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 <title>Observatoire de l&#039;imaginaire contemporain - environnementalisme</title>
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 <title>Un œil pour le vivant. Pour une histoire environnementale de l&#039;art. Conférence d&#039;Estelle Zhong Mengual</title>
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      &lt;div class=&quot;field-label&quot;&gt;Teaser: &lt;/div&gt;
    &lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;Le 30 novembre 2022, Estelle Zhong Mengual a prononcé une conférence intitulée «Un œil pour le vivant. Pour une histoire environnementale de l&amp;#039;art». Cet événement a été organisé par Isabelle Miron et Rachel Bouvet.&lt;/div&gt;
      &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
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 <pubDate>Fri, 02 Dec 2022 15:13:40 +0000</pubDate>
 <dc:creator>Alexandra Boilard-Lefebvre</dc:creator>
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 <title>De la possibilité de nos cohabitations</title>
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 <description>&lt;div class=&quot;field field-name-field-institution field-type-taxonomy-term-reference field-label-hidden&quot;&gt;
    &lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item even&quot; style=&quot;color: #0462c3;&quot;&gt;Université du Québec à Montréal&lt;/div&gt;
      &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
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      &lt;div class=&quot;field-label&quot;&gt;Direction du cahier: &lt;/div&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;Cyr, Catherine&lt;/div&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item odd&quot;&gt;Hope, Jonathan&lt;/div&gt;
      &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
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    &lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item clearfix even&quot;&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;73539&quot; view_mode=&quot;embed_large&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;p&gt;Ce cahier résulte d’un maillage qui s’est déployé au fil du trimestre d’hiver 2021, lors duquel Catherine Cyr dirigeait un groupe de recherche, &lt;em&gt;Approches écopoétiques des dramaturgies contemporaines&lt;/em&gt;, et Jonathan Hope animait un séminaire, &lt;em&gt;Littératures animales, minérales et végétales au Québec&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le groupe de recherche invitait les étudiantes et étudiants à examiner, dans le paysage théâtral contemporain, les préoccupations écologiques et environnementales qui déplacent ou réinventent les rapports entre l’humain, la matière et différentes formes de vie. Ces nouvelles dramaturgies textuelles et scéniques proposent des agencements narratifs et sensibles qui désanthropologisent l’imaginaire (Sermon). Ce décentrement, qui peut se lire comme une remise en cause de l’anthropo(s)cène (Barbéris et Dubor), fait éclore des formes d’écriture singulières que nous nous sommes attachés, au sein de ce groupe, à explorer. Le séminaire, quant à lui, assumait une posture interdisciplinaire dans le but de développer une reconnaissance littéraire et sémiotique de l’autre-qu’humain au Québec, à savoir ces entités autopoïétiques (Maturana et Varela) et sympoïétiques (Haraway) comme des animaux, des minéraux, des végétaux, des insectes, des formations géologiques, des conditions météorologiques, ou des écosystèmes. Concrètement, cela impliquait de conjuguer une pluralité d’expressions, autant biosémiotiques que langagières, et de porter attention aux discours artistiques, doxiques, scientifiques, politiques et théoriques.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Devant la convergence thématique et théorique de ces activités, et animés par une volonté de collaboration, à plusieurs moments nos étudiantes et étudiants ont travaillé ensemble. Nous avons notamment créé un carnet de recherche sur le site de l’Observatoire de l’imaginaire contemporain: &lt;a href=&quot;https://oic.uqam.ca/fr/carnets/ecoecritures-etudes-collaboratives-et-decentrees&quot;&gt;&lt;em&gt;Écoécritures – études collaboratives et décentrées&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;. Les étudiantes et étudiants y déposaient des comptes rendus de lectures de même que leurs projets de recherche pour le trimestre; suivait une activité de co-évaluation où chacune, chacun formulait des commentaires dont l’objectif était de dialoguer, de manière réfléchie et constructive, avec les propositions des autres. Deux conférences-discussions communes au groupe de recherche et au séminaire, l’une avec la cinéaste Kim O’Bomsawin, l’autre avec l’artiste interdisciplinaire Maryse Goudreau (&lt;a href=&quot;https://oic.uqam.ca/fr/conferences/josephine-bacon-dans-loeil-de-kim-obomsawin-ces-mots-qui-appartiennent-a-nutshimit&quot;&gt;ici&lt;/a&gt; et &lt;a href=&quot;http://oic.uqam.ca/fr/conferences/conference-discussion-avec-maryse-goudreau-habiter-en-beluga&quot;&gt;ici&lt;/a&gt;), ont également été l’occasion pour nos étudiantes et étudiants de se retrouver et de continuer les échanges.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;À la fin du trimestre, nous avons invité nos groupes à poursuivre leur démarche réflexive avec un appel de textes pour le présent Cahier ReMix. Le travail et les rôles se transformaient: les étudiantes et étudiants devenaient autrices et auteurs; la professeure et le professeur s’engageaient dans un travail d’édition; les textes n’étaient plus des travaux produits dans le cadre d’une activité créditée et évaluée, mais des articles d’un numéro thématique.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le titre de ce Cahier ReMix est emprunté à un passage de l’ouvrage &lt;em&gt;La peau fragile du monde&lt;/em&gt; de Jean-Luc Nancy où celui-ci réfléchit à notre rapport au temps et à l’altérité en posant le monde comme un tissu cohabitationnel: une surface frêle et mouvante faite de rencontres, de frottements et de coappartenances. En résonance avec cette perspective et avec l’imaginaire des potentialités et pluralités de la cohabitation que celle-ci sous-tend, ce numéro présente deux axes réflexifs. Ceux-ci recouvrent des questions, des perspectives ou des approches qui ont fait saillie et se sont révélées structurantes au fil des échanges entre les groupes. Le premier axe s’attache à la question de &lt;strong&gt;l’habitat&lt;/strong&gt;, entendue de façon élargie. Puisque, comme l’écrit la philosophe Vinciane Despret dans son ouvrage &lt;em&gt;Habiter en oiseau&lt;/em&gt;, «il n’y a aucune manière d’habiter qui ne soit d’abord et avant tout “cohabiter”» (41), les textes réunis sous ce volet proposent des réflexions qui pensent les interrelations avec l’environnement et les présences –animales, végétales, minérales– qui le composent. Chaque contribution présente un cadre conceptuel particulier, souvent érigé au croisement de deux ou de trois approches théoriques distinctes, ce nouage offrant une saisie composite de l’œuvre, de la démarche ou du phénomène observé. D’un texte à l’autre, cependant, reviennent et se font écho certains champs et perspectives théoriques, notamment la philosophie environnementale, l’écocritique, l’écopoétique et les écoféminismes. Diverses idées phares, liées par exemple à la sympoïèse (Haraway), aux poétiques et politiques attentionnelles (Després) ou à nos modalités cohabitationnelles, entre réciprocité et empathies circulantes et croisées (Morizot), sont aussi investies dans plusieurs textes. Semblablement, certaines thématiques, particulièrement celles qui touchent aux frictions entre saccage, soin et réparation du territoire, sont privilégiées dans plus d’une réflexion. À l’image de la pluralité des entretissages du vivant qui se rencontrent dans toute forme d’habitat, les contributions réunies sous cet axe, avec leurs résonances et leurs idées et notions migratrices, composent un paysage réflexif aux multiples maillages, un «jeu de ficelles» (Haraway) où la cohabitation textuelle relève de la complémentarité, du croisement et de l’enchevêtrement.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En interrelation avec ce premier axe, un second volet s’attache aux manifestations d’une &lt;strong&gt;perspective désanthropologisante&lt;/strong&gt; dans les arts, les lettres et les conduites interprétatives. Alors que l’article qui clôt ce numéro s’inscrit pleinement sous cet axe, en abordant la possibilité d’un décentrement, voire d’un renversement des points de vue humain et animal, les autres contributions l’investissent de façon transversale ou en filigrane de la réflexion proposée. Ainsi, sans se limiter à porter un regard sur autre chose que de l’humain –et considérer cet autre comme le simple objet d’une représentation– plusieurs des textes mettent de l’avant les propriétés agentives de l’autre-qu’humain, soit leur capacité à produire des effets et des affects (Wyonarski), lesquels sont aussi porteurs et vecteurs de significations multiples. Diversement engagés dans le monde réel ou dans la fiction, le castor, les oiseaux et les orques rencontrés dans les pages qui suivent invitent à un déplacement du regard et à une modulation de nos habitudes attentionnelles et interprétatives. Cette délocalisation engage une prise en compte de l’autre-qu’humain dans l’élaboration de nos réflexions et font des textes, résolument, des espaces de cohabitation.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les six contributions réunies ici présentent des formes variées relevant de l’essai, de l’analyse littéraire, de l’analyse théâtrale ou encore de la recherche-création. Elles portent sur des phénomènes, des pratiques, des œuvres littéraires, scéniques et audiographiques. Ce compagnonnage méthodologique et disciplinaire offre des entrées différentes et complémentaires à notre dossier.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le numéro s’ouvre avec l’article de Brigitte Léveillé intitulé «Habiter autrement». Cette contribution met de l’avant la dimension utopique de l’habitation, à partir d’une expérience personnelle de l’autrice à la recherche d’un terrain où elle pourra s’établir avec des amies et amis dans une communauté intentionnelle. Ce plan d’habitation alternative et de construction collective est pourtant systématiquement entravé par une série de règlementations issues du Code du bâtiment, de la Loi sur la protection du territoire et des activités agricoles, d’articles de zonage ou de pratiques et règlements bancaires. Mais inspirée par la téléologie optimiste du marxiste Ernst Bloch, l’autrice nous rappelle que le futur est &lt;em&gt;inventé&lt;/em&gt; au fil de nos expériences. En prenant soin de nos imaginaires, nous pouvons créer les manières d’habiter.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le second article est signé par Jessee Chouinard et titré «Les failles de l’exploitation minière dans &lt;em&gt;117 nord&lt;/em&gt; de Virginie Blanchette-Doucet et &lt;em&gt;Les héritiers de la mine&lt;/em&gt; de Jocelyne Saucier». En conjuguant son analyse de deux romans québécois contemporains avec des informations sur la réalité de l’exploitation minière au Québec aujourd’hui, la chercheuse adopte une perspective écoféministe qui lui permet de détailler les conséquences sociales et environnementales des opérations minières. Les vicissitudes de Maude, la narratrice de &lt;em&gt;117 nord&lt;/em&gt;, et celles de la famille Cardinal, au cœur des &lt;em&gt;Héritiers de la mine&lt;/em&gt;, sont donc intimement liées aux mythes, désirs et angoisses qui informent l’imaginaire minier. La transformation, voire la destruction du territoire dans des opérations minières en Abitibi sont révélatrices, à leurs façons, de nos modes de vie.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’atteinte au territoire se trouve également au cœur de l’œuvre théâtrale sur laquelle se penche Geneviève Bélisle dans le troisième texte du cahier: «&lt;em&gt;L’herbe de l’oubli&lt;/em&gt; de Jean-Michel d’Hoop: le théâtre pour repenser les rapports entre l’humain et le monde». La pièce abordée se situe dans l’après-catastrophe de Tchernobyl liée à l’explosion d’un réacteur nucléaire en ex-URSS en 1986. Mobilisant notamment la notion de frontière comme ce qui, à la fois, sépare et unit (Lotman), la chercheuse aborde ici les différentes modalités de cohabitation à l’œuvre dans la pièce: coexistence du passé et du présent, du rêve et du réel, des morts et des vivants, de l’humain et de la marionnette. Dans cet imaginaire de paysage dévasté, elle relève, en réponse à la «crise de la sensibilité» observée par Zhong Mengual et Morizot, les dispositifs théâtraux qui mettent en lumière une cohabitation fondée sur la résilience et sur le partage d’une sensibilité renouvelée.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les trois contributions suivantes ménagent une place importante à la présence animale. Dans son article intitulé «Femmes, animaux, forêt et prédation: une lecture écopoétique et écoféministe de &lt;em&gt;If We Were Birds&lt;/em&gt; d’Erin Shields», Esther Laforce analyse la réécriture dramatique du mythe de Philomèle et Procné développée dans sa pièce par la dramaturge canadienne. La figure de l’oiseau, centrale dans l’œuvre, de même que l’imaginaire de la prédation sont convoqués pour déplier un regard écoféministe décliné en diverses ramifications, tant culturelles –critique de la séparation nature/culture, de l’emprise masculine sur les corps féminins et animaux (Adams)– que spécifiquement dramaturgiques. La métamorphose finale des jeunes femmes en oiseau est abordée ici à l’aune de la violence genrée et de la possibilité d’y échapper à travers de nouvelles alliances du vivant.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Signé par Erika Leblanc-Belval, le cinquième article du dossier s’intitule «Marcher avec &lt;em&gt;Okinum&lt;/em&gt;». L’autrice privilégie dans ce texte l’analyse créative et la perspective somaesthétique pour rendre compte de son expérience de réception d’un balado élaborée par l’artiste interdisciplinaire Émilie Monnet. Guidée, voire habitée par la présence sonore et textuelle du castor qui imprègne toute l’œuvre audiographique, la chercheuse s’intéresse aux modalités de «l’écoute mobile» (Esclapez) et à ce que cette forme de réception, avec ses diverses strates, engage comme manières d’habiter –de marcher– l’espace. En entrelaçant des fragments tirés de son journal d’écoute avec des réflexions dramaturgiques, Erika Leblanc-Belval compose un essai où se dissolvent les frontières entre l’analytique et le sensible. Ce faisant, à pas mesurés, elle entre en dialogue avec l’imaginaire anishnaabe de même qu’avec les sons, les textures, les voix humaine et animale qui, dans la pièce, s’entretissent.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La contribution de Marion Velain est double. En écho avec la contribution précédente, la pièce maîtresse est un balado: «Mer contre terre, son contre vision». Celui-ci est accompagné d’un texte réflexif sur les raisons et les questionnements qui ont motivé l’autrice à explorer sa relation avec l’orque, ce mammifère marin connu pour sa sociabilité et ses compétences de chasse collective. Appuyée sur sa lecture d’Alexandra Morton et de Margaret Grebowicz, la chercheuse interroge son expérience de visiteuse d’oceanariums où des animaux sont tenus en captivité et présentés au public. Forcer l’animal à vivre dans un habitat illusoire en dit long sur nos propres capacités à habiter le monde et sur la considération que nous portons à l’égard de cet art. Par le biais du balado, qui est forcément une expérience auditive, nous sommes conviés à l’écoute de l’animal, et au développement de nos régimes d’attention.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les pratiques et les discours issus des lettres et des sciences humaines à l’égard d’enjeux environnementaux n’ont plus à faire la preuve de leur pertinence. Les enquêtes qui composent ce cahier participent en ce sens à une discussion plus large sur nos modes habitationnels, autant ceux qui existent que ceux qui restent à être inventés.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Nous remercions les participantes et participants aux activités du groupe de recherche et du séminaire qui ont substantiellement contribué à la réflexion, mais qui n’apparaissent pas dans ce cahier: Mélina Cornejo, Syrielle Deplanque, Nathalie Dion, Andréanne Dufour, Camille Garant-Aubry, Pierre-Olivier Gaumond, Diane Gauthier, Olivier Gauvin, Gabriel Lagacé-Courteau, Katherine Marin, Pénélope Ouellet, Yannick Ouellette-Courtemanche, Viviane Payette, Lucie Quévillon, Sabrina Rinfret-Viger, Youssef Sawan, Constance Walton et Élise Warren.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;&lt;strong&gt;Bibliographie&lt;/strong&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;ADAMS, Carol. J. 2016 [1990]. &lt;em&gt;La politique sexuelle de la viande. Une théorie critique féministe végétarienne&lt;em&gt;.&lt;/em&gt;&lt;/em&gt; Trad. de l’anglais par Danielle Petitclerc. Lausanne: L’Âge d’Homme, 357p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BARBÉRIS, Isabelle et Françoise Dubor. 2016. «Après l’anthropo(s)cène: la création à l’ère du post-humain.» &lt;em&gt;&lt;em&gt;Degrés. Revue de synthèse à orientation sémiologique&lt;/em&gt;, &lt;/em&gt;no. 163-164.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BLOCH, Ernst. 1976. &lt;em&gt;&lt;em&gt;Le principe espérance, tome I.&lt;/em&gt; &lt;/em&gt;Trad. de l’allemand par Françoise Wuilmart. Paris, Gallimard, coll. «Bibliothèque de Philosophie», 544p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;DESPRET, Vinciane. 2019. &lt;em&gt;&lt;em&gt;Habiter en oiseau&lt;/em&gt;. &lt;/em&gt;Paris: Actes-Sud, coll. «Mondes sauvages», 224p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;ESCLAPEZ, Christine. 2014. «La baladodiffusion ou l’écoute comme surgissement du présent.» &lt;em&gt;&lt;em&gt;Intersections.&lt;/em&gt; &lt;/em&gt;Vol. 34, no 1, p.91-111.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;GREBOWICZ, Margret. 2017. &lt;em&gt;&lt;em&gt;Whale Song.&lt;/em&gt; &lt;/em&gt;New York: Bloomsbury Publishing, coll. «Object lessons», 152p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;HARAWAY, Donna. 2016. &lt;em&gt;&lt;em&gt;Staying with the Trouble: Making Kin in the Chthulucene&lt;/em&gt;. &lt;/em&gt;Durham: Duke University Press, 312p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;LOTMAN, Juri. 2005. «On the semiosphere.» Traduit du russe par Wilma Clark. &lt;em&gt;&lt;em&gt;Sign Systems Studies&lt;/em&gt;, &lt;/em&gt;Vol. 33, no. 1, p.205-229.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;MATURANA, Humberto, et Francisco Varela. 1980. &lt;em&gt;&lt;em&gt;Autopoiesis and Cognition. The Realization of the Living&lt;/em&gt;. &lt;/em&gt;Dordrecht: Reidel, 141p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;MORIZOT, Baptiste. 2019. &lt;em&gt;&lt;em&gt;Manières d’être vivant&lt;/em&gt;. &lt;/em&gt;Paris: Actes-Sud, coll. «Mondes sauvages», 336p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;MORTON, Alexandra. 2020. &lt;em&gt;&lt;em&gt;À l’écoute des orques: Ma vie avec les géants de la mer&lt;/em&gt;. &lt;/em&gt;Paris: Hachette Marabout, 375p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;NANCY, Jean-Luc. 2020.&lt;em&gt; &lt;em&gt;La peau fragile du monde. Avec un poème de Jean-Christophe Bailly et une étude de Juan Manuel Garrido.&lt;/em&gt; &lt;/em&gt;Paris: Éditions Galilée, 176p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;SERMON, J. (2018). « Les imaginaires écologiques de la scène actuelle. Récits, formes, affects », &lt;em&gt;&lt;em&gt;Théâtre/Public, «États de la scène actuelle: 2016–2017»&lt;/em&gt;, &lt;/em&gt;no 229, p.4-11.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;WYONARSKI, Lisa. 2020. &lt;em&gt;&lt;em&gt;Ecodramaturgies: Theatre, Performance and Climate Change&lt;/em&gt;. &lt;/em&gt;London: Palgrave Macmillan, 253p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;ZHONG MENGUAL, Estelle et Baptiste Morizot. 2018. «L’illisibilité du paysage: enquête sur la crise écologique comme crise de la sensibilité.» &lt;em&gt;&lt;em&gt;Nouvelle revue d’esthétique&lt;/em&gt;. &lt;/em&gt;Vol. 22, no 2, p.87-96.&lt;/p&gt;

&lt;/div&gt;
      &lt;/div&gt;
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          &lt;a href=&quot;/fr/remix/de-la-possibilite-de-nos-cohabitations&quot; title=&quot;De la possibilité de nos cohabitations&quot;&gt;&lt;img typeof=&quot;foaf:Image&quot; src=&quot;https://oic.uqam.ca/sites/oic.uqam.ca/files/styles/carroussel_cahier/public/images/image_page_titre.jpg?itok=56akn3ik&quot; width=&quot;190&quot; height=&quot;105&quot; alt=&quot;Godbout, Gaétane. 2021. Grande muraille.&quot; /&gt;&lt;/a&gt;    &lt;/div&gt;
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      &lt;div class=&quot;field-label&quot;&gt;Remerciements: &lt;/div&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&lt;p&gt;Nous remercions les participantes et participants aux activités du groupe de recherche et du séminaire qui ont substantiellement contribué à la réflexion, mais qui n’apparaissent pas dans ce cahier: Mélina Cornejo, Syrielle Deplanque, Nathalie Dion, Andréanne Dufour, Camille Garant-Aubry, Pierre-Olivier Gaumond, Diane Gauthier, Olivier Gauvin, Gabriel Lagacé-Courteau, Katherine Marin, Pénélope Ouellet, Yannick Ouellette-Courtemanche, Viviane Payette, Lucie Quévillon, Sabrina Rinfret-Viger, Youssef Sawan, Constance Walton et Élise Warren.&lt;/p&gt;

&lt;/div&gt;
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      &lt;div class=&quot;field-label&quot;&gt;Comité scientifique: &lt;/div&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&lt;a href=&quot;/fr/profils/cyr-catherine&quot;&gt;Cyr, Catherine&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&lt;span class=&quot;biblio-authors&quot; &gt;&lt;a href=&quot;/fr/biblio?f%5Bauthor%5D=4040&quot; rel=&quot;nofollow&quot;&gt;Cyr, Catherine&lt;/a&gt; et &lt;a href=&quot;/fr/biblio?f%5Bauthor%5D=3824&quot; rel=&quot;nofollow&quot;&gt;Jonathan  Hope&lt;/a&gt;&lt;/span&gt; (dir.). 2022. &lt;a href=&quot;/fr/biblio/de-la-possibilite-de-nos-cohabitations&quot;&gt;&lt;span class=&quot;biblio-title&quot; style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;De la possibilité de nos cohabitations&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;. Cahier ReMix, n° 17 (07/2022). Montréal, Université du Québec à Montréal : Figura, le Centre de recherche sur le texte et l&#039;imaginaire. En ligne sur le site de l’Observatoire de l’imaginaire contemporain. &amp;lt;&lt;a href=&quot;https://oic.uqam.ca/fr/remix/de-la-possibilite-de-nos-cohabitations&quot;&gt;https://oic.uqam.ca/fr/remix/de-la-possibilite-de-nos-cohabitations&lt;/a&gt;&amp;gt;. Consulté le 1 mai 2023.&lt;span class=&quot;Z3988&quot; title=&quot;ctx_ver=Z39.88-2004&amp;amp;rft_val_fmt=info%3Aofi%2Ffmt%3Akev%3Amtx%3Adc&amp;amp;rft.title=De+la+possibilit%C3%A9+de+nos+cohabitations&amp;amp;rft.date=2022&amp;amp;rft.aulast=Cyr&amp;amp;rft.aufirst=Catherine&amp;amp;rft.au=Hope%2C+Jonathan&amp;amp;rft.au=Hope%2C+Jonathan&amp;amp;rft.au=Hope%2C+Jonathan&amp;amp;rft.pub=Figura%2C+le+Centre+de+recherche+sur+le+texte+et+l%26%23039%3Bimaginaire&amp;amp;rft.place=Montr%C3%A9al%2C+Universit%C3%A9+du+Qu%C3%A9bec+%C3%A0+Montr%C3%A9al&quot;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
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 <pubDate>Tue, 14 Jun 2022 14:03:23 +0000</pubDate>
 <dc:creator>Sarah Grenier</dc:creator>
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 <title>«Survie du vivant»: quand la crise environnementale entre en scène. Conférence-discussion avec Julie Drouin et Benoit Vermeulen</title>
