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 <title>Observatoire de l&#039;imaginaire contemporain - Chine</title>
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 <title>«Tuer le mandarin», «bouton du mandarin», et autres historiettes et expressions apparentées.  Réflexions sur des récits et des formules véhicules d’idées variées (XIXe-XXIe siècles)</title>
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          &lt;div class=&quot;field-item clearfix even&quot;&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;72195&quot; view_mode=&quot;embed_large&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Mandarin, s. m. Personnage imaginaire qui sert de tête de Turc à tous les criminels timides, —dans l’argot des gens de lettres.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Il a été inventé par Jean-Jacques Rousseau ou par Diderot comme cas de conscience. Vous êtes assis tranquillement dans votre fauteuil, au coin de votre feu, à Paris, cherchant, sans les trouver, les moyens de devenir aussi riche que M. de Rothschild et aussi heureux qu’un roi, parce que vous supposez avec raison que l’argent fait le bonheur, attendu que vous avez une maîtresse très-belle, qui a chaque jour de nouveaux caprices ruineux, et que vous seriez très heureux de la voir heureuse en satisfaisant tous ses caprices à coups de billets de banque. Eh bien, il y a, à deux mille lieues de vous, un mandarin, un homme que vous ne connaissez pas, qui est plus riche que M. de Rothschild: sans bouger, sans même faire un geste, rien qu’avec la Volonté, vous pouvez tuer cet homme et devenir son héritier, —sans qu’on sache jamais que vous êtes son meurtrier. (Delvau, 1866a: 235-236).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Cette notice appartient au &lt;em&gt;Dictionnaire de la langue verte&lt;/em&gt; de Delvau, publié en 1866. Curieusement, cet inventaire des «argots parisiens» affirme qu’un mot de la rue a été «inventé» par de prestigieux écrivains: Rousseau ou Diderot. Il aurait donc migré des écrits des Lumières vers les parlers populaires au sein d’un récit qui propose une expérience de pensée dans laquelle chacun peut se projeter. Cette entrée signale en creux que ce «cas de conscience» a déjà subi des mutations puisqu’il s’incarne maintenant dans une histoire cynique qui fait intervenir «M. de Rothschild», référence non encore fameuse dans la deuxième moitié du XVIII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Delvau signale que «mandarin» «a passé dans la littérature et la conversation, puisqu’on dit &lt;em&gt;Tuer le mandarin&lt;/em&gt;» (236, l’auteur souligne). Dans la presse d’alors, l’expression, appliquée à des situations variées, est effectivement fréquente&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref1_fb05s1k&quot; title=&quot;Citons trois exemples journalistiques autour des années 1860. En 1858, Aubryot défend la littérature moderne contre ceux qui l’accusent d’être corruptrice et qui la voudraient dispensatrice d’une morale éternelle en comparant l’improbable influence de George Sand sur le suicide de cuisinières illettrées à «tuer le mandarin» (Aubryot: 3). Un chroniqueur l’emploie pour relater les vaines manigances d’un auteur de théâtre, qui avait comploté en achetant leurs billets à des spectateurs devant l’acclamer, dont la pièce a néanmoins été ruinée (Max: 244). Puis, en 1862, un éditorial sur la frénésie de la loterie, «espérance légalement autorisée», la rapproche de l’expérience de pensée consistant à tuer le mandarin pour devenir riche (Albens: 1).&quot; href=&quot;#footnote1_fb05s1k&quot;&gt;1&lt;/a&gt;. Elle est expansive. En témoigne la révision, quelques mois plus tard, par ce lexicographe à l’affut des «mots contemporains», de son &lt;em&gt;Dictionnaire&lt;/em&gt; qui ajoute à «Espérances»: «&lt;em&gt;Avoir des espérances&lt;/em&gt;. Avoir des grands parents riches que l’on compte voir mourir bientôt, —façon bourgeoise de &quot;tuer le mandarin!&quot;» (1866b: 166, l’auteur souligne). Pour le passage dans la littérature, Delvau parle d’expérience: en effet, il a signé «L’Héritier du Mandarin». Dans cette nouvelle, un jeune homme reçoit miraculeusement «une somme &lt;em&gt;incalculable&lt;/em&gt;» (Delvau, 1867: 284, l’auteur souligne). Aucun meurtre dans ce récit, le titre semble néanmoins indiquer une clef, que le lecteur, coutumier de l’expression, pourra saisir. Cet «héritier du mandarin» n’est peut-être pas innocent; il en sait plus long qu’il n’en dit sur une funeste pensée qui lui a donné la richesse, mais qu’il paye d’une vie bien lasse.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les dictionnaires généraux ne tardent pas à relever l’expression. Dès 1873, le &lt;em&gt;Larousse&lt;/em&gt; lui consacre une rubrique de son entrée «Mandarin» et la désigne comme le «c]élèbre paradoxe de J.-J. Rousseau» (1053). En 1877, le lexicographe, en l’attribuant toujours au philosophe, en donne cette définition:&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;[S]’enrichir par des moyens illicites, ou simplement devenir riche tout d’un coup. Ainsi, que quelqu’un passe subitement et sans cause apparente de la misère à l’opulence, on dira plaisamment: &lt;em&gt;il a tué le mandarin&lt;/em&gt;. (Larousse: 298)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Émile Littré, qui ne l’avait pas incorporée dans la première édition de son dictionnaire en 1873-1874, se corrige en 1877: «Tuer le mandarin, commettre une mauvaise action, dans l’espérance qu’elle ne sera jamais connue.» (221)&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Face à la popularité de cette formule, certains s’enquièrent de ses origines. C’est le cas d’un lecteur de&lt;em&gt; L’Intermédiaire des chercheurs et des curieux&lt;/em&gt;. Le 10 mai 1866, il demande: «à quel endroit des œuvres de J.-J. Rousseau se trouve cette locution, passée en proverbe: &quot;&lt;em&gt;Tuer le mandarin&lt;/em&gt;.&quot;» (P. L., 1866). À la place d’une œuvre du philosophe, des rédacteurs proposent: Gozlan, Balzac (A. Nalis, 1866), Voltaire (F.L. 1866). Une réponse renvoie au &lt;em&gt;Père Goriot&lt;/em&gt; (O.D., 1866). C’est effectivement de ce roman que dérive la formule. Rastignac, tourmenté par un sinistre mais alléchant projet du truand Vautrin s’en ouvre à Bianchon. Il lui remémore «ce passage où [Rousseau] demande à son lecteur ce qu’il ferait au cas où il pourrait s’enrichir en tuant à la Chine par sa seule volonté un vieux mandarin, sans bouger de Paris.» (Balzac, 1976: 164-165). Les deux amis débattent, et finalement s’accordent sur la supériorité de ne pas attenter à «la vie du Chinois». Un peu après, le personnage lointain revient quand Bianchon demande à son jeune compagnon: «Nous avons donc tué le mandarin?» (181).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;De cette matrice découlent diverses expressions, anodines ou puissantes, qui en 1860-1870 fourmillent dans la presse, le langage courant, le théâtre, les romans, etc. Rapidement, «tuer le mandarin» et consorts atteignent les écrits d’autres pays francophones et d’autres langues&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref2_5spn0au&quot; title=&quot;Dans plusieurs publications, António Coimbra Martins a suivi cette postérité dans des œuvres en anglais, portugais, allemand, italien, espagnol, hongrois, etc.&quot; href=&quot;#footnote2_5spn0au&quot;&gt;2&lt;/a&gt;. Cette postérité témoigne de l’impact du &lt;em&gt;Père Goriot&lt;/em&gt; et de Balzac sur la littérature mondiale. Elle montre que «[c]omme l’activité souterraine des eaux, de pertes en résurgences, la vie littéraire n’en a jamais fini avec un motif et une inspiration» (Delon, 2014: 201). Elle renvoie aussi à la force d’une image qui parle au lecteur et l’interroge, et que Carlo Ginzburg a replacée dans la longue lignée des réflexions à propos des effets de la distance sur la sensibilité et le sens moral (2001). Cependant, un tel devenir n’était possible qu’avec une impulsion initiale puissante et des particularités favorables à sa diffusion. En conséquence, cet article se concentrera sur trois questions: la forge de l’expression par Balzac, les quelques relais qui élargirent sa diffusion, et enfin son déclin – sans que l’on puisse parler d’une disparition, depuis les années 1950-1960.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;Inspirateurs reconnus de Balzac&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;L’expérience de pensée que proposent les personnages de Balzac revêt trois caractéristiques. Elle se présente sous l’autorité de Rousseau, met en scène un lieu –la Chine–, et fait intervenir une victime fortunée –un mandarin.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;D’où Balzac a-t-il tiré un tel scénario? Dès 1879, &lt;em&gt;Le Globe&lt;/em&gt; précise: «Balzac, qui a attribué à Rousseau le paradoxe du mandarin, citait souvent à faux.» (4). Un mois après, R.M, dans l’&lt;em&gt;Intermédiaire&lt;/em&gt; reproduit ces lignes et les approuve. Léon Fox complète ce commentaire en citant une page du &lt;em&gt;Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes&lt;/em&gt; (1755) sur la quasi-universalité du phénomène qui pousse chacun à imaginer des désastres ou préjudices frappant autrui afin de s’assurer la prospérité. Il stipule cependant:&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Je n’ai pas trouvé, dans les Œuvres du philosophe genevois, d’autre passage se rapportant plus exactement que celui-ci à la mort du mandarin, inventée par Honoré de Balzac pour les besoins de sa prose. (R.M et Léon Fox: 646-648)&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans leurs débats sur l’auteur à l’origine de «tuer un mandarin», les journaux des années 1870 avancent de multiples noms: Voltaire, Dumas, Annie Edwards, Cicéron, etc. (Vachon, 1996). Rapidement, les avis sérieux se rangent derrière un lien signalé dès 1877: «ce fameux &quot;cas de conscience&quot;&amp;nbsp;a bien été réellement formulé par Chateaubriand, comme l’avait fait pressentir N.G.» (Ed. F., 1877: 360).&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;Voici ce passage du &lt;em&gt;Génie du christianisme&lt;/em&gt;:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Ô conscience! ne serais-tu qu’un fantôme de l’imagination, ou la peur des châtiments des hommes? je m’interroge; je me fais cette question: “Si tu pouvais par un seul désir, tuer un homme à la Chine, et hériter de sa fortune en Europe, avec la conviction surnaturelle qu’on n’en saurait jamais rien, consentirais-tu à former ce désir?” J’ai beau m’exagérer mon indigence; j’ai beau vouloir atténuer cet homicide, en supposant que, par mon souhait, le Chinois meurt tout à coup sans douleur, qu’il n’a point d’héritier, que même à sa mort ses biens seront perdus pour l’État; j’ai beau me figurer cet étranger comme accablé de maladies et de chagrins; j’ai beau me dire que la mort est un bien pour lui, qu’il l’appelle lui-même, qu’il n’a plus qu’un instant à vivre: malgré mes vains subterfuges, j’entends au fond de mon cœur une voix qui crie si fortement contre la seule pensée d’une telle supposition, que je ne puis douter un instant de la réalité de la conscience&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref3_3uwo6yu&quot; title=&quot;Maurice Regard, éditeur des œuvres de Chateaubriand dans la Pléiade, repousse l’idée qu’un texte de Rousseau comporterait la matrice du meurtre du mandarin (Chateaubriand: 1734).&quot; href=&quot;#footnote3_3uwo6yu&quot;&gt;3&lt;/a&gt;. (Chateaubriand: 606)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Chateaubriand avait voyagé en Amérique du Nord. Un Amérindien convenait à la distance exigée de sa parabole. Mais, pour donner du piquant à l’exemple, il fallait une victime fortunée. L’imaginaire du Moyen-Orient et des Indes offrait de riches trépassés potentiels. Toutefois, l’intention de son texte poussait vers la Chine. &lt;em&gt;Le Génie&lt;/em&gt; défend le christianisme contre les Lumières, en particulier contre Diderot. L’exemple du meurtre du Chinois participe à une démonstration de l’existence de l’immortalité de l’âme par la mise en avant de la puissance des remords et de la conscience. Diderot a abordé les effets de la distance sur les exigences morales plusieurs fois. Par exemple, en 1749, dans la &lt;em&gt;Lettre sur les aveugles&lt;/em&gt; (1972 [1749]: 87), et dans le dialogue entre Jacques le Fataliste et son maître (2012 [1796]: 55-56). Il a aussi illustré ce thème dans &lt;em&gt;Entretien d’un père avec ses enfants&lt;/em&gt;. Diderot y met en scène son père, des membres de sa famille, des voisins et lui-même, discutant du respect des lois et des intérêts individuels et collectifs. À un auditoire restreint, un chapelier raconte que pendant dix-huit ans, il a dépensé en vain tout son argent pour soigner sa femme. N’ayant pas d’enfants, il a caché la dot de son épouse aux héritiers légaux. Depuis cet acte malhonnête, il ne dort plus. Plusieurs auditeurs lui disent que cet argent lui revient. Diderot père s’oppose à cet avis: pour retrouver bonne conscience, le chapelier doit le rendre. L’artisan conteste, il partira à Genève. Diderot père reste ferme: «Va où tu voudras, tu y trouveras ta conscience.» Le chapelier parti, la petite assemblée discute, et constate:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;la distance des lieux et du temps affaibli[t] plus ou moins tous les sentiments, toutes les sortes de consciences, même celle du crime. L’assassin, transporté sur le rivage de la Chine, est trop loin pour apercevoir le cadavre qu’il a laissé sanglant sur les bords de la Seine. Le remords naît peut-être moins de l’horreur de soi que de la crainte des autres; moins de la honte de l’action que du blâme et du châtiment qui la suivraient s’il arrivait qu’on la découvrît. (Diderot, 2004 [1771]: 481)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Loin, réfugié en Chine, le criminel ne sera pas découvert. Le père ne se résout pas à cette solution: «&quot;Mes enfants, les jours du méchant sont remplis d’alarmes. Le repos n’est fait que pour l’homme de bien. C’est lui seul qui vit et meurt tranquille.&quot;» (481)&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans ce conte, pas de victime chinoise. L’assassin a tué en France ; transporté en Chine, il peut échapper aux conséquences de son crime. Contrer Diderot, et son relativisme moral, portait Chateaubriand à placer son historiette en Chine. De plus, l’ambiance des salons qu’il fréquentait, et dans lesquels il exposait sa pensée, l’orientait vers cette contrée. En effet, l’atmosphère y était fort imprégnée du vaste Orient, et donc d’éléments chinois. Un spécialiste de ce goût oriental avance:&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;C’est probablement dans une de ces discussions, où chacun cherche à enfermer sa pensée en une formule nette et spirituelle, que fut inventé le fameux &lt;em&gt;argument du mandarin&lt;/em&gt;, désespoir des chercheurs et des curieux, qui jamais n’en ont pu retrouver l’origine. Chateaubriand, qui le reproduit, a soin de lui laisser presque la forme de la conversation (Martini: 349).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans cette historiette, la Chine est là, la victime est riche, mais elle n’est pas un mandarin.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;À propos des œuvres de Diderot mettant en scène des discussions sur les effets de la distance sur la conscience, Michel Delon constate: «Balzac connaît ces textes.&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref4_825pihq&quot; title=&quot;Sur les rapports de Balzac avec l’œuvre de Diderot, voir Gendzier, 1965)&quot; href=&quot;#footnote4_825pihq&quot;&gt;4&lt;/a&gt;» (2013: 3). Cependant, s’il y a rencontré l’éloignement par la Chine, il n’y a pas croisé un riche Chinois assassiné, comme chez Chateaubriand. Le rapport du romancier à l’œuvre de son aîné est ambigu, et inversement (Michel: 249). Plusieurs personnages balzaciens évoquent le &lt;em&gt;Génie du christianisme&lt;/em&gt; ou son auteur. Balzac reconnaît donc «l’importance de Chateaubriand» en «lui donn[ant] droit de cité dans &lt;em&gt;La comédie humaine&lt;/em&gt;» (Delattre, 205). Mais il ne le fait jamais «dans un contexte dénué d’ironie». En conséquence, s’il traite Chateaubriand «en tant que phénomène social», il n’a pas laissé de jugements directs sur lui (206). Cependant, il l’avait lu attentivement, et même davantage. En 1951, dans sa présentation de &lt;em&gt;Falthurne&lt;/em&gt;, jusque-là inédit, Pierre-Georges Castex dévoile un pastiche du jeune auteur: «Il suffira de reproduire le texte de Chateaubriand pour faire apparaître l’évidence de l’imitation. Nous donnons celui du Génie, car Balzac a lu plus probablement le &lt;em&gt;Génie&lt;/em&gt; que l’&lt;em&gt;Essai&lt;/em&gt;» (dans Balzac, 1950: LXXII). Ce balzacien renouvelle son commentaire à propos d’une citation que Rastignac attribue à Chateaubriand: «Balzac a même pastiché les pages éloquentes du Génie dans son premier essai romanesque, &lt;em&gt;Falthurne&lt;/em&gt;» (dans Balzac, 1981: 140). Marqué par sa lecture de Chateaubriand, le romancier y a rencontré la Chine, une expérience de pensée impliquant le meurtre d’un riche Chinois, mais pas un mandarin.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;Inclination balzacienne envers la Chine&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;Assurément, Balzac n’avait pas eu besoin de lire Chateaubriand pour s’intéresser à la Chine. En effet, l’écrivain a cultivé un intérêt constant envers cette contrée, et même une «sorte de sinophilie» (Bui: 94). La Chine, pour lui, représente d’abord le très loin, ensuite le «raffinement» et le «luxe». Aussi, l’expression «tuer à la Chine» offre-t-elle «la distance radicalement éloignée» (Bui: 96-97) qui permet au criminel d’assassiner, puis de récupérer sans risque une fortune. Seulement, il n’était pas obligatoire qu’il y place son anecdote. Ainsi, dix ans avant &lt;em&gt;Le Père Goriot&lt;/em&gt;, Balzac avait déjà mis en scène l’idée que la distance joue sur les barrières morales dans &lt;em&gt;Annette et le criminel&lt;/em&gt;. Un prêtre y dénonce les arrangements avec la conscience:&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Toi, là-bas, si par un regard tu pouvais tuer à la Nouvelle-Hollande [Nouvelle-Zélande], un homme sur le point de périr, et cela sans que la terre le sût, et que ce demi-crime, dis-tu dans ton cœur, te fît obtenir une fortune brillante […]. Tu n’hésiterais pas à répéter: &lt;em&gt;Un homme d’honneur comme moi!&lt;/em&gt; (Balzac, 1999: 539-540).