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 <title>Observatoire de l&#039;imaginaire contemporain - miroir</title>
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 <title>Jean Genet: l&#039;érotisme délogé</title>
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 <description>&lt;div class=&quot;field field-name-field-resume field-type-text-long field-label-above&quot;&gt;
      &lt;div class=&quot;field-label&quot;&gt;Teaser: &lt;/div&gt;
    &lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;Vers 1953, Genet est affronté à une expérience cruciale qu’il décrit à deux reprises — il en sort bouleversé: «Quelque chose, dit-il, qui me paraissait ressembler à une pourriture était entrain de gangrener toute mon ancienne vision du monde.»&lt;/div&gt;
      &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
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 <pubDate>Wed, 08 Apr 2015 18:05:09 +0000</pubDate>
 <dc:creator>Sarah Grenier</dc:creator>
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 <title>Fragmentation et détachement du corps dans l&#039;art de Zola et de Rodenbach</title>
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 <description>&lt;div class=&quot;field field-name-field-cahier-remix field-type-entityreference field-label-above&quot;&gt;
      &lt;div class=&quot;field-label&quot;&gt;Cahier ReMix: &lt;/div&gt;
    &lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;La chair aperçue. Imaginaire du corps par fragments (1800-1918)&lt;/div&gt;
      &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
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    &lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;Université de Rennes 2&lt;/div&gt;
      &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
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    &lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&lt;a href=&quot;/fr/profils/piton-foucault-emilie&quot;&gt;Piton-Foucault, Émilie&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
      &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
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    &lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item clearfix even&quot;&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;66150&quot; view_mode=&quot;embed_large&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;p&gt;L’impossible représentation d’un corps véritablement incarné dans les arts est à la source d’une force créatrice particulièrement puissante dans la seconde moitié du XIX&lt;span style=&quot;font-size: 9.75px; line-height: 0; position: relative; vertical-align: baseline; top: -0.5em;&quot;&gt;e&lt;/span&gt;&amp;nbsp;siècle. Que ce soit chez Émile Zola ou chez Georges Rodenbach,&amp;nbsp;l’impossible équivalence entre l’œuvre et la vie anime un rapport à la représentation du corps qui permet une observation en parallèle des pratiques artistiques de ces deux écrivains.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 0.8125rem;&quot;&gt;Créer un &lt;/span&gt;&lt;em style=&quot;font-size: 0.8125rem;&quot;&gt;vrai&lt;/em&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 0.8125rem;&quot;&gt; corps dans l’art n’est qu’un leurre –un mirage séduisant, fascinant mais tout autant l’objet d’une indicible peur face à l’impossibilité de le toucher. Le rêve du vivant mène nécessairement toute œuvre vers une reproduction qui ne peut le rendre réel, car seul le mythe de Pygmalion pourra l’atteindre. Cette impasse semble particulièrement profonde et créatrice chez Zola et Rodenbach. Au-delà d’un simple subterfuge du monde réel, leur représentation d’une chair vivante semble tenter une échappatoire en l’exprimant en fragments, en morceaux découpés, ou en objets métaphoriques. Ces fragments relèvent généralement du désir, du fétichisme; seulement, chez Zola et Rodenbach, ces parties solitaires du corps deviennent une mise en abyme de la réification du monde dans la création littéraire, n’étant pas celle d’un démiurge divin: une coupure avec la vie, une représentation qui n’est faite que de lignes, de réseaux, d’objets déshumanisés. Cette spécularité de l’écriture entraîne nécessairement le désespoir de ne pas avoir un «matériau vivant» du corps –«matériau»&amp;nbsp;qui aura cependant lieu dans les performances artistiques du XX&lt;/span&gt;&lt;sup&gt;e &lt;/sup&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 0.8125rem;&quot;&gt;siècle comme chez Gina Pane. Parfaites incarnations du «symptôme» de la création face à la chair, Rodenbach et Zola le transfigurent à l’intérieur de leurs œuvres. Ce drame devient alors l’outil esthétique de leur art, mais aussi le lieu d’une rivalité entre la description littéraire et la photographie. &lt;/span&gt;&lt;em style=&quot;font-size: 0.8125rem;&quot;&gt;Les Rougon-Macquart&lt;/em&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 0.8125rem;&quot;&gt;, le soutien inconditionnel à Manet et une pratique intense de portraits photographiques chez Zola semblent installer un dialogue avec &lt;/span&gt;&lt;em style=&quot;font-size: 0.8125rem;&quot;&gt;Bruges-la-Morte&lt;/em&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 0.8125rem;&quot;&gt; de Rodenbach, sur le morcellement nécessaire des corps et l’illusion du vrai dans la photographie –réflexion relativement avant-gardiste à la fin du XIX&lt;/span&gt;&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 0.8125rem;&quot;&gt; siècle. Au-delà des principes réalistes ou symbolistes, ces échos rendent les deux écrivains à la fois proches et lointains.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;strong&gt;La marchandise des morceaux de chair dans &lt;em&gt;Les Rougon-Macquart&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;Les fragments du corps exposent dans ce cycle romanesque la volonté d’une mise à distance avec ce qui ne peut être directement décrit, grâce aux actions des regardeurs. Ces personnages servent à lancer de longs portraits dans le texte, grâce à certains «trucages» tels qu&#039;un miroir, une vitrine ou une esquisse d’artiste, comme l’a montré Philippe Hamon&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref1_0t74l6l&quot; title=&quot;Consulter les ouvrages de Philippe Hamon, Le Personnel du roman. Le système des personnages dans Les Rougon-Macquart d’Émile Zola et Expositions. Littérature et architecture au dix-neuvième siècle. (Hamon, 1998;1989) &quot; href=&quot;#footnote1_0t74l6l&quot;&gt;1&lt;/a&gt;. Or, dans ces descriptions zoliennes, le corps féminin connaît un démembrement inquiétant, des morceaux découpés et détachés voire même des objets.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’omniprésence du corps de Nana dans le roman éponyme réalise-t-il un contre-exemple? Rien n’est moins sûr. La jeune femme est toujours décrite à travers les yeux de son amant Muffat, mais aussi de tous les hommes à travers lui, devenant une allégorie des effets de la chair. Ces regards masculins installent un fétichisme créant une distance rassurante face à un être uniquement physique, impossible à sonder, tel un sphinx&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref2_ln32smh&quot; title=&quot;Voir sur ce point l’article de Naomi Schor, «Le sourire du sphinx: Zola et l’énigme de la féminité» (Schor, 1976).&quot; href=&quot;#footnote2_ln32smh&quot;&gt;2&lt;/a&gt;. Les portraits de Nana –parfait nom du rien– se transforment dès lors en une spécularité personnifiée de l’impuissance de la description romanesque des corps. La chair de Nana apparaît ainsi à travers de multiples reflets de miroir ou n’est vue que de dos. Une métaphore filée la détourne également en la transformant en lionne. Il en est de même plus loin lorsque sa chair est décrite par l’intermédiaire des bas-reliefs d’orfèvre sur sa tête de lit, devenant un mythe, une bacchante dans un badinage érotique. Le cheval «Nana» dans une course hippique porte quant à lui ses poils et sa chevelure&amp;nbsp;et la nudité de la femme est contemplée à travers sa tenue transparente à travers un trou du rideau de scène. Muffat nous transmet alors sa fascination de la chair figée mais aussi terrifiante par des métaphores systématiques. Un seul exemple vient contredire nos propos dans l’&lt;em&gt;explicit&amp;nbsp;&lt;/em&gt;du roman, un portrait sans fard ni intermédiaire:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Nana restait seule, la face en l’air, dans la clarté de la bougie. C’était un charnier, un tas d’humeur&amp;nbsp;et de sang, une pelletée de chair corrompue, jetée là, sur un coussin. Les pustules avaient envahi la figure entière, un bouton touchant l’autre; et, flétries, affaissées, d’un aspect grisâtre de boue, elles semblaient déjà une moisissure de la terre, sur cette bouillie informe, où l’on ne retrouvait plus les traits. Un œil, celui de gauche, avait complètement sombré dans le bouillonnement de la purulence; l’autre, à demi ouvert, s’enfonçait, comme un trou noir et gâté. Le nez suppurait encore. Toute une croûte rougeâtre partait d’une joue, envahissait la bouche, qu’elle tirait dans un rire abominable. Et, sur ce masque horrible et grotesque du néant, les cheveux, les beaux cheveux gardant leur flambée de soleil, coulaient en un ruissellement d’or. Vénus se décomposait. (Zola, 1960: 1485)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Voilà donc la vraie vision physique de Nana, lorsque son corps n’est plus… vivant: un objet biologique de la science –rivalisant avec le scandale de la fin de &lt;em&gt;Madame Bovary&lt;/em&gt;. Ce regard précis et concret arrive seulement lorsque la maladie détruit l’intégralité de la chair humaine d’un être. Le retour de Nana, après sa fuite d’une lointaine Russie, sonne la fin de son existence qui n’était qu’une non-existence digne d’une déesse irréelle de la beauté&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref3_1at9dmx&quot; title=&quot;Nous vous renvoyons sur ce point aux travaux d’Éléonore Reverzy dans La Chair de l’idée. Poétique de l’allégorie dans Les Rougon-Macquart, et l’article «Nana, ou l’inexistence. D’une écriture allégorique.» (Reverzy, 2007;1999)&quot; href=&quot;#footnote3_1at9dmx&quot;&gt;3&lt;/a&gt;, car le vrai réel revient: l’oxymore du verbe «décomposer» détruit ce corps intouchable de manière expéditive en une phrase de trois mots. Celui-ci disparaît dans les dernières phrases qui s’éloignent de Nana, en observant le départ des soldats vers la guerre de 1870.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’ensemble de ce roman souligne le rapport problématique des descriptions zoliennes à&amp;nbsp;la chair vivante dans le cycle, que confirment de nombreux détails. Les tendances de la mode des vêtements transmises par des mannequins en témoignent dans &lt;em&gt;Au&lt;/em&gt;&amp;nbsp;&lt;em&gt;Bonheur des dames&lt;/em&gt;. Sans tête, sans identité, ceux-ci deviennent les doubles des clientes. Dans les descriptions, ils partagent une posture immobile, mais aussi un tronçonnage dans les multiples miroirs du magasin. Les corps féminins sont ainsi montrés à distance, mais jamais en entier. Comme le remarque Régine Borderie, s’ajoute alors «un anonymat et une indétermination qui favorisent la fragmentation» (2005: 252). Ces «morceaux» de femmes en arrivent même à s’intégrer au &lt;em&gt;design&lt;/em&gt; du magasin de Mouret&amp;nbsp;en se mélangeant avec les séduisants objets et tissus et en devenant des produits à vendre, des marchandises en pièces détachées. Les vrais mannequins sans tête deviennent quant à elles paradoxalement, ou plutôt cyniquement, plus vivantes que les clientes:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;La &lt;em&gt;gorge ronde &lt;/em&gt;des mannequins &lt;em&gt;gonflait&lt;/em&gt; l’étoffe, les &lt;em&gt;hanches fortes&lt;/em&gt; exagéraient la finesse de la taille, la tête absente était remplacée par une grande étiquette, piquée avec une épingle dans le molleton rouge du col; &lt;u&gt;tandis que&lt;/u&gt; les glaces, aux deux côtés de la vitrine, multipliaient sans fin, peuplaient la rue de ces belles femmes à vendre, et qui portaient des prix en gros chiffres, à la place des têtes. (Zola, 1964: 392&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref4_apxjxsk&quot; title=&quot;Sauf mention contraire, nous ajoutons les séquences soulignées ou en italique dans les citations.&quot; href=&quot;#footnote4_apxjxsk&quot;&gt;4&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La description de ces «corps» semble plus facile mais elle est aussi le siège d’une réflexion sociologique sur la déshumanisation des consommations futiles. Au départ, l’énumération de ces membres est plus réelle que les vraies femmes dans &lt;em&gt;Les&lt;/em&gt; &lt;em&gt;Rougon-Macquart&lt;/em&gt; comme Nana. La gorge, la taille et les hanches évoquées relèvent qui plus est des parties charnelles, étymologiquement liées alors à la chair qu’on peut vouloir «pétrir». Ces objets de vitrine deviennent ainsi des vrais corps, abondants et donc séduisants (&lt;em&gt;it&lt;/em&gt;.). La fin de l’énumération stoppe cette illusion personnifiée. Quoique. Leur visage et leur esprit sont remplacés par une étiquette de prix sur un «molleton rouge du col», couleur rappelant cyniquement une décapitation. Les mannequins deviennent donc des&amp;nbsp;«belles femmes», certes «à vendre», grâce au miroir. Cet outil permet de les «multipli[er]» pour les faire devenir une foule «peupl[ant]&amp;nbsp;la rue», donc en dehors de la vitre. Les reflets leur donnent dès lors la vie et les transportent vers le vrai monde. Cette description n’est pas seulement un amusement ironique de l’écrivain, car les miroirs en arrivent à inverser les règles. Dans la suite du roman, le magasin séduit les clientes et réussit alors à les enfermer dans son monde –principe commercial créé par Mouret. D’emblée, les femmes s’opposent à la fuite des mannequins au dehors des vitrines grâce aux miroirs, en les replaçant à l’intérieur. L’humanisation malheureuse des mannequins se renverse chez les clientes qui devraient&amp;nbsp;avoir, elles, des corps humains:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Des piles de rubans &lt;u&gt;écornaient&lt;/u&gt; &lt;em&gt;les têtes&lt;/em&gt;, un mur de flanelle avançait un promontoire, partout les glaces reculaient les magasins, &lt;u&gt;reflétaient&lt;/u&gt; des étalages avec &lt;em&gt;des coins de public, des visages renversés, des moitiés d’épaules et de bras&lt;/em&gt;. (Zola, 1964: 627)&lt;/p&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;66153&quot; view_mode=&quot;embed_medium&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;66154&quot; view_mode=&quot;embed_medium&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;p&gt;La phrase juxtapose des articles en vente et les reflets des clientes tronquées (&lt;em&gt;it&lt;/em&gt;.). Les corps sont déshumanisés grammaticalement: ils sont des COD, donc des éléments passifs. Or, les verbes d’action qui les commandent ont paradoxalement comme sujet les choses du magasin. Ainsi s’inverse l’humain et l’objet dans le texte. De même, les «moitiés», le pluriel, les articles indéfinis associent ces membres à des morceaux dissociés de corps humains particuliers, d’autant que la présence du mot «étalage» à ce moment ne peut que nous faire penser à un «étal» dans une vitrine de boucherie. Au-delà de la critique du commerce nouveau, ces fragments du corps confirment la problématique du rendu d’un être vivant chez Zola. Ce chiasme des clientes objectivées en face des «mannequins vivants» ne peut que nous faire penser à la manifestation qui scandait la même expression contre les Galeries Lafayette Haussmann en 1999. Dans un «coup de maître» publicitaire, tel ceux d’Octave Mouret, le magasin avait laissé Chantal Thomass créer une exposition de sous-vêtements en vitrine par des vraies femmes vivantes face au regard des badauds. Les mannequins de cire sont alors incarnés par des femmes dont le métier est d’être «mannequins». Cette syllepse, comme celle de «l’incarnation», semble réaliser la prémonition de Zola.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le portrait de Lisa dans &lt;em&gt;Le Ventre de Paris&lt;/em&gt; se situe quant à lui dans des «étals» de boucherie. À l’intérieur de sa charcuterie, la jeune femme se trouve entourée de miroirs en cadre doré, du «m’as-tu-vu» de la boutique: une «immense glace» au plafond, «d’autres glaces» derrière le comptoir, à gauche, et au fond. Ces reflets qui se répondent sans cesse joueront à démembrer, à reproduire à l’infini et à déshumaniser son corps. Or, cette échoppe expose des morceaux de chair à vendre dans la vitrine, qui ne peuvent que nous faire penser aux parties du corps de Lisa qui sont choisies, identiques aux meilleures pièces de… viande. Celles-ci sont d’ailleurs aussi évoquées dans les reflets: «des portes […] semblaient s’ouvrir sur d’autres salles, à l’infini, toutes emplies des viandes étalées.» (Zola, 1960: 653) Ce parallélisme monstrueux est mené dans le regard de son beau-frère Florent, arrivant famélique après son évasion de Cayenne:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Florent finit par l’examiner à la dérobée, dans les glaces, autour de la boutique. Elle s’y reflétait de dos, de face, de côté; même au plafond, il la retrouvait, la tête en bas, avec son chignon serré, ses minces bandeaux, collés sur les tempes. C’était toute une foule de Lisa, montrant la largeur des épaules, l’emmanchement puissant des bras, la poitrine arrondie, si muette et si tendue, qu’elle n’éveillait aucune pensée charnelle et qu’elle ressemblait à un ventre. Il s’arrêta, se plut surtout à un de ses profils, qu’il avait dans une glace, à côté de lui, entre deux moitiés de porcs. Tout le long des marbres et des glaces, accrochés aux barres à dents de loup, des porcs et des bandes de lard à piquer pendaient; et le profil de Lisa, avec sa forte encolure, mettait une effigie de reine empâtée, au milieu de ce lard et de ces chairs crues. (Zola, 1960: 667)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La plupart des membres du corps de Lisa ne semblent pas lui appartenir en n’étant pas désignés par des déterminants possessifs, comme s’ils étaient à l’extérieur de son être. Les virgules d’une énumération de ces parties du corps insistent sur leur détachement. Le début de la phrase, «c’était toute une foule de Lisa», annonce quant à elle sa disparition de l’humain. Le pronom démonstratif neutre supprime son existence personnelle, que confirme sa multiplication, aboutissant en une foule. Son prénom «Lisa», qui devrait désigner une véritable identité, devient dès lors un simple complément du nom «foule», comme si le personnage n’était que des «clones» inquiétants. L’omniprésence des pluriels dans les fragments du corps suggère déjà le malaise du regardeur Florent face à elle. Cette terreur est renforcée par la présence violente de la chair dans ce portrait. Cet extrait succède à la description de l’abondance des étals de la charcuterie; or, les membres du corps de Lisa évoqués correspondent aux termes utilisés dans les morceaux de viande vendus dans cette boutique: «poitrine», «épaules», «ventre», «emmanchement des bras», «encolure». La position des glaces dans la pièce en arrive même à intercaler les reflets des fragments de Lisa entre les morceaux de viande exposés: «entre deux porcs», puis «au milieu de ce lard et de ces chairs crues». La femme se transforme ainsi en allégorie de la charcuterie, «l’effigie&amp;nbsp;de reine empâtée» encadrée par les morceaux de viande. Le choix de l’adjectif «empâté» pour désigner sa lourdeur nous fait entendre nécessairement un «pâté» en terrine dans la vitrine. Les morceaux des corps de Lisa et des porcs se juxtaposent ainsi sans cesse, une phrase après l’autre, pour les faire se confondre lors de notre lecture.