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 <title>Observatoire de l&#039;imaginaire contemporain - luttes</title>
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 <title>Claude Cahun ou l&#039;art de se dé-marquer</title>
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 <description>&lt;div class=&quot;field field-name-body field-type-text-with-summary field-label-hidden&quot;&gt;
    &lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item even&quot; property=&quot;content:encoded&quot;&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 360px;&quot;&gt;L’œuvre de Cahun vise à subvertir toute «idée fixe»&lt;br&gt;sociale ou sexuelle, à détruire les images mentales qui&lt;br&gt;acculent le vivant à une forme de mort expéri/entielle.&lt;br&gt;(Lippard, 1999:27)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Parallèlement à la démocratisation des structures politiques au XVIIIe siècle, émerge, en Allemagne, une nouvelle perspective sur les différences sociales, désormais perçues comme fixes plutôt que circonstancielles (lieu, climat, culture, etc.)&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref1_my6p9n6&quot; title=&quot;Je remercie le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada (CRSH) pour son soutien financier («Mort annoncée du genre: stratégies de “dé-marquage” des catégories de sexe dans les œuvres des féministes universalistes depuis le XVIIe siècle en France», 2004-2008, et «Ouvrir la question identitaire: stratégies de dé-marquage», 2008-2012). Je tiens également à souligner la précieuse collaboration de Maria Sierra Cordoba Serrano.&quot; href=&quot;#footnote1_my6p9n6&quot;&gt;1&lt;/a&gt;. Ainsi, les femmes, les Noirs ou les «sauvages», qui pouvaient par exemple espérer, avant la &lt;em&gt;Déclaration des droits de l’homme et du citoyen &lt;/em&gt;(1789), un changement de statut par la «grâce de Dieu» (à force de vertu ou par une conversion), voient leur altérité se figer en hétérogénéité, devenir immuable. À l’ère des Lumières, la nature a en effet remplacé le divin comme source de différenciation des groupes sociaux (Guillaumin, 2002). Le célèbre professeur Cesare Lombroso (1835-1909) considérait ainsi que les humains à peau pâle étaient plus évolués que les autres, que les individus de sexe masculin possédaient une intelligence supérieure à ceux du sexe féminin et les criminels, une physionomie qui leur était propre (Lombroso, 1887).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les recherches contemporaines visant à démontrer le fonctionnement intrinsèquement distinct du cerveau des femmes (Gur et al., 1999) ou l’existence de gènes déterminant l’homosexualité (Hamer, 1993) participent de cette optique. En départageant les groupes dits «minoritaires» des groupes dominants, ces travaux reconduisent sur le plan biologique de vieux systèmes de &amp;nbsp;catégorisation sociale. Souvenons-nous qu’en Europe, entre le Moyen-âge et la Renaissance, on a obligé les Juifs à porter la rouelle (ancêtre de l’étoile de David), marqué les esclaves au fer rouge, tatoué des prisonniers, etc. Ces «signes»: une étoile jaune cousue sur le devant d’un vêtement, une cicatrice représentant les initiales du maître, un tatouage d’incarcération, mais également une bouche, une taille ou des pieds déformés par l’insertion de plateaux, le port d’un corset ou l’usage de bandages, sont présentés comme les simples indicateurs de la nature distincte d’un groupe religieux, d’un statut ou d’un sexe par rapport à un autre, celui spécifiquement qui s’est imposé comme l’étalon, la norme (Guillaumin, [1979] 1992). En réalité, il s’agit de marquages attestant d’un rapport de force plus ou moins violent et se concrétisant par un ensemble de comportements pouvant aller de l’intimidation à la mise à mort. Pensons à l’Allemagne nazie, et aux traitements qu’ont subis, avec les Juifs, les Tsiganes et les immigrés, de même que ceux qui étaient perçus comme «dégénérés», à savoir les homosexuels, les «asociaux», les handicapés et les dissidents politiques. L’objectif, dans ce cas, n’était pas seulement de dissocier, par le port de triangles de couleur, les individus de ces groupes et ceux appartenant à la «race» aryenne pour mieux les exploiter, mais de les éradiquer afin d’éliminer toute confusion possible. D’autant plus que de «race», de communauté ou de sexualité supérieures, il n’y a pas.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une approche matérialiste&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 360px;&quot;&gt;&lt;em&gt;Ce que montre une analyse féministe matérialiste, c’est que ce que nous prenons pour la cause ou pour l’origine de l’oppression n’est en fait que la «marque» que l’oppresseur impose sur les opprimés.&lt;/em&gt; (Wittig, 2007 [1992]: 45)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En faisant de traits physiques (comme le sexe, la couleur de la peau ou un handicap), de pratiques (religieuses, politiques ou sexuelles), de statuts ou d’appartenances à une classe ou à une communauté (comme les pauvres, les sans-papiers ou les Roms), les révélateurs d’identités de nature distinctes, les groupes dominants restreignent insidieusement l’humanité des individus concernés. En effet, ces derniers sont réduits à un cas particulier (a-normal) d’être humain et ne peuvent donc représenter que ce cas-là. Prenons l’exemple de la marque du féminin en français, qui limite le pouvoir de représentation des femmes à leur seul sexe dans cette langue, le «elles» ne renvoyant qu’aux femmes, tandis que le «ils», lui, peut évoquer tout autant l’humanité entière que des individus de sexe masculin. Dans ses études, la sociolinguiste Claire Michard (1982, 2002) constate que les femmes sont principalement définies par leur sexe, ce qui les confine à leur corporalité, voire leur animalité (femelle), et seulement secondairement par leur humanité. En ce qui concerne les hommes, c’est l’inverse qui est vrai: ils sont d’abord définis par leur humanité, et seulement secondairement par leur sexe (mâle). Cette dissymétrie sémantique a fait conclure à Monique Wittig, à la fin des années soixante-dix, qu’il n’y a pas deux genres grammaticaux mais un seul «le féminin» (Wittig, 1980), puisque le «masculin» est indissociable, linguistiquement parlant, du général, de l’«universel». Autrement dit, pour Wittig, le genre (féminin) est un marquage et la classe dominante de sexe s’est appropriée le pouvoir de représenter, sur le plan linguistique, la condition humaine.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Or, la dissymétrie représentationnelle des femmes et des hommes ne se limite pas à la langue puisqu’elle est également présente dans les discours institutionnels (lois, rapports gouvernementaux, manuels scolaires, etc.), culturels de masse (séries télévisuelles, bestsellers, films hollywoodiens, etc.), médiatiques (tribunes, magazines et publicité de toutes sortes) et scientifiques, comme nombre d’études nous l’ont prouvé depuis une quarantaine d’années, soit depuis l’émergence du Mouvement de libération des femmes. Ces études ont aussi montré que cette dissymétrie existe tout autant dans les structures sociétales (partis politiques, compagnies, administrations, etc.).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’omniprésence du marquage du «sexe», mais aussi de la « race » et des autres «indicateurs» d’identités minorisées, ne peut qu’entraver le rapport à soi des individus concernés. De fait, on s’attend à ce qu’ils agissent d’une certaine manière plutôt que d’une autre —qu’ils correspondent, autrement dit, aux clichés auxquels on les associe. Pour sortir de ce carcan, ces personnes doivent repenser ce qui est censé les définir, comme le fait d’être «femmes», ou sexualisées, «Noires», ou racisées, « homosexuelles », ou réduites à leur sexualité. Elles doivent, en d’autres termes, se dégager du système idéologique qui les enferme habilement (Mathieu, 1991), notamment en faisant ce qu’il faut pour qu’elles n’aient pas conscience de la violence qu’elles subissent, ou à tout le moins de son ancrage politique.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les théoriciennes du féminisme et du lesbianisme matérialistes ont montré que ce n’est pas le sexe biologique qui détermine le sexe social (genre), ainsi que l’affirme la doxa, mais le sexe social qui crée le sexe biologique. Pour elles, le «sexe» est donc, comme la «race», une construction sociale. Elles constatent que les identités «données» sont appréhendées comme naturelles ou plus ou moins construites (et donc à dé/cons/truire), selon le degré de distanciation de chacun face aux idéologies dominantes. Inspirée plus particulièrement par Colette Guillaumin, Nicole-Claude Mathieu et Monique Wittig, j’ai appelé «dé-marquage»&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref2_oxkk9jo&quot; title=&quot; J’ai proposé ce néologisme dans le projet de recherche «Mort annoncée du genre» (2004-2008, CRSH) et dans l’ouvrage Écrire l’inter-dit (2006: 42). Il désigne le processus par lequel les individus se distancient des identités de nature qu’on leur a assignées à la naissance (femmes, Noirs, Juifs, etc.) ou à la suite d’une pratique dissidente (subversion des codes de genre, refus de la norme hétérosexuelle, désobéissance civile, etc.). Il peut donc être le fait de personnes identifiées aussi bien à la classe des dominés qu’à celle des dominants, en autant que ces derniers dénoncent d’une manière ou d’une autre les hégémonies suprématistes, patriarcales, capitalistes, hétérosociales... Du fait du brouillage qu’occasionnent les chevauchements des catégories (homme blanc pauvre handicapé, lesbienne noire professionnelle en exil, hermaphrodite bisexuel du troisième âge, etc.), il est préférable de mener une analyse des plus nuancées (intersectionnelle) du dé-marquage.&quot; href=&quot;#footnote2_oxkk9jo&quot;&gt;2&lt;/a&gt; la résistance qui est opposée à l’une ou l’autre des bi-catégorisations humaines asymétriques, en ce qu’elle renverse le processus de réification des individus classés «minoritaires». Ce qui retient mon attention, ce sont les stratégies formelles qui exposent, contournent ou abolissent un ou plusieurs marquages de manière à rendre à ces individus leur pleine humanité, et donc leur pleine représentativité.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Depuis quelques années, je recense ces stratégies au sein de créations artistiques variées (œuvres littéraires, films, performances, etc.), l’art permettant en effet la part d’espoir et de liberté (de jeu ?) dont la réalité peut paraître dépourvue. Typiquement, ces œuvres sont issues de personnes marginalisées et questionnent plus d’une pratique normative, comme la convergence entre sexe et genre, l’injonction à l’hétérosexualité et la déshumanisation des êtres minorisés. C’est le cas de l’artiste française Claude Cahun (1894-1954), dont je me propose d’examiner l’œuvre avant-gardiste à partir du concept du dé-marquage. Mais voyons d’abord qui est cette auteure dont on parle encore trop peu.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une figure méconnue&amp;nbsp;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 360px;&quot;&gt;&lt;em&gt;Il est bon de faire éclater les fausses catégories, celles qui ne s’établissent&amp;nbsp;&lt;br&gt;qu’au moyen de vocabulaires tranchants, de bulles irisées.&lt;/em&gt;&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref3_7tq1i01&quot; title=&quot;Cahun, 2002: 579. Désormais, les citations tirées de cet ouvrage seront suivies de leur numéro de page entre parenthèses.&quot; href=&quot;#footnote3_7tq1i01&quot;&gt;3&lt;/a&gt;&lt;br&gt;Claude Cahun&lt;/p&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;73480&quot; view_mode=&quot;embed_large&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;p&gt;Claude Cahun est le pseudonyme de Lucy Renée Mathilde Schwob, auteure, photographe et actrice que le philosophe et essayiste François Leperlier a révélée au public en lui consacrant une monographie en 1992 (Leperlier, 1992). C’est d’abord l’œuvre photographique&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref4_fnerk83&quot; title=&quot;Selon Leperlier, les photos de Cahun ne furent pas présentées avant 1937.&quot; href=&quot;#footnote4_fnerk83&quot;&gt;4&lt;/a&gt;— où elle se met en scène en (se) jouant des codes esthétiques et sociaux —qui a interpellé les critiques intéressés par ses qualités postmodernes évidentes: parodie, jeux intertextuels, réflexivité, travestissements, etc. Ces photographies résultent d’une étroite collaboration avec l’artiste visuelle et amante de Cahun, Marcel Moore alias Suzanne Malherbe, que les exégètes ne mentionnent pas toujours. Quant à l’œuvre littéraire, en grande partie inédite du vivant de l’auteure et bien qu’enfin disponible (Cahun, 2002), elle demeure étonnamment peu étudiée.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Tant les mises en scène que les textes de Cahun rendent compte de ses préoccupations politiques et philosophiques, dont sa remise en question du système de catégorisation des êtres humains en ce qu’il oppose, nous l’avons vu, des groupes sociaux de statuts inégaux comme les femmes et les hommes, les homosexuels et les hétérosexuels, ou les personnes racisées et les autres (blancs, chrétiens, sédentaires). Née dans une famille d’intellectuels aisée, Cahun était, précise Leperlier, «profondément attachée à la liberté individuelle, allergique au classement et à l’assimilation» (Lhermitte, 2006). Il s’agira donc de voir comment s’articule dans ses écrits, datés de la première moitié du vingtième siècle, la profonde indépendance d’une artiste «femme», «homosexuelle» et «juive», qualificatifs la désignant comme l’«Autre» du «Même», ou l’«Autre» du «Sujet»; autrement dit, comme être «relatif» par rapport à l’être «absolu» (de Beauvoir, 1949). Pour ce faire, je commencerai par contextualiser la perspective politique de Cahun en évoquant brièvement ses engagements et activités militantes, en excluant toutefois ses combats contre le capitalisme, l’impérialisme et le fascisme, faute d’espace.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Claude Cahun, qui s’est intéressée aux grandes révolutions (Lhermitte, 2006), s’investit à sa manière dans la lutte des femmes, des allosexuels et de la Résistance pendant la Deuxième Guerre mondiale. En ce qui concerne la première lutte, l’auteure précise dans&lt;em&gt; Confidences au miroir&lt;/em&gt;, un essai biographique rédigé en 1946, qu’elle fréquentait «le milieu, théoriquement ultra-féministe de la porte Roquine» où, précise-t-elle, «elle était] la seule femme à prendre part aux partis idéologiques» (597). Elle soutenait, entre autres, les positions néomaltusiennes et émancipatrices d’Havelock Ellis, dont elle a traduit l’étude &lt;em&gt;Man and Woman &lt;/em&gt;(1929) sous le titre &lt;em&gt;La Femme dans la société &lt;/em&gt;(1929).&amp;nbsp;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Selon Laura Cottingham, son rejet affiché des traits représentationnelles associés à la féminité participe de cet engagement:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Tout en refusant d’être «féminisée» (et par conséquent d’admettre que le corps des femmes soit à la disposition sexuelle des hommes), Cahun revendiquait consciemment sa position politique de femme dans ses œuvres […] les autoportraits de Cahun présentent souvent l’image d’une femme qui rejette les codes visuels conventionnels de la conduite des femmes: ses cheveux ne sont pas longs, son visage ne se cache pas sous un maquillage, son corps n’est pas fardé de bijoux et elle ne porte pas de robe. (2002a: 28-29)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ce souci d’une représentation non instrumentalisée ou genrée des femmes, se retrouve également dans ses textes, entre autres à travers son traitement de la thématique des « héroïnes ». Dans ses nouvelles rédigées de 1920 à 1924&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref5_f47sr29&quot; title=&quot;Ces nouvelles, remaniées en 1930, ont été publiées en 2006 sous le titre Héroïnes.&quot; href=&quot;#footnote5_f47sr29&quot;&gt;5&lt;/a&gt;, Cahun met à mal les modèles féminins stéréotypés et binaires de la culture occidentale misogyne : vierge ou putain, mère ou vieille fille, sainte ou vilaine. Ces récits décapants, inspirés des mythes et des contes, témoignent du regard caustique qu’elle portait sur les icônes féminines, majoritairement simplistes, fautives, soumises ou trop vertueuses, de la patiente Pénélope de &lt;em&gt;L’Odyssée&lt;/em&gt; à la parfaite Cendrillon, d’Ève la pécheresse à la Sophie des &lt;em&gt;Malheurs&lt;/em&gt;, de Marie-la-mère-de-Jésus à la princesse-qui-se-maria-et-eut-beaucoup-d’enfants, de Salomé la monstrueuse à la Belle s’éprenant de la Bête.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En ce qui a trait à la sexualité, Cahun annonce sa position, très subversive pour l’époque, dans le premier numéro d’un petit journal homosexuel, &lt;em&gt;L’amitié&lt;/em&gt;, publié en 1925. D’abord, il faut préciser qu’elle emploie de préférence le néologisme «polymorphisme»&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref6_pe562ef&quot; title=&quot;Le terme, inventé en 1836 pour caractériser ce qui se présente sous diverses formes, est probablement emprunté à Freud, qui utilise l’adjectif «polymorphe» (Trois essais sur la théorie sexuelle, 1905).&quot; href=&quot;#footnote6_pe562ef&quot;&gt;6&lt;/a&gt;, qui englobe l’«homosexualité , le «lesbianisme», la bisexualité et l’androgynat. Dans la revue, elle se réfère à ces sexualités comme possédant un statut non pas inférieur ou supérieur à l’hétérosexualité, mais équivalent (Cottingham, 2002a: 21), éliminant par là même les jugements médicaux (immaturité, anomalie, maladie, etc.) ou moraux (faiblesse, vice, etc.) portés sur les autres sexualités, mais aussi le statut référentiel de l’hétérosexualité en tant que sexualité «normale».&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le choix de ce terme, composé des mots grecs &lt;em&gt;polloí&lt;/em&gt;: «plusieurs» et&lt;em&gt; morphos&lt;/em&gt;: «forme», signale, de plus, une mouvance des «polymorphes», leurs continuelles transformations —fluctuations qui évoquent par ailleurs les définitions actuelles de l’identité (Kaufmann, 2008). En ce sens, le terme met en relief le caractère complexe et insaisissable d’une personne. En tant que qualificatif, «polymorphes» conviendrait parfaitement aux protagonistes en perpétuelles métamorphoses du &lt;em&gt;Corps lesbien&lt;/em&gt; (1973) de Wittig. Loin d’être anodine, cette référence indique une parenté de pensée entre les deux auteures: entre celle qui a politisé la notion de sexualité en démocratisant ses expressions, et celle qui a conceptualisé le lesbianisme comme position politique (le matérialisme lesbien), récusant ainsi la perspective naturaliste moins menaçante pour le régime hétérosocial. En ce sens, Cahun et Wittig s’opposent aux portraits, non seulement réducteurs (mièvres, grossiers ou pornographiques) mais également essentialistes, qui sont proposés des lesbiennes dans les productions culturelles dominantes des XIXe et XXe siècles. Or, ces dernières comportent très peu de figures de lesbiennes, ce qui constitue une autre violence à leur endroit, une violence pire que la première, car elle nie leur existence même. Il est vrai que cette existence remet en question les fondements du système hégémonique, donc sa légitimité.&lt;/p&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;73481&quot; view_mode=&quot;embed_large&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;p&gt;Dans les soirées, les entrées fort remarquées de Cahun au bras de Marcel Moore (Suzanne Malherbe) en vêtements extravagants, ou habits de dandy, montrent qu’elle n’hésitait pas à défier la polarisation des sexes et des genres&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref7_zouw9bm&quot; title=&quot;«Une photographie de Cahun posant devant l’objectif de son amante en costume de dandy prise au début des années vingt, par exemple, présente un sujet qui se met lui-même en scène et qui, par son sexe indéterminé, remet en question les modèles dominants tant de la masculinité que de la féminité» (Latimer, 2003:137).&quot; href=&quot;#footnote7_zouw9bm&quot;&gt;7&lt;/a&gt;, ni la normalisation du couple homme-femme, propres à la société hétérosexuelle:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Elle se travestissait à la fois comme sujet de ses propres photographies et comme objet du regard public, retournant les constructions du genre en endossant selon son gré le déguisement de l’un ou l’autre sexe, mettant en lumière l’interchangeabilité de multiples rôles et de ce fait, les exposant comme de simples rôles, par opposition à des vérités immanentes. (Zanne)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Enfin, pour ce qui est de sa participation à la Résistance, elle nous permet d’évoquer son rapport à «sa» judéité, acquise strictement par le patronyme de son père (Schwob) puisque dans la culture juive, l’identité se transmet par la mère et que celle de Cahun n’était pas juive. Cahun a souffert de son nom de famille entre autres à l’adolescence, période où elle a été persécutée par des condisciples. Mais lors de son adoption d’un pseudonyme, au lieu de réfuter cette judéité nominative, elle la revendique en choisissant le patronyme de sa grand-mère paternelle (Cahun). Défiant ainsi les traditions patriarcale et judaïque, elle se détache des catégories existantes pour s’inventer elle-même. Whitney Chadwick souligne par ailleurs qu’elle s’intéressait à la représentation de la judaïcité dans les années vingt comme indicatrice de l’«autre», comme instrument utilisé par l’État pour établir et faire circuler des typologies des déviances sociales qui associaient volontiers judaïcité et homosexualité.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Pendant l’Occupation, Cahun et Moore, qui née de mère juive était juive au sens traditionnel, en appellent à l’humanisme des soldats en écrivant des tracts en allemand qu’elles glissaient discrètement, avec des cigarettes, dans leurs véhicules. Elles espéraient ainsi déclencher une mutinerie. Dans &lt;em&gt;Confidences au miroir&lt;/em&gt;, rédigé juste après cette guerre, Cahun écrit: «Je m’étais engagée —engagée envers moi seule— à convaincre les soldats (allemands) de se retourner contre leurs officiers (nazis)» (580).&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;[…] a affirmé qu’elle était d’origine juive du côté de son père, en ayant tout à fait conscience du risque qu’elle courait avec cette affirmation. Par ce geste politique, qui est lancé contre le fascisme raciste, elle a ainsi politisé une ethnicité élective, qu’elle avait déjà choisie comme identité professionelle [sic], en adoptant comme nom de plume Cahun: la version française de Cohen. (Pollock, 2011)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Elles n’échapperont que de justesse à la mort&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref8_hacmng6&quot; title=&quot;Ces luttes font dire à Cottingham que «Claude Cahun est un modèle pour nous tou-te-s qui sommes sincèrement engagé-e-s contre les politiques impérialistes et les attitudes fascistes de nos sociétés» (2002: 7).&quot; href=&quot;#footnote8_hacmng6&quot;&gt;8&lt;/a&gt;. Mais les mauvaises conditions de détention et les épreuves subies affecteront gravement la santé de Cahun, qui décède en 1954.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le dé-marquage&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Avant de décrire l’approche que j’utiliserai pour aborder l’œuvre de Cahun, il me faut revenir rapidement sur la notion de marquage et sur sa portée. Lorsqu’un groupe social est identifié comme différent du «Référent», de la «Norme»&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref9_zex58sm&quot; title=&quot;«En somme la différence se pense a) dans un rapport, b) mais dans un rapport d’un type particulier où il y a un point fixe, un centre qui ordonne autour de lui et auquel les choses se mesurent, en un mot un RÉFÉRENT. Parler de différence, c’est énoncer une règle, une loi, une Norme» (Guillaumin, 1992: 97).&quot; href=&quot;#footnote9_zex58sm&quot;&gt;9&lt;/a&gt;, il est «marqué» (altéré) afin qu’on puisse le percevoir ou l’identifier comme «autre». Longtemps avant que les nazis, mais aussi la loi française, espagnole et italienne n’aient obligé les Juifs&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref10_ojl6of1&quot; title=&quot; La Huitième ordonnance du 29 mai 1942 concernant les mesures contre les Juifs: «En vertu des pleins pouvoirs qui m’ont été conférés par le Fûhrer und Oberster Befehischaber der Wehrmacht, j’ordonne ce qui suit: §1 Signe distinctif pour les Juifs I. Il est interdit aux Juifs, dès l’âge de six ans révolus, de paraître en public sans porter l’étoile juive» (http://perso.orange.fr/d-d.natanson/etoile_juive.htm). La loi française, espagnole et italienne avait également imposé le port d’un signe distinctif aux Juifs, la «rouelle», au Moyen-âge.&quot; href=&quot;#footnote10_ojl6of1&quot;&gt;10&lt;/a&gt; à porter un signe distinctif, et longtemps avant que les propriétaires des plantations n’aient marqué au fer rouge leurs esclaves, la classe bourgeoise chinoise faisait bander les pieds de ses petites filles, ce qui donnait à celles-ci une démarche reconnaissable entre toutes et limitait grandement leurs déplacements.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans le cas des femmes occidentales, l’incitation à porter des vêtements et des accessoires mettant leur corps en évidence, mais aussi en danger, participent également du marquage. Pensons, nous rappelle Guillaumin (1992: 86), aux talons aiguilles ou très hauts qui précarisent la démarche et abîment le dos, ou aux jupes qui maintiennent «les femmes en état d’accessibilité permanente» et peuvent entraver leur liberté de mouvement si elles sont très longues ou amples, très courtes ou serrées. Il en va de même, selon Wittig, de l’affichage obligé, pour les femmes, de leur sexe lorsqu’elles s’avancent dans la langue. La marque du genre (féminin) étant, selon cette dernière, «l’indice linguistique de l’opposition politique des sexes et de la domination des femmes» (1992: 77). «Si le genre féminin ne s’applique qu’aux êtres femelles c’est parce qu’il catégorise ces êtres en tant que sexe (ce qui a pour effet de ne pas les séparer des femelles animales), et si le masculin ne s’applique pas qu’aux êtres mâles c’est parce qu’il catégorise ces êtres en tant qu’humains»&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref11_fj76yqr&quot; title=&quot;Elle ajoute: «Être catégorisé comme femelle (et par conséquent être indifférencié de l’animalité) entraîne de ne pas être construit discursivement comme agent mais comme instrument, tandis que la catégorisation en tant qu’humain entraîne la construction discursive d’agent» (http://www.fifalia.org/michard.html, page Internet annonçant la réédition de l’ouvrage Sexisme &amp;amp; Sciences humaines. Pratique linguistique du rapport de sexage (Michard et Ribéry, 2008 [1982]), consultée le 1er mars 2009).&quot; href=&quot;#footnote11_fj76yqr&quot;&gt;11&lt;/a&gt;, précise Michard.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La difficulté pour les femmes est donc de composer avec cette injonction du genre féminin qui les ramène à leur physionomie (corporalité) et à leur quasi invisibilité en tant qu’être pensant dans la sphère publique. Si les femmes ne sont pas encore ou pas toutes considérées (à l’échelle de la planète) comme des sujets à part entière, celles qui le peuvent se privent de moins en moins d’agir comme tels. Celles qui le font en évitant ou en court-circuitant une forme ou une autre de marquage manifestent un refus non seulement du statut «particulier» qu’on leur impose, mais également du système de pensée qui institue cette exclusion. En ce sens, le «dé-marquage» fait ressortir la dimension politique du phénomène de la hiérarchisation des êtres humains sur une base essentialiste (sexe, sexualité, ethnicité, etc.). Il met donc en garde contre ou récuse, contrairement à la féminisation, le maintien des catégories de sexe. Plus largement, il désigne les stratégies de distanciation ou de démantèlement des catégories asymétriques de manière à préserver l’ouverture identitaire, et avec elle, la part d’insaisissable propre à la condition humaine.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Cette démarche, Cahun fut la première de l’ensemble des artistes (femmes et hommes) à l’entreprendre explicitement. De nombreux critiques ont d’ailleurs tenté de décrire son approche en usant de sa propre terminologie. Alors que Leperlier insiste, par exemple, sur le fait qu’elle appréciait «l’indéfini» (Leperlier, 1994: 16-20), Chadwick souligne sa quête d’«indéterminé», qu’elle associe à son adhésion au mouvement surréaliste:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Cahun a toutefois repris à son compte l’intérêt du surréalisme pour la figure du double en tant que moyen de subvertir le sens unitaire et de brouiller la distinction entre le moi et l’autre. On peut voir dans des œuvres comme Que me veux-tu? des jalons essentiels dans sa quête incessante de ce qu’elle a appelé l’«indéterminé» —c’est-à-dire son propre désir de produire un sujet qui est à la fois soi et l’autre. Cherchant à reconfigurer tous les genres —homosexualité, bisexualité et androgynie— elle s’est tournée vers l’artifice et le déguisement pour contester la fixité de la différence sexuelle et de l’orientation sexuelle. (2002: 7)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;De son côté, Cottingham préfère le terme plus actuel de «dégenré» pour qualifier par exemple le choix de Cahun d’un pseudonyme épicène. Elle signale l’impact syntaxique de sa rupture avec le genre:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Quoi qu’il en soit, il s’agit de s’affranchir des images imposées, invivables, à commencer par le clivage féminin/masculin. Ainsi tout au long de son livre Aveux non avenus (1930), Claude Cahun veille à l’alternance des deux genres grammaticaux&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref12_xr56s8h&quot; title=&quot;Dans Cherchez Claude Cahun, Cottingham précise: «Le choix de se représenter non féminisée […] était orchestré en opposition aux codes établis de l’apparence des femmes et non en fonction d’une quelconque tentative délibérée de se faire passer pour un homme ou une travestie» (2002: 13). Aveux non avenus paraît peu après le texte «Womanliness as Masquerade» (1929) de Joan Rivière (International Journal of Psychoanalysis 10: 303-313) qui analyse la féminité comme une mascarade.&quot; href=&quot;#footnote12_xr56s8h&quot;&gt;12&lt;/a&gt;. (Cottingham, 2002b)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Par «l’alternance des deux genres grammaticaux», Cottingham entend l’usage, par l’instance narrative, de formes marquées par le genre grammatical autant que de formes non marquées par lui, ou génériques. De fait, Cahun emmêle constamment le recours au féminin et au général, identique au « masculin », afin de les mettre sur un même pied, de les assimiler l’un à l’autre.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ces commentateurs de l’œuvre nous permettent de voir que le travail de distanciation qu’entreprend Cahun vis-à-vis des identités particularisées touche à plusieurs aspects du texte. En général, les artistes emploient quatre grandes stratégies pour produire un dé-marquage: linguistique, représentationnelle, dialogique et conceptuelle. La première concerne principalement la sexuation des langues et renvoie à des procédés nominaux, syntaxiques et sémantiques pour opérer sa neutralisation. La deuxième touche spécifiquement à la mise en scène de personnages et à la subversion des codes sociaux en regard de la mise, des comportements ou de l’inscription sociale. La troisième agit sur les plans interdiscursif et intertextuel de manière à déboulonner le «je» autoritaire, ou monologique, et les formes esthétiques historiquement polarisées comme les genres littéraires «féminins» (romans d’amour, épistolaires et psychologiques) et «masculins» (roman d’aventure, historique, de science-fiction et polars). Enfin, la dernière grande stratégie s’attaque au binarisme asymétrique du système de pensée occidental et à ses aprioris conceptuels, de manière à les recontextualiser, voire les désamorcer. Cahun, on l’aura compris, utilise toutes ces stratégies à divers degrés.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un nouvel art d’écrire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le recours insistant de Cahun aux notions d’«indéfini» et d’«indéterminé» s’inscrit dans la grande stratégie conceptuelle du dé-marquage, en ce qu’il montre l’importance pour elle de sortir des cadres établis dans lesquels elle se sent trop à l’étroit sur les plans philosophique et esthétique. Ses autoportraits maintes fois discutés par les critiques et jouant clairement de la déconstruction des identités fixes (indécidabilité du sexe, dédoublements, déguisements, port de masques, etc.), ainsi que ses revisitations des héroïnes pour en faire des êtres complexes, imprévisibles et indépendants au même titre que les héros de son époque, tiennent de la stratégie représentationnelle. Nous verrons maintenant des exemples de son emploi des stratégies linguistiques (procédés syntaxique, nominal et sémantique) et dialogiques (procédés liés à la structuration des textes et à leur voix narrative). Nous commencerons par cette dernière stratégie, en nous penchant sur la page couverture de ses écrits et sur les genres littéraires qu’ils interpellent. Pour parler en termes genettiens, nous étudierons leur paratexte et leur architexte.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En ce qui a trait au paratexte et plus spécifiquement au péritexte auctorial&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref13_8ecxizq&quot; title=&quot;Il comprend le nom de l’auteur, le titre et la dédicace. Voir Genette, 1987: 8.&quot; href=&quot;#footnote13_8ecxizq&quot;&gt;13&lt;/a&gt;, l’auteure utilise des pseudonymes épicènes qui indiquent son refus de porter un prénom féminin, comme celui de Lucy qui lui a été attribué à la naissance. Elle ne recourt presque pas non plus au nom de famille qu’elle a hérité de son père, et ce, afin d’indiquer sa «résistance obstinée à l’usage des patronymes, à la dénomination par l’État» (Leperlier, 1992: 41). Cahun signera «Claude Courlis» en 1914, puis «Claude Schwob» ou «Cahen» jusqu’en 1917, moment où elle adopte «Claude Cahun» qui devient, à ses yeux, son «véritable nom». Le choix du nom propre de sa grand-mère comme nom de famille, opère une reconnaissance du plein statut de celle-ci dans une société misogyne où les femmes ne sont que les filles de leur père ou les épouses de leur mari. Le fait que ce nom soit juif s’avère par ailleurs une audace tant face à l’antisémitisme montant de l’époque que face aux règles de transmission par la mère de la judéité, puisque sa mère était protestante.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Son emploi d’initiales permet en outre à Cahun d’échapper à l’empreinte du genre et à jouer sur les homophonies. «M.» par exemple peut avoir été choisi pour évoquer le prénom de Matilde qu’elle porte comme sa grand-mère paternelle avant elle; à moins que ce ne soit pour inclure sa compagne par une référence à l’un de ses anthroponymes : Malherbe, Marcel ou Moore. Quant aux lettres «L. S. M.» qui, lues rapidement, laissent entendre «elles s’aiment», elles constituent un pied de nez à l’hétéronormativité. Dans tous les cas, l’usage d’initiales et d’un prénom neutre lui permet d’éviter d’être ramenée à son sexe et même de se positionner comme une personne humaine tout simplement.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Sur le plan des «genres» littéraires, Cahun opte pour des formes hybrides qui associent, par exemple, des éléments biographiques à la poésie, à la mythologie et à la réflexion, de manière à mettre en question la frontière entre la réalité et la fiction, entre le paraître et l’être. D’où l’incipit prudent de Pierre Mac Orlan dans sa préface à l’ouvrage &lt;em&gt;Aveux non avenus&lt;/em&gt;, qu’il qualifie à la fois «de poèmes-essais et d’essais-poèmes»: «Il est très difficile de présenter ces pages. La littérature, quand elle sert à se libérer, échappe à peu près à toute critique […]»&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref14_fi5usfp&quot; title=&quot;Cottingham, pour sa part, décrit cette œuvre comme un «enchevêtrement de masques, de dévoilements, de dissimulations, de révélations, de citations, de ruminations et de proclamations» (2002 : 50).&quot; href=&quot;#footnote14_fi5usfp&quot;&gt;14&lt;/a&gt; (Cahun, 1930: I; &lt;em&gt;E&lt;/em&gt;: 165). Déjà, le titre paradoxal de cette œuvre annonce une anti-biographie, une impossibilité de se dire, dans le contexte existant:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Vais-je donc m’embarrasser de tout l’attirail des faits, de pierres, de cordes tendrement coupées, de précipices… Ce n’est pas intéressant. Devinez, rétablissez. Le vertige est sous-entendu, l’ascension ou la chute. (165)&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Monique Wittig, qui ne semble pas avoir eu accès à l’œuvre de Cahun, écrira, un demi-siècle plus tard comme en écho:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Il nous faut dans un monde où nous n’existons que passées sous silence, au propre dans la réalité sociale, au figuré dans les livres, il nous faut donc, que cela nous plaise ou non, nous constituer nous-mêmes, sortir comme de nulle part, être nos propres légendes dans notre vie même. (1982: 117-118)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Si &lt;em&gt;Aveux non avenus&lt;/em&gt; trouve un point d’ancrage dans l’invisible, c’est-à-dire à l’abri des apparences, dans l’«aventure intérieure» de &lt;em&gt;Confidences au miroir&lt;/em&gt;, c’est l’histoire dans sa «multidimensionnalité» qui occupe cette fonction. Leperlier parlera d’ailleurs d’un «essai autobiographique» dans son cas, parce qu’il amalgame la forme du mémoire et celle du journal intime, le récit d’activités politiques et celui d’événements familiaux. En ce sens, Cahun rend caduques les formes littéraires «masculines» (qui relatent la «grande» Histoire) et «féminines» (qui racontent les «petites»).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Passons maintenant à sa pratique du dé-marquage linguistique. Sur le plan sémantique, Cahun engage un dialogue sur le sens du sexe et des codes qui y sont rattachés en s’attardant à l’ambiguïté historique des figures mythiques, dont plusieurs sont passées du sexe féminin au sexe masculin, par exemple, lors de l’installation dans la Grèce pré-homérique d’envahisseurs patriarcaux (Achéens et Doriens). De la sorte, elle ouvre aux (personnages de) femmes un espace de réflexion et d’émancipation. Relisons cet extrait des &lt;em&gt;Confidences au miroir&lt;/em&gt;:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Les signes ont-ils un sexe? […] Atlas porte un fardeau. À quel sexe incombe ce dévouement —mais qui prendrait Atlas pour un efféminé? Capables d’assumer tous les travaux, les déesses ont précédé les dieux. De ce prestige femelle reconnu par les mâles (désavoué sitôt que par le nombre, les ruses, les outils, la Nature leur paraît subjuguée), une civilisation antérieure à la nôtre porte encore l’empreinte en dépit de tout ce qu’on interpola pour en perdre le sens […] (586)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Comme le précise Tirza True Latimer en ce qui concerne l’œuvre photographique de Cahun et Moore, c’est le statut de celles qui ont été déclarées des «non-sujets» qui est ici en jeu:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Cahun et Moore ont lancé l’assaut sur le sujet cartésien assiégé à partir d’une position délibérément (et irrévocablement) décentrée: celle d’une femme, d’une lesbienne, d’un non-sujet, sans statut civil autonome ni vocabulaire symbolique autonome à sa disposition, et n’ayant aucun intérêt à préserver l’intégrité de ces catégories de subjectivité sociale. (2003: 134)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Sur le plan syntaxique, Cahun favorise des formes génériques ou épicènes tant en ce qui concerne le lexique que la syntaxe, de manière à donner à son instance narrative une pleine existence, hors de la réduction au corps-sexe qu’impose le genre (féminin) (Michard, 2002: 39-48). Dans les exemples suivants, notons l’usage des mots «personne», «collectivité» et «êtres», ainsi que le recours au pronom indéfini «on», au «je» non marqué, ou encore à l’association des pronoms féminin et masculin (accentués en gras ou soulignés par moi pour les mettre en évidence):&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;- En fin de compte, le choix de la personne, de la collectivité à qui l’on s’adresse a bien peu d’importance. (Écrits, 538)&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;- Le seul fait de risquer sa propre vie, de ne pas s’efforcer avant tout de préserver ce qu’on peut valoir pour elle ou lui par-delà les conflits humains, tue, ruine ou pour le moins lèse irrévocablement l’être aimé. (Écrits, 582)&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;- On étudie son personnage; on s’ajoute une ride, un pli à la bouche, un regard, une intonation, un geste, un muscle même... On se forme plusieurs vocabulaires, plusieurs syntaxes, plusieurs manières d’être, de penser et même de sentir nettement délimitées -parmi lesquelles on se choisira une peau couleur du temps. (Écrits, 485)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;À ces stratégies s’en ajoutent d’autres, comme l’emploi des formes impersonnelles ou plurielles, et de l’infinitif:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;- Dira-t-on: «C’est bien fait!» quand de telles souffrances semblent artificielles? Il ne suffit pas d’être bon pour les passereaux maladroits, il faut encore donner la volée aux oiseaux mécaniques. (Écrits, 486)&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;- En attendant, il nous reste notre ombre. Nous n’en avons pas peur, nous n’avons pas perdu la mémoire. À la découverte encore et toujours. (Écrits, 573)&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;- Vingt fois, pendant le déjeuner de midi, se lever, courir à la fenêtre ; de là, guetter, compter, sur le pont Maudit, les premiers arrivants; s’écrier, décrire aux grandes personnes plus ou moins assises des uniformes de pierrot, de folie, de bébé rosé ou bleu. (Écrits, 485)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;On le voit, Cahun s’acharne à trouver de nouvelles formes non seulement pour libérer sa propre voix, mais aussi pour fissurer les cages de verre qui nous réifient.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L’air libre&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;À ma connaissance, Claude Cahun est le premier auteur (et non la première auteure) occidental à pratiquer le dé-marquage de manière systématique. Or ce grand procédé n’a pas été relevé dans les études surréalistes et postmodernes de son œuvre. Il faut dire que ces études tendent à faire l’impasse sur son humanisme, davantage appréhendé par ses exégètes féministes. Ils négligent en outre la conscience matérialiste qui sous-tend cet humanisme. Je pense en particulier à celle qui tient compte de l’ensemble des rapports de domination des classes exploitées par les classes au pouvoir que formulent des analystes de la trempe de Colette Guillaumin et de Nicole-Claude Mathieu. On leur doit en effet d’avoir cerné ce que Bourdieu appelle «Le travail de construction symbolique» qui, écrit-il:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;ne se réduit pas à une opération strictement performative de nomination orientant et structurant les représentations […]; il s’achève et s’accomplit dans une transformation profonde et durable des corps (et des cerveaux), c’est-à-dire dans et par un travail de construction pratique imposant une définition différenciée des usages légitimes du corps, sexuels notamment, qui tend à exclure de l’univers du pensable et du faisable tout ce qui marque l’appartenance à l’autre genre […] pour produire cet artefact social qu’est un homme viril ou une femme féminine. (1998: 40)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Monique Wittig a également contribué à l’articulation de cette conscience matérialiste. Elle l’a fait en insistant non seulement sur l’impact dévastateur de la marque du « genre » dans la culture, incluant la langue, mais aussi sur la nécessité d’éliminer le genre. C’est donc à l’aune des écrits de celle qui a ouvert la voie à la théorisation de la notion du dé-marquage que j’ai pu mettre en relief ce qui fait la profonde originalité de l’œuvre de Cahun, soit sa poétique de la liberté par le moyen de formes et de figures insaisissables.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Comme Wittig, sa cadette d’une quarantaine d’années, Cahun s’est investie dans des activités politiques et a choisi un mode de vie en marge de l’hétérosociété. Comme Wittig également, elle a pratiqué l’essai et la fiction, et son usage du dé-marquage est généralisé, c’est-à-dire qu’il s’applique comme on vient de le voir à plusieurs niveaux de son œuvre littéraire (linguistique, représentation, dialogique et conceptuel). Ce grand procédé, elle l’a employé dans ses créations visuelles produites en collaboration avec son amante: «[…] en se fondant sur leur partenariat égalitaire, Cahun et Moore voyaient dans la collaboration une alternative émancipatrice aux systèmes sociaux et artistiques hiérarchisants […]» (Latimer, 2003: 129)&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref15_8kgcuc9&quot; title=&quot;Monique Wittig a travaillé avec Sande Zeig pour la création de plusieurs œuvres, dont le Brouillon pour un dictionnaire des amantes (Paris: Grasset, 1976 [2010]).&quot; href=&quot;#footnote15_8kgcuc9&quot;&gt;15&lt;/a&gt;.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Bien avant Wittig donc, Cahun a ouvert la voie à une représentation des personnes en tant qu’êtres humains au-delà des catégories oppressives:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;L’œuvre […] introduit autant des changements dans la pratique du portrait (par la réversibilité des positions artiste/modèle) que des changements d’ordre structurel (par les effets perturbants du collage et de la bifurcation sur les mécanismes mêmes de la représentation). On peut voir dans cette stéréographie de portraits réalisés à deux et ludiquement frauduleux, une sorte de manifeste visuel contestant les valeurs hiérarchisées traditionnellement sous-jacentes au genre du portrait lui-même. (Latimer, 2003: 129)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;On ne sait pas où en serait aujourd’hui la question de la représentation des femmes et des autres êtres discriminés, si Wittig avait pu lire Cahun. Mais il me semble crucial d’offrir aux jeunes générations des modèles susceptibles de les inspirer et de favoriser leur plein épanouissement.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Références&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BATE, D. et F. LEPERLIER (dir.). 1994. &lt;em&gt;Mise en scène: Claude Cahun, Tacita Dean, Virginia Nimarkoh&lt;/em&gt;, catalogue d’exposition, Londres: Institute of Contemporary Arts.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BEAUVOIR, Simone de. 1949. &lt;em&gt;Le Deuxième sexe&lt;/em&gt;, Paris: Gallimard, 1er tome.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BOURDIEU, Pierre. 1998. &lt;em&gt;La domination masculine&lt;/em&gt;, Paris: Seuil.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BOURQUE, Dominique. 2006. &lt;em&gt;Écrire l’inter-dit. 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En ligne: &lt;a href=&quot;http://interdits.net/interdits/index.php/Claude-Cahun-la-manie-de-l-exception.html&quot;&gt;http://interdits.net/interdits/index.php/Claude-Cahun-la-manie-de-l-exce...&lt;/a&gt; (consulté le 3 décembre 2012)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;GENETTE, Gérard. 1987. &lt;em&gt;Seuils&lt;/em&gt;, Paris: Seuil.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;GUILLAUMIN, Colette. 1992 [1979]. &lt;em&gt;Sexe, Race et Pratique du pouvoir. L’idée de Nature&lt;/em&gt;, Paris: Côté-femmes.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;________. 2002. &lt;em&gt;Idéologie raciste&lt;/em&gt;, Paris: Gallimard.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;GUR, Ruben C. et al. 1999. «Sex Differences in Brain Gray and White Matter in Healthy Young Adults», &lt;em&gt;Journal of Neuroscience&lt;/em&gt;, vol. 10, n° 19, p. 4065-4072.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;HAMER, Dean H., et al. 1993. 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Leperlier (dir.), &lt;em&gt;Mise en scène: Claude Cahun&lt;/em&gt;, Londres: Institute of Contemporary Arts, p. 16-20.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;________. 1992. Claude Cahun. &lt;em&gt;L’Écart et la métamorphose&lt;/em&gt;, Paris: Jean-Michel Place.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;LHERMITTE, Agnès. 2006. «Une héroïne &quot;impossible&quot;: Claude Cahun. À propos de la biographie de Claude Cahun par François Leperlier», &lt;em&gt;Acta Fabula&lt;/em&gt;, Août-Septembre 2006, vol. 7, n° 4. En ligne: &lt;a href=&quot;http://www.fabula.org/revue/document1519.php&quot;&gt;http://www.fabula.org/revue/document1519.php&lt;/a&gt;. (consulté le 3 décembre 2012)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;LIPPARD, Lucy R. 1999. «Scattering Selves», dans Inverted &lt;em&gt;Odysseys: Claude Cahun&lt;/em&gt;, Maya Deren, Cindy Sherman, Shelly Rice (dir.), Cambridge, MA: MIT Press, p. 27-42.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;LOMBROSO, Cesare. 1887. &lt;em&gt;L’homme criminel. Étude anthropologique et psychiatrique&lt;/em&gt;. Traduit sur la quatrième édition italienne par MM. Régnier et Bournet et précédé d’une préface du Dr Ch. Létourneau, Paris: Ancienne Librairie Germer Baillière et Cie, Félix Alcan, Éditeur.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;MATHIEU, Nicole-Claude. 1991. &lt;em&gt;L’Anatomie politique. Catégorisations et idéologies du sexe&lt;/em&gt;, Paris: côté-femmes.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;MICHARD, Claire. 2002. «Le sexe en linguistique sémantique: sémantique ou zoologie», &lt;em&gt;Espace lesbien&lt;/em&gt;, n° 3, septembre, p. 31-37.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;MICHARD, Claire et Colette RIBÉRY. 2008 [1982]. &lt;em&gt;Sexisme &amp;amp; Sciences humaines. Pratique linguistique du rapport de sexage&lt;/em&gt;, Pas de Calais: Presses Universitaires du Septentrion&lt;/p&gt;&lt;p&gt;POLLOCK, Griselda. 2011. «Le choc de l’expérience Santu Mofokeng et Claude Cahun». En ligne:&amp;nbsp;&lt;br&gt;&lt;a href=&quot;http://lemagazine.jeudepaume.org/2011/09/%C2%AB%C2%A0le-choc-de-l%E2%80%99experience-santu-mofokeng-et-claude-cahun%C2%A0%C2%BB-une-conference-de-griselda-pollock/&quot;&gt;http://lemagazine.jeudepaume.org/2011/09/%C2%AB%C2%A0le-choc-de-l%E2%80%...&lt;/a&gt; (consulté le 3 décembre 2012)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;WITTIG, Monique. 2001. «La Pensée straight»,&lt;em&gt; La Pensée straight&lt;/em&gt;, Paris: Balland, p. 65-76.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;________. 1992. &lt;em&gt;The Straight Mind and Other Essays&lt;/em&gt;, Boston: Beacon Press.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;________. [1992] 2007.&lt;em&gt; La Pensée straight&lt;/em&gt;, Paris: Éditions Amsterdam.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;________. 1982. «Postface» à &lt;em&gt;La Passion de Djuna Barnes&lt;/em&gt;, Paris: Flammarion, p. 101-121.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;________. 1980. «La pensée straight», &lt;em&gt;Questions féministes&lt;/em&gt;, n° 7, février.&lt;br&gt;Zanne. En ligne: &lt;a href=&quot;http://www.vinland.org/scamp/Cahun/&quot;&gt;http://www.vinland.org/scamp/Cahun/&lt;/a&gt; (consulté le 10 février 2009).&lt;/p&gt;