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Associer la distance et ses effets négatifs sur la sensibilité morale avec les Lumières était dans l’air du temps. En témoignent ces quelques lignes:&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;cet esprit de famille, si bizarrement calomnié par certains philosophes, qui, vous dispensant d’aimer votre père ou votre enfant, prétendaient vous inspirer un vif intérêt pour l’habitant de la Chine, ou le sauvage de la nouvelle Hollande. (Itard: 70-71)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Elles proviennent d’un texte du docteur Itard publié en 1801 dans le &lt;em&gt;Mercure de France&lt;/em&gt; en même temps que son rapport sur Victor, l’enfant sauvage de l’Aveyron. Balzac, curieux des débats psychiatriques de l’époque, avait très probablement lu le rapport sur ce patient «qu’il avait sûrement pu voir au jardin du Luxembourg» (Jullien: 26). Aussi, il avait certainement lu la remarque d’Itard sur les philosophes. Mais, à la différence du médecin, il a utilisé séparément les deux contrées, et chez lui, la Chine l’a emporté.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En 1844, dans &lt;em&gt;Modeste Mignon&lt;/em&gt;, la Chine revient quand le poète Canalis désarçonne Dumay:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;[C]ette jeune fille est tout pour vous… Mais dans la société, qu’est-ce? … Rien. En ce moment, le mandarin le plus utile à la Chine tourne l’œil en dedans, et met l’empire en deuil!… cela vous fait-il beaucoup de chagrin? Les Anglais tuent dans l’Inde des milliers de gens qui nous valent, et l’on y brûle, à la minute où je vous parle, la femme la plus ravissante; mais vous n’en avez pas moins déjeuné d’une tasse de café?… En ce moment même, il se trouve dans Paris des mères de famille qui sont sur la paille et qui mettent un enfant au monde sans linge pour le recevoir!… voici du thé délicieux dans une tasse de cinq louis et j’écris des vers pour faire dire aux Parisiennes &quot;&lt;em&gt;Charmant! charmant! divin! délicieux! cela va à l’âme&lt;/em&gt;&quot;. (Balzac, 1976: 593)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le mandarin est là. L’Inde et Paris aussi, illustrant les effets de la distance, géographique ou sociale. Changement de perspective cependant: cette fois, le mandarin «tourne l’œil en dedans», peut-être de maladie ou de vieillesse, rien n’indique que sa mort soit un meurtre. Mais, du sort du mandarin, la postérité a retenu la version violente.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;Formulations proches, destins différents&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;En 1877, quand «Ed. F.» affirme que le «fameux &quot;cas de conscience&quot;» a été formulé par Chateaubriand, il précise: «Il n’y manque rien que le mot &lt;em&gt;mandarin&lt;/em&gt;, substitué par Balzac, dans son &lt;em&gt;Père Gorio&lt;/em&gt;t, à &quot;l’homme de la Chine&quot;». En écrivant «de», il modernise la citation. Dans le long extrait du &lt;em&gt;Génie&lt;/em&gt; qu’il reproduit ensuite, il reprend le «à la Chine» initial. Puis il conclut: «Voilà bien, […], l’origine du &quot;cas du mandarin&quot;, dont un seul mot changé par Balzac avait fait perdre la trace.» (Ed. F. &lt;em&gt;L’Intermédiaire&lt;/em&gt;, 1877: 360-361)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La différence est mineure: «homme à la Chine» chez Chateaubriand, «mandarin» chez Balzac. La formule du romancier a connu une remarquable postérité. Qu’en est-il de celle de son aîné? La presse ne la reprend qu’à partir de 1877-1879, et exclusivement à propos de l’origine de «tuer le mandarin». Avant, la locution est surtout utilisée pour ses vertus morales. En 1825, Pierre Fontanier cite un large extrait du &lt;em&gt;Génie&lt;/em&gt; pour expliciter un passage relatif à «la conscience» dans &lt;em&gt;La religion&lt;/em&gt; de Louis Racine, poète du XVIIIe siècle que Chateaubriand entendait poursuivre (Racine: 29, 55-56). La formule intègre ensuite des livres éducatifs afin de former la conscience à «la Probité», pour de grands élèves, comme dans l’éphéméride &lt;em&gt;Une lecture par jour&lt;/em&gt; (1838-1866), ou des adolescents, comme le &lt;em&gt;Premier livre de l’adolescence, ou Exercices de lecture et leçons de morale à l’usage des écoles primaires&lt;/em&gt; (1843), qui expose la parabole et la commente, mais sans donner le nom de son auteur à ses jeunes lecteurs (Delapalme: 109). En 1894, une revue éducative reprend ce passage du manuel du juriste Delapalme dans des exercices sur la «Probité» pour les «Classes enfantines et cours élémentaires» (Anonyme, &lt;em&gt;L’École et la famille&lt;/em&gt;: 149-150). L’école républicaine recourt aussi à l’extrait de Chateaubriand en le citant explicitement dans les &lt;em&gt;Lectures morales&lt;/em&gt; du recteur Thamin (Thamin et al.: 306-307). Bref, la formule «tuer un Chinois à la Chine», en dépit de l’impact du &lt;em&gt;Génie&lt;/em&gt;&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref5_uxn2znw&quot; title=&quot;«Le Génie du christianisme eut une influence considérable sur les mentalités et la société françaises» (Jung: 116).&quot; href=&quot;#footnote5_uxn2znw&quot;&gt;5&lt;/a&gt;, n’a été que peu reprise, et jamais elle n’est devenue une locution proverbiale courante. Le mot «mandarin» a donc dû compter considérablement dans le succès de l’expression.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;Comment «mandarin» est-il arrivé chez Balzac?&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;Balzac, en incluant le thème des effets de la distance sur la sensibilité et les comportements dans ses romans, reprenait un sujet largement abordé avant lui. Comme certains auteurs qu’il connaissait bien –Chateaubriand, Diderot–, et d’autres, tel Adam Smith&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref6_ie7cymq&quot; title=&quot;Aiguillé par la catastrophe de Lisbonne (1755), mais aussi par un profond intérêt pour la Chine —très sensible dans l’Enquête sur la richesse des nations—, Smith développe une parabole qui imagine un tremblement de terre dévastant la Chine mais qui, après un temps de compassion, trouble moins un Européen que la perte prochaine de son petit doigt (198-199).&quot; href=&quot;#footnote6_ie7cymq&quot;&gt;6&lt;/a&gt;, il a fait intervenir la Chine dans des historiettes sur ce thème. Cependant, par le personnage du riche mandarin assassiné, il a innové. Comment «mandarin» est-il venu sous sa plume ?&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Un de ses contemporains nous offre une piste: l’écrivain et journaliste Jules Janin. Les deux hommes se sont connus très tôt, dès que Balzac fut «placé comme petit clerc» chez un avoué des Halles où Janin servait comme «saute-ruisseau» (Gengembre: 29-30), c’est-à-dire comme jeune chargé des courses. Très intimes un temps, ils se sont brouillés. Le futur «roi de la critique» cultive lui aussi un intérêt pour la Chine, en témoigne son livre &lt;em&gt;Han-Wen, le lettré &lt;/em&gt;(Janin, 1834 a). Fin 1834-début 1835, Jules Janin prononce des leçons à l’Athénée Royal. Dans ses conférences, dont la &lt;em&gt;Revue de Paris&lt;/em&gt; publie le discours d’introduction dans le numéro comportant la première partie du &lt;em&gt;Père Goriot&lt;/em&gt;, Janin traite de l’«Histoire du Journal en France» (Janin, 1834 b: 169-192). Au début de l’année 1835, on rapporte que sa deuxième leçon, qui a évoqué le journal «rimant de mauvais vers sous le cardinal de Mazarin» (&lt;em&gt;Mercure de France&lt;/em&gt;, 1835: 6), a réjoui: «[O]n a beaucoup ri à la lecture d’une pièce intitulée &lt;em&gt;les Cent soixante Manières de tuer le Mazarin&lt;/em&gt;» (7). Pas de trace de cette pièce dans les catalogues. Et malheureusement, la &lt;em&gt;Revue de Paris&lt;/em&gt; ne put incorporer les leçons dans ses colonnes à la suite du refus de l’Athénée-Royal (&lt;em&gt;Revue de Paris&lt;/em&gt;, 1835: 64). Il est cependant certain que «tuer le Mazarin» circulait au temps de la Fronde et, alors qu’aujourd’hui l’habitude est de dire «Mazarin», au XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle dire «le Mazarin» restait commun. Une quarantaine d’années après Janin, sans se référer à lui, et malheureusement toujours sans référence précise, dans un des nombreux articles sur la formule «Tuer le mandarin», un journal explique:&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Les Mémoires du temps rapportent que les Frondeurs poursuivaient Mazarin de leurs chansons et de leurs quolibets. Dans l’un des &lt;em&gt;Pamphlets satiriques&lt;/em&gt; publiés en 1618, on lança contre lui des menaces de mort; mais, pour conserver à ces attaques le côté comique, on modifia le nom de Mazarin, et certaine chanson finissait ainsi (sic):&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 80px;&quot;&gt;Pour avoir du pain et du vin,&amp;nbsp;&lt;br&gt;Il faut &lt;em&gt;Tuer le mandarin&lt;/em&gt;. (Anonyme, &lt;em&gt;Le Journal de la jeunesse&lt;/em&gt;)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il manque certainement «une» devant «certaine», et il faut lire «1648», et non « 1618 ». La consultation de travaux sur le «déluge de libelles diffamatoires» contre Mazarin n’a pas permis d’identifier l’origine de la citation (Carrier, 1989: 55), la piste reste cependant intéressante.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il se peut que Janin, dont Balzac, malgré leur brouille, suivait toujours les propos et écrits, ait parlé avant son cours d’une mazarinade jouant sur «Mazarin» et «mandarin». Dans ses leçons, et certainement ailleurs, il a évoqué une phrase courante du milieu du XVIIe siècle: «tuer le Mazarin», restée dans les mémoires, et qui a pu contribuer à ce que Balzac écrive «tué le Mandarin». Le souvenir d’un pamphlet associant «Mazarin» et «mandarin» pousse à creuser l’idée qu’ils relèvent de la même famille de sons.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Des dictionnaires spécialisés, antérieurs au passage de Balzac, réunissent ces deux vocables comme potentielles rimes riches (Hamoche: 285; Thomas: 107). Des vers y ont recouru:&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Il ne lui faut qu’un chétif mandarin&lt;br&gt;Pour faire encor crier: Au Mazarin! (Rousseau, 1723: 366)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Leur auteur était Rousseau. Pas Jean-Jacques, mais Jean-Baptiste, qu’on peut, comme Louis Racine, considérer comme l’un des prédécesseurs de l’esprit du &lt;em&gt;Génie&lt;/em&gt;. Balzac l’a-t-il lu? En 1820, une édition complète de ses œuvres paraît, doublée l’année suivante d’une anthologie contenant les vers associant «Mazarin» et «mandarin» (Rousseau, 1821: 242). Le 25 décembre 1826, dans ses déboires d’imprimeur, Balzac avait réclamé à un débiteur insolvable, le libraire Frémeau, parmi les livres de son fonds, trois jeux de «J.-B. Rousseau complet» (Balzac, 2006: 194). Le romancier l’a mentionné à plusieurs reprises. &lt;em&gt;Physiologie du mariage&lt;/em&gt;, en 1829, le fait intervenir deux fois (Balzac, 1901: 279 et 281), et de façon très exacte (Milchina: 313). En 1837, dans &lt;em&gt;Illusions perdues&lt;/em&gt;, il semble ironiser sur son style quand le Proviseur d’Angoulême s’enthousiasme pour le poète de la ville: «En l’entendant, le Proviseur du collège, homme flegmatique, battit des mains en disant que Jean-Baptiste Rousseau n’avait pas mieux fait» (Balzac, 1985: 80). Dans sa préface à &lt;em&gt;Une ténébreuse affaire&lt;/em&gt;, l’écrivain s’indigne d’avoir «été l’objet des plus grossiers mensonges», et avance que «sous l’ancienne monarchie, l’honneur des citoyens était un peu plus fortement protégé quand, pour des chansons &lt;em&gt;non publiées&lt;/em&gt;, qui portaient atteinte à la considération de quelques écrivains, J.-B. Rousseau, condamné aux galères, a été forcé de s’expatrier le reste de sa vie» (Balzac, 1991: 281). Balzac connaissait donc les écrits de l’auteur des vers réunissant mandarin et Mazarin.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Andrew Oliver, spécialiste de la génétique balzacienne, constate: «le texte du &lt;em&gt;Père Goriot&lt;/em&gt; subit d’énormes changements entre sa rédaction initiale et la publication des éditions conformes au &quot;Furne corrigé&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref7_xncp9y6&quot; title=&quot;«Furne corrigé» désigne l’exemplaire de cette édition de 1843 sur lequel Balzac a apporté une trentaine de changements, qui seront repris par les éditions ultérieures.&quot; href=&quot;#footnote7_xncp9y6&quot;&gt;7&lt;/a&gt;&quot;» (2011: 63). Au sein de cette écriture constamment en mouvement, les phases impliquant un mandarin et Rousseau existent dès le manuscrit recopié par Balzac&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref8_5mp3dji&quot; title=&quot;Balzac avait d’abord écrit: «un vieux mandarin, un chinois de la chine», puis a biffé «un chinois», selon le manuscrit (Ms Lovenjoul. A 183) conservé à la bibliothèque de l’Institut.&quot; href=&quot;#footnote8_5mp3dji&quot;&gt;8&lt;/a&gt;. Quand il les rédige, il «travaille vingt heures par jour» (24) et parfois davantage, dans un état d’épuisement inhumain&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref9_lrz8fdy&quot; title=&quot;«Je vous enverrai à la fois les 2 1res livraisons d’Études philosophiques, Le Père Goriot et Séraphîta. (…). J’ai encore une vingtaine de jours de travaux constants. La semaine dernière, je n’ai pas pris en tout 10 heures de sommeil. Aussi, hier et aujourd’hui ai-je été, comme un pauvre cheval fourbu, sur le flanc, dans mon lit, ne pouvant rien faire, rien entendre.[…] J’ai commencé à trembler.» (Balzac, 1990: 212-213)&quot; href=&quot;#footnote9_lrz8fdy&quot;&gt;9&lt;/a&gt;. Il ne faut donc pas chercher dans l’anecdote et dans son attribution un geste maîtrisé, mais plutôt une cristallisation d’éléments diffus dans une frénésie de création.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’inclination envers la Chine à la suite de lectures précoces —où les meurtres de mandarins sont fréquents—, les récits paternels&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref10_5rjcxgf&quot; title=&quot;En 1842, il confie: «Mon enfance a été bercée de la Chine et des Chinois par une personne chère [mon père] qui adorait ce peuple étrange.» (Balzac, 1872: 328)&quot; href=&quot;#footnote10_5rjcxgf&quot;&gt;10&lt;/a&gt;&amp;nbsp;et de quelques contemporains, de même que le recours à cette contrée pour énoncer les effets de la distance sur les jugements moraux chez des auteurs qu’il avait lus, ont pesé sur Balzac. Que Janin ait parlé de «tuer le Mazarin», voire d’une mazarinade arborant «tuer le mandarin», a pu jouer. Les vers de Rousseau aussi. Difficile d’éclairer davantage la façon dont «mandarin» et le philosophe sont venus se glisser sous la plume de Balzac. Le plus important est qu’ils comptent largement dans le devenir de cette formule.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Pour l’attribution à Jean-Jacques Rousseau, parler d’erreur est abusif. C’est un roman. Ce sont Rastignac et Bianchon qui discutent. Aussi l’écrivain se trompe-t-il peut-être, mais il peut aussi avoir laissé ses personnages lâcher le nom d’un philosophe qui l’avait marqué (Chollet et al: 251 &amp;amp; Trousson: 26). Les premières reprises de la formule du mandarin, au moins jusqu’aux années 1860, quand elles l’associent à un nom, car il y en a de nombreuses anonymes&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref11_ktx99zn&quot; title=&quot;Citons deux exemples. Dans le Journal du peuple, journal républicain, un «jeune Iroquois» décrit avec ironie le suffrage censitaire comme un système uniquement fondé sur l’argent puisque pour y participer seul compte le montant de ses impôts peu importe «que l’on ait contracté mariage avec une ancienne abbesse, tué un mandarin ou vendu sa patrie» (1). L’économiste belge Molinari, partisan du libre-échange, pour dénoncer ceux qui, égoïstes et réfléchissant à courte vue, se réjouissent du protectionnisme, y recourt: «Dans nous ne savons plus quel traité de casuistique on pose la question que voici: S’il vous suffisait de lever le petit doigt pour tuer un mandarin chinois vieux, laid et podagre, mais riche à millions et dont vous hériteriez, que feriez-vous?» (Molinari, 1847a: 48-49 ; 1847b: 312).&quot; href=&quot;#footnote11_ktx99zn&quot;&gt;11&lt;/a&gt;, mentionnent surtout Rousseau, et très rarement Balzac&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref12_8mi2zzt&quot; title=&quot;C’est néanmoins le cas de Lescadieu en 1836, ou de la première mention en anglais en 1850 dans Singleton Fontenoy, c’est-à dire avant la traduction du Père Goriot, où un personnage présente le cas du mandrin exposé par «Balzac the Inimitable» (Hannay: 92).&quot; href=&quot;#footnote12_8mi2zzt&quot;&gt;12&lt;/a&gt;. Ainsi, en 1835, dans un roman populaire aux intentions morales, un personnage, qui a mis enceinte une femme mariée et a imaginé un temps que la mort du mari mettrait fin à ses tourments, quand il apprend que la dame, prostrée, ne s’alimente quasiment plus:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;«se souv[ient] de J.-J. Rousseau, se demandant ce qu’il ferait, si pour s’enrichir il pouvait, par sa seule volonté, tuer un mandarin de Pékin, sans bouger de Paris, et il se f[a]it horreur. Il avait donc commis deux meurtres, celui du mari par la pensée, et de fait celui de madame Gérard.» (Ricard et al.: 199-200)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En 1845, Monte-Cristo décrit des poisons ne laissant pas de traces à Mme de Villefort qui désire se débarrasser de membres de sa belle-famille. Quand elle oppose que «le crime est toujours le crime», il lui répond:&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;[C]eci est un scrupule qui doit naturellement naître dans une âme honnête comme la vôtre, mais qui en serait bientôt déraciné par le raisonnement. Le mauvais côté de la pensée humaine sera toujours résumé par ce paradoxe de Jean Jacques Rousseau, vous savez: &quot;Le mandarin qu’on tue à cinq mille lieues en levant le bout du doigt.&quot;&amp;nbsp;(Dumas, 1845: 2)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Un peu après, l’expression est dans les &lt;em&gt;Mémoires d’un suicidé&lt;/em&gt; de Du Camp: «Rousseau n’a tué qu’un mandarin, j’en ai tué plus de mille» (1855: 272).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Certainement, des airs de famille entre le dialogue Rastignac-Bianchon et des phrases de Rousseau existent (Rousseau, 1913: 106 ; Rousseau, 1971: 172-173). Et ils ont contribué à ce que beaucoup parlent de cette anecdote comme inventée par le philosophe de Genève. Dans tous les cas, ce nom, puisqu’il continuait d’attiser les débats, a fortement joué dans le retentissement de la formule.