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Démembrée, réifiée voire même débitée comme une viande, Lisa devient des parties de chair morte dans cette description. Le regard de Florent semble ainsi exprimer la question épineuse de pouvoir représenter un être chez un écrivain ou un peintre. Le portrait réel du corps ne parviendra nécessairement jamais à être &lt;em&gt;la&lt;/em&gt; chair. Claude Lantier, le peintre de &lt;em&gt;L’Œuvre&lt;/em&gt; apparaît d’ailleurs pour la première fois dans &lt;em&gt;Le Ventre de Paris&lt;/em&gt;. En racontant à Florent sa plus belle œuvre, Claude explique que ce tableau particulier était flamboyant dans la charcuterie: la vitrine devenait son cadre, les morceaux de viande des pigments, et leur chair cuisinée ou découpée un outil artistique parfait&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref5_wgmw2io&quot; title=&quot;Zola, 1960: 800-801. Voir l’analyse picturale de cette charcuterie dans notre ouvrage Zola ou la fenêtre condamnée. La crise de la représentation dans Les Rougon-Macquart. (Piton-Foucault, 2015: 926-929&quot; href=&quot;#footnote5_wgmw2io&quot;&gt;5&lt;/a&gt;. Décodons-le dès lors: la peinture ne peut rendre la chair vivante en n’étant pas elle-même réalisée avec de la chair, car toute représentation ne peut attendre la matière vivante, quoiqu’en soit le rêve artistique. Dans &lt;em&gt;L’Œuvre&lt;/em&gt;, Claude incarnera ainsi une véritable mise en abyme de cet échec dans l’art.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;strong&gt;La hantise picturale du corps de&amp;nbsp;&lt;em&gt;L’Œuvre&lt;/em&gt;: la spécularité d’une impossible création littéraire&lt;/strong&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 0.8125rem;&quot;&gt;Le rapport de Claude avec son modèle Christine met en scène le combat de l’art aboutissant à un morcellement du corps dans ce roman. Les œuvres les plus abouties du peintre sont en effet paradoxalement sous le signe de la fragmentation. La chair de Christine obsède l’artiste en le mettant face à son incapacité à créer du vivant –une entreprise fatalement vaine. De nombreuses scènes confirment la conscience zolienne de l’aspect hors réalité d’une œuvre, qui ne pourra jamais être l’équivalent de la vie.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;66155&quot; view_mode=&quot;embed_medium&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;66156&quot; view_mode=&quot;embed_medium&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;66157&quot; view_mode=&quot;embed_medium&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;p&gt;La première rencontre de Christine et Claude entraînera son unique moment de réussite d’ébauche, avant l’abîme de la suite du roman. Accueillie pendant un orage, la jeune femme sera subrepticement dessinée durant son sommeil, lors d’une révélation du peintre apparue en voyant son corps. Modèle sans le savoir, cette jeune femme endormie révèle sa chair par petits bouts dans les jours de sa blouse, de manière immobile, naturelle et sans conscience. Cette création sera toutefois déjà peinte dans une décomposition du corps, Claude «découvrant la gorge», et admirant «une chair dorée, d’une finesse de soie, le printemps de la chair, deux petits seins rigides». Ainsi les fragments vivants se transforment-ils en un simple objet de gouache et d’allégorie, et non un vrai être humain: «C’était ça, tout à fait ça, la figure qu’il avait inutilement cherchée pour son tableau, et presque dans la pose.» (Zola, 1966: 19) La tautologie du rien, «c’était ça», annonce par avance la tragédie de son rapport très ambigu entre cette femme et son image peinte. Une fois devenue sa compagne, Christine n’est théoriquement plus «utilisée» comme modèle. Toutefois, les difficultés financières entraînent la reprise de quelques poses. Christine devient alors de manière inquiétante l’outil des «morceaux» de corps:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Claude avait pris d’après Christine des indications, une tête, un geste des bras, une allure du corps. Il lui jetait un manteau aux épaules, il la saisissait dans un mouvement et lui criait de ne plus bouger. (Zola, 1966: 238)&lt;/p&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;66158&quot; view_mode=&quot;embed_medium&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;p&gt;Tel un objet, la jeune femme s’avère «balancée» sans la moindre possibilité de volonté ou de gestes, et même désignée par un simple pronom anonyme, qui plus est l’objet du sujet… Les verbes d’action violents, mais aussi l’énumération de ses parties du corps comprenant des articles indéfinis, révèlent son morcellement et sa réification, tel un mannequin du &lt;em&gt;Bonheur&lt;/em&gt; ou un morceau de viande du &lt;em&gt;Ventre de Paris&lt;/em&gt;. Ce démembrement rappelle certes les croquis qui sont toujours exposés dans nos musées, tels ceux d’Ingres ou de Géricault. Toutefois, ce dépouillement ne se situe pas dans une description du dessin mais plutôt dans un vrai corps qui dort dans l’atelier…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Claude décrira lui-même ce corps vivant dans un faux dialogue avec sa compagne. Comme un critique d’art face à une toile, voire un&amp;nbsp;anatomiste face à un cadavre, le peintre désigne ses fragments en termes techniques, froids, indéfinis comme s’ils n’étaient plus les siens&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref6_ce1orsf&quot; title=&quot;«Tiens, là, sous le sein gauche, eh bien! c’est joli comme tout. Il y a des petites veines qui bleuissent, qui donnent à la peau une délicatesse de ton exquise… Et là, au renflement de la hanche, cette fossette où l’ombre se dore, un régal!… Et là, sous le modelé si gras du ventre, ce trait pur des aines, une pointe à peine de carmin dans de l’or pâle…» (Zola, 1966: 241)&quot; href=&quot;#footnote6_ce1orsf&quot;&gt;6&lt;/a&gt;: c’est alors l’art qui va vider le corps vivant de Christine, devenu déréalisé. Puis, lorsque Claude en arrive à l’utiliser comme un objet quelconque, le narrateur compare cruellement ce corps à un «chaudron» ou une «cruche»:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;&lt;em&gt;Il l’employait &lt;/em&gt;pour tout&lt;em&gt;, la faisait se déshabiller &lt;/em&gt;à chaque minute, pour un bras, pour un pied, pour le moindre détail dont il avait besoin. C’était un métier où &lt;em&gt;il la ravalait&lt;/em&gt;, un emploi de mannequin vivant, qu’il plantait là et qu’il copiait, comme il aurait copié la cruche ou le chaudron d’une nature morte. (Zola, 1966: 240)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La jeune femme devient une fois de plus l’objet des verbes d’action que commande Claude: la toute-puissance d’un client sur ce modèle standardisé, disponible pour tout usage&amp;nbsp;(&lt;em&gt;it&lt;/em&gt;.). Ces termes font d’ailleurs écho à un bricolage ou une construction d’immeuble. Zola utilise l’énumération et l’anaphore pour dissocier les parties par des virgules et prépositions anaphores. La présence du mot «détail» dans la liste de l’accumulation place également au même niveau les fragments impersonnels et un outil mécanique. Tel un mannequin du &lt;em&gt;Bonheur&lt;/em&gt;, Christine rencontre donc une inexistence de l’être dans la «copie», violemment comparée à des ustensiles de cuisine quelconques, la «cruche» et le «chaudron». Or, la cruche et le chaudron sont deux objets creux et vides, mots qui ont sans doute été choisis par Zola grâce à leurs sens subliminaux: le second possède dans son étymologie le sens de la mort en provençal, donc le vide; d’autre part, le premier rappelle le célèbre tableau de Greuze au Louvre, &lt;em&gt;La Cruche cassée&lt;/em&gt;. Dans cette toile, le pot représente allégoriquement la perte du corps vierge de la jeune fille. Ces associations semblent concordantes dans la métaphore à l’intérieur de cette comparaison, puisqu’ils appartiennent à une «une nature morte», art qui les élève au même niveau qu’un être humain portraituré, comme l’énonçait Diderot sur l’art de Chardin:&lt;/p&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;66160&quot; view_mode=&quot;embed_medium&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Ô Chardin, ce n’est pas du blanc, du rouge, du noir que tu broies sur ta palette; c’est la substance même des objets, c’est l’air et la lumière que tu prends à la pointe de ton pinceau, et que tu attaches sur la toile. […] On n’entend rien à cette magie. Ce sont des couches épaisses de couleur, appliquées les unes sur les autres, et dont l’effet transpire de dessous en dessus. […] Approchez-vous, tout se brouille, s’aplatit et disparaît. Éloignez-vous, tout se crée et se reproduit. (Diderot, 2008: 82-83)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ces propos rappellent la théorie artistique de Claude dans &lt;em&gt;Le Ventre de Paris&lt;/em&gt; déjà évoquée, mais aussi celle du début de &lt;em&gt;L’Œuvre&lt;/em&gt;. Son désir était de faire des œuvres vibrantes où une carotte équivalait en tout point une femme comme sujet, deux objets tout aussi louables:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Est-ce que tout ne se réduisait pas à planter une bonne femme devant soi, puis à la rendre comme on la sentait? est-ce qu’une botte de carottes, oui, une botte de carottes! […] Le jour venait où une seule carotte originale serait grosse d’une révolution. (Zola, 1966&lt;span style=&quot;font-size: 0.8125rem;&quot;&gt;: 44)&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Et pourtant, l’expression «nature morte» indique à elle seule l’impossibilité du rêve de Claude. Un objet, certes réel et naturel mais sans vie et immobile, ne pourra jamais être identique à un corps humain. La terreur du peintre engendre presque logiquement son acharnement pictural lors du décès de son fils&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref7_b6n2781&quot; title=&quot;Voir, concernant cette question picturale du fils, l’article de Véronique Cnockaert, «Dans l’ombre de l’oeuvre: L’enfant mort» (Cnockaert, 1998) &quot; href=&quot;#footnote7_b6n2781&quot;&gt;7&lt;/a&gt;: les yeux fixes de son cadavre permettent à l’artiste d’adapter enfin sa création à un corps humain, en éloignant ainsi son incapacité à faire naître une vraie chair sur une toile. Comment ne pas encore penser alors à la sentence de Denis Diderot, qui annonce déjà le drame de cette esthétique dans le roman: «Mille peintres sont morts sans avoir senti la chair; mille autres mourront sans l’avoir sentie.» (2008: 181) Ce constat de l’impossibilité de rivaliser avec la vie entraînera le suicide de Claude en face de son dernier portrait irréel, non fini, et par là-même inexistant, qui devient le miroir de son propre corps mort.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les termes utilisés par Zola pour désigner sa création préviennent déjà subliminalement la fin du roman dès son début. L’«acharnement» permanent de Claude dans l’art réussira à lui faire perdre sa propre chair. De la même manière, sa particularité est de toujours sublimer les «ébauches», terme désignant en effet à l’origine un embryon, un être créant ses propres parties du corps avant de naître. Ce mot désigne donc à la fois cette constitution vivante en cours et la préparation d’une œuvre d’art. Le récit est un véritable chiasme entre la naissance impossible de la peinture et le retournement de l’embryon dans l’existence arrêtée chez Claude. Une image furtive prévoit le drame esthétique de Claude dans son atelier dès le deuxième chapitre:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Il y avait encore d’admirables morceaux, des pieds de fillette, exquis de vérité délicate, un ventre de femme surtout, une chair de satin, frissonnante, vivante du sang qui coulait sous la peau […]. [Ces études] annonçaient un grand peintre, doué admirablement, entravé par des impuissances soudaines et inexpliquées. (Zola, 1966: 44)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ce génie s’arrêterait ainsi aux esquisses, aux ébauches sur… des morceaux de corps. Le premier croquis du visage de Christine devient même presque comique par la syntaxe: «D’un mouvement instinctif, et dont il ne fut pas le maître, le peintre glissa dans un carton la tête de Christine.» (Zola, 1966&lt;span style=&quot;font-size: 0.8125rem;&quot;&gt;: 32) Cette tête cachée réussit à nous faire imaginer un cadavre découpé, prédisant déjà la suite du roman&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref8_akma2ak&quot; title=&quot;Cette tête cachée peut en effet nous faire penser au film&amp;nbsp;La Sentinelle réalisé par Arnaud Desplechin, un personnage envoûté par un paquet qu&#039;il n&#039;ouvre pas, bien qu&#039;il le sente contenir une tête humaine momifiée.&quot; href=&quot;#footnote8_akma2ak&quot;&gt;8&lt;/a&gt;:&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 0.8125rem;&quot;&gt;&amp;nbsp;la suppression du couple, de l’identité de Christine, de leur procréation, et enfin de la vie du peintre&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref9_osuaz9w&quot; title=&quot;Étapes du récit: la découverte du corps de Christine dans l&#039;incipit; l&#039;embryon de la naissance d&#039;un grand tableau, avorté; l&#039;autre embryon épuisé dès sa naissance, son fils allant déjà vers la mort; le corps de Claude qui le rejoint comme ses oeuvres disparues (explicit). &quot; href=&quot;#footnote9_osuaz9w&quot;&gt;9&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 0.8125rem;&quot;&gt;. Claude n’est alors «pas le maître» de ses actes, ce qui annonce déjà son échec à devenir un autre «maître», celui de l’art. La suite du chapitre le confirme lorsqu’il découpe et détruit le visage sur la toile finale, de manière irrépressible:&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Et, d’un seul coup, lentement, profondément, il gratta la tête et la gorge de la femme. Ce fut un meurtre véritable, un écrasement: tout disparut dans une bouillie fangeuse. […] Il n’y eut plus, de cette femme nue, sans poitrine et sans tête, qu’un tronçon mutilé, qu’une tache vague de cadavre, une chair de rêve évaporée et morte. (Zola, 1966: 57)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ces premiers extraits sur ses uniques ébauches de génie face à un tableau irréalisable sont repris naturellement pendant son enterrement, lorsque ses œuvres et sa vie s’en sont allées. Faut-il dès lors y voir un écho de la même impuissance de la littérature réaliste dans la représentation de la vie dans la chair? Le plus proche ami de Claude, Sandoz, évoque lui-même ces ébauches dans sa conversation avec le peintre Bongrand:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Ah! ses anciennes toiles, reprit Bongrand, […], vous vous souvenez? Des morceaux extraordinaires! Hein? les paysages rapportés du Midi, […] des jambes de fillette, un ventre de femme, oh! ce ventre… […] Un grand peintre, simplement! […]&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;–Et il ne laisse rien.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;–Absolument rien, pas une toile, déclara Bongrand. Je ne connais de lui que des ébauches, des croquis, des notes jetées […]. Oui, c’est bien un mort, un mort tout entier que l’on va mettre dans la terre! (Zola, 1966: 355-356)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les fragments du corps dans ses ébauches superbes sont toujours gâtés par la suite, l’artiste ne sachant s’arrêter pour ne pas détériorer son œuvre –comme le démontrait d’ailleurs Picasso en peignant devant la caméra de Clouzot. Aucune solution ne semble offerte dans ce roman. Le dilemme entre faire vivre de manière illusoire un corps peint ou vraiment «vivre la vie» –expression non tautologique chez ce personnage– s’avère sans solution. Selon Bongrand, «autant partir que de &lt;em&gt;s’acharner&lt;/em&gt; comme nous à faire des enfants infirmes, auxquels il manque toujours des morceaux, les jambes ou la tête, et qui ne vivent pas». Sandoz confirme lui-même ce constat des œuvres réalistes: «il faut vraiment manquer de fierté, se résigner à l’à-peu-près et tricher avec la vie… Moi qui pousse mes bouquins jusqu’au bout, je me méprise de les sentir incomplets et mensongers, malgré mon effort&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref10_pgbsk38&quot; title=&quot;Ces derniers propos utilisés expriment encore des expressions figées issues du corps lorsque Bongrand et Sandoz évoquent leur désespoir: le premier considère que cette impossibilité artistique les tuerait s’ils «ne ten[aient] pas si fort à [leur] peaux», quand le second déplore qu’ils ne puissent rien créer en n’étant que «des reproducteurs débiles, autant vaudrait-il [se] casser la tête tout de suite.»&quot; href=&quot;#footnote10_pgbsk38&quot;&gt;10&lt;/a&gt;.» (Zola, 1966: 363) Les derniers mots de Sandoz, «Allons travailler», s’avèrent donc en pure perte.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Si l’on associe les nombreux corps faux devenus des objets utilitaires et industriels sans la moindre existence dans &lt;em&gt;Les&lt;/em&gt; &lt;em&gt;Rougon-Macquart&lt;/em&gt;, ceci semble exprimer l’impasse du souhait de dépeindre un corps réel, toute représentation étant une reproduction, qui ne sera jamais «vraiment vraie» ni vivante. Toutes les descriptions de corps humains ne révèlent pas ce symptôme dans le cycle, en particulier lorsqu’elles sont des hommes ou des femmes vêtues; en revanche, il en est tout autrement quand le portrait se consacre à la chair, en particulier féminine –source de la vie. Ce morcellement de la chair humaine nous semble indiquer un malaise de l’écrivain dans sa propre volonté de &lt;em&gt;créer&lt;/em&gt; un monde réel. Or, l’art littéraire n’en est pas l’unique indice.