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 <title>Observatoire de l&#039;imaginaire contemporain - boys&#039; club</title>
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 <title>Les stratégies féministes de représentation des femmes dans l’action politique au Québec</title>
 <link>https://oic.uqam.ca/fr/articles/les-strategies-feministes-de-representation-des-femmes-dans-laction-politique-au-quebec</link>
 <description>&lt;div class=&quot;field field-name-body field-type-text-with-summary field-label-hidden&quot;&gt;
    &lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item even&quot; property=&quot;content:encoded&quot;&gt;&lt;p&gt;Ce texte s’intéresse aux représentations des femmes et de la politique qui sont produites par les interventions du mouvement des femmes au Québec. Quelles sont les stratégies et interventions qui ont été mises de l’avant par le mouvement des femmes au Québec en réponse au constat de ce qui est parfois désigné comme «la sous-représentation politique des femmes»? Sur quelles analyses reposent-elles? Notre analyse vise à faire ressortir les images qui ont été ou sont véhiculées à travers les interventions du mouvement des femmes destinées à faire la promotion de la présence des femmes dans la politique active, lesquelles suggèrent trop souvent des associations négatives entre les femmes et la politique, reflétant certains clichés de la science politique américaine du vingtième siècle.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Réfléchir aux représentations des femmes dans la politique impose à priori de souligner la complexité de l’idée de représentation politique, qui se comprend de différentes façons. On peut penser à la représentation substantive et à la représentation descriptive, que nous reprenons de la dichotomie proposée par Pitkin (1972). La représentation descriptive fait référence à l’idée que les élus et élues représentent les personnes qui ont les mêmes caractéristiques qu’eux et elles, et ce, passivement. Selon cette idée, les femmes représentent les intérêts des femmes parce qu’elles sont des femmes. La représentation substantive s’incarne dans les activités réalisées par les élus et élues au nom et dans l’intérêt de certains groupes. Ici, les femmes politiques peuvent représenter les intérêts des femmes en mettant de l’avant des politiques et des mesures dans leur intérêt, mais ceci n’est pas inconditionnel; c’est un choix et non le résultat d’une appartenance commune à la catégorie femme. Si les nombreuses études existantes ne permettent pas de conclure que la féminisation des élites politiques change la politique ni que les femmes remplissent effectivement leur fonction de représentation substantive lorsqu’elles sont élues, plusieurs se réfèrent aux arguments d’égalité et de justice pour revendiquer l’élection d’un plus grand nombre de femmes (Lovenduski, 2005).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans le cadre de ce texte, nous ferons l’analyse des représentations-images des femmes et de la politique produites par les interventions du mouvement des femmes pour conclure sur la pertinence de revendiquer des quotas pour l’élection d’un plus grand nombre de femmes. Pendant longtemps, les pratiques féministes ont ignoré les lieux traditionnels d’exercice de la démocratie que sont les parlements et assemblées, pour s’en tenir à un discours critique à l’endroit des institutions de la démocratie représentative. Les choses ont commencé à changer au cours des deux dernières décennies. Des féministes de toutes tendances qui ont dans le passé questionné les institutions de la démocratie libérale ont choisi de travailler à améliorer les indicateurs numériques de la présence des femmes au sein des institutions parlementaires, dans un but de changement social. Dans de nombreux pays, des mouvements féministes ont adopté la stratégie du changement par un accroissement de la présence des femmes dans les lieux de pouvoir et revendiquent des sièges réservés ou des quotas (Krook, 2009). La question de l’élection d’un plus grand nombre de femmes se pose donc un peu partout. Comment arriver à la parité de représentation? Au Québec, même si les interventions féministes autour de la présence des femmes en politique se sont multipliées au cours des dernières années, ce sont très largement des interventions d’un même type, soit des activités de formation, qui ont jusqu’ici dominé alors que les actions visant à changer les structures politiques ont été moins visibles. Ce n’est que depuis 2011 que se dessine une mobilisation en faveur de mesures de type quotas pour les femmes. En 2011, lors d’une consultation sur invitation faite auprès de partenaires identifiés par le gouvernement du Québec, le plan d’action gouvernemental pour l’égalité entre les femmes et les hommes produit par le Secrétariat à la condition féminine a posé la question des mesures à adopter pour accroître le nombre de femmes en politique en ces termes: «Comment accélérer la progression des femmes dans les postes de décision et de pouvoir politique ou économique? […]&amp;nbsp;La persistance des stéréotypes sexistes (ex: les femmes n’aiment pas le pouvoir, elles sont peu à l’aise avec la confrontation, etc.) ainsi que la difficulté de concilier travail, famille et engagements sont parmi les obstacles qu’il faut lever» (Ministère de la Culture, des Communications et de la Condition féminine, 2011: 11). La consultation menée autour de ce document a permis à plusieurs groupes d’exprimer pour la première fois leur appui à des mesures systémiques de correction pour pallier aux faibles pourcentages de femmes élues en politique au Québec plutôt qu’à l’analyse proposée par le Secrétariat à la condition féminine.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Alors qu’un mouvement transnational pour la représentation paritaire des femmes en politique a émergé depuis 1990, dans le sillon de la France, où des féministes se sont mobilisées autour de l’adoption d’un changement constitutionnel intégrant la parité entre les hommes et les femmes dans les candidatures aux élections, le mouvement des femmes québécois a travaillé à la féminisation des arènes politiques principalement à travers des actions de formation, et plusieurs groupes ont exprimé des réticences à revendiquer des mesures visant le changement des institutions politiques comme les partis politiques ou le système électoral. Un seul groupe de femmes, le collectif québécois Féminisme et démocratie, a fait de la revendication de changements dans les institutions de la démocratie représentative son principal cheval de bataille. Ce qui a dominé jusqu’à maintenant dans les interventions du mouvement des femmes a été une approche présumant que les faibles pourcentages de femmes élues devraient être combattus par des activités de formation visant les femmes et non les structures.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelles stratégies pour l’élection de femmes sur le territoire québécois?