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Peut-être la rime efficace Mazarin/mandarin a disposé Balzac à écrire «mandarin». Mais cette résonnance avec la mémoire hostile envers un des personnages historiques les plus détestés a surtout préparé les journalistes, les écrivains et le public, à faire de «tuer le mandarin» une formule. En effet, la rime relevée par des traités de poétique vers 1800 a persisté chez plusieurs écrivains. En 1846, un journal satirique rapporte la visite par le ministre Cunin-Gridaine d’une exposition au Musée chinois de la rue Neuve-Saint-Laurent:&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Tout le monde a visité l’exposition des produits chinois: les artistes et les bourgeois, les sots et les gens d’esprit, les vaudevillistes et les cordonniers.&amp;nbsp;&lt;br&gt;Nous laissons à définir à quelle catégorie de ces curieux appartient certain député ministériel qui disait en sortant:&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 80px;&quot;&gt;«J’ai vu beaucoup de portraits de Mazarins.&amp;nbsp;&lt;br&gt;— Ces Mazarins, répliqua un peintre, ne seraient-ils point parents des mandarins?» (&lt;em&gt;Le Charivari&lt;/em&gt;: 2)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;À la suite de l’évincement d’Ernest Constans de sa fonction de ministre de l’Intérieur le 26 février 1892, Séverine, redoutable journaliste, s’inspire de Maupassant. Elle écrit que Constans, tel Boule-de-Suif, a servi à de basses besognes pour se débarrasser du boulangisme et que, maintenant, beaucoup de ceux qui ont profité de ses manipulations le vilipendent, ou se voient absous de malversations dont ils sont au moins autant responsables que lui. Dans une série d’anaphores, à propos de ce sénateur de la Haute-Garonne, elle assène:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Boule-de-Suif, ce Mazarin de Toulouse, ce Mandarin de Paris… énigmatique figure, gouailleuse et têtue; sphinx qui dévora la Boulange pour le compte du maître, et que le maître ingrat renvoie à sa niche d’un coup de pied! (1)&lt;br&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp; &amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Séverine se qualifiait de «frondeuse». Dans la lignée des mazarinades, en jouant sur Mazarin-Mandarin, elle retrouvait peut-être une association qui avait déjà servi à dénoncer. Surtout, elle démontrait que cette réunion fonctionnait encore pour désigner un politique intriguant, associé à des affaires financières douteuses, et qui, cette fois, tel le mandarin de la fable, devenait une victime.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’attrait de cette rime a duré. Le &lt;em&gt;Petit dictionnaire des rimes françaises&lt;/em&gt;, publié en 1850 et réédité – avec de nombreux tirages – au moins quatre fois jusqu’en 1908, la répertorie (Sommer, 1894: 238). Et, à la fin du XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle, certains en useront encore&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref13_303drra&quot; title=&quot;Dans «En voilà une histoire!», nouvelle de 1985, un homme commande un «mazarin», boisson qu’il est persuadé avoir bu en compagnie d’une femme un mois plus tôt. Le tenancier lui assure qu’il ne vend rien de tel, et n’a jamais entendu parler d’«un truc pareil». Il lui demande alors: «Vous voulez peut-être dire un mandarin?». «Non, mazarin», répète-t-il, dépité (Rollin, 83). Même emploi, dans le poème «L’État c’est qui?», de Pierre Delanoë: «Quelques mandarins de haut-vol/Quelques Mazarins en sous-sol» (Delanoë, 33).&quot; href=&quot;#footnote13_303drra&quot;&gt;13&lt;/a&gt;.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;Relais multiplicateurs&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;Le 20 novembre 1855 se joue la première d’&lt;em&gt;As-tu tué le mandarin?&lt;/em&gt; Cette pièce offre une variante de l’historiette qui va fournir une formule promise à une longue postérité et à des applications multiples: «bouton de/du mandarin». Procope, jeune homme ruiné, n’ayant plus le goût à rien, est prêt à tuer le mandarin. À son ami Maxime, il définit l’expression: «être disposé à tout pour arriver à la fortune, en sauvant seulement les apparences». Son ami s’offusque, Procope argumente:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Tu n’as donc jamais lu Jean-Jacques? (Il tire un livre de sa poche.) Tiens, écoute ce que dit cet ami de l’humanité: «S’il suffisait pour devenir le riche héritier d’un homme qu’on n’aurait jamais vu, dont on n’aurait jamais entendu parler, et qui habiterait le fin fond de la Chine, de pousser un bouton pour le faire mourir…, qui de nous ne pousserait pas ce bouton?…»&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 80px;&quot;&gt;Maxime: Dame, c’est vrai! Et cependant, ce n’en serait pas moins un assassinat…&lt;br&gt;Procope: Oh! Oh!... un vilain magot… un habitant de Nankin, de Pékin!&amp;nbsp;&lt;br&gt;Maxime: De près ou de loi, c’est toujours un crime!...&lt;br&gt;Procope: Oui, mais pousser le bouton, et palper les monacos du chinois…c’est bien tentant… (Monnier et al: 6)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Par la suite, Procope monologue:&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;[J]e veux m’étaler à mon aise dans cette idée saugrenue… Un Chinois, ce n’est pas un homme, c’est un atroce singe… Un mandarin passe dans une rue de Pékin ou de Kanton…je touche le bouton de cette porte… il tombe… est-ce que suis coupable?... Je n’ai pas d’épées, pas de pistolets, pas de poignards, rien dans les mains, rien dans les poches… (7)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;«vilain magot», «atroce singe», les mots sont durs. Il s’agit avant tout d’un calembour de mauvais goût autour de «magot» dont le &lt;em&gt;Trésor de la Langue Française informatisé&lt;/em&gt; détaille la polysémie: un gros singe (l’animal désigné ainsi apparaît régulièrement dans les descriptions d’alors de la Chine); un homme très laid et/ou très sot; un «bibelot figurant un personnage plus ou moins grotesque, sculpté ou modelé, provenant ou imité de l’Extrême-Orient», lesquels étaient populaires dans beaucoup d’intérieurs aisés à partir du milieu du XVIIIe siècle et dont deux exemplaires servaient d’enseigne à un magasin réputé d’articles de soie qui deviendra en 1885 le célèbre café des Deux Magots; et bien sûr une grosse somme d’argent (ATILF). Finalement, en tremblant, Procope touche le bouton de porte, le tire, le bouton résiste, il l’arrache, et tombe. Il récupère alors un portefeuille, copieusement garni, veut le rendre, mais des déconvenues rocambolesques adviennent à cet homme qui n’a rien fait de mal… sauf en pensée:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Sans m’en douter, aurais-je du sang chinois à ma chemise?... […] Oh! je sais le nom du mandarin que j’ai boutonné…il s’appelle la conscience…(14)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La nouveauté de ce petit vaudeville: un bouton de porte qui entraîne du suspense autour de ce que fera le personnage. Le meurtre du mandarin se fait toujours à distance, non plus en esprit, mais par un geste concret, par le truchement d’un mécanisme. Il semble que Monnier et Martin partagent l’initiative de cette image avec un contemporain. D’ailleurs, la recension de la pièce par le &lt;em&gt;Figaro&lt;/em&gt; reprend la citation attribuée à Rousseau sans commenter le «bouton», comme si les auteurs du compte-rendu n’étaient pas étonnés de cet usage (Villemot: 2). Cette prétendue citation constitue l’épigraphe d’une chanson de Louis Protat publiée en 1857, mais entonnée avant dans la célèbre goguette «Le Caveau»: &lt;em&gt;Tuons le mandarin&lt;/em&gt;. Après avoir récité le texte attribué à Rousseau, le chansonnier annonce:&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Le philosophe de Genève&amp;nbsp;&lt;br&gt;Du rideau n’a tiré qu’un coin;&amp;nbsp;&lt;br&gt;Mais l’opinion qu’il soulève&amp;nbsp;&lt;br&gt;Peut s’étendre beaucoup plus loin:&amp;nbsp;&lt;br&gt;Je veux prouver, et c’est facile,&amp;nbsp;&lt;br&gt;Qu’en France, aussi bien qu’à Pékin,&amp;nbsp;&lt;br&gt;Pour le motif le plus futile,&amp;nbsp;&lt;br&gt;Chacun tuerait le Mandarin.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il décline ensuite toutes sortes de situations inconfortables ou ridicules, dont beaucoup, pour en échapper, tueraient un mandarin: revers en bourse, oubli de son porte-monnaie, colique à bord d’un train, volonté d’attirer l’attention d’une femme, vieilles ayant perdu leur chien, auteur de pièces refusées, soldat aspirant à devenir caporal, etc.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Totalement inventée, l’épigraphe sera pourtant reprise par beaucoup comme authentique. Elle contribuera à ancrer profondément l’attribution de l’historiette du mandarin à Rousseau. Certes, comme mentionné plus haut, dès 1879 des lecteurs avisés ont assuré que le philosophe n’avait rien écrit de tel. Du Camp a certainement tenu compte de cette remise en cause, puisqu’il a supprimé «Rousseau n’a tué qu’un mandarin» de ses &lt;em&gt;Mémoires d’un suicidé&lt;/em&gt;, à moins qu’il n’ait considéré ces mots comme devenus trop banals (1890: 275). Mais cette vérité, en dépit de mises au point très claires, ne s’est pas imposée&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref14_xwzrd9t&quot; title=&quot;Par exemple, celle de Paul Ronaï (1930).&quot; href=&quot;#footnote14_xwzrd9t&quot;&gt;14&lt;/a&gt;. Au contraire, la fausse attribution s’est perpétuée, et on l’entend encore aujourd’hui. Parmi les grandes voix qui ont contribué à ce prolongement: Freud.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En 1932, le psychanalyste développe l’idée selon laquelle les hommes&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;se permettent […] régulièrement de commettre le mal qui leur promet des agréments, pour peu qu’ils soient sûrs que l’autorité n’en apprendra rien ou ne pourra rien leur faire, et ils n’ont d’angoisse que celle d’être découverts. (1998 [1932]: 68)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il ajoute en note: «Que l’on pense au célèbre mandarin de Rousseau» (68). Sur un exemplaire en allemand, une main a barré «Rousseau», et inscrit «Voltaire» (Freud, 1931: 102). En 1915, dans «Considérations actuelles sur la guerre et sur la mort», Freud avait fait appel au moment où «Balzac cite un passage de Rousseau». Par cette référence, il avançait que d’autres avant lui avaient souligné la propension humaine «à supprimer mentalement tout ce qui se trouve sur notre chemin». Et il avait précisé que «[t]uer le mandarin est devenu alors une expression proverbiale de cette disposition secrète, inhérente même aux hommes de nos jours» (Freud, 1968: 259-260). Arrêtons-nous sur un détail, qui souligne le poids de cette formule. Freud, qui la reprend en français, avait écrit: «Tuer son mandarin» (1924: 31). En 1927, le traducteur Samuel Jankélévitch, porté par l’habitude de l’expression, l’a toutefois réécrite dans sa forme commune. Des traducteurs ultérieurs ont rétabli, en signalant l’écart, la transcription de Freud (Bourguigon et al., dans Freud, 1981: 38; Blondel et al., dans Freud, 2017: 83).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le vaudeville de Monnier associe «mandarin» et «bouton». Cette réunion tient à des expressions qui couraient depuis longtemps. Au XIXe siècle, et bien avant, divers textes qualifient de «boutons de/du mandarin» les billes de couleurs ornant les chapeaux, et marquant leur hiérarchie, des lettrés, administrateurs et officiers militaires chinois. Rapidement, ces mots désignent tant le signe distinctif que la fonction ou le privilège. Et, «bouton de mandarin», comme déjà le faisait «mandarin», s’applique progressivement à des fonctions et à des grades français et occidentaux. Puisque les charges de mandarin s’obtenaient à la suite d’examens, — en principe car la réalité était plus complexe (Will, 218-219 et 224-225) — «bouton de mandarin» prend aussi le sens de diplôme, surtout ceux jugés peu utiles ou artificiels. De plus, depuis le Grand Siècle, «serrer le bouton à quelqu’un», en lien avec le «bouton de bride» servant à tendre les rênes, exprime le fait de «presser vivement» un individu (Larousse, 1875: 614). Enfin, cet objet exotique et ses significations imagées rencontrent à la fin du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle la modernisation qui, au fil des progrès technologique, étendra les domaines d’utilisation des boutons: éclairage, radio, télévision, électroménager, manette, voiture, avion, détonateur, etc. Avec ces changements technologiques, le champ d’application de «bouton de mandarin» et «mandarin» augmente considérablement, ainsi que leur charge de toute puissance et d’immédiateté. En conséquence, la locution concerne toujours des actes malveillants et des homicides&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref15_1f1bzm0&quot; title=&quot;Maigret raconte que dans les salons bourgeois de Reims des gens demandent par jeu: «&amp;quot;S’il vous suffisait de presser un bouton électrique pour tuer un mandarin très riche au fond de la Chine et en hériter, le feriez-vous?… &amp;quot;» (Simenon: 179-180). Gracq évoque «la mort du mandarin de la Chine lorsqu’il entre enfin dans le dessein de l’auteur de presser négligemment le bouton» dans des commentaires sur les tragédies (Gracq: 934). San-Antonio dit d’un suspect qu’il «n’aurait pas le triste courage de trucider ses contemporains. Le bouton du mandarin a été inventé pour des chétifs du bulbe comme lui.» (San-Antonio: 104). Une essayiste fasciste déclare les idéaux d’égalité et de fraternité absolument contraires à la nature humaine car: «Que de rois, de présidents de Républiques ou de sociétés, de directeurs, d’héritiers de titres ou d’argent, disparaîtraient brutalement si le fameux bouton du mandarin existait!» (Deloncle Corrèze: 241).&quot; href=&quot;#footnote15_1f1bzm0&quot;&gt;15&lt;/a&gt;, mais elle s’utilise aussi pour des actions instantanées non meurtrières&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref16_xbntnxl&quot; title=&quot;Vers 1950, Thierry Maulnier, essayiste de droite « ultra », écrit que seule une minorité d’ouvriers français communistes s’en servirait pour établir en France le régime stalinien (Maulnier, 138) ; et un journal québécois recommande de tester ses amis par le «jeu du bouton» consistant à «se mettre dans la peau d’un banquier», en faillite et près du suicide, à qui on propose la prospérité en actionnant le fameux bouton (Photo-Journal: 36). En 1967, le démographe Alfred Sauvy désigne par «bouton de mandarin» l’illusion que le contrôle des naissances résoudra les problèmes de surpopulation (Sauvy: 109).&quot; href=&quot;#footnote16_xbntnxl&quot;&gt;16&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Avec ses pouvoirs multipliés, «bouton de mandarin» s’adapte à l’escalade guerrière. En 1945, Georges Dumani dénonce ceux qui ont actionné le «nouveau bouton de mandarin», la guerre mondiale, gigantesque comparé à l’ancien qui provoquait la mort d’un homme et apportait la fortune, car ils ont causé des millions de morts, d’effroyables destructions et accumulé des richesses colossales (Dumani: 4). L’expression s’applique remarquablement aux «progrès» de l’arsenal militaire. En 1933, la nouvelle «Crimes instantanés. En pressant sur le bouton du Mandarin» imagine un expert criminaliste de l’an 3000 racontant cette évolution (Groc: 37-39). Mais maints commentateurs y recourent pour décrire des armes réelles: l’attaque microbienne en 1933 (Romieu: 51-52), un croiseur en 1940 (Dussart: 3), un bombardement aérien en 1944 (Simon: 168), la bombe atomique au sortir de la guerre (Guyot: 10 ; Gide: 339), les systèmes électroniques militaires en 1964 (Cagger: 41). Le bouton du mandarin s’accommode des terribles évolutions des arsenaux capables de tuer de plus en plus loin, avec de moins en moins de danger et de sentiment de responsabilité dans l’agression, et donc intervient dans un commentaire sur l’usage des drones (Miller: 120), comme dans le corrigé proposé par un général instructeur aux candidats aux concours d’admission à l’École de Guerre ayant planché sur le thème des «technologies qui éloignent le combattant du lieu de bataille»:&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;On utilise de plus en plus le “bouton du mandarin”, pour reprendre une métaphore souvent attribuée à Jean-Jacques Rousseau. (Delochre, 2018)&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;Rencontre érotique&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;En s’associant au «bouton», le «mandarin » a ainsi acquis une charge d’évocation considérable et extrêmement plastique. Un autre télescopage linguistique lui a ouvert un autre destin singulier. Dans &lt;em&gt;Le petit citateur&lt;/em&gt;, recueil d’expressions érotiques et pornographiques publié en 1881, figure cette entrée:&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;TUER LE MANDARIN, (…) Se suicider à force de se balancer le chinois.&lt;br&gt;Cette expression se trouve dans J.-J. Rousseau, mais, avec une signification tout-à-fait différente. (Choux, 347)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En 1864, Delvau, dans son dictionnaire consacré à l’érotisme, qui lui valut bien des problèmes et qu’il avait édité avant celui sur la &lt;em&gt;Langue verte&lt;/em&gt;, n’avait pas incorporé cette expression&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref17_dl66ly0&quot; title=&quot;Même constat dans l’édition augmentée qu’il avait préparée, mais ne put publier avant sa mort (Delvau, 1891).&quot; href=&quot;#footnote17_dl66ly0&quot;&gt;17&lt;/a&gt;. Elle lui avait échappé, ou alors il n’avait pas osé la citer, ou plus simplement elle n’existait pas encore.