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;strong&gt;Lorsque les corps inquiétants contaminent la photographie de Zola&lt;/strong&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;La position d’un critique d’art est une chose, mais sa propre production artistique est parfois tout autre. Les engagements esthétiques de Zola, soutenant dès 1866 les œuvres de Manet au cœur du scandale, semblent en effet se retourner dans ses propres œuvres non littéraires, lorsqu’il réalise dans les années 1890 des milliers de photographies en partie préparées, composées, construites. Ces clichés manifestent alors une évolution croissante de son rapport paradoxal avec le corps dans &lt;em&gt;Les Rougon-Macquart&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans la critique d’art des années 1860 sur Manet, la question des regards croisés entre un regardeur et une figure peinte est introduite par&amp;nbsp;&lt;em&gt;Le Déjeuner sur l’herbe&lt;/em&gt;&amp;nbsp;et&amp;nbsp;&lt;em&gt;Olympia&lt;/em&gt;, le premier exposé en 1863 au Salon des Refusés, et le second en 1865. Les deux femmes centrales dans ces tableaux paraissent s’adresser au spectateur droit dans les yeux, le défiant voire même avec dédain, en nous faisant réaliser notre propre voyeurisme sur leur corps. Comme l’a montré Michael Fried, Manet supprime les «personnages absorbés», habituels dans la peinture plus traditionnelle, où le personnage feint de ne pas être vu par le public à travers une serrure dérobée. L’œil n’est alors pas toujours détourné, à la condition qu’il soit vague, désincarné ou rêveur pour ne pas atteindre directement le spectateur. (Fried, 2000: 143-168)&lt;/p&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;66161&quot; view_mode=&quot;embed_medium&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;p&gt;Ces deux œuvres de Manet renversent en tout point ces conventions en interrogeant notre observation des modèles féminins qui ne cachent pas leur nudité, et elles installent donc le «non absorbement». Au contraire d’une Vénus nue reposante, telle celle de Cabanel achetée par Napoléon&amp;nbsp;III la même année, le déshabillage de ces femmes ne peut être associé à une simple grivoiserie de salon ou à un quelconque prétexte mythologique, mais plutôt à un concret «travail» féminin complémentaire.&amp;nbsp;&lt;em&gt;Olympia&lt;/em&gt;&amp;nbsp;introduit dès lors des réactions scandalisées dans le public que les chroniqueurs retranscrivent, tel Chaumelin pour qui «tous ces gens-là ont l’air de nous dire: regardez-moi! Ils ne pensent pas à autre chose», ou Sensier qui s’amuse des effets sur les spectateurs: l’«insurrection armée dans le camp des bourgeois: c’est un verre d’eau glacée que chaque visiteur reçoit au visage lorsqu’il voit s’épanouir la belle courtisane» (cités par Fried, 2000: 165, 198). Lors de cette «affaire&amp;nbsp;Manet», Zola exprime en presse un soutien ravageur contre ces spectateurs déchaînés et publie même un ouvrage entièrement dédié à l’artiste:&lt;/p&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;66162&quot; view_mode=&quot;embed_medium&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;J’imagine que je suis en pleine rue et que je rencontre un attroupement de gamins qui accompagnent Édouard Manet à coups de pierres. Les critiques d’art –pardon, les sergents de ville– font mal leur office; ils accroissent le tumulte au lieu de le calmer, et même, Dieu me pardonne! il me semble que les sergents de ville ont d’énormes pavés dans leurs mains. Il y a déjà, dans ce spectacle, une certaine grossièreté qui m’attriste, moi passant désintéressé, d’allures calmes, et libres. (Zola, 1991: 142)&lt;/p&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;66163&quot; view_mode=&quot;embed_medium&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;66164&quot; view_mode=&quot;embed_medium&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;66165&quot; view_mode=&quot;embed_medium&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;66166&quot; view_mode=&quot;embed_medium&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;66167&quot; view_mode=&quot;embed_medium&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;p&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 0.8125rem;&quot;&gt;La revendication du vrai chez Zola entraîne nécessairement son soutien à Manet. La nudité accède en effet chez le peintre à la réalité suprême de la vie, notamment dans &lt;/span&gt;&lt;em style=&quot;font-size: 0.8125rem;&quot;&gt;Olympia&lt;/em&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 0.8125rem;&quot;&gt;: «J’ai dit chef-d’œuvre et je ne retire pas le mot. Je prétends que cette toile est véritablement la chair et le sang du peintre. Elle le contient tout entier et ne contient que lui.» (Zola, 1991) Cette chair du peintre devient donc la gouache même de la création, transmettant sa vie dans l’œuvre: «la femme nue du &lt;/span&gt;&lt;em style=&quot;font-size: 0.8125rem;&quot;&gt;Déjeuner sur l’herbe &lt;/em&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 0.8125rem;&quot;&gt;n’est là que pour fournir à l’artiste l’occasion de peindre un peu de chair.» (Zola, 1991: 159-160) Toutefois, son goût l’emporte avant tout vers une analyse purement esthétique des formes, des lignes et des nuances:&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;L’artiste placé en face d’un sujet quelconque, se laisse guider par ses yeux qui aperçoivent ce sujet en larges teintes se commandant les unes les autres. Une tête posée contre un mur, n’est plus qu’une tache plus ou moins blanche sur un fond plus ou moins gris; et le vêtement juxtaposé à la figure devient par exemple une tache plus ou moins bleue mise à côté de la tache plus ou moins blanche. (Zola, 1991: 151)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ce regard zolien précoce annonce en théorie ses souhaits dans le cycle des&amp;nbsp;&lt;em&gt;Rougon-Macquart&lt;/em&gt;: comme Manet, l’écrivain compte ne plus rien masquer du réel. Toutefois, les fragments du corps qui apparaissent dans cet extrait proviennent de personnages échangeables et indiscernables. La tête, le visage et les vêtements ne sont que des&amp;nbsp;taches, un agencement considéré uniquement entre les couleurs et les lignes abstraites. La volonté d’une représentation d’une vraie chair sera en effet plus malaisée plus tard, en raison de sa conscience de l’impasse de créer la vie. Cette description des toiles de Manet met ainsi à distance le corps vivant grâce au morcellement, qui rejoint déjà la mécanisation et la reproduction des fragments dans ses romans. Dans son article consacré aux fragments du corps dans l’art, Jocelyne Lupien confirme indirectement le paradoxe qui contaminera la théorie, la littérature, la critique d’art et la pratique photographique de Zola. L’historienne de l’art nous éclaire en comparant&amp;nbsp;&lt;em&gt;Olympia&lt;/em&gt;&amp;nbsp;avec&amp;nbsp;&lt;em&gt;Sainte Cécile&lt;/em&gt;&amp;nbsp;sculptée par Stefano Maderno à la fin du XVI&lt;span style=&quot;font-size: 9.75px; line-height: 0; position: relative; vertical-align: baseline; top: -0.5em;&quot;&gt;e&lt;/span&gt;&amp;nbsp;siècle:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 0.8125rem;&quot;&gt;[La] dureté [du regard d’Olympia] met à distance ce corps alors même que sa nudité semble au contraire vouloir tout en révéler. On a beau promener notre regard sur d’autres détails du tableau, c’est au regard particulier d’Olympia que nous revenons sans cesse. […] Le vêtement est aussi un outil formidable de représentation de l’image du corps […]. [Au contraire, Sainte Cécile] s’offre à la contemplation d’autrui, n’interposant pas son regard, ni son visage, ni son moi, contrairement à l’&lt;/span&gt;&lt;em style=&quot;font-size: 0.8125rem;&quot;&gt;Olympia&lt;/em&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 0.8125rem;&quot;&gt;&amp;nbsp;de Manet […]. La tête est même détournée, désaxée, par rapport à la position globale du corps. Cette Sainte-Cécile ne peut «voir» mais elle peut «être vue». […] Le caractère très tactile des vêtements ainsi que la visibilité des mains et des pieds dont la fonction est de palper les objets. (Lupien, 1993: 28-29)&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ce problème du regard installe un traitement ambigu du corps féminin chez Zola, aussi bien dans ses descriptions romanesques que dans son art photographique. De la théorie à une reproduction du réel, l’auteur démontre sa contradiction entre la chair qu’il loue chez Manet en critique d’art et ses propres descriptions qui la détournent grâce au morcellement opéré par les miroirs, les objets, ou encore les ébauches dessinées. Or, son goût tardif pour la photographie lui fait faire un grand pas vers la désincarnation. En effet, un cliché devait alors apparaître comme un aboutissement suprême dans la reproduction d’un être vivant. La fanatique «photomanie» de Zola engendre des milliers de prises de vue entre 1888 et 1902, tirées dans ses propres laboratoires. Faut-il y voir une libération de son impossible description des corps vivants? Rien n’est moins sûr. Dans sa prise de vue d’un paysage, les êtres humains sont minuscules ou secondaires; dans celle de ses proches au centre, ceux-ci jouent souvent une scène, une action posée ou immobile préparée par le photographe. Étonnamment, la plupart de ses portraits semblent plus proches des regards traditionnels en peinture et en photographie que de ses principes en critique d’art –en particulier ceux de Jeanne Rozerot et de leur fille Denise. Ces photographies mettent en effet en évidence une proximité de l’appareil; et pourtant, ces images reflètent des poses peu naturelles et réalistes ainsi qu’un regard absent, détaché de l’angle de l’objectif, et donc de l’œil du photographe, alors que la technique de cette époque ne nécessite plus une telle fixité.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Au-delà de la mise en scène, ces clichés zoliens s’éloignent ainsi d’un moment vivant et vrai pour le spectateur –or le spectateur de ces images est… Zola lui-même. La question du corps semble aller encore plus loin lorsque les photographies sont plus intimes, sans véritable costume. Massin remarque d’ailleurs que Zola a développé des portraits dans des «plans de trois quarts arrière, rares à cette époque» (1979: 147). Ceci implique en conséquence une création visuelle très personnelle, que Derain, par exemple, peindra vingt ans plus tard.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le visage de Denise, morcelé et évanescent, disparaît dans le noir qui l’entoure derrière et devant elle. Cette magnifique image semble uniquement laisser un fragment étincelant qui s’enfuit sous nos yeux. Le corps de Jeanne est quant à lui fragmenté sans le moindre découpage de la peau. La blancheur éclatante de son dos dans la lumière ressort du sombre qui l’entoure. Cet angle réussit également à absorber les autres parties du corps dans le noir, qui auraient pu sans cela détourner notre regard. Dans ces deux disparitions, les regards et les lèvres ne peuvent exprimer un quelconque sentiment ou une pensée sur la scène: elles suppriment ainsi tout moment précis et présent, et rendent ces corps éternels. Zola semble dès cette époque sentir le terrible «ça-a-été» de Roland Barthes dans la photographie, en tentant de ne pas fixer une image réelle «en chair et en os» dans un instant vivant, qui ne vit déjà plus dans l’immobilité de cette saisie d’une seconde passée (Barthes, 1980). Ces clichés zoliens pourraient même illustrer la dépréciation dans cette technique du «&lt;em&gt;hic et nunc&lt;/em&gt;» chez Walter Benjamin. Cette reproduction en série entraîne à la fois de l’admiration et de l’horreur, car elle parvient à rendre présent un parfait substitut de la chose, mais lui ôte par là même son essence, son «aura» quasi-cultuel: «&lt;em&gt;multipliant les exemplaires, elle substitue à son occurrence unique son existence en série&lt;/em&gt;» et&amp;nbsp;«parvient à standardiser l’unique&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref11_4kd6gqw&quot; title=&quot;Cette citation provient de la dernière version L’Œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique, en 1939.&amp;nbsp;(Benjamin, 2000: 276, 279; W. B. souligne)&quot; href=&quot;#footnote11_4kd6gqw&quot;&gt;11&lt;/a&gt;».&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Cette sensation que semblait ressentir également Zola lui offrait malgré tout un pis-aller de l’incapacité de donner la vie à un corps en littérature. La réponse de l’écrivain, dans une enquête du&amp;nbsp;&lt;em&gt;Mercure de France&lt;/em&gt; en 1898 sur les romans illustrés en photographie, n’est donc bien qu’en apparence étonnante: «J’aurais préféré ne pas répondre, car je ne crois guère au bon emploi ni au bon résultat de ce procédé. On tombera tout de suite dans le nu.» (Ibels, 1898: 115) Ce photographe passionné dissocie clairement les clichés de la littérature, car les mots ne relèvent pas du même rapport au temps et à l’image. Son évocation finale du «nu» souligne au-delà de la pornographie la valeur peu féconde de ces images du corps, en ôtant toute leur vie dans notre imagination&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref12_comc1zd&quot; title=&quot;Nous nous associons sur ce point avec la belle réflexion de Charles Grivel sur le rapport ambigu de Zola avec la photographie, y compris dans cette enquête: «il sait donc de quoi il parle et met le doigt&amp;nbsp;à la fois&amp;nbsp;sur une réalité qu’il accomplit littérairement et sur une réalité photographique qu’il récuse: le “nu” signe l’acquiescement de l’esprit à l’imprégnation malheureuse qui lui vient du réel.» (Grivel, 2004: 31-60; voir également Grivel, 1999)&quot; href=&quot;#footnote12_comc1zd&quot;&gt;12&lt;/a&gt;. L’impossible création d’un corps en chair dans tout art provoque un désespoir de Zola, constat commun chez Rodenbach, qui en tire cependant une rivalité entre la photographie et la littérature.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;strong&gt;Rodenbach face au corps vivant inatteignable: la domination de l’écriture symboliste sur le réel illusoire de la photographie&lt;/strong&gt;&lt;/h3&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;66168&quot; view_mode=&quot;embed_medium&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;66170&quot; view_mode=&quot;embed_medium&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;66173&quot; view_mode=&quot;embed_medium&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;p&gt;Bien qu’il soit conscient de l’incapacité de créer une vraie chair vivante, Rodenbach s’en affranchit. L’auteur fait de ce dilemme le sujet-même de &lt;em&gt;Bruges-la-Morte&lt;/em&gt;, devenant la mise en abyme d’un combat stylistique entre l’écriture et les photographies dans ce roman. Lors de l’enquête du&amp;nbsp;&lt;em&gt;Mercure de France&lt;/em&gt; sur les illustrations, Rodenbach estime que celles-ci sont «ingénieus[es]» (1892&amp;nbsp;:113); cependant, il ajoute des propos plus proches de Mallarmé en indiquant une exception: «un lecteur un peu subtil aima toujours s’imaginer lui-même les personnages puisqu’un livre n’est qu’un point de départ, un prétexte et un canevas à rêves.» Il estime que «dans les romans de vie moderne, ce sera un élément de réalité, un document de plus». Or, en quelques mots, l’écrivain démontre par la suite le cas particulier des corps photographiés. En effet, le plaisir ne proviendrait pas d’un corps entier dans une scène immobile, mais uniquement de fragments plus ou moins cachés, créant alors des songes chimériques:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Si le sujet est galant, les illustrations représentatives d’attitudes et de gestes intimes, il y aura une secrète excitation à savoir que tels beaux bras, tel visage voluptueux, telle gorge entrevue, existent réellement quelque part… Et, en résumé, tout dépendra des photographies et dépendra des lecteurs.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Bien que la suite relève d’une boutade, la conclusion de Rodenbach sur sa propre lecture introduit d’emblée un combat entre l’art littéraire et la photographie: «Quant à moi, vous comprendrez que je m’intéresse principalement au texte, surtout quand il est de vous.» Et en effet, les illustrations tirées de cartes postales dans &lt;em&gt;Bruges-la-Morte&lt;/em&gt; représentent la ville sans&amp;nbsp;êtres humains. Elles utilisent ainsi des reflets de l’eau sans vague des canaux de Bruges, une dominance des bâtiments en pierre, voire un gros plan d’un monument, notamment des églises. Cet ensemble entraîne une réalité, certes, mais une réalité sans la moindre illusion d’un quelconque mouvement.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 0.8125rem;&quot;&gt;Deux exceptions dans les trente-cinq illustrations ne cachent pas la présence de personnes vivantes nettement visibles, qui deviennent cependant de simples «i», si inexistants qu’ils confirment presque ainsi la négation de la vie dans ces illustrations choisies. L’apparent contre-exemple du «i» ne pourrait en réalité mieux démontrer la disparition des êtres humains: le contraste noir-blanc souligné, la raideur de la personne, son rôle de perspective aux côtés de la ligne du chemin, son écho de la statue… L’ensemble ne pourrait mieux renforcer l’immobilité d’un mannequin chez cet homme. Dans le second contre-exemple, un homme s’avère au départ invisible bien qu’il soit au plus gros plan. Un pêcheur échappe à notre premier regard: situé à la limite de l’image, accolé au cadre, dans une tenue claire, les lignes de son corps se perdent dans celles de la barrière. Cette perspective vers la ville entraîne également le mouvement de&amp;nbsp;notre regard, laissant de côté cet homme. Ces deux êtres signalent finalement plus que tout la disparition humaine dans ces images.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;On pourrait voir une contradiction dans un dernier exemple comprenant des nonnes qui se rendent à l’église. Pour la première fois, des corps sont vus de près, dans une image toutefois perturbante. Entièrement recouverts, ils laissent uniquement voir des visages relativement proches saisis lors d’un mouvement, et pourtant… Cette image possède une profondeur de champ trop précise et nette; et paradoxalement, être moins exact aurait rendu ce cliché plus naturel. Cette illustration semble dès lors moins réelle que les autres photographies sans vie, et ressemble plus à un tableau de Muenier qu’à un vrai moment dans la ville&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref13_qzn6h97&quot; title=&quot;Jules-Alexis Muenier appartient au «mouvement naturaliste» de la fin du XIXe siècle –peinture que Zola goûtait peu. Ce peintre réalisait des œuvres troublantes réalisées à partir de mises en scène photographiques. Cet art cherchait à rivaliser avec leur exactitude, sans grand changement dans le tableau. Voir sur ce point l’ouvrage issu d’une exposition du musée Courbet, À l’épreuve du réel. Les peintres et la photographie au XIXe siècle. (Delmas, 2012)&quot; href=&quot;#footnote13_qzn6h97&quot;&gt;13&lt;/a&gt;. Xavier Fontaine a récemment confirmé cette impression en ayant trouvé la source de cette copie, le tableau de Louis Tytgadt (Fontaine, 2015), cas unique dans ce livre. Ces corps ne peuvent en aucun cas nous donner l’impression d’un vivant face à l’appareil photo.