&lt;section  class=&quot;footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed&quot; data-collapsible-show-label=&quot;Notes&quot; data-collapsible-hide-label=&quot;Notes&quot;&gt;&lt;ul class=&quot;footnotes collapsible-content&quot;&gt;&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote1_my6p9n6&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref1_my6p9n6&quot;&gt;1.&lt;/a&gt; Je remercie le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada (CRSH) pour son soutien financier («Mort annoncée du genre: stratégies de “dé-marquage” des catégories de sexe dans les œuvres des féministes universalistes depuis le XVIIe siècle en France», 2004-2008, et «Ouvrir la question identitaire: stratégies de dé-marquage», 2008-2012). Je tiens également à souligner la précieuse collaboration de Maria Sierra Cordoba Serrano.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote2_oxkk9jo&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref2_oxkk9jo&quot;&gt;2.&lt;/a&gt;  J’ai proposé ce néologisme dans le projet de recherche «Mort annoncée du genre» (2004-2008, CRSH) et dans l’ouvrage &lt;em&gt;Écrire l’inter-dit&lt;/em&gt; (2006: 42). Il désigne le processus par lequel les individus se distancient des identités de nature qu’on leur a assignées à la naissance (femmes, Noirs, Juifs, etc.) ou à la suite d’une pratique dissidente (subversion des codes de genre, refus de la norme hétérosexuelle, désobéissance civile, etc.). Il peut donc être le fait de personnes identifiées aussi bien à la classe des dominés qu’à celle des dominants, en autant que ces derniers dénoncent d’une manière ou d’une autre les hégémonies suprématistes, patriarcales, capitalistes, hétérosociales... Du fait du brouillage qu’occasionnent les chevauchements des catégories (homme blanc pauvre handicapé, lesbienne noire professionnelle en exil, hermaphrodite bisexuel du troisième âge, etc.), il est préférable de mener une analyse des plus nuancées (intersectionnelle) du dé-marquage.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote3_7tq1i01&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref3_7tq1i01&quot;&gt;3.&lt;/a&gt; Cahun, 2002: 579. Désormais, les citations tirées de cet ouvrage seront suivies de leur numéro de page entre parenthèses.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote4_fnerk83&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref4_fnerk83&quot;&gt;4.&lt;/a&gt; Selon Leperlier, les photos de Cahun ne furent pas présentées avant 1937.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote5_f47sr29&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref5_f47sr29&quot;&gt;5.&lt;/a&gt; Ces nouvelles, remaniées en 1930, ont été publiées en 2006 sous le titre&lt;em&gt; Héroïnes.&lt;/em&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote6_pe562ef&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref6_pe562ef&quot;&gt;6.&lt;/a&gt; Le terme, inventé en 1836 pour caractériser ce qui se présente sous diverses formes, est probablement emprunté à Freud, qui utilise l’adjectif «polymorphe» (&lt;em&gt;Trois essais sur la théorie sexuelle&lt;/em&gt;, 1905).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote7_zouw9bm&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref7_zouw9bm&quot;&gt;7.&lt;/a&gt; «Une photographie de Cahun posant devant l’objectif de son amante en costume de dandy prise au début des années vingt, par exemple, présente un sujet qui se met lui-même en scène et qui, par son sexe indéterminé, remet en question les modèles dominants tant de la masculinité que de la féminité» (Latimer, 2003:137).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote8_hacmng6&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref8_hacmng6&quot;&gt;8.&lt;/a&gt; Ces luttes font dire à Cottingham que «Claude Cahun est un modèle pour nous tou-te-s qui sommes sincèrement engagé-e-s contre les politiques impérialistes et les attitudes fascistes de nos sociétés» (2002: 7).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote9_zex58sm&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref9_zex58sm&quot;&gt;9.&lt;/a&gt; «En somme la différence se pense a) dans un rapport, b) mais dans un rapport d’un type particulier où il y a un point fixe, un centre qui ordonne autour de lui et auquel les choses se mesurent, en un mot un RÉFÉRENT. Parler de différence, c’est énoncer une règle, une loi, une Norme» (Guillaumin, 1992: 97).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote10_ojl6of1&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref10_ojl6of1&quot;&gt;10.&lt;/a&gt;  La Huitième ordonnance du 29 mai 1942 concernant les mesures contre les Juifs: «En vertu des pleins pouvoirs qui m’ont été conférés par le Fûhrer und Oberster Befehischaber der Wehrmacht, j’ordonne ce qui suit: §1 Signe distinctif pour les Juifs I. Il est interdit aux Juifs, dès l’âge de six ans révolus, de paraître en public sans porter l’étoile juive» (&lt;a href=&quot;http://perso.orange.fr/d-d.natanson/etoile_juive.htm&quot;&gt;http://perso.orange.fr/d-d.natanson/etoile_juive.htm&lt;/a&gt;). La loi française, espagnole et italienne avait également imposé le port d’un signe distinctif aux Juifs, la «rouelle», au Moyen-âge.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote11_fj76yqr&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref11_fj76yqr&quot;&gt;11.&lt;/a&gt; Elle ajoute: «Être catégorisé comme femelle (et par conséquent être indifférencié de l’animalité) entraîne de ne pas être construit discursivement comme agent mais comme instrument, tandis que la catégorisation en tant qu’humain entraîne la construction discursive d’agent» (&lt;a href=&quot;http://www.fifalia.org/michard.html&quot;&gt;http://www.fifalia.org/michard.html&lt;/a&gt;, page Internet annonçant la réédition de l’ouvrage &lt;em&gt;Sexisme &amp;amp; Sciences humaines. Pratique linguistique du rapport de sexage&lt;/em&gt; (Michard et Ribéry, 2008 [1982]), consultée le 1er mars 2009).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote12_xr56s8h&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref12_xr56s8h&quot;&gt;12.&lt;/a&gt; Dans &lt;em&gt;Cherchez Claude Cahu&lt;/em&gt;n, Cottingham précise: «Le choix de se représenter non féminisée […] était orchestré en opposition aux codes établis de l’apparence des femmes et non en fonction d’une quelconque tentative délibérée de se faire passer pour un homme ou une travestie» (2002: 13). &lt;em&gt;Aveux non avenus&lt;/em&gt; paraît peu après le texte «Womanliness as Masquerade» (1929) de Joan Rivière (&lt;em&gt;International Journal of Psychoanalysis &lt;/em&gt;10: 303-313) qui analyse la féminité comme une mascarade.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote13_8ecxizq&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref13_8ecxizq&quot;&gt;13.&lt;/a&gt; Il comprend le nom de l’auteur, le titre et la dédicace. Voir Genette, 1987: 8.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote14_fi5usfp&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref14_fi5usfp&quot;&gt;14.&lt;/a&gt; Cottingham, pour sa part, décrit cette œuvre comme un «enchevêtrement de masques, de dévoilements, de dissimulations, de révélations, de citations, de ruminations et de proclamations» (2002 : 50).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote15_8kgcuc9&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref15_8kgcuc9&quot;&gt;15.&lt;/a&gt; Monique Wittig a travaillé avec Sande Zeig pour la création de plusieurs œuvres, dont le &lt;em&gt;Brouillon pour un dictionnaire des amantes &lt;/em&gt;(Paris: Grasset, 1976 [2010]).&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
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&lt;/div&gt;
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      &lt;div class=&quot;field-label&quot;&gt;Teaser: &lt;/div&gt;
    &lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;Depuis quelques années, je recense ces stratégies au sein de créations artistiques variées (œuvres littéraires, films, performances, etc.), l’art permettant en effet la part d’espoir et de liberté (de jeu ?) dont la réalité peut paraître dépourvue. Typiquement, ces œuvres sont issues de personnes marginalisées et questionnent plus d’une pratique normative, comme la convergence entre sexe et genre, l’injonction à l’hétérosexualité et la déshumanisation des êtres minorisés. C’est le cas de l’artiste française Claude Cahun (1894-1954), dont je me propose d’examiner l’œuvre avant-gardiste à partir du concept du dé-marquage. Mais voyons d’abord qui est cette auteure dont on parle encore trop peu.&lt;/div&gt;
      &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&lt;span class=&quot;biblio-authors&quot; &gt;&lt;a href=&quot;/en/biblio?f%5Bauthor%5D=6321&quot; rel=&quot;nofollow&quot;&gt;Bourque, Dominique&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;. 2013. “&lt;a href=&quot;/en/biblio/claude-cahun-ou-lart-de-se-de-marquer&quot;&gt;&lt;span class=&quot;biblio-title&quot; &gt;Claude Cahun ou l&#039;art de se dé-marquer&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;”. Available online: l’Observatoire de l’imaginaire contemporain. &amp;lt;&lt;a href=&quot;https://oic.uqam.ca/en/articles/claude-cahun-ou-lart-de-se-de-marquer&quot;&gt;https://oic.uqam.ca/en/articles/claude-cahun-ou-lart-de-se-de-marquer&lt;/a&gt;&amp;gt;. Accessed on May 1, 2023. Source: (&lt;span  style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;De l&#039;assignation à l&#039;éclatement. Continuités et ruptures dans les représentations des femmes&lt;/span&gt;. 2013. Montréal: Institut de recherches et d&#039;études féministes (IREF). coll. Agora, vol. Cahier de l&#039;IREF).&lt;span class=&quot;Z3988&quot; title=&quot;ctx_ver=Z39.88-2004&amp;amp;rft_val_fmt=info%3Aofi%2Ffmt%3Akev%3Amtx%3Adc&amp;amp;rft.title=Claude+Cahun+ou+l%26%23039%3Bart+de+se+d%C3%A9-marquer&amp;amp;rft.isbn=978-2-922045-42-0&amp;amp;rft.date=2013&amp;amp;rft.volume=Cahier+de+l%26%23039%3BIREF&amp;amp;rft.aulast=Bourque&amp;amp;rft.aufirst=Dominique&amp;amp;rft.pub=Institut+de+recherches+et+d%26%23039%3B%C3%A9tudes+f%C3%A9ministes+%28IREF%29&amp;amp;rft.place=Montr%C3%A9al&quot;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
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 <pubDate>Tue, 03 May 2022 16:00:42 +0000</pubDate>
 <dc:creator>Alexia Giroux</dc:creator>
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 <title>Les représentations des femmes, des féministes, du féminisme:  échos d’un récit de pratique de formation</title>
 <link>https://oic.uqam.ca/en/articles/les-representations-des-femmes-des-feministes-du-feminisme-echos-dun-recit-de-pratique-de</link>
 <description>&lt;div class=&quot;field field-name-body field-type-text-with-summary field-label-hidden&quot;&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot; property=&quot;content:encoded&quot;&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 360px;&quot;&gt;[L’]introduction du féminisme sous sa forme la plus nocive: la femme électeur […] engendrera bientôt la femme-&lt;em&gt;cabaleur&lt;/em&gt;, la femme-&lt;em&gt;télégraphe&lt;/em&gt;, la femme-&lt;em&gt;souteneur&lt;/em&gt; d’élections, puis la femme-député, la femme-sénateur, la femme avocat, enfin pour tout dire en un mot, la femme-homme, le monstre hybride et répugnant qui tuera la femme-mère et la femme-&lt;em&gt;femme&lt;/em&gt;&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref1_aq7iwg9&quot; title=&quot;Cet extrait est tiré de l’ouvrage: Femmes-hommes ou hommes et femmes? Études à bâtons rompus sur le féminisme (Bourassa, 1925: 36-37). Les italiques sont de l’auteur.&quot; href=&quot;#footnote1_aq7iwg9&quot;&gt;1&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Bien que cet extrait, prononcé en 1925 par Henri Bourassa, peut faire sourire ou étonner, en ce début de XXIe siècle, il laisse quand même entrevoir ce que pouvait être la vie des femmes d’hier et permet de prendre déjà la mesure de toute la route parcourue depuis ce temps. Mais justement, que laisse entrevoir ce chemin, cette traversée du dernier siècle? Sous quelles formes et de quelles manières les femmes d’aujourd’hui sont-elles représentées et sont-elles perçues? Quelles sont les caractéristiques qui les définissent? Et si je vous demandais de choisir trois mots qui les caractérisent, que diriez-vous? Voici l’exercice que j’ai proposé d’emblée à un groupe d’étudiantes et d’étudiants en travail social de l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC), inscrits à un cours portant sur les rapports de genre et les rapports de sexe à l’automne 2010.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La thématique proposée par le colloque à l’origine de ce texte invitait à saisir le terme de représentation(s) sous une double signification, soit celle de la place et de l’image des femmes. Pour ma part, je propose d’entrecroiser les visions que m’ont fournies les étudiantes et les étudiants qui ont pu, par le biais de ce cours, s’interroger sur les places qu’occupent les femmes et les hommes dans cette société hypermoderne et partager certaines de leurs représentations des femmes, des hommes, des féministes et du féminisme qu’elles et ils se faisaient au départ et au terme de cette démarche pédagogique.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Sous la forme d’un récit de pratique de formation, je compte, dans le cadre de ce texte, présenter et interroger ces diverses représentations et fournir un éclairage permettant de jauger la permanence et la diversité à l’œuvre dans les représentations sociales contemporaines du féminin et du masculin au sein d’un groupe inscrit au baccalauréat en travail social en 2010.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;À travers ce récit de pratique de formation, je vais donc raconter une partie de l’expérience pédagogique vécue dans le cadre de mon enseignement en travail social et présenter des fragments, des échos livrés tout au long et à la sortie de ce cours, me donnant l’occasion de porter un regard analytique sur ces éléments de contenu et sur la démarche expérimentée avec ce groupe.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mise en contexte&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;«Travail social: rapports de sexe, rapports de genre» est un cours obligatoire&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref2_y97mwop&quot; title=&quot;On peut s’interroger: si les étudiantes et les étudiants pouvaient choisir ce cours, à titre de cours optionnel, s’y inscriraient-ils?&quot; href=&quot;#footnote2_y97mwop&quot;&gt;2&lt;/a&gt; dans le programme au baccalauréat en Travail social à l’UQAC et il est planifié pour être suivi à la deuxième année du programme. Il comporte 45 heures, réparties sur quinze semaines. Il est le seul cours dans la formation en travail social à aborder de manière frontale et explicite les questions relatives aux rapports de sexe et de genre. Les objectifs visés sont:&lt;/p&gt;&lt;ul&gt;&lt;li&gt;Sensibiliser à l’évolution des rôles et des places occupées par les femmes dans la sphère privée et dans l’espace public;&amp;nbsp;&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Faire connaître les conséquences de l’inégalité dans les rapports hommes/femmes tant sur le plan individuel que collectif et les faire voir sous l’angle social, politique, économique et culturel;&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Développer une réflexion sociale d’actualité sur différentes problématiques liées aux conditions de vie des femmes et des hommes, et aux rôles qui leur ont été dévolus d’hier à aujourd’hui;&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Prendre conscience des préjugés que l’on véhicule (personnellement et professionnellement) à l’égard des femmes, des hommes et des comportements qui ne cadrent pas dans la norme reconnue socialement.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;p&gt;J’ai donné pour la première fois ce cours à l’automne 2010. J’avais un groupe de 50 personnes inscrites&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref3_eeknin4&quot; title=&quot;À noter que ce groupe était formé de 6 garçons et de 44 filles.&quot; href=&quot;#footnote3_eeknin4&quot;&gt;3&lt;/a&gt;, avec lequel j’ai cheminé durant cette session. J’en étais donc à une première expérimentation de la démarche pédagogique que j’avais conçue au préalable.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Pour les fins de cet article, seules quelques-unes des activités prévues dans le déroulement de ce cours ont été sélectionnées, de manière à donner accès au contenu relatif à la question des représentations des femmes, des hommes, des féministes et du féminisme. Au nombre de quatre, ces activités se situent toutes à des moments spécifiques de la démarche pédagogique: il s’agit du feuillet informatif, du commentaire photographique, de la 6e séance de cours et de la tenue du journal hebdomadaire dans lequel est réalisée sa synthèse critique. Les informations recueillies dans le feuillet informatif et le commentaire photographique l’ont été dès les deux premières séances de cours, celles reliées à la 6e séance se situaient à mi-parcours; finalement, celles qui concernent le journal hebdomadaire et sa synthèse critique étaient rédigées à chaque semaine et remises à la fin de la session. Voyons maintenant ce que chacune de ces étapes nous fournit en matière de représentations.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le feuillet informatif&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Au début de chacune des sessions, lors du premier cours, je demande toujours aux étudiantes et étudiants de compléter un feuillet informatif dans lequel un certain nombre de questions leur sont posées concernant leur cheminement au baccalauréat, leurs intérêts pour la thématique abordée et le contenu du cours qui sera donné. Ainsi pour ce cours, «Travail social: rapports de sexe, rapports de genre», voici les quatre questions thématiques qui leur ont été proposées:&lt;/p&gt;&lt;ul&gt;&lt;li&gt;Trois mots qui caractérisent une femme, un homme.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Sous quels aspects les plus marquants, les conditions de vie des femmes se sont-elles modifiées dans les 30 dernières années?&lt;/li&gt;&lt;li&gt;En quoi la condition masculine a-t-elle changé au cours des dernières années?&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Y a-t-il des aspects sur lesquels il y aurait encore des luttes à faire pour améliorer les conditions de vie des femmes?&amp;nbsp;&amp;nbsp;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;p&gt;Examinons ce qu’elles et ils ont répondu à chacune de ces questions.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;ul&gt;&lt;li&gt;1ère question: Trois mots qui définissent une femme, un homme&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;p&gt;Les caractéristiques qui ont été le plus fréquemment&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref4_0kyxtif&quot; title=&quot;Les caractéristiques retenues pour constituer ce tableau sont celles qui ont été nommées plus d’une fois. Le chiffre entre parenthèse indique le nombre de fois où cette caractéristique a été répertoriée.&quot; href=&quot;#footnote4_0kyxtif&quot;&gt;4&lt;/a&gt; nommées pour définir une femme et un homme sont les suivantes:&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;73466&quot; view_mode=&quot;embed_large&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;p&gt;À la lumière des caractéristiques nommées et listées dans ce tableau, il est frappant de voir que celles qui sont les plus populaires correspondent encore à certains traits stéréotypés qui ont défini pendant longtemps les hommes et les femmes dans nos sociétés et que certaines caractéristiques nouvelles sont mentionnées plutôt en bas de liste et de façon moins fréquente. Bref, pas de surprise en parcourant cette liste où rien de non convenu et de nouveau semble émerger au démarrage de la session. Ce premier exercice pourrait même donner à penser que le travail de transformations et de remises en question des stéréotypes qui a été opéré par les féministes et leur mouvement n’a pas réussi à modifier les structures internes qui auraient permis un changement durable des mentalités.&lt;/p&gt;&lt;ul&gt;&lt;li&gt;2e question: Sous quels aspects les plus marquants, les conditions de vie des femmes se sont-elles modifiées dans les 30 dernières années?&amp;nbsp;&amp;nbsp;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;p&gt;Pour la présentation des réponses à cette deuxième question, j’ai choisi, pour une raison que nous verrons plus tard, de distinguer les réponses données par les filles de celles données par les garçons. Donc voici les éléments qu’ils et elles ont ciblés:&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;73467&quot; view_mode=&quot;embed_large&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;Bien que plusieurs des éléments nommés soient communs et présents tant dans la liste des garçons que dans celle des filles, on remarque tout de même que les filles se distinguent en parlant des transformations qui ont trait au corps et au couple, alors que les garçons eux soulignent celles qui ont trait à l’éducation et à la politique. Que penser de ces différences? Sommes-nous, là aussi, devant une démarcation stéréotypée du regard posé sur les transformations vécues?&lt;/p&gt;&lt;ul&gt;&lt;li&gt;3e question: En quoi la condition masculine a-t-elle changé au cours des dernières années?&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;p&gt;Voyons maintenant sous quels aspects, selon eux et elles, la condition masculine a changé au cours des dernières années.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;73468&quot; view_mode=&quot;embed_large&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;p&gt;Qu’est-ce qui se dégage des changements ciblés? On remarque que les commentaires des jeunes femmes sont davantage positifs, alors que les changements ciblés par les jeunes hommes semblent insister davantage sur une perte, un manque, un malaise. Ces derniers mentionnent entre autres que la place que prennent les hommes dans l’espace public s’est grandement modifiée du fait que maintenant, les femmes occupent cet espace avec eux. Du côté des filles, la modification de la place que les hommes assument dans la sphère domestique représente une préoccupation plus grande pour elles. Elles remarquent davantage cet investissement et demandent que les hommes soient encore plus actifs et assument plus de responsabilités dans cet univers.&lt;/p&gt;&lt;ul&gt;&lt;li&gt;4e question: Y a-t-il des aspects sur lesquels il y aurait encore des luttes à faire pour améliorer les conditions de vie des femmes?&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;p&gt;À cette quatrième question, la majorité des filles et des garçons ont répondu oui d’emblée. Cependant, deux filles ont dit non pour les femmes d’ici tout en précisant que ces luttes étaient valides pour les femmes d’ailleurs, et un garçon a exprimé son ambivalence. Quelles sont donc les situations ciblées par les étudiantes et les étudiants qui demandent encore à être résolues?&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;73469&quot; view_mode=&quot;embed_large&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;p&gt;Fait marquant, la majorité des étudiantes et des étudiants étaient d’accord pour souligner qu’il y a encore des luttes à mener pour améliorer les conditions de vie des femmes, et les thématiques soulevées, autour desquelles ces luttes pourraient se faire, sont sensiblement les mêmes, qu’il s’agisse des garçons ou des filles. La conscience des écarts existant et persistant en regard de certaines des sphères de la vie des femmes ou des réalités qu’elles vivent est bien présente dans le groupe et contrairement à l’idée qui dit que les jeunes générations souscrivent au fait que «l’égalité entre les hommes et les femmes est déjà là», on voit ici plutôt l’expression d’une sensibilité aux différences et au travail qu’il reste à faire pour diminuer l’ensemble des iniquités et des inégalités toujours présentes.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le commentaire photographique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans le cadre de ce deuxième travail, les étudiantes et les étudiants étaient invités, dès la première semaine de la session, à se rendre sur le site Internet du cours et à parcourir une banque de photographies mise à leur disposition. Dans l’ensemble des photos proposées, ils devaient choisir celle qui les interpellait davantage et leur permettait de faire un lien avec la thématique du cours. Ils sélectionnaient une photo, l’imprimaient et y joignaient un commentaire écrit qui expliquait les raisons de leur choix, comment ou en quoi cette photo évoquait pour eux les grands thèmes que nous allions aborder dans ce cours ou encore les questions qu’elle leur posait.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Voici la sélection des photos&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref5_i4bjj9r&quot; title=&quot;Ces photos sont extraites de Koch, 2009 et de Masquetiau de Abeels, 2006.&quot; href=&quot;#footnote5_i4bjj9r&quot;&gt;5&lt;/a&gt; choisies plus d’une fois, à l’exception des trois dernières qui ne l’ont été qu’une seule fois.&lt;/p&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;73470&quot; view_mode=&quot;embed_large&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;p&gt;On remarque qu’à travers les choix qui sont faits ici, plusieurs thèmes sont repérables, tels que le rapport des femmes à leur corps, l’emprise des hommes sur ce corps, le couple, la famille, le rôle de mère, les rôles nouveaux qu’occupent des hommes et des femmes dans la sphère domestique et dans l’espace du travail salarié, l’éducation et les regroupements de femmes.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Là aussi, plusieurs des photos sélectionnées font écho aux éléments de réponses données dans les quatre questions posées dans le questionnaire. Elles font état de réalités qui touchaient traditionnellement et qui touchent encore les femmes au quotidien, ou alors elles témoignent d’un idéal auquel les hommes et les femmes d’aujourd’hui aspirent en matière de rôles et d’égalité.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La 6e séance de cours: «Des luttes et des rires de femmes»&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Cette sixième séance de cours abordait de manière explicite l’engagement dans le mouvement des femmes et forcément la question du féminisme. Depuis le début de la session, il était évident que ces thèmes suscitaient certaines réticences chez quelques étudiantes et étudiants, voire un certain malaise. La préparation à cette séance de cours les invitait, comme pour toutes les semaines précédentes, à lire quelques textes au préalable. Parmi ces textes, l’un a gagné la faveur de plusieurs. Il s’agit du texte intitulé «Moi féministe? Jamais de la vie…» de Jean-François Landry (2003). Puis, au moment de la séance de cours, deux activités étaient planifiées: la projection d’un documentaire réalisé par des féministes et intitulé «On n’a pas dit notre dernier mot» (Simard et Trépanier, 2006)&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref6_6eptcm7&quot; title=&quot;Ce documentaire porte sur la réalisation du numéro spécial à l’occasion des célébrations des 25 ans de fondation du magazine La Vie en rose.&quot; href=&quot;#footnote6_6eptcm7&quot;&gt;6&lt;/a&gt;, et la rencontre avec deux jeunes féministes engagées dans le groupe Rebelles 02. Voici quelques-uns des commentaires formulés relativement à cette séance de cours&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref7_y3m38xf&quot; title=&quot;Ces commentaires ont été formulés dans les journaux hebdomadaires des étudiantes et des étudiants.&quot; href=&quot;#footnote7_y3m38xf&quot;&gt;7&lt;/a&gt;:&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Concernant le texte de Jean-François Landry, on peut dire que sa lecture a eu plusieurs effets puisqu’il a été en quelque sorte libérateur et a autorisé une parole autour du féminisme. Il a rejoint les perspectives de plusieurs, dont celle selon laquelle «les jeunes d’aujourd’hui pensent que le féminisme n’a plus sa raison d’être» ; il a ébranlé certaines idées, notamment celle selon laquelle «un garçon pouvait se dire féministe», et il a permis certaines prises de conscience, dont celle «de vivre dans un monde masculin». Des filles ont également été interpellées quant au fait de se dire féministe ou non. D’ailleurs, voici un extrait qui illustre ce type de réflexion:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Suite à la lecture de ce texte, je me suis posée la question: «Suis-je féministe?». Et la réponse fut oui j’en suis une mais pas jusqu’au bout des ongles. […] Je ne ressens pas encore (et peut-être jamais) le besoin de me rallier à un groupe de féministes, je suis comme… une féministe non pratiquante! Je suis pour l’égalité, la justice et la liberté et je suis sensibilisée à toutes les causes pour les femmes mais je ne fais pas partie de la bande qui lutte pour ces causes. C’est peut-être égoïste et individualiste de ma part, j’y consens… mais je suis une féministe dans l’âme et non dans la pratique.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Quant aux propos recueillis autour du féminisme, ils se regroupent sous deux grands thèmes, soit, d’une part, le sens donné au féminisme et, d’autre part, la perception qu’on a des féministes. Voyons les idées principales qui se dégagent sous chacun de ces thèmes.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Autour du féminisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Bien qu’au début de ce cours, plusieurs étudiantes et étudiants croyaient que «le féminisme n’avait plus sa raison d’être», un grand nombre réalise, au moment de cette séance, qu’ils et elles ont «une vision erronée et stéréotypée du féminisme» et n’en retiennent «que le côté gris». Ainsi, il serait nécessaire de «redorer l’image du mouvement des femmes» et même de «redéfinir le terme féminisme».&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Bref, on constate que «le féminisme et les actions de ce mouvement sont pour l’ensemble de la société et non contre les hommes» et que «l’avancement de la cause des femmes fait également avancer la cause des hommes».&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Autour des féministes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Au départ, on entretient ici aussi une idée plutôt négative ou stéréotypée des féministes, mentionnant que «si la vision du féminisme est celle de la femme frustrée et extrémiste, on ne veut pas être associé à cette image-là», tout en constatant qu’«il y a un manque de modèles féministes autres que celui de la féministe radicale». À ce sujet, la vidéo projetée a donné l’occasion de voir s’exprimer une variété de féministes qui ne sont pas toutes extrémistes. En somme, comme plusieurs étudiantes l’indiquent, «si être féministe c’est mettre de l’avant les valeurs de liberté, de solidarité, d’équité et de justice», alors elles se revendiquent d’être féministes. Voyons ce que l’une d’entre elles a formulé à ce sujet:&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Pour moi le féminisme est un mouvement social et une philosophie. Nous vivons le féminisme de façon collective mais également de façon individuelle. Le documentaire est venu me rejoindre car il présentait des femmes différentes qui vivaient leur féminisme à leur façon. Il est important de laisser place aux nuances. Je trouve que c’est primordial de respecter le degré et l’intensité de féminisme de chaque femme car même si nous le vivons et l’exprimons différemment, nous poursuivons toutes le même objectif soit que les femmes et les hommes soient égaux.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’ensemble de ces propos permet de saisir la prégnance des représentations stéréotypées qui perdurent, sur le plan social, relativement à l’identité des féministes ainsi qu’à celle du mouvement où plusieurs d’entre elles militent. Autre aspect intéressant à signaler: c’est un texte signé par un jeune homme (celui de Jean-François Landry) qui permet une expression plus ouverte, une parole plus libre autour de ces questions pour un ensemble important d’étudiantes et d’étudiants du cours. Est-ce dû au fait que cette parole est celle d’un jeune, comme eux et elles, et qu’elle résume en partie leur vision du féminisme ? Est-ce dû au titre accrocheur et évocateur du texte? Finalement, la multiplicité des expressions et des formes du féminisme sont à promouvoir et à mettre de l’avant, de manière à donner l’occasion de déconstruire les représentations figées ou dépassées qui persistent et faire valoir la place qu’occupe la diversité au sein du mouvement des femmes.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le journal hebdomadaire et sa synthèse critique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ce travail de session demandait à chaque étudiante ou étudiant de rédiger à toutes les semaines un commentaire portant sur les lectures, les documentaires projetés et les discussions poursuivies en classe. Ainsi, au fil des semaines, ce journal prenait forme et se constituait. Puis s’ajoutait une synthèse critique qui permettait à chacun et chacune de faire le bilan de l’impact qu’avaient eu à la fois la démarche réalisée et la réception des contenus livrés dans le cours. Voici quelques-unes des idées principales qui ressortent des journaux et des synthèses présentés:&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Au début de la session, un certain nombre d’étudiantes et d’étudiants pensaient que «la cause des femmes était un peu dépassée». En fait, d’autres ont avoué «ne jamais s’être questionné sur la vie des femmes d’autrefois et être étonné du travail fait par les féministes dans le passé». Ainsi on reconnaissait avoir une «méconnaissance du féminisme» ou encore le définir «par ses seuls côtés extrémistes», ce qui continuait à donner une mauvaise réputation aux féministes, et ce malgré tout le travail qu’elles ont accompli. À la sortie de ces 45 heures de cours, certains et certaines disaient même «s’être réconcilié avec le féminisme».&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Puis, comme la majorité du groupe était composé de femmes, il va s’en dire que plusieurs d’entre elles se sont interrogées quant à leur identité féministe. Voici un commentaire qui résume la perspective de plusieurs: «Avant ce cours, je ne m’étais pas posé la question suis-je féministe ?» De même, compte tenu de la vision attribuée au féminisme, «il est vrai que c’est presque gênant de se dire féministe aujourd’hui: il faut ajouter qu’on n’est pas trop agressive». D’autres soulignent qu’«en prenant conscience de ce qu’est le féminisme, elles voient que plusieurs le sont sans le savoir», ou encore que «certaines ont des façons d’être féministes sans employer le mot». Finalement, quelques-unes affirment que ce cours, la démarche, les lectures «leur confirment qu’elles sont féministes et qu’elles n’auront plus honte de le dire».&lt;/p&gt;&lt;p&gt;À titre d’exemple, et pour terminer, voyons ce qu’une étudiante et un étudiant ont souligné à la fin de leur parcours:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Au terme de cette démarche je peux franchement dire que ma conception du féminisme a totalement changé avec les notions abordées dans ce cours. Dorénavant je n’aurai plus peur de me dire féministe et serai à l’aise d’expliquer ce concept et ce qui reste à faire pour améliorer la vie des femmes d’aujourd’hui et les acquis à ne pas perdre.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Ce cours m’a permis de faire cette réflexion profonde sur la différenciation des sexes et ses répercussions sociétales. […] Pour une fois, on m’a proposé de dépasser l’aspect théorique pour me permettre de me positionner à travers une approche réflexive sur le féminisme. […] Les sujets abordés ne m’ont toutefois pas laissé indifférent et m’ont même quelques fois fâché, déstabilisé et fait sortir intérieurement de mes gonds. […] Chose certaine, vous m’avez offert l’opportunité de réfléchir sur cette thématique. Ce cours ne fera pas de moi un militant féministe mais je suis maintenant conscient de cette réalité.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les effets de la démarche&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Que se dégage-t-il au terme de cette démarche? Quels constats peut-on en tirer? À travers l’ensemble des réponses données aux activités pédagogiques relatées pour les fins de cet article, voici quelques pistes de réflexion qui méritent d’être soulignées.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Des visions et des opinions qui se sont transformées&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Si, de prime abord, la majorité des étudiants et étudiantes inscrites à ce cours avaient une vision plutôt négative du féminisme et des féministes, il est évident qu’à l’issue de ces 45 heures de cours, la plupart portent un autre regard sur ces réalités. Plusieurs témoignent du chemin parcouru, de leur vision qui a changé, et d’une opinion qui est maintenant plus nuancée, comme le révèlent les deux témoignages reproduits ci-après:&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Au début de la session je me croyais bien informée et sensibilisée sur les effets des rapports de genre dans notre société. J’avais une opinion assez tranchée sur la question et étais persuadée de ne pas changer de point de vue de sitôt. Quelle ne fut pas ma surprise en relisant mon premier commentaire, de constater que mon opinion avait vraiment changé ! En effet ma vision a beaucoup évolué.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Votre cours m’a permis de me réconcilier avec l’approche féministe et de me rendre compte que j’adhérais parfaitement à ces valeurs, et ce, sans le savoir. J’avais certains préjugés et une image un peu péjorative de ce qu’était le féminisme. Je termine la session mieux informée, plus nuancée et davantage affirmée ainsi que préoccupée par la situation des femmes d’ici et dans le monde.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Bien que les stéréotypes sur les femmes et les hommes aient été suffisamment remis en question par le mouvement des femmes, on remarque qu’ils sont finalement toujours actifs au sein de nos sociétés, ce qui ouvre pour les jeunes la possibilité de les examiner, de les débusquer et de les contrer.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Un cours et des contenus pertinents pour le travail social dans l’avenir&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Si au départ on pouvait s’étonner et même questionner la pertinence d’un pareil cours dans le cursus de la formation des futures travailleurs et travailleuses sociales, au fil de la démarche, plusieurs ont pris conscience de son importance au regard des connaissances apprises, des sensibilités développées et des prises de conscience réalisées, qui pourront sans doute donner une couleur particulière à leurs futures interventions.