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans le champ «femmes et politique» au Québec, le travail sur le terrain est largement influencé par l’existence du programme &lt;em&gt;À égalité pour décider&lt;/em&gt;, un programme qui vise à vendre l’idée de la politique active aux femmes et qui est administré par le Secrétariat à la condition féminine du gouvernement du Québec. Depuis sa création en 1999, plus de 390 projets ont été financés à l’aide d’une enveloppe d’un million de dollars par année. Ce programme gouvernemental favorise l’augmentation dans toutes les régions du Québec du nombre de femmes dans les postes de décision des instances locales et régionales et, par voie de conséquence, la réduction des obstacles qui empêchent les femmes de participer pleinement à l’exercice du pouvoir (Secrétariat à la condition féminine).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le Québec a donc bénéficié du travail de terrain fait par des groupes de femmes spécialisés, dont le mandat est essentiellement dédié à la promotion de la présence des femmes en politique. Ces groupes ont pour la plupart obtenu le soutien du programme &lt;em&gt;À égalité pour décider&lt;/em&gt;. Leur présence est une situation assez unique, dans un contexte où le déficit des femmes dans les structures politiques est un enjeu qui demeure secondaire et qui reçoit peu d’échos du côté des partis politiques, gouvernements et médias québécois, lesquels portent un intérêt très circonstanciel et épisodique aux pourcentages de femmes candidates et élues lors des élections.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La prédominance d’activités de formation destinées à mieux outiller les femmes pour faire de la politique caractérise donc le travail du mouvement féministe québécois. Qu’il s’agisse de vidéos, de formations destinées à des femmes qui songent à se présenter en politique, de guides aux contenus variés, de sites Internet, de feuillets d’information, les moyens sont divers, mais ils participent d’une même stratégie : offrir des outils destinés à combler les lacunes individuelles des femmes, lacunes qui seraient l’une des raisons de leur faible présence dans les structures de la démocratie représentative. Si ces activités sont nombreuses, on ne peut avoir qu’une vague idée de leurs retombées et de leur influence sur les pourcentages de femmes élues au Québec, qui fluctuent parfois vers le haut et parfois vers le bas. Les groupes travaillent peu en réseau et il n’y a pas de mise en commun systématique des projets réalisés ni des outils produits, lesquels sont souvent diffusés sur une base restreinte (Maillé, 2006), même si un catalogue virtuel des activités et publications en lien avec la présence des femmes dans les instances décisionnelles au Québec a été réalisé par le Réseau des tables régionales en condition féminine.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En étudiant les actions réalisées au Québec pour promouvoir l’élection de femmes, on peut identifier assez clairement le leadership exercé par trois groupes de femmes. Le plus visible d’entre eux est le Groupe Femmes, politique et démocratie (GFPD), lequel est un point de repère pour nombre de petits groupes de femmes qui, dans le sillon du programme &lt;em&gt;À égalité pour décider&lt;/em&gt;, se sont intéressés à la question «femmes et politique» sans qu’il s’agisse de leur principal champ d’activité. Le Groupe Femmes, politique et démocratie joue son rôle de leader à travers ses nombreux projets, notamment par la diffusion d’informations et la distribution des nombreux outils pédagogiques qu’il produit. Sur leur site Internet on retrouve une série de vidéos visant à vendre l’idée de la politique aux femmes. Un second groupe, le Collectif Féminisme et démocratie (CFD), a existé pendant une période de cinq ans au début des années 2000. Le groupe s’est donné le mandat de susciter la participation citoyenne et politique des femmes. À cette fin, il a proposé l’adoption de mesures positives pour atteindre l’égalité dans la représentation au sein des instances politiques et a défendu une analyse de la sous-représentation des femmes en politique qui interpelle le mode de scrutin davantage que les compétences des femmes. Le CFD a démontré sa capacité de mobilisation autour d’une cause commune avec l’Opération 100 voix pour la démocratie, à l’automne 2005. Il a également offert des activités de formation sur les modes de scrutin afin de favoriser une réforme du mode de scrutin et l’adoption de mesures qui permettraient l’élection d’un plus grand nombre de femmes. Un troisième groupe, les PÉPINES, a été fondé en 1992. Il dispose d’un grand capital d’influence parce qu’il est l’un des plus anciens groupes de femmes à intervenir dans le champ «femmes et politique». Son ancrage régional jumelé à son rayonnement sur l’ensemble du Québec lui confère une position d’autorité. Même si le groupe fonctionne surtout dans la région des Cantons-de-l’Est, il jouit d’une grande notoriété dans toute la province.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le Groupe Femmes, politique et démocratie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le Groupe Femmes, politique et démocratie constitue un phare du réseau «femmes et politique» au Québec. Créé avant le projet &lt;em&gt;À égalité pour décider&lt;/em&gt; et autour d’un petit noyau de militantes préoccupées par la représentation des intérêts des femmes au sein des structures politiques, il poursuit une mission principale, celle de promouvoir leur représentation en politique. À cet effet, il travaille à sensibiliser les femmes à la nécessité d’accroître leur présence aux postes politiques, à les informer, à les former à l’exercice démocratique et à construire un réseau. Il doit sa notoriété à son dynamisme, aux nombreuses activités qu’il a organisées dès sa mise sur pied mais aussi à l’impressionnant répertoire d’outils qu’il a produits : site Internet, vidéos, pièce de théâtre, feuillets périodiques, école d’été, colloques, fondation. Ces outils sont largement diffusés à l’extérieur du groupe.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les valeurs qui sous-tendent le travail de ce groupe sont complexes. D’une part, le groupe offre des activités qui visent l’acquisition de connaissances, comme l’École d’été Femmes et Démocratie municipale, une formation offerte depuis 2004 et nichée dans le giron de l’École nationale d’administration publique via le Centre de développement Femmes et gouvernance. D’autre part, il a innové en mettant sur pied une fondation non-partisane et mixte. Enfin, par son programme de mentorat en politique, dans le cadre duquel une cinquantaine de personnes, femmes et hommes, sont jumelées avec des femmes intéressées par l’engagement politique, le GFPD a permis de mettre en relation des élues et des militantes, des citoyennes, des femmes qui avaient des réticences les unes envers les autres avant de se rencontrer, des membres du mouvement des femmes qui avaient beaucoup de préjugés envers les femmes en politique (Maillé, 2006). L’objectif du programme de mentorat est de soutenir l’engagement démocratique des femmes en leur permettant de bénéficier de l’accompagnement d’une personnalité politique tout en favorisant le développement d’un savoir-être en politique. Un autre impact du groupe a été l’élargissement du réseau associé au thème «femmes et politique», à des femmes d’affaires, par exemple. Avant 2011, le groupe n’a jamais revendiqué l’adoption de mesures qui viseraient les partis politiques ou qui établiraient des quotas, hormis dans un mémoire présenté sur la réforme du mode de scrutin qui reconnaissait l’intérêt d’un mode de scrutin proportionnel pour faire élire davantage de femmes. En février 2011, dans le cadre de la consultation menée sur l’égalité, le groupe a revendiqué l’adoption de quotas obligeant les partis politiques à présenter autant de femmes que d’hommes comme mesure temporaire.