionnelle du terme «salaud». La charge injurieuse de cette insulte est ainsi attachée à sa signification présente. Les insultes «escroc»&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref10_6o5qpb7&quot; title=&quot;Crim., 8 févr. 1972: Bull. Crim. 1972, n° 48.&quot; href=&quot;#footnote10_6o5qpb7&quot;&gt;10&lt;/a&gt;, «voyou»&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref11_yqib733&quot; title=&quot; Crim., 19 juin 2001, n° 00-86167.&quot; href=&quot;#footnote11_yqib733&quot;&gt;11&lt;/a&gt;, «ordure»&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref12_glyizs2&quot; title=&quot;Crim., 19 févr. 2002, n° 00-88289.&quot; href=&quot;#footnote12_glyizs2&quot;&gt;12&lt;/a&gt; ou «malhonnête»&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref13_f3r5x1q&quot; title=&quot;Crim., 16 mai 2000, n° 99-84944.&quot; href=&quot;#footnote13_f3r5x1q&quot;&gt;13&lt;/a&gt; fonctionnent sur le même mode. Les insultes vexatoires constituent des insultes homophobes dès lors qu’elles sont prononcées avec un mobile homophobe, c’est-à-dire compte tenu de l’orientation sexuelle, vraie ou supposée, du destinataire. L’injure homophobe n’implique donc pas nécessairement l’usage d’un terme imputant l’homosexualité.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;À l’inverse, les insultes discriminatoires visent à créer une trajectoire injurieuse en imputant au locuteur le fait d&#039;appartenir à une catégorie de personnes stigmatisées. Nous proposons d’appeler «insultes hétéronormatives» les injures discriminatoires stigmatisant les homosexuels-les. Ces insultes peuvent donc être adressées à toute personne, hétérosexuelle ou homosexuelle. L’énonciation par le locuteur de l’insulte hétéronormative ne préjuge en rien de l’orientation sexuelle, vraie ou supposée, du destinataire. Les termes «pédé», «tapette», «goudou», «tarlouze», pour ne citer que ceux-là, sont ainsi très couramment employés, sur Internet ou dans les cours de récréation, à destination de personnes hétérosexuelles.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ce paradoxe apparent tient au fait qu’il existe une rupture sémantique entre la signification présente de l’insulte hétéronormative (imputation de l’homosexualité) et sa signification au regard des schèmes de pensée hétérosexistes (imputation d’une qualité universellement dépréciée ou d’une qualité du sexe opposé). Aujourd’hui, dans les pays occidentaux, l’imputation de l’homosexualité n’a rien d’injurieux. En employant une insulte hétéronormative, le locuteur signifie en réalité au destinataire «&lt;em&gt;tu es un salaud&lt;/em&gt;» ou alors «&lt;em&gt;tu te comportes comme une personne de l’autre sexe&lt;/em&gt;».&lt;/p&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;73265&quot; view_mode=&quot;embed_large&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;p&gt;L’insulte hétéronormative tire ainsi sa charge injurieuse, non pas de sa signification présente, mais de son histoire. Malgré un mouvement contemporain de reconnaissance des droits des homosexuels-les, il existe une persistance des schèmes de perception hétérosexistes, notamment du fait que ces schèmes sont durablement ancrés dans le langage (Vidal, 2008). L’insulte est citée; elle est reprise de conventions linguistiques passées pour être réexploitée dans une situation contemporaine. L’insulte hétéronormative agit ainsi comme un argument d’autorité. Au moment de son énonciation, l’homonégativité historique est implicitement rappelée par le locuteur, qui invoque l’autorité de la communauté passée dans le but de blesser le destinataire (Butler, 1997).&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans tous les cas, l’appréciation juridique du caractère injurieux de l’insulte devra être faite objectivement, d’un point de vue extérieur au locuteur. Pour qualifier juridiquement l’emploi d’une insulte vexatoire, il conviendra de chercher sa signification présente. En revanche, pour qualifier juridiquement l&#039;emploi d&#039;une insulte hétéronormative, il conviendra de se référer à sa signification au regard des schèmes de pensée et de perception hétérosexiste.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Distinction de l’insulte au fond et de l’insulte en la forme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’injure au fond est celle qui, sans se matérialiser par une insulte, vise à porter atteinte à la dignité de son destinataire du fait de l’idée exprimée. Nous considérons que cette catégorie d’injure doit être appelée à disparaître en raison des limitations trop peu précises qu’elle apporte à la liberté d’expression. Cette opinion est confirmée par la jurisprudence récente de la Cour européenne des droits de l’homme et par celle de la Cour de cassation française.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Jurisprudence européenne&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La position de principe de la Cour européenne quant aux limites de la liberté d’expression a été énoncée dans l’arrêt Handyside de 1976&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref14_fb9aq3r&quot; title=&quot;CEDH, 7 décembre 1976, Handyside c/ Royaume-Uni, req. n° 5493/72.&quot; href=&quot;#footnote14_fb9aq3r&quot;&gt;14&lt;/a&gt;. Le Royaume-Uni avait alors suspendu la publication d’un livre d’éducation à la sexualité, abordant la question de l’homosexualité, sur le fondement d’une loi visant à combattre les publications «obscènes», définies par leur tendance à «dépraver et corrompre».&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Saisie par l’éditeur, la Cour européenne avait alors condamné le Royaume-Uni aux motifs que «la liberté d&#039;expression constitue l&#039;un des fondements essentiels d’une société démocratique […]. Elle vaut non seulement pour les “informations” ou “idées” accueillies avec faveur ou considérées comme inoffensives ou indifférentes, mais aussi pour celles qui heurtent, choquent ou inquiètent l&#039;État ou une fraction quelconque de la population». Les pays européens n’ont donc pas la possibilité d’incriminer des propos du seul fait des idées véhiculées. Incriminer des propos exprimés sans mépris ni invective, du simple fait de leur signification, reviendrait en effet à incriminer des opinions qui heurtent et choquent. Or, la Cour considère précisément que de tels propos ne dépassent pas les limites de la liberté d’expression.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Jurisprudence française&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La jurisprudence française a confirmé ce mouvement libéral. Dans l’affaire Vanneste I, des propos homophobes de Christian Vanneste, député du Nord, avaient été publiés dans la presse: «Je n&#039;ai pas dit que l&#039;homosexualité était dangereuse, j&#039;ai dit qu&#039;elle était inférieure à l&#039;hétérosexualité. Si on la poussait à l&#039;universel, ce serait dangereux pour l&#039;humanité», «Je critique les comportements, je dis qu&#039;ils sont inférieurs moralement». La Cour de cassation considéra alors dans un arrêt de 2008 que «si les propos litigieux […] ont pu heurter la sensibilité de certaines personnes homosexuelles, leur contenu ne dépasse pas les limites de la liberté d&#039;expression»&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref15_84oukxw&quot; title=&quot;Crim., 18 novembre 2008, n° 07-83398: &quot; href=&quot;#footnote15_84oukxw&quot;&gt;15&lt;/a&gt;&quot;&gt;http://www.legifrance.gouv.fr.&lt;/fn&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En évoquant des propos «heurtant» la sensibilité d’une fraction de la population, la Cour de cassation s’est référée sans aucun doute à la terminologie choisie quelques années plus tôt par la Cour européenne. Pirouette de l’histoire, la décision Handyside de la Cour européenne, qui laissait parler ceux qui jetaient le trouble sur les questions sexuelles, est désormais évoquée par la Cour de cassation pour laisser parler les partisans de l’ordre hétéronormatif. Il nous faut donc admettre que l’expression d’opinions homophobes en Europe est licite, à moins qu’elle ne dépasse les limites classiques de la liberté d’expression (injure, diffamation, provocation).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’affaire Vanneste II apporte un éclairage tout à fait intéressant sur la pertinence, dans une société démocratique, de permettre l’expression de propos homophobes. Dans une vidéo diffusée sur le site internet LibertePolitique.com le 10 février 2012&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref16_goon1cx&quot; title=&quot;Cette vidéo n’est malheureusement plus disponible en ligne.&quot; href=&quot;#footnote16_goon1cx&quot;&gt;16&lt;/a&gt;, le député du Nord avait évoqué «la fameuse légende de la déportation des homosexuels» avant de déclarer que «l’un des fondements principaux de l’homosexualité [...] c’est le narcissisme». Ces propos teintés d’homophobie ont valu à Christian Vanneste une exclusion de son parti politique et la perte de son investiture aux élections législatives. De nombreux articles de presse sont alors parus au sujet de la déportation des homosexuels. De nombreux Français ont certainement découvert ou redécouvert à cette occasion la réalité de la déportation des homosexuels pendant la Seconde Guerre mondiale. Nouvelle pirouette de l’histoire, c’est en laissant s’exprimer l’homophobie que l’opprobre fut jeté sur le député homophobe.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Création d’une trajectoire injurieuse&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’insulte, siège de la charge injurieuse, ne constitue une injure qu’à la condition que le locuteur crée une trajectoire injurieuse vers le destinataire.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Transmission de la charge injurieuse&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le locuteur ne crée pas la charge injurieuse. Celle-ci préexiste dans le langage au locuteur. Elle lui est antérieure. Le locuteur se borne à transmettre cette charge au destinataire, créant de ce fait une trajectoire injurieuse.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Préexistence de la charge injurieuse dans le langage&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Cette compréhension historique du langage est indispensable pour saisir le mécanisme de l’injure. &amp;nbsp;Le locuteur, sujet juridique de l’injure, n’est pas sanctionné pour avoir créé la charge injurieuse. La répression vise uniquement la création d’une trajectoire injurieuse, qui produit en quelque sorte une passerelle entre le langage et le destinataire. Ce n’est pas le langage qui est l’objet de la sanction juridique, mais le sujet responsable de la transmission d’une charge injurieuse présente dans le langage. Cette situation pourrait être comparée à celle d’un meurtrier abattant une victime avec un fusil. La charge meurtrière préexiste au meurtre. Le droit ne condamne pas le producteur du fusil. C’est uniquement l’auteur du meurtre qui a braqué le fusil vers la victime que le droit constitue comme criminel.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Indifférence du résultat de l’injure&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En créant une trajectoire injurieuse, le locuteur n’est jamais certain d’atteindre sa cible. L’injure homophobe n’a pas un effet automatique. En tant qu’acte de langage, l’injure n’agit pas comme un pouvoir souverain (Butler, 1997). Dans un contexte social &lt;em&gt;gay-friendly&lt;/em&gt;, la violence de l’injure homophobe a toutes les chances de se retourner contre le locuteur. La désapprobation sociale de l’injure homophobe joue comme un miroir où la trajectoire injurieuse se reflète pour se retourner contre le locuteur. Le résultat de l’injure, considéré comme une atteinte à l’honneur ou la considération, ne peut donc pas constituer un élément matériel de l’injure. Ce serait conférer à l’injure un rôle causal et mécanique dont elle est dépourvue.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Prise en compte nécessaire du contexte de l’injure&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les termes «pédé», «gouine», «camionneuse», «queer» ont fait l’objet d’une appropriation par les homosexuels-les eux-mêmes. Dans les mouvements &lt;em&gt;transpédégouine&lt;/em&gt; notamment, la resignification de l’insulte a initié un contre-mouvement dans lequel la politique du langage est devenue un outil de résistance. Ce pouvoir d’appropriation de l’injure implique que la loi ne peut pas condamner le simple fait de prononcer l’injure, mais doit nécessairement prendre en compte le contexte du discours pour savoir si une trajectoire injurieuse a été créée par l’expression du terme. Contrairement à ce que mentionnent certains-es auteurs-es, il nous est impossible de dresser une liste de termes injurieux par nature. Le juge disposera nécessairement d’un pouvoir d’interprétation, afin de déterminer si, eu égard au contexte discursif, les propos litigieux sont objectivement de nature à créer une trajectoire injurieuse.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Intention&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Classiquement, la jurisprudence considère que la matérialité de l’injure suffit pour faire présumer l’existence de l’intention coupable&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref17_ounun7o&quot; title=&quot;Crim., 18 janvier 1950: Bull. crim., 1950, n° 23.&quot; href=&quot;#footnote17_ounun7o&quot;&gt;17&lt;/a&gt;. Il est ainsi une présomption simple d’intention injurieuse susceptible de faire l’objet d’une preuve contraire.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il est malheureusement courant que le locuteur ne perçoive pas la portée négative de ses propos envers les homosexuels en employant des insultes telles que «pédé», «tapette» ou «gouine». Cette ignorance est indifférente, le locuteur ne pourra pas se dégager de sa responsabilité en invoquant son absence de volonté de créer une trajectoire injurieuse&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref18_bx7gy5h&quot; title=&quot;CA Lyon, 7e ch A, 8 octobre 2008: Legipresse, 2008, n° 257, I, p. 173.&quot; href=&quot;#footnote18_bx7gy5h&quot;&gt;18&lt;/a&gt;. Le locuteur ne pourra renverser la présomption de culpabilité qu’en prouvant qu’il n’avait pas conscience d’employer une insulte. Ce sera le cas notamment lorsque le locuteur est atteint de désordre mental, passager ou permanent.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Destinataire identifiable&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Traditionnellement, l’injure doit être adressée à un destinataire identifié ou identifiable pour être punissable. Ainsi, l’infraction est caractérisée quand bien même la personne visée n’est pas immédiatement identifiée, mais peut l’être au moyen d’éléments extérieurs au propos litigieux&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref19_ewzbpdx&quot; title=&quot;Crim., 15 septembre 2009: JurisData n° 2009-049802.&quot; href=&quot;#footnote19_ewzbpdx&quot;&gt;19&lt;/a&gt;. La jurisprudence considère également que le destinataire est suffisamment identifiable lorsque l’injure s’adresse à un groupe de personnes restreint, dès lors que chaque membre de ce groupe peut se sentir personnellement atteint&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref20_12j8fyk&quot; title=&quot;Crim. 12 septembre 2000: JurisData n° 2000-006324.&quot; href=&quot;#footnote20_12j8fyk&quot;&gt;20&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Cette exigence d’un destinataire identifiable excluait jusqu’en 2004 toute poursuite à l’encontre d’injures visant les homosexuels en général. Il était donc nécessaire qu’une loi habilite les associations de lutte contre l’homophobie à agir à l’encontre des propos homophobes n’ayant pas de destinataire identifiable. C’est ce que fit la loi du 30 décembre 2004, en créant dans le même temps une circonstance aggravante d’homophobie.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;&lt;strong&gt;2. MOBILE HOMOPHOBE&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le mobile homophobe constitue, d’une part, un élément de recevabilité de l’action collective du procureur et des associations de lutte contre l’homophobie &lt;strong&gt;(A)&lt;/strong&gt; et, d’autre part, la condition de fond pour aggraver la peine encourue par le locuteur de l’injure &lt;strong&gt;(B)&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Action collective&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Fondement de l’action collective&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’injure homophobe déploie un double effet. Elle créé non seulement une trajectoire injurieuse vers son destinataire, mais également des effets hétéronormatifs &lt;em&gt;erga omnes&lt;/em&gt;, contribuant à institutionnaliser l’infériorité de l’homosexualité. Elle constitue pour tous un rappel à l’hétérosexualité obligatoire. Au moment de l’énonciation par le locuteur, l’injure homophobe rayonne, en quelque sorte, vers tout l’auditoire, de sorte qu’elle impose ses effets normatifs à tous ceux qui, même non visés par elle, se trouvent sur son passage.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;73266&quot; view_mode=&quot;embed_large&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;div&gt;&amp;nbsp;&lt;/div&gt;&lt;div&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;73267&quot; view_mode=&quot;embed_large&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div&gt;&amp;nbsp;&lt;/div&gt;&lt;div&gt;C’est ce double effet, injurieux et normatif, qui fonde l’action collective du procureur et des associations de lutte contre l’homophobie introduite par la loi du 30 décembre 2004.&amp;nbsp;&lt;/div&gt;&lt;div&gt;&amp;nbsp;&lt;/div&gt;&lt;div&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;73268&quot; view_mode=&quot;embed_large&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Titulaire de l’action collective&amp;nbsp;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La loi a conféré au procureur et aux associations de lutte contre l’homophobie les droits reconnus à la partie civile afin d’agir contre les auteurs des délits de presse commis «envers une personne ou un groupe de personnes à raison de […] leur orientation sexuelle». Les associations de lutte contre l’homophobie peuvent agir à la condition d’être constituées depuis plus de cinq ans&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref21_728lll8&quot; title=&quot;Art. 48-4 de la loi du 29 juillet 1881.&quot; href=&quot;#footnote21_728lll8&quot;&gt;21&lt;/a&gt;. Désormais, l’auteur d’une injure peut ainsi être poursuivi par une association lorsque l’injure vise, non plus seulement une personne identifiable, mais également un groupe de personnes à raison de leur homosexualité. Là encore, il suffit que le groupe soit identifiable, quand bien même il ne serait pas immédiatement identifié&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref22_1il26h8&quot; title=&quot;Crim., 17 mai 1994: Dr. pén. 1994, comm. 258, obs. M. Véron (en matière d&#039;injure raciale).&quot; href=&quot;#footnote22_1il26h8&quot;&gt;22&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;S’est alors posée la question de savoir si des propos visant un comportement et non des personnes pouvaient être considérés comme des propos prononcés à raison de l’orientation sexuelle. Le 2 avril 2014, Christine Boutin, député, a publiquement affirmé, lors d’une interview accordée au journal&lt;em&gt; Charles&lt;/em&gt;: «Je n’ai jamais condamné un homosexuel. Jamais. Ce n’est pas possible. L’homosexualité est une abomination. Mais pas la personne»&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref23_sbeyy51&quot; title=&quot;Et tel que rapporté à nouveau dans le Nouvel Obs du 23 octobre 2015:&amp;nbsp;http://tempsreel.nouvelobs.com/en-direct/a-chaud/10765-boutin-avait-decl... vérifié le 23 mars 2016.&quot; href=&quot;#footnote23_sbeyy51&quot;&gt;23&lt;/a&gt;. Mise en cause par plusieurs associations de lutte contre l’homophobie, Christine Boutin s’est alors défendue en affirmant que les propos litigieux ne visaient pas des personnes à raison de leur orientation sexuelle, mais seulement des comportements condamnés par la Bible.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Un tel argument ne peut pas être reçu par les tribunaux. Les homosexuels ne se définissent que par leur homosexualité. Dès lors, critiquer l’homosexualité, c’est critiquer les homosexuels-les. Confrontée à cette question en 2013, la Cour suprême du Canada a très clairement formulé le lien inséparable entre homosexuel-le et homosexualité:&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Une interdiction qui englobe des propos ciblant un comportement sexuel n’a pas une portée excessive. Les tribunaux ont reconnu l’existence d’un lien solide entre l’orientation sexuelle et la conduite sexuelle et, lorsque la conduite visée par les propos qui ont été tenus constitue un aspect crucial de l’identité d’un groupe vulnérable, les attaques portées contre cette conduite doivent être assimilées à une attaque contre le groupe lui-même. &lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref24_e9n6zx3&quot; title=&quot;Cour Suprême du Canada, 27 février 2013, Saskatchewan c. Whatcott.&quot; href=&quot;#footnote24_e9n6zx3&quot;&gt;24&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Circonstance aggravante d’homophobie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Définition de la circonstance aggravante d’homophobie&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La circonstance aggravante d’homophobie est caractérisée dès lors que l’injure est commise «envers une personne ou un groupe de personnes à raison […] de leur orientation sexuelle»&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref25_6kc2bad&quot; title=&quot;Article 33 al. 4 de la loi française du 29 juillet 1881.&quot; href=&quot;#footnote25_6kc2bad&quot;&gt;25&lt;/a&gt;. Il s’agit ainsi d’une circonstance aggravante tirée de la motivation de l’auteur. La circonstance aggravante est caractérisée lorsque le locuteur prononce l’injure, car il pense que le ou les destinataires de l’injure sont homosexuels. Cette motivation doit être recherchée dans le for intérieur du locuteur.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En matière de circonstance aggravante, la règle &lt;em&gt;non bis in indem&lt;/em&gt; exclut qu’un même élément puisse servir en même temps d’élément constitutif de l’infraction et de circonstance aggravante&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref26_nmaeul6&quot; title=&quot;Crim., 1er mars 1995, no 94-85.393, D. 1996, somm. 241, obs. E. Malbrancq-Decourcelle.&quot; href=&quot;#footnote26_nmaeul6&quot;&gt;26&lt;/a&gt;. Ainsi, la caractérisation du mobile homophobe ne pourra résulter de la simple énonciation d’une insulte, élément constitutif de l’injure. Le mobile homophobe devra nécessairement être caractérisé au regard du contexte, et notamment de la signification des autres éléments du discours tenu par le locuteur.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Cet impératif vaut même pour les injures hétéronormatives, car l’énonciation d’une telle injure ne préjuge pas nécessairement de l’orientation sexuelle, vraie ou supposée, du destinataire. L’injure « pédé », profondément ancrée dans le langage, peut en effet être employée par une personne non homophobe en direction d’un destinataire hétérosexuel. Le simple usage d’une injure homophobe ne sera donc pas suffisant pour caractériser la motivation homophobe du locuteur. Là encore, les juges devront interpréter les propos au regard du contexte et faire preuve de discernement entre les injures hétéronormatives et les injures prononcées à raison de l’homosexualité.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Effets de la circonstance aggravante d’homophobie&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Alors que l’injure publique seule est punie de 12 000 euros d’amende, l’injure publique commise avec un mobile homophobe est punie de six mois d&#039;emprisonnement et de 22 500 euros d&#039;amende&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref27_qt4aw9y&quot; title=&quot;Article 33 de la loi française du 29 juillet 1881.&quot; href=&quot;#footnote27_qt4aw9y&quot;&gt;27&lt;/a&gt;. &amp;nbsp;De même, alors que l’injure privée seule est punie d’une contravention de la 1re classe (38 €)&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref28_j3oo13j&quot; title=&quot;Article R. 621-2 du Code pénal français.&quot; href=&quot;#footnote28_j3oo13j&quot;&gt;28&lt;/a&gt;, l’injure privée commise avec un mobile homophobe est punie d’une contravention de la 4e classe (750 €)&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref29_pobk1eb&quot; title=&quot;Article R. 624-4 du Code pénal français.&quot; href=&quot;#footnote29_pobk1eb&quot;&gt;29&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans son avis du 18 novembre 2004, la Commission nationale consultative des droits de l’homme, s’opposant à l’adoption de la loi sur les propos homophobes, considérait «qu’il n’était pas démontré que l’orientation sexuelle d’une personne ou d’un groupe de personnes génère une vulnérabilité nécessitant une protection spécifique de l’Etat». Suite à la promulgation de la loi, trouvant «agaçant de s’entendre donner des leçons de démocratie par des nouveaux venus à la table de la liberté» (Montfort, 2005: 2), plusieurs auteurs juridiques autorisés avaient dénoncé «une rupture avec l’universalité des droits de l’homme» (Mathieu, 2005: 113) ou encore «la répression de l’opinion […] sur des critères communautaristes» (Bigot, 2004: 35), considérant qu’affirmer l’infériorité de l’homosexualité, c’était se «borner à exprimer ce que pense une très large proportion de l&#039;opinion publique depuis la nuit des temps et qui constitue de surcroît la doctrine officielle des trois grandes religions monothéistes» (Le Pourhiet, 2007: 118).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Finalement, on ne pourra s’empêcher de penser que la dénonciation du&amp;nbsp;«communautarisme» reflète de vieux relents d’homophobie dont est encore empreinte une partie de la doctrine juridique française. En son temps, le célèbre juriste Jean-Luc Auber (1997), professeur à La Sorbonne et Conseiller à la Cour de cassation, n’avait-il pas déclaré: «Impropre à assurer le renouvellement des membres qui composent celle-ci, l’homosexualité est, par nature, un comportement mortel pour la société [...]. En présence d&#039;une évolution nuisible à la société, la règle de droit doit en contrarier le développement».&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ces réflexions nous semblent, pour le moins, peu convaincantes. La répétition quotidienne des insultes homophobes a pour effet d’inférioriser les homosexuels-les, les femmes et les trans. Cette ségrégation verbale déploie ses effets bien au-delà du langage. Les victimes de propos de haine souffrent de symptômes physiologiques et de troubles émotionnels, tels que honte, cauchemars, difficultés respiratoires, hypertension, psychose et, enfin, suicide. Afin d’éviter d’être la cible d’injures homophobes, les victimes quittent leur travail, leur famille, évitent certains lieux publics, cachent leur sentiment à ceux qui leur sont proches. Plus qu’une simple blessure passagère, le mépris homophobe induit une restriction de la liberté individuelle (Matsuda, 1993).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il était donc indispensable de mettre en œuvre des mécanismes juridiques destinés à réprimer plus sévèrement les injures homophobes. C’est ce que visaient les dispositions introduites en France par la loi du 30 décembre 2004. Interprétées à la lumière de la jurisprudence européenne&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref14_3fefrej&quot; title=&quot;CEDH, 7 décembre 1976, Handyside c/ Royaume-Uni, req. n° 5493/72.&quot; href=&quot;#footnote14_fb9aq3r&quot;&gt;14&lt;/a&gt; et française&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref30_dqfta9t&quot; title=&quot;Crim, 18 novembre 2008, n° 07-83398 : http://www.legifrance.gouv.fr. &quot; href=&quot;#footnote30_dqfta9t&quot;&gt;30&lt;/a&gt;, il ne fait aucun doute que ces dispositions préservent la liberté d’expression. Le législateur n’a pas entendu incriminer les opinions homophobes, mais seulement conférer un droit d’action aux associations de lutte contre l’homophobie et aggraver les peines lorsque les délits d’injure, de diffamation et de provocation sont commis avec un mobile homophobe. La loi réprime la haine et l’intolérance de l’auteur de l’acte délictueux. Elle n’accorde pas une protection spéciale accordée aux homosexuels-les en tant que tels, la victime pouvant ne pas l’être. La création d’une circonstance aggravante d’homophobie permet de prendre en compte le caractère discriminatoire des propos litigieux.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ce qui est finalement en jeu dans le débat sur les injures homophobes est une certaine vision de la société. Il ne s’agit pas seulement de mettre en balance la liberté d’expression et le droit de ne pas être injurié. Il s’agit d’un débat bien plus profond sur ce que nous comprenons du concept d’égalité.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Références&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;AUBER, Jean-Luc. 1998. Note sous arrêt Cass. Civ. 3, 17 décembre 1997, Recueil Dalloz, cahier du 26 février, n°9.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BIGOT, Christophe. 2004. «Sexisme, homophobie et liberté d’expression», &lt;em&gt;Légipresse&lt;/em&gt;, mars, n° 209.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BOURDIEU, Pierre. 1998. &lt;em&gt;La domination masculine&lt;/em&gt;, Paris: Editions du Seuil.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BUTLER, Judith. 1997. &lt;em&gt;Le pouvoir des mots. Politique du performatif&lt;/em&gt;, traduit de l’anglais par Charlotte Nordmann, Paris: éditions Amsterdam.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;LE POURHIET A.-M. 2007. «La liberté et la démocratie menacée», in &lt;em&gt;La liberté de critique&lt;/em&gt;, Paris: Litec, coll. Colloques et débats.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;MATHIEU, Bernard. 2005. &lt;em&gt;Le délit d’homophobie ou la violation de la constitution par consensus&lt;/em&gt;, ADJA.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;MATSUDA, Mari J., Charles R.LAWRENCE III, Richard DELGADO et Kimberle Williams CRENSHAW. 1993. &lt;em&gt;Words that Wound: Critical Race Theory, Assaultive Speech, and the First Amendment&lt;/em&gt;, Boulder/San Francisco/Oxford: Westview Press.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;MONFORT, Jean-Yves. 2005. «Les nouvelles incriminations de la loi du 30 décembre 2004 au regard de la liberté d’expression et des droits de l’homme», &lt;em&gt;Gazette du Palais&lt;/em&gt;, 17 décembre, n° 351.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Statistiques réalisées d’après les 3517 témoignages reçus par SOS homophobie en 2012: &lt;a href=&quot;http://www.sos-homophobie.org/rapport-annuel-2013&quot;&gt;http://www.sos-homophobie.org/rapport-annuel-2013&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;VIDAL, Jean-Pierre. 2008. «De la déconstruction de la différence des sexes à la neutralisation des sexes, pour une société postsexuelle!», in &lt;em&gt;Connexions&lt;/em&gt;, 2008/2 n° 90, p. 123-138.&lt;/p&gt;