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Plusieurs ont souligné comment les «lectures faites dans ce cours leur ont ouvert les yeux», et dans certains cas se sont étonnés d’avoir soi-même été porteur d’attitudes discriminatoires. D’autres ont mentionné comment ce cours, en leur faisant comprendre «les modes de socialisation» et voir comment ceux-ci s’incarnent dans une «culture teintée du legs que nous a laissé la société patriarcale», leur sera utile dans l’exercice de leur future profession. Ainsi, devenir «conscient des construits transmis par notre mode de socialisation» permettra «d’intervenir de façon juste et équitable, que ce soit avec les hommes et avec les femmes», et d’«effectuer les changements sociaux qui s’imposent» en vue d’une société plus juste et égalitaire.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Une connaissance plus approfondie des conditions de vie des femmes d’ici et d’ailleurs&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Finalement, plusieurs étudiantes et étudiants reconnaissent avoir acquis un certain nombre de connaissances en lien avec les conditions de vie des femmes. Ces apprentissages leur ont permis, selon leurs propres termes, de mieux comprendre les dynamiques à l’œuvre au cœur des rapports de genre et de sexe et de saisir leur spécificité ici comme ailleurs dans le monde.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;«Acquérir une vision plus globale», «agrandir ses connaissances», «réfléchir plus en profondeur», bref se saisir des conditions de vie vécues par les femmes d’ici et d’ailleurs dans le monde et déceler comment les rapports de sexe et de genre se sont construits, voilà ce que la majorité en retire.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Se « réconcilier » avec le féminisme : le découvrir, le voir et le penser autrement…&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En somme, on peut dire qu’au sortir de cette démarche, plusieurs étudiants et étudiantes se montrent plus ouverts au féminisme et à ses enjeux; ils et elles les conçoivent et les énoncent d’une manière qui ne correspond plus à leur représentation initiale. Plusieurs ont pris conscience de certains enjeux et réalisé l’ampleur et l’importance du chemin parcouru tout au long du trimestre. Histoire, inégalités structurelles, rôles et stéréotypes attitrés explicitement ou de manière plus sournoise sont quelques-uns des éléments qui leur auront permis de saisir les réalités vécues par les hommes et les femmes d’hier et d’aujourd’hui.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sans conclure&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Si les individus sont «produits» par la société (Élias, 1991), on ne doit pas oublier qu’à leur tour, ils deviennent producteurs et productrices du social (Ferrand, 2004). Mailler rapports sociaux de sexe, rapports de genre, féminisme et travail social sous le mode de l’interrogation et du questionnement devient alors une nécessité pour saisir les enjeux qui animent nos sociétés hypermodernes. De plus, à questionner le féminin et le masculin, on invite à penser l’humanité de façon plus souple et plus ouverte. Voilà le défi que proposait ce cours à de futures travailleuses et travailleurs sociaux qui se voyaient déjà, au moment de leur formation, comme des agents de changement social.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Comment travailler à multiplier les représentations autour des femmes, des hommes, du féminisme et du mouvement des femmes? Un immense chantier est ouvert pour œuvrer à promouvoir et à rendre visible la multiplicité des formes et des expressions féministes d’hier, d’aujourd’hui et de demain. C’était l’un des défis que ce cours cherchait à relever. De là, et en écho aux propos formulés par les étudiants et étudiantes dans le cadre de cette expérience vécue au trimestre d’automne 2010, la pertinence de maintenir ce type de cours au programme dans la formation en travail social.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Si pour Joan W. Scott les identités n’existent pas au préalable, mais se constituent rétrospectivement aux racines où elles s’inscrivent (dans le corps en parlant du genre ou de la race et dans l’héritage culturel en parlant de l’origine ethnique et de la religion), la «similarité illusoire» serait alors reliée à une catégorie de personne considérée comme immuable. On pense ici aux catégories suivantes: femmes, ouvriers, Noirs, homosexuels. À cette idée d’immuabilité, se greffe aussi celle que seules les circonstances historiques, dans lesquelles ces catégories évoluent, varieraient. Pour illustrer ce phénomène, Scott rappelle les multiples fois où les spécialistes de l’histoire des femmes se sont demandés «comment les changements de statut juridique, social, économique, médical des femmes conditionnaient leurs possibilités d’émancipation et leurs chances d’égalité», alors qu’ils ont interrogé beaucoup moins fréquemment «comment ces changements modifiaient le sens (d’un point de vue social et subjectif) du terme “femme” lui-même» (Scott, 2009: 129-130).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;À titre de futures intervenantes et intervenants sociaux, il est donc important que les étudiantes et les étudiants soient amenés à comprendre comment, historiquement, les rapports sociaux et les rapports de genre ont pris racine dans diverses institutions (société, famille, école, travail, etc.), quelles sont les luttes qu’ils ont générées et quelles transformations majeures en ont découlé, les aidant ainsi à débusquer les tensions qui perdurent ou sont re/générées par ces rapports dans la société qui se profile et où nous vivons en ce début de XXIe siècle. Voilà la contribution que j’ai cherché à apporter en expérimentant cette formation à l’automne 2010.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Références&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BOURASSA, Henri. 1925. &lt;em&gt;Femmes-hommes ou hommes et femmes? Études à bâtons rompus sur le féminisme&lt;/em&gt;, Montréal: Imprimerie du Devoir.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;ÉLIAS, Norbert. 1991. &lt;em&gt;La société des individus&lt;/em&gt;, Paris: Fayard.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;FERRAND, Michèle. 2004.&lt;em&gt; Féminin Masculin&lt;/em&gt;, Paris: La Découverte.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;KOCH, Roberto (dir.). 2009. &lt;em&gt;Photo Box&lt;/em&gt;, New York: Thames &amp;amp; Hudson Ltd; London: Abrams.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;LANDRY, Jean-François. 2003. «Moi féministe? Jamais de la vie… », &lt;em&gt;FéminÉtudes&lt;/em&gt;, vol. 8, no 1, p. 23-24.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;MASQUESTIAU, Pascale et Patrick ABEELS. 2006. &lt;em&gt;Le Photo langage&lt;/em&gt;, Bruxelles: Le Monde selon les femmes.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;SCOTT, Joan W. 2009. &lt;em&gt;Théorie critique de l’histoire. Identités, expériences, politiques&lt;/em&gt;, Paris: Fayard.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;SIMARD. Monique et Nathalie TRÉPANNIER. 2006. &lt;em&gt;On n’a pas dit notre dernier mot,&lt;/em&gt; Montréal: Productions Virage, DVD-(vidéo): 47 min, son, coul. ; 12 cm.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;

&lt;section  class=&quot;footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed&quot; data-collapsible-show-label=&quot;Notes&quot; data-collapsible-hide-label=&quot;Notes&quot;&gt;&lt;ul class=&quot;footnotes collapsible-content&quot;&gt;&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote1_aq7iwg9&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref1_aq7iwg9&quot;&gt;1.&lt;/a&gt; Cet extrait est tiré de l’ouvrage: &lt;em&gt;Femmes-hommes ou hommes et femmes? Études à bâtons rompus sur le féminisme&lt;/em&gt; (Bourassa, 1925: 36-37). Les italiques sont de l’auteur.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote2_y97mwop&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref2_y97mwop&quot;&gt;2.&lt;/a&gt; On peut s’interroger: si les étudiantes et les étudiants pouvaient choisir ce cours, à titre de cours optionnel, s’y inscriraient-ils?&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote3_eeknin4&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref3_eeknin4&quot;&gt;3.&lt;/a&gt; À noter que ce groupe était formé de 6 garçons et de 44 filles.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote4_0kyxtif&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref4_0kyxtif&quot;&gt;4.&lt;/a&gt; Les caractéristiques retenues pour constituer ce tableau sont celles qui ont été nommées plus d’une fois. Le chiffre entre parenthèse indique le nombre de fois où cette caractéristique a été répertoriée.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote5_i4bjj9r&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref5_i4bjj9r&quot;&gt;5.&lt;/a&gt; Ces photos sont extraites de Koch, 2009 et de Masquetiau de Abeels, 2006.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote6_6eptcm7&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref6_6eptcm7&quot;&gt;6.&lt;/a&gt; Ce documentaire porte sur la réalisation du numéro spécial à l’occasion des célébrations des 25 ans de fondation du magazine &lt;em&gt;La Vie en rose&lt;/em&gt;.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote7_y3m38xf&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref7_y3m38xf&quot;&gt;7.&lt;/a&gt; Ces commentaires ont été formulés dans les journaux hebdomadaires des étudiantes et des étudiants.&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;/section&gt;&lt;/div&gt;
      &lt;/div&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;Pour ma part, je propose d’entrecroiser les visions que m’ont fournies les étudiantes et les étudiants qui ont pu, par le biais de ce cours, s’interroger sur les places qu’occupent les femmes et les hommes dans cette société hypermoderne et partager certaines de leurs représentations des femmes, des hommes, des féministes et du féminisme qu’elles et ils se faisaient au départ et au terme de cette démarche pédagogique.&lt;/div&gt;
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 <pubDate>Tue, 03 May 2022 13:30:30 +0000</pubDate>
 <dc:creator>Alexia Giroux</dc:creator>
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 <title>Récurrences dans les représentations du féminin dans la presse écrite chez les galeristes montréalaises Lavigueur, Lefort et Millman</title>
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot; property=&quot;content:encoded&quot;&gt;&lt;p&gt;À ce jour, seulement quelques auteurs québécois ont étudié les femmes galeristes montréalaises actives du début des années quarante au début des années soixante (Lafleur, 2011; Marcotte, 2000; Pageot, 2008; Robillard, 1985; Sicotte, 1996 ainsi que Sicotte et Galerie Leonard &amp;amp; Bina Ellen, 1996). À deux exceptions près, toutes les études recensées se penchent sur un cas unique&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref1_ytlkoxq&quot; title=&quot;Julie Marcotte et Yves Robillard traitaient de la galeriste Denyse Delrue, qui a entre autres fondé les première et seconde Galerie Denyse Delrue (respectivement en 1957 et 1959), alors qu’Hélène Sicotte, individuellement d’abord, puis conjointement avec la Galerie Leonard &amp;amp; Bina Ellen, s’intéressait à Agnès Lefort, dont il sera question dans cet article.&quot; href=&quot;#footnote1_ytlkoxq&quot;&gt;1&lt;/a&gt; en traitant l’expérience individuelle de chacune de ces femmes comme marginale et en faisant abstraction du phénomène qui émergeait alors. Pourtant, ces études, comme plusieurs autres consacrées à l’art québécois de l’époque (Robert, 1977; Viau, 1964 entre autres), mentionnent la présence de femmes au sein du milieu des galeries d’art, alors que dans la majorité des autres sphères professionnelles, toute présence féminine était encore peu tolérée.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Notre recherche vise à pallier quelque peu cette lacune en abordant la situation des femmes fondatrices et gestionnaires d’une galerie d’art à Montréal durant les décennies 1940, 1950 et début 1960. Dans ces quelques pages, nous nous intéressons aux représentations véhiculées dans les journaux et périodiques de l’époque (ainsi que quelques imprimés plus récents) de trois de ces femmes galeristes actives entre 1941 et 1961. Notre intention est de vérifier si les représentations qui y sont véhiculées participent de la minimisation du rôle de ces femmes dans l’histoire de l’art au Québec et, plus largement, d’une vision traditionnelle du rôle des femmes au sein de la société québécoise. L’analyse des commentaires sur les parcours de trois galeristes, soit Rose Millman, Agnès Lefort et Jessie Lavigueur, nous permettra de dégager certaines représentations récurrentes dans les portraits qui sont faits d’elles.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Pour mieux situer ces femmes galeristes dans le contexte où elles amorcent leurs activités, rappelons brièvement que le consensus social assigne aux femmes le rôle d’épouse et de mère, alors que leur participation au marché du travail est fortement décriée par les élites d’alors, sauf en cas d’extrême nécessité. Dans le même ordre d’idées, soulignons que, jusqu’en 1964, les femmes mariées ont approximativement les mêmes droits qu’une personne mineure et doivent, si elles souhaitent exercer une profession au Québec, obtenir le consentement de leur mari. Un statut particulier est par ailleurs consenti aux femmes mariées qui exercent le métier de marchande publique, ce qui leur permet de gérer seule un commerce. Ce statut, qui accorde aux femmes mariées un recouvrement partiel de leur capacité juridique, soit dans les limites de l’exercice des responsabilités liées à leur commerce (Dumont et Toupin, 2003: 129), ne les exempte pas de l’obligation d’obtenir l’autorisation maritale. Relativement à cette incapacité juridique des femmes mariées, la &lt;em&gt;Déclaration de société&lt;/em&gt; produite par Lefort et conservée aux archives de la Cour Supérieure de Montréal comprend cette mention: «Je suis célibataire», attestant du fait qu’elle peut légalement établir et gérer un commerce.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Bref, l’adhésion à l’idéologie traditionnelle qui confine les femmes dans le rôle de «reine du foyer», gardienne des valeurs morales et chrétiennes, constitue en l’occurrence l’univers normatif dans lequel évolue encore la société canadienne-française (Barry, 1977: 43). En aucun cas n’est-il accepté que l’exercice d’une carrière puisse exempter les femmes de leur charge de travail domestique et, conséquemment, de leur rôle de «reine du foyer» (Carrière, 1942: 26). Très souvent, les femmes mariées en emploi sont exposées à de virulentes critiques, puisque le travail féminin est donné comme cause de la désorganisation familiale et accusé d’avoir pour effets d’augmenter la prostitution, l’alcoolisme et la délinquance juvénile (Barry, 1977: 47). Francine Barry (1977: 47) rapporte que, selon ce même discours, on considérait que le travail pouvait conduire les femmes à l’épuisement physique et moral, et l’addition de tâches professionnelles aux responsabilités domestiques pouvait affecter leurs capacités maternelles, tant physiques qu’émotionnelles.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Plusieurs études démontrent&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref2_ci96k2q&quot; title=&quot;À ce sujet, voir entre autres L’école rose… Et les cols roses : la reproduction de la division sociale des sexes de Francine Descarries-Bélanger (1980), ainsi que Les Canadiennes et la Seconde Guerre mondiale de Ruth Roach Pierson (1983).&quot; href=&quot;#footnote2_ci96k2q&quot;&gt;2&lt;/a&gt; que les femmes qui travaillent ont longtemps été cantonnées dans un nombre restreint de catégories professionnelles liées à la sphère domestique ainsi qu’aux valeurs «naturellement» féminines de don de soi (aide-ménagère, institutrice, infirmière, secrétaire, etc.) (Arbour, 1982: 7). Elles abandonnent généralement le travail lorsqu’elles se marient afin de se consacrer exclusivement au foyer et à la famille (Strong-Boag, 1994: 10), bien que Guy Rocher (1962: 127) constate, sur la question, une plus grande ouverture d’esprit chez les Canadiens anglais que chez les Canadiens français. Cette information s’appuie sur le fait que Millman, la première femme à avoir fondé en 1941, une galerie d’art commerciale à Montréal, était anglophone.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Toutefois, l’avènement de la Seconde Guerre mondiale bouleverse temporairement le statut du travail féminin rémunéré à travers le Canada. Lors de ce conflit armé, les Canadiennes sont appelées à participer à l’effort de guerre dans leurs activités domestiques, mais également par l’occupation d’un emploi. Bien qu’au Québec, les autorités religieuses et syndicales, ainsi que certains politiciens nationalistes, se prononcent contre l’emploi des femmes à l’extérieur du foyer, le gouvernement fédéral met en place des mesures afin de favoriser l’arrivée massive (mais provisoire) des femmes sur le marché du travail (Collectif Clio, 1992: 388). Le gouvernement fait d’abord appel aux jeunes femmes célibataires pour exécuter un travail à temps plein, mais la main-d’œuvre s’avère insuffisante et bientôt, on fait également appel aux femmes mariées sans enfant pour travailler à temps partiel, puis, finalement, aux mères (Pierson, 1983: 9; 12). Pour ce faire, l’État entreprend des campagnes de recrutement à l’échelle nationale, à la radio ainsi que dans les journaux, en plus de modifier des lois et d’établir un système de garderies pour les mères travailleuses (Pierson, 1983: 10-14). Toutefois, ces mesures ne sont que transitoires et, dès la fin de la guerre, le nombre d’emplois disponibles pour les femmes diminue (puisqu’on préconise l’embauche d’anciens combattants), les subventions aux garderies prennent fin, et on prône le retour des travailleuses à leur ménage à travers une propagande médiatisée romançant la vie des femmes au foyer (Pierson, 1983: 27; 29). Cette position de valorisation du rôle des femmes au foyer est entre autres perceptible dans le journal &lt;em&gt;La Presse&lt;/em&gt; et dans le magazine &lt;em&gt;Revue moderne&lt;/em&gt;&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref3_7yry38z&quot; title=&quot; Sur le sujet, voir le mémoire de maîtrise en histoire de Marie-Anne Sauvé, «La représentation du travail rémunéré des femmes pendant la Seconde Guerre mondiale, à travers le journal La Presse, Québec, 1939 à 1945», déposé en 1986 à l’Université du Québec à Montréal, ainsi que l’étude de Jocelyne Valois, «La presse féminine et le rôle social de la femme» (1967), qui se trouve en bibliographie.&quot; href=&quot;#footnote3_7yry38z&quot;&gt;3&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Judy K. Collischan Van Wagner (1984: 4-5) voit un lien entre l’événement de la Seconde Guerre mondiale et l’émergence des femmes galeristes, du moins aux États-Unis. Elle constate que des femmes se sont alors rapprochées de la sphère de la diffusion artistique (en devenant galeristes, écrivaines et critiques) et comprend ce phénomène comme une conséquence de l’entrée massive des femmes sur le marché de l’emploi en raison de l’industrie de guerre. Et cela, dans un contexte où plusieurs artistes d’avant-garde s’exilent d’Europe vers l’Amérique du Nord pour éviter les atrocités de la guerre. Cette explication semble également pertinente pour Montréal, puisque la première galerie fondée par une femme l’a été en 1941. De surcroît, plusieurs artistes modernes, français pour la plupart, ont choisi de venir s’établir au Québec pour la durée de la guerre.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il est aussi intéressant de constater que l’accession des femmes à l’enseignement supérieur dans le domaine des beaux-arts est plus aisée que pour les autres formations professionnelles. Katia Tremblay (1993: 176) suggère que c’est parce que, dans les mœurs populaires, on accorde «naturellement» aux femmes une sensibilité artistique et une créativité liées à leur sexe. Entre le krach boursier de 1929 et la Seconde Guerre mondiale plus particulièrement, l’art est effectivement perçu par plusieurs comme un loisir féminin dont la principale fonction est la décoration (Arbour, 1994: 7). Mais si les femmes sont plus facilement admises dans les institutions de formation artistique que dans toute autre institution d’enseignement, l’accès aux hautes reconnaissances leur est généralement refusé. Ainsi, l’artiste Jori Smith s’est vu nier l’accès, en des termes des plus explicites, une bourse à l’École des beaux-arts de Montréal à cause de son sexe: «[…] nous ne pouvons pas nous permettre de vous donner cette bourse, parce que vous êtes une femme, et que vous vous marierez, et que vous arrêterez alors de peindre» (Strong-Boag, 1994: 8).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Progressivement, les mœurs changent et il devient courant que des femmes travaillent après leurs études, et ce jusqu’à leur mariage. Certaines femmes travaillent à servir la clientèle dans des boutiques, quelques-unes gèrent même des commerces; ces dernières forment toutefois une très faible minorité de la main-d’œuvre féminine au Québec. Gabrielle Carrière, en 1942, publie un livre traitant des différentes possibilités de carrière qui s’offrent aux femmes québécoises; bien que l’opinion de l’auteure soit marginale pour l’époque, elle témoigne d’un début d’ouverture d’esprit au sein de la population. Carrière souhaite alors orienter les jeunes filles vers des professions qui leur conviennent, grâce à un argumentaire qui lie, dans chaque cas, la carrière examinée aux compétences féminines qu’elle nécessite.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Pour ce qui est des femmes travaillant auprès de la clientèle dans un commerce, Carrière (1942: 126) évoque —tout de suite après la maîtrise des deux langues officielles et des bases en calcul arithmétique— la primauté de la politesse, de l’écoute, du tact et de la patience avec la clientèle, un certain goût esthétique pour composer des étalages plaisants à l’œil, une apparence soignée et élégante ainsi qu’une «parole persuasive». De plus, selon elle, certains types de commerces auraient avantage à employer des femmes plutôt que des hommes, des commerces comme les boutiques de vêtements, de lingerie féminine, d’accessoires féminins, de tissus, de mercerie ainsi que de fournitures pour bébés (Carrière, 1942: 128).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Pour celles qui souhaitent établir un commerce, Carrière mentionne la nécessité d’avoir amassé un certain capital et l’importance d’établir leur boutique dans un quartier propice à la marchandise offerte (Carrière, 1942: 128). Elle affirme d’ailleurs que certains commerces peuvent aussi bien être gérés par une femme que par un homme; les magasins d’objets d’art en font partie (Carrière, 1942: 129).&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Peu à peu, la participation des femmes à la population active suscite moins de controverse, dans la mesure toutefois où deux conditions principales sont rencontrées: il faut que leur travail ne remette pas en cause leur rôle fondamental de mère et d’épouse et que leurs occupations professionnelles fassent appel à des qualités jugées typiquement féminines. Encore en 1960, Fernande Saint-Martin, éditrice de la revue &lt;em&gt;Châtelaine&lt;/em&gt;, construit son argumentaire en faveur du travail des femmes sur la base d’une telle perception:&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Il importe que la femme cultive avec une perfection toujours plus grande l’élégance et la beauté, ainsi que les divers arts ménagers qui perpétuent dans notre vie quotidienne les plus belles traditions françaises. D’autre part, les beaux-arts et la politique, l’éducation, la science et les problèmes sociaux ne sont plus aujourd’hui une chasse gardée au sexe fort; il est bon aussi que «l’honnête femme ait des lumières sur tout», puisque son sort et celui de ses enfants sont liés au destin du monde. (Saint-Martin, 1960: 1)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;De manière plus directe, Saint-Martin affirme: «[…] si les femmes sont aptes à poursuivre les mêmes études que les hommes, le problème demeure de savoir si cette formation est suffisante pour répondre aux fonctions premières de la femme, la maternité, le mariage, la responsabilité du groupe familial» (Saint-Martin, 1961: 1). Il est intéressant de souligner que Saint-Martin, quelques années auparavant, soit en 1955, avait participé avec son époux le peintre Guido Molinari à la fondation de la galerie d’art L’Actuelle à Montréal, la première galerie commerciale canadienne à diffuser exclusivement de l’art non figuratif. Les propos de Saint-Martin témoignent donc d’une période d’ouverture pour les femmes à une multiplicité de possibilités, mais également d’un besoin de s’appuyer sur une certaine tradition, liée à la fonction jugée naturellement féminine de transmission (éducation) et de reproduction. En nommant en premier l’apprentissage des beaux-arts parmi les domaines accessibles aux femmes, Saint-Martin utilise une stratégie qui lui permet d’apporter des idées nouvelles tout en les inscrivant dans une tradition où l’on présuppose qu’une sensibilité artistique ainsi qu’une créativité sont naturelles aux femmes.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La diffusion artistique et la profession de galeriste&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Esther Trépanier relève que les critiques des années 1910 et 1920 constatent qu’une partie du public des expositions à caractère artistique est constituée de femmes provenant de milieux aisés et bénéficiant d’une certaine culture. Certaines d’entre elles jouent aussi le rôle de mécène ou de bénévole dans l’organisation d’expositions, mais la plupart se satisfont de leur mission d’«éducatrice» par rapport à la chose artistique dans la sphère domestique (Trépanier, 1997: 68). Trépanier note aussi que certaines de ces femmes, anglophones pour la plupart, utilisent leur domicile durant les décennies 1910 et 1920 pour tenir des expositions de quelques jours&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref4_l3m1bad&quot; title=&quot;Esther Trépanier énumère ces expositions : Mlle Patricia Irwin expose au 40, rue Drummond, des œuvres de Charles de Belle (1873-1939) en 1915; Lady Mortimer Davis organise une exposition à son domicile de l’avenue des Pins en 1923; Mme E. Maxwell présente une exposition au 312, rue Peel, en 1925; et Mme Chowne expose en 1925 les œuvres d’une douzaine d’artistes canadiens (certains ne sont alors pas reconnus comme traditionnalistes) au 40, McGill College (Trépanier, 1997: 70-71).&quot; href=&quot;#footnote4_l3m1bad&quot;&gt;4&lt;/a&gt;. Le phénomène doit être assez répandu puisque la critique journalistique s’intéresse à de telles expositions. Toutefois, à l’exception des expositions caritatives organisées bénévolement par ces femmes&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref5_wcukw8u&quot; title=&quot;Par exemple, Trépanier recense la couverture médiatique, en octobre 1923, d’une exposition organisée pour l’Hôpital Notre-Dame par Mme Athanase David (Trépanier, 1997: 79).&quot; href=&quot;#footnote5_wcukw8u&quot;&gt;5&lt;/a&gt;, ces initiatives artistiques sporadiques ne sauraient être comparées à une activité de commerce, les œuvres étant bien souvent uniquement offertes à l’appréciation visuelle des visiteurs et non mises en vente. Celles qui organisent de telles expositions ne sont pas alors considérées comme des entrepreneures, mais comme des femmes exerçant leur rôle «spécifiquement féminin» d’élévation morale, et ce, par l’art et le bon goût (Trépanier, 1997: 71).&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Au cours des décennies suivantes, une plus grande ouverture à la présence des femmes dans le milieu artistique devient perceptible, mais toujours à travers des balises précises; leur rôle reste indissociablement relié à l’expression d’une «nature» féminine ou, à tout le moins, à celle de traits féminins (Arbour, 2000: 4-5). Dans le discours de la critique des années 1950 et 1960, ces caractéristiques dites féminines sont chargées d’une valeur positive lorsqu’il est question des femmes artistes tenantes de l’abstraction gestuelle (Arbour, 2000: 5); nous supposons donc que, durant cette même période, un discours et des stratégies similaires s’instaurent pour légitimer la présence de femmes galeristes. Rose-Marie Arbour (2000: 6) remarque, au sujet des femmes artistes, que l’interprétation de leurs œuvres par la critique de l’époque est construite autour d’une mise en parallèle de ces œuvres avec des valeurs morales ou psychologiques traditionnellement féminines, tels le don de soi, l’intuition et le sens de la communication. Ces caractéristiques se trouvent également énumérées et valorisées par la presse écrite au sujet des galeristes de notre corpus. Par exemple, Claude-Lyse Gagnon (1960: 104) se prononce ainsi sur la question: «Aujourd’hui, trois ou quatre femmes dirigent des Galeries. Elles se montrent […] devinatrices (sic) à souhait et personnes de goût». On peut penser que l’adjonction d’un registre de valeurs et d’aptitudes dites féminines permet de justifier la présence de femmes dans le milieu professionnel de la diffusion des arts visuels. La presse écrite tente également de situer l’activité de galeriste dans la continuité des professions qualifiées de féminines. En effet, on insiste à de nombreuses reprises sur l’expérience préalable de Lefort dans l’enseignement des arts, notamment auprès des enfants, mais également sur son passé d’assistanat de recherches pour un renommé savant, possiblement avec l’objectif d’inscrire, d’une autre manière, sa profession de galeriste dans la perpétuation des rôles féminins de soutien et d’éducation. D’autres auteurs suggèrent un parallèle entre le bénévolat au sein d’œuvres de bienfaisance et l’activité de galeriste, en soulignant que l’éducation du public ou le soutien de jeunes artistes constituent des gestes d’altruisme. Ainsi, comparant les peintres modernes à des êtres démunis et rejetés, Lorrain (1955: 3) n’est pas loin de décrire la galerie de Lefort comme une œuvre caritative: «Quand on est un peintre moderne, c’est-à-dire souvent incompris et même ridiculisé des masses […] c’est, à Montréal, chez Agnès Lefort que de préférence on expose.» Certains utilisent un registre lexical qui fait état de l’utilité sociale de l’activité de la galeriste (dans ce cas, celle de Lavigueur): « […] this type of exhibition fills an urgent need in a district that has neither an art gallery, nor organized facilities for enjoying painting» (Hodkinson, 1960, p. 42). Enfin, un article s’intéresse à la générosité de Lefort envers les artistes qu’elle expose, autre vertu jugée féminine, en plus de lui attribuer des qualités liées au maternage: «S’il est quelqu’un qui protège les peintres, les lance, leur “donne leur chance” comme on dit couramment, c’est Agnès Lefort» (Oligny, 1961 : 2).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans le même ordre d’idées, Trépanier (1997: 71) affirme que, dès les années 1910 et 1920, on attribuait aux femmes une responsabilité de sensibilisation à l’art et au bon goût, tout en y ajoutant une précision importante: «[…] c’est à elle[s] qu’il incombe d’utiliser, dans la décoration intérieure, des objets d’art qui contribueront à l’élévation du “bon goût” des membres de [leur] famille et de [leur] réseau d’amis, et à la rentabilité de &lt;em&gt;l’art de chez nous&lt;/em&gt;» (nous soulignons). Ainsi, l’œuvre d’art n’est pas uniquement considérée comme un objet décoratif, mais devient aussi une « instance d’élévation morale et nationale» (Trépanier, 1997: 71); le rôle des femmes en devient un, conséquemment, de transmission d’une culture canadienne-française et des valeurs qui y sont liées.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En somme, tant que leurs activités s’inscrivent dans une certaine tradition (comme leur participation à la diffusion d’œuvres pour des causes caritatives ou encore leur rôle de sensibilisation au bon goût), il devient possible pour des femmes d’exercer le métier de galeriste. Mais, plus important encore, il devient même acceptable et légitime pour ces femmes de présenter une production artistique canadienne avant-gardiste, alors que la majorité des galeries montréalaises de l’époque exposent plutôt un art européen traditionnel et consacré&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref6_btbe300&quot; title=&quot;En effet, la plupart des galeries d’art exposent l’art de maîtres anciens européens, et peu osent exposer la production d’artistes canadiens ou encore celle d’artistes actifs. Le peu de risque associé à la vente du premier type de marchandise est lié au concept de rareté (un artiste décédé ne produira jamais davantage, et la provenance éloignée des œuvres contribue également à cette rareté) et à l’absence de nécessité de susciter chez le public un changement de valeurs esthétiques (Becker, 1988: 128). Par conséquent, la mise en marché d’œuvres avant-gardistes produites par des artistes canadiens, comme le font les galeristes de notre corpus, comporte un risque bien plus élevé.&quot; href=&quot;#footnote6_btbe300&quot;&gt;6&lt;/a&gt;. Autrement dit, leur soumission aux rôles conventionnels féminins entraînerait une relative acceptation (ou légitimation), dans la presse écrite, des œuvres modernes qu’elles exposent. Le choc causé par la présentation d’œuvres d’avant-garde dont le style n’est pas encore apprécié ni de la critique ni du public se trouve amoindri, voire excusé par le fait que ces femmes galeristes tentent d’éduquer le public en jouant leur rôle de femme, en participant à la sensibilisation du public à l’esthétique et en soutenant les artistes canadiens.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La première à exposer l’avant-garde canadienne est Millman, qui va jusqu’à octroyer le nom «Dominion» à sa galerie commerciale pour témoigner de cette particularité. Elle accueille sur ses cimaises plusieurs expositions de peintres québécois modernes et, en 1943, elle est la première galeriste à exposer &lt;em&gt;Abstraction verte&lt;/em&gt;, l’œuvre que Paul-Émile Borduas considérera comme son premier tableau automatiste. À travers sa programmation, Lefort souhaite pour sa part diffuser le travail de l’avant-garde canadienne et participer à la popularisation du médium de l’estampe afin de stimuler la vente d’œuvres auprès d’un public moins fortuné. Quant à Lavigueur, durant la courte existence de sa galerie d’exposition, elle y présente uniquement le travail d’artistes canadiens.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ces apports notables des femmes galeristes à la diffusion artistique sont toutefois minimisés par certains membres de la presse écrite de l’époque qui continuent de leur attribuer un rôle traditionnel féminin plutôt que de les considérer en tant qu’agentes influentes du milieu et du marché de l’art. Par exemple, une journaliste explique en 1960, au sujet de Renée Lesieur, directrice de la galerie L’Atelier de Québec, qu’elle est «[c]onsciente de son rôle féminin, qui est de s’intéresser au beau et de le diffuser» (Allaire, 1960: 4). De notre étude de la représentation des femmes galeristes de l’époque, nous avons dégagé certains aspects récurrents qui traduisent, comme dans le précédent exemple, une conception connotée de la féminité. Chacun d’entre eux peut être exemplifié par les représentations de Lavigueur, de Millman et de Lefort dans la presse écrite. Cet ordre de présentation des galeristes ne suit pas la chronologie d’ouverture des espaces d’exposition, mais se fonde plutôt sur l’éloignement progressif de ces femmes de l’espace domestique dans l’exercice de leurs fonctions. Les effets des représentations quant à la place de ces galeristes dans l’histoire de l’art seront tirés en conclusion.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jessie Lavigueur&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le cas de la Galerie de Jessie Lavigueur révèle explicitement la manière dont la presse tend à interpréter la gestion d’une galerie par une femme, puisque Lavigueur l’installe dans sa résidence privée et que la presse écrite approuve cette initiative davantage qu’elle ne la questionne ou la critique. C’est sans vocation commerciale que Lavigueur ouvre sa galerie en 1960, c’est-à-dire que les œuvres qui y sont présentées ne sont pas à vendre. Elle utilise quelques pièces de son domicile pour exposer des œuvres récentes d’artistes canadiens. La presse écrite de l’époque (surtout la presse populaire) commente l’ouverture de cette galerie en accueillant avec joie un nouveau lieu de diffusion pour l’art. Elle insiste sur le fait que cette galerie est fondée à l’initiative d’une mère au foyer et qu’il est audacieux d’ouvrir un espace d’exposition qui soit à ce point éloigné du centre artistique montréalais que constitue le pourtour du Musée des beaux-arts. De son propre aveu, Lavigueur se qualifie de femme au foyer ordinaire; un article va même jusqu’à réutiliser ce qualificatif dans son titre: «&lt;em&gt;Home Becomes Art Gallery: Art Exhibition Opened by Ordinary Housewife&lt;/em&gt;» (Hodkinson, 1960: 42). Dans ce même article, on mentionne la surprise du milieu artistique face à la démarche entreprise par Lavigueur, une maîtresse de maison apparemment peu liée au milieu des connaisseurs de l’art. Certains articles s’intéressent particulièrement aux qualités de femme au foyer manifestées par Lavigueur, mentionnant entre autres son implication communautaire remarquable et le nom des membres de sa petite famille.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En axant leurs commentaires sur le statut de femme au foyer de cette galeriste, les journalistes inscrivent son activité dans la catégorie des passe-temps et loisirs. Ainsi, ils ne considèrent pas, même hypothétiquement, cette activité comme professionnelle. Les propos de la galeriste cités dans les médias imprimés vont également dans ce sens. En effet, les commentaires de Lavigueur sur les œuvres qu’elle expose et rapportés par les journalistes ne portent pas sur l’intérêt d’une démarche artistique ni sur l’évolution stylistique d’un artiste, mais bien sur la capacité des œuvres présentées à agrémenter le décor d’un domicile: «&lt;em&gt;[Lavigueur] wanted to prove to home-lovers how pieces of modern sculpture enhance the beauty of a room&lt;/em&gt;» (Hodkinson, 1960: 42). D’autres articles indiquent que le mari de Lavigueur ainsi que leurs deux enfants sont très enthousiastes de la transformation d’une partie de leur demeure en galerie d’art; ces brèves mentions suffisent à informer le lecteur du consentement de l’époux à l’ouverture de la galerie, mais également à rassurer le lectorat du fait que ce projet ne nuit aucunement à Lavigueur dans l’accomplissement de ses rôles de «reine» du foyer et de mère&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref7_c2p0p9x&quot; title=&quot;Voir entre autres les articles «Galerie dans le salon» publié dans Le Petit Journal en 1960 et «Housewife Opens Suburb Home for Art Show» publié la même année dans le Winnipeg Free Press. Le titre d’une section de ce dernier article, «Family Interested», est significatif de l’importance accordée par la presse écrite à l’approbation familiale du projet.&quot; href=&quot;#footnote7_c2p0p9x&quot;&gt;7&lt;/a&gt;. Dans un autre article, il est mentionné que l’intérêt que porte la galeriste à la peinture date d’il y a déjà quelques années, alors qu’elle avait ressenti un profond besoin de sortir de la maison («to get out of the house») (Hodkinson, 1960: 42). Elle avait suivi plusieurs cours d’expression orale et d’art dramatique, en plus de s’impliquer dans des groupes de lectures et d’appréciation artistique. À la lecture de ces passages, on ne peut s’empêcher de penser à l’indéfinissable malaise de &lt;em&gt;La femme mystifiée&lt;/em&gt; (ou &lt;em&gt;The Feminine Mystique&lt;/em&gt;) décrite par Betty Friedan en 1963&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref8_i6ltyyj&quot; title=&quot;Betty Friedan étudie à l’intérieur de son ouvrage un phénomène qui atteindrait plusieurs femmes au foyer américaines et qu’elle nomme (ou plutôt ne nomme pas) «l’indéfinissable malaise» («the problem that has no name»). Cet indéfinissable malaise implique que ces femmes sont malheureuses et sous l’emprise d’un sentiment mélancolique, malgré le fait qu’elles mènent un mariage et une vie de famille convenables et qu’elles connaissent un certain niveau de confort matériel. Friedan indique que ces femmes se retrouvent alors blasées par leur situation de femme au foyer, qu’elles ne trouvent ni stimulante ni épanouissante. Cette situation —cette vie— ne leur convient plus, mais elles se retrouvent emprisonnées dans un rôle que la société leur a attribué.&quot; href=&quot;#footnote8_i6ltyyj&quot;&gt;8&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’univers domestique de Lavigueur se retrouve également dans les photographies qui accompagnent généralement les articles à son sujet. À titre d’exemple, l’une d’entre elles la montre installée dans un divan surchargé de coussins décoratifs, tenant d’un bras son chien, symbole de la cellule familiale et domestique, et de l’autre, un petit tableau qu’elle expose (Hodkinson, 1960: 42). Une attention particulière est accordée à l’apparence de la galeriste, qui arbore une coiffure élégante, un sourire avenant, un rang de perles et des boucles d’oreilles assorties. La légende de cette photographie se lit comme suit: «&lt;em&gt;Mrs. Jessie Lavigueur with her dog, Tuffy, in the lounge of her home which has been converted into a temporary art gallery showing work by five Canada’s leading artists. Mrs. Lavigueur believes that this is an ideal way of acquainting leading artists. Mrs. Lavigueur holds Gentile Tondino’s “Head of a Woman”&lt;/em&gt;» (Hodkinson, 1960: 42) / Mme Jessie Lavigueur avec son chien, Tuffy, dans son salon converti en galerie d’art temporaire afin d’exposer les œuvres de cinq importants artistes canadiens. Mme Lavigueur croit qu’il s’agit de la meilleure façon de découvrir des artistes de premier plan. Mme Lavigueur tient «Tête de femme» de Gentile Tondino (notre traduction). Il nous apparaît important de souligner que la mention de l’œuvre dans l’image constitue la dernière information inscrite en légende, alors que le lecteur est, dès la première phrase, déjà en mesure de connaître le nom du chien photographié, ce qui est révélateur du degré d’importance accordé à l’œuvre en soi, qui se trouve ainsi réduite à un détail quasi ornemental, voire anecdotique. Une autre photographie de Lavigueur la représente encore impeccablement coiffée, dans une tenue distinguée et parée de bijoux (Gladu, 1960: 101). Elle y tient encore un tableau qu’elle expose sur ses murs mais, cette fois-ci, la position de la galeriste et son habillement offrent une similitude notable avec le sujet du tableau lui-même (il s’agit d’un portrait de femme peint par Jean-Paul Lemieux), qui devient en quelque sorte le miroir, la réflexion de la galeriste. Cela ouvre la porte à plusieurs analogies possibles, notamment entre la parfaite reine du foyer et l’œuvre d’art, ayant toutes deux pour principales fonctions l’embellissement de la sphère domestique.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Rose Millman&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Rose Millman ouvre sa première galerie, la Dominion Gallery of Fine Art, en 1941, soit près de vingt ans avant que Lavigueur ne fasse de même. La galerie de Millman est toutefois un espace à vocation commerciale, c’est-à-dire que la galeriste loue un local (d’un point de vue législatif, son mari est le signataire du bail) où sont exposées et mises en vente des œuvres d’art. Millman s’associe à Max Stern en 1944, puis lui vend ses parts de la galerie en janvier 1947. Les commentaires diffusés au sujet de Millman dans la presse ont, pour la plupart, été publiés tardivement, surtout dans des écrits visant à retracer l’historique de la Galerie Dominion. Millman est alors taxée d’amateurisme dans la gestion de sa galerie, en comparaison à Stern, qui détient un doctorat en histoire de l’art et a donc une formation académique plus appropriée que Millman pour exercer la profession de galeriste. Édith-Anne Pageot relève que cette critique est probablement influencée par un préjugé fondé sur le sexe de Millman, puisque les hommes galeristes de l’époque n’essuient pas un tel reproche, et ce, même s’ils n’ont pas de doctorat en histoire de l’art (Pageot, 2008: 194). Alors que certains auteurs présentent cet amateurisme comme étant une force positive, d’autres le voient de manière négative, incitant à considérer l’arrivée de Stern comme salvatrice pour l’avenir de la galerie. Ainsi, Dorothy Eber écrit en 1966: «&lt;em&gt;Mrs. Millman was an amateur in the gallery business, but had a strong interest in Canadian painting and promoted it&lt;/em&gt;» (1966: 21) / Mme Millman était une amateur dans le milieu des galeries, mais elle montrait un intérêt marqué pour la peinture canadienne et la mettait de l’avant (notre traduction). Lou Seligson, en 1972, raconte plutôt: «&lt;em&gt;The late Mrs. Rose Millman, an amateur, was so astonished at Max Stern’s expert art comments that she offered him a partnership&lt;/em&gt;» (Seligson, 1972: 5) / Feu Mme Rose Millman, une amateur, fut si surprise des commentaires experts de Max Stern qu’elle lui offrit un partenariat (notre traduction). D’autres écrits publiés dans des journaux, mal informés, effacent complètement la présence de Millman à la Dominion, ou vont jusqu’à attribuer la fondation de la galerie à Stern&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref9_1znl20w&quot; title=&quot;L’article de Tourangeau (1982: C20) est représentatif de cette désinformation: «Aussi s’est-il [Max Stern] empressé dès son arrivée à Montréal de fonder, en 1941, une galerie […]». Voir également Aquin, 1992 : 25 et Conlogue, 1992 : C3.