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Mais que ce soit à travers son école d’été ou par le biais des documents vidéo produits et qui peuvent être visionnés à partir de son site Internet, ce qui constitue la signature du travail de ce groupe peut être résumé à l’idée que les femmes ont besoin d’appui, de support et de connaissances pour affronter l’univers de la politique, y faire leur place et se faire élire en plus grand nombre. Le groupe se définit d’ailleurs à partir d’une mission d’éducation à l’action citoyenne et démocratique de la population en général, et plus particulièrement des femmes, afin de promouvoir une plus grande participation à la vie politique (Groupe Femmes, politique et démocratie). Les vidéoclips disponibles sur le site du groupe proposent une réflexion qui, portant sur les obstacles qui se trouvent sur le chemin des femmes et de la politique, identifie les images de genre comme responsables de la faible présence des femmes en politique. Ces obstacles prennent leur source dans les images de genre qui déterminent les rôles sociaux et les aptitudes et contribuent, du coup à garder étanche l’exercice du pouvoir politique, alors que les règles du pouvoir sont masculines et nécessitent des comportements qui ne sont pas familiers aux femmes. Ainsi, les femmes ont une approche différente des hommes : elles ne se sentent pas autorisées à prendre la place qui leur revient, elles ne sont pas stratèges et doivent apprendre à l’être et à savoir lire les règles du jeu du pouvoir (vidéo École Femmes et Démocratie).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Féminisme et démocratie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Actif entre les années 2002 et 2007, le Collectif Féminisme et Démocratie est intervenu dans la sphère publique québécoise pour promouvoir un investissement féministe du pouvoir politique ainsi que des réformes qui permettraient l’expression d’une autre vision du pouvoir. Plutôt que d’avoir fait la promotion d’une intervention individualisée auprès de candidates potentielles, il a développé une analyse qui cible les problèmes systémiques découlant du mode de scrutin. Selon l’analyse de Féminisme et démocratie, le mode de scrutin proportionnel facilite la mise en place d’un cadre égalitaire et l’adoption de mesures positives pour les politiciennes en raison des listes de candidatures, alors que le mode de scrutin actuel rend difficile l’introduction de mesures destinées à faire augmenter le nombre de femmes candidates. La discrimination à l’égard des femmes en politique est systémique, ce qui suppose que les solutions doivent l’être également (Paquet, 2006). Par ailleurs, le groupe a développé des formations visant à outiller les femmes individuellement et collectivement tout en mettant de l’avant des stratégies d’action et d’influence. Les formations offertes se démarquaient parce qu’elles visaient à expliquer les différents modes de scrutin et leurs effets. Dans un mémoire présenté en décembre 2005 à la commission sur l’avant-projet de loi remplaçant la Loi électorale au Québec, le CFD a demandé l’introduction de listes de candidates et de candidats qui permettraient leur alternance, ainsi qu’une répartition des sièges proportionnelle au pourcentage obtenu par chaque parti. Dans la foulée de l’Opération 100 voix de femmes pour la démocratie, plus d’une centaine de femmes et de groupes de femmes ont également déposé des mémoires demandant un scrutin proportionnel et l’adoption de mesures visant à faciliter l’élection de femmes. Selon le Collectif Féminisme et Démocratie, l’élection d’un plus grand nombre de femmes à l’Assemblée nationale est nécessaire afin de permettre l’expression de la diversité des points de vue de femmes, féministes et non-féministes, dans les lieux de pouvoir, mais aussi afin d’utiliser le potentiel politique des femmes; or, il faut des modèles diversifiés de personnes élues en politique pour engendrer une relève politique qui soit elle-même diversifiée. On invoquait que les femmes peuvent défendre des intérêts différents et influer sur le contenu des prises de décision; on invoquait également la nécessité d’un rattrapage, vu comme une condition essentielle pour corriger les effets de la discrimination passée (Collectif Féminisme et Démocratie, 2004: 3).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Qui sont les femmes qui ont été au centre des interventions du groupe? Le CFD s’est intéressé à la question de la représentation de la diversité québécoise à l’Assemblée nationale en ces termes:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Un mode de scrutin démocratique doit permettre la représentation de la diversité ethnoculturelle de la société. Depuis les trente dernières années, le visage du Québec s’est beaucoup diversifié, notamment en raison de l’immigration. Il importe que cette diversité se reflète à l’Assemblée nationale. Le mode de scrutin actuel ne permet aucunement de garantir une telle représentation. […] Les membres des minorités, particulièrement des minorités visibles, ne participent pas adéquatement au processus politique parce qu’ils ne disposent d’aucune prise réelle sur la chose électorale. Pourquoi ne pas faire de cette réforme un outil d’inclusion incitant à une meilleure participation citoyenne? (Collectif Féminisme et Démocratie, 2005: 12).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le groupe a proposé d’adopter un ensemble de stratégies destinées à intégrer, dans la représentation politique et notamment à l’Assemblée nationale, celle de la diversité ethnoculturelle, par exemple obliger les partis politiques à se doter d’un plan d’action prévoyant l’adoption de mesures concrètes visant la représentation équitable de la diversité ethnoculturelle à l’Assemblée nationale.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les PÉPINES&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Fondée en 1992, la Promotion des Estriennes pour initier une nouvelle équité sociale, les PÉPINES, travaille depuis vingt ans maintenant à mettre en place des moyens pour permettre l’accès des femmes aux sphères de décision et à promouvoir l’engagement et la participation des femmes au développement de leur région. Le groupe poursuit l’objectif central d’en arriver, à travers l’atteinte d’une nouvelle équité sociale, à ce que les femmes soient partie prenante du pouvoir dans le développement régional. Le groupe a obtenu du financement du programme &lt;em&gt;À égalité pour décider&lt;/em&gt; à plusieurs reprises. Certaines des réalisations des PÉPINES ont été initiées en dehors de ce programme, comme le travail de pression accompli au niveau des organismes régionaux de développement pour obtenir des sièges femmes et une politique de parité dans leurs comités. De telles actions témoignent des différents registres dans lesquels le groupe s’inscrit: demandes visant à modifier les structures, interventions de formation des femmes à la politique, représentation autour du dossier «femmes et politique».