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 <title>Observatoire de l&#039;imaginaire contemporain - témoin</title>
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 <title>Présenter l’archive/Exposer l’archive</title>
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 <description>&lt;div class=&quot;field field-name-field-resume field-type-text-long field-label-above&quot;&gt;
      &lt;div class=&quot;field-label&quot;&gt;Teaser: &lt;/div&gt;
    &lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;Le mercredi 8 mars 2017, Joanne Lalonde, directrice adjointe du Laboratoire NT2, a donné une conférence intitulée «Présenter l&amp;#039;archive/Exposer l&amp;#039;archive» dans le cadre du groupe de recherche Archiver le présent: le quotidien et ses tentatives d&amp;#039;épuisement.&lt;/div&gt;
      &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
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 <pubDate>Mon, 29 May 2017 17:39:45 +0000</pubDate>
 <dc:creator>Sarah Grenier</dc:creator>
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 <title>L’expérience du soldat à l’épreuve du cinéma monumentaire. «Dunkirk» de Christopher Nolan</title>
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 <description>&lt;div class=&quot;field field-name-field-cahier-remix field-type-entityreference field-label-above&quot;&gt;
      &lt;div class=&quot;field-label&quot;&gt;ReMix Notebook: &lt;/div&gt;
    &lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;Quelque chose de la guerre... Témoins et combattants dans la littérature et au cinéma&lt;/div&gt;
      &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class=&quot;field field-name-field-institution field-type-taxonomy-term-reference field-label-hidden&quot;&gt;
    &lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item even&quot; style=&quot;color: #0462c3;&quot;&gt;Université du Québec à Montréal&lt;/div&gt;
      &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
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    &lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&lt;a href=&quot;/en/profils/villeneuve-johanne-0&quot;&gt;Villeneuve, Johanne&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
      &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
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    &lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item clearfix even&quot;&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;73765&quot; view_mode=&quot;embed_large&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;p&gt;Le film &lt;em&gt;Dunkirk&lt;/em&gt;, réalisé et scénarisé par le cinéaste britannico-américain Christopher Nolan fait référence à l’Opération Dynamo ayant eu cours sur la plage de Dunkerque, en France, entre le 26 mai et le 4 juin 1940. Au cours de cette opération, près de 400 000 militaires ont été repliés sur la plage ou contraints de combattre la Wehrmacht dans la ville et les environs en attente d’une évacuation par la mer vers l’Angleterre. Aux fins de l’opération, la marine mobilisa une flotte de navires et de petites embarcations. Environ 800 avions de la Luftwaffe mitraillèrent les plages et s’attaquèrent aux navires, réussissant à en couler près de 250. Pour sa part, la RAF (Royal Air Force britannique) écroua près de 156 avions allemands, tandis qu’un contingent de 40 000 soldats français tentait de retenir l’armée allemande loin de l’évacuation. On parvint finalement à ramener plus de 338 000 soldats en Angleterre et à en déposer environ 4000 autres dans différents ports français sécurisés. (Lord; Lormier) Bien que parmi ces hommes il y eut de nombreux Français, de même que des Belges et des Canadiens, Nolan concentre son film sur l’évacuation des Britanniques, non sans quelques libertés prises avec l’Histoire&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref1_rwrgxd4&quot; title=&quot;Environ 120 000 soldats français ont été évacués lors de cette opération et 300 navires français auraient contribué à l’effort parmi les 848 navires recensés. (Lormier) Le film de Nolan fait donc l’impasse sur rien de moins que 40% de la flotte qui rapatria les soldats en Grande-Bretagne. (Mudede, 2017)&quot; href=&quot;#footnote1_rwrgxd4&quot;&gt;1&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Plusieurs films ont abordé la bataille de Dunkerque&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref2_tf3kuz5&quot; title=&quot;Parmi lesquels A Yank in the R.A.F. 1941. Henry King (real.) États-Unis; Dunkirk. 1958. Leslie Norman (réal.) Royaume-Uni; Week-end à Zuydcoote. 1964. Henri Verneuil (réal.) France; Atonement. 2008. Joe Wright (réal.) France et Royaume-Uni; Darkest Hour. 2017. Joe Wright (réal.) Royaume-Uni et États-Unis.&quot; href=&quot;#footnote2_tf3kuz5&quot;&gt;2&lt;/a&gt;. Le film de Nolan, produit soixante-dix-sept ans après les événements, se démarque du lot par son caractère obsessionnel et son traitement du temps, notamment la structure non linéaire de sa narration. Il raconte l’évacuation en procédant par courbes spatiotemporelles et en créant des rapports d’intensité entre des moments clés de l’action qui finissent par s’entrecouper. Les spectateurs sont d’abord interloqués par une telle structure, jusqu’à ce qu’ils en saisissent le principe formel, plus proche de l’écriture musicale que de la narration filmique&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref3_96r5g54&quot; title=&quot;Ce principe correspond à ce qu’on appelle en musique la gamme sonore infinie ou «gamme de Shepard». Celle-ci est une illusion acoustique, un paradoxe temporel qui donne l’impression d’une intensité qui monte à l’infini et qui suppose que trois notes soient jouées simultanément tout en donnant l’illusion d’une unité. À propos du jeu de gammes sur lequel repose tant la structure du film que la musique de Richard King et Hans Zimmer, on consultera l’article détaillé d’Emmanuelle Bobée (142-144), de même que la vidéo créée par Tobie T. sur le site internet H8urs (s.d.).&quot; href=&quot;#footnote3_96r5g54&quot;&gt;3&lt;/a&gt;. Véritable &lt;em&gt;thriller&lt;/em&gt;, le film met l’accent sur la course contre la montre que subissent combattants et sauveteurs. Il exploite trois lieux et trois durées, créant un suspense qui traverse et coordonne trois histoires en fonction de trois perspectives différentes et nommées à l’écran à la manière de partitions: &lt;em&gt;The Mole&lt;/em&gt; (une semaine); &lt;em&gt;The Sea&lt;/em&gt; (une journée); &lt;em&gt;The Air&lt;/em&gt; (une heure). Les trois perspectives sont inexorablement tirées vers un climax final dans un «continuum sonore et musical». (Bobée: 127)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Résumons ces trois histoires. &lt;em&gt;The Mole&lt;/em&gt; raconte la tentative d’évacuation d’un jeune soldat britannique bloqué sur la plage de Dunkerque aux abords du môle. Avec deux compagnons de hasard, le jeune Tommy traverse de multiples péripéties sur la plage comme en mer. &lt;em&gt;The Sea&lt;/em&gt; relate la journée au cours de laquelle un bon père de famille (Mr Dawson), son fils Peter et George, un jeune ami de la famille, vont secourir les soldats bloqués sur la plage, à bord d’un bateau de plaisance. Au cours de la traversée vers Dunkerque, George, garçon candide et idéaliste, est accidentellement blessé par un officier secouru en mer qui, pris de panique à l’idée de retourner vers les côtes françaises, bouscule l’équipage. George succombera à sa blessure avant le retour. Finalement, &lt;em&gt;The Air&lt;/em&gt; s’attarde à l’heure au cours de laquelle trois Spitfires tentent de protéger les évacués contre les Stukas allemands qui les bombardent. Après avoir vu ses deux compagnons aviateurs touchés par l’ennemi, Farrier décide de poursuivre le combat jusqu’à ce qu’il atterrisse par manque de carburant sur la plage où les Allemands le font prisonnier. Le récit filmique entrelace ces trois histoires au profit d’une seule et même tension narrative, jusqu’au climax qui fait coïncider les trois lignes de temps: le jeune Tommy est sauvé des eaux par l’équipage du bateau de plaisance, et le dernier aviateur sauve le bateau en touchant l’avion ennemi qui menaçait de le couler.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;On remarque les trois grands thèmes classiques des récits de guerre qui sous-tendent le choix opéré par le film de se concentrer sur ces personnages: la lutte pour la survie du soldat anonyme (&lt;em&gt;The Mole&lt;/em&gt;), le sacrifice de l’innocent (&lt;em&gt;The Sea&lt;/em&gt;) et la combativité du héros de guerre (&lt;em&gt;The Air&lt;/em&gt;). L’aviateur est le seul combattant actif que l’on suit dans le film, le jeune soldat étant plutôt en fuite. Les combattants et aviateurs allemands ne sont jamais montrés, sauf à la toute fin, alors qu’apparaissent les silhouettes des soldats venus saisir Farrier sur la plage après que ce dernier a mis le feu à son avion. Quelques soldats français apparaissent en combattants actifs au tout début, mais ce ne sont que des figurants. Bref, des combattants français et allemands font une brève apparition au début et à la fin; ils «encadrent» minimalement l’histoire des Britanniques en fuite. On comprend aussi que la flottille de civils peut compter sur d’anciens combattants de la Grande Guerre, dont Mr Dawson, le capitaine du bateau de plaisance. Si les grands thèmes des récits de guerre sous-tendent le film, la figure classique du combattant y est donc abordée de manière indirecte, pour ne pas dire minimaliste.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans l’analyse qui suit, je souhaite montrer que le film de Nolan s’articule à deux composantes en apparence fort éloignées l’une de l’autre mais dont la combinaison transforme le rapport longuement établi avec l’événement qui a eu lieu à l’été 1940 au milieu de la Manche et aux abords de Dunkerque. Il s’agit de la composante immersive, proche d’une esthétique vidéoludique, et de la composante mémorielle. Il s’avère que le procédé narratif décrit plus haut, qui consiste à entrecroiser trois lignes de temps ou trois histoires, aplanit la triple temporalité passé-présent-futur et éloigne sciemment le spectateur d’une compréhension naturelle de la causalité, celle des rapports entre cause et effets. Cette surdétermination du moment présent, dont le film est tributaire, suppose en effet des enchaînements de type action/réaction, sur le modèle du jeu vidéo. Mais cette surdétermination du présent a aussi un effet important sur la conception du rapport mémoriel à l’événement et à l’Histoire.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;&lt;strong&gt;Une composante immersive et vidéoludique&lt;/strong&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;Quelques jours avant sa sortie, en publicisant le film de Nolan sur le Web, Warner Bros. France mettait l’accent sur l’expérience IMAX de son visionnage. Tourné avec différents types de caméras et en format 70mm et IMAX, Dunkirk pouvait en effet être projeté sur différents écrans de cinéma, y compris en IMAX, soit le format le plus conforme aux ambitions des créateurs du film. La publicité Web consistait elle-même en une vidéo interactive, &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=-_nhjmLeGYw&amp;amp;list=LLmNM1yBgBR4eGc2myfCHGKg&amp;amp;index=3164&quot;&gt;Dunkerque —360º Vidéo Expérience— Gardez votre souffle&lt;/a&gt;, conçue d’abord et avant tout, comme son titre l’indique, comme une «expérience» littéralement époustouflante, et non comme une narration. Annonçant l’expérience Imax, cette vidéo permet d’entrer, bien que de manière rudimentaire, dans des images audiovisuelles dont les effets de ralenti sont accentués, et d’en faire tourner le contenu jusqu’à 360º.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La vidéo débute par l’exposition d’une carte de la région de Dunkerque au centre de laquelle figure en gros caractères le déictique: «&lt;em&gt;You&lt;/em&gt;». Le spectateur est donc d’emblée projeté au milieu de cette carte comme il le sera dans l’action du film. L’écran s’obscurcit brutalement, suivi d’un plan de référence aux trois espaces thématisés par le film: le ciel, la mer, la plage, sans aucune présence humaine mais sur lesquels s’imprime le texte suivant: «400,000 hommes encerclés»/ «Un miracle pour les sauver». Après un fondu au noir apparaît l’énoncé: «Retenez votre souffle» —une allusion aux trois plans subséquents qui renvoient chacun à un de ces moments où les protagonistes du film retiennent leur souffle ou peinent à le retrouver: des soldats sombrant au fond de l’eau; une vision en caméra subjective depuis le poste de pilotage d’un avion de combat jusqu’à sa plongée dans l’eau; des soldats bombardés sur la plage. Nul doute que le film qu’on nous vante promet d’abord et avant tout une expérience immersive. La critique insiste d’ailleurs sur cet aspect et sur le caractère «expérimental» du film. C’est le cas de Georges Privet à Radio-Canada, qui voit en &lt;em&gt;Dunkirk&lt;/em&gt; une «préfiguratio» du «cinéma de l’avenir»: «Ça a quelque chose d&#039;un jeu vidéo dixième génération [...] et du cinéma expérimental», déclare-t-il, enjoignant les spectateurs à le voir sur grand écran «parce que c&#039;est du cinéma immersif à 100 %». (Privet, 2017)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;À l’instar de la publicité et de Georges Privet, c’est sur le caractère immersif du dispositif que la plupart des critiques s’accordent en parlant de &lt;em&gt;Dunkirk&lt;/em&gt;. Non pas la simple immersion dans un univers fictionnel, mais un dispositif communément associé à la pratique des jeux vidéo. L’immersion vidéoludique renvoie en effet à la modélisation des fonctions corporelles par le biais du regard et à des formes «d’homologies perceptuelles» (Therrien, 2014), un &lt;em&gt;faire semblant&lt;/em&gt; qui amène le joueur (ici le spectateur) à imaginer la présence de son propre corps dans la fiction ou par le biais d’un avatar. Sans effort physique, le spectateur n&#039;éprouve pas moins la sensation d’un corps en une expérience où se conjuguent l&#039;imagination appréhensive, les battements du cœur et l’exaspération du regard —un regard souvent submergé par l’impouvoir à tout embrasser. Film hautement anxiogène, &lt;em&gt;Dunkirk&lt;/em&gt; donne au spectateur l’impression de pourchasser l’ennemi dans les airs (jeu de tir); d’entrer avec les soldats dans le cauchemar de l’attente; de se débattre avec eux dans l’eau et au milieu des flammes. En modelant le dispositif cinématographique sur les effets recherchés dans un jeu vidéo, le film tend à faire ressentir une expérience au sens phénoménologique, en l’occurrence celle que vit un personnage alors qu’il tente d’échapper à une situation donnée (fig.1). S’extirper d’une situation en la fuyant ou en se cachant est une action essentielle dans un jeu vidéo de combat. Dans le film, l’immersion de type vidéoludique opère surtout lorsqu’il est question des hommes coincés sur la plage, dans l’eau ou sur les navires en feu, mais aussi lorsque le point de vue du spectateur se confond à celui d’un aviateur affrontant le tir ennemi depuis son cockpit. Dans ce dernier cas, comme le révèle aussi la vidéo publicitaire de la Warner Bros., il s’agit du point de vue subjectif typique des jeux de tir à la première personne. (Fig.2)&lt;/p&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;73767&quot; view_mode=&quot;embed_large&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;73768&quot; view_mode=&quot;embed_large&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;p&gt;Pour le critique John Corner, c’est ainsi que &lt;em&gt;Dunkirk&lt;/em&gt; transforme la grammaire des films de guerre: «Nolan brings an immersive and sonic intensity to this grammar (involving viewer positioning at times quite close to that of a player of a combat videogame) which take it well beyond straight repetition.» (Corner: 2) Les histoires qui concernent les personnages donnent le plus souvent lieu à des actions simples: s’échapper et survivre, dans le cas des soldats; sauver et détruire, dans le cas des aviateurs, bien que le deuxième aviateur est rapidement contraint au schéma «s’échapper et survivre» puisqu’il se trouve prisonnier de son avion échoué en mer avant d’être secouru par l’équipage du bateau civil. L’importance de ces scènes immersives dans le film relègue les dialogues à une part congrue. Les personnages offrent peu de profondeur. Les trois jeunes soldats de terre sont «plongés» dans un événement qui les rend quasi muets, interchangeables, et qui rend leurs gestes indécidables: font-ils le bien? Font-ils le mal? Sont-ils fourbes ou honnêtes? Braves ou lâches? Contrairement aux civils partis les secourir en mer, les soldats et les pilotes d’avion n’ont pas d’épaisseur psychologique; ce sont d’abord et avant tout des &lt;em&gt;conducteurs d’expérience&lt;/em&gt; permettant au spectateur de s’immerger dans l’instant vital de la survie ou de la bataille aérienne.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Cette «esthétique de la sensation» (Mandelbaum, 2019) se combine à un autre trait du jeu vidéo de combat: l’exposition visuelle et sonore d’un théâtre des opérations que des passages en boucle entre différentes grosseurs de plans viennent rythmer. Le caractère chorégraphique du film tient en partie au fait que le spectateur a l’impression de pouvoir jouer avec ces échelles de plans, depuis la cale d’un esquif échoué sur la plage, jusqu’à la mer qui s’étend sous ses yeux comme s’il la survolait du haut du ciel. (Fig.3)&lt;/p&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;73769&quot; view_mode=&quot;embed_large&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;p&gt;Bien qu’il n’a pas le contrôle sur le cadrage de ces plans, ni sur le montage effectif que le film lui impose, le spectateur est amené, une fois le théâtre des opérations établi entre les trois zones que sont le ciel, la mer et la terre, à repasser mentalement par ces échelles de plans, à se repérer dans l’intrigue (dans l’espace et dans le temps) en opérant des liens entre une action possible et sa localisation, entre une situation particulière et le plan général du jeu dans lequel celle-ci évolue. L’effet est double. D’une part, le film se rapproche de ce que Graeme Kirkpatrick décrit quand il suggère qu’un jeu vidéo produirait plaisir et frustration en conviant le joueur à une «forme de danse» (Kirkpatrick: 119) pratiquée avec les mains&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref4_z4ooa4k&quot; title=&quot;Kirkpatrick s’appuie entre autres sur la « théorie non-représentationnelle » du géographe Nigel Thrift qui a développé le concept de «qualculation» et s’est intéressé à de nouveaux types de conscience de l’espace; de même que sur la notion d’«opérations unitaires» (unit operations) proposée par le spécialiste des jeux vidéo Ian Bogost (2006).&quot; href=&quot;#footnote4_z4ooa4k&quot;&gt;4&lt;/a&gt;, une danse qui consiste à faire passer l’image d’un lieu à un autre, d’une grosseur à une autre de l’échelle de plans, avec la plus grande agilité possible. L’expérience du jeu vidéo serait ainsi investie d’une tension rythmique similaire à celle vécue par un danseur ou un musicien. Cette analogie est d’autant plus pertinente que &lt;em&gt;Dunkirk&lt;/em&gt; est modelé sur une construction sonore et se distingue par une trame musicale aussi complexe qu’omniprésente (Bobée) conférant au film l’apparence d’une vaste chorégraphie. D’autre part, en le promenant dans le temps comme dans l’espace selon ces échelles (une heure, un jour, une semaine, un cockpit, un bateau, un champ de bataille), le film impose au spectateur de reconstituer le fil des événements en le plongeant dans ce que Espen J. Aarseth considérait être l’essence même de la jouabilité du jeu vidéo: une «dialectique entre aporie et épiphanie». (Aarseth: 38) Comme le résume Éric Lancelot-Dupuis à propos des jeux de combat,&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;[l]e récit vidéoludique est basé sur une tension fonctionnelle, une tension créée par le cycle incessant d’apories auxquelles conduit le système de jeu (un nouveau type d’ennemi, un nouveau style de contrôles, un environnement hostile à infiltrer, etc.) et de leur résolution dans le domaine de la jouabilité (employer un lance-roquette, sauter dans les buissons, attendre que les gardes aillent patrouiller ailleurs, etc.). (Lancelot-Dupuis: 29)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans le film de Nolan, le spectateur passe d’un environnement hostile à l’autre en se modelant sur les impératifs de son avatar: fuir, tirer, sauver, survivre à ce vaste piège qu’est devenu la guerre subie par les alliés à Dunkerque. Chaque espace-temps dans lequel il est plongé reflète le fait que la bataille elle-même est une vaste aporie. Mais chaque passage effectué d’un espace-temps à l’autre entraîne aussi le spectateur à résoudre l’intrigue programmée&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref5_a5krq3z&quot; title=&quot;J’utilise sciemment cette notion en référence, justement, aux jeux vidéo. Elle désigne l’intrigue programmée par les concepteurs du jeu, distincte de l’intrigue découlant des opérations effectuées par le joueur.&quot; href=&quot;#footnote5_a5krq3z&quot;&gt;5&lt;/a&gt; du film en découvrant progressivement des pans de l’événement, sa chronologie et son déploiement dans l’espace. Cette résolution opère donc par à-coups, par épiphanies, non sans créer des effets de surprise. Ainsi en est-il du moment où, après la destruction d’un destroyer, le spectateur reconnaît sur un radeau de sauvetage l’officier que Dawson a recueilli plus tôt dans le film, mais plus tard dans l’histoire racontée; ou lorsque l’impasse dans laquelle se débat le jeune Tommy trouve sa résolution dans le geste posé par l’équipage du bateau de Dawson quand on le tire enfin de la noyade. Ce jeu consiste alors, pour le spectateur, à reconstituer la logique spatio-temporelle du théâtre des opérations afin de comprendre comment sortir du piège tendu à la fois par la guerre et par les concepteurs du film.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;On ne se surprend pas qu’à la sortie de &lt;em&gt;Dunkirk&lt;/em&gt; la compagnie Wargaming se soit associée à Warner Bros. pour produire un jeu vidéo intégrant l’iconographie du film et brouillant la&amp;nbsp;frontière&amp;nbsp;entre jeu vidéo et cinéma&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref6_e7rybk0&quot; title=&quot;Voir la vidéo Wargaming and Warner Bros. present &amp;quot;Dunkirk&amp;quot;.&quot; href=&quot;#footnote6_e7rybk0&quot;&gt;6&lt;/a&gt;. La même année, New World Interactive lançait &lt;em&gt;Day of Infamy&lt;/em&gt;, dont un volet &lt;em&gt;British-French Evacuation of Dunkirk&lt;/em&gt;, un jeu vidéo multi-joueur de type «tireur à la première personne» accessible sur Windows, Linux et MacOS (fig.4)&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref7_x04u5kp&quot; title=&quot;Un YouTuber français, lui-même ancien résident de Dunkerque, en a fait une vidéo, une captation de son propre jeu, dans laquelle il insiste sur les hauts faits des Français passés sous silence dans le film de Nolan (Cyril, 2017).&quot; href=&quot;#footnote7_x04u5kp&quot;&gt;7&lt;/a&gt;. Un an plus tard, on lançait sur PlaySation 4 un nouvel opus de la célèbre série de jeux vidéo consacrée à la Deuxième Guerre mondiale, &lt;em&gt;Call of Duty II&lt;/em&gt;, soit une extension consacrée en partie à l’opération Dynamo (&lt;em&gt;The War Machine&lt;/em&gt;). Du film au jeu, le chemin était pavé.&lt;/p&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;73770&quot; view_mode=&quot;embed_large&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;p&gt;Cependant, contrairement à l’objectif du joueur dans un jeu vidéo de combat, le spectateur du film, plongé dans la perception du jeune soldat à Dunkerque, n’est pas en mesure de passer à l’offensive. Et hormis le cas des aviateurs, les personnages du film subissent les attaques sans aucun moyen de répliquer. Comme le résume Jacques Mandelbaum:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Sur terre, sur mer ou dans les airs, il s’agit de faire intimement ressentir au spectateur ce que c’est que d’être un soldat transformé en une cible permanente. Mitraillage d’hommes à découvert sur les plages par l’aviation, bombardements de destroyers chargés d’hommes et sombrant comme des fétus de paille, torpillage des bateaux transformés en pièges mortels, duels aériens où la mort fuse sans qu’on la voie. Une impression de nasse mortelle, d’asphyxie et de terreur prend à la gorge, dont le film mettra, à dessein, très longtemps à sortir. (Mandelbaum, 2019)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’immersion dans cet univers de destruction aurait donc aussi pour objectif de plonger le spectateur dans une expérience «telle qu’elle devait être» dans la perception de ceux qui l’ont vécue, un objectif qui conduit naturellement à interroger le film sur le plan de son réalisme historique. Cependant, comme l’écrit John Corner,&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;the film stages scenes in which ideas of “what really happened” operate as an important co-ordinate for affective orientation but do not displace spectacularity and its pleasures as the source of the principal viewing experience. (Corner: 1)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Cet aspect spectaculaire de la représentation mérite, selon Corner, d’être pris en considération par les historiens tentés de critiquer le film aux vues des libertés que celui-ci prend avec la vérité. En toute logique, ne faut-il pas reconnaître en effet que Nolan réalise une œuvre d’art et ne prétend pas verser dans l’historiographie?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Tenus à cette lisière entre réalité historique et art du spectacle, nous perdons cependant de vue un aspect déterminant, tant au regard de la visée artistique du film que pour sa réception, soit l’époque de sa réalisation. Si cette époque est bien celle de l’immersion dans l’écran, elle est aussi celle des derniers témoins directs de l’évacuation de Dunkerque.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;&lt;strong&gt;Une composante mémorielle&lt;/strong&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;Ces derniers témoins interviennent justement dans &lt;em&gt;Battle of Dunkirk: From Disaster to Triumph&lt;/em&gt;, un documentaire réalisé par Sonia Anderson en 2018 dans lequel Christopher Nolan partage ses impressions suite à sa rencontre avec des vétérans qui affirment que son film est fidèle à la réalité de leur expérience. À l’époque de la diffusion de &lt;em&gt;Battle of Dunkirk&lt;/em&gt;, Titouan Ropert, un étudiant en art, mettait en ligne une vidéo intitulée &lt;em&gt;Christopher Nolan’s Dunkirk. From Archives to Movie&lt;/em&gt;. Celle-ci débute par le témoignage d’un vétéran canadien, Ken Sturdy, qui affirme en sortant du film de Nolan: «Je ne pensais jamais revoir ça! C’est exactement comme si j’y étais à nouveau.» (Ropert, 2018) La suite de la vidéo est constituée d’un impressionnant montage d’images tirées de &lt;em&gt;Dunkirk&lt;/em&gt; et accompagnées d’images d’archives provenant de différents fonds britanniques: Pathé, la John Rylands Library, etc. (fig.5) Le vidéaste y compare la fiction aux archives en procédant par &lt;em&gt;splitscreen&lt;/em&gt;. L’écran est divisé en deux à la manière d’un livre ouvert, la page de gauche étant consacrée aux archives (photographies et films d’époque) et celle de droite à des plans de la fiction de Nolan.&lt;/p&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;73771&quot; view_mode=&quot;embed_large&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;p&gt;Ce montage mobilise une connaissance fine, tant des plans qui composent le film de Nolan que des archives de l’opération Dynamo qui ont pu l’inspirer. Il est le fruit d’un patient travail de repérage. L’utilisateur qui le consulte est invité à considérer les variations entre histoire et fiction, à recomposer la trame de l’événement historique à partir des images de Nolan, autant qu’à ressaisir la fiction par le biais de son matériau historique. Mais ce qui finit par emporter l’adhésion n’est pas tant le degré d’authenticité de la reconstitution historique dont Christopher Nolan pourrait se vanter, que l’acuité et la puissance du montage en tant que technique (et donc, en tant qu’art) au service d’une &lt;em&gt;mimesis&lt;/em&gt;. Les archives paraissent cette fois imiter la prestigieuse fiction cinématographique. Quiconque muni d’un ordinateur peut opérer des connexions similaires entre des archives et un film de fiction, entre deux mémoires distinctes et pourtant prêtes à danser l’une avec l’autre, pour reprendre la formule de Kirkpatrick: danser en passant d’un plan à un autre, d’une échelle à une autre, d’une époque à une autre avec la plus grande agilité; inscrire ces images dans un continuum filmique et musical, de même que dans le mouvement d’une histoire racontée, comme si ces images traduisaient une vision commune. La division de l’écran, loin de scinder la perspective en deux, confirme la capacité du montage de supprimer les écarts entre deux époques, entre l’archive et la fiction. Devant notre écran, comme Ropert aux commandes du sien, nous sommes invités à nous émouvoir des souvenirs photo-cinématographiques d’une autre époque comme de la virtuosité technique des appareils actuels de recollection et de projection du passé qui permettent de les mettre en valeur.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ce jeu d’images, caractéristique des manipulations de notre époque (jeux vidéo, manipulation d’images sur les écrans et autres fabrications numériques, etc.) doit aussi être vu dans le contexte historique qui est le nôtre et qui s’apparente au passage que Aleida et Jan Assmann décrivaient entre «la mémoire communicative informelle» et la «mémoire culturelle» (J. Assmann, 1995, 2010, 2016; Marchal). Rappelons que pour Jan Assmann, la mémoire communicative informelle&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref8_bfi29yg&quot; title=&quot;Assmann écrit en allemand, on trouvera donc aussi parfois, selon la traduction, les termes «mémoire communicationnelle informelle».