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;«Tuer le mandarin» avait donc rencontré le sens argotique de «Chinois» que &lt;em&gt;Le petit citateur&lt;/em&gt; définit comme suit: «Le vit toujours chauve —par la tête— et pour qui le con n’est rien moins que le &lt;em&gt;céleste&lt;/em&gt; empire. On dit: se polir, ou se balancer le &lt;em&gt;Chinois&lt;/em&gt;, pour se branler.» (86). Il est certain que le sens familier de «mandrin» (227) (pénis de grande taille), a contribué à cette invention qui circule encore un siècle plus tard&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref18_4faq2z9&quot; title=&quot;«Je ne pratiquais que la bonne vieille pignole à poing fermé, baptisée par les spécialistes: (…) épouser la veuve poignet; tuer le mandarin.» (Dubois-Jolly, 31)&quot; href=&quot;#footnote18_4faq2z9&quot;&gt;18&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;Resserrement des applications&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;Aujourd’hui, «tuer le mandarin» et consorts n’ont pas disparu. Citons quelques exemples. En 1995, Philippe Thureau-Dangin, alors rédacteur en chef de &lt;em&gt;Courrier international&lt;/em&gt;, y recourt dans l’un des tout premiers essais sur la déferlante du néo-libéralisme pour décrire des phénomènes qui, en plaçant la concurrence et le marché dans tous les secteurs de la vie économique et sociale, mènent au pire:&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;[C]’est sur le terrain de la vie sociale générale que les Rastignac laissent faire, par faiblesse ou résignation, les Vautrin —ou qu’ils deviennent eux-mêmes des Vautrin. Étant à mille lieues des conséquences de leurs actes, ils décideront d’un trait de plume ou d’un fax rapidement rédigé [les décisions les plus délétères] et chaque lecteur pourra ajouter les mandarins qu’il a vu tuer ainsi à distance (199-200)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;De son côté, le philosophe et ancien ministre Luc Ferry en use pour illustrer l’idée que, si l’opinion publique se fait souvent intransigeante avec les hauts placés, il faut «douter» de l’affirmation d’«une France d’en bas […] plus morale que celle d’en haut» car peu de citoyens résistent aux possibilités d’avantages personnels par quelques actes illégaux quand ils sont presque sûrs de ne pas se faire avoir:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Comme dit l’adage déjà en vogue au temps de Balzac et Chateaubriand, quand on peut «tuer le mandarin», il est bien rare que l’on s’en prive. (Ferry, 23).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Enfin, Umberto Eco, dissertant sur la nature de l’amour, écrit:&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;L’amour privilégiera toujours mon petit-fils par rapport à un chasseur de phoques. Et même si je ne pense pas (selon la célèbre légende) que je me ficherais de la mort d’un mandarin en Chine (surtout si cela me procurait un avantage), même si je sais que l’heure sonnera aussi pour moi, je serai toujours davantage touché par la mort de ma grand-mère que par celle du mandarin. (254)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ainsi, la formule circule toujours ; mais surtout en clin d’œil érudit à son lustre d’antan ; elle n’est plus dans le langage courant. Pourquoi? En partie parce qu’un des sens de «mandarin» a submergé les autres. Parmi les significations de mandarin, le &lt;em&gt;Trésor de la Langue Française informatisé&lt;/em&gt; donne: «Personnage qui, souvent en raison de ses titres, de ses diplômes, de ses fonctions, fait figure de potentat dans son domaine» et l’illustre par un extrait de &lt;em&gt;Napoléon le Petit&lt;/em&gt; d’Hugo (ATILF). À la suite des mouvements sociaux de la fin des années 1960, cette définition est devenue majoritaire chez le plus grand nombre. Dans «tuer le mandarin», le mandarin est une victime, non un «potentat», aussi la formule a perdu de sa résonnance.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Du côté occidental, «tuer le mandarin» a connu une postérité remarquable. Y-a-t-il eu des réactions du côté chinois? Quelques traces subsistent du choc qu’elle provoqua chez des ressortissants chinois. En décembre 1857, lors d’une soirée donnée par l’écrivain maritime Guillaume de la Landelle, un incident survient:&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Les chroniqueurs (…) vous ont raconté l’histoire du Chinois dont l’enthousiasme pour la France s’est changé en une véritable horreur depuis qu’il a entendu répéter par des Français cette vieille plaisanterie de J.-J. Rousseau: «Qui de nous n’a pas tué son mandarin?» (&lt;em&gt;Le Gaulois&lt;/em&gt;, 1857: 55).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Un mois après, le journal publie une chanson, «inspirée par [la] petite anecdote», envoyée par un de ses abonnés. Il s’agit de «Tuons le mandarin», déjà évoquée, mais son auteur, Protat, n’est pas mentionné (&lt;em&gt;Le Gaulois&lt;/em&gt;, 1858: 69). Autre Chinois à qui l’on prête une peur panique à la suite d’un contact avec l’expression: Chung-Ataï. À l’automne 1851, ce négociant en thé de Canton propose aux Parisiens l’exhibition, fort courue, de ses deux épouses et de sa belle-sœur aux pieds bandés. Ce spectacle, donné devant la reine Victoria en aout 1851, gagne Bruxelles en 1852. Cette année-là, les frères Goncourt font dire à «La Grande Coquette» d’un vaudeville: «Vous figurez-vous, par exemple, Mme Chung-Ataï, accompagnant sur la viole deux pages de Rousseau et un verre d’anisette» (Goncourt: 15). Envisager la musicienne chinoise et le philosophe comme un rapprochement incongru était certainement une allusion à l’historiette du mandarin. En 1860, le journaliste Paul d’Ivoi raconte que Chung-Ataï, après avoir entendu «quelqu’un dire: —Qui de nous n’a pas tué son mandarin?», demanda une explication. On lui répondit que vers la fin du XVIIIe siècle, alors que les hommes se «vantaient d’être vertueux et justes, parce qu’ils ne répandaient pas le sang pour s’enrichir […][,] le génie du mal métamorphosé en philosophe, Lucifer dit Voltaire» leur expliqua qu’ils agissaient ainsi&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;par crainte des lois plutôt que par amour de Dieu et respect pour la justice. Soyez francs. Si, en disant un mot, vous pouviez, là-bas, à plusieurs milliers de lieues d’ici, sans que personne puisse vous soupçonner que Dieu et votre conscience, tuer un mandarin chinois et que sa mort dût vous enrichir, hésiteriez-vous?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Leur silence entraîna «un pacte infernal entre les Français et le démon. Et depuis ce temps, ces cruels ont le pouvoir de tuer d’un seul vœu un malheureux Chinois» (Ivoi: 2). Selon Ivoi, Chung-Ataï, apeuré, quitta Paris. Peut-être que les Chinois dont parlent ces articles ne sont qu’un. En effet, Paul d’Ivoi était à la soirée de l’écrivain de marine (Bataille: 2). Toutefois, la presse ne signale plus la présence de Chung-Ataï en France à partir de 1852, ce qui cependant ne veut pas dire qu’il était alors déjà retourné en Chine.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En 1932, une revue italienne spécialisée dans la radio rapporte une anecdote semblable — non mentionnée dans les quotidiens belges (Calcabrina: 25-26). L’ambassadeur de Chine en Belgique, cherchant dans les journaux locaux des informations sur la pression japonaise s’exerçant sur son pays, rencontre le titre &lt;em&gt;Faut-il tuer le mandarin?&lt;/em&gt; Diffusé à maintes reprises en Belgique jusqu’en 1964 (&lt;em&gt;Le Soir&lt;/em&gt;: 12), ce drame radiophonique, imaginé par Théo Fleischman, passa sur les ondes luxembourgeoises, suisses et françaises. Un «étrange visiteur» y présente un boîtier à un banquier en déroute. S’il appuie sur le bouton, il retrouvera la réussite, mais tuera un mandarin en Chine. Plusieurs fois tenté, l’homme d’affaires est sauvé de ses tourments par des aides exceptionnelles. Inquiet de ce titre, le diplomate téléphone à un ministère belge, tombe sur un fonctionnaire facétieux qui l’informe que le mandarin menacé est «Tchang», ce qui ne le renseigne guère. Le diplomate demande qui peut lui expliquer la situation et le sort du mandarin, on lui répond qu’il doit contacter MM. Fleischman et Poot.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Et dans la Chine d’aujourd’hui? Une note accompagne «mandarin» dans l’édition de référence en chinois du &lt;em&gt;Père Goriot&lt;/em&gt;. Elle explique que les Français des XVIII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; et XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècles désignaient souvent les hauts fonctionnaires chinois par ce mot, sans aller plus loin (&lt;em&gt;Ba’erzhake quanji&lt;/em&gt;: 136). Il existe une traduction de l’article de Carlo Ginzburg, «Tuer un mandarin chinois». Le traducteur de cette enquête, qui inclut des remarques sur Diderot, Chateaubriand, Balzac, et qui a contribué à relancer un peu les références à l’expression chez des intellectuels occidentaux, n’a pas commenté la fameuse locution (Ka Luo Jin Zi Bao). Enfin, les principales banques de données chinoises en littérature et sciences humaines n’indiquent pas d’études ou commentaires d’universitaires sur cette expression&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref19_6ysu4ix&quot; title=&quot;Melle Zhong Chenlu, étudiante en master à la Zhejiang University, a vérifié pour moi ces renseignements, je l’en remercie vivement.&quot; href=&quot;#footnote19_6ysu4ix&quot;&gt;19&lt;/a&gt;. Ce silence étonne. Sûrement, du côté occidental, le renouveau de la puissance chinoise a contribué à la perte de résonnance de «tuer le mandarin».&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le thème hante «Button, Button», nouvelle publiée en 1970 par Richard Matheson. Ce texte mêle des références à la tentation d’Ève et à la boîte de Pandore à des dérivés de l’anecdote, —le procédé du bouton, l’homme mystérieux incitateur comme dans le roman de Queiroz ou dans la pièce de Fleischman—, mais le mandarin n’est pas là. Reste sa trace dans une parole de Norma:&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;— S’il s’agit d’un vieux paysan chinois à quinze mille kilomètres d’ici? D’un congolais rongé par la maladie?&lt;br&gt;— Et pourquoi pas d’un bébé de Pennsylvanie? contra Arthur. Ou d’une adorable petite fille de l’immeuble d’à côté? (Matheson: 291).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans l’adaptation pour un épisode de «Twilight Zone» diffusé la première fois en 1986, Norma parle d’un «chinese peasant or something» (Medak). Dans &lt;em&gt;The Box&lt;/em&gt;, film de 2009, qui s’en inspire dans sa première partie avant d’enchaîner vers un scénario compliqué qui a perdu plus d’un spectateur, le personnage évoque un «murderer on death row in China» (Kelly). Et sur des plateformes comme Dailymotion ou Youtube, divers courts-métrages adaptent Richard Matheson, parfois très fidèlement.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;De ce parcours à travers les migrations de «tuer le mandarin» et de ses proches variantes se dégagent quelques points. Pendant un siècle, ces formules ont été les véhicules d’une idée profonde, et fort ancienne: la distance, physique ou sociale, exerce une forte influence, en particulier elle atténue la sensibilité, la compassion, la répulsion envers des actes lâches ou cupides…. Aujourd’hui, ces expressions se sont presque effacées du domaine grand public. Par contre, les interrogations et inquiétudes à propos des rapports troubles qu’entretiennent les sentiments et comportement avec la distance demeurent puissantes.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;h2&gt;Bibliographie&lt;/h2&gt;&lt;h3&gt;1. Sources chinoises :&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;BA’ERZHAKE&lt;/em&gt;, 1986. &lt;em&gt;Ba’erzhake quanji&lt;/em&gt;, Vol. 5. Beijing : Renmin wenxue chubanshe. [Œuvres complètes de Balzac, vol. 5]&lt;/p&gt;&lt;p&gt;KA LUO JIN ZI BAO, 2017. &lt;em&gt;De Lun Shuo: Wei Shi Guan, Xi Jie, Bian Yuan&lt;/em&gt;. Zhengzhou : Da Xiang Chu Ban She. [Carlo Ginzburg, &lt;em&gt;On Microhistory, Details, and Margins&lt;/em&gt;]&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Sources audiovisuelles :&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Button, Button&lt;/em&gt;, réalisateur : Peter Medak, Scénario Logan Swanson (pseudonyme de Richard Matheson), diffusé pour la première fois en 1986 sur CBS.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;T&lt;em&gt;he Box&lt;/em&gt;, réalisateur : Richard Kelly, Scénario : Richard Kelly, sorti en 2009.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;2. Références sans nom d’auteur :&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;«L&#039;Athénée-Royal, auquel ces leçons sont destinées, s&#039;oppose à l&#039;accomplissement de nos désirs », &lt;em&gt;Revue de Paris&lt;/em&gt;, 4 janvier 1835, p. 64.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;« Le Père Goriot, a True Parisian Tale of the Year 1820 », Blackwood’s Edinburgh Magazine, CCXXXII, February 1835, Part II, vol. XXXVII, p. 348-353.&lt;br&gt;« Athénée Royal. Cours de M. Janin », &lt;em&gt;Le Mercure de France&lt;/em&gt;, 15 février 1835, p. 5-9.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;« IIe lettre d’un jeune Iroquois à son père », &lt;em&gt;Le Journal du peuple&lt;/em&gt;, 24 juin 1838, p. 1.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;« À propos de Bal », &lt;em&gt;Le Gaulois&lt;/em&gt;, 1 décembre 1857, p. 55-56. [Sans titre], Le Gaulois, 1 janvier 1858, p. 69-71.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;« Le langage français. Tuer le mandarin », &lt;em&gt;Le Journal de la jeunesse&lt;/em&gt;, n° 258. Supplément au Journal de la jeunesse, n° 91, 10 novembre 1877, s.p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;« Échos et nouvelles », &lt;em&gt;Le Globe&lt;/em&gt;, 1er octobre 1879, p. 4.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;« La probité », &lt;em&gt;L&#039;École et la famille : journal d&#039;éducation, d&#039;instruction et de récréation&lt;/em&gt;, 1 avril 1894, p. 149-150.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Button, Button&lt;/em&gt;, réalisateur : Peter Medak, Scénario Logan Swanson (pseudonyme de Richard Matheson), diffusé pour la première fois en 1986 sur CBS.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;« Êtes-vous conscient ou instinctif ? Ou l’art de mesurer, par psycho- test, sa capacité de sociabilité »,&lt;em&gt; Photo-Journal&lt;/em&gt;, 30 mars 1950, p. 36.&lt;br&gt;« À la radio », Le Soir, 29 mai 1964, p. 12.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Trésor de la Langue Française informatisé&lt;/em&gt; : « Magot », « Mandarin » En ligne. &lt;a href=&quot;http://atilf.atilf.fr/&quot;&gt;http://atilf.atilf.fr/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;3. Articles parus dans des journaux et revues :&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;&lt;br&gt;ALBENS, Vicomte d’. « Lettres parisiennes », &lt;em&gt;Le Pays : journal des volontés de la France&lt;/em&gt;, 12 octobre 1862, p. 1&lt;/p&gt;&lt;p&gt;AUBRYOT, Xavier. « Les faux moralistes », &lt;em&gt;Figaro&lt;/em&gt;, 4 mars 1858, p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BATAILLE, Ch. « La semaine », &lt;em&gt;Journal amusant&lt;/em&gt;, 19 décembre 1857, p. 2.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;CALCABRINA. « 5 minuti di riposo », &lt;em&gt;L&#039;Antenna – Quindicinale dei radio-amatori italiani&lt;/em&gt;, n° 4, 29 febbraio 1932, p. 25-26.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;CAGGER, Georges. « Technique et Commandement ou réflexions sur le rôle des officiers de la Marine face aux problèmes techniques », &lt;em&gt;Marine&lt;/em&gt;, Oct. 1964, n° 45, p. 41-44.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;DUMANI, Georges. « La plus laide trahison », in &lt;em&gt;Images&lt;/em&gt;, n° 846, 25 novembre 1945, p. 4.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;DUMAS, Alexandre. « Le comte de Monte-Cristo. Troisième partie. Toxicologie (suite) », &lt;em&gt;Journal des débats politiques et littéraires&lt;/em&gt;, 20 juillet 1845, p. 1-2.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;DUSSART, René. « Une “petite barque” de 32000 tonnes : le croiseur “Repulse” », &lt;em&gt;Le Matin&lt;/em&gt;, 21 Février 1940, p. 3.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;ED. F. « Réponses. Tuer le mandarin », &lt;em&gt;L’Intermédiaire des chercheurs et des curieux&lt;/em&gt;, 25 juin 1877, n° 219, Col. 360-361.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;F. L., O.D., « Tuer le mandarin » &lt;em&gt;L’Intermédiaire des chercheurs et des curieux&lt;/em&gt;, n° 62, 25 juillet 1866, col. 433.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;GONCOURT, Edmond et Jules. « La nuit de la Saint-Sylvestre », &lt;em&gt;L’Éclair&lt;/em&gt;, 26 juin 1852, n° 25, p. 13-20.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;ITARD, Jean. « Suite du résumé sur la dernière session du corps législatif. Hospices. Enfants abandonnés. » &lt;em&gt;Mercure de France&lt;/em&gt;, 1 Messidor An IX (20 juin 1801), n° XXV, p. 66-71.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;IVOI, Paul d’. « Courrier de Paris », Figaro, 1 janvier 1860, p. 1-2, 5. JANIN, Jules. « Histoire du Journal en France », &lt;em&gt;Revue de Paris&lt;/em&gt;, t. XII, décembre 1834, p. 169-192.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;FERRY, Luc. « Le peuple plus moral que ses élites ? », &lt;em&gt;Le Figaro&lt;/em&gt;, 15 juillet 2010, p. 23.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;MAX. « Chronique », &lt;em&gt;Le Présent : revue hebdomadaire de la littérature et des beaux-arts&lt;/em&gt;, 1 octobre 1857, p. 237-248.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;MOLINARI, Gustave de. « Histoire du tarif des céréales (1) », &lt;em&gt;Le Libre-Echange. Journal du Travail Agricole, Industriel et Commercial&lt;/em&gt;, n° 30, 22 août 1847, p. 310-312.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;NALIS, A. &lt;em&gt;L’Intermédiaire des chercheurs et des curieux,&lt;/em&gt; n° 60, 25 juin 1866, col. 371.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;P.L. &lt;em&gt;L’Intermédiaire des chercheurs et des curieux&lt;/em&gt;, n° 57, 10 mai 1866, col. 259.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;R.M. et Léon Fox, « Tuer le mandarin », &lt;em&gt;L&#039;Intermédiaire des chercheurs et curieux&lt;/em&gt;, n° 276.1, 10 novembre 1879, col. 646-648.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;4. Références avec nom d’auteur :&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;BALZAC, Honoré. &lt;em&gt;Le Père Goriot&lt;/em&gt;, Manuscrit autographe de la collection Lovenjoul, Ms Lov. A 183, Bibliothèque de l’Institut.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BALZAC, Honoré. 1837. &lt;em&gt;Argow le pirat&lt;/em&gt;e. Paris: Hippolyte Souverain, 237 et 244 p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BALZAC, Honoré. 1842. « La Chine et les Chinois par Auguste Borget ». In Honoré de Balzac, 1872. &lt;em&gt;Œuvres complètes&lt;/em&gt;, t. XXII. Paris: Michel Lévy frères, 628 p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BALZAC, Honoré. 1950. &lt;em&gt;Falthurne : manuscrit de l’abbé Savonati.&lt;/em&gt; Paris: Librairie José Corti, 196 p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BALZAC, Honoré. 