&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dès 1993, le groupe a organisé un important colloque sur la place des femmes dans le développement régional: &lt;em&gt;Tête à tête en Estrie : des hommes et des femmes se parlent de leur région&lt;/em&gt;. Au compte de ses innovations, il faut mentionner la banque de candidatures féminines, un répertoire de femmes disponibles et compétentes pour s’engager dans les lieux décisionnels qui a été conçu comme une réponse stratégique aux décideurs, qui souvent disaient ne pas connaître de femmes intéressées à s’impliquer. En 1999, le groupe a réalisé le document vidéo &lt;em&gt;Une, deux, trois, PÉPINES&lt;/em&gt;, présentant trois militantes de la région de Sherbrooke qui ont décidé de s’impliquer dans les structures locales. La production du document &lt;em&gt;Cartographie du pouvoir en Estrie&lt;/em&gt;, accompagné du &lt;em&gt;P’tit guide des chemins du pouvoir&lt;/em&gt;, a suivi (2001). Les PÉPINES définissent leur action à partir d’une vision du champ politique selon laquelle les femmes sont aux prises avec des obstacles comme l’isolement et la marginalisation dans les lieux décisionnels, ou leur exclusion des réseaux masculins existants. Les femmes sont un obstacle pour elles-mêmes : elles surestiment l’expertise des hommes et sous-estiment leur propre expertise. Enfin, on fait le constat que les femmes n’ont pas fait «leurs classes»; elles s’introduisent donc en territoire inconnu, lorsqu’elles vont vers la politique sans connaître les règles du jeu. On croit également à l’effet de masse critique, en vertu duquel un nombre substantiel de femmes présentes dans les lieux décisionnels permettrait la prise en compte de leurs réalités et de leurs intérêts. Les banques de candidates ne peuvent à elles seules régler ce problème de sous-représentation si ni celles-ci ni les partis ne s’en servent. Par ailleurs, le groupe estime qu’il faut privilégier des candidates qui ont un préjugé favorable à l’égard des femmes, en d’autres termes «des femmes qui ont passé leur féminisme 101». La pleine participation des femmes aux lieux décisionnels dépend largement des conditions de vie et de travail des femmes en général (Maillé, 2006). Le &lt;em&gt;P’tit guide des chemins du pouvoir&lt;/em&gt;, publié en 2001, propose une liste d’arguments pour soutenir la revendication de meilleures places pour les femmes, invoquant la démocratie, mais aussi la complémentarité des points de vue des hommes et des femmes et la valeur de l’expertise de ces dernières. Depuis 2007, le groupe fait la promotion du &lt;em&gt;Manifeste pour la parité dans la gouvernance en Estrie&lt;/em&gt;, réclamant la mise en place de mesures visant la parité hommes-femmes dans les lieux de décision et une réforme de la loi électorale qui introduirait des mesures pour augmenter substantiellement la représentation des femmes à l’Assemblée nationale.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le groupe Les PÉPINES estime avoir eu un impact auprès des décideurs par sa stratégie de talonnement; ceux-ci n’ont eu d’autre choix que de réagir positivement en adoptant un discours plus ouvert aux femmes. Néanmoins, le groupe ne fait pas de lien entre les variations de pourcentages de femmes présentes aux différents niveaux décisionnels dans la région et son action depuis 1993, estimant que la parité est un travail à long terme. Certes, nous pouvons parler d’un mouvement de fond actif à l’échelle de la province auquel Les Pépines ont clairement contribué, lequel travaille à convaincre les femmes des enjeux liés à leur présence en politique (Maillé, 2006). Le groupe jouit d’une grande notoriété parce qu’il a été un précurseur dans les interventions autour de «femmes et politique». Il est en lien principalement avec les groupes et décideurs de l’Estrie. C’est un groupe qui a un ancrage régional, mais c’est aussi le premier à avoir été mis sur pied, au Québec, dans le but précis de faire la promotion d’une implication féministe dans toutes les sphères de la politique. Plusieurs groupes de femmes qui interviennent dans le champ «femmes et politique» au Québec mentionnent avoir des liens avec les PÉPINES ou utiliser leurs documents (Maillé, 2006). Les militantes des PÉPINES considèrent que beaucoup de groupes de femmes qui ont des projets dans l’axe «femmes et pouvoir» sont souvent des organismes de services qui sont pris dans une logique de subvention et qui sont débordés. Dans un tel contexte, il est très important de pouvoir compter sur des regroupements de femmes autonomes dont la mission première est l’axe « femmes et pouvoir » pour faire avancer le dossier «femmes et politique» (Maillé, 2006).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le groupe Les PÉPINES estime avoir eu un impact auprès des décideurs par sa stratégie de talonnement; ceux-ci n’ont eu d’autre choix que de réagir positivement en adoptant un discours plus ouvert aux femmes. Néanmoins, le groupe ne fait pas de lien entre les variations de pourcentages de femmes présentes aux différents niveaux décisionnels dans la région et son action depuis 1993, estimant que la parité est un travail à long terme. Certes, nous pouvons parler d’un mouvement de fond actif à l’échelle de la province auquel Les Pépines ont clairement contribué, lequel travaille à convaincre les femmes des enjeux liés à leur présence en politique (Maillé, 2006). Le groupe jouit d’une grande notoriété parce qu’il a été un précurseur dans les interventions autour de «femmes et politique». Il est en lien principalement avec les groupes et décideurs de l’Estrie. C’est un groupe qui a un ancrage régional, mais c’est aussi le premier à avoir été mis sur pied, au Québec, dans le but précis de faire la promotion d’une implication féministe dans toutes les sphères de la politique. Plusieurs groupes de femmes qui interviennent dans le champ «femmes et politique» au Québec mentionnent avoir des liens avec les PÉPINES ou utiliser leurs documents (Maillé, 2006). Les militantes des PÉPINES considèrent que beaucoup de groupes de femmes qui ont des projets dans l’axe «femmes et pouvoir» sont souvent des organismes de services qui sont pris dans une logique de subvention et qui sont débordés. Dans un tel contexte, il est très important de pouvoir compter sur des regroupements de femmes autonomes dont la mission première est l’axe «femmes et pouvoir» pour faire avancer le dossier «femmes et politique» (Maillé, 2006).