&quot; href=&quot;#footnote9_1znl20w&quot;&gt;9&lt;/a&gt;. Certains mentionnent la présence de Millman pour l’écarter aussitôt et mettre en évidence le rôle de Stern à la galerie&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref10_n7hppiu&quot; title=&quot;Voir à titre d’exemple l’article de Houle, qui présente un historique de la Galerie Dominion et élude la figure de Millman en ne la nommant qu’à deux reprises, pour les années 1941 et 1942, même si elle en a été la gestionnaire et co-propriétaire jusqu’en 1947 (1992-1993: 54).&quot; href=&quot;#footnote10_n7hppiu&quot;&gt;10&lt;/a&gt;. Au sujet de cet oubli historique de la figure de Millman, il faut considérer deux aspects susceptibles de l’expliquer. Premièrement, Millman décède en 1960 et n’est plus propriétaire de la Dominion depuis 1947&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref11_hitkaaj&quot; title=&quot;Millman dirige ensuite la West End Art Gallery, de 1948 à 1954, mais cette galerie ainsi que la réception critique de ses expositions ont été, jusqu’à maintenant, très peu étudiés. Nous souhaitons pouvoir pousser plus loin nos recherches sur le sujet, mais il semblerait que la presse écrite, au moment de la gestion par Millman de la West End, commente les expositions qui y sont présentées sans traiter de la galeriste.&quot; href=&quot;#footnote11_hitkaaj&quot;&gt;11&lt;/a&gt;, alors que Stern gère cette galerie jusqu’à son décès en 1987. Sur la durée totale d’existence de la Dominion, Stern a été bien plus longtemps présent que Millman et a ainsi pu davantage témoigner de sa propre expérience à la galerie, à travers des entretiens et autres articles qui ont nourri sa fortune critique. Deuxièmement, en utilisant, tel que le fait Arbour (2000: 9), la théorie du récit pour articuler l’impact du genre chez l’artiste, nous pouvons supposer que la mythification de cette galerie, à la vocation avant-gardiste pour son époque et à la longévité exceptionnelle, se doit d’avoir pour héros un personnage masculin, indifféremment de son sexe biologique. Le héros doit perdurer tout au long du récit, ce qui confine d’emblée la personne de Millman à un rôle de soutien, tout au plus, dans l’écriture de l’histoire de la Dominion. En ce sens, l’étude de Pageot (2008: 202-203) démontre qu’une partie de l’apport de Millman consiste en la lucidité avec laquelle elle faisait appel à la collaboration d’hommes avisés du milieu pour l’aider à diriger sa galerie&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref12_p07y5ii&quot; title=&quot;Nous pensons à Stern, mais également à l’historien et critique d’art Maurice Gagnon qui a organisé plusieurs expositions à la Dominion et aurait conseillé à Millman de défendre l’art vivant canadien.&quot; href=&quot;#footnote12_p07y5ii&quot;&gt;12&lt;/a&gt;, même si sa volonté de promouvoir l’art d’avant-garde canadien est indéniable, tout comme le fait qu’elle ait été une pionnière en tant que première galeriste montréalaise. Un autre article souligne sa capacité «féminine» d’écoute, voire d’obéissance, quoique détournée, et apporte une certaine nuance à ce statut de pionnière: «&lt;em&gt;Her daughter-in-law Florence Millman recounted the story in an interview this week: “After she had bought more art one day, my father-in-law said: ‘Either you open a gallery, or I move out !’ So two or three days later she did exactly that”&lt;/em&gt;» (Duncan, 1992: J5) / Sa bru Florence Millman a raconté dans une entrevue cette semaine: «un jour après qu’elle ait acheté une nouvelle œuvre, mon beau-père lui a dit: ‘’ou bien tu ouvres une galerie d’art, ou bien je déménage!’’ Deux ou trois jours plus tard, c’est ce qu’elle fit» (notre traduction). Ces commentaires représentent Millman comme une femme ayant bénéficié du soutien et du conseil d’hommes l’entourant pour parvenir à tenir sa galerie, et non pas en pionnière, le témoignage de sa belle-fille la privant en quelque sorte de l’initiative de la fondation.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Un autre exemple intéressant de l’absence de la figure de Millman se trouve dans un reportage de la revue &lt;em&gt;Châtelaine&lt;/em&gt; datant d’octobre 1962. Il y est question des femmes peintres du Québec et un paragraphe est consacré aux femmes galeristes, mais le nom de Millman ne se trouve pas mentionné; on attribue plutôt le statut de première directrice de galerie montréalaise à Lefort (Lasnier, 1962: 105). Dans ce cas précis, il semblerait que cette absence de reconnaissance soit représentative du manque de liens entre les deux groupes distincts formant le paysage artistique montréalais de l’époque, scindé par la frontière linguistique (Forster, 1951: 60). Alors que dans la majorité des cas, l’omission ou la discréditation de Millman dans les médias imprimés est liée à son sexe, dans ce dernier cas son absence serait due au fait qu’elle était anglophone.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Agnès Lefort&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En 1950, soit neuf ans après la fondation de la Galerie Dominion par Millman, Agnès Lefort ouvre la Galerie Agnès Lefort, galerie commerciale qu’elle dirige jusqu’en 1961, année où elle se retire et vend son entreprise à Mira Godard. À de nombreuses reprises, Lefort a été décrite physiquement dans des articles ou des entrevues publiées par divers journaux et périodiques, de son vivant mais aussi à la suite de son décès. La délicatesse, la beauté ainsi que l’élégance de Lefort retiennent particulièrement l’attention des auteurs et journalistes. Plus d’une fois, elle est physiquement comparée à une porcelaine de Dresde à cause de sa délicatesse, de sa petitesse, de la fine ossature de son visage, du calme et de la douceur du ton de sa voix, ainsi que du raffinement de ses tenues (Haworth, 1964: 124; Vaillancourt, 1958: 40; Sarrazin, 1961: 26; Montbizon, 1964: 26 entre autres).&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Une journaliste signale à l’époque l’apparente discordance entre le physique menu de Lefort et sa réussite professionnelle (Vaillancourt, 1958: 40), laissant entendre qu’une femme ne pourrait réussir à mener une telle profession que si elle renonçait, partiellement du moins, à ses qualités et (at)traits féminins. Les propos de la journaliste s’articulent ainsi:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Délicate et fine, Agnès Lefort ne correspond nullement à l’idée que l’on pourrait se faire d’une femme de carrière. Surtout d’une femme de carrière qui a du succès. On &lt;em&gt;imagine&lt;/em&gt; pourtant le sérieux, l’énergie et l’autorité qu’il faut apporter à une entreprise de ce genre. Il n’est pas exagéré de dire qu’Agnès Lefort a mis le meilleur d’elle-même dans sa Galerie, ses connaissances et ses dons artistiques, comme ses qualités les plus&lt;em&gt; authentiquement&lt;/em&gt; féminines. (Vaillancourt, 1958: 40 —nous soulignons)&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’auteure mentionne les traits dits masculins auxquels Lefort a certainement dû correspondre pour établir et gérer sa galerie, mais elle insiste aussi sur le fait qu’ils ne peuvent être qu’imaginés, puisque le physique et l’attitude de la galeriste témoignent de son authentique féminité.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;À plusieurs reprises, on évoque également Babette, le chien chihuahua de Lefort. Par l’utilisation d’un registre lexical maternel, il se retrouve presque à tout coup assimilé à l’enfant que Lefort n’a jamais eu, comme en témoigne cet extrait: «À la Galerie Agnès Lefort, nous avons été, mon photographe et moi, reçus, non seulement par la maîtresse de céans, mais par “la jeune fille de la maison”, Babette» (Oligny, 1961: 2). Cette intrusion dans l’univers privé, «familial», de Lefort pourrait participer à inscrire son travail dans la filiation des activités de diffusion artistique auxquelles les femmes pouvaient se consacrer, conformément au rôle social qui leur était attribué —soit, contraint à la sphère domestique— au début du XXe siècle.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Certains articles traitant de Lefort et de sa galerie sont également accompagnés d’une photographie qui la présente tenant dans ses bras son animal domestique, aux côtés d’une ou de plusieurs œuvres qu’elle expose (Gagnon, 1960: 104; Oligny, 1961: 2; Vaillancourt 1958: 40). Pour chacune de ces photographies répertoriées, les journalistes omettent, dans leurs légendes d’accompagnement, le nom des peintres dont on aperçoit les toiles, en orientant plutôt leur commentaire sur la présence du chien de Lefort dans l’image. Les autres photographies de Lefort publiées dans la presse écrite la montrent tantôt posant devant des toiles qu’elle expose, tantôt en mouvement devant une toile, aux côtés d’une personne, comme si elle lui indiquait quelque détail ou expliquait quelque démarche artistique.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Quelques auteurs créent plutôt des rapprochements entre la profession de galeriste de Lefort et les tâches quotidiennes des femmes au foyer, comme dans cette citation reprise dans le périodique féminin&lt;em&gt; Chic&lt;/em&gt;: «Je conduis ma galerie comme je conduirais ma cuisine […]» («Devenue marchande, pour faire œuvre d’éducation», 1954: 6). D’autres situent son activité de galeriste dans le prolongement du rôle d’hôtesse avenante attribué aux femmes au foyer, rôle qu’on oppose à l’attitude hautaine et condescendante qui serait habituellement associée aux directeurs de galeries (Cheyne, 1955: 10; Desrameaux, 1956: 7).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En somme, les traits tant physiques que caractériels liés à la «nature» féminine de Lefort ont été abondamment décrits dans la presse écrite. Dans certains cas, on utilisait ces représentations pour faire remarquer que Lefort avait réussi à gérer une galerie avec succès, en usant certainement de qualités dites masculines, mais sans que sa féminité n’ait été entamée. Dans d’autres cas, comme il l’a été démontré en première partie de cet article, ce sont plutôt ses qualités féminines telles l’altruisme et le don de soi qui ont été utilisées pour expliquer son succès.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les représentations de Lavigueur, Millman et Lefort dans les médias ont très certainement participé à la construction (ou l’absence de construction) d’un discours autour de ces figures et de leur apport à la discipline de l’histoire de l’art. Leur inscription par la critique dans une certaine continuité historique avec les Montréalaises organisant des expositions durant les années 1910 et 1920 dans des objectifs de bienfaisance ou pour sensibiliser le public à l’art et au bon goût a certainement influencé la perception du rôle de ces femmes dans l’histoire de l’art au Québec. D’une part, cette mise en valeur de la poursuite d’une tradition a permis que des femmes puissent exercer l’occupation de galeriste sans que cette situation ne soit dénoncée ou critiquée dans la presse écrite. De surcroît, au nom de cette tradition féminine, les femmes galeristes ont pu se permettre de présenter des pratiques artistiques que la majorité des autres galeries commerciales n’osaient pas encore exposer. L’art canadien a pu être diffusé par ces femmes à cause du rôle traditionnel de transmission et de mise en valeur d’une culture nationale qui leur était attribué, la non figuration gestuelle étant par ailleurs liée à la supposée sensibilité féminine. D’autre part, cette inscription dans une tradition féminine a certainement causé une dévalorisation de leurs apports spécifiques à l’histoire de l’art.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Se sentant inconfortable dans la fonction de mère au foyer, restreinte à la cellule domestique, Lavigueur a décidé d’élargir ses frontières en créant un espace d’émancipation où elle pouvait se consacrer à une activité de diffusion artistique qui la stimulait. La presse écrite a certes salué cette initiative, mais la qualifiait toujours d’activité de loisir en prolongement du rôle de femme au foyer de Lavigueur. Quant à Millman, au-delà du silence qui entoure son implication dans la création et la gestion des galeries Dominion et West End, elle a été qualifiée par la presse écrite d’«amateure» (parfois de manière péjorative) et de femme ayant su s’entourer d’hommes bien renseignés. Or, tout nous incite à considérer que son apport venait au contraire de son attachement à l’art&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref13_r8riw6t&quot; title=&quot;Le terme «amateur», tant en français qu’en anglais, peut être compris en opposition à « professionnel » (il désigne alors une personne inexpérimentée qui exerce une activité à titre de loisir), mais peut aussi qualifier une personne démontrant un profond intérêt envers quelque chose.&quot; href=&quot;#footnote13_r8riw6t&quot;&gt;13&lt;/a&gt;, et ce, à une époque où les galeristes étaient plutôt des marchands de tableaux. Pour ce qui est de Lefort, l’évocation de ses traits physiques venait rappeler que, malgré ses capacités de gestionnaire et le succès qu’elle avait atteint, il s’agissait incontestablement d’une femme.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Finalement, bien que les représentations de ces trois galeristes témoignent de diverses facettes de la représentation sociale du féminin de l’époque, le fait que des articles leur soient consacrés rend tout de même compte d’une certaine reconnaissance de leur présence dans le paysage des arts visuels montréalais. Néanmoins, cette reconnaissance nous apparaît fondée sur une conception traditionnelle du rôle des femmes, conception qu’elle contribue à reproduire dans la mesure où elle fait fi de leur démarche non conventionnelle et de leurs apports à l’histoire de l’art au Québec.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Références&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;ALLAIRE, Emilia. 1960. «L’ATELIER, galerie d’art reçoit les Habitués des “Jeudis”», &lt;em&gt;Le Temps&lt;/em&gt; (Québec), 28 avril, p. 14.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;AQUIN, Stéphane. 1992. «Chasse-galeries. À l’ouest, du nouveau», &lt;em&gt;Voir&lt;/em&gt;, vol. 6, no 48, 29 octobre au 4 novembre, p. 25.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;ARBOUR, Rose Marie. 1982. «Art et féminisme», dans &lt;em&gt;Art et féminisme&lt;/em&gt;, sous la dir. de Rose Marie Arbour, catalogue d’exposition (Montréal, Musée d’art contemporain, 11 mars-2 mai 1982), Québec: Ministère des affaires culturelles, p. 3-14.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;________. 1994. «Identification de l’avant-garde et identité de l’artiste: les femmes et le groupe automatiste au Québec (1941-1948)», RACAR, vol. 21, nos 1-2 (paru à l’automne 1996), p. 7-21. Édition numérique réalisée le 11 mai 2007 à Chicoutimi (Québec) pour &lt;em&gt;Les Classiques des sciences sociales&lt;/em&gt;. En ligne:&amp;nbsp;&lt;a href=&quot;http://classiques.uqac.ca/contemporains/arbour_rose_marie/identification_avant_garde/identification_avant_garde.pdf&quot;&gt;http://classiques.uqac.ca/contemporains/arbour_rose_marie/identification...&lt;/a&gt; (consulté le 29 novembre 2012)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;________. 2000. «Le champ de l’art moderne et les femmes artistes au Québec dans les années 1960», dans Antonia Trasforini (dir.), A&lt;em&gt;rte a Parte. Donne artiste fra margini e centro&lt;/em&gt;, Milan: Franco Angeli Editore. Édition numérique réalisée le 10 mai 2007 à Chicoutimi (Québec) pour Les Classiques des sciences sociales. En ligne:&amp;nbsp;&lt;a href=&quot;http://classiques.uqac.ca/contemporains/arbour_rose_marie/champ_art_moderne/champ_art_moderne.pdf&quot;&gt;http://classiques.uqac.ca/contemporains/arbour_rose_marie/champ_art_mode...&lt;/a&gt; (consulté le 29 novembre 2012)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BARRY, Francine. 1977. &lt;em&gt;Le travail de la femme au Québec: L’évolution de 1940 à 1970&lt;/em&gt;, Montréal: Les Presses de l’Université du Québec.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BECKER, Howard S. 1988. &lt;em&gt;Les Mondes de l’art&lt;/em&gt;. Trad. de l’anglais par Jeanne Bouniort, Paris: Flammarion.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;CARRIÈRE, Gabrielle. 1942. &lt;em&gt;Comment gagner sa vie. Carrières féminines&lt;/em&gt;, Montréal: Librairie Beauchemin Limitée.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;CHEYNE, Elisabeth. 1955. «Woman’s World»,&lt;em&gt; The Banner&lt;/em&gt; (Montréal), 28 octobre, p. 10.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;COLLECTIF CLIO. 1992. &lt;em&gt;L’histoire des femmes au Québec depuis quatre siècles&lt;/em&gt;, éd. ent. rev. et mise à jour, Montréal: Le Jour.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;COLLISCHAN VAN WAGNER, Judy K. 1984. &lt;em&gt;Women Shaping Art&lt;/em&gt;. Profiles of Power, New York: Praeger Publishers.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;COMMISSION DES DROITS CIVILS DE LA FEMME. 1930. &lt;em&gt;Deuxième rapport des commissaires&lt;/em&gt;, Québec: Commission des droits civils de la femme.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;CONLOGUE, Ray. 1992. «A Witness of a Turbulent Time ART: The Dominion Gallery Celebrates 50 years of Promoting many of Quebec’s Best-Known Artists», &lt;em&gt;The Globe and Mail &lt;/em&gt;(Toronto), 2 juillet, p. C-3.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;« Devenue marchande, pour faire œuvre d’éducation ». 1954. &lt;em&gt;Chic &lt;/em&gt;(Montréal), 30 mai, p. 6.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;DESCARRIES-BÉLANGER, Francine. 1980. &lt;em&gt;L’école rose —et les cols roses: la reproduction de la division sociale des sexes&lt;/em&gt;, Laval: Éditions coopératives A. Saint-Martin.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;DESRAMEAUX, Réjane. 1956. «L’un des plus beaux succès artistiques canadiens-français, Agnès Lefort. Une femme artiste-peintre qui a amené toute une clientèle à l’amour de l’art», source non identifiée, 9 juin, p. 7.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;DOUTRELOUX, Isabelle. 1990. «Entre les arts d’agréments et les arts professionnels: la formation artistique des filles aux Écoles des Beaux-Arts de Québec et de Montréal, 1922-1960», mémoire de maîtrise en histoire, Sherbrooke: Université de Sherbrooke.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;DUMONT, Micheline et Louise TOUPIN. 2003. &lt;em&gt;La pensée féministe au Québec. Anthologie 1900-1985&lt;/em&gt;. Montréal: Éditions du remue-ménage.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;DUNCAN, Ann. 1992. «Gallery Dominion Has Reason to Celebrate». &lt;em&gt;The Gazette &lt;/em&gt;(Montréal), 22 août, p. J5.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;EBER, Dorothy. 1966. «Max Stern Has Grown Rich Making Canadian Painting Richer, as Head of the House that Art Built», &lt;em&gt;Maclean’s&lt;/em&gt; (Toronto), 5 février, p. 20-25.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;FORSTER, Michael. 1951. «Young French Painters in Montreal». &lt;em&gt;Canadian Art&lt;/em&gt;, vol. 9, Noël, p. 60-67.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;FRIEDAN, Betty. 1964 [1963]. &lt;em&gt;La femme mystifiée&lt;/em&gt;, trad. de l’américain par Yvette Roudy, Paris: Gonthier.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;«Galerie dans le salon». 1960. &lt;em&gt;Le Petit Journal&lt;/em&gt; (Montréal), 30 octobre, p. 55.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;GAGNON, Claude-Lyse. 1960. «Au hasard de l’aventure féminine : Quand un peintre décide de lancer les autres…», &lt;em&gt;La Patrie du dimanche &lt;/em&gt;(Montréal), 9 octobre, p. 104.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;GAGNON, Maurice. 1945. «Pensées sur l’art de tous les temps», &lt;em&gt;Le Quartier latin &lt;/em&gt;(Montréal), 20 novembre, p. 3.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;GERIN-LAJOIE, Marie. 1929.&lt;em&gt; La Femme et le Code Civil&lt;/em&gt;, s.l.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;GLADU, Paul. 1960. «À la (nouvelle) Galerie d’art Lavigueur. Peinture canadienne: de Lemieux à Bellefleur», &lt;em&gt;Le Petit Journal &lt;/em&gt;(Montréal), 30 octobre, p. 101.&lt;br&gt; &lt;br&gt;HAWORTH, Colin. 1964. «Agnès Lefort Opened the Door to Let in Movement», &lt;em&gt;Canadian Art&lt;/em&gt;, vol. 21, mai, p. 124-126.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;HODKINSON, Elizabeth. 1960. «Home Becomes Art Gallery. Art Exhibition Opened by “Ordinary Housewife”», &lt;em&gt;The Montreal Star&lt;/em&gt; (Montréal), 26 octobre, p. 42.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;HOULE, Alain. 1992-1993. «La galerie Dominion: éléments d’histoire», &lt;em&gt;Vie des Arts&lt;/em&gt;, vol. 37, no 149, p. 54-60.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;«Housewife Opens Suburb Home for Art Show». 1960. &lt;em&gt;Winnipeg Free Press&lt;/em&gt; (Winnipeg), 5 novembre, p. 12.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;LAFLEUR, Geneviève. 2011. &lt;em&gt;Le parcours de formation et les stratégies de diffusion de femmes galeristes à Montréal entre 1941 et 1963: Denyse Delrue, Estelle Hecht, Agnès Lefort et Rose Millman&lt;/em&gt;, mémoire de maîtrise en études des arts, Montréal: Université du Québec à Montréal.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;LASNIER, Michelle. 1962. «En vedette à l’étranger: Les femmes peintres du Québec», &lt;em&gt;Châtelaine&lt;/em&gt;, octobre, p. 32-35; 100-106.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;LAVIGNE, Marie et Yolande PINARD. 1977. &lt;em&gt;Les femmes dans la société québécoise. Aspects historiques&lt;/em&gt;, éd. corr., Montréal: Éditions du Boréal Express.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;LORANGER, Louis J. 1899. «De l’incapacité légale de la femme mariée», thèse de doctorat en droit, Québec: Université Laval.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;LORRAIN, Roland. 1955. «Agnès Lefort. Peintresse —Animatrice d’avant garde», &lt;em&gt;Le Devoir du dimanche. Supplément pour la famille&lt;/em&gt; (Montréal), 24 septembre, p. 3; 12-13.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;MARCOTTE, Julie. 2000. &lt;em&gt;Les galeries Denyse Delrue (1957-1984)&lt;/em&gt;, mémoire de maîtrise en étude des arts, Montréal: Université du Québec à Montréal.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;MONTBIZON, Rea. 1964. «A Visit with Agnes Lefort», &lt;em&gt;The Gazette&lt;/em&gt; (Montréal), 19 septembre, p. 26.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;OLIGNY, Odette. 1961. «Pour Agnès Lefort, le peintre doit être avant tout un créateur», &lt;em&gt;La Patrie du dimanche &lt;/em&gt;(Montréal), 19 mars, p. 2.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;PAGEOT, Édith-Anne. 2008. «Une voix féminine dans l’espace public. La Galerie Dominion, 1941-1956», &lt;em&gt;Globe, revue internationale d’études québécoises&lt;/em&gt;, vol. 11, no 2, p. 185-203.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;PIERSON, Ruth Roach. 1983. &lt;em&gt;Les Canadiennes et la Seconde Guerre mondiale&lt;/em&gt;, Ottawa: Société historique du Canada.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;ROBERT, Guy. 1977. &lt;em&gt;L’art au Québec depuis 1940&lt;/em&gt;, Montréal: La Presse.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;ROBILLARD, Yves. 1985. «L’histoire des galeries Denyse Delrue», &lt;em&gt;Cahiers des arts visuels au Québec&lt;/em&gt;, no 27 (automne). Montréal: Éditions Cahiers, p. 3-15.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;ROCHER, Guy. 1962. «Les modèles et le statut de la femme canadienne-française», &lt;em&gt;Revue internationale des sciences sociales&lt;/em&gt;, vol. 14, no 1, p. 132-138. Édition numérique réalisée le 16 septembre 2004 à Chicoutimi (Québec) pour &lt;em&gt;Les Classiques des sciences sociales&lt;/em&gt;. En ligne: &lt;a href=&quot;http://classiques.uqac.ca/contemporains/unesco_riss/images_femme_societe/images_de_la_femme.pdf&quot;&gt;http://classiques.uqac.ca/contemporains/unesco_riss/images_femme_societe...&lt;/a&gt;, p. 125-131 (consulté le 29 novembre 2012)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;SAINT-MARTIN, Fernande. 1960. «La Châtelaine d’aujourd’hui», &lt;em&gt;Châtelaine&lt;/em&gt;, octobre, p. 1.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;________. 1961. «Comment éduquer nos filles?», &lt;em&gt;Châtelaine&lt;/em&gt;, novembre, p. 1.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;SARRAZIN, Jean. 1961. «La confiance des artistes reste le meilleur souvenir d’Agnès Lefort», &lt;em&gt;Le Nouveau Journal&lt;/em&gt; (Montréal), 23 septembre, p. 26.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;SELIGSON, Lou. 1972. «Max Stern: Big Gun in the World of Art», &lt;em&gt;The Montreal Star&lt;/em&gt; (Montréal), 3 novembre, p. 5.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;SICOTTE, Hélène. 1996. &lt;em&gt;La Galerie Agnès Lefort: les années fondatrices: 1950-1961&lt;/em&gt;, Montréal: H. Sicotte.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;SICOTTE, Hélène (commissaire) et GALERIE LEONARD &amp;amp; BINA ELLEN, Montréal. 1996. L&lt;em&gt;a galerie Agnès Lefor : Montréal 1950-1961. The Agnès Lefort Gallery: Montreal 1950-1961&lt;/em&gt;, catalogue d’exposition (Montréal, Galerie Leonard &amp;amp; Bina Ellen, 23 avril - 1er juin 1996), Montréal: Galerie Leonard &amp;amp; Bina Ellen.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;

&lt;section  class=&quot;footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed&quot; data-collapsible-show-label=&quot;Notes&quot; data-collapsible-hide-label=&quot;Notes&quot;&gt;&lt;ul class=&quot;footnotes collapsible-content&quot;&gt;&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote1_ytlkoxq&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref1_ytlkoxq&quot;&gt;1.&lt;/a&gt; Julie Marcotte et Yves Robillard traitaient de la galeriste Denyse Delrue, qui a entre autres fondé les première et seconde Galerie Denyse Delrue (respectivement en 1957 et 1959), alors qu’Hélène Sicotte, individuellement d’abord, puis conjointement avec la Galerie Leonard &amp;amp; Bina Ellen, s’intéressait à Agnès Lefort, dont il sera question dans cet article.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote2_ci96k2q&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref2_ci96k2q&quot;&gt;2.&lt;/a&gt; À ce sujet, voir entre autres &lt;em&gt;L’école rose… Et les cols roses : la reproduction de la division sociale des sexes &lt;/em&gt;de Francine Descarries-Bélanger (1980), ainsi que&lt;em&gt; Les Canadiennes et la Seconde Guerre mondiale&lt;/em&gt; de Ruth Roach Pierson (1983).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote3_7yry38z&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref3_7yry38z&quot;&gt;3.&lt;/a&gt;  Sur le sujet, voir le mémoire de maîtrise en histoire de Marie-Anne Sauvé, «La représentation du travail rémunéré des femmes pendant la Seconde Guerre mondiale, à travers le journal &lt;em&gt;La Presse&lt;/em&gt;, Québec, 1939 à 1945», déposé en 1986 à l’Université du Québec à Montréal, ainsi que l’étude de Jocelyne Valois, «La presse féminine et le rôle social de la femme» (1967), qui se trouve en bibliographie.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote4_l3m1bad&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref4_l3m1bad&quot;&gt;4.&lt;/a&gt; Esther Trépanier énumère ces expositions : Mlle Patricia Irwin expose au 40, rue Drummond, des œuvres de Charles de Belle (1873-1939) en 1915; Lady Mortimer Davis organise une exposition à son domicile de l’avenue des Pins en 1923; Mme E. Maxwell présente une exposition au 312, rue Peel, en 1925; et Mme Chowne expose en 1925 les œuvres d’une douzaine d’artistes canadiens (certains ne sont alors pas reconnus comme traditionnalistes) au 40, McGill College (Trépanier, 1997: 70-71).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote5_wcukw8u&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref5_wcukw8u&quot;&gt;5.&lt;/a&gt; Par exemple, Trépanier recense la couverture médiatique, en octobre 1923, d’une exposition organisée pour l’Hôpital Notre-Dame par Mme Athanase David (Trépanier, 1997: 79).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote6_btbe300&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref6_btbe300&quot;&gt;6.&lt;/a&gt; En effet, la plupart des galeries d’art exposent l’art de maîtres anciens européens, et peu osent exposer la production d’artistes canadiens ou encore celle d’artistes actifs. Le peu de risque associé à la vente du premier type de marchandise est lié au concept de rareté (un artiste décédé ne produira jamais davantage, et la provenance éloignée des œuvres contribue également à cette rareté) et à l’absence de nécessité de susciter chez le public un changement de valeurs esthétiques (Becker, 1988: 128). Par conséquent, la mise en marché d’œuvres avant-gardistes produites par des artistes canadiens, comme le font les galeristes de notre corpus, comporte un risque bien plus élevé.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote7_c2p0p9x&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref7_c2p0p9x&quot;&gt;7.&lt;/a&gt; Voir entre autres les articles «Galerie dans le salon» publié dans &lt;em&gt;Le Petit Journal&lt;/em&gt; en 1960 et «Housewife Opens Suburb Home for Art Show» publié la même année dans le &lt;em&gt;Winnipeg Free Press&lt;/em&gt;. Le titre d’une section de ce dernier article, «Family Interested», est significatif de l’importance accordée par la presse écrite à l’approbation familiale du projet.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote8_i6ltyyj&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref8_i6ltyyj&quot;&gt;8.&lt;/a&gt; Betty Friedan étudie à l’intérieur de son ouvrage un phénomène qui atteindrait plusieurs femmes au foyer américaines et qu’elle nomme (ou plutôt ne nomme pas) «l’indéfinissable malaise» («the problem that has no name»). Cet indéfinissable malaise implique que ces femmes sont malheureuses et sous l’emprise d’un sentiment mélancolique, malgré le fait qu’elles mènent un mariage et une vie de famille convenables et qu’elles connaissent un certain niveau de confort matériel. Friedan indique que ces femmes se retrouvent alors blasées par leur situation de femme au foyer, qu’elles ne trouvent ni stimulante ni épanouissante. Cette situation —cette vie— ne leur convient plus, mais elles se retrouvent emprisonnées dans un rôle que la société leur a attribué.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote9_1znl20w&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref9_1znl20w&quot;&gt;9.&lt;/a&gt; L’article de Tourangeau (1982: C20) est représentatif de cette désinformation: «Aussi s’est-il [Max Stern] empressé dès son arrivée à Montréal de fonder, en 1941, une galerie […]». Voir également Aquin, 1992 : 25 et Conlogue, 1992 : C3.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote10_n7hppiu&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref10_n7hppiu&quot;&gt;10.&lt;/a&gt; Voir à titre d’exemple l’article de Houle, qui présente un historique de la Galerie Dominion et élude la figure de Millman en ne la nommant qu’à deux reprises, pour les années 1941 et 1942, même si elle en a été la gestionnaire et co-propriétaire jusqu’en 1947 (1992-1993: 54).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote11_hitkaaj&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref11_hitkaaj&quot;&gt;11.&lt;/a&gt; Millman dirige ensuite la West End Art Gallery, de 1948 à 1954, mais cette galerie ainsi que la réception critique de ses expositions ont été, jusqu’à maintenant, très peu étudiés. Nous souhaitons pouvoir pousser plus loin nos recherches sur le sujet, mais il semblerait que la presse écrite, au moment de la gestion par Millman de la West End, commente les expositions qui y sont présentées sans traiter de la galeriste.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote12_p07y5ii&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref12_p07y5ii&quot;&gt;12.&lt;/a&gt; Nous pensons à Stern, mais également à l’historien et critique d’art Maurice Gagnon qui a organisé plusieurs expositions à la Dominion et aurait conseillé à Millman de défendre l’art vivant canadien.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote13_r8riw6t&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref13_r8riw6t&quot;&gt;13.&lt;/a&gt; Le terme «amateur», tant en français qu’en anglais, peut être compris en opposition à « professionnel » (il désigne alors une personne inexpérimentée qui exerce une activité à titre de loisir), mais peut aussi qualifier une personne démontrant un profond intérêt envers quelque chose.&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;/section&gt;&lt;/div&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;Notre recherche vise à pallier quelque peu cette lacune en abordant la situation des femmes fondatrices et gestionnaires d’une galerie d’art à Montréal durant les décennies 1940, 1950 et début 1960. Dans ces quelques pages, nous nous intéressons aux représentations véhiculées dans les journaux et périodiques de l’époque (ainsi que quelques imprimés plus récents) de trois de ces femmes galeristes actives entre 1941 et 1961. &lt;/div&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&lt;span class=&quot;biblio-authors&quot; &gt;&lt;a href=&quot;/en/biblio?f%5Bauthor%5D=7042&quot; rel=&quot;nofollow&quot;&gt;Lafleur, Geneviève&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;. 2013. “&lt;a href=&quot;/en/biblio/recurrences-dans-les-representations-du-feminin-dans-la-presse-ecrite-chez-les-galeristes&quot;&gt;&lt;span class=&quot;biblio-title&quot; &gt;Récurrences dans les représentations du féminin dans la presse écrite chez les galeristes montréalaises Lavigueur, Lefort et Millman&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;”. Available online: l’Observatoire de l’imaginaire contemporain. &amp;lt;&lt;a href=&quot;https://oic.uqam.ca/en/articles/recurrences-dans-les-representations-du-feminin-dans-la-presse-ecrite-chez-les-galeristes&quot;&gt;https://oic.uqam.ca/en/articles/recurrences-dans-les-representations-du-feminin-dans-la-presse-ecrite-chez-les-galeristes&lt;/a&gt;&amp;gt;. Accessed on May 1, 2023. Source: (&lt;span  style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;De l&#039;assignation à l&#039;éclatement. Continuités et ruptures dans les représentations des femmes&lt;/span&gt;. 2013. Montréal: Institut de recherches et d&#039;études féministes (IREF). coll. Agora, vol. Cahier de l&#039;IREF).&lt;span class=&quot;Z3988&quot; title=&quot;ctx_ver=Z39.88-2004&amp;amp;rft_val_fmt=info%3Aofi%2Ffmt%3Akev%3Amtx%3Adc&amp;amp;rft.title=R%C3%A9currences+dans+les+repr%C3%A9sentations+du+f%C3%A9minin+dans+la+presse+%C3%A9crite+chez+les+galeristes+montr%C3%A9alaises+Lavigueur%2C+Lefort+et+Millman&amp;amp;rft.isbn=978-2-922045-42-0&amp;amp;rft.date=2013&amp;amp;rft.volume=Cahier+de+l%26%23039%3BIREF&amp;amp;rft.aulast=Lafleur&amp;amp;rft.aufirst=Genevi%C3%A8ve&amp;amp;rft.pub=Institut+de+recherches+et+d%26%23039%3B%C3%A9tudes+f%C3%A9ministes+%28IREF%29&amp;amp;rft.place=Montr%C3%A9al&quot;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
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      &lt;div class=&quot;field-label&quot;&gt;Pour citer ce document (Computed): &lt;/div&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&amp;lt;span class=&amp;quot;biblio-authors&amp;quot; &amp;gt;Lafleur, Geneviève&amp;lt;/span&amp;gt;. 2013. « &amp;lt;span class=&amp;quot;biblio-title&amp;quot; &amp;gt;Récurrences dans les représentations du féminin dans la presse écrite chez les galeristes montréalaises Lavigueur, Lefort et Millman&amp;lt;/span&amp;gt; ». En ligne sur le site de l’Observatoire de l’imaginaire contemporain. &amp;amp;lt;https://oic.uqam.ca/fr/articles/recurrences-dans-les-representations-du-feminin-dans-la-presse-ecrite-chez-les-galeristes&amp;amp;gt;.  Publication originale : (&amp;lt;span  style=&amp;quot;font-style: italic;&amp;quot;&amp;gt;De l&amp;#039;assignation à l&amp;#039;éclatement. Continuités et ruptures dans les représentations des femmes&amp;lt;/span&amp;gt;. 2013. Montréal : Institut de recherches et d&amp;#039;études féministes (IREF). coll. Agora, vol. Cahier de l&amp;#039;IREF).&amp;lt;span class=&amp;quot;Z3988&amp;quot; title=&amp;quot;ctx_ver=Z39.88-2004&amp;amp;amp;rft_val_fmt=info%3Aofi%2Ffmt%3Akev%3Amtx%3Adc&amp;amp;amp;rft.title=R%C3%A9currences+dans+les+repr%C3%A9sentations+du+f%C3%A9minin+dans+la+presse+%C3%A9crite+chez+les+galeristes+montr%C3%A9alaises+Lavigueur%2C+Lefort+et+Millman&amp;amp;amp;rft.isbn=978-2-922045-42-0&amp;amp;amp;rft.date=2013&amp;amp;amp;rft.volume=Cahier+de+l%26%23039%3BIREF&amp;amp;amp;rft.aulast=Lafleur&amp;amp;amp;rft.aufirst=Genevi%C3%A8ve&amp;amp;amp;rft.pub=Institut+de+recherches+et+d%26%23039%3B%C3%A9tudes+f%C3%A9ministes+%28IREF%29&amp;amp;amp;rft.place=Montr%C3%A9al&amp;quot;&amp;gt;&amp;lt;/span&amp;gt;&lt;/div&gt;
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 <pubDate>Tue, 03 May 2022 12:08:43 +0000</pubDate>
 <dc:creator>Alexia Giroux</dc:creator>
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 <title>Les stratégies féministes de représentation des femmes dans l’action politique au Québec</title>
 <link>https://oic.uqam.ca/en/articles/les-strategies-feministes-de-representation-des-femmes-dans-laction-politique-au-quebec</link>
 <description>&lt;div class=&quot;field field-name-body field-type-text-with-summary field-label-hidden&quot;&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot; property=&quot;content:encoded&quot;&gt;&lt;p&gt;Ce texte s’intéresse aux représentations des femmes et de la politique qui sont produites par les interventions du mouvement des femmes au Québec. Quelles sont les stratégies et interventions qui ont été mises de l’avant par le mouvement des femmes au Québec en réponse au constat de ce qui est parfois désigné comme «la sous-représentation politique des femmes»? Sur quelles analyses reposent-elles? Notre analyse vise à faire ressortir les images qui ont été ou sont véhiculées à travers les interventions du mouvement des femmes destinées à faire la promotion de la présence des femmes dans la politique active, lesquelles suggèrent trop souvent des associations négatives entre les femmes et la politique, reflétant certains clichés de la science politique américaine du vingtième siècle.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Réfléchir aux représentations des femmes dans la politique impose à priori de souligner la complexité de l’idée de représentation politique, qui se comprend de différentes façons. On peut penser à la représentation substantive et à la représentation descriptive, que nous reprenons de la dichotomie proposée par Pitkin (1972). La représentation descriptive fait référence à l’idée que les élus et élues représentent les personnes qui ont les mêmes caractéristiques qu’eux et elles, et ce, passivement. Selon cette idée, les femmes représentent les intérêts des femmes parce qu’elles sont des femmes. La représentation substantive s’incarne dans les activités réalisées par les élus et élues au nom et dans l’intérêt de certains groupes. Ici, les femmes politiques peuvent représenter les intérêts des femmes en mettant de l’avant des politiques et des mesures dans leur intérêt, mais ceci n’est pas inconditionnel; c’est un choix et non le résultat d’une appartenance commune à la catégorie femme. Si les nombreuses études existantes ne permettent pas de conclure que la féminisation des élites politiques change la politique ni que les femmes remplissent effectivement leur fonction de représentation substantive lorsqu’elles sont élues, plusieurs se réfèrent aux arguments d’égalité et de justice pour revendiquer l’élection d’un plus grand nombre de femmes (Lovenduski, 2005).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans le cadre de ce texte, nous ferons l’analyse des représentations-images des femmes et de la politique produites par les interventions du mouvement des femmes pour conclure sur la pertinence de revendiquer des quotas pour l’élection d’un plus grand nombre de femmes. Pendant longtemps, les pratiques féministes ont ignoré les lieux traditionnels d’exercice de la démocratie que sont les parlements et assemblées, pour s’en tenir à un discours critique à l’endroit des institutions de la démocratie représentative. Les choses ont commencé à changer au cours des deux dernières décennies. Des féministes de toutes tendances qui ont dans le passé questionné les institutions de la démocratie libérale ont choisi de travailler à améliorer les indicateurs numériques de la présence des femmes au sein des institutions parlementaires, dans un but de changement social. Dans de nombreux pays, des mouvements féministes ont adopté la stratégie du changement par un accroissement de la présence des femmes dans les lieux de pouvoir et revendiquent des sièges réservés ou des quotas (Krook, 2009). La question de l’élection d’un plus grand nombre de femmes se pose donc un peu partout. Comment arriver à la parité de représentation? Au Québec, même si les interventions féministes autour de la présence des femmes en politique se sont multipliées au cours des dernières années, ce sont très largement des interventions d’un même type, soit des activités de formation, qui ont jusqu’ici dominé alors que les actions visant à changer les structures politiques ont été moins visibles. Ce n’est que depuis 2011 que se dessine une mobilisation en faveur de mesures de type quotas pour les femmes. En 2011, lors d’une consultation sur invitation faite auprès de partenaires identifiés par le gouvernement du Québec, le plan d’action gouvernemental pour l’égalité entre les femmes et les hommes produit par le Secrétariat à la condition féminine a posé la question des mesures à adopter pour accroître le nombre de femmes en politique en ces termes: «Comment accélérer la progression des femmes dans les postes de décision et de pouvoir politique ou économique? […]&amp;nbsp;La persistance des stéréotypes sexistes (ex: les femmes n’aiment pas le pouvoir, elles sont peu à l’aise avec la confrontation, etc.) ainsi que la difficulté de concilier travail, famille et engagements sont parmi les obstacles qu’il faut lever» (Ministère de la Culture, des Communications et de la Condition féminine, 2011: 11). La consultation menée autour de ce document a permis à plusieurs groupes d’exprimer pour la première fois leur appui à des mesures systémiques de correction pour pallier aux faibles pourcentages de femmes élues en politique au Québec plutôt qu’à l’analyse proposée par le Secrétariat à la condition féminine.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Alors qu’un mouvement transnational pour la représentation paritaire des femmes en politique a émergé depuis 1990, dans le sillon de la France, où des féministes se sont mobilisées autour de l’adoption d’un changement constitutionnel intégrant la parité entre les hommes et les femmes dans les candidatures aux élections, le mouvement des femmes québécois a travaillé à la féminisation des arènes politiques principalement à travers des actions de formation, et plusieurs groupes ont exprimé des réticences à revendiquer des mesures visant le changement des institutions politiques comme les partis politiques ou le système électoral. Un seul groupe de femmes, le collectif québécois Féminisme et démocratie, a fait de la revendication de changements dans les institutions de la démocratie représentative son principal cheval de bataille. Ce qui a dominé jusqu’à maintenant dans les interventions du mouvement des femmes a été une approche présumant que les faibles pourcentages de femmes élues devraient être combattus par des activités de formation visant les femmes et non les structures.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelles stratégies pour l’élection de femmes sur le territoire québécois?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans le champ «femmes et politique» au Québec, le travail sur le terrain est largement influencé par l’existence du programme &lt;em&gt;À égalité pour décider&lt;/em&gt;, un programme qui vise à vendre l’idée de la politique active aux femmes et qui est administré par le Secrétariat à la condition féminine du gouvernement du Québec. Depuis sa création en 1999, plus de 390 projets ont été financés à l’aide d’une enveloppe d’un million de dollars par année. Ce programme gouvernemental favorise l’augmentation dans toutes les régions du Québec du nombre de femmes dans les postes de décision des instances locales et régionales et, par voie de conséquence, la réduction des obstacles qui empêchent les femmes de participer pleinement à l’exercice du pouvoir (Secrétariat à la condition féminine).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le Québec a donc bénéficié du travail de terrain fait par des groupes de femmes spécialisés, dont le mandat est essentiellement dédié à la promotion de la présence des femmes en politique. Ces groupes ont pour la plupart obtenu le soutien du programme &lt;em&gt;À égalité pour décider&lt;/em&gt;. Leur présence est une situation assez unique, dans un contexte où le déficit des femmes dans les structures politiques est un enjeu qui demeure secondaire et qui reçoit peu d’échos du côté des partis politiques, gouvernements et médias québécois, lesquels portent un intérêt très circonstanciel et épisodique aux pourcentages de femmes candidates et élues lors des élections.