1976. &lt;em&gt;Le Père Goriot&lt;/em&gt; In Honoré de Balzac &lt;em&gt;La Comédie humaine&lt;/em&gt;, t. III. Paris: Gallimard, 1751 p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BALZAC, Honoré. 1976. &lt;em&gt;Modeste Mignon&lt;/em&gt; In Honoré de Balzac &lt;em&gt;La Comédie humaine&lt;/em&gt;, t. I. Paris: Gallimard, 1574 p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BALZAC, Honoré. 1981. &lt;em&gt;Le Père Goriot&lt;/em&gt;. Paris: Garnier, 477 p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BALZAC, Honoré. 1990. &lt;em&gt;Lettres à Madame Hanska : 1832-184&lt;/em&gt;4, t. 1. Paris: Laffont, 957 p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BALZAC, Honoré. 1999. &lt;em&gt;Premiers Romans,&lt;/em&gt; t. 2, 1822-1825. Paris: Laffont, 1039 p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BALZAC, Honoré. 2006. &lt;em&gt;Correspondance&lt;/em&gt;, t. I, 1809-1835. Paris: Gallimard, 1604 p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BALZAC, Honoré. 2011. &lt;em&gt;Le Père Goriot. Histoire parisienne&lt;/em&gt;. Paris: Honoré Champion, 304 p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BONIFACE, Alexandre. 1836. &lt;em&gt;Une lecture par jour, mosaïque littéraire, historique, morale et religieuse&lt;/em&gt;, T. I., Hiver. Paris: V. Magen et l’auteur, 416 p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BUI Véronique. 2017. « Portrait de l’écrivain en mandarin : la Chine dans l’œuvre de Balzac avant et après 1842 ». In Véronique Bui et Roland Le Huenen (dir.) &lt;em&gt;Balzac et la Chine. La Chine et Balzac&lt;/em&gt;. Rouen: Presses universitaires de Rouen et du Havre, 240 p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;CHATEAUBRIAND, François-René de. 1978. &lt;em&gt;Essai sur les révolutions. Génie du christianisme&lt;/em&gt;. Paris: Gallimard, 2089 p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;CHOUX, Jules. 1881. &lt;em&gt;Le petit citateur : notes érotiques et pornographiques : recueil de mots et d&#039;expressions anciens et modernes sur les choses de l&#039;amour, etc. pour servir de complément au dictionnaire érotique&lt;/em&gt;. Paris: Paphos, 365 p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;DELANOË, Pierre. 1990. &lt;em&gt;Paroles à lire ou poèmes à chanter&lt;/em&gt;. Paris: le cherche midi, 127p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;DELAPALME, Émile. 1843. &lt;em&gt;Premier livre de l&#039;adolescence, ou Exercices de lecture et leçons de morale à l&#039;usage des écoles primaires&lt;/em&gt;. Paris: Hachette, 144 p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;DELATTRE, Geneviève. 1961. &lt;em&gt;Les opinions littéraires de Balzac&lt;/em&gt;. Paris: Presses Universitaires de France, 416 p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;DELOCHRE, Général Jean-François. 2017. &lt;em&gt;Compilation des devoirs et corrigés 2013-2017. Concours d’admission à l’École de Guerre en 2018. Épreuve de culture et de synthèse&lt;/em&gt;. En ligne. &lt;a href=&quot;http://marechalunjour.unblog.fr/annales-2013-2020/&quot;&gt;http://marechalunjour.unblog.fr/annales-2013-2020/&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;DELON, Michel. 2013. «De Diderot à Balzac, le paradoxe du mandarin. » &lt;em&gt;Revue italienne d’études françaises&lt;/em&gt;. n° 3, p. 1-8.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;DELON, Michel. 2014. «Qu&#039;est-ce qu&#039;un demi-crime?» &lt;em&gt;L&#039;Année balzacienne&lt;/em&gt;. n° 15, p. 187-203.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;DELONCLE CORRÈZE, Mercédès. 1982. &lt;em&gt;Histoire sans égoïsme&lt;/em&gt;. Paris: La Pensée universelle, 297 p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;DELVAU, Alfred. 1864. &lt;em&gt;Dictionnaire érotique moderne par un professeur de langue verte&lt;/em&gt;. Bruxelles: J. Gay, 319 p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;DELVAU, Alfred., 1866. &lt;em&gt;Dictionnaire de la langue verte. Argots parisiens comparés&lt;/em&gt;. Paris: E. Dentu, 406 p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;DELVAU, Alfred. 1866. &lt;em&gt;Dictionnaire de la langue verte. Argots parisiens comparés&lt;/em&gt;. Deuxième édition, entièrement refondue et considérablement augmentée. Paris: E. Dentu, 514 p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;DELVAU, Alfred. 1867. «L’Héritier du mandarin. Journal d’un homme pauvre devenu riche », dans Alfred Delvau, &lt;em&gt;À la porte du paradis&lt;/em&gt;. Paris: Flammarion, 317 p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;DELVAU, Alfred. 1891. &lt;em&gt;Dictionnaire érotique moderne par un professeur de langue verte&lt;/em&gt;. Bâle: Karl Schmidt, 375 p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;DIDEROT, Denis. 1972. &lt;em&gt;Supplément au voyage de Bougainville, Pensées philosophiques, Lettre sur les aveugles&lt;/em&gt;. Paris: Garnier- Flammarion, 186 p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;DIDEROT, Denis. 2004. &lt;em&gt;Entretien d’un père avec ses enfants. In Denis Diderot Contes et Romans.&lt;/em&gt; Paris: Gallimard, 1300 p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;DIDEROT, Denis. 2012. &lt;em&gt;Jacques le Fataliste et son maitre&lt;/em&gt;. Paris: Flammarion, 355 p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;DUBOIS-JOLLY, Aymé. 1980. &lt;em&gt;Les confessions d&#039;un plombier&lt;/em&gt;. Paris: J.-C. Lattès, 233 p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;DU CAMP, Maxime. 1855. &lt;em&gt;Mémoires d’un suicidé&lt;/em&gt;. Paris: Librairie Nouvelle, 308 p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;DU CAMP, Maxime. 1890. &lt;em&gt;Mémoires d’un suicidé&lt;/em&gt;. Paris: E. Girard et A. Boitte, 311 p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;ECO, Umberto. 2016. « Sur la haine et l’amour. » In Umberto Eco &lt;em&gt;Chroniques d’une société liquide&lt;/em&gt;. Paris: Grasset, 507 p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;FLEISCHMAN, Théo. 1948. &lt;em&gt;Le soleil de minuit et autres jeux radiophoniques&lt;/em&gt;. Bruxelles: Labor, 292 p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;FREUD, Sigmund. 1924. &lt;em&gt;Zeitgemäßes über Krieg und Tod&lt;/em&gt;. Wien: Internationaler Psychoanalytischer Verlag, 34 p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;FREUD, Sigmund. 1931. &lt;em&gt;Das Unbehagen in der Kultur&lt;/em&gt;. Wien: Internationaler Psychoanalytischer Verlag, 136 p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;FREUD, Sigmund. 1968. « Considérations actuelles sur la guerre et sur la mort » (1915) In &lt;em&gt;Essais de psychanalyse&lt;/em&gt;. Paris: Payot, 288 p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;FREUD, Sigmund. 1981. « Considérations actuelles sur la guerre et sur la mort » (1915) In &lt;em&gt;Essais de psychanalyse&lt;/em&gt;. Paris: Payot, 277 p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;FREUD, Sigmund. 1998. &lt;em&gt;Le malaise dans la culture&lt;/em&gt;. Paris: Quadrige / Presses Universitaires de France, 94 p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;FREUD, Sigmund. 2017. &lt;em&gt;Propos d’actualité sur la guerre et sur la mort&lt;/em&gt;. Paris: Flammarion, 140 p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;GENDZIER, S. J.. April 1965. « Balzac’s changing attitudes toward Diderot. » &lt;em&gt;French Studies&lt;/em&gt;. Vol. XIX, n° 2, p. 125–143.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;GENGEMBRE Gérard. 2013.&lt;em&gt; Balzac. Le forçat des lettres&lt;/em&gt;. Paris: Perrin, 392 p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;GIDE André et Jacques Schiffrin. 2005. &lt;em&gt;Correspondance (1922-1950)&lt;/em&gt;. Paris: Gallimard, 364 p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;GINZBURG, Carlo. 2001. « Tuer un mandarin chinois » (1994). In &lt;em&gt;Carlo Ginzburg À distance. Neuf essais sur le point de vue en histoire&lt;/em&gt;. Paris: Gallimard, 248 p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;GRACQ, Julien. 1989. « À propos de “Bajazet” » (1944). In Julien Gracq &lt;em&gt;Œuvres complètes&lt;/em&gt;, t. I. Paris: Gallimard, 1447 p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;GROC, Léon. 1933. « Crimes instantanés. En pressant sur le bouton du Mandarin. » &lt;em&gt;Le Miroir du Monde&lt;/em&gt;, p. 37-39.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;GUITTON, Édouard. 2002. « Le “génie du christianisme” avant le Génie du christianisme. » Dix-huitième Siècle. n° 34, p. 149-159.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;GUYOT, général. 1948. « Préface ». In Merle Miller et Abe Spitzer, &lt;em&gt;Nous avons lancé la bombe atomique&lt;/em&gt;. Paris: Le Sillage, 264 p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;HAMOCHE, L.-A. 1802. &lt;em&gt;Nouveau dictionnaire poétique&lt;/em&gt;. Paris: Testu, 679 p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;HANNAY, James. 1850. &lt;em&gt;Singleton Fontenoy&lt;/em&gt;, R.N., t. III. London: Henry Colburn, 285 p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;JANIN, Jules. 1834. Han-Wen, le lettré. Paris: F.-G. Levrault, 200 p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;JULLIEN Dominique. 2011. « Entre psychiatrie et philosophie : la folie dans “Adieu” de Balzac » &lt;em&gt;Littérature&lt;/em&gt;. n° 162, p. 24-35.&lt;br&gt;&lt;br&gt;JUNG, Willi. 2013. «Une défense de l&#039;église: “Jésus-Christ en Flandre” », &lt;em&gt;L&#039;Année balzacienne&lt;/em&gt;. n° 14, p. 113-130.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;LAROUSSE, Pierre. 1873. &lt;em&gt;Grand dictionnaire universel du XIXe siècle : français, historique, géographique, mythologique, bibliographique&lt;/em&gt;, T. 10 L-MEMN. Paris: Administration du Grand Dictionnaire universel, 1494 p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;LAROUSSE, Pierre. 1877. &lt;em&gt;Grammaire littéraire ou explications suivies d&#039;exercices sur les phrases, les allusions, les pensées heureuses empruntées à nos meilleurs écrivains et qui font aujourd&#039;hui partie du domaine public de notre littérature à laquelle elles servent en quelque sorte de condiment&lt;/em&gt;. Livre de l’élève. Paris: A. Boyer, 332 p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;LESCADIEU, Alfred. 1836. &lt;em&gt;Une Fatalité&lt;/em&gt;. Paris: Ed. Legrand et J. Bergounioux, 349 p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;LITTRÉ, Émile. 1877. &lt;em&gt;Dictionnaire de la langue française&lt;/em&gt;. Supplément. Paris: Hachette, 375 p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;MALOUX, Maurice. 1988. &lt;em&gt;Dictionnaire des proverbes, sentences, et maximes&lt;/em&gt;. Paris: Larousse, 628 p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;MONNIER, Albert et Edouard Martin. 1856. &lt;em&gt;As-tu tué le mandarin. Comédie en un acte mêlée de chant, Représentée pour la première fois, à Paris, sur le théâtre du Palais-Royal, le 20 novembre 1855&lt;/em&gt;. Lagny: Vialat, 24 p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;MARTINO, Pierre. 1906. &lt;em&gt;L’Orient dans la littérature française au XVIIe et XVIIIe siècle&lt;/em&gt;. Paris: Hachette, 378 p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;MARTINS, António Coimbra. 1967. &lt;em&gt;Ensaios queirosianos&lt;/em&gt;. Lisbonne: Europa-América, 413 p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;MARTINS, António Coimbra. 1991. « Eça de Queiroz et la “littérature du mandarin” » In &lt;em&gt;Eça de Queiroz Le Mandarin&lt;/em&gt;. Paris: Editions de la Différence, p. 117-180.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;MARTINS, António Coimbra. 2002. «Eça de Queiroz et “Le mandarin” » In &lt;em&gt;Eça de Queiroz, Le Mandarin&lt;/em&gt;. Paris: Minos - Editions de la Différence, p. 7-32.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;MATHESON, Richard. 2004. &lt;em&gt;Nouvelles,&lt;/em&gt; t. 3, 1959-2003. Paris: J’ai lu, 573 p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;MAULNIER, Thierry. 1951. «L&#039;attelage à Quatre.» &lt;em&gt;Hommes et Mondes&lt;/em&gt;. n° 63, p. 137–141.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;MICHEL, Arlette. 2000. « Chateaubriand, Balzac et le temps aboli », &lt;em&gt;L&#039;Année balzacienne&lt;/em&gt;, n° 1, p. 249-264.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;MILLER, Gérard. 2014. &lt;em&gt;Antipathies&lt;/em&gt;, Paris: Grasset, 308 p.&lt;br&gt;&lt;br&gt;MOLINARI, Gustave de. 1847. &lt;em&gt;Histoire du tarif.&lt;/em&gt; II. Les céréales. Paris: Guillaumin et Cie, 75 p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;PROTAT, Louis. 1857. « Tuons le Mandarin. » &lt;em&gt;Le Caveau&lt;/em&gt;. Vol. 23. p. 157-160.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;QUEIROZ, Eça de. 1880. &lt;em&gt;O Mandarim&lt;/em&gt;. Porto: Chardron, 181 p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;RACINE Louis. 1825. &lt;em&gt;La religion, poème&lt;/em&gt;. Paris: Bossange Père, 426 p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;RAPOPORT, Michel. 2019. « Les éditions anglaises de Balzac. 1850- 1900. »&lt;em&gt; L&#039;Année balzacienne&lt;/em&gt;. n° 20, p. 303-315.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;RICARD Auguste et Marie Aycard. 1835. &lt;em&gt;Madame Gérard. Comme on gâte sa vie, Esquisses de mœurs&lt;/em&gt;, t. V. Paris: Charles Lachapelle, 215 p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;ROMIEU, Médecin Général. 1934. « La guerre microbienne. » &lt;em&gt;Revue des Deux Mondes&lt;/em&gt;. vol. 23. n° 1, p. 41-58.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;RONAÏ, Paul. 1930. « &quot;Tuer le mandarin&quot; ». &lt;em&gt;Revue de Littérature Comparée&lt;/em&gt;. n° 10, p. 520-523.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;SAN-ANTONIO. 1996. &lt;em&gt;San Antonio chez les gone&lt;/em&gt;s. Paris: Fleuve Noir, 189 p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;SAUVY, Alfred. 1967. &lt;em&gt;La prévention des naissances&lt;/em&gt;. Paris: Presses Universitaires de France, 128 p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;SIMENON, Georges. 1991. &lt;em&gt;Le pendu de Saint-Pholien&lt;/em&gt;. In Georges Simenon. Œuvre romanesque, t. 16. Paris: Presses de la Cité, 924 p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;SIMON, Sacha. 1947. &lt;em&gt;La Mort dans l&#039;âme&lt;/em&gt;. (S. l.,): Editions Délivrance, 208 p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;SMITH, Adam. 2014. &lt;em&gt;Théorie des sentiments moraux&lt;/em&gt;. Paris: Presses Universitaires de France, 469 p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;SOMMER, Édouard. 1894. &lt;em&gt;Petit dictionnaire des rimes françaises&lt;/em&gt;. Paris: Hachette, 339 p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;SYLVIUS. 1956. « Le speculum oculaire. » &lt;em&gt;Quo vadis: revue littéraire, poétique et satirique&lt;/em&gt;. n° 95, p. 94-100.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;THAMIN, Raymond et Paul Lapie. 1903. &lt;em&gt;Lectures morales : extraites des auteurs anciens et modernes et précédées d&#039;entretiens moraux, publiées conformément aux programmes officiels du 31 mai 1902&lt;/em&gt;. Paris: Hachette, 600 p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;THOMAS, Eugène. 1831. &lt;em&gt;Nouveau dictionnaire de rimes entièrement refondu&lt;/em&gt;, Paris: Charles-Béchet, 320 p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;THUREAU-DANGIN, Philippe. 1995. &lt;em&gt;La concurrence et la mort&lt;/em&gt;. Paris: Syros, 214 p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;TROUSSON, Raymond. 1983. &lt;em&gt;Balzac, disciple et juge de Jean-Jacques Rousseau&lt;/em&gt;. Genève: Droz, 277 p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;VACHON, Stéphane. 1996. « Balzac, Rousseau, Louis Protat. » &lt;em&gt;L’Année Balzacienne&lt;/em&gt; n° 17, p. 395-422.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;