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une représentation problématique des femmes et de la politique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Quel portrait tracer de ces interventions destinées à rapprocher davantage de femmes d’un engagement personnel en politique active? S’il faut parler de discours au pluriel, on retient que le programme &lt;em&gt;À égalité pour décider&lt;/em&gt; a insufflé une certaine vision aux interventions des féministes dans le champ des femmes et de la politique au Québec. En effet, le dénominateur commun d’un bon nombre d’entre elles a été la promotion de formations spécifiques destinées à contrer les effets de la socialisation des femmes, ce qui laisse supposer qu’elles ont plus que les hommes besoin d’éducation à la vie politique pour s’y tailler une place. Souvent, on cherche à simplifier l’idée de faire de la politique, en faisant, par exemple, des parallèles entre l’administration des intérêts de la collectivité et la gestion familiale&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref1_ioqx5n0&quot; title=&quot;Voir les vidéos Les femmes de Charlevoix, une pièce indispensable, produit par le centre Aux Plurielles, Une, Deux, Trois... Pépines, produit par les PÉPINES, ainsi que Moi Candidate?, du groupe Femmes, politique et démocratie.&quot; href=&quot;#footnote1_ioqx5n0&quot;&gt;1&lt;/a&gt;. Les actions revendiquant des corrections systémiques pour pallier au problème des faibles pourcentages de femmes élues ont surtout été le fait d’un groupe, Féminisme et Démocratie, bien que l’on observe un changement important à ce niveau depuis peu, avec l’appui donné en 2011 par Femmes, politique et démocratie et les PÉPINES à l’adoption de quotas obligeant les partis politiques à présenter autant de femmes que d’hommes comme mesure temporaire. Ce changement récent a possiblement à voir avec le mouvement international pour l’adoption de quotas destinés à accélérer le rythme de l’élection de femmes, perçu comme la nouvelle voie rapide vers le changement (Dahlerup, 2006: 3).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’approche mise de l’avant dans certaines interventions, les activités de formation par exemple, implique que les causes des faibles pourcentages de femmes élues en politique se résument aux lacunes individuelles des femmes, qu’il sera possible de combler à l’aide de programmes, formations et documents qui les ciblent. Cette approche est un effet pervers du programme gouvernemental qui est à son origine: il en a dicté les conditions et a, du coup, imposé une vision du problème qui évacue complètement les explications liées aux institutions politiques. Les interventions qui ont été développées en ce sens reposent sur une orientation unique, celle de la carence, qui n’a pas fait l’objet de débats et qui est acceptée implicitement, alors que d’autres comme la revendication de corrections systémiques à travers des quotas et des mesures législatives n’ont pas, jusqu’à très récemment, fait l’objet de revendications de la part des groupes qui ont initié des projets dans le cadre du programme &lt;em&gt;À égalité pour décider&lt;/em&gt;. Il est paradoxal de constater que certains postulats datés de la science politique, telle l’idée de l’incompétence des femmes pour faire de la politique (Lipset, 1960), ont été repris par les groupes présents dans le champ «femmes et politique» au Québec et ont servi de fondement à l’une de leurs plus importantes stratégies. Les nombreux contextes où des mesures de type quotas ont été introduites mettent pourtant en évidence qu’il ne manque pas de candidatures féminines lorsque les sièges sont disponibles. Même si les programmes de formation offerts par les groupes se remplissent année après année, on ne saurait conclure qu’ils sont la solution aux faibles pourcentages de femmes élues. Là où ces programmes existent, principalement en Amérique du Nord, les pourcentages de femmes élues ont peu progressé, contrairement à ce qui se produit dans les pays où des mesures de type quotas sont introduites. Pourquoi l’approche psycho-sociale a-t-elle pris cette importance dans les stratégies mises de l’avant par le mouvement des femmes au Québec? Est-ce parce que ces initiatives ont été développées à partir d’une urgence d’agir qu’elles se sont enlisées dans des pistes d’explication superficielles, donc incapables de traduire la complexité des facteurs qui reproduisent l’homogénéité des classes politiques? Il est possible que ces interventions aient été influencées par les programmes américains préexistants comme la &lt;em&gt;Women’s Campaign School &lt;/em&gt;de l’Université Yale, fondée en 1993. Un autre élément d’explication se retrouve du côté de la sociologie politique américaine sur les femmes et la politique, qui, pour expliquer les faibles pourcentages de femmes élues, a surtout travaillé à étayer l’hypothèse d’une socialisation différenciée (Studlar, 2008).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Au Québec, le fait que nombre de groupes de femmes aient été largement financés à travers des programmes gouvernementaux a possiblement entraîné leur dépolitisation, étant donné l’obligation de se conformer à certaines normes en termes d’action et de discours pour pouvoir recevoir du financement étatique. Ce type de dépendance à l’État a contribué à renforcer la nature «service» des groupes au détriment d’une réflexion plus proprement politique. Cette dynamique caractérise toujours la frange du mouvement des femmes qui, au Québec, travaille sur le thème de la présence des femmes dans les institutions de la démocratie représentative. Le travail qui se fait sur le terrain pour inciter les femmes à prendre leur place en politique s’inscrit dans une perspective qui légitime les fondements de la démocratie libérale plutôt que de les questionner. Il s’agit d’améliorer les institutions existantes de la démocratie représentative, de les bonifier pour corriger l’Histoire, au lieu de demander leur mise à mort dans un geste de rupture. Ce champ d’intervention a été littéralement pris en charge par les féministes libérales dont les priorités gravitent autour de l’État-sauveur. Il a toutefois été complètement désinvesti par les féministes au discours politique plus radical, lesquelles n’ont pas d’attentes envers les institutions de la démocratie représentative.