&lt;/p&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;66172&quot; view_mode=&quot;embed_medium&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;66175&quot; view_mode=&quot;embed_medium&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;66176&quot; view_mode=&quot;embed_medium&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;66177&quot; view_mode=&quot;embed_medium&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;p&gt;À cette absence d’humanité et de rythme s’ajoute la mise en retrait de la nature par une raréfaction des arbres qui sont soit cantonnés dans les angles, soit situés au loin, devenant de simples lignes et taches en noir et blanc. Deux clichés se différencient toutefois en mettant ces arbres plus en avant, mais les faisant uniquement devenir le cadre de l’image située derrière. Cette nature utilisée devient un simple encadrement situé en tête du livre, comme si ce roman était en réalité le sujet à représenter allégoriquement. Bien que l’organisation de ces images en collaboration avec Rodenbach ne soit pas prouvée, celle-ci indique un fort lien entre la photographie et la littérature chez lui: la tonalité des paysages de Bruges, les teintes en noir et blanc, le silence&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref14_87sndu7&quot; title=&quot;Voir par exemple la présentation de Jean-Pierre Bertrand et Daniel Grojnowski dans leur édition critique de Bruges-la-Morte&amp;nbsp;(Bertrand et Grojnowski, 1998). Paul Edwards analyse quant à lui les symboles de ces illustrations dans Soleil noir. Photographie et littérature des origines au surréalisme. (Edwards, 2008: 33-56)&quot; href=&quot;#footnote14_87sndu7&quot;&gt;14&lt;/a&gt;, mais sans vie. Le malaise zolien face à la représentation du corps trouve donc des échos dans ce roman de Rodenbach, mais celui-ci ne lance pas de tentative pour substituer les portraits photographiques à l’échec littéraire. Au contraire, les clichés deviennent un outil subordonné soulignant l’écriture même du roman. L’auteur lui-même confirme cette idée dans l’avant-propos de &lt;em&gt;Bruges-la-Morte&lt;/em&gt;, en évoquant les images comme décor reproduit: une «ombre des hautes tours allongée sur le texte.» (Rodenbach, 1892: II) Ces lignes architecturales ne sont que des lettres qui créent tout. Un double de cette mise en abyme commandée par l’écriture est celle de la disparition des êtres: les photographies sans vivant imitent ainsi le thème central du roman.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans&amp;nbsp;&lt;em&gt;Bruges-la-Morte&lt;/em&gt;, l’obsession d’Hugues Vian pour le corps de sa femme défunte restreint celle-ci à un simple fragment, sa tresse de cheveux. Cette dépouille est plus importante que tout portrait car elle laisse l’illusion d’une métonymie vivante de son épouse. L’idéalisation de ce fragment du corps sans chair permet au héros d’espérer faire renaître sa femme à travers la jeune danseuse, Jane, en raison d’une surprenante gémellité. Celle-ci ne devrait dès lors être qu’une copie immobile et silencieuse de l’autre femme. Or, face à cet échec de création d’un double vivant, le fragment de la chevelure devient donc plus vrai, plus vivant que la reproduction d’une femme trop vulgaire, qui semble ainsi moins réelle. Dans le goût du fragment de ce roman, entre réel et symbolisme, l’inconscient du héros semble rejoindre spéculairement la difficulté de tout écrivain face aux images du corps.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Hugues Vian est en effet enfermé dans son deuil, en dehors du monde dans son appartement aux fenêtres recouvertes par rideaux de crêpe. La vénération de sa femme sans vie, mais aussi sans nom, s’exprime également dans une création d’écrin. Nouveau miroir de l’enfermement, cette salle de recueil contient le plus grand «trésor» allant au-delà des portraits peints ou photographiés de l’épouse étant pourtant «comme des&amp;nbsp;reliquaires» (Rodenbach, 1892: 88-90): une natte coupée de sa chevelure «jaune d’ambre». La servante, Barbe, unique présence dans l’appartement, ne peut la toucher. Cette partie du corps devient ainsi à elle seule le visage et l’identité métonymiques de la morte. Or, ce fragment n’est pas de chair, ce qui lui permet de dépasser la disparation de la vie, d’où sa puissance. La chevelure parvient dès lors à ouvrir des rêves hors du temps et dépasse tout dessin, toute image, car l’écriture engendre une imagination débridée&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref15_om5ix8d&quot; title=&quot;L’imagination fétichiste des cheveux s’avère célèbre dans la littérature du XIXe siècle, par exemple chez Maupassant et Baudelaire. Sa présence dans des chroniques de presse –en particulier celles de Félix Fénéon au début du XXe siècle– a d’ailleurs inspiré l’art photographique de Delphine Balley. Cette image de la force de la littérature à l’inverse d’images photographiques avait d’ailleurs été évoquée par Rodenbach sur sa lecture dans l’enquête du&amp;nbsp;Mercure de France. (Ibels, 1898: 113)&quot; href=&quot;#footnote15_om5ix8d&quot;&gt;15&lt;/a&gt;. Comme démonstration de cette idée dans &lt;em&gt;Bruges-la-Morte&lt;/em&gt;, le fragment du corps n’était pas, volontairement, dans un «coffret obscur» (Rodenbach, 1892: 11), Hugues ayant peur d’enfermer à nouveau sa femme dans un tombeau. Le choix presque systématique de mots féminins, «chevelure», «natte» ou «tresse», en arrive quant à lui à faire se confondre le fragment et la femme sans nom dans les pronoms personnels «elle». Et pourtant, l’échec de cette illusion d’une reproduction du corps dans la «vraie vie» arrive très tôt.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Pour protéger cette tresse, Hugues prévoit de la «mettre sous verre, écrin transparent, boîte de cristal». (Rodenbach, 1892: 12) Cet enchâssement ajoute une nouvelle multiplication des cadres: fragment emprisonné dans un écrin lui-même enfermé dans la pièce interdite aux autres dans un appartement solitaire, installé dans un immeuble situé dans une ville contenant des cloîtres de nonnes recouvertes et séparées du monde –Bruges étant elle-même une forteresse enclavée par des canaux. Cette mise à distance permanente du corps se retrouve dans deux illustrations. Celles-ci semblent devenir le mimétisme de cette écriture en accentuant à la fin du roman son jeu de poupées russes: l’existence du rien à l’intérieur des multiples écrins. Le cliché de la châsse de Sainte-Ursule de la ville comporte elle-même sa propre «illustration» dans la peinture de Memling. Or, ce thème pictural est consacré lui aussi à un objet sacré… Encore un double, elle est l’image même de l’écriture du roman. De manière identique, le cliché de la châsse du Saint-Sang de Bruges semble encore un écho de cette idée. Le mot «sang» exprime à lui seul une allégorie oxymorique entre la vie et l’écoulement de la vie en dehors du corps. La dénomination «Saint-Sang» du Christ reprend la croyance de l’éternité; mais cette châsse symbolise dès lors la relique de la femme que son mari place involontairement dans une tombe –le coffret contenant des fragments du corps. Comme l’épouse, les deux fragments présents dans ces châsses sont séparés du monde extérieur et enfermés dans un coffret orné en métal ou en bois. Le reliquaire du Saint-Sang superpose également un cadre supplémentaire, puisque sa boîte contenant le fragment est ensachée à nouveau dans un baldaquin. Ces châsses photographiées multiplient donc les cadres en gigogne du roman, en ajoutant ces nouveaux cercles à l’intérieur d’autres cadres: une reproduction photographique située dans le cadre de la feuille, que l’auteur désigne lui-même «intercal[ée] entre les pages» (Rodenbach, 1892: II), elle-même enfermée à l’intérieur du livre: cet infini troublant fait disparaître toute chair, désincarnation sans fin dans toute création.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La photographie ne dépasse donc pas l’écriture littéraire mais la seconde dans le roman, en devenant elle aussi une frontière entre la chair vivante et son immatérialité dans l’art. Les deux objets sacrés semblent conçus pour illustrer à l’avance la fin du roman. Ces pendants dupliquent le contenu saint de la vie de l’épouse dans le coffret, et permettent dès lors à Hugues d’ouvrir les yeux sur son erreur de vouloir transformer lui-même sa défunte en un vrai être vivant, à travers Jane. Comme dans un reliquaire, cette femme idolâtrée est invisible, inatteignable; elle ne peut qu’être &lt;em&gt;re-présentée&lt;/em&gt; comme le fait Memling avec la sainte Ursule, et non &lt;em&gt;recréée&lt;/em&gt; –illusion qui mènera Claude Lantier à la mort chez Zola.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Cette reproduction physique entretenue par Hugues rencontre les premiers «morcellements» de sa chimère, annonçant l’&lt;em&gt;explicit&amp;nbsp;&lt;/em&gt;du roman. En pouvant enfin pénétrer pour la première fois dans l’appartement, la danseuse entre dans le monde construit de la défunte, refuse de porter les vêtements de la défunte tout en découvrant son utilité de copie dans les images de cette dernière. De même, lorsqu’elle réussit à ouvrir la fenêtre de ce cloître pour assister à la procession de Saint-Sang portant la châsse dans toute la ville, ce spectacle offre à Hugues une image spéculaire de son propre subterfuge. En effet, des jeunes gens «incarnent» dans la rue des êtres disparus, les saints, chose qui fait apparaître dans les yeux du héros le sens originaire d’une «incarnation»: «On aurait dit que s’étaient faits chair et animés par un miracle.» (Rodenbach, 1892: 210) Cette procession lui offre donc enfin la conscience de son erreur, car celle-ci est bien une &lt;em&gt;re-présentation&lt;/em&gt; et non l’action de faire &lt;em&gt;re-vivre&lt;/em&gt; un être disparu, car elle n’est qu’une mise en scène, comme la sienne avec Jane. Cette confusion entraîne alors la destruction du corps vivant, moins vrai que le fragment d’un corps décédé, la tresse, car le fétiche permet toujours, lui, de créer sa propre existence chimérique:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Les deux femmes s’étaient identifiées en une seule. Si ressemblantes dans la vie, plus ressemblantes dans la mort qui les avait faites de la même pâleur, il ne les distingua plus l’une de l’autre –unique visage de son amour. (Rodenbach, 1892: 220)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans la fin du roman, la chevelure fétichiste ne pouvait dès lors qu’être l’arme de l’étranglement de l’être vivant, Jane. Cette impossibilité de créer chez Hugues se confond ainsi spéculairement avec celle de toute œuvre d’art. Les images textuelles et photographiques de cette création littéraire mettent clairement en scène la conscience esthétique de Rodenbach du corps évanoui dans l’art. Elle entraîne alors un retournement du réalisme vers le symbolisme, démontrant la force du rêve face à la vraie vie. L’auteur développera cette idée en 1895:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Tel que la fille de Dibutade arrêtant le profil du fiancé parti, nous nous mîmes comme machinalement à tracer des mots, des rythmes, des images, des livres qui fussent la ressemblance de la petite patrie, cette petite patrie de la Flandre que nous n’avons recréée et ressuscitée pour nous, dans le mensonge de l’art […]. On n’aime bien que ce qu’on n’a plus. Le propre d’un art un peu noble, c’est le rêve, et ce rêve ne va qu’à ce qui est loin, absent, disparu, hors d’atteinte. (Rodenbach: 138)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Or, l’auteur avait composé, après le décès de ses sœurs et de son père, un poème en hommage à sa mère, intitulé «Le coffret». L’ode nous apprend qu’elle garde dans un «tiroir secret de sa commode»,&amp;nbsp;un «petit coffre en fer rouillé» qu’elle ne lui a «fait voir que deux fois». Elle devient le double prémonitoire d’Hugues Vian, en y déposant des fragments décharnés comme souvenirs, allégorisant les êtres morts: «comme un cercueil, la boîte est funèbre et massive,/Et contient les cheveux de ses parents défunts.» (Rodenbach, 1879: 9-10) Rodenbach réalise étonnamment lui aussi son propre coffret, tout comme sa mère et Hugues Vian; et pourtant, ses proches défunts ainsi que sa mère encore vivante, sont incrustés à l’intérieur d’un coffret irréel et dématérialisé: la clôture du poème contient des mots, des êtres sans corps, éternels dans l’esprit de tout lecteur, à savoir le pouvoir de l’écriture.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les fragments des corps soulignent aussi bien chez Zola et que chez Rodenbach l’impossibilité de créer littérairement un véritable être vivant. Tout désir de la chair n’est nécessairement qu’un «aperçu», imaginé et non réel –d’où ces rapports ambigus avec la photographie. Ce dilemme aboutit chez l’un à se replier sur les morcellements, quand l’autre s’y confronte en les faisant s’envoler du réel. Comme nous l’avons vu, le malheur conscient de l’impénétrabilité de la vraie chair vivante envenime les représentations zoliennes de corps détachés, aussi bien dans &lt;em&gt;Les Rougon-Macquart&lt;/em&gt; que dans sa critique d’art et sa pratique photographique. Au contraire, Rodenbach transforme l’hermétisme du réel en chair et en os en&amp;nbsp;objet de création virevoltant, mettant l’écriture face à elle-même.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;h2&gt;Bibliographie&lt;/h2&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/la-chambre-claire-notes-sur-la-photographie&quot; id=&quot;node-55879&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Barthes, Roland. 1980.&amp;nbsp;&lt;em&gt;La chambre claire: Notes sur la photographie&lt;/em&gt;. Paris : Gallimard, «&amp;nbsp;Le Seuil&amp;nbsp;», 192 pages p.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/loeuvre-dart-a-lere-de-sa-reproductibilite-technique&quot; id=&quot;node-54129&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Benjamin, Walter. 1935.&amp;nbsp;&lt;em&gt;L&#039;oeuvre d&#039;art à l&#039;ère de sa reproductibilité technique&lt;/em&gt;.&amp;nbsp;Oeuvres II.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/presentation-4&quot; id=&quot;node-65483&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Bertrand, Jean-Pierre&amp;nbsp;et&amp;nbsp;Daniel&amp;nbsp;Grojnowski. 1998.&amp;nbsp;«&amp;nbsp;Présentation&amp;nbsp;», dans&amp;nbsp;&lt;em&gt;Bruges-la-Morte, Rodenbach, George&lt;/em&gt;. Paris : GF-Flammarion, p. 7-44.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/pieces-detachees-a-propos-du-personnage-dans-au-bonheur-des-dames&quot; id=&quot;node-65485&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Borderie, Régine. 2005.&amp;nbsp;«&amp;nbsp;Pièces détachées: à propos du personnage dans &quot;Au Bonheur des dames&quot;&amp;nbsp;», dans&amp;nbsp;Vincent&amp;nbsp;Jouve&amp;nbsp;et&amp;nbsp;Pagès, Alain&amp;nbsp;(dir.),&lt;em&gt;&amp;nbsp;Les Lieux du réalisme. Pour Philippe Hamon&lt;/em&gt;. Paris : Éditions L’improviste-Presses de la Sorbonne nouvelle, p. 249-260.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/dans-lombre-de-loeuvre-lenfant-mort&quot; id=&quot;node-65486&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Cnockaert, Véronique. 1998.&amp;nbsp;«&amp;nbsp;Dans l&#039;ombre de l&#039;oeuvre: &quot;L&#039;enfant mort&quot;&amp;nbsp;».&amp;nbsp;&lt;em&gt;Cahiers naturalistes&lt;/em&gt;, 72, p. 351-361.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/a-lepreuve-du-reel-les-peintres-et-la-photographie-au-xixe-siecle&quot; id=&quot;node-65488&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Delmas, Julie. 2012.&amp;nbsp;&lt;em&gt;À l’épreuve du réel. Les peintres et la photographie au XIXe siècle.&lt;/em&gt; Lyon : Éditions Fage, 182 p.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/salon-de-1763&quot; id=&quot;node-65489&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Diderot, Denis. 1763.&amp;nbsp;«&amp;nbsp;Salon de 1763&amp;nbsp;», dans&amp;nbsp;Michel&amp;nbsp;Delon&amp;nbsp;(dir.),&amp;nbsp;&lt;em&gt;Salons, Delon, Michel&lt;/em&gt;. Paris : Gallimard, «&amp;nbsp;Folio classique&amp;nbsp;», p. 608.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/salon-de-1765&quot; id=&quot;node-65490&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Diderot, Denis. 1765.&amp;nbsp;«&amp;nbsp;Salon de 1765&amp;nbsp;», dans&amp;nbsp;Michel&amp;nbsp;Delon&amp;nbsp;(dir.),&amp;nbsp;&lt;em&gt;Salons, Delon, Michel&lt;/em&gt;. Paris : Gallimard, «&amp;nbsp;Folio classique&amp;nbsp;», p. 608.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/soleil-noir-photographie-et-litterature-des-origines-au-surrealisme&quot; id=&quot;node-65491&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Edwards, Paul. 2008.&amp;nbsp;Soleil noir. &lt;em&gt;Photographie et littérature des origines au surréalisme.&lt;/em&gt; Rennes : Presses Universitaires de Rennes, 565 p.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/zola-photographe&quot; id=&quot;node-65384&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Émile-Zola, François&amp;nbsp;et&amp;nbsp;Robert&amp;nbsp;Massin. 1979.&amp;nbsp;&lt;em&gt;Zola photographe&lt;/em&gt;. Paris : Denoël.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/la-photo-mystere-de-bruges-la-morte&quot; id=&quot;node-65493&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Fontaine, Xavier. 2015.&amp;nbsp;«&amp;nbsp;La photo mystère de Bruges-la-Morte&amp;nbsp;», dans&amp;nbsp;Jean-Pierre&amp;nbsp;Montier&amp;nbsp;(dir.),&amp;nbsp;&lt;em&gt;Transactions photolittéraires.&lt;/em&gt; Rennes : Presses Universitaires de Rennes, p. 137-157.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/le-modernisme-de-manet-ou-le-visage-de-la-peinture-dans-les-annees-1860&quot; id=&quot;node-65495&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Fried, Michael. 1996.&amp;nbsp;«&amp;nbsp;Le modernisme de Manet ou Le visage de la peinture dans les années 1860&amp;nbsp;», dans&amp;nbsp;&lt;em&gt;Esthétique et origines de la peinture moderne&lt;/em&gt;,. Paris : Gallimard, «&amp;nbsp;NRF Essais&amp;nbsp;», t. 3, p. 414.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/le-roman-mis-a-nu-par-la-photographie-meme&quot; id=&quot;node-65496&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Grivel, Charles. 1999.&amp;nbsp;«&amp;nbsp;Le Roman mis à nu par la photographie, même&amp;nbsp;».&amp;nbsp;&lt;em&gt;Romantisme&lt;/em&gt;, 105, p. 145-155.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/zola-photogenese&quot; id=&quot;node-65497&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Grivel, Charles. 2004.&amp;nbsp;«&amp;nbsp;Zola photogénèse&amp;nbsp;».&amp;nbsp;&lt;em&gt;Études photographiques&lt;/em&gt;, 15, p. 31-60.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/le-personnel-du-roman-le-systeme-des-personnages-dans-les-rougon-macquart-demile-zola&quot; id=&quot;node-65387&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Hamon, Philippe. 1983.&amp;nbsp;&lt;em&gt;Le Personnel du roman: Le système des personnages dans les &quot;Rougon-Macquart&quot; d&#039;Émile Zola&lt;/em&gt;. Genève : Droz.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/expositions-litterature-et-architecture-au-xixe-siecle&quot; id=&quot;node-65225&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Hamon, Philippe. 1989.&amp;nbsp;&lt;em&gt;Expositions: littérature et architecture au XIXe siècle.&lt;/em&gt; Paris : José Corti, 200 p.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/enquete-sur-le-roman-illustre-par-la-photographie&quot; id=&quot;node-65499&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Ibels, André. 1898.&amp;nbsp;«&amp;nbsp;Enquête sur le roman illustré par la photographie&amp;nbsp;».&amp;nbsp;&lt;em&gt;Mercure de France&lt;/em&gt;, vol. XXV, p. 97-115.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/le-corps-morcele-lenveloppe-epidermique-et-le-vetement-comme-forme-derotisation-dans-lart&quot; id=&quot;node-65501&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Lupien, Jocelyne. 1993.&amp;nbsp;«&amp;nbsp;Le corps morcelé: l’enveloppe épidermique et le vêtement comme forme d’érotisation dans l’art&amp;nbsp;».&amp;nbsp;&lt;em&gt;Espace: Art actuel&lt;/em&gt;, vol. 23, p. 25-29.