&lt;section  class=&quot;footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed&quot; data-collapsible-show-label=&quot;Notes&quot; data-collapsible-hide-label=&quot;Notes&quot;&gt;&lt;ul class=&quot;footnotes collapsible-content&quot;&gt;&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote1_fb05s1k&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref1_fb05s1k&quot;&gt;1.&lt;/a&gt; Citons trois exemples journalistiques autour des années 1860. En 1858, Aubryot défend la littérature moderne contre ceux qui l’accusent d’être corruptrice et qui la voudraient dispensatrice d’une morale éternelle en comparant l’improbable influence de George Sand sur le suicide de cuisinières illettrées à «tuer le mandarin» (Aubryot: 3). Un chroniqueur l’emploie pour relater les vaines manigances d’un auteur de théâtre, qui avait comploté en achetant leurs billets à des spectateurs devant l’acclamer, dont la pièce a néanmoins été ruinée (Max: 244). Puis, en 1862, un éditorial sur la frénésie de la loterie, «espérance légalement autorisée», la rapproche de l’expérience de pensée consistant à tuer le mandarin pour devenir riche (Albens: 1).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote2_5spn0au&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref2_5spn0au&quot;&gt;2.&lt;/a&gt; Dans plusieurs publications, António Coimbra Martins a suivi cette postérité dans des œuvres en anglais, portugais, allemand, italien, espagnol, hongrois, etc.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote3_3uwo6yu&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref3_3uwo6yu&quot;&gt;3.&lt;/a&gt; Maurice Regard, éditeur des œuvres de Chateaubriand dans la Pléiade, repousse l’idée qu’un texte de Rousseau comporterait la matrice du meurtre du mandarin (Chateaubriand: 1734).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote4_825pihq&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref4_825pihq&quot;&gt;4.&lt;/a&gt; Sur les rapports de Balzac avec l’œuvre de Diderot, voir Gendzier, 1965)&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote5_uxn2znw&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref5_uxn2znw&quot;&gt;5.&lt;/a&gt; «&lt;em&gt;Le Génie du christianisme&lt;/em&gt; eut une influence considérable sur les mentalités et la société françaises» (Jung: 116).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote6_ie7cymq&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref6_ie7cymq&quot;&gt;6.&lt;/a&gt; Aiguillé par la catastrophe de Lisbonne (1755), mais aussi par un profond intérêt pour la Chine —très sensible dans l’&lt;em&gt;Enquête sur la richesse des nations&lt;/em&gt;—, Smith développe une parabole qui imagine un tremblement de terre dévastant la Chine mais qui, après un temps de compassion, trouble moins un Européen que la perte prochaine de son petit doigt (198-199).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote7_xncp9y6&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref7_xncp9y6&quot;&gt;7.&lt;/a&gt; «Furne corrigé» désigne l’exemplaire de cette édition de 1843 sur lequel Balzac a apporté une trentaine de changements, qui seront repris par les éditions ultérieures.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote8_5mp3dji&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref8_5mp3dji&quot;&gt;8.&lt;/a&gt; Balzac avait d’abord écrit: «un vieux mandarin, un chinois de la chine», puis a biffé «un chinois», selon le manuscrit (Ms Lovenjoul. A 183) conservé à la bibliothèque de l’Institut.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote9_lrz8fdy&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref9_lrz8fdy&quot;&gt;9.&lt;/a&gt; «Je vous enverrai à la fois les 2 1res livraisons d’&lt;em&gt;Études philosophiques&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Le Père Goriot&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Séraphîta&lt;/em&gt;. (…). J’ai encore une vingtaine de jours de travaux constants. La semaine dernière, je n’ai pas pris en tout 10 heures de sommeil. Aussi, hier et aujourd’hui ai-je été, comme un pauvre cheval fourbu, sur le flanc, dans mon lit, ne pouvant rien faire, rien entendre.[…] J’ai commencé à trembler.» (Balzac, 1990: 212-213)&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote10_5rjcxgf&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref10_5rjcxgf&quot;&gt;10.&lt;/a&gt; En 1842, il confie: «Mon enfance a été bercée de la Chine et des Chinois par une personne chère [mon père] qui adorait ce peuple étrange.» (Balzac, 1872: 328)&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote11_ktx99zn&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref11_ktx99zn&quot;&gt;11.&lt;/a&gt; Citons deux exemples. Dans le &lt;em&gt;Journal du peuple&lt;/em&gt;, journal républicain, un «jeune Iroquois» décrit avec ironie le suffrage censitaire comme un système uniquement fondé sur l’argent puisque pour y participer seul compte le montant de ses impôts peu importe «que l’on ait contracté mariage avec une ancienne abbesse, tué un mandarin ou vendu sa patrie» (1). L’économiste belge Molinari, partisan du libre-échange, pour dénoncer ceux qui, égoïstes et réfléchissant à courte vue, se réjouissent du protectionnisme, y recourt: «Dans nous ne savons plus quel traité de casuistique on pose la question que voici: S’il vous suffisait de lever le petit doigt pour tuer un mandarin chinois vieux, laid et podagre, mais riche à millions et dont vous hériteriez, que feriez-vous?» (Molinari, 1847a: 48-49 ; 1847b: 312).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote12_8mi2zzt&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref12_8mi2zzt&quot;&gt;12.&lt;/a&gt; C’est néanmoins le cas de Lescadieu en 1836, ou de la première mention en anglais en 1850 dans &lt;em&gt;Singleton Fontenoy&lt;/em&gt;, c’est-à dire avant la traduction du &lt;em&gt;Père Goriot&lt;/em&gt;, où un personnage présente le cas du mandrin exposé par «Balzac the Inimitable» (Hannay: 92).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote13_303drra&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref13_303drra&quot;&gt;13.&lt;/a&gt; Dans «En voilà une histoire!», nouvelle de 1985, un homme commande un «mazarin», boisson qu’il est persuadé avoir bu en compagnie d’une femme un mois plus tôt. Le tenancier lui assure qu’il ne vend rien de tel, et n’a jamais entendu parler d’«un truc pareil». Il lui demande alors: «Vous voulez peut-être dire un mandarin?». «Non, mazarin», répète-t-il, dépité (Rollin, 83). Même emploi, dans le poème «L’État c’est qui?», de Pierre Delanoë: «Quelques mandarins de haut-vol/Quelques Mazarins en sous-sol» (Delanoë, 33).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote14_xwzrd9t&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref14_xwzrd9t&quot;&gt;14.&lt;/a&gt; Par exemple, celle de Paul Ronaï (1930).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote15_1f1bzm0&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref15_1f1bzm0&quot;&gt;15.&lt;/a&gt; Maigret raconte que dans les salons bourgeois de Reims des gens demandent par jeu: «&quot;S’il vous suffisait de presser un bouton électrique pour tuer un mandarin très riche au fond de la Chine et en hériter, le feriez-vous?… &quot;» (Simenon: 179-180). Gracq évoque «la mort du mandarin de la Chine lorsqu’il entre enfin dans le dessein de l’auteur de presser négligemment le bouton» dans des commentaires sur les tragédies (Gracq: 934). San-Antonio dit d’un suspect qu’il «n’aurait pas le triste courage de trucider ses contemporains. Le bouton du mandarin a été inventé pour des chétifs du bulbe comme lui.» (San-Antonio: 104). Une essayiste fasciste déclare les idéaux d’égalité et de fraternité absolument contraires à la nature humaine car: «Que de rois, de présidents de Républiques ou de sociétés, de directeurs, d’héritiers de titres ou d’argent, disparaîtraient brutalement si le fameux bouton du mandarin existait!» (Deloncle Corrèze: 241).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote16_xbntnxl&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref16_xbntnxl&quot;&gt;16.&lt;/a&gt; Vers 1950, Thierry Maulnier, essayiste de droite « ultra », écrit que seule une minorité d’ouvriers français communistes s’en servirait pour établir en France le régime stalinien (Maulnier, 138) ; et un journal québécois recommande de tester ses amis par le «jeu du bouton» consistant à «se mettre dans la peau d’un banquier», en faillite et près du suicide, à qui on propose la prospérité en actionnant le fameux bouton (&lt;em&gt;Photo-Journal&lt;/em&gt;: 36). En 1967, le démographe Alfred Sauvy désigne par «bouton de mandarin» l’illusion que le contrôle des naissances résoudra les problèmes de surpopulation (Sauvy: 109).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote17_dl66ly0&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref17_dl66ly0&quot;&gt;17.&lt;/a&gt; Même constat dans l’édition augmentée qu’il avait préparée, mais ne put publier avant sa mort (Delvau, 1891).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote18_4faq2z9&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref18_4faq2z9&quot;&gt;18.&lt;/a&gt; «Je ne pratiquais que la bonne vieille pignole à poing fermé, baptisée par les spécialistes: (…) épouser la veuve poignet; tuer le mandarin.» (Dubois-Jolly, 31)&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote19_6ysu4ix&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref19_6ysu4ix&quot;&gt;19.&lt;/a&gt; Melle Zhong Chenlu, étudiante en master à la Zhejiang University, a vérifié pour moi ces renseignements, je l’en remercie vivement.&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;/section&gt;&lt;/div&gt;
      &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item odd&quot;&gt;&lt;a href=&quot;/fr/taxonomy/term/53401&quot; typeof=&quot;skos:Concept&quot; property=&quot;rdfs:label skos:prefLabel&quot;&gt;Imaginaire de la théorie&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&lt;a href=&quot;/fr/taxonomy/term/53405&quot; typeof=&quot;skos:Concept&quot; property=&quot;rdfs:label skos:prefLabel&quot;&gt;Penser le contemporain&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
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 <pubDate>Mon, 08 Nov 2021 19:18:30 +0000</pubDate>
 <dc:creator>Alexandra Boilard-Lefebvre</dc:creator>
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 <title>À l’origine de tous les mots: maudit téléphone mobile! Le cas chinois, avec le roman «Le téléphone portable» de Liu Zhenyun</title>
 <link>https://oic.uqam.ca/fr/communications/a-lorigine-de-tous-les-mots-maudit-telephone-mobile-le-cas-chinois-avec-le-roman-le</link>
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&lt;span class=&quot;biblio-authors&quot; &gt;&lt;a href=&quot;/fr/biblio?f%5Bauthor%5D=5580&quot; rel=&quot;nofollow&quot;&gt;Jeanne-Perrier, Valérie&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;. 2019. « &lt;a href=&quot;/fr/biblio/a-lorigine-de-tous-les-mots-maudit-telephone-mobile-le-cas-chinois-avec-le-roman-le-telephone&quot;&gt;&lt;span class=&quot;biblio-title&quot; &gt;À l’origine de tous les mots: maudit téléphone mobile! Le cas chinois, avec le roman &#039;&#039;Le téléphone portable&#039;&#039; de Liu Zhenyun&lt;/span&gt;&lt;/a&gt; ». Dans le cadre de &lt;span  style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;Raconter l&#039;Internet et les réseaux socionumériques&lt;/span&gt;. Journée d’étude organisée par Figura-NT2 Concordia / Figura, le Centre de recherche sur le texte et l&#039;imaginaire. Montréal, Université Concordia, 3 mai 2019. Document audio. En ligne sur le site de l’Observatoire de l’imaginaire contemporain. &amp;lt;&lt;a href=&quot;https://oic.uqam.ca/fr/communications/a-lorigine-de-tous-les-mots-maudit-telephone-mobile-le-cas-chinois-avec-le-roman-le&quot;&gt;https://oic.uqam.ca/fr/communications/a-lorigine-de-tous-les-mots-maudit-telephone-mobile-le-cas-chinois-avec-le-roman-le&lt;/a&gt;&amp;gt;. Consulté le 1 mai 2023.&lt;span class=&quot;Z3988&quot; title=&quot;ctx_ver=Z39.88-2004&amp;amp;rft_val_fmt=info%3Aofi%2Ffmt%3Akev%3Amtx%3Adc&amp;amp;rft.title=%C3%80+l%E2%80%99origine+de+tous+les+mots%3A+maudit+t%C3%A9l%C3%A9phone+mobile%21+Le+cas+chinois%2C+avec+le+roman+%26%23039%3B%26%23039%3BLe+t%C3%A9l%C3%A9phone+portable%26%23039%3B%26%23039%3B+de+Liu+Zhenyun&amp;amp;rft.date=2019&amp;amp;rft.aulast=Jeanne-Perrier&amp;amp;rft.aufirst=Val%C3%A9rie&amp;amp;rft.pub=Figura-NT2+Concordia+%2F+Figura%2C+le+Centre+de+recherche+sur+le+texte+et+l%26%23039%3Bimaginaire&amp;amp;rft.place=Montr%C3%A9al%2C+Universit%C3%A9+Concordia&quot;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
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 <pubDate>Tue, 03 Dec 2019 18:20:29 +0000</pubDate>
 <dc:creator>Alexandra Boilard-Lefebvre</dc:creator>
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 <title>Organisations secrètes: la Gauche prolétarienne dans la littérature française contemporaine</title>
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 <description>&lt;div class=&quot;field field-name-field-cahier-remix field-type-entityreference field-label-above&quot;&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&amp;lt;span class=&amp;quot;biblio-authors&amp;quot; &amp;gt;Barraband, Mathilde&amp;lt;/span&amp;gt;. 2014. « &amp;lt;span class=&amp;quot;biblio-title&amp;quot; &amp;gt;Organisations secrètes: la Gauche prolétarienne dans la littérature française contemporaine&amp;lt;/span&amp;gt; ». En ligne sur le site de l’Observatoire de l’imaginaire contemporain. &amp;amp;lt;https://oic.uqam.ca/fr/remix/organisations-secretes-la-gauche-proletarienne-dans-la-litterature-francaise-contemporaine&amp;amp;gt;.  Publication originale : (&amp;lt;span  style=&amp;quot;font-style: italic;&amp;quot;&amp;gt;Romans à clés. Les ambivalences du réel&amp;lt;/span&amp;gt;. 2014. Presses universitaires de Liège. p. 179-193).&amp;lt;span class=&amp;quot;Z3988&amp;quot; title=&amp;quot;ctx_ver=Z39.88-2004&amp;amp;amp;rft_val_fmt=info%3Aofi%2Ffmt%3Akev%3Amtx%3Adc&amp;amp;amp;rft.title=Organisations+secr%C3%A8tes%3A+la+Gauche+prol%C3%A9tarienne+dans+la+litt%C3%A9rature+fran%C3%A7aise+contemporaine&amp;amp;amp;rft.date=2014&amp;amp;amp;rft.issue=Romans+%C3%A0+cl%C3%A9s.+Les+ambivalences+du+r%C3%A9el&amp;amp;amp;rft.spage=179&amp;amp;amp;rft.epage=193&amp;amp;amp;rft.aulast=Barraband&amp;amp;amp;rft.aufirst=Mathilde&amp;amp;amp;rft.pub=Presses+universitaires+de+Li%C3%A8ge&amp;quot;&amp;gt;&amp;lt;/span&amp;gt;&lt;/div&gt;
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 <pubDate>Thu, 10 Jan 2019 21:02:49 +0000</pubDate>
 <dc:creator>Camélia Paquette</dc:creator>
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 <title>L’animal comme médium? Controverse autour de l’exposition «Art and China after 1989: Theater of the World»</title>
 <link>https://oic.uqam.ca/fr/communications/lanimal-comme-medium-controverse-autour-de-lexposition-art-and-china-after-1989</link>
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 <pubDate>Thu, 12 Apr 2018 17:43:03 +0000</pubDate>
 <dc:creator>Jasmin Cormier</dc:creator>
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 <title>De l&#039;action au sensible: changement de paradigme dans «Le vol du pigeon voyageur» de Christian Garcin  </title>
 <link>https://oic.uqam.ca/fr/remix/de-laction-au-sensible-changement-de-paradigme-dans-le-vol-du-pigeon-voyageur-de-christian</link>
 <description>&lt;div class=&quot;field field-name-field-cahier-remix field-type-entityreference field-label-above&quot;&gt;
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Or, de nombreuses œuvres romanesques écrites à l’aube du&amp;nbsp;&lt;span style=&quot;font-size: 0.8125rem;&quot;&gt;XXI&lt;/span&gt;&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 0.8125rem;&quot;&gt; siècle ne correspondent plus à ce modèle, lequel est d’ailleurs sujet, comme le souligne Dominique Viart, «à toutes sortes de ruptures, de variantes, de superpositions, de dissolutions ou de fragmentations» (1998: 12). Le récit, en déséquilibre constant, est dès lors sans cesse remis en question. Frances Fortier et Andrée Mercier, confrontées à une redéfinition contemporaine des concepts de narration, d’intrigue et de personnages, proposent de nouvelles façons d’aborder les textes, notamment par ce qu’elles nomment la narration du sensible&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref1_ymalxb0&quot; title=&quot;«Caractérisé par une mise en jeu des paramètres usuels de la narration – pensons ici aux personnages qui sont rarement décrits, à l’absence d’intrigue, à l’inachèvement de l’histoire –, ce qu’on pourrait appeler le minimalisme narratif, le récit nous semble le plus souvent ordonné à la saisie impressive. Il se présente comme une suite de hic et nunc&amp;nbsp;qui abolissent la distanciation temporelle au profit d’un rapport spatial immédiat: &amp;quot;moi, ici, maintenant, je ressens cela&amp;quot;. [...] On ne raconte pas pour expliquer, pour justifier, pour ordonner des événements, mais pour documenter toutes les facettes de la sensation, de toutes les manières possibles.» (Fortier et Mercier, 2004: 196) &quot; href=&quot;#footnote1_ymalxb0&quot;&gt;1&lt;/a&gt;. À cet égard, un type particulier de roman est représentatif des enjeux de la littérature contemporaine: le roman d’enquête. Contrairement au roman policier, le roman d’enquête ne présente pas un enquêteur professionnel et la quête se résout inévitablement par un échec. Plus encore, Nicolas Xanthos indique que «ce qui se joue dans le roman d’enquête, c’est la fin d’une certaine manière de penser l’agir et donc l’être» (2011a: 57). L’enquêteur n’est plus un être d’action: il ne maîtrise plus l’univers dans lequel il se trouve, mais se laisse porter par les événements et s’efface. C’est donc dire qu’une nouvelle vision du monde et de l’être humain se dégage de ces romans. Comment, par conséquent, lire et interpréter ces nouvelles dimensions de l’expérience humaine? Si quelques chercheurs tentent d’apporter des réponses, il semble que chaque texte issu de ce corpus propose ses propres façons d’aborder la question.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 0.8125rem;&quot;&gt;C’est le cas du roman &lt;/span&gt;&lt;em style=&quot;font-size: 0.8125rem;&quot;&gt;Le Vol du pigeon voyageur&lt;/em&gt;&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref2_4i1a82f&quot; title=&quot;Les références dans cette études renvoient à l&#039;édition originale de 2000.&quot; href=&quot;#footnote2_4i1a82f&quot;&gt;2&lt;/a&gt;&amp;nbsp;&lt;span style=&quot;font-size: 0.8125rem;&quot;&gt;de Christian Garcin, qui propose une nouvelle manière d’appréhender certaines dimensions de l’expérience humaine. Il s’agit indubitablement d’un roman d’enquête puisque le héros est un personnage qui semble, à première vue, incomplet et incompétent, dans la mesure où «il est doté de caractéristiques qui entraveront son action» (Xanthos, 2011b: 113). Le déroulement de l’enquête montre que, de toute évidence, ce roman propose une manière tout à fait contemporaine de penser la mise en récit. Dans cet article, nous montrerons que la manière qu’a le héros d’être au monde est caractéristique de la contemporanéité littéraire et implique une posture de lecture bien particulière. De façon générale, le roman de Garcin paraît sembler problématique pour le lecteur qui l’aborderait sous le mauvais angle. En effet, étant donné que le roman d’enquête raconte autre chose et autrement, il doit aussi être lu autrement. En d’autres mots, il semble que ce roman mette en scène ou rejoue l’un des changements de paradigme que connait la littérature contemporaine, c’est-à-dire le passage de l’action au sensible. Plus en détails, nous étudierons l’enquête et ses obstacles, la disparition volontaire et l’effacement, l’être et l’agir ainsi que l’aspect métafictionnel du roman de Garcin.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ce roman met en scène, à titre d’enquêteur, Eugenio Tramonti, journaliste et écrivain amateur, fan de musique populaire. Au début du roman, alors qu’il décide de ne plus rien écrire, sauf quelques entretiens pour le compte du journal, et de ne plus voyager, il quitte Marseille et son amoureuse Mariana pour la Chine sous la directive de son patron, Marc de Choisy-Legrand, afin de réaliser un reportage sur les villes de Pékin et de Xian. Mais ce travail est un prétexte: Choisy-Legrand lui demande en fait de retrouver sa fille Anne-Laure qui habite en Chine depuis deux ans et dont il est sans nouvelles depuis quelques mois. Arrivé en Chine, Eugenio doit rencontrer quatre personnes qui ont connu Anne-Laure, selon les consignes de son patron. Seulement, ces dernières ne détiennent que très peu d’informations sur la jeune fille et sur sa disparition. Entre Pékin et Xian, Eugenio fait la rencontre de deux autres personnes qui l’accompagneront d’une certaine façon dans ses pérégrinations: Zhang Hiangyun, un astrophysicien amoureux de la langue française, et Béatrice Alighierie, une Française qui travaille comme guide touristique à l’hôtel où séjourne Eugenio.