&quot; href=&quot;#footnote8_bfi29yg&quot;&gt;8&lt;/a&gt; est une mémoire non écrite, qui peut remonter à environ quatre-vingts ans (ou trois générations) et qui contient «ce que l’on peut maintenir présent dans le dialogue des générations —disons, ce que votre grand-père ou votre arrière-grand-mère a pu vivre» (Assmann, 2016: 72). Son «&lt;em&gt;medium&lt;/em&gt;», selon Assmann, est «le souvenir vivant dans les mémoires organiques, les expériences et les ouï-dire» (Assmann, 2010: 51). À la différence de cette mémoire communicative, la «mémoire culturelle» a pour &lt;em&gt;medium&lt;/em&gt; des «objectivations solides», la «codification» ou des «mises en scène traditionnelles et symboliques» (en mots, en images, en danses, etc.). (51) La mémoire culturelle peut donc se composer d’archives: des enregistrements, des livres, des documents, mais aussi des coutumes, des rituels et des monuments commémoratifs.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Cela m’amène à postuler qu’avec la disparition des derniers témoins de l’évacuation de Dunkerque, une mémoire communicative informelle est en train de s’éteindre pour laisser la place à une mémoire culturelle qui, au contraire de la première, prend du volume, une expansion que ne pouvaient d’ailleurs imaginer ceux qui sont morts à Dunkerque. Cette mémoire culturelle est en effet tributaire de modes de stockages et de diffusion inégalés; elle est liée à l’intensification de la circulation des archives via internet et au degré de raffinement des outils de conservation et de manipulation qu’ont permis d’atteindre des technologies récemment développées. Le montage effectué dans la vidéo réalisée par Ropert le confirme, de même que la facilité avec laquelle on peut y avoir accès. À l’évidence, les événements de Dunkerque cesseront bientôt d’habiter la mémoire informative, ils cesseront d’être maintenus présents dans le dialogue entre les générations. Le vétéran &lt;a href=&quot;https://www.cbc.ca/news/canada/calgary/wwii-dunkirk-veteran-ken-sturdy-1.4801109&quot;&gt;Ken Sturdy&lt;/a&gt; est d’ailleurs décédé peu de temps après la mise en ligne de la vidéo dans laquelle il témoignait. Et il en sera bientôt de même de tous les témoins directs de l’événement. La présence de Sturdy dans la vidéo ne signifie-t-elle pas qu’il ne s’agit déjà plus d’un dialogue entre les générations mais d’un hommage rendu à un homme qui paraît s’exprimer pour la dernière fois sur son expérience de la guerre? Sturdy y figure à titre d’exception, doublement honoré pour son sacrifice militaire et sa qualité de «dernier témoin», témoignant alors déjà en tant qu’archive, moins vivant que statufié, moins dialogique qu’historiquement probant.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Mon deuxième postulat est que ce parachèvement du passage de la mémoire communicative informelle à la mémoire culturelle se traduit par l’émergence d’une cinématographie de guerre dont la caractéristique propre est sa «dimension monumentaire». J’emprunte ce concept au sociologue Renaud Dulong (2002), lui-même influencé par le concept de «langue monumentaire» forgé par le médiéviste Paul Zumthor (1960). D’une part, écrit Zumthor, «le sujet parlant s’exprime dans sa subjectivité, dans l’immédiateté de son expérience (fonction primaire), d’autre part, il lui arrive de requérir de la langue une universalisation de celle-ci (fonction secondaire)» (Zumthor: 8). Est considérée &lt;em&gt;secondaire&lt;/em&gt; une fonction «qui est proprement une fonction d’édification, au double sens de ce mot: élévation morale et construction d’un édifice». (7)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Identifiant cette fonction aux textes des grands témoins de la Shoah, Renaud Dulong en arrive à penser que la langue monumentaire manifeste&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;l’intention de transcender l’expérience de la réalité par la dotation d’un sens. La tendance de l’expression à «l’élévation» ou à «la verticalité» donne la mesure d’un effort de l’auteur pour prendre du champ par rapport à la factualité de la vie vécue, afin de transmettre sa signification proprement humaine. Car Zumthor conserve le sens étymologique de «monument», l’anticipation d’une commémoration, par leurs destinataires futurs, de textes dont l’économie exhibe un certain mode d’emploi à la lecture. (Dulong:13)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il ajoute:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;J’appelle monumentaire tout ce qui, dans un texte de témoignage, excède la relation des faits, ouvre à la signification de l’événement et interpelle le lecteur dans son rapport à ce qui s’est passé. Le témoin exprime la nécessité de dire plus que des faits, sa déposition se veut l’écho du traumatisme de l’événement, elle se double d’une réflexion transcendant les limites d’une expérience personnelle, prenant en charge la voix ou la mémoire des disparus. Au-delà d’une information sur les faits, le lecteur est alors interpellé sur sa compréhension de l’événement, au moins sur sa conscience de l’énormité de ce qui s’y est passé. (15)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Comme le rappelle Dulong, les témoins-écrivains de la Shoah, dont Primo Levi est la figure emblématique, ont fini par produire une sorte de «méta-communication» au sujet de leur expérience et de l’événement. Pour eux, «la tension monumentaire traduirait l’intention d’investir l’écriture par ce qui la légitime, la qualité de témoin oculaire, non seulement comme droit de raconter une expérience, mais aussi comme compétence à juger du monde présent» (Dulong: 194). C’est à l’autorité du témoin que réfère ici Dulong, et au fait que celle-ci «impose le respect». La dimension monumentaire se double donc d’un rapport éthique à l’événement et transcende la factualité. Devant de tels textes, le lecteur est invité à «se porter au-delà de la narration, pour accéder à ce plan de manifestation de la vérité qui est vertical par rapport à celui du récit» (194). Aussi, «[l]a monumentalisation regroupe tout ce qui, dans le discours, est en excès par rapport aux énoncés factuels, traduit l’énonciation témoignante dans l’écrit, manifeste le dire dans le dit.» (194) Comme le suggère Alexandre Prstojevic, elle est l’affaire du témoin historique quand celui-ci devient auteur, quand «la transmission des faits bruts» ne suffit pas à «rendre la plasticité de l’Histoire». (Prstojevic: 31)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Convenons que c’est à l’intérieur de cette dimension monumentaire que l’on passe aussi d’une mémoire communicationnelle informelle, soit une mémoire maintenue présente dans le dialogue des générations, à une mémoire culturelle faite de «mises en scène symboliques» (Assmann: 51), là où se manifeste la verticalité d’une vérité (Dulong: 194)) qui n’est plus celle du simple récit mais celle du monument, la vérité qui impose le respect.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;&lt;strong&gt;Cinéma monumentaire&lt;/strong&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;À la différence de Dulong et de Prstojevic, qui associent la dimension monumentaire aux textes écrits par les grands témoins, il s’agit, dans le cas qui nous intéresse, de saisir le monumentaire dans un film dont les artisans sont les &lt;em&gt;légataires&lt;/em&gt; de&amp;nbsp;témoignages et d&#039;archives laissées par ceux qui ont vécu un épisode déterminant de la Deuxième Guerre mondiale. Ces légataires ne sont donc pas eux-mêmes des témoins. Signe de ce que la mémoire culturelle se substitue à la mémoire communicative des témoins, &lt;em&gt;Dunkirk&lt;/em&gt; acquiert une dimension monumentaire parce que les légataires intègrent la mémoire de l’événement à la culture, et cela en fonction d’un tout autre horizon d’attente que celui auquel répondaient les témoins directs et indirects de l’opération Dynamo. &lt;em&gt;Dunkirk&lt;/em&gt; ne répond plus au désir qu’il y aurait de rendre compte des faits et d’entendre la parole des survivants. Il ne cherche pas à communiquer l’expérience de ceux qui ont vécu l’évacuation des troupes en 1940. Pour reprendre les termes de Dulong, il cherche plutôt à &lt;em&gt;édifier&lt;/em&gt; cette expérience, à rendre hommage aux témoins en «transcendant leur expérience» par la «dotation d’un sens» (Dulong: 13). Mais quel est, au juste, ce sens?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Une première hypothèse serait qu’il s’agit de réhabiliter les héros d’un événement ayant pourtant tout d’une défaite, l’héroïsme désignant ici un florilège d’actes et de comportements qui tirent le commun des mortels vers le haut: la lutte pour la survie qui anime le soldat ordinaire; le courage et la volonté des civils se portant au secours des militaires; la bravoure et l’abnégation d’un aviateur qui prend sur lui de sauver le plus grand nombre au prix de sa vie; la réponse de l’innocent à l’appel de la nation, un jeune civil qui trouve accidentellement la mort à bord d’un bateau de plaisance et qu’un hommage posthume publié dans un journal local transforme en héros. Par contraste, et pour mieux magnifier cet héroïsme, le film introduit des personnages mus par la peur ou la lâcheté, mais en les confinant à la marge. Mais surtout, c’est en renversant les codes traditionnels de la culture de guerre que le film de Nolan peut «s’ouvrir à la signification de l’événement», pour reprendre les mots de Dulong. En effet, les gradés y sont impuissants à trouver une solution et relégués à la passivité; les combattants y occupent la position de victimes à sauver tandis que des civils viennent à leur secours, et les perdants sont glorifiés à la fin du film.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Cette hypothèse de la réhabilitation peut cependant poser problème. Car dès l’époque à laquelle il a eu lieu, tant le gouvernement britannique que la presse ont accueilli et promu le sauvetage de l’armée britannique comme s’il s’agissait d’une victoire militaire. Du reste, comme l’a bien montré Penny Summerfield, l’événement a longtemps fait l’objet d’une construction populaire, de contestations et de révisions (Summerfield: 788). Le film de Nolan met donc en exergue cette réhabilitation sans pour autant l’initier ni prétendre à une nouvelle interprétation des faits. Il s’inscrit, de manière assez conservatrice, dans la droite ligne d’une reconnaissance déjà acquise de l’héroïsme démontré par certains de ses acteurs (aviateurs, civils et combattants) au profit d’une cohésion sociale rendue nécessaire en temps de guerre. On ne s’étonne d’ailleurs pas de voir le film s’achever sur le jeune Tommy lisant, à bord du train qui le ramène chez lui, le célèbre discours prononcé par Churchill, &lt;em&gt;We Shall Never Surrender&lt;/em&gt;, un discours qui transforme sciemment la déroute de l’armée britannique en un symbole et un appel à la victoire. Mon hypothèse cependant est que le film rend moins hommage aux derniers témoins de Dunkerque, à ceux qui l’ont vécu, qu’à la puissance mémorielle que l’événement a engendrée. Pour avoir été la plus apte à mobiliser la nation à l’époque de la guerre, la transformation de la défaite en victoire a traversé le temps jusqu’à la génération à laquelle appartient Nolan, une génération qui n’est plus que de loin en contact avec l’événement et ses témoins. C’est à une &lt;em&gt;relecture édifiante&lt;/em&gt; que nous avons affaire, une vision essentiellement &lt;em&gt;commémorative&lt;/em&gt;, un film qui célèbre la symbolisation de l’événement dans la mémoire nationale plus qu’il ne cherche à raconter ce qui s’est réellement passé autrefois.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le héros d’une telle commémoration est forcément collectif et fait l’objet d’une forte symbolisation. Il dépend de la manière dont le sauvetage à Dunkerque s’est inscrit dans la mémoire nationale. Les personnages du film n’expriment donc aucune singularité existentielle ou psychologique. Ce sont des types: le bon père de famille ayant à cœur sa patrie (Mr Dawson); l’innocent sacrifié (George); l’aviateur bienveillant (Farrier); le soldat anonyme (Tommy), etc. Ce manque de caractérisation biographique (d’où viennent-ils? Qu’ont-ils vécu en-dehors de la guerre? Qu’espèrent-ils à long terme pour eux-mêmes et pour leurs proches?), qui déroge aux normes de l’écriture scénaristique, contribue à exalter les représentations traditionnelles de la guerre sous la forme de trois figures archétypales: les anonymes (les soldats sur la plage), l’innocent (le jeune civil) et les héros de guerre (Mr Dawson, lui-même vétéran de la Grande Guerre, et le pilote Farrier), figures auxquelles s’ajoute celle, plus récente dans l’idée que l’on se fait de la guerre, de la victime de traumatisme, soit le personnage de l’officier paniqué que recueille Mr Dawson sur son bateau. Au moment de la publication de l’hommage posthume rendu à George, à la fin du film, ces quatre figures se fondent en une seule. De fait, en la figure de George, l’innocente victime de la guerre se teinte d’héroïsme et sort momentanément de son anonymat, le temps d’une reconnaissance censée rejaillir sur tous. &lt;em&gt;Dunkirk&lt;/em&gt; parachève ainsi le travail de mémoire amorcé dès 1940, en délestant cette mémoire du poids de la &lt;em&gt;communication&lt;/em&gt; pour l’intégrer définitivement à la &lt;em&gt;culture&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Une telle mise à distance est manifeste dans les séquences tournées sur la plage. Celles-ci prennent l’allure de ces &lt;em&gt;reconstitutions historiques&lt;/em&gt; auxquelles s’adonnent certains amateurs d’histoire, donnant en effet l’impression de revisiter les lieux de la bataille afin d’y inscrire, en les re-créant, des gestes immémoriaux: les hommes se regroupent près du môle, embarquent sur les navires, se mettent à l’abri des bombardements ennemis. Aux riches possibilités dramatiques qu’offrent la technologie numérique grâce aux images synthétiques, Nolan préfère des imitations tournées en prise réelle sur des lieux authentiques. De nombreux figurants reprennent sans émotion des gestes et des attitudes du passé, n’échangeant entre eux aucune parole, même lorsqu’il s’agit de dégager la voie pour faire passer un blessé sur un brancard ou de constater les morts après les bombardements. Quand les hommes sont canardés sur la plage, on les voit se jeter par terre et se relever en silence, comme si de rien n’était, avec pour décor en arrière-fond la ville de Dunkerque telle qu’elle existe aujourd’hui et non telle qu’elle fût. Cette coprésence du passé reconstitué et de l’authentique présent des lieux renforce l’impression d’une reconstitution historique, celle d’un hommage assumé, sans pathos. &lt;em&gt;Dunkirk&lt;/em&gt; offre alors une &lt;em&gt;performance&lt;/em&gt; qui consiste à rejouer le passé en mettant en scène des figurants aptes à le présentifier en son lieu même&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref9_9qq9l2q&quot; title=&quot;Ce caractère performatif est aussi à l’œuvre, comme nous l’avons vu, dans les jeux temporels auxquels se livre le film et la complexité de son énonciation.&quot; href=&quot;#footnote9_9qq9l2q&quot;&gt;9&lt;/a&gt;. Il participe d’un mode épidictique, se réclame d’une élévation morale qui transcende les limites d’une expérience personnelle et d’un témoignage singulier pour rendre un hommage au collectif, à la «Patrie» (&lt;em&gt;home&lt;/em&gt;, comme on le précise dans le film), et faire l’éloge de ceux qui ont secouru les leurs.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En comparant les images de &lt;em&gt;Dunkirk&lt;/em&gt; aux images d’archive, l’internaute Ropert a bien vu que les premières empruntaient aux secondes leur cadre, leur point de vue et la disposition de leurs sujets. (fig.6)&lt;/p&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;73772&quot; view_mode=&quot;embed_large&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;73773&quot; view_mode=&quot;embed_large&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;p&gt;Mais tandis que sur la photographie documentaire des soldats bombardés (à gauche), les corps forment un mélange —le mort et le vivant s’y trouvant entremêlés dans l’amas d’une végétation elle-même aussi indécidable que le moment précis de la déflagration quand on lui survit—, dans la fiction, au contraire, ils sont sagement &lt;em&gt;disposés&lt;/em&gt;, mis en scène, chacun occupant son espace sur cette plage où les hommes voués à la mort font déjà office de stèles. (Fig.7) Contrairement à la plupart des films de guerre contemporains, &lt;em&gt;Dunkirk&lt;/em&gt; fait l’économie d’effusions de sang, de cadavres et de démembrements. Si des corps sont soulevés dans les airs par les explosions, ils retombent tout entiers, au mépris de toute vraisemblance, comme s’il s’agissait de symboliser la destruction au lieu de la montrer. Le film monumentaire donne donc à penser que l’événement historique ne requiert plus de la fiction qu’elle le raconte, mais qu’elle le reconnaisse à travers les héritages d’un discours qui l’a porté jusqu’à ce jour.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Comme nous le précisions plus haut, alors qu’en réalité de nombreuses embarcations françaises ont secouru les Britanniques en mer, seuls les sauveteurs anglais apparaissent dans le film. La perte de 145 avions britanniques (sur 3500 sorties à Dunkerque) y est condensée dans la perte d’un seul aviateur, le sauvetage d’un autre et la destruction de deux Spitfires, chacun de ces événements symbolisant ce qu’il est advenu de tous. Le film prend donc une grande liberté par rapport à la factualité de la vie vécue et la réalité historique documentée. Il lui revient plutôt de transmettre une «signification proprement humaine», la signification symbolique d’une réalité passée. Pour reprendre les mots de Dulong, le film «excède la relation des faits»; il ne «s’en tient pas au récit, à la succession des faits» mais «accède […] à ce plan de manifestation de la vérité qui est vertical par rapport à celui du récit&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref10_3tf8pxu&quot; title=&quot;Tel que cité plus haut.&quot; href=&quot;#footnote10_3tf8pxu&quot;&gt;10&lt;/a&gt;». À la différence que ce cinéma monumentaire ne donne pas accès au plan vertical de la vérité par le truchement d’un témoin, mais par l’affermissement d’une mémoire dont le public se prétend l’héritier.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Une scène révélatrice du caractère monumentaire du film concerne l’arrivée de la marine marchande et des navires de plaisance venus rescaper les soldats. Se tenant seuls au bout du môle, tels des personnages shakespeariens, le commandant de l’opération militaire, Bolton, et le colonel Winnant, impatients devant la lenteur des destroyers à procéder à l’évacuation, voient apparaître les secours ultimes, des points minuscules à l’horizon que le commandant observe avec ses jumelles en les désignant par un seul mot: «Home!» (fig.8, 9)&lt;/p&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;73774&quot; view_mode=&quot;embed_large&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;73775&quot; view_mode=&quot;embed_large&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;p&gt;Bientôt, lorsque les civils approchent ceux qu’ils sont venus secourir, la scène devient irréelle. Le critique John Corner la décrit ainsi:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Here, the formal, figurine-like positioning of crews upon the deck of the small boats gives this sequence an even more emphatic tableaux character than it would otherwise have. (Corner, 2018) (fig.10)&lt;/p&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;73776&quot; view_mode=&quot;embed_large&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;p&gt;Il se trouve que le caractère formel de ces «tableaux emphatiques» et de ces «figurines» évoque davantage la parade des héros que l’urgence d’une situation périlleuse. L’attitude imperturbable des équipages, un tel décorum —parfaitement inusité dans le contexte de ce qui est censé être une course contre la montre— rappelle aussi la bonne tenue du corps de garde ou la rigidité protocolaire des défilés lors de cérémonies officielles. Certains des figurants postés sur ces bateaux partagent avec la pierre des statuaires le même trait d’immuabilité, telle cette femme au premier plan, qui regarde droit devant elle et ne semble nullement affectée par la scène, comme si elle venait commémorer l’action dont elle est à la fois l’agent et l’emblème (fig.11). Ainsi, l’événement se produit sous nos yeux —les civils arrivent à Dunkerque sur leurs frêles embarcations— alors même que la cérémonie a lieu qui leur rend hommage. Passé et présent se fondent l’un dans l’autre à la faveur d’un moment d’éternité, la guerre semblant momentanément suspendue et commémorée —éternité de la pierre et du monument évoquée par la scène. Celle-ci a bien quelque chose de pompeux car, comme l’écrivait Chesterton, un monument doit être «pompeux», «la pompe [étant] son objet même». (Chesterton, 1901)&lt;/p&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;73777&quot; view_mode=&quot;embed_large&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;p&gt;Puis, en contrechamp de ces figures, les soldats retenus sur la plage et ceux à bord des navires militaires expriment bruyamment leur joie. On les voit massés sur les ponts, le môle ou la plage, acclamant leurs sauveurs à l’unisson (fig.12, 13). Mais à une telle explosion d’émotion collective, les sauveurs ne répondent pas. Ils restent de marbre. On dirait bien que cet étrange champ-contrechamp inverse le cliché de la parade militaire, ou celui de l’entrée victorieuse de libérateurs acclamés par une population. Ici, ce sont des militaires qui occupent la place de la foule en liesse et accueillent les civils comme des libérateurs.&lt;/p&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;73778&quot; view_mode=&quot;embed_large&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;73779&quot; view_mode=&quot;embed_large&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;p&gt;Sur le plan énonciatif, on pourrait croire que la caméra nous montre les héros civils, eux aussi anonymes, du point de vue des militaires secourus. On peut penser qu’ils leur apparaissent plus grands que nature, dotés d’un courage et d’une détermination insoupçonnée, inébranlable. Mais au plan symbolique, la posture et l’attitude solennelles des civils ouvrent une perspective globalisante et distanciée; elles renvoient à l’hommage posthume, au respect qui s’impose au moment de commémorer les événements d’un passé dont les témoins ont maintenant disparu. La perspective est alors celle du présent exposant une mémoire culturelle à célébrer, mémoire dans laquelle les spectateurs sont appelés à se reconnaître collectivement, en tant que légataires.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;&lt;strong&gt;Conclusion&lt;/strong&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;Revenons à l’idée de départ, soit celle de voir le film articulé à deux composantes en apparence fort éloignées l’une de l’autre mais dont la combinaison transforme le rapport mémoriel longtemps établi avec l’événement qui s’est produit à Dunkerque. La première, la composante immersive du film, le rapproche de l’esthétique vidéoludique. Elle instaure un &lt;em&gt;faire semblant&lt;/em&gt; qui amène le spectateur à imaginer la présence de son propre corps dans la fiction, à lui faire ressentir une expérience au sens phénoménologique, en l’occurrence celle que vit un personnage alors qu’il tente d’échapper à une situation donnée, en s’approchant au maximum de l’expérience physique vécue par les soldats à Dunkerque. Cette phénoménologie se combine à un autre trait du jeu vidéo de combat, soit l’exposition visuelle et sonore d’un théâtre des opérations que des passages en boucle entre différents plans viennent rythmer en forçant le spectateur à comprendre comment sortir du piège tendu à la fois par la guerre et par les concepteurs du film. La composante vidéoludique du film répond aux attentes des spectateurs qui désirent être plongés dans une telle expérience, par les moyens techniques des images en mouvement et sans pour autant encourir les dangers inhérents à la guerre quand elle est vécue pour de vrai. Après tout, un film est un jeu. Il s’avère que cet horizon d’attente requiert moins une narration —l’ancien art de raconter des histoires— qu’un ébranlement psychique et phénoménologique, une adhésion aux phénomènes tels qu’on les imagine dans le présent de l’événement.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La deuxième composante, la composante commémorative, suppose une lecture de l’événement du passé. Elle en fournit une interprétation, au sens herméneutique comme au sens performatif, d’une part en le dotant d’un sens et en l’inscrivant de ce fait dans la mémoire culturelle, d’autre part en intégrant l’expérience esthétique que fait le spectateur à une «signification proprement humaine» (Dulong). La composante commémorative intègre donc le caractère performatif du «joueur-spectateur immergé dans la fiction», mais elle le fait en composant avec d’autres attentes. Dans la commémoration, la performance est le fait d’une reconstitution et d’un hommage rendu aux acteurs du passé. Sa visée est démonstrative, épidictique, voire impérative et transcende les limites d’un témoignage singulier ou d’une expérience personnelle. Le propre de la commémoration est de souligner à la fois la valeur du passé et celle de la culture qui en est la gardienne.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les deux composantes du film —vidéoludique et mémorielle— ont en commun de sublimer toute narration dans l’expression du moment présent, fût-il parfaitement ludique ou entièrement commémoratif.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;On se souviendra du procédé décrit au début de mon analyse, qui consiste à entrecroiser trois lignes de temps ou trois histoires en aplanissant la triple temporalité passé-présent-futur. Ce qui compte en effet dans le film, c’est de plonger le spectateur dans le présent de chacune des trois histoires, dans l’urgence de chacun des moments, dans le &lt;em&gt;kairos&lt;/em&gt; de chacune des situations où les personnages se trouvent. Vers la fin, quand les trois lignes se touchent, c’est le présent de cette rencontre qui se trouve magnifié, qui apparaît spectaculaire, et non plus le temps de l’expérience des combattants et des victimes. C’est un présent en quelque sorte sanctifié, immortalisé ou éternisé, dont le lyrisme du célèbre discours de Churchill (&lt;em&gt;We Shall Never Surrender&lt;/em&gt;) se fait l’écho sur les images planantes de l’aviateur effectuant son dernier vol. Rappelons les paroles prononcées par l’ange dans un autre film, &lt;em&gt;Les ailes du désir&lt;/em&gt; de Wim Wenders. Depuis les hauteurs des toits de Berlin, l’ange regarde en bas, regrettant sa condition d’immortel: «J’aimerais tant pouvoir dire &lt;em&gt;et maintenant, et maintenant, plutôt que depuis toujours et à jamais&lt;/em&gt;&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref11_r9uf8o1&quot; title=&quot;Les ailes du désir (Der Himmel über Berlin), Wim Wenders (réal.), France, Allemagne, 1987. Littéralement, le titre est: «Le ciel au-dessus de Berlin».&quot; href=&quot;#footnote11_r9uf8o1&quot;&gt;11&lt;/a&gt;.» Appréhendé dans son ensemble, Dunkirk fait glisser la vision temporelle et terrestre du monde —l’intensité phénoménologique du &lt;em&gt;maintenant, et maintenant&lt;/em&gt; évoquée par l’ange— dans la vision d’une mémoire culturelle, la vision verticale des immortels qui relie, de manière fantasmatique, le peuple à son destin, le soldat anonyme à l’appel de la nation. Cette vision est monumentaire, pétrie d’éternité et d’&lt;em&gt;à-jamais&lt;/em&gt; («&lt;em&gt;We shall never surrender&lt;/em&gt;»).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le discours de Churchill, cet appel à la nation, est livré à la toute fin du film par un soldat anonyme qui le lit dans le journal, le jeune Tommy installé dans le train qui le ramène chez lui. Le nom «Tommy» n’apparaît que dans le scénario, jamais dans le film, et n’est rien de plus, au plan historique, que le nom servant à désigner le simple soldat en Angleterre, la désignation familière de l’anonyme dont le spectateur de Nolan s’est imaginé provisoirement, par jeu, qu’il partageait l’expérience —la peur de la noyade, des balles, des Stukas allemands, de la férocité des autres, mais aussi le désir de fuir, d’atteindre son but, d’échapper à la mort ou de passer inaperçu. Quand Tommy lit le discours de Churchill, des images défilent qui concluent le film, dont celles montrant le fils de Mr Dawson à la sortie des bureaux d’un journal —il vient s’enquérir de la notice nécrologique qu’il a rédigée en hommage au jeune George, «mort pour la patrie»— jusqu’aux images de l’aviateur déposant son appareil sur la plage au coucher du soleil avant de se livrer aux Allemands. Il est permis de croire qu’une fois fait prisonnier par les Allemands au début de la guerre, l’aviateur ne retournera jamais chez lui et sera à son tour reconnu pour son sacrifice. Aussi, la conjonction de ces trois scènes confirme-t-elle le caractère monumentaire du film, tandis qu’un appel à la nation (le discours de Churchill) devient oraison funèbre lue par un anonyme sur le tombeau (l’image finale) d’un autre anonyme. Tous sanctifiés par le geste d’éclat de l’aviateur sacrifié.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;&lt;strong&gt;Bibliographie&lt;/strong&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;AARSETH, Espen J. 1999. «Aporia and Epiphany in &lt;em&gt;Doom&lt;/em&gt; and &lt;em&gt;The Speaking Clock&lt;/em&gt;: The Temporality of Ergodic Art». In Marie-Laure Ryan (dir.) &lt;em&gt;Cyberspace Textuality&lt;/em&gt;. Bloomington: Indiana University Press, p.33-41.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;ASSMANN, Jan. 1995. «Collective Memory and Cultural Identity», &lt;em&gt;New German Critique&lt;/em&gt;. No 65, p.125-133.