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 <title>Observatoire de l&#039;imaginaire contemporain - fantasme</title>
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 <title>Le corps fragmenté de la danseuse orientale</title>
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 <description>&lt;div class=&quot;field field-name-field-cahier-remix field-type-entityreference field-label-above&quot;&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;La chair aperçue. Imaginaire du corps par fragments (1800-1918)&lt;/div&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&lt;a href=&quot;/en/profils/zeghdani-betty&quot;&gt;Zeghdani, Betty&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item clearfix even&quot;&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;66123&quot; view_mode=&quot;embed_large&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;p&gt;Pour les écrivains-voyageurs de la première moitié du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle tels que Théophile Gautier et Gustave Flaubert, seul le spectacle de la danse permet la rencontre avec ce corps fantasmé qu’est le corps féminin oriental, autrement dissimulé par les tabous moraux et religieux. Toutefois, mis en valeur à la fois par des ornements particuliers, mais aussi et surtout par la pratique de la danse elle-même, le corps de la danseuse est une apparition morcelée qui donne naissance à une poétique elle aussi soumise à la fragmentation.&amp;nbsp;Dans cette aventure du corps fragmenté, l’ambition d’une connaissance anthropologique authentique doit sans cesse lutter contre la tentation d’une mythification et d’une&amp;nbsp;littérarisation&amp;nbsp;du corps de cette almée dont rêve une civilisation entière.&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;left&quot;&gt;À l’inverse d’une Europe dominée par un spiritualisme chrétien profondément antimatérialiste, l’Orient du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle apparaît aux voyageurs comme l’univers de l’immanence, consacrant la splendeur matérielle du monde sensible. Un certain nombre de tabous moraux et religieux sont responsables du mode d’apparition fragmenté du corps occidental: l’exhibition de la nudité est «régulée» par un ensemble de codes.&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;left&quot;&gt;Néanmoins, pas plus que le corps occidental, le corps oriental ne peut être saisi comme une entité homogène. À défaut de la contrôler, la loi coranique interdit totalement l’exhibition de la nudité, qui est ainsi consignée aux marges de la société orientale. La danse constitue un des seuls théâtres de l’exhibition du corps oriental en ce qu’elle offre un statut marginal à la danseuse, lui permettant de contourner les tabous moraux et religieux. La figure de la danseuse et les scènes de danse sont omniprésentes dans les récits de voyage de Théophile Gautier (Algérie, juillet 1845) et de Gustave Flaubert (Égypte, novembre 1849). La «fragmentation» du corps de la danseuse semble moins s’expliquer par une régulation dans l’exhibition de la nudité que par la pratique même de la danse. L’«auto-fragmentation» du corps de la danseuse en action est cependant doublée par la perception et l’écriture du voyageur.&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;left&quot;&gt;Dans quelle mesure l’écriture a-t-elle une action «fragmentante» qui constitue une «appropriation» du corps de l’autre par l’écrivain-voyageur? S’il paraît évident de considérer la danse, dans son contexte et dans sa pratique, comme une «auto-fragmentation» du corps, l’écriture elle-même impose au corps dansant une véritable fragmentation «littéraire». Le fragment a ainsi une portée sémiologique indéniable dans le phénomène d’appropriation du corps oriental par le voyageur occidental.&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;left&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;h3 align=&quot;left&quot;&gt;&lt;strong&gt;Contexte et pratique de la danse: une «auto-fragmentation» du corps&lt;/strong&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p align=&quot;left&quot;&gt;Forcés de constater l’inaccessibilité de la femme mariée et voilée, Théophile Gautier et Flaubert comprennent que le seul contact possible avec la corporalité orientale sera celui de la danse. Cette découverte impose aux voyageurs néophytes une prise de conscience du «barricadement» physique des femmes. Le port du voile leur apparaît comme un indice corporel spécifiquement oriental. &lt;em&gt;Parce&lt;/em&gt; &lt;em&gt;qu’il est le symbole de la nudité dissimulée, le voile est aussi celui de la chair prohibée et donc d’une liberté restreinte.&lt;/em&gt; Durant une scène de danse, Théophile Gautier note d’ailleurs la timide présence d’autres femmes:&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;left&quot; style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;[…] je discernais, à la lueur tremblante des veilleuses, sur le fond noir du ciel, des ombres blanchâtres, accroupies, accoudées ou debout, s’enveloppant dans leurs draperies comme des cigognes dans leurs ailes, et se tenant aussi immobiles que des figures de marbre […]: c’étaient les femmes de la maison et les voisines qui voulaient assister à la conjuration sans être vues, et satisfaire à la fois leur curiosité et la réserve orientale. (1989: 95-96&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref1_734bxh6&quot; title=&quot;Les références à cette édition seront désormais insérées directement dans le corps du texte, entre parenthèses, suivant la mention TG.&quot; href=&quot;#footnote1_734bxh6&quot;&gt;1&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;left&quot;&gt;La métaphore de la femme orientale fantomatique est révélatrice de l’inaccessibilité des femmes mariées et voilées, qui sont présentes mais se dérobent à tout regard extérieur. Dans la mesure où la danseuse n’est pas mariée, elle jouit d’une certaine liberté. Sa pratique l’amène à jouir plus librement de son corps. En un certain sens, la danseuse est celle qui se débarrasse progressivement de ses voiles, comme l’évoque symboliquement cette scène de danse&amp;nbsp;décrite par Théophile Gautier:&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;left&quot; style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;[…] en quelques instants&amp;nbsp;le tapis fut jonché d’anneaux d’argent, d’écharpes et de mouchoirs de Tunis; débarrassées de ce qui les gênaient, elles se livraient aux contorsions les plus bizarres.&amp;nbsp;(TG, 178)&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;left&quot;&gt;Slaheddine Chaouachi considère que, par la danse, la femme «[…] se libère du carcan moral» et le corps «échappe à la prison où l’enferment les règles de la morale» (2005: 180-181). &lt;em&gt;Les lieux de l’exhibition du corps nu (et donc de la transgression de l’ordre) sont à l’origine d’une véritable «fragmentation» géographique et sociale de l’espace oriental. Ce phénomène de fragmentation est officiel dans la société algérienne que découvre Théophile Gautier en 1845.&lt;/em&gt; Sous l’influence française, la pratique de la danse se développe peu à peu dans des «lieux de sociabilité», c’est-à-dire dans des cafés, ou dans des «bals indigènes». Quelques années plus tard, en 1849, lorsque Flaubert se rend en Égypte, la loi sur l’interdiction aux femmes de danser est en vigueur depuis les années 30. Flaubert découvre donc cette pratique de la danse en dépit des interdictions et dans la clandestinité. Ce dernier mentionne à plusieurs reprises l’accès difficile et presque labyrinthique à l’endroit où doit se dérouler la scène: «Petite rue derrière l’hôtel d’Orient –on nous fait monter dans une grande salle […]» (2006: 86&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref2_rfknyt7&quot; title=&quot;Les références à cette édition seront désormais insérées directement dans le corps du texte, entre parenthèses, suivant la mention GF.&quot; href=&quot;#footnote2_rfknyt7&quot;&gt;2&lt;/a&gt;); «À gauche en descendant vers le Nil, une rue adjacente, […] la rue est un peu courbe […]» (GF, 127).&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;left&quot;&gt;Parce qu’elle est le théâtre principal de l’exhibition de la nudité orientale, la danse décide à elle seule du mode d’apparition du corps nu. Cette mise en scène est assurée par certaines figures qui constituent autant d’«agents» de la fragmentation du corps de la danseuse. Lors des représentations du célèbre danseur travesti, Hassan el Bilbesi, un «cornac» est en charge de l’animation du spectacle: «De temps à autre pendant la danse, le cornac fait des plaisanteries et baise Hassan au ventre […].» (GF, 108) En guidant le regard vers certaines parties dénudées, et notamment le ventre, c’est lui qui détermine le rapport du spectateur au corps de la danseuse. La figure du cornac se retrouve dans l’épisode algérien du bal indigène, à l’occasion duquel Théophile Gautier note:&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;left&quot; style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Pour que l’assemblée ne perdît aucun détail, un Nègre portant une bougie suivait la danseuse dans toutes ses évolutions, haussant et baissant son luminaire pour faire admirer tantôt le visage, tantôt la gorge, le bras ou autre chose&amp;nbsp;[…]. (TG, 70)&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;left&quot;&gt;Le regard infantilisé du spectateur est guidé par la lumière qui «fragmente» le corps en exhibant un à un ses fragments. Cette fragmentation visuelle, et donc virtuelle, du corps est matérialisée à la fin de la scène par les «pièces d’or»&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;left&quot; style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;[…]&amp;nbsp;quelques-uns, plus généreux, lui plaquaient sur le front, sur les joues, sur la poitrine, sur les bras, sur l’endroit qu’ils admiraient le plus en elle, de minces pièces d’or retenues par la sueur. (TG, 71)&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;left&quot;&gt;Si l’œil du spectateur est attiré par un fragment de corps parmi d’autres, c’est que celui-ci est particulièrement mis en valeur par un ensemble d’ornements. Dans le passage consacré à Hassan el Bilbesi, Flaubert évoque chaque partie du corps du danseur en fonction de son costume: «[…] la veste descend jusqu’à l’épigastre tandis que les pantalons, retenus par une énorme ceinture de cachemire pliée en plusieurs doubles, ne commencent à peu près qu’à la motte.»&amp;nbsp;(GF, 107) L’art du costume implique une sémiologie de chaque partie du corps déterminée par un ensemble de codes sociaux, culturels et religieux. Sans doute l’effet de distanciation est-il lié, non pas au constat de la nudité de la danseuse par le voyageur, mais au dénudement de certaines parties du corps que la société occidentale dissimule sous le vêtement. Djamila Henni-Chebra donne un aperçu à peu près exhaustif des parties du corps dévoilées par le costume de la danseuse égyptienne:&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;left&quot; style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Les membres de l’Expédition d’Égypte y voient une manière unique de se vêtir: poitrine entièrement dénudée, laissant apparaître les seins. Tout le reste du corps, ainsi que la tête, sont recouverts. D’étroites manches descendent jusqu’aux articulations des mains. La robe que porte la danseuse est ample et l’on devine qu’elle s’enfle sous les mouvements chorégraphiques. La danseuse garde les pieds nus […] (1996: 50).&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;left&quot;&gt;En annexe de son ouvrage intitulé &lt;em&gt;Corps et graphies: poétique de la danse et de la danseuse à la fin du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;&lt;/em&gt; &lt;em&gt;siècle&lt;/em&gt;, Guy Ducrey propose un dessin de Lucien Métivet qui compare les costumes des danseuses occidentales à ceux des danseuses orientales. On y lit: «Les ballerines occidentales montrent leurs épaules, leurs visages et leurs jambes; les almées orientales les cachent en découvrant le reste.»&lt;/p&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;66124&quot; view_mode=&quot;embed_medium&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;p align=&quot;left&quot;&gt;La danseuse orientale offre ainsi aux voyageurs la contemplation d’une nudité nouvelle. Dans son processus de fragmentation du corps, le costume s’inscrit constamment dans une dialectique du voilement/dévoilement qui convie le spectateur à un jeu érotique. Selon Roland Barthes dans &lt;em&gt;Le Plaisir du texte&lt;/em&gt;, les règles du jeu sont déterminées par la logique de la dissimulation. Parce que l’endroit le plus érotique du corps est celui où le vêtement bâille, l’érotisme naîtrait davantage de l’imagination, de l’anticipation et de l’excitation que de la contemplation. La contrainte devient très vite un charme pour Flaubert. Le désir est aussi profond parce que le dénudement de Kuchiuk-Hânem n’est pas total: «Elle n’a pas défait sa petite veste verte, à broderies d’or&amp;nbsp;[…] mais tout le reste a été vite dénudé. Sa veste serrée lui faisait se réunir les deux seins.»&amp;nbsp;(GF, 88) L’écrivain-voyageur prend du plaisir à deviner la poitrine plus qu’il n’en prendrait à se la voir ouvertement exposée. Selon Théophile Gautier, le costume a la capacité de rendre érotique une partie du corps qui ne semblait pas l’être au premier abord. Il s’agit d’en faire la seule et unique zone dénudée du corps:&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;left&quot; style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Les bras, estompés par le nuage transparent d’une manche de gaze, jaillissaient robustes et nus de l’échancrure des tuniques. […] Est-ce une disposition congénitale, ou bien les regards, particulièrement attirés par cette nudité, la seule du costume, sont-ils portés à en exagérer l’importance?&amp;nbsp;(TG, 40)&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;left&quot;&gt;Le phénomène de fragmentation du corps nu de la danseuse n’est pas seulement l’effet d’une action extérieure. La pratique même de la danse a une action «fragmentante» sur le corps, avant tout parce qu’elle exploite à outrance certains attributs corporels qui deviennent autant de métonymies de la danseuse. À l’occasion d’une scène de danse, Flaubert&amp;nbsp;note: «[…]&amp;nbsp;torsions de ventre et de hanches&amp;nbsp;splendides, il fait rouler son ventre comme un flot.» (GF, 86) L’utilisation singulière du ventre dans la pratique de la danse orientale a donné naissance au fantasme de la «danseuse du ventre», qui est devenue une personnalité incontournable des Expositions universelles. À cet égard, Guy Ducrey cite Jules Lemaître dans son article intitulé «Quelques billets du matin»: «Danse du ventre au café tunisien, danse du ventre au café algérien, danse du ventre au théâtre égyptien, danse du ventre en face. Que de ventres à cette Exposition, que de ventres!» (1996: 262) Par ailleurs, la danseuse, à la différence de la femme voilée, libère très souvent sa chevelure. Celle-ci est particulièrement mise en avant lors de la danse des &lt;em&gt;Djinns&lt;/em&gt; dans le récit de voyage de Théophile Gautier:&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;left&quot; style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Bientôt leurs coiffures se détachèrent de leurs cheveux; n’étant plus contenus, ceux-ci se répandirent sur leurs épaules, sur leur col, sur leur front, sur leurs joues, sur leur sein, comme une couvée de serpents noirs chassés violemment de leurs repaires.&amp;nbsp;–Les longues mèches brunes de ces chevelures éparses, agitées par des mouvements désordonnés, semblaient les lanières d’un fouet manié par un esprit invisible qui en flagellait à tour de bras les danseuses pour activer leur ballet épileptique. (TG, 98)&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;left&quot;&gt;Les cheveux, qui se répandent et glissent sur le corps de la danseuse, évoquent la chevelure entrelacée de serpents de Méduse. Animée et désolidarisée du reste du corps, elle devient un fragment autonome à valeur synecdochique.&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;left&quot;&gt;Cette «autonomisation» de chaque fragment du corps de la danseuse est au cœur du mécanisme de fragmentation artistique. La danseuse a une maîtrise totale de chaque partie de son corps qu’elle peut mettre en action de manière autonome. Chaque partie du corps est exploitée de manière différente dans la scène de danse à laquelle assiste Flaubert chez la Triestine:&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;left&quot; style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Elle nous a dansé une danse d’Alexandrie qui consiste, comme bras, à porter alternativement le bord de la main au front.&amp;nbsp;Autre danse: bras droits étendus devant soi, la saignée un peu fléchie, le torse immobile, le bassin fait des trilles […]. (GF, 87)&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;left&quot;&gt;Alors que les bras et le bassin sont en action, la danseuse parvient à «immobiliser» totalement son torse. Théophile Gautier décrit également cette maîtrise parfaite de chaque fragment de corps&amp;nbsp;lors de la scène du bal indigène: «[…] ondulations perpétuelles du corps, en torsions des reins, en balancements des hanches, en mouvements de bras agitant des mouchoirs» (TG, 70). Ce phénomène d’autonomisation de certaines parties du corps se donne particulièrement à voir dans les mouvements de tête&amp;nbsp;produisant un effet de «décapitement» que décrit Flaubert&amp;nbsp;à l’égard de la danse d’Azizeh: «Elle s’y met –son col glisse sur les vertèbres d’arrière en avant et plus souvent de côté, de manière à croire que la tête va tomber. Cela fait un effet de décapitement effrayant.»&amp;nbsp;(GF, 141) Gautier décrit le même mouvement lors de la cérémonie des &lt;em&gt;Aïssaoua&lt;/em&gt;:&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;left&quot; style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;[…] les aïssaoua s’agitaient avec une frénésie enragée; le balancement de tête, qui n’avait été d’abord exécuté que par quelques-uns, était maintenant général; seulement, les oscillations prenaient une telle violence, que l’occiput allait frapper les épaules et que le front battait la poitrine en brèche. […] Le balancement avait lieu de la ceinture en haut, et le corps décrivait un demi-cercle effrayant.&amp;nbsp;(TG, 78)&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;left&quot;&gt;La pratique artistique de la danse offre donc au voyageur le spectacle de la fragmentation du corps de la danseuse. Néanmoins, le propre du récit de voyage semble résider dans le lien très étroit qu’il crée entre la perception et sa restitution écrite. Certes le corps apparaît à l’écrivain-voyageur sous une forme fragmentée, mais lui-même n’a-t-il pas une part de responsabilité littéraire dans cette fragmentation?&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;left&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;h3 align=&quot;left&quot;&gt;&lt;strong&gt;«Salomé mise en pièces à son tour&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref3_mhgl1wd&quot; title=&quot;Nous renvoyons à l&#039;ouvrage de Guy Ducrey: Corps et graphies. Poétique de la danse et de la danseuse à la fin du XIXe siècle, Paris, Honoré Champion, 1996, p.331&quot; href=&quot;#footnote3_mhgl1wd&quot;&gt;3&lt;/a&gt;»: La fragmentation littéraire du corps dansant&lt;/strong&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p align=&quot;left&quot;&gt;La notion de «perception» est au cœur de l’aventure viatique, et plus particulièrement de celle du voyage en Orient romantique de la première moitié du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle. La découverte de la danse propose &lt;em&gt;a fortiori &lt;/em&gt;une expérience sensible qui engage personnellement le voyageur. Pour lui donner une existence littéraire, celui-ci se base principalement sur sa propre expérience sensorielle. Cette expérience est déterminée par les représentations du voyageur, qui se manifestent particulièrement dans le travail de restitution littéraire. Si l’écrivain en France au XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle n’a pas forcément d’expérience directe de la danse orientale, celle-ci ne lui est pas pour autant totalement inconnue et fait l’objet d’une certaine fascination. Au cœur de cette fascination, c’est bien évidemment la figure biblique et mythique de Salomé que l’on retrouve. Princesse juive, c’est une jeune fille qui est encouragée par sa mère à offrir une danse au tétrarque Hérode, en échange de la décollation du prophète Saint Jean Baptiste. Le mythe de Salomé fait en lui-même de la danse une fragmentation: devant Hérode, Salomé se débarrasse de ses sept voiles, dénudant une à une les parties de son corps. De surcroît, la danse de Salomé a pour finalité la «fragmentation» du corps de Saint Jean Baptiste, autrement dit sa «décollation». En tant qu’archétype de la «danseuse du ventre» dans l’imaginaire occidental, le fantôme de Salomé plane sur le destin littéraire des danseuses qui ont croisé la route des voyageurs français en Orient au XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle.&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;left&quot;&gt;Fort de ses représentations, l’écrivain-voyageur se confronte à l’expérience réelle et inédite de la danse orientale. Face au «drame de la volupté» (TG, 70) qu’incarne la danseuse, l’écrivain-voyageur se retrouve dans la même posture qu’Hérode. La danse, en tant qu’expérience visuelle, le confronte à un corps, mais aussi à son propre corps, c’est-à-dire à ses sensations et à son désir. Elle met en situation un corps émetteur (celui de l’artiste) face à un corps récepteur (celui du public). Le voyageur retranscrit son expérience personnelle du corps et en cela il en donne un aperçu partiel et partial. Rien ne l’oblige à décrire le corps comme une entité monolithique, bien au contraire, ses sensations le poussent à hypertrophier la description des parties du corps qui attirent particulièrement son œil. Le regard opère une «sélection» et donc une «fragmentation» du corps de la danseuse. Par exemple, Flaubert note: «Quand elle était accroupie, dessin magnifique et tout à fait sculptural de ses rotules»&amp;nbsp;(GF, 135). Dans un chapitre intitulé «Embouchures du corps ou les délices de la métonymie», Guy Ducrey considère que l’écrivain, en posture de spectateur, fixe sa «lorgnette» sur les parties du corps qui attisent plus particulièrement son désir: les embouchures, c’est-à-dire la bouche et le ventre, en tant que métaphores du sexe féminin.&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;left&quot;&gt;Cette perception fragmentée a une influence directe sur l’écriture du corps de la danseuse. Dans cette perspective, Théophile Gautier imagine une «littérature des jambes». La fragmentation du corps dans la danse donne à l’écriture une dimension fragmentaire. Celle-ci est avant tout liée au mode d’apparition textuel du corps. Le terme de «corps» n’est quasiment pas utilisé par les écrivains-voyageurs. Dans &lt;em&gt;Du Descriptif, &lt;/em&gt;Philippe Hamon considère que la description est construite autour d’un pantonyme (le corps), d’une nomenclature (tête, bras, jambes) et de prédicats (grand, noir, voluptueux) (1983: 140). Dans la restitution littéraire du corps dansant, on peut parler d’une hypertrophie de la nomenclature: les différentes parties des corps observés sont disséminées dans le texte où les mots «jambes», «bras», «mains», «visage», «yeux», «bouche»… etc. sont des &lt;em&gt;leitmotivs&lt;/em&gt;. Une fois qu’il a donné une existence littéraire à ces fragments de corps autonomes, Flaubert cherche à reproduire le rythme et le mouvement de la danse par l’écriture. Telle est la description de la danse d’Hassan el Bilbesi:&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;left&quot; style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;L’effet résulte de la gravité de la tête avec les mouvements lascifs du corps; quelquefois ils se renversent tout à fait sur le dos, par terre, comme une femme qui va s’étendre et se relève tout à coup d’un soubresaut brusque –tel un arbre qui se redresse une fois le vent passé.&amp;nbsp;[…] Dans les saluts et révérences, temps d’arrêt; leurs pantalons rouges se bouffissent tout à coup comme des ballons ovales, puis semblent se fondre en versant l’air qui les gonfle. (GF, 108)&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;left&quot;&gt;Les adverbes décident du rythme en créant un mouvement de chute et d’ascension. Le salut concorde avec le ralentissement de la phrase et sa chute. L’arrêt physique du danseur correspond à l’arrêt de la phrase, se réduisant à son strict minimum (phrase nominale) et se gonflant (verbes, compléments) en même temps que se gonflent les pantalons.&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;left&quot;&gt;La perception fragmentée du corps de la danseuse donne assurément à l’écriture sa nature fragmentaire. Néanmoins, on peut considérer que, réciproquement, l’écriture littéraire fragmente le corps perçu. L’écrivain pourrait éprouver un certain plaisir à saisir, par l’écriture, le corps de la danseuse. Cette jouissance serait celle d’une dislocation poétique du corps de la danseuse. Dans un de ses titres de chapitre, Guy Ducrey évoque «la danseuse en morceaux pour une poétique de la dislocation chorégraphique» qu’il associe aux «parataxes du désir». L’écriture du corps dansant impose au texte une syntaxe syncopée, saccadée et fragmentée. Le corps même de l’écriture fragmente le corps en différents syntagmes. Les procédés de l’énumération et de l’accumulation sont exploités à outrance. Ils donnent lieu à des constructions paratactiques, dans lesquelles les fragments de corps se juxtaposent sans véritable liaison. À l’inverse, le corps dicte parfois à l’écriture une syntaxe polysyndétique, qui répète certaines liaisons pour amplifier l’effet d’accumulation. Dans le texte de Flaubert, la syntaxe de certaines phrases est totalement déconstruite: «Autre&amp;nbsp;danse: bras droits étendus devant soi, la saignée un peu fléchie, le torse immobile, le bassin fait des trilles.» (GF, 87) Dans le texte de Théophile Gautier, la longueur de certaines phrases est due aux multiples juxtapositions:&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;left&quot; style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Ces sons âpres, ce rythme haletant, parurent faire une grande impression sur les danseuses; elles penchaient leurs corps en avant, puis les rejetaient en arrière, de façon à toucher presque les dalles du pavé; elles faisait tourbillonner éperdument les mouchoirs rayés […].&amp;nbsp;(TG, 98)&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;left&quot;&gt;Toujours selon Guy Ducrey, derrière les dépècements littéraires infligés aux danseuses, il faut reconnaître Salomé: «Elle, la coupeuse de corps, à qui l’on ne se lasserait pas d’imposer, par vengeance, le talion d’une dislocation dans les textes. Salomé mise en pièces à son tour.» (1996: 331) La dislocation poétique de la danseuse serait, pour le créateur masculin, un moyen de lutter contre la fatalité dont Salomé, figure de l’impuissance créatrice, est l’incarnation. La poésie est la danse du poète, l’expression du mouvement quasi-chorégraphique de sa sensibilité face au monde. L’écriture de la danse fait du poème, et donc du poète, une entité éparse et multiple qui retrouve son unité et sa force dans la sublimation du vécu. La fragmentation littéraire permet ainsi à l’écrivain de s’approprier le corps de la danseuse orientale. Comment comprendre et interpréter cette «appropriation» du corps oriental par l’écrivain-voyageur occidental?&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;left&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;h3 align=&quot;left&quot;&gt;&lt;strong&gt;Sémiologie du corps par fragments: une appropriation du corps oriental par le voyageur occidental?