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De la masse critique aux quotas&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Différentes idées ont été énoncées autour des enjeux liés à la féminisation des arènes politiques. S’opposent, entre autres, un discours à tendance essentialiste, celui de la théorie de la masse critique, et une approche qui, centrée sur les principes d’égalité, voit dans l’élection de parlements féminisés l’accomplissement du combat pour l’obtention des droits politiques des femmes. Plusieurs avancent que le nombre de femmes élues est porteur d’un changement radical de la politique et de la culture politique (Dahlerup, 2006b). La théorie de la masse critique en politique postule l’existence d’intérêts communs aux femmes, lesquels pourraient être portés s’il y avait un pourcentage suffisamment élevé de femmes élues. Cette idée a été mise de l’avant dans un contexte historique où de telles masses critiques de femmes n’avaient jamais été observées. Cependant, il s’agit d’une idée qui est en recul (Maillé, 2007), devant l’évidence empirique que les parlements qui ont obtenu des masses critiques de femmes n’ont pas livré la promesse de ce changement anticipé (Maillé, 2007). Cette expérience de masses critiques de femmes oblige à revoir certaines idées sur les femmes et la politique qui ont marqué le discours des vingt dernières années et qui avaient émergé alors qu’il n’y avait pas de véritable laboratoire d’observation. Au Québec par exemple, le gouvernement formé par les libéraux de Jean Charest à l’élection de 2003 ne saurait être vu ni comme un gouvernement qui a instauré une nouvelle culture organisationnelle, ni comme un gouvernement qui partage davantage des intérêts proches des femmes, et ce, malgré sa masse critique de plus de 30% de femmes élues (Maillé et Achin, 2008). Son Conseil des ministres paritaire entre 2007 et 2010 n’a pas non plus été à l’origine de changements importants dans la façon de représenter les intérêts des femmes, ce qui nous a permis de tester empiriquement deux hypothèses qui avaient été formulées dans l’abstrait, soit celle du changement de culture à partir de l’atteinte d’une masse critique et celle d’une différence de la façon de faire de la politique pour les femmes.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans ce texte, nous avons analysé les interventions du mouvement des femmes en lien avec les faibles pourcentages de femmes élues, dans le contexte québécois. Notre analyse fait ressortir le rôle joué par trois groupes, de même que les problèmes associés avec les interventions qui postulent que la solution à ce problème se trouve dans l’éducation des femmes à la politique. L’année 2011 constitue un point tournant, car se déploie une nouvelle stratégie portée par des groupes de femmes en faveur de l’adoption de mesures de type quotas pour permettre de corriger rapidement la situation, ouvrant vers une représentation des femmes et de la politique où celles-ci deviennent enfin pleinement citoyennes. Cette nouvelle orientation des stratégies mises de l’avant par les groupes qui travaillent à l’élection d’un plus grand nombre de femmes en politique s’inscrit à l’intérieur d’un mouvement plus large, perceptible à l’échelle internationale, en faveur de quotas législatifs, soit de lois votées par les parlements nationaux.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Bien que les quotas ne fassent pas l’unanimité et soient l’objet de controverses, leur usage de plus en plus fréquent pour faire des bonds significatifs dans les pourcentages de femmes élues est en voie de devenir une tendance lourde (Dahlerup, 2006a). Plus de quarante-huit pays ont adopté des quotas de ce type dans leur constitution ou dans leur loi électorale (Dahlerup &amp;amp; Freidenvall, 2009, p. 29). Le succès de telles mesures est cependant très inégal. En France, la loi sur la parité impose aux partis politiques de présenter un nombre équivalent de femmes et d’hommes pour les scrutins de liste (élections municipales, régionales et européennes) et réduit la dotation financière des partis qui ne présentent pas autant de candidates que de candidats aux élections au scrutin uninominal, soit les législatives et les cantonales. Quel bilan peut-on faire de cette loi? Après onze ans de parité en politique française, les résultats sont inégaux (Maurin, 2011). Des progrès ont certes été réalisés. La proportion de femmes dans les conseils municipaux était de 25,7 % en 1995; or, elle est désormais de 48,5 %, indique l’Observatoire de la parité. La part des femmes dans les conseils régionaux est passée de 27,5 % à 48 % entre 1998 et 2010 (Maurin, 2011). Mais «les chiffres qui désignent les Françaises comme citoyennes de seconde zone sont connus» (Sineau, 2011). La France occupait le 60e rang du classement mondial des femmes dans les parlements nationaux jusqu’à l’élection de 2012, qui lui a permis de passer au 36e rang avec 26,9 % d’élues (Union interparlementaire). Si les résultats sont aussi mitigés dans le cas français, c’est que la loi permet aux partis de ne pas se conformer aux quotas de candidatures féminines, ce qui est sanctionné par une pénalité financière. Cela dit, malgré le contre-exemple français, les quotas ont livré des résultats intéressants dans plusieurs autres contextes, au Rwanda par exemple, où des sièges réservés aux femmes ont été introduits en 2003, permettant à ce pays de faire un très rapide bond en avant qui le place à la tête des États pour ce qui est du pourcentage de femmes élues au niveau national, soit 56 % lors des élections de 2008 (IDEA).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Si les quotas fonctionnent en politique, tout comme ils ont fonctionné en éducation et en emploi, pourquoi doit-on faire le constat qu’ils n’ont jamais fait l’objet de campagnes massives de la part des mouvements de femmes au Québec? Dans une étude comparative sur les conditions qui ont mené à l’adoption de quotas dans plus de 17 pays occidentaux, Krook, Lovenduski et Squires (2006) identifient différents modèles de citoyenneté politique qui influencent les attitudes envers des mesures de ce type. Elles observent que les campagnes pour leur adoption fonctionnent lorsqu’elles sont initiées par les mouvements de femmes et les partis politiques dans des contextes qui sont déjà réceptifs à cette idée. Dans le cas du Canada et des États-Unis, le modèle prédominant de citoyenneté politique serait un modèle libéral, construit sur l’individu comme principe philosophique, soit un modèle de citoyenneté qui serait incompatible avec l’appui à des mesures de type quotas pour favoriser l’élection d’un plus grand nombre de femmes en politique. Une autre étude identifie les acteurs clés dans la mise en place de ces quotas. Pour Mona Krook (2009: 20), trois types d’acteurs jouent un rôle important dans de telles campagnes: les acteurs de la société civile comme les mouvements de femmes et les caucus femmes des partis politiques, les acteurs étatiques comme les leaders de partis politiques et les tribunaux, et enfin les acteurs transnationaux comme les coalitions internationales et les organisations transnationales. Dans le cas du Québec, bien qu’aucun de ces trois types d’acteurs n’ait fait campagne en faveur de l’adoption de quotas pour les femmes en politique, on peut penser que le mouvement des femmes dispose d’atouts qui lui permettraient de mener à bien un tel projet. La proximité historique du mouvement des femmes avec le gouvernement, son capital symbolique et les résultats décevants dans les pourcentages de femmes élues après plus de dix années du programme &lt;em&gt;À égalité pour décider&lt;/em&gt; constituent autant d’éléments qui pourraient conduire à une campagne gagnante. Les initiatives récentes du GFPD et des PÉPINES en ce sens laissent entrevoir la possibilité de voir naître sous peu une campagne québécoise en faveur de l’adoption de quotas pour l’élection rapide d’un plus grand nombre de femmes.