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;Le 7 avril 2022, Pierre-Olivier Gaumond a animé une conférence-discussion avec le metteur en scène Benoit Vermeulen et la conférencière et biologiste de formation Julie Drouin, intitulée «Survie du vivant: quand la crise environnementale entre en scène», organisée par Jonathan Hope et Catherine Cyr.&lt;/div&gt;
      &lt;/div&gt;
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 <pubDate>Mon, 11 Apr 2022 15:13:07 +0000</pubDate>
 <dc:creator>Alexandra Boilard-Lefebvre</dc:creator>
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 <title>Immersion dans l&#039;univers végétal des milieux aquatiques et humides</title>
 <link>https://oic.uqam.ca/fr/node/72843</link>
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 <pubDate>Mon, 24 Jan 2022 20:10:38 +0000</pubDate>
 <dc:creator>Elaine Després</dc:creator>
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 <title>Les failles de l’exploitation minière dans «117 Nord» de Virginie Blanchette-Doucet et «Les héritiers de la mine» de Jocelyne Saucier</title>
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S’il a d’abord été pensé en France, en peu de temps, des alliances de femmes faisant partie du mouvement pour la paix, du mouvement écologiste ainsi que du mouvement pour la libération des femmes se sont rassemblées aux États-Unis en réponse à la course pour l’armement nucléaire (Hache: 14). Les années 1980, en plus d’être marquées par la Guerre froide, sont celles de déforestations massives entraînant la perte de 151 millions d’hectares de forêt, principalement dans le bassin amazonien, et de grandes famines au Cambodge, en Ouganda, en Éthiopie et en Somalie. Ainsi, des femmes craignent pour leur futur et celui de leurs enfants. Elles manifestent contre toutes les formes de violence économiques, sociales et environnementales de façon pacifique.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’écoféminisme se crée à même le terrain, donnant de ce fait une grande liberté aux militantes. Des chercheuses anglophones telles que Susan Griffin, Carolyn Merchant, Mary Daly et Vandana Shiva construisent un écoféminisme aux ramifications plurielles et intersectionnelles. Bien que l’on trouve parfois des désaccords, particulièrement en ce qui touche à l’essentialisation des femmes qui naturalise la domination des hommes sur elles en raison d’un lien plus étroit avec la nature, quelle que soit sa tendance, «[l]’écoféminisme prend le risque d’avancer que le corps, qu’il soit celui d’une femme ou d’un homme, n’est pas aliénant en lui-même. Ce sont bien les usages sociaux qui lui sont dictés qui en font une cage.» (Gandon: 11-12) Au-delà des différences, les pensées écoféministes «mettent au jour les liens entre le vivant et les différentes formes de domination» en ayant comme objectif la préservation globale du monde. (Casselot et al.: 18) La pluralité des pensées permet de rendre compte de l’unicité et de la complexité entrecroisée de chacune des situations. En ce sens, les textes ou les lectures écoféministes de textes font émaner une force «liée aux types de récits qu’ils fabriquent, qui leur ont valu d’être attaqués pour avoir tenté, précisément, de sortir de notre culture dominante –prédatrice, misogyne, transcendante– et d’avoir réussi.» (Hache: 18-19)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans le cadre de cette brève analyse de deux romans québécois, soit &lt;em&gt;117 Nord&lt;/em&gt; de Virginie Blanchette-Doucet et &lt;em&gt;Les héritiers de la mine&lt;/em&gt; de Jocelyne Saucier, dont l’action se situe en plein cœur de l’espace minier en Abitibi, une des ramifications de l’écoféminisme nous apparaît particulièrement pertinente. L’écoféminisme politique, qui allie le féminisme radical à l’écologie sociale, permet de reconnaître plus spécifiquement «les maux occasionnés par les déplacements de marchandises et de travail, la concentration des capitaux, l’exploitation des humains, la destruction des écosystèmes et l’appropriation des ressources contrôlées en grande partie par les hommes.» (Casselot et al.: 82) En suivant cette piste de réflexion, on peut donc se questionner sur la façon dont ces œuvres d’autrices québécoises sont au diapason des enjeux contemporains en ce qui a trait à l’environnement en montrant les conséquences de l’exploitation minière, tant sociales qu’environnementales.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;&lt;strong&gt;L’investissement de l’espace minier en littérature&lt;/strong&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;On retrouve en sol québécois, en 2020, vingt et une mines actives, soit huit mines d’or, quatre de fer, deux de nickel-cuivre, une de zinc-cuivre, une d’ilménite, une de sel, une de niobium, une de mica, une de graphite et une de feldspath. On compte également vingt-sept projets miniers, ce qui représente une croissance généralisée du Québec minier (ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles: 1). Or, il est impossible d’obtenir des chiffres précis en ce qui concerne les mines fermées, dont certaines peuvent être «orphelines» en cas de faillite de la compagnie exploitante (Simard: 97). Devant une telle occupation du territoire et une exploitation du sol, certaines œuvres littéraires, plus particulièrement celles en provenance des régions associées au développement minier telles que la Côte-Nord, le Nord-du-Québec, l’Outaouais et l’Abitibi-Témiscamingue, s’en trouvent marquées.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;C’est notamment le cas de &lt;em&gt;117 Nord&lt;/em&gt; (2016), un roman dans lequel la trajectoire de la narratrice, Maude, est complètement chamboulée par la réouverture de la vieille mine locale. Sa maison, qui se trouve sur le terrain qui sera dorénavant exploité, est démolie en échange d’une somme d’argent pour acheter la paix. Les sentiments de Maude à l’endroit de la mine sont mitigés. Elle y occupe un emploi, ce qui lui permet de voir de l’intérieur le fonctionnement de cette industrie destructrice. Son expérience est également marquée par son genre : seulement deux femmes semblent travailler à la mine. Peu après avoir quitté son emploi, Maude se retrouve au volant de la voiture de Francis, son ami et ancien voisin. Elle effectue de fréquents allers-retours entre Montréal et Val-d’Or alors que Francis, lui, reste en région et continue de travailler à la mine. Entre les fragments du passé et du présent, la narratrice témoigne de la beauté et de la dureté de l’Abitibi. Déconstruisant l’idée d’une nature vierge et inexploitée, elle lève le voile sur les cicatrices laissées par les projets d’exploitation minière. Elle sait que derrière les lisières d’arbres et les clôtures érigées par les compagnies pour restreindre l’accès aux lieux d’exploitation, se trouvent des bassins de décantation, des montagnes de gravier stérile, des déchets, des trous. Les ruines font désormais partie du paysage, et malgré l’engagement des compagnies à remettre les sites dans leur état, rien ne sera plus jamais comme avant.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le roman de Jocelyne Saucier, &lt;em&gt;Les héritiers de la mine&lt;/em&gt; (2000) met aussi en scène les épreuves d’une famille en contexte minier. La découverte d’un important gisement de zinc par LePère Cardinal entraîne une exploitation minière considérable mise en œuvre par la compagnie &lt;em&gt;Northern Consolidated&lt;/em&gt; et la création de la ville de Norco. Des années plus tard, en raison de la chute du prix du zinc, la compagnie ralentit puis cesse ses activités, ce qui mène à la désertification progressive de la ville. Il ne reste alors plus que les vingt et un enfants du clan Cardinal qui règnent sur la ville en décrépitude. Leur imaginaire est marqué par le travail acharné de leur père ainsi que par le rapport particulier qu’ils entretiennent avec le lieu. En dépit de leur grand nombre, ils sont tout de même près les uns des autres et élaborent ensemble des plans douteux, dont celui de faire exploser la mine. Cependant, les conséquences de cet événement sont tragiques: Angèle, surnommée LaJumelle, meurt dans l’explosion. Les enfants réussissent à garder cette mort secrète en évitant tout rassemblement qui donnerait l’occasion à LaMère de les compter comme elle l’a souvent fait. Ce n’est qu’une trentaine d’années plus tard que le secret est dévoilé lors d’un événement commémorant la découverte du gisement par LePère. Lorsque tous les enfants se retrouvent dans la salle, LaMère découvre enfin qu’une de ses filles est décédée. Les fragments de discours des six narrateurs lèvent le voile, non seulement sur la fin tragique de LaJumelle, mais aussi sur l’ensemble des répercussions environnementales et sociales de l’exploitation minière.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans ces deux œuvres, on retrouve, pour reprendre les propos de Francis Langevin, «des espaces régionaux précis, des lieux qui sont spécifiés, problématisés, rendus signifiants au-delà de leur rôle immédiat de décor.» (Langevin, 2016) L’espace minier, qu’il soit en train de s’établir ou bien lentement en train de s’effacer, est un actant à l’avant-plan du récit. Il s’impose «comme un enjeu diégétique, substance génératrice, agent structurant et vecteur signifiant. Il est appréhendé comme moteur de l’intrigue, véhicule de mondes possibles et médium permettant aux auteurs d’articuler une critique sociale.» (Ziethen: 3-4) L’imaginaire de l’Abitibi-Témiscamingue, région reconnue pour l’abondance des ressources naturelles qui s’y trouvent, est réinvesti de sorte que ses failles sont mises en évidence par les narrateurs qui en font l’expérience. Les villes minières de Norco et de Val-d’Or influencent d’ailleurs la trajectoire des personnages, les poussant même vers l’extérieur afin d’en avoir une vue d’ensemble. Suivant les travaux d’Isabelle Kirouac Massicotte portant sur l’imaginaire minier, il est possible de définir un &lt;em&gt;chronotope de la mine&lt;/em&gt;. Concept d’abord développé par Mikhail Bakhtine, le chronotope correspond à la corrélation et l’indissociabilité du temps et de l’espace. Ainsi, il est possible de constater qu’un schéma se reproduit ou s’actualise dans les récits dont l’action se déroule dans un contexte minier: les étapes fondamentales de l’exploitation minière participent à la création de conséquences sociales et écologiques similaires. Cette analyse a donc pour objectif de s’intéresser aux rapprochements possibles entre deux œuvres séparées par près de deux décennies.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;&lt;strong&gt;«Fous pour des bouts de roches...»&lt;/strong&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;L’omniprésence des mines au sein de ces deux œuvres organise non seulement l’espace de façon particulière, mais également les pensées des différents personnages. L’avenir de la ville et de ceux qui l’habitent se dessine au travers du succès ou de l’échec de l’exploitation minière. Ainsi, l’idée de découvrir de précieux minéraux devient un véritable mode de vie, une obsession. Comme l’admet la narratrice de &lt;em&gt;117 Nord&lt;/em&gt;: «On aimait bien l’idée d’être fous pour des bouts de roches.» (Blanchette-Doucet: 17) Cette folie qui accapare l’esprit des habitants de ces villes fait émerger des normes, des désirs, des mythes, et des angoisses minières, dont ceux de la réussite et de la richesse. Cependant, ce modèle de réussite est une construction sociale et symbolique. Le minerai n’a de valeur que lorsqu’on lui en donne une; la fluctuation des marchés a le dernier mot sur les décisions prises par les patrons. La valeur symbolique accordée aux «bouts de roches» dont parle Maude dans &lt;em&gt;117 Nord&lt;/em&gt; est d’autant plus perceptible dans &lt;em&gt;Les héritiers de la mine&lt;/em&gt;. En effet, lorsque le prix du zinc chute, la mine réduit ses activités jusqu’à complètement les cesser. Débute dès lors l’inévitable désillusion propre au chronotope minier: il y a une déchéance progressive du village mono-industriel qui aboutit à sa complète désertification.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Une dynamique particulièrement riche (et problématique) dans le chronotope minier concerne la répartition et la configuration des rôles genrés. Kirouac Massicotte note à cet effet que le chronotope minier est «hautement sexualisé et [qu’il] génère une hiérarchie entre les protagonistes, qui doivent leur statut au rapport plus ou moins étroit qu’ils ont avec la mine; il s’agit d’un espace d’oppression qui déshumanise, même s’il est souvent idéalisé dans les œuvres.» (Kirouac Massicotte: 22-23) Le discours des enfants dans &lt;em&gt;Les héritiers de la mine&lt;/em&gt; témoigne précisément de ce rapport genré à la mine:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Notre père, pâle figure de ce qu’il était véritablement et qu’il ne nous a jamais donné à connaître tellement il était tyrannisé par l’obsession de la roche. Notre mère, pourtant présente, toujours à sa cuisine, perdue dans le ferraillement des chaudrons et les vapeurs de cuisson, et qui, à force d’être là, nous est devenue invisible. (Saucier: 28)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les actions du père, parce qu’elles sont directement liées à la mine et à la capitalisation du minerai, sont valorisées. C’est lui qui prend financièrement en charge le ménage et qui s’assure ainsi de mettre du pain sur la table, sans toutefois participer à sa confection. Cette division du travail entraîne des actions remplies de violence découlant de l’organisation de l’espace. Ici, les propos d’Albertini au sujet de cette division éclairent ce qui se met en œuvre dans &lt;em&gt;Les héritiers de la mine&lt;/em&gt; tout autant que dans &lt;em&gt;117 Nord&lt;/em&gt;: «[l]a production capitaliste développe donc la technique et la combinaison du progrès de production qu’en épuisant en même temps les deux sources d’où jaillit toute richesse: la terre et le travailleur.» (Albertini: 20) La prospection, remplie d’espoir, mène à la découverte de l’énorme gisement de zinc situé sur la montagne, mais le pouvoir de la compagnie écrase les rêves de prospérité; un individu seul, même supporté par l’énorme masse de sa descendance, ne peut vaincre la machine oppressante mise en branle par les grands patrons anglophones, éloignés de la réalité tant par l’espace que par le langage. Une fois le gisement de zinc épuisé, la minière &lt;em&gt;Northern Consolidated&lt;/em&gt; plie bagage, laissant dans son sillage des retombées économiques négatives et un tissu social effiloché. Le rêve du père le pousse au bord du gouffre, où il y perd finalement ce qu’il avait de plus précieux, un de ses enfants. Ce type d’exploitation décrit par l’autrice fait directement référence au &lt;em&gt;free mining&lt;/em&gt;, permettant un libre accès aux territoires à des fins d’exploration, et aux &lt;em&gt;claims&lt;/em&gt;, une sorte de droit d’exploitation à des fins minières qui octroient aux compagnies le droit «d’accéder au sous-sol québécois sans grandes contraintes des propriétaires ou des réglementations.» (Simard: 206) Les prospecteurs, comme le personnage du père, sont donc de grands rêveurs; ils échangent leurs découvertes contre de minces parcelles de richesse. Le roman de Saucier, notamment par la longue temporalité de sa diégèse, expose à la fois la précarité de l’emploi et les conditions nébuleuses liées à la prospection dans le réel. Il va sans dire cependant que le rapport de proximité entre la mine et les travailleurs, qui sont majoritairement des hommes, crée un angle mort sur la contribution des femmes au sein de ce système. L’écoféminisme politique, dont il sera question dans la prochaine partie, permet un regard critique sur le travail des femmes dans l’environnement minier.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;&lt;strong&gt;Dans l’ombre: le travail des femmes&lt;/strong&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;Le chronotope minier contribue à l’invisibilisation, ou à tout le moins à la non-valorisation du travail des femmes. C’est particulièrement le cas de la mère dans &lt;em&gt;Les héritiers de la mine&lt;/em&gt;, une femme dont il est rarement question, puisqu’elle occupe un rôle permanent et invariable dans le roman. En effet, le seul moment où elle quitte la cuisine est lors de ses errances nocturnes pour s’assurer de la présence de tous ses enfants, mis au monde les uns après les autres avant d’être aussitôt déposés dans les bras de l’aînée. Dans son analyse du roman, Kirouac Massicotte note que l’aînée est «l’héritière de la destinée de femme de sa mère, qu’elle ne quittera que pour reproduire elle-même le cycle du mariage et de la maternité, et donc du sacrifice d’une vie.» (Kirouac Massicotte: 179) Destinée au sacrifice, la mère est cloîtrée dans la cuisine où elle doit produire, de manière industrielle, une grande quantité de nourriture. Du matin au soir, elle est affairée à la tâche, silencieuse ou répétant à voix haute ses recettes afin de ne pas les oublier: «Notre mère, elle n’avait pas le temps. Elle nous avait préparé son repas des grands jours et c’est à peine si on pouvait la voir derrière sa table gargantuesque, tellement la fatigue de toute une vie la rendait invisible.» (Saucier: 14) Inversement, le père quitte toujours la maison pour explorer, pour prospecter. Il est un pilier de l’espoir d’une plus grande richesse et apparaît comme un héros aux yeux de ses enfants. Cette différence marque d’ailleurs une frontière invisible qui s’établit en réponse à la sexualisation des espaces en contexte minier. Que les femmes se sacrifient à la maison est souhaitable dans le système capitaliste, permettant conséquemment aux hommes de se donner, à leur tour, corps et âme à la mine&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref1_zk8obxy&quot; title=&quot;Aux yeux des mineurs, la première raison de cette séparation réside dans la croyance que la présence des femmes dans la mine porte malheur: elle ferait disparaître le minerai (Desjardins et Monderie: 2011). D’autres raisons fréquemment mises de l’avant sont liées aux dangers de la mine: les hommes, êtres virils, seraient mieux disposés à affronter. Les croisements des raisons économiques et sociales, liées au système patriarcal capitaliste, mènent ainsi les femmes à se terrer dans la maison, laissant les hommes explorer leurs rêves.&quot; href=&quot;#footnote1_zk8obxy&quot;&gt;1&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans &lt;em&gt;117 Nord&lt;/em&gt;, mis à part les souvenirs de la mère de Francis, silencieuse dans la cuisine, la division sexuelle du travail se remarque par le biais d’un environnement accordé au masculin. Maude remarque ainsi: «Dans le t-shirt trop grand qui me donne l’air d’avoir douze ans et le pantalon de toile bleu foncé, ma démarche devient automatiquement plus calme, plus masculine.» (Blanchette-Doucet: 19) Maude, l’une des deux seules travailleuses de la mine, se trouve dans un environnement qui lui fait perdre ses caractéristiques féminines et personnelles, en portant désormais le même uniforme que tous les autres. L’uniforme en plus «des numéros immenses peints sur le métal des camions» (Blanchette-Doucet: 104) contribuent à l’anonymat et à l’homogénéisation des travailleurs: au travers des surnoms qu’ils se donnent, peu d’entre eux connaissent la véritable identité des uns et des autres. Non seulement l’espace minier déshumanise, il fait également fi des caractéristiques individuelles qui peuvent influencer les actions des différents personnages. Les tâches à réaliser ne s’adaptent pas aux travailleurs et aux travailleuses. Pour se fondre davantage dans la masse, la narratrice doit dès lors se prêter entièrement au jeu: «Le dernier été, je maniais l’équipement en prétendant que ce n’était pas trop lourd pour moi.» (Blanchette-Doucet:126) Pour que sa place soit reconnue par les pairs, elle doit pouvoir passer inaperçue dans le lot en tentant d’entretenir un rapport tout aussi étroit avec la mine. Or, elle ne peut pas passer inaperçue en raison de l’aide dont elle a besoin. Si elle peut en recevoir, cela ne se fait toutefois pas sans conséquence puisque chaque action doit être compensée: «Je ne disais pas merci, mais je mettais son dîner dans le réchaud, je lui apportais les outils dont il aurait besoin avant qu’il ne les demande. Il m’avait appris l’orgueil.» (Blanchette-Doucet: 67) La nécessité de l’Autre pour obtenir de l’aide fait en sorte que Maude doit travailler davantage pour prouver qu’elle a sa place au sein de cet environnement de travail. Elle en est néanmoins consciente et utilise subséquemment son expérience, tant celle de la mine que celle de l’atelier d’ébénisterie, pour critiquer ces conditions de travail.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans &lt;em&gt;Les héritiers de la mine&lt;/em&gt;, même si les enfants ne sont pas des travailleurs, l’environnement influence malgré tout leur construction identitaire. Angèle, surnommée LaJumelle parce qu’elle est identique à sa sœur, mais n’a rien de spécial aux yeux des autres, ne recouvre son nom qu’à partir du moment où son rapport à la mine est problématisé: «Parce que… nous étions tellement nombreux, il y en a qui sont passés inaperçus dans le lot.» (Saucier: 18) C’est ainsi qu’une lecture écoféministe de l’œuvre permet de mettre en évidence les maux liés à l’exploitation minière. L’effondrement de la mine et de ce qu’elle représente aide, en dépit de la tragédie, les autres personnages à échapper à la fois au piège capitaliste et à la déshumanisation qui s’en suit. Il en va de même sur le plan environnemental, où les écosystèmes échappent dès lors à l’appropriation des ressources et à la destruction par les compagnies.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;&lt;strong&gt;Le sillage de la disparition&lt;/strong&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;Les conséquences de l’exploitation minière, dans les œuvres, dépassent également la question sociale. Si l’espace minier mène à la déshumanisation, il entraîne aussi dans son sillage la désillusion ainsi que la désertification des espaces, plus spécifiquement au cours de l’établissement de la mine, avec les expropriations, puis lors de sa fermeture. L’inévitable catastrophe se présente différemment dans les deux romans. Dans &lt;em&gt;Les héritiers de la mine&lt;/em&gt;, la catastrophe initiale, c’est-à-dire avant la destruction de la mine par les enfants, est la fermeture de la mine et la désertification subséquente du village de Norco. La fermeture de la mine par la compagnie &lt;em&gt;Northern Consolidated&lt;/em&gt; devient un marqueur de temps essentiel pour les narrateurs: il y a un «avant» et un «après» cette annonce fatidique (comme c’est le cas avec l’annonce de l’ouverture de la mine dans &lt;em&gt;117 Nord&lt;/em&gt;). Alors que les maisons disparaissent et que la ville part en friche, les enfants Cardinal perdent leur innocence:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;La mine était fermée, Norco s’effritait, les maisons disparaissaient (on les déménageait ou nous les brûlions), la broussaille envahissait les carrés de ciment, la mauvaise herbe broutait les rues défoncées: nous régnions sur Norco. Norco aurait dû s’appeler Cardinal, parce que le zinc de cette mine, c’était notre père qui l’avait découvert et qu’on lui avait volé. (Saucier: 6)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La désertification de la ville met en lumière l’agentivité de la nature qui reprend ses droits après l’exploitation&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref2_ap18cqt&quot; title=&quot;D’ailleurs, l’idée d’une nature qui reprend ses droits renvoie à la notion d’agentivité, étant donné qu’un acteur ou un actant peut être «[t]oute chose qui vient modifier une situation donnée en y introduisant une différence devient un acteur.» (Quéré:3)&quot; href=&quot;#footnote2_ap18cqt&quot;&gt;2&lt;/a&gt;. Ici, la présence accrue de végétation, auparavant réduite et entretenue lorsque le village était bien populeux, fait ressortir des enjeux environnementaux qui dépassent ceux soulevés par l’opération minière: ces végétaux sont-ils réellement «envahissants»? N’étaient-ils donc pas présents avant les carrés de ciment et les rues? Quoi qu’il en soit, cette végétation qui pousse enfouit des preuves de l’échec de l’exploitation minière et elle efface les traces d’habitation. L’image devient d’autant plus marquante lorsque c’est la nature qui reprend finalement le contrôle du lieu, mettant éventuellement un terme à l’occupation humaine.