&lt;/strong&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p align=&quot;left&quot;&gt;En «disloquant» et en «dépeçant» le corps de la danseuse orientale, l’écrivain le soumet à sa propre écriture et en fait sa propriété. Dans un contexte pré-colonial, la fragmentation littéraire du corps de la danseuse orientale par l’écrivain occidental pourrait avoir une valeur idéologique et politique. Le processus de fragmentation du corps de la danseuse installe durablement la logique de la métonymie: la partie (le fragment de corps) se substitue au tout (le corps) et incarne un idéal de la corporalité orientale. En focalisant sa perception sur un fragment de corps en particulier (le ventre, la poitrine, la chevelure), l’écrivain-voyageur décide de l’image plus générale qu’il va diffuser du corps de la danseuse orientale. La synthèse des expériences orientales de Flaubert donne naissance au mythe d’une corporalité orientale lascive, lubrique et permissive, placée sous le signe métonymique du ventre, comme symbole du sexe féminin. En fragmentant le corps de la danseuse orientale, l’écrivain crée son propre mythe de la corporalité orientale et la femme orientale devient son apanage, sa créature&lt;em&gt;. &lt;/em&gt;L’art rejoue ainsi de manière métaphorique le rapport de force entre Occident et Orient en imposant à l’Orient la tutelle «littéraire» de l’Occident. Le corps de la femme orientale devient, en ce qu’il est vecteur de l’imaginaire masculin, une propriété de l’homme occidental. L’auteur s’investit de ce corps, dont il floute les contours et qu’il «schématise» en le réduisant à certains de ses attributs. C’est exactement ce que l’on observe dans la pratique des «cartes postales coloniales» étudiée par Malek Alloula (2001: 10-11).&lt;/p&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;66125&quot; view_mode=&quot;embed_medium&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;66126&quot; view_mode=&quot;embed_medium&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;p align=&quot;left&quot;&gt;Sur l’ensemble de ces photographies, le corps des femmes est fragmenté parce qu’il est mis en scène de manière à ce que le regard soit naturellement attiré par la poitrine des modèles. La schématisation et la mythification du corps de la danseuse orientale en font l’incarnation du type plus général de &lt;em&gt;la &lt;/em&gt;femme orientale. Le corps de la danseuse stigmatise les fantasmes occidentaux par l’hypertrophie de certains de ses attributs choisis pour leur «exotisme». La mise en valeur de certains fragments du corps de la danseuse (le ventre, la poitrine, la bouche...) est au service d’une certaine image de «l’autre», de «l’étranger». Le ventre et la poitrine de la danseuse, en ce qu’ils sont exhibés et offerts au public, sont les symboles d’une certaine forme de soumission, qui se concrétise d’un point de vue sexuel. Les attributs métonymiques de la danseuse orientale évoquent un rapport particulier à la sexualité: en exhibant ses atouts charnels, la danseuse orientale s’offrirait au voyageur occidental. Dans la lignée de la thèse formulée par Edward Saïd, Kuchiuk-Hânem incarnerait un Orient féminin sur lequel Flaubert (l’Occident masculin) aurait tous les droits. Dans le processus d’écriture, le voyageur rejoue le rapport de domination que l’Europe pré-colonisatrice entretient avec l’Orient: il s’approprie ce corps étranger en le disloquant poétiquement, de même que le colon s’approprie sa colonie en la «fragmentant» en terres.&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;left&quot;&gt;Néanmoins, à de nombreuses reprises, Théophile Gautier et Flaubert ont revendiqué leur quête d’une désillusion, comme unique voie d’accès à une découverte authentique de la corporalité orientale. On pourrait ainsi considérer que cette tendance à la fragmentation s’insère dans une perspective cognitive. Le fragment, parce qu’il est de l’ordre du «particulier», permettrait de lutter contre le «général». La fragmentation littéraire du corps de la danseuse orientale pourrait être une méthode pour parvenir à saisir la complexité et la richesse d’une corporalité étrangère. Le phénomène d’appropriation qui découle de la fragmentation du corps relèverait donc davantage de la subdivision que de l’asservissement. Ainsi le fragment de corps permettrait de lutter contre l’idée du corps oriental comme entité monolithique et homogène. Dans la perspective de cette connaissance authentique, le regard du voyageur ne se focalise plus sur les mêmes fragments. La nudité n’est pas une condition &lt;em&gt;sine qua non &lt;/em&gt;de son attention, qui ne se porte plus uniquement sur les attributs charnels de la danseuse. Parce qu’ils s’efforcent de porter un regard vierge sur la réalité orientale, ils parviennent à proposer une réévaluation de sa spécificité et de sa richesse. Le fragment de corps permet avant tout de prendre conscience de la valeur artistique de la danse orientale: la danseuse a une maîtrise parfaite de chaque partie de son corps qu’elle exploite de manière autonome. Théophile Gautier constate ainsi la particularité de l’action «fragmentante» de la danse orientale sur le corps et il la compare aux techniques occidentales:&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;left&quot; style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Les jambes doivent demeurer immobiles, et le torse seul a la permission de se trémousser; ce qui est le contraire des recommandations des maîtres de danse à leurs élèves d’Europe.&amp;nbsp;Des balancements de hanches, des torsions de reins, des renversements de tête et des développés de bras, une suite d’attitudes voluptueuses et pâmées composent le fond de la danse en Orient.&amp;nbsp;(TG, 97)&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;left&quot;&gt;En reconnaissant la spécificité de la danse orientale, Théophile Gautier lui donne en quelque sorte ses lettres de noblesse: la danseuse orientale est une artiste du corps, tout comme la ballerine occidentale. En s’attachant aux détails physiques et vestimentaires du corps de la danseuse, l’écrivain-voyageur en reconnaît également la richesse esthétique. Lors de la danse des &lt;em&gt;Djinns&lt;/em&gt;, Théophile Gautier décrit avec précision le visage d’une danseuse: «Ses traits, d’une finesse extrême et d’une régularité parfaite, avaient la fraîcheur d’arêtes, la netteté de burin d’un camée sorti d’hier des mains de l’artiste.» (TG, 97) Flaubert, quant à lui, focalise son attention sur les mains d’une almée: «Bambeh a du henné aux mains […].» (GF, 133) Les yeux, le visage, les mains… Il ne s’agit plus seulement de saisir le corps oriental comme un objet sexuel et fantasmatique placé sous le signe métonymique de ses attributs charnels, mais comme une réalité anthropologique aussi riche et complexe que la corporalité occidentale. Cette réévaluation artistique et esthétique et donc sous-tendue par une reconsidération idéologique.&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;left&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;left&quot;&gt;En France comme en Orient les écrivains-voyageurs de la première moitié du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle sont confrontés à des fragments de corps. Sociétés occidentale et orientale partagent un même tabou à l’égard de l’exhibition de la nudité. Lors de leurs expéditions, les voyageurs se heurtent donc, dans leur découverte de la corporalité orientale, à la barrière du tissu. Seule la danse joue le jeu de la fragmentation du corps et permet d’entrevoir ces lambeaux de chairs orientales tant convoitées en Europe dans les Expositions universelles et dans les représentations artistiques. La pratique de la danse soumet le corps à une «fragmentation» artistique: mouvements saccadés qui dépècent le corps de la danseuse et disséminent bras, jambes et ventres dans le texte. La restitution de l’expérience de la danse crée une «littérature des jambes», dans laquelle les fragments corporels valsent autant que les syntagmes. Mais les mots se prennent tellement au jeu qu’ils vont jusqu’à fragmenter eux-mêmes la réalité perçue et jusqu’à s’approprier, par sa «mise en littérature», le corps de la danseuse orientale. Sous la plume, la métonymie crée l’ambivalence et sème le doute: la partie est-elle l’ombre ou la mise en lumière du tout? Tout l’enjeu de la restitution métonymique du corps de la danseuse réside dans la portée que l’on attribue à ce phénomène d’appropriation littéraire. Dans cette aventure du corps fragmenté, l’ambition d’une connaissance anthropologique authentique doit sans cesse lutter contre la tentation d’une mythification et d’une&amp;nbsp;littérarisation&amp;nbsp;du corps de cette almée dont rêve une civilisation entière.&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;left&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;h2 align=&quot;left&quot;&gt;Bibliographie&lt;/h2&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/le-harem-colonial-images-dun-sous-erotisme&quot; id=&quot;node-65303&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Alloula, Malek. 2001.&amp;nbsp;&lt;em&gt;Le harem colonial. Images d’un sous-érotisme.&lt;/em&gt; Paris : Séguier.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/histoire-du-corps-tome-2-de-la-revolution-a-la-grande-guerre&quot; id=&quot;node-65304&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Corbin, Alain. 2005.&amp;nbsp;&lt;em&gt;Histoire du corps. Tome 2: De la Révolution à la Grande Guerre.&lt;/em&gt; Paris : Seuil.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/corps-et-graphies-poetique-de-la-danse-et-de-la-danseuse-a-la-fin-du-xixeme-siecle&quot; id=&quot;node-65305&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Ducrey, Guy. 1996.&amp;nbsp;&lt;em&gt;Corps et graphies: poétique de la danse et de la danseuse à la fin du XIXème siècle&lt;/em&gt;. Paris : Honoré Champion.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/egypte&quot; id=&quot;node-65306&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Flaubert, Gustave. [s. d.].&amp;nbsp;«&amp;nbsp;Égypte&amp;nbsp;», dans&amp;nbsp;&lt;em&gt;Voyage en Orient&lt;/em&gt;. Paris : Gallimard.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/voyage-en-algerie&quot; id=&quot;node-65307&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Gauthier, Théophile. 1865.&amp;nbsp;&lt;em&gt;Voyage en Algérie.&lt;/em&gt; Paris : La Boîte à Documents.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/du-descriptif&quot; id=&quot;node-60479&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Hamon, Philippe. 1993.&amp;nbsp;&lt;em&gt;Du descriptif&lt;/em&gt;. Paris : Hachette.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/les-danses-dans-le-monde-arabe-ou-lheritage-des-almees&quot; id=&quot;node-65576&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Henni-Chebra, Djamila&amp;nbsp;et&amp;nbsp;Christian&amp;nbsp;Poché. 1996.&amp;nbsp;&lt;em&gt;Les danses dans le monde arabe ou l’héritage des almées&lt;/em&gt;. Paris : L&#039;Harmattan.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/lecrivain-et-la-danse&quot; id=&quot;node-65578&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Knapp, Bettina. 2002.&amp;nbsp;&lt;em&gt;L’écrivain et la danse&lt;/em&gt;. Paris : L&#039;Harmattan.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/histoire-de-la-mode-et-du-costume&quot; id=&quot;node-65580&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Laver, James. 2003.&amp;nbsp;&lt;em&gt;Histoire de la mode et du costume&lt;/em&gt;. Londres : Thames &amp;amp; Hudson.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/lorientalisme-lorient-cree-par-loccident&quot; id=&quot;node-65581&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Saïd, Edward. 1980.&amp;nbsp;&lt;em&gt;L&#039;Orientalisme. L&#039;Orient créé par l&#039;Occident&lt;/em&gt;. Paris : Seuil.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;

&lt;section  class=&quot;footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed&quot; data-collapsible-show-label=&quot;Notes&quot; data-collapsible-hide-label=&quot;Notes&quot;&gt;&lt;ul class=&quot;footnotes collapsible-content&quot;&gt;&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote1_734bxh6&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref1_734bxh6&quot;&gt;1.&lt;/a&gt; Les références à cette édition seront désormais insérées directement dans le corps du texte, entre parenthèses, suivant la mention TG.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote2_rfknyt7&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref2_rfknyt7&quot;&gt;2.&lt;/a&gt; Les références à cette édition seront désormais insérées directement dans le corps du texte, entre parenthèses, suivant la mention GF.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote3_mhgl1wd&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref3_mhgl1wd&quot;&gt;3.&lt;/a&gt; Nous renvoyons à l&#039;ouvrage de Guy Ducrey: &lt;em&gt;Corps et graphies. Poétique de la danse et de la danseuse à la fin du XIXe siècle&lt;/em&gt;, Paris, Honoré Champion, 1996, p.331&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;/section&gt;&lt;/div&gt;
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 <pubDate>Sat, 12 May 2018 04:24:08 +0000</pubDate>
 <dc:creator>Émilie Bauduin</dc:creator>
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 <title>Du voile à la mise à nu: représentations d’un corps féminin symboliste</title>
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Au travers des dessins préparatoires de Gustave Moreau, nous pouvons ainsi retracer le jeu fantasmatique et profondément inquiétant de dissimulation qu’offre le voile dans l&#039;imaginaire symboliste de la fin du siècle.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;«Ils voyaient des femmes partout&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref1_9cciutt&quot; title=&quot;Dottin-Orsini, Mireille. 1993. Cette femme qu’ils disent fatale. Paris, Grasset, p.13.&quot; href=&quot;#footnote1_9cciutt&quot;&gt;1&lt;/a&gt;.» Cette assertion de Mireille Dottin-Orsini résume l’idée selon laquelle le corps de la femme est «devenu vocabulaire usuel, [il] sert pour tout et son contraire: Nature et Culture, Luxure et Chasteté, Vérité et Mensonge» (1993: 13). Ainsi, les peintres symbolistes de la fin du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle projettent leurs désirs et leurs craintes sur le corps féminin, expérimenté comme un espace représentationnel et expressif adéquat. Le féminin est représenté selon deux grandes catégories: la sainte trinité, vierge, mère et fille, selon l’expression empruntée à Bram Dijkstra dans son ouvrage &lt;em&gt;Les Idoles de la perversité &lt;/em&gt;(1992), et la femme fatale. Ces deux catégories recouvrent une pluralité de figures exemplaires (la Vierge Marie, Ève, Salomé, Judith, Médée, etc.) qui se déclinent en corps voilés ou se dévoilant, tatoués, cachés ou à demi-découverts, voire parfois nus.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La nudité, composante de la peinture classique, est acceptée par les contemporains si celle-ci est sacralisée et idéalisée, ce qui est le cas avec les peintres symbolistes, mais qui ne l’est pas, pour reprendre un exemple connu, avec les impressionnistes, et notamment &lt;em&gt;Le Déjeuner sur l’herbe&lt;/em&gt; d’Édouard Manet, exposé au Salon des refusés en 1863. Un corps nu, deux abords différents: l’un &lt;em&gt;fantasmé&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;idéalisé&lt;/em&gt;, l’autre &lt;em&gt;vulgarisé&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;naturalisé&lt;/em&gt;. Que les femmes représentées soient pures, vierges, sages, innocentes ou fatales, séductrices, destructrices, coupables, leur corps, comme support représentationnel, se pare d’attributs vestimentaires pour permettre un jeu de cache-cache avec le spectateur, du mystère couvert et parfois guindé au dévoilement révélant la nudité. Lors de l’étude, observation sera faite d’une variation d’un attribut en particulier: le voile.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans le symbolisme pictural, le corps n’est pas l’essence identitaire des figures féminines. Ce qui les identifie et les distingue, c’est leur dénomination, qui constitue ainsi leur eccéité. Le corps constitue &lt;em&gt;a contrario&lt;/em&gt; leur quiddité, ce qui leur reste commun. Ce corps, plus encore, est un corps mystérieux, aperçu, partiellement dévoilé… suggéré. La chair entr’aperçue évoque le corps qui n’est pas tout à fait saisissable, qui se laisse entrevoir, deviner, fantasmer. Le corps dévoilé, en train de l’être, participe de cette chair aperçue: la légèreté du voile permet de le montrer progressivement, le scindant ou le devinant par transparence. «Le suggérer, voilà le rêve» (Mallarmé, cité par Huret, 1891: 60) dit le poète Stéphane Mallarmé (1842-1898) au journaliste Jules Huret (1863-1915) en 1891. Cette formule, dans laquelle le poète fait référence à l’objet nommé en poésie et en littérature, est ici appliquée au corpus pictural&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref2_eeqnque&quot; title=&quot;Si le passage d’un médium (scriptural) à un autre (pictural) pose nombre de questions, il n’en sera pas traité ici. À propos de Stéphane Mallarmé comme poète-philosophe du symbolisme autorisant ce glissement intermédial, voir: Frangne, Pierre-Henry. 2005. La Négation à l’œuvre: la philosophie symboliste de l’art, 1860-1905. Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 371p.&quot; href=&quot;#footnote2_eeqnque&quot;&gt;2&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le corps dévoilé est questionné à travers la figure archétypale de Salomé, maintes fois déclinées en œuvres graphiques, littéraires et musicales. À travers un corpus composé de dessins préparatoires réalisés par le peintre Gustave Moreau (1826-1898), le jeu du corps couvert, caché, jusqu’au corps découvert, nu mais paré, est exploré, afin de démontrer une corrélation entre le dévoilement du corps et l’inversion proportionnelle de la valeur morale associée à la figure, ici Salomé.&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&amp;nbsp;&lt;/h3&gt;&lt;h3&gt;&lt;strong&gt;Salomé: figure archétypale du voile symboliste&lt;/strong&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;Originellement citée de façon succincte par le Nouveau Testament, précisément dans les Évangiles de Matthieu et Marc, Salomé n’est pas directement nommée. Matthieu décrit&amp;nbsp;ainsi l’apparition de la fille d’Hérodiade: «Or, lorsqu’on célébra l’anniversaire de la naissance d’Hérode, la fille d’Hérodias dansa au milieu des convives, et plut à Hérode» (14: 1-12), et Marc la relate ainsi: «La fille d’Hérodias entra dans la salle; elle dansa, et plut à Hérode et à ses convives» (6: 14-29). Bien qu’elle ne soit pas explicitement nommée par les Évangiles, Salomé trouve son nom grâce à l’historien romain du I&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; siècle, Flavius Josèphe (37-100): «&amp;nbsp;[…] et ils eurent pour fille Salomé» (4). Le pronom pluriel fait ici référence à Hérodiade et son premier mari Hérode, frère d’Hérode Antipas. C’est devant ce dernier que Salomé danse, lors de son banquet d’anniversaire. Celui-ci, charmé, envoûté, lui propose d’obtenir tout ce qu’elle désire. Sur les conseils de sa mère, ainsi relatés par Matthieu: «À l’instigation de sa mère, elle dit: &quot;Donne-moi ici, sur un plat, la tête de Jean-Baptiste&quot;» (Mt 14: 8) et par Marc:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Étant sortie, elle dit à sa mère:«Que demanderai-je?» Et sa mère répondit: «La tête de Jean-Baptiste.» Elle s’empressa de rentrer aussitôt vers le roi, et lui fit cette demande: «Je veux que tu me donnes à l’instant, sur un plat, la tête de Jean-Baptiste» (Mc 6: 24).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La jeune femme demande la tête du saint que Hérode Antipas fait ainsi apporter sur un plateau.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Représentée à de nombreuses époques, le Moyen-Âge et la fin du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle étant des périodes particulièrement fastes pour ce mythe&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref3_d8d9sbh&quot; title=&quot;Voir: Ogane, Atsuko. 2011. «Parcours du mythe d&#039;Hérodias: Ysengrimus, Atta Troll, Trois contes, Salomé». Romantisme, volume 4, n°154, pp. 149-160, et Ogane, Atsuko. 2008. La genèse de la danse de Salomé. Flaubert, Moreau, Mallarmé, Wilde. Tokyo, Keio University Press, 305p.&quot; href=&quot;#footnote3_d8d9sbh&quot;&gt;3&lt;/a&gt;, la danse de Salomé est un thème très apprécié des artistes peintres ou écrivains. Ce thème autorise l’approche combinée de la jeunesse, de la sensualité, du mystère et de la mort. Salomé est perçue et analysée comme un personnage ambigu, à la fois et indirectement bourreau et victime. Dans les faits, c’est Hérodiade, mère de Salomé, qui désire la tête de saint Jean-Baptiste, dont la demande est exprimée par sa fille à Hérode Antipas. Hérodiade utilise la jeunesse et la beauté de sa fille, atouts qu’elle ne possède hypothétiquement pas ou plus, pour transmettre sa requête et atteindre l’objectif qui est le sien. Salomé a-t-elle conscience des implications de sa demande, à savoir la mort d’un homme, la mort d’un prophète puisque tel est considéré Jean-Baptiste? Salomé présente l’apparence d’une jeune femme innocente et en raison même de cette jeunesse et de cette innocence, peut éprouver une attraction pour les jeux adultes et dangereux du pouvoir, sans en comprendre les enjeux. Ou à l’inverse, Salomé peut être perçue comme une femme pleinement consciente et actrice de la situation. Cette ambiguïté fait le bonheur des artistes qui la dépeignent dans des entre-deux: celui de l’enfance et de la maturité, celui de l’innocence et du diabolique.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Gustave Moreau en particulier traite le mythe saloméen à de très nombreuses reprises, en insistant sur divers moments. Six des neufs dessins présentés se réfèrent aux trois œuvres achevées suivantes: &lt;em&gt;Salomé dansant devant Hérode&lt;/em&gt;&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref4_0bj41tz&quot; title=&quot;Gustave Moreau, Salomé (dansant devant Hérode), sans date, huile sur toile, 144x103,5cm, The Armand Hammer Museum of Art and Culture Center, Los Angeles, États-Unis, Cat. n°184.&quot; href=&quot;#footnote4_0bj41tz&quot;&gt;4&lt;/a&gt; (sans date), &lt;em&gt;Salomé au jardin&lt;/em&gt;&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref5_x0swbw5&quot; title=&quot;Gustave Moreau, Salomé au le jardin, 1878, aquarelle, 72x43cm, collection particulière, Paris, Cat. n°206 &quot; href=&quot;#footnote5_x0swbw5&quot;&gt;5&lt;/a&gt; (1878) et &lt;em&gt;Salomé dansant&lt;/em&gt;&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref6_xfn2k5e&quot; title=&quot;Gustave Moreau, Salomé dansant, vers 1876, aquarelle, 72x34cm, musée Gustave Moreau, Paris, France, Cat. sans numéro.&quot; href=&quot;#footnote6_xfn2k5e&quot;&gt;6&lt;/a&gt; (vers 1876). Un dessin (Figure 5) représentant Salomé dansant n’est affilié à aucune œuvre achevée, tandis que deux dessins (Figure 8 et Figure 9) représentent Salomé tenant la tête de saint Jean-Baptiste sur un plat.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ces tableaux ont inspiré le romancier Joris-Karl Huysmans (1848-1907) dans son ouvrage &lt;em&gt;À Rebours&lt;/em&gt; (1884), évoquant deux œuvres du peintre, l’huile sur toile &lt;em&gt;Salomé (dansant devant Hérode)&lt;/em&gt; (sans date) et l’aquarelle &lt;em&gt;L’Apparition&lt;/em&gt; (1876&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref7_3pj6mm4&quot; title=&quot;Ces deux œuvres ont été exposées au Salon de 1876 et à l’Exposition universelle de 1878 avant de passer dans des collections privées.&quot; href=&quot;#footnote7_3pj6mm4&quot;&gt;7&lt;/a&gt;), dans lequel le héros Des Esseintes prolonge le récit biblique à l’aide de la version picturale, qui excède déjà en elle-même le court épisode. Moreau offre en effet une interprétation picturale à l’histoire de Salomé, proposant une incarnation sensuelle et inquiétante au personnage. Huysmans se concentre notamment, lors de la narration de l’œuvre &lt;em&gt;Salomé dansant devant Hérode&lt;/em&gt;, sur les attributs vestimentaires de la danseuse, plus particulièrement sur la parure de bijoux et de pierres précieuses qui l’habille. Commentant une œuvre par essence statique, ne pouvant, au mieux, qu’évoquer le mouvement sans le &lt;em&gt;présenter visuellement&lt;/em&gt; (&lt;em&gt;a contrario &lt;/em&gt;des arts de la scène ou du cinéma, par exemple), le chapitre V du roman &lt;em&gt;À Rebours &lt;/em&gt;offre une narration interprétative de l’œuvre picturale de Gustave Moreau, sélectionnant les motifs constitutifs de la parure, essentiels aux yeux de Huysmans.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Si les expressions connues de «danseuse biblique» selon le professeur de littérature Bertrand Marchal (1986: 12) ou de «danseuse orientale» d’après le philosophe Daniel Sibony (1995: 86), désignent Salomé qui danse plutôt que son vestiaire, l’expression qui connaît le plus grand succès est celle de la «danseuse aux sept voiles» apparue chez Oscar Wilde (1954-1900) en 1893 dans sa pièce en un acte en langue française intitulé &lt;em&gt;Salomé&amp;nbsp;&lt;/em&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 0.8125rem;&quot;&gt;(70)&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 0.8125rem;&quot;&gt;. La pièce de Wilde, illustrée par le graveur Aubrey Beardsley (1872-1898),éprouve un succès à la hauteur du scandale qu’elle provoque. Inspiré&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref8_7ob7pkz&quot; title=&quot;Nous nous appuyons ici sur l’hypothèse du professeur émérite de littérature britannique John Stokes développée dans l’article suivant: Stokes, John. [sans date] «Salomé: symbolism, decadence and censorship».&amp;nbsp;British Library. En ligne. https://www.bl.uk/romantics-and-victorians/articles/salome. &quot; href=&quot;#footnote8_7ob7pkz&quot;&gt;8&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 0.8125rem;&quot;&gt;&amp;nbsp;probablement par l’ouvrage de Huysmans, Wilde l’a peut-être aussi été par les brouillons du poème &lt;/span&gt;&lt;em style=&quot;font-size: 0.8125rem;&quot;&gt;Hérodiade&lt;/em&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 0.8125rem;&quot;&gt; commencés en 1864 par le poète Stéphane Mallarmé (1842-1898), ainsi que par le conte &lt;/span&gt;&lt;em style=&quot;font-size: 0.8125rem;&quot;&gt;Hérodias&lt;/em&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 0.8125rem;&quot;&gt; (1877) de l’écrivain Gustave Flaubert (1821-1880). Dans l’expression de Wilde, l’attribut vestimentaire s’ajoute à l’action. Contenue dans l’expression même, la référence à la gaze qui entoure le corps de la figure se multiplie sept fois. Sept voiles, pour établir un jeu de cache-cache corporel avec le spectateur et notamment Hérode Antipas, destinataire de la danse qu’exécute Salomé. À la suite de l’article du professeur de lettres modernes Christophe Cosker intitulé «Salomé ou la naissance du &lt;/span&gt;&lt;em style=&quot;font-size: 0.8125rem;&quot;&gt;strip-tease&lt;/em&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 0.8125rem;&quot;&gt;», notons que «la périphrase [la danseuse aux sept voiles] donne la caractéristique essentielle [de Salomé], qui n’est pas la chorégraphie […], mais les voiles nombreux, […] qui […] laissent espérer le corps» (s.p.). Salomé, avant d’être danseuse, est voilée.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;65717&quot; view_mode=&quot;embed_medium&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;p&gt;Trois dessins de Gustave Moreau illustrent la discrète parure saloméenne. Le dessin 1588 (Fig.1) se rapporte à l’œuvre achevée &lt;em&gt;Salomé au jardin&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il représente une figure féminine nue, debout, légèrement de dos, évoquant, semble-t-il, le mouvement de la marche. Deux motifs décoratifs se détachent sur son corps: l’un sur le flanc droit, l’autre sur le côté du genou. Par transparence, un voile enveloppant se devine. Les motifs décoratifs ne semblent pas correspondre à des bijoux et son corps nu, visible, laisse suggérer que les dessins sont &lt;em&gt;encrés&lt;/em&gt;, évoquant ainsi la technique picturale utilisée par Gustave Moreau, plume et encre brune. Les motifs corporels de Salomé évoquent notamment la version achevée &lt;em&gt;Salomé dansante&lt;/em&gt; dite aussi &lt;em&gt;Salomé tatouée&lt;/em&gt;, sur le corps de laquelle s’inscrivent des motifs symboliques et végétaux. Dans la version finale, de face, le bras gauche tendu et le droit replié, la tête tournée vers la gauche, Salomé offre sa nudité au spectateur, le voile qu’elle porte ne tombant que dans son dos.