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Références&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;CENTRE AUX PLURIELLES. &lt;em&gt;Les femmes de Charlevoix, une pièce indispensable&lt;/em&gt;, vidéo (non-daté).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;COLLECTIF FÉMINISME ET DÉMOCRATIE. 2004. &lt;em&gt;La politique c’est aussi une affaire de femmes!&lt;/em&gt; Programme de formation, cahier 3.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;________. 2005. &lt;em&gt;Afin que le nouveau mode de scrutin constitue une réelle avancée pour la démocratie. Analyse critique de l’avant-projet de loi sur la réforme électorale&lt;/em&gt;. En ligne: &lt;a href=&quot;http://www.democratie-nouvelle.qc.ca/documents/democratie-resume.pdf&quot;&gt;http://www.democratie-nouvelle.qc.ca/documents/democratie-resume.pdf&lt;/a&gt; (consulté le 11 octobre 2011)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;DAHLERUP, Drude. 2006. «Introduction», dans &lt;em&gt;Women, Quotas and Politics&lt;/em&gt;, sous la dir. de Drude Dahlerup, New York: Routledge, p. 3-31.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;________. 2006b. «The Story of the Theory of Critical Mass», &lt;em&gt;Politics &amp;amp; Gender&lt;/em&gt;, vol. 2, no 4, p. 511-522.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;DAHLERUP, Drude et Lenita FREIDENVALL. 2009. «Quotas in Politics: A Constitutional Challenge», dans &lt;em&gt;Constituting Equality: Gender Equality and Comparative Constitutional Rights&lt;/em&gt;, sous la dir. de Susan H. Williams , Cambridge: Cambridge University Press, p. 29-52.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;GROUPE FEMMES, POLITIQUE ET DÉMOCRATIE. &lt;em&gt;École Femmes et Démocratie, &lt;/em&gt;Partie 1, vidéo. En ligne:&lt;a href=&quot;http://www.femmes-politique-et-democratie.com/gouvernance.php&quot;&gt;http://www.femmes-politique-et-democratie.com/gouvernance.php&lt;/a&gt;(consulté le 11 octobre 2011)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;br&gt;________. &lt;em&gt;Qui sommes-nous?&lt;/em&gt; En ligne: &lt;a href=&quot;http://www.femmes-politique-et-democratie.com/qui.php&quot;&gt;http://www.femmes-politique-et-democratie.com/qui.php&lt;/a&gt; (consulté le 11 octobre 2011)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;________. 2002. &lt;em&gt;Moi candidate?&lt;/em&gt; vidéo.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;IDEA, Quota Project, Global Database of Quotas for Women. En ligne: &lt;a href=&quot;http://www.quotaproject.org/&quot;&gt;http://www.quotaproject.org/&lt;/a&gt; (consulté le 22 novembre 2011)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;KROOK, Mona. 2009. &lt;em&gt;Quotas for Women in Politics&lt;/em&gt;, New York: Oxford University Press.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;KROOK, Mona, Joni LOVENDUSKI et Judith SQUIRES. 2006. «Western Europe, North America, Australia and New Zealand: Gender quotas in the context of citizenship models», dans &lt;em&gt;Women, Quotas and Politics&lt;/em&gt;, sous la dir. de Drude Dahlerup, New York : Routledge, p. 194-221.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;LIPSET, Seymour Martin. 1960. &lt;em&gt;Political Man: The Social Bases of Politics&lt;/em&gt;, New York: Doubleday.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;LOVENDUSKI, Joni. 2005.&lt;em&gt; Feminizing Politics,&lt;/em&gt; New York: Blackwell.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;MAILLÉ, Chantal. 2007. «Autour des a priori de la littérature francophone sur femmes et politique», dans L&lt;em&gt;es femmes entre la ville et la cité&lt;/em&gt;, sous la dir. de Marie-Blanche Tahon, Actes du 4e Congrès des recherches féministes francophones, Montréal: Éditions du remue-ménage, p. 116-224.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;________. 2006. &lt;em&gt;Citoyenneté, questionnements identitaires et représentation politique: qu’en pensent les femmes?&lt;/em&gt; Document-synthèse de la recherche CRSH 2002-2005.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;MAILLÉ, Chantal, avec Catherine ACHIN. 2008. «Il y a loin de la coupe aux lèvres, les femmes et la politique en France et au Québec», &lt;em&gt;Santé, Société et Solidarité, revue de l’observatoire franco-québécois de la santé et de la solidarité&lt;/em&gt;, no 1, p. 39-45.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;MAURIN, Louis. 2011. «La France encore loin de la parité en politique», Paris, &lt;em&gt;Alternatives Economiques Poche&lt;/em&gt;, n° 051 — septembre. &lt;a href=&quot;http://www.alternatives-economiques.fr/page.php?controller=&quot;&gt;http://www.alternatives-economiques.fr/page.php?controller=&lt;/a&gt; article&amp;amp;action=htmlimpression&amp;amp;id_article=55035&amp;amp;id_parution=1101. (consulté le 11 octobre 2011)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;MINISTÈRE DE LA CULTURE, DES COMMUNICATIONS ET DE LA CONDITION FÉMININE. 2011. &lt;em&gt;Vers un deuxième plan d’action gouvernemental pour l’égalité entre les femmes et les hommes&lt;/em&gt;, cahier de consultation. En ligne:&lt;br&gt;&lt;a href=&quot;http://www.assnat.qc.ca/fr/travaux-parlementaires/commissions/CRC/mandats/Mandat-14343/index.html&quot;&gt;http://www.assnat.qc.ca/fr/travaux-parlementaires/commissions/CRC/mandat...&lt;/a&gt; (consulté le 11 octobre 2011)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;PAQUET, Louise et Lucie DESROCHERS. 2006. «Le scrutin qui divise», &lt;em&gt;La Gazette des femmes&lt;/em&gt;, mai-juin, p. 29.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;PITKIN, Hannah. 1972. &lt;em&gt;The Concept of Representation&lt;/em&gt;, Berkeley: University of California Press.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;PROMOTION DES ESTRIENNES POUR INITIER UNE NOUVELLE ÉQUITÉ SOCIALE (PÉPINES). 1999. &lt;em&gt;Une, deux, trois... Pépines&lt;/em&gt;. Vidéo.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;________. 2002. &lt;em&gt;P’tit guide des chemins du pouvoir en Estrie&lt;/em&gt;.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;________. 2001. &lt;em&gt;Cartographie des chemins du pouvoir&lt;/em&gt;.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;________. s.d. &lt;em&gt;Manifeste sur la parité dans la gouvernance en Estrie&lt;/em&gt;. En ligne: &lt;a href=&quot;http://www.pepines.com/pdf/manifeste2009.pdf&quot;&gt;http://www.pepines.com/pdf/manifeste2009.pdf&lt;/a&gt; (consulté le 11 octobre 2011)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;RÉSEAU DES TABLES RÉGIONALES DE GROUPES DE FEMMES DU QUÉBEC. Participation des femmes dans les lieux de pouvoir. Catalogue des activités et publications. s.d. En ligne:&lt;br&gt;&lt;a href=&quot;http://www.reseautablesfemmes.qc.ca/catalogue/Catalogue_%20femmeslieuxpouvoir071031.pdf&quot;&gt;http://www.reseautablesfemmes.qc.ca/catalogue/Catalogue_%20femmeslieuxpo...&lt;/a&gt; (consulté le 11 octobre 2011)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;SECRÉTARIAT À LA CONDITION FÉMININE. s.d. &lt;em&gt;À égalité pour décider&lt;/em&gt;, Gouvernement du Québec. En ligne: &lt;a href=&quot;http://www.scf.gouv.qc.ca/index.php?id=32&quot;&gt;http://www.scf.gouv.qc.ca/index.php?id=32&lt;/a&gt; (consulté le 11 octobre 2011)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;SINEAU, Mariette, 2011. &lt;em&gt;L’égalité femmes/hommes: question clé pour 2012?