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;ASSMANN, Jan. 2010. &lt;em&gt;La mémoire culturelle. Écriture, souvenir et imaginaire politique dans les civilisations antiques&lt;/em&gt;. Traduit de l’Allemand par Diane Meur. Paris: Aubier, coll. «historique», 372p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;ASSMANN, Jan. Février 2016. «Jan Assmann. “Les trois monothéismes ont un potentiel explosif”», &lt;em&gt;Philosophie Magazine&lt;/em&gt;, p.70-75.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BOBÉE, Emmanuelle. 2018. «La partition sonore et musicale de &lt;em&gt;Dunkerque&lt;/em&gt; (C. Nolan, 2017). Une expérience sensorielle inédite», &lt;em&gt;Revue musicale OICRM&lt;/em&gt;. Vol. 5, no 2, p.125-148.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BOGOST, Ian. 2006. &lt;em&gt;An Approach to Videogame Criticism&lt;/em&gt;. MIT Press. 264p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;CHESTERTON, G.K. 1901. “A Defence of Publicity”, &lt;em&gt;The Defendant&lt;/em&gt;. London: R. Brimley Johnson.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;DIÉ, Antoine. 12 avril 2018. «Jeu vidéo: Impressionnant, le Dunkerque de 1940 dans &lt;em&gt;Call of Duty&lt;/em&gt;», &lt;em&gt;La voix du Nord&lt;/em&gt;. &lt;a href=&quot;https://www.lavoixdunord.fr/356917/article/2018-04-12/impressionnant-le-dunkerque-de-1940-dans-call-duty&quot;&gt;En ligne&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;DULONG, Renaud. 2002. «La dimension monumentaire du témoignage historique», &lt;em&gt;Sociétés &amp;amp; Représentations&lt;/em&gt;. No 13, p.179-197. &lt;a href=&quot;https://www.cairn.info/revue-societes-et-representations-2002-1-page-179.htm&quot;&gt;En ligne&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;KIRKPATRICK, Graeme. 2011. &lt;em&gt;Aesthetic Theory and the Video Game&lt;/em&gt;. Manchester: Manchester University Press. 256p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;LANCELOT-DUPUIS, Éric. 2020. Call of Duty: Black Ops. &lt;em&gt;De l’engagement narratif du spectateur-joueur à l’engagement intellectuel du joueur-investigateur&lt;/em&gt;. Mémoire. Montréal: Université du Québec à Montréal, Maîtrise en études littéraires, 121p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;LORD, Walter. 2012 [1982]. &lt;em&gt;The Miracle of Dunkirk: The True Story of Operation Dynamo&lt;/em&gt;. New York: Open Road Media.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;LORMIER, Dominique. 2021. &lt;em&gt;La bataille de Dunkerque&lt;/em&gt;. Paris: Éditions Tallandier, 208p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;LUKITS, Steve. 2017. «Dunkirk Illusions», &lt;em&gt;Queen&#039;s Quarterly&lt;/em&gt;. Vol. 124, no 4, p.526-539.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;MANDELBAUM, Jacques. 2019. «“Dunkerque”: immersion totale et pourtant parcellaire dans l’enfer de la bataille de 1940», &lt;em&gt;Le Monde&lt;/em&gt;, 23 août. &lt;a href=&quot;https://www.lemonde.fr/culture/article/2019/08/23/dunkerque-immersion-totale-et-pourtant-parcellaire-dans-l-enfer-de-la-bataille-de-1940_5502162_3246.html&quot;&gt;En ligne&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;MARCHAL, Guy Paul. 2001. «De la mémoire communicative à la mémoire culturelle. Le passé dans les témoignages d’Arezzo et de Sienne (1177-1181)», &lt;em&gt;Annales. Histoire, Sciences Sociales&lt;/em&gt;. Vol. 56, no 3, p.563-589.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;MCDONALD, Neil. 2017. «Dunkirk Revisited Again», &lt;em&gt;Quadrant Magazine&lt;/em&gt;. Vol. 61, No&amp;nbsp;9, p.101-103.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;MURO, Alice. 2021. «Re-experiencing Dunkirk: War and Defeat in Ian McEwan’s &lt;em&gt;Atonement&lt;/em&gt;» In David Owen et Cristina Pividori (dir.) &lt;em&gt;The Spectre of Defeat in Post-War British and US Literature. Experience, Memory and Post-Memory&lt;/em&gt;. Cambridge: Cambridge Scholars Publishing, p.182-195.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;PALMER, Alice. 2016. «Dunkirk: The Defeat That Inspired a Nation», Wesllesley College Digital Repository. &lt;a href=&quot;https://repository.wellesley.edu/object/ir1012&quot;&gt;En ligne&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;PRSTOJEVIC, Alexandre. 2009. «L’indicible et la fiction configuratrice», &lt;em&gt;Protée&lt;/em&gt;. Vol. 37, no. 2, p.33-44. &lt;a href=&quot;https://www.erudit.org/fr/revues/pr/2009-v37-n2-pr3490/038453ar/&quot;&gt;En ligne&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;SUMMERFIELD, Penny. 2010. «Dunkirk and the Popular Memory of Britain at War, 1940-58», &lt;em&gt;Journal of Contemporary History&lt;/em&gt;. Vol. 45, no 4, p.788-811.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;THERRIEN, Carl. 2014. «Réapprendre à voir, réapprendre à agir. L’immersion vidéoludique entre concrétisation et irréalisation» In &lt;em&gt;Figures de l&#039;immersion&lt;/em&gt;. Cahier ReMix, no 4. Montréal: Figura, Centre de recherche sur le texte et l&#039;imaginaire. &lt;a href=&quot;http://oic.uqam.ca/fr/remix/reapprendre-a-voir-reapprendre-a-agir-limmersion-videoludique-entre-concretisation-et&quot;&gt;En ligne&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;THRIFT, Nigel. 2007. &lt;em&gt;Non-Representational Theory. Space, Politics, Affect&lt;/em&gt;. London: Routledge, 336p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;ZUMTHOR, Paul. 1960. «Document et monument. À propos des textes les plus anciens en langue française», &lt;em&gt;Revue des Sciences humaines&lt;/em&gt;. Fasc. 97, p.5-19.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;&lt;strong&gt;Médiagraphie&lt;/strong&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;A Yank in the R.A.F&lt;/em&gt;. 1941. Henry King (réal.). Darell Ware et Karl Turnberg (scén.). D’après une histoire de Darryl F. Zanuck. États-Unis, 98 min.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Atonement&lt;/em&gt;. 2007. Joe Wright (réal.) Christopher Hampton (scén.). D’après le roman &lt;em&gt;Expiation&lt;/em&gt; de Ian McEwan, 2001. Royaume-Uni, France, 123 min.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Battle of Dunkirk: From Disaster to Triumph&lt;/em&gt;. 2018. Sonia Anderson (réal.). Documentaire. Grande-Bretagne, 65min. (Version française: &lt;em&gt;La Bataille de Dunkerque&lt;/em&gt;)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Call of Duty WWII, II. The War Machine&lt;/em&gt;. 2018. ActiVision. Jeu vidéo. Plateforme PlayStation.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Christopher Nolan’s Dunkirk. From Archives to Movie&lt;/em&gt;. 2018. Titouan Ropert. &lt;a href=&quot;https://vimeo.com/246597114&quot;&gt;Vidéo en ligne&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Day of Infamy. British-French Evacuation of Dunkirk&lt;/em&gt;. 2017. New World Interactive. Jeu vidéo. Plateformes Microsoft Windows, Linux, MacOS.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Dunkerque —360º Video Expérience— Gardez votre souffle.&lt;/em&gt; Juillet 2017. &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=-_nhjmLeGYw&amp;amp;list=LLmNM1yBgBR4eGc2myfCHGKg&amp;amp;index=3163&quot;&gt;En ligne&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Dunkirk&lt;/em&gt;. 2017. Christopher Nolan (réal. et scén.) États-Unis, Grande-Bretagne, France, Pays-Bas.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BLATRIX, S. 2016. &lt;em&gt;Gamme infinie illusion auditive&lt;/em&gt;. Vidéo, 1min. &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=uBCqbajukGc&quot;&gt;En ligne&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;CORNER, John. 2018. «Nolan’s &lt;em&gt;Dunkirk&lt;/em&gt;: A Note on Spectacle History and Myth.» (5p.) &lt;a href=&quot;https://www.openscreensjournal.com/article/id/6917/&quot;&gt;En ligne&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;CYRIL. 2017. &lt;em&gt;Dunkerque simulator! Day of Infamy&lt;/em&gt;. 2017. Vidéo YouTube. &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=1aH8zoWpDm4&quot;&gt;En ligne&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;MUDEDE, Charles. 31 juillet 2017. «&lt;em&gt;Dunkirk&lt;/em&gt;: The First Brexit Movie in the History of Cinema», &lt;em&gt;The Stranger&lt;/em&gt;. &lt;a href=&quot;https://www.thestranger.com/slog/2017/07/31/25319934/dunkirk-the-first-brexit-movie-in-the-history-of-cinema&quot;&gt;En ligne&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;NOLAN, C. 2017. &lt;em&gt;Dunkirk: The Complete Screenplay. London: Faber&lt;/em&gt;. (&lt;a href=&quot;https://doi.org/10.5040/do-9780571342914-div-00000002&quot;&gt;DOI&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;PRIVET, Georges. 21 juillet 2017. «Des critiques presque unanimes pour le film &lt;em&gt;Dunkerque&lt;/em&gt;, de Christopher Nolan.» Émission &lt;em&gt;Médium Large&lt;/em&gt;. Radio-Canada. &lt;a href=&quot;https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1046494/critiques-film-dunkerque-christopher-nolan&quot;&gt;En ligne&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;TOBIE T. «The Notion of Time in Dunkerque.» &lt;em&gt;H8urs&lt;/em&gt; (s.d.) Vidéo, 8.25min. &lt;a href=&quot;https://theplaylist.net/dunkirk-time-video-essay-20170907/&quot;&gt;En ligne&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;WILKINSON, Alissa. 20 Juillet 2017. «Dunkirk is playing in a lot of formats. Here’a how each affects your viewing experience» &lt;a href=&quot;https://www.vox.com/culture/2017/7/19/15985474/dunkirk-explainer-format-imax-digital-70mm-35mm-buy-ticket&quot;&gt;En ligne&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;section  class=&quot;footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed&quot; data-collapsible-show-label=&quot;Notes&quot; data-collapsible-hide-label=&quot;Notes&quot;&gt;&lt;ul class=&quot;footnotes collapsible-content&quot;&gt;&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote1_rwrgxd4&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref1_rwrgxd4&quot;&gt;1.&lt;/a&gt; Environ 120 000 soldats français ont été évacués lors de cette opération et 300 navires français auraient contribué à l’effort parmi les 848 navires recensés. (Lormier) Le film de Nolan fait donc l’impasse sur rien de moins que 40% de la flotte qui rapatria les soldats en Grande-Bretagne. (Mudede, 2017)&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote2_tf3kuz5&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref2_tf3kuz5&quot;&gt;2.&lt;/a&gt; Parmi lesquels &lt;em&gt;A Yank in the R.A.F&lt;/em&gt;. 1941. Henry King (real.) États-Unis; &lt;em&gt;Dunkirk&lt;/em&gt;. 1958. Leslie Norman (réal.) Royaume-Uni; &lt;em&gt;Week-end à Zuydcoote&lt;/em&gt;. 1964. Henri Verneuil (réal.) France; &lt;em&gt;Atonement&lt;/em&gt;. 2008. Joe Wright (réal.) France et Royaume-Uni; &lt;em&gt;Darkest Hour&lt;/em&gt;. 2017. Joe Wright (réal.) Royaume-Uni et États-Unis.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote3_96r5g54&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref3_96r5g54&quot;&gt;3.&lt;/a&gt; Ce principe correspond à ce qu’on appelle en musique la &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=uBCqbajukGc&quot;&gt;gamme sonore infinie&lt;/a&gt; ou «gamme de Shepard». Celle-ci est une illusion acoustique, un paradoxe temporel qui donne l’impression d’une intensité qui monte à l’infini et qui suppose que trois notes soient jouées simultanément tout en donnant l’illusion d’une unité. À propos du jeu de gammes sur lequel repose tant la structure du film que la musique de Richard King et Hans Zimmer, on consultera l’article détaillé d’Emmanuelle Bobée (142-144), de même que la vidéo créée par Tobie T. sur le site internet &lt;em&gt;H8urs&lt;/em&gt; (s.d.).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote4_z4ooa4k&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref4_z4ooa4k&quot;&gt;4.&lt;/a&gt; Kirkpatrick s’appuie entre autres sur la « théorie non-représentationnelle » du géographe Nigel Thrift qui a développé le concept de «&lt;em&gt;qualculation&lt;/em&gt;» et s’est intéressé à de nouveaux types de conscience de l’espace; de même que sur la notion d’«opérations unitaires» (&lt;em&gt;unit operations&lt;/em&gt;) proposée par le spécialiste des jeux vidéo Ian Bogost (2006).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote5_a5krq3z&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref5_a5krq3z&quot;&gt;5.&lt;/a&gt; J’utilise sciemment cette notion en référence, justement, aux jeux vidéo. Elle désigne l’intrigue programmée par les concepteurs du jeu, distincte de l’intrigue découlant des opérations effectuées par le joueur.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote6_e7rybk0&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref6_e7rybk0&quot;&gt;6.&lt;/a&gt; Voir la vidéo &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=lLOfYPCDYjA&quot;&gt;Wargaming and Warner Bros. present &quot;Dunkirk&quot;&lt;/a&gt;.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote7_x04u5kp&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref7_x04u5kp&quot;&gt;7.&lt;/a&gt; Un YouTuber français, lui-même ancien résident de Dunkerque, en a fait une vidéo, une captation de son propre jeu, dans laquelle il insiste sur les hauts faits des Français passés sous silence dans le film de Nolan (Cyril, 2017).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote8_bfi29yg&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref8_bfi29yg&quot;&gt;8.&lt;/a&gt; Assmann écrit en allemand, on trouvera donc aussi parfois, selon la traduction, les termes «mémoire communicationnelle informelle».&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote9_9qq9l2q&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref9_9qq9l2q&quot;&gt;9.&lt;/a&gt; Ce caractère performatif est aussi à l’œuvre, comme nous l’avons vu, dans les jeux temporels auxquels se livre le film et la complexité de son énonciation.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote10_3tf8pxu&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref10_3tf8pxu&quot;&gt;10.&lt;/a&gt; Tel que cité plus haut.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote11_r9uf8o1&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref11_r9uf8o1&quot;&gt;11.&lt;/a&gt; &lt;em&gt;Les ailes du désir&lt;/em&gt; (&lt;em&gt;Der Himmel über Berlin&lt;/em&gt;), Wim Wenders (réal.), France, Allemagne, 1987. Littéralement, le titre est: «Le ciel au-dessus de Berlin».&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;/section&gt;&lt;/div&gt;
      &lt;/div&gt;
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 <pubDate>Thu, 08 Sep 2022 18:00:59 +0000</pubDate>
 <dc:creator>Sarah Grenier</dc:creator>
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 <title>Poétique du temps sculpté chez Svetlana Alexievitch. Le cas de l’ancien combattant Timérian Zinatov dans «La Fin de l’homme rouge»</title>
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Malgré une ultime tentative de putsch menée par Guennadi Ianaïev et qui a lieu en août 1991, soit au moment où le Président Gorbatchev est en vacances en Crimée, Boris Eltsine «consolide son pouvoir» avant de rapidement cumuler «les fonctions de président et de Premier ministre» (Alexievitch, 2013:13), pour finalement signer les accords «de Minsk, puis d’Alma-Ata, instituant la création de la CEI (Communauté des États indépendants constituée de onze des anciennes républiques soviétiques)» (13). Cette grande transition, dont la catastrophe nucléaire de Tchernobyl en 1986 et l’instauration de la perestroïka figurent parmi les principaux précurseurs, a pour effet de propulser les «gens du socialisme» (Alexievitch, 2013:17), habitués à une «psychologie de militaires» (19) et marqués par le «culte du sacrifice et de la mort violente» (177), dans un nouveau monde où une «odeur d’argent flottait dans l’air.» (194)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Cette nouvelle vie post-soviétique qui s’amorce au cours de l’année 1991 aura tôt fait de décevoir les «maîtres d’œuvres de la perestroïka» (51), qui «croyaient qu’une fois le communisme disparu, les Russes allaient aussitôt faire l’apprentissage de la liberté…» (319) Après l’euphorie des trois premiers jours, pendant lesquels des dizaines de milliers de personnes se sont rassemblées devant la Maison-Blanche de Moscou, les membres de l’intelligentsia russe découvrent avec consternation les «nouvelles règles du jeu: si tu as de l’argent, tu es quelqu’un, si tu n’en as pas, tu n’es personne». (32) En effet, l’effondrement du communisme ne conduit pas à la concrétisation de la «démocratie rêveuse» (335) qui fut annoncée et tant attendue par les intellectuels romantiques de la «génération des cuisines&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref1_9u7yy58&quot; title=&quot;Selon le témoin qui utilise cette expression, la culture russe des années 60 est née dans les cuisines, qui ne sont plus seulement le lieu où l’on prépare la nourriture. La cuisine devient «aussi un salon, une salle à manger, un cabinet de travail et une tribune.» (30) C’est à cette époque «que les gens ont quitté les appartements communautaires et ont commencé à avoir des cuisines privées, dans lesquelles on pouvait critiquer le pouvoir, et surtout, ne pas avoir peur, parce qu’on était entre soi.» (30)&quot; href=&quot;#footnote1_9u7yy58&quot;&gt;1&lt;/a&gt;» (30) des années 1960; il marque plutôt l’entrée de tout un peuple, avec ses «rêveurs» (29) en première ligne, qui espéraient découvrir un «royaume, avec des fleuves de lait bordés de confiture» (29), dans une nouvelle ère où «les objets ont désormais autant de valeur que les idées et les mots» (40). Cette discordance entre «le temps des grandes espérances» et la mise en place d’un nouveau régime sous lequel «tout le monde court après l’argent» (33) révèle au grand jour la naïveté dont firent preuve les «fervents partisans de la perestroïka» (36) qui, en ravalant le sentiment amer de s’être fait avoir, se comparent désormais eux-mêmes à des «plantes d’intérieur» (32).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En plus de décevoir les instigateurs de la perestroïka ainsi que tous les Russes qui rêvaient de liberté, cette nouvelle vie à laquelle personne n’était adapté provoque une douleur immense chez les plus ardents défenseurs du régime soviétique, parmi lesquels nous retrouvons une foulée de vétérans de la Grande Guerre patriotique&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref2_yzzg9ha&quot; title=&quot;C’est par cette expression que les Soviétiques, et par la suite les Russes, vont désigner le conflit contre l’Allemagne pendant la Deuxième Guerre mondiale. Quant aux historiens, ils se réfèrent à cette période de la guerre par l’appellation «front de l’Est».&quot; href=&quot;#footnote2_yzzg9ha&quot;&gt;2&lt;/a&gt;. Se sentant trahis par Gorbatchev et souffrant d’une profonde nostalgie pour le passé communiste qui, malgré ses conséquences catastrophiques sur la vie humaine, donnait un sens à leur existence, plusieurs de ces «vieux réactionnaires» (Alexievitch, 2013: 150), que Svetlana Alexievitch désigne aussi par l’appellation Homo Sovieticus&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref3_omk8w44&quot; title=&quot;Bien que cette expression soit entrée dans le domaine public depuis la propagande soviétique, c’est l’écrivain dissident Alexandre Zinoviev (1983) qui l’a popularisée dans Homo Sovieticus, un roman satirique percutant.&quot; href=&quot;#footnote3_omk8w44&quot;&gt;3&lt;/a&gt; (17), iront même jusqu’à s’enlever la vie. C’est notamment le cas de Sergueï Akhromeïev, «maréchal [et] Héros de l’Union soviétique» (130), qui fut chef de l’état-major des forces armées de l’URSS de 1984 à 1988 avant d’occuper la fonction de conseiller du président à la fin de la &lt;em&gt;Perestroïka&lt;/em&gt;. Ne pouvant accepter la chute de sa Patrie ainsi que de voir détruire tout ce qu’il considérait «comme le sens même» (138) de sa vie, cet «homme sincèrement dévoué à l’idée communiste» (133), s’est pendu «dans le bureau 19a du bâtiment n° 1 du Kremlin de Moscou» (137) où son corps a été découvert par «l’officier de garde en service Koroteïev» (137) le 24 août 1991, soit au lendemain du putsch raté des 18-21 août 1991.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Mentionnons aussi le suicide de l’ancien combattant Timérian Khaboulovitch Zinatov, dont un rappel des circonstances par une publication du Parti communiste de la fédération de Russie amorce le récit de &lt;em&gt;La fin de l’homme rouge&lt;/em&gt; qui s’intitule «Où il est question de la cruauté des flammes et du salut qu’on trouve dans les nuages». Ne pouvant supporter que les vétérans de la Deuxième Guerre mondiale deviennent des «hommes d’hier qui sentent l’odeur de la pauvreté» (225) au profit de l’émergence d’une nouvelle classe sociale majoritairement composée «de prétendus hommes d’affaires, ou plutôt de gangsters» (225), Zinatov s’est jeté sous un train après avoir visité pour une dernière fois la forteresse de Brest-Litovsk qu’il a défendu lors du «premier choc de l’assaut des troupes hitlériennes au matin du 22 juin 1941» (222). Celui qui, la nuit, «restait allongé sans dormir, les yeux grands ouverts» (247), laisse pour toute lettre d’adieu quelques notes sans aucune mention ni de sa femme ni de sa fille, et dans lesquels il s’adresse directement à l’État: «Si j’étais mort à la guerre, de mes blessures, j’aurais su que je mourais pour la Patrie. Tandis que maintenant, je meurs d’une vie de chien. Qu’on inscrive cela sur ma tombe… Et ne croyez pas que j’ai perdu la tête…» (223)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Selon un article publié à l’origine dans le célèbre journal soviétique la &lt;em&gt;Pravda&lt;/em&gt;, et dont Alexievitch reprend l’essentiel dans &lt;em&gt;La fin de l’homme rouge&lt;/em&gt;, la cause de ce suicide remonterait à un incident qui indigna au plus haut point deux autres vétérans de la Grande Guerre. Vêtus de toutes leurs décorations militaires, les deux hommes ont en effet vécu un «terrible affront» (224). Alors qu’ils cherchaient un endroit où s’asseoir en attendant leur train après avoir passé la journée à visiter Moscou, ils sont entrés dans une salle vide «avec un buffet et des fauteuils confortables» avant de se faire «fort grossièrement» (224) indiquer la sortie sous prétexte que cette salle était «réservée à la classe affaires» (225). À la suite de cet évènement, l’un des deux vétérans a envoyé une lettre à la &lt;em&gt;Pravda&lt;/em&gt; dans laquelle il dresse un réquisitoire contre tous les hommes d’affaires russes richissimes, tels que «le maître d’œuvre de la perestroïka» (62), Anatoli Tchoubaïss, qui a mis en place «sous Eltsine la privatisation des grandes entreprises d’État en distribuant des bons de privatisation, les fameux &lt;em&gt;vouchers&lt;/em&gt;» (62)—, ou encore Guerman Gref, «le président de la Caisse d’épargne de la fédération de Russie» (225). Le vétéran conclut sa lettre en implorant la résurgence des souvenirs de dures épreuves militaires que les soldats soviétiques ont dû traverser afin de défendre la Patrie durant la Grande Guerre: «pourquoi nous sommes-nous battus? Pourquoi avons-nous passé des mois au fond des tranchées, sans nous déshabiller ni dormir normalement, dans l’eau jusqu’aux genoux en automne, dans la neige et le froid glacial en hiver? À Kalinine, à Yakhroma, près de Moscou… Là-bas, il n’y avait pas de pauvres et de riches…» (225)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;&lt;strong&gt;La démarche littéraire de Svetlana Alexievitch&lt;/strong&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;Dans &lt;em&gt;La fin de l’homme rouge&lt;/em&gt;, toutes ces informations de nature factuelle deviennent les composantes d’un récit qui est le produit d’une activité littéraire. En effet, avant de les intégrer au chapitre intitulé «Où il est question de la cruauté des flammes et du salut qu’on trouve dans les nuages», Svetlana Alexievitch soumet les contenus de la lettre écrite par le vétéran, ainsi que des extraits de journaux communistes relatant les circonstances entourant le suicide de Zinatov, à «des procédés tels que le montage et le découpage» (Ackerman et al.: 29), pour reprendre les mots de Frédérick Lemarchand et de Galia Ackerman, co-traductrice de plusieurs ouvrages de l’écrivaine biélorusse en France. Mais ces procédés littéraires, que nous tenons pour des opérations de «configuration narrative» (Ricœur, 1983: 128), seront utilisés par Alexievitch principalement pour remanier la temporalité de témoignages qui lui ont été livrés par les rescapés d’évènements hors du commun, par exemple la catastrophe nucléaire de Tchernobyl dans &lt;em&gt;La supplication&lt;/em&gt;, ou encore la Deuxième Guerre mondiale et la chute de l’URSS dans &lt;em&gt;La fin de l’homme rouge&lt;/em&gt;. En effet, après avoir conduit et enregistré des centaines d’entrevues, Alexievitch procède à une vaste opération de triage «pour n’en sélectionner que quelques dizaines, particulièrement poignants, et en faire finalement un “roman des voix”» (Ackerman et al.: 32). Après être passé au prisme de la configuration narrative, chacun de ces témoignages «particulièrement poignants» prendra finalement la forme d’un monologue qui, la plupart du temps, constituera un chapitre à part entière, dont la longueur variera entre vingt et cinquante pages dans &lt;em&gt;La fin de l’homme rouge&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Cette démarche littéraire de remaniement temporel des témoignages n’est pas sans rappeler la vision artistique du cinéaste russe Andreï Tarkovski, pour qui «l’essentiel du travail d’un réalisateur» (Tarkovski: 75) est de «sculpter dans le temps» (Tarkovski: 75):&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Tout comme un sculpteur, en effet, s’empare d’un bloc de marbre, et, conscient de sa forme à venir, en extrait tout ce qui ne lui appartiendra pas, de même le cinéaste s’empare d’un «bloc de temps», d’une masse énorme de faits de l’existence, en élimine tout ce dont il n’a pas besoin, et ne conserve que ce qui devra se révéler comme les composants de l’image cinématographique. Une opération de sélection en réalité commune à tous les arts. (Tarkovski: 75)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;À la manière de Tarkovski, Svetlana Alexievitch «sculpte» (204) en effet la mémoire déclarée par le témoin pour en extraire des fragments que nous qualifions de temporels, dans la mesure où c’est toujours la durée du souvenir raconté qui est explicitement visé par «l’acte poétique de mise en intrigue» (Ricœur, 1983: 49) des témoignages, pour reprendre une expression inspirée à Paul Ricœur par sa lecture de la &lt;em&gt;Poétique&lt;/em&gt; d’Aristote. Entendons ainsi par «acte poétique» le déploiement d’une «activité mimétique» (Ricœur, 1983: 72) au sens aristotélicien, c’est-à-dire «en tant qu’elle produit quelque chose, à savoir précisément l’agencement des faits par la mise en intrigue.» (Ricœur, 1983: 72) Sous cette perspective, tout récit de &lt;em&gt;La fin de l’homme rouge&lt;/em&gt; nous apparaitra dès lors comme un «agencement» de sculptures temporelles que nous tenons pour des «représentations» (Ricœur, 1983: 70) au sens «d’imitation créatrice» (66) de fragments de mémoire tels qu’ils ont été déclarés durant les témoignages enregistrés par Alexievitch.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;&lt;strong&gt;Le chœur de voix&lt;/strong&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;Même si la plupart des chapitres de &lt;em&gt;La fin de l’homme rouge&lt;/em&gt; sont essentiellement constitués de longs monologues, il arrive fréquemment que ces derniers soient entrecoupés par les manifestations d’un chœur de voix, qui est en fait la reconstitution, par le moyen d’un collage très élaboré de courts extraits de témoignages excédant rarement plus de quelques phrases, d’une conversation de groupe à laquelle Alexievitch a elle-même assisté. Dans «Où il est question de la cruauté des flammes et du salut qu’on trouve dans les nuages», ce chœur reprend ainsi les voix des vétérans de la Grande Guerre patriotique et des quelques proches de Zinatov qui, le jour de son enterrement, se sont retrouvés «autour d’une table»: «Il y avait beaucoup de monde, et certains étaient venus de loin, de Moscou, de Kiev, de Smolensk… Ils avaient tous mis leurs médailles et leurs décorations, comme pour le jour de la Victoire.» (Alexievitch, 2013: 226) Ainsi, après avoir procédé au montage et au découpage d’extraits de journaux communistes qui relatent les circonstances entourant la mort de Zinatov, Alexievitch répète les mêmes opérations de «configuration narrative», mais cette fois en prenant pour objet les discussions qui ont eu lieu le jour de l’enterrement. L’écrivaine enregistre les conversations avant d’en représenter, sous la forme de sculptures temporelles, plusieurs passages principalement composés de souvenirs personnels de la guerre: «je me souviens comment on enterrait nos gars… Dans des fosses. On les recouvrait avec ce qu’on avait sous la main, on saupoudrait ça de sable, et en avant! On poursuivait notre chemin. Vers un nouveau combat.» (227) Ou encore: «J’étais prêt à me tirer une balle. Mais quand on n’a pas de cartouches… On était des gamins, dix-huit, dix-neuf ans… Tous les commandants se pendaient. Avec leur ceinture, avec n’importe quoi… Ils se balançaient aux branches des sapins. C’était la fin du monde, nom de Dieu!» (228) Certains témoins n’hésiteront pas à regretter ou à critiquer le temps passé, et d’autres à se lamenter sur la vie présente: «Moi, j’étais, je suis et je resterai un communiste! Sans Staline et sans son Parti, nous n’aurions pas gagné la guerre. Cette putain de démocratie ! Je n’ose pas porter mes décorations.» (229) Ou encore: «Nous, des héros? On ne nous a jamais traités en héros… Ma femme et moi, on a élevé nos enfants dans des baraquements, ensuite, on a eu droit à une pièce dans un appartement communautaire. Aujourd’hui, on a une retraite de misère.» (229)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans &lt;em&gt;La fin de l’homme rouge&lt;/em&gt;, l’ensemble des premières manifestations de ce chœur de voix sert de transition entre les extraits de journaux remaniés et les deux monologues qui composent la majeure partie du chapitre intitulé «Où il est question de la cruauté des flammes et du salut qu’on trouve dans les nuages». La quête de l’écrivaine biélorusse, qui est de restituer une vérité dont la nature n’est pas historique, c’est-à-dire factuelle, mais émotionnelle, se révèle d’abord dans ce passage du journal à la conversation de groupe. En opérant cette transition, Alexievitch exprime en effet son ambition d’accéder, pour reprendre les mots de Tarkovski, à «l’intérieur de l’âme de chacun» (Tarkovski, 232), du terme russe doucha, dans lequel il faut entendre le siège des sentiments et de la pensée, et qui comporte, comme en français, un sens spirituel. Chez Alexievitch, l’âme est le foyer des émotions qui, au moment où la perception originaire devient un souvenir, s’y gravent comme dans un «bloc de cire», pour reprendre l’idée de Platon. Si les extraits de journaux font référence à ce qu’Alexievitch appelle «l’histoire des faits» (Alexievitch, 2015: 14) et servent tout au plus à contextualiser les récits qui leur feront suite dans ce chapitre de &lt;em&gt;La fin de l’homme rouge&lt;/em&gt;, le chœur de voix ainsi que les deux monologues contribuent quant à eux à enrichir l’histoire «des âmes» (Alexievitch, 2015: 14) au sens où l’entend l’écrivaine biélorusse, dans la mesure où les témoins sont appelés à exprimer leurs pensées et leurs sentiments en racontant leurs souvenirs personnels. Ainsi, Alexievitch substitue à la représentation historienne d’évènements du passé une utilisation purement subjective du témoignage par laquelle elle parvient à capturer les expressions de la vie intérieure des rescapés.