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Bien que Salomé soit nue, le voile est le médiateur entre son corps et le spectateur. Le voile est inclus dans une représentation picturale qui participe elle-même d’une transmédiation du récit biblique, permettant de nouveaux commentaires interprétatifs. Une mise en abîme de médium et de média, ajoutant des couches de sens à l’œuvre, tout en éloignant la saisie immédiate. De plus, la posture légèrement de dos laisse échapper au regard du spectateur une nudité centrée sur l’intimité féminine. Salomé se dérobe &lt;em&gt;immédiatement &lt;/em&gt;au regard, regard qu’elle baisse elle-même. La version achevée de l’œuvre, &lt;em&gt;Salomé au jardin&lt;/em&gt;, est assez éloignée de cette étude préparatoire: on y voit Salomé portant le plat avec la tête de Jean-Baptiste, le corps du saint étendu à ses pieds, la scène se déroulant dans un univers végétal.&lt;/p&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;65718&quot; view_mode=&quot;embed_medium&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;p&gt;En regard du premier dessin (Fig. 1), l’étude 1837 (Fig. 2) met aussi en avant le corps de Salomé: le voile et les motifs décoratifs corporels ne sont pas les éléments principaux de l’esquisse. Gustave Moreau introduit ici la posture qui restera celle de la version achevée&amp;nbsp;&lt;em&gt;Salomé dansant devant Hérode&lt;/em&gt;: debout, le bras gauche tendu, dans un geste de commandement ou de désignation, le droit replié, tenant une fleur (une fleur de lotus, dans la version achevée). Salomé est sur la pointe des pieds, éléments permettant d’affirmer son statut de danseuse et des motifs entourent ses chevilles, grimpent le long de son genou, puis de sa cuisse, pour s’achever à hauteur de son ventre. Ces motifs évoquent le monde végétal, répondant ainsi à la fleur entre ses doigts. Un voile se devine là encore, léger, délicatement posé sur le corps de la danseuse, sans la cacher, mais sans la dévoiler immédiatement. Le voile est encore médiateur. Le jeu de transparence est particulièrement visible aux pieds de la danseuse: son pied droit n’est pas recouvert par le voile, qui descend en diagonale de sa cuisse au sol, tandis que son pied gauche, derrière, est ainsi suggéré. Si Gustave Moreau met ici l’accent sur la posture de danseuse, celle-ci est statique. Figure hiératique, la danse passe ainsi &lt;em&gt;après&lt;/em&gt; la parure de Salomé. Peut-être que dans le déroulement chronologique du mythe proposé par Moreau, cette posture &lt;em&gt;précède&lt;/em&gt; la danse. La caractéristique essentielle de Salomé semble bien, ici encore, être le voile, aussi discret soit-il…&lt;/p&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;65719&quot; view_mode=&quot;embed_medium&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;p&gt;Le voile est plus discret encore dans l’étude 1587 (Fig. 3) qui montre une figure féminine à mi-corps, couronnée d’une coiffe haute probablement inspirée des modes orientale et indienne, comme le suggèrent les annotations de Gustave Moreau&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref9_f6o458o&quot; title=&quot;Les annotations sont les suivantes: S. b. dr. à la mine de plomb: –Gustave Moreau– Inscr. h. g. à la mine de plomb: mag p./863 –p293–/dem272; g. à la mine de plomb: cert/lonnes torses./babylonienne.;b. g. à la mine de plomb:272/.collection de naples/Salomé; h. dr. à la mine de plomb: [mot raturé]p450 [mot raturé]; à l’encre brune: p.61 –1834–/mitre indienne.; dr. à la mine de plomb: trop long/lotus idem en argent/a reduire α lui mettre/(mon album) dans la main –/gau/Sandale dans mon/album Indien α Japonais/motifs décoratif/pour les bracelets [mots barrés]; à l’encre brune: p 93; à la mine de plomb: –p500/Cintres d’architecture/antiquités– (à voir/page 33OO)&quot; href=&quot;#footnote9_f6o458o&quot;&gt;9&lt;/a&gt;: «babylonienne», «mitre indienne», «album Indien &amp;amp; japonais». Salomé est princesse de Judée, région correspondant aujourd’hui à une partie de la Cisjordanie et du sud d’Israël, elle porte ainsi en elle l’exotisme chers aux artistes du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle. Les représentations de Salomé que donne Moreau sont inscrites entre la fascination et la peur que suscitent l’Autre. D’après les descriptions de la Bible, les Européens imaginent en «Orient» des pouvoirs tyranniques et sanglants. L’écrivain Joris-Karl Huysmans évoque dans &lt;em&gt;À Rebours&lt;/em&gt;&amp;nbsp;«un rêve ancien, dans une corruption antique, loin de nos mœurs, loin de nos jours» (1884: 67). Esquissée au crayon, la silhouette est couverte d’un voile, passant du bras gauche et s’enroulant autour du corps nu. Les motifs décoratifs sont passés à l’encre: la couronne, les bracelets au bras et au poignet droits, la ceinture ventrale, et celle sur les hanches. Gustave Moreau se concentre ici sur les motifs qui permettent de donner à Salomé son caractère exotique: elle est dénudée –les seins sont ici apparents– mais richement parée.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La parure est aussi un prétexte technique à démontrer la minutie virtuose de l’artiste. Les détails des bijoux sont ciselés, chaque motif est référé. La richesse des décors dans la version achevée fait écho à la richesse vestimentaire de Salomé. Cette richesse ornementale, corporelle, vestimentaire ou architecturale, permet de couvrir le corps: celui-ci devient ainsi mystérieux, entretenant le fantasme exotique du mystère oriental. L’Autre d’Orient est une énigme impénétrable.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;strong&gt;Dévoiler le masque: vrai visage et faux-semblant &lt;/strong&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;Comme le suggère Hérode Antipas&amp;nbsp;dans une réplique à Salomé: «Il ne faut regarder ni les choses ni les personnes. Il ne faut regarder que dans les miroirs. Car les miroirs ne nous montrent que des masques...». Le masque, plus précisément, «dissimule l’identité» de la personne masquée. Le terme &lt;em&gt;persona&lt;/em&gt;, du latin &lt;em&gt;per-sonare&lt;/em&gt;, signifiant «parler à travers», désigne originellement le masque des acteurs de théâtre romain. Le terme &lt;em&gt;persona&lt;/em&gt; signifie ensuite le personnage ou le rôle. Le philosophe Alain Delaunay explique que&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;[…] d’une façon très générale, la &lt;em&gt;persona&lt;/em&gt; est le masque que tout individu porte pour répondre aux exigences de la vie en société. La &lt;em&gt;persona&lt;/em&gt; donne à tout sujet social une triple possibilité de jeu: «apparaître sous tel ou tel jour», «se cacher derrière tel ou tel masque», «se construire un visage et un comportement pour s’en faire un rempart» (s.p.).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Tel que décrit dans le poème de Charles Baudelaire (1821-1867) intitulé &lt;em&gt;Le Masque&lt;/em&gt;, dédié au sculpteur Ernest Christophe (1827-1892) pour son œuvre &lt;em&gt;La Comédie Humaine&lt;/em&gt;, dite aussi &lt;em&gt;Le Masque&lt;/em&gt;: «Et, regarde, voici, crispée atrocement/La véritable tête, et la sincère face/Renversée à l’abri de la face qui ment» (2003: s.p.). Le masque, ainsi, ment. Et la «véritable tête» est «crispée atrocement» et révèle sa monstruosité lorsqu’elle est démasquée.&lt;/p&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;65720&quot; view_mode=&quot;embed_medium&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;65721&quot; view_mode=&quot;embed_medium&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;p&gt;Hérode Antipas dresse ce constat à propos de Salomé: «Elle est monstrueuse, ta fille, elle est tout à fait monstrueuse». Le monstre caché derrière le masque est ainsi deviné, tel le Sphinx par Œdipe. La &lt;em&gt;vérité nue&lt;/em&gt;, insupportable à Hérode Antipas, lui fera prononcer cette sentence en dernière réplique chez Wilde: «Tuez cette femme!» (1893: 84) Même destin que le Sphinx. Même destin aussi que Dorian Gray, le héros romanesque du poète, qui crève d’un coup de couteau la toile sur laquelle son âme enlaidie est représentée, se donnant ainsi la mort. Dans les cas de Dorian Gray et Salomé, la beauté et la jeunesse sont gages d’innocence, aucun n’est accusé de ses péchés, jusqu’à ce que la vérité soit révélée. La beauté semble ici un voile corporel, un masque de la monstruosité morale.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Mais… Salomé ne porte pas de masque: elle est parée de voiles. Le voile est, au sens propre, une «pièce d’étoffe qui recouvre, protège ou &lt;u&gt;masque&lt;/u&gt;». Au sens figuré, le voile inclut «tout ce qui cache, dissimule, altère la réalité» et «tout ce qui obscurcit, rend moins nette l&#039;apparence, la réalité des choses et des êtres vivants». Salomé ne dissimile pas son visage, mais son corps. Elle cache sa réalité corporelle, réalité étant entendue comme l’«aspect physique d’une chose» ou encore, la «manifestation concrète d’un phénomène». Cependant, si les voiles de Salomé suggèrent un corps dissimulé, ce qu’elle occulte n’est pas tant sa réalité concrète, mais sa nature monstrueuse. Bien qu’elle voile son corps, c’est son &lt;em&gt;vrai visage&lt;/em&gt; qu’elle dissimule grâce à sa &lt;em&gt;persona&lt;/em&gt;, jusqu’à finir par le &lt;em&gt;dévoiler&lt;/em&gt; en demandant la tête de Jean-Baptiste.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ainsi le voile peut dissimuler tant le corps que les intentions, comme les prochains dessins de Gustave Moreau l’illustrent. La figure peut être voilée quasi intégralement (Fig. 4), comme pour étoffer le mystère. Seul le visage et les bras sont dénudés. La couronne se prolonge par un voile descendant sur la nuque, puis les épaules. Le corps se devine sous les plis verticaux du tissu. La curiosité du spectateur est piquée: qui se cache sous ce voile? Ou plutôt, &lt;em&gt;que&lt;/em&gt; cache ce voile? Le corps de la danseuse disparaît. Le mouvement le suggère, sans nécessairement &lt;em&gt;lever le voile&lt;/em&gt; sur la chair. Quant aux innombrables plis du voile (Fig. 5), ils semblent faire disparaître la figure. La gaze tombe autour des jambes –presque imperceptibles– de la danseuse, toujours en posture hiératique, et s’accompagne de quelques rubans ou autre matière fluides qui flottent autour d’elle. La légèreté transparente du voile tend à l’immatérialité de la figure.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;D’une manière générale, le fantasme saloméen passe par le dévoilement de son corps, qui s’expose à travers le mouvement et le voile qui bougent à l’unisson, dévoilant ainsi une cheville, des cheveux, un sein… Le voile de Salomé demande à être déchiré. Métaphoriquement, ce voile déchiré renvoie à l’hymen lors de la défloraison. Serait-ce Hérode Antipas, son beau-père, qui aurait, toujours métaphoriquement, défloré Salomé? Dans la pièce d’Oscar Wilde, il reconnaît, en s’adressant à elle, qu’elle ne le laisse pas indifférent:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Vous me dites cela seulement pour me faire de la peine, parce que je vous ai regardée pendant toute la soirée. Eh! bien, oui. Je vous ai regardée pendant toute la soirée. Votre beauté m&#039;a troublé. Votre beauté m&#039;a terriblement troublé, et je vous ai trop regardée. Mais je ne le ferai plus. Il ne faut regarder ni les choses ni les personnes. Il ne faut regarder que dans les miroirs. Car les miroirs ne nous montrent que des masques… (1893: 74&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref10_7sjszyj&quot; title=&quot; Hérode s’adresse à Salomé après que celle-ci ait demandé la tête de Iokanaan.&quot; href=&quot;#footnote10_7sjszyj&quot;&gt;10&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;65722&quot; view_mode=&quot;embed_medium&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;65723&quot; view_mode=&quot;embed_medium&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;p&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 0.8125rem;&quot;&gt;Plus loin dans la pièce, Hérode Antipas précise que la virginité de Salomé est cependant intacte: «Ce n&#039;est pas une chose qu&#039;une vierge doive regarder» (Wilde, 1893: 73), ce que la princesse met en doute quelques répliques plus tard&amp;nbsp;(elle s’adresse à la tête décapitée de Jean-Baptiste, nommé ici Iokanaan): «J&#039;étais une vierge, tu m&#039;as déflorée. J&#039;étais chaste, tu as rempli mes veines de feu...» (Wilde, 1893: 82). Tout en métaphore encore, le désir que suggère le prophète à Salomé équivaut à une défloraison sensuelle et corporelle: le corps de Salomé est &lt;/span&gt;&lt;em style=&quot;font-size: 0.8125rem;&quot;&gt;mis à nu&lt;/em&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 0.8125rem;&quot;&gt;.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em style=&quot;font-size: 0.8125rem;&quot;&gt;A contrario&lt;/em&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 0.8125rem;&quot;&gt;, dans les dessins de Gustave Moreau (Fig. 6 et 7), il est constaté que lorsque Salomé porte le plateau d’argent avec la tête de Jean-Baptiste, elle est largement vêtue de lourds tissus drapés, les poignets couverts de bijoux, la tête alternativement découverte ou couverte d’une coiffe. Dans le Dessin 2003 (Fig. 6), les longs cheveux détachés de Salomé peuvent évoquer une référence à Marie-Madeleine, dont la chevelure marque le péché (bien qu’également la rédemption, puisqu’elle oint les pieds du Christ avec). Les cheveux de Salomé pourraient être ici le symbole de sa luxure révélée par le prophète.&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans l’étude 2278 (Figure 8), Salomé ne porte plus de voiles mais une robe au tissu opaque richement ornée de bijoux. La légèreté du voile est remplacée par l’impression de lourdeur de la parure. Joris-Karl Huysmans décrit la figure en ces termes:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;[…] ses seins ondulent et, au frottement de ses colliers qui tourbillonnent, leurs bouts se dressent; sur la moiteur de sa peau les diamants, attachés, scintillent; ses bracelets, ses ceintures, ses bagues, crachent des étincelles; sur sa robe triomphale, couturée de perles, ramagée d&#039;argent, lamée d&#039;or, la cuirasse des orfèvreries dont chaque maille est une pierre, entre en combustion, croise des serpenteaux de feu, grouille sur la chair mate, sur la peau rose thé, ainsi que des insectes splendides aux élytres éblouissants, marbrés de carmin, ponctués de jaune aurore, diaprés de bleu d&#039;acier, tigrés de vert paon. (1922: 69)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les bijoux ne mettent plus en valeur le corps de Salomé comme le voile a pu le faire: le corps est le support de la richesse orientale fantasmée par l’artiste. La chair est peu aperçue, seuls les bras, encore une fois, sont à demis dénudés, ici presque intégralement ornés de bracelets.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans l’œuvre achevée &lt;em&gt;Salomé dansant devant Hérode&lt;/em&gt;, Gustave Moreau opte pour cette représentation. Il mêle cependant les effets de matière: les lourds bijoux et tissus brodés s’entrelacent de voiles légers et transparents, dans une superposition complexe. Le corps de Salomé, pour être atteint, demande l&#039;effort de le deviner, de l’imaginer, exercice alimentant ainsi les fantasmes du spectateur, et notamment de Hérode Antipas, destinataire de la danse.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le dessin dans lequel Salomé apparaît la plus vêtue est le dessin 2307 (Fig. 9). À nouveau couverte de drapés richement brodés, ceux-ci la couvrent comme une cape. Elle n’est d’ailleurs plus couronnée d’une coiffe, mais d’un tissu tiré sur sa tête. Seuls les bras (toujours dans la même posture, gauche tendu, droit replié) et la jambe droite de Salomé sont visibles de profil. Ces bras, qui ordonnent dans un geste la tête du prophète, portent des bracelets tandis que sa jambe est ornée de motifs. Les lourds tissus semblent accabler Salomé, peut-être comme elle sera accablée du péché à venir?&lt;/p&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;65724&quot; view_mode=&quot;embed_medium&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;p&gt;Enfin, les études 2690 (Fig. 7) et 2003 (Fig. 6) représentent les conséquences de la danse de Salomé. Dans l’étude 2690, elle porte le plateau d’argent, où gît la tête de Jean-Baptiste, avec sa main droite, elle ne le regarde pas, ses yeux sont dirigés vers le reste du corps inerte du prophète à ses pieds.&lt;/p&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;65725&quot; view_mode=&quot;embed_medium&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;p&gt;Dans l’étude 2003, elle tient encore le plateau d’argent sur lequel est posée la tête de Jean-Baptiste qui la regarde. Le menton baissé de Salomé, regardant elle aussi le prophète, semble être une posture interrogative: dans la pièce d’Oscar Wilde, c’est à ce moment-là que la princesse assaille Jean-Baptiste/Iokanaan de questions. Concernant l’apparence de Salomé, celle-ci est vêtue de tissus à l’apparence plus lourde qu’un voile. Elle porte des sandales ainsi que des bijoux aux bras. Le corps de Salomé qui avance avec le plateau cache le cou ensanglanté de Jean-Baptiste décapité, le corps de celui-ci est renversé sur le billot tandis que les protagonistes quittent les lieux: Salomé avec la tête, le bourreau par l’escalier au centre en arrière-plan.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le moment représenté dans ces deux études est celui de l’&lt;em&gt;après&lt;/em&gt;: après la danse, après la demande, après la décapitation. Si la danse a dévêtu Salomé, elle s’est couverte pour chercher la tête du saint. Ainsi, le titre de l’article de Christophe Cosker, «Salomé ou la naissance du &lt;em&gt;strip tease&lt;/em&gt;», pourrait être: «Salomé ou la naissance du &lt;em&gt;strip tease &lt;/em&gt;inversé». Si, une fois dévêtue, lors de la danse des sept voiles qui affole Hérode Antipas au point de tout promettre à sa belle-fille, Salomé ne terminait pas celle-ci dévêtue, mais en se recouvrant tout aussi progressivement? La frustration et le désir d’Hérode Antipas n’en seraient-ils pas plus grands encore? Salomé joue avec sa nudité pour mieux accéder à ses fins –obtenir la tête de saint Jean-Baptiste– tout en restant, &lt;em&gt;in fine&lt;/em&gt;, couverte, voilée, masquée. Salomé se &lt;em&gt;dévoile&lt;/em&gt;, se &lt;em&gt;démasque&lt;/em&gt;, pour révéler le monstre qui subsiste par-delà son apparente innocence. Plus Salomé est dénudée, plus elle semble inoffensive, tandis que paradoxalement, plus celle-ci est vêtue, plus elle est terrible. La parure laisse paraître les bras qui ordonnent la mort et le visage de l’ordonnatrice, pour ne mettre en valeur que les éléments nécessaires à l’identification de cette figure au rôle funeste.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;strong&gt;Suggérer la chair, voilà le rêve&lt;/strong&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;Si dans l’œuvre de Gustave Moreau la chair nue, dévoilée, semble majoritairement renvoyer à des figures positivement valorisées, telle Vénus ou Ève, Hélène ou Dalila, à l’instar de Salomé, sont, elles, représentées voilées ou vêtues. La chair visible ne serait ainsi pas synonyme de danger ou de tentation, contrairement à la chair aperçue, deviner semblant être plus problématique que de voir sans médiation.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La nudité en peinture renvoie traditionnellement à l’innocence première d’Adam et Ève avant la Chute du Jardin d’Eden. Une fois croqué le fruit de la Connaissance, les deux protagonistes, honteux de leur nudité révélée, se vêtent. Ainsi la nudité, pure et naturelle, devient taboue: la pudeur est désormais une nécessité. Le vêtement alors, apparaît bien plus tentateur que le corps nu. Le dévoilement en cours, la chair &lt;em&gt;mise à nu&lt;/em&gt;, suggérant un processus, peut être perçu comme l’expression des désirs refoulés ou des craintes dissimulées de l’artiste, expression reflétant le dévoilement des sentiments habitant potentiellement les hommes contemporains.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le voile, par le jeu inhérent de dissimulation qu’il propose, n’occulte jamais totalement le corps. C’est la suggestion qui est première et &lt;em&gt;in fine&lt;/em&gt;, toujours présente. «Suggérer, voilà le rêve» dit Mallarmé. Suggérer la chair, voilà le rêve, le fantasme, donnant lieu aux plus extravagantes imaginations, donnant lieu à toutes les dérives fantasmatiques, jusqu’au tragique mortifère.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Cette chair aperçue, délibérément fragmentée, happe le regard du spectateur, révélant ainsi un éclat du projet mortuaire à venir. Si le fragment a pour fonction d’individualiser, celui-ci peut donner un indice pour deviner le corps, puis l’âme. L’individualisation de Salomé, dans le cas du poète Mallarmé, se fait par le sein découvert: «se penche-t-elle d’un/côté —de l’autre—/montrant un/sein —l’autre—/et scission/sans gaze/selon ce sein, celui-là/identité» (s.p.&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref11_0ro29yw&quot; title=&quot;Cité dans Ogane, Atsuko. 2009. «Noces, notion, sacrifices dans Les noces d&#039;Hérodiade». Revue d&#039;histoire littéraire de la France. Volume 109, p.126.&quot; href=&quot;#footnote11_0ro29yw&quot;&gt;11&lt;/a&gt;). Fragment érogène, le sein est ici l’identificateur d’Hérodiade-Salomé&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref12_lbohpqd&quot; title=&quot;À propos de la genèse de la figure chez Mallarmé et la réunion de Hérodiade et Salomé, voir Boschian, Catherine. 2007. «L’Hérodiade de Mallarmé à travers la figure revisitée de saint Jean-Baptiste», Études littéraires, volume 39, numéro 1, pp.&amp;nbsp;151–166. &quot; href=&quot;#footnote12_lbohpqd&quot;&gt;12&lt;/a&gt;. Le détail, plus encore, est souvent énigmatique, voire indéchiffrable et invite donc à une recomposition pour tenter de redonner du sens à un ensemble corporel. Ce sens, cependant, peut être variable selon les artistes, atteignant notamment le paroxysme de la monstruosité dans la pièce d’Oscar Wilde.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La nudité franche, &lt;em&gt;immédiatement&lt;/em&gt; visible, peut être directement condamnable et châtiée, la chair aperçue, elle, est bien plus inquiétante et ainsi, puisque &lt;em&gt;non directement&lt;/em&gt; révélée, plus terrifiante encore.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;h2&gt;Bibliographie&lt;/h2&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/le-masque&quot; id=&quot;node-65279&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Baudelaire, Charles. 1861.&amp;nbsp;«&amp;nbsp;Le Masque&amp;nbsp;», dans&amp;nbsp;&lt;em&gt;Les Fleurs du Mal.&lt;/em&gt; Paris : Hatier, p. 286.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/lherodiade-de-mallarme-a-travers-la-figure-revisitee-de-saint-jean-baptiste&quot; id=&quot;node-65281&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Boschian, Catherine. 2007.&amp;nbsp;«&amp;nbsp;L’Hérodiade de Mallarmé à travers la figure revisitée de saint Jean-Baptiste&amp;nbsp;».&amp;nbsp;&lt;em&gt;Études littéraires&lt;/em&gt;, vol. 39, 1, p. 151-166.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/salome-ou-la-naissance-du-strip-tease&quot; id=&quot;node-65283&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Cosker, Christophe. [s. d.].&amp;nbsp;«&amp;nbsp;Salomé ou la naissance du strip-tease&amp;nbsp;». . &lt;em&gt;The Oscholars&lt;/em&gt;. &amp;lt;&lt;a href=&quot;https://oscholars-oscholars.com/special-issues/contents/cosker/&amp;gt;&quot;&gt;https://oscholars-oscholars.com/special-issues/contents/cosker/&amp;gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/persona&quot; id=&quot;node-65286&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Delaunay, Alain. [s. d.].&amp;nbsp;«&amp;nbsp;Persona&amp;nbsp;».&amp;nbsp;&lt;em&gt;Encyclopedia Universalis&lt;/em&gt;. &amp;lt;&lt;a href=&quot;http://www.universalis.fr/encyclopedie/persona/&amp;gt;&quot;&gt;www.universalis.fr/encyclopedie/persona/&amp;gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/les-idoles-de-la-perversite-figure-de-la-femme-fatale-dans-la-culture-fin-de-siecle&quot; id=&quot;node-65288&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Dijkstra, Bram. 1992.&amp;nbsp;&lt;em&gt;Les idoles de la perversité: figure de la femme fatale dans la culture fin-de-siècle&lt;/em&gt;. Paris : Seuil, 475 p.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/cette-femme-quils-disent-fatale&quot; id=&quot;node-65284&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Dottin-Orsini, Mireille. 1993.&amp;nbsp;&lt;em&gt;Cette femme qu’ils disent fatale&lt;/em&gt;. Paris : Grasset, 373 p.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/enquete-sur-levolution-litteraire&quot; id=&quot;node-65290&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Huret, Jules. 1891.&amp;nbsp;&lt;em&gt;Enquête sur l’évolution littéraire&lt;/em&gt;. Paris : Bibliothèque-Charpentier, 471 p.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/a-rebours&quot; id=&quot;node-1294&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Huysmans, Joris-Karl. 1884.&amp;nbsp;&lt;em&gt;À rebours.&lt;/em&gt; Paris : Gallimard, 269 p.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/salome-entre-vers-et-prose-baudelaire-mallarme-flaubert-huysmans&quot; id=&quot;node-65292&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Marchal, Bertrand. 1986.&amp;nbsp;&lt;em&gt;Salomé entre vers et prose. Baudelaire, Mallarmé, Flaubert, Huysmans.&lt;/em&gt; Paris : Corti, 298 p.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/la-genese-de-la-danse-de-salome-flaubert-moreau-mallarme-wilde&quot; id=&quot;node-65296&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Ogane, Atsuko. 2008.&amp;nbsp;&lt;em&gt;La genèse de la danse de Salomé. Flaubert, Moreau, Mallarmé, Wilde.&lt;/em&gt; Tokyo : Keio University Press, 305 p.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/noces-notion-sacrifices-dans-les-noces-dherodiade&quot; id=&quot;node-65295&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Ogane, Atsuko. 2009.&amp;nbsp;«&amp;nbsp;Noces, notion, sacrifices dans &quot;Les noces d&#039;Hérodiade&quot;&amp;nbsp;».&amp;nbsp;&lt;em&gt;Revue d&#039;histoire littéraire de la France&lt;/em&gt;, vol. 109, p. 121-131.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/parcours-du-mythe-dherodias-ysengrimus-atta-troll-trois-contes-salome&quot; id=&quot;node-65294&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Ogane, Atsuko. 2011.&amp;nbsp;«&amp;nbsp;Parcours du mythe d&#039;Hérodias: Ysengrimus, Atta Troll, Trois contes, Salomé&amp;nbsp;».&amp;nbsp;&lt;em&gt;Romantisme&lt;/em&gt;, vol. 4, 154, p. 149-160.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/le-corps-et-sa-danse&quot; id=&quot;node-65298&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Sibony, Daniel. 1995.&amp;nbsp;&lt;em&gt;Le corps et sa danse.&lt;/em&gt; Paris : Seuil, 340 p.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/salome-symbolism-decadence-and-censorship&quot; id=&quot;node-65300&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Stokes, John. [s. d.].&amp;nbsp;«&amp;nbsp;Salomé: symbolism, decadence and censorship&amp;nbsp;». .&lt;em&gt; British Library&lt;/em&gt;. &amp;lt;&lt;a href=&quot;https://www.bl.uk/romantics-and-victorians/articles/salome&amp;gt;&quot;&gt;https://www.bl.uk/romantics-and-victorians/articles/salome&amp;gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/salome-drame-en-un-acte&quot; id=&quot;node-65301&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Wilde, Oscar. 1893.&amp;nbsp;&lt;em&gt;Salomé, drame en un acte.&lt;/em&gt; Paris : Librairie de l&#039;art indépendant, 84 p.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;