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/zola-ou-la-fenetre-condamnee-la-crise-de-la-representation-dans-les-rougon-macquart&quot; id=&quot;node-65503&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Piton-Foucault, Émilie. 2015.&amp;nbsp;&lt;em&gt;Zola ou la Fenêtre condamnée. La crise de la représentation dans &quot;Les Rougon-Macquart&quot;&lt;/em&gt;. Rennes : Presses Universitaires de Rennes, 1064 p.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/nana-ou-linexistence-dune-ecriture-allegorique&quot; id=&quot;node-65504&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Reverzy, Éléonore. 1999.&amp;nbsp;«&amp;nbsp;Nana, ou l’inexistence. D’une écriture allégorique&amp;nbsp;».&amp;nbsp;&lt;em&gt;Cahiers naturalistes&lt;/em&gt;, 73, p. 167-180.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/la-chair-de-lidee-poetique-de-lallegorie-dans-les-rougon-macquart&quot; id=&quot;node-65505&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Reverzy, Éléonore. 2007.&amp;nbsp;&lt;em&gt;La Chair de l’idée. Poétique de l’allégorie dans &quot;Les Rougon-Macquart&quot;&lt;/em&gt;. Genève : Droz, 264 p.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/les-tristesses-poesies&quot; id=&quot;node-65506&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Rodenbach, Georges. 1879.&amp;nbsp;&lt;em&gt;Les Tristesses. Poésies.&lt;/em&gt; Paris : Alphonse Lemerre, 122 p.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/bruges-la-morte&quot; id=&quot;node-62092&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Rodenbach, Georges. 1892.&amp;nbsp;&lt;em&gt;Bruges-la-Morte&lt;/em&gt;. Paris : Flammarion.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/paris-et-les-petites-patries&quot; id=&quot;node-65507&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Rodenbach, Georges. 1895 [04/1895apr. J.-C.].&amp;nbsp;«&amp;nbsp;Paris et les petites patries&amp;nbsp;».&amp;nbsp;&lt;em&gt;La Revue, supplément de La Revue encyclopédique&lt;/em&gt;&amp;nbsp;, p. 137-138.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/le-sourire-du-sphinx-zola-et-lenigme-de-la-feminite&quot; id=&quot;node-54511&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Schor, Naomi. 1976.&amp;nbsp;«&amp;nbsp;Le sourire du sphinx: Zola et l&#039;énigme de la féminité&amp;nbsp;».&amp;nbsp;&lt;em&gt;Romantisme&lt;/em&gt;, 13-14, p. 183-196.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/edouard-manet-etude-biographique-et-critique&quot; id=&quot;node-65508&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Zola, Émile. 1867.&amp;nbsp;«&amp;nbsp;Édouard Manet, étude biographique et critique&amp;nbsp;», dans&amp;nbsp;Jean-Pierre&amp;nbsp;Leduc-Adine&amp;nbsp;(dir.),&amp;nbsp;&lt;em&gt;Écrits sur l&#039;art.&lt;/em&gt; Paris : Gallimard, «&amp;nbsp;Tel&amp;nbsp;», p. 523.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/le-ventre-de-paris&quot; id=&quot;node-2000&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Zola, Émile. 1873.&amp;nbsp;&lt;em&gt;Le Ventre de Paris&lt;/em&gt;. Paris : Gallimard, 470 p.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/nana-0&quot; id=&quot;node-60978&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Zola, Émile. 1880.&amp;nbsp;&lt;em&gt;Nana&lt;/em&gt;. Paris : Fasquelle , 469 p.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/au-bonheur-des-dames&quot; id=&quot;node-2002&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Zola, Émile. 1883.&amp;nbsp;&lt;em&gt;Au bonheur des dames&lt;/em&gt;. Paris : Gallimard, 244 p.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/loeuvre&quot; id=&quot;node-2370&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Zola, Émile. 1886.&amp;nbsp;&lt;em&gt;L’Œuvre&lt;/em&gt;. Paris : Pocket, 492 p.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;

&lt;section  class=&quot;footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed&quot; data-collapsible-show-label=&quot;Notes&quot; data-collapsible-hide-label=&quot;Notes&quot;&gt;&lt;ul class=&quot;footnotes collapsible-content&quot;&gt;&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote1_0t74l6l&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref1_0t74l6l&quot;&gt;1.&lt;/a&gt; Consulter les ouvrages de Philippe Hamon, &lt;em&gt;Le Personnel du roman. Le système des personnages dans &lt;/em&gt;Les Rougon-Macquart &lt;em&gt;d’Émile Zola&lt;/em&gt; et&lt;em&gt; Expositions. Littérature et architecture au dix-neuvième siècle&lt;/em&gt;. (Hamon, 1998;1989) &lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote2_ln32smh&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref2_ln32smh&quot;&gt;2.&lt;/a&gt; Voir sur ce point l’article de Naomi Schor, «Le sourire du sphinx: Zola et l’énigme de la féminité» (Schor, 1976).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote3_1at9dmx&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref3_1at9dmx&quot;&gt;3.&lt;/a&gt; Nous vous renvoyons sur ce point aux travaux d’Éléonore Reverzy dans &lt;em&gt;La Chair de l’idée. Poétique de l’allégorie dans &lt;/em&gt;Les Rougon-Macquart, et l’article «Nana, ou l’inexistence. D’une écriture allégorique.» (Reverzy, 2007;1999)&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote4_apxjxsk&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref4_apxjxsk&quot;&gt;4.&lt;/a&gt; Sauf mention contraire, nous ajoutons les séquences soulignées ou en italique dans les citations.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote5_wgmw2io&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref5_wgmw2io&quot;&gt;5.&lt;/a&gt; Zola, 1960: 800-801. Voir l’analyse picturale de cette charcuterie dans notre ouvrage &lt;em&gt;Zola ou la fenêtre condamnée. La crise de la représentation dans &lt;/em&gt;Les Rougon-Macquart. (Piton-Foucault, 2015: 926-929&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote6_ce1orsf&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref6_ce1orsf&quot;&gt;6.&lt;/a&gt; «Tiens, là, sous &lt;em&gt;le &lt;/em&gt;sein gauche, eh bien! &lt;em&gt;c’est &lt;/em&gt;joli comme tout. &lt;em&gt;Il y a des &lt;/em&gt;petites veines qui bleuissent, qui donnent à &lt;em&gt;la &lt;/em&gt;peau une délicatesse de ton exquise… Et là, &lt;em&gt;au renflement de la hanche&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;cette &lt;/em&gt;fossette où l’ombre se dore, un régal!… Et là, sous &lt;em&gt;le &lt;/em&gt;modelé si gras &lt;em&gt;du &lt;/em&gt;ventre, &lt;em&gt;ce &lt;/em&gt;trait pur &lt;em&gt;des &lt;/em&gt;aines, une pointe à peine de carmin dans de l’or pâle…» (Zola, 1966: 241)&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote7_b6n2781&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref7_b6n2781&quot;&gt;7.&lt;/a&gt; Voir, concernant cette question picturale du fils, l’article de Véronique Cnockaert, «Dans l’ombre de l’oeuvre: &lt;em&gt;L’enfant mort&lt;/em&gt;» (Cnockaert, 1998) &lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote8_akma2ak&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref8_akma2ak&quot;&gt;8.&lt;/a&gt; Cette tête cachée peut en effet nous faire penser au film&amp;nbsp;&lt;em&gt;La Sentinelle&lt;/em&gt; réalisé par Arnaud Desplechin, un personnage envoûté par un paquet qu&#039;il n&#039;ouvre pas, bien qu&#039;il le sente contenir une tête humaine momifiée.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote9_osuaz9w&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref9_osuaz9w&quot;&gt;9.&lt;/a&gt; Étapes du récit: la découverte du corps de Christine dans l&#039;&lt;em&gt;incipit&lt;/em&gt;; l&#039;embryon de la naissance d&#039;un grand tableau, avorté; l&#039;autre embryon épuisé dès sa naissance, son fils allant déjà vers la mort; le corps de Claude qui le rejoint comme ses oeuvres disparues (&lt;em&gt;explicit&lt;/em&gt;). &lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote10_pgbsk38&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref10_pgbsk38&quot;&gt;10.&lt;/a&gt; Ces derniers propos utilisés expriment encore des expressions figées issues du corps lorsque Bongrand et Sandoz évoquent leur désespoir: le premier considère que cette impossibilité artistique les tuerait s’ils «ne ten[aient] pas si fort à [leur] peaux», quand le second déplore qu’ils ne puissent rien créer en n’étant que «des reproducteurs débiles, autant vaudrait-il [se] casser la tête tout de suite.»&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote11_4kd6gqw&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref11_4kd6gqw&quot;&gt;11.&lt;/a&gt; Cette citation provient de la dernière version &lt;em&gt;L’Œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique&lt;/em&gt;,&lt;em&gt; en 1939.&lt;/em&gt;&amp;nbsp;(Benjamin, 2000: 276, 279; W. B. souligne)&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote12_comc1zd&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref12_comc1zd&quot;&gt;12.&lt;/a&gt; Nous nous associons sur ce point avec la belle réflexion de Charles Grivel sur le rapport ambigu de Zola avec la photographie, y compris dans cette enquête: «il sait donc de quoi il parle et met le doigt&amp;nbsp;&lt;em&gt;à la fois&lt;/em&gt;&amp;nbsp;sur une réalité qu’il accomplit littérairement et sur une réalité photographique qu’il récuse: le “nu” signe l’acquiescement de l’esprit à l’imprégnation malheureuse qui lui vient du réel.» (Grivel, 2004: 31-60; voir également Grivel, 1999)&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote13_qzn6h97&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref13_qzn6h97&quot;&gt;13.&lt;/a&gt; Jules-Alexis Muenier appartient au «mouvement naturaliste» de la fin du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle –peinture que Zola goûtait peu. Ce peintre réalisait des œuvres troublantes réalisées à partir de mises en scène photographiques. Cet art cherchait à rivaliser avec leur exactitude, sans grand changement dans le tableau. Voir sur ce point l’ouvrage issu d’une exposition du musée Courbet, &lt;em&gt;À l’épreuve du réel. Les peintres et la photographie au XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;&lt;/em&gt; &lt;em&gt;siècle.&lt;/em&gt; (Delmas, 2012)&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote14_87sndu7&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref14_87sndu7&quot;&gt;14.&lt;/a&gt; Voir par exemple la présentation de Jean-Pierre Bertrand et Daniel Grojnowski dans leur édition critique de &lt;em&gt;Bruges-la-Morte&lt;/em&gt;&amp;nbsp;(Bertrand et Grojnowski, 1998). Paul Edwards analyse quant à lui les symboles de ces illustrations dans &lt;em&gt;Soleil noir. Photographie et littérature des origines au surréalisme.&lt;/em&gt; (Edwards, 2008: 33-56)&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote15_om5ix8d&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref15_om5ix8d&quot;&gt;15.&lt;/a&gt; L’imagination fétichiste des cheveux s’avère célèbre dans la littérature du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle, par exemple chez Maupassant et Baudelaire. Sa présence dans des chroniques de presse –en particulier celles de Félix Fénéon au début du XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle– a d’ailleurs inspiré l’art photographique de Delphine Balley. Cette image de la force de la littérature à l’inverse d’images photographiques avait d’ailleurs été évoquée par Rodenbach sur sa lecture dans l’enquête du&amp;nbsp;&lt;em&gt;Mercure de France&lt;/em&gt;. (Ibels, 1898: 113)&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;/section&gt;&lt;/div&gt;
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      &lt;div class=&quot;field-label&quot;&gt;Période historique: &lt;/div&gt;
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      &lt;div class=&quot;field-label&quot;&gt;Contexte géographique: &lt;/div&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;Présentation&lt;/div&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item odd&quot;&gt;Pièces détachées: à propos du personnage dans &amp;quot;Au Bonheur des dames&amp;quot;&lt;/div&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;Dans l&amp;#039;ombre de l&amp;#039;oeuvre: &amp;quot;L&amp;#039;enfant mort&amp;quot;&lt;/div&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item odd&quot;&gt;À l’épreuve du réel. Les peintres et la photographie au XIXe siècle&lt;/div&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;Soleil noir. Photographie et littérature des origines au surréalisme&lt;/div&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;La photo mystère de Bruges-la-Morte&lt;/div&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item odd&quot;&gt;Le modernisme de Manet ou Le visage de la peinture dans les années 1860&lt;/div&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;Le Personnel du roman: Le système des personnages dans les &amp;quot;Rougon-Macquart&amp;quot; d&amp;#039;Émile Zola&lt;/div&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;Enquête sur le roman illustré par la photographie&lt;/div&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;Zola ou la Fenêtre condamnée. La crise de la représentation dans &amp;quot;Les Rougon-Macquart&amp;quot;&lt;/div&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;La Chair de l’idée. Poétique de l’allégorie dans &amp;quot;Les Rougon-Macquart&amp;quot;&lt;/div&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item odd&quot;&gt;Édouard Manet, étude biographique et critique&lt;/div&gt;
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 <pubDate>Thu, 10 May 2018 00:31:31 +0000</pubDate>
 <dc:creator>Émilie Bauduin</dc:creator>
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 <title>La dérive en miroir. Le dessaisissement du personnage dans «Compression» de Nicolas Bouyssi</title>
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;Portés disparus: précarités humaines dans le roman d&amp;#039;enquête contemporain &lt;/div&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item clearfix even&quot;&gt;&lt;p&gt;Dans son ouvrage &lt;em&gt;Disparaître de soi&lt;/em&gt;, David Le Breton définit un état qu’il nomme la blancheur. Celle-ci se reconnait à «[...] une fermeture à l’événement, un ralentissement de l’énergie qui pousse à vivre &lt;em&gt;a minima&lt;/em&gt;, voire même à l’arrêt et dans une sorte de posture zen de détachement pur.» (Le Breton, 2015: 25) Elle résulte d’une fuite de soi et du monde et est une «[...] volonté de ralentir ou d’arrêter le flux de la pensée [...], une recherche d’impersonnalité [...]» (25), transformant l’individu en «spectateur indifférent» (25).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Cet état de blancheur semble atteindre de nombreux personnages de la littérature contemporaine, et ceux des romans d’enquête ne font pas exception. Contrairement au roman policier traditionnel, dans lequel une série d’actions et de déductions suivant un fil logique permet de résoudre une énigme de départ (habituellement liée à un crime), le roman d’enquête, bien qu’il parte de la même prémisse d’une énigme à résoudre, met en scène un personnage d’enquêteur qui n’a pas les compétences personnelles ou professionnelles pour trouver la clé du mystère. Comme l’écrit Nicolas Xanthos:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;[...] les enquêtes, dans les romans du même nom, se déploient le plus souvent sous les auspices de l’errance dépressive, les enquêteurs étant d’ordinaire poussés par les événements, récalcitrants, accablés. Ils ne mènent pas l’enquête d’une main de maître, mais sont menés par ce qui leur arrive, ont une position qui est de patient plutôt que d’agent. (2011a: 58)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le plus souvent en quête d’une personne disparue, leurs narrateurs, enquêteurs improvisés, tâtonnent et échouent dans leurs recherches alors qu’ils se perdent en réflexions sur soi et le monde.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans &lt;em&gt;Compression&lt;/em&gt;, paru en 2009, Nicolas Bouyssi met en scène un personnage qui n’échappe pas à cette situation. Suzenot est un aveugle trentenaire. N’ayant jamais occupé d’emploi, il est entièrement dépendant de sa sœur, Hélène, son ainée de quelques années, qui l’a pris en charge dès l’adolescence. Quand il a atteint l’âge adulte, elle lui a permis d’emménager chez elle pendant une certaine période puis, leurs relations devenant difficiles, elle lui a déniché un appartement pour lequel elle paie, en plus de lui avoir trouvé une colocataire, Jeanne, qu’elle rémunère pour veiller sur lui. Suzenot et Jeanne n’entretiennent pas d’autres rapports que ceux liés aux vicissitudes du quotidien. En dehors de sa sœur, l’aveugle a pour seul compagnon son chien aidant, Briscart, et il se complait dans une vie composée de jours passés à écouter des livres ou la radio, sinon à partir à la recherche de lieux où attendre en paix, loin des gens qui souhaitent lui venir en aide à la vue de son handicap. Lorsque, dès les premières pages du roman, Suzenot fait face à la disparition de sa sœur, tous ses repères semblent partir du même coup. Au cours des trois jours qui suivent, il fait le point sur leur relation depuis l’enfance et erre plus qu’il ne cherche, comme s’il était ambivalent dans son désir de retrouver son ainée. Il ment à la policière qui prend sa déposition tout comme à l’ancien amoureux d’Hélène. Il hésite à se rendre à l’appartement de celle-ci pour constater sa disparition ou y découvrir une explication; il lui faudra trois tentatives pour y entrer enfin, au troisième jour.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Suzenot ne retrouvera pas sa sœur. Elle demeurera intangible, comme il l’est lui-même. En effet, le personnage de Suzenot, bien qu’il détourne sa propre enquête pour la tourner vers soi, est construit de telle façon qu’il demeure insaisissable, y compris pour lui-même. Pour cela, inéluctablement, son enquête se soldera par un échec. Pour qu’une enquête réussisse, l’agent qui la mène, qu’il soit fictif ou réel, doit être en mesure d’adopter différents angles de recherche, donc divers points de vue. Toutefois, cela demeure hors de portée de celui qui ne parvient pas même à se saisir de soi.&lt;/p&gt;&lt;h2&gt;&amp;nbsp;&lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;Les perceptions troubles. Un rapport au monde ambigu&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;&lt;p&gt;Une enquête repose habituellement sur l’analyse d’indices et l’exploration d’hypothèses qui permettent de remonter le fil des évènements, partant du principe qu’une action en entraine généralement une autre et qu’elle est sous-tendue par un mobile et un motif. La résolution d’une enquête s’appuie donc sur une précompréhension de l’action, celle-ci correspondant à ce que l’observateur infère comme buts, motifs, intentions à partir de ce qu’il aperçoit (gestes, mouvements, mise en œuvre de moyens) (Gervais, 1990: 79-80). En admettant que Suzenot soit incapable de se saisir des indices qui peut-être se trouvent à sa portée, et qu’il n’ait pas la compétence pour réaliser son enquête, il n’est pas surprenant que le roman soit structuré hors du traditionnel champ de l’action.