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La prédominance d’activités de formation destinées à mieux outiller les femmes pour faire de la politique caractérise donc le travail du mouvement féministe québécois. Qu’il s’agisse de vidéos, de formations destinées à des femmes qui songent à se présenter en politique, de guides aux contenus variés, de sites Internet, de feuillets d’information, les moyens sont divers, mais ils participent d’une même stratégie : offrir des outils destinés à combler les lacunes individuelles des femmes, lacunes qui seraient l’une des raisons de leur faible présence dans les structures de la démocratie représentative. Si ces activités sont nombreuses, on ne peut avoir qu’une vague idée de leurs retombées et de leur influence sur les pourcentages de femmes élues au Québec, qui fluctuent parfois vers le haut et parfois vers le bas. Les groupes travaillent peu en réseau et il n’y a pas de mise en commun systématique des projets réalisés ni des outils produits, lesquels sont souvent diffusés sur une base restreinte (Maillé, 2006), même si un catalogue virtuel des activités et publications en lien avec la présence des femmes dans les instances décisionnelles au Québec a été réalisé par le Réseau des tables régionales en condition féminine.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En étudiant les actions réalisées au Québec pour promouvoir l’élection de femmes, on peut identifier assez clairement le leadership exercé par trois groupes de femmes. Le plus visible d’entre eux est le Groupe Femmes, politique et démocratie (GFPD), lequel est un point de repère pour nombre de petits groupes de femmes qui, dans le sillon du programme &lt;em&gt;À égalité pour décider&lt;/em&gt;, se sont intéressés à la question «femmes et politique» sans qu’il s’agisse de leur principal champ d’activité. Le Groupe Femmes, politique et démocratie joue son rôle de leader à travers ses nombreux projets, notamment par la diffusion d’informations et la distribution des nombreux outils pédagogiques qu’il produit. Sur leur site Internet on retrouve une série de vidéos visant à vendre l’idée de la politique aux femmes. Un second groupe, le Collectif Féminisme et démocratie (CFD), a existé pendant une période de cinq ans au début des années 2000. Le groupe s’est donné le mandat de susciter la participation citoyenne et politique des femmes. À cette fin, il a proposé l’adoption de mesures positives pour atteindre l’égalité dans la représentation au sein des instances politiques et a défendu une analyse de la sous-représentation des femmes en politique qui interpelle le mode de scrutin davantage que les compétences des femmes. Le CFD a démontré sa capacité de mobilisation autour d’une cause commune avec l’Opération 100 voix pour la démocratie, à l’automne 2005. Il a également offert des activités de formation sur les modes de scrutin afin de favoriser une réforme du mode de scrutin et l’adoption de mesures qui permettraient l’élection d’un plus grand nombre de femmes. Un troisième groupe, les PÉPINES, a été fondé en 1992. Il dispose d’un grand capital d’influence parce qu’il est l’un des plus anciens groupes de femmes à intervenir dans le champ «femmes et politique». Son ancrage régional jumelé à son rayonnement sur l’ensemble du Québec lui confère une position d’autorité. Même si le groupe fonctionne surtout dans la région des Cantons-de-l’Est, il jouit d’une grande notoriété dans toute la province.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le Groupe Femmes, politique et démocratie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le Groupe Femmes, politique et démocratie constitue un phare du réseau «femmes et politique» au Québec. Créé avant le projet &lt;em&gt;À égalité pour décider&lt;/em&gt; et autour d’un petit noyau de militantes préoccupées par la représentation des intérêts des femmes au sein des structures politiques, il poursuit une mission principale, celle de promouvoir leur représentation en politique. À cet effet, il travaille à sensibiliser les femmes à la nécessité d’accroître leur présence aux postes politiques, à les informer, à les former à l’exercice démocratique et à construire un réseau. Il doit sa notoriété à son dynamisme, aux nombreuses activités qu’il a organisées dès sa mise sur pied mais aussi à l’impressionnant répertoire d’outils qu’il a produits : site Internet, vidéos, pièce de théâtre, feuillets périodiques, école d’été, colloques, fondation. Ces outils sont largement diffusés à l’extérieur du groupe.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les valeurs qui sous-tendent le travail de ce groupe sont complexes. D’une part, le groupe offre des activités qui visent l’acquisition de connaissances, comme l’École d’été Femmes et Démocratie municipale, une formation offerte depuis 2004 et nichée dans le giron de l’École nationale d’administration publique via le Centre de développement Femmes et gouvernance. D’autre part, il a innové en mettant sur pied une fondation non-partisane et mixte. Enfin, par son programme de mentorat en politique, dans le cadre duquel une cinquantaine de personnes, femmes et hommes, sont jumelées avec des femmes intéressées par l’engagement politique, le GFPD a permis de mettre en relation des élues et des militantes, des citoyennes, des femmes qui avaient des réticences les unes envers les autres avant de se rencontrer, des membres du mouvement des femmes qui avaient beaucoup de préjugés envers les femmes en politique (Maillé, 2006). L’objectif du programme de mentorat est de soutenir l’engagement démocratique des femmes en leur permettant de bénéficier de l’accompagnement d’une personnalité politique tout en favorisant le développement d’un savoir-être en politique. Un autre impact du groupe a été l’élargissement du réseau associé au thème «femmes et politique», à des femmes d’affaires, par exemple. Avant 2011, le groupe n’a jamais revendiqué l’adoption de mesures qui viseraient les partis politiques ou qui établiraient des quotas, hormis dans un mémoire présenté sur la réforme du mode de scrutin qui reconnaissait l’intérêt d’un mode de scrutin proportionnel pour faire élire davantage de femmes. En février 2011, dans le cadre de la consultation menée sur l’égalité, le groupe a revendiqué l’adoption de quotas obligeant les partis politiques à présenter autant de femmes que d’hommes comme mesure temporaire.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Mais que ce soit à travers son école d’été ou par le biais des documents vidéo produits et qui peuvent être visionnés à partir de son site Internet, ce qui constitue la signature du travail de ce groupe peut être résumé à l’idée que les femmes ont besoin d’appui, de support et de connaissances pour affronter l’univers de la politique, y faire leur place et se faire élire en plus grand nombre. Le groupe se définit d’ailleurs à partir d’une mission d’éducation à l’action citoyenne et démocratique de la population en général, et plus particulièrement des femmes, afin de promouvoir une plus grande participation à la vie politique (Groupe Femmes, politique et démocratie). Les vidéoclips disponibles sur le site du groupe proposent une réflexion qui, portant sur les obstacles qui se trouvent sur le chemin des femmes et de la politique, identifie les images de genre comme responsables de la faible présence des femmes en politique. Ces obstacles prennent leur source dans les images de genre qui déterminent les rôles sociaux et les aptitudes et contribuent, du coup à garder étanche l’exercice du pouvoir politique, alors que les règles du pouvoir sont masculines et nécessitent des comportements qui ne sont pas familiers aux femmes. Ainsi, les femmes ont une approche différente des hommes : elles ne se sentent pas autorisées à prendre la place qui leur revient, elles ne sont pas stratèges et doivent apprendre à l’être et à savoir lire les règles du jeu du pouvoir (vidéo École Femmes et Démocratie).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Féminisme et démocratie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Actif entre les années 2002 et 2007, le Collectif Féminisme et Démocratie est intervenu dans la sphère publique québécoise pour promouvoir un investissement féministe du pouvoir politique ainsi que des réformes qui permettraient l’expression d’une autre vision du pouvoir. Plutôt que d’avoir fait la promotion d’une intervention individualisée auprès de candidates potentielles, il a développé une analyse qui cible les problèmes systémiques découlant du mode de scrutin. Selon l’analyse de Féminisme et démocratie, le mode de scrutin proportionnel facilite la mise en place d’un cadre égalitaire et l’adoption de mesures positives pour les politiciennes en raison des listes de candidatures, alors que le mode de scrutin actuel rend difficile l’introduction de mesures destinées à faire augmenter le nombre de femmes candidates. La discrimination à l’égard des femmes en politique est systémique, ce qui suppose que les solutions doivent l’être également (Paquet, 2006). Par ailleurs, le groupe a développé des formations visant à outiller les femmes individuellement et collectivement tout en mettant de l’avant des stratégies d’action et d’influence. Les formations offertes se démarquaient parce qu’elles visaient à expliquer les différents modes de scrutin et leurs effets. Dans un mémoire présenté en décembre 2005 à la commission sur l’avant-projet de loi remplaçant la Loi électorale au Québec, le CFD a demandé l’introduction de listes de candidates et de candidats qui permettraient leur alternance, ainsi qu’une répartition des sièges proportionnelle au pourcentage obtenu par chaque parti. Dans la foulée de l’Opération 100 voix de femmes pour la démocratie, plus d’une centaine de femmes et de groupes de femmes ont également déposé des mémoires demandant un scrutin proportionnel et l’adoption de mesures visant à faciliter l’élection de femmes. Selon le Collectif Féminisme et Démocratie, l’élection d’un plus grand nombre de femmes à l’Assemblée nationale est nécessaire afin de permettre l’expression de la diversité des points de vue de femmes, féministes et non-féministes, dans les lieux de pouvoir, mais aussi afin d’utiliser le potentiel politique des femmes; or, il faut des modèles diversifiés de personnes élues en politique pour engendrer une relève politique qui soit elle-même diversifiée. On invoquait que les femmes peuvent défendre des intérêts différents et influer sur le contenu des prises de décision; on invoquait également la nécessité d’un rattrapage, vu comme une condition essentielle pour corriger les effets de la discrimination passée (Collectif Féminisme et Démocratie, 2004: 3).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Qui sont les femmes qui ont été au centre des interventions du groupe? Le CFD s’est intéressé à la question de la représentation de la diversité québécoise à l’Assemblée nationale en ces termes:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Un mode de scrutin démocratique doit permettre la représentation de la diversité ethnoculturelle de la société. Depuis les trente dernières années, le visage du Québec s’est beaucoup diversifié, notamment en raison de l’immigration. Il importe que cette diversité se reflète à l’Assemblée nationale. Le mode de scrutin actuel ne permet aucunement de garantir une telle représentation. […] Les membres des minorités, particulièrement des minorités visibles, ne participent pas adéquatement au processus politique parce qu’ils ne disposent d’aucune prise réelle sur la chose électorale. Pourquoi ne pas faire de cette réforme un outil d’inclusion incitant à une meilleure participation citoyenne? (Collectif Féminisme et Démocratie, 2005: 12).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le groupe a proposé d’adopter un ensemble de stratégies destinées à intégrer, dans la représentation politique et notamment à l’Assemblée nationale, celle de la diversité ethnoculturelle, par exemple obliger les partis politiques à se doter d’un plan d’action prévoyant l’adoption de mesures concrètes visant la représentation équitable de la diversité ethnoculturelle à l’Assemblée nationale.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les PÉPINES&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Fondée en 1992, la Promotion des Estriennes pour initier une nouvelle équité sociale, les PÉPINES, travaille depuis vingt ans maintenant à mettre en place des moyens pour permettre l’accès des femmes aux sphères de décision et à promouvoir l’engagement et la participation des femmes au développement de leur région. Le groupe poursuit l’objectif central d’en arriver, à travers l’atteinte d’une nouvelle équité sociale, à ce que les femmes soient partie prenante du pouvoir dans le développement régional. Le groupe a obtenu du financement du programme &lt;em&gt;À égalité pour décider&lt;/em&gt; à plusieurs reprises. Certaines des réalisations des PÉPINES ont été initiées en dehors de ce programme, comme le travail de pression accompli au niveau des organismes régionaux de développement pour obtenir des sièges femmes et une politique de parité dans leurs comités. De telles actions témoignent des différents registres dans lesquels le groupe s’inscrit: demandes visant à modifier les structures, interventions de formation des femmes à la politique, représentation autour du dossier «femmes et politique».&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dès 1993, le groupe a organisé un important colloque sur la place des femmes dans le développement régional: &lt;em&gt;Tête à tête en Estrie : des hommes et des femmes se parlent de leur région&lt;/em&gt;. Au compte de ses innovations, il faut mentionner la banque de candidatures féminines, un répertoire de femmes disponibles et compétentes pour s’engager dans les lieux décisionnels qui a été conçu comme une réponse stratégique aux décideurs, qui souvent disaient ne pas connaître de femmes intéressées à s’impliquer. En 1999, le groupe a réalisé le document vidéo &lt;em&gt;Une, deux, trois, PÉPINES&lt;/em&gt;, présentant trois militantes de la région de Sherbrooke qui ont décidé de s’impliquer dans les structures locales. La production du document &lt;em&gt;Cartographie du pouvoir en Estrie&lt;/em&gt;, accompagné du &lt;em&gt;P’tit guide des chemins du pouvoir&lt;/em&gt;, a suivi (2001). Les PÉPINES définissent leur action à partir d’une vision du champ politique selon laquelle les femmes sont aux prises avec des obstacles comme l’isolement et la marginalisation dans les lieux décisionnels, ou leur exclusion des réseaux masculins existants. Les femmes sont un obstacle pour elles-mêmes : elles surestiment l’expertise des hommes et sous-estiment leur propre expertise. Enfin, on fait le constat que les femmes n’ont pas fait «leurs classes»; elles s’introduisent donc en territoire inconnu, lorsqu’elles vont vers la politique sans connaître les règles du jeu. On croit également à l’effet de masse critique, en vertu duquel un nombre substantiel de femmes présentes dans les lieux décisionnels permettrait la prise en compte de leurs réalités et de leurs intérêts. Les banques de candidates ne peuvent à elles seules régler ce problème de sous-représentation si ni celles-ci ni les partis ne s’en servent. Par ailleurs, le groupe estime qu’il faut privilégier des candidates qui ont un préjugé favorable à l’égard des femmes, en d’autres termes «des femmes qui ont passé leur féminisme 101». La pleine participation des femmes aux lieux décisionnels dépend largement des conditions de vie et de travail des femmes en général (Maillé, 2006). Le &lt;em&gt;P’tit guide des chemins du pouvoir&lt;/em&gt;, publié en 2001, propose une liste d’arguments pour soutenir la revendication de meilleures places pour les femmes, invoquant la démocratie, mais aussi la complémentarité des points de vue des hommes et des femmes et la valeur de l’expertise de ces dernières. Depuis 2007, le groupe fait la promotion du &lt;em&gt;Manifeste pour la parité dans la gouvernance en Estrie&lt;/em&gt;, réclamant la mise en place de mesures visant la parité hommes-femmes dans les lieux de décision et une réforme de la loi électorale qui introduirait des mesures pour augmenter substantiellement la représentation des femmes à l’Assemblée nationale.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le groupe Les PÉPINES estime avoir eu un impact auprès des décideurs par sa stratégie de talonnement; ceux-ci n’ont eu d’autre choix que de réagir positivement en adoptant un discours plus ouvert aux femmes. Néanmoins, le groupe ne fait pas de lien entre les variations de pourcentages de femmes présentes aux différents niveaux décisionnels dans la région et son action depuis 1993, estimant que la parité est un travail à long terme. Certes, nous pouvons parler d’un mouvement de fond actif à l’échelle de la province auquel Les Pépines ont clairement contribué, lequel travaille à convaincre les femmes des enjeux liés à leur présence en politique (Maillé, 2006). Le groupe jouit d’une grande notoriété parce qu’il a été un précurseur dans les interventions autour de «femmes et politique». Il est en lien principalement avec les groupes et décideurs de l’Estrie. C’est un groupe qui a un ancrage régional, mais c’est aussi le premier à avoir été mis sur pied, au Québec, dans le but précis de faire la promotion d’une implication féministe dans toutes les sphères de la politique. Plusieurs groupes de femmes qui interviennent dans le champ «femmes et politique» au Québec mentionnent avoir des liens avec les PÉPINES ou utiliser leurs documents (Maillé, 2006). Les militantes des PÉPINES considèrent que beaucoup de groupes de femmes qui ont des projets dans l’axe «femmes et pouvoir» sont souvent des organismes de services qui sont pris dans une logique de subvention et qui sont débordés. Dans un tel contexte, il est très important de pouvoir compter sur des regroupements de femmes autonomes dont la mission première est l’axe « femmes et pouvoir » pour faire avancer le dossier «femmes et politique» (Maillé, 2006).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le groupe Les PÉPINES estime avoir eu un impact auprès des décideurs par sa stratégie de talonnement; ceux-ci n’ont eu d’autre choix que de réagir positivement en adoptant un discours plus ouvert aux femmes. Néanmoins, le groupe ne fait pas de lien entre les variations de pourcentages de femmes présentes aux différents niveaux décisionnels dans la région et son action depuis 1993, estimant que la parité est un travail à long terme. Certes, nous pouvons parler d’un mouvement de fond actif à l’échelle de la province auquel Les Pépines ont clairement contribué, lequel travaille à convaincre les femmes des enjeux liés à leur présence en politique (Maillé, 2006). Le groupe jouit d’une grande notoriété parce qu’il a été un précurseur dans les interventions autour de «femmes et politique». Il est en lien principalement avec les groupes et décideurs de l’Estrie. C’est un groupe qui a un ancrage régional, mais c’est aussi le premier à avoir été mis sur pied, au Québec, dans le but précis de faire la promotion d’une implication féministe dans toutes les sphères de la politique. Plusieurs groupes de femmes qui interviennent dans le champ «femmes et politique» au Québec mentionnent avoir des liens avec les PÉPINES ou utiliser leurs documents (Maillé, 2006). Les militantes des PÉPINES considèrent que beaucoup de groupes de femmes qui ont des projets dans l’axe «femmes et pouvoir» sont souvent des organismes de services qui sont pris dans une logique de subvention et qui sont débordés. Dans un tel contexte, il est très important de pouvoir compter sur des regroupements de femmes autonomes dont la mission première est l’axe «femmes et pouvoir» pour faire avancer le dossier «femmes et politique» (Maillé, 2006).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une représentation problématique des femmes et de la politique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Quel portrait tracer de ces interventions destinées à rapprocher davantage de femmes d’un engagement personnel en politique active? S’il faut parler de discours au pluriel, on retient que le programme &lt;em&gt;À égalité pour décider&lt;/em&gt; a insufflé une certaine vision aux interventions des féministes dans le champ des femmes et de la politique au Québec. En effet, le dénominateur commun d’un bon nombre d’entre elles a été la promotion de formations spécifiques destinées à contrer les effets de la socialisation des femmes, ce qui laisse supposer qu’elles ont plus que les hommes besoin d’éducation à la vie politique pour s’y tailler une place. Souvent, on cherche à simplifier l’idée de faire de la politique, en faisant, par exemple, des parallèles entre l’administration des intérêts de la collectivité et la gestion familiale&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref1_ioqx5n0&quot; title=&quot;Voir les vidéos Les femmes de Charlevoix, une pièce indispensable, produit par le centre Aux Plurielles, Une, Deux, Trois... Pépines, produit par les PÉPINES, ainsi que Moi Candidate?, du groupe Femmes, politique et démocratie.&quot; href=&quot;#footnote1_ioqx5n0&quot;&gt;1&lt;/a&gt;. Les actions revendiquant des corrections systémiques pour pallier au problème des faibles pourcentages de femmes élues ont surtout été le fait d’un groupe, Féminisme et Démocratie, bien que l’on observe un changement important à ce niveau depuis peu, avec l’appui donné en 2011 par Femmes, politique et démocratie et les PÉPINES à l’adoption de quotas obligeant les partis politiques à présenter autant de femmes que d’hommes comme mesure temporaire. Ce changement récent a possiblement à voir avec le mouvement international pour l’adoption de quotas destinés à accélérer le rythme de l’élection de femmes, perçu comme la nouvelle voie rapide vers le changement (Dahlerup, 2006: 3).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’approche mise de l’avant dans certaines interventions, les activités de formation par exemple, implique que les causes des faibles pourcentages de femmes élues en politique se résument aux lacunes individuelles des femmes, qu’il sera possible de combler à l’aide de programmes, formations et documents qui les ciblent. Cette approche est un effet pervers du programme gouvernemental qui est à son origine: il en a dicté les conditions et a, du coup, imposé une vision du problème qui évacue complètement les explications liées aux institutions politiques. Les interventions qui ont été développées en ce sens reposent sur une orientation unique, celle de la carence, qui n’a pas fait l’objet de débats et qui est acceptée implicitement, alors que d’autres comme la revendication de corrections systémiques à travers des quotas et des mesures législatives n’ont pas, jusqu’à très récemment, fait l’objet de revendications de la part des groupes qui ont initié des projets dans le cadre du programme &lt;em&gt;À égalité pour décider&lt;/em&gt;. Il est paradoxal de constater que certains postulats datés de la science politique, telle l’idée de l’incompétence des femmes pour faire de la politique (Lipset, 1960), ont été repris par les groupes présents dans le champ «femmes et politique» au Québec et ont servi de fondement à l’une de leurs plus importantes stratégies. Les nombreux contextes où des mesures de type quotas ont été introduites mettent pourtant en évidence qu’il ne manque pas de candidatures féminines lorsque les sièges sont disponibles. Même si les programmes de formation offerts par les groupes se remplissent année après année, on ne saurait conclure qu’ils sont la solution aux faibles pourcentages de femmes élues. Là où ces programmes existent, principalement en Amérique du Nord, les pourcentages de femmes élues ont peu progressé, contrairement à ce qui se produit dans les pays où des mesures de type quotas sont introduites. Pourquoi l’approche psycho-sociale a-t-elle pris cette importance dans les stratégies mises de l’avant par le mouvement des femmes au Québec? Est-ce parce que ces initiatives ont été développées à partir d’une urgence d’agir qu’elles se sont enlisées dans des pistes d’explication superficielles, donc incapables de traduire la complexité des facteurs qui reproduisent l’homogénéité des classes politiques? Il est possible que ces interventions aient été influencées par les programmes américains préexistants comme la &lt;em&gt;Women’s Campaign School &lt;/em&gt;de l’Université Yale, fondée en 1993. Un autre élément d’explication se retrouve du côté de la sociologie politique américaine sur les femmes et la politique, qui, pour expliquer les faibles pourcentages de femmes élues, a surtout travaillé à étayer l’hypothèse d’une socialisation différenciée (Studlar, 2008).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Au Québec, le fait que nombre de groupes de femmes aient été largement financés à travers des programmes gouvernementaux a possiblement entraîné leur dépolitisation, étant donné l’obligation de se conformer à certaines normes en termes d’action et de discours pour pouvoir recevoir du financement étatique. Ce type de dépendance à l’État a contribué à renforcer la nature «service» des groupes au détriment d’une réflexion plus proprement politique. Cette dynamique caractérise toujours la frange du mouvement des femmes qui, au Québec, travaille sur le thème de la présence des femmes dans les institutions de la démocratie représentative. Le travail qui se fait sur le terrain pour inciter les femmes à prendre leur place en politique s’inscrit dans une perspective qui légitime les fondements de la démocratie libérale plutôt que de les questionner. Il s’agit d’améliorer les institutions existantes de la démocratie représentative, de les bonifier pour corriger l’Histoire, au lieu de demander leur mise à mort dans un geste de rupture. Ce champ d’intervention a été littéralement pris en charge par les féministes libérales dont les priorités gravitent autour de l’État-sauveur. Il a toutefois été complètement désinvesti par les féministes au discours politique plus radical, lesquelles n’ont pas d’attentes envers les institutions de la démocratie représentative.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De la masse critique aux quotas&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Différentes idées ont été énoncées autour des enjeux liés à la féminisation des arènes politiques. S’opposent, entre autres, un discours à tendance essentialiste, celui de la théorie de la masse critique, et une approche qui, centrée sur les principes d’égalité, voit dans l’élection de parlements féminisés l’accomplissement du combat pour l’obtention des droits politiques des femmes. Plusieurs avancent que le nombre de femmes élues est porteur d’un changement radical de la politique et de la culture politique (Dahlerup, 2006b). La théorie de la masse critique en politique postule l’existence d’intérêts communs aux femmes, lesquels pourraient être portés s’il y avait un pourcentage suffisamment élevé de femmes élues. Cette idée a été mise de l’avant dans un contexte historique où de telles masses critiques de femmes n’avaient jamais été observées. Cependant, il s’agit d’une idée qui est en recul (Maillé, 2007), devant l’évidence empirique que les parlements qui ont obtenu des masses critiques de femmes n’ont pas livré la promesse de ce changement anticipé (Maillé, 2007). Cette expérience de masses critiques de femmes oblige à revoir certaines idées sur les femmes et la politique qui ont marqué le discours des vingt dernières années et qui avaient émergé alors qu’il n’y avait pas de véritable laboratoire d’observation. Au Québec par exemple, le gouvernement formé par les libéraux de Jean Charest à l’élection de 2003 ne saurait être vu ni comme un gouvernement qui a instauré une nouvelle culture organisationnelle, ni comme un gouvernement qui partage davantage des intérêts proches des femmes, et ce, malgré sa masse critique de plus de 30% de femmes élues (Maillé et Achin, 2008). Son Conseil des ministres paritaire entre 2007 et 2010 n’a pas non plus été à l’origine de changements importants dans la façon de représenter les intérêts des femmes, ce qui nous a permis de tester empiriquement deux hypothèses qui avaient été formulées dans l’abstrait, soit celle du changement de culture à partir de l’atteinte d’une masse critique et celle d’une différence de la façon de faire de la politique pour les femmes.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans ce texte, nous avons analysé les interventions du mouvement des femmes en lien avec les faibles pourcentages de femmes élues, dans le contexte québécois. Notre analyse fait ressortir le rôle joué par trois groupes, de même que les problèmes associés avec les interventions qui postulent que la solution à ce problème se trouve dans l’éducation des femmes à la politique. L’année 2011 constitue un point tournant, car se déploie une nouvelle stratégie portée par des groupes de femmes en faveur de l’adoption de mesures de type quotas pour permettre de corriger rapidement la situation, ouvrant vers une représentation des femmes et de la politique où celles-ci deviennent enfin pleinement citoyennes. Cette nouvelle orientation des stratégies mises de l’avant par les groupes qui travaillent à l’élection d’un plus grand nombre de femmes en politique s’inscrit à l’intérieur d’un mouvement plus large, perceptible à l’échelle internationale, en faveur de quotas législatifs, soit de lois votées par les parlements nationaux.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Bien que les quotas ne fassent pas l’unanimité et soient l’objet de controverses, leur usage de plus en plus fréquent pour faire des bonds significatifs dans les pourcentages de femmes élues est en voie de devenir une tendance lourde (Dahlerup, 2006a). Plus de quarante-huit pays ont adopté des quotas de ce type dans leur constitution ou dans leur loi électorale (Dahlerup &amp;amp; Freidenvall, 2009, p. 29). Le succès de telles mesures est cependant très inégal. En France, la loi sur la parité impose aux partis politiques de présenter un nombre équivalent de femmes et d’hommes pour les scrutins de liste (élections municipales, régionales et européennes) et réduit la dotation financière des partis qui ne présentent pas autant de candidates que de candidats aux élections au scrutin uninominal, soit les législatives et les cantonales. Quel bilan peut-on faire de cette loi? Après onze ans de parité en politique française, les résultats sont inégaux (Maurin, 2011). Des progrès ont certes été réalisés. La proportion de femmes dans les conseils municipaux était de 25,7 % en 1995; or, elle est désormais de 48,5 %, indique l’Observatoire de la parité. La part des femmes dans les conseils régionaux est passée de 27,5 % à 48 % entre 1998 et 2010 (Maurin, 2011). Mais «les chiffres qui désignent les Françaises comme citoyennes de seconde zone sont connus» (Sineau, 2011). La France occupait le 60e rang du classement mondial des femmes dans les parlements nationaux jusqu’à l’élection de 2012, qui lui a permis de passer au 36e rang avec 26,9 % d’élues (Union interparlementaire). Si les résultats sont aussi mitigés dans le cas français, c’est que la loi permet aux partis de ne pas se conformer aux quotas de candidatures féminines, ce qui est sanctionné par une pénalité financière. Cela dit, malgré le contre-exemple français, les quotas ont livré des résultats intéressants dans plusieurs autres contextes, au Rwanda par exemple, où des sièges réservés aux femmes ont été introduits en 2003, permettant à ce pays de faire un très rapide bond en avant qui le place à la tête des États pour ce qui est du pourcentage de femmes élues au niveau national, soit 56 % lors des élections de 2008 (IDEA).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Si les quotas fonctionnent en politique, tout comme ils ont fonctionné en éducation et en emploi, pourquoi doit-on faire le constat qu’ils n’ont jamais fait l’objet de campagnes massives de la part des mouvements de femmes au Québec? Dans une étude comparative sur les conditions qui ont mené à l’adoption de quotas dans plus de 17 pays occidentaux, Krook, Lovenduski et Squires (2006) identifient différents modèles de citoyenneté politique qui influencent les attitudes envers des mesures de ce type. Elles observent que les campagnes pour leur adoption fonctionnent lorsqu’elles sont initiées par les mouvements de femmes et les partis politiques dans des contextes qui sont déjà réceptifs à cette idée. Dans le cas du Canada et des États-Unis, le modèle prédominant de citoyenneté politique serait un modèle libéral, construit sur l’individu comme principe philosophique, soit un modèle de citoyenneté qui serait incompatible avec l’appui à des mesures de type quotas pour favoriser l’élection d’un plus grand nombre de femmes en politique. Une autre étude identifie les acteurs clés dans la mise en place de ces quotas. Pour Mona Krook (2009: 20), trois types d’acteurs jouent un rôle important dans de telles campagnes: les acteurs de la société civile comme les mouvements de femmes et les caucus femmes des partis politiques, les acteurs étatiques comme les leaders de partis politiques et les tribunaux, et enfin les acteurs transnationaux comme les coalitions internationales et les organisations transnationales. Dans le cas du Québec, bien qu’aucun de ces trois types d’acteurs n’ait fait campagne en faveur de l’adoption de quotas pour les femmes en politique, on peut penser que le mouvement des femmes dispose d’atouts qui lui permettraient de mener à bien un tel projet. La proximité historique du mouvement des femmes avec le gouvernement, son capital symbolique et les résultats décevants dans les pourcentages de femmes élues après plus de dix années du programme &lt;em&gt;À égalité pour décider&lt;/em&gt; constituent autant d’éléments qui pourraient conduire à une campagne gagnante. Les initiatives récentes du GFPD et des PÉPINES en ce sens laissent entrevoir la possibilité de voir naître sous peu une campagne québécoise en faveur de l’adoption de quotas pour l’élection rapide d’un plus grand nombre de femmes.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Références&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;CENTRE AUX PLURIELLES. &lt;em&gt;Les femmes de Charlevoix, une pièce indispensable&lt;/em&gt;, vidéo (non-daté).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;COLLECTIF FÉMINISME ET DÉMOCRATIE. 2004. &lt;em&gt;La politique c’est aussi une affaire de femmes!&lt;/em&gt; Programme de formation, cahier 3.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;________. 2005. &lt;em&gt;Afin que le nouveau mode de scrutin constitue une réelle avancée pour la démocratie. Analyse critique de l’avant-projet de loi sur la réforme électorale&lt;/em&gt;. En ligne: &lt;a href=&quot;http://www.democratie-nouvelle.qc.ca/documents/democratie-resume.pdf&quot;&gt;http://www.democratie-nouvelle.qc.ca/documents/democratie-resume.pdf&lt;/a&gt; (consulté le 11 octobre 2011)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;DAHLERUP, Drude. 2006. «Introduction», dans &lt;em&gt;Women, Quotas and Politics&lt;/em&gt;, sous la dir. de Drude Dahlerup, New York: Routledge, p. 3-31.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;________. 2006b. «The Story of the Theory of Critical Mass», &lt;em&gt;Politics &amp;amp; Gender&lt;/em&gt;, vol. 2, no 4, p. 511-522.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;DAHLERUP, Drude et Lenita FREIDENVALL. 2009. «Quotas in Politics: A Constitutional Challenge», dans &lt;em&gt;Constituting Equality: Gender Equality and Comparative Constitutional Rights&lt;/em&gt;, sous la dir. de Susan H. Williams , Cambridge: Cambridge University Press, p. 29-52.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;GROUPE FEMMES, POLITIQUE ET DÉMOCRATIE. &lt;em&gt;École Femmes et Démocratie, &lt;/em&gt;Partie 1, vidéo. En ligne:&lt;a href=&quot;http://www.femmes-politique-et-democratie.com/gouvernance.php&quot;&gt;http://www.femmes-politique-et-democratie.com/gouvernance.php&lt;/a&gt;(consulté le 11 octobre 2011)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;br&gt;________. &lt;em&gt;Qui sommes-nous?&lt;/em&gt; En ligne: &lt;a href=&quot;http://www.femmes-politique-et-democratie.com/qui.php&quot;&gt;http://www.femmes-politique-et-democratie.com/qui.php&lt;/a&gt; (consulté le 11 octobre 2011)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;________. 2002. &lt;em&gt;Moi candidate?&lt;/em&gt; vidéo.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;IDEA, Quota Project, Global Database of Quotas for Women. En ligne: &lt;a href=&quot;http://www.quotaproject.org/&quot;&gt;http://www.quotaproject.org/&lt;/a&gt; (consulté le 22 novembre 2011)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;KROOK, Mona. 2009. &lt;em&gt;Quotas for Women in Politics&lt;/em&gt;, New York: Oxford University Press.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;KROOK, Mona, Joni LOVENDUSKI et Judith SQUIRES. 2006. «Western Europe, North America, Australia and New Zealand: Gender quotas in the context of citizenship models», dans &lt;em&gt;Women, Quotas and Politics&lt;/em&gt;, sous la dir. de Drude Dahlerup, New York : Routledge, p. 194-221.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;LIPSET, Seymour Martin. 1960. &lt;em&gt;Political Man: The Social Bases of Politics&lt;/em&gt;, New York: Doubleday.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;LOVENDUSKI, Joni. 2005.&lt;em&gt; Feminizing Politics,&lt;/em&gt; New York: Blackwell.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;MAILLÉ, Chantal. 2007. «Autour des a priori de la littérature francophone sur femmes et politique», dans L&lt;em&gt;es femmes entre la ville et la cité&lt;/em&gt;, sous la dir. de Marie-Blanche Tahon, Actes du 4e Congrès des recherches féministes francophones, Montréal: Éditions du remue-ménage, p. 116-224.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;________. 2006. &lt;em&gt;Citoyenneté, questionnements identitaires et représentation politique: qu’en pensent les femmes?&lt;/em&gt; Document-synthèse de la recherche CRSH 2002-2005.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;MAILLÉ, Chantal, avec Catherine ACHIN. 2008. «Il y a loin de la coupe aux lèvres, les femmes et la politique en France et au Québec», &lt;em&gt;Santé, Société et Solidarité, revue de l’observatoire franco-québécois de la santé et de la solidarité&lt;/em&gt;, no 1, p. 39-45.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;MAURIN, Louis. 2011. «La France encore loin de la parité en politique», Paris, &lt;em&gt;Alternatives Economiques Poche&lt;/em&gt;, n° 051 — septembre. &lt;a href=&quot;http://www.alternatives-economiques.fr/page.php?controller=&quot;&gt;http://www.alternatives-economiques.fr/page.php?controller=&lt;/a&gt; article&amp;amp;action=htmlimpression&amp;amp;id_article=55035&amp;amp;id_parution=1101. (consulté le 11 octobre 2011)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;MINISTÈRE DE LA CULTURE, DES COMMUNICATIONS ET DE LA CONDITION FÉMININE. 2011. &lt;em&gt;Vers un deuxième plan d’action gouvernemental pour l’égalité entre les femmes et les hommes&lt;/em&gt;, cahier de consultation. En ligne:&lt;br&gt;&lt;a href=&quot;http://www.assnat.qc.ca/fr/travaux-parlementaires/commissions/CRC/mandats/Mandat-14343/index.html&quot;&gt;http://www.assnat.qc.ca/fr/travaux-parlementaires/commissions/CRC/mandat...&lt;/a&gt; (consulté le 11 octobre 2011)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;PAQUET, Louise et Lucie DESROCHERS. 2006. «Le scrutin qui divise», &lt;em&gt;La Gazette des femmes&lt;/em&gt;, mai-juin, p. 29.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;PITKIN, Hannah. 1972. &lt;em&gt;The Concept of Representation&lt;/em&gt;, Berkeley: University of California Press.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;PROMOTION DES ESTRIENNES POUR INITIER UNE NOUVELLE ÉQUITÉ SOCIALE (PÉPINES). 1999. &lt;em&gt;Une, deux, trois... Pépines&lt;/em&gt;. Vidéo.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;________. 2002. &lt;em&gt;P’tit guide des chemins du pouvoir en Estrie&lt;/em&gt;.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;________. 2001. &lt;em&gt;Cartographie des chemins du pouvoir&lt;/em&gt;.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;________. s.d. &lt;em&gt;Manifeste sur la parité dans la gouvernance en Estrie&lt;/em&gt;. En ligne: &lt;a href=&quot;http://www.pepines.com/pdf/manifeste2009.pdf&quot;&gt;http://www.pepines.com/pdf/manifeste2009.pdf&lt;/a&gt; (consulté le 11 octobre 2011)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;RÉSEAU DES TABLES RÉGIONALES DE GROUPES DE FEMMES DU QUÉBEC. Participation des femmes dans les lieux de pouvoir. Catalogue des activités et publications. s.d. En ligne:&lt;br&gt;&lt;a href=&quot;http://www.reseautablesfemmes.qc.ca/catalogue/Catalogue_%20femmeslieuxpouvoir071031.pdf&quot;&gt;http://www.reseautablesfemmes.qc.ca/catalogue/Catalogue_%20femmeslieuxpo...&lt;/a&gt; (consulté le 11 octobre 2011)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;SECRÉTARIAT À LA CONDITION FÉMININE. s.d. &lt;em&gt;À égalité pour décider&lt;/em&gt;, Gouvernement du Québec. En ligne: &lt;a href=&quot;http://www.scf.gouv.qc.ca/index.php?id=32&quot;&gt;http://www.scf.gouv.qc.ca/index.php?id=32&lt;/a&gt; (consulté le 11 octobre 2011)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;SINEAU, Mariette, 2011. &lt;em&gt;L’égalité femmes/hommes: question clé pour 2012?&lt;/em&gt;, SciencesPO., Cevipof, CNRS, no 4. En ligne: &lt;a href=&quot;http://www.cevipof.com/rtefiles/File/AtlasEl3/noteSINEAU.pdf&quot;&gt;http://www.cevipof.com/rtefiles/File/AtlasEl3/noteSINEAU.pdf&lt;/a&gt; (consulté le 11 octobre 2011)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;STUDLAR, Donley T. 2008. «Feminist Society, Paternalistic Politics: How the Electoral System Affects Women’s Representation in the United States Congress», dans &lt;em&gt;Women and Legislative Representation: Electoral Systems, Political Parties and Sex Quotas&lt;/em&gt;, sous la dir. de Manon Tremblay, New York: Palgrave McMillan, p. 55-65.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;UNION INTERPARLEMENTAIRE. 2011. &lt;em&gt;Les femmes dans les parlements nationaux État de la situation au 31 octobre 2011&lt;/em&gt;. En ligne: &lt;a href=&quot;http://www.ipu.org/wmn-f/classif.htm&quot;&gt;http://www.ipu.org/wmn-f/classif.htm&lt;/a&gt; (consulté le 25 novembre 2011).&lt;/p&gt;

&lt;section  class=&quot;footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed&quot; data-collapsible-show-label=&quot;Notes&quot; data-collapsible-hide-label=&quot;Notes&quot;&gt;&lt;ul class=&quot;footnotes collapsible-content&quot;&gt;&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote1_ioqx5n0&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref1_ioqx5n0&quot;&gt;1.&lt;/a&gt; Voir les vidéos&lt;em&gt; Les femmes de Charlevoix&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;une pièce indispensable,&lt;/em&gt; produit par le centre Aux Plurielles, &lt;em&gt;Une, Deux, Trois... Pépines&lt;/em&gt;, produit par les PÉPINES, ainsi que&lt;em&gt; Moi Candidate?&lt;/em&gt;, du groupe Femmes, politique et démocratie.&lt;/li&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;Ce texte s’intéresse aux représentations des femmes et de la politique qui sont produites par les interventions du mouvement des femmes au Québec. Quelles sont les stratégies et interventions qui ont été mises de l’avant par le mouvement des femmes au Québec en réponse au constat de ce qui est parfois désigné comme «la sous-représentation politique des femmes»? Sur quelles analyses reposent-elles? &lt;/div&gt;
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      &lt;div class=&quot;field-label&quot;&gt;Pour citer ce document (Computed): &lt;/div&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&amp;lt;span class=&amp;quot;biblio-authors&amp;quot; &amp;gt;Maillé, Chantal&amp;lt;/span&amp;gt;. 2013. « &amp;lt;span class=&amp;quot;biblio-title&amp;quot; &amp;gt;Les stratégies féministes de représentation des femmes dans l’action politique au Québec&amp;lt;/span&amp;gt; ». En ligne sur le site de l’Observatoire de l’imaginaire contemporain. &amp;amp;lt;https://oic.uqam.ca/fr/articles/les-strategies-feministes-de-representation-des-femmes-dans-laction-politique-au-quebec&amp;amp;gt;.  Publication originale : (&amp;lt;span  style=&amp;quot;font-style: italic;&amp;quot;&amp;gt;De l&amp;#039;assignation à l&amp;#039;éclatement. Continuités et ruptures dans les représentations des femmes&amp;lt;/span&amp;gt;. 2013. Montréal : Institut de recherches et d&amp;#039;études féministes (IREF). coll. Agora, vol. Cahier de l&amp;#039;IIREF).&amp;lt;span class=&amp;quot;Z3988&amp;quot; title=&amp;quot;ctx_ver=Z39.88-2004&amp;amp;amp;rft_val_fmt=info%3Aofi%2Ffmt%3Akev%3Amtx%3Adc&amp;amp;amp;rft.title=Les+strat%C3%A9gies+f%C3%A9ministes+de+repr%C3%A9sentation+des+femmes+dans+l%E2%80%99action+politique+au+Qu%C3%A9bec&amp;amp;amp;rft.isbn=978-2-922045-42-0&amp;amp;amp;rft.date=2013&amp;amp;amp;rft.volume=Cahier+de+l%26%23039%3BIIREF&amp;amp;amp;rft.aulast=Maill%C3%A9&amp;amp;amp;rft.aufirst=Chantal&amp;amp;amp;rft.pub=Institut+de+recherches+et+d%26%23039%3B%C3%A9tudes+f%C3%A9ministes+%28IREF%29&amp;amp;amp;rft.place=Montr%C3%A9al&amp;quot;&amp;gt;&amp;lt;/span&amp;gt;&lt;/div&gt;
      &lt;/div&gt;
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 <pubDate>Mon, 02 May 2022 18:28:54 +0000</pubDate>
 <dc:creator>Alexia Giroux</dc:creator>
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 <title>Les médias canadiens et la lutte aux stéréotypes sexuels: voyage (décevant) au pays de l&#039;autorégulation</title>
 <link>https://oic.uqam.ca/en/articles/les-medias-canadiens-et-la-lutte-aux-stereotypes-sexuels-voyage-decevant-au-pays-de</link>
 <description>&lt;div class=&quot;field field-name-body field-type-text-with-summary field-label-hidden&quot;&gt;