&lt;section  class=&quot;footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed&quot; data-collapsible-show-label=&quot;Notes&quot; data-collapsible-hide-label=&quot;Notes&quot;&gt;&lt;ul class=&quot;footnotes collapsible-content&quot;&gt;&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote1_9cciutt&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref1_9cciutt&quot;&gt;1.&lt;/a&gt; Dottin-Orsini, Mireille. 1993. &lt;em&gt;Cette femme qu’ils disent fatale&lt;/em&gt;. Paris, Grasset, p.13.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote2_eeqnque&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref2_eeqnque&quot;&gt;2.&lt;/a&gt; Si le passage d’un médium (scriptural) à un autre (pictural) pose nombre de questions, il n’en sera pas traité ici. À propos de Stéphane Mallarmé comme poète-philosophe du symbolisme autorisant ce glissement intermédial, voir: Frangne, Pierre-Henry. 2005. &lt;em&gt;La Négation à l’œuvre: la philosophie symboliste de l’art, 1860-1905.&lt;/em&gt; Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 371p.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote3_d8d9sbh&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref3_d8d9sbh&quot;&gt;3.&lt;/a&gt; Voir: Ogane, Atsuko. 2011. «Parcours du mythe d&#039;Hérodias: Ysengrimus, Atta Troll, Trois contes, Salomé». &lt;em&gt;Romantisme&lt;/em&gt;, volume 4, n°154, pp. 149-160, et Ogane, Atsuko. 2008. &lt;em&gt;La genèse de la danse de Salomé. Flaubert, Moreau, Mallarmé, Wilde&lt;/em&gt;. Tokyo, Keio University Press, 305p.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote4_0bj41tz&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref4_0bj41tz&quot;&gt;4.&lt;/a&gt; Gustave Moreau, &lt;em&gt;Salomé (dansant devant Hérode)&lt;/em&gt;, sans date, huile sur toile, 144x103,5cm, The Armand Hammer Museum of Art and Culture Center, Los Angeles, États-Unis, Cat. n°184.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote5_x0swbw5&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref5_x0swbw5&quot;&gt;5.&lt;/a&gt; Gustave Moreau, &lt;em&gt;Salomé au le jardin&lt;/em&gt;, 1878, aquarelle, 72x43cm, collection particulière, Paris, Cat. n°206 &lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote6_xfn2k5e&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref6_xfn2k5e&quot;&gt;6.&lt;/a&gt; Gustave Moreau, &lt;em&gt;Salomé dansant&lt;/em&gt;, vers 1876, aquarelle, 72x34cm, musée Gustave Moreau, Paris, France, Cat. sans numéro.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote7_3pj6mm4&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref7_3pj6mm4&quot;&gt;7.&lt;/a&gt; Ces deux œuvres ont été exposées au Salon de 1876 et à l’Exposition universelle de 1878 avant de passer dans des collections privées.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote8_7ob7pkz&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref8_7ob7pkz&quot;&gt;8.&lt;/a&gt; Nous nous appuyons ici sur l’hypothèse du professeur émérite de littérature britannique John Stokes développée dans l’article suivant: Stokes, John. [sans date] «Salomé: symbolism, decadence and censorship».&amp;nbsp;&lt;em&gt;British Library. &lt;/em&gt;En ligne. &lt;a href=&quot;https://www.bl.uk/romantics-and-victorians/articles/salome&quot;&gt;https://www.bl.uk/romantics-and-victorians/articles/salome&lt;/a&gt;. &lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote9_f6o458o&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref9_f6o458o&quot;&gt;9.&lt;/a&gt; Les annotations sont les suivantes: S. b. dr. à la mine de plomb: –Gustave Moreau– Inscr. h. g. à la mine de plomb: mag p./863 –p293–/dem272; g. à la mine de plomb: cert/lonnes torses./babylonienne.;b. g. à la mine de plomb:272/.collection de naples/Salomé; h. dr. à la mine de plomb: [mot raturé]p450 [mot raturé]; à l’encre brune: p.61 –1834–/mitre indienne.; dr. à la mine de plomb: trop long/lotus idem en argent/a reduire α lui mettre/(mon album) dans la main –/gau/Sandale dans mon/album Indien α Japonais/motifs décoratif/pour les bracelets [mots barrés]; à l’encre brune: p 93; à la mine de plomb: –p500/Cintres d’architecture/antiquités– (à voir/page 33OO)&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote10_7sjszyj&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref10_7sjszyj&quot;&gt;10.&lt;/a&gt;  Hérode s’adresse à Salomé après que celle-ci ait demandé la tête de Iokanaan.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote11_0ro29yw&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref11_0ro29yw&quot;&gt;11.&lt;/a&gt; Cité dans Ogane, Atsuko. 2009. «Noces, notion, sacrifices dans Les noces d&#039;Hérodiade». &lt;em&gt;Revue d&#039;histoire littéraire de la France&lt;/em&gt;. Volume 109, p.126.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote12_lbohpqd&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref12_lbohpqd&quot;&gt;12.&lt;/a&gt; À propos de la genèse de la figure chez Mallarmé et la réunion de Hérodiade et Salomé, voir Boschian, Catherine. 2007. «L’Hérodiade de Mallarmé à travers la figure revisitée de saint Jean-Baptiste», &lt;em&gt;Études littéraires&lt;/em&gt;, volume 39, numéro 1, pp.&amp;nbsp;151–166. &lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;/section&gt;&lt;/div&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&amp;lt;span class=&amp;quot;biblio-authors&amp;quot; &amp;gt;Heyraud, Hélène&amp;lt;/span&amp;gt;. 2018. « &amp;lt;span class=&amp;quot;biblio-title&amp;quot; &amp;gt;Du voile à la mise à nu: représentations d’un corps féminin symboliste&amp;lt;/span&amp;gt; ». Dans &amp;lt;span  style=&amp;quot;font-style: italic;&amp;quot;&amp;gt;La chair aperçue. Imaginaire du corps par fragments (1800-1918)&amp;lt;/span&amp;gt;. Cahier ReMix, n° 08 (09/2018). Montréal, Université du Québec à Montréal : Figura, le Centre de recherche sur le texte et l&amp;#039;imaginaire. En ligne sur le site de l’Observatoire de l’imaginaire contemporain. &amp;amp;lt;https://oic.uqam.ca/fr/remix/du-voile-a-la-mise-a-nu-representations-dun-corps-feminin-symboliste&amp;amp;gt;. &amp;lt;span class=&amp;quot;Z3988&amp;quot; title=&amp;quot;ctx_ver=Z39.88-2004&amp;amp;amp;rft_val_fmt=info%3Aofi%2Ffmt%3Akev%3Amtx%3Adc&amp;amp;amp;rft.title=Du+voile+%C3%A0+la+mise+%C3%A0+nu%3A+repr%C3%A9sentations+d%E2%80%99un+corps+f%C3%A9minin+symboliste&amp;amp;amp;rft.date=2018&amp;amp;amp;rft.aulast=Heyraud&amp;amp;amp;rft.aufirst=H%C3%A9l%C3%A8ne&amp;amp;amp;rft.pub=Figura%2C+le+Centre+de+recherche+sur+le+texte+et+l%26%23039%3Bimaginaire&amp;amp;amp;rft.place=Montr%C3%A9al%2C+Universit%C3%A9+du+Qu%C3%A9bec+%C3%A0+Montr%C3%A9al&amp;quot;&amp;gt;&amp;lt;/span&amp;gt;&lt;/div&gt;
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 <pubDate>Sat, 12 May 2018 02:21:01 +0000</pubDate>
 <dc:creator>Émilie Bauduin</dc:creator>
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 <title>Le Voyeur interdit</title>
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Que les vraies parties sexuelles de l’homme sont sa bouche, son nez, ses yeux surtout.&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 0.8125rem;&quot;&gt;(Tournier, 1977: 298)&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En ce qui a trait à la représentation du corps féminin dans les arts, l’Occident et l’Orient ont fait valoir des postures fort divergentes au XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle. Entre le nu académique des artistes occidentaux et les corps voilés et dissimulés des peintres orientaux, une opposition s’impose entre le rêve et le tabou. Voir ou ne pas voir, là se trouverait ainsi l’enjeu, tout aussi fantasmatique que dangereux, de la représentation du corps.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;strong&gt;«Dans le simple appareil...»&lt;/strong&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;Alors que l’Occident a choisi de voir la vérité en face, l’Orient a préféré le voilement. Ainsi s’exprime Alain Buisine dans &lt;em&gt;L’Orient voilé&lt;/em&gt;, où il oppose deux épistémologies et deux érotismes. Habité d’un véritable «complexe de Psyché» (Durand, 1961: 115-126), l’Occident est décidé à tout dévoiler au risque des pires désastres. Pour percer à jour les secrets de la nature, la science a entrepris de retirer à Isis son voile, selon l’allégorie traditionnelle analysée par Pierre Hadot, jusqu’à ce que&amp;nbsp;la Nature apparaisse telle qu’en elle-même, sous les traits d’une femme nue. Cette allégorie de la connaissance comporte en effet un versant fantasmatique, du fait que mettre à jour les secrets de la nature implique de dénuder et d’exhiber le corps féminin. Le désir de tout savoir, propre aux XVIII-XIX&lt;sup&gt;e &lt;/sup&gt;siècles, va ainsi de pair avec une volonté de tout voir, ce rêve «panoptique»&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref1_ozy4mnt&quot; title=&quot;D&#039;où le titre de cet article, en référence à La Voyeuse interdite (Bouraoui, 1991)&quot; href=&quot;#footnote1_ozy4mnt&quot;&gt;1&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;66149&quot; view_mode=&quot;embed_medium&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;p&gt;À l’instar du savant retirant à Isis son voile, les artistes du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle n’auront cessé de dévoiler les charmes féminins. Isis se retrouve nue; nue également Phryné quand, comme dans le célèbre tableau de Gérôme, son avocat, à court d’arguments, l’expose aux regards de l’Aréopage. Nue également Lady Godiva telle que représentée dans le tableau de John Collier (1898) ou celui de Jules Lefebvre (1890), qui montrent la comtesse de Chester à cheval dans le plus simple appareil à travers les rues de Coventry. On sait que, par respect, les habitants s’étaient promis de ne pas regarder; mais on sait également que l’un d’eux, Peeping Tom (Tom le Voyeur), transgressa l’interdit avant d’être frappé de cécité –tandis que le spectateur du tableau peut contempler la scène en toute impunité.&lt;/p&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;66146&quot; view_mode=&quot;embed_medium&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;p&gt;Peeping Tom paye pour en avoir trop vu; d’autres ont plus de chance, comme ces Orientaux en train d’observer de belles captives ainsi qu’il en va dans &lt;em&gt;L’Examen des esclaves&lt;/em&gt;, d’Ettore Cercone, ou dans &lt;em&gt;L’inspection des nouvelles arrivantes&lt;/em&gt;, de Giulio Rasati, avec ces filles dévêtues, exposées têtes basses aux regards de leurs maîtres. Loin des bains turcs et des scènes de sérail, qui montrent des nudités heureuses, on mesure ici la violence de ces mises à nu où le voyeur jouit du spectacle du corps, et tout autant de la honte. Car le «dénudé» n’est pas le «nu». Dans &lt;em&gt;Le Nu&lt;/em&gt;, Kenneth Clark oppose le «nu», art venu des Grecs qui célèbre la beauté apollinienne des corps, au «dénudé», qui montre un individu dépouillé soudain de ses vêtements. À une nudité «essentielle» (la nudité de Vénus sortant des eaux ou celle du &lt;em&gt;David&lt;/em&gt; de Michel-Ange) s’oppose donc une nudité «accidentelle», saisie dans l’instant où elle advient: l’avocat de Phryné tient la robe qu’il vient de retirer; chez Cercone et chez Rasati, certaines des esclaves n’ont pas encore enlevé entièrement leur vêtement, ou le tiennent à la main.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;À la suite du général de Gaulle, on avait cru «l’Orient compliqué»; en réalité, rien de plus simple que pareilles mises en scènes, où la violence du voir est du côté masculin et la pudeur mise à mal du côté féminin. Or, un tel partage des territoires dissimule mal une ambivalence constante, comme si la honte constituait l’envers obligé d’un désir d’exhibition. Une scène étonnante –et admirablement perverse– du &lt;em&gt;Voyage en Orient&lt;/em&gt; de Flaubert illustre bien une telle ambivalence. Quand Rouchiouh-Hânem se dispose à danser nue devant Gustave Flaubert et Maxime du Camp, elle renvoie d’abord deux membres de l’assistance avant de «disposer sur les yeux de l’enfant un petit voile noir» et de rabattre «sur les yeux du vieux musicien un bourrelet de son turban bleu» (Flaubert, 1849-1851: 362). Après quoi le spectacle peut commencer.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Une telle anecdote, qui provient d’un récit de voyage, aurait sa place parmi les grandes scènes fantasmatiques des peintres orientalistes. Car si l’histoire de l’art les a longtemps tenus en mauvaise estime, de tels tableaux possèdent un pouvoir d’évocation qui vient de leur proximité avec le grand théâtre du rêve. Dans une section de la &lt;em&gt;Traumdeutung&lt;/em&gt; intitulée «Le rêve de confusion à cause de la nudité» (Freud, 1967: 215-216), Freud évoque, aux côté de rêves authentiques, comme «le rêve de l’escalier», un certain nombre de fictions illustrant la honte d’être nu: Ulysse face à Nausicaa, tel qu’évoqué par un personnage de &lt;em&gt;Henri le Vert&lt;/em&gt;, de Gottfried Keller, ou bien ce prince qui, victime d’un mensonge partagé, se promène en tenue légère jusqu’à ce qu’un enfant mette fin à l’illusion (dans &lt;em&gt;Les Habits neufs de l’empereur&lt;/em&gt;, d’Andersen). Toutes scènes rappelant que, passé le temps des origines (origines de l’homme et origines du monde), il est interdit à l’homme d’être nu&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref2_6o0umz1&quot; title=&quot;Pour mémoire, Genèse (III: 7) ainsi que le Lévitique (XVIII: 6-13 et XX: 17-19). Et bien sûr La Faute de l’abbé Mouret (fin du chap. XVI), quand Albine répète «d’un ton suppliant»: «Cachons-nous» et, posant sur elle des feuillages, dit à son amant: «Ne vois-tu pas que nous sommes nus?» (Zola, 1875: 252).&quot; href=&quot;#footnote2_6o0umz1&quot;&gt;2&lt;/a&gt;. D’où un double registre de la Loi, qui proscrit le jour, dans le monde «réel», ce qu’elle autorise la nuit, sur la scène du rêve. Ce monde parallèle obéit en effet à d’autres lois. À l’ouverture du texte de Hervey de Saint-Denis, &lt;em&gt;Les Rêves et les moyens de les diriger &lt;/em&gt;(Amyot, 1887), une planche de frontispice montre, dans un salon bourgeois où ont pris place des hommes et des femmes en tenue d’époque, l’arrivée d’un étrange couple constitué d’un homme en habit et d’une femme entièrement nue. L’étrange est que dans cette gravure, qui pourrait être un collage de Max Ernst, la femme ne manifeste aucune gêne de même que rien dans l’attitude des témoins n’atteste du moindre trouble, alors qu’un tel dispositif –une femme nue au milieu d’hommes en habits– a provoqué le scandale que l’on sait lorsque Manet a exposé &lt;em&gt;Le Déjeuner sur l’herbe&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans les deux cas, le choc procède du contraste entre la scène représentée et le «naturalisme» du décor –la campagne française/un salon du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle–, qui rend inacceptable ce que le temps du mythe autorisait. Et encore ici la femme demeure-t-elle passive. Le vrai scandale, en effet, tient à ces «monstrations» où la femme prend l’initiative comme dans «La Fiancée de Corinthe», de Goethe, que Freud aurait pu évoquer tant ce poème fantastique participe du monde des rêves. Durant la nuit, alors qu’une jeune fille rejoint son fiancé et se donne à lui, la mère fait irruption. Celle-ci est horrifiée à voir sa fille, revenue du tombeau, faisant œuvre de chair –et s’offrant à son regard en toute impudicité&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref3_bsl1yfl&quot; title=&quot;«Elle [la mère] ouvre la porte, entre/Et, à la lumière de la lampe,/Aperçoit, ô ciel, sa propre fille./Et le jeune homme, dans le premier moment d’effroi,/Veut couvrir la jeune fille de son voile,/Cacher la bien-aimée avec le tapis./Mais elle se débat et se dégage aussitôt./Comme avec la force d’un esprit,/sa haute stature/se redresse lentement dans le lit.» (Goethe, 1797: 137).&quot; href=&quot;#footnote3_bsl1yfl&quot;&gt;3&lt;/a&gt;. L’intérêt de pareille scène, c’est que le dévoilement est ici le fait de la femme vampire, et qu’il annonce la catastrophe à venir. Alors que le rêve de transparence (Isis nue, la «maison de verre» au commencement de &lt;em&gt;Nadja&lt;/em&gt;) pose en principe que le voilement a partie liée avec le négatif (la dissimulation, l’ombre, la culpabilité, le Mal), on mesure le danger qu’il y aurait (qu’il y a) à vouloir mettre en lumière ce qui doit rester «dérobé» –sous la robe. Faute de quoi on risque de vivre ce pur cauchemar que serait un monde privé de sa part d’ombre.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;strong&gt;Cet obscur objet du désir&lt;/strong&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;Comme le dit bien le titre de Luis Buñuel, le désir a en effet partie liée avec l’obscur. Tandis qu’inlassablement certains s’obstinent à dépouiller l’objet de ses voiles, d’autres préfèrent qu’il demeure hors champ. Comme si, à travers la question du nu et du vêtu, se répétait l’affrontement de Zeuxis et de Parrhasios: Zeuxis cherchant à représenter l’objet (les raisins); Parrhasios donnant à voir un rideau peint, en sorte que son tableau fait voir justement l’impossibilité à voir.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Or, tout comme le rêve vaut par son ambivalence, l’Orient XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle, cet Orient onirique, conjoint la double tentation du voilement et du dévoilement. Ici plus qu’ailleurs, le despote a le pouvoir de mettre à nu selon son bon plaisir; mais nulle part plus qu’ici les corps ne se dissimulent avec autant de soin. À la façon de «Stambul» chez Pierre Loti, dans &lt;em&gt;Aziyadé&lt;/em&gt;, les corps apparaissent en effet comme à travers un crêpe. Comme tant d’autres avant lui, Pierre Loti et ses personnages ont rêvé un temps de dévoiler ces femmes qui se dérobent au regard. Il en va ainsi des trois Orientales, toujours drapées de noir, dont le héros des &lt;em&gt;Désenchantées&lt;/em&gt; aimerait obtenir un portrait: sur la photographie que lui apporte le «vieil eunuque», on les voit en tenue européenne, le visage à découvert –mais de dos (Loti, 2003: 143).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Si l’on pose en principe que l’objet désiré doit pouvoir être contemplé, il y a de la frustration dans cette impossibilité à voir. Or, plutôt que de s’en tenir à une posture déceptive, un certain nombre de voyageurs ont éprouvé un réel plaisir à ne pas voir. «Le Caire est la ville du Levant où les femmes sont encore le plus hermétiquement voilées» (Nerval, 1851: 145), constate Nerval qui, songeant au marchand d’étoffe trop curieux des &lt;em&gt;Mille et une Nuits&lt;/em&gt;, désire parfois «soulever le coin du voile austère de la déesse de Saïs&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref4_4fbf8ge&quot; title=&quot;Le marchand d’étoffe propose à deux jeunes femmes de lui révéler leur visage en échange d’«une étoffe à fleurs d’or» (Nerval, 1851: 176); la «déesse de Saïs» désigne la déesse Isis (Nerval, 1851: 145-146).&quot; href=&quot;#footnote4_4fbf8ge&quot;&gt;4&lt;/a&gt;»; mais il oublie vite cette tentation naïve, car il croit vivre un «rêve» ou un conte, tant «l’imagination trouve son compte à cet incognito des visages féminins» (1851: 146). Ce qui refonde à nouveaux frais l’interdiction de représenter le visage humain.&lt;/p&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;66144&quot; view_mode=&quot;embed_medium&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;p&gt;Or, si la nudité peut susciter à la fois la jouissance et la crainte, le voilement n’est pas sans risque. Car tout comme le masque incite à se démasquer, le voilement peut lever un interdit et mettre à nu ce qui devait rester caché. Phryné et les autres se retrouvent nues en public; mais que montrent-elles de plus que leur nudité et leur honte? À l’inverse, il y a beaucoup à craindre de certaines femmes voilées. Les sculpteurs du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle, qui ont redécouvert la tradition italienne du visage voilé venue du XVIII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle et nous ont donné plusieurs pièces admirables de virtuosité, ont pris soin en général d’en faire de chastes allégories, toujours les yeux baissés, comme la &lt;em&gt;Vestale voilée&lt;/em&gt; (1859) d’Albert-Ernest Carrier-Belleuse, au Musée de Laon, ou la &lt;em&gt;Tête de jeune femme voilée&lt;/em&gt; (anonyme, vers 1880), au Musée Jules-Chéret de Nice. On peut donc contempler sans crainte ces statues. Mais, dans les romans, le danger est plus pressant. Au moment de ses vœux, dans &lt;em&gt;René&lt;/em&gt;, Amélie est étendue sur le sol, recouverte d’un «drap mortuaire». Or c’est à ce moment que la Vestale voilée dévoile son désir pour son frère –qui alors se presse contre elle. Il aura fallu que le corps soit dérobé à la vue pour être symboliquement possédé; et c’est bien le voilement qui a permis la révélation –le retrait du &lt;em&gt;velum&lt;/em&gt;&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref5_z5bet19&quot; title=&quot;Sur cette érotique du voile, je renvoie à Jean Starobinski qui prend comme point de départ une phrase de Montaigne: «Pourquoy inventa Poppaea de masquer les beautez de son visage, que pour les renchérir à ses amans?» (1999: 9). C’est que, note le commentateur, «il y a dans la dissimulation et dans l’absence une force étrange qui contraint l’esprit à se tourner vers l’inacessible». À rapprocher d’une anecdote de Brantôme rapportée par P. Quignard: le duc d’Orléans est en train d’étreindre sa maîtresse quand arrive le mari, qui ne se doute de rien; le duc, qui a eu le temps de la couvrir d’un drap, choisit alors de relever lentement le drap, de façon à découvrir l’ensemble du corps, sauf le visage. Le mari s’extasie alors sur ce corps, sans le reconnaître (Quignard, 2005: 81-82).&quot; href=&quot;#footnote5_z5bet19&quot;&gt;5&lt;/a&gt;. De la même façon, c’est le corps dissimulé que Hauteclaire (&lt;em&gt;Le Bonheur dans le&lt;/em&gt; &lt;em&gt;crime&lt;/em&gt;) finit par passer aux aveux lorsque, dissimulé dans l’ombre, le médecin la voit tirant l’épée avec le comte (Barbey d’Aurevilly, 1963: 143-144). Recouverts d’un masque, entièrement protégés, aucun des deux duellistes ne s’offre au regard; mais les passes d’armes auxquelles ils s’adonnent équivalent à des assauts amoureux. Se trouve donc mise à nu celle dont le visage était toujours demeuré à l’abri d’un voile sombre ou de son masque de fer&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref6_7dr3srm&quot; title=&quot;À cheval, elle a «le visage [...] toujours plus ou moins caché dans un voile gros bleu trop épais» et demeure «à distance»; dans la salle d’escrime, son visage s’abrite derrière les «mailles de fer de son masque d’armes»; et le dimanche, à la messe, «elle [est] presque toujours aussi masquée que dans la salle de son père, la dentelle de son voile noir étant encore plus sombre et plus serrée que son masque de fer» (Barbey d’Aurevilly, 1963: 122).&quot; href=&quot;#footnote6_7dr3srm&quot;&gt;6&lt;/a&gt;. Derrière l’objet apparent –une salle d’armes, deux escrimeurs– le médecin a bien perçu l’objet réel. Alors que la mise à nu restreint le champ, l’inaperçu suscite donc une érotisation généralisée. En effet, dès lors que l’essentiel est hors champ, chaque objet ou chaque scène est susceptible de constituer un miroir oblique.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;On ne peut donc pas voir Hauteclaire, et encore moins la «toucher». Ou plutôt, on peut voir un masque, en sachant qu’on est vu, et toucher un corset protecteur, mais sans atteindre le corps lui-même&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref7_6gc8zox&quot; title=&quot;Comme le dit Serlan de Savigny au terme d’une passe d’arme: «On ne peut pas vous toucher, mademoiselle [...]» (Barbey d’Aurevilly, 1963: 124).&quot; href=&quot;#footnote7_6gc8zox&quot;&gt;7&lt;/a&gt;. Le tabou du regard s’accompagne ainsi d’un «tabou du toucher», ce tabou qu’évoque Freud dans &lt;em&gt;Inhibition, symptôme et angoisse &lt;/em&gt;(1978: 44-45). Face à l’ambivalence du «toucher» –à la fois caresse et violence–, le névrosé en fait un véritable tabou. De sorte qu’il élabore ce que Freud appelle le «toucher masqué», qui «soustrai[t] l’objet à toute espèce de toucher» (1978: 45).&lt;/p&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;66143&quot; view_mode=&quot;embed_medium&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;p&gt;Tout comme les femmes du Caire ou comme l’héroïne du &lt;em&gt;Philtre&lt;/em&gt; de Stendhal, dans l’obscurité puis à l’abri d’un masque, Hauteclaire affronte le monde en se voilant la face. Mais si l’on comprend bien la honte de la nudité, la dissimulation obstinée du visage intrigue. Une telle résistance implique l’existence d’un tabou dont Georges Bataille a sans doute percé le sens quand il explique que «l’attrait d’un beau visage ou d’un beau vêtement joue dans la mesure où ce beau visage annonce ce que le vêtement dissimule» (1957: 144). Comme le laissent entendre le mythe de Baubô ou le tableau de Magritte intitulé &lt;em&gt;Le Viol&lt;/em&gt;&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref8_nu0g1bl&quot; title=&quot;Le Viol (1934) représente la tête d’une femme, reconnaissable à la forme de ses cheveux; mais le visage est constitué d’un buste féminin, où les seins représentent les yeux et le triangle du sexe la bouche.&quot; href=&quot;#footnote8_nu0g1bl&quot;&gt;8&lt;/a&gt;, l’imaginaire pose ainsi une équivalence entre le haut et le bas corporels. Du coup, le dévoilement soudain du visage peut être cause de stupeur. Ainsi, Mâtho «se recul[e], les coudes en arrière, béant, presque terrifié» (Flaubert, 1862: 309), quand Salammbô arrache les voiles qui la dissimulaient –elle qui a arraché à la déesse son voile. De même, dans &lt;em&gt;Les Désenchantées&lt;/em&gt;, de Pierre Loti, quand Djenane lève soudain son voile, plantant «bien droit dans les yeux de son ami ses jeunes yeux admirables», le saisissement est tel que André Lhéry «recul[e] imperceptiblement sous le regard fixe de cette apparition comme quand on a un peu peur ou que l’on est ébloui sans vouloir le paraître» (1906: 282-283).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Encore les deux héros sont-ils exposés à une présence immédiate. Mais même quand l’homme a la certitude de n’être pas observé, la proximité du visage féminin peut susciter la gêne. Pour voir le visage de l’autre en toute sécurité, mieux vaut qu’il demeure à-demi masqué –«Oh! les premiers baisers à travers la voilette!»–; ou du moins qu’il garde ses distances. Ce jeu d’esquive explique les étranges machineries optiques chères au XIX&lt;sup&gt;e &lt;/sup&gt;siècle –machineries optiques qui sont en fait des machines désirantes. Comme l’a bien montré Max Milner dans &lt;em&gt;La Fantasmagorie &lt;/em&gt;(1982: 40-63 et 63-76), l’instrument emblématique de cette optique fantasmatique est avant tout la lorgnette et la lunette, qui permettent de voir au plus près tout en demeurant au plus loin; qui autorisent ce «regard éloigné», dont parle Claude Lévi-Strauss (terme que je reprends, mais en le détournant). C’est à travers une lorgnette que, dans &lt;em&gt;Hesperus&lt;/em&gt;, de Jean Paul, Victor découvre le visage de Clotilde et que, dans &lt;em&gt;L’Homme au sable&lt;/em&gt;, Nathanaël contemple celui d’Olympia. On pourrait croire sans risques de tels portraits volés dès lors que l’autre, réduit à son visage, constitue une pure image. Mais la seule entrevision possède une telle efficacité qu’elle précipite le désastre. Dans &lt;em&gt;La Maison déserte&lt;/em&gt;, Théodore semble à l’abri de toute mauvaise surprise dès lors que le visage de la femme à sa fenêtre est en réalité un portrait; mais c’est bien cette silhouette, apparemment inoffensive, qui vient troubler le miroir; quant à Nathanaël, il connaît le destin que l’on sait quand, du haut de la tour, il braque sur Olympia sa lunette avant de se jeter dans le vide.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Derrière l’image apparente, quelle image latente est venue jeter le trouble? Ou plutôt, dans ce qu’il a vu, qu’est-ce qui le regardait (voir Didi-Huberman)? On le sait, le dénouement s’éclaire à la lumière (ou plutôt au clair-obscur) de la «scène interdite» où le jeune garçon entrevoit, dans l’ombre, la contrefaçon d’un engendrement. Comme Peeping Tom, Nathanaël en a trop vu; et du coup il est en danger.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Pour contempler l’objet aimé en toute impunité, il convient donc qu’il baisse les yeux (Lady Godiva, les esclaves orientales) ou qu’il se couvre le visage (Phryné). Mais qu’il regarde en face, et le voyeur se trouve en danger. L’œil de Méduse, on le sait, précipite le désastre; et même après la mort, il continue d’être là, comme dans &lt;em&gt;Les Mille et un fantômes&lt;/em&gt;, d’Alexandre Dumas. Au motif d’expérimentations scientifiques –bonne fille, la science légitime les pires dérèglements, en ces journées de la Terreur–, Albert Ledru se fait livrer chaque soir les têtes des guillotiné(e)s du jour. Or, voici que du fond du sac une voix l’appelle; et que, au contact de sa main, des lèvres se pressent: il reconnaît alors la tête de Solange, son aimée, dont les yeux soudain se rouvrent et le regardent. D’où un saisissement qui le fait chuter au sol, entraînant avec lui cette tête dont il lui semble qu’elle cherche encore à l’embrasser (Dumas, 2006: 319; voir aussi Bellour). Un peu comme le père de Nathanaël, le héros souhaite percer le secret de la vie. Mais le fétiche dont il s’empare se refuse à devenir objet d’étude –être vu mais ne pas voir– pour mieux afficher sa puissance désirante&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref9_yhqmcsq&quot; title=&quot;À comparer avec la situation symétrique, où la femme tient entre ses mains la tête de l’être aimé. Dans la pièce d’Oscar Wilde, Salomé éprouve une forme de rage à voir la tête du Baptiste garder les yeux obstinément fermés, comme s’il avait peur de la regarder (Salomé, illustrations d’Audrey Beardsley, GF, 1993, p. 161). À l’inverse, dans Le Rouge et le Noir, la tête de Julien permet à Mathilde de connaître une forme d’éros funèbre dans une finale superbement ténébreux qui relève du sublime.