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le village minier très réel de Joutel, situé à quatre-vingts kilomètres au sud de Matagami, est un bon exemple de l’effacement progressif du passage de l’humain après un échec minier. Peu à peu, les gens pris au «piège des ressources premières (&lt;em&gt;resource curse&lt;/em&gt;)» (Fournis: 11) ont quitté cette localité, faute de travail, car les mines n’étaient plus rentables, puis par manque d’institutions et de commerces. Les bâtiments et les installations ont été déplacés, détruits ou abandonnés, laissant ainsi près des trous d’autres espaces «vides». Selon les témoignages d’anciens habitants recueillis par Karine Mateu, les souvenirs d’un temps révolu persistent alors que les vestiges verdissent et s’effondrent; ils sont forcés de recommencer leur vie ailleurs, emportant avec eux des images de ce qui a déjà été et ne sera plus jamais. Ces villes disparues, désormais englouties par la végétation, montrent&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;l’échec d’un développement minier durable […], plutôt que l’effervescence et le profit que cet épisode éphémère a pu engendrer. Cet imaginaire de l’erreur et du regret est alimenté par l’enfouissement des restes de la ville, qui prend la forme d’une tentative de dissimulation ou d’effacement des résidus de cette exploitation minière. (Bellemare-Page et al.: 118)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le retour de la nature contribue à l’évacuation des habitants. La présence accrue de végétation, régnant maintenant sur les décombres d’un rêve humain, fait prendre conscience de la domination antérieure de la mine, abandonnée parce qu’elle n’est plus assez rentable, mais surtout à la destruction parallèle de l’environnement. Les ruines des installations humaines occupent le paysage alors que foisonnent également les éléments appartenant au registre du plus qu’humain. Le cycle de vie de la mine est établi en fonction de son rendement immédiat; lorsque celui-ci diminue à cause de l’épuisement du gisement, l’exploitation cesse. Du côté de la nature, cela marque le fourmillement d’une autre période: alors que la topographie est modifiée, que les sols sont pollués et que le paysage est transformé, le sous-sol s’en trouve également affecté, étant désormais dépourvu du minerai antérieurement convoité (Desjardins et Monderie: 2011). La vie reprend dès lors son cours partout là où elle peut s’établir, puisque les compagnies ne sont plus présentes pour la combattre, pour la dominer, la retirer ou la déplacer. Cet exemple tiré du réel met en évidence la façon dont l’œuvre de Saucier est au diapason des enjeux contemporains en lien avec l’exploitation minière. Pour les habitants de la ville fictive de Norco, la fermeture de la mine représente la fin d’une époque, la fin de l’insouciance.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Tant dans l’œuvre de Saucier que celle de Blanchette-Doucet, la désillusion peut également apparaître dans les récits par la recomplexification de l’espace. Grâce aux différentes perspectives mises en évidence par des personnages qui ont l’expérience du terrain, on se retrouve ainsi à lire des discours qui rendent compte «des tensions, des conflits et [des] oublis» (Bellemare-Page et al.: VIII) laissés dans l’ombre par la simplification de l’imaginaire minier. La narratrice de &lt;em&gt;117 Nord&lt;/em&gt; investit par ailleurs son discours d’un imaginaire sur les espaces abitibiens, ce qui a pour effet de troubler les idées reçues:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Les gars ne parlent pas de mines, de poussière, de tremblements de terre causés par les explosifs. Ils voient l’Abitibi comme une forêt infinie à l’été sauvage, paysage brut, et font des blagues sur la quantité de maringouins et le temps qu’il faut pour être vidé de son sang quand on va dehors. Même s’ils n’y vont jamais. (Blanchette-Doucet: 27)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Mais la réalité est tout autre, «[l]’Abitibi est trop belle et trop dure» (Blanchette-Doucet: 16) parce que ces espaces imaginés sont détruits et les paysages, dévastés. Obligée de vendre à la compagnie minière la maison familiale, Maude voit par la suite ce bâtiment, et ses souvenirs, détruits pour faire place à la mine en expansion. En elle s’intensifie la tension qui marque la communauté entière: la satisfaction que la mine reprenne ses activités vivifiantes pour la ville, et l’écœurement devant les dévastations personnelles, sociales et environnementales de l’industrie. Sans toit, Maude fait face à un lieu hostile où il est impossible de prédire ce que l’avenir lui réserve, outre une étroite relation avec la mine dont les lois régissent désormais le territoire. Cette vision d’un environnement en destruction la mène momentanément à Montréal, à l’autre extrémité de la route 117. C’est grâce à la distance que Maude parvient à critiquer le lieu de son enfance. Lorsqu’elle y retourne, elle constate immanquablement que le gris du béton de la métropole n’est pas si éloigné de ce qu’elle peut voir dans les environs de Val-d’Or:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Je regarde longtemps le désert gris. Il y a des signes de vie, au-delà de ce paysage impossible à imaginer, mais rien près du sol, rien ne réussit à pousser. Le gravier est stérile. J’ai beau me dire qu’on ne peut pas tout défaire, je ne vois que l’ombre de la forêt dévastée. On a arraché les racines, rendu impossible la résistance. […] Et on n’aura pas assez de dix vies pour voir ce trou devenir un lac. (Blanchette-Doucet: 154-155)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le paysage désertique pousse la narratrice à problématiser l’ensemble des conséquences liées à la présence des minières près de sa ville natale, tout en montrant que celles-ci dépassent la temporalité humaine.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans la réalité, l’exploitation minière à ciel ouvert est l’un des types d’exploitation les plus destructifs pour l’environnement. Pour extraire le minerai convoité, il faut d’abord retirer les couches supérieures, appelées morts-terrains, à l’aide de machineries lourdes, ensuite viennent les explosions et les machineries surdimensionnées permettant de creuser d’immenses fosses en spirale (Environmental Law Alliance Worldwide: 4). L’exploitation souterraine, comme c’est le cas dans &lt;em&gt;Les héritiers de la mine&lt;/em&gt;, est moins nocive pour les couches supérieures, mais elle entraîne des coûts et des risques supplémentaires: pour atteindre le minerai, des rampes et des puits d’accès, des galeries et des puits d’aération doivent être mis en place à la façon d’une fourmilière qui doit être inspectée et entretenue en continu (5). Quel que soit le type d’exploitation, et malgré les lois sur la restauration des sites miniers abandonnés, la liste des conséquences sur l’environnement est longue: drainage d’acide minier, lixiviation des contaminants en tas, érosion des sols, déchets miniers dans les eaux de surfaces et souterraines, création de bassins de décantation, dégradation de la qualité de l’air à cause des sources mobiles et fixes ainsi que des émissions fugitives, bruits et vibrations, perte ou morcellement d’habitats, modification de la qualité du sol et modifications d’ordre esthétique, pour n’en nommer que quelques-unes, sont des conséquences qui ont un impact direct et lourd sur l’environnement.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Pour faire le pont avec la littérature, on constate dès lors que&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;[l]e rapport de cause à effet de l’industrie minière sur l’environnement est ici flagrant; à la domination des bâtiments de la mine correspond un paysage composé de ruines et une végétation presque inexistante. Lorsqu’il est représenté, le paysage se fait l’un des emblèmes du chronotope de la mine industrielle, parce que sa désolation est l’inscription du passage des minières –donc de leur temporalité– à même le territoire. (Kirouac Massicotte: 35)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le paysage désertique qui se voit par «le regard un peu triste des gens qui savent» (Blanchette-Doucet: 44-45) témoigne ainsi une posture environnementale dans les œuvres. En accordant à la nature le rôle d’agent et en mettant en lumière les lacunes et les échecs de l’exploitation minière, les récits de Saucier et Blanchette-Doucet révèlent la fin (prévisible) de l’exploitation de ces ressources naturelles non-renouvelables. La destruction de la maison de Maude dans &lt;em&gt;117 Nord&lt;/em&gt; ainsi que la fermeture de la mine suivie du décès tragique d’Angèle dans les &lt;em&gt;Héritiers de la mine&lt;/em&gt;, mettent en évidence la trajectoire inéluctable liée au chronotope de la mine. La violence faite à la nature et aux femmes, est pratiquement inévitable dans le système économique actuel&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref3_m0fbe17&quot; title=&quot;Il importe également de noter que bien que les Autochtones ne soient pas mentionnés dans les œuvres dont il est question dans cette analyse, ils sont tout autant victimes de l’exploitation minière et du système économique actuel.&quot; href=&quot;#footnote3_m0fbe17&quot;&gt;3&lt;/a&gt;. Dans son étude sur l’industrie minière au Québec, Simard fait remarquer que «[l]es minières sont maintenant plus sensibles à l’acceptabilité sociale, aussi bien chez les populations autochtones que non-autochtones […] Les réglementations environnementales sont aussi nombreuses aux différentes étapes du cycle de vie des sites miniers.» (211) Malgré ces changements, c’est parfois à se demander si on ne creuse pas en quelque sorte sa tombe lorsque de tels projets sont mis sur pied sans un plan d’action à long terme, incluant ce qui suit après la fermeture des minières.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;&lt;strong&gt;Conclusion&lt;/strong&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;Cette lecture des œuvres de Virginie Blanchette-Doucet et de Jocelyne Saucier problématise la destruction simultanée de la nature et des personnages féminins au sein du chronotope de la mine industrielle. Ce chronotope permet de faire ressortir des éléments inévitables de l’exploitation minière comme la division sexuée du travail, la catastrophe et la destruction de l’environnement pour un profit éphémère qui est éventuellement effacé des mémoires, enseveli par le poids des conséquences qui dépassent la temporalité de la mine. Alors que la mine cesse ses opérations, la nature reprend progressivement, d’une manière ou d’une autre, ses droits. Cette transformation est perceptible par la présence accrue des agents naturels ainsi que par la place occupée par les paysages désertiques et dévastés dans les textes. Ainsi, il est possible de constater que la temporalité de la mine dépasse celle des êtres humains. Il est, en effet, impossible de savoir ce qu’il adviendra des sites fermés, sous surveillance ou restaurés, lorsqu’il n’y aura plus d’encadrement humain. Les conséquences environnementales ont une durée qui est impossible à imaginer: les êtres humains ne verront jamais les bassins de décantation devenir des lacs. Le croisement des enjeux sociaux et des enjeux environnementaux mis en évidence par une lecture écoféministe de ces romans dans lesquels l’imaginaire minier est investi par les autrices fait ressortir l’importance de modifier les systèmes de domination capitaliste et patriarcal dans l’espoir de laisser en héritage un environnement qui ne serait pas aussi dévasté. Suivant Marie-Anne Casselot et Valérie Lefebvre-Faucher, l’écoféminisme politique, en contexte d’exploitation minière, permet de penser un monde &lt;em&gt;meilleur&lt;/em&gt;: il «revendique […] des changements structurels alliant le féminisme, l’antiracisme et l’écologie sociale» (30) et pousse à «repenser radicalement comment “les modes de vie et la division sexuelle et internationale du travail influence le degré de proximité des femmes et des hommes avec la nature”.» (30) En somme, les œuvres de Blanchette-Doucet et de Saucier font un pont entre la fiction et la réalité en révélant certaines failles de l’exploitation minière. Une lecture écoféministe, entrecroisant les discours littéraires et environnementaux, entraîne dès lors dans son sillage des réflexions sur des modes de vie plus durables et respectueux, à la fois des humains et autre-qu&#039;humains.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;&lt;strong&gt;Bibliographie&lt;/strong&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;&lt;u&gt;&lt;em&gt;Corpus étudié&lt;/em&gt;&lt;/u&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BLANCHETTE-DOUCET, Virginie. 2016. &lt;em&gt;117 Nord&lt;/em&gt;. Montréal: Boréal, 158p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;SAUCIER, Jocelyne. 2000. &lt;em&gt;Les héritiers de la mine&lt;/em&gt;. [ePub]. Montréal: XYZ Éditeur. Coll. «Romanichels poche». 148p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;u&gt;&lt;em&gt;Corpus théorique&lt;/em&gt;&lt;/u&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;ALBERTINI, Catherine. 2021. &lt;em&gt;Résistance des femmes à l’Androcapitalocène. Le nécessaire écoféministe&lt;/em&gt;. Pointe-Calumet: M Éditeur. Coll. «Mobilisations». 126p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BAKHTINE, Mikhail. 1978. &lt;em&gt;Esthétique et théorie du roman&lt;/em&gt;. Trad. Daria Olivier. Paris: Gallimard. 496p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BELLEMARE-PAGE, Stéphanie et al. (dir.). 2015. &lt;em&gt;Le lieu du Nord. Vers une cartographie des lieux du Nord&lt;/em&gt;. Montréal: Presses de l’Université du Québec, coll. «Droit au Pôle». 258p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BOUVET, Rachel. 2006. &lt;em&gt;Pages de sable. Essai sur l’imaginaire du désert&lt;/em&gt;. Montréal: XYZ Éditeur. Coll. «Documents». 208p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;CASSELOT, Marie-Anne et Valérie Lefebvre-Faucher (dir.). 2017. &lt;em&gt;Faire partie du monde: réflexions écoféministes&lt;/em&gt;. [Format ePub]. Montréal: Remue-ménage. 159p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;CORBIN, Alain. 2001. «Comment l’espace devient paysage». &lt;em&gt;L’homme dans le paysage&lt;/em&gt;. Paris: Textuel.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;DESJARDINS, Richard et Robert Monderie. 2011. &lt;em&gt;Trou Story&lt;/em&gt;. Montréal: ONF. 80 minutes.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;ENVIRONMENTAL LAW ALLIANCE WORLDWIDE. 2010. «Généralités sur l’exploitation minière et ses impacts». &lt;em&gt;Guide pour l’évaluation des projets EIE du domaine minier&lt;/em&gt;. Eugene. P. 3-20. En ligne. &lt;a href=&quot;https://docplayer.fr/19203394-Guide-pour-l-evaluation-des-eie-de-projets-miniers.html&quot;&gt;https://docplayer.fr/19203394-Guide-pour-l-evaluation-des-eie-de-projets-miniers.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;FOURNIS, Yann et al. 2018. &lt;em&gt;L’économie politique des ressources naturelles au Québec&lt;/em&gt;. Québec: PUL. 242p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;GANDON, Anne-Line. 2009. «L’écoféminisme: une pensée féministe de la nature et de la société». &lt;em&gt;Recherches féministes&lt;/em&gt;. Vol. 22, no1, p.5-25.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;HACHE, Émilie. (dir.) 2016. &lt;em&gt;Reclaim: recueil de textes écoféministes&lt;/em&gt;. Paris: Éditions Cambourakis. 416p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;KIROUAC MASSICOTTE, Isabelle. 2018. &lt;em&gt;Des mines littéraires. L’imaginaire minier dans les littératures de l’Abitibi et du Nord de l’Ontario&lt;/em&gt;. [Format ePub]. Sudbury: Éditions Prise de parole, Coll. «Agora». 254p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;LANGEVIN, Francis. 2016. «La régionalité dans les fictions québécoises d’aujourd’hui. L’exemple de &lt;em&gt;Sur la 132&lt;/em&gt; de Gabriel Anctil». &lt;em&gt;Temps zéro&lt;/em&gt;. Dossier Instabilité du lieu dans la fiction narrative contemporaine. No6. En ligne. &lt;a href=&quot;http://tempszero.contemporain.info/document936&quot;&gt;http://tempszero.contemporain.info/document936&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;MATEU, Karine. 2013. «Le 1er septembre 1998, le village minier de Joutel disparaissait». &lt;em&gt;Radio-Canada&lt;/em&gt;. En ligne. &lt;a href=&quot;https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/620160/joutel-fantome-nord&quot;&gt;https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/620160/joutel-fantome-nord&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;QUÉRÉ, Louis. 2015. «Retour sur l’agentivité des objets». Journée d’étude du groupe Sciences et Technologies de l’IMM. Paris: Institut Marcel Mauss. p.2-12.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles. 2020. &lt;em&gt;Choisir le secteur minier du Québec&lt;/em&gt;. Ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles: Québec. 46p. En ligne. &lt;a href=&quot;https://mern.gouv.qc.ca/mines/choisir-secteur-minier/&quot;&gt;https://mern.gouv.qc.ca/mines/choisir-secteur-minier/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;SIMARD, Martin. 2018. «L’industrie minière au Québec: situation, tendances et enjeux». &lt;em&gt;Études canadiennes / Canadian Studies&lt;/em&gt;. No 85. p.193-217.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;ZIETHEN, Antje, 2013. «La littérature et l’espace». &lt;em&gt;Arborescences&lt;/em&gt;. No3. p. 3-29.&lt;/p&gt;

&lt;section  class=&quot;footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed&quot; data-collapsible-show-label=&quot;Notes&quot; data-collapsible-hide-label=&quot;Notes&quot;&gt;&lt;ul class=&quot;footnotes collapsible-content&quot;&gt;&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote1_zk8obxy&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref1_zk8obxy&quot;&gt;1.&lt;/a&gt; Aux yeux des mineurs, la première raison de cette séparation réside dans la croyance que la présence des femmes dans la mine porte malheur: elle ferait disparaître le minerai (Desjardins et Monderie: 2011). D’autres raisons fréquemment mises de l’avant sont liées aux dangers de la mine: les hommes, êtres virils, seraient mieux disposés à affronter. Les croisements des raisons économiques et sociales, liées au système patriarcal capitaliste, mènent ainsi les femmes à se terrer dans la maison, laissant les hommes explorer leurs rêves.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote2_ap18cqt&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref2_ap18cqt&quot;&gt;2.&lt;/a&gt; D’ailleurs, l’idée d’une nature qui reprend ses droits renvoie à la notion d’agentivité, étant donné qu’un acteur ou un actant peut être «&lt;em&gt;[t]oute chose&lt;/em&gt; qui vient modifier une situation donnée en y introduisant une différence devient un acteur.» (Quéré:3)&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote3_m0fbe17&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref3_m0fbe17&quot;&gt;3.&lt;/a&gt; Il importe également de noter que bien que les Autochtones ne soient pas mentionnés dans les œuvres dont il est question dans cette analyse, ils sont tout autant victimes de l’exploitation minière et du système économique actuel.&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;/section&gt;&lt;/div&gt;
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 <pubDate>Wed, 15 Jun 2022 12:43:51 +0000</pubDate>
 <dc:creator>Sarah Grenier</dc:creator>
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 <title>Habiter autrement. Pour nous permettre de rêver –et de tenter– une habitation écologique, solidaire et collective</title>