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le tissu narratif de &lt;em&gt;Compression&lt;/em&gt; ne repose ainsi pas sur une logique de l’action en ce que celle-ci implique de buts, de moyens, d’intentions, etc. (Gervais: 77-126), repères qui permettent, dans cette logique, à la fois d’ancrer les évènements dans un schéma narratif clair et de définir le personnage. Par ailleurs, malgré l’enquête que (mal)mène le personnage, la narration ne se base pas non plus sur une logique cognitive au sens que lui a donné Fontanille, c’est-à-dire «appréhension et découverte de la présence du monde et de la présence à soi-même, découverte de la vérité, découverte des liens qui peuvent apparaître entre des connaissances existantes, etc.» (2003: 195) La narration de &lt;em&gt;Compression&lt;/em&gt; s’inscrit plutôt dans une logique du sensible, telle que la définissent Frances Fortier et Andrée Mercier:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;[La logique du sensible] vise à rendre observables les marques de l’«éprouvé». Les états d’âme, omniprésents, sont rarement le résultat ou la motivation d’une trame narrative finalisée: au principe même de la narration, ils en constituent littéralement l’événement. (2004: 182)&lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;Ce ne sont donc plus les liens entre les évènements qui priment et sont présentés comme base du tissu narratif, mais plutôt les émotions et les impressions, qu’elles soient ou non causées par un évènement.&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;p&gt;Ce ne sont donc plus les liens entre les évènements qui priment et sont présentés comme base du tissu narratif, mais plutôt les émotions et les impressions, qu’elles soient ou non causées par un évènement. Dans cette logique, l’enquête est irrémédiablement tournée vers l’intérieur. Le sujet de parole devient sujet de perception (Fortier et Mercier: 184). Ce qui est &lt;em&gt;perçu&lt;/em&gt; tient lieu de repère. Or, qu’en est-il lorsque les perceptions d’un personnage-enquêteur, tel Suzenot, sont troubles?&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;&amp;nbsp;&lt;/h4&gt;&lt;h4&gt;&lt;strong&gt;Sens et liens de cause à effet&lt;/strong&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;Les entraves font les bons romans policiers, car l’originalité de ceux-ci repose sur la façon dont leurs héros les surmontent pour résoudre leurs enquêtes. La cécité de Suzenot aurait ainsi pu en faire un personnage enquêteur original et accrocheur. D’autres auteurs ont eu cette idée (Caroline Roe&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref1_7tkcmrm&quot; title=&quot;Aussi connue sous le nom de Medora Sale, cette auteure canadienne publie le premier volume de sa série en 1998.&quot; href=&quot;#footnote1_7tkcmrm&quot;&gt;1&lt;/a&gt; dans ses &lt;em&gt;Chroniques d’Isaac de Gérone&lt;/em&gt; ou Otsuichi dans &lt;em&gt;Rendez-vous dans le noir,&lt;/em&gt; par exemple). Toutefois, bien que Suzenot se fie à ses autres sens pour interpréter le monde, il accorde à ceux-ci un pouvoir plus grand que la réalité ne le permet. Par exemple, il fait des déductions qui sont liées au sens de la vue, donc hors de sa portée. Ainsi, il déduit le style des cheveux ou de la tenue vestimentaire d’une personne selon sa voix: «Je ne lui demande pas de se décrire. À bien considérer sa voix, j’ai présumé qu’elle avait une quarantaine d’années, &lt;em&gt;les cheveux courts&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;un pantalon&lt;/em&gt;&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref2_j3wm91i&quot; title=&quot;Je souligne.&quot; href=&quot;#footnote2_j3wm91i&quot;&gt;2&lt;/a&gt;.» (Bouyssi, 2009: 51) Ou: «Je conjecture que sa figure est &lt;em&gt;rouge comme une tomate&lt;/em&gt;&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref2_a6hcbqj&quot; title=&quot;Je souligne.&quot; href=&quot;#footnote2_j3wm91i&quot;&gt;2&lt;/a&gt;.» (11) Ou encore: «La voix de la fille me laisse entendre qu’elle est plus petite que moi. Sa cage thoracique ne doit pas non plus être grande, et &lt;em&gt;ce qu’on nomme blond me semble ce qui s’accorde le mieux avec son gabarit&lt;/em&gt;&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref2_9091pzx&quot; title=&quot;Je souligne.&quot; href=&quot;#footnote2_j3wm91i&quot;&gt;2&lt;/a&gt;.» (58) Ces déductions hasardeuses, Marie-Hélène Voyer le mentionne, montrent un «rapport distordu au réel [qui] affecte non seulement [le] récit, mais également [la] manière de décrire le monde» (2014: 27) et laissent le lecteur avec des doutes quant à la crédibilité de la narration. Parce qu’elle se fonde sur des raisonnements douteux, l’enquête menée par le protagoniste se trouve menacée dès le départ et ne s’inscrit pas dans le domaine du policier.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ce rapport distordu au réel s’exprime aussi dans l’absence de liens de cause à effet qu’on retrouve à l’intérieur de la narration sous forme de parataxe. Cette figure consiste à «disposer côte à côte deux propositions... sans marquer le rapport de dépendance qui les unit.» (Dupriez, 1984: 328) Elle permet un style simple, dépouillé, et facilite la tenue à l’écart d’une logique cognitive dans laquelle seraient liées les idées ou les rares actions. Sa présence constante dans le roman permet la juxtaposition, en apparence impromptue, de phrases qui n’ont aucun lien de cause à effet, même implicite: «Briscart m’a toujours laissé penser qu’il était un être heureux et enchanté de son existence... Je n’arrive pas à me changer les idées.» (Bouyssi: 42) Ou:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Au moment de m’aider à sortir, elle me demande si je veux rapporter le sandwich dans un morceau d’aluminium. Elle a horreur de gaspiller. Il est possible que je finisse par le manger. Je hoche la tête. Je me dis que l’heure est venue d’utiliser le double des clés de ma sœur. (97-98)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La parataxe rend plus aisée l’intrusion de phrases qui paraissent hors contexte, suggérant que la pensée de Suzenot est souvent dénuée de suite logique, imprévisible. Elle permet de donner un effet désincarné au raisonnement du personnage, qui se meut en obéissant à une série d’affects qu’il ne semble pas traiter comme de l’information. La parataxe, en juxtaposant les uns à la suite des autres ces stimulus erratiques, renforce l’impression de désincarnation et de non-appartenance à soi de Suzenot. Ce procédé contribue à traduire le dessaisissement du personnage, le lecteur se trouvant emporté dans un enchainement d’impressions qui n’obéit qu’à la seule logique du sensible. D’où l’impossibilité, pour le protagoniste, de résoudre son enquête.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;&amp;nbsp;&lt;/h4&gt;&lt;h4&gt;&lt;strong&gt;Une distorsion des pensées&lt;/strong&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;La logique du sensible délaisse donc la logique cognitive pour se concentrer sur ce qui est perçu par le narrateur. Mais, dans &lt;em&gt;Compression&lt;/em&gt;, le cognitif n’est pas seulement souvent mis de côté, il est également mis en doute. La résolution d’une enquête reposant nécessairement sur des déductions logiques, l’évacuation du cognitif annonce dès le départ le cul-de-sac vers lequel se dirige le personnage. Si résolution de l’enquête il y avait, elle serait nécessairement le fruit d’un hasard. En effet, le personnage ne fait pas confiance à son propre raisonnement. Plus encore, une croyance quasi superstitieuse le pousse à se méfier du pouvoir des mots et des pensées:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Est-ce que le fait de m’être dit que je souhaitais qu’elle parte a pu avoir une influence sur le cours des événements? Est-ce que mon expression se fige, et forme une sorte de phrase qui court sur mon visage lorsque j’émets certaines pensées?&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Des mots de mauvais augure me viennent. &lt;em&gt;J’ai l’impression qu’ils ont pour objectif de me traquer&lt;/em&gt;; ils s’insinuent dans toutes mes réflexions. Et &lt;em&gt;ils les souillent, en changent le sens, ils les rendent nulles&lt;/em&gt;&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref2_xhds3ou&quot; title=&quot;Je souligne.&quot; href=&quot;#footnote2_j3wm91i&quot;&gt;2&lt;/a&gt;. (Bouyssi: 24)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Suzenot a du mal à se saisir de ses propres pensées, comme s’il était à leur merci et qu’elles avaient plus de pouvoir sur lui que lui sur elles. En ce sens, peut-il se fier à ce qu’il perçoit et pense?&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;À cette époque, je n’osais pas encore m’avouer que je me mentais quotidiennement, que ce dont je ne parlais pas était plus important que ce que je disais. Je ne me posais pas beaucoup de questions sur le caractère partial et fragmentaire de mes découpes. Je croyais en la véracité de ce que mes sens sélectionnaient. J’étais dans l’affirmation et convaincu que ce que j’affirmais justifiait suffisamment (délimitait?) le bien-fondé de mon existence. (40)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ces distorsions, basées en partie sur la personnification de pensées et de mots qu’on refoule, sur une méfiance envers le cognitif, enferment le personnage dans un univers perceptif et annoncent que toute réalité présentée peut être remise en question.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;&amp;nbsp;&lt;/h4&gt;&lt;h4&gt;&lt;strong style=&quot;font-size: 0.875rem;&quot;&gt;La réalité en suspension&lt;/strong&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;La diégèse est construite de façon à faire douter des capacités de Suzenot à évaluer le monde qui l’entoure, comme s’il pouvait y avoir une scission entre ses perceptions et la réalité. Le lecteur se trouve souvent confronté à un dilemme interprétatif. Par exemple, il est suggéré à plusieurs reprises que Suzenot soit autiste, mais rien ne le confirme. Le mot est simplement glissé à l’intérieur de phrases brèves et pourrait tout aussi bien être employé au sens métaphorique: «Une autonomie parfaite, il s’agissait d’un rêve d’autiste.» (Bouyssi: 34) Ou: «[...] je pense qu’on peut évaluer le degré d’autisme des êtres humains au nombre de leurs tics.» (48) À d’autres endroits, le trouble envahissant du développement peut être lu dans des descriptions qui sont faites du personnage: «En guise de représailles, et pour me protéger de l’idée qu’on se faisait de mon comportement, je me suis davantage renfermé sur mes pensées. J’ai développé des tics.» (33) Mais peut-être est-ce seulement le fait d’un aveugle qui se replie sur soi en raison d’un contexte familial difficile... D’un autre côté, la forme que prend le discours du narrateur pourrait aussi faire conclure à l’autisme. Constitué majoritairement de propositions simples placées les unes aux côtés des autres, il donne une impression de distanciation par rapport aux évènements. L’usage de la parataxe renforce d’ailleurs cet effet. Les émotions sont nommées, mais non décrites. Alors qu’il s’inscrit dans une logique du sensible, le discours apparait très factuel:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Je m’étends sur le matelas sans prendre le temps de transvaser le contenu de mes poches de pantalon dans le tiroir de la table de nuit. &lt;em&gt;Je me sens triste. Beaucoup trop triste.&lt;/em&gt; Briscart est allé se nicher sous le lit. C’est sa cachette, il y sommeille. Il y range aussi ses jouets [...] Le jour où Jeanne passe l’aspirateur sous mon lit, elle y ramasse des bouts de couenne et de saucisson&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref2_e89ozt2&quot; title=&quot;Je souligne.&quot; href=&quot;#footnote2_j3wm91i&quot;&gt;2&lt;/a&gt;. (42)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Comme le montre cet exemple, les émotions occupent la même place que les autres éléments dans l’énumération des faits. Le discours est-il factuel parce qu’il reflète la sensibilité d’un autiste ou parce qu’il transpose la vision d’un être atteint de blancheur qui ne s’est jamais réellement saisi de lui-même? Le livre ne statue pas. Ainsi, Suzenot demeure insaisissable dans son essence même. Ses caractéristiques personnelles sont uniquement proposées, la tâche revenant au lecteur de trancher ou de demeurer dans le doute.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Par ailleurs, bien qu’Hélène soit présentée comme le centre même de l’univers de Suzenot, tout est mis en scène pour qu’on remette en question son existence. Le doute est instillé à travers les trois tentatives que fait l’aveugle, dans son enquête, pour se rendre à l’appartement de sa sœur. La première fois, il se rend devant son immeuble, mais n’entre pas. Alors qu’il rebrousse chemin, il se fait percuter par un «type à rollers» (Bouyssi: 103) et perd connaissance. Quand il se réveille, il est à nouveau chez lui et sa colocataire lui raconte ce qui lui est arrivé. Le type aurait contacté Jeanne avec le portable de Suzenot, puis l’aurait raccompagné à une station de métro où elle l’aurait trouvé seul. Ce récit ne concorde pas avec les souvenirs de Suzenot, convaincu d’être retourné chez Hélène et d’y être entré, bien qu’il reconnaisse que ce soit impossible suivant la version du type:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;J’ai tellement de mal à admettre que mes propres souvenirs ne soient qu’un rêve, ou une hallucination. Je me souviens de mon entrée dans l’appartement d’Hélène, mais également de deux odeurs — de celles de renfermé et d’un bouquet de fleurs qu’on a laissé faner. Je me souviens d’un bruit de télé. Briscart m’entraîne et nous nous dirigeons vers le couloir. Que se passe-t-il alors? Pourquoi ce trou de mémoire après que je me suis relevé du fauteuil? Il m’oblige à me fier à la parole d’un autre, à la privilégier sur mes réminiscences. Je ne rêve pourtant jamais de rien de précis. Je ne cesse pas de le répéter. De quoi pourrais-je rêver? (Bouyssi: 106)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La deuxième fois qu’il croit se rendre à l’appartement d’Hélène, il ne quitte pas, en réalité, son propre appartement. Complètement ivre, il tangue entre fantasme et réalité:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Je referme l’armoire à pharmacie. &lt;em&gt;Je zigzague dans le couloir, et je m’allonge sur le lit...&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;&lt;em&gt;De l’eau a commencé à s’infiltrer dans le hall, et par le bas de la porte d’entrée.&lt;/em&gt; La pluie me rend songeur (superficiel?), elle coule en cataractes sur l’escalier qui donne sur l’entrée de la bouche du métro Château-Rouge. [...] Je fais la queue. J’attends longuement. [...] &lt;em&gt;Briscart ne bronche plus. Il doit se douter que je ressasse, à cette heure-là il fait la sieste&lt;/em&gt;&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref2_xjayfh1&quot; title=&quot;Je souligne.&quot; href=&quot;#footnote2_j3wm91i&quot;&gt;2&lt;/a&gt;. (134)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans son ivresse, il croit visiter l’appartement de son ainée alors qu’il n’est en réalité jamais sorti du sien. Constatant que chaque pièce et objet est disposé de la même manière que chez lui, il en arrive au constat déchirant qu’Hélène n’existe pas et, se croyant toujours chez elle, il se jette par la fenêtre. Or, il est dans son propre appartement, au rez-de-chaussée. Cette perte de contact avec la réalité, due à l’ivresse, révèle-t-elle l’inexistence d’Hélène ou illustre-t-elle plutôt à quel point Suzenot se sent perdu depuis la disparition de sa sœur? D’une façon ou d’une autre, elle démontre l’incapacité du personnage à mener à bien son enquête.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Enfin, lorsqu’il entre pour de bon chez Hélène, à la fin du roman, tout porte à croire qu’il s’y trouve vraiment. La configuration des pièces n’a rien à voir avec celle de son appartement, et il reconnait les meubles de sa sœur. Bientôt ivre, il fouille et endommage tout sur son passage: «Joie de l’identification. Et joie de l’hommage. Je bousille le matelas d’Hélène selon la même méthode que le canapé. Dans quelques heures, les flics vont peut-être m’appeler pour m’annoncer que l’appartement de ma sœur a été saccagé.» (173)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Non seulement les perceptions du personnage, altérées, nuisent à la crédibilité de son enquête, mais en plus, son comportement vient littéralement interférer avec le travail des policiers, puisqu’en vandalisant l’appartement de sa sœur, Suzenot risque d’orienter leur enquête dans une mauvaise direction.&lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;Troubles, les perceptions du narrateur lui laissent peu d’emprise sur la réalité, qui glisse et lui échappe constamment. Le lecteur peut-il se fier à ce que raconte le personnage?&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;p&gt;Troubles, les perceptions du narrateur lui laissent peu d’emprise sur la réalité, qui glisse et lui échappe constamment. Le lecteur peut-il se fier à ce que raconte le personnage?&amp;nbsp;Pourra-t-il comprendre qui il est vraiment: un être sensible complètement désarçonné par la disparition de son ainée ou un individu instable en perte de contact avec la réalité?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Quoi qu’il en soit, l’instabilité des repères qu’a le personnage dans le monde réel remet en question la crédibilité de son enquête et la possibilité de son aboutissement. Par ailleurs, l’enquêteur du roman policier traditionnel doit s’investir dans le monde qu’il veut appréhender. Or, la blancheur qui atteint Suzenot empêche son investissement à la fois en lui-même et dans la réalité.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Que ce soit en ruinant la téléologie du parcours d’une vie, et donc la configuration narrative biographique destinée à la saisir, en mettant à mal la possibilité d’un noyau identitaire stable et cohérent susceptible de fournir une assise au récit ou en fragmentant, pluralisant, complexifiant l’unité de l’expérience, le roman d’enquête s’emploie à rendre l’objet de l’investigation bien difficile à concevoir et pointe les manques des formes narratives traditionnelles, peu aptes à saisir ces vies, identités ou expériences repensées — ou encore rendues à leurs incertitudes et à leurs fragilités. (Xanthos, 2011b: 121)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ainsi, même s’il y a enquête dans le roman du même nom, il n’y a pas nécessairement de crime et encore moins de résolution. L’enquêteur se substitue à la personne disparue jusqu’à ce que, d’une certaine façon, il disparaisse à son tour.&lt;/p&gt;&lt;h2&gt;&amp;nbsp;&lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;P&lt;/strong&gt;&lt;strong style=&quot;font-size: 1.125rem;&quot;&gt;rojection et gémellité. L’identité à découvrir&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;&lt;p&gt;Comme on l’a montré, le roman d’enquête est apparenté au roman policier dans ses prémisses, mais s’en distingue assez rapidement par sa structure qui répond à la logique du sensible et qui, automatiquement, le porte à explorer des contrées autres, intérieures plutôt qu’extérieures. Dans les deux cas, une quête identitaire est mise en œuvre. Le policier cherche à identifier le coupable (pour l’arrêter), le héros du roman d’enquête tente de retracer qui était la personne portée disparue (pour la retrouver ou encore pour la faire revivre en souvenir). Tous deux se trouvent alors confrontés à un phénomène de gémellité: pour retrouver l’autre, ils doivent en partie s’y identifier, et c’est ce qui peut perdre le héros mélancolique du roman d’enquête.