&quot; href=&quot;#footnote9_yhqmcsq&quot;&gt;9&lt;/a&gt;. Ainsi se rejoue, sur un mode cauchemardesque, le célèbre «Leurs yeux se rencontrèrent» –formule magique qui marque le début de l’idylle.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;strong&gt;«Regarde de tous tes yeux, regarde!&lt;/strong&gt;&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref10_wiosm8k&quot; title=&quot; La célèbre formule d’Ivan Ogareff, au moment où Michel Strogoff va en principe perdre la vue (chapitre 5 de la deuxième partie), a connu une belle postérité littéraire puisque Georges Perec en fait l’épigraphe de La Vie mode d’emploi (1975), texte tout entier dominé par une pulsion scopique.&quot; href=&quot;#footnote10_wiosm8k&quot;&gt;10&lt;/a&gt;&lt;strong&gt;»&lt;/strong&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;Que faire alors, pour échapper à tout danger? Pour l’homme, il n’est qu’une solution, qui est de se trouver une femme sans visage et mieux encore sans tête. Non &lt;em&gt;La Femme 100 têtes&lt;/em&gt; de Max Ernst, mais la femme sans tête de Gustave Courbet, plus connue sous le nom de &lt;em&gt;L’Origine du monde&lt;/em&gt;. Longtemps interdite au regard, on sait qu’elle finit par trouver asile chez Jacques Lacan, dissimulée derrière un Masson, &lt;em&gt;Terre érotique&lt;/em&gt;, qui en reprend le motif sous forme stylisée&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref11_6oy2w2y&quot; title=&quot;Comme médusé, le psychanalyste n’a jamais mentionné cette œuvre dans ses Séminaires.&quot; href=&quot;#footnote11_6oy2w2y&quot;&gt;11&lt;/a&gt;. Mais un siècle auparavant, pour contempler «l’origine», il fallait se rendre chez Khalil-Bey. À la façon des femmes orientales, la toile était voilée, à l’abri d’un rideau vert; et comme en Orient, le visiteur attendait le moment du dévoilement –moment où Zeuxis prend sa revanche sur Parrhasios. Parmi les visiteurs, Maxime du Camp a fait part de sa stupeur devant pareil «réalisme». Sauf que, ajoute-t-il bizarrement: «par un inconcevable oubli, l’artiste qui avait copié son modèle d’après nature, avait négligé de représenter les pieds, les jambes, les cuisses, le ventre, les hanches, la poitrine, les bras, les épaules, le cou et la tête» (Du Camp, 1878: 189-190). La remarque peut sembler naïve, mais elle touche sans doute un point sensible car on n’aura de cesse de redonner à ce corps un visage. En 2013 encore, après la découverte d’un portrait de femme par Courbet, &lt;em&gt;Paris-Match&lt;/em&gt; s’enflamme: «Voici le visage de &lt;em&gt;L’Origine du monde&lt;/em&gt;», titre le magazine, avec à l’appui un montage photographique et ce sous-titre: «On a retrouvé le haut du chef-d’œuvre de Courbet» (7 février 2013).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le tableau de Courbet n’est pas le premier dans son genre à représenter en gros plan le sexe féminin, comme on le constate avec les illustrations de Pascal Quignard dans &lt;em&gt;La Nuit&lt;/em&gt; &lt;em&gt;sexuelle&lt;/em&gt;, mais il a pris une valeur emblématique. Si le scandale est dû avant tout du cadrage, avec ce bas corporel à l’avant-scène, le vrai choc provient autant de la présence du sexe que de l’absence du visage. Quand le visage s’efface au profit de la face ombreuse, on pourrait croire la Méduse médusée, l’objet se laissant voir, mais sans nous regarder&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref12_lglz2k7&quot; title=&quot;À la différence de l’Olympia, de Manet, dont le spectateur doit affronter le regard.&quot; href=&quot;#footnote12_lglz2k7&quot;&gt;12&lt;/a&gt;. Sauf qu’au vu des réactions, et de l’espèce de «médusation» (Clair: 16 et 19-20) qu’elle a suscitée, cette Méduse médusée apparaît toujours médusante.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;h2&gt;Bibliographie&lt;/h2&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/le-bonheur-dans-le-crime&quot; id=&quot;node-65509&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;d&#039;Aurevilly, Jules Barbey. 1874.&amp;nbsp;«&amp;nbsp;Le Bonheur dans le crime&amp;nbsp;», dans&amp;nbsp;&lt;em&gt;Les Diaboliques&lt;/em&gt;. Paris : Garnier.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/lerotisme&quot; id=&quot;node-54897&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Bataille, Georges. 1957.&lt;em&gt;&amp;nbsp;L&#039;érotisme&lt;/em&gt;. Paris : Éditions de Minuit.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/mademoiselle-guillotine-cagliostro-dumas-oedipe-et-la-revolution-francaise&quot; id=&quot;node-65511&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Bellour, Raymond. 1989.&amp;nbsp;&lt;em&gt;Mademoiselle Guillotine: Cagliostro, Dumas, Œdipe et la Révolution française&lt;/em&gt;. Paris : La Différence.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/lorient-voile&quot; id=&quot;node-65513&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Buisine, Alain. 1993.&lt;em&gt;&amp;nbsp;L&#039;Orient voilé. &lt;/em&gt;Paris : Zulma.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/meduse-contribution-a-une-anthropologie-des-arts-du-visuel&quot; id=&quot;node-65517&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Clair, Jean. 1989.&amp;nbsp;&lt;em&gt;Méduse: Contribution à une anthropologie des arts du visuel&lt;/em&gt;. Paris : Gallimard.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/the-nude-a-study-in-ideal-form-le-nu&quot; id=&quot;node-65519&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Clark, Kenneth. 1956.&amp;nbsp;&lt;em&gt;The Nude: A Study in Ideal Form/Le Nu. &lt;/em&gt;New York-Paris : Pantheon Books-Hachette Pluriel.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/ouvrir-venus-nudite-reve-cruaute&quot; id=&quot;node-53524&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Didi-Huberman, Georges. 1999.&amp;nbsp;&lt;em&gt;Ouvrir Vénus. Nudité, rêve, cruauté&lt;/em&gt;. Paris : Gallimard, 149 p.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/les-convulsions-de-paris&quot; id=&quot;node-65522&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;DuCamp, Maxime. 1878.&amp;nbsp;&lt;em&gt;Les Convulsions de Paris.&lt;/em&gt; Paris : Hachette, t. 2.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/les-mille-et-un-fantomes-precede-de-la-femme-au-collier-de-velours&quot; id=&quot;node-65524&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Dumas, Alexandre. 1840.&amp;nbsp;&lt;em&gt;&quot;Les Mille et un fantômes&quot;, précédé de &quot;La femme au collier de velours&quot;&lt;/em&gt;. Paris : Gallimard, «&amp;nbsp;Folio&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/le-decor-mythique-de-la-chartreuse-de-parme&quot; id=&quot;node-65526&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Durand, Gilbert. 1961.&amp;nbsp;&lt;em&gt;Le Décor mythique de la Chartreuse de Parme.&lt;/em&gt; Paris : José Corti.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/voyage-en-orient&quot; id=&quot;node-65527&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Flaubert, Gustave. 1849.&amp;nbsp;«&amp;nbsp;Voyage en Orient&amp;nbsp;», dans&amp;nbsp;&lt;em&gt;Voyages&lt;/em&gt;. Paris : Arléa.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/salammbo&quot; id=&quot;node-2416&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Flaubert, Gustave. 2001.&amp;nbsp;&lt;em&gt;Salammbô&lt;/em&gt;. Paris : Garnier-Flammarion, 474 p.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/linterpretation-des-reves&quot; id=&quot;node-65528&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Freud, Sigmund. 1899.&amp;nbsp;&lt;em&gt;L&#039;Interprétation des rêves&lt;/em&gt;. Paris : Presses Universitaires de France.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/inhibition-symptome-et-angoisse&quot; id=&quot;node-65529&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Freud, Sigmund. 1926.&amp;nbsp;&lt;em&gt;Inhibition, symptôme et angoisse.&lt;/em&gt; Paris : Presses Universitaires de France.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/la-fiancee-de-corinthe-die-braut-von-korinth&quot; id=&quot;node-65530&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;von Goethe, Johann Wolfgang. 1787.&amp;nbsp;«&amp;nbsp;La Fiancée de Corinthe/Die Braut von Korinth&amp;nbsp;», dans&amp;nbsp;&lt;em&gt;Ballades&lt;/em&gt;. Paris : Aubier-Montaigne.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/le-voile-disis-essai-sur-lhistoire-de-lidee-de-nature&quot; id=&quot;node-65532&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Hadot, Pierre. 2004.&amp;nbsp;&lt;em&gt;Le Voile d’Isis: Essai sur l’histoire de l’idée de nature&lt;/em&gt;. Paris : Gallimard.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/les-desenchantees-roman-des-harems-contemporains&quot; id=&quot;node-65533&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Loti, Pierre. 2003.&amp;nbsp;&lt;em&gt;Les Désenchantées: Roman des harems contemporains&lt;/em&gt;. Aicirits : Aubéron.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/la-fantasmagorie-essai-sur-loptique-romantique&quot; id=&quot;node-65535&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Milner, Max. 1982.&amp;nbsp;&lt;em&gt;La fantasmagorie: Essai sur l’optique romantique&lt;/em&gt;. Paris : Presses Universitaires de France, «&amp;nbsp;Écriture&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/voyage-en-orient-0&quot; id=&quot;node-65536&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;de Nerval, Gérard. 1851.&amp;nbsp;&lt;em&gt;Voyage en Orient&lt;/em&gt;. Paris : Gallimard , «&amp;nbsp;Folio&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/les-paradisiaques&quot; id=&quot;node-65537&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Quignard, Pascal. 2005.&amp;nbsp;&lt;em&gt;Les Paradisiaques&lt;/em&gt;. Paris : Grasset.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/la-nuit-sexuelle&quot; id=&quot;node-65538&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Quignard, Pascal. 2007.&amp;nbsp;&lt;em&gt;La Nuit sexuelle&lt;/em&gt;. Paris : Flammarion.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/lorigine-du-monde-histoire-dun-tableau-de-gustave-courbet&quot; id=&quot;node-65540&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Savatier, Thierry. 2009.&amp;nbsp;&lt;em&gt;&quot;L’Origine du monde&quot;: histoire d’un tableau de Gustave Courbet.&lt;/em&gt; Paris : Bartillat.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/le-voile-de-poppee&quot; id=&quot;node-65541&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Starobinski, Jean. 1999.&amp;nbsp;«&amp;nbsp;Le Voile de Poppée&amp;nbsp;», Paris : Gallimard, «&amp;nbsp;Tel&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/le-philtre-oeuvres-romanesques-completes&quot; id=&quot;node-65542&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Stendhal,. 1830.&amp;nbsp;&lt;em&gt;Le Philtre. Oeuvres romanesques complètes.&lt;/em&gt; Paris : Gallimard, «&amp;nbsp;Bibliothèque de la Pléiade&amp;nbsp;», t. 1.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/cet-obscur-objet-de-desirs-autour-de-de-lorigine-du-monde&quot; id=&quot;node-65515&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Thomas-Maurin, Frédérique&amp;nbsp;et&amp;nbsp;Thierry&amp;nbsp;Savatier. 2014.&amp;nbsp;&lt;em&gt;Cet obscur objet de désirs: Autour de de &quot;L’Origine du monde&quot;.&lt;/em&gt; Paris-Ornans : Liénart et Musée Courbet.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/les-meteores&quot; id=&quot;node-65544&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Tournier, Michel. 1977.&amp;nbsp;&lt;em&gt;Les Météores&lt;/em&gt;. Paris : Gallimard , «&amp;nbsp;Folio&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/un-fantasme-dapparition-de-la-nudite-comme-fetiche-visuel-avant-freud&quot; id=&quot;node-65546&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Vouilloux, Bernard. 1995.&amp;nbsp;«&amp;nbsp;Un fantasme d’apparition. De la nudité comme fétiche visuel avant Freud&amp;nbsp;».&amp;nbsp;&lt;em&gt;Poétique&lt;/em&gt;, 103.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/le-tableau-vivant-phryne-lorateur-et-le-peintre&quot; id=&quot;node-65545&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Vouilloux, Bernard. 2015.&lt;em&gt;&amp;nbsp;Le Tableau vivant: Phryné, l’orateur et le Peintre&lt;/em&gt;. «&amp;nbsp;Champ arts&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/la-faute-de-labbe-mouret&quot; id=&quot;node-65243&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Zola, Émile. 1875.&amp;nbsp;&lt;em&gt;La Faute de l&#039;abbé Mouret.&lt;/em&gt; Paris : Gallimard, «&amp;nbsp;Bibliothèque de la Pléiade&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;

&lt;section  class=&quot;footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed&quot; data-collapsible-show-label=&quot;Notes&quot; data-collapsible-hide-label=&quot;Notes&quot;&gt;&lt;ul class=&quot;footnotes collapsible-content&quot;&gt;&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote1_ozy4mnt&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref1_ozy4mnt&quot;&gt;1.&lt;/a&gt; D&#039;où le titre de cet article, en référence à&lt;em&gt; La Voyeuse interdite &lt;/em&gt;(Bouraoui, 1991)&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote2_6o0umz1&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref2_6o0umz1&quot;&gt;2.&lt;/a&gt; Pour mémoire, Genèse (III: 7) ainsi que le Lévitique (XVIII: 6-13 et XX: 17-19). Et bien sûr &lt;em&gt;La Faute de l’abbé Mouret&lt;/em&gt; (fin du chap. XVI), quand Albine répète «d’un ton suppliant»: «Cachons-nous» et, posant sur elle des feuillages, dit à son amant: «Ne vois-tu pas que nous sommes nus?» (Zola, 1875: 252).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote3_bsl1yfl&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref3_bsl1yfl&quot;&gt;3.&lt;/a&gt; «Elle [la mère] ouvre la porte, entre/Et, à la lumière de la lampe,/Aperçoit, ô ciel, sa propre fille./Et le jeune homme, dans le premier moment d’effroi,/Veut couvrir la jeune fille de son voile,/Cacher la bien-aimée avec le tapis./Mais elle se débat et se dégage aussitôt./Comme avec la force d’un esprit,/sa haute stature/se redresse lentement dans le lit.» (Goethe, 1797: 137).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote4_4fbf8ge&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref4_4fbf8ge&quot;&gt;4.&lt;/a&gt; Le marchand d’étoffe propose à deux jeunes femmes de lui révéler leur visage en échange d’«une étoffe à fleurs d’or» (Nerval, 1851: 176); la «déesse de Saïs» désigne la déesse Isis (Nerval, 1851: 145-146).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote5_z5bet19&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref5_z5bet19&quot;&gt;5.&lt;/a&gt; Sur cette érotique du voile, je renvoie à Jean Starobinski qui prend comme point de départ une phrase de Montaigne: «Pourquoy inventa Poppaea de masquer les beautez de son visage, que pour les renchérir à ses amans?» (1999: 9). C’est que, note le commentateur, «il y a dans la dissimulation et dans l’absence une force étrange qui contraint l’esprit à se tourner vers l’inacessible». À rapprocher d’une anecdote de Brantôme rapportée par P. Quignard: le duc d’Orléans est en train d’étreindre sa maîtresse quand arrive le mari, qui ne se doute de rien; le duc, qui a eu le temps de la couvrir d’un drap, choisit alors de relever lentement le drap, de façon à découvrir l’ensemble du corps, sauf le visage. Le mari s’extasie alors sur ce corps, sans le reconnaître (Quignard, 2005: 81-82).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote6_7dr3srm&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref6_7dr3srm&quot;&gt;6.&lt;/a&gt; À cheval, elle a «le visage [...] toujours plus ou moins caché dans un voile gros bleu trop épais» et demeure «à distance»; dans la salle d’escrime, son visage s’abrite derrière les «mailles de fer de son masque d’armes»; et le dimanche, à la messe, «elle [est] presque toujours aussi masquée que dans la salle de son père, la dentelle de son voile noir étant encore plus sombre et plus serrée que son masque de fer» (Barbey d’Aurevilly, 1963: 122).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote7_6gc8zox&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref7_6gc8zox&quot;&gt;7.&lt;/a&gt; Comme le dit Serlan de Savigny au terme d’une passe d’arme: «On ne peut pas vous toucher, mademoiselle [...]» (Barbey d’Aurevilly, 1963: 124).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote8_nu0g1bl&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref8_nu0g1bl&quot;&gt;8.&lt;/a&gt; &lt;em&gt;Le Viol&lt;/em&gt; (1934) représente la tête d’une femme, reconnaissable à la forme de ses cheveux; mais le visage est constitué d’un buste féminin, où les seins représentent les yeux et le triangle du sexe la bouche.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote9_yhqmcsq&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref9_yhqmcsq&quot;&gt;9.&lt;/a&gt; À comparer avec la situation symétrique, où la femme tient entre ses mains la tête de l’être aimé. Dans la pièce d’Oscar Wilde, Salomé éprouve une forme de rage à voir la tête du Baptiste garder les yeux obstinément fermés, comme s’il avait peur de la regarder (&lt;em&gt;Salomé&lt;/em&gt;, illustrations d’Audrey Beardsley, GF, 1993, p. 161). À l’inverse, dans &lt;em&gt;Le Rouge et le Noir&lt;/em&gt;, la tête de Julien permet à Mathilde de connaître une forme d’éros funèbre dans une finale superbement ténébreux qui relève du sublime.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote10_wiosm8k&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref10_wiosm8k&quot;&gt;10.&lt;/a&gt;  La célèbre formule d’Ivan Ogareff, au moment où Michel Strogoff va en principe perdre la vue (chapitre 5 de la deuxième partie), a connu une belle postérité littéraire puisque Georges Perec en fait l’épigraphe de &lt;em&gt;La Vie mode d’emploi&lt;/em&gt; (1975), texte tout entier dominé par une pulsion scopique.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote11_6oy2w2y&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref11_6oy2w2y&quot;&gt;11.&lt;/a&gt; Comme médusé, le psychanalyste n’a jamais mentionné cette œuvre dans ses &lt;em&gt;Séminaires&lt;/em&gt;.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote12_lglz2k7&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref12_lglz2k7&quot;&gt;12.&lt;/a&gt; À la différence de l’&lt;em&gt;Olympia&lt;/em&gt;, de Manet, dont le spectateur doit affronter le regard.&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;/section&gt;&lt;/div&gt;
      &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item odd&quot;&gt;&amp;quot;L’Origine du monde&amp;quot;: histoire d’un tableau de Gustave Courbet&lt;/div&gt;
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 <pubDate>Fri, 11 May 2018 01:52:42 +0000</pubDate>
 <dc:creator>Émilie Bauduin</dc:creator>
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 <title>La bosse amative: Nuque et désir au XIXe siècle </title>
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L’accessoire comme sa dénomination attirent l’attention sur une partie du corps dont le pouvoir sensuel peut sembler surprenant: la nuque.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;65698&quot; view_mode=&quot;embed_medium&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;p&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 0.8125rem;&quot;&gt;Sous d’autres latitudes, cette partie arrière du cou est un ancestral secret de séduction: au Japon, il n&#039;est pas un haïku érotique qui ne l&#039;encense, car si la geisha cache son visage, elle dévoile sa nuque, poudrée de blanc et courbée en offrande (fig. 2). Au XIX&lt;/span&gt;&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 0.8125rem;&quot;&gt; siècle, pour s’en tenir en tout cas à la littérature et à la peinture, la nuque apparaît dotée d’un potentiel fantasmatique exacerbé, exacerbation dont on aimerait interroger ici les enjeux.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;65666&quot; view_mode=&quot;embed_medium&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;p&gt;À l’évidence, ce fragment du corps féminin qu’est la nuque détient un statut particulier: elle est un lieu de transition, et ce pour trois raisons. D’abord, comme le cou plus généralement, elle est l’espace où se lient tête et corps, le chef et le tronc, le siège de la pensée et la machine que cette dernière dirige. Porter atteinte à cette partie du corps revient donc à une mise à mort; de fait, c’est vers 1789 qu’est inventée la guillotine, et à la fin du siècle, une coiffure dite «en porc-épic» ou bien «coiffure à la victime»: il s’agit d’imiter la coupe de cheveux des condamnés à l’échafaud (fig. 3). Tout acte de violence exercé sur la nuque suppose une volonté d’attenter à la vie de son propriétaire. Lorsque le narrateur de &lt;em&gt;La Confession d’un enfant du siècle&lt;/em&gt; découvre que sa maîtresse, «noyée de douleur&amp;nbsp;et étendue sur le carreau» un quart d’heure plus tôt, s’apprête pour aller au bal avec son rival, il veut partir, mais un spectacle l’arrête:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Je fis un pas pour sortir; je regardais sa nuque, lisse et parfumée, où ses cheveux étaient noués et sur laquelle étincelait un peigne de diamant. Cette nuque, siège de la force vitale, était plus noire que l’enfer; deux tresses luisantes y étaient tordues, et de légers épis d’argent se balançaient au-dessus (Musset, 1973: 44).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le jeune homme, à la vue de cette nuque dénudée par le chignon, ressent une violente provocation: «Il y avait dans cette crinière retroussée je ne sais quoi d’impudemment beau qui semblait me railler du désordre où je l’avais vue un instant auparavant». Aussi réagit-il avec une grande brutalité et frappe-t-il la nuque de sa maîtresse de son poing fermé; il n’a que le temps de voir la jeune femme tomber sur ses mains sans un bruit avant de sortir précipitamment. Un tel geste ne manifeste pas seulement le débordement de jalousie qui envahit le jeune homme, mais aussi la fascination exercée par cette partie du corps où siège la «force vitale». Fascination qu’emblématisera, en inversant les sexes, le baiser de la femme vampire sur la nuque de son amant dans le tableau de Munch: l’étreinte apparemment protectrice et maternelle de la femme dissimule en réalité une morsure vampirique, image inquiétante renforcée par l’assimilation des mèches de cheveux roux aux tentacules d’une pieuvre (fig. 4).&lt;/p&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;65667&quot; view_mode=&quot;embed_medium&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;p&gt;Ensuite, et plus spécifiquement, la nuque est ce fragment transitoire où cheveux et peau se joignent, en un entre-deux riche de sensations. Entre la blancheur du cou, voire des épaules quand la femme est en robe de bal, et la chevelure relevée, la nuque présente une étendue duveteuse. Ce duvet peut exciter la convoitise de celui qui le contemple du fait de son épaisseur: la maîtresse de l’«enfant du siècle» offre à sa vue ses épaules et son cou «plus blancs que le lait» qui font «ressortir le duvet rude et abondant» de la nuque et la réaction du jeune homme est extrême, on l’a vu. De même, Charles Cros présente dans «Distrayeuse» une belle femme nue qui vient s’étendre sur la table de travail du poète qu’elle oblige à laisser là sa plume:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Mais voilà qu&#039;&lt;em&gt;Elle&lt;/em&gt; s&#039;est étendue, belle, blanche et nue, sur la table basse, au-dessous des corbeilles, cachant sous son beau corps alangui la feuille entière de papier lisse. Alors les visions se sont envolées toutes bien loin, pour ne plus revenir. Mes yeux, mes lèvres et mes mains se sont perdus dans l&#039;aromatique broussaille de sa nuque, sous l&#039;étreinte obstinée de ses bras et sur ses seins gonflés de désirs (1873: 145-146).&lt;/p&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;65668&quot; view_mode=&quot;embed_medium&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;p&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 0.8125rem;&quot;&gt;La nuque attire en premier les regards et les baisers du poète. Mais à côté de cette pilosité abondante, la nuque peut aussi se couvrir de cheveux follets, égarés du chignon, et qui constituent à l’évidence, au XIX&lt;/span&gt;&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 0.8125rem;&quot;&gt; siècle, un élément fantasmatique essentiel du désir masculin: tous nos grands romanciers, par la complaisance récurrente avec laquelle ils s’y attardent dans leurs portraits de femmes, manifestent cette attirance (fig. 5, 6 et 7). Stendhal est le seul à n’y pas faire succomber ses héros –dont on constatera par ailleurs l’absence de sensualité même quand ils deviennent les amants des femmes qu’ils convoitaient&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 0.8125rem;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref1_l0md3nq&quot; title=&quot;À l’article «Sensualité» de son Dictionnaire amoureux de Stendhal, Dominique Fernandez note: «Il n&#039;y a pas de romans plus chastes que ceux de Stendhal, bien que les héros en soient de jeunes gens à la recherche de passions. Quand ils en arrivent à &amp;quot;l&#039;intimité&amp;quot; si ardemment convoitée, il semble qu&#039;elle s&#039;accomplisse sans désir, presque sans participation de leur corps, et qu&#039;ils ne retirent de la victoire sexuelle qu&#039;une satisfaction de vanité ou une preuve de leur &amp;quot;énergie&amp;quot;» (Plon-Grasset, 2013: 666)&quot; href=&quot;#footnote1_l0md3nq&quot;&gt;1&lt;/a&gt;.&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 0.8125rem;&quot;&gt;&amp;nbsp;Maupassant quant à lui ne résiste pas à l’attrait de cette fine pilosité: il aime à décrire telle femme coiffée d’un chapeau à fleurs qui «montrait tout entière sa nuque forte, ronde, souple où ses petits cheveux follets voltigeaient, roussis par le grand air» (1988: 1061), ou bien telle petite ouvrière à la «mignonne tête blonde, sous des cheveux bouclés aux tempes»:&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;cheveux qui semblaient une lumière frisée, descendaient à l’oreille, couraient jusqu’à la nuque, dansaient au vent, puis devenaient, plus bas, un duvet si fin, si léger, si blond, qu’on le voyait à peine, mais qu’on éprouvait une irrésistible envie de mettre là une foule de baisers (1988: 221&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref2_zxqfkq1&quot; title=&quot;Nous renvoyons à l&#039;édition suivante: G. de Maupassant, «Au printemps», La Maison Tellier. Contes et nouvelles.&amp;nbsp;Paris, Robert Laffont, coll. «Bouquins», I. &quot; href=&quot;#footnote2_zxqfkq1&quot;&gt;2&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;65669&quot; view_mode=&quot;embed_medium&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;65670&quot; view_mode=&quot;embed_medium&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;p&gt;Dans &lt;em&gt;Bel-ami&lt;/em&gt;, Duroy en visite chez Madame Forestier succombe à son tour: «et les cheveux relevés au sommet de la tête, frisant un peu sur la nuque, faisaient un léger nuage de duvet blond au-dessus du cou» (Maupassant, 1988: 63). S’agit-il de décrire un violent coup de foudre, Maupassant s’arrête aux mêmes lieux de désir: «Son regard, son sourire, les cheveux de sa nuque quand la brise les soulevait, toutes les plus petites lignes de son visage, les moindres mouvements de ses traits, me ravissaient, me bouleversaient, m&#039;affolaient», lit-on dans «Adieu» (1988: 255). On pourrait toutefois supposer que la nuque n’exerce son attrait que sur les futurs amants et qu’elle perd de sa séduction au fil des années conjugales, mais il n’en est rien: «Nous étions tous trois dans ton petit salon, et, comme vous ne vous gêniez guère devant moi, ton mari te tenait sur ses genoux et t’embrassait longuement la nuque, la bouche perdue dans les cheveux frisés du cou», précise Maupassant dans «Le baiser» (1988&lt;span style=&quot;font-size: 0.8125rem;&quot;&gt;: 422). De même, dans «L’héritage», les deux époux vivent une seconde lune de miel:&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 0.8125rem;&quot;&gt;Parfois il lui jetait une caresse furtive au bord de l’oreille sur la naissance de la nuque, en ce coin charmant de chair tendre où frisent les premiers cheveux. Elle répondait par une pression de main; et ils se désiraient (Maupassant, 1988: 895).