&lt;section  class=&quot;footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed&quot; data-collapsible-show-label=&quot;Notes&quot; data-collapsible-hide-label=&quot;Notes&quot;&gt;&lt;ul class=&quot;footnotes collapsible-content&quot;&gt;&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote1_61ash74&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref1_61ash74&quot;&gt;1.&lt;/a&gt;  CE, 9 janvier 2014, n° 374508, affaire Dieudonné: &lt;a href=&quot;http://www.legifrance.gouv.fr&quot;&gt;http://www.legifrance.gouv.fr&lt;/a&gt;. &lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote2_5gi7e0h&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref2_5gi7e0h&quot;&gt;2.&lt;/a&gt; CA Douai, 25 janvier 2007, affaire Vaneste I: &lt;a href=&quot;http://www.lexisnexis.fr&quot;&gt;http://www.lexisnexis.fr&lt;/a&gt;. &lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote3_n60e240&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref3_n60e240&quot;&gt;3.&lt;/a&gt; Article 157 du Code criminel canadien.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote4_pdoiguq&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref4_pdoiguq&quot;&gt;4.&lt;/a&gt; &lt;em&gt;Chaplinsky v. New Hampshire&lt;/em&gt;, 315 U.S. 568 (1942); &lt;em&gt;Roth v. United States&lt;/em&gt;, 354 U.S. 476 (1957)&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote5_0xd5ndm&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref5_0xd5ndm&quot;&gt;5.&lt;/a&gt; Article 29 de la loi français du 29 juillet 1881.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote6_uagohpl&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref6_uagohpl&quot;&gt;6.&lt;/a&gt; Crim., 3 août 1937: &lt;em&gt;Bull. Crim.&lt;/em&gt;, n° 174.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote7_mot2ks6&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref7_mot2ks6&quot;&gt;7.&lt;/a&gt; Crim., 3 juin 1976: &lt;em&gt;Gaz. Pal.&lt;/em&gt; 1976.2.704.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote8_bm5rqj2&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref8_bm5rqj2&quot;&gt;8.&lt;/a&gt; Civ. 2, 28 octobre 1992: &lt;em&gt;Bull. Civ.&lt;/em&gt;, n° 250.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote9_y5hxrlq&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref9_y5hxrlq&quot;&gt;9.&lt;/a&gt; Crim., 10 mai 2006:&lt;em&gt; D.&lt;/em&gt; 2006, jurispr. p. 2220, note E. Dreyer.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote10_6o5qpb7&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref10_6o5qpb7&quot;&gt;10.&lt;/a&gt; Crim., 8 févr. 1972: &lt;em&gt;Bull. Crim.&lt;/em&gt; 1972, n° 48.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote11_yqib733&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref11_yqib733&quot;&gt;11.&lt;/a&gt;  Crim., 19 juin 2001, n° 00-86167.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote12_glyizs2&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref12_glyizs2&quot;&gt;12.&lt;/a&gt; Crim., 19 févr. 2002, n° 00-88289.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote13_f3r5x1q&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref13_f3r5x1q&quot;&gt;13.&lt;/a&gt; Crim., 16 mai 2000, n° 99-84944.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote14_fb9aq3r&quot;&gt;&lt;a href=&quot;#footnoteref14_fb9aq3r&quot; class=&quot;footnote-label&quot;&gt;14.&lt;/a&gt; &lt;a class=&quot;footnote-multi&quot; href=&quot;#footnoteref14_fb9aq3r&quot;&gt;a.&lt;/a&gt; &lt;a class=&quot;footnote-multi&quot; href=&quot;#footnoteref14_3fefrej&quot;&gt;b.&lt;/a&gt; CEDH, 7 décembre 1976, Handyside c/ Royaume-Uni, req. n° 5493/72.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote15_84oukxw&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref15_84oukxw&quot;&gt;15.&lt;/a&gt; Crim., 18 novembre 2008, n° 07-83398: &lt;a href=&quot;http://www.legifrance.gouv.fr.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote16_goon1cx&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref16_goon1cx&quot;&gt;16.&lt;/a&gt; Cette vidéo n’est malheureusement plus disponible en ligne.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote17_ounun7o&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref17_ounun7o&quot;&gt;17.&lt;/a&gt; Crim., 18 janvier 1950: &lt;em&gt;Bull. crim.&lt;/em&gt;, 1950, n° 23.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote18_bx7gy5h&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref18_bx7gy5h&quot;&gt;18.&lt;/a&gt; CA Lyon, 7e ch A, 8 octobre 2008: &lt;em&gt;Legipresse&lt;/em&gt;, 2008, n° 257, I, p. 173.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote19_ewzbpdx&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref19_ewzbpdx&quot;&gt;19.&lt;/a&gt; Crim., 15 septembre 2009: &lt;em&gt;JurisData&lt;/em&gt; &lt;em&gt;n° 2009-049802.&lt;/em&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote20_12j8fyk&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref20_12j8fyk&quot;&gt;20.&lt;/a&gt; Crim. 12 septembre 2000: &lt;em&gt;JurisData n° 2000-006324.&lt;/em&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote21_728lll8&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref21_728lll8&quot;&gt;21.&lt;/a&gt; Art. 48-4 de la loi du 29 juillet 1881.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote22_1il26h8&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref22_1il26h8&quot;&gt;22.&lt;/a&gt; Crim., 17 mai 1994: &lt;em&gt;Dr. pén.&lt;/em&gt; 1994, comm. 258, obs. M. Véron (en matière d&#039;injure raciale).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote23_sbeyy51&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref23_sbeyy51&quot;&gt;23.&lt;/a&gt; Et tel que rapporté à nouveau dans le &lt;em&gt;Nouvel Obs&lt;/em&gt; du 23 octobre 2015:&amp;nbsp;&lt;a href=&quot;http://tempsreel.nouvelobs.com/en-direct/a-chaud/10765-boutin-avait-declare-revue-charles-avril-homosexualite.html.Lien&quot;&gt;http://tempsreel.nouvelobs.com/en-direct/a-chaud/10765-boutin-avait-decl...&lt;/a&gt; vérifié le 23 mars 2016.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote24_e9n6zx3&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref24_e9n6zx3&quot;&gt;24.&lt;/a&gt; Cour Suprême du Canada, 27 février 2013, Saskatchewan c. Whatcott.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote25_6kc2bad&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref25_6kc2bad&quot;&gt;25.&lt;/a&gt; Article 33 al. 4 de la loi française du 29 juillet 1881.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote26_nmaeul6&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref26_nmaeul6&quot;&gt;26.&lt;/a&gt; Crim., 1er mars 1995, no 94-85.393, &lt;em&gt;D. 1996&lt;/em&gt;, somm. 241, obs. E. Malbrancq-Decourcelle.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote27_qt4aw9y&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref27_qt4aw9y&quot;&gt;27.&lt;/a&gt; Article 33 de la loi française du 29 juillet 1881.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote28_j3oo13j&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref28_j3oo13j&quot;&gt;28.&lt;/a&gt; Article R. 621-2 du Code pénal français.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote29_pobk1eb&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref29_pobk1eb&quot;&gt;29.&lt;/a&gt; Article R. 624-4 du Code pénal français.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote30_dqfta9t&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref30_dqfta9t&quot;&gt;30.&lt;/a&gt; Crim, 18 novembre 2008, n° 07-83398 : &lt;a href=&quot;http://www.legifrance.gouv.fr&quot;&gt;http://www.legifrance.gouv.fr&lt;/a&gt;. &lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;Les femmes comme les hommes dont la sexualité ou l’expression du genre ne se conforment pas au modèle hétéronormatif sont rappelées à l’ordre. Les femmes sont insultées parce qu’elles ne se cantonnent pas à leur rôle de femme. Les hommes sont insultés parce qu’ils ne renvoient pas l’image de la virilité. La simple interpellation d’un homme par une expression le comparant à une femme est censée l’injurier. Les injures gayphobes, omniprésentes dans les cours de récréation, classifient et hiérarchisent les attributs masculins et féminins, participant ainsi, en stigmatisant l&amp;#039;homosexualité masculine, à inférioriser les femmes. C’est dire si l’étude des injures homophobes est inextricablement liée aux enjeux du féminisme.&lt;/div&gt;
      &lt;/div&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&lt;span class=&quot;biblio-authors&quot; &gt;&lt;a href=&quot;/en/biblio?f%5Bauthor%5D=7005&quot; rel=&quot;nofollow&quot;&gt;Deshoulières, Étienne&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;/en/biblio?f%5Bauthor%5D=6999&quot; rel=&quot;nofollow&quot;&gt;Line  Chamberland&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;/en/biblio?f%5Bauthor%5D=6991&quot; rel=&quot;nofollow&quot;&gt;Caroline  Désy&lt;/a&gt; and &lt;a href=&quot;/en/biblio?f%5Bauthor%5D=3628&quot; rel=&quot;nofollow&quot;&gt;Lori  Saint-Martin&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;. 2016. “&lt;a href=&quot;/en/biblio/injures-homophobes-ordre-et-desordre-heteronormatifs&quot;&gt;&lt;span class=&quot;biblio-title&quot; &gt;Injures homophobes: ordre et désordre hétéronormatifs&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;”. Available online: l’Observatoire de l’imaginaire contemporain. &amp;lt;&lt;a href=&quot;https://oic.uqam.ca/en/articles/injures-homophobes-ordre-et-desordre-heteronormatifs&quot;&gt;https://oic.uqam.ca/en/articles/injures-homophobes-ordre-et-desordre-heteronormatifs&lt;/a&gt;&amp;gt;. Accessed on May 1, 2023. Source: (&lt;span  style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;Féminismes et luttes contre l&#039;homophobie: de l&#039;apprentissage à la subversion des codes&lt;/span&gt;. 2016. Montréal: Institut de recherches et d&#039;études féministes (IREF). coll. Agora, vol. Cahier de l&#039;IREF).&lt;span class=&quot;Z3988&quot; title=&quot;ctx_ver=Z39.88-2004&amp;amp;rft_val_fmt=info%3Aofi%2Ffmt%3Akev%3Amtx%3Adc&amp;amp;rft.title=Injures+homophobes%3A+ordre+et+d%C3%A9sordre+h%C3%A9t%C3%A9ronormatifs&amp;amp;rft.isbn=978-2-922045-47-5&amp;amp;rft.date=2016&amp;amp;rft.volume=Cahier+de+l%26%23039%3BIREF&amp;amp;rft.aulast=Deshouli%C3%A8res&amp;amp;rft.aufirst=%C3%89tienne&amp;amp;rft.au=Chamberland%2C+Line&amp;amp;rft.au=D%C3%A9sy%2C+Caroline&amp;amp;rft.au=Saint-Martin%2C+Lori&amp;amp;rft.pub=Institut+de+recherches+et+d%26%23039%3B%C3%A9tudes+f%C3%A9ministes+%28IREF%29&amp;amp;rft.place=Montr%C3%A9al&quot;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
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 <pubDate>Fri, 25 Mar 2022 15:04:29 +0000</pubDate>
 <dc:creator>Alexia Giroux</dc:creator>
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 <title>Pour une approche matérialiste de l&#039;identité sexuelle: la formation identitaire des adolescentes lesbiennes québécoises</title>
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot; property=&quot;content:encoded&quot;&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Introduction&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Rares sont les études qualitatives menées dans une perspective féministe matérialiste qui portent sur la question complexe de la sexualité des adolescentes. Peu de travaux scientifiques, y compris dans le champ des études féministes, ont été consacrés aux jeunes lesbiennes, à l’environnement socioculturel dans lequel elles évoluent ou aux possibilités qui leur sont offertes relativement à la sexualité et aux intérêts amoureux. Les nombreux travaux féministes sur la socialisation différentielle des sexes, notamment à l’adolescence, montrent pourtant que cette période est déterminante sur le plan de l’apprentissage des exigences normatives de la féminité et de la masculinité. Comme l’apprentissage de la sexualité s’inscrit dans ce processus de socialisation, ces études permettent de saisir comment les jeunes filles sont amenées à s’engager dans la sexualité hétérosexuelle et à développer une identité de sexe/genre féminine et hétérosexuelle. L’existence des lesbiennes démontre cependant que certaines jeunes filles échappent à l’effet de la socialisation différentielle des sexes sur le «choix sexuel».&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;J’ai donc cherché à découvrir comment l’environnement social et culturel des adolescentes lesbiennes facilite ou complexifie la formation de leur identité sexuelle. Les jeunes filles non hétérosexuelles disposent de peu de modèles d’identification et de référence susceptibles d’informer leur trajectoire en matière de sexualité. Le présent article est consacré au milieu scolaire, qui constitue un espace de socialisation significatif dans la formation identitaire des jeunes. La plus grande partie de l’adolescence coïncide avec les années d’éducation de niveau secondaire. Le contenu scolaire et, plus fondamentalement, les relations entre pairs sont autant d’occasions d’actualiser les attentes normatives reliées au genre et à la sexualité. Mes analyses rompent avec le modèle psychosocial de développement identitaire, généralement mobilisé pour rendre compte de la formation de l’identité homosexuelle. L’émergence de l’identité sexuelle lesbienne est examinée à partir d’une perspective théorique matérialiste, démontrant que celle-ci n’a rien perdu de sa capacité à saisir la complexité de l’expérience sociale. J’ai privilégié une interprétation interactionniste des concepts d’identité, de formation ou développement identitaire, interprétation qui ne suppose pas d’identité «naturelle» ou «essentielle» et qui, sans faire abstraction de la puissance des déterminismes sociaux, reconnaît aux individus une certaine latitude face à ces déterminismes. Le concept d’identité de sexe/genre se réfère ici à la conscience de soi relativement aux catégories de sexe et de genre, au fait de dire «je suis une femme», affirmation qui, dans les représentations sociales dominantes, équivaut à dire «je suis une femme hétérosexuelle». Le concept d’identité sexuelle renvoie à la conscience de soi relativement à la sexualité, c’est-à-dire l’orientation sexuelle.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Après une brève description du cadre méthodologique de la recherche dont sont issus les résultats exposés ici, je présente les grandes lignes du cadre théorique retenu. La section suivante est consacrée aux résultats, analysés sous trois aspects: 1) l’invisibilité de l’homosexualité dans l’environnement des répondantes; 2) le rôle clé joué par les relations entre pairs au secondaire; et 3) le lien entre l’adhésion à la culture de la féminité et l’engagement dans la romance hétérosexuelle.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Méthodologie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les analyses présentées dans le présent article sont le fruit d’une recherche qualitative dont l’objectif principal était de documenter et d’analyser le vécu des jeunes lesbiennes à l’adolescence pour découvrir les éléments qui participent à la formation de l’identité sexuelle lesbienne, soit en favorisant cette formation, soit en l’entravant. Les données analysées sont issues d’entretiens menés en 2011 et 2012 auprès de 20 jeunes lesbiennes québécoises âgées de 18 à 26 ans. L’échantillon est composé de jeunes lesbiennes appartenant au même milieu socioéconomique (classe moyenne faible à aisée), qui sont principalement de langue maternelle française (une répondante a été élevée en français et en anglais), majoritairement caucasiennes (une répondante est originaire de Chine et a été adoptée par un couple québécois en très bas âge). Le recrutement s’est déroulé sur une période de dix-huit mois. J’ai eu recours à plusieurs stratégies, la plus efficace étant la diffusion d’une invitation à témoigner dans les milieux communautaires, notamment les groupes de femmes, dans le milieu universitaire, ainsi que dans l’unique revue québécoise s’adressant spécifiquement aux lesbiennes, «Entre elles», qui a publié l’appel sur sa page Facebook. J’ai également eu recours à la méthode «boule de neige», qui consiste à solliciter les répondantes rencontrées afin qu’elles fassent circuler l’appel dans leur réseau. Le recrutement par le biais des organismes LGBT n’a donné aucun résultat. Cela peut s’expliquer en partie par le fait que les filles fréquentent moins ce type d’organismes que les garçons.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les entretiens semi-directifs ont été conduits selon une approche compréhensive (Kaufmann, 1996). Cette approche offre beaucoup de liberté aux répondantes quant à la manière dont elles veulent aborder leur sexualité et leurs intérêts amoureux, et beaucoup de latitude également à la chercheure quant au rythme de l’entrevue et à l’opportunité ou non de creuser certains aspects spécifiques. Le déroulement des entrevues était soutenu par un guide dans lequel des questions de relance étaient formulées autour de trois thèmes principaux: l’environnement socioculturel, les expériences amoureuses —lesbiennes et hétérosexuelles—, les expériences sexuelles –lesbiennes et hétérosexuelles—, ainsi que la connaissance et la recherche éventuelle de modèles identitaires et le rapport à l’identité sexuelle (voir le schéma d’entrevue en annexe). Le guide d’entrevue a été développé avec le souci de reproduire les conditions nécessaires à la production d’un discours sur une expérience passée. Les questions étaient formulées de manière à favoriser «le processus de localisation d’un souvenir dans le passé», par le recours à des éléments qui jouent le rôle de points de repère, c’est-à-dire «des états de conscience qui, par leur intensité, luttent mieux que les autres contre l’oubli, ou par leur complexité, sont de nature à susciter beaucoup de rapports, à augmenter les chances de reviviscence» (Halbwachs, 1994: 37).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les entrevues ont été intégralement retranscrites, puis expurgées des éléments susceptibles de mener à l’identification des répondantes, auxquelles des prénoms fictifs ont été attribués. Les éléments de contenu de chaque entrevue ont été codés au moyen du logiciel Nvivo pour soutenir une analyse thématique. Par la suite, une analyse transversale des entrevues a permis de consolider les catégories thématiques et d’assurer la cohérence des catégories thématiques.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cadre théorique: contrainte à l’hétérosexualité et socialisation différentielle des sexes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Des auteures telles que Rich (1981) et Wittig (1980) ont montré que l’existence de l’homosexualité révèle que l’hétérosexualité est à la fois construite et constitutive des rapports sociaux de sexe. Rich conceptualise l’hétérosexualité en tant qu’institution au fondement des rapports de pouvoir entre les femmes et les hommes. Son concept central, «la contrainte à l’hétérosexualité», illustre que l’imposition de l’hétérosexualité aux femmes permet l’appropriation de leur corps et de leur travail par les hommes. Ce concept conduit Rich à invalider la «naturalité» de l’hétérosexualité. En effet, elle identifie les nombreux «moyens par lesquels le pouvoir masculin se manifeste et se maintient» (Rich, 1981: 23), chacun d’entre eux contribuant «au réseau des contraintes aboutissant à la conviction chez les femmes que le mariage et l’orientation sexuelle vers les hommes sont des composantes inévitables de leur existence» (1981: 23). Wittig voit dans l’hétérosexualité le contrat social qui organise les rapports sociaux de sexe, contrat qui représente une forme d’esclavage, conformément à la théorie du sexage de Guillaumin (1978).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Pour saisir comment s’opérationnalise la contrainte à l’hétérosexualité dans les trajectoires individuelles, je l’ai articulée au concept de socialisation différentielle des sexes. Ce concept rend compte de la production/reproduction sociale des différences entre hommes et femmes, nécessaire à la reproduction des rapports sociaux de sexe. Pour plusieurs auteures, ces théories s’inscrivent en contrepoids des discours courants, mais également scientifiques, qui prétendent que ces différences relèvent de la nature même des femmes et des hommes, c’est-à-dire qu’elles sont d’origine purement biologique (Descarries, 2006). La socialisation différentielle des sexes consiste en «le modelage d’une différence des sexes hiérarchisée par l’éducation et notamment le processus de production sociale des corps sexués dès la petite enfance» (Zaidman, 2000: 51-52). La socialisation consiste à faire coïncider le genre assigné socialement aux individus, qui sont catégorisés soit en tant qu’homme, soit en tant que femme, sur la base du sexe anatomique. Il s’agit d’un arbitraire culturel auquel le processus de socialisation contribue à donner forme, de manière à ce que les catégories femmes et hommes soient actualisées par les individus à travers le genre:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;La socialisation est le processus de transmission de l’arbitraire sexiste à travers lequel les femmes sont amenées à « choisir » comme allant de soi et logique le conformisme aux modèles culturels des sexes et leurs contraintes structurelles, alors même qu’elles sont forcées de le faire et amenées à concevoir comme différences individuelles ou essentielles des différences sociales et institutionnelles induites qui confortent une hiérarchie entre les sexes. (Descarries, 2006: 4)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le processus de socialisation se comprend ici comme mode de transmission de l’ensemble des représentations sociales dominantes, lesquelles font intervenir les stéréotypes sexuels et les pratiques sexuées, en tant que modèles d’identification pour chacun des deux sexes. L’identité de garçon ou de fille dépend par conséquent des rapports sociaux, à l’intérieur desquels elle se réactualise en permanence.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La socialisation constitue aussi un processus de contrainte des conduites et d’imposition des représentations sociales dominantes. La socialisation est donc un processus à la fois positif et négatif, puisqu’elle exige dans le même mouvement reconnaissance et acceptation de certaines attentes normatives (celles correspondant à la catégorie de sexe de l’individu), et refus et mise à distance à l’égard d’autres attentes normatives (celles correspondant à l’autre catégorie de sexe). Construire une identité de femme, ce n’est donc pas seulement répondre positivement aux attentes normatives assignées au genre féminin, c’est aussi renoncer simultanément à y déroger en adoptant des comportements ou des attitudes qui font partie des attentes normatives assignées au genre masculin.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;J’ai élargi la compréhension du processus de socialisation, pour le saisir comme processus coercitif, à l’instar de Descarries (2006). En restreignant les représentations sociales à celles qui ne remettent pas en cause les structures d’organisation du social, la socialisation en tant que processus d’imposition de ces représentations sociales adopte des formes parfois discrètes, mais également des formes dont la violence symbolique est grande et susceptible de se matérialiser dans les pratiques sociales, en violence psychologique et physique notamment. Dans cette perspective, les diverses formes de victimisation, dont la victimisation sexuelle (l’objectification sexuelle, l’usage d’insultes, la mise à l’écart, les rumeurs visant à nuire à la réputation sexuelle, le harcèlement psychologique et sexuel, les agressions physiques, etc.), constituent des mécanismes de socialisation. Ces dernières ne sont pas des dérives ou des ratés, mais bien des formes de contrainte à l’hétérosexualité. Par conséquent, les discriminations et le dénigrement des lesbiennes sont lus comme participant du processus de socialisation des filles en général, à la fois en tant que moyens de reproduction des représentations sociales dominantes des rapports sociaux de sexe et de la sexualité, et en tant que pratiques de socialisation coercitives. Ce cadre théorique permet la prise en compte et l’articulation des normes et des pratiques normatives (soit le social, ou le rapport à l’autre) et de la représentation de soi des individus socialisés, c’est-à-dire leur identité de sexe/genre et sexuelle.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Résultats&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L’invisibilité de l’homosexualité et du lesbianisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le silence prédomine autour de l’homosexualité et des réalités gaies et lesbiennes dans le cursus scolaire, qu’il s’agisse des manuels ou des interventions en classe. Seule une répondante sur vingt a mentionné les efforts faits par une enseignante afin de sensibiliser les élèves aux réalités gaies et lesbiennes. Elle fait partie des quatre répondantes ayant assisté à des interventions du GRIS-Montréal&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref1_1655zjp&quot; title=&quot;Organisme qui propose des interventions sous forme d’ateliers permettant de démystifier l’homosexualité en milieu scolaire au Québec.&quot; href=&quot;#footnote1_1655zjp&quot;&gt;1&lt;/a&gt;. Les seize autres rapportent que l’homosexualité n’a jamais été abordée dans le cadre des cours du secondaire. Les répondantes les plus âgées ayant assisté à des cours de FPS&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref2_3cgh3cx&quot; title=&quot;Cours de Formation personnelle et sociale, dans lequel était abordée l’éducation sexuelle.&quot; href=&quot;#footnote2_3cgh3cx&quot;&gt;2&lt;/a&gt; avant leur abolition soulignent que l’homosexualité n’y était pas traitée. La visibilité de personnes homosexuelles parmi le personnel scolaire apparaît marginale et est plus souvent le fait de doutes ou de rumeurs de la part des élèves que d’une divulgation volontaire. Du côté des élèves, les répondantes mentionnent deux types de situations : soit certains élèves sont étiquetés ou soupçonnés par des pairs d’être homosexuels, soit il s’agit de leurs propres amis-es, dont elles présument l’homosexualité. Seules deux répondantes rapportent avoir été à l’étape d’accepter leur identité lesbienne durant leurs études secondaires. Pour la majorité d’entre elles, donc, la question de la visibilité de leur orientation sexuelle ne se posait pas.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans la famille, l’invisibilité des personnes homosexuelles est la situation la plus fréquente exposée par les répondantes. La présence connue de personnes gaies ou lesbiennes dans l’entourage familial ou dans le réseau social des parents est marginale : seules quatre répondantes en ont signalé une, deux sont témoin de l’ouverture de leurs parents, mais deux autres au contraire de leur fermeture. Si cinq répondantes témoignent d’une ouverture plus grande de leur milieu familial, leur trajectoire n’en a pourtant pas été affectée positivement. Plusieurs répondantes indiquent que les parents tiennent des propos dénigrants à l’égard de l’homosexualité masculine, mais occultent le lesbianisme :&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Mes parents, tu sais maintenant, je sais qu’elle était lesbienne, mais mes parents ne me l’avaient pas dit. C’était juste: «ah! elle vit avec une femme, ah! c’est son amie, ce n’est pas un vrai couple». (Pauline, 22 ans)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Homosexualité masculine et féminine font ainsi l’objet d’un traitement différencié qui aboutit cependant à un résultat similaire: la disqualification sociale. La différence significative qui apparaît ici dans le traitement respectif de l’homosexualité masculine et féminine est que seule la sexualité des hommes n’est pas niée. Or pour Rich, l’occultation de la possibilité lesbienne est un des moyens de contrainte utilisés pour reproduire le pouvoir masculin.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’invisibilisation institutionnelle de l’homosexualité qui prévaut dans les écoles secondaires du Québec participe à renforcer la position dominante de l’hétérosexualité. Cette invisibilisation concourt au réseau des contraintes à l’hétérosexualité qui ont marqué la trajectoire des répondantes. Le statut accordé à l’homosexualité dans l’environnement scolaire constitue un obstacle à la formation de l’identité sexuelle lesbienne. Celle-ci n’est généralement pas nommée et ne bénéficie pas d’un traitement équivalent à l’hétérosexualité dans l’environnement social évoqué par les répondantes. Le statut de l’homosexualité y apparaît conforme à la logique hétérosexiste, soit une sexualité inférieure à l’hétérosexualité, et qui ne va toujours pas de soi.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les relations entre pairs: espace clé de la socialisation à l’hétérosexualité&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Bien qu’une des prémisses de base des études sur les adolescents-es soit que l’école constitue un lieu d’apprentissage essentiel de l’autonomie sociale, les analyses montrent que les réseaux sociaux y sont particulièrement opprimants au sens où les individus voient presque toutes les dimensions de leur existence et de leur personnalité soumises au jugement de leurs pairs. Certaines études appuient l’hypothèse selon laquelle l’école est le lieu par excellence où les filles apprennent à céder aux normes et aux rapports de pouvoir propres à l’ordre (hétéro)patriarcal. Selon Youdell (2005), les recherches portant sur les filles et l’école ont véritablement commencé à se développer dans les années 1980, se penchant pour la plupart sur la reproduction des rôles de sexe, qui assure la reproduction des inégalités entre les sexes. Ces travaux ont notamment montré non seulement que le système scolaire renforce les rôles sociaux de sexe, mais également que ces rôles y sont plus rigides qu’ils ne le sont de manière générale dans la société (Delamont, 1989).&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’organisation des relations dans un établissement scolaire secondaire présente des conditions qui offrent à un groupe d’élèves spécifique la possibilité d’exercer un contrôle sur les comportements de l’ensemble des élèves. En effet, les groupes d’adolescentes et d’adolescents sont positionnés selon une hiérarchie propre aux écoles secondaires. Les données montrent que la logique qui préside au classement des différents groupes d’élèves est la suivante : les groupes d’élèves dits «populaires» occupent une position privilégiée, parfois enviée ou contestée par celles et ceux qui en sont exclus-es. Cependant, c’est essentiellement le fait de faire partie ou d’être exclu des groupes d’élèves populaires qui semble constituer le marqueur du statut social des élèves.