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Cette conception russe de l’&lt;em&gt;âme&lt;/em&gt;, nous aimons la rattacher à la notion de «noyau de la mémoire profonde» que Paul Ricœur propose dans sa lecture de la théorie de la mémoire chez le philosophe Henri Bergson. (Ricœur, 2000: 571) Comme le rappelle l’auteur de &lt;em&gt;La mémoire, l’histoire, l’oubli&lt;/em&gt;, la mémoire profonde» au sens de Bergson est une «mémoire-souvenir» (Ricœur, 2000: 30), ou encore une «mémoire-représentation» (Ricœur, 2000: 561) à l’intérieur de laquelle les souvenirs se répartissent sur les «mille et mille plans de conscience différents» (Bergson, 272) étalés entre les deux pôles opposés de l’action, c’est-à-dire de la perception, et du rêve. En appliquant la théorie bergsonienne de la mémoire au cadre spécifique de &lt;em&gt;La fin de l’homme rouge&lt;/em&gt;, nous supposons qu’un souvenir se constituant principalement d’informations factuelles serait «moins &lt;em&gt;rêvé&lt;/em&gt;, c’est-à-dire plus proche de l’action et par là même plus banal, plus capable de se modeler, —comme un vêtement de confection,— sur la nouveauté de la situation présente» (Bergson: 271), en l’occurrence le témoignage. Ce sont les souvenirs appartenant à cette première catégorie qui composent la majeure partie du contenu évoqué par les premières manifestations du chœur constitué par les voix de toutes les personnes présentes le jour de l’enterrement de Zinatov.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Cependant, Alexievitch s’intéresse principalement à un autre type de souvenirs que nous qualifions avec Bergson de «purs» (Bergson, 140), et que les témoins ont beaucoup plus de difficulté à reconnaitre parce qu’ils sont conservés dans leur mémoire profonde. Très éloignés de la sphère de l’action et de la perception, les «souvenirs purs» (Bergson, 145) sont emmagasinés à l’intérieur des bornes de la rêverie, près du «noyau de la mémoire profonde» que nous tenons, en reprenant la fameuse métaphore tirée des &lt;em&gt;Confessions&lt;/em&gt; de saint Augustin, pour le plus grand des «palais» (X, VIII, 12) de la mémoire et sur les murs duquel est gravé l’ensemble de leurs empreintes émotionnelles. Ce sont précisément ces empreintes émotionnelles, dont la réactualisation nécessite la reconnaissance des «souvenirs purs» auxquels elles demeurent liées dans la mémoire profonde, que l’écrivaine cherche à capturer pendant les témoignages, pour finalement les restituer par le moyen de la configuration narrative des monologues de &lt;em&gt;La fin de l’homme rouge&lt;/em&gt;. Chez Alexievitch, la reconfiguration temporelle des souvenirs racontés est le moyen par lequel sa poétique du temps sculpté, en tant qu’activité mimétique (au sens d’Aristote&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref4_k2j9q3u&quot; title=&quot;Comme le mentionne Paul Ricoeur dans Temps et récit, le concept de mimèsis chez Aristote désigne en effet «l’activité mimétique, le processus actif d’imiter ou de représenter. Il faut donc entendre imitation ou représentation dans son sens dynamique de mise en représentation, de transposition [de l’action] dans des œuvres représentatives.» (Ricoeur, 1983: 69) Chez Alexievitch, nous postulons que c’est plutôt l’émotion elle-même que l’écrivaine biélorusse cherche ultimement à imiter, ou encore à représenter par le moyen du remaniement «poétique» du déroulement des souvenirs tels qu’ils ont été racontés au moment des témoignages.&quot; href=&quot;#footnote4_k2j9q3u&quot;&gt;4&lt;/a&gt;), atteint son point culminant, qui est la restitution de leurs empreintes émotionnelles.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Même si le passage du journal à la conversation de groupe constitue une étape importante dans le cheminement de la révélation de l’âme, il reste que le chœur de voix limite par sa polyphonie discordante l’exploration des mémoires individuelles par les témoins eux-mêmes. La prochaine et dernière phase du dévoilement de l’&lt;em&gt;âme&lt;/em&gt; consiste ainsi, au terme d’un «acte poétique de sculpture dans le temps», à représenter, ou encore à imiter des témoignages qui, en opérant le creusage de mémoires individuelles, sont parvenus à s’élever au-dessus de la discordance de la conversation de groupe. Ce caractère discordant n’est pourtant pas éludé dans l’agencement du chœur de voix, ces dernières exprimant des points de vue divergents. En effet, même si certaines voix du chœur n’hésitent pas à décrire les horreurs de la Grande Guerre patriotique, ou encore à dénoncer les millions de déportations et d’exécutions ordonnées par Staline, d’autres évoquent avec nostalgie l’époque révolue de la Patrie soviétique et de son «drapeau rouge, celui de la Victoire» (Alexievitch, 2013: 226). Pour l’écrivaine, cette nostalgie est le produit d’une mémoire «encombrée des superstitions, des partis pris et des mensonges de son temps. De ce qu’on entend à la télévision, de ce qu’on lit dans les journaux.» (664) Mais la configuration narrative des manifestations du chœur ne se contente pas de juxtaposer aléatoirement les expressions de points de vue divergents; elle suggère que les voix porteuses de mémoires aveuglées par les mensonges de leur temps, en se mélangeant à celles dont la capacité de discernement demeure inaltérée, empêchent ces dernières de creuser les mémoires à la surface desquelles elles demeurent en suspens pendant la conversation de groupe. Le témoignage individuel devient ainsi le moyen par lequel la mémoire, qu’elle soit aveuglée ou tout simplement limitée dans son exploration d’elle-même par la polyphonie discordante du chœur, parvient à tracer le chemin qui conduira les empreintes émotionnelles vers la sphère de l’action. En s’élevant du palais de l’&lt;em&gt;âme&lt;/em&gt;, ces empreintes iront rejoindre la temporalité présente dans laquelle se déverse la voix du témoin, pour finalement être représentées, ou encore imitées dans un monologue de &lt;em&gt;La fin de l’homme rouge&lt;/em&gt;. Contrairement aux représentations des pensées et des souvenirs isolés qui sont évoqués par les différentes voix du chœur, la représentation poétique des empreintes émotionnelles redécouvertes au terme du creusage d’une mémoire individuelle nécessitera, quant à elle, la configuration narrative de tout un récit de souvenirs.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;&lt;strong&gt;Approfondissement de la temporalité humaine&lt;/strong&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;Raconter les souvenirs d’une «expérience vivante et singulière» (Alexievitch, 2015: 14) devient ainsi un prétexte pour faire surgir les «sentiments» (Alexievitch, 1998: 31), «émotions» (Alexievitch, 2013:22) et impressions qui, enfouis dans le «noyau de la mémoire profonde», «restent toujours en marge» (2013: 22) de «l’histoire des faits» (2015: 14). Ce surgissement inspirera aux témoins des pensées qui porteront, comme le mentionne le témoin Irina Vassilieva dans &lt;em&gt;La fin de l’homme rouge&lt;/em&gt;, sur «les deux choses les plus importantes: l’amour et la mort» (Alexievitch, 2013: 605). Alexievitch «guette le moment où [les témoins] sont en état de choc, quand ils évoquent la mort ou l’amour. Alors leur pensée s’aiguise, ils sont tout entiers mobilisés. Et le résultat est souvent magnifique» (Alexievitch, 2015: 12).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Mais les évocations de l’amour et de la mort dans les témoignages individuels ne sont pas suffisantes pour représenter le caractère émotionnel des souvenirs, dont la restitution nécessite la «reconfiguration narrative» de la mémoire telle qu’elle a été déclarée par les témoins de &lt;em&gt;La fin de l’homme rouge&lt;/em&gt;. Dans l’esprit de la lecture de la &lt;em&gt;Poétique&lt;/em&gt; d’Aristote par Paul Ricœur dans &lt;em&gt;La métaphore vive&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Temps et récit&lt;/em&gt;, nous postulons que la poétique du temps sculpté chez Alexievitch est une opération de filtration, ou encore d’«épuration (&lt;em&gt;katharsis&lt;/em&gt;)» (49b 26-27), qui tend à approfondir, par un enrichissement de sa consistance émotionnelle, la temporalité humaine constituée par l’écoulement des souvenirs racontés lors du témoignage. Pour approfondir ce «temps de l’âme» (Ricœur, 1985: 25) qui s’est cristallisé dans la durée d’un témoignage, l’écrivaine biélorusse extrait et agence uniquement les fragments de mémoire dans lesquels les «souvenirs purs» et leurs empreintes émotionnelles sont parvenus, tels les oiseaux du colombier de Platon, à se matérialiser dans la parole du témoin. Empruntant une notion théorisée par le critique Northrop Frye dans son célèbre ouvrage intitulé &lt;em&gt;Anatomie de la critique&lt;/em&gt;, nous postulons que le point culminant de l’effet mimétique chez Alexievitch repose sur la structuration, par l’agencement de la temporalité des souvenirs racontés, d’un «&lt;em&gt;mood&lt;/em&gt;» (Frye: 80), terme que Paul Ricœur, dans &lt;em&gt;La métaphore vive&lt;/em&gt;, traduit par «valeur affective» (1975: 190) ou «état d’âme» (285). Dans la septième étude de &lt;em&gt;La métaphore vive&lt;/em&gt;, ce dernier résume l’analyse de Frye qui, en définissant la notion de &lt;em&gt;mood&lt;/em&gt;, établit un rapprochement «entre le poétique et l’hypothétique» (308): «le langage poétique, “tourné vers le dedans” et non vers “le dehors”, structure un &lt;em&gt;mood&lt;/em&gt;, un état d’âme, qui n’est rien hors du poème lui-même: il est ce qui reçoit forme du poème en tant qu’agencement de signes.» (Ricœur, 1975: 308-309) En tenant tout monologue de &lt;em&gt;La fin de l’homme rouge&lt;/em&gt; pour un «poème tragique», au sens d’Aristote, nous entendons ainsi par état d’âme, au sens de Frye, la forme poétique que la reconfiguration narrative de la temporalité des souvenirs racontés confère aux empreintes émotionnelles qui sont parvenues à se réactualiser dans le présent du témoignage.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;&lt;strong&gt;La représentation poétique des empreintes émotionnelles dans les monologues&lt;/strong&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;Afin d’identifier les formes poétiques structurées par la reconfiguration narrative des témoignages de &lt;em&gt;La fin de l’homme rouge&lt;/em&gt;, tournons-nous maintenant vers les deux monologues du chapitre intitulé «Où il est question de la cruauté des flammes et du salut qu’on trouve dans les nuages». Friedman, un vétéran russe d’origine juive de la Deuxième Guerre mondiale ayant été forcé de rejoindre, à douze ans, les rangs d’un détachement de partisans après la mort brutale de tous les membres de sa famille, offre le premier monologue. Il débute son histoire par de douloureux souvenirs d’enfance: «Je me souviens, quand j’étais petit, j’avais peur de perdre mon père… On venait arrêter les pères pendant la nuit, et ils disparaissaient dans le néant…» (Alexievitch, 2013: 231) Le témoin se souvient ensuite d’une jeune «Juive, Rosa, une jolie fille [qui] trimbalait des livres avec elle. Seize ans. Les commandants couchaient tous avec elle les uns après les autres» (231), jusqu’au jour où ils apprirent qu’elle était enceinte. Alors «on l’a emmenée au fond des bois et on l’a abattue comme un chien…» (231) Ces souvenirs de Rosa ramènent le narrateur plus loin dans son passé, vers le début de la guerre, au moment où sa famille décide de rester à Minsk, car la grand-mère, qui «avait vu les Allemands en 1918, […] assurait à tout le monde que c’étaient des gens cultivés, qu’ils ne toucheraient pas aux paisibles citoyens.» (232) Peu de temps après l’arrivée des Allemands dans leur ville, la famille doit rapidement déménager dans un guetto. Des milliers de Juifs se mettent alors à traverser «la ville… Avec des enfants, des oreillers… C’est drôle, mais j’avais emporté ma collection de papillons. Cela paraît ridicule, maintenant…» (233) Durant cette marche, Friedman ne levait pas les yeux, de peur que des amis le reconnaissent: «J’avais honte… Je me souviens de ce sentiment de honte permanent…» (233) Peu de temps après l’arrivée de sa famille dans le guetto, des «camions sont arrivés, beaucoup de camions… On en a fait descendre des enfants bien habillés, avec de jolies chaussures, des femmes avec des tabliers blancs, des hommes avec des valises coûteuses». (233-234) Ces «Juifs de Hambourg […] ne cherchaient pas à se défiler, à tromper les gardiens, à se cacher quelque part… Ils étaient résignés… […] Ils ont tous été exécutés. Des dizaines de milliers de Juifs de Hambourg…» (234) Le témoin se souvient très bien de ce jour où les Allemands «ont commencé par jeter les enfants dans une des fosses… Et ils les ont recouverts de terre. Les parents ne pleuraient pas, ils ne suppliaient pas. Ils se taisaient.» (234) Les Allemands voulurent épargner la mère de Friedman, qui était russe. Mais elle s’est accrochée au père, puis à son propre fils: «Nous l’avons tous repoussée, nous l’avons suppliée de partir… Elle a été la première à sauter dans la fosse. C’est tout ce dont je me souviens…» (234) Quelques heures après l’exécution de tous les membres de sa famille, alors qu’il est endormi et laissé pour mort dans la fosse «pleine de gens fusillés» (235), l’enfant se fit réveiller par des «paysans avec des pelles [qui] dépouillaient les cadavres de leurs bottes, de leurs chaussures… de tout ce qu’ils pouvaient leur prendre». (235)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La suite du monologue reconstitue les fragments de témoignage qui retracent les expériences du jeune Friedman à titre de partisan dans un détachement où il fut victime d’antisémitisme. Sous les conseils d’un ami de son père, Friedman décida alors de changer de nom et devint Lomeïko. Retenons surtout du reste du monologue les exécutions, par les partisans eux-mêmes, de la plupart des Juifs qui faisaient partie de leur propre détachement, et aussi une considération du témoin pour les chevaux, qui «ne se cachent pas, comme les autres animaux. Les chiens, les chats, même les vaches, se sauvent quand on veut les tuer. Les chevaux, eux, ils restent là, à attendre qu’on les exécute. C’est terrible à voir…» (236) Ces images des animaux font reconnaître à Lomeïko une nouvelle couche de souvenirs, alors qu’il se rappelle avoir «ouvert le ventre de trois chevaux morts» pour s’y cacher avec deux hommes: «On est restés là pendant deux jours, on entendait les Allemands aller et venir», jusqu’à ce que ce fut «le silence. Et on est sortis, couverts de sang, de boyaux et de merde. À moitié fous. Il faisait nuit, la lune brillait…» (237) Lomeïko se souvient ensuite des partisans qui déshabillaient «les morts pour leur prendre jusqu’à leur caleçon. Les chiens leur dévoraient le visage, les mains.» (238) Le monologue se termine finalement par la mention d’une femme qui «avait deux enfants tout petits. Elle avait caché un partisan blessé dans sa cave. Quelqu’un l’avait dénoncée…» (238) Les Allemands «ont pendu toute la famille au milieu du village, en commençant par les enfants. Ce qu’elle a pu crier! Les êtres humains ne crient pas comme ça… Il n’y a que les bêtes… Un être humain doit-il faire de tels sacrifices? Je ne sais pas.» (238)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le monologue de Friedman est ainsi constitué d’un ensemble de fragments de témoignage que l’écrivaine biélorusse agence à la manière d’une monteuse de film, afin de structurer une «valeur affective», ou encore un «état d’âme» qui se dégage de l’ensemble du récit. Dans le langage de Ricœur, nous dirons que la structuration de cet état d’âme, en tant que point culminant de la poétique du temps sculpté, a pour effet «[d’]universaliser» (Ricœur, 1983: 85) les empreintes émotionnelles qui, dans la mémoire de Friedman, demeuraient virtuellement liées à ses souvenirs personnels de la Grande Guerre patriotique. En donnant à lire le témoignage de Friedman par le moyen d’une «sculpture» de sa temporalité, Alexievitch fait germer l’universel au cœur même du singulier dans la mesure où le témoin, à partir de sa propre mémoire individuelle, devient le porte-parole certes des survivants, mais aussi de l’ensemble des sacrifiés de la guerre, y compris de tous les Juifs qui ont été à la fois victimes d’antisémitisme de la part des Russes, exécutés par les partisans et jetés dans des fosses de cadavres par les soldats allemands. Malgré sa résonnance universelle, la «valeur affective» qui se dégage de l’ensemble du monologue de Friedman demeure une représentation poétique et singulière des empreintes émotionnelles qui ont été laissées dans le noyau de sa mémoire profonde par tous les souvenirs des tragédies auxquelles il a assisté pendant la guerre: les viols répétitifs et le meurtre de la jeune adolescente Rosa, l’exécution et l’enterrement de sa famille dans la fosse, les assassinats, par des partisans russes, de ses camarades de détachement juifs, la vue de chevaux qui attendaient passivement leur propre mise à mort, puis le cri incessant et bestial de cette mère qui fut condamnée à regarder ses deux jeunes enfants être pendus par les soldats allemands. La compassion d’un enfant juif pour la jeune Rosa, la honte qu’il ressentit alors qu’il marchait vers un guetto en tenant sa boîte de papillons, la tristesse et le désespoir qu’il dût ensuite éprouver en regardant sa mère se jeter la première dans la fosse pour ne pas être séparée de sa famille, ajoutés à sa peur constante de se faire tirer dans le dos par des partisans russes, et finalement l’effroi que lui procura le cri inhumain de cette femme qui s’écroula sous les deux petits corps pendus de ses enfants, sont ainsi universalisés dans un monologue qui nous fait entendre la douleur infligée à tout un peuple et portée par la mémoire des survivants de cette guerre.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Plus haut, les extraits de journaux remaniés se contentaient de relater les faits entourant le suicide de l’ancien combattant Zinatov; le monologue de Friedman nous suggère de tenir la source de ce suicide pour la souffrance humaine telle qu’elle a été vécue par tous les vétérans de la Grande Guerre patriotique, avant d’être finalement répudiée, voire ignorée par les nouvelles générations de Russes:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;On ne voit partout que les nouveaux héros: des banquiers et des hommes d’affaires, des mannequins et des prostituées, des managers… Les jeunes peuvent encore s’adapter, mais les vieux, eux, meurent en silence, enfermés chez eux. Ils meurent dans la misère, dans l’oubli. (Alexievitch, 2013: 69)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Pendant la nuit, alors qu’il avait les yeux rivés sur le plafond, immobile dans son lit, Zinatov devait être confronté à ses souvenirs de la mort qui, au moment même où celle-ci se déployait devant lui le 22 juin 1941 dans la forteresse de Brest-Litovsk, entrait simultanément dans l’&lt;em&gt;âme&lt;/em&gt; de l’enfant Friedman par des souvenirs différents, avant d’être captée et mise en récit, des années plus tard, par Svetlana Alexievitch. C’est du moins ainsi que le texte nous le fait entendre.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Voyons maintenant comment le second monologue vient contribuer à cette universalisation des empreintes émotionnelles. Celui-ci est livré cette fois par une femme, Lioubotchka, qui nous raconte son «histoire d’amour…» (241) Dans ce témoignage remanié, l’agencement poétique de la mémoire déclarée est le moyen par lequel l’activité mimétique atteint son point culminant, qui est la représentation des empreintes émotionnelles gravées dans l’âme de Lioubotchka par les souvenirs qu’elle conserve spécifiquement de l’amour —l’amour que Tarkovski tient pour «la valeur positive et centrale qui fait vivre l’homme». (Tarkovski: 230). Dans ce second monologue, l’agencement poétique des souvenirs articule deux «états d’âme» qui s’opposent l’un à l’autre par la signification respective qu’ils attribuent au sentiment de l’amour. La première de ces deux «valeurs affectives», qui vient justifier le commentaire de Tarkovski dans la mesure où elle confère aux émotions de Lioubotchka une signification «positive», se manifeste dès les premières phrases du monologue, lesquelles reconstituent la rencontre de la narratrice avec Ivan, dont elle tomba éperdument amoureuse: «Je ne pensais qu’au moment où j’allais le revoir. Il arrivait, il s’asseyait sur le banc, et il me regardait en souriant. “Pourquoi tu souris? —Comme ça!”» (241) La narration va ensuite à la fois approfondir et élargir la structuration de cet état d’âme, en évoquant non seulement les effets de l’amour sur l’état psychologique et les perceptions antérieures de Lioubotchka, mais aussi l’influence décisive qu’exerce sur le déroulement du témoignage la réactualisation des empreintes émotionnelles:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;On lavait le cheval dans la rivière ensemble. Il y avait du soleil. On mettait le foin à sécher, ça sentait tellement bon… […] Sans amour, j’étais une fille simple, ordinaire… jusqu’à ce que je tombe amoureuse. (242)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Puis: «Ma mémoire flanche un peu, mais mon âme se souvient de tout…» (243) Mais cette vie passée, enrichie par la perception de l’amour au temps de l’occupation allemande du petit village de son enfance, est renversée le jour où elle apprend, de la bouche de sa mère qui pleurait, que son Ivan, forcé par son grand-père, ce «vieux démon» (244) récemment «revenu de déportation» et «rempli de haine» (242), s’est engagé dans la police (243). Ivan et Lioubotchka, qui tombe rapidement enceinte, auront droit à «un an comme mari et femme» (244). Au terme de cette année paisible, des tensions commencent rapidement à se manifester dans le village alors que l’armée soviétique se met à reprendre du terrain sur les Allemands. Ivan, qui n’avait «jamais tiré sur personne» (244), était persuadé qu’ils étaient en sécurité. C’est alors qu’un jeune homme à qui Lioubotchka plaisait aussi, et qui l’invitait régulièrement aux bals pour ne danser qu’avec elle, rejoint les partisans et fomente le plan de tuer Ivan, qu’il considère comme un traître pour avoir rejoint la police allemande. Une nuit, cet ancien soupirant débarque chez Lioubotchka pour l’accuser d’avoir «choisi un Ukrainien qui était pour les Boches, de l’engeance de koulak» (245). Quelques jours plus tard, il revient de nouveau, mais cette fois pour lui annoncer la mort de son mari: «“Je viens de tuer ton mari avec ce pistolet! —Non, non! Ce n’est pas vrai! —Maintenant, tu n’as plus de mari!” J’ai cru que j’allais le tuer… lui arracher les yeux…» (245) Lioubotchka se souvient très bien du lendemain matin, où des hommes lui ont rapporté son «Ivan… Sur une luge. Allongé sur son manteau. Il avait les yeux fermés, et un visage d’enfant.» (245) Après avoir appris que les partisans en veulent à sa vie pour avoir été la femme d’un «&lt;em&gt;politzei&lt;/em&gt;» (244), Lioubotchka épouse l’assassin de son mari afin d’assurer la sécurité de son fils. Ensemble, ils auront une fille. Quoiqu’il aimât «les deux enfants de la même façon», le nouvel époux de Lioubotchka, qui était «jaloux du mort», la battait chaque nuit, avant de lui demander pardon tous les lendemains matin. (246) Ils vécurent «quinze ans ensemble, et puis il est tombé gravement malade. Il est mort très vite, en un automne.» (246) Peu de temps avant de mourir, il lui demande si elle l’a aimé, avant de lui avouer:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Moi, je n’ai aimé que toi, toute ma vie. Tellement fort que j’ai eu envie de te tuer quand j’ai appris que j’allais mourir. […] Je ne peux pas supporter l’idée que je vais mourir et que tu auras quelqu’un d’autre. Tu es si belle! (246)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;C’est cette dernière déclaration du partisan qui fait dire à son épouse que «l’amour, c’est un poison.» (244) Cette métaphore du poison, nous la tenons pour une référence directe au second «état d’âme» du monologue, qui est restitué par l’agencement poétique de tous les souvenirs assombris par l’image globalisante que Lioubotchka conserve de l’assassin de son premier mari. Deux significations contraires et universelles de l’amour se dégagent ainsi de ce second monologue. La première, qui est positive, est suggérée par la reconstitution poétique des souvenirs de la relation amoureuse entre Lioubotchka et Ivan. Quant à la seconde signification, elle est attribuable à un amour perverti par une guerre qui donne à un homme dévoré par la jalousie les moyens pratiques de posséder la femme dont il se dit éperdument amoureux.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;C’est finalement la femme de Zinatov qui conclut ce chapitre de &lt;em&gt;La fin de l’homme rouge&lt;/em&gt;, en évoquant, après le second monologue, les quelques souvenirs qu’elle garde de son mari: «La maison, la famille, cela ne l’a jamais intéressé. Il n’y avait que la forteresse, toujours la forteresse…» (247) Que nous révèle le remaniement poétique de ces quelques souvenirs racontés, sinon que Zinatov a défendu la Patrie au prix de sa «capacité d’aimer» (Tarkovski: 232), que Tarkovski tient pour «ce qu’il y a d’éternel et de spécifiquement humain», et qui «peut se développer à l’intérieur de l’âme de chacun, jusqu’à devenir le principe capable de donner un sens à sa vie» (232)? Par l’intermédiaire de Friedman, le premier monologue disait toute la souffrance contenue dans l’&lt;em&gt;âme&lt;/em&gt; de Zinatov depuis son expérience de la guerre; le second nous suggère que cette souffrance même, pour reprendre les mots de Lioubotchka, a fait de l’amour «un poison» en circonscrivant l’ensemble de sa mémoire à l’intérieur de la forteresse de Brest-Litovsk, sous les ruines de laquelle s’est perdu le souvenir de son amour pour ses proches. C’était peut-être ce souvenir que Zinatov cherchait encore désespérément la nuit, «les yeux grands ouverts» (Alexievitch, 2013: 247). Incapable d’oublier la guerre, il «a récolté les pommes de terre, il a mis ses plus beaux vêtements, et il est parti» (248) rejoindre pour une dernière fois la forteresse dans laquelle son &lt;em&gt;âme&lt;/em&gt; est demeurée captive depuis les premières heures du 22 juin 1941.&lt;/p&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;73736&quot; view_mode=&quot;embed_large&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;h4&gt;&lt;strong&gt;Bibliographie&lt;/strong&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;ACKERMAN, Galia et Frédérick LEMARCHAND. 2009. «Du bon et du mauvais usage du témoignage dans l&#039;œuvre de Svetlana Alexievitch» &lt;em&gt;Tumultes&lt;/em&gt;. No 32-33, p.29-55.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;ALEXIEVITCH, Svetlana. 2013. &lt;em&gt;La Fin de l’homme rouge ou Le temps du désenchantement&lt;/em&gt;. Trad. S. Benech. Paris: Actes Sud, coll. «Lettres russes», 544p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;ALEXIEVITCH, Svetlana. «Entretien de Svetlana Alexievitch avec Michel Eltchaninoff» In &lt;em&gt;Œuvres&lt;/em&gt;. Trad. G. Ackerman, P. Lorrain, A. Coldefy-Faucard, P. Lequesne. Paris: Actes sud, coll. «Thesaurus», p.7-15.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;ALEXIEVITCH, Svetlana. &lt;em&gt;La supplication. Tchernobyl, chronique du monde après l’apocalypse&lt;/em&gt;, Trad. A. Ackerman, P. Lorrain. Paris: J’ai lu, 250p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;ARISTOTE. 1990. &lt;em&gt;Poétique&lt;/em&gt;. Paris: Librairie Générale Française, coll. «Le Livre de Poche», 216p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;AUGUSTIN (saint). 1992 [1934]. &lt;em&gt;Les Confessions VIII-XIII&lt;/em&gt;. Trad. E. Tréhorel, G. Bouissou d’après le texte de M. Skutella. Paris: Études augustiniennes, coll. «Bibliothèque augustinienne», 690p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BERGSON, Henri. 2012 [1939]. &lt;em&gt;Matière et mémoire: Essai sur la relation du corps à l’esprit.&lt;/em&gt; Paris: Presses Universitaires de France, coll. «Quadrige», 521p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;FRYE, Northrop. 1970 [1957]. &lt;em&gt;Anatomie de la critique&lt;/em&gt;. Trad. G. Durand. Paris: Éditions Gallimard, coll. «Bibliothèque des sciences humaines», 454p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;PLATON. 1967. &lt;em&gt;Théétète—Parménide&lt;/em&gt;. Trad. É. Chambry. Paris: Garnier, coll. «GF», 309p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;RICŒUR, Paul. 1975. &lt;em&gt;La métaphore vive&lt;/em&gt;. Paris: Seuil, coll. «Points», 411p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;RICŒUR, Paul. 1983. &lt;em&gt;Temps et récit I. L’intrigue et le récit historique&lt;/em&gt;. Paris: Seuil, coll. «Points», 404p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;TARKOVSKI, Andreï. 2014 [1989]. &lt;em&gt;Le Temps scellé&lt;/em&gt;. Trad. A. Kichilov, C. H. de Brantes. Paris: Philippe Rey, coll. «Fugues», 300p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;ZINOVIEV, Alexandre. 1982. &lt;em&gt;Homo Sovieticus&lt;/em&gt;. Trad. Jacques Michaut. Paris: Julliard/L’Âge d’homme, 244p.&lt;/p&gt;