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Sophie Létourneau écrit, à la suite d’Aristote, que cette sorte de recherche qu’est «l’activité réminiscente» serait caractérisée par une «affliction mélancolique» due à l’impossibilité de se rappeler et donc de trouver (2011: 71).&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Dans la typologie antique, le mélancolique est un être de mémoire &lt;em&gt;vive&lt;/em&gt;, mais ses souvenirs sont désordonnés. Si la mélancolie était une structure narrative, l’histoire serait sans &lt;em&gt;catharsis&lt;/em&gt; puisque l’identité ne serait jamais révélée [...]. De même, la mélancolie serait sans fin puisque la solution ne serait jamais trouvée — au contraire du roman policier. (Létourneau: 71)&lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;Jumeau du roman policier, le roman d&#039;enquête s’en distingue par une structure narrative mélancolique qu’on pourrait associer à la logique du sensible, et qui n’aboutit pas à la révélation de l’identité ni donc à la résolution de l’enquête.&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;p&gt;Voilà qui caractérise le roman d’enquête. Jumeau du roman policier, il s’en distingue par une structure narrative mélancolique qu’on pourrait associer à la logique du sensible, et qui n’aboutit pas à la révélation de l’identité ni donc à la résolution de l’enquête. Dans le roman d’enquête, la question de l’identité demeure.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans &lt;em&gt;Compression&lt;/em&gt;, cette question dépasse même celle de la disparition d’Hélène. De &lt;em&gt;Qui était Hélène pour disparaitre ainsi?&lt;/em&gt; on passe à rapidement à &lt;em&gt;Qui est Suzenot?&lt;/em&gt; Tout au long des trois jours sur lesquels s’étend son enquête, celui-ci passe beaucoup moins de temps à chercher sa sœur qu’à se chercher en elle. Très forte, la question de l’identité traverse le livre sans trouver sa conclusion. Les évènements qui arrivent poussent le narrateur à s’observer, et il se dit surpris de ce qu’il découvre, comme s’il ignorait tout de sa propre personne: «Je ne soupçonnais pas en moi cette sorte de rage injustifiée. Elle n’a pas eu grand-chose de bénéfique. Elle m’a toutefois semblé importante dans ce qu’elle me dévoilait de ma personnalité.» (Bouyssi: 47) Ce qu’elle révèle, exactement, Suzenot ne le mentionne pas. La possibilité de cette rage s’ajoute simplement à la collection des éléments susceptibles de former son identité. Autrement dit, Suzenot cueille les indices sans les mettre en relation.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;On l’a montré, le narrateur, enquêteur improvisé, adopte un point de vue biaisé. On pourrait croire que sa cécité en est la cause, mais elle demeure symbolique. Ses autres sens ne parvenant pas à lui ouvrir une fenêtre, c’est comme s’il &lt;em&gt;regardait&lt;/em&gt; du côté réfléchissant d’un miroir semi-réfléchissant, confondant sa propre image avec celle de l’extérieur. Les caractéristiques qu’il attribue aux autres sont souvent des projections, avouées ou non. Par exemple, l’aveugle a des tics, ils sont mentionnés plusieurs fois au fil des pages, et il présume comme d’une réalité que Jeanne en a aussi, sans nommer lesquels, alors qu’il ne peut voir cette dernière et ne l’a jamais touchée (Bouyssi: 107-108).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;«Pour qu’il y ait histoire et enquête, l’enquêteur devra rester longtemps “aveugle”» (Létourneau, 2011: 69), mentionne Sophie Létourneau au sujet du roman policier, employant le concept dans son sens figuré pour représenter le travail de tâtonnement de l’enquêteur qui ne peut &lt;em&gt;voir&lt;/em&gt;, au départ, la solution de sa quête. Intégré au sens propre dans le livre de Bouyssi, ce concept agit comme une métaphore, permettant de jouer sur la relation entre le &lt;em&gt;voir&lt;/em&gt; et le &lt;em&gt;savoir&lt;/em&gt;. L’existence entière du personnage est une enquête: aveugle, il doit toucher les visages pour les découvrir, il doit toucher chaque parcelle de la maison pour la connaitre (même les éléments cachés ne lui échappent pas, affirme-t-il, en raison de cette façon particulière qu’il a d’appréhender le monde et l’espace)...&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Certes, la cécité de Suzenot le force à découvrir par ses autres sens, mais aussi à imaginer, sans doute plus qu’il n’est nécessaire, le monde et les gens. Toutefois, le fait qu’il projette sur eux ce qu’il veut qu’ils soient brouille encore une fois les pistes de l’enquête et en révèle (bien peu) sur lui comme sur les autres personnages. En fin de compte, tous demeurent insaisissables:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Je ne sais plus qui, à part moi, existe dans ce qui n’arrête pas de me sortir de la tête. [...] Qu’est-ce que je connais des autres à part ce que j’y projette? Qu’est-ce que je reproche aux autres, à part que ce qu’ils sont ne correspond pas à ce que je projette? Que ce qu’ils sont — qui n’est pas moi — m’agresse? (Bouyssi: 140)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Au cœur de ce jeu de miroir et de projection se trouve Hélène. Elle seule semble avoir une existence propre, rester un être complet. Ce que Suzenot connait de lui, c’est souvent sa sœur qui le lui a dit. Tout ce qu’il raconte de sa vie transite par le prisme d’Hélène, qui est comme son reflet dans le miroir, sa jumelle, avec qui il voudrait faire un: «J’essaie de me concentrer sur sa personnalité, je m’en imprègne.» (129-130)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le phénomène de gémellité entre le narrateur et Hélène est si fort que, comme on l’a montré, le lecteur peut être amené à douter de la réalité de cette dernière. Serait-elle une simple projection du protagoniste? Tout comme lui, elle se cherche (64-65); tout comme lui, elle a peur de rater sa vie (111); elle use même des mots «envahissante», «égoïste» et «pénible» pour se décrire, à l’image de son frère (63). De plus, le narrateur glisse parfois sur la personne grammaticale lui permettant de se décrire, comme s’il hésitait quant à l’identité à employer:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;&lt;em&gt;Ta&lt;/em&gt; sœur &lt;em&gt;t’&lt;/em&gt;accuse, mais qu’est-ce qu’elle &lt;em&gt;te&lt;/em&gt; demande? Et qu’est-ce qu’elle veut savoir? &lt;em&gt;Je&lt;/em&gt; m’interroge. Elle n’en a rien à faire de ce que &lt;em&gt;j’&lt;/em&gt;ai à lui dire; alors &lt;em&gt;j’&lt;/em&gt;enchaîne, comme si elle &lt;em&gt;me&lt;/em&gt; l’avait demandé. &lt;em&gt;Je&lt;/em&gt; pars du principe que c’est comme un exercice, ou une figure que &lt;em&gt;je&lt;/em&gt; &lt;em&gt;m’&lt;/em&gt;impose, même si &lt;em&gt;j’&lt;/em&gt;aurais aimé qu’&lt;em&gt;on&lt;/em&gt; &lt;em&gt;m’&lt;/em&gt;interpelle. &lt;em&gt;Se&lt;/em&gt; dire que c’est de &lt;em&gt;sa&lt;/em&gt; faute. &lt;em&gt;Se&lt;/em&gt; dire qu’&lt;em&gt;on&lt;/em&gt; est le coupable [...]&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref2_hzafy07&quot; title=&quot;Je souligne.&quot; href=&quot;#footnote2_j3wm91i&quot;&gt;2&lt;/a&gt;. (157)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Parce que celui-ci fait de la projection, l’enquête du personnage le ramène toujours à soi. Ainsi se retrouve-t-il, malgré lui, à enquêter sur sa propre personne, confondant les indices, la réalité et les perceptions. Sauf que Suzenot n’a aucune envie de se découvrir vraiment: «Hélène a tort sur toute la ligne. J’ai une image, et c’est en référence à la sienne que je l’ai construite année après année, en la considérant comme une femme sans défaut [...]. Je suis un type malhonnête. Je ne veux pas me fouiller.» (115)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La disparition de son ainée le force à se révéler, si peu soit-il. Il se retrouve seul avec lui-même. Il ne peut plus se servir de sa sœur comme d’un phare identitaire. Son monde se brise, le miroir se fissure. Il ne pourra reconstruire ni l’identité d’Hélène ni la sienne, et le lecteur ne saura jamais lequel était le reflet de l’autre. «La narration mélancolique, écrit Sophie Létourneau, demeure [...] dans l’&lt;em&gt;aveuglement&lt;/em&gt; d’une réminiscence incomplète. Dès lors, une identité manque.» (2011: 72)&lt;/p&gt;&lt;h2&gt;&amp;nbsp;&lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;Donner substance dans l’insaisissable. Le corps pour se saisir de soi&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;&lt;p&gt;Suzenot est un personnage aux contours flous. Sans personnalité définie, sans volonté suffisamment forte pour mener à bien son enquête, il tangue entre le désir de connaissance de soi et le désir d’effacement, ce dernier l’emportant largement.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Toutes ces choses qui me remplissent et qu’il serait grand temps de laisser filer. &lt;em&gt;Pour être moi-même mon propre vide, pour n’être qu’une boule de tics&lt;/em&gt;, en définitive. Pour réussir, de temps en temps, à respirer avec vigueur dans les confins de mon crâne&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref2_ezs28xk&quot; title=&quot;Je souligne.&quot; href=&quot;#footnote2_j3wm91i&quot;&gt;2&lt;/a&gt;. (Bouyssi: 109)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Suzenot aspire à disparaitre en tant qu’individu et à n’être plus rien qu’un corps. C’est ce corps, justement, qui se fait le point d’ancrage du personnage dans le monde, d’où une présence marquée du corporel à l’intérieur de la diégèse, avec une sensibilité qui lui est propre (toucher, sensations, odeurs, etc.). Plus que le personnage, son corps semble avoir une volonté déterminée, et lui permet de s’incarner au fil des pages. Comme l’écrit Jean Renaud,&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Puisque c’est le corps qui pense, il est normal que viennent à la pensée — et au discours, fût-il embarrassé, obscur — toutes sortes d’objets: ce que le corps, précisément, perçoit. C’est-à-dire le réel lui-même, dans sa présence brute et sa profusion. (2016)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Si le réel perçu par Suzenot est trouble et peu fiable, ses tics, ponctuellement décrits, l’inscrivent dans une réalité, au minimum, physique. Le personnage existe par sa dimension corporelle. S’il n’est rien d’autre, il sera toujours un corps: «J’ai fait glisser mes fesses sur l’assise du siège, en étendant les jambes jusqu’à sentir mes genoux et mes articulations se dissoudre. Sitôt que mes jambes ont été molles, je me suis senti mieux.» (Bouyssi: 49) Ou: «Il y a un truc qui bouge à toute vitesse dans ma figure pendant que je la récupère [la chaussure].» (87)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Tout passe par le corps. Non seulement ce dernier se fait-il véhicule des pensées, mais, inversant cette logique, les pensées peuvent aussi trahir le corps:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Ce qui faisait le plus peur chez moi était évidemment mes tics. La question de leur maîtrise est dépendante de celle des traits qui se figent à cause de mes pensées. Les uns comme les autres me trahissent. &lt;em&gt;Ils disent de quoi est fait mon corps.&lt;/em&gt; Ce sont des élans brefs qu’aucune sorte de discipline n’est parvenue à réprimer. Or, qu’est-ce que je découvre si je tripote ma tête, et que je contiens mes expressions&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref2_zb6594j&quot; title=&quot;Je souligne.&quot; href=&quot;#footnote2_j3wm91i&quot;&gt;2&lt;/a&gt;? (107-108)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Suivant cette logique d’une sensibilité corporelle, viennent sans surprise les tentatives du personnage de se saisir physiquement du flot de ses pensées, des mots qui, sans cesse, l’assaillent: «Il y a ces phrases également, qui me trottent dans la tête, ces phrases que je crois vraies, que j’aimerais prendre entre les mains, dès qu’elles deviennent trop corpulentes, afin de les étrangler.» (155)&lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;Le corps ne ment pas: il bouge, a mal, touche... Ses contours sont définis et ne peuvent être remis en question. Si l’être s’efface, le corps demeure.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;p&gt;Ainsi, le corps permet de donner substance dans l’insaisissable en offrant un point d’ancrage au personnage. Le corps ne ment pas: il bouge, a mal, touche... Ses contours sont définis et ne peuvent être remis en question. Si l’être s’efface, le corps demeure. Toutefois, en se bornant à n’être qu’un corps, «foyer de sensations» (Fortier et Mercier, 2004: 196), le personnage refuse de poser les actions ou d’entreprendre les réflexions qui lui permettraient de faire avancer son enquête. Celle-ci demeurera irrésolue. À la fin, Suzenot n’aura trouvé ni sa sœur ni sa propre identité.&lt;/p&gt;&lt;h2&gt;&amp;nbsp;&lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;La mélancolique impersonnalité&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;&lt;p&gt;La blancheur décrite par David Le Breton, cette forme d’impersonnalité qui pousse les êtres à s’effacer, s’illustre dans le dessaisissement du personnage de Suzenot. Plus le roman avance, moins ce qui semblait définir au départ le narrateur ne semble tangible. Peu fiables, ses perceptions nuisent à la vraisemblance du récit tout comme son habitude de projeter sur les autres ce qu’il a le désir d’y découvrir ou ne peut s’empêcher d’y percevoir. Sa cécité est un symbole de son incapacité à voir au-delà de lui-même, et illustre comment le personnage doit avancer à tâtons dans l’existence, au sens propre comme au figuré. Pour cela, son enquête ne peut aboutir.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Très factuelle et sans grandes envolées, la narration n’en obéit pas moins à une logique du sensible dans laquelle se déploie toute la mélancolie du personnage. Nulle action qui soit suffisante pour coordonner la diégèse. Nulle cognition qui soit assez fiable pour être le fil d’Ariane du récit. Ce qui se fait l’évènement de celui-ci, c’est la sensibilité du personnage mise à nue, dans tout ce qu’elle peut receler d’incohérent ou d’insaisissable. Personnage concevant le monde à travers le prisme de l’autisme ou homme blanchi au sens que lui donnerait Le Breton? Le dénouement de l’histoire (mais se dénoue-t-elle vraiment?) laisse place à interprétation. L’enquête a piétiné. Le lecteur, emporté malgré lui dans le jeu des perceptions, voit son jugement troublé et ne peut se saisir du personnage.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Comment le pourrait-il? Le désir d’impersonnalité du personnage-enquêteur, décrit dès la première partie du roman est maintenu jusqu’à sa conclusion malgré la série d’évènements sensitifs qui y mènent. Alors que vient de disparaitre sa sœur et qu’il devrait en toute logique s’évertuer à la retrouver, le narrateur fait le récit de sa recherche de l’attente parfaite et absolue puis va se terrer dans un stationnement à étages dans l’espoir de l’y découvrir: «Tout est paisible: je n’attends rien. Je suis au diapason de l’odeur d’essence et du béton. Je fais le tas. C’est moi l’attente.» (Bouyssi: 55) Alors qu’est sur le point de se conclure le récit sur les actes de destruction que commet au hasard Suzenot dans l’appartement de sa sœur, il affirme, satisfait: «Ma démarche est pendulaire. Mes actes ne se font pas concurrence. Je suis exactement dans ce qu’Hélène appelle l’absence de choix.» (170)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ne pas choisir. Demeurer dans l’attente, dessaisi de soi. Insaisissable.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;[...] la reconnaissance fait image. Mais si l’image venait à manquer? Et l’identité jamais résolue? Que serait une tragédie sans sa scène finale? Et le roman policier sans coupable inculpé? Quelle histoire lirait-on? Un drame sans &lt;em&gt;catharsis&lt;/em&gt;, une enquête sans solution, un raisonnement sans conclusion. On lirait simplement l’attente et la recherche de ce qui manque: la concordance. On lirait une enquête qui aurait pour objet la possibilité d’une identité, une recherche de ce qui &lt;em&gt;fait image&lt;/em&gt;. (Létourneau, 2011: 71)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Un roman d’enquête.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;h2&gt;Bibliographie&lt;/h2&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/rendez-vous-dans-le-noir&quot; id=&quot;node-64070&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Adachi, Hirotaka (Otsuichi). 2014.&amp;nbsp;&lt;em&gt;Rendez-vous dans le noir&lt;/em&gt;. Arles : Éditions Philippe Picquier, 254 p.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/compression&quot; id=&quot;node-64065&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Bouyssi, Nicolas. 2009.&amp;nbsp;&lt;em&gt;Compression&lt;/em&gt;. Paris : P.O.L., 174 p.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/gradus-les-procedes-litteraires-dictionnaire&quot; id=&quot;node-64060&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Dupriez, Bernard. 1984.&amp;nbsp;&lt;em&gt;Gradus: Les procédés littéraires: (dictionnaire)&lt;/em&gt;. Paris : Éditions 10/18, 540 p.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/semiotique-du-discours&quot; id=&quot;node-64062&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Fontanille, Jacques. 2003.&amp;nbsp;&lt;em&gt;Sémiotique du discours&lt;/em&gt;. Limoges : Presses universitaires de Limoges, 305 p.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/la-narration-du-sensible-dans-le-recit-contemporain&quot; id=&quot;node-64063&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Fortier, Frances&amp;nbsp;et&amp;nbsp;Andrée&amp;nbsp;Mercier. 2004.&amp;nbsp;«&amp;nbsp;La narration du sensible dans le récit contemporain&amp;nbsp;», dans&amp;nbsp;René&amp;nbsp;Audet&amp;nbsp;et&amp;nbsp;Mercier, Andrée&amp;nbsp;(dir.),&amp;nbsp;&lt;em&gt;La littérature et ses enjeux narratifs&lt;/em&gt;. Québec : Presses de l&#039;Université Laval, p. 173-201.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/recits-et-actions-pour-une-theorie-de-la-lecture&quot; id=&quot;node-56927&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Gervais, Bertrand. 1990.&amp;nbsp;&lt;em&gt;Récits et actions. Pour une théorie de la lecture&lt;/em&gt;. Longueil : Le Préambule.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/disparaitre-de-soi-une-tentation-contemporaine&quot; id=&quot;node-64066&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Le Breton, David. 2015.&amp;nbsp;&lt;em&gt;Disparaître de soi: Une tentation contemporaine&lt;/em&gt;. Paris : Métailié, 208 p.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/roland-barthes-enquete-la-chambre-claire-ou-la-melancolie-policiere&quot; id=&quot;node-64068&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Létourneau, Sophie. 2011.&amp;nbsp;«&amp;nbsp;Roland Barthes enquête: La chambre claire ou la mélancolie policière&amp;nbsp;».&amp;nbsp;&lt;em&gt;Études littéraires&lt;/em&gt;, vol. 42, 2, p. 69-79.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/la-compression-la-souplesse-selon-nicolas-bouyssi&quot; id=&quot;node-64080&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Renaud, Jean. 2009.&amp;nbsp;«&amp;nbsp;La compression, la souplesse selon Nicolas Bouyssi&amp;nbsp;».&amp;nbsp;&lt;em&gt;remue.net&lt;/em&gt;. &amp;lt;&lt;a href=&quot;http://remue.net/spip.php?article3262&amp;gt;&quot;&gt;http://remue.net/spip.php?article3262&amp;gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/je-suis-devenu-dune-meticulosite-aberrante-distorsions-perceptives-et-discordances-cognitives&quot; id=&quot;node-64081&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Voyer, Marie-Hélène. 2014.&amp;nbsp;«&amp;nbsp;&quot;Je suis devenu d&#039;une méticulosité aberrante&quot;: distorsions perceptives et discordances cognitives du personnage dans &quot;Infiniment petit&quot; de Patrick Chatelier et &quot;Compression&quot; de Nicolas Bouyssi&amp;nbsp;».&amp;nbsp;&lt;em&gt;L&#039;Esprit créateur&lt;/em&gt;, vol. 54, 1, Baltimore : Johns Hopkins University Press, p. 22-34.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/irreductibilites-evenementielles-dans-le-roman-denquete-contemporain&quot; id=&quot;node-52828&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Xanthos, Nicolas. 2011.&lt;em&gt;&amp;nbsp;Irréductibilités événementielles dans le roman d&#039;enquête contemporain&lt;/em&gt;.&amp;nbsp;Poétiques et imaginaires de l&#039;événement.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/raconter-dans-le-crepuscule-du-heros-fragilites-narratives-dans-le-roman-denquete&quot; id=&quot;node-54541&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Xanthos, Nicolas. 2011.&amp;nbsp;«&amp;nbsp;Raconter dans le crépuscule du héros. Fragilités narratives dans le roman d&#039;enquête contemporain&amp;nbsp;», dans&amp;nbsp;Frances&amp;nbsp;Fortier&amp;nbsp;et&amp;nbsp;Mercier, Andrée&amp;nbsp;(dir.),&amp;nbsp;&lt;em&gt;La transmission narrative&lt;/em&gt;. Modalités du pacte romanesque contemporain. Québec : Nota Bene, p. 111-125.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;