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’organisation de ces groupes obéit également à une logique sexuée, les filles formant des groupes de leur côté, les garçons du leur. Seules deux répondantes mentionnent avoir fait partie des groupes de filles populaires. Au sein de ces groupes, la culture de la féminité est omniprésente. Cette culture exclut par définition toute sexualité autre que l’hétérosexualité. En concentrant les intérêts des femmes et des filles autour de la romance hétérosexuelle, elle joue un rôle majeur dans la reproduction du contrôle social de la sexualité des femmes (Lebreton, 2008). Les filles populaires apparaissent comme des modèles à suivre, et semblent représenter un idéal à atteindre, conforme au modèle véhiculé par la culture de la féminité. À ce titre, elles sont enviées par beaucoup d’adolescentes: «C’était des filles que tout le monde voulait être, qu’on disait vouloir être, c’était celles-là.» &amp;nbsp;(Jennifer, 23 ans)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Pour décrire les filles populaires, les propos des répondantes articulent deux thèmes : l’adhésion à la féminité et l’investissement dans la séduction et la romance hétérosexuelle. L’expression d’une maturité et d’une disponibilité sexuelles orientées vers les garçons leur apparaît centrale dans le statut de fille populaire:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;C’était toutes les plus poupounes, les filles qui se montraient le plus aussi, qui étaient plus hypersexualisées, je dirais, dans leur manière de le montrer, pas nécessairement dans leurs… Bien dans les vêtements, dans le style, pas nécessairement dans la vraie vie, pas nécessairement les filles qui ont fait le plus d’expériences le plus jeunes, mais celles qui avaient l’air. Celles qui s’habillaient un peu plus «&lt;em&gt;slut&lt;/em&gt;» qu’on peut dire. Tu sais, qui avaient les jupes les plus courtes, qui avaient le style, tu sais, qui en montraient plus, qui se donnaient un air… (Deborah, 20 ans)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les filles populaires semblent correspondre aux différentes caractéristiques qui déterminent l’idéal de la féminité, idéal blanc et de classe moyenne: beauté physique, vêtements féminins à la mode, mais pas trop provocants, apparence et comportements jugés séduisants par les garçons. L’intelligence pourrait même, selon quelques-unes des répondantes, constituer un désavantage pour une fille souhaitant accéder au statut de fille populaire. Selon ces répondantes, les filles populaires sont attentives à ne pas faire d’ombre aux garçons populaires, mais plutôt à leur plaire, quitte à rire de plaisanteries dénuées d’humour. Même si les perceptions des jeunes lesbiennes peuvent être influencées par leur position extérieure aux groupes d’élèves populaires, l’intégration sociale des filles semble toujours facilitée par leur adhésion aux exigences normatives de la féminité. Les filles populaires constituent l’idéal normatif auquel les jeunes femmes interrogées se réfèrent, sur des modes qui peuvent inclure l’admiration et l’envie sans exclure la distance critique, voire une certaine forme de rejet.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le terme «populaire» est révélateur des dynamiques reliées au pouvoir dans le milieu scolaire. La popularité fonctionne comme marqueur du statut social des adolescents-es. Une forte popularité dote ceux et celles qui en bénéficient du statut social le plus élevé dans la hiérarchie des individus. La popularité est fonction de plusieurs caractéristiques. En ce qui concerne les filles, la capacité de séduire des garçons est au fondement du statut de fille populaire. Cette capacité de séduction se traduit par le fait d’être à la mode, belle, d’apparence soignée et féminine. La popularité est accessible aux filles qui font la preuve d’une facilité de contact avec les garçons, sur le mode exclusif de la romance hétérosexuelle (flirt ou relation sérieuse):&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Il y en avait des miss populaires qu’on les appelait [rire]. Il y avait 4-5 filles qui étaient plus populaires, elles se tenaient toujours avec des gars, puis elles se tenaient avec les beaux gars de l’école. (Olivia, 22 ans)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La culture de la féminité apparaît comme un moyen d’assurer le «contrôle des consciences» (Rich, 1981) des filles et des femmes, et de les conduire à oublier leurs propres besoins et intérêts pour détourner leurs préoccupations vers les hommes. Parvenir à obtenir l’intérêt de ces derniers constitue un marqueur important pour les adolescentes. Les aptitudes reliées à la séduction sont réputées attester de la maturité des filles, caractéristique importante pour qui souhaite accéder au statut de fille populaire. La maturité, telle que perçue par les adolescentes, est en effet étroitement liée à la démonstration de la capacité à entrer en relation avec les garçons sur le mode des relations sexuelles. La sexualité est donc non seulement centrale dans le développement identitaire des filles, mais elle est également au cœur de la distribution des statuts parmi les filles, dans la hiérarchie des écoles secondaires.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Plus généralement, la popularité, qu’elle concerne les filles ou les garçons, se révèle être une norme hétérosexiste et genrée, de telle sorte que les adolescentes ouvertement lesbiennes ne peuvent que se situer à la marge de la structure sociale des écoles secondaires (Payne, 2007). Les répondantes ont témoigné à la fois de l’invisibilité du lesbianisme et du dénigrement de l’homosexualité qui a cours dans les établissements scolaires secondaires. Plusieurs d’entre elles ont dit craindre que leurs pairs mettent en doute leur orientation sexuelle. En plus de participer à la mise en œuvre de stratégies de déni de la part des répondantes, ces inquiétudes traduisent également la conscience plus ou moins claire qu’être identifiée comme lesbienne entraîne le risque d’être exclue ou rejetée dans l’environnement scolaire. Ainsi, deux d’entre elles soulignent avoir préféré prendre leurs distances vis-à-vis d’une élève étiquetée comme lesbienne, afin de ne pas courir le risque de voir leur orientation sexuelle mise en doute par association.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Par ailleurs, les récits des jeunes femmes interrogées montrent que le statut de filles et de garçons populaires donne à ceux et celles qui le détiennent un pouvoir susceptible de s’exercer à l’encontre des autres filles. Les élèves populaires peuvent exercer un contrôle et des sanctions à l’égard des autres filles pour qu’elles se conforment à la féminité normative. C’est le plus souvent lors de la formulation d’une critique ou d’une anecdote que les répondantes ont abordé le rôle joué par les filles et garçons populaires dans l’imposition des attentes normatives reliées aux catégories de sexe. Quelques répondantes ont mentionné avoir subi le «rejet» de la part de leurs pairs, ou avoir connu des élèves qui l’avaient subi au cours de leurs études secondaires. Elles ont, pour la plupart, rapporté que les agressions étaient le plus souvent le fait d’élèves populaires, garçons ou filles, et que le rejet était fréquemment occasionné par une apparence physique dérogeant aux exigences normatives auxquelles les filles sont assignées:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Disons que je n’étais pas non plus dans les plus populaires en secondaire un et deux. Fait qu’ils me trouvaient toujours une insulte, tu sais, les plus hots entre guillemets, ceux qui sont les plus populaires. Tu vas passer dans les corridors, puis aujourd’hui ça lui tente de te lâcher un commentaire, il va te lâcher un commentaire, sur ce qui est physique souvent. (Ariane, 24 ans)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les remarques désobligeantes peuvent concerner le corps, notamment le surpoids, et les choix vestimentaires. Ainsi, une répondante rapporte qu’elle a été amenée à modifier son style vestimentaire plutôt «masculin» (vêtements de type T-shirts, cotons ouatés, pantalons larges, absence de maquillage, etc.), afin de ne pas subir de nouveau des remarques dénigrantes ou recevoir l’étiquette de «lesbienne» de la part des filles populaires. En raison de la position privilégiée qu’ils occupent, les groupes d’élèves populaires peuvent exercer une régulation normative contraignante à l’endroit des autres élèves.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L’adhésion à la culture de la féminité et l’engagement dans la romance hétérosexuelle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’idéal féminin personnifié par les filles populaires reflète la mise en valeur réussie du corps (beauté, vêtements, techniques d’embellissement physique) qui permet d’obtenir une reconnaissance de la part des garçons. L’embellissement physique et la romance hétérosexuelle sont par conséquent deux termes liés: pour les filles, le premier est nécessaire au second. Au sein des groupes de filles, les intérêts se concentrent alors principalement autour de ces deux termes. Tandis que l’embellissement physique est actualisé par le partage de rituels de féminité comme le magasinage ou les soirées de filles passées à se maquiller, la romance hétérosexuelle et les intérêts pour les garçons occupent pour leur part une place très importante dans les conversations entre filles. Les répondantes indiquent que ces conversations impliquent beaucoup de «potinage» autour des relations amoureuses se déroulant entre élèves plus ou moins proches de leur cercle d’amies, ou impliquant certaines d’entre elles.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;De façon générale, les répondantes adhèrent à ces exigences, selon des configurations variables cependant. Ainsi, il est possible d’apprécier les vêtements féminins, mais de ne pas avoir d’intérêt pour le maquillage ou les bijoux. Plus fondamentalement, les propos des répondantes illustrent que l’adoption de vêtements, comportements ou activités est rarement réfléchie en dehors des attentes normatives de genre. Les répondantes évoquent plusieurs motifs permettant d’expliquer leur adhésion: le plaisir qu’elles prennent dans les activités et rituels reliés à l’embellissement physique et dans des activités considérées comme féminines; l’approbation sociale, de la part des pairs et de la famille; le succès rencontré auprès des garçons, etc. Les propos des jeunes femmes interrogées indiquent de plus que ces éléments concourent à une intégration positive des adolescentes dans leur milieu scolaire, voire dans leur famille.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les groupes d’amies apparaissent jouer un rôle crucial dans le contrôle des filles sur les différents aspects reliés à la sexualité et, pour ce qui m’occupe, dans l’imposition de l’hétérosexualité normative. Ce contrôle s’exerce sur l’apparence et les comportements de manière à ce que ceux-ci soient en adéquation avec la féminité normative. Les groupes d’amies sont des lieux où se développe et s’actualise la culture de la féminité, qui concentre les intérêts des filles autour de la romance hétérosexuelle. De nombreuses conversations tournent autour de l’importance accordée au fait d’avoir un chum. La mise en couple apparaît être une exigence normative forte à l’adolescence, à laquelle les deux tiers des répondantes se sont conformées.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Mon analyse a permis de dégager deux éléments importants à l’œuvre dans ces engagements : leur initiation par les garçons et l’influence de la dynamique des rapports sociaux de sexe. Les analyses indiquent que les raisons qui ont motivé une réponse positive à des avances reçues d’un garçon relèvent de la pression à l’engagement hétérosexuel qui anime les groupes d’adolescentes. L’idéologie romantique et la poursuite d’un objectif de mise en couple sont très présentes dans ces groupes, à tel point qu’elles supplantent les intérêts et les désirs des filles. L’engagement de leurs amies dans des relations hétérosexuelles joue également un rôle. En effet, les amies en relation limitent leurs activités entre filles et ont tendance à avoir des activités sociales avec leur petit ami. Les filles qui n’ont pas de petit ami éprouvent alors un sentiment d’isolement, découlant du fait qu’elles ne prennent plus part à certaines activités. Plusieurs des jeunes femmes interrogées relatent s’être trouvées dans de telles situations et se sont engagées dans une relation hétérosexuelle de façon à mettre fin à ce sentiment d’isolement et être en mesure de partager des activités avec leurs amies.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Toutefois, quelques jeunes femmes parmi les interviewées rapportent avoir gardé une distance à l’égard de la romance hétérosexuelle. Les principales raisons avancées par les répondantes pour ne pas s’engager dans des relations «amoureuses» au secondaire relèvent de la dimension du développement personnel et social, souvent associé à l’investissement dans la réussite scolaire. Elles soulignent ainsi qu’elles étaient très occupées, participant à des activités parascolaires sportives, culturelles et, pour certaines, des activités d’engagement social par le biais du bénévolat. Ces répondantes n’expriment pas un désintérêt pour les relations amoureuses hétérosexuelles en soi, mais plutôt pour ces relations lorsqu’elles prennent place au secondaire, car elles ne les estiment pas suffisamment sérieuses:&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;On voyait d’autres personnes obsédées par : se trouver un chum, se trouver une blonde, c’est important. Et puis les peines d’amour à plus finir avec des relations qui durent deux semaines. Tu sais, on en a vu autour de nous. Mais nous, je pense qu’on était un peu à l’extérieur de ça, on regardait ça et on trouvait ça très drôle. Je crois qu’on avait cette idée que c’était un peu trop tôt pour se lancer dans une relation sérieuse de toute façon, ça va mener à rien, donc ça sert à rien de perdre du temps avec ça pour le moment. (Emma, 21 ans)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Leur non-engagement dans la romance hétérosexuelle ne peut donc pas être lu comme une absence d’intérêt à l’égard de celle-ci. Au contraire, l’idée d’engagement durable et de permanence des sentiments est un élément crucial de l’idéologie de la romance hétérosexuelle servie aux filles (Lebreton, 2008), et c’est cet élément qui, du fait de son absence, motive le non-engagement de ces répondantes dans les relations amoureuses hétérosexuelles.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’engagement dans les relations hétérosexuelles semble accorder un certain prestige aux adolescentes. Ce résultat est cohérent avec l’analyse des facteurs qui favorisent l’accès à la popularité pour les filles. Parmi les caractéristiques centrales du statut populaire des filles figurent le succès rencontré auprès des garçons et la capacité à s’engager dans les relations hétérosexuelles. Ces aptitudes contribuent à la perception positive des filles par les pairs:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;C’est sûr que ça paraît bien dans le sens… tu sais, ça paraît bien, t’as un chum, tu sais, comme c’est plus les&lt;em&gt; cool &lt;/em&gt;qui avaient des chums. (Annie, 20 ans)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le succès auprès des garçons se manifeste notamment par le fait d’être sollicitée par ceux-ci dans le contexte d’une relation «amoureuse». La plupart des jeunes femmes soulignent que le fait d’être choisie a joué dans leur décision de s’engager dans une relation hétérosexuelle. Dans quelques cas, le statut élevé du garçon, généralement plus âgé que la répondante, semble avoir placé les jeunes femmes dans l’impossibilité de refuser les avances:&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;C’était dans une danse. C’était un garçon beaucoup plus âgé, il avait 18 ans et moi 14. C’était un gars très populaire et très beau, je me sentais obligée de sortir avec lui parce qu’aucune fille ne refuserait de sortir avec lui. Donc je me sentais un peu pognée, je me disais: «je n’ai pas le choix, sinon je pourrais passer pour une lesbienne». (Amélie, 24 ans)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;On voit plus précisément dans ce cas le rôle joué par l’hétérosexisme dans la décision de cette jeune femme de s’engager dans une relation hétérosexuelle. L’engagement des jeunes femmes de cette étude dans la romance hétérosexuelle et souvent dans la sexualité hétérosexuelle résulte de la contrainte à l’hétérosexualité.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les résultats présentés montrent que le milieu socioculturel dans lequel les jeunes lesbiennes évoluent est hostile à la formation d’une identité sexuelle lesbienne: invisibilité et dénigrement du lesbianisme; prédominance d’une culture de la féminité centrée sur l’adhésion aux exigences normatives de la féminité et la romance hétérosexuelle; injonction à l’engagement dans la romance hétérosexuelle. Ces données illustrent le rapport que la construction sociale de l’identité des femmes, en tant que femmes, entretient avec la sexualité. Plutôt qu’un stade développemental, l’adolescence constitue un moment crucial de la construction identitaire des filles, un moment clé où la consolidation de l’identité de sexe/genre est étroitement reliée à la socialisation à l’hétérosexualité.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En effet, les relations entre pairs sont centrées sur la romance hétérosexuelle et constituent des espaces de construction des identités de sexe/genre. Autrement dit, la socialisation à l’hétérosexualité s’y trouve actualisée de façon importante. Ces résultats appuient la thèse de Rich, selon laquelle les contraintes à l’hétérosexualité «conduisent à la conviction chez les femmes que le mariage et l’orientation sexuelle vers les hommes sont des composantes inévitables de leur existence» (1981: 23). Cette thèse est tout aussi valable pour les adolescentes que pour les femmes adultes. Il faut toutefois souligner que la plupart des répondantes rapportent que cette conviction est déjà ancrée alors qu’elles entrent tout juste dans l’adolescence. La socialisation qui a lieu dans les relations entre pairs renforce l’obligation d’adhérer aux exigences normatives de la féminité, lesquelles sont liées à l’impératif de s’engager dans la romance hétérosexuelle.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il ressort des analyses que la contrainte à l’hétérosexualité agit simultanément en imposant et en interdisant. D’une part, au moyen de la socialisation, elle impose l’idée que l’hétérosexualité est le destin naturel des femmes afin que les filles se conforment aux exigences normatives de la féminité. D’autre part et dans le même mouvement, elle interdit l’exploration d’autres identités sexuelles en déclarant déviantes ou «anormales» les femmes qui expérimentent des sentiments ou des désirs invalidant l’idée de destin hétérosexuel naturel. Ce processus d’interdiction constitue à son tour un élément structurant des expériences relatées par les répondantes et permet d’expliquer les sentiments négatifs qui ont marqué la formation de leur identité sexuelle (Lebreton, 2014).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En examinant les modalités contemporaines de l’apprentissage de la sexualité par les adolescentes, dans une perspective critique à l’endroit des représentations et des pratiques dominantes, ces données illustrent le rôle structurant des rapports sociaux de sexe dans l’engagement des filles dans la romance hétérosexuelle. Il serait intéressant d’examiner la formation de l’identité sexuelle des filles hétérosexuelles à partir d’une perspective féministe matérialiste qui considère, comme dans cette recherche, que cette identité n’est pas donnée, mais construite et nécessaire à la reproduction des rapports sociaux de sexe.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Références&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;DELAMONT, Sara. 1989. &lt;em&gt;Knowledgeable Women: Structuralism and the Reproduction of Elites&lt;/em&gt;. Londres: Routledge.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;DESCARRIES, Francine. 2006. &lt;em&gt;Vade-mecum pour mieux s’y comprendre dans l’univers des représentations sociales du féminin et du masculin et des stéréotypes sexuels&lt;/em&gt;. Document rédigé à l’occasion de la formation collective «Les stéréotypes sexuels et sexistes: hier et aujourd’hui». Québec: Conseil du statut de la femme.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;GUILLAUMIN, Colette. 1978. «Pratique du pouvoir et idée de Nature: 1. L’appropriation des femmes», &lt;em&gt;Questions féministes&lt;/em&gt;, 2, p. 5-30.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;HALBWACHS, Maurice. 1994.&lt;em&gt; Les cadres sociaux de la mémoire&lt;/em&gt;. Paris: Albin Michel.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;KAUFMAN, Jean-Claude. 1996. &lt;em&gt;L’entretien compréhensif&lt;/em&gt;. Paris: Armand Colin.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;LEBRETON, Christelle. 2014. &lt;em&gt;Rapports sociaux de sexe et sexualité dans le québec contemporain: les trajectoires adolescentes lesbiennes&lt;/em&gt;, Thèse de doctorat. Montréal: Université du Québec à Montréal.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;______. 2008. &lt;em&gt;Analyse sociologique de la presse québécoise pour adolescentes (2005/2006): entre hypersexualisation et consommation. &lt;/em&gt;Maîtrise en sociologie. Montréal: Université du Québec à Montréal.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;PAYNE, Elizabeth C. 2007. «Heterosexism, Perfection, and Popularity: Young Lesbians&#039; Experiences of the High School Social Scene». &lt;em&gt;Educational Studies: Journal of the American Educational Studies Association&lt;/em&gt;, vol. 41, no 1, p. 60-79.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;RICH, Adrienne. 1981. «La contrainte à l’hétérosexualité et l’existence lesbienne». trad. de l’anglais par Christine Delphy et Emmanuèle de Lesseps, &lt;em&gt;Nouvelles Questions Féministes&lt;/em&gt;, 1, p. 15-43.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;WITTIG, Monique. 1980. «La pensée straight», &lt;em&gt;Questions féministes&lt;/em&gt;, 7, p. 45-53.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;YOUDELL, Deborah 2005. «Sex-Gender-Sexuality: How Sex, Gender and Sexuality Constellations Are Constituted in Secondary Schools», &lt;em&gt;Gender and Education&lt;/em&gt;, vol. 17, no 3, p. 249-270.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;ZAIDMAN, Claude. 2000. «Éducation et socialisation», in &lt;em&gt;Dictionnaire critique du féminisme&lt;/em&gt;, sous la dir. de Helena HIRATA, Françoise LABORIE, Hélène LE DOARÉ et Danièle SENOTIER, Paris, Presses Universitaires de France, p. 51-52.&lt;/p&gt;

&lt;section  class=&quot;footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed&quot; data-collapsible-show-label=&quot;Notes&quot; data-collapsible-hide-label=&quot;Notes&quot;&gt;&lt;ul class=&quot;footnotes collapsible-content&quot;&gt;&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote1_1655zjp&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref1_1655zjp&quot;&gt;1.&lt;/a&gt; Organisme qui propose des interventions sous forme d’ateliers permettant de démystifier l’homosexualité en milieu scolaire au Québec.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote2_3cgh3cx&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref2_3cgh3cx&quot;&gt;2.&lt;/a&gt; Cours de Formation personnelle et sociale, dans lequel était abordée l’éducation sexuelle.&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;Le présent article est consacré au milieu scolaire, qui constitue un espace de socialisation significatif dans la formation identitaire des jeunes. La plus grande partie de l’adolescence coïncide avec les années d’éducation de niveau secondaire. Le contenu scolaire et, plus fondamentalement, les relations entre pairs sont autant d’occasions d’actualiser les attentes normatives reliées au genre et à la sexualité. Mes analyses rompent avec le modèle psychosocial de développement identitaire, généralement mobilisé pour rendre compte de la formation de l’identité homosexuelle.&lt;/div&gt;
      &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
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      &lt;div class=&quot;field-label&quot;&gt;To cite this document: &lt;/div&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&lt;span class=&quot;biblio-authors&quot; &gt;&lt;a href=&quot;/en/biblio?f%5Bauthor%5D=7004&quot; rel=&quot;nofollow&quot;&gt;Lebreton, Christelle&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;. 2016. “&lt;a href=&quot;/en/biblio/pour-une-approche-materialiste-de-lidentite-sexuelle-la-formation-identitaire-des&quot;&gt;&lt;span class=&quot;biblio-title&quot; &gt;Pour une approche matérialiste de l&#039;identité sexuelle: la formation identitaire des adolescentes lesbiennes québécoises&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;”. Available online: l’Observatoire de l’imaginaire contemporain. &amp;lt;&lt;a href=&quot;https://oic.uqam.ca/en/articles/pour-une-approche-materialiste-de-lidentite-sexuelle-la-formation-identitaire-des&quot;&gt;https://oic.uqam.ca/en/articles/pour-une-approche-materialiste-de-lidentite-sexuelle-la-formation-identitaire-des&lt;/a&gt;&amp;gt;. Accessed on May 1, 2023. Source: (&lt;span  style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;Féminismes et luttes contre l&#039;homophobie: de l&#039;apprentissage à la subversion des codes&lt;/span&gt;. 2016. Montréal: Institut de recherches et d&#039;études féministes (IREF). coll. Agora, vol. Cahier de l&#039;IREF).&lt;span class=&quot;Z3988&quot; title=&quot;ctx_ver=Z39.88-2004&amp;amp;rft_val_fmt=info%3Aofi%2Ffmt%3Akev%3Amtx%3Adc&amp;amp;rft.title=Pour+une+approche+mat%C3%A9rialiste+de+l%26%23039%3Bidentit%C3%A9+sexuelle%3A+la+formation+identitaire+des+adolescentes+lesbiennes+qu%C3%A9b%C3%A9coises&amp;amp;rft.isbn=978-2-922045-47-5&amp;amp;rft.date=2016&amp;amp;rft.volume=Cahier+de+l%26%23039%3BIREF&amp;amp;rft.aulast=Lebreton&amp;amp;rft.aufirst=Christelle&amp;amp;rft.pub=Institut+de+recherches+et+d%26%23039%3B%C3%A9tudes+f%C3%A9ministes+%28IREF%29&amp;amp;rft.place=Montr%C3%A9al&quot;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
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 <pubDate>Fri, 25 Mar 2022 14:44:21 +0000</pubDate>
 <dc:creator>Alexia Giroux</dc:creator>
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 <title>La portée de l&#039;épithète «gai»: sujets interpelés, sujets touchés</title>
 <link>https://oic.uqam.ca/en/articles/la-portee-de-lepithete-gai-sujets-interpeles-sujets-touches</link>
 <description>&lt;div class=&quot;field field-name-body field-type-text-with-summary field-label-hidden&quot;&gt;