&lt;section  class=&quot;footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed&quot; data-collapsible-show-label=&quot;Notes&quot; data-collapsible-hide-label=&quot;Notes&quot;&gt;&lt;ul class=&quot;footnotes collapsible-content&quot;&gt;&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote1_9u7yy58&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref1_9u7yy58&quot;&gt;1.&lt;/a&gt; Selon le témoin qui utilise cette expression, la culture russe des années 60 est née dans les cuisines, qui ne sont plus seulement le lieu où l’on prépare la nourriture. La cuisine devient «aussi un salon, une salle à manger, un cabinet de travail et une tribune.» (30) C’est à cette époque «que les gens ont quitté les appartements communautaires et ont commencé à avoir des cuisines privées, dans lesquelles on pouvait critiquer le pouvoir, et surtout, ne pas avoir peur, parce qu’on était entre soi.» (30)&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote2_yzzg9ha&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref2_yzzg9ha&quot;&gt;2.&lt;/a&gt; C’est par cette expression que les Soviétiques, et par la suite les Russes, vont désigner le conflit contre l’Allemagne pendant la Deuxième Guerre mondiale. Quant aux historiens, ils se réfèrent à cette période de la guerre par l’appellation «front de l’Est».&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote3_omk8w44&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref3_omk8w44&quot;&gt;3.&lt;/a&gt; Bien que cette expression soit entrée dans le domaine public depuis la propagande soviétique, c’est l’écrivain dissident Alexandre Zinoviev (1983) qui l’a popularisée dans &lt;em&gt;Homo Sovieticus&lt;/em&gt;, un roman satirique percutant.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote4_k2j9q3u&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref4_k2j9q3u&quot;&gt;4.&lt;/a&gt; Comme le mentionne Paul Ricoeur dans &lt;em&gt;Temps et récit&lt;/em&gt;, le concept de &lt;em&gt;mimèsis&lt;/em&gt; chez Aristote désigne en effet «l’activité mimétique, le processus actif d’imiter ou de représenter. Il faut donc entendre imitation ou représentation dans son sens dynamique de mise en représentation, de transposition [de l’action] dans des œuvres représentatives.» (Ricoeur, 1983: 69) Chez Alexievitch, nous postulons que c’est plutôt l’émotion elle-même que l’écrivaine biélorusse cherche ultimement à imiter, ou encore à représenter par le moyen du remaniement «poétique» du déroulement des souvenirs tels qu’ils ont été racontés au moment des témoignages.&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;/section&gt;&lt;/div&gt;
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 <pubDate>Wed, 07 Sep 2022 18:29:22 +0000</pubDate>
 <dc:creator>Sarah Grenier</dc:creator>
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 <title>La portée de l&#039;épithète «gai»: sujets interpelés, sujets touchés</title>
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 <description>&lt;div class=&quot;field field-name-body field-type-text-with-summary field-label-hidden&quot;&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot; property=&quot;content:encoded&quot;&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce que «gai» veut théoriquement dire&lt;/strong&gt;&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref1_y5kho9p&quot; title=&quot;Nous tenons à remercier la personne qui a corrigé ce texte pour ses commentaires judicieux.&quot; href=&quot;#footnote1_y5kho9p&quot;&gt;1&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’étude de la construction identitaire masculine comme celle des rapports sociaux entre hommes hétérosexuels et non hétérosexuels mène souvent à celle de l’emploi de l’épithète «gai» ou de la gamme de termes qui lui sont apparentés&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref2_2rmtqtd&quot; title=&quot;Les termes apparentés, au Québec, sont «tapette», «fif» et «moumoune», pour ne nommer qu’eux. Ils varient ensuite selon les espaces géographiques et les sphères linguistiques. La France connait «pédé», «pédale», «homo» et «tantouze»; les États-Unis et le Canada anglais, «fag», «faggot», et «gay»; la Grande-Bretagne et l’Australie: «poof» et «poofter». Pour alléger le texte, nous n’allons employer que l’acception «épithète gai» ou «gai» pour référer à ce conglomérat de termes, tout en étant consciente que certaines nuances peuvent exister entre eux. Nous retenons «gai» car il représente le terme le plus usité au Québec. Puis nous privilégions l’appellation «épithète», puisqu’elle inclut à la fois l’offense (insulte) et le «jeu».&quot; href=&quot;#footnote2_2rmtqtd&quot;&gt;2&lt;/a&gt;. Cet aboutissement n’est pas étranger au constat de leur utilisation fréquente entre garçons adolescents ou entre hommes. Employés principalement par des garçons et des hommes et quelquefois par des filles et des femmes, ces termes s’adressent exclusivement à des garçons ou hommes –à quelques exceptions près (Burn, 2000; Martino, 1999; Martino et Pallotta-Chiarolli, 2003; Nayak et Kehily, 1996; Pascoe, 2005; Plummer, 1999, 2001)&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref3_lp056n8&quot; title=&quot;Nous comprenons les distinctions corporelles « hommes » et «femmes» comme étant produites par la médecine. Celle-ci effectue également l’assignation initiale «garçon» et «fille», reprise ensuite par les multiples appareils sociaux régulateurs de la distinction. Nous nous joignons à la critique de cette vision dichotomique formulée par de nombreuses personnes féministes, transidentifiées ou intersex(ué)es, préférant une lecture approximative des corps qui soit réceptive à l’identification que privilégient les personnes elles-mêmes. Les études sur les pratiques de l’épithète —y compris la nôtre— ont toutefois présumé jusqu’ici l’absence de sujets transidentifiés et intersexués dans les interactions envisagées. Il a depuis été porté à notre connaissance lors d’échanges informels que des personnes ne s’identifiant pas comme hommes, mais étant perçues comme tels, peuvent être également ciblées.&quot; href=&quot;#footnote3_lp056n8&quot;&gt;3&lt;/a&gt;. Cette pratique s’étend de plus à une diversité de pays, tel qu’en témoignent les terrains des chercheurs-es y ayant consacré leur intérêt.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Même lorsqu’ils ne sont pas les destinataires explicites de ces épithètes (Burn, 2000; Nayak et Kehily, 1996; Pascoe, 2005), des jeunes hommes gais témoignent du fait qu’ils sont ou se sentent particulièrement ciblés par elles (Burn, Kadlec et Rexer, 2005). De leur côté, les garçons et les hommes qui les emploient se défendent généralement de les utiliser dans un sens faisant référence aux hommes gais ou dans l’optique de les diminuer (Bastien-Charlebois, 2009; Burn, 2000; Pascoe, 2005), ce que corroborent certains adultes étant en contact étroit avec des jeunes (Grenier, 2005; Richard, 2013). De leurs propres dires, «gai» et ses termes apparentés désigneraient davantage la «stupidité», la «faiblesse» ou les affinités et comportements «féminins». &amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Cette tension interprétative se transpose chez les chercheurs-es qui, bien que s’entendant sur sa fonction régulatrice, sont en désaccord à propos des sujets impliqués dans l’utilisation de «gai»&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref4_yeu0wpx&quot; title=&quot;Nous centrons notre analyse sur les sujets plutôt que sur les pratiques. Même si ce sont ces dernières qui sont soulignées lors de l’emploi des épithètes, c’est un statut de sujet qu’elles forment et ce sont des sujets qui en sont d’abord affectés.&quot; href=&quot;#footnote4_yeu0wpx&quot;&gt;4&lt;/a&gt;. Ce désaccord s’exprime d’abord sur le profil des personnes sujettes à être ciblées par cette épithète, puis sur la possibilité ou non qu’elle ait une incidence sur des personnes qui n’en sont pas les destinataires. Dans une vision plus minimaliste, défendue par Plummer (1999, 2001), les hommes gais ne sont pas particulièrement ciblés, les épithètes s’adressant davantage aux garçons dont les comportements sont en dehors de la masculinité, mais non forcément féminins. Leur emploi ne participerait que de la construction identitaire masculine et serait indépendant des rapports sociaux entre hommes hétérosexuels et non hétérosexuels, de même qu’entre hommes et femmes. Pascoe (2005, 2007) reprend l’idée que l’ensemble des garçons est susceptible d’être interpelé par ce qu’elle désigne comme le discours «fag» [&lt;em&gt;fag discourse&lt;/em&gt;], principalement sur la base de comportements de genre considérés comme non masculins. À la différence de Plummer cependant, elle ne le dissocie pas entièrement de l’orientation sexuelle ni n’exclut nommément la possibilité qu’il ait une portée sexiste. De plus, elle souligne l’importance de relever les modulations de son emploi selon le statut racisé des émetteurs et des destinataires en mettant en relief les différentes déclinaisons de la masculinité selon l’appartenance aux populations blanches ou afro-américaines. Si elle consacre une partie de son observation terrain à examiner les pratiques sexistes et hétéronormatives des jeunes garçons, elle les analyse en parallèle aux pratiques discursives «fag».&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Martino (1999, 2000), Martino et Pallotta-Chiarolli (2003), ainsi que Nayak et Kehily (1996), ne centrent pas leurs analyses sur les sens et les usages de l’épithète «gai», mais en font une composante des rapports sociaux entre hommes dont ils étudient les divers codes. Relevant les associations persistantes entre l’ «efféminement» et l’homosexualité masculine, ils estiment que «gai» a une portée disciplinaire qui contribue non seulement à former les sujets hommes et hétérosexuels, mais également à reproduire la hiérarchie entre hommes au sein de laquelle les hommes gais et les hommes dits efféminés occupent des positions subalternes: «Nous pouvons voir que les hommes “faibles” sont définis comme “gais”&amp;nbsp;pour consolider le pouvoir et le statut des autres hommes» (Nayak et Kehily, 1996: 220).&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Rares sont les auteurs-es qui vont au-delà des rapports sociaux entre hommes et affirment que les femmes font également partie des sujets indirectement impliqués par les emplois de «gai». Martino (1999, 2000) ainsi que Nayak et Kehily (1996) évoquent rapidement l’idée que les femmes constituent des sujets indirects de l’emploi de l’épithète en raison de sa dévalorisation du féminin, mais ils n’en font pas leur principal objet d’investigation. Dans des écrits antérieurs, nous avons fortement souligné les ressorts (hétéro)sexistes de «gai». Selon nous, bien qu’il cible particulièrement les hommes (soupçonnés d’être) gais et efféminés, il découle d’un découpage et d’une attribution des traits genrés en fonction d’une vision des sexes comme étant complémentaires, vision qui oriente les rapports hommes-femmes et cautionne la domination masculine (Bastien-Charlebois, 2009, 2011a).&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Notre conclusion diffère de celles de Plummer et Pascoe. Comment en arrivons-nous à des résultats différents, ou comment peut-on mieux cerner les sujets interpelés et touchés par l’emploi de l’épithète «gai»? Le commun appui que chaque auteur-e prend sur l’empirie pour comprendre cet emploi nous incite à porter notre attention sur les procédés méthodologiques et analytiques de chacun-e. Si nous adoptons tous une approche qualitative composée d’entrevues individuelles et de groupes semi-directives menées auprès de garçons adolescents, mais n’arrivons pas aux mêmes conclusions, c’est qu’il doit y avoir des différences dans les thématiques abordées de même que dans l’interprétation du matériau. Mobilisées dans cette analyse, les assises théoriques et conceptuelles sont alors également d’importance. Que nous nous concentrions sur les analyses de Plummer et Pascoe est motivé par le fait que ce sont les seuls auteurs à avoir tenté de saisir la portée sémantique et sociale des épithètes dans le milieu de la recherche anglophone, et parce qu’ils sont tous deux abondamment cités&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref5_9hawbl5&quot; title=&quot;Autant cela puisse-t-il surprendre, les écrits savants se référant à la gamme d’épithètes se concentrent surtout sur les effets qu’elles entraînent sur la construction identitaire et l’estime de soi, de même que sur les pratiques pédagogiques. Rares sont celles qui s’attardent sur les dimensions sémantiques et la portée sociale des sens déployés.&quot; href=&quot;#footnote5_9hawbl5&quot;&gt;5&lt;/a&gt;. Nous entamons notre examen avec un bref exposé de notre propre démarche afin de situer l’origine des critiques que nous formulons aux démarches respectives de Plummer et Pascoe.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un déploiement de l’(hétéro)sexisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Notre propre recherche avait pour but de comprendre la diversité des attitudes des garçons adolescents à l’endroit des hommes gais, de même que les pratiques de l’épithète. Les emplois de «gai» y étaient un des thèmes abordés dans les entrevues semi-directives individuelles que nous avons menées auprès de garçons adolescents –toutes orientations sexuelles confondues (Bastien-Charlebois, 2009, 2010, 2011a).&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Notre cadre théorique et conceptuel s’appuie principalement sur celui développé par Rubin (1998) dans «L’économie politique du sexe», où elle établit un lien obligé entre l’oppression des femmes et celle de l’homosexualité. Les conditions de cette oppression sont: la production et la naturalisation des genres «hommes» et «femmes» pourvus de traits et compétences distincts respectivement masculins et féminins, puis complémentaires; la prescription du mariage hétérosexuel; l’hétérosexualité obligatoire; ainsi que la répression des homosexuels hommes et femmes. Prolongeant les réflexions anthropologiques de Lévi-Strauss sur l’échange des femmes entre groupes d’hommes et développant un cadre d’analyse qu’elle nommera «système sexe-genre», elle affirme:&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Les systèmes de parenté reposent sur le mariage [hétérosexuel]. Ils transforment donc des mâles et des femelles en «hommes» et «femmes», chaque catégorie étant une moitié incomplète qui ne peut trouver la plénitude que dans l’union avec l’autre [...]&amp;nbsp;Et ceci exige la répression: chez les hommes, de ce qui est la version locale (quelle qu’elle soit) des traits «féminins», chez les femmes, de ce qui est la définition locale (quelle qu’elle soit) des traits «masculins». (Rubin, 1998: 32)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Après avoir mis en relief l’exigence d’une distinction des traits propres aux femmes et aux hommes pour justifier la division du travail sexué et l’impératif de complémentarité des sexes, Rubin présente les implications que ceci comporte pour l’(homo)sexualité:&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Le genre n’est pas seulement l’identification à un sexe; il entraîne aussi que le désir sexuel soit orienté vers l’autre sexe. La division sexuelle du travail entre en jeu dans les deux aspects du genre –elle les crée homme et femme, et elle les crée hétérosexuels. Le refoulement de la composante homosexuelle de la sexualité humaine, avec son corollaire, l’oppression des homosexuels, est par conséquent un produit du même système qui, par ses règles et ses relations, opprime les femmes. (Rubin, 1998: 33)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Bien que les réseaux d’alliances entre hommes ne s’élaborent plus, dans notre société, à partir d’échanges de femmes entre groupes d’affinités, nous estimons que l’analyse de Rubin expose adéquatement les conditions et les ressorts de l’hétérosexisme&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref6_qkji3x3&quot; title=&quot;Pour une présentation détaillée de notre compréhension de l’hétérosexisme, voir Bastien-Charlebois (2011b).&quot; href=&quot;#footnote6_qkji3x3&quot;&gt;6&lt;/a&gt;. Au-delà des groupes familiaux, les hommes bénéficient toujours globalement de la division sexuelle du travail, et donc des principes de complémentarité et de naturalisation des sexes sur laquelle elle repose&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref7_ig6tw5o&quot; title=&quot;Problématiser la complémentarité des sexes ne signifie pas qu’on exclut d’office l’existence de hiérarchies intragenres. Tel que l’élaborent des auteurs comme Connell (1995) et Connell et Messerschmidt (2005), la hiérarchie intramasculine est un prolongement logique de la hiérarchie homme-femme. Loin de s’opposer, ces analyses peuvent s’arrimer.&quot; href=&quot;#footnote7_ig6tw5o&quot;&gt;7&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Sur le plan méthodologique, nous avons découpé les entrevues que nous avons menées en thèmes permettant de faire ressortir les contrastes par le biais de la comparaison: les représentations des hommes «gais», les expériences interactives avec des hommes gais, les représentations des hommes et des femmes «normatifs», les sens et les usages de «gai». Nous avons de plus effectué les entrevues en étant sensible au possible biais de désirabilité. Sachant que la réprobation sociétale croissante des discriminations flagrantes pousse par moments l’expression de préjugés dans les retranchements de l&#039;équivoque, du démenti et du compte rendu (&lt;em&gt;account&lt;/em&gt;), à des déclinaisons de «je n’ai rien contre, mais …», (Brickell, 2001; Burridge, 2004; Hewitt et Stokes, 1975; Peel, 2001; van Dijk, 1992), nous estimions important d’effectuer des comparaisons intratextuelles au sein d’une même entrevue afin de relever les cohérences ou les contradictions internes. Et comme les participants s’exprimaient pendant environ une heure au sujet des hommes gais, il était possible de saisir avec nuance et précision les positions des jeunes participants au-delà de leurs premières affirmations de principe.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les jeunes que nous avons rencontrés ont certes accordé divers sens à «gai», mais l’associaient principalement à la faiblesse, aux comportements féminins, aux hommes gais, de même qu’à la stupidité. Étaient particulièrement décriés la faiblesse ainsi que les comportements «efféminés», considérés par moments comme artificiels et forcés. Or, au-delà des nuances initiales que plusieurs garçons avançaient en soulignant l’existence d’hommes homosexuels aux traits masculins, des affirmations subséquentes venaient les invalider. Ceux-là mêmes dissociaient force physique et hommes gais, qu’ils ne peuvent imaginer faire du sport de contact. L’efféminement devenait un signe pour reconnaître l’homosexualité, ou encore on le postulait comme nature profonde présente en chaque homme gai. Par ailleurs, les jeunes rencontrés pouvaient difficilement –sauf exception– s’imaginer cette force chez des femmes qui, même masculines, «se la jouent» ou deviennent sexuellement indésirables (Bastien-Charlebois, 2009, 2011a).&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Comme l’affirmation et la démonstration d’une puissance exclusivement masculine/mâle soutiennent le rapport de domination des hommes sur les femmes, tout travail disciplinaire du genre chez les hommes le sert. Malgré le fait que ces pratiques disciplinaires de l’épithète indiquent l’instabilité d’une distinction nette des sexes et des genres (Butler, 2006), la force avec laquelle on l’emploie rend la puissance plus visible que la faiblesse «féminine» qu’on s’applique à chasser des hommes. Les hommes non hétérosexuels, comme les femmes, ne sont peut-être pas (toujours) des sujets directement interpelés par l’épithète, mais ils et elles sont certainement touchés de façon marquée.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un procédé non homophobe de consolidation identitaire masculine&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Muni d’une lunette foucaldienne et adoptant l’approche de la théorie ancrée, Plummer (1999, 2001) a mené une série d’entrevues individuelles semi-directives auprès de jeunes hommes sur le thème de leurs expériences d’enfance, d’adolescence et de jeune adulte, de même que sur celui des comportements de leurs pairs. Cet auteur estime que l’utilisation des épithètes «&lt;em&gt;gay&lt;/em&gt;», «&lt;em&gt;fag&lt;/em&gt;» et «&lt;em&gt;poofter&lt;/em&gt;» participe d’un rite de passage de l’enfance à l’âge adulte chez les hommes, assuré par la construction et l’affirmation d’une masculinité normative. Il s’oppose aux analyses reliant l’homophobie à la misogynie et au sexisme, arguant que les significations de l’épithète ne se réfèrent pas systématiquement à ce qui est désigné comme «féminin» ou propre aux femmes. Empruntant une perspective développementale, il suit le parcours des sens de l’épithète selon l’âge des garçons qui l’utilisent. Il relève que pour qu’un garçon soit ciblé, il doit être associé aux critères suivants: agir comme un bébé, être doux, faible et timide, connaître une maturation lente, agir comme une fille, être studieux et intellectuel, être spécial, être artistique, avoir une apparence différente, ne pas être intégré dans la culture des pairs, être exclu ou solitaire, ne pas se conformer aux attentes des pairs, ne pas faire partie d’équipes sportives importantes, trop se conformer aux attentes des adultes aux dépens de la loyauté envers le groupe de pairs. Puis vient «l’orientation sexuelle?», qu’il ponctue lui-même d’un point d’interrogation pour souligner son doute quant à cette association.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Comme il estime que plusieurs de ces traits ne correspondent pas à ceux attribués aux filles et qu&#039;ils sont plutôt neutres et non masculins, il conclut que c’est d’abord la répudiation de «l’en-dehors» du masculin qui est à la source de l’«homophobie»: «homophobia has its early roots in boyhood otherness –specifically in being different from the collectively authorized expectations of male peers, in lacking stereotypically maculinity and/or in betraying peer group solidarity / &lt;em&gt;&amp;nbsp;L’homophobie plonge ses racines précoces dans ce qui est «autre» aux garçons– ou, précisément dans le fait de différer des attentes collectives autorisées par les pairs (garçons) ainsi que dans celui de manquer de traits masculins stéréotypés ou de trahir la solidarité de ce groups de pairs&lt;/em&gt;» (Plummer, 2001: 21). &amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Plummer ajoute que l’homophobie n’est pas qu’un «simple» préjugé envers les hommes gais, puisqu’elle tend à s’estomper une fois l’âge adulte atteint. S’il était strictement question d’une crainte viscérale de l’homosexualité, celle-ci croitrait lors de l’entrée dans l’âge adulte alors que les sorties du placard se font plus nombreuses: «if homophobia were predominantly an individual prejudice against homosexuals, then it would make sense for the intensity of homophobia to continue increasing as more young men declared their sexual orientation. / &lt;em&gt;Si l’homophobie était principalement un préjugé individuel envers les homosexuels, il tomberait alors sous le sens que son intensité continue à s’accroître tandis que davantage de jeunes hommes déclarent leur orientation sexuelle&lt;/em&gt;» (22). Or, affirme-t-il, l’utilisation d’épithètes homophobes atteint des sommets lorsque la contestation de l’autorité scolaire par les groupes de pairs se fait la plus forte, c’est-à-dire à l’adolescence. L’homophobie appartiendrait donc d’abord à l’histoire développementale des garçons:&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;However, rather than being constructed on an intergender boundary between masculine and feminine, homophobia marks an intragender boundary between masculine stereotypes and the male other […] Thus homophobia targets anything that signifies a lack of allegiance to the collective expectations of male peers –it is much more than heterosexism or a variant of misogyny or a simple prejudice against homosexuals.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;&lt;em&gt;Cependant, plutôt que d’être construite sur une frontière entre le masculin et le féminin, l’homophobie marque une limite intragenre entre les stéréotypes masculins et les hommes «autres» […] Ainsi l’homophobie cible-t-elle tout ce qui sous-tend un manque d’allégeance aux attentes collectives des hommes –c’est beaucoup plus que de l’hétérosexisme ou une variante de la misogynie ou un simple préjugé contre les homosexuels.&lt;/em&gt; (Plummer, 2001: 21)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En formulant un lien accessoire entre l’homophobie et les préjugés individuels envers les personnes (hommes?) homosexuelles, tout en conservant le concept pour l’ancrer sur la régulation de frontières intragenres entre les hommes normatifs et les hommes «autres», Plummer effectue un détournement de sens. Or, malgré les limites de ce concept, il a été produit dans le but exprès d’ouvrir une problématisation des attitudes négatives envers les personnes (hommes) homosexuelles (Bastien- Charlebois, 2011b; Borillo, 2000)&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref8_qilfm8f&quot; title=&quot;Parmi les limites moins souvent nommées se trouve l’androcentrisme, tel qu’exposé par Chamberland et Lebreton (2012).&quot; href=&quot;#footnote8_qilfm8f&quot;&gt;8&lt;/a&gt;. Tout recadrage exige donc minimalement de les conserver comme sujets sociaux premiers et le traitement négatif qu’ils subissent comme objet d’investigation.&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En fait, Plummer n’introduit que faiblement les différents concepts dont il désavoue plus tard la pertinence analytique. Constatant les désaccords autour de l’adéquation d’une étymologie d’«&lt;em&gt;homophobie&lt;/em&gt;» fondée sur un élan psychologique passionnel, il refuse autant de s’en départir que d’en proposer une définition opératoire. En ce qui concerne l’hétérosexisme, il l’invalide avant même d’en exposer la portée, sous le motif que les dynamiques intergenres (hommes-femmes) qu’il met en relief ne rendraient compte ni des dynamiques intragenres, ni de la passion du rejet de certains hommes efféminés et gais, et qu’il centrerait indûment l’analyse sur la sexualité (1999: 9). La misogynie et le sexisme sont de leur côté absents de son cadre théorique et conceptuel initial.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Lorsqu’on fait l’économie d’une exposition des concepts d’homophobie et d’hétérosexisme, le risque est grand de réduire «l’intensité de l’homophobie» aux comportements régulateurs des garçons ainsi qu’à leur utilisation régulière des épithètes «&lt;em&gt;fag&lt;/em&gt;» et «&lt;em&gt;poofter&lt;/em&gt;». On se dispense alors d’outils permettant de saisir l’étendue des comportements (hétéro)sexistes à l’adolescence et à l’âge adulte, puis d’y situer adéquatement les comportements spécifiques qu’on examine. Plummer fait d’ailleurs l’impasse sur le procédé par lequel il juge moins intenses certains comportements se manifestant à l’âge adulte alors que des hommes devenus citoyens de leur société peuvent soutenir tacitement ou proactivement des inégalités juridiques et sociales, rejeter des collègues de travail ou des proches, congédier des employés, inférioriser ponctuellement des personnes non hétérosexuelles devant leurs enfants, réguler le comportement de leurs enfants garçons afin qu’ils ne soient pas des «tapettes» ou rejeter ces enfants s’ils s’avèrent être non hétérosexuels-les. &amp;nbsp;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Sur le plan empirique, l’affirmation d’un lien accessoire entre les comportements régulateurs ayant cours chez les hommes et l’orientation non hétérosexuelle de certains d’entre eux s’opère sans examen préalable de ces deux dimensions. Plummer n’explore pas les représentations des hommes gais, et encore moins celles des femmes ou des comportements dits féminins. Pourtant, seule une démarche comparative aurait permis de statuer sur la présence ou l’absence de liens entre eux, sans compter la nécessité de réfléchir aux modes selon lesquels ils opèrent. De plus, on ne peut mettre à l’écart une portée (hétéro)sexiste à ces comportements régulateurs si on ne présente ni n’examine comment le sexisme agit sur les sujets femmes, si on ne présente pas les travaux et les réflexions de chercheures telles que Rubin (1998) établissant des liens entre les comportements régulateurs du genre et de la sexualité. &amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;S’il est juste que des comportements d’emblée non marqués comme féminins ou masculins sont désavoués à travers la régulation du genre chez les hommes, on ne peut s’abstenir d’en faire l’examen minutieux si l’on veut bien comprendre ce qu’ils signifient, ainsi que saisir leur portée. Certains des traits énumérés par Plummer sont évasifs: «agir comme un bébé», «avoir une apparence différente» et «ne pas se conformer aux attentes des pairs» ne signifient pas grand-chose. Qui plus est, ce qui déplaît en chacun d’eux demeure sans réponse. En quoi «être studieux et intellectuel» ou «connaître une maturation lente» ou «trop se conformer aux attentes des adultes aux dépens de la loyauté envers le groupe de pairs», pour ne nommer qu’eux, posent-ils problème? Martino (1999) et Nayak et Kehily (1996) offrent une réponse à certains de ces traits non approfondis à partir de leurs propres recherches empiriques auprès de garçons adolescents, nommément la conformité aux attentes des adultes, qui trahissent aux yeux des répondants une faiblesse et une soumission qui ne siéraient qu’aux femmes, les hommes devant plutôt affirmer force et contrôle. Avant de conclure à une absence de lien entre la tension intergenre où le féminin associé aux femmes est répudié et intragenre où l’orientation non hétérosexuelle est désavouée, il faut donc s’appliquer à comprendre ce que ces traits et comportements signifient pour les garçons les ayant nommés. Aller au bout de ces sens donne un portrait plus riche de la situation et offre de meilleures prises pour la théorisation.