    &lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item even&quot; property=&quot;content:encoded&quot;&gt;&lt;p&gt;Plusieurs études s’étant penchées au cours des dernières années sur les liens entre médias, stéréotypes et égalité entre les femmes et les hommes (Ravet, Cossette, Renaud et al., 2006; Descheneau-Guay, 2006; Descarries 2006; Grusec et Hastings, 2007; Descarries et Mathieu, 2010), nous avons cherché à mieux comprendre quelles étaient les normes des entreprises médiatiques canadiennes sur cette question et comment elles étaient appliquées. Cette analyse permettra, entre autres, de voir si les mécanismes de contrôles mis en place par ces entreprises permettent de répondre aux questions et critiques soulevées par ces études.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ce texte présente les résultats préliminaires d’une recherche en cours&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref1_modelh5&quot; title=&quot;Subvention du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada (CRSH), projet intitulé: «La lutte aux stéréotypes sexistes, le droit à l’égalité et les médias; la gestion du droit à l’égalité dans un contexte d’autorégulation».&quot; href=&quot;#footnote1_modelh5&quot;&gt;1&lt;/a&gt;. Nous ferons tout d’abord une présentation très brève des organismes qui réglementent les médias. Nous nous intéresserons par la suite plus précisément à l’un de ces organismes, le Conseil canadien des normes de la radiotélévision (CCNR), dont nous avons analysé les décisions portant sur les questions liées au genre. Enfin, nous ferons état de ce que nous avons découvert à la lecture de ces décisions.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. Mise en contexte&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’autorégulation se définit généralement dans un continuum allant de la délégation par le pouvoir législatif de pouvoirs réglementaires limités vers des agents privés jusqu’à la capacité pleine et entière du secteur privé de concevoir ses propres règles de fonctionnement (Campbell, 2000). Au Canada, on a choisi de permettre aux médias de se régir selon leurs propres règles de fonctionnement, et ce, sous la supervision limitée du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC).&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Deux organismes d’autorégulation, Les normes canadiennes de la publicité (NCP) et le Conseil canadien des normes de la radiotélévision (CCNR), assurent au Canada la mise en œuvre des principes de non discrimination femmes/hommes dans les médias&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref2_81ae96t&quot; title=&quot;Une étude des liens entre le CRTC et ces organismes a été développée dans un article antérieur: Rachel Chagnon et Paméla Obertan, «Le droit à l’égalité et la lutte aux stéréotypes sexuels et sexistes, un arrimage difficile» (2010).&quot; href=&quot;#footnote2_81ae96t&quot;&gt;2&lt;/a&gt;. Ces deux organismes ont, plus spécifiquement, le mandat de répondre aux plaintes émanant du public et d’appliquer les codes déontologiques élaborés par les corporations médiatiques qui ont accepté d’être assujetties au processus d’autorégulation.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ces organismes doivent toutefois mettre en œuvre des principes issus de normes juridiques relatives au précepte de non-discrimination. Pour ce faire, le CCNR a adopté certaines règles, dont la suivante, visant à définir les stéréotypes discriminatoires à éliminer des contenus médiatiques:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Les stéréotypes constituent une forme de généralisation souvent simpliste, dénigrante, blessante ou préjudiciable, tout en ne reflétant pas la complexité du groupe qu’ils visent. Reconnaissant ce fait, les radiodiffuseurs doivent s’assurer que leurs émissions ne renferment aucun contenu ou commentaire stéréotypé indûment négatif en ce qui concerne la race, l’origine nationale ou ethnique, la couleur, la religion, l’âge, le sexe, l’orientation sexuelle, l’état matrimonial ou un handicap physique ou mental. (Code sur la représentation équitable 2008, art. 4).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Pour leur part les NCP, qui régissent le monde de la publicité, ont adopté la norme suivante: «La publicité ne doit pas: (a) tolérer quelque forme de discrimination personnelle que ce soit, y compris la discrimination fondée sur la race, l’origine nationale, la religion, le sexe ou l’âge» (Code canadien des normes de la publicité, art. 14).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ces deux organismes disposent de sites Web sur lesquels il est possible désormais de trouver les décisions rendues dans l’application des codes. Ce sont à ces décisions que nous nous intéressons, et plus particulièrement à celles du CCNR. Les décisions des NCP feront l’objet d’une analyse subséquente.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. Le Conseil canadien des normes de la radiotélévision&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les premiers signes de la sensibilisation des médias aux impacts potentiels de l’image des femmes remontent aux années 1980. À ce propos, la note suivante se retrouve sur le site du CCNR:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Le rapport du Groupe de travail du CRTC, paru en 1982 sous le titre&lt;em&gt; L’image des femmes&lt;/em&gt;, exhortait les radios télédiffuseurs privés à prendre des moyens d’enrayer les stéréotypes sexuels dans les médias de la radiodiffusion. Répondant à cette invitation et renouvelant son propre engagement, l’Association canadienne des radiodiffuseurs, organisme ayant fondé le CCNR, va alors constituer un comité spécial qui fait paraître les &lt;em&gt;Lignes directrices d’application volontaire concernant les stéréotypes sexistes&lt;/em&gt;. (Site CCNR)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Notons d’emblée que le choix de la régulation volontaire soulève, dès les premières années de mise en œuvre, des questions quant à son efficacité. Ainsi dans un avis public datant de 1986, l’organisme public chargé de réguler les médias, soit le CRTC, notait que «l’autoréglementation n’a pas réussi à éliminer les stéréotypes sexuels».&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Au fil des années, le CCNR s’est doté d’une série de comités dont la fonction est de traiter les plaintes et de rendre des décisions. Une série de comités locaux gèrent les contenus à caractère local et provincial, un comité national reçoit, quant à lui, les plaintes concernant les contenus diffusés à l’échelle du pays. Pour fins d’analyse, nous avons retenu les décisions rendues par l’ensemble de ces comités.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Nous nous sommes arrêtées sur les processus internes d’autorégulation afin de mieux comprendre leur mécanique et, nous l’espérons, mieux mesurer leur efficacité. À l’heure actuelle, notre analyse porte sur 68 décisions identifiées et résumées. Dans 15 cas, le comité responsable de la décision a jugé qu’il y avait atteinte à l’un des articles de déontologie: violence (la majorité), stéréotype et sexualisation des enfants (1 cas). Dans les 53 autres cas, la décision a été qu’il n’y avait pas d’atteinte aux principes de l’égalité entre les hommes et les femmes.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il ressort de cette première lecture qu’un grand nombre de plaintes ont été jugées non fondées. De façon plus générale, en fait, il existe une grande disparité entre le nombre de plaintes déposées, toutes catégories confondues, et le nombre de plaintes retenues. Le tableau ci-dessous (tableau 1) permet de constater le faible pourcentage de plaintes ayant donné lieu à une décision officielle pour les années 2006 à 2009.&lt;/p&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;73445&quot; view_mode=&quot;embed_large&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;p&gt;Il s’avère, à la lumière des chiffres fournis par le CCNR dans ses rapports annuels, que seule une fraction des dossiers de plaintes déposés auprès de l’organisme aboutit à un constat de discrimination. Ce nombre est réduit encore davantage si les décisions dites sommaires sont retirées du calcul. Mentionnons que la «Décision sommaire» est «une lettre de trois à quatre pages qui explique au plaignant que le Secrétariat n’identifie aucun aspect du dossier qui nécessiterait une décision de la part d’un Comité. Puisqu’une Décision sommaire ne fournirait pas de nouveau raisonnement ou interprétation des normes codifiées, ces décisions ne sont pas affichées au site Web du CCNR»&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref3_x1n2am3&quot; title=&quot;Site Web du CCNR, http://www.cbsc.ca/francais/decisions/index.php, consulté le 21 mars 2012.&quot; href=&quot;#footnote3_x1n2am3&quot;&gt;3&lt;/a&gt;.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La prise en considération de la situation observée dans d’autres organismes dotés de mécanismes de gestion de la plainte entraîne un constat similaire. La Commission des droits de la personne et de la jeunesse du Québec constitue à cet effet une bonne base de comparaison. La Commission possède, en effet, un mécanisme de traitement des plaintes qui s’apparente à celui du CCNR. En 2009, 7 906 plaintes lui ont été adressées. De ce nombre, 1 066 ont fait l’objet d’une enquête, ce qui représente un taux de traitement de 13 %. Sur les 1 066 plaintes étudiées, 702 ont été jugées recevables et ont fait l’objet d’une enquête plus approfondie et d’un processus de médiation. En bout de piste, le Tribunal des droits de la personne a rendu 10 décisions en 2009 (Rapport CDPDJ 2009-2010). Autrement dit, seul 0,9 % des plaintes traitées dans l’année 2009 a donné lieu à une décision finale.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Toutefois, contrairement au CCNR, la Commission est dotée d’un organe distinct qui a pour tâche de faire enquête, d’arbitrer les plaintes reçues et d’agir à titre de médiateur entre le plaignant et le mis en cause (Rapport CDPDJ 2009-2010). Ce système d’arbitrage permet d’imposer des contraintes au mis en cause qui devra, selon l’entente négociée, présenter des excuses ou réformer certaines pratiques. Si le mis en cause se montre récalcitrant, la Commission peut même lui imposer une amende. Le CCNR ne dispose pas d’un tel mécanisme.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3. Analyse des décisions&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Compte tenu de la petite taille de l’échantillon analysé, il est difficile d’arriver à des conclusions réellement significatives sur le plan de l’analyse sérielle. Toutefois, puisque les différents comités du CCNR ont développé l’habitude de consulter les décisions antérieures et qu’une tendance à l’uniformisation dans l’analyse des concepts apparaît clairement à la lecture des décisions, il est possible de dégager certaines tendances tout à fait pertinentes pour les fins de la présente recherche. Ces décisions montrent bien comment les membres des différents comités du CCNR évaluent l’équité entre les représentations des femmes et des hommes dans les médias. Elles nous indiquent aussi les liens, ou l’absence de liens, qui sont faits entre certains types de représentations, principalement celles à caractère pornographique, et la notion de stéréotype.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Nous nous concentrerons ici sur cette tendance des comités du CCNR à s’autoréférencer, contribuant à la création d’une forme de jurisprudence&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref4_3mg0zc3&quot; title=&quot;La jurisprudence est l’ensemble des décisions rendues par les tribunaux. Elle joue un rôle majeur dans l’interprétation et l’évolution du droit (http://www.justice.gouv.qc.ca/francais/sujets/glossaire/jurispr.htm, consulté le 7 novembre 2011).&quot; href=&quot;#footnote4_3mg0zc3&quot;&gt;4&lt;/a&gt;. Nous nous intéresserons ensuite à l’évolution de l’un des concepts utilisés dans les décisions portant sur la discrimination, soit celui d’exploitation.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;3.1&amp;nbsp;Liens surprenants entre les comités CCNR et les tribunaux judiciaires&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Tout d’abord, l’analyse des décisions étudiées révèle qu’avec le temps, les comités ont pris l’habitude de faire référence de façon systématique aux décisions antérieures, développant par le fait même une véritable règle du précédent. C’est le cas, par exemple, dans la décision &lt;em&gt;CILQ-FM re the Howard Stern Show&lt;/em&gt; (CBSC Décision 97/98-0487; comité ontarien)&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref5_uxe9chc&quot; title=&quot;Cette décision traite une plainte déposée contre l’animateur de radio Howard Stern en lien avec de multiples interventions sexistes ayant eu lieu dans l’une de ses émissions, entre autres contre une animatrice de télévision, Mary Hart.&quot; href=&quot;#footnote5_uxe9chc&quot;&gt;5&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Rappelons ici que la règle du précédent vise avant tout à stabiliser une règle normative de façon à rendre son application homogène et prévisible. En droit, le principe de l’autorité du précédent est variable et dépendra surtout de la similitude entre les affaires étudiées et la position hiérarchique de l’instance qui a rendu la décision appliquée (Brun, Tremblay, Brouillette, 2008: 22 et ss). Dans ce cas-ci, nous retiendrons que c’est surtout la similitude des cas qui semble conduire le comité à invoquer une décision antérieure. De plus, il ne saurait s’agir de la création d’une réelle règle du précédent, les comités du CCNR n’étant pas des tribunaux judiciaires.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il faut noter que la règle du précédent a été critiquée à de nombreuses reprises. Dans le système de &lt;em&gt;common law&lt;/em&gt;, où elle sert véritablement de socle sur lequel repose l’ensemble du droit applicable, son effet sclérosant lui est reproché. La règle du précédent peut, en effet, conduire à une cristallisation du droit existant qui rend alors son évolution très difficile. Au 17e siècle en Grande-Bretagne, cet effet de stagnation du droit conduira d’ailleurs à la création d’un nouveau type de tribunal dont le mandat sera de juger en «équité» et non selon le droit établi (Ogilvie, 1982). Il faut donc se demander si une telle pratique est réellement souhaitable dans la mesure où l’un des avantages annoncés de l’autorégulation est sa souplesse et sa grande capacité d’adaptation à de nouveaux enjeux.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;On constate en parallèle des cas où on s’est référé à la Cour suprême du Canada, essentiellement à l’arrêt &lt;em&gt;Butler c. la Reine &lt;/em&gt;([1992] 1 S.C.R. 452)&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref6_oo8lf8q&quot; title=&quot;Monsieur Donald Butler, habitant de Winnipeg au Manitoba, est le propriétaire d’une boutique spécialisée dans la vente et la location de matériel pornographique. Plus de 200 chefs d’accusation seront déposés contre lui par la police de Winnipeg, chefs d’accusation portant principalement sur la vente et la possession de matériel obscène. Il sera acquitté de la plupart des chefs d’accusation mais condamné de possession et distribution de matériel obscène au regard de tout le matériel à caractère sadomasochiste vendu dans sa boutique.&quot; href=&quot;#footnote6_oo8lf8q&quot;&gt;6&lt;/a&gt;. En fait, l’utilisation du moteur de recherche du site du CCNR permet de retrouver 12 décisions citant cette cause en particulier. C’est le cas, entre autres, dans la décision &lt;em&gt;CILQ-FM re the Howard Stern Show&lt;/em&gt;:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;&lt;em&gt;The comments counselling the rape of Mary Hart, which were followed by the lengthy discussion with G. Gordon Liddy regarding his calendar and the combination of nude or semi-nude women and guns, fall, broadly speaking, into the area of concerns expressed by the Supreme Court of Canada in its landmark decision in Butler v. R., [1992] 1 S.C.R. 452. In that case, the Court stated that if true equality between male and female persons is to be achieved, we cannot ignore the threat to equality resulting from exposure to audiences of certain types of violent and degrading material. Materials portraying women as a class as objects for sexual exploitation and abuse have a negative impact on &quot;the individual’s sense of self-worth and acceptance&quot;.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;&lt;em&gt;As the Supreme Court put this point in defining the three categories of pornography in Butler v. R., it explained that &quot;explicit sex that is not violent and neither degrading nor dehumanizing is generally tolerated in our society and will not qualify as the undue exploitation of sex unless it employs children in its production. [Emphasis added.]&quot; In this area, the station has itself acknowledged &quot;that extra vigilance is required where children and sexuality are linked, even if in jest.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;[Nous traduisons] Les commentaires recommandant le viol de Mary Hart, suivis par la discussion prolongée avec G. Gordon Liddy concernant son calendrier qui combinait des femmes nues ou à demi nues avec des pistolets, tombent dans le registre plus large des préoccupations exprimées par la Cour suprême du Canada dans sa décision &lt;em&gt;Butler c. la Reine&lt;/em&gt;, [1992] 1 S.C.R. 452. Dans cette décision, la Cour a déclaré que si l’on veut parvenir à une véritable égalité entre les hommes et les femmes, la menace que présente pour l’égalité le fait d’exposer le public à certains types de matériel violent et dégradant ne peut être ignorée. Le matériel qui représente les femmes comme une catégorie d’objets d’exploitation et d’abus sexuels a une incidence négative sur «la valorisation personnelle et l’acceptation de soi».&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;En définissant, dans &lt;em&gt;Butler c. la Reine&lt;/em&gt;, trois catégories de pornographie, la Cour a expliqué que «les choses sexuelles explicites qui ne comportent pas de violence et qui ne sont ni dégradantes ni déshumanisantes sont généralement tolérées dans notre société et ne constituent pas une exploitation indue des choses sexuelles, sauf si &lt;em&gt;leur production comporte la participation d’enfants&lt;/em&gt;» [Italique ajouté]. Dans ce domaine, la station a elle-même reconnu «qu’une vigilance supplémentaire est exigée quand enfants et sexualité sont liés et ce, même à titre humoristique».&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Notons ici que cette décision de la Cour suprême n’est pas en lien avec les principes de non-discrimination. Dans cette cause, il s’agit d’évaluer si du matériel pornographique est criminellement licite ou non. Les juges se prononcent de façon plus restreinte sur l’interdiction faite au matériel pornographique jugé «obscène». Rappelons que la pornographie est par ailleurs légale au Canada, même s’il est loisible de questionner son caractère hautement stéréotypé.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;On remarque aussi dans l’extrait cité que le comité s’intéresse à la définition donnée par la Cour suprême de la pornographie illicite. Toutefois, les faits reprochés à l’animateur Howard Stern ne sont aucunement en lien avec la production ou la distribution de matériel pornographique illicite. Il lui est reproché d’avoir eu des propos dénigrants à l’égard des femmes et d’avoir cherché à les réduire à de simples objets sexuels, une attitude qui, par ailleurs, contrevient clairement aux termes du code. Le comité en viendra en fait à la conclusion que les propos de l’animateur constituaient des atteintes au code.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’introduction d’éléments normatifs issus du jugement Butler constitue un précédent inquiétant puisque ces éléments contribuent à faire dévier le sens à donner à des propos sexistes lorsqu’ils sont à connotation sexuelle. En effet, la distinction entre pornographie licite et illicite ne prend pas en compte le principe de représentation équitable entre les femmes et les hommes, contrairement au code sur la représentation équitable auquel les médias ont accepté de se soumettre. À défaut d’une définition réellement éclairante de ce qui constitue un stéréotype «indûment négatif», il semble que les comités du CCNR aient en quelque sorte décidé d’assimiler ce concept à celui de la pornographie obscène. Cette tendance se concrétise d’ailleurs dans la définition retenue par les différents comités du CCNR de la notion d’exploitation.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Rappelons ici que l’expression «indûment négatif» se retrouve dans le code de déontologie que met en application le CCNR, à l’article 4 que nous citons plus haut. Le libellé de cet article nous invite à penser qu’il est implicitement admis que toute forme de stéréotype n’est pas automatiquement discriminatoire et que le diffuseur jouit d’une certaine latitude dans les contenus stéréotypés qui pourront être présentés. Cette latitude est aujourd’hui d’autant plus grande que la notion «indûment» a été réduite à des contenus qui seraient considérés carrément contraire au &lt;em&gt;Code criminel &lt;/em&gt;en matière de représentations pornographiques. En bref, la seule obligation d’un diffuseur semble donc de se conformer au &lt;em&gt;Code criminel&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;3.2&amp;nbsp;Une définition de la notion d’exploitation difficile à cerner&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Au fil de la lecture des décisions colligées, il apparaît que les définitions même d’exploitation sexuelle et de sexisme ne sont pas nécessairement celles auxquelles on pourrait s’attendre. Tout d’abord, la question de la représentation d’actes sexuels semble donner lieu à de complexes circonvolutions. En témoigne une décision concernant le long métrage &lt;em&gt;La Chiave Del Placere (The Key to Sex)&lt;/em&gt; (CBSC, decision 06/07-0081)&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref7_d3a1soq&quot; title=&quot;Résumé du film: «La Chiave Del Placere raconte l’histoire d’un homme qui tient, de concert avec ses amis, des rencontres sexuelles dans la maison de son patron pendant que celui-ci est absent. Le film montre des hommes et des femmes en divers états de déshabillement qui se livrent à différents genres d’activité sexuelle» (http://www.cbsc.ca/francais/documents/prs/2007/070529.php, consulté le 5 août 2011).&quot; href=&quot;#footnote7_d3a1soq&quot;&gt;7&lt;/a&gt;, où il sera décidé qu’un contenu sexuellement explicite n’est pas nécessairement pornographique et n’équivaut donc pas à de l’exploitation. En fait, il sera mentionné que:&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;&lt;em&gt;The Panel considers that the sexual activity in this film does not fall within, or even near, the boundaries of pornographic material. There is sexual explicitness, to be sure, but there is no degrading or dehumanizing context associated with it. There is violence but it is not associated with the sexuality itself. In conclusion, in the present matter, the Panel finds no element of pornography present.&amp;nbsp;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;[Nous traduisons] Le Comité considère que l’activité sexuelle dans ce film ne se rapporte en aucun cas, à la définition de matériel pornographique. Certes, selon l’évaluation du Comité, il y a certainement de la sexualité explicite, mais il n’y voit aucun contexte dégradant ou déshumanisant qui y soit lié. Il y voit aussi de la violence, mais celle-ci n’est pas associée à la sexualité elle-même. En conclusion, le Comité ne trouve aucun élément de pornographie présent.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ce qui lui fait dire: «Acknowledging that some of the material in the film is explicit does not render it pornographic / &lt;em&gt;Admettre que certaines scènes tirées du film soient explicites n’en fait pas un film pornographique&lt;/em&gt; [nous traduisons]».&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le comité arrive à cette décision en citant &lt;em&gt;Butler c. la Reine&lt;/em&gt;, mais ne semble pas prendre en compte que les juges dans &lt;em&gt;Butler c. la Reine&lt;/em&gt; ont fait une distinction entre la pornographie licite qui offre néanmoins une représentation explicite de rapports sexuels et la pornographie illicite au sens du code criminel. Ce film est donc considéré érotique, ce qui amène le comité à conclure qu’il n’y a pas d’exploitation.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En matière d’exploitation, on se réfère également à une décision antérieure: &lt;em&gt;CKX-TV re National Lampoon’s Animal House&lt;/em&gt; (CBSC Decision 96/97-0104, December 16, 1997)&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref8_t3jleqk&quot; title=&quot;Ce film relate les péripéties de collégiens membres d’une fraternité, la Delta House. Une bonne part de l’action du film tourne autour de leurs frasques sexuelles en tout genre.&quot; href=&quot;#footnote8_t3jleqk&quot;&gt;8&lt;/a&gt;. Dans cette décision, on exprime une définition très intéressante de l’exploitation:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;&lt;em&gt;It is essential to remember that the principal goal of the Sex-Role Portrayal Code relates to the equality of the sexes and not to issues of sexual behaviour which do not go to equality or exploitation, which is itself a form of inequality.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;&lt;em&gt;While the portrayal of the women in the film is not overly flattering, it cannot either be said that the portrayal of the men is any better or advantages them in any way. All in all, the presentation of almost every one of this group of young college people is as unflattering as one might expect from a film emphasizing the frivolous, narcissistic, often gross, occasionally disgusting portrait of college fraternity life which can best be characterised as high farce. The question of portrayal inequality does not come into play.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;[Nous traduisons] Il est essentiel de se rappeler que le but principal du &lt;em&gt;Code d’application concernant les stéréotypes sexuels à la radio et à la télévision&lt;/em&gt; se rapporte à l’égalité des sexes et non pas aux comportements sexuels sans lien avec l’égalité ou l’exploitation qui, en elle-même, est une forme &lt;em&gt;d’inégalité&lt;/em&gt;.&amp;nbsp;&lt;br&gt;Bien que la représentation des femmes dans le film ne soit pas très flatteuse, on ne peut pas non plus dire que la représentation des hommes soit meilleure ou les favorise de quelque façon. Somme toute, la présentation de pratiquement tous les membres de ce groupe de jeunes universitaires est aussi navrante que l’on pourrait le prévoir d’un film faisant le portrait frivole, narcissique, souvent cru, voire répugnant, de la vie dans les fraternités de collège et qui, au mieux, peut être qualifié de grosse farce. La question de l’inégalité de représentation n’est pas en jeu.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il semble donc que caricaturer de façon grossière certains comportements sexuels dans le but d’en faire un produit commercial ne soit pas de l’exploitation. De même, le recours volontaire aux stéréotypes sexuels n’est pas de l’exploitation en autant que tous les groupes représentés le soit de façon «équitablement» négative.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans un autre registre, il semble aussi que concevoir une émission visant à présenter des femmes nues ou à demi-nues ne représente pas une problématique d’exploitation des femmes, même si le gain économique potentiel lié à ce type de contenu soit assez facile à envisager. Dès 1994, le CCNR va trancher cette question dans la décision&lt;em&gt; CITY-TV re Fashion Television&lt;/em&gt; (CBSC, decision 93/94-0176). Cette décision deviendra par la suite un standard de référence dans les causes ultérieures offrant des éléments de similitude.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans cette affaire, l’émission en cause, «Fashion Television», présentait le monde de la mode à travers des entrevues avec des mannequins et des gens du milieu, mais surtout le «quotidien» des mannequins, tel que des défilés de maillots et des changements de vêtements en coulisse. L’émission montrait des scènes où l’on pouvait voir les mannequins très peu habillées, voire seins nus. Selon la plainte, ces éléments, de même que l’apologie du mannequin en tant que modèle féminin, contrevenaient à l’article 4 du &lt;em&gt;Code d’application concernant les stéréotypes sexuels à la radio et à la télévision&lt;/em&gt; alors en vigueur. Cet article visait à restreindre les contenus cherchant à exploiter la sexualité des femmes et définissait cette exploitation comme étant, entre autres, la représentation de femmes peu habillées, adoptant des attitudes aguicheuses. Ce code a été remplacé en 2008 par le &lt;em&gt;Code sur la représentation équitable&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le comité ne retint aucun des éléments liés à l’exploitation de la nudité. Il s’intéressa plutôt aux arguments développés par le diffuseur qui soutenait l’idée que l’émission faisait la promotion d’une image positive de la femme à travers des mannequins épanouies et en pleine possession de leurs moyens. Dans sa décision, très peu étoffée par ailleurs, le comité conclut que le recours à la nudité ne constituait pas une forme d’exploitation, même si cette nudité faisait partie des éléments importants du contenu.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Une décision rendue en 2000 par le Comité régional du Québec dans &lt;em&gt;TQS concernant le long-métrage Strip Tease &lt;/em&gt;(décision du CCNR 98/99-0441)&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref9_4sdoghn&quot; title=&quot;Ce film présente les mésaventures d’une agente du FBI, incarnée par Demi Moore, qui trouve un travail d’effeuilleuse après avoir perdu son poste.&quot; href=&quot;#footnote9_4sdoghn&quot;&gt;9&lt;/a&gt; restreindra et explicitera davantage la notion d’exploitation. Il y est écrit: «Dans son acception plus moderne, la pornographie suppose l’exploitation des faibles par les plus forts dans un contexte obscène ou libidineux. Or, le matériel faisant l’objet de la plainte est totalement dénué de ces connotations.»&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En résumé, il est manifeste que, sur la base de la jurisprudence considérée aux fins de la présente recherche, exposer la nudité féminine dans un contexte que l’on peut qualifier de racoleur ne constitue pas de l’exploitation. De même, exploiter la nudité et la sexualité féminines à travers des représentations stéréotypées ne constitue pas de l’exploitation si les comportements masculins sont aussi caricaturés. Finalement, un film peut montrer des scènes sexuellement explicites et exploiter des stéréotypes sexuels, mais il n’y aurait pas exploitation dès que le contenu n’est pas jugé pornographique à proprement parler. Le critère de l’exploitation apparaît donc ici des plus étroits.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;De plus, notre analyse fait ressortir une définition de la pornographie qui dévie du sens général qui lui est généralement donné. Ainsi que les juges de la Cour suprême l’ont eux-mêmes écrit dans &lt;em&gt;Butler c. la Reine&lt;/em&gt;, la pornographie désigne aussi: «les choses sexuelles explicites, non accompagnées de violence, qui ne sont ni dégradantes ni déshumanisantes».&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Or, sans être indue au sens criminel du terme, cette forme de pornographie peut très bien être discriminatoire. En d’autres termes, les comités du CCNR ne semblent pas avoir pris en compte que la Cour suprême ne s’est jamais prononcée sur les aspects discriminatoires de la pornographie, par exemple au sens des chartes, mais uniquement sur la situation où la représentation pornographique est abusive au point d’en être criminelle. Il ne nous paraît pas justifiable que le CCNR adopte une telle norme de droit, alors qu’il n’est pas de son mandat de juger si les représentations pornographiques qu’il a à analyser constituent des actes criminels au sens de la loi.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Bien que l’échantillon sur lequel porte notre analyse soit restreint, il s’avère déjà pour le moins révélateur. La poursuite du travail de recherche nous permettra de le compléter et de mettre ces premiers résultats en perspective. Par contre, il est d’ores et déjà évident qu’une partie du problème quant à l’évaluation d’un stéréotype «indûment» négatif se situe dans la compréhension qu’ont les organismes d’autorégulation de la notion même d’exploitation et de leur degré de tolérance face au matériel à caractère sexuel.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il faut souligner la résilience des organismes d’autorégulation canadiens, qui ont su assurer depuis maintenant près de 60 ans la mise en place d’un cadre régulateur opérationnel. Dans d’autres pays, tels les États-Unis et l’Australie, ces organismes n’ont malheureusement pas survécu aux diverses pressions dont ils ont été victimes (Campbell, 2000). On doit reconnaître à l’autorégulation sa capacité à assurer une représentation plus équitable des divers groupes sociaux dans les médias, tout en protégeant ces médias des dangers d’une censure politique émanant du gouvernement du jour.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Toutefois, il faut se demander si cette pérennité du CCNR et du NCP n’est pas en partie attribuable au fait qu’ils possèdent, somme toute, un pouvoir relativement limité quand vient le temps de mettre au pas une industrie récalcitrante. On remarque, à l’analyse des décisions étudiées, une certaine timidité, c’est le moins que l’on puisse dire, lors de la mise en œuvre des principes de non-discrimination. Et on comprend bien, en regardant les contenus touchés, quels sont les enjeux économiques liés à l’exploitation des stéréotypes sexuels. Serait-il si difficile de concilier non-discrimination et recherche de rentabilité?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;De façon générale, la question de la volonté de ces organismes à combattre des stéréotypes sexuels mérite d’être posée. Le recours aux représentations stéréotypées est aussi une affaire d’argent et de cotes d’écoute.&lt;br&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Références&amp;nbsp;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Doctrine&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BRUN, Henri, Guy TREMBLAY et Eugénie BROUILLET. 2008. &lt;em&gt;Droit constitutionnel, 5ème édition&lt;/em&gt;, Cowansville, QC: Éditions Yvon Blais.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;CAMPBELL, Angela J. 2000. «Self-Regulation and the Media», &lt;em&gt;Federal Communication Law Journal&lt;/em&gt;, 2000-2001, vol. 51, p. 711-771.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;CHAGNON, Rachel et Pamela OBERTAN. 2010. «Le droit à l’égalité et la lutte aux stéréotypes sexuels et sexiste, un arrimage difficile» ; &lt;em&gt;labrys, études féministes/ estudos feministas&lt;/em&gt; ; no 17 janvier/juin 2010 -janeiro/junho 2010, s.p. En ligne :&lt;a href=&quot;http://www.tanianavarroswain.com.br/labrys/labrys17/droits/&quot;&gt;http://www.tanianavarroswain.com.br/labrys/labrys17/droits/&lt;/a&gt; rachel1.htm (consulté le 9 juillet 2012)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;DESCARRIES, Francine. 2006. «La publicité sexiste: mise en scène de l’inégalité et des stéréotypes du féminin», &lt;em&gt;Canadian Woman Studies/Les cahiers de la femme&lt;/em&gt;, vol. 25, nos 3-4, été-automne, p. 101-104.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;DESCARRIES, Francine et Marie MATHIEU. 2010. &lt;em&gt;Entre le rose et le bleu, Stéréotypes sexuels et construction sociale du féminin et du masculin&lt;/em&gt;, Québec: Conseil du statut de la femme.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;DESCHENEAU-GUAY, Amélie. 2006. «Les séries jeunesse et les stéréotypes sexuels : la récupération de l’idée d’émancipation et l’émergence d’une culture du consensus», &lt;em&gt;Recherches féministes&lt;/em&gt;, vol. 19, n° 2, p. 143-154.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;GRUSEC, Joan E. et Paul. D. HASTINGS. 2007. &lt;em&gt;Handbook of Socialization Theory and Research&lt;/em&gt;, New York: The Gilford Press.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;OGILVIE, Margaret-H.1982, &lt;em&gt;Historical Introduction to Legal Studies&lt;/em&gt;, Toronto: Carswell.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;RAVET, Jean-Claude, Claude COSSETTE, Nicolas RENAUD et al. 2006. Dossier «La publicité tentaculaire», &lt;em&gt;Relations&lt;/em&gt;, no 708, mai.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Décisions CCNR&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;CITY-TV re Fashion Television&lt;/em&gt;.(CBSC, decision 93/94-0176. En ligne: &lt;a href=&quot;http://www.cbsc.ca/english/decisions/&quot;&gt;http://www.cbsc.ca/english/decisions/&lt;/a&gt; 1996/960326d.php (consulté le 29 août 2011)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;CKX-TV re National Lampoon’s Animal Hous&lt;/em&gt;e, CBSC Decision 96/97-0104. En ligne: &lt;a href=&quot;http://www&quot;&gt;http://www&lt;/a&gt;. cbsc.ca/english/decisions/1997/971216g.php (consulté le 5 août 2011)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;CILQ-FM re the Howard Stern Show&lt;/em&gt;, CBSC Decision 97/98-0487. En ligne: &lt;a href=&quot;http://www.cbsc&quot;&gt;http://www.cbsc&lt;/a&gt;. ca/english/decisions/1998/980220.php (consulté le 29 août 2011)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;TQS concernant le long-métrage Strip Tease&lt;/em&gt;, décision du CCNR 98/99-044. En ligne: &lt;a href=&quot;http://www&quot;&gt;http://www&lt;/a&gt;. cbsc.ca/francais/decisions/2000/000531.php (consulté le 29 août 2011)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;La Chiave Del Placere (The Key to Sex)&lt;/em&gt;, CBSC Decision 06/07-0081. En ligne: &lt;a href=&quot;http://www.cbsc&quot;&gt;http://www.cbsc&lt;/a&gt;. ca/english/decisions/2007/070529.php (consulté le 29 août 2011)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Autres&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Avis public CRTC 1986-351, Politique relative aux stéréotypes sexuels dans les médias de la radiodiffusion. En ligne: &lt;a href=&quot;http://www.crtc.gc.ca/fra/archive/1986/PB86-351.htm&quot;&gt;http://www.crtc.gc.ca/fra/archive/1986/PB86-351.htm&lt;/a&gt; (consulté le 29 août 2011)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Butler c. la Reine&lt;/em&gt;, [1992] 1 S.C.R. 452&lt;/p&gt;&lt;p&gt;CCNR, Rapport annuel 2007/2008, Conseil canadien des normes de la radiotélévision, Rapport annuel 2007/2008. En ligne:&lt;br&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; &amp;nbsp;&lt;a href=&quot;http://www.ccnr.ca/francais/documents/annreports/annreport-2007-2008.pdf&quot;&gt;http://www.ccnr.ca/francais/documents/annreports/annreport-2007-2008.pdf&lt;/a&gt; (consulté le 29 août 2011)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Code canadien des normes de la publicité. En ligne: &lt;a href=&quot;http://www.adstandards&quot;&gt;http://www.adstandards&lt;/a&gt;. com/fr/Standards/canCodeOf AdStandards.aspx#unacceptable (consulté le 20 juillet 2011)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Code sur la représentation équitable (2008), Code sur la représentation équitable de l’Association canadienne des radiodiffuseurs, Conseil canadien des normes de la radiotélévision. En ligne: &lt;a href=&quot;http://www.ccnr.ca/francais/codes/epc.php#clause4&quot;&gt;http://www.ccnr.ca/francais/codes/epc.php#clause4&lt;/a&gt; (consulté le 29 août 2011)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Rapport CDPDJ 2009-2010, Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, &lt;em&gt;Rapport d’activités et de gestion 2009-2010&lt;/em&gt;. En ligne: &lt;a href=&quot;http://www2.cdpdj.qc&quot;&gt;http://www2.cdpdj.qc&lt;/a&gt;. ca/publications/Documents/Rapport_ activites_gestion_2009-2010.pdf (consulté le 29 août 2011)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Sex Role Portrayal Code for Television and Radio Programming. En ligne: &lt;a href=&quot;http://www.cbsc&quot;&gt;http://www.cbsc&lt;/a&gt;. ca/english/codes/sexrole.php (consulté le 29 août 2011)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Site du CCNR: &lt;a href=&quot;http://www.ccnr.ca/francais/index.php&quot;&gt;http://www.ccnr.ca/francais/index.php&lt;/a&gt; (consulté le 29 août 2011)&lt;/p&gt;

&lt;section  class=&quot;footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed&quot; data-collapsible-show-label=&quot;Notes&quot; data-collapsible-hide-label=&quot;Notes&quot;&gt;&lt;ul class=&quot;footnotes collapsible-content&quot;&gt;&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote1_modelh5&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref1_modelh5&quot;&gt;1.&lt;/a&gt; Subvention du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada (CRSH), projet intitulé: «La lutte aux stéréotypes sexistes, le droit à l’égalité et les médias; la gestion du droit à l’égalité dans un contexte d’autorégulation».&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote2_81ae96t&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref2_81ae96t&quot;&gt;2.&lt;/a&gt; Une étude des liens entre le CRTC et ces organismes a été développée dans un article antérieur: Rachel Chagnon et Paméla Obertan, «Le droit à l’égalité et la lutte aux stéréotypes sexuels et sexistes, un arrimage difficile» (2010).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote3_x1n2am3&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref3_x1n2am3&quot;&gt;3.&lt;/a&gt; Site Web du CCNR, &lt;a href=&quot;http://www.cbsc.ca/francais/decisions/index.php&quot;&gt;http://www.cbsc.ca/francais/decisions/index.php&lt;/a&gt;, consulté le 21 mars 2012.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote4_3mg0zc3&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref4_3mg0zc3&quot;&gt;4.&lt;/a&gt; La jurisprudence est l’ensemble des décisions rendues par les tribunaux. Elle joue un rôle majeur dans l’interprétation et l’évolution du droit (&lt;a href=&quot;http://www.justice.gouv.qc.ca/francais/sujets/glossaire/jurispr.htm&quot;&gt;http://www.justice.gouv.qc.ca/francais/sujets/glossaire/jurispr.htm&lt;/a&gt;, consulté le 7 novembre 2011).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote5_uxe9chc&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref5_uxe9chc&quot;&gt;5.&lt;/a&gt; Cette décision traite une plainte déposée contre l’animateur de radio Howard Stern en lien avec de multiples interventions sexistes ayant eu lieu dans l’une de ses émissions, entre autres contre une animatrice de télévision, Mary Hart.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote6_oo8lf8q&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref6_oo8lf8q&quot;&gt;6.&lt;/a&gt; Monsieur Donald Butler, habitant de Winnipeg au Manitoba, est le propriétaire d’une boutique spécialisée dans la vente et la location de matériel pornographique. Plus de 200 chefs d’accusation seront déposés contre lui par la police de Winnipeg, chefs d’accusation portant principalement sur la vente et la possession de matériel obscène. Il sera acquitté de la plupart des chefs d’accusation mais condamné de possession et distribution de matériel obscène au regard de tout le matériel à caractère sadomasochiste vendu dans sa boutique.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote7_d3a1soq&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref7_d3a1soq&quot;&gt;7.&lt;/a&gt; Résumé du film: «&lt;em&gt;La Chiave Del Placere&lt;/em&gt; raconte l’histoire d’un homme qui tient, de concert avec ses amis, des rencontres sexuelles dans la maison de son patron pendant que celui-ci est absent. Le film montre des hommes et des femmes en divers états de déshabillement qui se livrent à différents genres d’activité sexuelle» (&lt;a href=&quot;http://www.cbsc.ca/francais/documents/prs/2007/070529.php&quot;&gt;http://www.cbsc.ca/francais/documents/prs/2007/070529.php&lt;/a&gt;, consulté le 5 août 2011).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote8_t3jleqk&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref8_t3jleqk&quot;&gt;8.&lt;/a&gt; Ce film relate les péripéties de collégiens membres d’une fraternité, la Delta House. Une bonne part de l’action du film tourne autour de leurs frasques sexuelles en tout genre.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote9_4sdoghn&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref9_4sdoghn&quot;&gt;9.&lt;/a&gt; Ce film présente les mésaventures d’une agente du FBI, incarnée par Demi Moore, qui trouve un travail d’effeuilleuse après avoir perdu son poste.&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;/section&gt;&lt;/div&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;Plusieurs études s’étant penchées au cours des dernières années sur les liens entre médias, stéréotypes et égalité entre les femmes et les hommes (Ravet, Cossette, Renaud et al., 2006; Descheneau-Guay, 2006; Descarries 2006; Grusec et Hastings, 2007; Descarries et Mathieu, 2010), nous avons cherché à mieux comprendre quelles étaient les normes des entreprises médiatiques canadiennes sur cette question et comment elles étaient appliquées. Cette analyse permettra, entre autres, de voir si les mécanismes de contrôles mis en place par ces entreprises permettent de répondre aux questions et critiques soulevées par ces études.