&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Enfin il est frappant de voir le narrateur de &lt;em&gt;Fort comme la mort&lt;/em&gt;, épris de la mère et de la fille, rêver d’«embrasser l&#039;une et l&#039;autre, l&#039;une pour retrouver sur sa joue et sur sa nuque un peu de cette fraîcheur rosée et blonde qu&#039;il avait savourée jadis, et qu&#039;il revoyait aujourd&#039;hui miraculeusement reparue, l&#039;autre parce qu&#039;il l&#039;aimait toujours» (Maupassant, 1983: 184). Si «rosée» renvoie à la carnation de la nuque, «blonde» renvoie bien à son excitant duvet.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Cette excitation se donne à voir avec plus d’évidence encore dans les romans flaubertiens. Lorsque Charles fait ses visites au père d’Emma souffrant, la jeune femme le reconduit toujours sur le perron pour le saluer, alors que la description donne à lire le désir du jeune homme entre les lignes: «On s&#039;était dit adieu, on ne parlait plus, le grand air l&#039;entourait, levant pêle-mêle les petits cheveux follets de sa nuque, ou secouant sur sa hanche les cordons de son tablier, qui se tortillaient comme des banderoles» (Flaubert, 1986: 76&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref3_dlt53ql&quot; title=&quot; Nous renvoyons à l’édition suivante: G. Flaubert, Madame Bovary,1986, Paris, GF Flammarion.&quot; href=&quot;#footnote3_dlt53ql&quot;&gt;3&lt;/a&gt;). On croit entendre la respiration du jeune homme s’accélérer à ce souffle d’air. À la nuque d’Emma Léon, dans la troisième partie, il ne saura pas non plus résister, alors même qu’Emma n’est pas encore sa maîtresse:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;—Demain, à onze heures, dans la cathédrale.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;—J’y serai! s’écria-t-il en saisissant ses mains, qu’elle dégagea.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Et, comme ils se trouvaient debout tous les deux, lui placé derrière elle et Emma baissant la tête, il se pencha vers son cou et la baisa longuement à la nuque.&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;left&quot; style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;—Mais vous êtes fou! ah! vous êtes fou! disait-elle avec de petits rires sonores, tandis que les baisers se multipliaient.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Alors, avançant la tête par-dessus son épaule, il sembla chercher le consentement de ses yeux. Ils tombèrent sur lui, pleins d’une majesté glaciale (Flaubert, 2005: 310&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref4_uceeujn&quot; title=&quot; Nous renvoyons à l&#039;édition suivante: G. Flaubert,&amp;nbsp;L&#039;Éducation sentimentale,&amp;nbsp;2005, Paris, Gallimard, coll. «Folio». &quot; href=&quot;#footnote4_uceeujn&quot;&gt;4&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le froid du regard ne fait ressortir que plus violemment l’ardeur que dégage la nuque féminine. On ne s’étonnera donc pas qu’un des rares gestes déplacés de Frédéric Moreau à l’égard de Mme Arnoux s’y rattache:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;—«Mardi?»&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;left&quot; style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;—«Oui, entre deux et trois heures.»&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;left&quot; style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;—«J’y serai!»&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;left&quot; style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Et elle détourna son visage, par un mouvement de honte. Frédéric lui posa ses lèvres sur la nuque.&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;left&quot; style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;—«Oh! ce n’est pas bien», dit-elle. «Vous me feriez repentir» (Flaubert, 2005: 299).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il n’est pas jusqu’à Bouvard qui, convoitant Madame Bordin, ne se livre à deux reprises à ce geste déplacé: une première fois, après lui avoir déclamé une tirade de &lt;em&gt;Phèdre&lt;/em&gt;, «ayant jeté un regard autour d&#039;eux, il la prit à la ceinture, par derrière, et la baisa sur la nuque, fortement», une seconde fois, un soir, «il toucha des lèvres les cheveux follets de sa nuque, et il en ressentit un ébranlement jusqu&#039;à la moelle des os» (Flaubert, 2011: 199 et 249&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref5_ljsyj62&quot; title=&quot;Nous renvoyons à l’édition suivante: G. Flaubert, Bouvard et Pécuchet. 2011, Paris, GF Flammarion. &quot; href=&quot;#footnote5_ljsyj62&quot;&gt;5&lt;/a&gt;). La similarité entre ces différentes scènes, si différents soient leurs protagonistes, est trop évidente pour ne pas exhiber la qualité fantasmatique de ce fragment du corps féminin qu’est la nuque dans l’imaginaire érotique de l’auteur.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Mais sans doute est-ce chez Zola que cette excitation se manifeste de la façon la plus récurrente. En premier lieu la nuque est chez lui intimement lié au registre de l’odorat: elle dégage une odeur à laquelle même une femme peut être sensible, telle madame Desforges dans &lt;em&gt;Au bonheur des dames&lt;/em&gt;:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Une fine poussière s’élevait des planchers, chargée de l’odeur de la femme, de son linge et de sa nuque, de ses jupes et de sa chevelure, une odeur pénétrante, envahissante, qui semblait être l’encens de ce temple élevé au culte de son corps (Zola, 1999: 318&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref6_bii27z7&quot; title=&quot;Nous renvoyons à l’édition suivante: É. Zola,&amp;nbsp;Au bonheur des dames,&amp;nbsp;1999, Paris, GF Flammarion.&quot; href=&quot;#footnote6_bii27z7&quot;&gt;6&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Cette odeur, dont le narrateur ne précise pas la nature ici, est parfois mise en relation avec l’idée de jeunesse; c’est le cas dans &lt;em&gt;Le Rêve&lt;/em&gt; lorsqu’Angélique vient implorer l’évêque:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Ah! cette odeur de jeunesse qui s&#039;exhalait de sa nuque ployée devant lui! Là, il retrouvait les petits cheveux blonds si follement baisés autrefois. Celle dont le souvenir le torturait après vingt ans de pénitence avait cette jeunesse odorante (Zola, 1999: 179).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Et quelques chapitres plus loin, Monseigneur, cherchant dans la prière la conduite à adopter, y revient: «Sans qu&#039;il se l&#039;avouât, elle l&#039;avait touché dans la cathédrale, la petite brodeuse, si simple, avec ses cheveux d’or, sa nuque fraîche, sentant bon la jeunesse» (Zola, 1999: 212). Le dernier volume des &lt;em&gt;Rougon-Macquart &lt;/em&gt;reformule à l’occasion du portrait de la jeune Clotilde le même propos: «Sa nuque penchée avait surtout une adorable jeunesse, d’une fraîcheur de lait, sous l’or des frisures folles» (Zola, 1975: 54&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref7_gfxkqhf&quot; title=&quot;Nous renvoyons à l’édition suivante: É. Zola, Le Docteur Pascal,&amp;nbsp;1975, Paris, GF Flammarion.&quot; href=&quot;#footnote7_gfxkqhf&quot;&gt;7&lt;/a&gt;). Et quelques années plus tard, en son nom propre cette fois, Zola exprimera la même attirance dans son discours «À la jeunesse»: «Ah! la femme jeune qui passe dans l’élancement fin de son corps, avec sa nuque délicieuse, pleine d’odeurs légères» (1896: 701). Le &lt;em&gt;leitmotiv&lt;/em&gt; est significatif, mais il s’impose surtout dans la dernière partie de la vie du romancier.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le reste du temps, si l’attirance pour la nuque est explicite, elle se détache sur un arrière-plan fantasmatique très frappant: ce fragment de corps, agrémenté de quelques cheveux légers, est par excellence le point de focalisation du désir masculin. Comme le relève Philippe Hamon, «[l]a notation d’une pilosité forme le signal, en général, d’un investissement érotique du portrait, et les notations de ‘‘duvet’’ des lèvres des héroïnes sont, très souvent, mises en parallèle avec la notation de ‘‘poils follets’’ de la nuque ou de la ‘‘toison’’ du sexe» (1983: 175). En ce qui concerne la nuque, cette focalisation s’explique parce que souvent, dans &lt;em&gt;Les Rougon-Macquart&lt;/em&gt;, la déclaration d’amour ou de désir se fait par–derrière: «Il lui soufflait derrière l’oreille, dans le cou» (Zola, 1978: 180&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref8_iyq52w9&quot; title=&quot;Nous renvoyons à l’édition suivante: É. Zola, Germinal, 1978, Paris, Gallimard, coll. «Folio». &quot; href=&quot;#footnote8_iyq52w9&quot;&gt;8&lt;/a&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 0.8125rem;&quot;&gt;), «L’haleine du jeune homme passait comme une flamme sur sa nuque délicate» (Zola, 1884: 188&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref9_m7lyf6l&quot; title=&quot;Nous renvoyons à l’édition suivante: É. Zola,&amp;nbsp;La Joie de vivre, 1884, Paris, G. Charpentier. &quot; href=&quot;#footnote9_m7lyf6l&quot;&gt;9&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 0.8125rem;&quot;&gt;), «Elle était toute rouge, les petits cheveux blonds de sa nuque envolés comme ceux d’une femme qui arrive à un rendez-vous» (Zola, 2000: 237). Un personnage illustre parfaitement cette attirance érotique pour la nuque féminine: Eugène Rougon. Dans le roman éponyme, le personnage incarne la passion du pouvoir: «Gouverner, mettre son pied sur la nuque de la foule, c’était là son ambition immédiate», mais succombe à l’envie brutale de posséder Clorinde; une première fois il tente de l’enlacer: lorsque son haleine chauffe la nuque de la jeune femme, elle parvient à s’échapper; une seconde fois, quelques mois plus tard, il lui fait un aveu brutal «dans la nuque»:&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Elle se retourna brusquement, de peur qu’il ne lui baisât les cheveux. […] Pourtant, il finit par la baiser rudement sur la nuque, à la racine des cheveux (Zola, 1982: 279-280).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’excitation du personnage est alors à son comble et Rougon a toutes les peines du monde à retrouver un semblant de calme. Dans &lt;em&gt;Une page d’amour&lt;/em&gt;, l’aveu, moins brutal, du docteur Deberle à Hélène se faisait déjà dans la nuque:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Il s’approcha, il dit très bas, dans sa chevelure:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;–Je vous aime! Oh! je vous aime!&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;left&quot; style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Ce fut comme une haleine embrasée, qui la brûla de la tête aux pieds (Zola, 1989: 147).&lt;/p&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;65671&quot; view_mode=&quot;embed_medium&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;p&gt;Qu’il s’agisse de désir physique ou d’amour, la posture est identique et la nuque exerce un attrait irrépressible&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref10_p2dqali&quot; title=&quot;Il n’est donc pas étonnant, comme le rappelle Philippe Hamon (1983: 175), que Zola ait aimé photographier Jeanne de trois-quarts arrière, presque de dos, technique peu utilisée à l’époque (voir Émile-Zola et Massin, 1979: 157,161 et 166).&quot; href=&quot;#footnote10_p2dqali&quot;&gt;10&lt;/a&gt; (fig. 8). Or il est étonnant de constater que les pôles sexuels de cet attrait peuvent aussi s’inverser: à lire &lt;em&gt;Nana&lt;/em&gt;, on découvre que les hommes eux-mêmes peuvent à leur tour ressentir ce souffle désirant sur leurs nuques; dès le chapitre I, le rut qui monte de Nana s’empare de chaque homme et le narrateur note que&amp;nbsp;«des nuques montraient des poils follets qui s’envolaient, sous des haleines tièdes et errantes, venues on ne savait de quelle bouche de femme» (Zola, 1977: 48-49&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref11_7aedg3o&quot; title=&quot;Nous renvoyons à l’édition suivante: É. Zola,&amp;nbsp;Nana,&amp;nbsp;1977, Paris, Gallimard, coll.&amp;nbsp;«Folio». &quot; href=&quot;#footnote11_7aedg3o&quot;&gt;11&lt;/a&gt;); de même, au chapitre V, le comte Muffat&amp;nbsp;«avait senti de nouveau un souffle ardent lui tomber sur la nuque, cette odeur de femme descendue des loges» (Zola, 1977: 168). Si la pilosité n’est pas évoquée ici, la nuque conforte son statut de fragment à fort potentiel érotique chez Zola.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La troisième et dernière forme de transition qu’opère la nuque consiste en la jointure entre la tête et le dos: elle est cette sinuosité qui invite le regard à prolonger la courbe jusqu’à la cambrure, terme qui apparaît d’ailleurs au XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle selon Georges Vigarello dans son &lt;em&gt;Histoire de la beauté &lt;/em&gt;(2007: 143).&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;La baronne faisait tresser les cheveux follets qui se jouaient sur sa nuque et qui sont un signe de race. Cette natte mignonne, perdue dans la masse de ses cheveux soigneusement relevés, permettait à l&#039;œil de suivre avec plaisir la ligne onduleuse par laquelle son col se rattachait à ses belles épaules,&lt;/p&gt;&lt;p&gt;lit-on dans &lt;em&gt;Béatrix &lt;/em&gt;(Balzac, 1979: 53). Jean-Pierre Richard a analysé la prégnance sensuelle du sinueux chez Balzac et montré comment les motifs corporels qui excitent la convoitise de l’amant balzacien relevaient souvent du «flexueux»: arrondi de la poitrine, «serpentement» de la taille et surtout du cou. Le magnétisme de la nuque se double, lui, d’une quasi totale impunité: «aucun regard, aucune instance psychologique ni morale [ne] viennent gêner le pur dévoilement de la substantivité charnelle» et il s’agit donc de «surprendre le corps par-derrière, en fixant son regard sur la plage de cet arrière-cou voluptueux» (Richard, 1970: 62). Jean-Pierre Richard n’hésite donc pas à sacrer «plus belle scène d’amour de &lt;em&gt;La Comédie humaine&lt;/em&gt;» l’épisode où Félix de Vandenesse se perd dans la contemplation de la nuque de Madame de Mortsauf et de ses épaules «partagées par une raie, le long de laquelle coula mon regard, plus hardi que ma main», et finit par succomber: «Après m’être assuré que personne ne me voyait, je me plongeai dans ce dos comme un enfant qui se jette dans le sein de sa mère, et je baisai toutes ces épaules en roulant ma tête» (Balzac, 1972: 58-59). Parce qu’elle assure une harmonieuse liaison entre la tête et le torse, la nuque s’assure chez Balzac un privilège sensuel de premier plan.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Lieu de convergence entre des parties du corps à la fois hétérogènes et complémentaires, la nuque semble donc donner, plus que d’autres fragments corporels, accès à l’intimité charnelle d’un être. Si elle s’offre aux regards de tous, elle est soustraite au regard de la personne elle-même: le regardeur, d’une part, jouit d’une totale impunité dans la contemplation de ce fragment, d’autre part, il est en droit d’y voir un accès plus direct à l’intériorité de la femme que sa face, fardée et composée. C’est pourquoi le narrateur de &lt;em&gt;Volupté&lt;/em&gt; de Sainte-Beuve, dans ses «courses lascives», guette non pas la beauté d’un regard ou d’une voix, «si voisins de l’âme», mais la beauté «funeste» que l’on jauge par-derrière, «sur le hasard de la nuque et des reins, comme ferait le coup d&#039;œil du chasseur pour les bêtes sauvages» (1834: 138). Et le chasseur sait alors, si l’on en croit Maupassant, hypnotiser sa proie:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Quand un homme, qui aime les femmes, aperçoit un peu devant lui, sur l&#039;autre trottoir d&#039;une large rue, une tournure éveillant son désir, il lui suffit de regarder avec persistance, avec volonté, cette taille et cette nuque fuyant à travers la foule, et toujours, après une minute ou deux de cet appel mystérieux, la femme se retourne et le regarde aussi (1980: 348).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Comme si la nuque était le lieu d’accès le plus direct à la chair de l’être désiré, femme mais aussi homme si l’on en croit l’anecdote racontée par Tourgueniev à Edmond de Goncourt, la «sensation d’amour la plus vive» que lui causa une jolie femme de chambre alors qu’il était encore vierge: «Je vois tout à coup cette fille venir droit à moi et […] me prendre par les cheveux de la nuque, en me disant: ‘‘Viens!’’» (1989: 766). La nuque se fait lieu du désir brut et c’est par elle que l’amant s’empare de sa maîtresse: «Et d&#039;un geste vif, à deux mains, écartant ses dentelles de nuit sur son cou rond, sans un pli, sa nuque solide et splendide», Paul Astier possède sa maîtresse dans &lt;em&gt;L’Immortel&lt;/em&gt; d’Alphonse Daudet (1888: 302-303); «Je te prendrai par la nuque pleine et ronde», écrit Paul Valéry dans son &lt;em&gt;Psaume Y&lt;/em&gt; (1957: 318); et la nuque est le dernier «coquillage» évoqué par Verlaine avant celui du sexe de sa maîtresse dans &lt;em&gt;Fêtes galantes &lt;/em&gt;(1973: 105).&lt;span style=&quot;font-size: 0.8125rem;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;65672&quot; view_mode=&quot;embed_medium&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;65673&quot; view_mode=&quot;embed_medium&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;65675&quot; view_mode=&quot;embed_medium&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;p&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 0.8125rem;&quot;&gt;De fait, rares sont, dans les portraits de femmes, les allusions à la nuque qui ne se chargent pas de ce potentiel érotique, en attendant la description d’Odette par Swann&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref12_y0t8xb2&quot; title=&quot;«Il n’estima plus le visage d’Odette selon la plus ou moins bonne qualité de ses joues et d’après la douceur purement carnée qu’il supposait devoir leur trouver en les touchant avec ses lèvres si jamais il osait l’embrasser, mais comme un écheveau de lignes subtiles et belles que ses regards dévidèrent, poursuivant la courbe de leur enroulement, rejoignant la cadence de la nuque à l’effusion des cheveux et la flexion des paupières, comme en un portrait d’elle en lequel son type devenait intelligible et clair» (Proust, 2002 [1919]: 90-91).&quot; href=&quot;#footnote12_y0t8xb2&quot;&gt;12&lt;/a&gt;. Le fait peut paraître d’autant plus surprenant que le XIX&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 9.75px; line-height: 0; position: relative; vertical-align: baseline; top: -0.5em;&quot;&gt;e&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 0.8125rem;&quot;&gt;&amp;nbsp;siècle aima plus que tout autre décoder la signification de chaque fragment corporel, faire du détail un indice, lire l’intérieur dans l’extérieur. La nuque, par son magnétisme sensuel, échappe-t-elle à cette volonté sémiotique? La phrénologie ne se priva pourtant pas d’en faire l’objet de ses déductions: en 1818, Johann Gaspar Spurzheim, dans ses&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;em style=&quot;font-size: 0.8125rem;&quot;&gt;Observations sur la phraenologie ou La connaissance de l’homme moral et intellectuel, fondée sur les fonctions du système nerveux&lt;/em&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 0.8125rem;&quot;&gt;, situe au milieu de la nuque l’organe de l’amour physique qu’il baptise&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;em style=&quot;font-size: 0.8125rem;&quot;&gt;amativité&lt;/em&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 0.8125rem;&quot;&gt;; Franz Joseph Gall reprend cette théorie à son compte, après avoir soigné une jeune veuve se plaignant d’une chaleur excessive au niveau du cervelet et se convainc «par des observations réitérées, que la nuque était toujours large et saillante chez les hommes d’une complexion amoureuse; étroite et petite chez ceux qui avaient une disposition inverse» (Poupin, 1836: 101-102).&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 0.8125rem;&quot;&gt;Dans la première moitié du siècle, un certain nombre d’ouvrages reprennent cette théorie à leur compte, expliquant le renflement de la nuque d’un François I&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 9.75px; line-height: 0; position: relative; vertical-align: baseline; top: -0.5em;&quot;&gt;er&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 0.8125rem;&quot;&gt;&amp;nbsp;ou d’une Catherine II de Russie par le développement excessif de l’amativité: «le malheureux qui en est obsédé lui sacrifie tout, considération, fortune et santé» et on «le reconnaît à sa nuque large et saillante, au regard hardi et lascif dont il poursuit opiniâtrement les jeunes femmes, aux tentatives qu’il hasarde pour s’en approcher davantage, à ses propos toujours libres et à ses gestes familiers» (Bruyères, 1847: 29-30). La nuque devient donc ici un objet «scientifiquement» intelligible (fig. 9&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref13_oxz2sbo&quot; title=&quot;«L&#039;importance des indices de la nuque prouve encore la nécessité d&#039;étudier les portraits de profil: ils sont aussi forts qu&#039;infaillibles. [...] Pl.14. Vue de profil, la nuque est courte (l&#039;oreille basse est à l&#039;avantage de l&#039;intelligence), fig.1; médiocrité, insensibilité, froideur:-moyenne, fig.2; intelligence, sensibilité, sagesse:-longue, fig.3; vaste, intelligence et passions:-longue et basse; intelligence, passions, érotisme:-saillant en angle vers le milieu de sa hauteur, fig.5; intelligence, modestie, sensibilité, amour, bienveillance:-haute et droite, fig.6; intelligence, froideur, ambition, opiniâtreté:-longue et très haute, fig.7; passions ardentes, sentiments vifs, intelligence extraordinaire, mémoire immense:-vaste nuque; idée sans nombre, claires, précises, que tout autre organisation ne peut embrasser» Herbé,Traité physiognomonique de la tête, d&#039;après Broussais, Cabanis, Chaussier, Gall, Georget,..., Paris, A Garnier, 1840, planche 14, pp.49-50. &quot; href=&quot;#footnote13_oxz2sbo&quot;&gt;13&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 0.8125rem;&quot;&gt;); mais même ainsi soumis à l’étude des phrénologues, on voit qu’elle reste intrinsèquement liée à l’emprise du désir à laquelle la vouaient les littérateurs: là où se rejoindraient intuition fantasmatique et réflexion épistémologique.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 0.8125rem;&quot;&gt;À ce stade de l’analyse, une question reste encore à soulever: la nuque est un objet de description privilégié au XIX&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 9.75px; line-height: 0; position: relative; vertical-align: baseline; top: -0.5em;&quot;&gt;e&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 0.8125rem;&quot;&gt;&amp;nbsp;siècle, mais un tel statut est-il particulier à ce siècle? Qu’en est-il de la nuque aux siècles précédents&amp;nbsp;ou encore aujourd’hui? L’élaboration d’une réponse excèderait largement les limites de ce travail, mais à admirer certaines études de têtes exécutées par Boucher quelques décennies plus tôt (fig. 10), ou bien à lire les résultats de la récente étude sur les zones corporelles érotiques&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref14_z81ey4w&quot; title=&quot; Selon cette étude publiée en 2013 par les universités de Bangor et de Witwatersrand, pour les hommes, les parties du corps féminin les plus excitantes sont la bouche, puis la nuque, enfin les seins; de même, les femmes estiment érotiques chez un homme d’abord les lèvres, puis l’intérieur des cuisses et enfin la nuque.&quot; href=&quot;#footnote14_z81ey4w&quot;&gt;14&lt;/a&gt;, on peut d’ores et déjà supposer que le magnétisme exercé par ce fragment de corps est intemporel (fig. 12).&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Toutefois, un élément nouveau et déterminant pour ce propos me semble faire son apparition au XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle et lui appartenir en propre: l’avènement d’une idéologie bourgeoise placée sous le signe de la décence et du conformisme. Il s’agit pour la femme en particulier de domestiquer l’animalité corporelle par le choix d’une apparence –physionomie, attitude, vêtements, démarche– totalement maîtrisée. La toilette et la coiffure sont l’objet de tous les soins: loin de l’insouciance du siècle passé où il s’agissait d’exprimer la gloire d’être bien née, elles doivent désormais renvoyer l’image d’une féminité respectable et respectée. Que la femme soit barricadée dans une robe de jour corsetée et bardée d’épaisseurs multiples, ou bien qu’elle exhibe la puissance financière de son époux dans une robe du soir décolletée, l’auto-surveillance exercée sur la féminité&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref15_ze5wf0z&quot; title=&quot;«Parce que la femme est le sexe, grosse de péchés et de malédictions, de scandales et luxures, sa ‘nature’ trop dévorante, ses appâts trop dilatés rebutent ou font peur si on ne les tempère en les détournant, si on ne les transforme en les sublimant» (Perrot, 1991: 165).&quot; href=&quot;#footnote15_ze5wf0z&quot;&gt;15&lt;/a&gt; ne se relâche jamais. Or on peut se demander si la nuque n’est pas le fragment du corps qui d’une certaine manière est soustrait à cette tutelle idéologique. La nuque est dénudée par le chignon, quand le reste du corps est en grande partie dissimulé. Elle échappe, par sa position arrière, à la composition de la contenance faciale et ne subit, indirectement, que la tutelle du maintien et du port de tête. Elle offre donc un accès inédit au corps, à la chair elle-même, entre les cheveux relevés et l’étoffe du col. Aussi se charge-t-elle d’un potentiel érotique inédit et inversement proportionnel à la surface de peau que les bonnes manières autorisent à dénuder. On ne s’étonnera donc pas de voir &lt;em&gt;le Courrier français&lt;/em&gt;, dans le cadre des «concours plastiques» créés à partir de 1890, lancer un «concours de nuques», après celui de la plus belle jambe et avant celui des plus beaux seins&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref16_l3e02y7&quot; title=&quot; Mais, notent M. Dottin-Orsini et D. Grojnowski, «si l’on en croit les illustrations, il s’agit plutôt de dos féminins, de la nuque aux fesses» (2013).&quot; href=&quot;#footnote16_l3e02y7&quot;&gt;16&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’évolution du vêtement féminin au XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle va peu à peu soustraire le corps de la femme aux carcans de la décence: jambes, bras, poitrine et dos vont s’offrir de plus en plus librement au regard. En outre, l’impératif du chignon disparaît, et avec elle la mise à nu de la nuque, même si la coiffure à la garçonne va quelques temps la prolonger. On comprend donc que la nuque ait perdu de sa suprématie en matière d’exhibition charnelle; mais cette évolution a-t-elle entamé pour autant son potentiel érotique, il est permis d’en douter.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;h2&gt;Bibliographie&lt;/h2&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/le-lys-dans-la-vallee&quot; id=&quot;node-65270&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;de Balzac, Honoré. 1836.&amp;nbsp;&lt;em&gt;Le Lys dans la vallée&lt;/em&gt;. Paris : G.F. Flammarion.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/beatrix&quot; id=&quot;node-65271&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;de Balzac, Honoré. 1839.&amp;nbsp;&lt;em&gt;Béatrix&lt;/em&gt;. Paris : Gallimard, «&amp;nbsp;Folio&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/la-phrenologie-le-geste-et-la-physionomie-demontres-par-120-portraits-sujets-et-compositions&quot; id=&quot;node-65273&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Bruyères, Hippolyte. 1847.&amp;nbsp;&lt;em&gt;La Phrénologie, Le geste et la physionomie, démontrés par 120 portraits, sujets et compositions&lt;/em&gt;. Paris : Aubert et Cie.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/le-coffret-de-santal&quot; id=&quot;node-65274&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Cros, Charles. 1873.