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une régulation du genre chez les garçons&amp;nbsp;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;De son côté, Pascoe (2005, 2007) s’inspire de la pensée de Butler et de la théorie queer pour effectuer son analyse. Elle mobilise les concepts &amp;nbsp;de matrice hétérosexuelle de même que celui de position abjecte développés par Butler (2006, 2009), puis priorise l’hétéronormativité sur l’hétérosexisme et l’homophobie. Guidée également par l’approche de la théorie ancrée, elle a mené des observations en milieu scolaire, de même qu’une série d’entrevues individuelles semi-directives. Elle introduisait l’étude aux participants en affirmant «écrire un livre à propos des garçons», puis les questionnait sur «qu’est-ce qu’une tapette?» [«&lt;em&gt;what is a fag?&lt;/em&gt;»]. Le thème examiné n’était pas l’identité gaie, mais le «&lt;em&gt;fag-discourse&lt;/em&gt;» comme inscripteur de position abjecte.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Elle souligne le fait que des jeunes garçons insistent sur la dissociation entre «&lt;em&gt;fag&lt;/em&gt;» et homosexuel et s’y rallie elle-même: «“tapette [&lt;em&gt;fag&lt;/em&gt;]”’peut certes avoir plusieurs significations qui ne correspondent pas forcément à ses connotations d’insulte homophobe, mais existent plutôt à ses côtés. Certains garçons se sont appliqués à souligner que “tapette” n’avait pas de lien avec la sexualité / «“fag” &lt;em&gt;does have multiple meanings which do not necessarily replace its connotations as a homophobic slur, but rather exist alongside. Some boys took pains to say that ‘fag’ is not about sexuality&lt;/em&gt;» (2005: 336)&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref9_0m38u4t&quot; title=&quot;L’objet de son étude est l’emploi du terme «fag», mais elle se réfère brièvement à celui de «gay». Le point commun principal entre les deux serait la référence aux pratiques de genre non masculines, mais l’auteure relève néanmoins des nuances: «gay» peut signifier stupide alors que ce ne serait pas le cas de «fag». De même, «gay» peut s’appliquer à des objets tandis que «fag» ne le peut pas.&quot; href=&quot;#footnote9_0m38u4t&quot;&gt;9&lt;/a&gt;. Selon elle, «&lt;em&gt;fag&lt;/em&gt;» est une insulte générique châtiant l’incompétence, la faiblesse et tout autre trait considéré comme impropre aux hommes. Elle se fie à la distinction effectuée entre ces significations et l’orientation homosexuelle, car certains jeunes garçons qu’elle a rencontrés n’associeraient pas nécessairement les hommes gais avec l’efféminement et sauraient «that they are not supposed to call homosexual boys “fag” because that is mean» / «&lt;em&gt;qu’ils ne sont pas censés appeler les garçons homosexuels “tapette”, parce que c’est méchant&lt;/em&gt;» (2005: 342).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Son analyse des usages de «&lt;em&gt;fag&lt;/em&gt;» l’amène à la conclusion qu’il n’est pas possible de confondre l’homophobie avec eux, bien qu’elle en soit une composante. Elle redoute les analyses superficielles qui, selon elle, seraient souvent faites de l’épithète, que l’on décrirait comme homophobe sans en étudier les éléments genrés: «homophobia is too facile a term with which to describe the deployment of «fag» as an epithet» /&lt;em&gt; l’homophobie est un terme trop simpliste pour décrire de déploiement de l’épithète «tapette»&lt;/em&gt; (2005: 330)&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref10_xfndpym&quot; title=&quot;Pascoe (2005) redoute qu’en se contentant de désigner l’utilisation de l’épithète «gai» comme insulte &amp;nbsp;«homophobe», on évacue sa dimension genrée et naturalise par le fait même son emploi par les garçons.&quot; href=&quot;#footnote10_xfndpym&quot;&gt;10&lt;/a&gt;. Cela pour les raisons suivantes: le terme peut être appliqué aux hommes gais, mais pas aux lesbiennes; il est presque exclusivement employé par des garçons et non par des filles; il dépasse les hommes gais et circule «telle une patate chaude» dans les interactions quotidiennes des garçons adolescents indépendamment de leur orientation sexuelle; et parce que ses significations varient selon les cultures&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref11_ikeqr0b&quot; title=&quot;Chez les Blancs états-uniens, le soin apporté à la présentation de soi ainsi qu’un intérêt porté à la danse est susceptible de recueillir l’épithète «fag», mais ce n’est pas le cas chez les Noirs états-uniens pour qui le style, la propreté des vêtements et l’art de la danse sont finement cultivés.&quot; href=&quot;#footnote11_ikeqr0b&quot;&gt;11&lt;/a&gt;. L’épithète, affirme Pascoe, a une fonction disciplinaire s’appliquant aux comportements genrés des garçons: «“fag” may be used as a weapon with which to temporarily assert one’s masculinity by denying it to others» / &lt;em&gt;«“tapette” peut être utilise comme une arme par laquelle on peut temporairement affirmer sa masculinité en niant celle des autres»&lt;/em&gt; (2005: 342). Rejoignant la perspective de Butler sur la production de positions inintelligibles et abjectes servant à asseoir un référent normatif, Pascoe (2005) présente le «&lt;em&gt;fag&lt;/em&gt;» comme un «spectre menaçant» qui se situe hors de la masculinité, mais qui est instrumental dans la construction de celle-ci. Tout garçon peut devenir «fag» et doit constamment performer une masculinité référentielle pour y échapper: «The fag is an “abject” position, a position outside of masculinity that actually constitutes masculinity. Thus, masculinity, in part becomes the daily interactional work of repudiating the “threatening specter” of the fag» / &lt;em&gt;«La tapette est une position “abjecte”, une position extérieure à la masculinité qui sert à la constituer. Par conséquent, la masculinité est en partie le travail interactif quotidien de répudiation du “spectre menaçant” de la tapette» &lt;/em&gt;(2005: 342).&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le mérite de la démarche de Pascoe est de s’appuyer sur des analyses relevant déjà avec force les articulations du sexe, du genre et du désir. Au contraire de Plummer, elle ne porte pas avec elle un concept central laissé flou qu’elle déracinerait ensuite de sa visée heuristique. Cependant, elle ne précise pas ce qu’elle entend par homophobie, dont elle affirme à plusieurs reprises la déliaison d’avec le discours «&lt;em&gt;fag&lt;/em&gt;». Tout au plus peut-on déduire de ses propos qu’elle l’associe aux attitudes négatives à l’endroit des personnes homosexuelles, autant femmes que hommes. En cette matière, la dimension principalement genrée de cette épithète occasionnellement destinée aux garçons non hétérosexuels est bien démontrée à travers le matériau que soumet Pascoe, soutenant ainsi la thèse de Butler selon laquelle le sexe, le genre et le désir ne peuvent être envisagés isolément, étant reliés à des réseaux d’intelligibilité ou d’inintelligibilité. Aussi ne peut-on effectivement pas réduire l’utilisation de cette épithète à la seule «homophobie» ou à des comportements négatifs à l’endroit d’une personne sur la base de son orientation sexuelle.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Nous remettons cependant en question la dissociation complète de l’orientation sexuelle de l’épithète lorsque les jeunes n’y font pas expressément allusion, car elle repose sur un raccourci méthodologique et interprétatif. Tout d’abord méthodologique, puisqu’on ne peut conclure que les comportements dits féminins ou efféminés chez les hommes sont dissociés de l’orientation sexuelle sans également examiner avec soin les représentations que se font les participants des hommes gais. L’absence de comparaison chez Plummer se répète chez Pascoe, qui n’a pas invité ses participants à développer leurs pensées sur ceux-ci. Par conséquent, elle n’a pour matériau sur les représentations que se font les garçons des hommes gais que ces quelques instances où ils les évoquent. Qui plus est, elle ne les examine pas avec la même rigueur critique qu’elle applique à d’autres dimensions de la recherche. C’est au pied de la lettre qu’elle prend les démentis de jeunes quant à la portée sémantique de l’épithète, leur assurance de savoir distinguer les hommes gais de l’efféminement, de même que leur défense de ne pas vouloir s’en prendre aux hommes gais car ils sauraient que «c’est méchant»&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref12_d5puc31&quot; title=&quot;Le fait est d’autant plus étrange que Pascoe (2005) dépeint l’école qu’ils fréquentent comme étant particulièrement fermée à l’homosexualité, des élèves jusqu’aux administrateurs.&quot; href=&quot;#footnote12_d5puc31&quot;&gt;12&lt;/a&gt;. De la même manière, elle accepte sans réserve la profession d’une appréciation des lesbiennes chez ces garçons, écartant l’infériorisation que représente l’objectification qu’ils pratiquent à leur égard.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Nous n’affirmons pas en retour que les jeunes désirent forcément et délibérément cacher certaines choses, mais les pratiques de démentis ont été suffisamment analysées pour soulever un doute critique. Notre propre démarche de cueillette de données a mis à jour de fréquentes contradictions chez des participants qui professaient initialement une ouverture à l’endroit des hommes gais ou soutenaient reconnaître que l’orientation sexuelle et le genre sont des dimensions distinctes, mais qui émettaient plus tard quelques caractérisations négatives ou associaient hommes gais et efféminement (Bastien- Charlebois, 2009, 2011a, 2011b). Que ceci soit le résultat d’un biais de désirabilité ou l’expression d’un biais inconscient importe peu, ce qui compte est la permanence et la force du lien. Supposer que les hommes authentiques ne sont pas efféminés, mais que les hommes gais le sont tous au moins un peu, signifie que l’association entre le genre et l’orientation sexuelle est toujours là, même si elle n’est pas présente à l’esprit de la personne qui engage l’épithète.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ces sujets que «gai» interpelle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Une sensibilité aux discours de justification répandus chez les membres de groupes dominants devrait éveiller nos réflexes critiques et nous inciter à creuser les réponses offertes. Au minimum, nous devrions par pur pragmatisme examiner tous les référents impliqués –ici par exemple, les épithètes «&lt;em&gt;fag&lt;/em&gt;», «tapette», «&lt;em&gt;poofter&lt;/em&gt;», «gai», d’une part, et les hommes gais de l’autre– avant de pouvoir établir des associations ou des dissociations entre eux. De la même manière, pouvoir conclure qu’une &lt;em&gt;pratique&lt;/em&gt; (encore une fois, l’utilisation de l’épithète) entraine un &lt;em&gt;effet &lt;/em&gt;quelconque (le développement identitaire des garçons, l’infériorisation des hommes gais, l’infériorisation des femmes), exige de définir clairement ces &lt;em&gt;deux&lt;/em&gt; parties. Nous ne pouvons statuer si la gamme des épithètes que nous étudions concourt à l’homophobie, l’hétérosexisme ou le sexisme si nous ne déterminons ni ne justifions notre définition opérationnelle de ces formes d’oppression.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Relever des liens «inavoués» entre une pratique et des effets infériorisants ne revient pas à présumer une malhonnêteté chez les sujets participants. Certains de ces liens ne sont simplement pas toujours présents à la conscience. De plus, qu’un sujet social ne soit pas nommé ni présent à la conscience ne signifie pas qu’il ne soit pas visé par certains propos que l’on tient. Nous pouvons le remarquer dans nombre d’autres situations, telles que ces occasions où des parents projettent sur de jeunes enfants de sexe différent un «petit couple» hétérosexuel, ou ces nombreuses fois où parents, proches et enseignants présumeront chez leurs élèves et étudiants une orientation hétérosexuelle. L’homosexualité pourrait ne jamais être interpelée directement dans chacune de ces instances, mais cela ne signifie pas qu’elle n’est pas impliquée. Attribuer des trajectoires exclusivement hétérosexuelles aux jeunes sous-tend une dévalorisation de la non-hétérosexualité, qu’on ne saurait envisager dans l’horizon des amours valides.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Outre l’absence à la conscience, il y a aussi les tensions cognitives. S’il est vrai que les hommes gais sont davantage reconnus dans leur diversité et que plusieurs jeunes affirmeront qu’ils peuvent envisager des hommes gais masculins, cette représentation entre en conflit avec l’idée largement répandue selon laquelle hommes et femmes sont différents et, par destinée, complémentaires.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Un élément manque cependant à l’ensemble de ces recherches, y compris la nôtre. On n’examine nulle part la portée du sens de «stupidité» souvent associé avec l’épithète «gai». Il conviendrait de solliciter quelques cas de figure où un jugement de stupidité est considéré comme valide. Dans un second temps, nous pourrions examiner en quoi l’épithète «gai» est plus intéressante que «stupide», qui décrit plus clairement la situation. Nous suggérons un dernier filon d’investigation, qui prendrait la pratique &lt;em&gt;a contrario&lt;/em&gt;. Cela se traduirait par des interrogations sur l’attachement à l’épithète, notamment en explorant les raisons pour lesquelles le mot leur apparaît plus adéquat que les divers sens qu’il colporte.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Nous disposons néanmoins de suffisamment de matériau et d’analyses antérieures exposant les liens entre sexisme et hétérosexisme –ou entre le corps sexué, les identités et pratiques de genre, puis les sexualités– pour confirmer l’effet qu’entraînent ces épithètes sur les hommes non hétérosexuels et non conformes dans le genre, de même que sur les femmes hétérosexuelles et non hétérosexuelles, ainsi que non conformes dans le genre. Tous-tes bénéficieraient donc d’actions visant à contrer cette pratique régulatoire. Si l’on peut se questionner sur la valeur explicative d’une conclusion où tous les sujets humains, au final, sont touchés par une pratique, il faut cependant se garder de présumer qu’on projette une situation de symétrie du pouvoir. L’impact de cette pratique varie selon les appartenances sociales, appuyant le privilège de certains et vulnérabilisant la position d’autres. Tous-tes subissent certes une contrainte plus ou moins marquée, mais tous-tes n’y remportent pas les mêmes gains matériels et symboliques. Reste maintenant à cerner les effets différentiels. Pour ce projet, nous invitons à un élargissement de la réflexion sur la portée et des effets de cette épithète sur les personnes transidentifiées et intersex(ué)es. Les personnes assignées femmes et conservant cette assignation ne sont pas les seuls sujets touchés par l&#039;hétérosexisme.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Références&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BASTIEN-CHARLEBOIS, Janik. 2011a. &lt;em&gt;La virilité en jeu: perception de l’homosexualité masculine par les garçons adolescents&lt;/em&gt;, Québec: Septentrion.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;______. 2011b. «Au-delà de la phobie de l’homo:&amp;nbsp;quand le concept d’homophobie porte ombrage à la lutte contre l’hétérosexisme et l’hétéronormativité», &lt;em&gt;Reflets : Revue d’intervention sociale et communautaire&lt;/em&gt;, vol. 17, no 1, p. 112-149.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;______. 2010. «&quot;L’homophobie naturelle&quot; des garçons adolescents: essor et ressorts d’explications déterministes»,&lt;em&gt; Cahiers de recherche sociologique&lt;/em&gt;, no 49, p. 181-201.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;______. 2009. «Insultes ou simples expressions? Les déclinaisons de «gai» dans le parler des garçons adolescents», dans &lt;em&gt;Diversité sexuelle et constructions de genre&lt;/em&gt;, sous la dir. de Line CHAMBERLAND, Bly W. FRANK et Janice RISTOCK, Québec: Presses de l’Université du Québec, p. 51-74.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BORILLO, Daniel. 2000. &lt;em&gt;L’homophobie&lt;/em&gt;, coll. «Que sais-je», Paris: Presses Universitaires de France.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BRICKELL, Chris. 2001. «Whose “Special Treatment”? Heterosexism and the Problems with Liberalism», Sexualities, vol. 4, p. 211-235.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BURN, Shawn Meghan. 2000. «Heterosexuals’ Use of “Fag” and “Queer” to Deride One Another: A Contributor to Heterosexism and Stigma», Journal of Homosexuality, vol. 40, p. 1-11.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BURN, Shawn Meghan, Kelly KADLEC et Ryan REXER. 2005. «Effects of Subtle Heterosexism on Gays, Lesbians, and Bisexuals», &lt;em&gt;Journal of Homosexuality&lt;/em&gt;, vol. 49, p. 23-38.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BURRIDGE, Joseph. 2004. «&quot;I&#039;m not Homophobic But...&quot;: Disclaiming in Discourse Resisting Repeal of Section 28», &lt;em&gt;Sexualities&lt;/em&gt;, vol. 7, p. 327-344.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BUTLER, Judith. 2009 [2005]. &lt;em&gt;Ces corps qui comptent: de la matérialité et des limites discursives du sexe&lt;/em&gt;, trad. de l&#039;anglais par Charlotte Nordmann Paris: Amsterdam.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;______. 2006 [1990]. &lt;em&gt;Trouble dans le genre. Le féminisme et la subversion de l’identité&lt;/em&gt;, trad. de l’anglais par Cynthia Kraus, Paris: La Découverte, coll. «Poche».&lt;/p&gt;&lt;p&gt;CHAMBERLAND, Line et Christelle LEBRETON. 2012. «Réflexions autour de la notion d’homophobie : succès politique, malaises conceptuels et application empirique», &lt;em&gt;Nouvelles Questions Féministes&lt;/em&gt;, vol. 31, no 1, p. 27-43.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;CONNELL, Raewyn. 1995. &lt;em&gt;Masculinities&lt;/em&gt;, Berkeley: University of California Press.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;CONNELL, Raewyn. W. et James W. MESSERSCHMIDT. 2005. «Hegemonic Masculinity: Rethinking the Concept», &lt;em&gt;Gender &amp;amp; Society&lt;/em&gt;, vol. 19, no 6, p. 829-859.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Van DIJK, Teun A. 1992. «Discourse and the Denial of Racism», &lt;em&gt;Discourse and Society&lt;/em&gt;, vol. 3, p. 97-118.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;GRENIER, Alain. 2005. &lt;em&gt;Jeunes, homosexualité et école: rapport synthèse de l’enquête exploratoire sur l’homophobie dans les milieux jeunesse de Québec&lt;/em&gt;, Québec: GRIS-Québec.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;HEWITT, John P. et Randall STOKES. 1975. «Disclaimers», &lt;em&gt;American Sociological Review&lt;/em&gt;, vol. 40, p. 1-11.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;MARTINO, Wayne. 2000. «Policing Masculinities: Investigating the Role of Homophobia and Heteronormativity in the Lives of Adolescent School Boys», &lt;em&gt;The Journal of Men’s Studies&lt;/em&gt;, vol. 8, no 2, p. 213‑236.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;______. 1999. «Cool Boys, “Party Animals”, “Squids” and “Poofters”: Interrogating the Dynamics and Politics of Adolescent Masculinities in School», &lt;em&gt;British Journal of Sociology of Education&lt;/em&gt;, vol. 20, p. 239-263.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;MARTINO, Wayne et Maria PALLOTTA-CHIAROLLI. 2003. &lt;em&gt;So What’s a Boy? Adressing Issues of Masculinity and Schooling&lt;/em&gt;, Philadelphia: Open University Press.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;NAYAK, Anoop et Mary Jane KEHILY. 1996. «Playing it Straight: Masculinities, Homophobias and Schooling», &lt;em&gt;Journal of Gender Studies&lt;/em&gt;, vol. 5, p. 211-230.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;PASCOE, C. J. 2007. &lt;em&gt;Dude, You’re a Fag: Masculinity and Sexuality in High Schoo&lt;/em&gt;l, Berkeley: University of California Press.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;______. 2005. «“Dude, You&#039;re a Fag“: Adolescent Masculinity and the Fag Discourse», &lt;em&gt;Sexualities&lt;/em&gt;, vol. 8, p. 329-346.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;PEEL, Elizabeth. 2001. «Mundane Heterosexism: Understanding Incidents of the Everyday», &lt;em&gt;Women’s Studies International Forum&lt;/em&gt;, vol. 24, p. 541-554.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;PLUMMER, David C. 2001. «The Quest for Modern Manhood: Masculine Stereotypes, Peer Culture and the Social Significance of Homophobia», &lt;em&gt;Journal of Adolescence&lt;/em&gt;, vol. 24, no 1, p. 15-23.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;______. 1999. &lt;em&gt;One of the Boys: Masculinity, Homophobia, and Modern Manhood&lt;/em&gt;, coll. «Haworth gay &amp;amp; lesbian studies», New York : Harrington Park Press.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;RICHARD, Gabrielle. 2013. «La délicatesse nécessaire à l’intervention en matière d’orientation sexuelle : récits de pratiques d’enseignantes et d’enseignants du secondaire», &lt;em&gt;Reflets, revue d’intervention sociale et communautaire&lt;/em&gt;, vol. 19, no 1, p. 119.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;RUBIN, Gayle. 1998 [1975]. &lt;em&gt;L’économie politique du sexe. Transactions sur les femmes et systèmes de sexe/genre&lt;/em&gt;, trad. de l’anglais par Nicole-Claude Mathieu, Cahiers du Cedref, no&amp;nbsp;7.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;

&lt;section  class=&quot;footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed&quot; data-collapsible-show-label=&quot;Notes&quot; data-collapsible-hide-label=&quot;Notes&quot;&gt;&lt;ul class=&quot;footnotes collapsible-content&quot;&gt;&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote1_y5kho9p&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref1_y5kho9p&quot;&gt;1.&lt;/a&gt; Nous tenons à remercier la personne qui a corrigé ce texte pour ses commentaires judicieux.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote2_2rmtqtd&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref2_2rmtqtd&quot;&gt;2.&lt;/a&gt; Les termes apparentés, au Québec, sont «tapette», «fif» et «moumoune», pour ne nommer qu’eux. Ils varient ensuite selon les espaces géographiques et les sphères linguistiques. La France connait «pédé», «pédale», «homo» et «tantouze»; les États-Unis et le Canada anglais, «&lt;em&gt;fag&lt;/em&gt;», «&lt;em&gt;faggot&lt;/em&gt;», et «&lt;em&gt;gay&lt;/em&gt;»; la Grande-Bretagne et l’Australie: «&lt;em&gt;poof&lt;/em&gt;» et «&lt;em&gt;poofter&lt;/em&gt;». Pour alléger le texte, nous n’allons employer que l’acception «épithète gai» ou «gai» pour référer à ce conglomérat de termes, tout en étant consciente que certaines nuances peuvent exister entre eux. Nous retenons «gai» car il représente le terme le plus usité au Québec. Puis nous privilégions l’appellation «épithète», puisqu’elle inclut à la fois l’offense (insulte) et le «jeu».&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote3_lp056n8&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref3_lp056n8&quot;&gt;3.&lt;/a&gt; Nous comprenons les &lt;em&gt;distinctions corporelles&lt;/em&gt; « hommes » et «femmes» comme étant produites par la médecine. Celle-ci effectue également l’assignation initiale «garçon» et «fille», reprise ensuite par les multiples appareils sociaux régulateurs de la distinction. Nous nous joignons à la critique de cette vision dichotomique formulée par de nombreuses personnes féministes, transidentifiées ou intersex(ué)es, préférant une lecture approximative des corps qui soit réceptive à l’identification que privilégient les personnes elles-mêmes. Les études sur les pratiques de l’épithète —y compris la nôtre— ont toutefois présumé jusqu’ici l’absence de sujets transidentifiés et intersexués dans les interactions envisagées. Il a depuis été porté à notre connaissance lors d’échanges informels que des personnes ne s’identifiant pas comme hommes, mais étant perçues comme tels, peuvent être également ciblées.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote4_yeu0wpx&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref4_yeu0wpx&quot;&gt;4.&lt;/a&gt; Nous centrons notre analyse sur les sujets plutôt que sur les pratiques. Même si ce sont ces dernières qui sont soulignées lors de l’emploi des épithètes, c’est un statut de sujet qu’elles forment et ce sont des sujets qui en sont d’abord affectés.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote5_9hawbl5&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref5_9hawbl5&quot;&gt;5.&lt;/a&gt; Autant cela puisse-t-il surprendre, les écrits savants se référant à la gamme d’épithètes se concentrent surtout sur les effets qu’elles entraînent sur la construction identitaire et l’estime de soi, de même que sur les pratiques pédagogiques. Rares sont celles qui s’attardent sur les dimensions sémantiques et la portée sociale des sens déployés.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote6_qkji3x3&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref6_qkji3x3&quot;&gt;6.&lt;/a&gt; Pour une présentation détaillée de notre compréhension de l’hétérosexisme, voir Bastien-Charlebois (2011b).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote7_ig6tw5o&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref7_ig6tw5o&quot;&gt;7.&lt;/a&gt; Problématiser la complémentarité des sexes ne signifie pas qu’on exclut d’office l’existence de hiérarchies intragenres. Tel que l’élaborent des auteurs comme Connell (1995) et Connell et Messerschmidt (2005), la hiérarchie intramasculine est un prolongement logique de la hiérarchie homme-femme. Loin de s’opposer, ces analyses peuvent s’arrimer.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote8_qilfm8f&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref8_qilfm8f&quot;&gt;8.&lt;/a&gt; Parmi les limites moins souvent nommées se trouve l’androcentrisme, tel qu’exposé par Chamberland et Lebreton (2012).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote9_0m38u4t&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref9_0m38u4t&quot;&gt;9.&lt;/a&gt; L’objet de son étude est l’emploi du terme «&lt;em&gt;fag&lt;/em&gt;», mais elle se réfère brièvement à celui de «&lt;em&gt;gay&lt;/em&gt;». Le point commun principal entre les deux serait la référence aux pratiques de genre non masculines, mais l’auteure relève néanmoins des nuances: «&lt;em&gt;gay&lt;/em&gt;» peut signifier stupide alors que ce ne serait pas le cas de «&lt;em&gt;fag&lt;/em&gt;». De même, «&lt;em&gt;gay&lt;/em&gt;» peut s’appliquer à des objets tandis que «&lt;em&gt;fag&lt;/em&gt;» ne le peut pas.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote10_xfndpym&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref10_xfndpym&quot;&gt;10.&lt;/a&gt; Pascoe (2005) redoute qu’en se contentant de désigner l’utilisation de l’épithète «gai» comme insulte &amp;nbsp;«homophobe», on évacue sa dimension genrée et naturalise par le fait même son emploi par les garçons.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote11_ikeqr0b&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref11_ikeqr0b&quot;&gt;11.&lt;/a&gt; Chez les Blancs états-uniens, le soin apporté à la présentation de soi ainsi qu’un intérêt porté à la danse est susceptible de recueillir l’épithète «&lt;em&gt;fag&lt;/em&gt;», mais ce n’est pas le cas chez les Noirs états-uniens pour qui le style, la propreté des vêtements et l’art de la danse sont finement cultivés.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote12_d5puc31&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref12_d5puc31&quot;&gt;12.&lt;/a&gt; Le fait est d’autant plus étrange que Pascoe (2005) dépeint l’école qu’ils fréquentent comme étant particulièrement fermée à l’homosexualité, des élèves jusqu’aux administrateurs.&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;Notre propre recherche avait pour but de comprendre la diversité des attitudes des garçons adolescents à l’endroit des hommes gais, de même que les pratiques de l’épithète. Les emplois de «gai» y étaient un des thèmes abordés dans les entrevues semi-directives individuelles que nous avons menées auprès de garçons adolescents –toutes orientations sexuelles confondues (Bastien-Charlebois, 2009, 2010, 2011a). &lt;/div&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&lt;span class=&quot;biblio-authors&quot; &gt;&lt;a href=&quot;/en/biblio?f%5Bauthor%5D=7001&quot; rel=&quot;nofollow&quot;&gt;Bastien-Charlebois, Janik&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;. 2016. “&lt;a href=&quot;/en/biblio/la-portee-de-lepithete-gai-sujets-interpeles-sujets-touches&quot;&gt;&lt;span class=&quot;biblio-title&quot; &gt;La portée de l&#039;épithète «gai»: sujets interpelés, sujets touchés&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;”. Available online: l’Observatoire de l’imaginaire contemporain. &amp;lt;&lt;a href=&quot;https://oic.uqam.ca/en/articles/la-portee-de-lepithete-gai-sujets-interpeles-sujets-touches&quot;&gt;https://oic.uqam.ca/en/articles/la-portee-de-lepithete-gai-sujets-interpeles-sujets-touches&lt;/a&gt;&amp;gt;. Accessed on May 1, 2023. Source: (&lt;span  style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;Féminismes et luttes contre l&#039;homophobie: de l&#039;apprentissage à la subversion des codes&lt;/span&gt;. 2016. Montréal: Institut de recherches et d&#039;études féministes (IREF). coll. Agora, vol. Cahier de l&#039;IREF).&lt;span class=&quot;Z3988&quot; title=&quot;ctx_ver=Z39.88-2004&amp;amp;rft_val_fmt=info%3Aofi%2Ffmt%3Akev%3Amtx%3Adc&amp;amp;rft.title=La+port%C3%A9e+de+l%26%23039%3B%C3%A9pith%C3%A8te+%C2%ABgai%C2%BB%3A+sujets+interpel%C3%A9s%2C+sujets+touch%C3%A9s&amp;amp;rft.isbn=978-2-922045-47-5&amp;amp;rft.date=2016&amp;amp;rft.volume=Cahier+de+l%26%23039%3BIREF&amp;amp;rft.aulast=Bastien-Charlebois&amp;amp;rft.aufirst=Janik&amp;amp;rft.pub=Institut+de+recherches+et+d%26%23039%3B%C3%A9tudes+f%C3%A9ministes+%28IREF%29&amp;amp;rft.place=Montr%C3%A9al&quot;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