    &lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item even&quot; property=&quot;content:encoded&quot;&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce que «gai» veut théoriquement dire&lt;/strong&gt;&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref1_y5kho9p&quot; title=&quot;Nous tenons à remercier la personne qui a corrigé ce texte pour ses commentaires judicieux.&quot; href=&quot;#footnote1_y5kho9p&quot;&gt;1&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’étude de la construction identitaire masculine comme celle des rapports sociaux entre hommes hétérosexuels et non hétérosexuels mène souvent à celle de l’emploi de l’épithète «gai» ou de la gamme de termes qui lui sont apparentés&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref2_2rmtqtd&quot; title=&quot;Les termes apparentés, au Québec, sont «tapette», «fif» et «moumoune», pour ne nommer qu’eux. Ils varient ensuite selon les espaces géographiques et les sphères linguistiques. La France connait «pédé», «pédale», «homo» et «tantouze»; les États-Unis et le Canada anglais, «fag», «faggot», et «gay»; la Grande-Bretagne et l’Australie: «poof» et «poofter». Pour alléger le texte, nous n’allons employer que l’acception «épithète gai» ou «gai» pour référer à ce conglomérat de termes, tout en étant consciente que certaines nuances peuvent exister entre eux. Nous retenons «gai» car il représente le terme le plus usité au Québec. Puis nous privilégions l’appellation «épithète», puisqu’elle inclut à la fois l’offense (insulte) et le «jeu».&quot; href=&quot;#footnote2_2rmtqtd&quot;&gt;2&lt;/a&gt;. Cet aboutissement n’est pas étranger au constat de leur utilisation fréquente entre garçons adolescents ou entre hommes. Employés principalement par des garçons et des hommes et quelquefois par des filles et des femmes, ces termes s’adressent exclusivement à des garçons ou hommes –à quelques exceptions près (Burn, 2000; Martino, 1999; Martino et Pallotta-Chiarolli, 2003; Nayak et Kehily, 1996; Pascoe, 2005; Plummer, 1999, 2001)&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref3_lp056n8&quot; title=&quot;Nous comprenons les distinctions corporelles « hommes » et «femmes» comme étant produites par la médecine. Celle-ci effectue également l’assignation initiale «garçon» et «fille», reprise ensuite par les multiples appareils sociaux régulateurs de la distinction. Nous nous joignons à la critique de cette vision dichotomique formulée par de nombreuses personnes féministes, transidentifiées ou intersex(ué)es, préférant une lecture approximative des corps qui soit réceptive à l’identification que privilégient les personnes elles-mêmes. Les études sur les pratiques de l’épithète —y compris la nôtre— ont toutefois présumé jusqu’ici l’absence de sujets transidentifiés et intersexués dans les interactions envisagées. Il a depuis été porté à notre connaissance lors d’échanges informels que des personnes ne s’identifiant pas comme hommes, mais étant perçues comme tels, peuvent être également ciblées.&quot; href=&quot;#footnote3_lp056n8&quot;&gt;3&lt;/a&gt;. Cette pratique s’étend de plus à une diversité de pays, tel qu’en témoignent les terrains des chercheurs-es y ayant consacré leur intérêt.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Même lorsqu’ils ne sont pas les destinataires explicites de ces épithètes (Burn, 2000; Nayak et Kehily, 1996; Pascoe, 2005), des jeunes hommes gais témoignent du fait qu’ils sont ou se sentent particulièrement ciblés par elles (Burn, Kadlec et Rexer, 2005). De leur côté, les garçons et les hommes qui les emploient se défendent généralement de les utiliser dans un sens faisant référence aux hommes gais ou dans l’optique de les diminuer (Bastien-Charlebois, 2009; Burn, 2000; Pascoe, 2005), ce que corroborent certains adultes étant en contact étroit avec des jeunes (Grenier, 2005; Richard, 2013). De leurs propres dires, «gai» et ses termes apparentés désigneraient davantage la «stupidité», la «faiblesse» ou les affinités et comportements «féminins». &amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Cette tension interprétative se transpose chez les chercheurs-es qui, bien que s’entendant sur sa fonction régulatrice, sont en désaccord à propos des sujets impliqués dans l’utilisation de «gai»&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref4_yeu0wpx&quot; title=&quot;Nous centrons notre analyse sur les sujets plutôt que sur les pratiques. Même si ce sont ces dernières qui sont soulignées lors de l’emploi des épithètes, c’est un statut de sujet qu’elles forment et ce sont des sujets qui en sont d’abord affectés.&quot; href=&quot;#footnote4_yeu0wpx&quot;&gt;4&lt;/a&gt;. Ce désaccord s’exprime d’abord sur le profil des personnes sujettes à être ciblées par cette épithète, puis sur la possibilité ou non qu’elle ait une incidence sur des personnes qui n’en sont pas les destinataires. Dans une vision plus minimaliste, défendue par Plummer (1999, 2001), les hommes gais ne sont pas particulièrement ciblés, les épithètes s’adressant davantage aux garçons dont les comportements sont en dehors de la masculinité, mais non forcément féminins. Leur emploi ne participerait que de la construction identitaire masculine et serait indépendant des rapports sociaux entre hommes hétérosexuels et non hétérosexuels, de même qu’entre hommes et femmes. Pascoe (2005, 2007) reprend l’idée que l’ensemble des garçons est susceptible d’être interpelé par ce qu’elle désigne comme le discours «fag» [&lt;em&gt;fag discourse&lt;/em&gt;], principalement sur la base de comportements de genre considérés comme non masculins. À la différence de Plummer cependant, elle ne le dissocie pas entièrement de l’orientation sexuelle ni n’exclut nommément la possibilité qu’il ait une portée sexiste. De plus, elle souligne l’importance de relever les modulations de son emploi selon le statut racisé des émetteurs et des destinataires en mettant en relief les différentes déclinaisons de la masculinité selon l’appartenance aux populations blanches ou afro-américaines. Si elle consacre une partie de son observation terrain à examiner les pratiques sexistes et hétéronormatives des jeunes garçons, elle les analyse en parallèle aux pratiques discursives «fag».&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Martino (1999, 2000), Martino et Pallotta-Chiarolli (2003), ainsi que Nayak et Kehily (1996), ne centrent pas leurs analyses sur les sens et les usages de l’épithète «gai», mais en font une composante des rapports sociaux entre hommes dont ils étudient les divers codes. Relevant les associations persistantes entre l’ «efféminement» et l’homosexualité masculine, ils estiment que «gai» a une portée disciplinaire qui contribue non seulement à former les sujets hommes et hétérosexuels, mais également à reproduire la hiérarchie entre hommes au sein de laquelle les hommes gais et les hommes dits efféminés occupent des positions subalternes: «Nous pouvons voir que les hommes “faibles” sont définis comme “gais”&amp;nbsp;pour consolider le pouvoir et le statut des autres hommes» (Nayak et Kehily, 1996: 220).&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Rares sont les auteurs-es qui vont au-delà des rapports sociaux entre hommes et affirment que les femmes font également partie des sujets indirectement impliqués par les emplois de «gai». Martino (1999, 2000) ainsi que Nayak et Kehily (1996) évoquent rapidement l’idée que les femmes constituent des sujets indirects de l’emploi de l’épithète en raison de sa dévalorisation du féminin, mais ils n’en font pas leur principal objet d’investigation. Dans des écrits antérieurs, nous avons fortement souligné les ressorts (hétéro)sexistes de «gai». Selon nous, bien qu’il cible particulièrement les hommes (soupçonnés d’être) gais et efféminés, il découle d’un découpage et d’une attribution des traits genrés en fonction d’une vision des sexes comme étant complémentaires, vision qui oriente les rapports hommes-femmes et cautionne la domination masculine (Bastien-Charlebois, 2009, 2011a).&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Notre conclusion diffère de celles de Plummer et Pascoe. Comment en arrivons-nous à des résultats différents, ou comment peut-on mieux cerner les sujets interpelés et touchés par l’emploi de l’épithète «gai»? Le commun appui que chaque auteur-e prend sur l’empirie pour comprendre cet emploi nous incite à porter notre attention sur les procédés méthodologiques et analytiques de chacun-e. Si nous adoptons tous une approche qualitative composée d’entrevues individuelles et de groupes semi-directives menées auprès de garçons adolescents, mais n’arrivons pas aux mêmes conclusions, c’est qu’il doit y avoir des différences dans les thématiques abordées de même que dans l’interprétation du matériau. Mobilisées dans cette analyse, les assises théoriques et conceptuelles sont alors également d’importance. Que nous nous concentrions sur les analyses de Plummer et Pascoe est motivé par le fait que ce sont les seuls auteurs à avoir tenté de saisir la portée sémantique et sociale des épithètes dans le milieu de la recherche anglophone, et parce qu’ils sont tous deux abondamment cités&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref5_9hawbl5&quot; title=&quot;Autant cela puisse-t-il surprendre, les écrits savants se référant à la gamme d’épithètes se concentrent surtout sur les effets qu’elles entraînent sur la construction identitaire et l’estime de soi, de même que sur les pratiques pédagogiques. Rares sont celles qui s’attardent sur les dimensions sémantiques et la portée sociale des sens déployés.&quot; href=&quot;#footnote5_9hawbl5&quot;&gt;5&lt;/a&gt;. Nous entamons notre examen avec un bref exposé de notre propre démarche afin de situer l’origine des critiques que nous formulons aux démarches respectives de Plummer et Pascoe.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un déploiement de l’(hétéro)sexisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Notre propre recherche avait pour but de comprendre la diversité des attitudes des garçons adolescents à l’endroit des hommes gais, de même que les pratiques de l’épithète. Les emplois de «gai» y étaient un des thèmes abordés dans les entrevues semi-directives individuelles que nous avons menées auprès de garçons adolescents –toutes orientations sexuelles confondues (Bastien-Charlebois, 2009, 2010, 2011a).&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Notre cadre théorique et conceptuel s’appuie principalement sur celui développé par Rubin (1998) dans «L’économie politique du sexe», où elle établit un lien obligé entre l’oppression des femmes et celle de l’homosexualité. Les conditions de cette oppression sont: la production et la naturalisation des genres «hommes» et «femmes» pourvus de traits et compétences distincts respectivement masculins et féminins, puis complémentaires; la prescription du mariage hétérosexuel; l’hétérosexualité obligatoire; ainsi que la répression des homosexuels hommes et femmes. Prolongeant les réflexions anthropologiques de Lévi-Strauss sur l’échange des femmes entre groupes d’hommes et développant un cadre d’analyse qu’elle nommera «système sexe-genre», elle affirme:&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Les systèmes de parenté reposent sur le mariage [hétérosexuel]. Ils transforment donc des mâles et des femelles en «hommes» et «femmes», chaque catégorie étant une moitié incomplète qui ne peut trouver la plénitude que dans l’union avec l’autre [...]&amp;nbsp;Et ceci exige la répression: chez les hommes, de ce qui est la version locale (quelle qu’elle soit) des traits «féminins», chez les femmes, de ce qui est la définition locale (quelle qu’elle soit) des traits «masculins». (Rubin, 1998: 32)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Après avoir mis en relief l’exigence d’une distinction des traits propres aux femmes et aux hommes pour justifier la division du travail sexué et l’impératif de complémentarité des sexes, Rubin présente les implications que ceci comporte pour l’(homo)sexualité:&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Le genre n’est pas seulement l’identification à un sexe; il entraîne aussi que le désir sexuel soit orienté vers l’autre sexe. La division sexuelle du travail entre en jeu dans les deux aspects du genre –elle les crée homme et femme, et elle les crée hétérosexuels. Le refoulement de la composante homosexuelle de la sexualité humaine, avec son corollaire, l’oppression des homosexuels, est par conséquent un produit du même système qui, par ses règles et ses relations, opprime les femmes. (Rubin, 1998: 33)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Bien que les réseaux d’alliances entre hommes ne s’élaborent plus, dans notre société, à partir d’échanges de femmes entre groupes d’affinités, nous estimons que l’analyse de Rubin expose adéquatement les conditions et les ressorts de l’hétérosexisme&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref6_qkji3x3&quot; title=&quot;Pour une présentation détaillée de notre compréhension de l’hétérosexisme, voir Bastien-Charlebois (2011b).&quot; href=&quot;#footnote6_qkji3x3&quot;&gt;6&lt;/a&gt;. Au-delà des groupes familiaux, les hommes bénéficient toujours globalement de la division sexuelle du travail, et donc des principes de complémentarité et de naturalisation des sexes sur laquelle elle repose&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref7_ig6tw5o&quot; title=&quot;Problématiser la complémentarité des sexes ne signifie pas qu’on exclut d’office l’existence de hiérarchies intragenres. Tel que l’élaborent des auteurs comme Connell (1995) et Connell et Messerschmidt (2005), la hiérarchie intramasculine est un prolongement logique de la hiérarchie homme-femme. Loin de s’opposer, ces analyses peuvent s’arrimer.&quot; href=&quot;#footnote7_ig6tw5o&quot;&gt;7&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Sur le plan méthodologique, nous avons découpé les entrevues que nous avons menées en thèmes permettant de faire ressortir les contrastes par le biais de la comparaison: les représentations des hommes «gais», les expériences interactives avec des hommes gais, les représentations des hommes et des femmes «normatifs», les sens et les usages de «gai». Nous avons de plus effectué les entrevues en étant sensible au possible biais de désirabilité. Sachant que la réprobation sociétale croissante des discriminations flagrantes pousse par moments l’expression de préjugés dans les retranchements de l&#039;équivoque, du démenti et du compte rendu (&lt;em&gt;account&lt;/em&gt;), à des déclinaisons de «je n’ai rien contre, mais …», (Brickell, 2001; Burridge, 2004; Hewitt et Stokes, 1975; Peel, 2001; van Dijk, 1992), nous estimions important d’effectuer des comparaisons intratextuelles au sein d’une même entrevue afin de relever les cohérences ou les contradictions internes. Et comme les participants s’exprimaient pendant environ une heure au sujet des hommes gais, il était possible de saisir avec nuance et précision les positions des jeunes participants au-delà de leurs premières affirmations de principe.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les jeunes que nous avons rencontrés ont certes accordé divers sens à «gai», mais l’associaient principalement à la faiblesse, aux comportements féminins, aux hommes gais, de même qu’à la stupidité. Étaient particulièrement décriés la faiblesse ainsi que les comportements «efféminés», considérés par moments comme artificiels et forcés. Or, au-delà des nuances initiales que plusieurs garçons avançaient en soulignant l’existence d’hommes homosexuels aux traits masculins, des affirmations subséquentes venaient les invalider. Ceux-là mêmes dissociaient force physique et hommes gais, qu’ils ne peuvent imaginer faire du sport de contact. L’efféminement devenait un signe pour reconnaître l’homosexualité, ou encore on le postulait comme nature profonde présente en chaque homme gai. Par ailleurs, les jeunes rencontrés pouvaient difficilement –sauf exception– s’imaginer cette force chez des femmes qui, même masculines, «se la jouent» ou deviennent sexuellement indésirables (Bastien-Charlebois, 2009, 2011a).&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Comme l’affirmation et la démonstration d’une puissance exclusivement masculine/mâle soutiennent le rapport de domination des hommes sur les femmes, tout travail disciplinaire du genre chez les hommes le sert. Malgré le fait que ces pratiques disciplinaires de l’épithète indiquent l’instabilité d’une distinction nette des sexes et des genres (Butler, 2006), la force avec laquelle on l’emploie rend la puissance plus visible que la faiblesse «féminine» qu’on s’applique à chasser des hommes. Les hommes non hétérosexuels, comme les femmes, ne sont peut-être pas (toujours) des sujets directement interpelés par l’épithète, mais ils et elles sont certainement touchés de façon marquée.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un procédé non homophobe de consolidation identitaire masculine&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Muni d’une lunette foucaldienne et adoptant l’approche de la théorie ancrée, Plummer (1999, 2001) a mené une série d’entrevues individuelles semi-directives auprès de jeunes hommes sur le thème de leurs expériences d’enfance, d’adolescence et de jeune adulte, de même que sur celui des comportements de leurs pairs. Cet auteur estime que l’utilisation des épithètes «&lt;em&gt;gay&lt;/em&gt;», «&lt;em&gt;fag&lt;/em&gt;» et «&lt;em&gt;poofter&lt;/em&gt;» participe d’un rite de passage de l’enfance à l’âge adulte chez les hommes, assuré par la construction et l’affirmation d’une masculinité normative. Il s’oppose aux analyses reliant l’homophobie à la misogynie et au sexisme, arguant que les significations de l’épithète ne se réfèrent pas systématiquement à ce qui est désigné comme «féminin» ou propre aux femmes. Empruntant une perspective développementale, il suit le parcours des sens de l’épithète selon l’âge des garçons qui l’utilisent. Il relève que pour qu’un garçon soit ciblé, il doit être associé aux critères suivants: agir comme un bébé, être doux, faible et timide, connaître une maturation lente, agir comme une fille, être studieux et intellectuel, être spécial, être artistique, avoir une apparence différente, ne pas être intégré dans la culture des pairs, être exclu ou solitaire, ne pas se conformer aux attentes des pairs, ne pas faire partie d’équipes sportives importantes, trop se conformer aux attentes des adultes aux dépens de la loyauté envers le groupe de pairs. Puis vient «l’orientation sexuelle?», qu’il ponctue lui-même d’un point d’interrogation pour souligner son doute quant à cette association.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Comme il estime que plusieurs de ces traits ne correspondent pas à ceux attribués aux filles et qu&#039;ils sont plutôt neutres et non masculins, il conclut que c’est d’abord la répudiation de «l’en-dehors» du masculin qui est à la source de l’«homophobie»: «homophobia has its early roots in boyhood otherness –specifically in being different from the collectively authorized expectations of male peers, in lacking stereotypically maculinity and/or in betraying peer group solidarity / &lt;em&gt;&amp;nbsp;L’homophobie plonge ses racines précoces dans ce qui est «autre» aux garçons– ou, précisément dans le fait de différer des attentes collectives autorisées par les pairs (garçons) ainsi que dans celui de manquer de traits masculins stéréotypés ou de trahir la solidarité de ce groups de pairs&lt;/em&gt;» (Plummer, 2001: 21). &amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Plummer ajoute que l’homophobie n’est pas qu’un «simple» préjugé envers les hommes gais, puisqu’elle tend à s’estomper une fois l’âge adulte atteint. S’il était strictement question d’une crainte viscérale de l’homosexualité, celle-ci croitrait lors de l’entrée dans l’âge adulte alors que les sorties du placard se font plus nombreuses: «if homophobia were predominantly an individual prejudice against homosexuals, then it would make sense for the intensity of homophobia to continue increasing as more young men declared their sexual orientation. / &lt;em&gt;Si l’homophobie était principalement un préjugé individuel envers les homosexuels, il tomberait alors sous le sens que son intensité continue à s’accroître tandis que davantage de jeunes hommes déclarent leur orientation sexuelle&lt;/em&gt;» (22). Or, affirme-t-il, l’utilisation d’épithètes homophobes atteint des sommets lorsque la contestation de l’autorité scolaire par les groupes de pairs se fait la plus forte, c’est-à-dire à l’adolescence. L’homophobie appartiendrait donc d’abord à l’histoire développementale des garçons:&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;However, rather than being constructed on an intergender boundary between masculine and feminine, homophobia marks an intragender boundary between masculine stereotypes and the male other […] Thus homophobia targets anything that signifies a lack of allegiance to the collective expectations of male peers –it is much more than heterosexism or a variant of misogyny or a simple prejudice against homosexuals.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;&lt;em&gt;Cependant, plutôt que d’être construite sur une frontière entre le masculin et le féminin, l’homophobie marque une limite intragenre entre les stéréotypes masculins et les hommes «autres» […] Ainsi l’homophobie cible-t-elle tout ce qui sous-tend un manque d’allégeance aux attentes collectives des hommes –c’est beaucoup plus que de l’hétérosexisme ou une variante de la misogynie ou un simple préjugé contre les homosexuels.&lt;/em&gt; (Plummer, 2001: 21)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En formulant un lien accessoire entre l’homophobie et les préjugés individuels envers les personnes (hommes?) homosexuelles, tout en conservant le concept pour l’ancrer sur la régulation de frontières intragenres entre les hommes normatifs et les hommes «autres», Plummer effectue un détournement de sens. Or, malgré les limites de ce concept, il a été produit dans le but exprès d’ouvrir une problématisation des attitudes négatives envers les personnes (hommes) homosexuelles (Bastien- Charlebois, 2011b; Borillo, 2000)&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref8_qilfm8f&quot; title=&quot;Parmi les limites moins souvent nommées se trouve l’androcentrisme, tel qu’exposé par Chamberland et Lebreton (2012).&quot; href=&quot;#footnote8_qilfm8f&quot;&gt;8&lt;/a&gt;. Tout recadrage exige donc minimalement de les conserver comme sujets sociaux premiers et le traitement négatif qu’ils subissent comme objet d’investigation.&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En fait, Plummer n’introduit que faiblement les différents concepts dont il désavoue plus tard la pertinence analytique. Constatant les désaccords autour de l’adéquation d’une étymologie d’«&lt;em&gt;homophobie&lt;/em&gt;» fondée sur un élan psychologique passionnel, il refuse autant de s’en départir que d’en proposer une définition opératoire. En ce qui concerne l’hétérosexisme, il l’invalide avant même d’en exposer la portée, sous le motif que les dynamiques intergenres (hommes-femmes) qu’il met en relief ne rendraient compte ni des dynamiques intragenres, ni de la passion du rejet de certains hommes efféminés et gais, et qu’il centrerait indûment l’analyse sur la sexualité (1999: 9). La misogynie et le sexisme sont de leur côté absents de son cadre théorique et conceptuel initial.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Lorsqu’on fait l’économie d’une exposition des concepts d’homophobie et d’hétérosexisme, le risque est grand de réduire «l’intensité de l’homophobie» aux comportements régulateurs des garçons ainsi qu’à leur utilisation régulière des épithètes «&lt;em&gt;fag&lt;/em&gt;» et «&lt;em&gt;poofter&lt;/em&gt;». On se dispense alors d’outils permettant de saisir l’étendue des comportements (hétéro)sexistes à l’adolescence et à l’âge adulte, puis d’y situer adéquatement les comportements spécifiques qu’on examine. Plummer fait d’ailleurs l’impasse sur le procédé par lequel il juge moins intenses certains comportements se manifestant à l’âge adulte alors que des hommes devenus citoyens de leur société peuvent soutenir tacitement ou proactivement des inégalités juridiques et sociales, rejeter des collègues de travail ou des proches, congédier des employés, inférioriser ponctuellement des personnes non hétérosexuelles devant leurs enfants, réguler le comportement de leurs enfants garçons afin qu’ils ne soient pas des «tapettes» ou rejeter ces enfants s’ils s’avèrent être non hétérosexuels-les. &amp;nbsp;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Sur le plan empirique, l’affirmation d’un lien accessoire entre les comportements régulateurs ayant cours chez les hommes et l’orientation non hétérosexuelle de certains d’entre eux s’opère sans examen préalable de ces deux dimensions. Plummer n’explore pas les représentations des hommes gais, et encore moins celles des femmes ou des comportements dits féminins. Pourtant, seule une démarche comparative aurait permis de statuer sur la présence ou l’absence de liens entre eux, sans compter la nécessité de réfléchir aux modes selon lesquels ils opèrent. De plus, on ne peut mettre à l’écart une portée (hétéro)sexiste à ces comportements régulateurs si on ne présente ni n’examine comment le sexisme agit sur les sujets femmes, si on ne présente pas les travaux et les réflexions de chercheures telles que Rubin (1998) établissant des liens entre les comportements régulateurs du genre et de la sexualité. &amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;S’il est juste que des comportements d’emblée non marqués comme féminins ou masculins sont désavoués à travers la régulation du genre chez les hommes, on ne peut s’abstenir d’en faire l’examen minutieux si l’on veut bien comprendre ce qu’ils signifient, ainsi que saisir leur portée. Certains des traits énumérés par Plummer sont évasifs: «agir comme un bébé», «avoir une apparence différente» et «ne pas se conformer aux attentes des pairs» ne signifient pas grand-chose. Qui plus est, ce qui déplaît en chacun d’eux demeure sans réponse. En quoi «être studieux et intellectuel» ou «connaître une maturation lente» ou «trop se conformer aux attentes des adultes aux dépens de la loyauté envers le groupe de pairs», pour ne nommer qu’eux, posent-ils problème? Martino (1999) et Nayak et Kehily (1996) offrent une réponse à certains de ces traits non approfondis à partir de leurs propres recherches empiriques auprès de garçons adolescents, nommément la conformité aux attentes des adultes, qui trahissent aux yeux des répondants une faiblesse et une soumission qui ne siéraient qu’aux femmes, les hommes devant plutôt affirmer force et contrôle. Avant de conclure à une absence de lien entre la tension intergenre où le féminin associé aux femmes est répudié et intragenre où l’orientation non hétérosexuelle est désavouée, il faut donc s’appliquer à comprendre ce que ces traits et comportements signifient pour les garçons les ayant nommés. Aller au bout de ces sens donne un portrait plus riche de la situation et offre de meilleures prises pour la théorisation.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une régulation du genre chez les garçons&amp;nbsp;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;De son côté, Pascoe (2005, 2007) s’inspire de la pensée de Butler et de la théorie queer pour effectuer son analyse. Elle mobilise les concepts &amp;nbsp;de matrice hétérosexuelle de même que celui de position abjecte développés par Butler (2006, 2009), puis priorise l’hétéronormativité sur l’hétérosexisme et l’homophobie. Guidée également par l’approche de la théorie ancrée, elle a mené des observations en milieu scolaire, de même qu’une série d’entrevues individuelles semi-directives. Elle introduisait l’étude aux participants en affirmant «écrire un livre à propos des garçons», puis les questionnait sur «qu’est-ce qu’une tapette?» [«&lt;em&gt;what is a fag?&lt;/em&gt;»]. Le thème examiné n’était pas l’identité gaie, mais le «&lt;em&gt;fag-discourse&lt;/em&gt;» comme inscripteur de position abjecte.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Elle souligne le fait que des jeunes garçons insistent sur la dissociation entre «&lt;em&gt;fag&lt;/em&gt;» et homosexuel et s’y rallie elle-même: «“tapette [&lt;em&gt;fag&lt;/em&gt;]”’peut certes avoir plusieurs significations qui ne correspondent pas forcément à ses connotations d’insulte homophobe, mais existent plutôt à ses côtés. Certains garçons se sont appliqués à souligner que “tapette” n’avait pas de lien avec la sexualité / «“fag” &lt;em&gt;does have multiple meanings which do not necessarily replace its connotations as a homophobic slur, but rather exist alongside. Some boys took pains to say that ‘fag’ is not about sexuality&lt;/em&gt;» (2005: 336)&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref9_0m38u4t&quot; title=&quot;L’objet de son étude est l’emploi du terme «fag», mais elle se réfère brièvement à celui de «gay». Le point commun principal entre les deux serait la référence aux pratiques de genre non masculines, mais l’auteure relève néanmoins des nuances: «gay» peut signifier stupide alors que ce ne serait pas le cas de «fag». De même, «gay» peut s’appliquer à des objets tandis que «fag» ne le peut pas.&quot; href=&quot;#footnote9_0m38u4t&quot;&gt;9&lt;/a&gt;. Selon elle, «&lt;em&gt;fag&lt;/em&gt;» est une insulte générique châtiant l’incompétence, la faiblesse et tout autre trait considéré comme impropre aux hommes. Elle se fie à la distinction effectuée entre ces significations et l’orientation homosexuelle, car certains jeunes garçons qu’elle a rencontrés n’associeraient pas nécessairement les hommes gais avec l’efféminement et sauraient «that they are not supposed to call homosexual boys “fag” because that is mean» / «&lt;em&gt;qu’ils ne sont pas censés appeler les garçons homosexuels “tapette”, parce que c’est méchant&lt;/em&gt;» (2005: 342).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Son analyse des usages de «&lt;em&gt;fag&lt;/em&gt;» l’amène à la conclusion qu’il n’est pas possible de confondre l’homophobie avec eux, bien qu’elle en soit une composante. Elle redoute les analyses superficielles qui, selon elle, seraient souvent faites de l’épithète, que l’on décrirait comme homophobe sans en étudier les éléments genrés: «homophobia is too facile a term with which to describe the deployment of «fag» as an epithet» /&lt;em&gt; l’homophobie est un terme trop simpliste pour décrire de déploiement de l’épithète «tapette»&lt;/em&gt; (2005: 330)&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref10_xfndpym&quot; title=&quot;Pascoe (2005) redoute qu’en se contentant de désigner l’utilisation de l’épithète «gai» comme insulte &amp;nbsp;«homophobe», on évacue sa dimension genrée et naturalise par le fait même son emploi par les garçons.&quot; href=&quot;#footnote10_xfndpym&quot;&gt;10&lt;/a&gt;. Cela pour les raisons suivantes: le terme peut être appliqué aux hommes gais, mais pas aux lesbiennes; il est presque exclusivement employé par des garçons et non par des filles; il dépasse les hommes gais et circule «telle une patate chaude» dans les interactions quotidiennes des garçons adolescents indépendamment de leur orientation sexuelle; et parce que ses significations varient selon les cultures&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref11_ikeqr0b&quot; title=&quot;Chez les Blancs états-uniens, le soin apporté à la présentation de soi ainsi qu’un intérêt porté à la danse est susceptible de recueillir l’épithète «fag», mais ce n’est pas le cas chez les Noirs états-uniens pour qui le style, la propreté des vêtements et l’art de la danse sont finement cultivés.&quot; href=&quot;#footnote11_ikeqr0b&quot;&gt;11&lt;/a&gt;. L’épithète, affirme Pascoe, a une fonction disciplinaire s’appliquant aux comportements genrés des garçons: «“fag” may be used as a weapon with which to temporarily assert one’s masculinity by denying it to others» / &lt;em&gt;«“tapette” peut être utilise comme une arme par laquelle on peut temporairement affirmer sa masculinité en niant celle des autres»&lt;/em&gt; (2005: 342). Rejoignant la perspective de Butler sur la production de positions inintelligibles et abjectes servant à asseoir un référent normatif, Pascoe (2005) présente le «&lt;em&gt;fag&lt;/em&gt;» comme un «spectre menaçant» qui se situe hors de la masculinité, mais qui est instrumental dans la construction de celle-ci. Tout garçon peut devenir «fag» et doit constamment performer une masculinité référentielle pour y échapper: «The fag is an “abject” position, a position outside of masculinity that actually constitutes masculinity. Thus, masculinity, in part becomes the daily interactional work of repudiating the “threatening specter” of the fag» / &lt;em&gt;«La tapette est une position “abjecte”, une position extérieure à la masculinité qui sert à la constituer. Par conséquent, la masculinité est en partie le travail interactif quotidien de répudiation du “spectre menaçant” de la tapette» &lt;/em&gt;(2005: 342).&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le mérite de la démarche de Pascoe est de s’appuyer sur des analyses relevant déjà avec force les articulations du sexe, du genre et du désir. Au contraire de Plummer, elle ne porte pas avec elle un concept central laissé flou qu’elle déracinerait ensuite de sa visée heuristique. Cependant, elle ne précise pas ce qu’elle entend par homophobie, dont elle affirme à plusieurs reprises la déliaison d’avec le discours «&lt;em&gt;fag&lt;/em&gt;». Tout au plus peut-on déduire de ses propos qu’elle l’associe aux attitudes négatives à l’endroit des personnes homosexuelles, autant femmes que hommes. En cette matière, la dimension principalement genrée de cette épithète occasionnellement destinée aux garçons non hétérosexuels est bien démontrée à travers le matériau que soumet Pascoe, soutenant ainsi la thèse de Butler selon laquelle le sexe, le genre et le désir ne peuvent être envisagés isolément, étant reliés à des réseaux d’intelligibilité ou d’inintelligibilité. Aussi ne peut-on effectivement pas réduire l’utilisation de cette épithète à la seule «homophobie» ou à des comportements négatifs à l’endroit d’une personne sur la base de son orientation sexuelle.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Nous remettons cependant en question la dissociation complète de l’orientation sexuelle de l’épithète lorsque les jeunes n’y font pas expressément allusion, car elle repose sur un raccourci méthodologique et interprétatif. Tout d’abord méthodologique, puisqu’on ne peut conclure que les comportements dits féminins ou efféminés chez les hommes sont dissociés de l’orientation sexuelle sans également examiner avec soin les représentations que se font les participants des hommes gais. L’absence de comparaison chez Plummer se répète chez Pascoe, qui n’a pas invité ses participants à développer leurs pensées sur ceux-ci. Par conséquent, elle n’a pour matériau sur les représentations que se font les garçons des hommes gais que ces quelques instances où ils les évoquent. Qui plus est, elle ne les examine pas avec la même rigueur critique qu’elle applique à d’autres dimensions de la recherche. C’est au pied de la lettre qu’elle prend les démentis de jeunes quant à la portée sémantique de l’épithète, leur assurance de savoir distinguer les hommes gais de l’efféminement, de même que leur défense de ne pas vouloir s’en prendre aux hommes gais car ils sauraient que «c’est méchant»&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref12_d5puc31&quot; title=&quot;Le fait est d’autant plus étrange que Pascoe (2005) dépeint l’école qu’ils fréquentent comme étant particulièrement fermée à l’homosexualité, des élèves jusqu’aux administrateurs.