&lt;section  class=&quot;footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed&quot; data-collapsible-show-label=&quot;Notes&quot; data-collapsible-hide-label=&quot;Notes&quot;&gt;&lt;ul class=&quot;footnotes collapsible-content&quot;&gt;&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote1_7tkcmrm&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref1_7tkcmrm&quot;&gt;1.&lt;/a&gt; Aussi connue sous le nom de Medora Sale, cette auteure canadienne publie le premier volume de sa série en 1998.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote2_j3wm91i&quot;&gt;&lt;a href=&quot;#footnoteref2_j3wm91i&quot; class=&quot;footnote-label&quot;&gt;2.&lt;/a&gt; &lt;a class=&quot;footnote-multi&quot; href=&quot;#footnoteref2_j3wm91i&quot;&gt;a.&lt;/a&gt; &lt;a class=&quot;footnote-multi&quot; href=&quot;#footnoteref2_a6hcbqj&quot;&gt;b.&lt;/a&gt; &lt;a class=&quot;footnote-multi&quot; href=&quot;#footnoteref2_9091pzx&quot;&gt;c.&lt;/a&gt; &lt;a class=&quot;footnote-multi&quot; href=&quot;#footnoteref2_xhds3ou&quot;&gt;d.&lt;/a&gt; &lt;a class=&quot;footnote-multi&quot; href=&quot;#footnoteref2_e89ozt2&quot;&gt;e.&lt;/a&gt; &lt;a class=&quot;footnote-multi&quot; href=&quot;#footnoteref2_xjayfh1&quot;&gt;f.&lt;/a&gt; &lt;a class=&quot;footnote-multi&quot; href=&quot;#footnoteref2_hzafy07&quot;&gt;g.&lt;/a&gt; &lt;a class=&quot;footnote-multi&quot; href=&quot;#footnoteref2_ezs28xk&quot;&gt;h.&lt;/a&gt; &lt;a class=&quot;footnote-multi&quot; href=&quot;#footnoteref2_zb6594j&quot;&gt;i.&lt;/a&gt; Je souligne.&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;/section&gt;&lt;/div&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;La compression, la souplesse selon Nicolas Bouyssi&lt;/div&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item odd&quot;&gt;&amp;quot;Je suis devenu d&amp;#039;une méticulosité aberrante&amp;quot;: distorsions perceptives et discordances cognitives du personnage dans &amp;quot;Infiniment petit&amp;quot; de Patrick Chatelier et &amp;quot;Compression&amp;quot; de Nicolas Bouyssi&lt;/div&gt;
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      &lt;div class=&quot;field-label&quot;&gt;Pour citer ce document: &lt;/div&gt;
    &lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&lt;span class=&quot;biblio-authors&quot; &gt;&lt;a href=&quot;/fr/biblio?f%5Bauthor%5D=4273&quot; rel=&quot;nofollow&quot;&gt;Turgeon, Christine&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;. 2021. « &lt;a href=&quot;/fr/biblio/la-derive-en-miroir-le-dessaisissement-du-personnage-dans-compression-de-nicolas-bouyssi&quot;&gt;&lt;span class=&quot;biblio-title&quot; &gt;La dérive en miroir. Le dessaisissement du personnage dans &quot;Compression&quot; de Nicolas Bouyssi&lt;/span&gt;&lt;/a&gt; ». Dans &lt;span  style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;Portés disparus: précarités humaines dans le roman d’enquête contemporain&lt;/span&gt;. Cahier ReMix, n° 14 (04/2021). Chicoutimi, Université du Québec à Chicoutimi : Figura, le Centre de recherche sur le texte et l’imaginaire. En ligne sur le site de l’Observatoire de l’imaginaire contemporain. &amp;lt;&lt;a href=&quot;https://oic.uqam.ca/fr/remix/la-derive-en-miroir-le-dessaisissement-du-personnage-dans-compression-de-nicolas-bouyssi&quot;&gt;https://oic.uqam.ca/fr/remix/la-derive-en-miroir-le-dessaisissement-du-personnage-dans-compression-de-nicolas-bouyssi&lt;/a&gt;&amp;gt;. Consulté le 1 mai 2023.&lt;span class=&quot;Z3988&quot; title=&quot;ctx_ver=Z39.88-2004&amp;amp;rft_val_fmt=info%3Aofi%2Ffmt%3Akev%3Amtx%3Adc&amp;amp;rft.title=La+d%C3%A9rive+en+miroir.+Le+dessaisissement+du+personnage+dans+%26quot%3BCompression%26quot%3B+de+Nicolas+Bouyssi&amp;amp;rft.date=2021&amp;amp;rft.aulast=Turgeon&amp;amp;rft.aufirst=Christine&amp;amp;rft.pub=Figura%2C+le+Centre+de+recherche+sur+le+texte+et+l%E2%80%99imaginaire&amp;amp;rft.place=Chicoutimi%2C+Universit%C3%A9+du+Qu%C3%A9bec+%C3%A0+Chicoutimi&quot;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
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 <pubDate>Wed, 24 Jan 2018 17:35:30 +0000</pubDate>
 <dc:creator>Rémi-Julien Savard</dc:creator>
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 <title>«Nimona». De la dynamique métamorphe à la totale métamorphose du récit de formation chevaleresque</title>
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&amp;lt;span class=&amp;quot;biblio-authors&amp;quot; &amp;gt;Lapointe, André-Philippe&amp;lt;/span&amp;gt;. 2017. « &amp;lt;span class=&amp;quot;biblio-title&amp;quot; &amp;gt;&amp;quot;Nimona&amp;quot;. De la dynamique métamorphe à la totale métamorphose du récit de formation chevaleresque&amp;lt;/span&amp;gt; ». Dans le cadre de &amp;lt;span  style=&amp;quot;font-style: italic;&amp;quot;&amp;gt;Formes et enjeux de la transmission dans les fictions contemporaines pour adolescent.e.s&amp;lt;/span&amp;gt;. Colloque organisé par Figura, le Centre de recherche sur le texte et l’imaginaire. Montréal, Université du Québec à Montréal, 24 mars 2017. Document vidéo. En ligne sur le site de l’Observatoire de l’imaginaire contemporain. &amp;amp;lt;https://oic.uqam.ca/fr/communications/nimona-de-la-dynamique-metamorphe-a-la-totale-metamorphose-du-recit-de-formation&amp;amp;gt;. &amp;lt;span class=&amp;quot;Z3988&amp;quot; title=&amp;quot;ctx_ver=Z39.88-2004&amp;amp;amp;rft_val_fmt=info%3Aofi%2Ffmt%3Akev%3Amtx%3Adc&amp;amp;amp;rft.title=%26quot%3BNimona%26quot%3B.+De+la+dynamique+m%C3%A9tamorphe+%C3%A0+la+totale+m%C3%A9tamorphose+du+r%C3%A9cit+de+formation+chevaleresque&amp;amp;amp;rft.date=2017&amp;amp;amp;rft.aulast=Lapointe&amp;amp;amp;rft.aufirst=Andr%C3%A9-Philippe&amp;amp;amp;rft.pub=Figura%2C+le+Centre+de+recherche+sur+le+texte+et+l%E2%80%99imaginaire&amp;amp;amp;rft.place=Montr%C3%A9al%2C+Universit%C3%A9+du+Qu%C3%A9bec+%C3%A0+Montr%C3%A9al&amp;quot;&amp;gt;&amp;lt;/span&amp;gt;&lt;/div&gt;
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 <pubDate>Fri, 24 Mar 2017 14:51:25 +0000</pubDate>
 <dc:creator>Jasmin Cormier</dc:creator>
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 <title>Dans le miroir de la prostituée: une étude de la littératie dans «Nana» </title>
 <link>https://oic.uqam.ca/fr/carnets/imaginaire-de-lecrit-dans-le-roman/dans-le-miroir-de-la-prostituee-une-etude-de-la</link>
 <description>&lt;div class=&quot;field field-name-field-intro field-type-text-long field-label-hidden&quot;&gt;
    &lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item clearfix even&quot;&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Dans toute langue, d&#039;ailleurs, le discours et la syntaxe fournissent les ressources indispensables pour suppléer aux lacunes du vocabulaire.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Claude Lévi-Strauss,&amp;nbsp;&lt;/em&gt;La pensée sauvage,&amp;nbsp;&lt;em&gt;p. 3.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans son ouvrage&amp;nbsp;&lt;em&gt;La raison graphique. La domestication de la pensée sauvage&lt;/em&gt;, Jack Goody rend compte de son étude sur les «différences entre les sociétés qui ont et celles qui n&#039;ont pas l&#039;écriture, avec l&#039;espoir de pousser plus loin l&#039;analyse des effets de l&#039;écriture sur les &quot;modes de pensée&quot; (ou les processus cognitifs) d&#039;une part et sur les institutions sociales d&#039;autre part».&lt;/p&gt;

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 <pubDate>Wed, 05 Oct 2016 12:52:24 +0000</pubDate>
 <dc:creator>Marion Gingras-Gagné</dc:creator>
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 <title>Ma pratique artistique: ce qui se cache derrière le miroir</title>
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot; property=&quot;content:encoded&quot;&gt;&lt;p&gt;Arianne Blanchet-Lapointe considère que sa démarche artistique est toujours en mouvance: elle est en constante évolution.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le miroir est l&#039;occasion d&#039;un tête-à-tête entre l&#039;artiste et ses oeuvres et lui permet de se pencher un peu sur son propre reflet.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;iframe allow=&quot;accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;315&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/sVHzUdd1ilk&quot; title=&quot;YouTube video player&quot; width=&quot;560&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

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 <pubDate>Thu, 07 Jan 2016 16:17:31 +0000</pubDate>
 <dc:creator>Sarah Grenier</dc:creator>
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 <title>Signes en miroir: les idéogrammes imaginaires d&#039;Henri Michaux comme alter ego de l&#039;écriture chinoise</title>
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot; property=&quot;content:encoded&quot;&gt;&lt;p&gt;La figure du miroir est ici abordée comme miroir entre deux cultures (scripturale et graphique) que sont lers cultures occidentale et asiatique. C&#039;est à travers l&#039;oeuvre d&#039;Henri Michaux que seront observées ces cultures, à travers sa peinture de l&#039;écriture, ce qu&#039;Emmanuelle Pélard nomme sa «poésie graphique».&lt;/p&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;58581&quot; view_mode=&quot;embed_large&quot;&gt;a&lt;/div&gt;

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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&lt;p&gt;La figure du miroir est ici abordée comme miroir entre deux cultures (scripturale et graphique) que sont lers cultures occidentale et asiatique. C&#039;est à travers l&#039;oeuvre d&#039;Henri Michaux que seront observées ces cultures, à travers sa peinture de l&#039;écriture, ce qu&#039;Emmanuelle Pélard nomme sa «poésie graphique».&lt;/p&gt;

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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&lt;span class=&quot;biblio-authors&quot; &gt;&lt;a href=&quot;/fr/biblio?f%5Bauthor%5D=3024&quot; rel=&quot;nofollow&quot;&gt;Pelard, Emmanuelle&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;. 2015. « &lt;a href=&quot;/fr/biblio/signes-en-miroir-les-ideogrammes-imaginaires-dhenri-michaux-comme-alter-ego-de-lecriture&quot;&gt;&lt;span class=&quot;biblio-title&quot; &gt;Signes en miroir: les idéogrammes imaginaires d’Henri Michaux comme alter ego de l’écriture chinoise&lt;/span&gt;&lt;/a&gt; ». Dans le cadre de &lt;span  style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;Le miroir: entre vision, perception et réception&lt;/span&gt;. Colloque organisé par Figura, le Centre de recherche sur le texte et l&#039;imaginaire. Montréal, Université du Québec à Montréal, 29 octobre 2015. Document vidéo. En ligne sur le site de l’Observatoire de l’imaginaire contemporain. &amp;lt;&lt;a href=&quot;https://oic.uqam.ca/fr/communications/signes-en-miroir-les-ideogrammes-imaginaires-dhenri-michaux-comme-alter-ego-de&quot;&gt;https://oic.uqam.ca/fr/communications/signes-en-miroir-les-ideogrammes-imaginaires-dhenri-michaux-comme-alter-ego-de&lt;/a&gt;&amp;gt;. Consulté le 1 mai 2023.&lt;span class=&quot;Z3988&quot; title=&quot;ctx_ver=Z39.88-2004&amp;amp;rft_val_fmt=info%3Aofi%2Ffmt%3Akev%3Amtx%3Adc&amp;amp;rft.title=Signes+en+miroir%3A+les+id%C3%A9ogrammes+imaginaires+d%E2%80%99Henri+Michaux+comme+alter+ego+de+l%E2%80%99%C3%A9criture+chinoise&amp;amp;rft.date=2015&amp;amp;rft.aulast=Pelard&amp;amp;rft.aufirst=Emmanuelle&amp;amp;rft.pub=Figura%2C+le+Centre+de+recherche+sur+le+texte+et+l%26%23039%3Bimaginaire&amp;amp;rft.place=Montr%C3%A9al%2C+Universit%C3%A9+du+Qu%C3%A9bec+%C3%A0+Montr%C3%A9al&quot;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
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 <pubDate>Tue, 15 Dec 2015 16:01:59 +0000</pubDate>
 <dc:creator>Sarah Grenier</dc:creator>
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 <title>«Autoportraits robots» de Leandro Berra: le problématique «apparaître» à soi-même du corps</title>
 <link>https://oic.uqam.ca/fr/carnets/toucher-une-image/autoportraits-robots-de-leandro-berra-le-problematique-apparaitre-a-soi</link>
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          &lt;div class=&quot;field-item clearfix even&quot;&gt;&lt;p&gt;Dans &lt;em&gt;Autoportraits robots&lt;/em&gt; (2005), Leandro Berra a demandé à des personnes volontaires de son entourage de réaliser leur portrait-robot à l’aide d’un logiciel destiné à cet usage, mais sans avoir recours à un tiers, une photographie, ou un miroir. Par la suite, Berra a pris chaque participant en photo de façon à juxtaposer les deux portraits, réel et virtuel. Ce qui frappe à la vue des diptyques, c’est le manque flagrant de ressemblance entre les autoportraits, ce qui n’est pas sans soulever plusieurs questions.&lt;/p&gt;

&lt;/div&gt;
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 <pubDate>Sat, 05 Dec 2015 23:48:32 +0000</pubDate>
 <dc:creator>Étienne Bergeron</dc:creator>
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 <title>Le miroir comme dispositif dans l’œuvre interdisciplinaire</title>
 <link>https://oic.uqam.ca/fr/communications/le-miroir-comme-dispositif-dans-loeuvre-interdisciplinaire</link>
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot; property=&quot;content:encoded&quot;&gt;&lt;p&gt;Le travail de recherche-création actuel de Claudia Bernal s&#039;inscrit en continuité avec ma démarche artistique.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Son but est de créer, concevoir et réaliser une installation performative à laquelle elle intégrerait le texte, la parole et l&#039;écriture en les abordant en tant que matériaux plastiques, c&#039;est-à-dire en tant que matériaux visuels et sonores.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;iframe allow=&quot;accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;315&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/G5xQ9GZ6He0&quot; title=&quot;YouTube video player&quot; width=&quot;560&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

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 <pubDate>Wed, 02 Dec 2015 22:04:08 +0000</pubDate>
 <dc:creator>Jasmin Cormier</dc:creator>
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 <title>«Black Swan»: le miroir comme axe de réflexion entre anorexie et schizophrénie</title>
 <link>https://oic.uqam.ca/fr/communications/black-swan-le-miroir-comme-axe-de-reflexion-entre-anorexie-et-schizophrenie</link>
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot; property=&quot;content:encoded&quot;&gt;&lt;p&gt;Si de nombreux spécialistes ont développé l’idée que les maladies de l’anorexie et de la schizophrénie présentaient une forme de co-morbidité, &lt;em&gt;Black Swan &lt;/em&gt;serait, selon Fanie Demeule, une illustration de ce parallèle entre ces deux troubles mentaux caractérisés par une vision déformante sur soi et dont le miroir, loin de donner l’heure juste, témoignerait de cette réalité subjective.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Cette analyse se veut un regard sur les manières dont les dispositifs filmiques et réflexifs, à l’oeuvre dans &lt;em&gt;Black Swan,&lt;/em&gt; tendent à articuler la conjoncture.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;iframe allow=&quot;accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;315&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/HZuRxgYxpWw&quot; title=&quot;YouTube video player&quot; width=&quot;560&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&lt;span class=&quot;biblio-authors&quot; &gt;&lt;a href=&quot;/fr/biblio?f%5Bauthor%5D=2905&quot; rel=&quot;nofollow&quot;&gt;Demeule, Fanie&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;. 2015. « &lt;a href=&quot;/fr/biblio/black-swan-le-miroir-comme-axe-de-reflexion-entre-anorexie-et-schizophrenie&quot;&gt;&lt;span class=&quot;biblio-title&quot; &gt;&quot;Black Swan&quot;: le miroir comme axe de réflexion entre anorexie et schizophrénie&lt;/span&gt;&lt;/a&gt; ». Dans le cadre de &lt;span  style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;Le miroir: entre vision, perception et réception&lt;/span&gt;. Colloque organisé par Figura, le Centre de recherche sur le texte et l&#039;imaginaire. Montréal, Université du Québec à Montréal, 28 octobre 2015. Document vidéo. En ligne sur le site de l’Observatoire de l’imaginaire contemporain. &amp;lt;&lt;a href=&quot;https://oic.uqam.ca/fr/communications/black-swan-le-miroir-comme-axe-de-reflexion-entre-anorexie-et-schizophrenie&quot;&gt;https://oic.uqam.ca/fr/communications/black-swan-le-miroir-comme-axe-de-reflexion-entre-anorexie-et-schizophrenie&lt;/a&gt;&amp;gt;. Consulté le 1 mai 2023.&lt;span class=&quot;Z3988&quot; title=&quot;ctx_ver=Z39.88-2004&amp;amp;rft_val_fmt=info%3Aofi%2Ffmt%3Akev%3Amtx%3Adc&amp;amp;rft.title=%26quot%3BBlack+Swan%26quot%3B%3A+le+miroir+comme+axe+de+r%C3%A9flexion+entre+anorexie+et+schizophr%C3%A9nie&amp;amp;rft.date=2015&amp;amp;rft.aulast=Demeule&amp;amp;rft.aufirst=Fanie&amp;amp;rft.pub=Figura%2C+le+Centre+de+recherche+sur+le+texte+et+l%26%23039%3Bimaginaire&amp;amp;rft.place=Montr%C3%A9al%2C+Universit%C3%A9+du+Qu%C3%A9bec+%C3%A0+Montr%C3%A9al&quot;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
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 <pubDate>Tue, 01 Dec 2015 16:58:31 +0000</pubDate>
 <dc:creator>Jasmin Cormier</dc:creator>
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