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Cette vidéo a été réalisée dans le cadre d’une levée de fonds de la communauté pour la rénovation d’un bâtiment multifonction. (Marcoux-Chabot, 2014).&quot; href=&quot;#footnote1_ubbgt03&quot;&gt;1&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ce texte traitera de l’utopie d’une habitation écologique, solidaire et collective du territoire: pour la réhabiliter, défendre sa nécessité, pour nous convaincre d’en avoir l’audace. Juste avant, un détour par une expérience toute personnelle pour présenter d’où je viens et d’où je parle –à partir de quelle colère, de quelles déceptions, de quels espoirs également. Mon existence est peuplée d’êtres lumineux. Joseph habite dans une roulotte isolée pour l’hiver et réaménagée avec un poêle à bois. Il répète en riant avoir pris sa retraite préventive à l’âge de vingt-quatre ans et est désormais maraîcher dans une communauté intentionnelle&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref2_z8gpz6w&quot; title=&quot;«Communauté intentionnelle» est à entendre ici selon la définition que lui donne Lyman Tower Sargent: «groups who come together from more than one nuclear family, who choose to live together to enhance shared values or enact a mutually agreed upon purpose.» (Sargent: 15) Ainsi dit, les communautés intentionnelles seraient «des groupes d’individus provenant de plus d’une famille nucléaire, ayant choisi de vivre ensemble pour renforcer des valeurs partagées ou œuvrer vers un objectif duquel ils ont mutuellement convenu.» Je traduis.&quot; href=&quot;#footnote2_z8gpz6w&quot;&gt;2&lt;/a&gt; située en Gaspésie. Marie-Hélène, agricultrice dans une coopérative produisant des paniers bios, construit tranquillement sa mini-maison. Sarah-Jeanne s’est bâti une chambre sur roues, déplaçable à bras comme une brouette. Elle l’a recouverte de plastique transparent pour réaliser son rêve d’enfant de vivre dans une serre; elle en fait une performance artistique. Jeremy habite l’hiver dans un abri forestier sans eau ni électricité, un abri qu’il a lui-même bâti et qu’on appelle affectueusement «&lt;em&gt;le shack&lt;/em&gt;». Il travaille l’été à construire des maisons luxueuses en &lt;em&gt;timber frame&lt;/em&gt; ou en bois rond et dort dans sa boîte de pick-up. Je m’insère dans cette joyeuse troupe de grands enfants, de tendres amis, réfléchissant à rendre habitable une cabane à pêche une fois ma maîtrise terminée. Notre projet est somme toute assez simple: dans sa forme la plus terre-à-terre et immédiate, c’est le désir simple d’avoir un terrain où poser nos habitations mobiles, creuser une toilette sèche et commencer un jardin communautaire. Dans sa forme fantasmée, et de manière non-exhaustive, c’est un grand bâtiment collectif, une cuisine d’été, quelques poules, une coopérative maraîchère pour les intéressé.e.s et une multitude de maisons toutes près les unes des autres, car après tant d’années de colocation nous anticipons avoir besoin d’espaces distincts pour nos noyaux respectifs.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ce qui est au centre de ce projet, c’est la révolution minuscule et pourtant immense, totale, qui est celle de nos modes de vie, de nos manières concrètes et quotidiennes d’être au monde, au territoire et aux autres formes de vie qui l’habitent. Le projet est de &lt;em&gt;faire communauté&lt;/em&gt;, et cette communauté est à entendre dans ses élargissements, dans une conception du commun qui inclut le végétal, l’animal et le minéral –et favorise en tout le vivant&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref3_s2bete6&quot; title=&quot;Lorsque je dis favoriser le vivant, j’ai en tête cette nuance apportée par les auteures de «A manifesto for abundant futures»: «The concept of promoting life differs considerably from a core aspect of sustainability and earth systems science, which focuses on figuring out the limits to development or the extent to which ecosystems may be degraded before ecological function is impaired or beyond repair.» (Collard et al.: 327) En français: «Le concept de promotion de la vie diffère considérablement d&#039;un aspect fondamental de la durabilité et de la science des systèmes terrestres, qui se concentre sur la détermination des limites du développement ou de la mesure dans laquelle les écosystèmes peuvent être dégradés avant que la fonction écologique ne soit altérée ou irréparable.» Je traduis.&quot; href=&quot;#footnote3_s2bete6&quot;&gt;3&lt;/a&gt;. L’objectif n’est pas, comme l’agriculturisme le fait, de reconduire une vision mythifiée de cette vie à la campagne, de la présenter comme un retour aux racines et à une tradition perdue. L’objectif est simplement de tendre vers une habitation communautaire, solidaire, éthique et responsable du territoire. La question est: comment concevoir cet acte de création qu’est celui d’une redéfinition de nos manières d’habiter? Je dis acte de création, car si ces modes de vie existent déjà –nous ne sommes assurément pas les seuls ni les premiers à rêver d’une conception du commun plus grande, ces configurations alternatives ont fait état de leurs réussites nombreuses comme de leurs échecs–, il s’agit tout de même d’inventer, à notre échelle une réalité quotidienne qui n’existe pas encore à nos yeux et pour nos corps.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Or, les règlementations de zonage et de construction, initialement mises en place de manière bienveillante, pour permettre aux résidents de vivre dans des habitations salubres et sécuritaires –réduire leur précarité, en somme– sont extrêmement rigides et rendent toute entreprise d’auto-construction ou d’habitation alternative du territoire (roulotte, mini-maison) complexe, voire illégale. La &lt;em&gt;Loi sur la protection du territoire et des activités agricoles&lt;/em&gt;, sous couvert de la noble et nécessaire mission de protéger nos terres agricoles de la spéculation, restreint les possibilités. Le marché immobilier est féroce; nos offres d’achat sont systématiquement surclassées. Dans la plupart des municipalités, il est absolument interdit de poser plus d’une roulotte sur un terrain et encore, c’est à condition de ne pas y habiter à l’année et d’avoir construit, sur le même terrain, une maison entendue dans son sens le plus traditionnel. C’est sans parler des restrictions sur le nombre et la taille d’abris forestiers permis sur un terrain boisé. Et que ferons-nous si nous souhaitons être cinq, être six, être nombreux et surtout très près les uns des autres? Bref, j’écris à partir de la difficulté éprouvée à mettre en place des formes de vie collectives dans cette multitude de «grande maison unifamiliale à vendre dans un décor champêtre&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref4_mzeeuem&quot; title=&quot;Tiré indistinctement de Centris, Du Proprio, Proprio Direct, La Capitale: tous du pareil au même.&quot; href=&quot;#footnote4_mzeeuem&quot;&gt;4&lt;/a&gt;» que les gens s’arrachent et qui sont, de toute manière, bien trop petites pour accueillir nos familles élargies.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;D’une manière paradoxale, ces mêmes règlementations mises en place pour restreindre la précarité nous y contraignent: je pense au fait que la propriété devient peu à peu inaccessible, je pense à la vulnérabilité des locataires, à la crise du logement, aux évictions, aux campements de fortune, à un ami qui avait reçu la permission d’installer sa roulotte dans le stationnement privé d’une station de ski, mais qui, suite à des appels répétés de résidents des condos avoisinants, s’est vu obligé de se déplacer dans un dépotoir. Je pense à &lt;em&gt;Nomadland&lt;/em&gt;, cette enquête journalistique menée par Jessica Bruder sur les &lt;em&gt;vandwellers&lt;/em&gt;&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref5_jz2624c&quot; title=&quot;Mode de vie qui consiste à vivre, à temps partiel ou à temps plein, dans un véhicule ayant été, la plupart du temps, modifié (lit et cuisinette aménagés, toilettes rudimentaires, batteries, panneaux solaires, etc.)&quot; href=&quot;#footnote5_jz2624c&quot;&gt;5&lt;/a&gt; aux États-Unis qui, par nécessité plus souvent que par choix, se sont lancés sur la route suite à la crise financière de 2008. Sans adresse fixe et sans aucune sécurité d’emploi, ces nouveaux nomades habitent dans un véhicule qui leur permet de se déplacer d’un contrat à un autre: vans, camping-cars d’occasion, bus, campeurs, berlines. Je pense finalement à cette forme de précarité particulière et toute personnelle qui est celle d’être toujours entre deux déménagements, de n’être nulle part chez soi, constamment ballotée, déracinée&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref6_k3501ao&quot; title=&quot;Je dis que cette forme de précarité est toute personnelle, certes, mais il convient de reconnaître que cette manière d’habiter le territoire, inscrite sous le signe de la mobilité, est somme toute répandue. Dans son ouvrage «Les néo-nomades», Yasmine Abbas pose la mobilité (Zygmunt Bauman dirait, la «liquidité») comme une caractéristique indissociable de notre modernité. Elle regroupe sous le terme «néo-nomades» les roadwarriors (expression désignant les travailleurs obligés d’être fréquemment sur la route, les représentants du commerce par exemple), les migrants, les nomades numériques, les réfugiés et les touristes, tous ces gens qui, de manière délibérée ou non, sont constamment en transition. Cette mobilité comporte de nombreux avantages, certes. Mais il faut reconnaître qu’il s’y joue également des déracinements à répétition et un gaspillage monstre des ressources: multiplication des moyens de transports, location d’entrepôts de stockage, utilisation compulsive des technologies et de denrées à usage unique, etc. Suivant le chemin de pensée de Yasmine Abbas, ajoutons à cette liste non-exhaustive tout le stress généré par l’instabilité que ces modes de vie supposent et il apparaît rapidement qu’«aller d’un lieu à un autre n’est pas aussi simple» (14), que «la mobilité nous coûte.» (14) Pour la chercheure, «la question de l’attachement et de l’adhérence aux espaces […] est au cœur de la problématique actuelle du néo-nomadisme.» (32), l’intensification de la mobilité ayant radicalement transformé le rapport de l’individu au territoire. Dans ce contexte de mobilité sans précédent et de précarité accrue se joue donc quelque chose qui pourrait s’apparenter à une problématique de l’habitation ou, à tout le moins, une invitation à nous reposer cette question fondamentale qui est celle de notre rapport à l’espace. Comment habiter alors que nous sommes constamment en mouvement, et de passage?&quot; href=&quot;#footnote6_k3501ao&quot;&gt;6&lt;/a&gt;. Quoi qu’il en soit, je ne veux pas parler de la précarité de ces modes de vie avec apitoiement et misérabilisme. Je suis simplement en colère qu’il existe si peu d’espaces pour vivre collectivement, si peu d’ouvertures.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Cette réalité, toute faite de règlementations dissuasives et d’embûches institutionnelles, nous astreint, les membres de ma communauté et moi, à une forme de solitude. Elle nous tient à distance d’un territoire à aimer, nous tient à distance de tous ceux (végétaux, animaux) qui l’habiteraient avec nous. Elle nous empêche de créer des relations significatives avec des arbres que nous verrions grandir, avec des légumes que nous ferions pousser, des poules que nous aurions dans nos cours, des relations qui, comme le précise Maria Puig de la Bellacasa, ne seraient pas réductibles à une fonction utilitaire, «mais viendraient graduellement transformer la manière dont nous ressentons, pensons et nous engageons avec nos principes et nos idées.» (146) Cette précarité donc nous coupe de ces liens et de ces gestes qui généreraient du commun, car générer du commun est bel et bien une action, un processus. Dans leur livre &lt;em&gt;Commun&lt;/em&gt;, Pierre Dardot et Christian Laval nous le rappellent: il s’agit d’une forme de l’agir, «c’est &lt;em&gt;seulement&lt;/em&gt; l’activité pratique des hommes qui peut rendre les choses communes.» (49) Dire «tous peuvent faire usage de cette terre, cette maison, ce jardin» ne suffit pas; encore faut-il jardiner ensemble, manger ensemble, encore faut-il réellement habiter et partager ce vaste territoire avec nos amies et nos amis, nos familles, avec les marmottes, castors, lièvres, voisins inattendus et partenaires de nos expériences agricoles.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;C’est à partir de cette situation que j’écris. J’écris à partir de la déception de voir nos projets d’habitation écologique et collective se buter sans cesse à des obstacles absurdes; j’écris habitée d’une saine colère face à ces incongruités, ces incohérences, et c’est d’un refus de me résigner que naît le présent projet, d’un besoin de revendiquer ma posture et mes désirs comme valides alors même qu’ils ne cessent d’être déçus. Pour ce faire, et aussi pour ne pas me laisser décourager par ceux qui disent que de tels projets sont naïfs, je souhaite défendre ici la pertinence des visions utopiques. Je souhaite avancer que les visions utopiques sont d’une nécessité fondamentale pour &lt;em&gt;mettre en mouvement&lt;/em&gt;, pour engager les esprits et les corps, les mains, dans la poursuite d’une aventure de laquelle nous ressortirons, il est vrai, peut-être écorchés et ternis, mais nous le sommes déjà si nous ne tentons rien. Peut-on imaginer d’autres rapports à la propriété? Quelles habitudes habitationnelles avons-nous prises, habitudes que nous devrions pourtant interroger et déconstruire? Desquelles devrions-nous nous offusquer? Dans l’optique de passer d’une politique de contestation à une réflexion constructive, je souhaite défendre une lecture de nos modes d’habiter qui soit non pas rétrospective (s’interroger sur nos modes d’habiter passés, ou même présents) mais prospective, c’est-à-dire à partir de ce qu’on aimerait voir se réaliser, à ce qu’on projette comme possibles.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;&lt;strong&gt;L’utopie concrète&lt;/strong&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;L’utopie, dans son sens premier donné par Thomas More en 1516, provient du grec &lt;em&gt;u-topos&lt;/em&gt;: un lieu qui n’est d’aucun lieu; un ailleurs qui est aussi un nulle part. Avec More, l’utopie reste un exercice d’imagination, voué à ne pas se concrétiser: une sorte de refuge fictionnel, un monde idyllique qui se trouve forcément hors du réel. Définir quelque chose comme utopique, c’est souligner son côté vain. Est utopiste ce qui est irréaliste, ce qui est irréalisable. Les discours radicaux de transformation sociale sont régulièrement discrédités sous ce couvert: on reproche à la pensée utopique de n’être que des rêveries chimériques, sans possibilité de réalisation. En ce sens, l’utopie a le terne d’un échec autoprogrammé, d’une déception inévitable. Face à ce constat, certains penseurs (E.O. Wright, Ernst Bloch, Paul Ricoeur et d’autres) ont tenté de réhabiliter l’utopie, offrant des pistes de réponses à ces questions centrales: comment théoriser un projet qui nous tient à cœur sans utiliser un mot qui le mette d’emblée en échec? Pouvons-nous tenir le pari que l’utopie ne soit pas un projet voué à s’écrouler, mais quelque chose qui tienne au long cours?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La notion d’«utopie concrète» avancée par Ernst Bloch dans &lt;em&gt;Le Principe espérance&lt;/em&gt; matérialise cette tension entre rêves et pratiques. Bien qu’elle ait l’apparence d’oxymore, l’utopie concrète est la revendication de la réalisation, concrète et immédiate, de tous ces rêves que l’imagination a fait naître. Ernst Bloch dépasse ainsi l’acception traditionnelle de l’utopie donnée par More&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref7_p7b9xdd&quot; title=&quot;Ernst Bloch écrit: «[…] réduire l’utopie à la définition qu’en a donné Thomas More, ou simplement l’orienter dans cette seule direction, équivaut à ramener tout le phénomène de l’électricité à l’ambre jaune qui lui donna son nom, d’origine grecque, et en révéla l’existence.» (Bloch, 1976: 25)&quot; href=&quot;#footnote7_p7b9xdd&quot;&gt;7&lt;/a&gt; et affirme: «la catégorie de l’Utopique possède donc, à côté de son sens habituel et justement dépréciatif, cet autre sens qui, &lt;em&gt;loin d’être nécessairement abstrait et détourné du monde&lt;/em&gt;, est au contraire centralement préoccupé du monde: celui du dépassement de la marche naturelle des événements.» (Bloch, 1976: 20. Je souligne.)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Pour Bloch, la fonction de l’utopie est de nous révéler que d’autres choix sont toujours possibles, et ce, même si nous sommes dans un monde marqué par la reconduction du même. Bloch reconnaît la fonction et la puissance de nos imaginaires qui peuvent nous révéler des potentialités encore inexplorées. Il avance: «L’existence meilleure, c’est d’abord en pensée qu’on la mène. […] Que l’on puisse ainsi voguer en rêve, que les rêves éveillés, généralement non dissimulés, soient possibles, révèle le grand espace réservé, dans l’homme, à une vie ouverte, encore indéterminée.» (1976: 236) Or, pour Bloch, ces rêves éveillés ne sont pas qu’une fuite hors du monde: en eux se trouve autre chose, «autre chose, qui stimule, qui empêche que l’on s’accommode à l’existant néfaste et que l’on renonce.» (1976: 10). Ainsi, si l’utopie concrète se projette dans un futur rêvé, elle s’adresse avant tout au présent. L’insatisfaction face à l’existant et le sentiment que quelque chose manque (&lt;em&gt;etwas fehlt&lt;/em&gt;), que Bloch a identifié comme le terreau d’où émerge la conscience utopique, pourraient donc permettre d’élaborer non seulement des idées fantasques, mais un possible en faveur duquel il s’agit d’œuvrer. Cette pensée qui «a l’espoir pour noyau» (1970: 10) nous amène à tenter de nouveaux gestes et à renouveler nos répertoires d’actions. Sébastien Broca, commentateur de Bloch, résume ainsi sa pensée:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;La véritable conscience utopique ne se contente pas de rêver le dépassement du déchirement relatif à son être-au-monde. Elle n’en reste pas à des «images de consolation» (&lt;em&gt;Trostbilder&lt;/em&gt;), mais cherche bientôt à donner à ce dépassement une forme concrète, c’est-à-dire à l’inscrire dans la matérialité du monde. (Broca: 13)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Pour reprendre les mots de ce commentateur, c’est donc en réfléchissant l’espérance et l’imagination comme étant à même de «constituer une force de transformation effective du monde» (Broca: 16) que Bloch inscrit sa pensée en nette rupture avec l’abstraction propre aux utopies classiques.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Sous l’œil de Bloch, en effet, l’utopie concrète n’est plus un souhait niais lancé à l’univers, mais un désir «instruit» (Bloch, 1976: 10) et prêt à l’action. L’utopie concrète porte une attention particulière aux conditions de son insertion dans la situation actuelle et reste «lié[e] aux formes et aux contenus qui se sont déjà développés au sein de la société actuelle.» (1982: 215) C’est à cette condition que les espoirs d’une société meilleure pourraient permettre de rendre possible d’autres trajectoires que celles déjà tracées.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Cette acception renouvelée de l’utopie nous permet de la réfléchir non pas comme une promesse sans cesse repoussée à plus tard, nécessairement déçue ou trahie, mais plutôt comme un élan vers un avenir espéré radieux. Elle s’ouvre à la créativité individuelle et collective, se ménage la possibilité de se positionner en rupture avec ce qui est connu. Je me plais à concevoir l’utopie concrète comme une forme d’agitation de ce qui, en nous, cherche à tout prix à rester vivant. L’activité projective permet de comprendre que l’avenue qui se déroule devant nous –s’affichant faussement comme la seule possible– est mortifère. Elle permet de comprendre qu’en nous y engageant, nous risquons de perdre notre joie; qu’il faut alors la fuir, entrevoir d’autres trajectoires. J’aime dire qu’elle nous enjoint à être habités d’un &lt;em&gt;fier sentiment du possible&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;&lt;strong&gt;Un geste de soin envers nos imaginaires&lt;/strong&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;Sachant que ces visions utopiques peuvent (et doivent) nous inciter à l’action, sachant également que la pensée est déjà une forme d’action, il me semble nécessaire de laisser l’univers des possibles exister –ne serait-ce que dans notre imagination et l’espace d’un moment, de manière fugace et irraisonnée– pour nous permettre de saisir au passage une forme de vie qui nous convienne davantage que les modèles restreints et décevants, voire anxiogènes, qui nous sont proposés. Dans «A Manifesto for Abundant Futures», un texte dont les désirs annoncés entrent en grande résonnance avec la manière dont j’envisage cet habiter collectif et écologique encore à bâtir, les autrices affirment: «[T]he Anthropocene is a spark that will light a fire in our imaginaries. This is a time to think big, to dream. We dream about abundant futures&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref8_hi0u8d1&quot; title=&quot;«[L]’Anthropocène est une étincelle qui allumera un feu dans nos imaginaires. C&#039;est le moment de voir grand, de rêver. Nous rêvons de futurs abondants.» (Collard et al.: 326) Je traduis.&quot; href=&quot;#footnote8_hi0u8d1&quot;&gt;8&lt;/a&gt;.» (326) Elles rêvent, et n’en ont pas honte. Elles énoncent clairement leurs objectifs: «In what follows, we offer this dream in the form of a manifesto, a declaration of strategies to create the conditions for supporting diverse forms of life and ways of living&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref9_sic495z&quot; title=&quot;Leur manifeste se lit comme une «déclaration de stratégies pour créer les conditions propres à supporter différentes formes de vies et modes de vie.» (326) Je traduis.&quot; href=&quot;#footnote9_sic495z&quot;&gt;9&lt;/a&gt;.» (326) Il nous faudra bien créer ces conditions: les créer et les maintenir.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans son article «Hopepunk and Solarpunk: On Climate Narratives That Go Beyond the Apocalypse», Alyssa Hull aborde la question des fictions climatiques et exemplifie en quoi les récits &lt;em&gt;peuvent&lt;/em&gt; véritablement quelque chose; en quoi ils peuvent apaiser, secourir, élargir. L’autrice relève que les discours apocalyptiques, scénarios catastrophes relayés par les médias, nous laissent paralysés par l’angoisse. Notre pouvoir d’action individuel est à ce point limité que, face à un tel discours, nous ne pouvons rien faire d’autre que d’attendre la fin, impuissants. Comme le mentionne Hull, «looking at the climate crisis as an apocalypse can only inspire a helpless waiting for the post-apocalypse to arrive, suddenly, to cleave the past from the future&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref10_zx20pw9&quot; title=&quot;«Envisager la crise climatique comme une apocalypse ne peut qu’inspirer l’attente impuissante que la post-apocalypse arrive, soudainement, et sépare le passé du futur.» (Hull, 2019) Je traduis.&quot; href=&quot;#footnote10_zx20pw9&quot;&gt;10&lt;/a&gt;.» Quand l’univers des possibles semble clos, comme refermé sur lui-même, il devient impératif d’élargir les discours et les fictions possibles. «[W]e need stories that showcase a variety of possible futures, from the bleak to the hopeful&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref11_fxnuspt&quot; title=&quot;«Nous avons besoin de fictions qui nous montrent une variété de futurs possibles, du plus sombre au plus optimiste.» (Hull, 2019) Je traduis.&quot; href=&quot;#footnote11_fxnuspt&quot;&gt;11&lt;/a&gt;» (Hull, 2019). Nous avons besoin de récits qui, bien qu’ils reconnaissent les tragédies annoncées et celles déjà advenues, sachent nous tirer hors des réactions passives ou résignées dans lesquelles il est si facile de se trouver englués. Nous avons besoin de pratiques imaginantes qui nous permettent d’appréhender d’autres futurs possibles et le présent encore à inventer pour y parvenir.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Reprenant les idées de Marielle Macé dans &lt;em&gt;Nos cabanes&lt;/em&gt;, j’ai le désir de traiter ces modes d’habitation imaginés, naissants, et donc nécessairement balbutiants, avec considération et respect. Je souhaite entrevoir l’utopie concrète qu’est l’habiter écologique et communautaire comme un geste de soin envers le vivant, certes, mais également comme un geste de soin envers nos imaginaires que les narrativités journalistiques, environnementales, économiques ont meurtris, nos imaginaires conditionnés à entrevoir la fin du monde, mais si peu habitués à imaginer un avenir joyeux et les gestes à poser pour y parvenir. Il nous faut défendre les formes de vie variées et inventives qui tentent d’émerger, mais qu’on fait taire coup sur coup. Dans cette optique, il est possible de considérer les rêveries utopiques comme une marque de sollicitude portée aux élans de vie et de fuite qui nous habitent collectivement; un geste d’amitié envers nos désirs et nos espoirs trop souvent mis de côté. Marielle Macé parle d’«une certaine façon de guetter ce qui veut apparaître là où des vies et des formes de vie s’essaient […], [de] prendre soin des idées de vie qui se phrasent, parfois de façon très ténue, comme autant de petites utopies quotidiennes: oui, on pourrait vivre aussi comme ça.» (20-21) Il s’agit d’avoir le souci de nommer et de célébrer ces désirs. De les laisser advenir dans ce lieu déjà considérable qu’est le langage. De dire: laissons-leur au moins un espace où se reposer, un lieu sûr à partir duquel tenter quelque chose. Puis, il s’agit d’avoir l’audace de «retenter des habitudes» (Macé: 17), l’audace de s’engager résolument auprès de ses idées en prenant la ferme résolution de vivre enfin autrement.