&lt;em&gt;&amp;nbsp;Le Coffret de santa&lt;/em&gt;l. Paris : A. Lemerre.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/limmortel-0&quot; id=&quot;node-65275&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Daudet, Alphonse. 1888.&amp;nbsp;&lt;em&gt;L&#039;Immortel.&lt;/em&gt; Paris : A. Lemerre.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/la-prostitution-dans-la-presse-a-la-fin-du-xixe-siecle&quot; id=&quot;node-65278&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Dottin-Orsini, Mireille&amp;nbsp;et&amp;nbsp;Daniel&amp;nbsp;Grojnowski. 2013 [10/06/2013apr. J.-C.].&amp;nbsp;«&amp;nbsp;La prostitution dans la presse à la fin du XIXe siècle&amp;nbsp;».&amp;nbsp;Entre l&#039;image et le texte. Medias 19. &amp;lt;&lt;a href=&quot;http://www.medias19.org/index.php?id=13387&amp;gt;&quot;&gt;http://www.medias19.org/index.php?id=13387&amp;gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/zola-photographe&quot; id=&quot;node-65384&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Émile-Zola, François&amp;nbsp;et&amp;nbsp;Robert&amp;nbsp;Massin. 1979.&amp;nbsp;&lt;em&gt;Zola photographe&lt;/em&gt;. Paris : Denoël.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/madame-bovary&quot; id=&quot;node-2027&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Flaubert, Gustave. 2001.&amp;nbsp;&lt;em&gt;Madame Bovary&lt;/em&gt;. Paris : Flammarion, 513 p.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/leducation-sentimentale&quot; id=&quot;node-64222&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Flaubert, Gustave. 1954.&amp;nbsp;&lt;em&gt;L’Éducation sentimentale&lt;/em&gt;. Paris : Classiques Garnier.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/bouvard-et-pecuchet&quot; id=&quot;node-903&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Flaubert, Gustave. 1938.&amp;nbsp;&lt;em&gt;Bouvard et Pécuchet&lt;/em&gt;. Paris : Librairie Garnier frères, 362 p.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/lundi-28-janvier-1878&quot; id=&quot;node-65386&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;de Goncourt, Edmond. &lt;em&gt;Soumis&lt;/em&gt;.&amp;nbsp;Lundi 28 janvier 1878.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/le-personnel-du-roman-le-systeme-des-personnages-dans-les-rougon-macquart-demile-zola&quot; id=&quot;node-65387&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Hamon, Philippe. 1983.&amp;nbsp;&lt;em&gt;Le Personnel du roman: Le système des personnages dans les &quot;Rougon-Macquart&quot; d&#039;Émile Zola&lt;/em&gt;. Genève : Droz.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/au-printemps&quot; id=&quot;node-65582&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Maupassant, Guy. 1881.&amp;nbsp;«&amp;nbsp;Au printemps&amp;nbsp;», dans&amp;nbsp;&lt;em&gt;La Maison Tellier. Contes et nouvelles&lt;/em&gt;. Paris : Robert Laffont, «&amp;nbsp;Bouquins&amp;nbsp;», t. 1.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/le-baiser-0&quot; id=&quot;node-65388&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;de Maupassant, Guy. 1882.&amp;nbsp;«&amp;nbsp;Le baiser&amp;nbsp;», dans&amp;nbsp;&lt;em&gt;Contes grivois.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/la-martine&quot; id=&quot;node-65389&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Maupassant, Guy. 1883.&amp;nbsp;«&amp;nbsp;La Martine&amp;nbsp;», dans&amp;nbsp;&lt;em&gt;Le Rosier de madame Husson et autres nouvelles&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/lheritage&quot; id=&quot;node-65390&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Maupassant, Guy. 1884.&amp;nbsp;«&amp;nbsp;L&#039;héritage&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/adieu&quot; id=&quot;node-65391&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Maupassant, Guy. 1885.&amp;nbsp;«&amp;nbsp;Adieu&amp;nbsp;», dans&amp;nbsp;&lt;em&gt;Contes du jour et de la nuit&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/bel-ami&quot; id=&quot;node-65392&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Maupassant, Guy. 1885.&lt;em&gt;&amp;nbsp;Bel Ami&lt;/em&gt;. Paris : GF-Flammarion.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/aux-bains-de-mer&quot; id=&quot;node-65393&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Maupassant, Guy. 1887 [6 septembre 1887apr. J.-C.].&amp;nbsp;«&amp;nbsp;Aux bains de mer&amp;nbsp;».&amp;nbsp;Gil Blas.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/fort-comme-la-mort&quot; id=&quot;node-65394&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Maupassant, Guy. 1889.&lt;em&gt;&amp;nbsp;Fort comme la mort.&lt;/em&gt; Paris : Gallimard, «&amp;nbsp;Folio&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/la-confession-dun-enfant-du-siecle&quot; id=&quot;node-64911&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;de Musset, Alfred. 1836.&amp;nbsp;&lt;em&gt;La Confession d&#039;un enfant du siècle&lt;/em&gt;. Paris : Gallimard, «&amp;nbsp;Folio&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/le-travail-des-apparences-le-corps-feminin-xviiie-xixe-siecles&quot; id=&quot;node-65396&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Perrot, Philippe. 1991.&amp;nbsp;&lt;em&gt;Le travail des apparences: Le corps féminin, XVIIIe-XIXe siècles&lt;/em&gt;. Paris : Seuil, «&amp;nbsp;Points Histoire&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/esquisses-phrenologiques-et-physiognomoniques-ou-psychologie-des-contemporains-les-plus-0&quot; id=&quot;node-65399&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Poupin, Théodore. 1863.&lt;em&gt;&amp;nbsp;Esquisses phrénologiques et physiognomoniques ou psychologie des contemporains les plus célèbres, selon les systèmes de Gall, Spurzheim, De la Chambre, Porta et J.-G. Lavater&lt;/em&gt;. Paris : Librairie médicale de Trinquart.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/un-amour-de-swann&quot; id=&quot;node-65402&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Proust, Marcel. 1919.&amp;nbsp;&lt;em&gt;Un amour de Swann&lt;/em&gt;. Paris : GF-Flammarion.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/corps-et-decor-balzaciens&quot; id=&quot;node-65403&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Richard, Jean-Pierre. 1970.&amp;nbsp;«&amp;nbsp;Corps et décor balzaciens&amp;nbsp;», dans&amp;nbsp;&lt;em&gt;Études sur le romantisme&lt;/em&gt;. Paris : Seuil.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/volupte&quot; id=&quot;node-65401&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Sainte-Beuve, Charles-Augustin. 1834.&amp;nbsp;&lt;em&gt;Volupté&lt;/em&gt;. Paris : Charpentier.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/oeuvres-4&quot; id=&quot;node-65404&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Valéry, Paul. 1957.&amp;nbsp;&lt;em&gt;Oeuvres&lt;/em&gt;. Paris : Gallimard, «&amp;nbsp;Bibliothèque de la Pléiade&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/fetes-galantes&quot; id=&quot;node-65405&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Verlaine, Paul. 1869.&amp;nbsp;&lt;em&gt;Fêtes galantes&lt;/em&gt;. Paris : Poésie/Gallimard.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/histoire-de-la-beaute-le-corps-et-lart-dembellir-de-la-renaissance-a-nos-jours&quot; id=&quot;node-65406&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Vigarello, Georges. 2007.&amp;nbsp;&lt;em&gt;Histoire de la beauté: le corps et l&#039;art d&#039;embellir de la Renaissance à nos jours.&lt;/em&gt; Paris : Seuil, «&amp;nbsp;Points&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/son-excellence-eugene-rougon&quot; id=&quot;node-65407&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Zola, Émile. 1876.&amp;nbsp;&lt;em&gt;Son Excellence Eugène Rougon&lt;/em&gt;. Paris : GF-Flammarion.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/lassommoir&quot; id=&quot;node-2368&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Zola, Émile. 1877.&amp;nbsp;&lt;em&gt;L&#039;Assommoir&lt;/em&gt;. Paris : GF Flammarion, 544 p.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/une-page-damour&quot; id=&quot;node-2369&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Zola, Émile. 1878.&lt;em&gt;&amp;nbsp;Une page d&#039;amour.&lt;/em&gt; Paris : Gallimard, 404 p.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/nana-0&quot; id=&quot;node-60978&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Zola, Émile. 1880.&amp;nbsp;&lt;em&gt;Nana&lt;/em&gt;. Paris : Fasquelle , 469 p.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/au-bonheur-des-dames-0&quot; id=&quot;node-63561&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Zola, Émile. 1883.&amp;nbsp;&lt;em&gt;Au Bonheur des Dames&lt;/em&gt;. Paris : Gallimard, «&amp;nbsp;Folio Classique&amp;nbsp;», 526 p.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/la-joie-de-vivre&quot; id=&quot;node-2779&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Zola, Émile. 1884.&amp;nbsp;&lt;em&gt;La Joie de vivre&lt;/em&gt;. Paris : Gallimard , «&amp;nbsp;Bibliothèque de la Pléiade&amp;nbsp;», 1959 p.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/germinal&quot; id=&quot;node-2001&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Zola, Émile. 1885.&amp;nbsp;&lt;em&gt;Germinal&lt;/em&gt;. Paris : Gallimard, 638 p.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/le-reve&quot; id=&quot;node-65408&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Zola, Émile. 1888.&amp;nbsp;&lt;em&gt;Le Rêve&lt;/em&gt;. Paris : Gallimard, «&amp;nbsp;Folio&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/le-docteur-pascal&quot; id=&quot;node-65245&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Zola, Émile. 1893.&amp;nbsp;&lt;em&gt;Le Docteur Pascal&lt;/em&gt;. Paris : Gallimard, «&amp;nbsp;Bibliothèque de la Pléiade&amp;nbsp;», t. V.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;

&lt;section  class=&quot;footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed&quot; data-collapsible-show-label=&quot;Notes&quot; data-collapsible-hide-label=&quot;Notes&quot;&gt;&lt;ul class=&quot;footnotes collapsible-content&quot;&gt;&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote1_l0md3nq&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref1_l0md3nq&quot;&gt;1.&lt;/a&gt; À l’article «Sensualité» de son &lt;em&gt;Dictionnaire amoureux de Stendhal&lt;/em&gt;, Dominique Fernandez note: «Il n&#039;y a pas de romans plus chastes que ceux de Stendhal, bien que les héros en soient de jeunes gens à la recherche de passions. Quand ils en arrivent à &quot;l&#039;intimité&quot; si ardemment convoitée, il semble qu&#039;elle s&#039;accomplisse sans désir, presque sans participation de leur corps, et qu&#039;ils ne retirent de la victoire sexuelle qu&#039;une satisfaction de vanité ou une preuve de leur &quot;énergie&quot;» (Plon-Grasset, 2013: 666)&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote2_zxqfkq1&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref2_zxqfkq1&quot;&gt;2.&lt;/a&gt; Nous renvoyons à l&#039;édition suivante: G. de Maupassant, «Au printemps», &lt;em&gt;La Maison Tellier. Contes et nouvelles.&lt;/em&gt;&amp;nbsp;Paris, Robert Laffont, coll. «Bouquins», I. &lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote3_dlt53ql&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref3_dlt53ql&quot;&gt;3.&lt;/a&gt;  Nous renvoyons à l’édition suivante: G. Flaubert, &lt;em&gt;Madame Bovary&lt;/em&gt;,1986, Paris, GF Flammarion.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote4_uceeujn&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref4_uceeujn&quot;&gt;4.&lt;/a&gt;  Nous renvoyons à l&#039;édition suivante: G. Flaubert,&amp;nbsp;&lt;em&gt;L&#039;Éducation sentimentale,&amp;nbsp;&lt;/em&gt;2005, Paris, Gallimard, coll. «Folio». &lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote5_ljsyj62&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref5_ljsyj62&quot;&gt;5.&lt;/a&gt; Nous renvoyons à l’édition suivante: G. Flaubert, &lt;em&gt;Bouvard et Pécuchet&lt;/em&gt;. 2011, Paris, GF Flammarion. &lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote6_bii27z7&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref6_bii27z7&quot;&gt;6.&lt;/a&gt; Nous renvoyons à l’édition suivante: É. Zola,&amp;nbsp;&lt;em&gt;Au bonheur des dames,&amp;nbsp;&lt;/em&gt;1999, Paris, GF Flammarion.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote7_gfxkqhf&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref7_gfxkqhf&quot;&gt;7.&lt;/a&gt; Nous renvoyons à l’édition suivante: É. Zola, &lt;em&gt;Le Docteur Pascal,&amp;nbsp;&lt;/em&gt;1975, Paris, GF Flammarion.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote8_iyq52w9&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref8_iyq52w9&quot;&gt;8.&lt;/a&gt; Nous renvoyons à l’édition suivante: É. Zola, &lt;em&gt;Germinal&lt;/em&gt;, 1978, Paris, Gallimard, coll. «Folio». &lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote9_m7lyf6l&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref9_m7lyf6l&quot;&gt;9.&lt;/a&gt; Nous renvoyons à l’édition suivante: É. Zola,&amp;nbsp;&lt;em&gt;La Joie de vivre,&lt;/em&gt; 1884, Paris, G. Charpentier. &lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote10_p2dqali&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref10_p2dqali&quot;&gt;10.&lt;/a&gt; Il n’est donc pas étonnant, comme le rappelle Philippe Hamon (1983: 175), que Zola ait aimé photographier Jeanne de trois-quarts arrière, presque de dos, technique peu utilisée à l’époque (voir Émile-Zola et Massin, 1979: 157,161 et 166).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote11_7aedg3o&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref11_7aedg3o&quot;&gt;11.&lt;/a&gt; Nous renvoyons à l’édition suivante: É. Zola,&amp;nbsp;&lt;em&gt;Nana,&amp;nbsp;&lt;/em&gt;1977, Paris, Gallimard, coll.&amp;nbsp;«Folio». &lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote12_y0t8xb2&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref12_y0t8xb2&quot;&gt;12.&lt;/a&gt; «Il n’estima plus le visage d’Odette selon la plus ou moins bonne qualité de ses joues et d’après la douceur purement carnée qu’il supposait devoir leur trouver en les touchant avec ses lèvres si jamais il osait l’embrasser, mais comme un écheveau de lignes subtiles et belles que ses regards dévidèrent, poursuivant la courbe de leur enroulement, rejoignant la cadence de la nuque à l’effusion des cheveux et la flexion des paupières, comme en un portrait d’elle en lequel son type devenait intelligible et clair» (Proust, 2002 [1919]: 90-91).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote13_oxz2sbo&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref13_oxz2sbo&quot;&gt;13.&lt;/a&gt; «L&#039;importance des indices de la nuque prouve encore la nécessité d&#039;étudier les portraits de profil: ils sont aussi forts qu&#039;infaillibles. [...] Pl.14. Vue de profil, la nuque est courte (l&#039;oreille basse est à l&#039;avantage de l&#039;intelligence), fig.1; médiocrité, insensibilité, froideur:-moyenne, fig.2; intelligence, sensibilité, sagesse:-longue, fig.3; vaste, intelligence et passions:-longue et basse; intelligence, passions, érotisme:-saillant en angle vers le milieu de sa hauteur, fig.5; intelligence, modestie, sensibilité, amour, bienveillance:-haute et droite, fig.6; intelligence, froideur, ambition, opiniâtreté:-longue et très haute, fig.7; passions ardentes, sentiments vifs, intelligence extraordinaire, mémoire immense:-vaste nuque; idée sans nombre, claires, précises, que tout autre organisation ne peut embrasser» Herbé,&lt;em&gt;Traité physiognomonique de la tête, d&#039;après Broussais, Cabanis, Chaussier, Gall, Georget,...&lt;/em&gt;, Paris, A Garnier, 1840, planche 14, pp.49-50. &lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote14_z81ey4w&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref14_z81ey4w&quot;&gt;14.&lt;/a&gt;  Selon cette étude publiée en 2013 par les universités de Bangor et de Witwatersrand, pour les hommes, les parties du corps féminin les plus excitantes sont la bouche, puis la nuque, enfin les seins; de même, les femmes estiment érotiques chez un homme d’abord les lèvres, puis l’intérieur des cuisses et enfin la nuque.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote15_ze5wf0z&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref15_ze5wf0z&quot;&gt;15.&lt;/a&gt; «Parce que la femme est &lt;em&gt;le sexe&lt;/em&gt;, grosse de péchés et de malédictions, de scandales et luxures, sa ‘nature’ trop dévorante, ses appâts trop dilatés rebutent ou font peur si on ne les tempère en les détournant, si on ne les transforme en les sublimant» (Perrot, 1991: 165).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote16_l3e02y7&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref16_l3e02y7&quot;&gt;16.&lt;/a&gt;  Mais, notent M. Dottin-Orsini et D. Grojnowski, «si l’on en croit les illustrations, il s’agit plutôt de dos féminins, de la nuque aux fesses» (2013).&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;/section&gt;&lt;/div&gt;
      &lt;/div&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item odd&quot;&gt;Le Coffret de santal&lt;/div&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item odd&quot;&gt;Le Personnel du roman: Le système des personnages dans les &amp;quot;Rougon-Macquart&amp;quot; d&amp;#039;Émile Zola&lt;/div&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;Esquisses phrénologiques et physiognomoniques ou psychologie des contemporains les plus célèbres, selon les systèmes de Gall, Spurzheim, De la Chambre, Porta et J.-G. Lavater&lt;/div&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item odd&quot;&gt;Volupté&lt;/div&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&lt;span class=&quot;biblio-authors&quot; &gt;&lt;a href=&quot;/en/biblio?f%5Bauthor%5D=2714&quot; rel=&quot;nofollow&quot;&gt;Fougère, Marie-Ange&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;. 2018. “&lt;a href=&quot;/en/biblio/la-bosse-amative-nuque-et-desir-au-xixe-siecle-0&quot;&gt;&lt;span class=&quot;biblio-title&quot; &gt;La bosse amative: Nuque et désir au XIXe siècle&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;”. In &lt;span  style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;La chair aperçue. Imaginaire du corps par fragments (1800-1918)&lt;/span&gt;. Cahier ReMix, no. 08 (09/2018). Montréal, Université du Québec à Montréal: Figura, le Centre de recherche sur le texte et l&#039;imaginaire. Available online: l’Observatoire de l’imaginaire contemporain. &amp;lt;&lt;a href=&quot;https://oic.uqam.ca/en/remix/la-bosse-amative-nuque-et-desir-au-xixe-siecle&quot;&gt;https://oic.uqam.ca/en/remix/la-bosse-amative-nuque-et-desir-au-xixe-siecle&lt;/a&gt;&amp;gt;. Accessed on May 1, 2023.&lt;span class=&quot;Z3988&quot; title=&quot;ctx_ver=Z39.88-2004&amp;amp;rft_val_fmt=info%3Aofi%2Ffmt%3Akev%3Amtx%3Adc&amp;amp;rft.title=La+bosse+amative%3A+Nuque+et+d%C3%A9sir+au+XIXe+si%C3%A8cle&amp;amp;rft.date=2018&amp;amp;rft.aulast=Foug%C3%A8re&amp;amp;rft.aufirst=Marie-Ange&amp;amp;rft.pub=Figura%2C+le+Centre+de+recherche+sur+le+texte+et+l%26%23039%3Bimaginaire&amp;amp;rft.place=Montr%C3%A9al%2C+Universit%C3%A9+du+Qu%C3%A9bec+%C3%A0+Montr%C3%A9al&quot;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
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 <pubDate>Sun, 06 May 2018 04:21:25 +0000</pubDate>
 <dc:creator>Émilie Bauduin</dc:creator>
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 <title>La chair aperçue: piège et fétiche. Une lecture de «L’homme au bracelet» de Jean Lorrain</title>
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Il prend par ailleurs plusieurs sens au sein du récit de Lorrain: entre fantastique moderne et mise en abyme de la fiction et de la poétique de l’auteur, le corps et ses fragments font aussi signe au lecteur.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;strong&gt;Une réécriture fin-de-siècle de la prostitution à la fenêtre&lt;/strong&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;Le fantastique des &lt;em&gt;Histoires de masques&lt;/em&gt; de Jean Lorrain repose sur des dispositifs optiques qui empêchent, obstruent ou fragmentent la vision. Le personnage de la nouvelle intitulée «Lanterne magique» invite le narrateur du récit-cadre à «fouill[er] un peu du bout de la lorgnette le clair-obscur [des] baignoires» (Lorrain, 2006: 52&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref1_kq40hs7&quot; title=&quot; Les références à la nouvelle seront désormais insérées directement dans le corps du texte et indiquées entre parenthèses.&quot; href=&quot;#footnote1_kq40hs7&quot;&gt;1&lt;/a&gt;) de l’opéra pour découvrir le véritable visage du fantastique contemporain, plus que jamais tapi sous la réalité la plus quotidienne. Le regard porte alors sur des fragments de corps, la lorgnette découpe des morceaux de chair:&amp;nbsp;l’œil du lecteur, comme celui des personnages, est prié de «détaill[er]» (51) les visages et les corps, d’observer «ces narines vibrantes, ces pâleurs de linge, ces prunelles hallucinées, ces mains exsangues posées au rebord de velours rouge» (52) qui trahissent les détraquements nerveux des dames du monde. Dans «Un crime inconnu», le narrateur, ayant «approché un œil du trou de la serrure» (60), assiste impuissant à une scène de meurtre épouvantable, qu’il ne voit que partiellement. La pulsion scopique de ces narrateurs masculins possède bien sûr, de manière plus ou moins explicite, une dimension érotique. Les parcelles des corps féminins à l’opéra, la scène surprise dans une chambre d’hôtel s’offrent à un regard avide de voir (&lt;em&gt;libido sentiendi&lt;/em&gt;) et de savoir (&lt;em&gt;libido sciendi&lt;/em&gt;).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’érotisme de la chair aperçue est au cœur d’une nouvelle que je voudrais lire plus en détail: elle s’intitule «L’homme au bracelet» et fut pré-publiée dans &lt;em&gt;Le Journal&lt;/em&gt; du 3 novembre 1896 avant d’être reprise dans le recueil &lt;em&gt;Histoires de masques &lt;/em&gt;en 1900. Elle est placée dans la section «Récit du peintre», dont elle est l’unique texte. Elle s’ouvre sur l’évocation d’une pratique qui joue sur l’érotisme du corps fragmenté: la prostitution à la fenêtre. Le récit commence par la description d’une soirée pluvieuse dans un quartier reculé des faubourgs. La marginalité de cet espace et le crépuscule déterminent une atmosphère de l’équivoque et de l’entre-deux: «des clartés vaguent émergent de l’ombre et […] des visages maquillés et fardés, des femmes en camisole surgissent, accoudant aux croisées des pâleurs de chairs nues» (97). Cette prostitution à la fenêtre est bien connue à la fin du siècle. Elle est un &lt;em&gt;topos &lt;/em&gt;d’une littérature qui, au XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle, s’inscrit dans le paradigme de l’exposition que Philippe Hamon a mis au jour&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref2_l523eyn&quot; title=&quot; Sur ce point, voir Philippe Hamon, Expositions:&amp;nbsp;littérature et architecture au XIXe siècle, Paris, José Corti, 1989. &quot; href=&quot;#footnote2_l523eyn&quot;&gt;2&lt;/a&gt;. La prostituée est ce corps-marchandise exposé derrière la vitrine-fenêtre. Andrea del Lungo étudie le motif de la prostitution à la fenêtre dans son dernier livre: il rappelle que l’article 2 de la loi de 1829 interdit aux prostituées de se produire en dehors de lieux clos: «Dès lors, la fenêtre se fait vitrine, derrière laquelle les hommes peuvent apprécier leurs appas» (2014: 277). Le lexique mêle à dessein séduction et piège. Si la vitrine du magasin expose la marchandise aux yeux de tous, le commerce sexuel de la prostitution à la fenêtre repose sur une exposition partielle de la femme. Le cadre de la fenêtre délimite un espace dans lequel les corps n’apparaissent pas entièrement. Si la fenêtre est située en hauteur, la partialité de la vision n’en est que plus grande. S’instaure alors un jeu entre le client et la prostituée qui finit par inverser le rapport de force entre les genres: parce qu’elle peut jouer avec la délimitation du cadre, la «fenestrière» (102) bénéficie d’un avantage sur le client qui n’est jamais vraiment certain de (ce) qui se cache derrière la vitre.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le narrateur de la nouvelle de Lorrain se délecte de cette prostitution délicieusement trouble:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;C’est la prostitution des fenêtres, la plus savante dans ses honteuses pratiques, la plus troublante aussi pour les sens d’un vicieux; car la femme entrevue y apparaît lointaine, idéalisée dans sa fange ou par le mystère et la rudesse du décor, l’inattendu des plaisirs promis, le danger de la maison inconnue, le frisson du guet-apens probablement tendu dans le noir de cet escalier, l’angoisse du chantage, qui sait? […] Il y a là un aléa, un doute, un ragoût d’aventure irrésistible pour une âme blasée et de joueur… (97-98)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La prostitution à la fenêtre, en cela proche de l’art du récit, repose sur l’imagination du client, suscitée, excitée et stimulée par la vision fragmentaire mise en scène. Cependant, le lexique du piège rappelle le danger auquel s’expose le passant tenté par le spectacle qui s’offre à lui. Ce danger qu’il court «probablement» ne fait qu’attiser un désir presque masochiste: la prostitution à la fenêtre fait courir sur l’échine du badaud blasé un frisson nouveau, elle esquisse la possibilité d’une aventure. La prostitution à la fenêtre transforme la transaction charnelle en pari, en jeu. La chair aperçue n’incite pas seulement le passant à rêver, à imaginer; elle l’oblige à prendre un risque, à miser.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Lorrain, dans «L’homme au bracelet», ne se contente pas de reprendre le motif de la fenestrière, mais le combine à un autre &lt;em&gt;topos&lt;/em&gt; littéraire dix-neuviémiste, celui de la tête coupée, forme spectaculaire du corps fragmenté. La plupart du temps, explique le narrateur, seule la tête de la prostituée est visible depuis la rue. Seul le visage se laisse apercevoir:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;[C]’est […] le vieux symbole rajeuni, modernisé et plus terrible encore dans le cadre moderne, de la redoutable et souriante tête de Scylla, la tête surnaturelle et surnageante et chantante au-dessus des flots bleus des golfes de Sicile […] tête sans corps et d’autant plus enivrante. […]. «&amp;nbsp;Oh! la femme à la fenêtre des maisons de faubourgs, pomme d’or des voluptés damnables, posée là sur l’appui des croisées, comme la tête de Scylla, tournoyante sur les flots&amp;nbsp;[…]. (98)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;On rejoint là les hantises de bien des écrivains fin-de-siècle, et de Lorrain lui-même: la prostituée de la fenêtre, Sirène ou Sylla de l’Odyssée moderne, est avant tout fantasmée comme une belle décapitée. Le désir qu’elle suscite est un désir morbide.&lt;/p&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;66151&quot; view_mode=&quot;embed_medium&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;p&gt;À ce stade de l’étude, il n’est pas sans intérêt de voir comment se nouent, au XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle, l’image de la tête coupée et le cadre optique de la fenêtre. Le XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle s’est en effet ouvert sur l’image d’une fragmentation traumatisante: celle de la guillotine. Patrick Wald-Lasowski, dans &lt;em&gt;Les Échafauds du romanesque&lt;/em&gt;, a montré une continuité, voire une affinité, entre la tête prise dans la lunette de la guillotine et le régime de visualité qui s’instaure au XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle, de la silhouette à la photographie:&amp;nbsp;«aucune image, &lt;em&gt;aucun passage à l’effigie ne saurait se constituer désormais sans l’entremise d’une guillotine&lt;/em&gt;» (1991: 44).&amp;nbsp;&lt;span style=&quot;font-size: 0.8125rem;&quot;&gt;C’est donc dans l’ombre portée de la guillotine inaugurale qu’il faut lire les dispositifs d’encadrement qui découpent les visages dans les textes narratifs du XIX&lt;/span&gt;&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 0.8125rem;&quot;&gt; siècle. La fenêtre, on le voit chez Lorrain, est l’un de ces cadres, l’un de ces encadrements qui semblent exhausser une tête sans corps.