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&lt;span class=&quot;biblio-authors&quot; &gt;&lt;a href=&quot;/en/biblio?f%5Bauthor%5D=7039&quot; rel=&quot;nofollow&quot;&gt;Chagnon, Rachel&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;. 2013. “&lt;a href=&quot;/en/biblio/les-medias-canadiens-et-la-lutte-aux-stereotypes-sexuels-voyage-decevant-au-pays-de&quot;&gt;&lt;span class=&quot;biblio-title&quot; &gt;Les médias canadiens et la lutte aux stéréotypes sexuels: voyage (décevant) au pays de l&#039;autorégulation&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;”. Available online: l’Observatoire de l’imaginaire contemporain. &amp;lt;&lt;a href=&quot;https://oic.uqam.ca/en/articles/les-medias-canadiens-et-la-lutte-aux-stereotypes-sexuels-voyage-decevant-au-pays-de&quot;&gt;https://oic.uqam.ca/en/articles/les-medias-canadiens-et-la-lutte-aux-stereotypes-sexuels-voyage-decevant-au-pays-de&lt;/a&gt;&amp;gt;. Accessed on May 1, 2023. Source: (&lt;span  style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;De l&#039;assignation à l&#039;éclatement. Continuités et ruptures dans les représentations des femmes&lt;/span&gt;. 2013. Montréal: Institut de recherches et d&#039;études féministest de recherches et d&#039;études féministes (IREF)t. coll. Agora, vol. Cahier de l&#039;IREF).&lt;span class=&quot;Z3988&quot; title=&quot;ctx_ver=Z39.88-2004&amp;amp;rft_val_fmt=info%3Aofi%2Ffmt%3Akev%3Amtx%3Adc&amp;amp;rft.title=Les+m%C3%A9dias+canadiens+et+la+lutte+aux+st%C3%A9r%C3%A9otypes+sexuels%3A+voyage+%28d%C3%A9cevant%29+au+pays+de+l%26%23039%3Bautor%C3%A9gulation&amp;amp;rft.isbn=978-2-922045-42-0&amp;amp;rft.date=2013&amp;amp;rft.volume=Cahier+de+l%26%23039%3BIREF&amp;amp;rft.aulast=Chagnon&amp;amp;rft.aufirst=Rachel&amp;amp;rft.pub=Institut+de+recherches+et+d%26%23039%3B%C3%A9tudes+f%C3%A9ministest+de+recherches+et+d%26%23039%3B%C3%A9tudes+f%C3%A9ministes+%28IREF%29t&amp;amp;rft.place=Montr%C3%A9al&quot;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
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 <pubDate>Mon, 02 May 2022 16:38:25 +0000</pubDate>
 <dc:creator>Alexia Giroux</dc:creator>
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 <title>Présentation: de l&#039;assignation à l&#039;éclatement</title>
 <link>https://oic.uqam.ca/en/articles/presentation-de-lassignation-a-leclatement</link>
 <description>&lt;div class=&quot;field field-name-body field-type-text-with-summary field-label-hidden&quot;&gt;
    &lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item even&quot; property=&quot;content:encoded&quot;&gt;&lt;p&gt;Au moment de lancer l’appel à propositions pour le colloque&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref1_ki8mbqs&quot; title=&quot;Le colloque «Représentations des femmes: médias, arts, société», sous l’égide de l’Institut de recherches et d’études féministes de l’UQAM (IREF) et de l’Institut d’études des femmes de l’Université d’Ottawa (IÉF), s’est déroulé dans le cadre du 79e congrès de l’Association francophone pour le savoir (Acfas) à Sherbrooke, Québec, Canada, les 10 et 11 mai 2011.&quot; href=&quot;#footnote1_ki8mbqs&quot;&gt;1&lt;/a&gt; à l’origine de cette publication, nous misions sur la double signification du terme &lt;em&gt;représentation&lt;/em&gt;, pour traiter tant de la &lt;em&gt;place&lt;/em&gt; que de l’&lt;em&gt;image&lt;/em&gt; des femmes dans l’espace public, les médias et les arts. Notre objectif était de favoriser le dialogue entre des chercheures de différents horizons disciplinaires qui s’intéressent, d’une part, aux figures des femmes dans les récits, discours et mises en scènes et, d’autre part, aux places et positions qu’elles occupent ou qui leur sont accordées dans l’espace public comme dans l’imaginaire collectif.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’ouvrage &lt;em&gt;De l’assignation à l’éclatement. Continuités et ruptures dans les représentations des femmes&lt;/em&gt;, rassemble douze textes pour la plupart issus de ce colloque. Ceux-ci offrent une occasion de poursuivre la réflexion théorique sur les mécanismes de représentation qui interviennent dans les dynamiques et les rapports sociaux de sexe et de genre. Sans nécessairement reprendre cette double signification du terme &lt;em&gt;représentation&lt;/em&gt;, les auteures explorent, à partir de leurs disciplines et ancrages, diverses facettes de l’expérience des femmes, telle qu’elle nous est présentée dans : les discours de presse, les médias, les politiques, la fiction, les pratiques créatrices, les préconceptions et le passage du temps. Les représentations qui s’en dégagent tanguent entre le pôle convenu de l’assignation et celui, libérateur, de l’éclatement comme condition préalable aux choix, à la pleine liberté.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Figures de l’assignation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Au cours de l’histoire, les représentations législatives et culturelles des femmes ont été le fait et le reflet de régimes politiques et symboliques patriarcaux et hétéronormés. Ceux-ci ont relégué les femmes hors du domaine public et, pendant longtemps, les ont définies comme non «personnes» ou non «adultes» au sens juridique des termes. Combien d’œuvres d’arts les dépeignent comme des vierges ou des mères, des courtisanes ou des saintes, et donc les associent à des statuts consubstantiels de leurs rapports sexuels avec des hommes, en tant qu’ils sont leurs —futurs—époux/amants, incluant Dieu (la religieuse mariée à Dieu)? Les seules exceptions à cette règle étaient la sorcière, la vilaine et la tentatrice. Tandis que la sorcière, qui possède des pouvoirs (connaissances) jugés maléfiques, est le plus souvent une femme ménopausée, et donc improductive en regard d’une économie centrée sur l’appropriation des capacités reproductives des femmes par les hommes, la vilaine est une pécheresse «égoïste» et désobéissante, inapte à s’occuper d’un mari et d’enfants, encore moins de parents. Elle est par ailleurs souvent «laide», alors qu’elle devrait être «belle», c’est-à-dire désirable afin qu’un homme l’«engrosse». Enfin, chargée du poids de la chute de l’humanité, Ève la séductrice est réduite à sa dimension sexuelle et esthétique. Elle est dépeinte comme cette complice du diable face à laquelle les hommes deviennent serviles et sans défense. En réalité, les figures de sorcière, vilaine et tentatrice sont «dérangeantes» parce qu’elles interpellent le pouvoir des hommes. La première vit seule et possède un savoir enviable, lié à des capacités menaçantes pour l’ordre établi; la seconde est une rebelle qui défie clairement celui-ci (Lilith refusant de se soumettre à Adam), alors que la troisième confronte les hommes à leurs propres faiblesses et vulnérabilités (Ève offrant la pomme défendue à Adam). C’est d’ailleurs à ces représentations métaphoriques de femmes indociles et voulant s’émanciper que renvoient souvent les épithètes dépréciatifs qui sont employés pour décrire les suffragettes et les féministes, ces femmes dites «enragées» qui veulent l’égalité avec les hommes, revendiquent le statut de citoyenne à part entière et réclament, entre autres, le droit de prendre leurs propres décisions concernant leur corps et leur sexualité.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L’éclatement&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans le présent ouvrage, les auteures ne se sont pas attardées aux grandes luttes citoyennes ni aux célèbres figures de la culture occidentale (iconographie religieuse, personnages des mythes ou des contes, héroïnes sentimentales ou hollywoodiennes, etc.) qui ont alimenté et continuent d’alimenter les métaphores de la représentation des sexes, ces questions ayant déjà été traitées par des féministes d’horizons divers depuis les années soixante-dix&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref2_hyzj7mh&quot; title=&quot;Du côté des productions récentes, pensons aux nombreux articles qui sont parus sur la parité et, concernant la représentation figurative, à l’ouvrage de Raphaëlle Moine, Les femmes d’action au cinéma (2010) ou au documentaire audio-visuel, Miss Representation de Jennifer Siebel Newsom (2011), qui traite de la représentation des femmes dans les médias populaires américains.&quot; href=&quot;#footnote2_hyzj7mh&quot;&gt;2&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’ensemble des textes révèle en effet la lente transition qui s’opère tout au long du XXe siècle. Aux figures de femmes clichées et asservies s’ajoutent des modèles de femmes plus audacieuses, moins conformes, dans un nombre croissant d’œuvres (picturales, cinématographiques et littéraires), de discours et de médias et ce, tant en Amérique du Nord qu’ailleurs dans le monde. Ces études nous permettent de constater à quel point les stéréotypes qui réduisent les femmes à leur sexe, à la maternité et à l’espace domestique, en retrait donc des grands enjeux sociaux, du savoir et des compétences politiques, sont difficiles à déloger. Or, de plus en plus de femmes de la scène artistique et sociale utilisent une variété de stratégies face à la machine bien huilée qu’elles affrontent, améliorant ainsi nos connaissances de cette machine et contribuant à son lent déboulonnage. Les textes réunis ici s’articulent autour de trois pôles correspondant aux trois dimensions sur lesquelles les auteures se penchent: les pratiques contraignantes, les représentations et les imaginaires.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les textes de la première section examinent les pratiques contraignantes que l’on impose aux femmes et décortiquent les mécanismes qui les sous-tendent. Le texte de Caroline Désy explore les interventions de régimes fascistes européens de la période 1922-1945 en matière de différence sexuelle, dans les espaces de la santé, de la beauté et de la maternité, et ce, afin d’en cerner les différentes sphères d’influence. L’analyse montre une indéniable tension entre maternité et femme idéalisée, tension nourrie par les principes esthétiques contradictoires imposés par le fascisme au corps des femmes selon les moments, les événements et les exigences politiques. Plus près de l’actualité, une autre étape dans la tradition patriarcale de contrôle des corps et des imaginaires est franchie avec l’hypersexualisation dont traitent Carole Boulebsol et Lilia Goldfarb. Leur texte permet de révéler quelques-uns des mécanismes sexualisateurs présents dans les représentations culturelles, médiatiques et publicitaires, et leurs liens avec les discriminations et les violences auxquelles les jeunes filles sont confrontées. Les auteures concluent à la nécessité de mettre au premier plan les valeurs de relations interpersonnelles équitables, de plaisir, de respect ainsi que de conscience de soi et des autres. Il est aussi possible de miser sur des mécanismes de contrôle normés ou légaux pour lutter contre les stéréotypes sexuels, comme l’exprime Rachel Chagnon dans son étude sur les organismes d’autorégulation des médias au Canada. L’auteure y questionne la détermination de ces organismes à mettre en œuvre les principes de non discrimination, tout comme elle illustre leur difficulté à prendre position sur le concept même de stéréotype sexuel. Ses conclusions invitent à penser que des revendications pour obtenir un resserrement de la vigilance et du contrôle pourraient être portées par le mouvement des femmes. Chantal Maillé, quant à elle, nous amène sur un autre terrain lorsqu’elle questionne les stratégies et les interventions qui ont été mises de l’avant par le mouvement des femmes au Québec en réponse à ce qui est parfois désigné comme «la sous-représentation politique des femmes». Son analyse met en relief les images qui ont été ou sont véhiculées à travers des stratégies et des interventions consacrées à la promotion de la présence des femmes dans la politique active. Maillé en conclut qu’elles connotent trop souvent des associations négatives entre les femmes et la politique.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La deuxième section de l’ouvrage comporte des textes qui s’intéressent, à partir de points d’observation variés dans le temps et l’espace, aux représentations qui accompagnent certains discours ou pratiques. L’une des collaboratrices, Emilie Goulet, nous incite à réfléchir sur la place qu’occupe le discours antiféminisme dans la presse écrite et sur le message qui s’en dégage. Ayant dépouillé deux quotidiens québécois à grand tirage parus entre 1985 et 2009, elle constate que le discours et les arguments masculinistes y sont largement diffusés et postulent que l’égalité entre les hommes et les femmes est atteinte, ou pire, que le mouvement des femmes est allé trop loin. Geneviève Lafleur s’intéresse aussi à ce que dit la presse. Elle le fait cependant en s’attardant aux portraits convenus de trois galeristes montréalaises actives au milieu du XXe siècle. La contextualisation des portraits qui s’en dégage permet de bien voir quelles étaient les règles contraignantes auxquelles ces femmes audacieuses devaient se soumettre pour légitimer leur place sur le marché du travail et être acceptées dans le milieu des arts. Isabelle Marchand nous entraîne vers un tout autre univers en interrogeant le regard que des femmes aînées posent sur elles-mêmes. Rédigé en collaboration avec Michèle Charpentier et Anne Quéniart, son texte rend bien compte de la distance qui sépare les images réductrices qui circulent sur les femmes de 65 ans et plus au Québec, et celles que ces dernières entretiennent à l’égard d’elles-mêmes. Ce constat met notamment en lumière les écarts importants qui se creusent entre les perceptions et les attentes que notre société entretient à l’égard des aînées et les besoins et les priorités de ces dernières à une époque où indépendance et vitalité sont fortement valorisées. Enfin, la contribution de Marcelle Dubé rend compte d’une expérience pédagogique menée auprès d’étudiantes et d’étudiants en travail social. Son but était de vérifier si, à la suite de son cours sur les rapports de sexe et de genre, les représentations qu’elles et ils entretenaient à l’égard des femmes, des féministes et du féminisme seraient modifiées. L’auteure conclut que l’expérience a valu la peine puisque plusieurs membres du groupe ont affirmé qu’au terme de la session, leur perception était changée et leur opinion sur ces sujets, plus nuancée.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Enfin, la troisième section examine différentes facettes de l’asymétrie androcentrée et de la catégorisation sexuelle structurant nos imaginaires. Deux romans contemporains écrits par des femmes sont au cœur de l’analyse de Catherine Dussault Frenette, soit &lt;em&gt;Aurélien, Clara, Mademoiselle et le Lieutenant anglais &lt;/em&gt;d’Anne Hébert et &lt;em&gt;L’Île de la Merci &lt;/em&gt;d’Élise Turcotte. L’initiation sexuelle de jeunes filles y est examinée attentivement, au regard d’un mouvement d’affirmation/négation du désir. Car si l’auteure y débusque une subjectivité féminine adolescente, celle-ci apparaît soumise à la suprématie du discours masculin sur le désir et le sexuel. Marie-Noëlle Huet s’intéresse pour sa part aux nouveaux récits écrits du point de vue de la mère et aux fictions ayant pour thème la maternité. Elle prend pour exemple une œuvre de l’écrivaine Nancy Huston, qui assimile enfantement et création romanesque, et s’attarde aux représentations que propose l’auteure de la «maternité-érotisme», de l’identité, et de la carrière. Ce sont aussi des créatrices qui font l’objet du texte d’Ève Lamoureux: celles-ci s’interrogent sur leur identité de femme et d’artiste en questionnant le milieu des arts visuels et la société. En examinant l’évolution d’autoreprésentations, Lamoureux constate que cette pratique est passée d’une période du genre revendiqué à celle d’une déconstruction du genre, du moins dans un contexte où celui-ci est compris de façon essentialiste, globalisante, totalisante. Enfin, l’art semblant permettre une «part d’espoir et de liberté (de jeu?) dont la réalité [serait] dépourvue»&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref3_i41fclo&quot; title=&quot;Voir la contribution de D. Bourque à cet ouvrage: «Claude Cahun ou l’art de se dé-marquer».&quot; href=&quot;#footnote3_i41fclo&quot;&gt;3&lt;/a&gt;, Dominique Bourque recense depuis quelques années des œuvres issues de personnes marginalisées et questionnant plus d’une pratique normative, comme la convergence entre sexe et genre, l’injonction à l’hétérosexualité et la déshumanisation des êtres minorisés. Cela l’amène à étudier le cas de l’artiste française Claude Cahun (1894-1954), une figure méconnue dont elle propose d’examiner l’œuvre avant-gardiste à partir du concept du dé-marquage, cette notion regroupant les stratégies qui exposent, contournent ou abolissent un ou plusieurs marquages de manière à reconquérir sa pleine humanité, et donc sa représentativité.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il est entendu que cette anthologie fait silence sur de nombreuses analyses et réflexions associées aux représentations. On n’y trouvera pas, par exemple, de textes sur l’injonction à la jeunesse et à la «beauté» qui pèse plus lourdement sur les femmes que sur les hommes, mais le sujet a déjà été admirablement traité ailleurs&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref4_wnnh2kr&quot; title=&quot;Voir entre autres Éthique de la mode féminine, sous la dir. de Michel Dion et Mariette Julien (2010), et plus particulièrement l’article «D’une tyrannie de l’apparence: corps de femmes sous contrôle» de David Le Breton dans cet ouvrage. Pour une vue d’ensemble sur les processus de reproduction des stéréotypes sexuels et leurs effets, on consultera avec profit l’étude de Francine Descarries et Marie Mathieu (2010), Entre le rose et le bleu. Stéréotypes sexuels et construction sociale du féminin et du masculin.&quot; href=&quot;#footnote4_wnnh2kr&quot;&gt;4&lt;/a&gt;. Aucun texte n’aborde directement la représentation des femmes racialisées ou racisées, pauvres ou handicapées, ni les images et les descriptions de femmes qui circulent sur l’Internet et dans les médias sociaux. Ces thèmes, sollicités par notre appel à communications, n’ont malheureusement pas fait l’objet de textes ni reçu le traitement qu’ils méritaient. Nous espérons que ces omissions seront comblées par le travail de collègues dans un avenir rapproché.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le présent ouvrage regroupe néanmoins un éventail d’études faites dans diverses disciplines, par des chercheures chevronnées et émergeantes, ainsi que par des praticiennes de terrain. Il examine les représentations des femmes d’hier et d’aujourd’hui, réelles et fictionnelles, à diverses étapes de leur vie. S’il associe le politique et le culturel, c’est que ces deux dimensions sont étroitement liées dans nos sociétés de la modernité avancée où l’image&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref5_po31y1d&quot; title=&quot;L’hyperconsommation, l’importance des médias, la société du spectacle, le culte du corps et de la jeunesse, etc., qui caractérisent notre époque, favorise ce que Le Breton (2010) appelle une «tyrannie de l’apparence»: «Le corps est un lieu de différenciation, un atout pour exister dans le regard des autres, et donc une valeur à faire fructifier à travers le souci de soi. Il s’agit de construire par la mise en scène de l’apparence et éventuellement de son for intérieur des opérations pour devenir soi, se faire d’emblée image» (Le Breton, 2010: 5).&quot; href=&quot;#footnote5_po31y1d&quot;&gt;5&lt;/a&gt; s’associe désormais à la citoyenneté dans l’élaboration de nos identités:&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Dans nos sociétés contemporaines, l’expérimentation prend la place des anciennes identités fondées sur l’habitus. Le sentiment de soi est inlassablement travaillé par un acteur dont le corps est la matière première de l’affirmation propre selon l’ambiance du moment. (Le Breton, 2010: 4)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les textes réunis offrent l’occasion de poursuivre la réflexion théorique engagée sur les mécanismes de représentations qui interviennent dans les dynamiques sociales et dans les interactions avec l’autre sexe. Ils constituent également une incitation à multiplier les analyses et les stratégies pour rompre avec les non-dits des représentations sexuées et documenter notre engagement à l’égard de l’égalité entre les sexes.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Références&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;DESCARRIES, Francine et Marie MATHIEU. 2010. &lt;em&gt;Entre le rose et le bleu. Stéréotypes sexuels et construction sociale du féminin et du masculin&lt;/em&gt;. Québec, Conseil du statut de la femme. En ligne: &lt;a href=&quot;http://www.csf.gouv.qc.ca/modules/fichierspublications/fichier-35-1082.pdf&quot;&gt;http://www.csf.gouv.qc.ca/modules/fichierspublications/fichier-35-1082.pdf&lt;/a&gt; (consulté le 29 novembre 2012)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;DION, Michel et Marielle JULIEN (dir.). 2010. &lt;em&gt;Éthique de la mode féminine&lt;/em&gt;, Paris: PUF.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;LE BRETON, David. 2010. «D’une tyrannie de l’apparence: corps de femmes sous contrôle», dans &lt;em&gt;Éthique de la mode féminine&lt;/em&gt;, sous la dir. de Michel Dion et de Mariette Julien, Paris: PUF, p. 3-26.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;MOINE, Raphaëlle. 2010. &lt;em&gt;Les femmes d’action au cinéma&lt;/em&gt;, Paris: Armand Colin,&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;SIEBEL NEWSOM, Jennifer. 2011. &lt;em&gt;Miss Representation&lt;/em&gt;. Film documentaire, États-Unis, Girls Club Entertainment, 85 min.&lt;/p&gt;

&lt;section  class=&quot;footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed&quot; data-collapsible-show-label=&quot;Notes&quot; data-collapsible-hide-label=&quot;Notes&quot;&gt;&lt;ul class=&quot;footnotes collapsible-content&quot;&gt;&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote1_ki8mbqs&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref1_ki8mbqs&quot;&gt;1.&lt;/a&gt; Le colloque «Représentations des femmes: médias, arts, société», sous l’égide de l’Institut de recherches et d’études féministes de l’UQAM (IREF) et de l’Institut d’études des femmes de l’Université d’Ottawa (IÉF), s’est déroulé dans le cadre du 79e congrès de l’Association francophone pour le savoir (Acfas) à Sherbrooke, Québec, Canada, les 10 et 11 mai 2011.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote2_hyzj7mh&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref2_hyzj7mh&quot;&gt;2.&lt;/a&gt; Du côté des productions récentes, pensons aux nombreux articles qui sont parus sur la parité et, concernant la représentation figurative, à l’ouvrage de Raphaëlle Moine, &lt;em&gt;Les femmes d’action au cinéma&lt;/em&gt; (2010) ou au documentaire audio-visuel, &lt;em&gt;Miss Representation&lt;/em&gt; de Jennifer Siebel Newsom (2011), qui traite de la représentation des femmes dans les médias populaires américains.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote3_i41fclo&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref3_i41fclo&quot;&gt;3.&lt;/a&gt; Voir la contribution de D. Bourque à cet ouvrage: «Claude Cahun ou l’art de se dé-marquer».&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote4_wnnh2kr&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref4_wnnh2kr&quot;&gt;4.&lt;/a&gt; Voir entre autres &lt;em&gt;Éthique de la mode féminine&lt;/em&gt;, sous la dir. de Michel Dion et Mariette Julien (2010), et plus particulièrement l’article «D’une tyrannie de l’apparence: corps de femmes sous contrôle» de David Le Breton dans cet ouvrage. Pour une vue d’ensemble sur les processus de reproduction des stéréotypes sexuels et leurs effets, on consultera avec profit l’étude de Francine Descarries et Marie Mathieu (2010), &lt;em&gt;Entre le rose et le bleu. Stéréotypes sexuels et construction sociale du féminin et du masculin.&lt;/em&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote5_po31y1d&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref5_po31y1d&quot;&gt;5.&lt;/a&gt; L’hyperconsommation, l’importance des médias, la société du spectacle, le culte du corps et de la jeunesse, etc., qui caractérisent notre époque, favorise ce que Le Breton (2010) appelle une «tyrannie de l’apparence»: «Le corps est un lieu de différenciation, un atout pour exister dans le regard des autres, et donc une valeur à faire fructifier à travers le souci de soi. Il s’agit de construire par la mise en scène de l’apparence et éventuellement de son for intérieur des opérations pour devenir soi, se faire d’emblée image» (Le Breton, 2010: 5).&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;L’ensemble des textes révèle en effet la lente transition qui s’opère tout au long du XXe siècle. Aux figures de femmes clichées et asservies s’ajoutent des modèles de femmes plus audacieuses, moins conformes, dans un nombre croissant d’œuvres (picturales, cinématographiques et littéraires), de discours et de médias et ce, tant en Amérique du Nord qu’ailleurs dans le monde. &lt;/div&gt;
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 <pubDate>Mon, 02 May 2022 14:28:15 +0000</pubDate>
 <dc:creator>Alexia Giroux</dc:creator>
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 <title>Les groupes de filles comiques au Québec: filiation en folies</title>
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 <description>&lt;div class=&quot;field field-name-body field-type-text-with-summary field-label-hidden&quot;&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot; property=&quot;content:encoded&quot;&gt;&lt;p&gt;Au Québec, les femmes sont sous-représentées en humour; c’est devenu un truisme de le dire (Joubert, 2002: 15-16). Qui plus est, les groupes comiques féminins peuvent se compter sur les doigts d’une main, littéralement: les Girls, dans les années soixante, les Folles Alliées dans les années quatre-vingt, plus près de nous les Moquettes Coquettes et &lt;em&gt;The Girly Show&lt;/em&gt;, dont le titre renvoie aux pionnières de la Révolution tranquille&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref1_32uirc0&quot; title=&quot; On arguera que les groupes masculins ne sont pas légion non plus: les Cyniques, Rock et Belles Oreilles, le Groupe Sanguin (si on en excepte la «fille» Marie-Lise Pilote, qui fait maintenant une carrière solo) en constituent les exemples canoniques; il faut leur ajouter d’autres équipes, les duos Ding et Dong –avatar du trio Paul et Paul– Dominique et Martin, les Denis Drolet, Dominique Lévesque/Dany Turcotte, Stéphane Rousseau et Frank Dubosc (à l’occasion), des trios comme Les trois ténors de l’humour, Les Mecs comiques, les Bleu Poudre… face auxquels ne font pas le poids le mythique tandem Dodo et Denise, l’actuel mais moins connu duo Les zélées, composé d’Anne-Marie Dupras et Annie Deschamps (la fille d’Yvon) et la paire Mariana Mazza/Virginie Fortin annoncée pour novembre 2014.&quot; href=&quot;#footnote1_32uirc0&quot;&gt;1&lt;/a&gt;. Celles qui composent ces groupes ont, chacune à sa façon et chacune son tour, expérimenté les plaisirs et les difficultés de se présenter sur scène comme femmes comiques.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il reste que, par le seul fait de se constituer en équipes pour faire rire, ces femmes établissent entre elles une filiation dans la comédie, filiation qu’on abordera à partir de certaines questions générales: comment se sont positionnées ces femmes par rapport au féminisme? Quels sont les thèmes privilégiés, les cibles visées, par les groupes? Peut-on voir une inter-influence entre leur vision du monde et leur vision de l’humour? Que nous apprennent ces groupes quand on les inscrit dans un continuum historique, discursif et social?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La lecture des productions de ces groupes sera évidemment socio-sexuée: la réticence à accorder un sens de l’humour aux femmes (Joubert, 2002: 11; Stora-Sandor, 1992: 176-177)&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref2_yu401g4&quot; title=&quot;Le numéro de l’été 2013 du magazine Herizons titrait: «Yes! Women Are Funny» dans une affirmation qui en dit long sur la résistance encore actuelle devant les femmes comiques.&quot; href=&quot;#footnote2_yu401g4&quot;&gt;2&lt;/a&gt;, l’idée reçue –y compris chez de nombreuses femmes– qu’elles sont nécessairement moins drôles que les hommes, le fait de juger, même, la femme plutôt que le personnage joué par l’humoriste (Richer dans Cloutier, 1989: 15) sont autant d’éléments, datés mais en même temps toujours actuels, qui contribuent à la nécessité d’isoler l’humour féminin&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref3_1pty8r9&quot; title=&quot;C’est-à-dire l’humour produit par les femmes, sans égard à la position féministe qu’il met ou non de l’avant.&quot; href=&quot;#footnote3_1pty8r9&quot;&gt;3&lt;/a&gt; pour les besoins de la démonstration.&lt;/p&gt;&lt;center&gt;&lt;strong&gt;LE RAPPORT AU FÉMINISME&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les poubelles des Girls&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les Girls, groupe composé de Clémence DesRochers, Paule Bayard, Diane Dufresne, Louise Latraverse et Chantal Renaud, ont lancé leur spectacle le 10 mai 1969 au Patriote-en-haut, surnommé le Patriote-à-Clémence (Roy, 2013: s.p.), pendant que les Cyniques se produisaient à l’étage au-dessous&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref4_xomyc5k&quot; title=&quot;Au dire de Marc Laurendeau, les deux spectacles, fort différents évidemment, attiraient le même public qui, tantôt allait «en haut», tantôt redescendait vers le rez-de-chaussée. Je me permets une réserve à cet égard, la critique ayant remarqué que le public était composé «presque exclusivement de femmes» (Pedneault, 1989: 162).&quot; href=&quot;#footnote4_xomyc5k&quot;&gt;4&lt;/a&gt;. À l’époque, selon Latraverse,&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;la revue n’était pas du tout perçue comme un show féministe. On était des filles &lt;em&gt;flyées &lt;/em&gt;qui parlaient des femmes, mais qui n’étaient pas du tout revendicatrices. Il n’y avait pas de «message» à moins que l’humour lui-même soit un message. D’ailleurs, les quelques féministes du temps qui sont venues voir le spectacle sont sorties. Elles n’ont pas apprécié!... On était complètement conscientes de la nouveauté qu’on apportait, que personne n’avait fait ça avant nous. Comme bien d’autres, c’est un show qui est arrivé trop tôt; nous avons eu beaucoup de succès, mais dix ans plus tard, l’impact aurait été dix fois plus fort (Pedneault, 1989: 157).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La portée féministe du spectacle ne tombait pas sous le sens pour l’auditoire des Girls; Latraverse, pourtant, précise que l’idée de monter un tel événement a germé «au début du mouvement de libération des femmes» parce que les filles «étaient touchées par ça» (Pedneault, 1989: 156). De fait, la chanson thème de la revue clamait:&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Je tiens le monde dans mes mains&lt;br&gt;Et je suis bien bien bien bien bien&lt;br&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp; &amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; &amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; &amp;nbsp;Je suis bien&lt;br&gt;Mon baise-en-ville, c’est ma ville&lt;br&gt;J’ai tout ce qu’il faut pour être bien dans ma peau&lt;br&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp; &amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; &amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; &amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; &amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; &amp;nbsp;Dans ma peau&lt;br&gt;Dans mon baise-en-ville j’ai mes faux cils, mon mascara&lt;br&gt;Des bas sexy un pyjama&lt;br&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp; &amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; &amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; &amp;nbsp;Un pyjama&lt;br&gt;La pilule pour s’aimer quand on s’aime&lt;br&gt;J’sortirai mes poubelles moi-même, j’sortirai mes poubelles moi-même&lt;br&gt;J’sortirai mes poubelles moi-même, j’sortirai mes poubelles moi-même!&lt;br&gt;(Giguère et Pérusse, 1989)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La poubelle devenait alors, dira Clémence Desrochers, «un symbole fantaisiste» (Giguère et Pérusse, 1989), une affirmation de la force des femmes qui n’ont plus besoin d’attendre des&lt;em&gt; bras&lt;/em&gt; masculins pour mener leur vie à leur guise. Comme le précise Clémence, à l’époque «on n’en était pas encore aux sacs verts» (Giguère et Pérusse, 1989): les poubelles étaient en aluminium, assez pesantes pour évoquer le «poids» de la décision des femmes… et pour indiquer le rôle que jouaient les hommes dans le ménage, rôle qui se limitait, justement, à sortir les vidanges. Anodine vue du 21e siècle, cette prise de position chantée dans l’hilarité et la légèreté&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref5_c205sud&quot; title=&quot;La métaphore de la poubelle titille encore: alors que je parlais justement de cette chanson lors d’une émission télévisée sur l’humour, en 2012, un des panélistes s’est exclamé: «Bien, qu’elles les sortent leurs poubelles!» pour signifier l’inintérêt de la chose.&quot; href=&quot;#footnote5_c205sud&quot;&gt;5&lt;/a&gt; n’en touche pas moins des éléments importants d’une période qui annonce de grands bouleversements: la pilule et le baise-en-ville indiquent en effet que la femme n’est plus confinée à sa cuisine, qu’elle est libre d’aller où elle veut, d’avoir une vie sexuelle selon &lt;em&gt;sa &lt;/em&gt;convenance. Ces acquis de la génération des femmes actuelles trouvaient ici une de leurs premières revendications.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;C’est aussi une affirmation qui n’a pas eu l’heur de faire rire tout le monde, indisposant au passage certains critiques, dont Gaétan Chabot: «Madame, s’il vous reste quelque chose à prouver, allez voir les Girls. Quant à vous, monsieur, si vous voulez voir jusqu’où la bêtise de l’émancipation féminine peut aller, courez au Patriote à Clémence» (Pedneault, 1989: 157). La prise de parole uniquement féminine n’allait pas forcément de soi: l’humour, outil censé niveler les différends, n’arrivait pas systématiquement à toucher sa cible.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le pari des Folles Alliées&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Contrairement aux Girls, qui ont présenté un seul spectacle, les Folles Alliées ont travaillé ensemble pendant une décennie (1980-1990) et ont monté, outre leurs apparitions dans divers événements féministes, trois grandes productions: &lt;em&gt;Enfin Duchesses!&lt;/em&gt;, une satire du concours de la Reine du Carnaval de Québec, &lt;em&gt;Mademoiselle Autobody&lt;/em&gt;, une comédie contre la pornographie, et &lt;em&gt;C’est parti mon sushi! Un show cru&lt;/em&gt;, revue fantaisiste qui reprenait les thèmes de l’heure. Il est plus malaisé de cerner qui en sont les membres exactement puisque, dans l’optique d’un travail féministe concerté, les Folles Alliées regroupaient sous leur bannière les metteures en scène qui les ont accompagnées et dirigées, les musiciennes et autres talents essentiels à leur travail. Pour contourner la question, on dira que le noyau dur des comédiennes se composait des personnes suivantes: Hélène Bernier, Christine Boillat, Jocelyne Corbeil, Lucie Godbout, et Agnès Maltais (par la suite politicienne sous la bannière du Parti québécois)&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref6_bxc1i6z&quot; title=&quot;Claire Crevier et Lise Castonguay faisaient partie de la distribution d’Enfin Duchesses! et Pascale Gagnon, de celle de Mademoiselle Autobody. Elles se sont adjoint les services de Sylvie Legault et Sylvie Potvin pour leur dernier spectacle C’est parti mon sushi! Un show cru.&quot; href=&quot;#footnote6_bxc1i6z&quot;&gt;6&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Pour ces femmes, la prise de position militante –amalgamer humour et féminisme– s’imposait d’office, même si, «question marketing», «c’était une erreur de s’afficher féministes» (Godbout, 1993: 47). C’est une distinction symbolique de taille avec les Girls, qui pouvaient toujours, dans l’informulé de leur spectacle, parler d’émancipation avec l’air de n’y pas trop toucher. Les Folles Alliées ne se sont pas ménagé une telle porte de sortie: même si elles ne souhaitaient pas «donner des cours de féminisme 301» (Godbout, 1993: 48), la revendication, par les sujets traités (et sur lesquels on reviendra plus loin), a toujours été au cœur de leur production. Pourtant, leur rapport au féminisme, qui ne pourrait être plus clair, ne s’est pas toujours vécu sans heurt. C’était l’époque, comme le rappelle Monique Simard, «où on risquait, si on était trop de bonne humeur, de se faire lancer par la tête “Ris pas ça démobilise”&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref7_9csyrdm&quot; title=&quot;D’après une caricature d’Andrée Brochu dans La Vie en rose.&quot; href=&quot;#footnote7_9csyrdm&quot;&gt;7&lt;/a&gt; » (Godbout, 1993: 8). La boutade indique bien que les liens entre le féminisme et le rire étaient encore à faire. Ainsi, alors qu’elles animent une soirée pour fêter le cinquième anniversaire de la Librairie des femmes,&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;[l]es Folles sont déguisées en hommes! Huées magistrales. Nous avons la désagréable impression de n’être pas plus à notre place qu’un chat dans une gouttière. Notre animation de la soirée est désastreuse. On présente «Nicole et/ou Brossard» qui ne trouve pas ça drôle du tout. […] Tout ce qu’on dit est repris au féminin. Si pour certains nous étions trop radicales, pour plusieures [sic] ce soir-là, nous sommes carrément dépassées, récupérées… (Godbout, 1993: 66-67)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Pour certaines, manifestement, on ne badine pas avec le militantisme. La résistance ne vient pas que de certaines féministes; Lucie Godbout évoque une critique de Pierre Champagne, du &lt;em&gt;Soleil&lt;/em&gt;, au sujet d’un spectacle au profit de &lt;em&gt;Viol Secours&lt;/em&gt;:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Les femmes de Viol Secours (mes amies, mes grandes amies) organisent, pour le samedi 29 novembre, un spectacle-danse pour femmes seulement. […] Moi aussi je vais organiser un «spectacle-danse pour hommes seulement» et moi aussi je danserai seulement avec les hommes et dans la salle 069 pour préciser. Ne seront invités que les mysogines [sic] et surtout je ne veux pas entendre de commentaires (Godbout, 1993: 65).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’article, publié en 1980, a au moins l’avantage de nous faire mesurer le chemin parcouru, tant dans la société que dans les médias: la solidarité entre femmes, cette filiation nouvelle, avait ses détracteurs.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les nouveaux moyens des Moquettes Coquettes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les Folles Alliées auront passé dix ans à se battre avec la bureaucratie pour avoir des fonds. Les Moquettes Coquettes, avec des débuts tout aussi héroïques en leur genre, auront cependant à leur disposition une nouvelle tribune: Internet. Marie-Hélène Lebeau-Taschereau, Marianne Prairie, Valérie Caron, Laurence C. Desrosiers et Evelyne Morin-Uhl (et Sophie Goyette à la réalisation), qui se sont rencontrées à l’UQAM, ont amorcé leur carrière à la radio étudiante avec une émission qui leur a donné leur nom. Polyvalentes, éclatées, elles ont fait de l’animation dans les festivals, ont participé aux Francofolies, tenu une chronique dans le cahier Actuel de &lt;em&gt;La Presse&lt;/em&gt;, diffusé sur Internet des capsules humoristiques avant de se voir confier une émission hebdomadaire à Télé-Québec.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Sur le plan militant, leur engagement ne fait aucun doute. Toutes ces jeunes femmes se réclament du féminisme&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref8_pukc0y2&quot; title=&quot;Entretien téléphonique avec Marie-Hélène Lebeau-Taschereau, mars 2009.&quot; href=&quot;#footnote8_pukc0y2&quot;&gt;8&lt;/a&gt;; Marianne Prairie, par ailleurs, est cofondatrice du blogue Je suis féministe, une tribune nouvelle où s’exprime un féminisme pluriel, inclusif. Elles «ne bafouillent pas en se déclarant féministes: leurs mères l’étaient –parfois de manière flamboyante– et leurs pères étaient plus roses que la moyenne. […] Pour elles, le grand acquis des femmes reste la liberté de choix, de tous les choix de vie possibles» (Émond, 2008).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Alors que les Folles Alliées ont associé humour et militantisme, les Moquettes Coquettes constituent «un alliage –et une alliance!– inclassable de jeunes féministes qui revendiquent l’engagement et la superficialité» (Émond, 2008), un oxymore qui, en humour, est très porteur: on peut ainsi faire passer bien des messages tout en affirmant par ailleurs que l’on est ici seulement pour rigoler. Chez elles, tout comme chez leurs prédécesseures&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref9_crbejb0&quot; title=&quot;Le féminin est volontaire.&quot; href=&quot;#footnote9_crbejb0&quot;&gt;9&lt;/a&gt;, prime la nécessité d’œuvrer ensemble, dans une complicité qui réactualise de vieux préjugés: «Oui, oui, on est de vraies amies», affirme l’une d’elles, «et on est tellement tannés de répondre que ben non, on ne se chicane pas sans arrêt! Si vous saviez comme cette idée a la vie dure, qu’une gang de filles qui bossent ensemble, ça doit être l’enfer!» (Émond, 2008) En effet, a-t-on jamais entendu de tels commentaires sur les Cyniques ou RBO?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;«Heureuses de projeter une image multiforme de filles de 20 ans» (Émond, 2008), les membres du groupe occupent un créneau particulier dans cette filiation de l’humour: leur côté touche-à-tout leur permet de rester visibles sur tous les fronts, ou presque. La fin abrupte de leur émission, qui leur assurait une présence dans les médias, n’a pas sonné le glas de leurs interventions humoristiques. J’en veux pour exemple, entre autres, Marianne Prairie qui tire un blogue, «Ce que j’ai dans le ventre. Blogue de bédaine et de bébé», de son nouveau parcours familial (en plus de contribuer à &lt;em&gt;Châtelaine&lt;/em&gt;) et Evelyne Morin-Uhl, aussi active dans les nouveaux médias. La filiation, ici, a engendré de nouvelles ramifications même si l’on peut regretter la trop courte vie du groupe.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L’aventure du &lt;em&gt;Girly Show&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Toute récente est la formation du &lt;em&gt;Girly Show&lt;/em&gt;, composé à l’origine de Nadine Massie, Isabelle Ménard, Korine Côté et Mélanie Dubreuil; Mélanie Couture a ensuite remplacé Côté, tandis que Kim Lizotte a pris le relais d’Isabelle Ménard. Le groupe initial, selon Nadine Massie&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref10_3xd5jgt&quot; title=&quot;Que je tiens à remercier pour ses réponses éclairantes du 3 septembre 2013.&quot; href=&quot;#footnote10_3xd5jgt&quot;&gt;10&lt;/a&gt;, a décidé spontanément de faire un «show de filles qui va lui permettre de jouer ensemble, puisque les soirées d’humour ne sont pas souvent pleines de filles». Ce projet, comme tous les autres évoqués précédemment, indique bien une volonté d’unir une vision genrée de l’existence, de se «retrouver entre filles» pour faire surgir le rire. C’est aussi et surtout une façon d’investir, pour un temps, un espace scénique que l’on n’a plus besoin de partager avec des humoristes masculins qui ont plus souvent qu’autrement le haut du pavé.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ces filles ont toutefois un rapport plus ambigu avec le féminisme, détonnant par là sur leurs prédécesseures. Ainsi, Isabelle Ménard, dans son premier spectacle solo, &lt;em&gt;Le One-Ménard Show&lt;/em&gt;, y allait d’une blague assez dure: «La femme de trente ans a l’impression de s’être fait avoir. Avant, elle s’occupait du ménage, des repas et des enfants. Maintenant, elle travaille quarante heures par semaine et s’occupe toujours du ménage, des repas et des enfants!»