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;À travers le brouhaha et les labyrinthes de Pékin et de Xian, Eugenio se rapproche, sans savoir comment, de la jeune fille disparue. Le petit ami d’Anne-Laure, Pietro Savelli, vient à sa rencontre alors que rien ne le laisse présager. Ce qu’il apprend à Eugenio le surprend d’abord: Anne-Laure est morte. À vrai dire, Anne-Laure est morte &lt;em&gt;pour&lt;/em&gt; son père. Elle désire ne plus exister pour lui maintenant qu’elle a choisi de rester définitivement en Chine. Eugenio se retrouve dès lors devant deux dilemmes: ira-t-il rencontrer Anne-Laure qui le lui offre par l’entremise de Pietro et dira-t-il la vérité à Choisy-Legrand? Il respecte finalement le choix de la jeune fille et opte pour le camp de la disparition volontaire. Il brûle le papier sur lequel Anne-Laure avait inscrit son adresse, informe son patron que sa fille est encore en Chine mais qu’elle demeure introuvable et se prépare à retourner en France auprès de Mariana.&lt;/p&gt;&lt;h2&gt;&amp;nbsp;&lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;L’enquête ou la stratégie du détour&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;&lt;p&gt;Par rapport à l’enquête, deux problèmes se posent dès le départ: le premier est qu’Eugenio n’est pas un professionnel (quoique son métier de journaliste aurait pu lui fournir quelques aptitudes de recherche); le deuxième est le manque d’intérêt du héros par rapport à la quête. En fait, comme il l’écrit dans une lettre à Mariana, cette affaire «[l’]indiffère» et «ne [l]’excite guère»: «J’ai surtout hâte de rentrer et de te retrouver. Choisy-Legrand m’emmerde et sa fille aussi.» (Garcin, 2000: 56) De plus, Eugenio ne possède que très peu d’informations concernant Anne-Laure; il ne l’a jamais rencontrée et ne l’a vue qu’une seule fois en photo, le jour où son patron lui a confié sa mission. Lors de ses premiers rendez-vous avec les connaissances de Choisy-Legrand en Chine, Eugenio ignore comment procéder et décide de «laisser ses interlocuteurs mener la conversation à leur guise» (37). Au cours de ces rencontres, il ne recueille que très peu de renseignements, ce qui renforce son sentiment d’incompétence: «Il se sentait inutile et impuissant, soumis à des forces qu’il ne maîtrisait pas, dans un pays hostile et indéchiffrable.» (72) À première vue, Eugenio ne semble pas posséder les qualités nécessaires pour mener cette enquête ni pour comprendre le monde qui l’entoure: «Il me semble de plus en plus que cette affaire me dépasse, avait dit Eugenio pour terminer, je ne puis rien décider qui pourrait m’être un secours. Il me semble que je n’agis pas sur les événements, mais que je suis agi par eux.» (136) Toutefois, cette dernière constatation offre une piste de lecture du roman.&lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;La manière de concevoir l’être et l’agir qui se dégage du roman n’est pas celle de la rationalité et de l’action.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;p&gt;La manière de concevoir l’être et l’agir qui se dégage du roman n’est pas celle de la rationalité et de l’action. La quête du héros n’est pas construite en fonction de ces paradigmes et, tant que le lecteur l’envisage de cette façon, l’essentiel lui échappe, comme il échappe à Eugenio. Le héros ne possède pas les qualités et les caractéristiques propres à un enquêteur de roman policier: il est affecté d’«une étrange passivité, une indécision totale» (18). La déclaration d’amour de Mariana à Eugenio illustre bien le parallèle entre les attentes du lecteur et ce que propose le roman de Garcin:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Ce que j’aime en toi, [...] c’est ton manque total d’énergie. La plupart des femmes sont à la recherche d’hommes entreprenants, sans faille apparente, des décisionnaires efficaces, qui, sans être forcément brillants, savent immédiatement choisir entre deux voies – des types &lt;em&gt;rassurants&lt;/em&gt;, en somme. Ce genre d’hommes me barbe. Toi, tu n’es pas du tout rassurant. Tu n’affirmes rien haut et fort, tu renvoies tout à l’image de ta propre indécision [...]. Ensuite, tu n’agis pas vraiment, mais ta passivité a quelque chose de solide et de lumineux, qui bouleverse littéralement, et modifie en profondeur ceux qui t’approchent. Quoi qu’on te demande, tu ne sais pas refuser, peut-être parce que refuser c’est éliminer définitivement tout un éventail de possibles. Tu tergiverses, tu hésites toujours [...], mais au bout du compte ton indécision n’est qu’une forme de lucidité [...]. Tu te laisses porter par les événements plus que tu agis sur eux. (108)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;C’est exactement cette attitude que le héros doit adopter pour arriver jusqu’à Anne-Laure, et c’est ce que la Chine lui apprend.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Transportés dans un autre pays, l’être et l’agir prennent une toute autre signification. C’est ce qu’Eugenio retient de sa «confrontation avec la Chine» (Garcin: 71): «Bien sûr, avait-il continué en souriant à Mariana, j’ai retrouvé la trace d’Anne-Laure, même si c’est une trace un peu évanescente, et il est juste de dire que c’est en ne faisant rien, en ne pesant aucunement sur les événements, que je suis parvenu à ce piètre résultat...» (171) Eugenio n’est pas un être d’action, pas plus qu’il n’est un détenteur de savoirs; mais ce manque est un autre aspect qui lui permet d’atteindre (ou presque) le but de sa quête. Le roman hérite d’ailleurs son titre d’une leçon enseignée par un de ses interlocuteurs: «Ne vous en faites pas, vous la retrouverez. Il faut parfois ne pas trop en savoir pour atteindre le but recherché. Soyez sûr que si l’on enseignait la géographie au pigeon voyageur, il n’atteindrait jamais sa destination.» (40) Tout au long du roman, Eugenio rebondit d’une métaphore à une autre, sans que cela ne l’éclaire vraiment. Plus tard, c’est Choisy-Legrand qui l’informe qu’en Chine, il n’apprendra rien directement: «La stratégie du détour, cela ne vous dit rien? [...] Dans la société et la littérature française du XVIII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;, tout comme dans la société chinoise, même encore aujourd’hui, c’est le triomphe de la ligne courbe, de la sinuosité, de la stratégie du détour. Les choses ne sont jamais directement exprimées.» (46) Dans le roman, c’est la métaphore du labyrinthe qui prédomine et c’est au moment où Eugenio en prend conscience qu’il obtient la clé du dénouement de l’enquête:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Ce qui lors de sa première visite ici lui avait échappé lui semblait à présent évident, et malgré lui le fit un peu sourire: il se trouvait au centre exact d’un labyrinthe, d’où partaient ces couloirs dont l’un, peut-être, mènerait à l’extérieur, et à la lumière. La récente fréquentation des métaphores que semblaient particulièrement goûter les Chinois ne pouvait pas ne pas lui faire penser à sa situation présente. Il se remémora alors les jours précédents, et se dit que depuis une semaine il avait parcouru quelques couloirs dans le grand labyrinthe de Pékin, qu’il avait bifurqué, fait demi-tour, bifurqué à nouveau, dans l’espoir toujours renouvelé d’accéder à la chambre centrale. Après bien des hésitations il était parvenu, puis revenu, à l’endroit indiqué, et à présent il était à nouveau dans un lieu labyrinthique, cette pièce d’où rayonnaient plusieurs couloirs. (157)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Tout de suite après, Pietro se présente à lui et lui dévoile la vérité. Juliette Einhorn, dans un article intitulé «Le globe et le labyrinthe», émet le même constat: «Pour retrouver la fille de son patron, Eugenio devra donc accepter de se laisser prendre au vertige du labyrinthe.» (2014: 89) Le récit ne repose pas sur le paradigme actionnel, car comme le souligne Eugenio à la fin du roman, ce qu’il avait à accomplir en Chine, il l’a «accompli sans agir» (Garcin: 169). Avant d’aller plus loin en ce qui concerne l’expérience du monde et la conception de l’être humain mises en scène dans le roman, penchons-nous sur une question fondamentale du roman d’enquête et qui se trouve au cœur du roman étudié, celle de la disparition.&lt;/p&gt;&lt;h2&gt;&amp;nbsp;&lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;La figure du disparu&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;&lt;p&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 0.8125rem;&quot;&gt;Le roman de Garcin présente deux cas de figure de disparition: celui d’Anne-Laure et de la disparition volontaire, et celui d’Eugenio et de l’effacement. Les deux situations posent le rapport de l’existence des êtres face aux autres et au monde. Pour Anne-Laure, il ne s’agit pas de disparaître complètement, mais seulement par rapport à une partie du monde. Simplement, elle ne veut «plus entendre parler de sa vie passée» (Garcin: 162) et choisit de ne plus exister aux yeux de son père. Elle veut «tout recommencer» (162) et «renaître» (163). Le texte pose alors la question suivante: peut-on empêcher ou s’opposer à la disparition volontaire? Il semble bien que non. Dès les premières pages du roman, même le père d’Anne-Laure entrevoit cette possibilité: «[...] il est possible après tout que rien de particulier ne lui soit arrivé, qu’elle n’ait tout simplement plus envie de répondre à mes lettres.» (31) Eugenio a aussi l’impression de «courir après une fille qui peut-être n’avait fait que vivre sa vie sans rien dire à personne.» (72) Plus loin, M. Zhang demande à Eugenio si «[l]’important n’est pas tant de savoir s’[il va] ou non retrouver la jeune fille, [...] mais si la jeune fille est ou non retrouvable.» (137) À la fin du roman, Eugenio a la possibilité de rencontrer Anne-Laure et d’obtenir les derniers éléments de réponse, mais il choisit le camp «de la disparition volontaire, sans trace» (169).&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;Le texte pose alors la question suivante: peut-on empêcher ou s’opposer à la disparition volontaire?&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;div&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 0.8125rem;&quot;&gt;Si Anne-Laure décide de son plein gré de disparaître, Eugenio quant à lui éprouve un vague sentiment d’inexistence et de détachement par rapport à ce qui l’entoure, lequel s’intensifie à mesure qu’il se rapproche de la jeune fille. Dans la foule de Pékin, il songe à un poème de Pessoa dans lequel il est question d’«unité ignorée dans la fourmilière humaine» (130). Le narrateur raconte alors que cette pensée «le renforçait dans son sentiment, peut-être passager, qu’il n’était rien, ne serait jamais rien et ne pouvait vouloir être rien.» (130) Dans une lettre destinée à Mariana, Eugenio écrit qu’il a «un projet: devenir totalement apathique, comme les gens qui n’ont rien.» (129) Dans cette même lettre, il lui parle de «l’étrange sentiment d’&lt;/span&gt;&lt;em style=&quot;font-size: 0.8125rem;&quot;&gt;inexistence&lt;/em&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 0.8125rem;&quot;&gt;» (171) qui l’habite, de ce «sentiment de se fondre, de disparaître aux yeux de tous» (171). Dans un ouvrage intitulé &lt;/span&gt;&lt;em style=&quot;font-size: 0.8125rem;&quot;&gt;Disparaître de soi&lt;/em&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 0.8125rem;&quot;&gt;, David Le Breton traite de cette indifférence devant le monde qu’éprouvent bon nombre de personnages de la littérature contemporaine&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref3_w2c2pur&quot; title=&quot;«Dans certaines histoires de vie, une rupture particulière, une séparation, un deuil, un licenciement, une lassitude amènent à se dépendre peu à peu de son univers familier. L’individu ne sent plus sa place, il s’est souvent senti à l’écart en essayant de s’en accommoder mais cette fois il n’en a plus la force, ou bien il ne l’a jamais eue. Le monde lui échappe. Il quitte alors son univers professionnel ou domestique, il s’efface, sort de moins en moins, ne se soucie plus de son voisinage ni même de ses propres affaires. Il désinvestit le monde qui l’entoure.» (Le Breton, 2015: 23)&quot; href=&quot;#footnote3_w2c2pur&quot;&gt;3&lt;/a&gt;. C’est bien par cette «volonté d’effacement, de discrétion» (Le Breton, 2015: 26) qu’est habité Eugenio. Quoiqu’au départ le lecteur puisse ne pas déterminer clairement si ce sentiment d’inexistence découle d’une force extérieure à la volonté du héros ou non, la fin du roman confirme la deuxième option:&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;[...] lorsqu’il lui disait [à Mariana] qu’il désirait devenir totalement apathique, mais que dans son esprit il s’agissait d’un choix, d’un désir très net d’effacement en regard d’un monde dominateur, clinquant, trivial, pittoresque et mortifère que tout comme elle il rejetait, et non d’un effacement subi, une mise à l’écart involontaire, le sentiment assez pénible de ne peser sur rien et surtout pas sur l’objet qu’il avait – ou, plus précisément, qu’on lui avait donné – pour tâche de poursuivre. (Garcin: 171)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;C’est d’ailleurs lors de sa rencontre avec Pietro Savelli, alors qu’il apprend la vérité concernant Anne-Laure, que son sentiment d’inexistence est exacerbé:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Il se sentit soudain très abattu, presque triste. Plus tard il se dirait que c’était parce qu’il venait de réaliser confusément que, en ce qui le concernait, il ne faisait partie d’aucune des deux [vies d’Anne-Laure, celle d’avant et la nouvelle], que pour ce fantôme qu’il avait poursuivi pendant huit jours il n’était décidément rien, qu’un invisible chaînon – un maillon inexistant [...]. (163)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;À la lumière de ce qui précède, la disparition de ces personnages n’est pas motivée par les mêmes raisons: l’un veut se retrancher complètement de son ancienne vie pour en habiter une nouvelle alors que l’autre veut s’effacer d’un monde qui lui est insoutenable.&amp;nbsp;&lt;span style=&quot;font-size: 0.8125rem;&quot;&gt;Dans les deux cas, la disparition s’inscrit également dans un rapport à l’Autre: pour renaître, Anne-Laure se détache de son père; pour éviter de disparaître complètement, Eugenio se rattachera à Mariana: «[...] je crois que tu es la seule personne qui pourra prévenir cet effacement.» (172) Mais, davantage encore, plus le personnage de l’enquêteur se rapproche de la disparue, plus il s’efface: cela est tout à fait caractéristique des romans d’enquête.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;Conception de l’être humain et expérience du monde&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;&lt;p&gt;Jusqu’à maintenant, les éléments liés à l’enquête et à la disparition nous ont permis de mettre en lumière la manière dont se redéfinissent et s’articulent les concepts de l’être et de l’agir, surtout à travers les personnages d’Eugenio et d’Anne-Laure. En fonction de ces dernières réflexions, penchons-nous sur la conception de l’être humain et sur l’expérience du monde qui se dégagent du livre. D’abord, le roman semble mettre de l’avant l’idée que les êtres humains ne peuvent être complètement définis et que la distance entre eux ne peut jamais être totalement abolie.&lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;Le roman semble mettre de l’avant l’idée que les êtres humains ne peuvent être complètement définis et que la distance entre eux ne peut jamais être totalement abolie.&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;p&gt;D’un côté, le narrateur ne donne aucune description physique des personnages et la seule intériorité à laquelle le lecteur à accès est celle d’Eugenio. Ce que le lecteur connaît des autres personnages provient des dialogues entre le héros et ses interlocuteurs, ou encore de ce qu’Eugenio sait d’eux, ce qui signifie presque rien. Même lorsqu’il est question de Mariana, le héros ne fournit que quelques détails concernant son caractère (il dit qu’elle est énergique et qu’elle aurait certainement aimé mener cette enquête). Cette idée que les êtres sont impossibles à saisir dans leur entièreté colle bien avec la Chine du roman où les personnages ne se livrent jamais aux autres: «Vous savez, la franchise et l’authenticité ne sont des vertus qu’en Occident, pas ici. C’est un pays de masques. On respecte d’abord les conventions, les apparences. On joue le rôle qui est le sien, mais pas plus. On ne se dévoile pas.» (Garcin: 124) Cette façon de présenter les êtres humains, d’un autre côté, accroît la distance qui s’installe et demeure entre eux, même lorsqu’ils sont «à portée de main» (88). La seule décision que prend Eugenio, à la toute fin du roman, l’illustre bien: alors que tout se met en place pour lui permettre de rencontrer Anne-Laure et de découvrir ce qui s’est véritablement passé entre son père et elle, il choisit de tirer un trait sur cette affaire et de rentrer chez lui. Pour le dire autrement, et nous empruntons ici les propos de Nicolas Xanthos, «l’enquêteur aurait pu avoir droit à la résolution de l’énigme de la disparition – mais, de son propre chef, il la refuse[; la] distance, qui semblait ici pouvoir s’effacer pour de bon, a finalement été maintenue entre lui et la disparue» (2011a: 52). Il n’est alors pas surprenant que le couple Eugenio-Mariana soit séparé géographiquement et que le baiser qu’échangent «presque par surprise» (Garcin: 167) Eugenio et Béatrice soit raconté comme un «adieu à une histoire jamais advenue» (167) au moment où il quitte Pékin.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En outre, il n’est pas anodin que le récit se déroule en Chine: cela permet d’opposer les conceptions occidentale et orientale du monde. Au fil de ses rencontres, le héros est confronté à de nouvelles manières de percevoir et de comprendre le monde. Par exemple, «les théories fumeuses sur l’absence de réalité du monde et l’illusion du moi qu’il considérait comme des niaiseries new-age, du bouddhisme de pacotille» (138) prennent une toute autre signification maintenant qu’il expérimente la Chine. La métaphore de l’arbre et du fleuve, raconté par l’un de ses interlocuteurs, illustre le parallèle entre l’Occident et l’Orient en ce qui a trait aux dimensions de l’expérience humaine:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;D’un côté l’arbre, c’est-à-dire les branches qui se ramifient, [...] la filiation, la suite logique, la cause qui provoque une conséquence: c’est une progression active. De l’autre le fleuve, une découverte lente, par déductions concentriques, apparemment sans heurts mais qui témoigne de nombreux tourments en profondeur: c’est une progression passive, qui est entraînée par le mouvement même de l’objet étudié. (151)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le paradigme qui domine dans le monde oriental n’est donc pas en effet celui de l’action: dans la Chine du roman, il faut plutôt se méfier «des enchaînements logiques» (62) et «parfois savoir rompre la chaîne des causalités» (62). Le récit propose aux êtres humains d’être plus «&lt;em&gt;poreux&lt;/em&gt;» (100) et de «laisse[r] les choses [les] traverser» (100). En d’autres mots, ils doivent adopter l’attitude de ce vieil homme dépeint par Tolstoï dans son roman &lt;em&gt;La Guerre et la Paix&lt;/em&gt; qu’Eugenio ouvre par hasard:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;L’intelligence, qui a tendance à grouper les faits pour en tirer les conséquences, était remplacée chez lui par la simple capacité de contempler les événements en toute sérénité. [...] Il comprend qu’il existe quelque chose de plus fort, de plus puissant que sa volonté personnelle, à savoir le cours inéluctable des événements [...]