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;&lt;strong&gt;De l’importance de la naïveté&lt;/strong&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;De l’utopie, il me semble qu’il ne faille surtout pas gommer la naïveté. Au contraire: la retenir, l’élire comme principe, comme posture, lui rendre sa légitimité. Une certaine naïveté –informée, consciente des obstacles à venir, mais espérant tout de même y parvenir– s’avère nécessaire pour mettre en action ce qui est tétanisé par la peur, le convenu et la répétition. On peut choisir la naïveté pour ne pas choisir le repli; on peut adopter l’optimisme radical comme un acte de préservation. Car il faut bien protéger l’élan qui nous permettra d’opérer ce basculement, de quitter le monde des idées (de l’anticipation, de la projection) pour les faire advenir dans le réel, pour engager les corps dans ces gestes peut-être encore étrangers du «faire soi-même». Pour ce faire, et en premier lieu: rassembler une bibliothèque débordant de guides d’identifications et de savoirs pratiques, de livres que nous consulterons non pour &lt;em&gt;nommer&lt;/em&gt; ou &lt;em&gt;classer&lt;/em&gt;, mais bien pour &lt;em&gt;reconnaître&lt;/em&gt; les oiseaux, les arbres et les pierres. Pour savoir comment s’y prendre, quels gestes poser pour bâtir, pour cueillir, pour habiter. Je souhaite développer une certaine sensibilité, une certaine ouverture, à ce que ces savoirs et ces gestes ont de touchants –dans leur caractère à la fois minuscule et grandiose, dans ce qu’ils renversent et ce qu’ils peinent à renverser. Être sensible à ce qu’ils tentent comme aventure, aux possibles dans lesquels ils s’inscrivent, aux idéaux et aux espoirs naissants qu’ils laissent entrevoir. Le naïf pose la question: qu’avons-nous de mieux à faire que de réfléchir à nos modes d’habitation? De plus important, de plus fondamental? De plus vibrant, de plus nécessaire? Le naïf dit: si nous perdons espoir, nous ne ferons rien, et ne rien faire sera toujours pire qu’une tentative, même ratée. Il reconnaît l’importance de nous laisser, en tant que groupe, communauté, rêver à de nouveaux lieux, de nouveaux types d’habitation et de vivre-ensemble. Parce qu’«à la gang, on peut dégager du temps pour rêver pis avoir d’autres idées» (Marcoux-Chabot, 2020), et que selon Bilbo Cyr, fervent optimiste&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref12_gsxo2xa&quot; title=&quot;Je le dis optimiste, car il l’est, et de manière résolue. Ses mots, dans le court documentaire L’espouère: «C’est beau l’espoir, hen? Ça en prend, de l’espoir. Y en a qui appellent ça de la naïveté, l’espoir. Mais je vais planter mes érables sur le bord de la trail des chevreuils quand même. Parce que peut-être qu’y vont m’en laisser un de temps en temps. (pause). Pis je vais m’opposer au développement sauvage quand même, même si on est en train de crever de faim en Gaspésie. Parce que c’est pas parce qu’on est pauvre qu’on doit accepter n’importe quoi. […] (pointant un érable fraîchement planté). Il est discret quand même à travers les framboisiers! Ils le trouveront jamais!» (Marcoux-Chabot, 2013)&quot; href=&quot;#footnote12_gsxo2xa&quot;&gt;12&lt;/a&gt;, «[c]’est comme ça qu’on bâti du nouveau. C’est ce qui fait qu’on s’en va faire des corvées les uns chez les autres pis que c’est pas une corvée au sens propre du terme, qui est comme quelque chose de plus ou moins désagréable. À toutes les fois, c’est un peu comme une fête.» (Marcoux-Chabot, 2020) Le naïf reconnaît l’importance de se laisser rêver, puis de prendre le risque de vivre ces rêves, sinon quoi? avons-nous réellement quelque chose à y perdre sinon du temps et notre capacité d’espérer? Le naïf dit: on nous la reproche déjà.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;&lt;strong&gt;Faire communauté&lt;/strong&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;Le collectif anonyme ayant rédigé &lt;em&gt;Habiter: instructions pour l’autonomie&lt;/em&gt; l’a dit avant moi: «Le temps est derrière nous où nos vies étaient vécues dans l’isolement. Nous avons tous et toutes reçu la catastrophe en partage –avec les défis légués par l’époque.» (44) Qu’allons-nous faire de cette &lt;em&gt;catastrophe reçue en partage&lt;/em&gt;, sinon l’aborder de front, et ensemble? C’est pourquoi je vois dans cet habiter écologique un appel à créer des liens, «à se ramailler une collectivité», comme le dirait Moïse Marcoux-Chabot, dont la série documentaire &lt;em&gt;Ramaillages&lt;/em&gt; porte sur les communautés intentionnelles engagées dans des projets communautaires et d’autonomie alimentaire en Gaspésie. Réitérons: il ne s’agit pas de se faire une cabane d’ermitage, un retrait du monde comme le voudraient certains lecteurs de Thoreau, mais d’en faire plutôt un lieu de contact et de partage, la base d’«un réseau où les projets entrent en résonance et s’amplifient les uns les autres; un réseau qui déploie les destins et relie les territoires.» (Habiter: 52) Je convoque ici la Déclaration d’interdépendance écrite en 1992, dans le cadre du Sommet de la Terre de Rio de Janeiro.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Nous partageons l’histoire de cette famille des vivants, inscrite dans nos gènes. Nous partageons le présent, qui mine l’incertitude. Nous partageons l’avenir, qui reste à inventer. […] À ce point tournant de notre relation avec la Terre, il nous faut évoluer de la domination vers le partenariat, de la fragmentation vers la connexion, de l’insécurité vers l’interdépendance. (Suzuki et al., 1992)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans cette optique, l’habitation écologique devient une manière d’élargir nos familles construites, aux frontières poreuses et ouvertes, et qui devront inclure les plantes, les arbres, les animaux, le territoire, un appel à considérer leurs intentionnalités propres. Il convient de créer des nouages, des rassemblements, des formes d’interdépendances délibérément choisies. J’emprunte au collectif Dispositions et à leur article «Rattachements: pour une écologie de la présence» cette idée que «[c]e qu’il faut rétablir n’est pas le climat, mais notre attachement au monde. Ce qui rend possible la catastrophe autant que ce qui nous laisse indifférent-es à elle est notre inattention, notre arrachement d’avec l’ensemble que nous constituons et qui nous constitue.» (23) Ayant ce texte en tête, j’en viens à considérer l’habitation écologique comme un appel à «nouer des alliances avec les formes de vie déjà en présence, [à] y élaborer des écosystèmes fleurissants et contagieux.» (22) Cette importance centrale accordée à la question de l’attachement avec l’autre-qu’humain –du &lt;em&gt;rattachement&lt;/em&gt;– n’est pas étrangère à la vision de Marielle Macé.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;L’écologie aujourd’hui ne saurait être seulement une affaire d’accroissement des connaissances et des maîtrises; ni même de préservation ou de réparation. Il doit y entrer quelque chose d’une philia: une amitié pour la vie elle-même et pour la multitude de ses phrasés, un concernement, un souci, un attachement à l’existence d’autres formes de vie et un désir de s’y relier vraiment. (36)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Et je garde néanmoins en tête l’avertissement de Collard, Dempsey et Sundberg qui, dans «A Manifesto for Abundant Futures», se disent préoccupés par les appels récurrents à l’enchevêtrement et à l’intimité avec l’autre-qu’humain: «Recognizing multispecies entanglement is not a license to intensify human control over other-than-human life&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref13_z11i03c&quot; title=&quot;«Reconnaître l’interdépendance entre les espèces n’est pas une excuse pour intensifier le contrôle humain sur la vie autre qu’humaine.» (Collard et al., 327) Je traduis.&quot; href=&quot;#footnote13_z11i03c&quot;&gt;13&lt;/a&gt;.» (Collard et al.: 327) Elles rappellent que l’attachement n’est pas étranger à la domination. Se dire liés ne suffira pas à démanteler les structures violentes dont nous avons héritées et qui conditionnent nos rapports avec l’autre-qu’humain. Les utopies liées à l’habitation mettent en crise les modes relationnels que nous connaissons; la décolonisation est le mot d’ordre: «Orienting toward abundant futures requires walking with multiple forms of resistance to colonial and capitalist logics and practices of extraction and assimilation&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref14_8x2wjsw&quot; title=&quot;«S’orienter vers des futurs abondants nécessite de travailler avec de multiples formes de résistance aux logiques et pratiques coloniales et capitalistes d&#039;extraction et d&#039;assimilation.» (Collard et al.: 329) Je traduis.&quot; href=&quot;#footnote14_8x2wjsw&quot;&gt;14&lt;/a&gt;.» (Collard et al.: 329)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Si nous souhaitons que ces futurs soient véritablement abondants pour toutes et tous, humains et autre-qu’humains, ces modes d’habitation à mettre en place devront impérativement être reconsidérés sous le mode de la &lt;em&gt;cohabitation&lt;/em&gt;. Il me semble voir, dans ce changement de vocabulaire, une avenue de réflexion possible, une manière de reconnaître que la terre et ses habitants variés (plantes, animaux) ont leurs intentionnalités propres, non-subordonnées aux nôtres, et qu’il convient de les considérer également. Collard, Dempsey et Sundberg tracent, bien avant moi, ce chemin de pensée. Pour argumenter leur pensée, elles se réfèrent aux écrits écoféministes de Plumwood, que je reprends à mon tour ici.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Abundant futures include nonhuman animals, not as resources or banks of natural capital that service humans but as beings with their own familial, social, and ecological networks, their own lookouts, agendas, and needs. An abundant future is one in which other-than-humans have wild lives and live as “uncolonized others” (Plumwood, 1993).&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref15_zeu629p&quot; title=&quot;«Les futurs abondants incluent les animaux non humains, non pas en tant que ressources ou banques de capital naturel au service des humains, mais en tant qu&#039;êtres avec leurs propres réseaux familiaux, sociaux et écologiques, leurs propres objectifs, devenirs et besoins. Un avenir abondant est celui dans lequel les autres que les humains mènent une vie sauvage et vivent comme des ‘autres non-colonisés’.» (Plumwood, 1993). Cité dans Collard et al.: 328.&quot; href=&quot;#footnote15_zeu629p&quot;&gt;15&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;C’est avec conviction et confiance que je me range derrière leur opinion. J’y adhère par souci de justesse, pour me «patenter» une vision du collectif qui soit inclusive et décoloniale. Ce n’est qu’une fois ce fait reconnu que les liens alors tissés pourront se déployer dans une réelle logique de solidarité.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;&lt;strong&gt;Quelles cabanes pour nos familles élargies?&lt;/strong&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;Mais avec quoi, avec qui pouvons-nous créer des liens lorsque nous sommes en mouvement, et constamment de passage? Je souhaite planter un argousier en ayant devant moi la stabilité des sept années de patience avant l’apparition de ses baies orangées; je ne veux pas habiter qu’en passante. J’ai parlé de terrains, certes, j’ai parlé de bâtiments, et il ne faut pas se méprendre: l’enjeu premier ici n’est pas la propriété, d’emblée collective et donc déjà un brin tordue dans son concept-même. L’enjeu se situe ailleurs, et c’en est un de pérennité, de sécurité. Citons à cet effet l’article «Entraide en contexte de pandémie, ou le vieux rêve du monde ébréché», paru sur la plateforme web collaborative &lt;em&gt;Contrepoints&lt;/em&gt; et dont la pensée s’inscrit directement dans la lignée des remarques de Pierre Dardot et Christian Laval sur le commun citées plus tôt: «Les communs impliquent que la propriété n’est pas conçue comme une appropriation ou une privatisation mais comme un usage.» Hors de la propriété publique et de la propriété privée, les communs supposent une forme de gestion collective des ressources, axée autour d’un régime de partage. Les avenues sont vastes; les exemples, multiples. Prenons-en un seul, le Hameau 18, une communauté intentionnelle située en Gaspésie qui décrète que leur terre collective ne doit en aucun cas être une marchandise. Les membres de la coopérative renoncent alors à toute forme de propriété individuelle en décidant qu’ils ne seront désormais que des usufruitiers&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref16_koar8y8&quot; title=&quot;Ce qu’une telle affirmation suppose, c’est la fragmentation du concept de propriété. Au sens donné par la loi, la propriété est composée de trois choses: le droit de faire l’usage d’un bien, le droit de jouir d’un bien (le fruit issu de la propriété, le loyer d’un locataire, par exemple) et le droit de se séparer d’un bien (en le vendant, en le donnant). Les membres de la coopérative signent alors un contrat qui permet d’appliquer la propriété composante par composante, ne gardant pour ses habitants que les deux premières: l’usage et la jouissance.&quot; href=&quot;#footnote16_koar8y8&quot;&gt;16&lt;/a&gt;. Pour la suite des choses et aux yeux de la loi, les membres habiteront la terre, en feront usage à la mesure de leurs besoins, mais ne pourront en aucun cas créer de la valeur monétaire à partir de celle-ci en la revendant ou en la marchandisant. Qu’importe ensuite la valeur du terrain ou la spéculation foncière: l’accès à un lopin de terre au Hameau 18 ne dépendra pas de la valeur courante des terrains en Haute-Gaspésie ou de l’attrait général pour leur municipalité, mais de la volonté des futurs membres à s’investir dans le projet collectif.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;C’est le concept même de propriété qui se retrouve démantelé, inopérant. Il me semble que c’est toute la relation au vivant qui se retrouve transformée lorsqu’elle s’inscrit hors de ces rapports de possession, lorsque le vivant n’est plus un objet que nous pouvons nous approprier ni une &lt;em&gt;ressource exploitable&lt;/em&gt; telle que l’entrevoient nos systèmes extractivistes, coloniaux et capitalistes. Je le répète, l’enjeu premier n’est pas la propriété, mais la pérennité, la sécurité. Il s’agit d’avoir la certitude d’avoir un lieu habitable et habité, un ancrage, un refuge qui a la certitude de connaître le temps long. Tout comme le souhaitent les auteurs et les autrices du texte &lt;em&gt;Habiter: instructions pour l’autonomie&lt;/em&gt;, nous espérons «&lt;em&gt;donn[er] lieu&lt;/em&gt;» (28) à ce désir de vie en commun, parce qu’«avec un port d’attache, les projets trouvent plus facilement ancrage» (36). Ces lieux, qui peuvent dans un premier temps être des territoires de pensées, devront un jour se matérialiser en un lieu physique, qui jouera le rôle de point de convergence, de «maillage» (36) –encore ici, cette image.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;À la fois points de départ et points de chute, [les points de maillage] sont les lieux physiques et névralgiques, les carrefours où les connexions se tissent et se nouent. Après s’être trouvé.es, il faut pouvoir se retrouver ensemble, à quelque part, comme bon nous semble. Il faut des lieux désignés pour l’organisation, des &lt;em&gt;bases&lt;/em&gt;, des locaux où &lt;em&gt;débarquer&lt;/em&gt;, des places où &lt;em&gt;passer&lt;/em&gt;. Les points de maillage font converger les idées, les ressources et les amitiés nécessaires à l’élaboration d’une vie en commun. (Habiter: 36)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Est précaire ce dont l’avenir et la durée peuvent en tout temps être révoqués, ce qui est sans assurance de reconduction. Sont précaires la travailleuse saisonnière qui ne verra pas son contrat renouvelé, celui qui se fera évincer et devra quitter son logement, ceux qui devront perpétuellement se mettre en mouvement. Sont précaires les forêts menacées d’être transformées en complexes immobiliers, les cours d’eau à proximité des forages pétroliers, les écosystèmes qui s’y déploient. J’aimerais citer une dernière fois ici Marielle Macé, dans toute sa justesse: «C’est la précarité […] qui se retrouve bravée dans ces pratiques imaginantes. Bravée, avec ce que cela suppose de soulèvement» (14), avec ce que cela suppose d’émerveillement. Et pour y parvenir, il faut d’abord se faire la promesse du plus grand respect, de la plus grande protection. Investir un lieu. Y construire une cabane.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Faire des cabanes: imaginer des façons de vivre dans un monde abîmé. Pas pour se faire une petite tanière […], mais pour leur faire face autrement, à ce monde-ci et à ce présent-là […] Faire des cabanes en tout genre –inventer, jardiner les possibles; sans craindre d’appeler «cabanes» des huttes de phrases, de papier, de pensées, d’amitiés, des nouvelles façons de se représenter l’espace, le temps, l’action, les liens, les pratiques. Faire des cabanes pour occuper autrement le terrain; c’est-à-dire toujours, aujourd’hui, pour se mettre à plusieurs. […] Élargir les formes de vie à considérer, retenter avec elles des liens. […] Faire des cabanes donc pour habiter cet élargissement même. (Macé, 13-14)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Cabanes et utopies concrètes de l’habitation: réfléchir aux unes nous permet nécessairement de réfléchir aux autres, puisque toutes deux reconnaissent l’étroite interrelation entre nos pratiques d’habitation et notre capacité à rêver. Les cabanes nous font découvrir l’auto-construction, ce passage du domaine de l’imaginé au domaine du bâti. Elles ont nécessairement quelque chose d’enfantin, de naïf; elles sont bricolées avec les moyens du bord. Et une fois debout, elles ont à la fois un pied dans la réalité –elles sont un lieu concret où se réfugier– et appartiennent au domaine de l’imaginaire. Pensons à l’usage qu’en font les enfants: une foule de vies inventées y sont possibles; leur force symbolique est immense. Il me semble que les cabanes, tout comme les utopies concrètes, restaurent avec patience et ténacité une résistance à l’imposition (d’un modèle, d’un système). Elles restaurent un intervalle de liberté, un &lt;em&gt;espace de jeu&lt;/em&gt; pouvant être entendu comme un espace ludique, une possibilité d’inventer réellement, de jouer, avec ce que cela suppose d’enthousiasme, de ravissement. Pour Dominique Bachelart, il apparaît clairement que «si précaire soit-il, le refuge donne tous les rêves de sécurité» (12), et c’est peut-être là un autre nouage fondamental des cabanes et des utopies concrètes: dans ce qu’elles offrent toutes deux de &lt;em&gt;rassurance&lt;/em&gt;, d’espoir de connaître l’apaisement tout en étant si incertaines, si chambranlantes.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;&lt;strong&gt;Bibliographie&lt;/strong&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;ABBAS, Yasmine. 2011. &lt;em&gt;Le néo-nomadisme: mobilités, partage, transformations identitaires et urbaines&lt;/em&gt;. Limoges: éditions FYP, 141p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BACHELART, Dominique. 2012. «“S’encabaner”, art constructeur et fonctions de la cabane selon les âges.» &lt;em&gt;Éducation relative à l&#039;environnement&lt;/em&gt;. No 10. En ligne. &lt;a href=&quot;http://journals.openedition.org/ere/1029&quot;&gt;http://journals.openedition.org/ere/1029&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BLOCH, Ernst. 1976. &lt;em&gt;Le principe espérance, tome I&lt;/em&gt;, trad. de l’allemand par Françoise Wuilmart, Paris, Gallimard, coll. «Bibliothèque de Philosophie», 544p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BLOCH, Ernst. 1982. &lt;em&gt;Le principe espérance, tome II&lt;/em&gt;, trad. de l’allemand par Françoise Wuilmart, Paris, Gallimard, coll. «Bibliothèque de Philosophie», 584p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BROCA, Sébastien. 2012. «Comment réhabiliter l’utopie? Une lecture critique d’Ernst Bloch.» &lt;em&gt;Philonsorbonne&lt;/em&gt;. No 6, p.9-21.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BRUDER, Jessica. 2019 [2017]. &lt;em&gt;Nomadland&lt;/em&gt;. Trad. Nathalie Peronny, Paris: éditions Globe, 320p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;COLLARD, Rosemary-Claire, Jessica DEMPSEY et Juanita SUNDBERG. 2015. «A Manifesto for Abundant Futures.» &lt;em&gt;Annals of the Association of American geographers&lt;/em&gt;. Vol. 105, no 2, p.322-330. En ligne. &lt;a href=&quot;https://doi.org/10.1080/00045608.2014.973007&quot;&gt;https://doi.org/10.1080/00045608.2014.973007&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;COLLECTIF DISPOSITIONS. 2020. «Rattachements: pour une écologie de la présence.» &lt;em&gt;Contrepoints&lt;/em&gt;. En ligne. &lt;a href=&quot;https://contrepoints.media/posts/rattachements-pour-une-ecologie-de-la-presence&quot;&gt;https://contrepoints.media/posts/rattachements-pour-une-ecologie-de-la-presence&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;COSSARD, Paula. 2017. «Le communalisme comme forme d’utopie réelle.» &lt;em&gt;Participations&lt;/em&gt;. Vol. III, n° 19, p.245-268.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;DARDOT Pierre et Christian LAVAL. 2014. &lt;em&gt;Commun: essai sur la révolution au XXIe siècle&lt;/em&gt;, Paris: La Découverte. 593p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;DE LA BELLACASA, María Puig. 2017. «Alterbiopolitics.» &lt;em&gt;Matters of Care: Speculative Ethics in More Than Human Worlds&lt;/em&gt;. Minneapolis: University of Minnesota Press, p.125-168.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;HAMEAU 18. «L’usage plutôt que la propriété.» &lt;em&gt;Hameau 18: coopérative d’habitation&lt;/em&gt;. En ligne. &lt;a href=&quot;https://www.hameau18.org/&quot;&gt;https://www.hameau18.org/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;HULL, Alyssa. 2019. «Hopepunk and Solarpunk: On Climate Narratives That Go Beyond the Apocalypse.» &lt;em&gt;Literary Hub&lt;/em&gt;. En ligne. &lt;a href=&quot;https://lithub.com/hopepunk-and-solarpunk-on-climate-narratives-that-go-beyond-the-apocalypse/&quot;&gt;https://lithub.com/hopepunk-and-solarpunk-on-climate-narratives-that-go-beyond-the-apocalypse/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;MACÉ, Marielle. 2019. &lt;em&gt;Nos cabanes&lt;/em&gt;. Paris: Verdier, coll. «La petite jaune», 80p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;MARCOUX-CHABOT, Moïse. 2013. &lt;em&gt;L’espouère&lt;/em&gt;. [court-métrage]. 20 minutes. En ligne. &lt;a href=&quot;http://moisemarcouxchabot.com/lespouere/&quot;&gt;http://moisemarcouxchabot.com/lespouere/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;MARCOUX-CHABOT, Moïse. 2014. &lt;em&gt;Le Germoir – un projet gaspésien de résilience collective&lt;/em&gt;. [court-métrage]. 5 minutes. En ligne. &lt;a href=&quot;http://moisemarcouxchabot.com/le-germoir/&quot;&gt;http://moisemarcouxchabot.com/le-germoir/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;MARCOUX-CHABOT, Moïse. 2020. &lt;em&gt;Ramaillages&lt;/em&gt;. [série Web]. 3h15. En ligne. &lt;a href=&quot;https://www.onf.ca/series/ramaillages/&quot;&gt;https://www.onf.ca/series/ramaillages/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;SARGENT, Lyman Tower, «The Three Faces of Utopianism Revisited.» &lt;em&gt;Utopian Studies&lt;/em&gt;. Vol.5, no 1, 1994, p.1-37.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;SUZUKI, David et al.1992. «Déclaration d’interdépendance.» &lt;em&gt;Fondation David Suzuki&lt;/em&gt;. En ligne. &lt;a href=&quot;https://fr.davidsuzuki.org/la-fondation/declaration-dinterdependance/&quot;&gt;https://fr.davidsuzuki.org/la-fondation/declaration-dinterdependance/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;«Entraide en contexte de pandémie, ou le vieux rêve du monde ébréché.» 2020. &lt;em&gt;Contrepoints&lt;/em&gt;. Auteur inconnu. En ligne. &lt;a href=&quot;https://contrepoints.media/fr/posts/entraide-en-contexte-de-pandemie-ou-le-vieux-reve-du-monde-ebreche-1#sdfootnote1anc&quot;&gt;https://contrepoints.media/fr/posts/entraide-en-contexte-de-pandemie-ou-le-vieux-reve-du-monde-ebreche-1#sdfootnote1anc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Habiter: instructions pour l’autonomie&lt;/em&gt;. Trad. de l’américain. Auteurs, lieu, date et maison de publication inconnus.&lt;/p&gt;