&quot; href=&quot;#footnote12_d5puc31&quot;&gt;12&lt;/a&gt;. De la même manière, elle accepte sans réserve la profession d’une appréciation des lesbiennes chez ces garçons, écartant l’infériorisation que représente l’objectification qu’ils pratiquent à leur égard.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Nous n’affirmons pas en retour que les jeunes désirent forcément et délibérément cacher certaines choses, mais les pratiques de démentis ont été suffisamment analysées pour soulever un doute critique. Notre propre démarche de cueillette de données a mis à jour de fréquentes contradictions chez des participants qui professaient initialement une ouverture à l’endroit des hommes gais ou soutenaient reconnaître que l’orientation sexuelle et le genre sont des dimensions distinctes, mais qui émettaient plus tard quelques caractérisations négatives ou associaient hommes gais et efféminement (Bastien- Charlebois, 2009, 2011a, 2011b). Que ceci soit le résultat d’un biais de désirabilité ou l’expression d’un biais inconscient importe peu, ce qui compte est la permanence et la force du lien. Supposer que les hommes authentiques ne sont pas efféminés, mais que les hommes gais le sont tous au moins un peu, signifie que l’association entre le genre et l’orientation sexuelle est toujours là, même si elle n’est pas présente à l’esprit de la personne qui engage l’épithète.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ces sujets que «gai» interpelle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Une sensibilité aux discours de justification répandus chez les membres de groupes dominants devrait éveiller nos réflexes critiques et nous inciter à creuser les réponses offertes. Au minimum, nous devrions par pur pragmatisme examiner tous les référents impliqués –ici par exemple, les épithètes «&lt;em&gt;fag&lt;/em&gt;», «tapette», «&lt;em&gt;poofter&lt;/em&gt;», «gai», d’une part, et les hommes gais de l’autre– avant de pouvoir établir des associations ou des dissociations entre eux. De la même manière, pouvoir conclure qu’une &lt;em&gt;pratique&lt;/em&gt; (encore une fois, l’utilisation de l’épithète) entraine un &lt;em&gt;effet &lt;/em&gt;quelconque (le développement identitaire des garçons, l’infériorisation des hommes gais, l’infériorisation des femmes), exige de définir clairement ces &lt;em&gt;deux&lt;/em&gt; parties. Nous ne pouvons statuer si la gamme des épithètes que nous étudions concourt à l’homophobie, l’hétérosexisme ou le sexisme si nous ne déterminons ni ne justifions notre définition opérationnelle de ces formes d’oppression.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Relever des liens «inavoués» entre une pratique et des effets infériorisants ne revient pas à présumer une malhonnêteté chez les sujets participants. Certains de ces liens ne sont simplement pas toujours présents à la conscience. De plus, qu’un sujet social ne soit pas nommé ni présent à la conscience ne signifie pas qu’il ne soit pas visé par certains propos que l’on tient. Nous pouvons le remarquer dans nombre d’autres situations, telles que ces occasions où des parents projettent sur de jeunes enfants de sexe différent un «petit couple» hétérosexuel, ou ces nombreuses fois où parents, proches et enseignants présumeront chez leurs élèves et étudiants une orientation hétérosexuelle. L’homosexualité pourrait ne jamais être interpelée directement dans chacune de ces instances, mais cela ne signifie pas qu’elle n’est pas impliquée. Attribuer des trajectoires exclusivement hétérosexuelles aux jeunes sous-tend une dévalorisation de la non-hétérosexualité, qu’on ne saurait envisager dans l’horizon des amours valides.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Outre l’absence à la conscience, il y a aussi les tensions cognitives. S’il est vrai que les hommes gais sont davantage reconnus dans leur diversité et que plusieurs jeunes affirmeront qu’ils peuvent envisager des hommes gais masculins, cette représentation entre en conflit avec l’idée largement répandue selon laquelle hommes et femmes sont différents et, par destinée, complémentaires.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Un élément manque cependant à l’ensemble de ces recherches, y compris la nôtre. On n’examine nulle part la portée du sens de «stupidité» souvent associé avec l’épithète «gai». Il conviendrait de solliciter quelques cas de figure où un jugement de stupidité est considéré comme valide. Dans un second temps, nous pourrions examiner en quoi l’épithète «gai» est plus intéressante que «stupide», qui décrit plus clairement la situation. Nous suggérons un dernier filon d’investigation, qui prendrait la pratique &lt;em&gt;a contrario&lt;/em&gt;. Cela se traduirait par des interrogations sur l’attachement à l’épithète, notamment en explorant les raisons pour lesquelles le mot leur apparaît plus adéquat que les divers sens qu’il colporte.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Nous disposons néanmoins de suffisamment de matériau et d’analyses antérieures exposant les liens entre sexisme et hétérosexisme –ou entre le corps sexué, les identités et pratiques de genre, puis les sexualités– pour confirmer l’effet qu’entraînent ces épithètes sur les hommes non hétérosexuels et non conformes dans le genre, de même que sur les femmes hétérosexuelles et non hétérosexuelles, ainsi que non conformes dans le genre. Tous-tes bénéficieraient donc d’actions visant à contrer cette pratique régulatoire. Si l’on peut se questionner sur la valeur explicative d’une conclusion où tous les sujets humains, au final, sont touchés par une pratique, il faut cependant se garder de présumer qu’on projette une situation de symétrie du pouvoir. L’impact de cette pratique varie selon les appartenances sociales, appuyant le privilège de certains et vulnérabilisant la position d’autres. Tous-tes subissent certes une contrainte plus ou moins marquée, mais tous-tes n’y remportent pas les mêmes gains matériels et symboliques. Reste maintenant à cerner les effets différentiels. Pour ce projet, nous invitons à un élargissement de la réflexion sur la portée et des effets de cette épithète sur les personnes transidentifiées et intersex(ué)es. Les personnes assignées femmes et conservant cette assignation ne sont pas les seuls sujets touchés par l&#039;hétérosexisme.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Références&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BASTIEN-CHARLEBOIS, Janik. 2011a. &lt;em&gt;La virilité en jeu: perception de l’homosexualité masculine par les garçons adolescents&lt;/em&gt;, Québec: Septentrion.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;______. 2011b. «Au-delà de la phobie de l’homo:&amp;nbsp;quand le concept d’homophobie porte ombrage à la lutte contre l’hétérosexisme et l’hétéronormativité», &lt;em&gt;Reflets : Revue d’intervention sociale et communautaire&lt;/em&gt;, vol. 17, no 1, p. 112-149.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;______. 2010. «&quot;L’homophobie naturelle&quot; des garçons adolescents: essor et ressorts d’explications déterministes»,&lt;em&gt; Cahiers de recherche sociologique&lt;/em&gt;, no 49, p. 181-201.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;______. 2009. «Insultes ou simples expressions? Les déclinaisons de «gai» dans le parler des garçons adolescents», dans &lt;em&gt;Diversité sexuelle et constructions de genre&lt;/em&gt;, sous la dir. de Line CHAMBERLAND, Bly W. FRANK et Janice RISTOCK, Québec: Presses de l’Université du Québec, p. 51-74.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BORILLO, Daniel. 2000. &lt;em&gt;L’homophobie&lt;/em&gt;, coll. «Que sais-je», Paris: Presses Universitaires de France.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BRICKELL, Chris. 2001. «Whose “Special Treatment”? Heterosexism and the Problems with Liberalism», Sexualities, vol. 4, p. 211-235.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BURN, Shawn Meghan. 2000. «Heterosexuals’ Use of “Fag” and “Queer” to Deride One Another: A Contributor to Heterosexism and Stigma», Journal of Homosexuality, vol. 40, p. 1-11.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BURN, Shawn Meghan, Kelly KADLEC et Ryan REXER. 2005. «Effects of Subtle Heterosexism on Gays, Lesbians, and Bisexuals», &lt;em&gt;Journal of Homosexuality&lt;/em&gt;, vol. 49, p. 23-38.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BURRIDGE, Joseph. 2004. «&quot;I&#039;m not Homophobic But...&quot;: Disclaiming in Discourse Resisting Repeal of Section 28», &lt;em&gt;Sexualities&lt;/em&gt;, vol. 7, p. 327-344.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BUTLER, Judith. 2009 [2005]. &lt;em&gt;Ces corps qui comptent: de la matérialité et des limites discursives du sexe&lt;/em&gt;, trad. de l&#039;anglais par Charlotte Nordmann Paris: Amsterdam.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;______. 2006 [1990]. &lt;em&gt;Trouble dans le genre. Le féminisme et la subversion de l’identité&lt;/em&gt;, trad. de l’anglais par Cynthia Kraus, Paris: La Découverte, coll. «Poche».&lt;/p&gt;&lt;p&gt;CHAMBERLAND, Line et Christelle LEBRETON. 2012. «Réflexions autour de la notion d’homophobie : succès politique, malaises conceptuels et application empirique», &lt;em&gt;Nouvelles Questions Féministes&lt;/em&gt;, vol. 31, no 1, p. 27-43.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;CONNELL, Raewyn. 1995. &lt;em&gt;Masculinities&lt;/em&gt;, Berkeley: University of California Press.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;CONNELL, Raewyn. W. et James W. MESSERSCHMIDT. 2005. «Hegemonic Masculinity: Rethinking the Concept», &lt;em&gt;Gender &amp;amp; Society&lt;/em&gt;, vol. 19, no 6, p. 829-859.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Van DIJK, Teun A. 1992. «Discourse and the Denial of Racism», &lt;em&gt;Discourse and Society&lt;/em&gt;, vol. 3, p. 97-118.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;GRENIER, Alain. 2005. &lt;em&gt;Jeunes, homosexualité et école: rapport synthèse de l’enquête exploratoire sur l’homophobie dans les milieux jeunesse de Québec&lt;/em&gt;, Québec: GRIS-Québec.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;HEWITT, John P. et Randall STOKES. 1975. «Disclaimers», &lt;em&gt;American Sociological Review&lt;/em&gt;, vol. 40, p. 1-11.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;MARTINO, Wayne. 2000. «Policing Masculinities: Investigating the Role of Homophobia and Heteronormativity in the Lives of Adolescent School Boys», &lt;em&gt;The Journal of Men’s Studies&lt;/em&gt;, vol. 8, no 2, p. 213‑236.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;______. 1999. «Cool Boys, “Party Animals”, “Squids” and “Poofters”: Interrogating the Dynamics and Politics of Adolescent Masculinities in School», &lt;em&gt;British Journal of Sociology of Education&lt;/em&gt;, vol. 20, p. 239-263.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;MARTINO, Wayne et Maria PALLOTTA-CHIAROLLI. 2003. &lt;em&gt;So What’s a Boy? Adressing Issues of Masculinity and Schooling&lt;/em&gt;, Philadelphia: Open University Press.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;NAYAK, Anoop et Mary Jane KEHILY. 1996. «Playing it Straight: Masculinities, Homophobias and Schooling», &lt;em&gt;Journal of Gender Studies&lt;/em&gt;, vol. 5, p. 211-230.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;PASCOE, C. J. 2007. &lt;em&gt;Dude, You’re a Fag: Masculinity and Sexuality in High Schoo&lt;/em&gt;l, Berkeley: University of California Press.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;______. 2005. «“Dude, You&#039;re a Fag“: Adolescent Masculinity and the Fag Discourse», &lt;em&gt;Sexualities&lt;/em&gt;, vol. 8, p. 329-346.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;PEEL, Elizabeth. 2001. «Mundane Heterosexism: Understanding Incidents of the Everyday», &lt;em&gt;Women’s Studies International Forum&lt;/em&gt;, vol. 24, p. 541-554.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;PLUMMER, David C. 2001. «The Quest for Modern Manhood: Masculine Stereotypes, Peer Culture and the Social Significance of Homophobia», &lt;em&gt;Journal of Adolescence&lt;/em&gt;, vol. 24, no 1, p. 15-23.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;______. 1999. &lt;em&gt;One of the Boys: Masculinity, Homophobia, and Modern Manhood&lt;/em&gt;, coll. «Haworth gay &amp;amp; lesbian studies», New York : Harrington Park Press.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;RICHARD, Gabrielle. 2013. «La délicatesse nécessaire à l’intervention en matière d’orientation sexuelle : récits de pratiques d’enseignantes et d’enseignants du secondaire», &lt;em&gt;Reflets, revue d’intervention sociale et communautaire&lt;/em&gt;, vol. 19, no 1, p. 119.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;RUBIN, Gayle. 1998 [1975]. &lt;em&gt;L’économie politique du sexe. Transactions sur les femmes et systèmes de sexe/genre&lt;/em&gt;, trad. de l’anglais par Nicole-Claude Mathieu, Cahiers du Cedref, no&amp;nbsp;7.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;

&lt;section  class=&quot;footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed&quot; data-collapsible-show-label=&quot;Notes&quot; data-collapsible-hide-label=&quot;Notes&quot;&gt;&lt;ul class=&quot;footnotes collapsible-content&quot;&gt;&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote1_y5kho9p&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref1_y5kho9p&quot;&gt;1.&lt;/a&gt; Nous tenons à remercier la personne qui a corrigé ce texte pour ses commentaires judicieux.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote2_2rmtqtd&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref2_2rmtqtd&quot;&gt;2.&lt;/a&gt; Les termes apparentés, au Québec, sont «tapette», «fif» et «moumoune», pour ne nommer qu’eux. Ils varient ensuite selon les espaces géographiques et les sphères linguistiques. La France connait «pédé», «pédale», «homo» et «tantouze»; les États-Unis et le Canada anglais, «&lt;em&gt;fag&lt;/em&gt;», «&lt;em&gt;faggot&lt;/em&gt;», et «&lt;em&gt;gay&lt;/em&gt;»; la Grande-Bretagne et l’Australie: «&lt;em&gt;poof&lt;/em&gt;» et «&lt;em&gt;poofter&lt;/em&gt;». Pour alléger le texte, nous n’allons employer que l’acception «épithète gai» ou «gai» pour référer à ce conglomérat de termes, tout en étant consciente que certaines nuances peuvent exister entre eux. Nous retenons «gai» car il représente le terme le plus usité au Québec. Puis nous privilégions l’appellation «épithète», puisqu’elle inclut à la fois l’offense (insulte) et le «jeu».&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote3_lp056n8&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref3_lp056n8&quot;&gt;3.&lt;/a&gt; Nous comprenons les &lt;em&gt;distinctions corporelles&lt;/em&gt; « hommes » et «femmes» comme étant produites par la médecine. Celle-ci effectue également l’assignation initiale «garçon» et «fille», reprise ensuite par les multiples appareils sociaux régulateurs de la distinction. Nous nous joignons à la critique de cette vision dichotomique formulée par de nombreuses personnes féministes, transidentifiées ou intersex(ué)es, préférant une lecture approximative des corps qui soit réceptive à l’identification que privilégient les personnes elles-mêmes. Les études sur les pratiques de l’épithète —y compris la nôtre— ont toutefois présumé jusqu’ici l’absence de sujets transidentifiés et intersexués dans les interactions envisagées. Il a depuis été porté à notre connaissance lors d’échanges informels que des personnes ne s’identifiant pas comme hommes, mais étant perçues comme tels, peuvent être également ciblées.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote4_yeu0wpx&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref4_yeu0wpx&quot;&gt;4.&lt;/a&gt; Nous centrons notre analyse sur les sujets plutôt que sur les pratiques. Même si ce sont ces dernières qui sont soulignées lors de l’emploi des épithètes, c’est un statut de sujet qu’elles forment et ce sont des sujets qui en sont d’abord affectés.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote5_9hawbl5&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref5_9hawbl5&quot;&gt;5.&lt;/a&gt; Autant cela puisse-t-il surprendre, les écrits savants se référant à la gamme d’épithètes se concentrent surtout sur les effets qu’elles entraînent sur la construction identitaire et l’estime de soi, de même que sur les pratiques pédagogiques. Rares sont celles qui s’attardent sur les dimensions sémantiques et la portée sociale des sens déployés.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote6_qkji3x3&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref6_qkji3x3&quot;&gt;6.&lt;/a&gt; Pour une présentation détaillée de notre compréhension de l’hétérosexisme, voir Bastien-Charlebois (2011b).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote7_ig6tw5o&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref7_ig6tw5o&quot;&gt;7.&lt;/a&gt; Problématiser la complémentarité des sexes ne signifie pas qu’on exclut d’office l’existence de hiérarchies intragenres. Tel que l’élaborent des auteurs comme Connell (1995) et Connell et Messerschmidt (2005), la hiérarchie intramasculine est un prolongement logique de la hiérarchie homme-femme. Loin de s’opposer, ces analyses peuvent s’arrimer.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote8_qilfm8f&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref8_qilfm8f&quot;&gt;8.&lt;/a&gt; Parmi les limites moins souvent nommées se trouve l’androcentrisme, tel qu’exposé par Chamberland et Lebreton (2012).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote9_0m38u4t&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref9_0m38u4t&quot;&gt;9.&lt;/a&gt; L’objet de son étude est l’emploi du terme «&lt;em&gt;fag&lt;/em&gt;», mais elle se réfère brièvement à celui de «&lt;em&gt;gay&lt;/em&gt;». Le point commun principal entre les deux serait la référence aux pratiques de genre non masculines, mais l’auteure relève néanmoins des nuances: «&lt;em&gt;gay&lt;/em&gt;» peut signifier stupide alors que ce ne serait pas le cas de «&lt;em&gt;fag&lt;/em&gt;». De même, «&lt;em&gt;gay&lt;/em&gt;» peut s’appliquer à des objets tandis que «&lt;em&gt;fag&lt;/em&gt;» ne le peut pas.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote10_xfndpym&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref10_xfndpym&quot;&gt;10.&lt;/a&gt; Pascoe (2005) redoute qu’en se contentant de désigner l’utilisation de l’épithète «gai» comme insulte &amp;nbsp;«homophobe», on évacue sa dimension genrée et naturalise par le fait même son emploi par les garçons.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote11_ikeqr0b&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref11_ikeqr0b&quot;&gt;11.&lt;/a&gt; Chez les Blancs états-uniens, le soin apporté à la présentation de soi ainsi qu’un intérêt porté à la danse est susceptible de recueillir l’épithète «&lt;em&gt;fag&lt;/em&gt;», mais ce n’est pas le cas chez les Noirs états-uniens pour qui le style, la propreté des vêtements et l’art de la danse sont finement cultivés.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote12_d5puc31&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref12_d5puc31&quot;&gt;12.&lt;/a&gt; Le fait est d’autant plus étrange que Pascoe (2005) dépeint l’école qu’ils fréquentent comme étant particulièrement fermée à l’homosexualité, des élèves jusqu’aux administrateurs.&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;/section&gt;&lt;/div&gt;
      &lt;/div&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;Notre propre recherche avait pour but de comprendre la diversité des attitudes des garçons adolescents à l’endroit des hommes gais, de même que les pratiques de l’épithète. Les emplois de «gai» y étaient un des thèmes abordés dans les entrevues semi-directives individuelles que nous avons menées auprès de garçons adolescents –toutes orientations sexuelles confondues (Bastien-Charlebois, 2009, 2010, 2011a). &lt;/div&gt;
      &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&lt;span class=&quot;biblio-authors&quot; &gt;&lt;a href=&quot;/en/biblio?f%5Bauthor%5D=7001&quot; rel=&quot;nofollow&quot;&gt;Bastien-Charlebois, Janik&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;. 2016. “&lt;a href=&quot;/en/biblio/la-portee-de-lepithete-gai-sujets-interpeles-sujets-touches&quot;&gt;&lt;span class=&quot;biblio-title&quot; &gt;La portée de l&#039;épithète «gai»: sujets interpelés, sujets touchés&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;”. Available online: l’Observatoire de l’imaginaire contemporain. &amp;lt;&lt;a href=&quot;https://oic.uqam.ca/en/articles/la-portee-de-lepithete-gai-sujets-interpeles-sujets-touches&quot;&gt;https://oic.uqam.ca/en/articles/la-portee-de-lepithete-gai-sujets-interpeles-sujets-touches&lt;/a&gt;&amp;gt;. Accessed on May 1, 2023. Source: (&lt;span  style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;Féminismes et luttes contre l&#039;homophobie: de l&#039;apprentissage à la subversion des codes&lt;/span&gt;. 2016. Montréal: Institut de recherches et d&#039;études féministes (IREF). coll. Agora, vol. Cahier de l&#039;IREF).&lt;span class=&quot;Z3988&quot; title=&quot;ctx_ver=Z39.88-2004&amp;amp;rft_val_fmt=info%3Aofi%2Ffmt%3Akev%3Amtx%3Adc&amp;amp;rft.title=La+port%C3%A9e+de+l%26%23039%3B%C3%A9pith%C3%A8te+%C2%ABgai%C2%BB%3A+sujets+interpel%C3%A9s%2C+sujets+touch%C3%A9s&amp;amp;rft.isbn=978-2-922045-47-5&amp;amp;rft.date=2016&amp;amp;rft.volume=Cahier+de+l%26%23039%3BIREF&amp;amp;rft.aulast=Bastien-Charlebois&amp;amp;rft.aufirst=Janik&amp;amp;rft.pub=Institut+de+recherches+et+d%26%23039%3B%C3%A9tudes+f%C3%A9ministes+%28IREF%29&amp;amp;rft.place=Montr%C3%A9al&quot;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
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 <pubDate>Fri, 25 Mar 2022 13:42:45 +0000</pubDate>
 <dc:creator>Alexia Giroux</dc:creator>
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 <title>«Toutes des lesbiennes!» Antiféminisme et lesbophobie, une complicité à l&#039;épreuve du temps</title>
 <link>https://oic.uqam.ca/en/articles/toutes-des-lesbiennes-antifeminisme-et-lesbophobie-une-complicite-a-lepreuve-du-temps</link>
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot; property=&quot;content:encoded&quot;&gt;&lt;p&gt;«Toutes des lesbiennes!» Cette affirmation, à propos des féministes, qui ne l’a pas entendue? C’est un véritable poncif de l’antiféminisme, auquel il n’est pas toujours aisé de répondre. Toutes, non... Quand même pas! Beaucoup oui, enfin, cela dépend de quel féminisme on parle. Cela dépend aussi de quelle époque on parle. Lesbiennes, oui, enfin, cela dépend aussi de ce que l’on entend par là. Il y a des lesbiennes croyantes mais non pratiquantes, des lesbiennes théoriques, des lesbiennes qui préfèrent se dire homosexuelles, des homosexuelles qui ne se disent pas du tout, et il y a même des hétérosexuelles qui, ayant appris à dire, après l’expulsion hors de France de Daniel Cohn-Bendit en 1968: «Nous sommes tous des juifs allemands», qui chantaient: «Nous sommes toutes des avortées / Nous sommes toutes des avorteuses / Nous sommes toutes des péripatéticiennes / Des lesbiennes et des mal baisées / Nous libèrerons la société / Nous libèrerons la sexualité» (Bernheim, 1983: 54). Ce qui est sûr, c’est que dans le «toutes des lesbiennes !», l’intention n’est pas bienveillante et qu’à l’évidence, la lesbophobie est un moyen de dénigrer le féminisme. Un antiféminisme lesbophobe donc. Ou une lesbophobie antiféministe? Les dosages, instables, varient. Partir à la recherche de ces discours/de ces pratiques n’est pas simple. Il faut faire avec la dispersion, l’hétérogénéité, l’euphémisation dans des sources documentaires disparates et dispersées. Il faut aussi historiciser cette question et la confronter à la réalité qu’elle combat autant qu’au fantasme qu’elle construit.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;S’outiller avec les mots: antiféminisme, lesbophobie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Je voudrais d’abord expliquer pourquoi il est utile de réfléchir à l’antiféminisme même s’il me semble que le public québécois a moins à en être convaincu que le public français. Le Québec a été confronté plus tôt et plus fort à un antiféminisme moderne, le masculinisme, et à la nécessité de le combattre et de l’analyser. Le niveau de conscience de l’antiféminisme, surtout après la tuerie de l’École Polytechnique de Montréal, y est très élevé. Et pourtant, il semble que les féministes, en particulier en France, ont peine à prendre en compte l’antiféminisme dans leur stratégie. Le travail de veille militant existe, bien sûr&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref1_4j2umjo&quot; title=&quot;La revue Prochoix joue un rôle important, de même que le Planning familial.&quot; href=&quot;#footnote1_4j2umjo&quot;&gt;1&lt;/a&gt;, mais les intellectuels-les s’y intéressent peu. Depuis les journées d’études et le colloque que j’avais organisés à l’Université d’Angers entre 1996 et 1998, publiés en 1999 sous le titre &lt;em&gt;Un siècle d’antiféminisme&lt;/em&gt;, il n’y a eu que très peu de publications sur cette thématique hormis le travail de Mélissa Blais et Francis Dupuis-Déri sur le mouvement masculiniste au Québec, en 2008 et, en 2012, un &lt;em&gt;Cahiers du genre&lt;/em&gt; conjoint à &lt;em&gt;Recherches féministes&lt;/em&gt; sur &lt;em&gt;Les antiféminismes&lt;/em&gt;. C’est très insuffisant si l’on veut identifier et cartographier les renouvellements actuels, réviser le logiciel interprétatif, s’entendre sur des définitions partagées.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le temps présent, en effet, soulève de multiples questions, dont celle, classique pour l’histoire, des permanences et des changements. Entre surprise et sidération, on observe ici la remise en cause du droit à l’avortement, ailleurs de fortes mobilisations contre le mariage entre personnes de même sexe. Plusieurs mouvements d’extrême droite en Europe sont aujourd’hui portés par des femmes et non par des hommes. En France, la Manif pour tous a eu pour porte-paroles deux femmes: l’improbable Frigide Barjot et la très logique catholique traditionaliste Ludivine de la Rochère, chargée de la communication de la Conférence des évêques de France puis de la Fondation Jérôme Lejeune, l’une des principales associations du mouvement dit pro-vie. Parmi les hommes en position de pouvoir à l’extrême droite, plusieurs sont des homosexuels notoires. Le vote homosexuel n’a plus rien de spécifique: les gais-es votent pour le Front national autant que les hétérosexuels-les. Il n’y a ni «grâce de la naissance»&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref2_xlulkoi&quot; title=&quot;C’est l’historienne allemande Karin Windaus-Walser qui a utilisé cette expression pour critiquer le penchant de ses contemporaines historiennes féministes allemandes à laver les femmes de toute implication dans le nazisme parce qu’elles étaient «dominées» par les hommes. Voir «La “grâce de la naissance féminine”: un bilan» (Kandel , 2004: 225-235).&quot; href=&quot;#footnote2_xlulkoi&quot;&gt;2&lt;/a&gt;en tant qu’homme ou femme dans le choix des idées de progrès, de tolérance, d’égalité des droits, ni grâce de l’orientation sexuelle.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’identification de l’antiféminisme donne en réalité du fil à retordre. D’abord, parce que le déni est souvent présent. En tout cas l’euphémisme, ce qui représente d’ailleurs une sorte d’hommage indirect pour le féminisme. Mais aussi parce qu’au sein même de la nébuleuse féministe, les unes sont souvent les antiféministes des autres sur un continuum allant des positions modérées aux positions radicales. La disparité des positions féministes sur des questions importantes rend très complexe le choix des identifiants du féminisme. Nous le ressentons beaucoup aujourd’hui, mais à vrai dire, le féminisme a toujours été pris dans l’hétéronomie en ce sens qu’il trouve hors de lui-même des étayages philosophiques, idéologiques, politiques.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Entre féminismes donc, la distance est parfois abyssale. Prenons les exemples, pour la première vague en France, de Marguerite de Witt-Schlumberger (1853-1924) et de Madeleine Pelletier (1874-1939)&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref3_iwgxgnx&quot; title=&quot;Exemples tirés de ma thèse: Les Filles de Marianne. Histoire des féminismes 1914-1940 (1995).&quot; href=&quot;#footnote3_iwgxgnx&quot;&gt;3&lt;/a&gt;. La première, philanthrope protestante, est aussi une féministe d’importance puisqu’elle présida l’Union française pour le suffrage des femmes et occupa le poste de vice-présidente au niveau international de l’association. Mais elle est aussi une nataliste très impliquée et reconnue (elle fut membre du Conseil supérieur de la natalité), ce qui l’amena à dénoncer la «stérilité volontaire» et à réclamer la répression du «crime» d’avortement. Ses efforts ont contribué au vote de la loi de 1920 qui renforce la pénalisation de l’avortement. Selon elle, la survie de la «race» française affaiblie par la Première Guerre mondiale est en jeu. Elle a publié une brochure au titre assez saisissant: &lt;em&gt;Mères de la patrie ou traîtres à la patrie &lt;/em&gt;(1919). De son côté, Madeleine Pelletier, néo-malthusienne, libre-penseuse, est la première féministe à défendre le droit à l’avortement, qu’elle pratique clandestinement: elle sera finalement dénoncée et placée dans un asile où elle mourra dans une détresse absolue. Elle défend la contraception et milite à la Ligue mondiale pour la réforme sexuelle. La première était mère de six enfants. La seconde revendiquait d’être restée vierge par refus de l’asservissement.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’antiféminisme est, bien sûr, aussi présent dans les mouvements alliés du féminisme: il transcende les clivages politiques, cela a souvent été dit même si le socle réactionnaire doit rester un repère. Au nom du respect de la Nature, des écologistes vont ainsi s’opposer à la contraception, que l’on peut bien retenir comme un identifiant du féminisme&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref4_3co9m1z&quot; title=&quot;En mai 2014, le leader paysan anti-OGM José Bové, tête de liste pour les Verts aux élections européennes, s’est déclaré hostile à la procréation médicalement assistée, défendue par son propre parti, par les féministes et par le mouvement LGBT. Il le fait au nom du refus de l’instrumentalisation du vivant sans distinguer parmi les usagères les hétérosexuelles des homosexuelles.&quot; href=&quot;#footnote4_3co9m1z&quot;&gt;4&lt;/a&gt;. Tirant profit de la connotation progressiste de l’écologie, les manifestants contre le mariage pour tous vont s’approprier, par exemple, le concept d’«écologie humaine»&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref5_jqpc2hy&quot; title=&quot;Le Courant pour une écologie humaine a été lancé en mars 2013 par Tugdual Derville (militant Pro-Vie, anti-Pacs, très actif dans la Manif pour tous), Gilles Hériard-Dubreuil et Pierre-Yves Gomez.