. (99)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Eugenio comprend, à mi-parcours, que cette manière d’être au monde est exactement celle qu’il lui faut adopter pour comprendre et mener cette enquête: «Il se disait que le portrait délicatement flatteur que Mariana avant tracé de lui pouvait correspondre, dans son insistance à faire de ses défauts des qualités, à celui auquel un autre personnage lui conseillait de ressembler. En somme, concluait-il, il lui fallait se diriger vers celui qu’il était déjà.» (109) Deux autres dimensions de l’expérience humaines qui s’expriment dans la Chine du roman sont celles du temps et de l’espace, lesquelles expliquent l’ennui et les pressentiments. L’enseignement de Zhang ne laisse aucun doute là-dessus: pour devenir tout à fait &lt;em&gt;compétent&lt;/em&gt;, Eugenio doit modifier son rapport au passé, au présent et au futur:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Lorsqu’on s’ennuie, poursuivait Zhang, on se projette trop loin dans le futur, en espérant qu’il arrive vite, ou trop loin dans le passé, car nous le regrettons. Le pressentiment lui, est exclusivement lié au présent, mais à un présent un peu étendu. [...] Ce que nous appelons le présent pourrait être constitué de l’instant lui-même, fugitif et insaisissable, ainsi que d’une épaisseur dont il serait le noyau, dans laquelle seraient contenus à la fois le passé et le futur &lt;em&gt;immédiat&lt;/em&gt;. [...] Ce flottement entre proche passé et proche futur, continua monsieur Zhang, cette sorte de bulle, est ce dans quoi nous vivons: une épaisseur de l’espace dans une épaisseur du temps. (64)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Au fil des pages, le héros se laisse porter par les événements et s’imprègne de la philosophie orientale, laquelle était déjà en fait constitutive de sa personnalité. Ce nouveau rapport au monde se traduit aussi à travers le rapport d’Eugenio à l’écriture.&lt;/p&gt;&lt;h2&gt;&amp;nbsp;&lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;Un roman métafictionnel&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;&lt;p&gt;Dans le roman, le héros entretient un rapport particulier aux livres, mais surtout à l’écriture. Il nous semble en fait que sa façon d’envisager l’activité littéraire traduise certains enjeux de la littérature contemporaine. En introduction, nous avons vu que les romans contemporains racontent autre chose et le racontent autrement, que les récits ne sont plus construits en fonction de l’action seulement. C’est justement ce changement que le roman met en scène à travers le personnage principal et son rapport à l’écriture. Rappelons que, dès les premières lignes, «Eugenio avait pris la décision de ne plus écrire» (Garcin: 16). Plus loin, il explique qu’écrire lui semblait inutile et c’est pourquoi il a «renoncé à r&lt;em&gt;aconter le monde&lt;/em&gt;» (126). Autrement dit, puisqu’écrire c’est raconter le monde «tel qu’on le voit» (126) et que le monde le déçoit, le héros est confronté à l’impossibilité d’écrire: «Alors d’une part mon petit monde ne me semble pas assez intéressant, d’autre part je ne me sens pas capable de m’attaquer à plus grand.» (126) Cette attitude est symptomatique du rapport à soi et au monde que mettent en scène plusieurs auteurs contemporains. Plus encore, Eugenio &lt;em&gt;dit&lt;/em&gt; le changement de paradigme que laisse entrevoir le roman d’enquête: «Je crois qu’avant, le monde était plus lisible. Aujourd’hui, c’est différent. Les histoires ne suffisent plus.» (126) À cet effet, la fin du roman est explicite:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;[...] je ne suis décidément pas sûr de pouvoir être écrivain dans un siècle pareil. Ou bien il faudra que quelque chose se modifie. Je ne veux plus de ces voyages ni de ces histoires lointaines, précieuses ou sordides, je ne veux plus non plus de ces clins d’œil, trouvailles de petits malins, habiletés, esquives élégantes, toutes ces ambitions frauduleuses – mais le pire est que je ne sais pas ce que je veux. [...] Si j’écris, je devrai abattre les murs restants, montrer les fils, les briques, les câbles souterrains. Alors, peut-être, je pourrai redémarrer. Raconter des histoires, je ne sais pas si ce sera possible. [...] Alors je n’ai rien à proposer vraiment, ni action, ni aventure, ni solide projet d’écriture, ni solide projet d’avenir. Rien. (172)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ce que nous venons d’exposer découle de la dimension métafictionnelle du roman de Garcin. En effet, &lt;em&gt;Le Vol du pigeon voyageur &lt;/em&gt;présente une réflexion soutenue sur la littérature et dévoile ses propres mécanismes. En s’inspirant des écrits de William H. Gass, Carole Bisenius-Penin définit la métafiction comme suit:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Ce sens de méta combiné au terme anglais de «fiction» [...] peut donc désigner une œuvre littéraire qui fait référence à la littérature au cœur de sa diégèse, qui se joue des conventions textuelles, interroge les modes de production de la fiction et ses effets sur les lecteurs, grâce à l’intériorisation de commentaires sur l’écriture du texte littéraire lui-même et sur sa lecture. (Bisenius-Penin)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dominique Viart constate également que la littérature contemporaine comporte une forte dimension métafictionnelle: «Le roman, comme genre et modèle avec lequel on joue, est bien l’objet principal des romans. [...] il met en scène un certain épuisement de la littérature, lequel devient matière romanesque et non plus simplement sujet de réflexions critiques.» (1998&amp;nbsp;: 19) En ce qui a trait au roman de Garcin, un autre aspect métafictionnel est présent: celui de la structure interne des livres. Nous avons souligné au début de la présente section le rapport particulier d’Eugenio aux livres; le narrateur raconte que le héros joue avec eux: «Parfois il compte le nombre exact de pages de texte, le divisait par deux, se reportait à la page correspondante, et y choisissait, de préférence vers le milieu, une phrase quelconque, qui souvent se trouvait être particulièrement emblématique du livre.» (Garcin: 98) Il ajoute ceci: «Il y avait d’autres jeux, celui par exemple qui consistait à ouvrir le livre au hasard.» (99) C’est exactement de cette façon qu’Eugenio tombe sur le passage de Tolstoï que nous avons cité dans une section précédente et qui est fort révélateur pour le lecteur, mais aussi pour le héros: «Le livre qu’il tenait entre ses mains était une édition Pléiade de &lt;em&gt;La Guerre et la Paix&lt;/em&gt;, que lui avait offert Mariana. Il l’ouvrit au hasard. Le passage se situait un peu plus loin que l’exacte moitié du livre, dans la deuxième partie du troisième livre.» (99) Ce passage se retrouve lui-même «un peu plus loin que l’exacte moitié» du roman de Garcin. Le roman questionne ouvertement le rôle de la littérature et ses fonctions. À ce propos, c’est un personnage du roman qui renseigne Eugenio quant à la littérature en Chine:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Disons qu’il y a en Chine, et surtout à Pékin, deux sortes de littérature. [...] La littérature dite du &lt;em&gt;jingpai&lt;/em&gt;, et celle dite du &lt;em&gt;jingwei&lt;/em&gt;. Pour autant que je sache, le cadre de la littérature du &lt;em&gt;jingpai&lt;/em&gt; est souvent un cadre rural ou champêtre, et rarement urbain. S’il s’agit de Pékin, alors ce sera le Pékin traditionnel, lettré et humaniste, un peu mythique, pour tout dire. C’est une littérature assez désengagée politiquement, qui considère que le changement peut venir par l’éducation, et pas par l’action. [...] Le cadre de la littérature du &lt;em&gt;jingwei&lt;/em&gt; en revanche, poursuivit-elle, est forcément Pékin, mais le Pékin concret, quotidien et populaire. Le dialecte du petit peuple pékinois y est très présent. Il s’agit d’une littérature beaucoup plus engagée. (117)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;D’ailleurs, à ces deux types de littérature correspondent les deux pans de la Chine exposés dans le roman et auxquels le héros est confronté. De manière générale, les questionnements et les constats liés à l’écriture se traduisent dans la narration même du roman: les préoccupations littéraires d’Eugenio sont les mêmes que celles des auteurs contemporains des romans d’enquête.&lt;/p&gt;&lt;h2&gt;&amp;nbsp;&lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;Conclusion&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;&lt;p&gt;En fin de compte, nous voyons bien comment, à travers le parcours du héros, mais surtout à travers les nouvelles conceptions du monde et de l’être humain, le roman de Garcin présente un changement de paradigme. Sans être tout à fait du côté de l’action ni tout à fait du côté du sensible, le roman recèle des éléments des deux. À ce propos, Fortier et Mercier précisent que les trois logiques ou rationalités constitutives de la narrativité – la logique de l’action, la logique de la passion et la logique de la cognition (que nous n’abordons pas ici) – « s’articulent les unes aux autres dans tout récit, bien qu’elles soient susceptibles d’avoir un poids différent. Il arrive ainsi que l’une d’elles domine l’espace du récit, mais aussi qu’elles partagent de façon plus équitable cet espace» (2004: 180). Quoi qu’il en soit, ce roman enseigne surtout au lecteur contemporain à lire non plus seulement qu’en fonction de ses connaissances du monde de l’action, mais à s’ouvrir à la logique de la passion. Dès lors, le lecteur, qui comme Eugenio accepte de se laisser porter par le sensible plutôt que par l’action, accepte que la fiction ne réponde plus au seul critère de la cohérence narrative.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;h2&gt;Bibliographie&lt;/h2&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/metafiction&quot; id=&quot;node-64501&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Bisenius-Penin, Carole. [s. d.].&amp;nbsp;«&amp;nbsp;Métafiction&amp;nbsp;».&amp;nbsp;&lt;em&gt;Le lexique socius&lt;/em&gt;. &amp;lt;&lt;a href=&quot;http://ressources-socius.info/index.php/lexique/21-lexique/158-metafiction&amp;gt;&quot;&gt;http://ressources-socius.info/index.php/lexique/21-lexique/158-metafiction&amp;gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/quelques-tubes-pour-une-histoire-jamais-advenue-le-role-des-chansons-dans-le-vol-du-pigeon&quot; id=&quot;node-64498&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Dangy, Isabelle. 2012.&amp;nbsp;«&amp;nbsp;Quelques tubes pour une histoire jamais advenue. Le Rôle des chansons dans «Le vol du pigeon voyageur» de Christian Garcin&amp;nbsp;».&amp;nbsp;&lt;em&gt;Revue critique de Fixxion Française Contemporaine&lt;/em&gt;, vol. 5, p. 41-50. &amp;lt;&lt;a href=&quot;http://www.revue-critique-de-fixxion-francaise-contemporaine.org/rcffc/article/view/fx05.04&amp;gt;&quot;&gt;http://www.revue-critique-de-fixxion-francaise-contemporaine.org/rcffc/a...&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/le-globe-et-le-labyrinthe&quot; id=&quot;node-64500&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Einhorn, Juliette. 2014 [09/2014apr. J.-C.].&amp;nbsp;«&amp;nbsp;Le globe et le labyrinthe&amp;nbsp;».&amp;nbsp;&lt;em&gt;Le Magazine littéraire&lt;/em&gt;, 546, Paris : Sophia publications, p. 88-92.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/le-vol-du-pigeon-voyageur&quot; id=&quot;node-53774&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Garcin, Christian. 2000.&amp;nbsp;&lt;em&gt;Le vol du pigeon voyageur&lt;/em&gt;. Paris : Gallimard, «&amp;nbsp;Folio&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/recits-et-actions-pour-une-theorie-de-la-lecture&quot; id=&quot;node-56927&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Gervais, Bertrand. 1990.&amp;nbsp;&lt;em&gt;Récits et actions. Pour une théorie de la lecture&lt;/em&gt;. Longueil : Le Préambule.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/la-narration-du-sensible-dans-le-recit-contemporain&quot; id=&quot;node-64063&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Fortier, Frances&amp;nbsp;et&amp;nbsp;Andrée&amp;nbsp;Mercier. 2004.&amp;nbsp;«&amp;nbsp;La narration du sensible dans le récit contemporain&amp;nbsp;», dans&amp;nbsp;René&amp;nbsp;Audet&amp;nbsp;et&amp;nbsp;Mercier, Andrée&amp;nbsp;(dir.),&amp;nbsp;&lt;em&gt;La littérature et ses enjeux narratifs&lt;/em&gt;. Québec : Presses de l&#039;Université Laval, p. 173-201.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/disparaitre-de-soi-une-tentation-contemporaine&quot; id=&quot;node-64066&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Le Breton, David. 2015.&amp;nbsp;&lt;em&gt;Disparaître de soi: Une tentation contemporaine&lt;/em&gt;. Paris : Métailié, 208 p.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/memoires-du-recits-questions-a-la-modernite&quot; id=&quot;node-64502&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Viart, Dominique. 1998.&amp;nbsp;«&amp;nbsp;Mémoires du récits. Questions à la modernité&amp;nbsp;», dans&amp;nbsp;Dominique&amp;nbsp;Viart&amp;nbsp;(dir.),&lt;em&gt;&amp;nbsp;Écritures contemporaines 1&amp;nbsp;: mémoires du récit&lt;/em&gt;. Paris : Lettres modernes Minard, p. 3-27.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/irreductibilites-evenementielles-dans-le-roman-denquete-contemporain&quot; id=&quot;node-52828&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Xanthos, Nicolas. 2011.&amp;nbsp;&lt;em&gt;Irréductibilités événementielles dans le roman d&#039;enquête contemporain&lt;/em&gt;.&amp;nbsp;Poétiques et imaginaires de l&#039;événement.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/raconter-dans-le-crepuscule-du-heros-fragilites-narratives-dans-le-roman-denquete&quot; id=&quot;node-54541&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Xanthos, Nicolas. 2011.&amp;nbsp;«&amp;nbsp;Raconter dans le crépuscule du héros. Fragilités narratives dans le roman d&#039;enquête contemporain&amp;nbsp;», dans&amp;nbsp;Frances&amp;nbsp;Fortier&amp;nbsp;et&amp;nbsp;Mercier, Andrée&amp;nbsp;(dir.),&amp;nbsp;&lt;em&gt;La transmission narrative. Modalités du pacte romanesque contemporain&lt;/em&gt;. Québec : Nota Bene, p. 111-125.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;

&lt;section  class=&quot;footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed&quot; data-collapsible-show-label=&quot;Notes&quot; data-collapsible-hide-label=&quot;Notes&quot;&gt;&lt;ul class=&quot;footnotes collapsible-content&quot;&gt;&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote1_ymalxb0&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref1_ymalxb0&quot;&gt;1.&lt;/a&gt; «Caractérisé par une mise en jeu des paramètres usuels de la narration – pensons ici aux personnages qui sont rarement décrits, à l’absence d’intrigue, à l’inachèvement de l’histoire –, ce qu’on pourrait appeler le minimalisme narratif, le récit nous semble le plus souvent ordonné à la saisie impressive. Il se présente comme une suite de &lt;em&gt;hic et nunc&amp;nbsp;&lt;/em&gt;qui abolissent la distanciation temporelle au profit d’un rapport spatial immédiat: &quot;moi, ici, maintenant, je ressens cela&quot;. [...] On ne raconte pas pour expliquer, pour justifier, pour ordonner des événements, mais pour documenter toutes les facettes de la sensation, de toutes les manières possibles.» (Fortier et Mercier, 2004: 196) &lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote2_4i1a82f&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref2_4i1a82f&quot;&gt;2.&lt;/a&gt; Les références dans cette études renvoient à l&#039;édition originale de 2000.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote3_w2c2pur&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref3_w2c2pur&quot;&gt;3.&lt;/a&gt; «Dans certaines histoires de vie, une rupture particulière, une séparation, un deuil, un licenciement, une lassitude amènent à se dépendre peu à peu de son univers familier. L’individu ne sent plus sa place, il s’est souvent senti à l’écart en essayant de s’en accommoder mais cette fois il n’en a plus la force, ou bien il ne l’a jamais eue. Le monde lui échappe. Il quitte alors son univers professionnel ou domestique, il s’efface, sort de moins en moins, ne se soucie plus de son voisinage ni même de ses propres affaires. Il désinvestit le monde qui l’entoure.» (Le Breton, 2015: 23)&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;/section&gt;&lt;/div&gt;
      &lt;/div&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;Garcin, Christian&lt;/div&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;Récits et actions. Pour une théorie de la lecture&lt;/div&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item odd&quot;&gt;Raconter dans le crépuscule du héros. Fragilités narratives dans le roman d&amp;#039;enquête contemporain&lt;/div&gt;
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 <pubDate>Tue, 13 Feb 2018 19:32:32 +0000</pubDate>
 <dc:creator>Rémi-Julien Savard</dc:creator>
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 <title>Autour de ma Chine</title>
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 <pubDate>Mon, 13 Nov 2017 13:30:52 +0000</pubDate>
 <dc:creator>Jasmin Cormier</dc:creator>
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 <title>La spatialité troublée dans le roman journal «René Leys» de Victor Segalen</title>
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;S’il est rare qu’une intrigue se construise à partir d’une configuration spatiale, en revanche, il est d’usage que le premier mot d’un journal soit un toponyme...&lt;/div&gt;
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 <pubDate>Mon, 31 Oct 2016 14:25:05 +0000</pubDate>
 <dc:creator>Sarah Grenier</dc:creator>
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