&lt;section  class=&quot;footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed&quot; data-collapsible-show-label=&quot;Notes&quot; data-collapsible-hide-label=&quot;Notes&quot;&gt;&lt;ul class=&quot;footnotes collapsible-content&quot;&gt;&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote1_ubbgt03&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref1_ubbgt03&quot;&gt;1.&lt;/a&gt; Tiré d’un documentaire de Moïse Marcoux-Chabot, qui donnait la parole aux membres de la communauté intentionnelle «Le Manoir», située à Saint-Louis, dans la Baie-des-Chaleurs. Cette vidéo a été réalisée dans le cadre d’une levée de fonds de la communauté pour la rénovation d’un bâtiment multifonction. (Marcoux-Chabot, 2014).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote2_z8gpz6w&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref2_z8gpz6w&quot;&gt;2.&lt;/a&gt; «Communauté intentionnelle» est à entendre ici selon la définition que lui donne Lyman Tower Sargent: «groups who come together from more than one nuclear family, who choose to live together to enhance shared values or enact a mutually agreed upon purpose.» (Sargent: 15) Ainsi dit, les communautés intentionnelles seraient «des groupes d’individus provenant de plus d’une famille nucléaire, ayant choisi de vivre ensemble pour renforcer des valeurs partagées ou œuvrer vers un objectif duquel ils ont mutuellement convenu.» Je traduis.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote3_s2bete6&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref3_s2bete6&quot;&gt;3.&lt;/a&gt; Lorsque je dis &lt;em&gt;favoriser le vivant&lt;/em&gt;, j’ai en tête cette nuance apportée par les auteures de «A manifesto for abundant futures»: «The concept of promoting life differs considerably from a core aspect of sustainability and earth systems science, which focuses on figuring out the limits to development or the extent to which ecosystems may be degraded before ecological function is impaired or beyond repair.» (Collard et al.: 327) En français: «Le concept de promotion de la vie diffère considérablement d&#039;un aspect fondamental de la durabilité et de la science des systèmes terrestres, qui se concentre sur la détermination des limites du développement ou de la mesure dans laquelle les écosystèmes peuvent être dégradés avant que la fonction écologique ne soit altérée ou irréparable.» Je traduis.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote4_mzeeuem&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref4_mzeeuem&quot;&gt;4.&lt;/a&gt; Tiré indistinctement de &lt;em&gt;Centris, Du Proprio, Proprio Direct, La Capitale&lt;/em&gt;: tous du pareil au même.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote5_jz2624c&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref5_jz2624c&quot;&gt;5.&lt;/a&gt; Mode de vie qui consiste à vivre, à temps partiel ou à temps plein, dans un véhicule ayant été, la plupart du temps, modifié (lit et cuisinette aménagés, toilettes rudimentaires, batteries, panneaux solaires, etc.)&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote6_k3501ao&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref6_k3501ao&quot;&gt;6.&lt;/a&gt; Je dis que cette forme de précarité est toute personnelle, certes, mais il convient de reconnaître que cette manière d’habiter le territoire, inscrite sous le signe de la mobilité, est somme toute répandue. Dans son ouvrage «Les néo-nomades», Yasmine Abbas pose la mobilité (Zygmunt Bauman dirait, la «liquidité») comme une caractéristique indissociable de notre modernité. Elle regroupe sous le terme «néo-nomades» les &lt;em&gt;roadwarriors&lt;/em&gt; (expression désignant les travailleurs obligés d’être fréquemment sur la route, les représentants du commerce par exemple), les migrants, les nomades numériques, les réfugiés et les touristes, tous ces gens qui, de manière délibérée ou non, sont constamment en transition. Cette mobilité comporte de nombreux avantages, certes. Mais il faut reconnaître qu’il s’y joue également des déracinements à répétition et un gaspillage monstre des ressources: multiplication des moyens de transports, location d’entrepôts de stockage, utilisation compulsive des technologies et de denrées à usage unique, etc. Suivant le chemin de pensée de Yasmine Abbas, ajoutons à cette liste non-exhaustive tout le stress généré par l’instabilité que ces modes de vie supposent et il apparaît rapidement qu’«aller d’un lieu à un autre n’est pas aussi simple» (14), que «la mobilité nous coûte.» (14) Pour la chercheure, «la question de l’attachement et de l’adhérence aux espaces […] est au cœur de la problématique actuelle du néo-nomadisme.» (32), l’intensification de la mobilité ayant radicalement transformé le rapport de l’individu au territoire. Dans ce contexte de mobilité sans précédent et de précarité accrue se joue donc quelque chose qui pourrait s’apparenter à une problématique de l’habitation ou, à tout le moins, une invitation à nous reposer cette question fondamentale qui est celle de notre rapport à l’espace. Comment habiter alors que nous sommes constamment en mouvement, et de passage?&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote7_p7b9xdd&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref7_p7b9xdd&quot;&gt;7.&lt;/a&gt; Ernst Bloch écrit: «[…] réduire l’utopie à la définition qu’en a donné Thomas More, ou simplement l’orienter dans cette seule direction, équivaut à ramener tout le phénomène de l’électricité à l’ambre jaune qui lui donna son nom, d’origine grecque, et en révéla l’existence.» (Bloch, 1976: 25)&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote8_hi0u8d1&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref8_hi0u8d1&quot;&gt;8.&lt;/a&gt; «[L]’Anthropocène est une étincelle qui allumera un feu dans nos imaginaires. C&#039;est le moment de voir grand, de rêver. Nous rêvons de futurs abondants.» (Collard et al.: 326) Je traduis.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote9_sic495z&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref9_sic495z&quot;&gt;9.&lt;/a&gt; Leur manifeste se lit comme une «déclaration de stratégies pour créer les conditions propres à supporter différentes formes de vies et modes de vie.» (326) Je traduis.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote10_zx20pw9&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref10_zx20pw9&quot;&gt;10.&lt;/a&gt; «Envisager la crise climatique comme une apocalypse ne peut qu’inspirer l’attente impuissante que la post-apocalypse arrive, soudainement, et sépare le passé du futur.» (Hull, 2019) Je traduis.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote11_fxnuspt&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref11_fxnuspt&quot;&gt;11.&lt;/a&gt; «Nous avons besoin de fictions qui nous montrent une variété de futurs possibles, du plus sombre au plus optimiste.» (Hull, 2019) Je traduis.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote12_gsxo2xa&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref12_gsxo2xa&quot;&gt;12.&lt;/a&gt; Je le dis optimiste, car il l’est, et de manière résolue. Ses mots, dans le court documentaire &lt;em&gt;L’espouère&lt;/em&gt;: «C’est beau l’espoir, hen? Ça en prend, de l’espoir. Y en a qui appellent ça de la naïveté, l’espoir. Mais je vais planter mes érables sur le bord de la trail des chevreuils quand même. Parce que peut-être qu’y vont m’en laisser un de temps en temps. (pause). Pis je vais m’opposer au développement sauvage quand même, même si on est en train de crever de faim en Gaspésie. Parce que c’est pas parce qu’on est pauvre qu’on doit accepter n’importe quoi. […] (pointant un érable fraîchement planté). Il est discret quand même à travers les framboisiers! Ils le trouveront jamais!» (Marcoux-Chabot, 2013)&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote13_z11i03c&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref13_z11i03c&quot;&gt;13.&lt;/a&gt; «Reconnaître l’interdépendance entre les espèces n’est pas une excuse pour intensifier le contrôle humain sur la vie autre qu’humaine.» (Collard et al., 327) Je traduis.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote14_8x2wjsw&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref14_8x2wjsw&quot;&gt;14.&lt;/a&gt; «S’orienter vers des futurs abondants nécessite de travailler avec de multiples formes de résistance aux logiques et pratiques coloniales et capitalistes d&#039;extraction et d&#039;assimilation.» (Collard et al.: 329) Je traduis.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote15_zeu629p&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref15_zeu629p&quot;&gt;15.&lt;/a&gt; «Les futurs abondants incluent les animaux non humains, non pas en tant que ressources ou banques de capital naturel au service des humains, mais en tant qu&#039;êtres avec leurs propres réseaux familiaux, sociaux et écologiques, leurs propres objectifs, devenirs et besoins. Un avenir abondant est celui dans lequel les autres que les humains mènent une vie sauvage et vivent comme des ‘autres non-colonisés’.» (Plumwood, 1993). Cité dans Collard et al.: 328.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote16_koar8y8&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref16_koar8y8&quot;&gt;16.&lt;/a&gt; Ce qu’une telle affirmation suppose, c’est la fragmentation du concept de propriété. Au sens donné par la loi, la propriété est composée de trois choses: le droit de faire l’usage d’un bien, le droit de jouir d’un bien (le fruit issu de la propriété, le loyer d’un locataire, par exemple) et le droit de se séparer d’un bien (en le vendant, en le donnant). Les membres de la coopérative signent alors un contrat qui permet d’appliquer la propriété composante par composante, ne gardant pour ses habitants que les deux premières: l’usage et la jouissance.&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;/section&gt;&lt;/div&gt;
      &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&lt;span class=&quot;biblio-authors&quot; &gt;&lt;a href=&quot;/fr/biblio?f%5Bauthor%5D=7055&quot; rel=&quot;nofollow&quot;&gt;Léveillé, Brigitte&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;. 2022. « &lt;a href=&quot;/fr/biblio/habiter-autrement-pour-nous-permettre-de-rever-et-de-tenter-une-habitation-ecologique&quot;&gt;&lt;span class=&quot;biblio-title&quot; &gt;Habiter autrement. Pour nous permettre de rêver –et de tenter– une habitation écologique, solidaire et collective&lt;/span&gt;&lt;/a&gt; ». Dans &lt;span  style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;De la possibilité de nos cohabitations&lt;/span&gt;. Cahier ReMix, n° 17 (07/2022). Montréal, Université du Québec à Montréal : Figura, le Centre de recherche sur le texte et l&#039;imaginaire. En ligne sur le site de l’Observatoire de l’imaginaire contemporain. &amp;lt;&lt;a href=&quot;https://oic.uqam.ca/fr/remix/habiter-autrement-pour-nous-permettre-de-rever-et-de-tenter-une-habitation-ecologique&quot;&gt;https://oic.uqam.ca/fr/remix/habiter-autrement-pour-nous-permettre-de-rever-et-de-tenter-une-habitation-ecologique&lt;/a&gt;&amp;gt;. Consulté le 1 mai 2023.&lt;span class=&quot;Z3988&quot; title=&quot;ctx_ver=Z39.88-2004&amp;amp;rft_val_fmt=info%3Aofi%2Ffmt%3Akev%3Amtx%3Adc&amp;amp;rft.title=Habiter+autrement.+Pour+nous+permettre+de+r%C3%AAver+%E2%80%93et+de+tenter%E2%80%93+une+habitation+%C3%A9cologique%2C+solidaire+et+collective&amp;amp;rft.date=2022&amp;amp;rft.aulast=L%C3%A9veill%C3%A9&amp;amp;rft.aufirst=Brigitte&amp;amp;rft.pub=Figura%2C+le+Centre+de+recherche+sur+le+texte+et+l%26%23039%3Bimaginaire&amp;amp;rft.place=Montr%C3%A9al%2C+Universit%C3%A9+du+Qu%C3%A9bec+%C3%A0+Montr%C3%A9al&quot;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
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 <pubDate>Tue, 14 Jun 2022 17:42:07 +0000</pubDate>
 <dc:creator>Sarah Grenier</dc:creator>
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 <title>Enjeux rencontrés pour la conception de personnages engagés [...]</title>
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          &lt;div class=&quot;field-item clearfix even&quot;&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Titre complet:&lt;/em&gt; «Enjeux rencontrés pour la conception de personnages engagés et pour la représentation de personnes véganes anarchistes, pro-queers féministes, antispécistes écologistes, abolitionnistes de la domesticité animale et anticolonialistes, par des médiums variés»&lt;/p&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;71920&quot; view_mode=&quot;embed_large&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;p&gt;Il manque de lieux pour prendre la parole comme personne non-binaire féministe, engagée, végane anarchiste antispéciste écologiste et abolitionniste de la domesticité animale, mais aussi comme sémioticien peircéen. Disons qu&#039;il manque de lieux sécuritaires pour le faire. De calme dans les données, pour en prendre connaissance. De temps de lecture décaféiné. Explorer par l&#039;écriture la forme du journal, un peu l&#039;essai aussi, autour du texte de &lt;em&gt;Formes de vie, milieux de vie&lt;/em&gt; de Sylvaine Bulle, paru dans la revue &lt;em&gt;Multitudes&lt;/em&gt; en mai 2018, ainsi qu’en suivant l&#039;invitation à l&#039;&lt;em&gt;Indiscipline!&lt;/em&gt; de Myriam Suchet, m&#039;amène à imaginer, pour commencer, une pièce de théâtre documentaire dans laquelle les personnages seraient anonymisés et leurs voix, brouillées par un travail dramaturgique engagé sur les espaces de parole et le droit à l&#039;information. Les espaces de contestation seraient ainsi protégés grâce à un emploi scénographique des dispositifs technologiques. La représentation théâtrale permettrait même de révéler et masquer à la fois les visages qui se trouvent en pleine lumière. Il y aurait quelques actrices et acteurs qui s&#039;engageraient dans ce champ politique pour porter ces propos mis en lecture ou en scène, dès qu&#039;elles et ils deviennent véganes, antispécistes, anarchistes, queers... Le théâtre offre aussi un espace où l’âgisme de la société est suspendu, ce qui permet à des personnes habituellement exclues des espaces de parole de la prendre ou de la faire porter.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les personnages et leurs autrices et auteurs nous aident en effet à nous exprimer et à parvenir à une meilleure compréhension de situations qu&#039;on se représente généralement au détour d&#039;une conversation, à la lecture d&#039;un article de journal ou lorsqu&#039;on regarde un reportage. Leur portée et leur agentivité sont&amp;nbsp;ainsi métacritiques, à la manière du souvenir, de l&#039;impression qu&#039;on peut garder d&#039;une personne ou d&#039;une expérience, qui nous amène à mettre en perspective nos habitudes. Cela dit, les fictions contemporaines rendent rarement justice à ces expériences mieux décrites par la &lt;em&gt;non-fiction&lt;/em&gt;: il y a beaucoup plus de représentations spécistes avec des narrations par des animaux anthropomorphisés qu&#039;il n&#039;y a de représentations antispécistes par des formes d’art variées qui proposent la reconnaissance des personnes animales non humaines comme des êtres sensibles.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Je tâche ainsi de me souvenir d&#039;éléments qu’il me semble pertinent de rapprocher de la contestation politique de Notre-Dame-des-Landes, dans le département français de Loire-Atlantique, une longue occupation (entre 2014 et 2018) qui visait à empêcher la construction d’un aéroport qui aurait impliqué la destruction d&#039;un milieu humide. Cet aéroport aurait été plus ou moins utile dans la région alors que les milieux humides, bien que fragiles, rendent de nombreux services écosystémiques. Ils participent notamment du cycle géochimique du fer et du méthane, et à la fructification du mycélium de la fonge en maintenant les microclimats voisins plus humides et donc plus propices à la croissance de différentes espèces de champignons qui soutiennent le réseau trophique. Lorsque je suis chez moi, à la campagne, je suis à quelques minutes de marche d&#039;un milieu humide de la forêt boréale, qui présente la spécificité de connaître l&#039;hiver, d&#039;abriter les animaux qui y hibernent, ceux qui y hivernent et ceux qui traversent l&#039;hiver grâce à leur résistance aux basses températures, pour autant qu&#039;ils aient accès à de l&#039;eau non gelée. Il y a ainsi pour moi un rapport entre ces lieux: entre la représentation qu&#039;on peut se faire des milieux humides en général en fonction de nos connaissances, et les milieux réellement menacés à Notre-Dame-des-Landes. Je me demande d&#039;ailleurs de quelle protection disposent les milieux de vie avoisinants face à de futurs projets de développement, et ma vigilance m&#039;invite à entreprendre des démarches par rapport à de tels projets aux conséquences écologiques néfastes. Une promenade me permet de remarquer le développement des projets d&#039;urbanisation des forêts aux alentours de chez moi et d’anticiper les transformations urbanistiques post-Covid sur la Rive-Nord de Montréal, dans les Laurentides et dans Lanaudière, régions qui ont accueilli beaucoup de montréalais.e.s en télétravail.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L&#039;écriture essayistique, développée sous forme de journal, se concrétise différemment de l&#039;écriture dissertative. Je n&#039;ai pas à déterminer un parcours d&#039;argumentation pour supporter par des citations la réflexion que je mène, car je retrouve dans le texte en construction des effets de sens par des réorganisations de syntagmes, de syntaxe, de paragraphes... Je pense à l&#039;argumentation des militant·e·s marginalisé·e·s et à sa recomposition par l&#039;écriture dramatique documentaire. Plutôt que de viser une situation de communication universitaire, j&#039;envisage des espaces théâtraux et municipaux militants dans lesquels s’opèrent différentes luttes sociales.&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&amp;nbsp;&lt;/h3&gt;&lt;h3&gt;Écologies américaine, française, québécoise, européenne&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;Une tentative de retracer des fragments d’histoire des luttes écologistes, surtout américaines, dans certains recueils de textes écoféministes récemment parus en France, nous transpose dans une temporalité de réception parallèle à celle des nouvelles sur les occupations en territoire français, qui ont un tout autre héritage politique et intellectuel à porter. Les ancrages et les motivations sous-jacentes à ces engagements ne sont pas les mêmes que ceux rencontrés dans les textes. La mémoire de ces luttes est ainsi démultipliée par le travail de sélection des textes, de direction éditoriale et de présentation, comme celui d&#039;Émilie Hache, aux éditions Cambourakis, qui invite les lectrices à se réclamer de l&#039;écoféminisme. Son travail engagé et déterminant, dans l’état des luttes écoféministes internationales, permet de rapprocher dans l&#039;anthologie différents espaces, en les reliant par leurs références communes et leurs propos, même si les pratiques qui y sont décrites sont éloignées aussi bien temporellement que géographiquement. Contrairement à ce que Myriam Suchet proposait en disant que les mots étaient privés de valeur fiduciaire (10), Hache engage une fiducie qui vient soutenir et faire fructifier un capital social, politique et littéraire, et présenter différents aspects des formes de vie ou des distinctions dans celles-ci, en fonction de contextes, de prises de responsabilité et d&#039;engagements variés. Au regard de nos luttes locales, ce qui perdure comme maillages culturels et intellectuels à travers cette circulation des informations par la traduction et l&#039;édition, mais aussi par la diffusion (tantôt matérielle, tantôt numérique) des textes, constitue un ensemble de significations importantes à explorer depuis nos formes de vie respectives. Comment apprendre de ces expériences multiples? Y a-t-il des solidarités à développer, ou bien l&#039;action écologique présente-t-elle une logique différente de celle de l&#039;occupation? Il faut aussi inclure une réflexion sur le capital de mobilité et la semi-perméabilité des espaces pour les privilégié·e·s qui sont pourtant des frontières menaçantes pour les migrant·e·s.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;À part naviguer sur le web et acquérir des nouveautés en librairie, j’ai aussi commencé, ces derniers étés, à fréquenter le milieu antispéciste québécois, bien que j&#039;aie commencé à être intéressé par l&#039;écologie et l’environnementalisme en 1990, par le végétarisme en 2000 et que j&#039;aie débuté ma transition vers le véganisme en 2006. J&#039;ai ainsi rejoint le groupe des Estivales québécoises de la question animale, il y a quatre ans, pour animer un atelier de création littéraire antispéciste et pour faire des communications scientifiques avec des jeunes chercheuses et chercheurs, des enseignant·e·s et chargé·e·s de cours, des philosophes et conférencier·ère·s, ainsi que des véganes et antispécistes de tous âges provenant de plusieurs villes du Québec et de leurs banlieues: Sherbrooke, Québec, Montréal et Gatineau. Cela dit, les chercheuses et chercheurs du Québec en éthique animale, informé·e·s du déroulement des Estivales françaises de la question animale, ont mieux accueilli les revendications de nature intersectionnelle que plusieurs participant·e·s ont exprimées (en tant que panélistes, animatrices et animateurs, ou conférencières et conférenciers) que ne l&#039;ont fait les participant·e·s aux Estivales françaises, où la dimension intersectionnelle des luttes a été rejetée, autour de 2018. Ce rejet a produit un schisme au sein du groupe français qui a contribué au fil des années à creuser la différence avec la version québécoise des Estivales, qui est plus proche des luttes américaines.