&quot; href=&quot;#footnote5_jqpc2hy&quot;&gt;5&lt;/a&gt;, opérant ainsi un brouillage sémantique redoutable.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;«Les outils du maître ne démoliront jamais la maison du maître», écrivait la poétesse et militante du &lt;em&gt;black feminism&lt;/em&gt; Audre Lorde (2003: 119). On n’analyse pas non plus la maison avec ses outils. Il faut en forger de nouveaux. C’est pourquoi l’invention féministe de la notion de lesbophobie est fondamentale. Il aura fallu attendre les années 1990 pour mettre en évidence, grâce à un seul mot, ce qu’a de spécifique l’homophobie visant les femmes (le terme homophobie n’était alors pas bien vieux: il apparaît, traduit en français de l’anglais, en 1975). En France, c’est la Coordination lesbienne qui lance le mot&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref6_drc15yc&quot; title=&quot;Voir l’article de la présidente de la CLF, Raymonde Gérard, «Lesbophobie», dans Dictionnaire de l’homophobie, sous la dir. de Louis-Georges Tin (2003).&quot; href=&quot;#footnote6_drc15yc&quot;&gt;6&lt;/a&gt;. L’existence même de cette organisation indique le besoin d’autonomie pour la cause lesbienne, entre alliances et conflits avec, d’une part, le mouvement aujourd’hui dit LGBT et, d’autre part, le mouvement féministe. Pendant longtemps, très longtemps, il n’y eut pas de mot pour décrire simplement et précisément l’hostilité à l’égard des lesbiennes. Bien sûr, l’usage du terme «homophobie» reste utile pour tout ce qui relève du sort commun des homosexuels. Mais la lesbophobie rappelle que le sexe et le genre créent un clivage, produit d’une longue histoire. Les lesbiennes sont doublement victimes de discriminations: comme femmes et comme lesbiennes&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref7_eckmzra&quot; title=&quot;Voir par exemple Stéphanie Arc (2006).&quot; href=&quot;#footnote7_eckmzra&quot;&gt;7&lt;/a&gt;. Leur histoire s’inscrit pleinement dans tout ce qui a été déjà bien repéré pour l’histoire des femmes en général: inégalité, discriminations, pression hétérosexuelle forte, restriction des libertés, de l’autonomie, etc. L’usage hétérosexuel de l’érotisme lesbien est une spécificité, sans équivalent du côté masculin. Mais le plus frappant est certainement le silence, la discrétion, l’invisibilité qui sont, pour les lesbiennes, des ingrédients de la répression spécifique qu’elles subissent.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ce silence prend fin au début des années 1970. Comme l’indique le titre d’un tract «historique» que distribuent des lesbiennes lors des Journées de dénonciation des crimes contre les femmes qui ont lieu à Paris les 14-15 mai 1972: «Femmes qui refusons les rôles d’épouse et de mère, l’heure est venue, du fond du silence il nous faut parler» (Picq, 2011: 183 ). Et elles prennent effectivement la parole, demandant aux homosexuelles présentes dans la salle de monter à la tribune. Cela suppose d’assumer une différence entre femmes à une époque où le mouvement se voulait encore fusionnel&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref8_66xy9bx&quot; title=&quot;Voir Christine Bard (2004): «Le lesbianisme comme construction politique». Sur ce sujet, une thèse est en cours : Ilana Eloit (LES, Londres).&quot; href=&quot;#footnote8_66xy9bx&quot;&gt;8&lt;/a&gt;. Mais il apparaît nécessaire déjà de déchirer les illusions du «nous les femmes», parfois ressenti comme une forme déguisée et très performante de lesbophobie.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La négation de l’existence lesbienne remonte à fort loin. Dans l’Antiquité, les sources sont plus que minimalistes&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref9_k2mti4w&quot; title=&quot;Voir les travaux de Sandra Boehringer, notamment sa thèse: L’Homosexualité féminine dans l’Antiquité grecque et romaine (2007).&quot; href=&quot;#footnote9_k2mti4w&quot;&gt;9&lt;/a&gt;. Les mots manquent et, quand ils existent, ils sont rarement employés. Le contraste est grand avec la présence culturelle de la pédérastie. L’homosexualité féminine, comportement hors-norme, est pour l’essentiel commentée par des astrologues qui expliquent par l’influence des astres le dérèglement des tribades. Les auteurs latins de l’époque impériale décrivent un spectacle monstrueux et étonnant, coupé de toute réalité.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Cette inexistence se retrouve, on le sait, dans bien des États qui ne répriment que l’homosexualité masculine. Un projet de pénalisation du lesbianisme sera abandonné au Royaume-Uni dans les années 1920 par peur de faire de la publicité indirecte pour cette «déviance». En Allemagne, le paragraphe 175 du Code pénal ne concerne que les hommes. Durci sous le IIIe Reich, il conduit de nombreux homosexuels dans les camps avec un triangle rose&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref10_aajesm5&quot; title=&quot;Voir, entre autres, Régis Schlagdenhaussen(2011).&quot; href=&quot;#footnote10_aajesm5&quot;&gt;10&lt;/a&gt;. La répression du lesbianisme ne prend pas les mêmes formes. L’invisibilité, multiforme, alimentera au sein du mouvement LGBT des tensions sur la reproduction des rapports sociaux de sexe. Comment ne pas éprouver alors le sentiment d’être doublement minorisée dans la minorité: minorité parmi les homosexuels-les, minorité parmi les femmes, groupe majoritaire mais minorisé? Minorité parmi les homosexuels-les, semble-t-il, si l’on se fie aux grandes enquêtes sur les pratiques sexuelles ou si l’on se réfère aux chiffres récents sur le mariage entre personnes de même sexe. Ce déséquilibre est généralement expliqué par la contrainte à l’hétérosexualité, plus forte pour les femmes, qui ont tendance également à rechercher la protection dans la discrétion et l’invisibilité sociales.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La minorité dans la minorité est évidemment exposée à des complexes et peut se laisser, dans son expression militante, entraîner dans une sorte de «concurrence des victimes» (Chaumont: 1997). Les sociétés contemporaines accordent une place plus importante qu’autrefois aux victimes d’une manière générale. Les luttes féministes contre les violences masculines y ont contribué; cette ambiance militante s’éloigne de l’atmosphère libertaire hédoniste et utopiste qui était celle des débuts du Mouvement de libération des femmes (MLF) et du Front homosexuel d’action révolutionnaire (FHAR), juste après Mai 68. La discrimination est devenue une catégorie essentielle de l’action militante concernant le sexe et l’orientation sexuelle. De même que la prévention des «phobies»: n’oublions pas que l’invention lexicale de la lesbophobie correspond à la multiplication des néologismes construits à partir de «phobie».&lt;/p&gt;&lt;p&gt;C’est dans ce contexte qu’il faut situer l’invention du concept de lesbophobie. L’utilisation de ce précieux outil –heuristique– n’exclut pas l’usage du terme dont il est issu: homophobie. Au-delà des différences entre lesbiennes, gais et trans, il existe bien une haine homophobe indistincte et une haine visant spécialement les gais ou spécialement les trans qui a un impact sur la cause des femmes et la cause lesbienne. Que cette indistinction dans le terme homophobie soit en réalité androcentrée ne peut nous surprendre. C’est l’ordre genré du monde et de nos représentations qui en est responsable. Par ailleurs, les gais sont visés par une haine spécifique visant à les punir d’être des hommes qui sortent de la masculinité hégémonique. De ne pas être de vrais hommes. D’avoir des pratiques féminisantes.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il serait aussi regrettable de ne pas mesurer la place prise par la transphobie. Ainsi, la campagne actuelle contre la «théorie du genre» en France ne vise pas principalement les études sur le genre et celles et ceux qui les mènent et les transmettent. Elle concerne la possibilité de changer d’identité de genre. «Voulez-vous que votre fils devienne une fille?», résume un tract distribué en 2013 contre les actions d’éducation non-sexistes. Que cette campagne commence alors que les questions trans sont à l’agenda politique dans de nombreux pays, dont certains viennent de reconnaître le droit à la non-déclaration du sexe, n’est pas un hasard.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;S’il faut bien tenir compte des critiques féministes adressées au terme «homophobie», bien synthétisées par Line Chamberland et Christelle Lebreton, conseillant l’emploi d’«hétérosexisme» (Chamberland, Lebreton, 2012), il paraît toujours nécessaire de nommer la haine visant l’homosexualité en général. De ce sort commun témoigne par exemple le mot «homosexualisme» pour désigner de manière péjorative une manière «homosexuelle» de voir l’humain et le monde qui correspondrait à une «anthropologie» fondée sur la production de soi, l’hédonisme, la «culture de mort».&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une traversée diachronique de la haine à deux têtes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Cette haine procède du fantasme du dominant craignant de voir sa domination menacée. Ce qui est logique, et, en même temps, pendant plusieurs siècles, improbable. De l’antiféminisme il est dit souvent qu’il est une «réaction»&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref11_ma8rdh5&quot; title=&quot;L’introduction d’Anne-Marie Devreux et de Diane Lamoureux aux Cahiers du genre / Recherches féministes sur Les antiféminismes commence par cette phrase: «L’antiféminisme est une réaction» (n° 52, 2012).&quot; href=&quot;#footnote11_ma8rdh5&quot;&gt;11&lt;/a&gt;. Précisons qu’il s’agit d’une réaction par &lt;em&gt;anticipation&lt;/em&gt;. Le féminisme n’existe pas à Athènes quand Aristophane imagine la grève des femmes. Les Amazones ont tout du mythe. Il n’y a aucune guerre des sexes en vue quand les humoristes du XVIe et XVIIe siècles imaginent un monde à l’envers rendu chaotique par la prise du pouvoir des femmes. Il n’y a aucune citoyenne révolutionnaire en pantalon quand Amar, au nom du Comité de salut public, prend le prétexte de ce pantalon imaginaire pour fermer les clubs de femmes en 1793. Il n’y a aucune Vésuvienne en activité dans le Paris révolutionnaire de 1848. L’antiféminisme a précédé le féminisme&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref12_316ywrl&quot; title=&quot;C’est la conclusion que je tire de mes recherches sur l’inversion des rôles, pratiques et symboles sexués, en particulier dans Une histoire politique du pantalon (2010).&quot; href=&quot;#footnote12_316ywrl&quot;&gt;12&lt;/a&gt;. L’imagination précède le réel, d’une façon récurrente et troublante&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref13_tt95lko&quot; title=&quot;Troublante au point que des historiens-nes du féminisme se sont laissés piéger par ces sources de politique-fiction, prises pour argent comptant.&quot; href=&quot;#footnote13_tt95lko&quot;&gt;13&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’insurrection féministe ainsi &lt;em&gt;imaginée&lt;/em&gt; dans la longue durée repose sur des femmes entre elles, défiant l’autorité masculine, se suffisant à elles-mêmes, accédant à une activité dans la sphère publique, ce qui en soi a une connotation virile, les femmes étant plutôt désirées passives dans la sphère privée. Leur homosocialité suggère l’homosexualité. Le ton de ces discours –comédies, articles humoristiques, caricatures, etc.– n’est pas nécessairement violent. Il se veut souvent amusé et amusant.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;On ne peut en dire autant de la veine misogyne qui traverse la culture occidentale depuis des siècles. La lesbienne y tient le rôle de l’hyperfemme, intensifiant tous les travers de son sexe. Le texte lesbophobe le plus ancien, en langue française, conservé à Angers, date du XIIe siècle&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref14_udauekz&quot; title=&quot;Ce manuscrit unique est conservé à la bibliothèque municipale d’Angers: le passage lesbophobe concerne les strophes 244 à 282. Il a été repéré et étudié par Frédérique Le Nan (Université d’Angers), que je remercie pour toutes les informations qu’elle m’a communiquées sur cette trouvaille, qu’elle a présentée à la journée d’étude «Injures sexistes et LGBTphobes» du 14 novembre 2014 à l’Université d’Angers.&quot; href=&quot;#footnote14_udauekz&quot;&gt;14&lt;/a&gt;. &lt;em&gt;Le Livre des manières&lt;/em&gt;, œuvre d’Étienne de Fougères, évêque de Rennes, très proche du pouvoir (Henri II de Plantagenêt), s’attaque aux femmes infidèles qui séduisent les jeunes gens et les serviteurs et s’adonnent à des relations entre femmes. Ce texte, qui rompt le silence à propos des pratiques saphiques, alors que la littérature et la poésie du Moyen Âge n’ignorent pas les sodomites, animalise les femmes, sexe perfide, et appelle à lancer les chiens contre cette «volaille» aux pratiques contre-nature, à leur jeter pierres et bâtons, à les rouer de coups avant de les tuer. Ces appels au meurtre sont banals dans la culture hétérosexiste. Au XIXe siècle, ils sont encore courants. Proudhon l’anarchiste est connu pour la violence misogyne de ses menaces à propos des «femmes insoumises»: un qualificatif qui rassemble à la fois les émancipées et les homosexuelles échappant au contrôle masculin.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Nous avons donc affaire, pendant longtemps, à une créature de fiction que l’on pourrait appeler&lt;em&gt; lesboféministe&lt;/em&gt;. Elle hante l’imaginaire des poètes, des essayistes, des moralistes, des hommes d’Église, des scientifiques, des peintres, des humoristes… Fatale (pour les hommes, pour elle-même), elle est dangereuse, dominatrice, castratrice, écrasante, géante, engloutissante&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref15_xxtaxqr&quot; title=&quot;Sur une éruption spectaculaire dans la littérature dite fin-de-siècle, voir Mireille Dottin-Orsini, 1993.&quot; href=&quot;#footnote15_xxtaxqr&quot;&gt;15&lt;/a&gt; … Hyperféminine, parée, bijoutée, elle séduit avec ses courbes, sa chevelure, armée de tous les sortilèges du féminin.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Fin XIXe siècle, le discours psychiatrique cerne la dangerosité de la lesbienne, hypersexuelle, hyposexuelle, stérile. Hypersexualité: la femme homosexuelle est par nécessité active, tandis que la femme hétérosexuelle se doit d’être passive. Elle est souvent assimilée à la prostituée. La femme homosexuelle est aussi l’inverse: hyposexuelle dans une société qui définit la sexualité par le coït avec pénétration du membre viril, la sexualité entre femmes semble ne pas pouvoir exister. Enfin, elle est stérile, dans une société marquée par des prescriptions religieuses qui considèrent la reproduction comme la seule fin de la sexualité. Or cette stérilité angoisse à partir de la fin du XIXe siècle, quand la peur de la «dénatalité» alimente celle de la dégénérescence. L’essor conjoint du féminisme, de l’émancipation sociale des femmes et de la visibilité homosexuelle, à travers, par exemple, l’explosion de discours sur le 3e sexe, est un phénomène remarqué (Murat, 2006). L’antiféminisme prend appui sur la stigmatisation de l’homosexualité pour dénoncer les féministes. Les féministes de cette époque abordent peu les réalités homosexuelles et affichent généralement une hétérosexualité rassurante pour l’opinion publique. La cause féministe ne sert alors la cause homosexuelle que très indirectement.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Entrons maintenant dans une deuxième phase de l’histoire de la haine à deux têtes: celle qui s’attaque à un féminisme devenu un véritable mouvement avec ses associations, ses journaux, ses militantes et ses militants, ses icônes… À partir du dernier tiers du XIXe siècle, donc. Le féminisme devient un enjeu politique clivant. Pour les uns, c’est un des ingrédients de la modernisation et de la démocratisation. Pour les autres, un danger, une aberration, une folie. Le statut de l’homosexualité change également. Très visible dans la littérature, sur la scène culturelle d’une manière générale. Très visible aussi dans les publications des psychiatres et des sexologues, qui en font une perversion. L’invention du terme «homosexuel» peut dater le début d’un militantisme gai, une cause que défend particulièrement Magnus Hirschfeld, en Allemagne, mais peu relayée en France (Tamagne, 2000). Dans le féminisme français, c’est le silence total sur l’homosexualité féminine. D’où l’intérêt du &lt;em&gt;Deuxième Sexe &lt;/em&gt;de Beauvoir (1949), qui consacre un chapitre entier à la lesbienne, celui qui fera le plus scandale&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref16_2zmsphg&quot; title=&quot;Voir, par exemple, Cinquantenaire du Deuxième sexe (Delphy et Chaperon, 2002).&quot; href=&quot;#footnote16_2zmsphg&quot;&gt;16&lt;/a&gt;. On est aujourd’hui sensible à certains propos lesbophobes de Beauvoir sur l’homosexualité comme refus de l’altérité, enfermement, mutilation, immanence, d’autant plus que les publications posthumes ont montré qu’elle n’avait pas assumé publiquement ses relations homosexuelles. Mais on doit aussi reconnaître que dans ces pages contradictoires, elle affirme aussi que le lesbianisme est un choix de vie légitime, égalitaire, propice à la réalisation de soi-même.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le silence du féminisme français sur l’homosexualité est assourdissant. À peine est-il brisé par la condamnation morale de la garçonne, «type social» de la jeune fille sexuellement affranchie, symptôme d’années «folles» au point de faire l’apologie de l’inversion des genres. Les féministes condamnent cette figure popularisée par le roman de Victor Margueritte, qui provoque un scandale énorme en 1922 (Bard, 1998).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;De leur côté, les antiféministes ne se gênent pas pour procéder à des amalgames et désigner comme féministes toutes sortes de personnalités féminines sulfureuses. Ce commentaire haineux de Théodore Joran sur la poétesse Renée Vivien en 1908 est un exemple parmi d’autres :&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Le féminisme, qui était au début la monomanie de l’égalité, est devenu l’apologie de l’instinct bestial. Il exhale une odeur équivoque de luxure. L’une de nos plus éhontées féministes, une certaine Renée Vivien, ne s’est-elle pas faite, dans un livre de mauvais vers, que les femmes riment dans leurs moments éperdus, la prêtresse moderne des «amours lesbiennes»? Cette Sapho mêle sans cesse à son «lyrisme» des déclarations féministes (Joran, 1908: 27).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le milieu saphique parisien autour de Natalie Clifford Barney a alors peu de liens avec les féministes, qui partagent les convictions lesbophobes de leur temps, quand elles se risquent à se prononcer sur un sujet aussi délicat. En 1923 par exemple, Marguerite Guépet évoque ces «femmes dénaturées et gangrénées par un mauvais milieu qui n’engagent pas toute la féminité» (Bard, 1995: 197). Mais il est vrai que l’expression littéraire et artistique d’un certain nombre de femmes assumant leur homosexualité, à la Belle Époque ou dans les années 1920, porte des messages féministes, en tout cas interprétés comme tels. Femmes sans hommes. Femmes indépendantes. Femmes ne se définissant pas par la maternité. Femmes actives dans le désir et le plaisir. Femmes défiant la morale et l’ordre établis. Ce type de femmes pourrait effectivement personnifier le féminisme, alors même que ce dernier ne se reconnaît pas en elles et qu’elles ne se reconnaissent pas en lui. Avant Mai 68, l’homosexualité mondaine se situe plutôt à droite. On peut accepter son homosexualité et l’assumer publiquement sans pour autant vouloir changer l’ordre social. L’identification au modèle viril le plus viriloïde explique en partie l’engagement nazi de la lesbienne la plus populaire de l’entre-deux-guerres en France, la sportive Violette Morris. À l’inverse, l’artiste surréaliste Claude Cahun, pionnière de l’autoportrait transgenre, s’engage dans l’antifascisme, puis dans la résistance.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Nous entrons dans une troisième phase après Mai 68, avec, côte à côte, un mouvement féministe radical, le MLF, né en 1970, et un mouvement de libération homosexuel, le FHAR –Front homosexuel d’action révolutionnaire– constitué en 1971. Et à l’interface: des lesbiennes. Alors que des militantes vendent le «menstruel» féministe &lt;em&gt;Le Torchon brûle&lt;/em&gt;, un passant s’exclame «Tiens, les gouines rouges!»&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref17_b1sujqo&quot; title=&quot;Entretien de l’auteure avec Christine Delphy, 1er février 2001.&quot; href=&quot;#footnote17_b1sujqo&quot;&gt;17&lt;/a&gt;. C’est cette remarque ironique qui inspire le nom du premier groupe féministe et lesbien, créé en France en 1971: les Gouines rouges.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le fantasme antiféministe lesbophobe trouve désormais un point d’appui dans la réalité avec l’existence d’un féminisme radical et d’une visibilité lesbienne militante (Bard, 2004). Entre les femmes et les homosexuels-les des deux sexes, la proximité est grande: synchronie des luttes, répertoire d’action proche (importance de l’humour et du retournement du stigmate), liberté de disposer de son corps et de choisir sa sexualité.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’intensité de la mobilisation accroît-elle l’opposition? Selon Didier Eribon, «la répression de l’homosexualité a historiquement nourri la détermination de l’exprimer» (Eribon, 1999: 19) et, ajoute Louis-Georges Tin, «à son tour, la détermination de l’exprimer a historiquement renforcé le désir de réprimer l’homosexualité» (Tin, 2000: 9). L’hostilité à deux têtes s’exprime de manière diffuse. Des groupes spécialisés se créent, en s’adaptant à l’agenda politique. 1971: c’est la création de l’association française anti-avortement &lt;em&gt;Laissez-les-vivre&lt;/em&gt;, présidé par le professeur Jérôme Lejeune. En 1979, pour la confirmation de la loi Veil, en 1982, pour le remboursement de l’interruption volontaire de grossesse (IVG), des manifestations rassemblent 40 à 50 000 personnes. En 1987, le mouvement pro-vie est relancé avec des commandos contre les cliniques où sont pratiquées les IVG, jusqu’à la création du délit d’entrave à IVG en 1993. Nous sommes alors en plein &lt;em&gt;backlash&lt;/em&gt; et l’antiféminisme sort à découvert. Le mouvement lesbien, lui, s’autonomise.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Au tournant des années 2000, une troisième vague féministe se forme. Elle dénonce d’emblée l’hétérosexisme et s’approprie la pensée queer, les revendications des lesbiennes, gays, bisexuels-les et trans (LGBT), le concept de genre. C’est autour de deux enjeux d’égalité que se cristallise l’homophobie dans les années suivantes: le débat sur le pacte civil de solidarité (PACS), adopté en 1999, puis le mariage pour tous, adopté en 2013. Distinguer dans ces débats la gaiphobie de la lesbophobie paraît difficile, mais, chose certaine, on retrouve l’habituelle survisibilité masculine. L’antiféminisme y est bien présent, par exemple sous la forme d’un groupe appelé les Antigones, qui s’oppose aux Femen, guerrières féministes qui viennent perturber les défilés de la Manif pour tous. Des Hommen singent les Femen, torses nus mais visages masqués dans les manifestations. Enfin, les «pères perchés», «papas grimpeurs», «pères en colère» –des divorcés réclamant la garde de leurs enfants, se postant en haut de grues ou sur le toit de bâtiments– introduisent en France un discours masculiniste jusque-là peu présent. Simultanément à l’opposition au mariage des homosexuels-les apparaît une campagne très forte contre la «théorie du genre» qui cumule l’antiféminisme, l’homophobie, la transphobie et l’opposition au gouvernement socialiste&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref18_w35g652&quot; title=&quot;Voir par exemple, Laure Bereni et Mathieu Trachman (2014).&quot; href=&quot;#footnote18_w35g652&quot;&gt;18&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Aujourd’hui, le discours antiféministe-lesbophobe, comme à l’époque de la première vague féministe, s’appuie sur les forces réactionnaires traditionnellement à droite, à l’extrême droite, dans l’Église catholique. Ses références intellectuelles ne sont pas spécialement en position de force institutionnelle, à l’exception du juriste spécialiste de la filiation Pierre Legendre. Mais est-ce un problème pour ceux qui placent l’université et la recherche en sciences humaines et sociales dans le système à combattre? Et puis dans le monde étudiant intervient l’Union Nationale Inter-universitaire (UNI). Un observatoire de la théorie du genre demande l’exclusion de l’université des enseignants-es et chercheurs-es spécialistes du genre. Parmi les opposants au mariage pour tous et à la théorie du genre, les jeunes sont nombreux. L&#039;hebdomadaire &lt;em&gt;Le Nouvel Observateur&lt;/em&gt; fait sa couverture le 13 février 2014 avec le titre «Génération réac». Or on remarque la perte d’influence chez les jeunes des références intellectuelles de leurs aînés. De plus, dans la famille conservatrice, les capitaux intellectuels du domaine des «sciences humaines et sociales» ne sont pas valorisés. Internet et la télévision sont des caisses de résonnance «modernes» pour des idées qui, elles, n’ont rien de nouveau.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une rhétorique inoxydable&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La rhétorique de la haine bicéphale défie le temps qui passe, même si, à la marge, elle est renforcée par des arguments exogènes à la pensée traditionaliste réactionnaire. On distinguera ici la critique du mouvement, de ses protagonistes, de ses méthodes d’une part, et la critique de sa pensée et de ses objectifs d’autre part. On s’appuiera principalement sur trois personnalités ayant une grande audience médiatique, mais représentant des sensibilités différentes: Alain Soral, Eric Zemmour et Michel Schneider. Le premier, ex-communiste, antisémite, se définit aujourd’hui comme national-socialiste. Il a publié en 1999 V&lt;em&gt;ers la féminisation? Démontage d’un complot antidémocratique&lt;/em&gt;, réédité en 2007 avec un autre sous-titre: &lt;em&gt;Pour comprendre l’arrivée des femmes au pouvoir&lt;/em&gt;. Le second, journaliste, réactionnaire, déplore, d’essai en essai, le déclin d’une France en perte d’identité livrée aux femmes, aux homosexuels-les et aux immigrés-es. Il a publié en 2006 &lt;em&gt;Le Premier sexe&lt;/em&gt;. Le troisième, ancien haut fonctionnaire, écrivain et psychanalyste, fustige la «confusion des sexes», titre d’un de ses ouvrages, paru en 2007.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La disqualification de la cause passe depuis longtemps par celle des moyens militants qu’elle se donne, ou plutôt qu’on lui prête: la méconnaissance est grande et l’imagination s’emporte souvent. À l’époque de la première vague, en l’absence de militantisme homosexuel, l’importance du féminisme est soit minorée, soit exagérée. Le féminisme prétend être représentatif des femmes mais ne l’est pas: il compte peu de militantes. Les hommes qui rejoignent le mouvement dans les groupes mixtes, voire masculins, comme la Ligue des électeurs pour le vote des femmes, sont encore moins représentatifs. La pathologisation du féminisme impacte l’image de ses protagonistes. Madeleine Pelletier, déjà évoquée, mériterait, selon Théodore Joran, d’être internée en prison ou dans un asile où elle pourrait «tout à son aise caresser son rêve de chiennerie universelle» (Joran, 1908)&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref19_afqy3by&quot; title=&quot;Cité par Christine Bard (1992: 7).&quot; href=&quot;#footnote19_afqy3by&quot;&gt;19&lt;/a&gt;. L’écart à la norme est folie, danger dont il faut protéger la société. La lesbophobie, fin XIXe siècle, était déjà une manière de dépeindre un féminisme immoral et décadent.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Plus que d’autres mouvements, le mouvement féministe est stigmatisé à travers l’image donnée de ses militantes qui, laides et desséchées, découragent l’amour (hétérosexuel). À cette force souvent jugée dérisoire –des troupes maigres, concentrées dans les beaux quartiers de Paris– on prête en même temps une influence extraordinaire. Une toute puissance louche qui suppose des accointances avec d’autres forces elles aussi suspectes: les francs-maçons, les juifs, les protestants, etc. Ces éléments déjà posés au XIXe siècle survivent jusqu’à nos jours. Véhiculés par l’extrême droite et le clergé catholique pendant des décennies, ils ont marqué la conscience collective et ont eu leur heure de gloire avec le maréchal Pétain pendant la période de la Collaboration. L’emploi par le Vatican du terme «lobby», largement repris aujourd’hui, parfois «innocemment», représente une victoire lexicale et symbolique pour les opposants à l’égalité des droits. L’évocation d’un lobby féministe, gai et lesbien ne peut que renvoyer dans l’imaginaire à des mythes entretenus par l’extrême droite sur les forces occultes qui mènent le monde, derrière les apparences de la vie démocratique. Le lobby est par nature illégitime. C’est une désignation illégitimante.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Pour Alain Soral, il y a même une mise en abyme du complot puisque, selon lui, le féminisme associé à ses alliés LGBT est manipulé; il est le jouet de l’oligarchie. Sa thèse est celle d’un «démontage d’un complot antidémocratique»: ici la misogynie s’invite. La femme étant par définition «l’être du désintérêt politique (littéralement un homme sans vision collective d’avenir», l’oligarchie a choisi d’en faire le relais privilégié de son pouvoir. D’où la parité: la féminisation du pouvoir traduit selon Soralle recul de la démocratie.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’autre mot-clé du lexique de la dénonciation est «communautarisme», qu’il faut comprendre dans le contexte républicain français où l’universalisme est la référence politique dominante, l’expression de «communautés» n’y ayant en principe pas sa place. L’épouvantail communautariste jouant sur des réflexes toujours vifs d’anglophobie et d’américanophobie est présent à gauche comme à droite, ce qui en fait une invective un peu floue mais efficace, dans le sens où elle a un goût d’évidence. Le communautarisme consiste à préférer le même, voire à construire toutes ses relations sociales avec le même: il donne une forme idéale à une cause elle-même considérée comme un refus de l’altérité (de l’altérité de genre pour les féministes et pour les homosexuels-les; haine des hommes, androphobie des&amp;nbsp;féministes).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Mais un problème sociologique surgit: «les femmes», ou «les homosexuels-les», est-ce des «communautés»? On sent bien qu’il faut dire oui pour que l’accusation tienne même si le bon sens se rebelle. La moitié de l’humanité peut-elle faire communauté? Non, alors, on y revient, le féminisme est réduit à l’expression d’une fraction socioculturelle moderniste, atypique, privilégiée.