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 <pubDate>Fri, 25 Mar 2022 13:42:45 +0000</pubDate>
 <dc:creator>Alexia Giroux</dc:creator>
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 <title>Détours et silences du poème pour dire l’histoire chez Édouard Glissant et Layli Long Soldier</title>
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot; property=&quot;content:encoded&quot;&gt;&lt;h4&gt;&amp;nbsp;&lt;/h4&gt;&lt;h4&gt;&lt;u&gt;Présentation de la communication&lt;/u&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;Pour les poètes Édouard Glissant et Layli Long Soldier, il s&#039;agit simultanément de résister à l&#039;imposition d&#039;un discours officiel qui ne prend pas en compte les perspectives de leurs ancêtres et de proposer un rapport à l&#039;histoire qui compose avec un passé parcellaire car fait de silences et d&#039;oublis. Ces silences sont ceux des archives perdues tout comme des témoignages impossibles du fait du trauma colonial. La poésie a alors vocation à créer une nouvelle mémoire en explorant les zones d&#039;ombre du passé pour se les réapproprier et en faire une source de création. Cette approche est intimement liée au travail de la langue: le poème devient un espace qui fait coexister évocation et dérobement, dire et non-dire, oubli et remémoration. Le langage poétique est mis en tension pour signifier sans pour autant dire le passé perdu. En témoignent le motif du cri qui traverse de part en part &lt;em&gt;Le Sel noir &lt;/em&gt;et l&#039;évocation récurrente de l&#039;indicible chez Layli Long Soldier. Dans les deux cas, ce qui est perdu est central et devient source de la parole poétique sans pour autant être complètement révélé. Les deux poètes jouent des détours et des silences pour signifier le passé oublié si bien que celui-ci prend forme et devient un élément structurant des recueils. L&#039;exploration de cette part de l&#039;histoire devient alors un moyen pour tracer un chemin d&#039;expression nouveau, fidèle à la mémoire de leurs communautés. C&#039;est ce chemin que cette communication se propose d&#039;analyser en comparant la manière dont le traitement de la question du manque et de l&#039;oubli chez ces deux poètes donne forme à leur parole poétique.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;&lt;u&gt;Archive vidéo de la communication&lt;/u&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;&lt;iframe allow=&quot;accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;315&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/3za2Nl1Yfng&quot; title=&quot;YouTube video player&quot; width=&quot;560&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&lt;p&gt;Pour les poètes Édouard Glissant et Layli Long Soldier, il s&#039;agit simultanément de résister à l&#039;imposition d&#039;un discours officiel qui ne prend pas en compte les perspectives de leurs ancêtres et de proposer un rapport à l&#039;histoire qui compose avec un passé parcellaire car fait de silences et d&#039;oublis. Ces silences sont ceux des archives perdues tout comme des témoignages impossibles du fait du trauma colonial. La poésie a alors vocation à créer une nouvelle mémoire en explorant les zones d&#039;ombre du passé pour se les réapproprier et en faire une source de création. Cette approche est intimement liée au travail de la langue: le poème devient un espace qui fait coexister évocation et dérobement, dire et non-dire, oubli et remémoration. Le langage poétique est mis en tension pour signifier sans pour autant dire le passé perdu. En témoignent le motif du cri qui traverse de part en part&amp;nbsp;&lt;em&gt;Le Sel noir&amp;nbsp;&lt;/em&gt;et l&#039;évocation récurrente de l&#039;indicible chez Layli Long Soldier. Dans les deux cas, ce qui est perdu est central et devient source de la parole poétique sans pour autant être complètement révélé. Les deux poètes jouent des détours et des silences pour signifier le passé oublié si bien que celui-ci prend forme et devient un élément structurant des recueils. L&#039;exploration de cette part de l&#039;histoire devient alors un moyen pour tracer un chemin d&#039;expression nouveau, fidèle à la mémoire de leurs communautés. C&#039;est ce chemin que cette communication se propose d&#039;analyser en comparant la manière dont le traitement de la question du manque et de l&#039;oubli chez ces deux poètes donne forme à leur parole poétique.&lt;/p&gt;

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 <pubDate>Tue, 08 Jun 2021 18:45:18 +0000</pubDate>
 <dc:creator>Alexandra Boilard-Lefebvre</dc:creator>
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 <title>D’un nouveau mal devenu banal: quand la figure du bourreau fascine</title>
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&amp;lt;span class=&amp;quot;biblio-authors&amp;quot; &amp;gt;Laurent, Mélodie&amp;lt;/span&amp;gt;. 2019. « &amp;lt;span class=&amp;quot;biblio-title&amp;quot; &amp;gt;D’un nouveau mal devenu banal: quand la figure du bourreau fascine&amp;lt;/span&amp;gt; ». Dans le cadre de &amp;lt;span  style=&amp;quot;font-style: italic;&amp;quot;&amp;gt;(Dé)limier l&amp;#039;art. Définitions, représentations et usages de la liberté de création&amp;lt;/span&amp;gt;. Colloque organisé par Figura, le Centre de recherche sur le texte et l&amp;#039;imaginiaire. Montréal, Université du Québec à Montréal, 6 juin 2019. Document audio. En ligne sur le site de l’Observatoire de l’imaginaire contemporain. &amp;amp;lt;https://oic.uqam.ca/fr/communications/dun-nouveau-mal-devenu-banal-quand-la-figure-du-bourreau-fascine&amp;amp;gt;. &amp;lt;span class=&amp;quot;Z3988&amp;quot; title=&amp;quot;ctx_ver=Z39.88-2004&amp;amp;amp;rft_val_fmt=info%3Aofi%2Ffmt%3Akev%3Amtx%3Adc&amp;amp;amp;rft.title=D%E2%80%99un+nouveau+mal+devenu+banal%3A+quand+la+figure+du+bourreau+fascine&amp;amp;amp;rft.date=2019&amp;amp;amp;rft.aulast=Laurent&amp;amp;amp;rft.aufirst=M%C3%A9lodie&amp;amp;amp;rft.pub=Figura%2C+le+Centre+de+recherche+sur+le+texte+et+l%26%23039%3Bimaginiaire&amp;amp;amp;rft.place=Montr%C3%A9al%2C+Universit%C3%A9+du+Qu%C3%A9bec+%C3%A0+Montr%C3%A9al&amp;quot;&amp;gt;&amp;lt;/span&amp;gt;&lt;/div&gt;
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 <pubDate>Wed, 30 Oct 2019 19:37:50 +0000</pubDate>
 <dc:creator>Alexandra Boilard-Lefebvre</dc:creator>
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 <title>Fiction, historiographie et témoignage: Conférence de Johanne Villeneuve</title>
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 <pubDate>Wed, 23 May 2018 15:25:45 +0000</pubDate>
 <dc:creator>Sarah Grenier</dc:creator>
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 <title>L&#039;impossible connaissance d&#039;autrui dans «Ce que je sais d&#039;elle» de Béatrice Hammer</title>
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Les chapitres révèlent l&#039;état de la relation de ces gens avec la disparue, leur jugement sur son absence, leurs expériences personnelles. Les témoignages présentent différentes facettes de la femme, mais recèlent aussi de nombreuses contradictions qui empêchent d&#039;avoir des certitudes quant à la raison de son absence. Le dernier chapitre donne la parole à la disparue, qui constate que l&#039;enquêteur l&#039;a retrouvée. Elle énumère les différentes hypothèses qu&#039;il a dû formuler et les éléments les invalidant. Puis elle dévoile l&#039;échec de l&#039;enquêteur, qui a inventé leur rencontre par dépit de ne pouvoir vraiment la retracer. La disparition de cette femme qui fait l&#039;objet du récit restera un mystère.&lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;Le problème de l&#039;enquête dans &lt;em&gt;Ce que je sais d&#039;elle&lt;/em&gt; vient d&#039;une lacune chez les témoins.&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;p&gt;Dans les romans policiers, un enquêteur recueille des indices et témoignages afin de résoudre le mystère qui se cache derrière le crime. Mais «le roman policier dans son évolution historique [va] vers toujours plus d’incertitude et d’inquiétude.» (François, 2011: par. 1) Une variante contemporaine de ce genre littéraire, que nous nommons roman d&#039;enquête, se caractérise notamment par l&#039;échec de la résolution de la disparition, qui remplace le crime. Le problème de l&#039;enquête dans &lt;em&gt;Ce que je sais d&#039;elle&lt;/em&gt; vient d&#039;une lacune chez les témoins. Ceux-ci se contredisent, laissant l&#039;enquêteur avec trop de possibilités et presque aucune certitude. Nous analyserons les témoignages à l&#039;aide du schème interactif de Bertrand Gervais car, dans le roman, les personnages raisonnent comme s&#039;ils tentaient de remplir les cases vides du schème. Celui-ci, qui détaille le réseau conceptuel de l&#039;action, est facile d&#039;utilisation, car il correspond à la façon dont nous concevons naturellement une action&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref1_p2rbrt3&quot; title=&quot;«la compréhension de l&#039;action dans le récit et dans le monde est une activité équivalente.» (Gervais, 1990: 79)&quot; href=&quot;#footnote1_p2rbrt3&quot;&gt;1&lt;/a&gt;. Pour Gervais, «[l]&#039;action […] est une entité conceptuelle complexe qui dépend des relations établies entre un ensemble de traits.» (1990: 77) Dans le cadre de notre analyse, il sera surtout question du moyen (le mode d&#039;accomplissement de l&#039;action), du mobile (la cause de l&#039;action) et du but de l&#039;action. Or, dans &lt;em&gt;Ce que je sais d&#039;elle&lt;/em&gt;, la disparition se présente comme un événement, concept qui s&#039;oppose à l&#039;action. «Le premier se fait instant, imprévu, rupture, surgissement; le second, ordre, logique, chaînes de causalités ou de raisons. Là où l&#039;événement surprend, le récit, lui, &lt;em&gt;comprend&lt;/em&gt;». (Xanthos, 2011: 48) Les témoins du récit tentent de convertir la disparition en action en la faisant entrer dans le schème. Ils espèrent comprendre cet événement en donnant le moyen utilisé – fuite volontaire, suicide, meurtre, etc., puis en justifiant leur hypothèse par des motivations et buts en se fondant sur ce qu&#039;ils savent de la disparue. Mais, face à la diversité des versions présentées, il est évident que les témoins font des erreurs et le récit nous empêche d&#039;identifier l&#039;hypothèse exacte. Dans son ouvrage &lt;em&gt;La Connaissance d&#039;autrui&lt;/em&gt;, Raymond Carpentier affirme que «les conduites humaines sont si complexes qu&#039;elles échappent au contrôle de la connaissance» (1968: 16). Richard Vallée, dans «Le Problème de l&#039;esprit d&#039;autrui», postule qu&#039; «on n&#039;a qu&#039;un accès indirect aux états mentaux d&#039;autrui» (1988: 421). L&#039;analyse soulignera la conception originale de la connaissance d&#039;autrui présentée par Béatrice Hammer. Dans &lt;em&gt;Ce que je sais d&#039;elle&lt;/em&gt;, il est impossible d&#039;avoir une connaissance des gens qui s&#039;avère fiable et exacte. Nous commencerons par relever les éléments poétiques qui amènent le lecteur à ressentir une forte contradiction entre les témoignages. Ensuite, nous verrons que les témoins sont influencés dans leur jugement soit par leurs sentiments par rapport à la disparue soit par leurs expériences personnelles, qui se manifestent par la mise à contribution de leurs expériences passées ou de leurs champs de référence. Enfin, nous aborderons l&#039;impossibilité de dégager la vérité à travers les nombreux témoignages.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le roman policier se caractérise par une prolifération métanarrative, c&#039;est-à-dire par une multiplication des narrateurs-témoins et donc des points de vue et interprétations du crime. Puisque &lt;em&gt;Ce que je sais d&#039;elle&lt;/em&gt; fait de la connaissance des témoins sur la disparue le cœur de sa réflexion, l&#039;œuvre pousse la prolifération de narrateurs à son extrême, en présentant uniquement des témoignages. Vingt-neuf chapitres pour vingt-neuf points de vue uniques. Dès le début du deuxième chapitre, les contradictions se manifestent très clairement. Elles sont mises en évidence par une similarité de structure avec le premier chapitre, qui présente le témoignage d&#039;un ami de longue date de la disparue qui l&#039;a toujours aimée, mais n&#039;a jamais eu la chance d&#039;être en couple avec elle.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Elle n&#039;a pas disparu. Elle est morte. Un jour on retrouvera son corps.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Ne me demandez pas pourquoi. Je le sais. Je le sens. Si elle vivait encore, je le saurais. C&#039;est comme ça entre nous. Depuis toujours. Enfin, depuis longtemps. Tellement longtemps que les autres n&#039;ont pas idée. (Hammer, 2006: 9)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans le deuxième chapitre, la meilleure amie de la disparue prend la parole et commence ainsi: «Elle est partie, j&#039;en suis certaine. Elle en rêvait, elle a osé. Personne ne peut vraiment comprendre personne, mais je pense que je la comprenais un peu moins mal que beaucoup d&#039;autres.» (15) L&#039;hypothèse de la meilleure amie est en opposition complète avec celle de l&#039;amoureux. Ce dernier garde la disparition au stade de l&#039;événement, car il ne croit pas que l&#039;absente ait voulu disparaître. Il affirme que la femme qu&#039;il aime «avait compris quelque chose. Que tout le monde sait en principe, mais qu&#039;elle avait compris en profondeur. Dans sa chair, dans son corps, ses pensées, ses décisions. Dans ses gestes. On ne part pas.» (10) Le fait ne peut pas être converti en action, avec motivations et but, puisque l&#039;homme ne croit pas qu&#039;elle ait conçu le projet de mourir. Quant à elle, la meilleure amie affirme que l&#039;absente s&#039;est enfuie. La fuite entre dans le schème interactif de Bertrand Gervais en tant que moyen et la justification de l&#039;hypothèse va remplir les autres cases du schéma. Elle identifie un mobile: «elle ne voulait pas vieillir là, rester plantée, voir ses cheveux ternir […] et être toujours là, bonne épouse, bonne mère, bonne amie, ça ne lui allait pas» (10). Elle donne ensuite le but de son amie, prétendant qu&#039;«elle voulait prendre des risques, […] elle ne voulait pas rester dans cette vie petite, dans cette vie balisée, dans cette vie qui ne lui ressemblait pas.» (15-6) Dans les premières paroles de ces témoins, chacun est persuadé qu&#039;il connaît la disparue mieux que les autres. Et pourtant, leurs hypothèses sont incompatibles. Cela nous amène à douter des deux individus. Au moins l&#039;un d&#039;eux se trompe, et nous ne savons pas lequel.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les chapitres présentent tous une structure semblable. Ils commencent par une réponse à une question invisible de l&#039;enquêteur, mais qu&#039;on peut deviner. La réponse donnée en laisse toujours entendre beaucoup sur l&#039;état de la relation entre le témoin et l&#039;absente ou sur son interprétation de la disparition. Les témoignages sont aussi habilement agencés pour amplifier le sentiment de contradiction. Alternent souvent une personne croyant que la disparue est morte et une autre prétendant qu&#039;elle s&#039;est enfuie. Les deux frères de la femme s&#039;expriment dans des chapitres successifs. Leur statut de jumeaux et leurs opinions contraires sur la disparue sont mis en évidence au début du second témoignage:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Mon frère jumeau n&#039;a jamais rien compris à ma sœur. C&#039;est le seul sujet sur lequel on est en désaccord, depuis toujours; parce que moi je la comprenais; je l&#039;ai toujours comprise.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Lui, il disait qu&#039;elle s&#039;y croyait, dans son rôle de princesse, d&#039;enfant parfaite promise à un avenir extraordinaire, et moi je voyais bien qu&#039;elle étouffait, qu&#039;elle n&#039;en pouvait plus, qu&#039;elle voulait s&#039;échapper mais qu&#039;elle n&#039;en avait pas encore la force. (91)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le fait que les témoins soient des jumeaux renforce le sentiment de contradiction de ces deux chapitres. La citation ci-dessus brouille les pistes, empêchant de savoir comment la disparue se sentait dans son milieu familial. Il est possible de relever encore bien d&#039;autres incompatibilités marquantes dans le récit. La grand-mère et la voisine de la disparue louent son courage alors que sa sœur et sa mère la traitent de lâche. Sa voisine dit aux deux garçons de la femme que leur mère les aime très fort, alors qu&#039;un ami du mari de la disparue affirme d&#039;emblée qu&#039;elle «n&#039;était pas faite pour avoir des enfants» (45). Sa grand-mère vante son talent de peintre et on comprend que ses parents et son professeur de peinture étaient aussi de cet avis. Mais une galeriste juge qu&#039;elle n&#039;a aucune aptitude dans cet art. Que ce soit à propos de l&#039;action ayant fait disparaître la femme, de ses motivations et buts, de ses sentiments, de ses caractéristiques psychologiques, de son talent artistique, chacun a sa propre opinion et beaucoup entrent en contradiction. Avant de tenter de dégager quelques vérités de cette prolifération métanarrative, penchons-nous sur les influences qui causent tant d&#039;oppositions et invalident la perception de la disparue par les témoins.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans &lt;em&gt;Ce que je sais d&#039;elle&lt;/em&gt;, la connaissance d&#039;autrui est parfois influencée par les sentiments que le témoin éprouve pour le sujet de ses observations. Dans son ouvrage &lt;em&gt;La Connaissance concrète d&#039;autrui&lt;/em&gt;, Henry Clay Smith cite le romancier Somerset Maugham&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref2_8fkkndn&quot; title=&quot;Smith souligne que cet auteur est arrivé à la même conclusion qu&#039;une étude sur le jugement d&#039;autrui.&quot; href=&quot;#footnote2_8fkkndn&quot;&gt;2&lt;/a&gt;:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Je suppose que c&#039;est une prédisposition naturelle de l&#039;homme que de prendre les gens comme s&#039;ils étaient homogènes… Il est évidemment moins difficile de se décider au sujet d&#039;une personne dans un sens ou dans l&#039;autre et d&#039;écarter toute indécision en disant: «c&#039;est un des meilleurs ou c&#039;est un sale type». Il est déconcertant de découvrir que le sauveur de son pays peut être mesquin ou qu&#039;un poète qui a ouvert de nouveaux horizons à notre conscience peut être un snob. Notre égoïsme naturel nous conduit à juger les gens d&#039;après les rapports que nous avons avec eux. Nous désirons qu&#039;ils soient d&#039;une certaine façon par rapport à nous et pour nous ils le sont; parce que tout le reste de leur personnalité ne nous convient pas, nous ne la voyons simplement pas. (Smith, 1969: 86)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Selon Maugham, si nous avons une relation positive avec une personne, nous aurons tendance à voir en elle uniquement ce que nous jugeons favorablement. Au contraire, dans le cas d&#039;une relation négative, nous ne verrons que les aspects détestables de l&#039;individu. Il nous est plus facile de simplifier en tant que blanc ou noir plutôt que d&#039;admettre une zone de gris entre les deux. Dans &lt;em&gt;Ce que je sais d&#039;elle&lt;/em&gt;, le témoignage des proches de la disparue peut être mis en relation avec cette hypothèse psychologique. En effet, leur supposition va dans le sens de l&#039;état de leur relation avec la femme absente. Le témoignage de l&#039;ami amoureux, le premier à se prononcer dans le récit, montre bien l&#039;influence des sentiments sur la connaissance d&#039;autrui. L&#039;homme confie à l&#039;enquêteur:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Nous n&#039;avons rien vécu, vous comprenez? C&#039;était toujours pour demain, toujours pour un autre jour, une sorte de vie potentielle, un jour, quand les enfants seraient grands, quand le mari serait parti… J&#039;attendais: elle m&#039;avait promis. Laissé entendre, plutôt. Elle m&#039;avait dit, un jour, je pense qu&#039;un jour il se passera quelque chose. (Hammer: 11)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Plus tôt, il prétend qu&#039;elle est morte, que «[s]i elle vivait encore, [il] le saurai[t]» (9), que «[s]i elle s&#039;était enfuie, elle [l]&#039;aurait prévenu.» (9) En attente du jour où la femme qu&#039;il aime donnera suite à ce qu&#039;il prend pour une promesse, l&#039;homme ne peut concevoir qu&#039;elle ait fui sans l&#039;en informer. Ce serait comme si elle avait trahi son engagement envers lui. L&#039;homme a une opinion positive de la disparue et, si elle s&#039;était effacée en l&#039;empêchant de la retracer, ce serait comme une tache négative dans leur relation. Et le témoin a trop d&#039;estime pour elle pour accepter qu&#039;elle ait fait quelque chose qu&#039;il puisse lui reprocher. Alors il écarte cette possibilité. Il est plus facile pour lui d&#039;imaginer qu&#039;elle soit morte. Son hypothèse est surtout fondée sur des sentiments. C&#039;est tout le contraire d&#039;une logique objective.&lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;Il est intéressant de regarder comment les sentiments des membres de la première famille de la disparue amènent ceux-ci à formuler des hypothèses opposées.&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;p&gt;Il est intéressant de regarder comment les sentiments des membres de la première famille de la disparue amènent ceux-ci à formuler des hypothèses opposées. Petite, la femme a été l&#039;objet de l&#039;adoration de son père, qui la traitait comme une reine, ce qui n&#039;a pas plu à tous. La jeune fille a suivi des cours de peinture et, de l&#039;avis général, sa famille la croyait promise à un bel avenir artistique. Mais, à l&#039;âge de vingt ans, elle a décidé d&#039;arrêter de peindre. Le climat de favoritisme dans lequel elle régnait grâce à son père et sa décision de cesser la pratique de son art influencent encore vingt ans après la façon dont les membres de la famille jugent l&#039;absente. Ainsi, lorsque l&#039;enquêteur aborde le père de la disparue, celui-ci répond: «Ma fille? Quelle fille? Je sais bien que j&#039;ai deux filles, enfin, j&#039;ai eu deux filles, mais […] la première n&#039;a jamais été vraiment ma fille […] et la deuxième, la deuxième est morte pour moi. N&#039;y voyez aucune amertume. Je n&#039;y peux rien: elle a arrêté d&#039;exister.» (95) L&#039;homme aimait sa fille: «je me disais que si ma seule fonction au monde était d&#039;être le père de cette enfant, j&#039;étais le plus heureux des hommes.» (96) Il la trouvait parfaite et affirme que «[s]i elle avait vécu, elle aurait fait de grandes choses.» (97) Lorsqu&#039;elle a arrêté la peinture, il a vu cela comme une rupture et s&#039;est mis à considérer que sa fille est «morte pour [lui]» (95). Ne pouvant accepter que l&#039;objet de son adoration ait fait quelque chose qui correspondait aussi peu à la connaissance qu&#039;il avait d&#039;elle, il a dissocié la nouvelle femme qu&#039;il a vue de sa fille. Il distingue de la sorte le «torrent» (96) qu&#039;était son enfant de la professeure de mathématiques qu&#039;il voit maintenant. Pour éviter de brimer l&#039;image parfaite de sa fille, il l&#039;a séparée en deux individus, la deuxième étant presque une inconnue pour lui. Quand l&#039;enquêteur lui fait part de la disparition, l&#039;homme répond: «Je ne comprends pas. Je croyais être le seul à m&#039;en être aperçu. Tout le monde le sait, dites-vous? Mais laquelle est partie? La prof de maths? […] Et si ma fille revenait?» (97) Ainsi, lorsque la femme a arrêté de peindre, son père a pris cela comme une disparition. Une autre personne l&#039;a remplacée, qui n&#039;avait rien à voir avec sa fille. Il voit l&#039;absence de la «prof de maths» comme un événement qui pourrait lui redonner son enfant.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La sœur aînée et la mère partagent une connaissance assez similaire de la disparue, mais très différente de celle du père. Les deux femmes ont éprouvé du rejet au profit de la disparue. La sœur était celle à qui ses parents portaient le moins d&#039;attention. Voici son hypothèse à propos de la disparition:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Je suppose qu&#039;elle ne lui convenait pas, sa vie, de toute façon, rien n&#039;était assez bien pour elle, elle ne supportait pas le plus petit obstacle…&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;La vérité c&#039;est qu&#039;elle est lâche, profondément. Suffisamment pour s&#039;enfuir, pour laisser tout, son mari, ses gamins, […] pour plaquer ses études de peinture en plein milieu. (71)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le témoin désigne la fuite comme le moyen pris par sa sœur. Elle donne un mobile: elle est lâche, ne supporte aucune difficulté. Puisque la femme conçoit sa sœur négativement, elle considère cela comme l&#039;hypothèse la plus plausible. La mère, quant à elle, dit avoir été en guerre pendant plus de dix ans avec la disparue pour l&#039;attention de son mari. Elle affirme que sa victoire sur sa fille a été suivie par l&#039;arrêt de peinture de celle-ci, qui était en réaction à sa défaite. Sur sa disparition, elle dit:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;À mon avis, elle a recommencé son numéro. […] je ne serais pas surprise qu&#039;elle […] ait fait [à son mari] aussi […] le coup de la reine. […] [U]n jour, pour peu qu&#039;il ait faibli, […] il a fallu qu&#039;elle recommence. Qu&#039;elle se venge à nouveau.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Elle ne supporte pas la défaite. Alors, elle s&#039;est enfuie. (122-3)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Tout comme sa fille aînée, le témoin croit que la disparue s&#039;est enfuie parce qu&#039;elle a rencontré une difficulté et qu&#039;elle n&#039;en supporte aucune. Elles ont cependant perçu différemment l&#039;arrêt de la peinture. La sœur a vu cela comme une simple lâcheté face à un obstacle, la mère, comme une vengeance face à sa propre victoire.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L&#039;un des frères jumeaux a une hypothèse qui entre en contradiction avec les trois précédentes. Il dit à propos de l&#039;enfance de la disparue: «moi je voyais bien qu&#039;elle étouffait, qu&#039;elle n&#039;en pouvait plus, qu&#039;elle voulait s&#039;échapper mais qu&#039;elle n&#039;en avait pas encore la force.» (91) On voit que le témoin éprouve de la compassion pour sa sœur. Il ajoute: «Ce que j&#039;ai toujours su, c&#039;est que ma sœur mourait d&#039;envie d&#039;être comme tout le monde […]. Elle y est arrivée. On a dû vous raconter sa vie.» (91-2) L&#039;homme explique l&#039;arrêt de peindre comme un moyen dont le but était d&#039;être comme tout le monde et le mobile, son étouffement. Il la connaissait comme une personne ayant réussi à se fondre dans la foule avec sa petite vie rangée. Voici son hypothèse sur la disparition:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;À mon avis, elle en a eu assez d&#039;y être, dans ce fameux lot. Ça lui manquait, de pouvoir en sortir. Alors elle est partie. Histoire de se faire remarquer, d&#039;être sûre qu&#039;elle pouvait encore choisir […] sa vie […]; si on y réfléchit, ma sœur a passé son temps à prouver qu&#039;elle en était capable. (92)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L&#039;hypothèse du témoin est d&#039;abord en désaccord avec la manière dont il concevait sa sœur: elle voulait être comme tout le monde, mais plus maintenant. Il change alors sa conception et remet le comportement de sa sœur dans un tout unifié: elle a toujours voulu prouver qu&#039;elle pouvait choisir sa vie. Ainsi, le père croit que sa fille est absente depuis longtemps, la sœur est persuadée qu&#039;elle a fui par lâcheté, la mère, par vengeance et le frère, pour montrer qu&#039;elle était maîtresse de sa destinée. Ces diverses interprétations laissent le lecteur dans la confusion. Et puisque les sentiments des témoins et leur préconception de la disparue ont influé sur leur hypothèse, nous ne pouvons être certains de leur fiabilité. À travers ces témoignages, il est possible de percevoir une conception de la famille en tant que foyer d&#039;élitisme. L&#039;œuvre présente la famille comme un milieu où l&#039;on pratique le favoritisme et où des pressions se manifestent sous forme d&#039;attentes élevées. On y remarque une lutte du plus fort afin d&#039;obtenir l&#039;attention (chez la disparue et sa mère) et de la rancune provenant des membres n&#039;ayant pas été favorisés ou de ceux dont les attentes sont déçues. Le climat résultant de cet élitisme laisse des traces permanentes chez les membres de ce milieu, des cicatrices qui empêchent de pardonner à qui a été favorisé, même si de nombreuses années ont passé.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans certains témoignages, la connaissance d&#039;autrui est influencée par les expériences personnelles et les champs de référence de l&#039;observateur. Smith définit l&#039;empathie comme «&lt;em&gt;la tendance d&#039;un percevant à postuler que les sentiments, les pensées et la conduite d&#039;une autre personne sont similaires aux siens &lt;/em&gt;propres&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref3_y3k8jr5&quot; title=&quot;En italique dans le texte.