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;S&#039;il y a parfois certain·e·s antispécistes qui ne sont pas véganes, ou bien certain·e·s véganes qui ne sont pas antispécistes, il arrive aussi que ni les un·e·s ni les autres ne soit environnementalistes. L&#039;objectif de présenter les luttes pour la reconnaissance des droits animaux qui veulent changer les législations et les politiques les oppressant et d&#039;atteindre différents autres objectifs, c&#039;est d’arriver à problématiser le véganisme sur le plan social avec une certaine autonomie. En passant du végétalisme au véganisme, cette éthique de vie qui est aussi une forme de vie altérant la norme omnivore, il est devenu possible de dépasser la seule question du régime alimentaire pour intégrer les refus de s&#039;engager dans toute forme d&#039;oppression, d&#039;exploitation et de violence à l&#039;égard des animaux. Par exemple, la reproduction forcée de la vache et la stimulation artificielle de la ponte des poules détenues par l’industrie alimentaire et les éleveurs sont incluses dans les activités contre lesquelles luttent les véganes, contrairement aux végétarien·ne·s qui peuvent souhaiter seulement leur réforme ou qui transitent progressivement vers le véganisme. Les véganes s&#039;abstiennent d&#039;acheter des lainages et des cuirs animaux, et aussi de récolter et de consommer du miel. La récolte de miel sur les toits de l’université (Suchet, 2016: 40), puisqu’elle est nuisible aux abeilles, peut être critiquée en tant que stratégie d&#039;écoblanchiment. Il faut comprendre que, dans la nature, il est rare que même 10% de la production de miel des abeilles leur soit dérobé par d&#039;autres espèces. Les humains sont malheureusement plus avides. Certain·e·s végétarien·ne·s se retrouvent ainsi à adhérer partiellement à l&#039;éthique végane pour des considérations antispécistes. D&#039;autres personnes, carnistes, soutiennent aussi des arguments antispécistes pour des raisons morales. Les personnes omnivores ou carnistes de différentes traditions culturelles peuvent arriver à admettre la validité des arguments antispécistes en déconstruisant les sophismes et les formes de vie et de langage menant à l&#039;exploitation animale, ce qui peut les amener à reconnaître les privilèges économiques facilitant l&#039;accès à une alimentation végane. Cela dit, il faut ouvrir la réflexion sur cette forme de vie dans une perspective intersectionnelle, puisqu’il faut savoir que certaines personnes ne sont pas véganes en raison d’un choix permis par leur privilège économique, mais à cause de la pauvreté endémique, d’un manque d&#039;accès aux animaux ou aux produits alimentaires et non alimentaires issus de leur exploitation et de leur abattage spéciste. Leurs revendications soutiennent qu’il n’est pas nécessaire de limiter le prix des aliments issus de l’exploitation animale, mais plutôt de subventionner et de soutenir l’agroécologie végane. La théorie féministe intersectionnelle américaine (Williams Crenshaw, 1995), dans ses affinités avec l&#039;antispécisme contemporain, aide aussi à éviter les comparaisons racistes lorsqu’on se porte à la défense des droits animaux. Malgré l&#039;indiscipline de certain·e·s cybermilitant·e·s véganes, avec les années, la dimension intersectionnelle de la lutte a rejoint les valeurs des militant·e·s. L&#039;intersectionnalité influence donc la nature de l&#039;argumentation antispéciste, et cela fait partie du travail de reconnaissance des privilèges dont on dispose que de faire l&#039;effort d&#039;en tenir compte. Apprendre à reconnaitre progressivement nos privilèges spécistes peut aussi favoriser la prise en compte des arguments antispécistes: l&#039;antispécisme, dans sa dimension intersectionnelle, récuse l&#039;animalisation des personnes racisées et engage des réflexions sur le refus de soutenir l&#039;agriculture carcérale américaine et son industrie, de même que sur le refus de l&#039;exploitation des travailleurs et travailleuses migrant·e·s par les producteur·rice·s maraîcher·ère·s locaux·ales ou par les mafias internationales. Il est important que les personnes racisées (incluant dans une certaine mesure les personnes passant pour blanches ou celles de certaines origines ethnoculturelles plus marginalisées pendant certaines périodes historiques ou dans certains endroits) soient libres de faire le choix de l&#039;antispécisme et du véganisme sans s&#039;exposer à la végéphobie. Nous pourrions reprendre la distinction utile de Johan Galthung entre la violence directe et la violence structurelle (1969) ou bien la notion de microagressions dans la théorie psychiatrique de Chester M. Pierce (1970), remobilisée en sociologie, pour comprendre le harcèlement végéphobe et les discriminations qui surviennent ou s&#039;accentuent quand il faut réaffirmer socialement avoir fait le choix de l&#039;antispécisme et du véganisme: grossophobie, lookisme, sexisme, queerphobie, etc. L&#039;antispécisme est en quelque sorte au véganisme ce que ce dernier est au végétalisme qui l’a précédé: une «forme [...] déjà porteuse de distinction [...], d&#039;un début de tentative de proposition» politique (Suchet, 2016: 13). Depuis sa conceptualisation, c&#039;est une pratique qui se développe, et on se dispute à propos des limites de sa portée. Bien souvent, l&#039;espace médiatique limite l’étendue des concepts en nous donnant à peine le temps de les explorer dans un article ou reportage, plutôt que d’en permettre le déploiement. On va organiser le concept en tendances, en périodes, par origines, plutôt que de le développer dans sa pleine extension. Sinon, on reproche aux militant·e·s de ne pas avoir une pensée suffisamment unifiée, ou encore on institutionnalise celle-ci dans un cadre national plus restreint. Pourtant l&#039;indiscipline, chez Suchet, «s&#039;expérimente [...] et c&#039;est son impact qui la fait exister» (6). Les consortiums médiatiques, leurs lignes éditoriales, présentent donc une certaine gouvernementalité médiatique caractérisée par un désembrayage du politique et des récits qu’ont en fait pour imposer un système politique hégémonique. Cela dit, le débrayage de grève ou d&#039;occupation permet d&#039;embrayer des discours de contestation et d&#039;analyse du social et de se positionner contre le discours médiatique lacunaire. De même, dans l&#039;institution universitaire, il est possible de discuter d&#039;antispécisme en fonction de diverses perspectives disciplinaires de manière plus rigoureuse.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ainsi, c&#039;est par indiscipline disciplinée ou par discipline indisciplinée que les réseaux sociaux sont mobilisés pour l&#039;information et la dénonciation qui se réalisent par des publications, par le partage d&#039;articles et de commentaires et de signalements ainsi que pour l&#039;organisation de mouvements et d&#039;événements. Les différentes personnes sensibles à ces causes useront de diverses tactiques pour développer leur véganisme, leur antispécisme (ou leur véganisme antispéciste) ou encore leur environnementalisme, ou bien même l’ensemble de ces luttes. Les conflits ne se retrouvent pas seulement entre omnivores et véganes, mais aussi dans ces différents groupes affinitaires qui priorisent les luttes de leurs membres. Généralement, les médias grand public préfèrent représenter la conflictualité et rendre les véganes responsables d&#039;intimidation et de cyberharcèlement, dans un contexte de promotion du spécisme par le capitalisme, les lobbys et le capitalisme de plateforme –un spécisme qui concerne des discriminations à l&#039;égard des animaux, qui conduit au traitement différencié dont les animaux font les frais. Les contextes dans lesquels les animaux de différents sexes sont maltraités indiquent souvent des violences dirigées aussi contre les femmes et enfants. C&#039;est une raison de plus pour refuser la maltraitance animale, ne serait-ce que dans sa représentation, à cause des effets psychosociaux de la normalisation de la violence, en tant qu&#039;agent stresseur. Dans une perspective abolitionniste à l&#039;égard de la domestication animale, on peut critiquer le manque de connaissances zoologiques appropriées par les adoptant·e·s et les soignant·e·s adultes et enfants, et par les personnes âgées en perte d&#039;autonomie qui adoptent et soignent des personnes animales non-humaines. Ce manque de connaissances se traduit souvent par une domestication néfaste, par une aliénation de l’animal et, sur un autre plan, par une transformation des comportements humains dans leurs rapports intersubjectifs. Il importe donc de considérer les formes de vie humaines comme hybrides, historiquement influencées par la domestication et l&#039;exploitation animale, et par la cruauté et la violence à l&#039;égard des animaux. L&#039;opacité entourant la question animale dans différents milieux sociaux n&#039;aide pas à instaurer un contre-pouvoir utile et solidaire. Bien qu’elle soit utile comme tactique de lutte contre les médias dans les occupations: elle cause plutôt la persistance d&#039;oppressions qui doivent cesser le plus tôt possible. Il devient nécessaire de développer une double stratégie légitimant les luttes antispécistes et écologiques d’une part, et soutenant les tactiques des militant·e·s, d’autre part.&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&amp;nbsp;&lt;/h3&gt;&lt;h3&gt;Zone libre&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;Pour les personnes queers de couleur en lutte pour leurs droits, aux États-Unis, il n&#039;y a pas grand-chose à espérer des universitaires, souvent blanc·he·s et privilégié·e·s, qui se retrouvent avec une carrière bâtie sur le dos des communautés marginalisées –un peu comme les théoricien·ne·s vampirisent parfois les artistes, mais avec des conséquences, quand vient le renouvèlement des politiques publiques, sur leur accès aux soins de santé, aux emplois, aux logements et aux installations sanitaires. Des personnes trans en situation culturelle minoritaire sont ainsi à la fois heureuses et contrariées, car s&#039;il y a des nouveaux termes pour désigner leurs réalités, ce ne sont pas leurs mots qu&#039;on emploie, mais des mots et concepts qui leur sont étrangers, qu&#039;elles ne comprennent pas nécessairement et qu&#039;on leur impose. «Si tu corresponds à cette catégorie, leur dit-on, il faut t&#039;autodésigner de cette manière-là»: une manière de Blanc·he·s. Les histoires des universités européenne et américaine remontent à loin derrière nous et sont méconnues; elles ne sont mêmes pas familières à leurs actrices et acteurs. En somme, elles sont mal servies par les gouvernementalités (Foucault, 1979), ces manières de penser et de réaliser l’organisation politique. On ne comprend plus cette parole parlée par ces anciennes élites qui n&#039;ont plus le pouvoir d&#039;antan depuis la montée du capitalisme. On oublie cette constitution des savoirs de ces élites dans son mouvement vers l&#039;autre, alors que celui-ci ne souhaitait pas connaître leur culture. On se retrouve aujourd&#039;hui à une époque où les technologies permettent de consigner et de partager intimement des savoirs, et où l&#039;indiscipline des pratiques, malgré ses conséquences, porte fruit sur le plan de la tolérance et de la compréhension. La sociologie des mouvements sociaux, celle des militantismes, des engagements, n&#039;échappe pas non plus à ces pièges théoriques rencontrés par les théoriciennes et théoriciens des réalités des minorités sexuelles et affectives, ni au défi de ne pas trahir ce qui est décrit et étudié. Il ne faut pas imposer ce qui est dit à propos de celles et ceux qui sont en lutte, les effacer de l&#039;histoire et remplacer leurs vécus par le compte-rendu qu&#039;on se fait des événements, pour les pair·e·s. La notion de forme de vie, même si elle vient de Wittgenstein qui faisait partie de cette élite universitaire, a au moins l&#039;avantage de placer la vie et le langage à l&#039;avant-plan, dans une portée métacritique qui favorise l’écoute de celles et ceux qui s&#039;expriment en leur nom. Elle ouvre à tout le moins des possibilités de guérison et de compréhension, de même que des possibilités d&#039;exprimer de la colère, comme nous le demandent entre autres certaines féministes et Autochtones.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;À la Maison de la grève citoyenne et étudiante de 2012 sur le territoire kanien’keha:ka de Tio’tia:ke et anishinaabe Mooniyang - Montréal, le mot d&#039;ordre était de partager nos récits, de multiplier les points de vue sur les événements liés à la grève, pour valoriser leur diversité, les consolider devant les possibilités de récupération, pour qu’ils nous deviennent familiers à chacun en allant à la rencontre de l&#039;autre: l&#039;autre étudiante ou étudiant en grève, d&#039;un autre programme, d&#039;une autre faculté, d&#039;un autre pays; ainsi qu&#039;à la rencontre de la ou du chargé·e de cours ou professeur·e allié·e·s. C&#039;est un tissage interdisciplinaire qui s&#039;opérait. Toutefois, même après que des critiques aient été faites sur la quasi-absence des personnes de couleur dans les rangs des grévistes (au point où on n’oublie pas les quelques grévistes de couleur que l’on connaît), la dimension montréalo-centrée du mouvement, même «uqamo-centrée» (l&#039;UQAM est une université du réseau de l&#039;Université du Québec), demeurait prédominante. Il en était de même de la non-reconnaissance des nations autochtones et de leurs territoires traditionnels non cédés, et de l&#039;absence de manifestations dans les quartiers ethnoculturels qui auraient pu rallier des franges de la population gardées en marge des débats par des médias complices des politiques gouvernementales. Les marges des organisations officielles étudiantes demeuraient elles aussi peu disposées à inclure les étudiant·e·s racisé·e·s, pourtant tout aussi concerné·e·s par la gratuité scolaire, alors qu’elles assuraient un certain succès dans l&#039;inclusivité intergénérationelle. Ce n&#039;est pas parce que, en tant que Canadien·ne-français·e ou Français·e, on vit à Montréal depuis quelques années, depuis qu&#039;on a commencé à y étudier, qu&#039;on est devenu·e·s montréalais·e·s ou que notre participation au projet décolonial doit se limiter à la reconnaissance du seul territoire de l&#039;archipel d&#039;Hochelaga. Les familles québécoises, canadiennes et américaines ont obtenu des privilèges de la double colonisation et de la création de réserves pour les nations autochtones, et le travail de reconnaissance de ces privilèges aidera peut-être à sortir du discours victimaire de certains nationalismes pour s&#039;engager dans des décolonisations, restitutions, reconnaissances, métissages et solidarités effectifs. La posture des antispécistes et véganes à l&#039;égard des peuples autochtones doit intégrer et reconnaître leur droit à l&#039;autodétermination, et exiger que les gouvernements nationaux leur accordent. Il est important que les dimensions antispécistes et véganes des cultures autochtones soient reconnues et que les Autochtones sensibles à ces prises de position soient encouragé·e·s à s&#039;exprimer, et qu’ils·elles soient écouté·e·s et lu·e·s. Quelques rares textes circulent déjà. Ces prises de paroles sont très importantes pour comprendre que le respect des souverainetés autochtones n&#039;implique pas nécessairement un soutien au carnisme spéciste traditionnel et que les antispécistes blancs et allochtones de couleur peuvent respecter les luttes des Autochtones véganes pour amener elles et eux-mêmes ces thèmes dans leurs communautés, en plus d&#039;encourager la mobilité autochtone et de soutenir les luttes pour plus de justice sociale et économique dans ces communautés.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans pareils contextes, la réception de la production intellectuelle européenne ne peut se faire sans précautions. Transposer la sociologie de l&#039;occupation de Sylvaine Bulle (2018) en contexte américain, québécois, c&#039;est la transposer en contexte colonial. On connaît depuis longtemps le rôle des moyennes puissances comme le Canada dans le maintien de certains rapports des puissances européennes avec le Sud global. On connaît aussi depuis &lt;em&gt;Noir Canada&lt;/em&gt;, cet essai d’Alain Deneault écrit en collaboration avec Delphine Abadie et William Sacher paru aux éditions Écosociété en 2008 et ayant fait l&#039;objet de poursuites judiciaires, les pays où la législation favorise les minières à extraire et exporter leurs ressources, tout en les laissant s&#039;approprier les revenus qui en découlent. On se rappellera la poursuite bâillon de 5 millions de dollars contre les auteur·e·s –qui n&#039;est rien en comparaison avec l&#039;ensevelissement vivant des mineurs qui occupaient la mine tanzanienne de Barrick Gold. Bien qu&#039;il semble que la situation ait évoluée depuis les quatre dernières années, elle a été très longtemps caractérisée par l’impunité et les pratiques capitalistes extractivistes laissant les pays exploités dépouillés de leurs ressources, situation qui empire celle déjà déplorable de l&#039;exploitation salariée au cœur des autres tragédies que vivent les travailleuses et les travailleurs dans ces mêmes pays. Une politique de ces formes de vie sous le sémio-capitalisme ne peut faire l&#039;économie ni de la dimension légale, raciste de manière systémique, que l&#039;on rencontre à l&#039;international sous l&#039;effet des politiques canadiennes à propos desquelles il nous est moralement demandé de nous positionner, ni de celle que l&#039;on rencontre aussi sur les plans nationaux, régionaux et locaux.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les &lt;em&gt;Vegan Voices of Color&lt;/em&gt;, les &lt;em&gt;Fat Vegans&lt;/em&gt; et aussi les véganes racisé·e·s sont parfois moins radicaux·ales, mais participent des diversités démocratiques internationales. La critique de l&#039;endoctrinement masculiniste marxiste et anarchiste demeure encore présente de nos jours. En somme, ce qui peut sembler une situation insolvable est en fait une situation assez positive, vu le nombre de personnes positionnées politiquement dans ces carrefours de luttes. De même, le nombre de véganes augmente, et leur accès à une information de qualité est facilité, même si l&#039;édition essaie de profiter économiquement de la tendance politique. Cela dit, la politisation des véganes s&#039;est opérée dans différents contextes au fil des ans, et la diversité interne indique aussi un certain manque de transmission culturelle intergénérationnelle qui pourrait être favorisée par des programmes universitaires d&#039;études animales, par exemple, ainsi que par la gratuité scolaire, pour laquelle des véganes, des antispécistes et des écologistes ont lutté, afin que l&#039;accès à une éducation à ces réalités soit encouragé et favorisé par nos institutions, plutôt que dévalorisé et opprimé par leur conservatisme. Pour le moment, les politiques développées pour les personnes queers de couleur, racisées et migrantes le sont aux risques des communautés marginalisées, que ce soit en fonction de leur identité de genre, leur identité politique ou de l&#039;intersection de ces identités qui exposent les membres à d&#039;autant plus de procédures et d&#039;oppressions. C&#039;est pourquoi les demandes d&#039;exercice de la démocratie directe demeurent; c&#039;est pourquoi il faut se former, se «capaciter» et demeurer en lutte. La judiciarisation et l&#039;oppression étatique par des politiques rétrogrades ainsi que l&#039;exercice de la brutalité par l&#039;appareil d&#039;État précarisent les formes de vie engagées, militantes, émergentes et antispécistes... En ce sens, le refus propre à la forme d’occupation préconisée par Bulle est aussi propre à la forme contestataire, pétitionnaire, zélée...&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&amp;nbsp;&lt;/h3&gt;&lt;h3&gt;De l&#039;acteur·rice au masque d&#039;énarque&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;Je me suis demandé si je souhaitais partager la vidéo promotionnelle de l&#039;École nationale d&#039;administration française et un extrait d&#039;un film reproduisant un concours d&#039;entrée pour cette école, car les masques sociaux tombent sous l&#039;usure de la pratique politique. Les paramètres de la lutte dans la forme-occupation spécifiés par Bulle pour délimiter la diversité des autonomies des Zones à défendre engendrent un désaveu à l&#039;égard des administrateur·rices. Il faut aussi parvenir à éviter l&#039;onde de choc psychosociale de la violence étatique perpétrée à l&#039;international ainsi que ses effets sur nos actions et nos vies: il faut éviter la consolation de la comparaison avec les malheurs des communautés politiques alternatives et dégager des solidarités fortes et responsables, en respectant les demandes des organisations afin de ne pas compromettre leurs activités par une surmédiatisation. Ces organisations doivent nécessairement demeurer opaques pour assurer la sécurité de leurs membres et des personnes qu’elles protègent, comme dans le cas des milieux queers après le Printemps arabe. Il faut engager des diplomaties exigeantes, à l&#039;image du Royaume-Uni dans sa défense des personnes LGBTQIA2S+: c&#039;est-à-dire lesbiennes, bisexuelles, gaies, transsexuelles et transgenres, en questionnement par rapport à leur identité sexuelle et de genre, intersexuelles ou asexuelles, bispirituelles, ou encore situées d&#039;une autre manière dans l&#039;ensemble des possibilités de la diversité allosexuelle –ou, pour les personnes qui ajoutent des revendications politiques à ces identités, tout simplement queers, c&#039;est-à-dire différemment étrangères aux normes hétérosexuelles et cissexuelles, c’est-à-dire aux normes des personnes s&#039;identifiant en fonction du sexe qui leur a été attribué à la naissance et à une orientation sexuelle les engageant à des partenaires complétant leur binarité. Il faut plus de diplomates comme l&#039;ambassadeur du Royaume-Uni en Russie qui a demandé la fin des persécutions de l&#039;État russe et des populations queerphobes envers les communautés marginalisées des minorités sexuelles et affectives de ce pays. Leur rassemblement dans certaines villes, dont Saint-Petersbourg, aide à réduire le nombre de discriminations vécues, les dangers rencontrés, tout en préservant leurs sociabilités. Il permet aussi de tisser, de renforcer et de maintenir des liens intersectionnels entre les luttes de revendications queers, véganes antispécistes et anarchistes et se déroule dans l’espace cosmopolite des métropoles du véganisme, avec Berlin.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Parmi les stratégies que nous pouvons employer localement, en tant que sémioticien·ne·s, pour résister politiquement en fonction de nos convictions, il y a l’exercice d&#039;une attention à la sémiotique de la légistique. Cette discipline porte sur la rédaction des lois, à partir de laquelle se développera l&#039;interprétation des juristes et des juges dans leurs plaidoyers et leurs verdicts, ainsi que celle des parlementaires lorsqu’ielles se les approprient. Enseigner la sémiotique peircéenne présente des défis: il faut cerner le contexte de la sémiotique administrative des universités et l&#039;aspect diagrammatique des formulaires pour évoluer dans un cadre signifiant avec des légisignes opératoires, plutôt que de les présenter dans les cours de manière désembrayée. La question docimologique, cette science d&#039;évaluation des examens, peut aussi retenir notre attention. On peut faire la grève comme sémioticien·ne, faire du terrain. Faire du zèle. Ça peut dégager d&#039;autres perspectives formelles. Dans un tel cadre, on peut réfléchir à l&#039;effet possible que produirait une scolarité non végane et non queer sur la performance des étudiant·e·s et chercheur·euse·s qui expérimentent ces vécus. Quelle aurait été l&#039;issue de l&#039;éducation, de la pédagogie, dans cette perspective? Aurait-elle permis une meilleure transmission culturelle intergénérationnelle? Quelles sémiotiques et politiques est-il possible de constituer en groupes affinitaires? Entre Berlin et Saint-Pétersbourg, les politiques véganes antispécistes et intersectionnelles continuent d&#039;influencer l&#039;Europe et la France. Le milieu militant est une auberge espagnole. La rétroaction des pratiques d&#039;engagement peut prendre une dimension cybernétique pour la vie et ses formes. Ainsi, l’objectif à réaliser sur le plan agricole demeure l’atteinte d&#039;un nutriôme éthique: il est possible d’accomplir cet état de nutrition idéal du corps par la consommation d&#039;aliments diversifiés dans le cadre d’une alimentation complètement végane. La nature de cette forme d&#039;engagement, de cette&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;forme de vie autonome ou insurrectionnelle, ne se limite pas à être une taxinomie ou une formule. Elle se caractérise par l’indissociabilité entre fins et moyens, par une capacité à lier des formes entre elles sans que ne soit jamais rendue possible la constitution d’un sujet politique collectif unifié. De même, ce qui donne sens à une occupation est le fait d’ouvrir une brèche dans le temps et l’espace et d’inaugurer un commencement nouveau par où l’imprévisible peut naître, quelque part à l’intersection de forces. (Bulle, 2018)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Adoptant une posture critique s’appuyant sur l&#039;appel à la nouveauté qui relaie le souhait d’une éducation populaire et d’une poursuite de certaines pratiques politiques, on peut placer en tension ces militant·e·s avec les administratrices et administrateurs issu·e·s des écoles nationales d&#039;administration publique qui leur résistent plutôt qu&#039;avec les forces de l&#039;ordre. Cela permet de discerner qui a le monopole étatique de la violence contre ces citoyennes et citoyens, ces réfugié·e·s, dissidentes et dissidents. On peut se demander plus encore quelle carrière politique il y a pour les anarchistes. Quelle politique de carrière y a-t-il pour elles et pour eux? Pourquoi l&#039;administration publique ne pourrait-elle pas, après tout, apprendre des anarchistes? Que pourraient apprendre les anarchistes de ces administrateur·rices, outre la répression politique par les policières et policiers, par les médias corporatifs et les juges? C&#039;est qu&#039;«on n&#039;a pas deux cœurs, un pour les animaux et un pour les humains. On a un cœur ou on n&#039;en a pas», écrivait Alphonse de Lamartine. On peut se demander si les antispécistes, par rapport à une zone à défendre en milieu humide, préconiseraient aussi la forme-occupation. À notre époque, il paraît même ridicule de devoir encore se mobiliser quand les connaissances écologiques sont déjà disponibles. Après tout, l&#039;université enseigne le droit animalier, le droit environnemental... Comment se fait-il que les administrateur·rices n&#039;aient pas appris, à partir des expériences de municipalisme libertaire, d&#039;écovillégiature, à permettre l&#039;émergence politique des communautés, par des écoféminismes intersectionnels, par des critiques décoloniales, par la confrontation des empreintes écologiques et empreintes coloniales des lieux habités ou défendus? Dans certains contextes, même écrire sur l&#039;opacité n&#039;est pas toujours possible. Il arrive qu&#039;on ne puisse pas raconter un récit de contestation sans courir le risque de compromettre une personne en lutte et de l&#039;exposer à la judiciarisation. «L&#039;opacité des tactiques ambivalentes» et «l&#039;exercice critique du désœuvrement» (Bulle, 2018) permettent des résistances concrètes à la mise en récit, qui «capacitent» la mobilité et la plasticité des êtres, mais elles indiquent aussi l&#039;intensité des oppressions étatiques et les risques de judiciarisation. Les formes essayistiques et dissertatives sont ici intéressantes par le dépassement réflexif des actes d’administration et de répression qu&#039;elles permettent. Pour Bulle, c&#039;est au prix de cette opacité qu&#039;il y a une durabilité de la forme contestataire et que le maintien d&#039;une posture sociale de retrait engagé dans le conflit persiste.