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le féminisme et le militantisme homosexuel seraient sans objet car ni les femmes, ni les homosexuels-les ne formeraient de groupes sociaux partageant une condition commune. Seules les femmes «immatures» peuvent croire à l’existence d’une condition féminine, ou les «gays» (homosexuels du secteur tertiaire) car, explique Alain Soral, «se faire enculer n’[est] pas une activité productive mais une activité de loisir» (Soral, 1999: 65). Cette variante de la pensée antiféministe-homophobe s’inspire de Michel Clousclard, auteur marxiste qui eut une petite influence dans les années de formation d’Alain Soral (soit les années 1980).&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les gais forment selon lui une sorte de classe de profiteurs inutiles: les classant en socio-styles&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref20_psgghsz&quot; title=&quot;Il est important pour saisir ce mode de pensée de savoir que Soral est un des co-auteurs d’un livre à succès dans les années 1980, Les Mouvements de mode expliqués aux parents.&quot; href=&quot;#footnote20_psgghsz&quot;&gt;20&lt;/a&gt;, il distingue le «pédé littéraire» qui encule «le petit Arabe en toute décomplexion», le «pédé commerçant (genre antiquaire)» qui encule «le petit Arabe pauvre contre dirhams», le «pédé intello-gauchiste (depuis mai 68), style fac de Vincennes», qui encule «le petit Arabe mais ici, grâce à l’immigration des Trente glorieuses, au nom cette fois du désir révolutionnaire» (Soral, 1999: 177). Alain Soral prolonge cette liste pour démontrer que la diversité de la galaxie homosexuelle est telle que parler d’un «parti des homosexuels» est une imposture. Le mouvement LGBT ne peut être le porte-parole d’une communauté qui n’existe pas.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il faut sans doute aussi faire une place au mot «prosélytisme», souvent associé aux actions contre les discriminations menées dans les écoles&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref21_x17zqoj&quot; title=&quot;Signe des temps, à la suite de poursuites engagées par la Confédération nationale des associations familiales catholiques, SOS homophobie a perdu le 23 novembre 2012 l’agrément que lui avait donné le ministère de l’Éducation nationale en 2009 et qui en faisait une «association éducative complémentaire de l&#039;enseignement public».&quot; href=&quot;#footnote21_x17zqoj&quot;&gt;21&lt;/a&gt;, réfléchir à l’imaginaire du mot, qui évoque le dynamisme des sectes et révèle une croyance largement répandue dans le monde homophobe selon laquelle un prosélytisme réussi pourrait rendre homosexuel un enfant ou un adolescent. Selon ce fantasme, il serait donc possible de «rendre homosexuel», comme on «rend» une fille «virile» lorsqu’on l’incite, sous l’influence du féminisme, à faire du sport ou à s’orienter vers des métiers «masculins».&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le prosélytisme est la face douce et persuasive du militantisme tant décrié. Son autre visage est celui de la «guerre des sexes» entretenue dans les médias par des choix de vocabulaires ou d’images qui ne reflètent pas l’ensemble de la cause. Les Femen ont joué sur ce registre, avec un grand succès médiatique. Il va de soi que dans le répertoire d’action, dans les rues, l’humour, la nudité, la sexualité ou l’érotisme –des gogo danseurs en string sur les chars des marches de la fierté LGBT aux &lt;em&gt;kiss-in&lt;/em&gt;– relient féminisme et homosexualité dans la même réprobation.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;73255&quot; view_mode=&quot;embed_large&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;p&gt;Résumons-nous avec une citation d’Éric Zemmour reprenant plusieurs éléments:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Les mêmes mots, les mêmes rejets, les mêmes engouements se retrouvent ainsi chez les militants homosexuels et féministes, au point que l’on peut parler d’alliance objective. Les rares hommes politiques qui assument ou revendiquent leur homosexualité sont aussi les féministes les plus ostentatoires. Il y a une rencontre sociologique, au cœur des grandes villes, entre homosexuels, militants ou pas, et femmes modernes, pour la plupart célibataires ou divorcées. Le cœur de cible de ce fameux électorat bobo. Même revenus, mêmes modes de vie, même idéologie «moderniste», «tolérante», multiculturelle. […] L’alliance n’est pas le fruit du hasard. Le féminisme est une machine à fabriquer du même. Or le désir, lui, repose sur l’attraction des différences. En réduisant les potentialités de désir entre femmes et hommes, le féminisme faisait un bon travail pour les homosexuels, il éloignait les hommes des femmes, il étendait le champ d’action des homosexuels. Les féministes s’y retrouvaient aussi car elles ont toujours considéré, en le disant ou sans oser le dire, la pénétration comme une conquête, une invasion, un viol, même lorsqu’elle est consentie. Ce qui n’est d’ailleurs pas faux. […] Au fil du temps, les femmes sont devenues les otages des homosexuels. Elles ont lié leur sort à celui de leurs ennemis (Zemmour, 2006: 25).&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La rhétorique «anti» se déploie au nom de la morale, au nom de l’ordre divin, au nom de l’ordre social, au nom de l’ordre de la nature, au nom de l’ordre juridique, au nom de l’ordre symbolique, etc. &amp;nbsp;Bref, au nom de l’ordre. Féminisme et luttes LGBT créent le désordre dans un monde pourtant parfaitement conçu selon l’harmonieuse complémentarité des sexes. La force de cette rhétorique est de jouer sur des évidences: il y a deux sexes, faits l’un pour l’autre. Un militant de Civitas lors d’une réunion publique s’exclame par exemple qu’un pénis est fait pour rentrer dans un vagin&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref22_27zmyss&quot; title=&quot;Entendu dans une émission de France Culture, le 7 novembre 2012 : http://www.franceculture.fr/emission-les-pieds-sur-terre-civitas-2012-11-07. Consulté le 19 avril 2016. Civitas est une association catholique intégriste.&quot; href=&quot;#footnote22_27zmyss&quot;&gt;22&lt;/a&gt;. Le retour au biologique n’épargne pas certains psychanalystes, tel Michel Schneider:&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Il y a, dans la position d&#039;avoir des enfants sans avoir à rentrer en rapport avec le sexe masculin, une peur, une haine, une crainte, une phobie du membre viril, qui fait qu’on essaye d&#039;avoir le produit de l’accouplement sans avoir à passer par l’acte d’accouplement. Là, il y a quand même un fantasme, on a envie de dire «Mesdames, si vous voulez avoir des enfants, il y a un moyen très simple, très économique, qui ne coûte rien à personne, c’est le rapport sexuel avec un homme en chair et en os». Pourquoi avoir besoin de PMA? Pourquoi vouloir être mère quand on a choisi un mode de sexualité qui l’interdit? (Schneider, 2013)&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’opposition au mariage homosexuel conduit à la dénonciation de la «théorie du genre», car c’est aussi dans le domaine intellectuel que les luttes se sont jouées, comme le voit bien Éric Zemmour:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Tout le travail idéologique des féministes et des militants homosexuels a consisté à «dénaturaliser» la différence des sexes, à montrer le caractère exclusivement culturel, et donc artificiel, des attributs traditionnellement virils et féminins. La déconstruction sexuelle a sapé toutes les certitudes des uns et des autres. C’était le but recherché. (Zemmour, 2006: 26)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le «on ne naît pas femme, on le devient» de Simone de Beauvoir, largement admis il y a encore quelques années, ne va désormais plus de soi. Pour Michel Schneider,&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;L’État, qui donne au symbolique sa force de contrainte et de repère pour la société –et non l’inverse– ne doit pas autoriser le mariage et la filiation entre deux personnes de même sexe. Si la sexualité humaine n’est pas simplement «naturelle», elle n’est pas non plus tout entière culturelle, affranchie des lois de la reproduction. (Schneider, 2004)&amp;nbsp;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le noyau dur de la rhétorique «anti» se réfère à la tradition. Le retour en force du religieux et spécialement de l’Église catholique est aujourd’hui patent. Le cadrage est donné par le Vatican&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref23_tnkts3h&quot; title=&quot;Voir la thèse en cours de Sara Garbagnoli (EHESS, Paris): Questo matrimonio non s&#039;ha da fare : le “mariage homosexuel” en Italie (2000-2010): débats, enjeux, dispositions.&quot; href=&quot;#footnote23_tnkts3h&quot;&gt;23&lt;/a&gt;. Déjà en 2004, le cardinal Ratzinger condamnait le féminisme, vu comme une tentative de la femme de s’ériger en rival de l’homme, ce qui aboutit à la guerre des sexes et à la confusion des identités et des rôles. Il s’alarmait de l’anthropologie du genre et de la mise sur le même plan de l’homosexualité et de l’hétérosexualité, créant « un modèle nouveau de sexualité polymorphe ». Cette perspective émancipée des prédéterminations de la nature humaine amènerait l’individu à s’autodéterminer. Voilà ce qui menace l’Église elle-même à travers la mise en cause de la masculinité du fils de Dieu, de la culture patriarcale de l’Eglise, du sacerdoce ministériel réservé aux hommes&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref24_k472lc8&quot; title=&quot;Lettre aux évêques de l’Église catholique sur la collaboration de l’homme et de la femme dans l’Église et dans le monde, 31 mai 2004 (http://www.vatican.va).&quot; href=&quot;#footnote24_k472lc8&quot;&gt;24&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Notons que la «tradition» n’est pas seulement défendue par des traditionalistes. S’y réfèrent des conservateurs de toutes les cultures religieuses issues du monothéisme. Éric Zemmour en fait par exemple un bon résumé:&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;La tradition judéo-chrétienne repose sur cette distinction essentielle, hommes et femmes séparés dans les fonctions et les rôles, séparés dans les lieux de culte (jusqu’à aujourd’hui dans les synagogues). Cette distinction s’inscrit d’ailleurs dans un cadre plus général, distinction entre sacré et profane, pur et impur, privé et public, lait et viande (les juifs n’ont pas le droit de cuire la viande avec du lait), indigène et étranger. C’est une conception du monde qui repose sur la distinction, dans tous les sens du terme. Une conception du monde que la conception moderne des genres vient délibérément subvertir. Toutes les frontières sont ainsi abolies, tout vaut tout, plus de sacré et de profane, plus de privé et de public, plus d’indigène et d’étranger, de pur et d’impur. Plus d’homme ni de femme. C’est une société du désordre qui a supplanté une société de l’ordre. (Zemmour, 2006: 27)&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’indistinction conduit au désordre. Au désordre de l’ordre du genre, menacé, déstabilisé, voire pour certains déjà complètement écroulé ou inversé. Notons que cette hantise est aussi vieille que le féminisme. Au sens premier, le féminisme est d’ailleurs une pathologie, celle «d&#039;un individu mâle présentant certains caractères secondaires du sexe féminin». Très révélateur, tant les féministes seront décrites comme des femmes masculinisées. Lorsqu’Alexandre Dumas fils emploie ce mot pour la première fois dans son sens moderne, en 1872, dans son pamphlet, &lt;em&gt;L&#039;Homme-femme&lt;/em&gt;, dans un passage destiné à montrer que l’égalité contredit la répartition des rôles voulue par la nature. En cela, le féminisme est une pathologie sociale, dangereuse pour les deux sexes:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Les féministes, passez-moi ce néologisme, disent, à très bonnes intentions d’ailleurs: tout le mal vient de ce qu’on ne veut pas reconnaître que la femme est l’égale de l’homme et qu’il faut lui donner la même éducation et les mêmes droits qu’à l’homme; l’homme abuse de sa force, etc., etc. Vous savez le reste. Nous nous permettrons de répondre aux féministes que ce qu’ils disent là n’a aucun sens. La femme n’est pas une valeur égale, supérieure ou inférieure à l’homme, elle est une valeur d’un autre genre, comme elle est un être d’une autre forme et d’une autre fonction. (Dumas, 1872: 91)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le discours «anti» emprunte parfois la voie paternaliste, pour «protéger» les femmes et les homosexuels d’eux-mêmes. Pour Alain Soral, par exemple, la nocivité du féminisme est prouvée par les difficultés des femmes salariées-consommatrices, doublement dominées par un mari et un patron. Au foyer –référence à l’âge d’or– les femmes étaient bien plus heureuses. Ce discours passe encore mieux quand des femmes et des homosexuels-les se chargent de combattre les droits dont ils et elles pourraient bénéficier. Les exemples sont nombreux.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;À quoi les progrès de l’égalité et de la tolérance aboutissent-ils? Au «troisième sexe», à la virilisation des femmes, à la dévirilisation des hommes, à la disparition programmée du désir hétérosexuel. Citons à nouveau le psychanalyste Michel Schneider:&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;L’alliance des homosexuels et des féministes tente d’imposer un modèle de relations entre les sexes où le désir d’un homme pour une femme serait une exception statistique rare, une survivance historique regrettable et le signe d’une déviance à la fois pathologique et pénale qui n’a comme circonstance atténuante que l’amour que se portent les deux partenaires. Le partage masculin entre amour et désir est battu en brèche par la conception féminine d’une sexualité qui ne doit jamais s’exercer en dehors de l’amour. L’homosexualité devient la référence de l’amour et l’amour la justification de l’homosexualité. (Schneider, &amp;nbsp;2007: 108)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le résultat? C’est la débandade qu’exprime par exemple le dessinateur Frédéric Pajak dans son roman, &lt;em&gt;La guerre sexuelle&lt;/em&gt;, paru en 2004. C’est le désarroi, dit-on, face à des féministes qui, à l’instar des lesbiennes, n’aiment-pas-les-hommes et s’en passent sans regrets&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref25_tuxhlt7&quot; title=&quot;Voir Colette Pipon (2013)&quot; href=&quot;#footnote25_tuxhlt7&quot;&gt;25&lt;/a&gt;. Il faut souligner l’extraordinaire récurrence du topo sur la dévirilisation (de l’homme blanc). À l’époque du suffragisme, les opposants au vote des femmes n’hésitaient pas à affirmer que «la femme» devenue électrice aimerait moins son mari (de Callias, 1926: 20) et que l’égalité des droits civiques ferait exploser les couples qui se déchireraient à propos de la politique. Et prenant des formes bien plus graves encore que l’obstruction face aux droits politiques des femmes, la hantise de la dévirilisation a profondément inspiré le virilisme nazi.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;À propos des enjeux d’aujourd’hui, autour du mariage, de la filiation, de la procréation médicalement assistée (PMA), de la gestation pour autrui (GPA), de la prostitution, du viol et du harcèlement sexuel, on peut aussi entendre un brouillage idéologique venu d’anticonformistes de gauche: les positions de Marcela Lacub, par exemple, correspondent à un goût de l’incorrection politique assez fort en ce moment (que l’on constate dans le succès populaire de l’humoriste antisémite Dieudonné). Michel Schneider peut se retrouver dans cette famille qui pense se dresser contre la bien-pensance de «Big Mother»&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref26_39gs577&quot; title=&quot;Un pouvoir féminin qui s’est un temps présenté sous les traits de Ségolène Royal, candidate socialiste à l’élection présidentielle de 2007.&quot; href=&quot;#footnote26_39gs577&quot;&gt;26&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les propos que nous venons de citer sont hétérogènes politiquement mais ils ont en commun une vision négative de la modernité et une perception pessimiste de l’avenir. Décadence, dégénérescence, déclin sont des mots-clés de ces discours. Ils activent des peurs qui dépassent les enjeux déjà décrits à propos de l’égalité des sexes et des sexualités. À l’époque de la première vague, sous l’influence d’une pensée d’extrême droite que diffusaient l’Action française et de vastes associations féminines réactionnaires, l’antiféminisme était déjà associé au nationalisme, à la xénophobie, à l’antisémitisme. L’angoisse provoquée par la baisse de la natalité, baisse qui pouvait sans preuve être imputée au féminisme et à la «mode» de l’inversion sexuelle, occupait beaucoup de place et renvoyait à la crainte de l’immigration et du métissage des races, ainsi qu’au déclin national et à la fragilisation du pays en cas de conflit armé. Les antiféministes les plus délirants redoutaient, surtout après l’hécatombe de la Première Guerre mondiale, l’extinction de ce qu’ils appelaient alors «la race».&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il y a entre le sexisme et le racisme des liens organiques qui trouvent leur écho dans l’opposition conjointe à toute égalité. L’idéologie nazie, qui doit rester au cœur de nos réflexions&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref27_sooc41x&quot; title=&quot;Voir, par exemple, Rita Thalmann (1982).&quot; href=&quot;#footnote27_sooc41x&quot;&gt;27&lt;/a&gt;, a repris à son compte un antisémitisme qui faisait des juifs les inventeurs et propagateurs du féminisme et de la libération sexuelle. La réalité de la contribution juive à ces combats n’est pas passée inaperçue. On pense, pour la France, par exemple, au socialiste Léon Blum, objet d’une haine féroce qui passe par son homosexualisation dans les caricatures et par le rappel du contenu subversif de son essai&lt;em&gt; Du mariage&lt;/em&gt; (1907). On pourrait aussi citer l’antisémitisme visant Simone Veil, survivante d’Auschwitz et accusée de génocide des enfants à naître lorsqu’elle défendait en tant que ministre de la Santé son projet légalisant l’interruption volontaire de grossesse (1974-1975).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;On le constate en 2013, au plus fort de l’opposition au mariage pour tous : l’expression d’une forme de haine (l’homophobie) encourage l’expression d’autres haines, bénéficiant de l’ouverture d’un espace d’expression décomplexé. L’exemple le plus éloquent concerne la garde des sceaux Christiane Taubira, qui a porté le projet de loi sur le mariage pour tous. La haine prend la forme d’un racisme de peau: «la guenon mange ta banane» crie une jeune fille brandissant une peau de banane lorsque la ministre vient à Angers le 25 octobre 2013, où elle est accueillie par la Manif pour tous. Au même moment, une candidate du Front national aux élections municipales diffuse le montage de deux photos: celle de Christiane Taubira et celle d’une guenon. Najat Vallaud-Belkacem, devenue ministre de l’Éducation nationale en 2014 après avoir été ministre des Droits des femmes, est aussi victime d’attaques violentes dans les médias reliant ses positions «pro-genre» (à travers le dispositif d’éducation antisexiste: les ABCD de l’égalité) et son identité de jeune femme musulmane d’origine marocaine.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La xénophobie imprègne le discours anti, dessinant une géographie des pays amis et ennemis. Le féminisme, pour les antiféministes, c’est toujours l’ailleurs. Et il en va de même pour l’homosexualité, vice des autres (pour les Français, le vice des Allemands, des Anglais). Pour les homophobes d’Afrique ou du Moyen Orient, le vice occidental. Enfin, du point de vue politique, les idées antiféministes et homophobes conduisent à des positionnements internationaux: pro-allemands pour les Français acquis à ces idées dans les années 1930 et 1940, aujourd’hui pro-russes, anti-américains et anti-israéliens par un antisémitisme qui ne faiblit pas, bien au contraire.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Pour les adversaires de l’égalité, il ne fait aucun doute qu’il y a un seul et même combat à mener contre le féminisme et les luttes LGBT. Avoir un ennemi commun est souvent une raison suffisante pour se sentir proches et faire alliance. Pourtant l’alliance ne va jamais de soi. Les sources de division ne manquent pas; aussi paraît-il important, comme le soulignait sans cesse Audre Lorde, de reconnaître les différences qui existent au sein des vastes ensembles que les luttes politiques désignent comme «femmes» ou «LGBT»&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref28_lr6xl2n&quot; title=&quot; Dans un texte de 1980, «Âge, race, classe sociale et sexe: les femmes repensent la notion de différence», Lorde explique: «Nous devons dès à présent accepter les différences entre les femmes –qui sont nos égales, ni inférieures ni supérieures– et imaginer de nouvelles façons de nous emparer de ces différences afin d’enrichir nos visions du futur et nos luttes communes». (Lorde, 2003: 135).&quot; href=&quot;#footnote28_lr6xl2n&quot;&gt;28&lt;/a&gt;. Prendre au sérieux l’invective «toutes des lesbiennes !» sans se précipiter pour le nier, c’est en tout cas mettre au jour un discours de haine qui, loin de viser seulement les lesbiennes, s’adresse à l’ensemble des femmes, le plus souvent en activant d’autres haines.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 200px;&quot;&gt;Le 12 novembre 2014 à Angers, en France, où les deux meilleures ventes du moment dans la catégorie Essais/documents sont &lt;em&gt;Le suicide français&lt;/em&gt;, d’Éric Zemmour, et &lt;em&gt;Merci pour ce moment&lt;/em&gt;, de Valérie Trierweiler (L’Obs, 6/11/2014).&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 200px;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Références&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;ARC, Stéphanie. 2006. &lt;em&gt;Les lesbiennes&lt;/em&gt;, Paris: Le Cavalier bleu, coll. «Idées reçues».&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BARD, Christine. 2015. &lt;em&gt;Une histoire politique du pantalon&lt;/em&gt;, Paris: Points-Seuil.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;________. 2004. «Le lesbianisme comme construction politique», dans &lt;em&gt;Le siècle des féminismes&lt;/em&gt;, sous la dir. de Eliane GUBIN, Catherine JACQUES, Florence ROCHEFORT, Brigitte STUDER, Françoise THÉBAUD et Michelle ZANCARINI-FOURNEL, Paris: L’Atelier, p. 111-126.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;________. 1998. &lt;em&gt;Les garçonnes. Mythes et fantasmes des Années folles&lt;/em&gt;, Paris: Flammarion.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;________. 1995. &lt;em&gt;Les filles de Marianne. Histoire des féminismes 1914-1940&lt;/em&gt;, Paris: Fayard.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;________. 1992. &lt;em&gt;Madeleine Pelletier (1874-1939). Logique et infortunes d&#039;un combat pour l&#039;égalité&lt;/em&gt;, Paris: Côté-femmes.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BEAUVOIR, Simone de. 1986 [1949]. &lt;em&gt;Le Deuxième Sexe&lt;/em&gt;, Paris: Gallimard, coll. «Folio essais».&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BERENI, Laure et Mathieu TRACHMAN. 2014. &lt;em&gt;Le genre, théories et controverses&lt;/em&gt;, Paris: PUF.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BERNHEIM, Cathy. 1983. &lt;em&gt;Perturbation, ma sœur&lt;/em&gt;, Paris: Seuil.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BLAIS, Mélissa et Francis DUPUIS-DÉRI. 2008. &lt;em&gt;Les mouvements masculinistes au Québec&lt;/em&gt;, Montréal: Remue-ménage.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BOEHRINGER, Sandra. 2007. &lt;em&gt;L’homosexualité féminine dans l’Antiquité grecque et romaine&lt;/em&gt;, Paris: Les Belles Lettres.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;CHAMBERLAND, Line et Christelle LEBRETON. 2012. «Réflexions autour de la notion d’homophobie : succès politique, malaises conceptuels et application empirique», &lt;em&gt;Nouvelles Questions Féministes&lt;/em&gt;, vol. 31, n° 1, p. 27-43.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;CHAUMONT, Jean-Michel. 1997. &lt;em&gt;La &amp;nbsp;concurrence des victimes: génocide, identité, reconnaissance&lt;/em&gt;, Paris: La Découverte. &amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;DE CALLIAS, Suzanne. 1926. &amp;nbsp;&lt;em&gt;Florilège de l’antiféminisme&lt;/em&gt;, Paris: Librairie féministe et féminine.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;DELPHY, Christine et Sylvie CHAPERON (dir.), 2002. &lt;em&gt;Cinquantenaire du &lt;/em&gt;Deuxième Sexe, Paris: Syllepse.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;DOTTIN-ORSINI, Mireille. 1993. &lt;em&gt;Cette femme qu’ils disent fatale. Textes et images de la misogynie fin-de-siècle&lt;/em&gt;, Paris: Grasset.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;DUMAS (fils), Alexandre. 1872. &lt;em&gt;L’homme-femme. Réponse à Henri d’Ideville&lt;/em&gt;, Paris: Michel Lévy frères, Librairie nouvelle.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;ERIBON, Didier. 1999. &lt;em&gt;Réflexions sur la question gay&lt;/em&gt;, Paris: Fayard.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;GÉRARD, Raymonde. 2003. «Lesbophobie», dans &lt;em&gt;Dictionnaire de l’homophobie&lt;/em&gt;, sous la dir. de Louis-Georges Tin, Paris: PUF.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;JORAN, Théodore. 1908. &amp;nbsp;&lt;em&gt;Au cœur du féminisme&lt;/em&gt;, Paris: Savaète.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;LORDE, Audre. 2003 [1984]. &lt;em&gt;Sister Outsider. Essais et propos d&#039;Audre Lorde : sur la poésie, l&#039;érotisme, le racisme, le sexisme…&lt;/em&gt;, trad. de l’anglais par Magali C. Calise ainsi que Grazia Gonik, Marième Hélie-Lucas et Hélène Pour, Genève: Mamamélis et Laval : Trois.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;MURAT, Laure. 2006. &lt;em&gt;La Loi du genre. Une histoire culturelle du «troisième sexe»&lt;/em&gt;, Paris: Fayard. &amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;PAJAK, Frédéric. 2004. &lt;em&gt;La guerre sexuelle&lt;/em&gt;, Paris: Gallimard, coll. «Blanche».&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;PICQ, Françoise. 2011. &lt;em&gt;Libération des femmes. Quarante ans de mouvement&lt;/em&gt;, Brest: Dialogues. &amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;PIPON, Colette. 2013. &lt;em&gt;Et on tuera tous les affreux. Le féminisme au risque de la misandrie (1970-1980)&lt;/em&gt;, Rennes: PUR. &amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;SCHLAGDENHAUSSEN, Régis. 2011. &lt;em&gt;Triangle rose. La persécution des homosexuels et sa mémoire&lt;/em&gt;, Paris: Autrement.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;SCHNEIDER, Michel. 2013. «La loi du genre: polémique autour des théories du genre», &lt;em&gt;France Inter&lt;/em&gt;, 5 juin.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;______. 2007. &lt;em&gt;La Confusion des sexes&lt;/em&gt;, Paris: Flammarion.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;______. 2004. «Homos et parents?», &lt;em&gt;Psychologies.com&lt;/em&gt;. &amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;SORAL, Alain. 1999. &lt;em&gt;Vers la féminisation? Démontage d&#039;un complot antidémocratique. Pour comprendre l’arrivée des femmes au pouvoir&lt;/em&gt;, Paris: Blanche.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;SORAL, Alain, Alexandre PASCHE et Hector OBALK. 1985. &lt;em&gt;Les Mouvements de mode expliqués aux parents&lt;/em&gt;, Paris: Robert Laffont.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;TAMAGNE, Florence. 2000. &lt;em&gt;Histoire de l&#039;homosexualité en Europe&lt;/em&gt;. Berlin, Londres, Paris. 1919-1939, Paris: Seuil.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;THALMANN, Rita. 1982. &lt;em&gt;Être femme sous le IIIe Reich&lt;/em&gt;, Paris: Robert Laffont.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;TIN, Louis-Georges et Geneviève PASTRE (dir.). 2000. &lt;em&gt;Homosexualités. Expression/répression&lt;/em&gt;, Paris: Stock.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;WINDAUS-WALSER, Karin. 2004. «La grâce de la naissance féminine: un bilan», dans F&lt;em&gt;éminismes et nazismes&lt;/em&gt; sous la dir. de Liliane KANDEL, Paris: Odile Jacob.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;ZEMMOUR, Éric. 2006. &lt;em&gt;Le Premier Sexe&lt;/em&gt;, Paris: Denoël.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Cahiers du genre/Recherches féministes&lt;/em&gt;, n° 52/2012, «Les antiféminismes».&lt;/p&gt;&lt;p&gt;«Génération réac»,&lt;em&gt; Le Nouvel Observateur,&lt;/em&gt; 13 février 2014.&amp;nbsp;&lt;br&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;