&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 0.8125rem;&quot;&gt;Rappelons-nous la tête de la princesse de Lamballe présentée sous les fenêtres de Marie-Antoinette enfermée à la prison du Temple. Rappelons-nous ce passage du livre V des &lt;/span&gt;&lt;em style=&quot;font-size: 0.8125rem;&quot;&gt;Mémoires d’outre-tombe&lt;/em&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 0.8125rem;&quot;&gt; où le jeune Chateaubriand, «aux fenêtres de [son] hôtel garni» (1951: 171), voit avec horreur approcher les têtes décapitées de Foulon et Berthier brandies sur des piques. Le cadre de la fenêtre, lieu d’apparition des «pâles effigies» (Chateaubriand, 1951: 171), rejoue le supplice de la guillotine. À l’autre bout du siècle, Robert de Montesquiou, dans l’une des compositions photographiques dont il a le secret, se représente dans l’encadrement d’une fenêtre en Jean-Baptiste décapité.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Si, dans «L’Homme au bracelet», la fenêtre semble décapiter la prostituée, elle pourrait bien aussi fonctionner comme miroir et renvoyer le passant, le client potentiel au risque de sa propre décapitation s’il cède à son désir et tombe dans ce qui pourrait s’avérer un coupe-gorge. Mais nous n’en sommes pas encore là. Après l’exposé général sur la prostitution à la fenêtre, le narrateur en vient au cœur de son propos. Il relate un fait divers qui date d’une vingtaine d’années et qui s’est produit –c’est peut-être plus terrifiant– «dans une des rues les plus passantes de Paris» (102). Comme l’annonçait le début de la nouvelle, il met en jeu une femme à la fenêtre. Cependant, ce n’est pas une tête qui aguiche mais un bras:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;[…] [L]a fille n’apparaissait jamais tout entière à la fenêtre, mais, à partir de quatre heures du soir en hiver, et de sept heures en été, un bras nu, un bras très blanc et d’un galbe très pur sortait de derrière un rideau de soie rouge […] La fille, elle, se dérobait. On n’avait jamais vu son visage […]. (102-103)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’énigme est assez vite résolue. Ce bras est bien un piège qui menace de décapiter le passant un peu trop curieux. Ainsi de l’agent de police qui s’est fait passer pour un client intéressé:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Après un pourparler à travers la serrure et quelques mots lascifs prononcés par une voix féminine, la porte s’entre-bâillait pour se refermer aussitôt sur un policier interdit: un tour de clé, et l’agent se trouvait en face d’un gaillard en bras de chemise, une manche relevée jusqu’à l’épaule, et qui, le serrant à la gorge d’une main, le menaçant, de l’autre, d’un long couteau de boucher: «Allons! vieux salaud, pas de pétard… Ta montre, tes bijoux, et ce que tu as sur toi, ou je fais arrêter, charogne! Tu en as de l’estomac de monter chez un homme! Allons! Ton argent, tes bagues, ou je te fais emballer! (104)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le bras fonctionne sans conteste comme hameçon, harpon. La focalisation sur cette partie du corps humain témoigne de la double opération à l’œuvre dans cette réécriture du &lt;em&gt;topos &lt;/em&gt;de la prostituée à la fenêtre. D’une part, il y a radicalisation du &lt;em&gt;topos&lt;/em&gt;: ce n’est plus seulement un corps entrevu, ce n’est plus une tête, un visage (qui porte l’identité de la personne), ce n’est plus qu’un bras. D’autre part, il y a perversion du &lt;em&gt;topos&lt;/em&gt;, déviation du regard et du désir qui n’est plus dirigé vers un individu reconnaissable, même partiellement, mais vers un membre réifié qui brouille la frontière entre animé et inanimé, humain et objet. Le désir qu’il suscite en est d’autant plus troublé et troublant.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;strong&gt;Chorégraphie d’un bras nu &lt;/strong&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;S’il nous est difficile de le concevoir aujourd’hui, le bras est une partie du corps féminin fortement érotisée au XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle. Dans leur &lt;em&gt;Histoire de la société française pendant le Directoire&lt;/em&gt;, les Goncourt mettent sur le même plan le dévoilement de la gorge et le dévoilement des bras permis par la mode des tenues à l’antique:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;À cette restauration de l’Olympe, les &lt;em&gt;Impossibles &lt;/em&gt;de la &lt;em&gt;nouvelle France&lt;/em&gt; se trouvent tellement bénéficier qu’elles se mettent à gagner tout doucement le nu. La robe se retire peu à peu de la gorge; et les bras habillés jusqu’au coude, suspectés d’être de vilains bras, accusés de s’envelopper dans une robe &lt;em&gt;à l’hypocrite&lt;/em&gt;, se dénudent jusqu’à l’épaule. (1855: 410)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les romans de la seconde moitié du siècle ne manquent pas de souligner l’érotisme des bras blancs et potelés des personnages féminins&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref3_i9nlamh&quot; title=&quot;Voir Nao Takaï, Le Corps féminin nu ou paré dans les récits réalistes de la seconde moitié du XIXe siècle, Paris, Honoré Champion, 2013, pp. 295-304. &quot; href=&quot;#footnote3_i9nlamh&quot;&gt;3&lt;/a&gt;. C’est un bras doté des mêmes qualités érotiques qui apparaît dans la nouvelle de Lorrain, «très blanc et d’un galbe très pur» (102). L’autre raison de la séduction exercée par le bras tient certainement aux nombreux plis qu’il permet: pli du poignet, pli entre le bras et l’avant-bras, pli de l’aisselle, là où le bras rejoint l’épaule. Membre du creux, membre du pli, le bras cache ou dévoile, retient ou déploie une intimité. Sa courbe conduit le regard vers l’aisselle féminine, caractérisée au XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle par sa pilosité. Le duvet qu’il laisse alors entrevoir est également doté d’une forte charge érotique en ce qu’il rappelle la pilosité de la toison ou le duvet de la nuque, à la naissance de la chevelure&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref4_j9qhhe2&quot; title=&quot;Voir la contribution de Marie-Ange Fougère à ce volume.&quot; href=&quot;#footnote4_j9qhhe2&quot;&gt;4&lt;/a&gt;. Le bras mystérieux de la nouvelle de Lorrain ne cesse de se plier et de se déplier au gré d’une chorégraphie bien réglée:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;[…] un bras nu, un bras très blanc […] se déployait comme un cou de cygne et puis&amp;nbsp;demeurait là des heures, replié, de façon à montrer la tache duvetée de l’aisselle, ou bien se laissait pendre au dehors, dans la rue, langoureux et fluide, écharpe dénouée lancée vers le désir. (102-103)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Tous les signes qui rendent un corps féminin désirable au XIX&lt;sup&gt;e &lt;/sup&gt;siècle sont réunis. Le mouvement gracieux rappelle les métamorphoses de la danseuse, mais aussi celles de la pantomime. La blancheur immaculée de ce bras «poudrerizé» évoque en effet le costume blanc de Pierrot, surface vide qui peut endosser une multiplicité de rôles et de caractères. Coup de cygne, écharpe déployée, mais aussi statue («d’un blanc si froid qu’on l’aurait dit de marbre»), le bras se transforme au gré des comparaisons et des métaphores. Cependant, ce mouvement chorégraphique envoûtant porté par une syntaxe souple, des assonances et des allitérations séduisantes, s’interrompt brutalement, par une phrase nominale couperet: «Le bras et jamais plus. La fille, elle, se dérobait; on n’avait jamais vu son visage» (103). Le narrateur détruit brutalement l’illusion à laquelle le spectateur comme le lecteur se laissent prendre. Ce faisant, il rappelle l’inquiétante étrangeté qui émane de la description de ce membre-fragment.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les métaphores du cou de cygne et du morceau de marbre interrogent la nature du désir suscité par un bras qui, l’air de rien, trouble les catégories de genre. Le cou de cygne, dans l’iconographie fin-de-siècle du mythe de Léda, est de manière évidente devenu un signe phallique. La référence au marbre doit aussi être interrogée: selon Nao Takaï, les femmes statues aux chairs marmoréennes que l’on trouve dans les récits réalistes peuvent incarner un pouvoir phallique et mettre les hommes en péril (2013: 120). Dès les premiers mots de la description, ce bras qu’on imagine tendu par une femme a donc quelque chose de masculin, une raideur et une longueur toutes phalliques qui désignent la supercherie au lecteur lucide. Membre détaché, existant d’une vie propre, ce membre peut évoquer les créations de la sculpture de la fin du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle, qui consacrent le fragment comme œuvre autonome. On pense bien sûr à Rodin, à propos duquel Gustave Kahn écrit: «De par la verve et la force (sinon la perfection) qu’il apporte à ses préparations, telles études de bras allongés, de mains crispées lui apparaissent constituer un tout qu’il vendra à l’amateur» (1925: 88). Le poète ajoute: «Il y a bien un peu de sport, dans cette façon d’envoyer au Salon, toujours au dernier moment […] une étude d’un détail de corps, mais il y a aussi la conviction que c’est aussi beau, aussi complet.» (Kahn, 1925: 89) Rodin avait à sa disposition ce qu’il appelait des «abattis», moulages d’études de mains, de bras, de jambes parfois utilisés pour l’assemblage de nouvelles figures. Certains, présentés seuls, sur de petits socles, étaient complètement autonomisés&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref5_um264t6&quot; title=&quot;Voir Antoinette Le Normand-Romain, «“Étreindre sans bras et tenir sans mains”: Rodin et la figure partielle», dans&amp;nbsp;Antoinette Le Normand-Romain et Pierre Pachet, Du Fragment, Paris, Institut national d’histoire de l’art/Éditions Orphys, 2011, pp.19-60.&quot; href=&quot;#footnote5_um264t6&quot;&gt;5&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’autonomie du fragment occupe également une place centrale dans la psychiatrie de l’époque et dans la définition du fétichisme. En 1887, soit une dizaine d’années avant la publication de la nouvelle de Jean Lorrain, le médecin Alfred Binet fait paraître &lt;em&gt;Le Fétichisme dans l’amour&lt;/em&gt; où la fragmentation du corps joue un rôle capital. Le fétichisme, écrit Binet, «a pour résultat d’isoler l’objet aimé, quand il n’est qu’une fraction de la personne totale: la partie devient, jusqu’à un certain point, un tout indépendant» (1888: 67). Le bras de la nouvelle «L’homme au bracelet» est bien cette fraction de personne devenue un tout indépendant, à ceci près que la personne aimée dont le fétiche est censé être la synecdoque n’est pas connue ici, mais seulement imaginée. Ce bras n’est pas la partie d’un tout, mais tout et partie à la fois.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Une fois de plus dans ce texte du leurre, il pourrait s’agir d’une fausse piste, en tout cas d’une piste qui bifurque vers un autre type de fétichisme, un fétichisme qui s’attache moins aux fragments du corps qu’aux objets inanimés. Dans son essai, Alfred Binet considère cette obsession pour les objets inanimés comme la version véritablement pathologique du fétichisme. Or, la description de ce bras tantôt statue, tantôt écharpe, voisine dans le texte avec l’&lt;em&gt;ekphrasis&lt;/em&gt;. Elle met également en valeur le bijou qui donne son titre à la nouvelle. Le bracelet n’est pas ici un accessoire: tout le désigne comme l’objet central du récit. C’est d’ailleurs le bijou qui, au détour d’une phrase, s’impose à l’imagination du voyeur et se substitue au visage caché de la femme supposée à la fenêtre: «On n’avait jamais vu son visage; un bracelet d’or cerclait au poignet ce bras mystérieux» (103). Si l’on se permettait un jeu de mots sans prétention lacanienne, on pourrait dire que le bras de la nouvelle est finalement masqué par le bracelet, qu’il est un bras celé, masqué par la parure et la parade. Le texte procède à une véritable «artialisation&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref6_ad3m8se&quot; title=&quot;J’emprunte le terme à Alain Roger dans Court traité du paysage, Paris, Gallimard, 1997. L’artialisation consiste à transformer la nature selon une perception informée par des références esthétiques.&quot; href=&quot;#footnote6_ad3m8se&quot;&gt;6&lt;/a&gt;» du membre. L’écriture, on l’a vu, ne cesse de transformer ce membre en artefact: «écharpe dénouée lancée vers le désir», «marbre», le bras a d’autant plus d’affinités avec l’œuvre d’art qu’il est l’œuvre d’un peintre, «un jeune prix de Rome» (103) de retour d’Italie. Le bras «poudrerizé» est un bras maquillé et même davantage, un bras peint. Tout concourt à faire de la fascination pour ce fragment de corps une fascination pour un objet d’art. Si le narrateur insiste sur le «vice exigeant» (103) des passants qui cèdent aux avances de ce bras, c’est que le désir qu’ils éprouvent s’adresse moins à un corps qu’à une œuvre, moins à la nature qu’à l’artifice, peinture ou sculpture et rejoint le vaste répertoire des perversions sexuelles de la fin du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;strong&gt;La poétique du fragment: la fiction comme économie libidinale&lt;/strong&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;Ce morceau de corps qui s’exhibe comme œuvre d’art nous ramène au titre de la section qui l’accueille –«Récit du peintre»– et à l’ambiguïté de son génitif. Le peintre est-il seulement l’objet du récit, le personnage crapuleux découvert à la fin du texte, ou est-il aussi le sujet du récit, le narrateur? La nouvelle, comme le souligne José Santos dans un livre sur l’art du récit court chez Jean Lorrain, semble opposer deux tableaux, deux peintures (1995: 176-178). En effet, la scène du bras blanc n’intervient qu’en fin de nouvelle. Le récit se compose en réalité de trois parties: une méditation sur la prostitution puis sur la prostitution à la fenêtre (évoquée au début de l’article), l’évocation d’un conte de Banville intitulé «Tu reviendras», enfin l’épisode du bras mystérieux.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le conte de Banville narre l’aventure étrange d’un voyageur attiré dans l’antre d’une femme-enfant, «une Grecque de Sicile» (100), aperçue derrière une fenêtre. L’aventure a lieu dans un port qui pourrait être «Barcelone, Bilbao, Anvers, Saïgon ou Marseille» (99). L’exotisme, la couleur locale, dignes de «l’esthétique baudelairienne» (100) selon le narrateur, saturent le tableau de couleurs criardes et étincelantes: la coiffe jaune d’or de la tenancière du bouge, la huppe rose du perroquet, les tapis flamboyants, les coussins blancs et jaunes… Partout les couleurs éclatent, comme dans les tableaux des Orientalistes. À rebours de cette esthétique bavarde et bigarrée, le bras peint de la rue de Wagram relève d’un art de la ligne sobre, un art du blanc et du silence, un art de l’énigme et de l’inquiétante étrangeté, plus proche de la pantomime et du symbolisme. Au «conte gouaché de tons violents» (99), il oppose un mystère beaucoup plus épuré, et beaucoup plus angoissant. Alors que le voyageur de Banville est attiré par la «jolie tête enfantine» (99) qu’il aperçoit à la fenêtre, les motivations du passant séduit par le mystérieux bras blanc sont insondables, beaucoup plus troubles et troublantes. Le bras emblématiserait alors selon Santos le nouveau fantastique selon Jean Lorrain, un fantastique moderne de l’inquiétante étrangeté, logée dans l’expérience banale et quotidienne.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;On peut aller plus loin et lire ce bras immaculé, qui a tout de la page blanche, comme une allégorie de la fiction et de ses ressorts érotiques. Jean Lorrain n’est pas si loin d’un Mallarmé qui voulait procéder au «démontage impie de la fiction et conséquemment du mécanisme littéraire» pour faire apparaître «sa pièce principale ou rien» (2003: 67). Tout semble en effet faux dans ce récit, à commencer par son titre, qui ne correspond en réalité qu’à un petit tiers de la nouvelle. En outre, dans l’hypothèse où ce «récit du peintre» serait bien le récit fait par un peintre, quel crédit accorder à ce narrateur alors que le peintre est présenté dans la diégèse comme celui qui maquille et ment? Enfin, le conte de Banville qui occupe le centre de la nouvelle n’a pu être identifié par la critique, si bien que son existence peut aussi être remise en cause.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le bras blanc est par conséquent l’objet d’un double mensonge: non seulement il n’est pas la partie du tout qu’il suggère, mais il embraye chez le lecteur des pistes narratives qu’il dément ensuite. Il suscite un horizon d’attente qui ne sera jamais réalisé. Ce bras qui semble doué d’une vie propre ressemble à un conte d&#039;Hoffmann&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref7_bgrke7w&quot; title=&quot;L’observation des loges de l’opéra est considérée par le personnage de «Lanterne magique» comme une plongée dans un conte d’Hoffmann (Lorrain, 2006: 51).&quot; href=&quot;#footnote7_bgrke7w&quot;&gt;7&lt;/a&gt; trouvé dans la rubrique des faits divers. Cependant, l’incertitude habituellement maintenue par le récit fantastique est détruite à la fin du récit par la découverte de la police. Le texte pourrait alors nous emmener vers une autre piste générique, celle du roman policier, qui accorde un rôle crucial à l’observation des indices et des fragments&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref8_fi5ogkw&quot; title=&quot;Sur ce point, voir Carlo Ginzburg, Mythes, emblèmes, traces; morphologie et histoire, Paris, Flammarion, 1989, pp.139-180.&quot; href=&quot;#footnote8_fi5ogkw&quot;&gt;8&lt;/a&gt;. Mais là encore nous sommes déçus. L’enquête est rondement menée (elle a d’ailleurs eu lieu vingt ans avant la narration), ses résultats sont présentés au lecteur une fois qu’elle a abouti. Le pacte fondateur du roman policier, qui associe le lecteur à la découverte progressive de la vérité par l’enquêteur, n’est pas respecté. Si toutes les pistes génériques ont leur pertinence pour lire le texte, aucune ne peut cependant être suivie jusqu’au bout. Toutes sont victimes d’une narration déceptive, qui prend le lecteur au piège comme le passant hypnotisé par ce bras blanc. Le morceau de corps n’est qu’une amorce, un appât, au même titre que les possibilités narratives qu’il suggère. Ce bras qui pend à la fenêtre est au fond la mise en abyme de la fiction et du mécanisme de la nouvelle. Signe d’un corps qui n’existe pas, il ne désigne que le fantasme, que le désir, le désir de la fiction. Jean Lorrain thématise ici ce que Barthes théorisera bien plus tard lorsqu’il envisagera la relation entre le texte et le lecteur comme une relation de type fétichiste. Le texte est fétichiste, écrit Barthes, en ce qu’il désire son lecteur, le suppose, l’instaure. Il en a besoin pour (se) tenir (Barthes,1973: 39). N’est-ce pas également la fonction de la multiplication des seuils dans cette nouvelle (propos général sur la prostitution dans la ville moderne, conte de Banville)? N’est-ce pas surtout la fonction de ce bras énigmatique, qui construit plusieurs horizons d’attente, plusieurs désirs de fictions chez le lecteur? Or, ce bras est pur fantasme, fantasme du passant aussi bien que du peintre qui se travestit. Au désir obscur du passant correspond le désir non moins obscur de l’artiste qui trouble à dessein les catégories de genre et brouille son propre corps. Si la fiction s’échafaude sur un rien, autrement dit si elle s’exhibe comme fiction, elle se présente comme fétiche, dont l’étymologie renvoie à l’artefact, à l’artifice, au factice. Son seul support, sa seule tension consiste dans une économie des désirs qui engage le créateur et le récepteur du bras blanc (au niveau diégétique), le créateur et le récepteur du récit (au niveau méta-textuel).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;C’est peut-être ce qui intéresse vraiment Lorrain dans le conte supposé de Banville: alors que le voyageur quitte le bouge décrépi dans lequel il est retourné dix ans après sa première visite (et où il a retrouvé la jolie Grecque défigurée par la vieillesse), le perroquet blanc qui veille au premier palier du bouge lui lance&amp;nbsp;un prophétique «Tu reviendras» (101). Et le narrateur de commenter:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;car on revient toujours à son vice […] on revient toujours à la maison infâme […] l’espérance menteuse d’y entrevoir peut-être, une autre fois, la Grecque de la première rencontre, nous y ramène inexorablement, toujours leurrés et toujours prêts à l’être […]. (101-102)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Cette leçon, c’est aussi celle que nous donne le mystérieux bras, blanc comme le perroquet du bouge, révélant le principe du recueil de nouvelles, fondé sur la réitération, la relance, au risque de la déception, de la malversation et du guet-apens. Depuis Maupassant et sa &lt;em&gt;Maison Tellier&lt;/em&gt;, on a l’habitude d’assimiler le recueil de nouvelles à la maison close. Chaque nouvelle est une pièce (soit un morceau) de cette maison-masque où le lecteur décide d’entrer à ses risques et périls. Le bras celé du «Récit du peintre», section centrale du recueil puisqu’elle est précédée de quatre sections et suivie de quatre autres, pourrait bien être le fragment emblématique d’une poétique qui ne se théorise pas mais se laisse apercevoir, «guet-apens tendu à la salacité de vieux libertins» (103) comme à la sagacité du lecteur.&lt;/p&gt;

&lt;section  class=&quot;footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed&quot; data-collapsible-show-label=&quot;Notes&quot; data-collapsible-hide-label=&quot;Notes&quot;&gt;&lt;ul class=&quot;footnotes collapsible-content&quot;&gt;&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote1_kq40hs7&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref1_kq40hs7&quot;&gt;1.&lt;/a&gt;  Les références à la nouvelle seront désormais insérées directement dans le corps du texte et indiquées entre parenthèses.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote2_l523eyn&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref2_l523eyn&quot;&gt;2.&lt;/a&gt;  Sur ce point, voir Philippe Hamon, &lt;em&gt;Expositions:&amp;nbsp;littérature et architecture au XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle&lt;/em&gt;, Paris, José Corti, 1989. &lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote3_i9nlamh&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref3_i9nlamh&quot;&gt;3.&lt;/a&gt; Voir Nao Takaï, &lt;em&gt;Le Corps féminin nu ou paré dans les récits réalistes de la seconde moitié du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle&lt;/em&gt;, Paris, Honoré Champion, 2013, pp. 295-304. &lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote4_j9qhhe2&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref4_j9qhhe2&quot;&gt;4.&lt;/a&gt; Voir la contribution de Marie-Ange Fougère à ce volume.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote5_um264t6&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref5_um264t6&quot;&gt;5.&lt;/a&gt; Voir Antoinette Le Normand-Romain, «“Étreindre sans bras et tenir sans mains”: Rodin et la figure partielle», dans&lt;em&gt;&amp;nbsp;&lt;/em&gt;Antoinette Le Normand-Romain et Pierre Pachet, &lt;em&gt;Du Fragment&lt;/em&gt;, Paris, Institut national d’histoire de l’art/Éditions Orphys, 2011, pp.19-60.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote6_ad3m8se&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref6_ad3m8se&quot;&gt;6.&lt;/a&gt; J’emprunte le terme à Alain Roger dans &lt;em&gt;Court traité du paysage&lt;/em&gt;, Paris, Gallimard, 1997. L’artialisation consiste à transformer la nature selon une perception informée par des références esthétiques.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote7_bgrke7w&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref7_bgrke7w&quot;&gt;7.&lt;/a&gt; L’observation des loges de l’opéra est considérée par le personnage de «Lanterne magique» comme une plongée dans un conte d’Hoffmann (Lorrain, 2006: 51).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote8_fi5ogkw&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref8_fi5ogkw&quot;&gt;8.&lt;/a&gt; Sur ce point, voir Carlo Ginzburg, &lt;em&gt;Mythes, emblèmes, traces; morphologie et histoire&lt;/em&gt;, Paris, Flammarion, 1989, pp.139-180.&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
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 <pubDate>Fri, 04 May 2018 14:51:20 +0000</pubDate>
 <dc:creator>Émilie Bauduin</dc:creator>
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 <title>Du corps soumis au corps parlant: l&#039;écriture hagiographique dans «La mort propagande» d&#039;Hervé Guibert </title>
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 <pubDate>Mon, 02 Apr 2018 22:49:32 +0000</pubDate>
 <dc:creator>Émilie Bauduin</dc:creator>
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 <title>Désir et progrès dans «L’herbe rouge» de Boris Vian</title>
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 <pubDate>Thu, 01 Mar 2018 19:29:46 +0000</pubDate>
 <dc:creator>Émilie Bauduin</dc:creator>
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 <title>Le slash, entre désir et politique: les fanfictions de la série «Sherlock»</title>
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 <pubDate>Mon, 06 Nov 2017 15:41:32 +0000</pubDate>
 <dc:creator>Sarah Grenier</dc:creator>
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 <title>Remontage d’images du corps-danseur et espace de disjonction entre voix et image</title>
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&amp;lt;span class=&amp;quot;biblio-authors&amp;quot; &amp;gt;Côté, Mario&amp;lt;/span&amp;gt;. 2017. « &amp;lt;span class=&amp;quot;biblio-title&amp;quot; &amp;gt;Remontage d’images du corps-danseur et espace de disjonction entre voix et image&amp;lt;/span&amp;gt; ». Dans le cadre de &amp;lt;span  style=&amp;quot;font-style: italic;&amp;quot;&amp;gt;Représentations artistiques et littéraires contemporaines du rapport entre corps et espace&amp;lt;/span&amp;gt;. Journée d’étude organisée par Figura, le Centre de recherche sur le texte et l&amp;#039;imaginaire. Montréal, Université du Québec à Montréal, 7 avril 2017. Document audio. En ligne sur le site de l’Observatoire de l’imaginaire contemporain. &amp;amp;lt;https://oic.uqam.ca/fr/communications/remontage-dimages-du-corps-danseur-et-espace-de-disjonction-entre-voix-et-image&amp;amp;gt;. &amp;lt;span class=&amp;quot;Z3988&amp;quot; title=&amp;quot;ctx_ver=Z39.88-2004&amp;amp;amp;rft_val_fmt=info%3Aofi%2Ffmt%3Akev%3Amtx%3Adc&amp;amp;amp;rft.title=Remontage+d%E2%80%99images+du+corps-danseur+et+espace+de+disjonction+entre+voix+et+image&amp;amp;amp;rft.date=2017&amp;amp;amp;rft.aulast=C%C3%B4t%C3%A9&amp;amp;amp;rft.aufirst=Mario&amp;amp;amp;rft.pub=Figura%2C+le+Centre+de+recherche+sur+le+texte+et+l%26%23039%3Bimaginaire&amp;amp;amp;rft.place=Montr%C3%A9al%2C+Universit%C3%A9+du+Qu%C3%A9bec+%C3%A0+Montr%C3%A9al&amp;quot;&amp;gt;&amp;lt;/span&amp;gt;&lt;/div&gt;
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 <pubDate>Thu, 06 Apr 2017 15:31:18 +0000</pubDate>
 <dc:creator>Sarah Grenier</dc:creator>
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 <title>De la sexualité posthumaine. À propos de «Demon Seed» de Dean Koontz (1973 et 1997)</title>
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot; property=&quot;content:encoded&quot;&gt;&lt;h4&gt;&lt;u&gt;Extrait du chapitre&lt;/u&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;«Depuis les années 70, dans les thrillers d’anticipation hollywoodiens, se dessinent les formes d’une rêverie sur les corps et le devenir technologique de leur sexualité. Sexualité rêvée car encore inactuelle, fantasmée car inactualisable pour lors dans notre instant technologique ou sexualité potentielle: par le truchement des appareillages et des extensions, des écrans et des capteurs, des simulateurs et des stimulateurs, une fiction prospective laisse apparaître les contours d’une véritable &quot;sexualité possible&quot;, comme on dit &quot;mondes possibles&quot;. Ces représentations de la sexualité voient leur consistance déterminée par les descriptions des mondes alternatifs soumis au lecteur et au spectateur, par la façon dont les premiers exposent les relations anthropologiques concrètes ou imaginaires que les seconds entretiennent avec le développement des technologies et des médias.»&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Suite en format pdf.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;

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 <pubDate>Mon, 07 Nov 2016 14:28:37 +0000</pubDate>
 <dc:creator>Sarah Grenier</dc:creator>
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