&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref11_sbjqe3f&quot; title=&quot;Tirée du DVD qu’Isabelle Ménard m’a aimablement fait parvenir. Je l’en remercie.&quot; href=&quot;#footnote11_sbjqe3f&quot;&gt;11&lt;/a&gt;. Cette constatation ironique réactualise l’image de la &lt;em&gt;wonder woman&lt;/em&gt; victime de la double tâche qui a vite émergé du discours social dans la foulée des revendications féministes. Ce blâme, à peine voilé, participe de la déception d’une nouvelle génération de filles qui ont vu leurs mères s’essouffler à essayer de performer partout et qui cherchent maintenant un meilleur équilibre dans la répartition des tâches; l’étonnant, ici, n’est pas dans la force du reproche mais plutôt dans le fait qu’il surgisse en 2008, c’est-à-dire à une époque où, censément, les hommes –ou les partenaires– s’engagent plus dans l’éducation des enfants et le quotidien domestique. Cela signifierait-il que ces hommes, ou ces partenaires, ne sont toujours pas aussi engagées qu’on le souhaiterait? Quoi qu’il en soit, ce malaise lié au féminisme ne se limite pas au ménage. Massie résume sa position personnelle, qui trouve écho dans bien des discussions actuelles:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;On a un peu perdu la signification du mot féminisme. […] Je ne suis pas une militante mais je ne renie pas du tout ce que les femmes ont fait. D’ailleurs, si ce n’était pas d’elles, après le premier show et tout ce que je dis, je me serais fait lapider ou brûler. Je crois à l’égalité des sexes. Je ne suis plus fervente de descendre l’homme pour aucune raison. Moi, les annonces où l’on voit un homme se faire ridiculiser parce qu’il pose une tablette croche, ça me tue. À chaque fois, je me dis que ça ne passerait jamais si c’était la femme dans la position du gars. […] Je n’ai plus envie d’entendre une pub à la radio d’une femme qui s’adresse à un homme de manière condescendante du genre: on sait bien, toi, t’es un homme… Il me semble que ma génération est ailleurs. Les femmes ne sont pas que des chialeuses ou des cruches et les hommes des imbéciles qui ne peuvent pas fonctionner sans femme (2013).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Cet&lt;em&gt; ailleurs&lt;/em&gt; qu’évoque Massie semble prometteur et on veut y croire. À l’instar du métaféminisme littéraire circonscrit par Lori Saint-Martin (1992: 78-88), pour désigner certaines œuvres de femmes publiées après les grands bouleversements féministes, qui font l’économie du didactisme pour tendre vers une affirmation différente, on peut parler de métaféminisme en humour, dans cette revendication d’une parole de femme commune, complice et ironique. Tout plutôt que le silence et l’absence: en soi, le &lt;em&gt;Girly Show&lt;/em&gt; atteste une solidarité entre femmes humoristes qui deviennent, par la force du nombre, des présences avec lesquelles il faut compter. &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;center&gt;&lt;strong&gt;THÈMES ET CIBLES&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;&lt;p&gt;Il n’est pas toujours facile de se faire une idée précise du travail de ces quatre groupes d’humour féminins pour des raisons de transmission sur lesquelles je reviens plus loin. Un survol, même partiel, fait émerger cependant une constante et une tendance lourde: l’autodérision. Dans les projets de ces groupes, mis à part les Folles Alliées, et sur un autre plan les Girls, la cible principale reste l’inadéquation des femmes dans un monde qui, même de nos jours, leur impose un double standard dans bien des domaines. Cette autodérision systématique, qui se moque d’une collectivité dont les humoristes font elles-mêmes partie, permet, selon ces femmes, de contester les pressions dont elles sont victimes.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les Girls, ces «cinq filles réunies sur la même scène», «riaient des problèmes de la femme à une époque où tous ces problèmes étaient analysés très sérieusement à la télévision, à la radio, en littérature» (Clémence DesRochers citée par Pedneault, 1989: 168). Elles ont cherché à «décrire le monde des femmes, en souhaitant que chaque femme puisse s’y reconnaître –“de la ménagère à la femme libre” comme on disait à l’époque; une revue dans laquelle seules les femmes auraient la parole» (Pedneault, 1989: 160). Même si les documents manquent pour pouvoir brosser un tableau complet du spectacle, ils permettent de mesurer l’onde de choc qu’il a créée à travers le Québec ; les comédiennes «ne se gênaient pas pour affirmer qu’elles étaient “libres et cochonnes”» (Pedneault, 1989: 160-161) et offraient une polyvalence dans les rôles: «Chantal Renaud, la femme-enfant spontanée qui s’emballe pour un oui ou un non; Diane Dufresne, la tigresse qui n’a pas froid aux yeux; Louise Latraverse, la fille lente, souple, à la personnalité sans complexe; Paule Bayard […] l’excellente comédienne aux multiples visages et au grand sens comique; et Clémence en femme “libre-pognée”» (Pedneault, 1989: 160).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;À travers une galerie de personnages féminins, les Girls ont donc revisité les déterminismes de la condition des femmes. C’est aussi ce qu’ont fait les Moquettes Coquettes: dans leur sketch, dira une Moquette, «l’autodérision prime. […] On projette en photos nos looks de jeunesse pas toujours flatteurs, on tourne à l’envers nos angoisses de ne jamais se sentir correctes, on ironise sur le maudit tabou de la cellulite, bref, sur cette maladie mentale qui nous travaille parce qu’on est obnubilées par le &lt;em&gt;body&lt;/em&gt;, inadéquat, dont on a hérité…» (Émond, 2008). De fait, les Moquettes Coquettes, dans le sketch «Le cours d’aérobie», dénoncent l’arnaque des centres de conditionnement physique, miroir aux alouettes pour des milliers de femmes désireuses de correspondre à l’idéal féminin:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Bonjour Bourrelets, bonjour Cellulite, bienvenue au cours d’aérobie, le cours où vous vous dites toutes secrètement: «Eh que j’aimerais ça être shapée comme elle!» Mais c’est impossible! Je m’entraîne 30 heures par semaine, je n’ai jamais enfanté, je mange un demi-repas par jour et je me suis fait liposucer le surplus il y a deux mois. Fac oubliez ça, vous allez suer comme des cochonnes pour rien pantoute&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref12_x6rcp4f&quot; title=&quot;Merci à la Moquette Valérie Caron de m’avoir fourni ce texte.&quot; href=&quot;#footnote12_x6rcp4f&quot;&gt;12&lt;/a&gt;!&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Flèche décochée à l’endroit de certaines de leurs pairs qui se font, dans une certaine mesure, complices des pressions sociales exercées sur les femmes, la dénonciation va assez loin et attire l’attention sur le mensonge qui sous-tend tout un discours actuel sur la beauté, mensonge relayé, amplifié par des femmes sur l’insécurité des femmes.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les préoccupations des filles du &lt;em&gt;Girly Show &lt;/em&gt;sont similaires. Leur premier spectacle, incidemment, s’intitulait&lt;em&gt; Drôles et imparfaites&lt;/em&gt;, ce qui «exprimait bien, dit Massie, qu’on était nos propres têtes de turc: on se moquait de nous-mêmes» (2013). Ensemble, elles voulaient «détruire cette image de femme parfaite qui nous met cette pression sociale inutile depuis notre enfance, faire ressortir nos travers pour en rire au lieu de se taper dessus à chaque fois qu’on n’est pas exactement ce qu’on voudrait être et le faire passer par un filtre actuel» (2013).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ce genre de discours très réjouissant au demeurant –les femmes humoristes se font le relais de nos obsessions– tranche cependant avec le travail des Folles Alliées qui, elles, abordaient la scène dans une perspective d’éveil des consciences. Pièces résolument militantes, &lt;em&gt;Enfin Duchesses!&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Mademoiselle Autobody&lt;/em&gt; attaquaient de front deux symboles de l’aliénation des femmes&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref13_pq7r99x&quot; title=&quot;Si la facture et la captation des pièces ont eu un peu vieilli, les sujets restent d’actualité: on «célèbre», entre autres, en 2014, le retour des Duchesses au Carnaval de Québec.&quot; href=&quot;#footnote13_pq7r99x&quot;&gt;13&lt;/a&gt;. Même leur dernière production,&lt;em&gt; C’est parti mon sushi, un show cru&lt;/em&gt;, une revue qui, cette fois, s’aligne plus sur le style des Moquettes Coquettes ou bien du &lt;em&gt;Girly Show &lt;/em&gt;par son enfilade de sketches, demeure différente par la volonté d’inscrire les thèmes abordés dans les luttes féministes: les Folles Alliées veulent même aller plus loin, sans se censurer (Giguère et Pérusse, 1989). On y parle masturbation, on y épingle, entre autres, le boxeur Reggie Chartrand, célèbre sportif dont la notoriété s’est accrue par la publication de son «pamphlet» &lt;em&gt;Dieu est un homme parce qu’Il est bon et fort: la révolte d’un homme contre le féminisme&lt;/em&gt;, on ironise sur l’idée reçue selon laquelle «les féministes sont allés trop loin», on revisite le mythe de Cendrillon. Bref, les thèmes traités débordent du strict quotidien des femmes et les cibles visées s’éloignent systématiquement de l’autodérision. Dans un parti pris vibrant, qui donne aux femmes le beau rôle, les Folles Alliées vont au contraire attaquer les institutions patriarcales et leurs représentants, démasquer la misogynie des discours et renverser les rôles&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref14_h0waxz6&quot; title=&quot;Pour les stratégies des Folles Alliées, voir Joubert, 2002: 69-88.&quot; href=&quot;#footnote14_h0waxz6&quot;&gt;14&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il ne s’agit pas ici de hiérarchiser la valeur des approches humoristiques des groupes de femmes; force est de constater, cependant, que seules les Folles Alliées ont privilégié un angle que l’on nommera du &lt;em&gt;dehors&lt;/em&gt;, c’est-à-dire qui voit la condition féminine de l’extérieur, dans ses rapports avec l’histoire et le social (concours de beauté, pornographie), alors que les autres misent sur l’examen des expériences individuelles: «On a plein de choses à regarder dans notre propre cour», dira l’une des Moquettes (Émond, 2008). Dans le premier cas de figure, ce sont les institutions qui sont visées; dans les autres cas, ce sont les femmes elles-mêmes qui se passent à la loupe. Ce n’est pas innocent.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Un des nombreux truismes en humour fait de l’autodérision une preuve de santé et de maturité: si on est capable de rire de soi-même, dit-on, c’est qu’on affirme une assurance quant à son identité. Soit. Il n’en reste pas moins que l’autodérision constitue, encore aujourd’hui, une valeur sûre pour l’humour des femmes dans la mesure où celles-ci ne ciblent pas l’autre sexe, une attitude assez rentable quand on veut ménager son auditoire&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref15_76op8z7&quot; title=&quot;Sur la différence entre l’autodérision féminine et masculine, voir Joubert, 2010: 95.&quot; href=&quot;#footnote15_76op8z7&quot;&gt;15&lt;/a&gt;. Il y a donc, dans cette propension à se concentrer sur ses propres travers, une volonté de réconciliation&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref16_cqczlt3&quot; title=&quot;C’est aussi ce qui ressort de l’angle d’approche des filles du Show d’vaches au Bitch Club Paradise, un spectacle dont il n’est pas tenu compte ici à cause du caractère trop épisodique des prestations. L’ensemble n’en demeure pas moins intéressant en ce qu’il rejoint les préoccupations de leur contemporaines: «Ce n’est vraiment pas un spectacle de luttes, dit Érika Gagnon. On est loin de penser que la condition des femmes au Québec est idéale. On est extrêmement redevables à celles qui ont mené des batailles avant nous et il reste encore beaucoup à faire. Mais on a l’impression que la suite des choses doit se faire en collaboration avec les hommes et non en opposition» (Caux, 2006). Une des Moquettes affirme aussi: «Et sincèrement, on doit l’avouer, les gars de notre génération vont en s’améliorant!» (Émond, 2008)&quot; href=&quot;#footnote16_cqczlt3&quot;&gt;16&lt;/a&gt;, un besoin de construire de nouveaux ponts entre les sexes qui tranche, effectivement, avec l’humour plus contestataire des Folles Alliées&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref17_3n8i542&quot; title=&quot;Même si je suis bonne joueuse et que je m’aligne sur cette tendance, la féministe des années 1970 en moi ne peut s’empêcher de se demander: qu’ont-elles tant à se faire pardonner pour se taper dessus à tire-larigot? Ont-elles si peur de peiner les hommes?&quot; href=&quot;#footnote17_3n8i542&quot;&gt;17&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;center&gt;&lt;strong&gt;FILIATION ET INTERFÉRENCES&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;&lt;p&gt;Ainsi, ces groupes de femmes s’inscrivent, par leur travail même, dans une filiation humoristique particulière. Mais peut-on parler d’une &lt;em&gt;conscience &lt;/em&gt;filiale? Nadine Massie, du &lt;em&gt;Girly Show&lt;/em&gt;, l’admettra spontanément lorsqu’interrogée sur les liens possibles entre le titre du spectacle et le travail des Girls des années soixante: «Je n’ai jamais vraiment pensé à [continuer une tradition]. Ce n’est que plus tard que j’ai su pour les Girls. Moi sur le coup, tout ce que je voulais c’est travailler avec mes amies, créer un projet et m’amuser»&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref18_33na3aa&quot; title=&quot;Lettre à l’auteure, 3 novembre 2013.&quot; href=&quot;#footnote18_33na3aa&quot;&gt;18&lt;/a&gt;. Une telle observation montre l’écart temporel entre deux générations de filles qui, pourtant, visaient exactement les mêmes buts. Chez les Moquettes Coquettes, on ne voit pas non plus ce souci de se rattacher à une quelconque tradition: on les a plutôt comparées à RBO, à cause du nombre, ce qu’elles ont récusé&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref8_oz7luk2&quot; title=&quot;Entretien téléphonique avec Marie-Hélène Lebeau-Taschereau, mars 2009.&quot; href=&quot;#footnote8_pukc0y2&quot;&gt;8&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;C’est du côté des Folles Alliées que la filiation prendra tout ce sens; l’orientation clairement féministe du groupe y est sans doute pour quelque chose. On sait l’importance, pour toute militante féministe, dans quelque domaine que ce soit, d’établir une sororité, de reconnaître le travail des pionnières, de rendre à Cléopâtre ce qui revient à Cléopâtre. Elles apparaîtront donc, aux côtés de Clémence DesRochers et de Louise Latraverse, dans la vidéo de Giguère et Pérusse, pour livrer la «chanson des poubelles» évoquée plus haut : beau moment où les femmes, toutes à leur plaisir, tissent des liens par l’humour. Cette réciprocité entre les Girls et les Folles Alliées tient aussi en une expérience commune de la confrontation avec le public, comme le relate Godbout ; pendant le spectacle &lt;em&gt;C’est parti mon sushi! Un show cru&lt;/em&gt;,&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Clémence aurait, paraît-il, engueulé un client du Spectrum qui nous trouvait trop osées; elle n’en revenait pas d’entendre ces paroles, presque exactement les mêmes qu’en 1969, pour les Girls! Elle nous a laissé un petit mot ce soir-là: «Chères Folles alliées, j’aurais aimé vous voir de proche, en personne, pour vous dire combien j’ai adoré votre show cru. J’étais debout derrière, j’avais le goût d’être avec vous sur scène. J’espère que vous tiendrez aussi longtemps que Broue. Clémence (Godbout, 1993: 186-187).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La suite des événements a montré que les Folles Alliées n’ont pas eu autant la cote que les buveurs de bière mais l’anecdote indique tout de même qu’il y avait, entre les deux groupes de femmes, une sororité que l’absence de documentation (surtout pour les Girls) permet mal d’évaluer. Sur un autre plan, mais toujours dans l’optique du désir des Folles Alliées de s’inscrire dans une&lt;em&gt; suite &lt;/em&gt;humoristique, on peut voir, dans les fulminations du personnage de la sainte Vierge joué par Sylvie Legault, artiste invitée du spectacle &lt;em&gt;C’est parti mon sushi! Un show cru&lt;/em&gt;, un clin d’œil à l’exaspération exprimée par la Vierge emprisonnée dans sa statue des &lt;em&gt;Fées ont soif &lt;/em&gt;de Denise Boucher.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En fait et d’une façon générale, les rapprochements entre les groupes se feront plus par la critique que par les principales intéressées&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref19_s0yuq1k&quot; title=&quot;Caux (2008) a sous-titré ainsi sa critique du Show d’vaches: «Les vaches ont soif».&quot; href=&quot;#footnote19_s0yuq1k&quot;&gt;19&lt;/a&gt;, réflexe somme toute naturel de ceux et celles qui tentent de baliser les nouveaux phénomènes (Paré, 2013). La nécessité de faire neuf et inédit en humour explique aussi en partie cette sorte d’amnésie artistique. L’absence presque systématique de liens entre ces groupes ne laisse pas d’étonner, mais il serait injuste d’imputer cette rupture à l’indifférence des générations montantes pour celles qui les ont précédées.&lt;/p&gt;&lt;center&gt;&lt;strong&gt;PROBLÈMES DE TRANSMISSION&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;&lt;p&gt;En effet, le problème de transmission n’est pas nouveau dans l’histoire des femmes. Trop souvent par le passé, leurs œuvres ont été occultées, effacées, oubliées. Certaines ont subi la censure familiale ou conjugale, d’autres le mépris institutionnel. Si, dans le cas plus contemporain qui nous intéresse ici, on ne peut invoquer ces traitements discriminatoires d’un autre temps, il reste tout de même une disparité très grande et préoccupante dans la préservation des traces de la parole féminine.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Alors qu’un groupe comme les Cyniques continue de marquer l’imaginaire et, surtout, de servir de mesure étalon pour jauger les nouveaux venus sur la scène du rire (Paré, 2013), le legs est beaucoup moins déterminant chez les pionnières en humour. La raison en est l’absence criante de documents susceptibles de porter l’héritage du groupe des Girls jusqu’à nous (et jusqu’aux nouvelles humoristes). Outre l’ouvrage −d’autant plus précieux qu’il est unique− d’Hélène Pedneault, abondamment cité dans ces pages, ne subsistent du quintet comique que quelques critiques, forcément partielles et subjectives. Les Cyniques ont eu le flair d’enregistrer sur disques une bonne partie de leurs spectacles, disques disponibles en CD depuis un moment; ils ont aussi fait l’objet récemment d’une anthologie commentée (Aird et Joubert, 2013); ils assurent ainsi une pérennité dans l’histoire québécoise de l’humour à laquelle ne peuvent aspirer les Girls. Et pour cause: Clémence, selon sa fidèle complice et agente, a «tout jeté»; le soir de la première, les propositions d’enregistrement ont afflué… mais «il n’y a pas eu de disque» (Pedneault, 1989: 168). Il y a bien eu une vidéo-maison du spectacle, tournée par Donald Lautrec mais, d’après une source très bien informée, le célèbre chanteur l’aurait détruite pour se venger de Chantal Renaud, sa blonde de l’époque, qui venait de le laisser. Le geste présumé de Lautrec s’éloigne de l’anecdote dans la mesure où sa conséquence directe prive les humoristes femmes d’un pan significatif de l’histoire de l’humour féminin au Québec.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les Folles Alliées, heureusement, ont vu à assurer leurs arrières (et leurs avants !), même si les moyens employés restent artisanaux. Les enregistrements de leurs spectacles sont disponibles chez Vidéo Femmes, à Québec; on peut aussi lire les textes de &lt;em&gt;Enfin Duchesses! &lt;/em&gt;et &lt;em&gt;Mademoiselle Autobody&lt;/em&gt; aux Éditions des Folles Alliées. La corrélation entre les noms du groupe et de la maison d’édition n’a rien d’une coïncidence, évidemment: lors d’une projection de la vidéo&lt;em&gt; L’humeur à l’humour&lt;/em&gt;, une des filles de la troupe, interrogée à ce sujet, avait admis que la création d’une maison d’édition impromptue avait été rendue nécessaire par le manque d’intérêt des éditeurs déjà établis. Le rire, on veut bien; mais le rire féministe présente un autre défi…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;On pourrait espérer que, la technologie actuelle aidant, la transmission des documents en serait facilitée, qu’elle serait même automatique, pour les femmes humoristes contemporaines. Pourtant, il n’en est rien. Les émissions récentes des Moquettes Coquettes ne sont plus accessibles sur le site de Télé-Québec, ce qui est fort compréhensible, mais n’ont pas fait l’objet non plus d’une reprise en DVD, comme certaines autres séries. Le succès relatif de leur émission hebdomadaire explique sans doute le manque d’enthousiasme des distributeurs à se lancer dans l’aventure, mais cette rupture dans la disponibilité est lourde de conséquences: le souvenir de ces femmes humoristes, on peut le craindre, sera vite effacé si le groupe ne se (re)manifeste plus comme collectif&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref20_4jcwy05&quot; title=&quot;Il subsiste tout de même sur YouTube des fragments du travail des Moquettes Coquettes qui donnent une bonne idée du talent de ces filles; c’est peu mais toujours mieux que l’absence totale de référent que subissent les Girls. L’humour est affaire de goût, bien sûr, aussi me permettrai-je une remarque subjective: j’estime que les clips conçus pour Internet sont de loin meilleurs que ce que nous avons pu voir à la télé, c’est-à-dire que les personnages créés par les Moquettes, les situations loufoques (quasi surréalistes par moment), passent mieux la rampe. Cela relance un débat qui a eu lieu lors du premier colloque de l’Observatoire de l’humour, L’humour, reflet de la société, à l’ACFAS en 2012: même si certains humoristes se font connaître (et aimer) d’un large auditoire sur Internet, la plateforme ne leur suffit pas. Il leur faut, et c’est légitime, un contact plus direct avec le public; une transition cependant qui ne se fait pas toujours naturellement, comme en fait foi l’aventure des Moquettes Coquettes.&quot; href=&quot;#footnote20_4jcwy05&quot;&gt;20&lt;/a&gt;. À cet égard, l’entêtement des Folles Alliées aurait pu servir de modèle: on n’est jamais si bien servi que par soi-même.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le &lt;em&gt;Girly Show&lt;/em&gt; présente un autre cas de figure intéressant. Alors que les Moquettes Coquettes et les Folles Alliées ont fait leur marque en tant que groupe, les humoristes à la barre du &lt;em&gt;Girly Show &lt;/em&gt;entamaient ou poursuivaient des carrières solo au moment des spectacles. Cette structure composée d’électrons libres sollicités de toutes parts, certaines humoristes ayant été remplacées par d’autres dans la trajectoire, rend encore plus difficile l’aspiration à la postérité. Seule une vidéo artisanale atteste la facture de la représentation. Pourquoi ne pas avoir saisi la balle au bond? Pourquoi ne pas avoir continué de se produire en spectacle, pourquoi ne pas l’avoir diffusé, si tout allait si bien? Je ne suis pas la seule à m’étonner de la situation si l’on en juge par la réponse de Nadine Massie:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;On s’est tellement fait poser cette question-là! On se l’est posée aussi! Sincèrement, je pense que c’est un paquet de raisons. On a eu des chances et de belles ouvertures. On était jeunes, on n’a pas toujours su en profiter. Un mélange de manque d’expérience et de mauvais encadrement. Il y a des fois où on aurait dû se faire plus confiance et prendre des décisions par nous-mêmes. Dire non à certaines personnes, dire oui à d’autres&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref18_r4ukw0k&quot; title=&quot;Lettre à l’auteure, 3 novembre 2013.&quot; href=&quot;#footnote18_33na3aa&quot;&gt;18&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;On voit sourdre ici un aspect important de la transmission, à savoir qu’elle ne s’inscrit pas encore, pour les femmes, dans une &lt;em&gt;commercialisation&lt;/em&gt; du produit. Les jeunes humoristes féminines sont encore à faire la preuve qu’elles peuvent être bonnes&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref21_n0l3zhe&quot; title=&quot;Les humoristes masculins aussi, arguera-t-on. Toutefois, les hommes bénéficient encore, de nos jours, d’un préjugé favorable : ils sont toujours, en partant, plus drôles qu’une fille.&quot; href=&quot;#footnote21_n0l3zhe&quot;&gt;21&lt;/a&gt;; il leur reste aussi à organiser leur propre diffusion. C’est tout un défi: quand on voit des émissions toutes récentes comme &lt;em&gt;Les pêcheurs&lt;/em&gt; disponibles en DVD à peine la série terminée, on se dit qu’il y a, ici aussi, l’éternel «deux poids, deux mesures». Miser sur des filles n’est pas encore aussi lucratif.&lt;/p&gt;&lt;center&gt;***&lt;/center&gt;&lt;p&gt;Ces conditions de transmission fragilisent non seulement l’humour des femmes mais aussi son examen: sitôt exprimés, la parole et le rire qui l’accompagne disparaissent sans laisser de trace. C’est le propre de l’humour, certes, que de s’évanouir aussi vite qu’il surgit; il n’empêche que le travail des filles, à cet égard, souffre d’une précarité qui lui est préjudiciable sur le plan de la recherche.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ayant croisé récemment et par hasard Louise Latraverse, je lui ai demandé si elle n’avait pas le goût de reprendre le spectacle des Girls. Elle a répondu doucement avec ce sourire qui lui est si caractéristique: «Non, on a eu beaucoup de plaisir mais c’est le passé ; c’est bien que cela reste comme ça». Il est vrai que l’on ne peut ressasser indéfiniment ce qui est advenu. Pourtant, je ne suis pas si sûre que l’exercice serait inutile: ce n’est pas une question de nostalgie mais de mémoire. C’est aussi une question de prendre acte, dans l’optique d’une histoire de l’humour, d’événements qui ont marqué le parcours des femmes. Kim Lizotte, du &lt;em&gt;Girly Show&lt;/em&gt;, déplorait courageusement, au colloque &lt;em&gt;L’humour sens dessus dessous&lt;/em&gt;&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref22_js64sso&quot; title=&quot;Tenu à l’Université du Québec à Montréal les 26-27-28 novembre 2013.&quot; href=&quot;#footnote22_js64sso&quot;&gt;22&lt;/a&gt;, son manque de culture humoristique –dont elle n’est pas la seule à souffrir, du reste; c’est une lacune répandue, en effet, et encore plus évidente lorsqu’on tente de penser l’humour des femmes dans un continuum historique et social. Il faut veiller à ce que perdurent les filiations car l’humour des femmes, quoi qu’on en pense, est un continent encore très mal exploré. Sous-estimé (les femmes n’ont pas d’humour, rappelons-nous), il est souvent considéré comme quantité négligeable dans une industrie qui, pourtant, aurait tout à gagner à le documenter d’une façon beaucoup plus systématique et dans un monde où même «l’auto-archivage» comme celui des Folles Alliées subit les contraintes du genre. C’est à ce prix que pourra se construire une culture humoristique inclusive qui rendra compte de la parole des femmes. C’est à ce prix aussi que, de génération en génération, les femmes pourront être, comme Clémence, «debout derrière» pour applaudir les avancées de leurs successeures.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bibliographie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;AIRD, Robert et Lucie JOUBERT (dir.). 2013. &lt;em&gt;Les Cyniques: le rire de la révolution tranquille&lt;/em&gt;, Montréal: Triptyque, 498 p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;CAUX, Patrick. 2006. «Show d’Vaches au Bitch Club Paradise. Les Vaches ont soif», &lt;em&gt;Voir&lt;/em&gt;, 14 décembre. &lt;a href=&quot;http://voir.ca/scene/2006/12/14/show-dvaches-au-bitch-club-paradise-les-vaches-ont-soif/&quot;&gt;http://voir.ca/scene/2006/12/14/show-dvaches-au-bitch-club-paradise-les-...&lt;/a&gt; site consulté le 12 décembre 2013.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;CLOUTIER, Lise. 1989. «L’humour rose», &lt;em&gt;La Gazette des femmes&lt;/em&gt;, vol. 11, no 3, septembre-octobre, p. 15.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;ÉMOND, Ariane. 2008. «La lorgnette des Moquettes», &lt;em&gt;La Gazette des femmes&lt;/em&gt;, &lt;a href=&quot;http://www.gazettedesfemmes.ca/1949/la-lorgnette-des-moquettes/&quot;&gt;http://www.gazettedesfemmes.ca/1949/la-lorgnette-des-moquettes/&lt;/a&gt;, site consulté le 15 décembre 2013.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;FOLLES ALLIÉES, Les. 1988. &lt;em&gt;C’est parti mon sushi! Un show cru!&lt;/em&gt; Québec: Production Septembre, ONF, distribution Vidéo Femmes.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;________. 1985.&lt;em&gt; Mademoiselle Autobody,&lt;/em&gt; Québec: Les Éditions des Folles Alliées, 130 p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;________. 1983. &lt;em&gt;Enfin Duchesses!&lt;/em&gt; Québec: Les Éditions des Folles Alliées, 111 p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;GODBOUT, Lucie. 1993. &lt;em&gt;Les dessous des Folles Alliées: un livre affriolant&lt;/em&gt;, Montréal: Remue-ménage, 320 p.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;GIGUÈRE, Nicole et Michèle PÉRUSSE. 1989. &lt;em&gt;L’humeur à l’humour&lt;/em&gt;, Québec: Production Septembre, ONF, distribution Vidéo Femmes.&lt;br&gt;&amp;nbsp;&lt;br&gt;JOUBERT, Lucie. 2010. «Rire: le propre de l’homme, le sale de la femme», dans Normand Baillargeon et Christian Boissinot (dir.), &lt;em&gt;Je pense, donc je ris. Humour et philosophie&lt;/em&gt;, Québec: Presses de l’Université Laval, p. 85-101.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;________. 2002. &lt;em&gt;L’humour du sexe. Le rire des filles&lt;/em&gt;, Montréal: Triptyque, 191 p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;PARÉ, Christelle. 2013. «Une herméneutique de l’humour? L’influence des Cyniques dans l’appréciation de l’humour québécois contemporain», dans Robert Aird et Lucie Joubert (dir.), &lt;em&gt;Les Cyniques; le rire de la révolution tranquille&lt;/em&gt;, Montréal: Triptyque, p. 441-462.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;PEDNEAULT, Hélène. 1989. &lt;em&gt;Notre Clémence. Tout l’amour du monde. Chansons et monologues précédés d’un documentaire&lt;/em&gt;, Montréal: Les Éditions de l’Homme, 447 p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;ROY, Bruno, «Le Patriote», &lt;em&gt;L’encyclopédie canadienne&lt;/em&gt;:&amp;nbsp;&lt;a href=&quot;http://www.thecanadianencyclopedia.com/articles/fr/emc/le-patriote&quot;&gt;http://www.thecanadianencyclopedia.com/articles/fr/emc/le-patriote&lt;/a&gt;, site consulté le 28 août 2013.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;SAINT-MARTIN, Lori. 1994. «Le métaféminisme et la nouvelle prose féminine au Québec», dans Lori Saint-Martin (dir.), &lt;em&gt;L’Autre lecture. La critique au féminin et les textes québécois, tome II&lt;/em&gt;, Montréal: XYZ éditeur, p. 78-88.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;STORA-SANDOR, Judith. 1992. «Le rire minoritaire», &lt;em&gt;Autrement, Série Mutations&lt;/em&gt;, no 131, septembre, p. 176-177.&lt;/p&gt;

&lt;section  class=&quot;footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed&quot; data-collapsible-show-label=&quot;Notes&quot; data-collapsible-hide-label=&quot;Notes&quot;&gt;&lt;ul class=&quot;footnotes collapsible-content&quot;&gt;&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote1_32uirc0&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref1_32uirc0&quot;&gt;1.&lt;/a&gt;  On arguera que les groupes masculins ne sont pas légion non plus: les Cyniques, Rock et Belles Oreilles, le Groupe Sanguin (si on en excepte la «fille» Marie-Lise Pilote, qui fait maintenant une carrière solo) en constituent les exemples canoniques; il faut leur ajouter d’autres équipes, les duos Ding et Dong –avatar du trio Paul et Paul– Dominique et Martin, les Denis Drolet, Dominique Lévesque/Dany Turcotte, Stéphane Rousseau et Frank Dubosc (à l’occasion), des trios comme Les trois ténors de l’humour, Les Mecs comiques, les Bleu Poudre… face auxquels ne font pas le poids le mythique tandem Dodo et Denise, l’actuel mais moins connu duo Les zélées, composé d’Anne-Marie Dupras et Annie Deschamps (la fille d’Yvon) et la paire Mariana Mazza/Virginie Fortin annoncée pour novembre 2014.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote2_yu401g4&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref2_yu401g4&quot;&gt;2.&lt;/a&gt; Le numéro de l’été 2013 du magazine &lt;em&gt;Herizons&lt;/em&gt; titrait: «Yes! Women Are Funny» dans une affirmation qui en dit long sur la résistance encore actuelle devant les femmes comiques.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote3_1pty8r9&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref3_1pty8r9&quot;&gt;3.&lt;/a&gt; C’est-à-dire l’humour produit par les femmes, sans égard à la position féministe qu’il met ou non de l’avant.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote4_xomyc5k&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref4_xomyc5k&quot;&gt;4.&lt;/a&gt; Au dire de Marc Laurendeau, les deux spectacles, fort différents évidemment, attiraient le même public qui, tantôt allait «en haut», tantôt redescendait vers le rez-de-chaussée. Je me permets une réserve à cet égard, la critique ayant remarqué que le public était composé «presque exclusivement de femmes» (Pedneault, 1989: 162).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote5_c205sud&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref5_c205sud&quot;&gt;5.&lt;/a&gt; La métaphore de la poubelle titille encore: alors que je parlais justement de cette chanson lors d’une émission télévisée sur l’humour, en 2012, un des panélistes s’est exclamé: «Bien, qu’elles les sortent leurs poubelles!» pour signifier l’inintérêt de la chose.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote6_bxc1i6z&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref6_bxc1i6z&quot;&gt;6.&lt;/a&gt; Claire Crevier et Lise Castonguay faisaient partie de la distribution d’&lt;em&gt;Enfin Duchesses!&lt;/em&gt; et Pascale Gagnon, de celle de &lt;em&gt;Mademoiselle Autobody&lt;/em&gt;. Elles se sont adjoint les services de Sylvie Legault et Sylvie Potvin pour leur dernier spectacle &lt;em&gt;C’est parti mon sushi! Un show cru&lt;/em&gt;.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote7_9csyrdm&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref7_9csyrdm&quot;&gt;7.&lt;/a&gt; D’après une caricature d’Andrée Brochu dans &lt;em&gt;La Vie en rose&lt;/em&gt;.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote8_pukc0y2&quot;&gt;&lt;a href=&quot;#footnoteref8_pukc0y2&quot; class=&quot;footnote-label&quot;&gt;8.&lt;/a&gt; &lt;a class=&quot;footnote-multi&quot; href=&quot;#footnoteref8_pukc0y2&quot;&gt;a.&lt;/a&gt; &lt;a class=&quot;footnote-multi&quot; href=&quot;#footnoteref8_oz7luk2&quot;&gt;b.&lt;/a&gt; Entretien téléphonique avec Marie-Hélène Lebeau-Taschereau, mars 2009.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote9_crbejb0&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref9_crbejb0&quot;&gt;9.&lt;/a&gt; Le féminin est volontaire.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote10_3xd5jgt&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref10_3xd5jgt&quot;&gt;10.&lt;/a&gt; Que je tiens à remercier pour ses réponses éclairantes du 3 septembre 2013.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote11_sbjqe3f&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref11_sbjqe3f&quot;&gt;11.&lt;/a&gt; Tirée du DVD qu’Isabelle Ménard m’a aimablement fait parvenir. Je l’en remercie.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote12_x6rcp4f&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref12_x6rcp4f&quot;&gt;12.&lt;/a&gt; Merci à la Moquette Valérie Caron de m’avoir fourni ce texte.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote13_pq7r99x&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref13_pq7r99x&quot;&gt;13.&lt;/a&gt; Si la facture et la captation des pièces ont eu un peu vieilli, les sujets restent d’actualité: on «célèbre», entre autres, en 2014, le retour des Duchesses au Carnaval de Québec.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote14_h0waxz6&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref14_h0waxz6&quot;&gt;14.&lt;/a&gt; Pour les stratégies des Folles Alliées, voir Joubert, 2002: 69-88.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote15_76op8z7&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref15_76op8z7&quot;&gt;15.&lt;/a&gt; Sur la différence entre l’autodérision féminine et masculine, voir Joubert, 2010: 95.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote16_cqczlt3&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref16_cqczlt3&quot;&gt;16.&lt;/a&gt; C’est aussi ce qui ressort de l’angle d’approche des filles du &lt;em&gt;Show d’vaches&lt;/em&gt; au Bitch Club Paradise, un spectacle dont il n’est pas tenu compte ici à cause du caractère trop épisodique des prestations. L’ensemble n’en demeure pas moins intéressant en ce qu’il rejoint les préoccupations de leur contemporaines: «Ce n’est vraiment pas un spectacle de luttes, dit Érika Gagnon. On est loin de penser que la condition des femmes au Québec est idéale. On est extrêmement redevables à celles qui ont mené des batailles avant nous et il reste encore beaucoup à faire. Mais on a l’impression que la suite des choses doit se faire en collaboration avec les hommes et non en opposition» (Caux, 2006). Une des Moquettes affirme aussi: «Et sincèrement, on doit l’avouer, les gars de notre génération vont en s’améliorant!» (Émond, 2008)&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote17_3n8i542&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref17_3n8i542&quot;&gt;17.&lt;/a&gt; Même si je suis bonne joueuse et que je m’aligne sur cette tendance, la féministe des années 1970 en moi ne peut s’empêcher de se demander: qu’ont-elles tant à se faire pardonner pour se taper dessus à tire-larigot? Ont-elles si peur de peiner les hommes?&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote18_33na3aa&quot;&gt;&lt;a href=&quot;#footnoteref18_33na3aa&quot; class=&quot;footnote-label&quot;&gt;18.&lt;/a&gt; &lt;a class=&quot;footnote-multi&quot; href=&quot;#footnoteref18_33na3aa&quot;&gt;a.&lt;/a&gt; &lt;a class=&quot;footnote-multi&quot; href=&quot;#footnoteref18_r4ukw0k&quot;&gt;b.&lt;/a&gt; Lettre à l’auteure, 3 novembre 2013.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote19_s0yuq1k&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref19_s0yuq1k&quot;&gt;19.&lt;/a&gt; Caux (2008) a sous-titré ainsi sa critique du &lt;em&gt;Show d’vaches&lt;/em&gt;: «Les vaches ont soif».&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote20_4jcwy05&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref20_4jcwy05&quot;&gt;20.&lt;/a&gt; Il subsiste tout de même sur YouTube des fragments du travail des Moquettes Coquettes qui donnent une bonne idée du talent de ces filles; c’est peu mais toujours mieux que l’absence totale de référent que subissent les Girls. L’humour est affaire de goût, bien sûr, aussi me permettrai-je une remarque subjective: j’estime que les clips conçus pour Internet sont de loin meilleurs que ce que nous avons pu voir à la télé, c’est-à-dire que les personnages créés par les Moquettes, les situations loufoques (quasi surréalistes par moment), passent mieux la rampe. Cela relance un débat qui a eu lieu lors du premier colloque de l’Observatoire de l’humour, &lt;em&gt;L’humour, reflet de la société&lt;/em&gt;, à l’ACFAS en 2012: même si certains humoristes se font connaître (et aimer) d’un large auditoire sur Internet, la plateforme ne leur suffit pas. Il leur faut, et c’est légitime, un contact plus direct avec le public; une transition cependant qui ne se fait pas toujours naturellement, comme en fait foi l’aventure des Moquettes Coquettes.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote21_n0l3zhe&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref21_n0l3zhe&quot;&gt;21.&lt;/a&gt; Les humoristes masculins aussi, arguera-t-on. Toutefois, les hommes bénéficient encore, de nos jours, d’un préjugé favorable : ils sont toujours, en partant, plus drôles qu’une fille.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote22_js64sso&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref22_js64sso&quot;&gt;22.&lt;/a&gt; Tenu à l’Université du Québec à Montréal les 26-27-28 novembre 2013.&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;/section&gt;&lt;/div&gt;
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    &lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;Il reste que, par le seul fait de se constituer en équipes pour faire rire, ces femmes établissent entre elles une filiation dans la comédie, filiation qu’on abordera à partir de certaines questions générales: comment se sont positionnées ces femmes par rapport au féminisme? Quels sont les thèmes privilégiés, les cibles visées, par les groupes? Peut-on voir une inter-influence entre leur vision du monde et leur vision de l’humour? Que nous apprennent ces groupes quand on les inscrit dans un continuum historique, discursif et social?&lt;/div&gt;
      &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
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      &lt;div class=&quot;field-label&quot;&gt;To cite this document: &lt;/div&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&lt;span class=&quot;biblio-authors&quot; &gt;&lt;a href=&quot;/en/biblio?f%5Bauthor%5D=3245&quot; rel=&quot;nofollow&quot;&gt;Joubert, Lucie&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;. 2014. “&lt;a href=&quot;/en/biblio/les-groupes-de-filles-comiques-au-quebec-filiation-en-folies&quot;&gt;&lt;span class=&quot;biblio-title&quot; &gt;Les groupes de filles comiques au Québec: filiation en folies&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;”. Available online: l’Observatoire de l’imaginaire contemporain. &amp;lt;&lt;a href=&quot;https://oic.uqam.ca/en/articles/les-groupes-de-filles-comiques-au-quebec-filiation-en-folies&quot;&gt;https://oic.uqam.ca/en/articles/les-groupes-de-filles-comiques-au-quebec-filiation-en-folies&lt;/a&gt;&amp;gt;. Accessed on May 1, 2023. Source: (&lt;span  style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;Filiations du féminin&lt;/span&gt;. 2014. Montréal: Institut de recherches et d&#039;études féministes (IREF). coll. Agora, vol. Cahier de l&#039;IREF).&lt;span class=&quot;Z3988&quot; title=&quot;ctx_ver=Z39.88-2004&amp;amp;rft_val_fmt=info%3Aofi%2Ffmt%3Akev%3Amtx%3Adc&amp;amp;rft.title=Les+groupes+de+filles+comiques+au+Qu%C3%A9bec%3A+filiation+en+folies&amp;amp;rft.isbn=978-2-922045-44-4&amp;amp;rft.date=2014&amp;amp;rft.volume=Cahier+de+l%26%23039%3BIREF&amp;amp;rft.aulast=Joubert&amp;amp;rft.aufirst=Lucie&amp;amp;rft.pub=Institut+de+recherches+et+d%26%23039%3B%C3%A9tudes+f%C3%A9ministes+%28IREF%29&amp;amp;rft.place=Montr%C3%A9al&quot;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
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 <pubDate>Fri, 08 Apr 2022 12:34:21 +0000</pubDate>
 <dc:creator>Alexia Giroux</dc:creator>
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 <title>De l&#039;assignation à l&#039;éclatement. Continuités et ruptures dans les représentations des femmes</title>
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;Les auteures explorent, à partir de leurs disciplines et ancrages, diverses facettes de l’expérience des femmes, telle qu’elle nous est présentée dans: les discours de presse, les médias, les politiques, la fiction, les pratiques créatrices, les préconceptions et le passage du temps. &lt;/div&gt;
      &lt;/div&gt;
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 <pubDate>Tue, 15 Mar 2022 13:30:03 +0000</pubDate>
 <dc:creator>Alexia Giroux</dc:creator>
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