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;[Ces] forme[s]-retrait[s] [sont, pour l&#039;autrice, une] des qualifications politiques permettant de définir cet ensemble assigné par le «dehors» capitaliste et par l’État [spécistes], pour affirmer de nouveaux gestes [antispécistes intersectionnels], correspondant aux régimes d’être propres à l’autonomie, dans ses composantes larges, ou, pour certains et certaines, propres à l’utopie réelle. […] La forme-occupation […] illustre [ces] forme[s]-retrait[s]qui consistent à libérer des espaces ruraux des projets d’aménagement capitaliste et donc, à se replier en dehors des territoires métropolitains. (Bulle, 2018)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;C&#039;est un «retrait engagé, offensif, positionné contre...» (Bulle, 2018) qui peut donc se faire antispéciste et, plutôt que de proposer un retour à la terre, il présente une occasion de rendre la vie signifiante pour soi en mettant de l&#039;avant des formes de vies mobiles et plastiques, dans leur évolution et spéciation. Cette occasion nous amenerait à nous interroger sur l’espèce d&#039;évolution, de spéciation que nous pouvons trouver dans la proximité avec des animaux sauvages aux comportements acquis lorsque vient le temps de réfléchir à l’adaptation en cours et à venir, face aux conséquences de l&#039;anthropocène. Quel nouvel ensauvagement attend ces espèces, comment vont se dérouler leur expérience de retour aux espaces sauvages, en apparence désinvestis par l’humain? Sur le plan humain, Bulle propose la «coexistence de deux registres de la critique radicale». (2018) D&#039;une part, il y a «le débranchement des fonctions “policières” (au sens institutionnel) et marchandes» et, d&#039;autre part, «l’intensification du proche, de l’ordinaire et du sensible». (2018) Les formes accomplies de l’occupation sont, matériellement et symboliquement, désassignées d’une signification présupposée par l’ordre social et par la société marchande ou salariale. Elles impliquent que les acteurs·rices se soustraient aux rôles et aux fonctions prescrits par la société pour agir de manière critique et soutenue. Les activités ayant lieu à Notre-Dame-des-Landes, qui consistent à répertorier la faune et la flore, montrent-elles un nouvel ensauvagement ou une réduction des populations due à l&#039;augmentation de la concentration humaine aux abords de la zone à défendre? Jusqu&#039;où peut-on défendre une zone humide avant qu&#039;elle n&#039;ait à riposter contre les humains qui la gardent? Est-ce que l&#039;augmentation des populations dans la région favoriserait les contaminations par zoonose? Est-ce que l’augmentation du nombre d’animaux sauvages augmenterait le nombre d&#039;incidents et de contaminations des humains? On ne peut pas s&#039;improviser écologistes ou naturalistes, et les personnes engagées dans une pratique anarchiste de care, ici envers des espèces et un milieu, font bien de demander de l&#039;aide d’expert·e·s environnementaux·ales. Cela dit, il demeure un risque, sur le plan de la gestion générale de l&#039;environnement, qu’on se retrouve à mettre autant d&#039;efforts sur une seule zone à défendre, par métonymie, plutôt que sur l&#039;ensemble du territoire avec ses milieux spécifiques et la fragmentation de leur continuité écologique. La possibilité de produire un effet inverse et de causer des problèmes ailleurs est grande en dissociant les compétences des lieux de leurs formes-de-vie habituelles. C’est ce qui peut arriver lorsqu’on concentre par exemple ces compétences sur la forme-occupation qui établit un rapport au territoire comme un lieu qui s’expérimente par essais et erreurs, alors que la situation climatique et l’extinction d&#039;espèces invitent plutôt à se baser sur les savoirs et les expériences déjà historiquement acquis pour réduire ces risques. À propos de la forme de l&#039;occupation, Bulle propose de retenir qu&#039;il s&#039;agit de la forme de vie de l’excès. En effet, à notre époque, l&#039;excès est caractéristique de l’augmentation de la classe moyenne qui relie le capitalisme à une augmentation de la consommation alimentaire carniste. Dans ce cas, comment pourrait-on ériger en habitudes les efforts nécessaires pour ne pas se participer à cette augmentation? Il faut proposer d’apprendre à déchiffrer les signes, à découper les plages temporelles, à progresser dans nos tâches; il faut prendre la mesure de la forme de vie insurrectionnelle.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Est-ce cet apprentissage est une fiction théorique commode pour celles et ceux qui parlent de ces formes de vie? Est-il un rituel de passage pour des militant·e·s dans leurs parcours permettant leur cooptation dans des structures affinitaires et un passage vers des rôles comme celui de «super-militant·e», terme que nous propose la critique de l&#039;emploi du temps de parole dans les milieux militants étudiants uqamiens? Est-ce que la présence à Notre-Dame-des-Landes ou la participation à une forme-occupation sont nécessaires pour établir la crédibilité ou augmenter la popularité de l&#039;interlocutrice ou de l&#039;interlocuteur? Autrement dit, s’agit-il d’une simple question de «recitation» par la communauté de recherche et par les groupes affinitaires, basée sur des formes de pratique de reconnaissance entre chercheuses et chercheurs qui y étaient, qui vivaient l&#039;histoire en marche? Quelles sont ces façons de faire du commun, de soulever nos puissances de vie, et qui privilégient-elles? Les personnes faisant face à des oppressions intersectionnelles y bénéficient-elles d&#039;avantages dont la société civile les prive? Quel rôle ces formes-occupations remplissent-elles dans la fabrication de nos vies et de nos récits de vie? On pourrait inclure dans ces formes une approche guattarienne et porter notre attention sur les niveaux micro, mezzo et macro de ces politiques. On se doit d’être critiques de ces exploitations animales qui ne distinguent pas l&#039;agriculture de l&#039;élevage, et de préférer retrouver des zones autonomes temporaire véganes chez des groupes affinitaires plus proches de Hakim Bey. Ou encore, donner suite à l’éthique de la transparence développée brièvement par Fontanille dans ses &lt;em&gt;Formes de vie&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans leur utilisation de l&#039;arbre comme l&#039;animal, en tant que milieu de vie dans la forme occupation en zone à défendre où il rejoint les matériaux récupérés de l&#039;habitat où il se tient enraciné, les zadistes pratiquant l’architecture indisciplinée font preuve d’antispécisme. Il serait possible de développer des pratiques analogues, depuis la cité et ses banlieues, et d&#039;amener l&#039;agriculture comme forme de vie dans les jardins urbains.&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&amp;nbsp;&lt;/h3&gt;&lt;h3&gt;Dans le passage d&#039;une Zone À Défendre aux ZAT&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;Il est intéressant que la zone occupée, en tant que nouveau lieu mémoriel préféré à la municipalité et ses communes limitrophes, ne soit pas un ancien lieu de guerre interétatique et qu’elle dynamise plutôt la région.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Ici les migrant.e.s, les agricult.rices.eurs, les féministes, n’agissent pas au nom de l’archaïsme des sociétés agraires mais au nom de forces émancipatrices. Ils et elles tracent un autre plan d’organisation, immanent et horizontal, qui contrecarre les différentes matrices étatiques. En ZAD, le va-et-vient permanent entre l’intérieur et «les communes amies» installe une configuration indemne de tout essoufflement, de toute asphyxie ou détournement de l’occupation, de toute sclérose, comme en témoignent les incessantes allées et venues de personnes, acteurs, occupants et paysans, en particulier à NDDL. (Bulle, 2018)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La contestation favorise ainsi davantage la région que le projet d&#039;aéroport ne l’aurait fait. Il y a une non-représentation, par l&#039;homme de paille étatique et ses pouvoirs, par la démocratie élue et son monopole de la violence, des devenir-animaux, antispécistes, des devenir-territoires écologiques, éco-féministes et masculins mutagènes. Avec son texte sur la forme-occupation, qui se conclut par un retour aux Zones d&#039;Autonomies Temporaires présentées par Hakim Bey en 1991, Sylvaine Bulle, professeure de sociologie des conflits et de la violence politique, qui préconise une approche pragmatique, au sens philosophique, nous amène du festival Burning Man aux occupations, en passant par les utopies pirates et les pages web dans lesquelles Bey encourage une désaliénation vécue au présent comme véritable tactique sociopolitique de résistance au contrôle étatique. Mais une question demeure dans tout ce que nous venons de dire: pourquoi la lutte pour la préservation d&#039;un milieu humide doit-elle devenir prétexte à une forme-occupation? Quelle sémiose présente-t-elle?&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&amp;nbsp;&lt;/h3&gt;&lt;h3&gt;Quelle insurrection pour l&#039;insurrection?&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;Que peut-on et que doit-on comprendre de la posture universitaire de Sylvaine Bulle, membre facultaire du département de sciences humaines et de sciences sociales de l&#039;Université de Paris Diderot, professeure de sociologie, dont le profil sur le site web Academia.edu indique 166 abonné·e·s, 36 abonnements, 3 730 vues, 36 articles, 1 article publié en tant que coautrice, 4 comptes rendus, 2 pré-papiers, 4 livres, 1 conférence? Ne joue-t-elle pas le jeu déjà joué de l’université, sans possibilité d’ouverture à des nouveaux possibles, pour reprendre à notre manière la formule de Fontanille dans son ouvrage &lt;em&gt;Formes de vie&lt;/em&gt;? Plus près de nous au Québec, on interroge les ancrages disciplinaires et leurs indisciplines et on ne vise pas non plus la pureté militante. Valérie Giroux, chercheuse en éthique animale associée à l&#039;Université de Montréal et coautrice du Que sais-je sur &lt;em&gt;L’Antispécisme&lt;/em&gt;, critique l&#039;attractivité de cette dernière et valorise plutôt le rôle de l&#039;effet de masse par la multiplication des véganismes et antispécismes imparfaits. L&#039;insurrection est ainsi indisciplinée, loin d&#039;une ligne politique claire : elle est ramenée à ses effets de végétalisation progressive de la société. Bulle, en dégageant des formes de vie autonomes et des formes de vie insurrectionnelles, nous ramène à Sartre et à l&#039;alliance des fins et moyens dans la multiplicité. Elle met en lumière une variété des sujets collectifs. Sur le territoire kanien’keha:ka de Tio’tia:ke et anishinaabe Mooniyang - Montréal, la CLAC (la Convergence des luttes anticapitalistes), propose une lecture de la diversité des tactiques politiques et valorise la forme-occupation comme forme-tactique, elle-même située à une intersection de forces.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;À partir de la sociologie de la forme-occupation, on se retrouve ainsi avec des formes de vie connectées, qui prennent conscience de manière indisciplinée les unes des autres et s&#039;influencent mutuellement. Avec l&#039;APEU (Animal Politic European Union) qui rassemble les partis animalistes, en Europe; avec le Parti vert ou avec Québec solidaire et ses comités écologiste et décolonial, qui sont les énarques des ministères, qui représente ce fonctionnariat exerçant son pouvoir dans l&#039;ombre de la représentation politique? Et comment l&#039;articule-t-on avec ces initiatives de démocraties? Qui sont, sinon, ces autres chercheuses et chercheurs qui soutiennent ces formes de vie et leurs politiques de résistance, bien que les listes d&#039;appuis pour la défense du milieu à Notre-Dame-des-Landes n&#039;aient pas suffi à arrêter l&#039;État... Quelque temps après le démantèlement du campement de la rue Notre-Dame, à Montréal, et la mort évitable d&#039;un de ses campeurs, on garde une certaine posture critique à l&#039;égard de l&#039;administration Plante malgré ses promesses de gestion plus à gauche.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Lors des mobilisations de 2015, la lutte contre l&#039;extraction des hydrocarbures en territoires autochtones, qui ignoraient l&#039;exploitation animale dans les élevages qui est responsable de l&#039;émission de gaz à effet de serre, aurait gagné à intégrer des revendications antispécistes dans son programme. Étant donné que l&#039;alimentation végane, une alimentation végétale, nous permet de favoriser la captation des gaz carboniques et de réduire leur émission, ce seul engagement aidait à cheminer vers les cibles de réduction des gaz à effet de serre. Et il n’exige pas de pratiques difficiles, qui demandent un grand engagement ou des changements draconiens dans nos modes de vie. Il nous permet de trouver de formes d’émancipation et d’atteindre plus de bonheur. Pourtant, les milieux soi-disant militants demeurent à la traîne en ce qui concerne la continuité des luttes écologistes, antispécistes et véganes, et manquent des occasions historiques d&#039;alliances intersectionnelles.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Alors que les enjeux de représentation demeurent politiques, il est important que les éléments présentés permettent une activité de réflexion et d&#039;enseignement faisant preuve d&#039;ouverture à l&#039;égard de ces perspectives et discours, de manière à renverser progressivement les oppressions de toutes natures vécues par les étudiant·e·s, les jeunes chercheuses et chercheurs, les professeur·e·s et les chargé·e·s de cours que nous côtoyons.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;right&quot;&gt;Achevé d&#039;écrire à Saint-Calixte&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;right&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;right&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;h2&gt;Bibliographie&lt;/h2&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/formes-de-vie-milieux-de-vie&quot; id=&quot;node-72083&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Bulle, Sylvaine. 2018.&amp;nbsp;«&amp;nbsp;Formes de vie, milieux de vie&amp;nbsp;».&amp;nbsp;&lt;em&gt;Multitudes&lt;/em&gt;. &amp;lt;&lt;a href=&quot;https://www.multitudes.net/formes-de-vie-milieux-de-vie/&amp;gt;&quot;&gt;https://www.multitudes.net/formes-de-vie-milieux-de-vie/&amp;gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/critical-race-theory&quot; id=&quot;node-72084&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Crenshaw, Kimberley. 1995.&amp;nbsp;&lt;em&gt;Critical Race Theory&lt;/em&gt;. New York : The New Press, 497 p.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/noir-canada-pillage-corruption-et-criminalite-en-afrique&quot; id=&quot;node-72085&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Deneault, Alain,&amp;nbsp;Delphine&amp;nbsp;Labadie&amp;nbsp;et&amp;nbsp;Wiliam&amp;nbsp;Sacher. 2008.&amp;nbsp;&lt;em&gt;Noir Canada. Pillage, corruption et criminalité en Afrique&lt;/em&gt;. Montréal : Écosociété, 352 p.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/formes-de-vie&quot; id=&quot;node-72086&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Fontanille, Jacques. 2015.&amp;nbsp;&lt;em&gt;Formes de vie&lt;/em&gt;. Liège : Presses universitaires de Liège, 274 p.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/securite-territoire-population-cours-au-college-de-france-1977-1978&quot; id=&quot;node-51166&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Foucault, Michel. 1978.&amp;nbsp;&lt;em&gt;Sécurité, territoire, population&lt;/em&gt;. Cours au Collège de France 1977-1978. Paris : Gallimard/Seuil.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/violence-peace-and-peace-research&quot; id=&quot;node-72087&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Galtung, Johan. 1969.&amp;nbsp;«&amp;nbsp;Violence, peace and peace research&amp;nbsp;».&amp;nbsp;&lt;em&gt;Violence, peace and peace research&lt;/em&gt;, vol. 6, p. 167-191.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/lignes-de-fuite-pour-un-autre-monde-de-possibles&quot; id=&quot;node-72088&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Guattari, Félix. 2011.&amp;nbsp;&lt;em&gt;Lignes de fuite. Pour un autre monde de possibles&lt;/em&gt;. La Tour d&#039;Aigues : Éditions de l&#039;Aube, 132-189 p.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/reclaim&quot; id=&quot;node-72089&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Hache, Émilie. 2016.&amp;nbsp;&lt;em&gt;Reclaim!&lt;/em&gt;. Paris : Cambourakis, 416 p.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/british-ambassador-wears-defiant-rainbow-face-mask-in-poland-where-a-third-of-the-country-has&quot; id=&quot;node-72090&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Milton, John. 2020.&amp;nbsp;«&amp;nbsp;British ambassador wears defiant rainbow face mask in Poland, where a third of the country has been declared &quot;LGBT-free&quot;&amp;nbsp;».&amp;nbsp;&lt;em&gt;MyPinkNews&lt;/em&gt;. &amp;lt;&lt;a href=&quot;https://www.pinknews.co.uk/2020/05/17/poland-british-embassy-ambassador-jonathan-knott-international-day-against-homophobia-biphobia-intersexism-transphobia/&amp;gt;&quot;&gt;https://www.pinknews.co.uk/2020/05/17/poland-british-embassy-ambassador-...&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/the-st-petersburg-vegans-cooking-up-a-revolution&quot; id=&quot;node-72091&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Naguesh, Ashitha. 2019.&amp;nbsp;«&amp;nbsp;The St Petersburg vegans cooking up a revolution&amp;nbsp;».&amp;nbsp;&lt;em&gt;BBC News&lt;/em&gt;. &amp;lt;&lt;a href=&quot;https://www.bbc.co.uk/news/stories-49885553&amp;gt;&quot;&gt;https://www.bbc.co.uk/news/stories-49885553&amp;gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/lena-a-lecole-du-pouvoir&quot; id=&quot;node-72092&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Peck, Raoul. 2009.&amp;nbsp;«&amp;nbsp;L’ENA: À l’école du pouvoir&amp;nbsp;».&amp;nbsp;&lt;em&gt;L’ENA: À l’école du pouvoir&lt;/em&gt;. &amp;lt;&lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=Hp1mS-Tyi3c&amp;gt;&quot;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=Hp1mS-Tyi3c&amp;gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/collected-papers&quot; id=&quot;node-61015&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Peirce, Charles Senders. 1965.&amp;nbsp;&lt;em&gt;Collected Papers&lt;/em&gt;&amp;nbsp;. Massachusetts : Belknap Press of Harvard University Press, t. 1 et 2, 948 p.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/peirce-essential-works-vol-ii&quot; id=&quot;node-72093&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Project, Peirce Edition. 1998.&amp;nbsp;&lt;em&gt;Peirce: Essential Works, vol. II&amp;nbsp;&lt;/em&gt;. Bloomington : Indiana University Press, t. 2, 624 p.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/offensive-mechanisms&quot; id=&quot;node-72094&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Peirce, Charles Senders. 1970.&amp;nbsp;«&amp;nbsp;Offensive mechanisms&amp;nbsp;», dans&amp;nbsp;F. B&amp;nbsp;Barbour&amp;nbsp;(dir.),&amp;nbsp;&lt;em&gt;The Black seventies&lt;/em&gt;. Boston, MA : Porter Sargent, p. 265-282.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/indiscipline&quot; id=&quot;node-72095&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;Suchet, Myriam. 2016.&amp;nbsp;&lt;em&gt;Indiscipline!&lt;/em&gt;. Montréal : Nota Bene, 109 p.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;&lt;article about=&quot;/fr/biblio/presentation-de-lena-en-video&quot; id=&quot;node-72096&quot; typeof=&quot;sioc:Item foaf:Document&quot;&gt;&lt;p&gt;[s. a.]. 2021.&amp;nbsp;«&amp;nbsp;Présentation de l&#039;ENA en vidéo&amp;nbsp;».&amp;nbsp;&lt;em&gt;Présentation de l&#039;ENA en vidéo&lt;/em&gt;. &amp;lt;&lt;a href=&quot;https://www.ena.fr/Formation-initiale/Presentation-de-l-ENA-en-video&amp;gt;&quot;&gt;https://www.ena.fr/Formation-initiale/Presentation-de-l-ENA-en-video&amp;gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/article&gt;

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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&amp;lt;span class=&amp;quot;biblio-authors&amp;quot; &amp;gt;Filion, Vincen Oligny&amp;lt;/span&amp;gt;. 2021. « &amp;lt;span class=&amp;quot;biblio-title&amp;quot; &amp;gt;De quelques enjeux rencontrés pour la conception de personnages engagés et pour la représentation de personnes véganes anarchistes, pro-queers féministes, antispécistes écologistes, abolitionnistes de la domesticité animale et anticolonialistes [..]&amp;lt;/span&amp;gt; ». Dans &amp;lt;span  style=&amp;quot;font-style: italic;&amp;quot;&amp;gt;Enquêtes sémiotiques sur nos formes de vie&amp;lt;/span&amp;gt;. Cahier ReMix, n° 15 (11/2021). Montréal, Université du Québec à Montréal : Figura, le Centre de recherche sur le texte et l&amp;#039;imaginaire. En ligne sur le site de l’Observatoire de l’imaginaire contemporain. &amp;amp;lt;https://oic.uqam.ca/fr/remix/enjeux-rencontres-pour-la-conception-de-personnages-engages&amp;amp;gt;. &amp;lt;span class=&amp;quot;Z3988&amp;quot; title=&amp;quot;ctx_ver=Z39.88-2004&amp;amp;amp;rft_val_fmt=info%3Aofi%2Ffmt%3Akev%3Amtx%3Adc&amp;amp;amp;rft.title=De+quelques+enjeux+rencontr%C3%A9s+pour+la+conception+de+personnages+engag%C3%A9s+et+pour+la+repr%C3%A9sentation+de+personnes+v%C3%A9ganes+anarchistes%2C+pro-queers+f%C3%A9ministes%2C+antisp%C3%A9cistes+%C3%A9cologistes%2C+abolitionnistes+de+la+domesticit%C3%A9+animale+et+anticolonialistes+%5B...%5D&amp;amp;amp;rft.date=2021&amp;amp;amp;rft.aulast=Filion&amp;amp;amp;rft.aufirst=Vincen&amp;amp;amp;rft.pub=Figura%2C+le+Centre+de+recherche+sur+le+texte+et+l%26%23039%3Bimaginaire&amp;amp;amp;rft.place=Montr%C3%A9al%2C+Universit%C3%A9+du+Qu%C3%A9bec+%C3%A0+Montr%C3%A9al&amp;quot;&amp;gt;&amp;lt;/span&amp;gt;&lt;/div&gt;
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 <pubDate>Thu, 14 Oct 2021 17:46:02 +0000</pubDate>
 <dc:creator>Sarah Grenier</dc:creator>
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