&lt;section  class=&quot;footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed&quot; data-collapsible-show-label=&quot;Notes&quot; data-collapsible-hide-label=&quot;Notes&quot;&gt;&lt;ul class=&quot;footnotes collapsible-content&quot;&gt;&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote1_4j2umjo&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref1_4j2umjo&quot;&gt;1.&lt;/a&gt; La revue &lt;em&gt;Prochoix &lt;/em&gt;joue un rôle important, de même que le Planning familial.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote2_xlulkoi&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref2_xlulkoi&quot;&gt;2.&lt;/a&gt; C’est l’historienne allemande Karin Windaus-Walser qui a utilisé cette expression pour critiquer le penchant de ses contemporaines historiennes féministes allemandes à laver les femmes de toute implication dans le nazisme parce qu’elles étaient «dominées» par les hommes. Voir «La “grâce de la naissance féminine”: un bilan» (Kandel , 2004: 225-235).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote3_iwgxgnx&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref3_iwgxgnx&quot;&gt;3.&lt;/a&gt; Exemples tirés de ma thèse: &lt;em&gt;Les Filles de Marianne. Histoire des féminismes 1914-1940&lt;/em&gt; (1995).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote4_3co9m1z&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref4_3co9m1z&quot;&gt;4.&lt;/a&gt; En mai 2014, le leader paysan anti-OGM José Bové, tête de liste pour les Verts aux élections européennes, s’est déclaré hostile à la procréation médicalement assistée, défendue par son propre parti, par les féministes et par le mouvement LGBT. Il le fait au nom du refus de l’instrumentalisation du vivant sans distinguer parmi les usagères les hétérosexuelles des homosexuelles.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote5_jqpc2hy&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref5_jqpc2hy&quot;&gt;5.&lt;/a&gt; Le Courant pour une écologie humaine a été lancé en mars 2013 par Tugdual Derville (militant Pro-Vie, anti-Pacs, très actif dans la Manif pour tous), Gilles Hériard-Dubreuil et Pierre-Yves Gomez.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote6_drc15yc&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref6_drc15yc&quot;&gt;6.&lt;/a&gt; Voir l’article de la présidente de la CLF, Raymonde Gérard, «Lesbophobie», dans &lt;em&gt;Dictionnaire de l’homophobie&lt;/em&gt;, sous la dir. de Louis-Georges Tin (2003).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote7_eckmzra&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref7_eckmzra&quot;&gt;7.&lt;/a&gt; Voir par exemple Stéphanie Arc (2006).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote8_66xy9bx&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref8_66xy9bx&quot;&gt;8.&lt;/a&gt; Voir Christine Bard (2004): «Le lesbianisme comme construction politique». Sur ce sujet, une thèse est en cours : Ilana Eloit (LES, Londres).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote9_k2mti4w&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref9_k2mti4w&quot;&gt;9.&lt;/a&gt; Voir les travaux de Sandra Boehringer, notamment sa thèse: &lt;em&gt;L’Homosexualité féminine dans l’Antiquité grecque et romaine&lt;/em&gt; (2007).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote10_aajesm5&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref10_aajesm5&quot;&gt;10.&lt;/a&gt; Voir, entre autres, Régis Schlagdenhaussen(2011).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote11_ma8rdh5&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref11_ma8rdh5&quot;&gt;11.&lt;/a&gt; L’introduction d’Anne-Marie Devreux et de Diane Lamoureux aux &lt;em&gt;Cahiers du genre / Recherches féministes&lt;/em&gt; sur &lt;em&gt;Les antiféminismes&lt;/em&gt; commence par cette phrase: «L’antiféminisme est une réaction» (n° 52, 2012).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote12_316ywrl&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref12_316ywrl&quot;&gt;12.&lt;/a&gt; C’est la conclusion que je tire de mes recherches sur l’inversion des rôles, pratiques et symboles sexués, en particulier dans &lt;em&gt;Une histoire politique du pantalon&lt;/em&gt; (2010).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote13_tt95lko&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref13_tt95lko&quot;&gt;13.&lt;/a&gt; Troublante au point que des historiens-nes du féminisme se sont laissés piéger par ces sources de politique-fiction, prises pour argent comptant.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote14_udauekz&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref14_udauekz&quot;&gt;14.&lt;/a&gt; Ce manuscrit unique est conservé à la bibliothèque municipale d’Angers: le passage lesbophobe concerne les strophes 244 à 282. Il a été repéré et étudié par Frédérique Le Nan (Université d’Angers), que je remercie pour toutes les informations qu’elle m’a communiquées sur cette trouvaille, qu’elle a présentée à la journée d’étude «Injures sexistes et LGBTphobes» du 14 novembre 2014 à l’Université d’Angers.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote15_xxtaxqr&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref15_xxtaxqr&quot;&gt;15.&lt;/a&gt; Sur une éruption spectaculaire dans la littérature dite fin-de-siècle, voir Mireille Dottin-Orsini, 1993.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote16_2zmsphg&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref16_2zmsphg&quot;&gt;16.&lt;/a&gt; Voir, par exemple, &lt;em&gt;Cinquantenaire du &lt;/em&gt;Deuxième sexe (Delphy et Chaperon, 2002).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote17_b1sujqo&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref17_b1sujqo&quot;&gt;17.&lt;/a&gt; Entretien de l’auteure avec Christine Delphy, 1er février 2001.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote18_w35g652&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref18_w35g652&quot;&gt;18.&lt;/a&gt; Voir par exemple, Laure Bereni et Mathieu Trachman (2014).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote19_afqy3by&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref19_afqy3by&quot;&gt;19.&lt;/a&gt; Cité par Christine Bard (1992: 7).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote20_psgghsz&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref20_psgghsz&quot;&gt;20.&lt;/a&gt; Il est important pour saisir ce mode de pensée de savoir que Soral est un des co-auteurs d’un livre à succès dans les années 1980, &lt;em&gt;Les Mouvements de mode expliqués aux parents&lt;/em&gt;.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote21_x17zqoj&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref21_x17zqoj&quot;&gt;21.&lt;/a&gt; Signe des temps, à la suite de poursuites engagées par la Confédération nationale des associations familiales catholiques, SOS homophobie a perdu le 23 novembre 2012 l’agrément que lui avait donné le ministère de l’Éducation nationale en 2009 et qui en faisait une «association éducative complémentaire de l&#039;enseignement public».&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote22_27zmyss&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref22_27zmyss&quot;&gt;22.&lt;/a&gt; Entendu dans une émission de France Culture, le 7 novembre 2012 : &lt;a href=&quot;http://www.franceculture.fr/emission-les-pieds-sur-terre-civitas-2012-11-07&quot;&gt;http://www.franceculture.fr/emission-les-pieds-sur-terre-civitas-2012-11-07&lt;/a&gt;. Consulté le 19 avril 2016. Civitas est une association catholique intégriste.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote23_tnkts3h&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref23_tnkts3h&quot;&gt;23.&lt;/a&gt; Voir la thèse en cours de Sara Garbagnoli (EHESS, Paris): &lt;em&gt;Questo matrimonio non s&#039;ha da fare : le “mariage homosexuel” en Italie (2000-2010): débats, enjeux, dispositions.&lt;/em&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote24_k472lc8&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref24_k472lc8&quot;&gt;24.&lt;/a&gt; Lettre aux évêques de l’Église catholique sur la collaboration de l’homme et de la femme dans l’Église et dans le monde, 31 mai 2004 (&lt;a href=&quot;http://www.vatican.va&quot;&gt;http://www.vatican.va&lt;/a&gt;).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote25_tuxhlt7&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref25_tuxhlt7&quot;&gt;25.&lt;/a&gt; Voir Colette Pipon (2013)&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote26_39gs577&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref26_39gs577&quot;&gt;26.&lt;/a&gt; Un pouvoir féminin qui s’est un temps présenté sous les traits de Ségolène Royal, candidate socialiste à l’élection présidentielle de 2007.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote27_sooc41x&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref27_sooc41x&quot;&gt;27.&lt;/a&gt; Voir, par exemple, Rita Thalmann (1982).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote28_lr6xl2n&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref28_lr6xl2n&quot;&gt;28.&lt;/a&gt;  Dans un texte de 1980, «Âge, race, classe sociale et sexe: les femmes repensent la notion de différence», Lorde explique: «Nous devons dès à présent accepter les différences entre les femmes –qui sont nos égales, ni inférieures ni supérieures– et imaginer de nouvelles façons de nous emparer de ces différences afin d’enrichir nos visions du futur et nos luttes communes». (Lorde, 2003: 135).&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;/section&gt;&lt;/div&gt;
      &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
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      &lt;div class=&quot;field-label&quot;&gt;Volume: &lt;/div&gt;
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      &lt;/div&gt;
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      &lt;div class=&quot;field-label&quot;&gt;Year: &lt;/div&gt;
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&lt;/div&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;Ce qui est sûr, c’est que dans le «toutes des lesbiennes !», l’intention n’est pas bienveillante et qu’à l’évidence, la lesbophobie est un moyen de dénigrer le féminisme. Un antiféminisme lesbophobe donc. Ou une lesbophobie antiféministe? Les dosages, instables, varient. Partir à la recherche de ces discours/de ces pratiques n’est pas simple. Il faut faire avec la dispersion, l’hétérogénéité, l’euphémisation dans des sources documentaires disparates et dispersées. Il faut aussi historiciser cette question et la confronter à la réalité qu’elle combat autant qu’au fantasme qu’elle construit.&lt;/div&gt;
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 <pubDate>Fri, 18 Mar 2022 16:17:36 +0000</pubDate>
 <dc:creator>Alexia Giroux</dc:creator>
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 <title>Présentation: Féminismes et luttes contre l&#039;homophobie</title>
 <link>https://oic.uqam.ca/en/articles/presentation-feminismes-et-luttes-contre-lhomophobie</link>
 <description>&lt;div class=&quot;field field-name-body field-type-text-with-summary field-label-hidden&quot;&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot; property=&quot;content:encoded&quot;&gt;&lt;p&gt;En 1903, à Berlin, Anna Rueling appelait le mouvement homosexuel et le mouvement des femmes à s’entraider puisque tous deux luttaient pour la liberté et l’autodétermination individuelle. Plus d’un siècle plus tard, quelles convergences peut-on observer entre féminismes et luttes contre l’homophobie? Sur le plan de la pensée, quels rapprochements contemporains peut-on établir entre le champ des études féministes et celui de la diversité sexuelle et de genre? Comment s’articule l’intersection entre ces deux systèmes de différenciation hiérarchique que sont le sexisme et l’hétérosexisme ? Quels théories et concepts y circulent de manière transversale, et avec quelles redéfinitions?&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ces questions ont guidé l’organisation du colloque «Féminismes et luttes contre l’homophobie: zones de convergence» tenu dans le cadre du congrès de l’ACFAS 2014 à l’Université Concordia, Montréal, le 16 mai 2014.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La réflexion a aussi tenu compte du concept central de genre, défini tantôt comme système de domination des hommes sur les femmes, tantôt comme identité ou expression de soi. Nous souhaitions également donner une tribune pour présenter des études empiriques montrant l’imbrication des processus de (re)production des normes de genre et de celles établissant la supériorité de l’hétérosexualité, de même que nous voulions savoir comment les luttes féministes pour déconstruire les stéréotypes de genre et les interventions contre l’homophobie s’arriment, ou non, sur le terrain. D’autres questions nous menaient à ce thème: assiste-t-on à une vague féministe qui intègre la diversité sexuelle? La réciproque existe-t-elle du côté de la militance anti-homophobie (ou anti-LGBT-phobies)? Sur le plan historique et sur celui des luttes, la lesbophobie présente dans la société et dans les groupes de femmes constitue-t-elle une donnée incontournable ou un ressort important de réflexion? On n’a qu’à penser à l’imaginaire lesbophobe nourrissant les idées reçues sur les féministes comme leur décalage d’avec les normes esthétiques dominantes, leur comportement masculin, ou la violence «virile» de leurs protestations. Le colloque voulait stimuler les échanges autour de ces questions.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Tout en se constituant le plus souvent comme des champs spécifiques de recherche dans les cadres universitaires institutionnels, les études féministes et les études sur la diversité sexuelle et de genre se sont mutuellement alimentées sur le plan théorique. Alors que le dialogue entre les deux n’a pas toujours été exempt de tension, on voit aujourd’hui émerger des préoccupations communes. Ainsi d’un côté, la réflexion sur l’entrecroisement des systèmes d’oppression et des luttes contre les diverses discriminations sociales occupe une place centrale dans les théories féministes contemporaines. De l’autre, le domaine des études gaies s’est élargi pour englober la diversité des orientations sexuelles (gai, lesbienne, bisexuel-le, dénominations auxquelles s’ajoutent désormais de nouvelles identités telles que pansexuel-le ou asexuel-le) et la pluralité des genres (transexuel-le, transgenre, &lt;em&gt;genderqueer&lt;/em&gt;, etc.) —une transformation que résume bien sa désignation anglaise de &lt;em&gt;queer studies&lt;/em&gt;. Dans les deux cas, on assiste à une pluralisation du sujet et à sa complexification par la prise en compte des rapports sociaux autres que ceux définissant chacun des deux champs à l’origine (sexe/genre et sexualité). Les emprunts conceptuels sont de plus en plus nombreux, ce qui occasionne également des déplacements et glissements sémantiques. Des rapprochements sont observables aussi sur le terrain des luttes sociales. Des alliances se sont nouées autour de certains enjeux (p. ex. la défense de droits comme l’accès au mariage pour tous) et de certains terrains d’intervention (p. ex. à l’école ou en milieu de travail, où la non-conformité aux normes de genre est source de stigmatisation et de discrimination). De plus, certaines formes d’activisme des nouvelles générations militantes incarnent une volonté de lier ces luttes dans les mobilisations collectives, plutôt que de prioriser l’une aux dépens de l’autre. Bref, ces convergences théoriques et politiques méritent une attention particulière.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La haine à deux têtes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Pour l’historienne Christine Bard, une convergence majeure entre féminisme et mouvement LGBT est celle d’avoir un ennemi commun: des adversaires qui se révèlent à la fois anti-féministes et lesbophobes/homophobes. Avant d’en décliner des exemples, Bard s’attarde sur les mots —anti-féminisme, lesbophobie, homophobie— pour en explorer les spécificités, mieux discerner leurs effets propres et conjugués lorsque l’un est instrumentalisé au service de l’autre. Ainsi en va-t-il du discours lesbophobe servant à dénigrer le féminisme et de la lesbophobie antiféministe! L’exercice prévient les raccourcis, les biais, les omissions qui pourraient découler d’une assimilation trop rapide d’un terme à l’autre: les combats (politiques, culturels) ne peuvent pas être confondus, les rapprochements se font sur la base d’alliances toujours potentiellement conflictuelles, tant au sein des mouvements de lutte qu’entre eux. L’analyse historique doit donc les positionner les uns à l’égard des autres, autant dans leurs solidarités que dans leurs oppositions ou leur ignorance réciproque, ainsi que dans l’hostilité qu’ils déclenchent et qui mutualise parfois leurs résistances en tant que cible des mêmes adversaires. Bard poursuit en relatant des illustrations de cette «haine à deux têtes» depuis la fin du XIXe siècle, tout en les contextualisant dans le cadre des luttes historiques en France, à travers les différentes vagues féministes, jusqu’à la récente opposition au «mariage pour tous», qui cristallise une virulente campagne anti-féministe et lgbt-phobe contre la soi-disant théorie du genre. Enfin, Bard décortique la rhétorique de ce discours de haine pour en relever les constantes ainsi que les convergences antiféministes et lesbophobes/homophobes: disqualification des militants-es, dénigrement des moyens d’action, accusation de communautarisme, allégation de prosélytisme auprès des enfants, reproche d’attiser la guerre des sexes et de dénaturaliser la complémentarité hommes-femmes, au risque de ruiner l’ordre social… sans compter l’injection de racisme et de xénophobie. S’il importe de considérer sérieusement ces discours de haine et la façon dont ils s’attisent mutuellement, le fait d’avoir un ennemi commun ne suffit pas pour fonder les alliances, conclut Bard, s’il n’y a pas aussi reconnaissance des différences qui sont sources potentielles de division à l’intérieur de et entre les mouvements féministes et LGBT.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;À la suite du texte de Christine Bard, présenté à l’origine comme conférence d’ouverture au colloque, les contributions ont été regroupées autour de trois thèmes qui sont autant de sections: Apprentissage des codes et socialisation; Une solidarité à l’épreuve de la place publique; Subversion des codes.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Apprentissage des codes et socialisation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La première section regroupe trois textes qui, chacun à leur manière, mettent en lumière le renforcement mutuel des normes de genre et de celles concernant la sexualité, apprises et intériorisées lors des processus de socialisation.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Janik Bastien Charlebois interroge la portée des épithètes péjoratives —telles que «gai», «tapette»— adressées aux garçons et aux hommes dont les comportements dérogent aux normes de la masculinité. À partir de ses propres travaux empiriques auprès de garçons adolescents, elle constate que ces termes sont sémantiquement associés à la faiblesse, aux comportements féminins, aux hommes gais et à la stupidité, et que leur usage social concourt à l’affirmation de la supériorité masculine, aux dépens des femmes et des hommes non hétérosexuels. L’auteure se livre également à une critique rigoureuse des thèses qui analysent les échanges de telles insultes entre pairs adolescents comme de simples mécanismes régulateurs du genre participant à la construction d’une masculinité normative, tout en niant ou en sous-estimant leurs implications homophobes et sexistes.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les réflexions d’Amélie Charbonneau et Olivier Vallerand sur les pratiques d’intervention du GRIS-Montréal corroborent l’impossibilité concrète de délier expression de genre et homosexualité. S’appuyant à la fois sur les réactions des jeunes et des enseignants-es lors de témoignages livrés par des gais, lesbiennes, et bisexuels-les de tous âges devant des classes et sur une étude menée par l’organisme, les auteurs-es observent l’étroite imbrication des représentations du genre et de l’homosexualité: parmi les stéréotypes auxquels sont confrontés les intervenants-es, ceux qui assimilent l’homosexualité à une «inversion de genre» ressortent comme les plus fréquents chez les jeunes rencontrés, les plus tenaces et les plus déterminants sur le plan des attitudes homonégatives. D’où le défi de contrer les préjugés homophobes et rendre l’homosexualité plus acceptable sans pour autant renforcer les constructions normatives et sexistes du genre en projetant l’image rassurante d’un gai masculin, d’une lesbienne féminine, à l’exclusion de toute autre.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Christelle Lebreton s’intéresse à la formation identitaire des adolescentes lesbiennes à partir d’une perspective théorique articulant féminisme matérialiste et socialisation différentielle des sexes. L’occultation de l’homosexualité en milieu scolaire, et plus encore celle du lesbianisme, ainsi que les différentes formes de victimisation des filles qui ne se plient pas aux attentes normatives font partie du réseau de contraintes à l’hétérosexualité qui pèsent sur ces adolescentes. Mais la socialisation n’est pas qu’un processus coercitif. La pression hétéronormative qui complique, voire entrave, le processus identitaire des jeunes lesbiennes, résulte également de la socialisation aux exigences normatives de la féminité à travers les relations avec les pairs. L’apprentissage d’une culture de la féminité centrée sur la séduction des garçons et l’impératif de s’engager dans la romance hétérosexuelle font apparaître l’hétérosexualité comme seul modèle d’identification et principale source de gratification sociale ou de popularité parmi les filles.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une solidarité à l’épreuve de la place publique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Contrairement à la précédente qui relevait des convergences, cette section met en relief les écarts, tensions et dissensions, passées et actuelles, au sein de et entre les champs féministes et LGBT/queer, sur les plans politique et théorique. Seul le premier texte fait exception.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;S’inspirant des théories féministes, notamment des travaux de Judith Butler sur la performativité du langage, Étienne Deshoulières propose une réflexion approfondie sur les dispositifs visant à pénaliser l’injure homophobe tout en respectant la liberté d’expression, et cela, dans le contexte de la législation française et européenne. Selon sa perspective, la répression des injures homophobes s’avère centrale dans la lutte contre l’homophobie, parce que celles-ci en constituent la manifestation la plus courante selon les rapports de l’organisme français SOS-Homohobie et parce qu’elles réaffirment constamment l’infériorité de l’homosexualité. À ses yeux, ce combat est d’emblée féministe puisque cette forme de stigmatisation homophobe reproduit la classification et la hiérarchisation des traits masculins et féminins, et concourt ainsi à l’infériorisation des femmes.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;À partir de son ancrage comme thérapeute, activiste et chercheure, Rosine Horincq se montre peu optimiste quant aux possibilités de définir des zones de convergence entre luttes féministes et luttes LGBT/queer dans le contexte belge actuel. Elle identifie de nombreux obstacles à des alliances à l’intérieur de et entre ces deux mouvements: désaccords de fond sur des principes organisationnels, tels que la non-mixité hommes-femmes, ou autour des revendications politiques comme la gestation pour autrui; sexisme et domination masculine, y compris dans les groupes LGBT/queer; dilution des enjeux concernant les rapports sociaux de sexe et effacement de l’oppression des femmes lesbiennes et bi; négation de certains acquis du féminisme tels que la critique de l’institution du mariage. Au-delà du discours de convenance sur l’intersectionnalité, est-il possible d’articuler les luttes des unes et des autres? Le dialogue est-il même possible entre les approches queer et féministe? L’auteure en doute.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Nathalie Ricard s’interroge elle aussi sur la solidarité envers les femmes «allosexuelles» (lesbiennes, bi, trans) qui cherchent refuge au Canada. S’appuyant sur une démarche ethnographique auprès d’organismes d’accueil des réfugiés-es LGBTQ, elle formule divers constats concernant les difficultés accrues pour ces femmes de quitter leur pays, en raison des charges familiales ou des exigences onéreuses des passeurs, de faire valoir leurs motifs de demande de refuge auprès des autorités canadiennes à cause d’une moins solide documentation concernant la répression du lesbianisme, par rapport à celle de l’homosexualité masculine, dans leurs pays d’origine. Pourtant, les femmes qu’elle a interviewées ont été exposées à diverses violences en tant qu’allosexuelles mais aussi en tant que femmes. Tout en jugeant l’approche intersectionnelle heuristique pour comprendre leur situation, Ricard constate une relative absence du féminisme, de la lesbophobie et de la biphobie dans les discours des réfugiés-es LGBTQ.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Tout en retraçant l’émergence des oppositions entre les courants queer et féministe radical aux États-Unis, notamment la division, au sein des mouvements féministe et lesbianiste féministe, entre les camps pro-sexe et anti-sexe dans les années 1980, Bruno Laprade plaide en faveur d’un rapprochement théorique qui se fonderait sur une approche matérialiste queer. Certes, les tensions autour de l’enjeu de la reconnaissance du «sujet politique légitime du féminisme» sont inévitables, comme le montre l’histoire des querelles des dernières décennies. Mais plutôt que de s’enliser dans des polarisations réductrices, une telle approche offrirait une voie et des outils pour surmonter les clivages épistémologiques et théoriques entre les perspectives matérialistes et post-modernes. Laprade en illustre la potentialité en se référant à des travaux récents sur la pornographie et sur le BDSM en France et aux États-Unis.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Subversion des codes&amp;nbsp;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les textes de cette dernière section se penchent sur des pratiques de création et de réception d’œuvres photographiques, graphiques et littéraires lesbiennes qui déstructurent et déstabilisent les représentations hétéropatriarcales.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Comment représenter visuellement la sexualité lesbienne dans une culture où le regard masculin (hétérosexuel et objectivant) est hégémonique? Doit-on se résigner à ne pas le faire pour éviter toute récupération potentielle, au risque de perpétuer l’occultation du lesbianisme ou de priver le sujet lesbien de sa dimension sexuelle? Sabrina Maiorano analyse finement deux œuvres photographiques, créées par les artistes lesbiennes Catherine Opie et Tejal Shah, qui représentent le désir lesbien tout en bousculant les schèmes de la féminité et de la sexualité hétéronormative. Par leur puissance visuelle, dont elle décortique les ressorts, par leur caractère extrême assumé, ces deux œuvres, conclut-elle, montrent la diversité au sein des cultures lesbiennes tout en contribuant significativement à l’histoire de l’art féministe et lesbien.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Après avoir passé en revue les rares études sur les représentations médiatiques des lesbiennes dans les dernières décennies, Dominique Bourque en déduit que celles-ci sont tantôt rendues conformes aux canons de la féminité, délestées de tout signe repérable qui les démarqueraient des modèles féminins, «délesbianisées», tantôt masculinisées, et conséquemment, marginalisées et dotées d’un statut social inférieur, lorsqu’elles résistent aux normes du régime hétérosexuel. Bourque qualifie ces représentations de «lesbicides», plutôt que lesbophobes, puisqu’elles participent à l’oblitération des lesbiennes, au même titre que d’autres mécanismes symboliques et matériels tels l’occultation du lesbianisme et le viol punitif. Dans un second temps, Bourque présente trois œuvres graphiques dont le fil narratif, d’inspiration autobiographique, donne à voir les affronts que subissent les lesbiennes, mais également leurs ressources (présence d’autres lesbiennes) et leurs résistances individuelles et collectives.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans son plaidoyer pour un imaginaire lesbophile, Isabelle Boisclair, après s’être positionnée comme «littéraire, hétérosexuelle et alliée», soutient que la lecture d’œuvres lesbiennes et de récits avec des personnages lesbiens est indispensable pour secouer les schèmes hétéronormatifs. Reprenant le concept de De Lauretis, Boisclair assimile la littérature à une technologie du genre, tout comme le cinéma et les autres productions culturelles, ayant le pouvoir de relayer ou de transformer les modèles identitaires de genre. Qu’il s’agisse de se mettre dans la peau de personnages «hétérodoxes», pour s’en rapprocher et les désengager ainsi de leur altérité, ou de se mettre à l’écoute des écrivaines lesbiennes, pour s’exposer à un autre point de vue, la démarche décentre, secoue, dénoue les liens imposés entre sexe/genre/désir, renouvelle l’imaginaire et par là, la représentation des possibles.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les textes rassemblés dans ce cahier, offerts par des chercheurs-es émergents-es et d’expérience, issus de plusieurs disciplines, proposent de stimulantes réflexions sur les convergences et divergences entre luttes féministes et luttes contre l’homophobie, sans évidemment épuiser un si vaste questionnement. Ainsi, on n’y retrouve pas d’analyse empirique des rapprochements et tensions entre ces deux mouvements sociaux dans le contexte québécois contemporain, ni de discussions théoriques autour de concepts litigieux, tels celui de genre, dont les fondements épistémologiques se décalent selon que son usage s’insère dans une perspective féministe ou dans les revendications de droits individuels pour les personnes trans. Néanmoins, ces écrits ouvrent le dialogue et en réaffirment la possibilité, y compris lorsqu’ils nomment les hiatus entre ces deux champs. Nous espérons que la publication de ce cahier suscitera un désir de poursuivre cette conversation. &amp;nbsp;&lt;br&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;

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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;Tout en se constituant le plus souvent comme des champs spécifiques de recherche dans les cadres universitaires institutionnels, les études féministes et les études sur la diversité sexuelle et de genre se sont mutuellement alimentées sur le plan théorique. Alors que le dialogue entre les deux n’a pas toujours été exempt de tension, on voit aujourd’hui émerger des préoccupations communes. Ainsi d’un côté, la réflexion sur l’entrecroisement des systèmes d’oppression et des luttes contre les diverses discriminations sociales occupe une place centrale dans les théories féministes contemporaines. De l’autre, le domaine des études gaies s’est élargi pour englober la diversité des orientations sexuelles (gai, lesbienne, bisexuel-le, dénominations auxquelles s’ajoutent désormais de nouvelles identités telles que pansexuel-le ou asexuel-le) et la pluralité des genres (transexuel-le, transgenre, genderqueer, etc.) —une transformation que résume bien sa désignation anglaise de queer studies.&lt;/div&gt;
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 <pubDate>Fri, 18 Mar 2022 15:48:39 +0000</pubDate>
 <dc:creator>Alexia Giroux</dc:creator>
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 <title>Féminismes et luttes contre l&#039;homophobie: de l&#039;apprentissage à la subversion des codes</title>
 <link>https://oic.uqam.ca/en/publications/feminismes-et-luttes-contre-lhomophobie-de-lapprentissage-a-la-subversion-des-codes</link>
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    &lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;En 1903, à Berlin, Anna Rueling appelait le mouvement homosexuel et le mouvement des femmes à s’entraider puisque tous deux luttaient pour la liberté et l’autodétermination individuelle. Plus d’un siècle plus tard, quelles convergences peut-on observer entre féminismes et luttes contre l’homophobie? Sur le plan de la pensée, quels rapprochements contemporains peut-on établir entre le champ des études féministes et celui de la diversité sexuelle et de genre? Comment s’articule l’intersection entre ces deux systèmes de différenciation hiérarchique que sont le sexisme et l’hétérosexisme? Quels théories et concepts y circulent de manière transversale, et avec quelles redéfinitions? 

Ces questions ont guidé l’organisation du colloque «Féminismes et luttes contre l’homophobie: zones de convergence» tenu dans le cadre du congrès de l’ACFAS 2014 à l’Université Concordia, Montréal, le 16 mai 2014. &lt;/div&gt;
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 <pubDate>Fri, 18 Mar 2022 14:49:47 +0000</pubDate>
 <dc:creator>Alexia Giroux</dc:creator>
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