&quot; href=&quot;#footnote3_y3k8jr5&quot;&gt;3&lt;/a&gt;.» (1969: 102) Il ajoute que «[n]ous “empathisons” avec les gens auxquels nous nous identifions.» (106) Mais «ces ressemblances que nous postulons entre les autres et nous peuvent être exactes aussi bien qu&#039;inexactes, […] elles peuvent conduire à des jugements corrects tout aussi bien qu&#039;à des jugements erronés.» (102) On retrouve dans &lt;em&gt;Ce que je sais d&#039;elle&lt;/em&gt; des raisonnements qui rappellent les termes de Smith. Une femme dont le garçon va à l&#039;école avec le fils de la disparue s&#039;identifie à celle-ci: «Je ne la connaissais pas très bien, mais on se comprenait, on était proches, je ne sais pas pourquoi. Peut-être qu&#039;on était pareilles.» (Hammer: 59) La disparition rappelle au témoin une expérience personnelle: sa mère est morte d&#039;une longue maladie et la femme dit que ça lui a gâché la vie. Se sentant proche de la disparue, elle croit que celle-ci trouve aussi inacceptable qu&#039;une mère meure devant ses enfants. Son hypothèse est que l&#039;absente s&#039;est effacée dans le but d&#039;épargner à ceux qu&#039;elle aime la vue de sa mort. Elle dit que «[c]&#039;est dans les hôpitaux qu&#039;il faut chercher, […] et dans les cimetières.» (62) Le témoin croit donc que la disparue est morte de maladie ou mourante et que cette maladie était son mobile pour partir. Puisqu&#039;elle connaissait peu l&#039;absente, son hypothèse est uniquement fondée sur son propre passé et sur sa croyance que la femme lui ressemble. Elle ne s&#039;appuie sur aucun fait de la vie de la disparue, outre son statut de mère. La voisine porte aussi un jugement par empathie. Elle affirme que, quand sa mère est morte, ça a failli la tuer et que depuis, «[elle a] arrêté d&#039;avancer […] et [a] laissé la vie venir à [elle]». (30)&amp;nbsp; Le témoin est d&#039;avis qu&#039; «à trop vouloir protéger ceux qu&#039;on aime, on finit par les ramollir». (30) En se fondant sur son expérience, elle se dit que la disparue est partie pour que ses enfants apprennent à «ne pas se laisser mener par la vie, mais [à] la mener soi-même» (31). Cette fois encore, le témoin ne justifie son hypothèse par aucun fait de la vie de la femme absente. Seule l&#039;expérience propre de la voisine a de l&#039;importance dans son interprétation. On remarque que ces deux témoins, qui appuient leur hypothèse presque uniquement sur leur propre passé, en disent assez peu sur la disparue, ne la connaissant pas beaucoup.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Au contraire des précédents témoins, les deux garçons de la disparue ont une expérience personnelle marquée par leur connaissance intime de l&#039;absente. Avec une naïveté toute enfantine, ils expliquent que la disparition de leur mère va à l&#039;encontre de ce qu&#039;ils savent d&#039;elle. Le fils aîné dit: «Elle n&#039;est jamais partie, avant, jamais. On partait toujours ensemble» (80). Son discours est empreint de questionnements: «Si elle est vivante, pourquoi elle nous écrit pas? Pourquoi elle nous donne pas de ses nouvelles?» (77) Confus face à la situation, le garçon n&#039;arrive pas à choisir une hypothèse qui lui convienne. «C&#039;est de ne pas savoir qui rend fou» (77), dit-il. Le fils cadet a quant à lui une certitude: «Je sais que si elle m&#039;entendait elle reviendrait […] elle pourrait pas me laisser pleurer comme ça aussi longtemps. Elle a jamais été capable. Jamais. […] Donc elle ne m&#039;entend pas.» (111) Le discours des deux enfants est marqué par la négative: leur mère n&#039;a jamais agi de la sorte. Ils sont laissés dans la confusion, d&#039;autant plus qu&#039;ils ont le sentiment qu&#039;on leur cache des choses. Le plus petit a questionné la voisine, qui ne lui répond pas vraiment. Mais il «préfèrerai[t] qu&#039;elle [lui] donne une réponse, même si c&#039;est dur, même si c&#039;est non, plutôt que de rester comme ça sans savoir.» (112) Le plus grand demande à l&#039;enquêteur: «Vous croyez qu&#039;elle est morte? Vous pouvez me le dire, vous savez, je préfère savoir, vraiment.» (80) Tous deux préfèreraient encore avoir la certitude d&#039;avoir perdu leur mère plutôt que de rester avec un événement inconnu, avec un schème interactif aux cases vides.&lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Ce que je sais d&#039;elle&lt;/em&gt; présente une conception de l&#039;être humain comme voyant le monde avec ses champs de référence – professionnels, culturels ou autres. Smith affirme que «[n]ous observons ce que nous avons appris à observer.»&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Ce que je sais d&#039;elle&lt;/em&gt; présente une conception de l&#039;être humain comme voyant le monde avec ses champs de référence – professionnels, culturels ou autres. Smith affirme que «[n]ous observons ce que nous avons appris à observer.» (1969: 125) Cela correspond bien à la conception du roman. En effet, les témoins dont le travail consiste à analyser les gens jugent la disparue selon leur domaine de connaissance. Ainsi, l&#039;ami psychologue de la disparue débute son témoignage en affirmant: «Je dirais qu&#039;elle était malade.» (Hammer: 49) Encore une fois, la première phrase du témoin en dit beaucoup, dévoilant d&#039;emblée le mobile attribué à la disparition et laissant entendre le moyen: une fuite. L&#039;homme utilise ses connaissances scientifiques: «On appelle ça la dépression masquée.» (50) Il en décrit les symptômes et dévoile ce que son amie lui confiait: «elle me parlait de cette anxiété qui la prenait tous les soirs. Elle parlait de sa peur du noir, d&#039;une angoisse indicible […]. Elle disait qu&#039;elle était fatiguée, épuisée, exténuée, au point d&#039;avoir parfois l&#039;impression de ne plus exister» (50). Le témoin n&#039;est toutefois pas certain du but de la disparition. On sait seulement qu&#039;il espère que son amie ne s&#039;est pas suicidée. La professeure de yoga de l&#039;absente emploie elle aussi un discours professionnel pour parler de son élève. Elle dit à l&#039;enquêteur: «Je ne suis pas surprise qu&#039;elle ait disparu. Je veux dire: je ne suis pas surprise qu&#039;il y ait eu une grosse rupture dans sa vie. Ça se sentait, pour quelqu&#039;un comme moi, […] qui analyse surtout le non-verbal […] c&#039;était une évidence, elle était en pleine transition.» (125) Le témoin appuie son hypothèse sur le comportement de la disparue à son dernier cours de yoga. Pendant un exercice qui est supposé libérer le centre des émotions, la femme s&#039;est mise à pleurer, puis à rire sans aucune retenue. Elle a dit à sa professeure: «Quelqu&#039;un est mort, et je ne savais pas si je devais en être gaie ou malheureuse. Grâce à vous, je sais que je suis les deux.» (127) C&#039;est le professeur de peinture de jeunesse de la disparue qui est décédé. La femme allait toujours le voir en cachette et la nature de leur relation était très mystérieuse. La coïncidence entre le décès, le comportement de l&#039;absente au cours de yoga et la disparition rend tout à fait plausible l&#039;hypothèse que la femme ait tout quitté pour changer de vie. Le psychologue et la professeure de yoga fondent tous deux leur interprétation sur des confidences de la disparue. Ces possibles preuves et l&#039;autorité associée aux connaissances des témoins rendent leurs hypothèses plutôt crédibles. Toutefois, celles-ci entrent en contradiction. Encore une fois, le texte nous laisse dans la confusion, dans l&#039;impossibilité de juger si un ou l&#039;autre de ses témoignages est exact.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Face à cet événement hors du commun qu&#039;est la disparition, certains témoins jugent opportun de se référer aux films et aux actualités. La buraliste dit: «Les gens ont tous quelque chose […] qui colle pas à leur image […]. Eh bien elle, rien. Tout était comme il faut. […] C&#039;est pour ça que je me suis demandé si c&#039;était pas comme qui dirait une espionne.» (25) Elle croit qu&#039;elle a été éliminée. Or, le témoin lui-même dit que tout le monde se moque d&#039;elle quand elle parle de son hypothèse. La boulangère est d&#039;avis «qu&#039;elle regarde un peu trop la télé, elle se fait des films» (100). Savoir que personne ne prend l&#039;hypothèse de la buraliste au sérieux incite le lecteur à en faire de même, ou du moins à en douter. Le fils aîné de la disparue confie à l&#039;enquêteur: «Moi j&#039;ai peur qu&#039;elle soit morte. Comme dans Star Wars, […] quand la mère de Luc Skywalker est torturée…» (78-9) Il demande aussi: «Vous croyez qu&#039;on l&#039;a enlevée […]? Qu&#039;elle est otage? [C]omme cette journaliste en Irak, celle qu&#039;on a libérée l&#039;année dernière?» (77-8) Les inquiétudes de l&#039;enfant, contrairement à l&#039;hypothèse de la buraliste, ne sont fondées sur aucune observation du comportement de sa mère. Elles proviennent uniquement de ses champs de référence et restent du domaine de l&#039;imaginaire.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L&#039;utilisation des types est une autre forme de champ de référence culturel qu&#039;on retrouve dans le roman de Béatrice Hammer. Dans &lt;em&gt;La Connaissance d&#039;autrui&lt;/em&gt;, Raymond Carpentier affirme que «nous avons besoin d&#039;images habituelles. Nous avons besoin de placer autrui dans un cadre de référence, nous ne sommes rassurés avec lui que lorsque nous l&#039;avons fait entrer dans les catégories qui nous sont familières.» (1968: 70) C&#039;est ainsi que se forment les types. «[L]es personnes sont ainsi cataloguées, étiquetées en une systématique fondée sur les préjugés dont la conséquence la plus évidente est le refus de voir dans une personne une originalité.» (70) Cette habitude de placer les gens dans des types amène effectivement l&#039;observateur à mettre de côté les spécificités de chaque individu. Certains témoins de &lt;em&gt;Ce que je sais d&#039;elle&lt;/em&gt; utilisent les catégories dans leur raisonnement. La mère d&#039;un ami du fils de la disparue place celle-ci dans le type de la mère. Le témoin a elle-même des enfants et infère que les mères ont toutes un comportement similaire au sien. Elle a une certitude par rapport à la femme absente: «Elle n&#039;a pas pu partir sur un coup de tête, c&#039;est impossible. [P]arce que quand on a des enfants, on ne part pas, on rentre sur un coup de tête, parce qu&#039;on n&#039;en peut plus et qu&#039;on veut les voir.» (Hammer: 61) Nous avons vu plus tôt que l&#039;hypothèse de ce témoin est que la disparue est partie pour mourir. Elle est restée le plus longtemps possible auprès de ses enfants et a attendu d&#039;être à bout de forces pour les quitter. Ici, il s&#039;agit plutôt d&#039;une possible hypothèse qu&#039;elle écarte parce qu&#039;elle trouve impossible que la disparue ait agi comme cela. Elle se fonde sur sa propre expérience et ne peut concevoir qu&#039;une mère se comporte différemment. Son interprétation ne s&#039;appuie cependant sur aucune action entreprise par l&#039;absente.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Une ancienne amie de la disparue utilise, quant à elle, un type auquel elle ne s&#039;identifie pas elle-même. Elle dit à l&#039;enquêteur: «Je sais que ça peut paraître étrange, puisque d&#039;après les apparences, elle est devenue très sage, mais quand je l&#039;ai connue, moi, c&#039;était ce qu&#039;on appelle une mangeuse d&#039;hommes. Elle était redoutable.» (64) Elle appuie son hypothèse sur ce type:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Je pense qu&#039;elle est avec un homme […]. Je pense qu&#039;on ne s&#039;arrête pas de séduire du jour au lendemain; je pense qu&#039;elle a fait une pause, le temps d&#039;avoir des enfants, mais qu&#039;ensuite, le prédateur qui est en elle a repris le dessus: elle est partie chasser. On arrive à des âges où c&#039;est important de savoir qu&#039;on peut encore séduire, surtout pour quelqu&#039;un comme elle. (65)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La femme qu&#039;est devenue son ancienne amie ne ressemble pas à ce qu&#039;elle savait d&#039;elle. Mais le témoin préfère considérer cela comme une pause, plutôt que comme un changement de comportement réel et profond. Elle est d&#039;avis que pour le bien de ses enfants, la disparue a dû calmer un certain temps sa vraie nature, mais qu&#039;à son âge, elle brûlait d&#039;impatience de savoir si elle était encore capable de charmer un homme. Elle serait donc partie dans ce but, avec pour mobile sa nature de mangeuse d&#039;hommes. L&#039;utilisation des types rend aveugle aux possibles évolutions individuelles: puisque son amie de jeunesse était une mangeuse d&#039;hommes, elle l&#039;est encore. Pourtant, la vie de famille de la disparue contredit ce jugement. Les premières paroles du témoin contribuent d&#039;ailleurs à montrer qu&#039;on ne peut vraiment s&#039;y fier: «Nous avons été très amies. Mais c&#039;était il y a longtemps, vraiment. Depuis, on s&#039;est perdues de vue. […] Alors je ne vois pas très bien ce que je peux vous dire.» (63) Le témoin peut bien parler du passé de la disparue, mais elle n&#039;a pas les connaissances nécessaires pour que son jugement du comportement présent de son ancienne amie soit crédible.&lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;La prolifération métanarrative laisse le lecteur dans une impossibilité de dégager la vérité des nombreux témoignages.&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;p&gt;La prolifération métanarrative laisse le lecteur dans une impossibilité de dégager la vérité des nombreux témoignages. Plusieurs mystères demeurent, les plus importants étant liés à la relation de la disparue avec son professeur de peinture. L&#039;intrigue entourant cette relation se construit à travers plusieurs témoignages. Ainsi, un de ses frères nous apprend que l&#039;homme avait une dévotion pour son élève semblable à celle du père de celle-ci. Il ajoute que le professeur a fait une tentative de suicide après l&#039;annonce de l&#039;abandon de son élève favorite. Grâce à une religieuse qui soignait son ancien professeur, on sait que des années après, la femme allait encore le voir en cachette. L&#039;homme est mort peu avant la disparition et la femme a dit à sa professeure de yoga qu&#039;elle en était heureuse et triste en même temps. Plusieurs témoins soupçonnent qu&#039;ils avaient une relation plus intime qu&#039;ils ne le prétendaient. Mais nous ne saurons jamais le fond de l&#039;histoire. Les seules informations certaines dans le récit sont les faits extérieurs qui ne sont contredits par aucun témoin: l&#039;admiration de son père, ses cours et son arrêt de peinture, sa vie de famille rangée, la mort du professeur, sa disparition. Tout ce qui relève de l&#039;intériorité – sentiments, pensées, désirs et intentions de la disparue – reste incertain. En faisant le bilan des hypothèses des témoins, on se rend compte que deux fois plus de personnes&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref4_e1dw0l8&quot; title=&quot;En excluant les huit indécis.&quot; href=&quot;#footnote4_e1dw0l8&quot;&gt;4&lt;/a&gt; croient que la femme est partie volontairement. Mais il est fort possible que ce résultat provienne, lui aussi, de la conception de l&#039;être humain du roman montrant l&#039;impossibilité de bien connaître autrui. La majorité des indécis et de ceux qui croient qu&#039;elle s&#039;est enfuie s&#039;entendent pour dire que quelque chose clochait chez elle. Certains affirment qu&#039;elle prenait grand soin de contrôler ses gestes. «Je pense que c&#039;était contrôlé. Elle n&#039;était pas parfaite par hasard. C&#039;était voulu et maîtrisé. Ça se voyait à son sourire: il avait quelque chose de faux.» (60) «[S]i je m&#039;en suis toujours méfiée, c&#039;est qu&#039;il y a toujours eu quelque chose qui clochait […][O]n ne pouvait rien lui reprocher […] Mais justement. Il y avait trop de contrôle. […] Je le savais que ce n&#039;était pas une bonne chose.» (82-3) Mais, comme le dit le témoin à qui l&#039;on doit la précédente citation, «c&#039;est tellement facile de dire ça maintenant, n&#039;est-ce pas?» (82) En effet, une disparition étant en soi quelque chose d&#039;étrange, il devient facile d&#039;attribuer cette caractéristique à la femme qui y est étroitement liée. De plus, l&#039;hypothèse de la disparition est beaucoup plus satisfaisante pour ceux qui trouvent que quelque chose clochait chez l&#039;absente, car cela prouve leur point de vue et leur permet d&#039;imaginer une motivation à son départ et de combler le trou instauré par son côté mystérieux. Il faut aussi relever que la tendance des témoins à recréer une action pour comprendre est plus aisée en sachant qu&#039;ils connaissent l&#039;auteure de ce geste. Ils peuvent plus facilement trouver des motivations et un but à quelqu&#039;un qu&#039;ils connaissent un peu plutôt qu&#039;à quelqu&#039;un qui aurait tué la disparue et qui resterait énigmatique jusqu&#039;à la fin.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L&#039;enquêteur de &lt;em&gt;Ce que je sais d&#039;elle&lt;/em&gt; possède des caractéristiques défaillantes communes avec ceux des romans d&#039;enquête. D&#039;abord, l&#039;homme poursuit l&#039;enquête de sa propre initiative même si le dossier est clos, ce qui nous porte à supposer qu&#039;il éprouve pour la disparue cette fascination qui est propre aux enquêteurs des romans d&#039;enquête. De plus, l&#039;homme montre son incapacité à résoudre le mystère en ne s&#039;interposant pas lorsque certains témoins lui disent clairement qu&#039;ils lui cachent des choses. La grand-mère de la disparue refuse ainsi de dire ce que sa petite-fille lui a confié sur les raisons véritables de son arrêt de peinture, sur l&#039;objet de sa peur. Comme le dit Marion François dans son article &lt;em&gt;La vérité dans le sang: roman policier et connaissance&lt;/em&gt;, «[l]a dissémination de l&#039;énigme va […] à rebours du principe de restriction finale du soupçon: chaque protagoniste garde sa part obscure et le secret semble contagieux» (2011: par. 37). Étant un vrai enquêteur, il devrait avoir les moyens d&#039;amener les témoins à parler. Mais il ne semble même pas faire de véritables efforts en ce sens. L&#039;incompétence du personnage atteint son point culminant au vingt-neuvième et dernier chapitre, qui donne la parole à la disparue. Ce chapitre commence comme suit: «Alors voilà, vous m&#039;avez retrouvée?» (Hammer: 141) Il laisse miroiter l&#039;aboutissement de l&#039;enquête. Mais la femme détruit une à une les diverses hypothèses de l&#039;enquêteur. Puis, ce passage, qui nous désillusionne:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Assez joué. Vous voyez bien que ça ne mène nulle part. Vous voyez bien que vous vous aveuglez. Vous vous cachez la vérité.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Vous voyez bien: vous ne m&#039;avez pas retrouvée.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Ça ne sert à rien de tricher. Ce n&#039;est pas en m&#039;inventant de toute pièces, en écrivant ces mots vous-même comme si je venais de les prononcer que vous approcherez la vérité. (144)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Étant d&#039;abord présenté comme le triomphe de l&#039;enquêteur, ce chapitre se révèle finalement être son échec. Faute d&#039;avoir vraiment retrouvé la disparue, l&#039;homme imagine ce qu&#039;elle aurait dit s&#039;il avait réussi à résoudre l&#039;enquête&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref5_rli8c20&quot; title=&quot;Le dernier témoignage du récit porte à interprétation. Dans son article précédemment cité, Nicolas Xanthos considère que la disparue a réellement été retrouvée et s&#039;attarde sur la confusion qu&#039;elle éprouve envers elle-même. Cette vision sert bien les propos de l&#039;analyste. Pour ma part, je vois la fin comme un discours fabulé par l&#039;enquêteur, ce qui va dans le sens de la conception de l&#039;être humain que je mets en lumière, tout en étant aussi logique que la précédente interprétation.&quot; href=&quot;#footnote5_rli8c20&quot;&gt;5&lt;/a&gt;. Il espère ainsi cerner l&#039;hypothèse qui est la plus vraisemblable. Mais, lui aussi étant confronté à la prolifération métanarrative pleine de contradictions, il ne trouve rien qui le satisfasse. On sent l&#039;enquêteur vaciller alors qu&#039;il s&#039;avoue son incompétence. Il porte le coup final avec ces dernières paroles de l&#039;absente: «Juste une question, avant de vous laisser. […] De quoi vous faire penser. Vous pouvez me la renvoyer, la retourner. Ce n&#039;est certainement pas la vérité. Imaginez que ce soit moi qui vous aie inventé?» (144) À force de s&#039;intéresser à une disparition, l&#039;enquêteur finit par se perdre lui-même. Il doute de tout, même de sa propre existence. Cette dernière phrase du récit amplifie également la confusion du lecteur: même ce dont nous étions certains devient un objet de questionnement. C&#039;est bien là l&#039;aboutissement habituel des romans d&#039;enquête, comme l&#039;explique Marion François: «La notion de polysémie se substitue […] à celle de vérité, inatteignable puisque constamment médiatisée. L’indécidabilité liée à l’indice, le soupçon touchant la narrativité, et cette tendance à ne pas clore [sont des] signes de la littérature actuelle» (2011: par. 37). Si l&#039;enquêteur n&#039;est pas réel, qu&#039;en est-il de nos certitudes? Est-ce que la disparue a seulement suivi des cours de peinture? Quelle est la vérité? Comme le dit le fils cadet de la disparue: «Mais surement c&#039;est que personne sait. Même pas Maman.» (Hammer: 112) La fin constitue le couronnement de la conception de l&#039;être humain présentée par le récit, car la fiction se rebelle au point de nous faire douter de chaque parole. Comment avons-nous même pu prétendre à une analyse de la connaissance d&#039;autrui si tout ce qui est dit peut être faux, jusqu&#039;à l&#039;existence du personnage de l&#039;enquêteur, qui est central dans le récit?&lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;Tout le récit s&#039;emploie à montrer qu&#039;on ne peut avoir une connaissance fiable et exacte d&#039;autrui.&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;p&gt;Par sa prolifération métanarrative toute en contradictions, &lt;em&gt;Ce que je sais d&#039;elle&lt;/em&gt; témoigne d&#039;une conception bien particulière de l&#039;être humain. Tout le récit s&#039;emploie à montrer qu&#039;on ne peut avoir une connaissance fiable et exacte d&#039;autrui. La structure des chapitres et leur agencement amènent le lecteur à percevoir une forte contradiction entre les témoignages. Le jugement des témoins se voit sans cesse influencé par leurs sentiments pour la disparue ou encore par leurs expériences personnelles. Les membres de la famille de l&#039;absente sont restés marqués par le climat qui régnait lors de son enfance et jugent très différemment, selon qu&#039;ils éprouvent de la déception, de la rancune ou de la compassion pour la femme. Certains témoins croient que la disparue a agi comme ils se comporteraient eux-mêmes. D&#039;autres se fient à leurs champs de référence pour construire leur hypothèse, se fondant sur leurs connaissances professionnelles, sur ce qu&#039;ils voient dans les films ou sur les types, les catégories dans lesquels nous classons les gens. Le lecteur, tout comme l&#039;enquêteur, se retrouve incapable de dégager la vérité de ces témoignages, sinon quelques certitudes sur les actes de la disparue. Marion François soutient que&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;la fin ouverte, c’est-à-dire une suspension définitive de la révélation, renvoie la question au lecteur, ouvrant un espace indéfini de l’activité imaginative déployée jusque-là et constitutive du roman. Par cette mutation, le roman policier peut entrer dans une esthétique du secret, [s&#039;agissant] d’exprimer une ambiguïté à tout instant, sans révéler le secret essentiel. (2011: par. 43)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ainsi, chaque lecteur peut tirer sa propre hypothèse sur la disparition, qui devient comme un trentième témoignage, une trentième variante du schème interactif, à laquelle on ne peut pas se fier plus qu&#039;aux autres. Les quelques certitudes deviennent elles aussi l&#039;objet de questionnements à la toute fin du récit, alors que l&#039;enquêteur se met même à douter de sa propre existence. Une citation tirée du témoignage du mari de l&#039;absente résume bien la conception de l&#039;être humain instituée par l&#039;œuvre: «Vous savez, il y a des moments où je ne sais plus si ce que je sais d&#039;elle est vrai ou si c&#039;est moi qui n&#039;ai rien compris, depuis le début.» (Hammer: 139) En lisant ce récit, nous retrouvons tous des clichés auxquels nous sommes habitués: les ragots de la commère du quartier, les certitudes de l&#039;amoureux, la belle-mère qui n&#039;aime pas sa bru et plus encore. En rendant ces témoins clichés anonymes, Béatrice Hammer nous fait comprendre que la connaissance d&#039;autrui ne fait pas seulement défaut dans son récit. Les deux ouvrages de psychologie et philosophie&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref6_tk2rpc3&quot; title=&quot;Henry Clay Smith et Raymond Carpentier.&quot; href=&quot;#footnote6_tk2rpc3&quot;&gt;6&lt;/a&gt; mentionnés dans l&#039;analyse nous appuient également sur ce point. C&#039;est tout autour de nous que la connaissance d&#039;autrui est passible d&#039;erreur.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;h2&gt;Bibliographie&lt;/h2&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/la-connaissance-dautrui&quot; id=&quot;node-65613&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Carpentier, Raymond. 1968.&amp;nbsp;&lt;em&gt;La connaissance d&#039;autrui&lt;/em&gt;. Paris : Presses Universitaires de France, «&amp;nbsp;SUP. Initiation philosophique 83&amp;nbsp;», 119 p.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/la-verite-dans-le-sang-roman-policier-et-connaissance&quot; id=&quot;node-65615&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;François, Marion. 2011.&amp;nbsp;«&amp;nbsp;La vérité dans le sang: roman policier et connaissance&amp;nbsp;».&amp;nbsp;&lt;em&gt;LISA, e-journal&lt;/em&gt;. &amp;lt;&lt;a href=&quot;http://lisa.revues.org/7175&amp;gt;&quot;&gt;http://lisa.revues.org/7175&amp;gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/recits-et-actions-pour-une-theorie-de-la-lecture&quot; id=&quot;node-56927&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Gervais, Bertrand. 1990.&amp;nbsp;&lt;em&gt;Récits et actions. Pour une théorie de la lecture&lt;/em&gt;. Longueil : Le Préambule.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/ce-que-je-sais-delle&quot; id=&quot;node-53779&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Hammer, Béatrice. 2006.&amp;nbsp;&lt;em&gt;Ce que je sais d&#039;elle&lt;/em&gt;. Paris : Arléa, «&amp;nbsp;1er mille&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/la-connaissance-concrete-dautrui&quot; id=&quot;node-65617&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Smith, Henry Clay. 1969.&amp;nbsp;&lt;em&gt;La Connaissance concrète d&#039;autrui&lt;/em&gt;. Neuchâtel : Delachaux et Niestlé, «&amp;nbsp;Actualités pédagogiques et psychologiques&amp;nbsp;», 226 p.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/le-probleme-de-lesprit-dautrui-discussion-de-quelques-solutions-recentes&quot; id=&quot;node-65619&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Vallée, Richard. 1988.&amp;nbsp;«&amp;nbsp;Le Problème de l&#039;esprit d&#039;autrui. Discussion de quelques solutions récentes&amp;nbsp;».&amp;nbsp;&lt;em&gt;Philosophiques&lt;/em&gt;, vol. XV, 2, p. 421-451.&amp;nbsp;.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/irreductibilites-evenementielles-dans-le-roman-denquete-contemporain&quot; id=&quot;node-52828&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Xanthos, Nicolas. 2011.&amp;nbsp;&lt;em&gt;Irréductibilités événementielles dans le roman d&#039;enquête contemporain.&amp;nbsp;Poétiques et imaginaires de l&#039;événement.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;

&lt;section  class=&quot;footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed&quot; data-collapsible-show-label=&quot;Notes&quot; data-collapsible-hide-label=&quot;Notes&quot;&gt;&lt;ul class=&quot;footnotes collapsible-content&quot;&gt;&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote1_p2rbrt3&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref1_p2rbrt3&quot;&gt;1.&lt;/a&gt; «la compréhension de l&#039;action dans le récit et dans le monde est une activité équivalente.» (Gervais, 1990: 79)&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote2_8fkkndn&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref2_8fkkndn&quot;&gt;2.&lt;/a&gt; Smith souligne que cet auteur est arrivé à la même conclusion qu&#039;une étude sur le jugement d&#039;autrui.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote3_y3k8jr5&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref3_y3k8jr5&quot;&gt;3.&lt;/a&gt; En italique dans le texte.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote4_e1dw0l8&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref4_e1dw0l8&quot;&gt;4.&lt;/a&gt; En excluant les huit indécis.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote5_rli8c20&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref5_rli8c20&quot;&gt;5.&lt;/a&gt; Le dernier témoignage du récit porte à interprétation. Dans son article précédemment cité, Nicolas Xanthos considère que la disparue a réellement été retrouvée et s&#039;attarde sur la confusion qu&#039;elle éprouve envers elle-même. Cette vision sert bien les propos de l&#039;analyste. Pour ma part, je vois la fin comme un discours fabulé par l&#039;enquêteur, ce qui va dans le sens de la conception de l&#039;être humain que je mets en lumière, tout en étant aussi logique que la précédente interprétation.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote6_tk2rpc3&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref6_tk2rpc3&quot;&gt;6.&lt;/a&gt; Henry Clay Smith et Raymond Carpentier.&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;/section&gt;&lt;/div&gt;
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 <pubDate>Wed, 25 Apr 2018 18:14:24 +0000</pubDate>
 <dc:creator>Rémi-Julien Savard</dc:creator>
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 <title>L’imaginaire de l’Histoire et les histoires imaginaires</title>
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 <pubDate>Tue, 23 Aug 2016 14:12:43 +0000</pubDate>
 <dc:creator>Sarah Grenier</dc:creator>
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 <title>Introduction: Politiques de l’autobiographie</title>
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 <pubDate>Wed, 22 Jul 2015 21:10:40 +0000</pubDate>
 <dc:creator>Jasmin Cormier</dc:creator>
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