&lt;/em&gt;, SciencesPO., Cevipof, CNRS, no 4. En ligne: &lt;a href=&quot;http://www.cevipof.com/rtefiles/File/AtlasEl3/noteSINEAU.pdf&quot;&gt;http://www.cevipof.com/rtefiles/File/AtlasEl3/noteSINEAU.pdf&lt;/a&gt; (consulté le 11 octobre 2011)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;STUDLAR, Donley T. 2008. «Feminist Society, Paternalistic Politics: How the Electoral System Affects Women’s Representation in the United States Congress», dans &lt;em&gt;Women and Legislative Representation: Electoral Systems, Political Parties and Sex Quotas&lt;/em&gt;, sous la dir. de Manon Tremblay, New York: Palgrave McMillan, p. 55-65.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;UNION INTERPARLEMENTAIRE. 2011. &lt;em&gt;Les femmes dans les parlements nationaux État de la situation au 31 octobre 2011&lt;/em&gt;. En ligne: &lt;a href=&quot;http://www.ipu.org/wmn-f/classif.htm&quot;&gt;http://www.ipu.org/wmn-f/classif.htm&lt;/a&gt; (consulté le 25 novembre 2011).&lt;/p&gt;

&lt;section  class=&quot;footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed&quot; data-collapsible-show-label=&quot;Notes&quot; data-collapsible-hide-label=&quot;Notes&quot;&gt;&lt;ul class=&quot;footnotes collapsible-content&quot;&gt;&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote1_ioqx5n0&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref1_ioqx5n0&quot;&gt;1.&lt;/a&gt; Voir les vidéos&lt;em&gt; Les femmes de Charlevoix&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;une pièce indispensable,&lt;/em&gt; produit par le centre Aux Plurielles, &lt;em&gt;Une, Deux, Trois... Pépines&lt;/em&gt;, produit par les PÉPINES, ainsi que&lt;em&gt; Moi Candidate?&lt;/em&gt;, du groupe Femmes, politique et démocratie.&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&lt;a href=&quot;/fr/taxonomy/term/24&quot; typeof=&quot;skos:Concept&quot; property=&quot;rdfs:label skos:prefLabel&quot;&gt;Canada&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
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      &lt;div class=&quot;field-label&quot;&gt;Champs disciplinaires: &lt;/div&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item odd&quot;&gt;&lt;a href=&quot;/fr/taxonomy/term/53798&quot; typeof=&quot;skos:Concept&quot; property=&quot;rdfs:label skos:prefLabel&quot;&gt;études féministes&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&lt;a href=&quot;/fr/taxonomy/term/54481&quot; typeof=&quot;skos:Concept&quot; property=&quot;rdfs:label skos:prefLabel&quot;&gt;Cahiers de l&amp;#039;IREF&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;Ce texte s’intéresse aux représentations des femmes et de la politique qui sont produites par les interventions du mouvement des femmes au Québec. Quelles sont les stratégies et interventions qui ont été mises de l’avant par le mouvement des femmes au Québec en réponse au constat de ce qui est parfois désigné comme «la sous-représentation politique des femmes»? Sur quelles analyses reposent-elles? &lt;/div&gt;
      &lt;/div&gt;
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      &lt;div class=&quot;field-label&quot;&gt;Pour citer ce document: &lt;/div&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&lt;span class=&quot;biblio-authors&quot; &gt;&lt;a href=&quot;/fr/biblio?f%5Bauthor%5D=7040&quot; rel=&quot;nofollow&quot;&gt;Maillé, Chantal&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;. 2013. « &lt;a href=&quot;/fr/biblio/les-strategies-feministes-de-representation-des-femmes-dans-laction-politique-au-quebec&quot;&gt;&lt;span class=&quot;biblio-title&quot; &gt;Les stratégies féministes de représentation des femmes dans l’action politique au Québec&lt;/span&gt;&lt;/a&gt; ». En ligne sur le site de l’Observatoire de l’imaginaire contemporain. &amp;lt;&lt;a href=&quot;https://oic.uqam.ca/fr/articles/les-strategies-feministes-de-representation-des-femmes-dans-laction-politique-au-quebec&quot;&gt;https://oic.uqam.ca/fr/articles/les-strategies-feministes-de-representation-des-femmes-dans-laction-politique-au-quebec&lt;/a&gt;&amp;gt;. Consulté le 1 mai 2023. Publication originale : (&lt;span  style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;De l&#039;assignation à l&#039;éclatement. Continuités et ruptures dans les représentations des femmes&lt;/span&gt;. 2013. Montréal : Institut de recherches et d&#039;études féministes (IREF). coll. Agora, vol. Cahier de l&#039;IIREF).&lt;span class=&quot;Z3988&quot; title=&quot;ctx_ver=Z39.88-2004&amp;amp;rft_val_fmt=info%3Aofi%2Ffmt%3Akev%3Amtx%3Adc&amp;amp;rft.title=Les+strat%C3%A9gies+f%C3%A9ministes+de+repr%C3%A9sentation+des+femmes+dans+l%E2%80%99action+politique+au+Qu%C3%A9bec&amp;amp;rft.isbn=978-2-922045-42-0&amp;amp;rft.date=2013&amp;amp;rft.volume=Cahier+de+l%26%23039%3BIIREF&amp;amp;rft.aulast=Maill%C3%A9&amp;amp;rft.aufirst=Chantal&amp;amp;rft.pub=Institut+de+recherches+et+d%26%23039%3B%C3%A9tudes+f%C3%A9ministes+%28IREF%29&amp;amp;rft.place=Montr%C3%A9al&quot;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
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      &lt;div class=&quot;field-label&quot;&gt;Pour citer ce document (Computed): &lt;/div&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&amp;lt;span class=&amp;quot;biblio-authors&amp;quot; &amp;gt;Maillé, Chantal&amp;lt;/span&amp;gt;. 2013. « &amp;lt;span class=&amp;quot;biblio-title&amp;quot; &amp;gt;Les stratégies féministes de représentation des femmes dans l’action politique au Québec&amp;lt;/span&amp;gt; ». En ligne sur le site de l’Observatoire de l’imaginaire contemporain. &amp;amp;lt;https://oic.uqam.ca/fr/articles/les-strategies-feministes-de-representation-des-femmes-dans-laction-politique-au-quebec&amp;amp;gt;.  Publication originale : (&amp;lt;span  style=&amp;quot;font-style: italic;&amp;quot;&amp;gt;De l&amp;#039;assignation à l&amp;#039;éclatement. Continuités et ruptures dans les représentations des femmes&amp;lt;/span&amp;gt;. 2013. Montréal : Institut de recherches et d&amp;#039;études féministes (IREF). coll. Agora, vol. Cahier de l&amp;#039;IIREF).&amp;lt;span class=&amp;quot;Z3988&amp;quot; title=&amp;quot;ctx_ver=Z39.88-2004&amp;amp;amp;rft_val_fmt=info%3Aofi%2Ffmt%3Akev%3Amtx%3Adc&amp;amp;amp;rft.title=Les+strat%C3%A9gies+f%C3%A9ministes+de+repr%C3%A9sentation+des+femmes+dans+l%E2%80%99action+politique+au+Qu%C3%A9bec&amp;amp;amp;rft.isbn=978-2-922045-42-0&amp;amp;amp;rft.date=2013&amp;amp;amp;rft.volume=Cahier+de+l%26%23039%3BIIREF&amp;amp;amp;rft.aulast=Maill%C3%A9&amp;amp;amp;rft.aufirst=Chantal&amp;amp;amp;rft.pub=Institut+de+recherches+et+d%26%23039%3B%C3%A9tudes+f%C3%A9ministes+%28IREF%29&amp;amp;amp;rft.place=Montr%C3%A9al&amp;quot;&amp;gt;&amp;lt;/span&amp;gt;&lt;/div&gt;
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 <pubDate>Mon, 02 May 2022 18:28:54 +0000</pubDate>
 <dc:creator>Alexia Giroux</dc:creator>
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 <title>Féminismes, sexualités, libertés</title>
 <link>https://oic.uqam.ca/fr/publications/feminismes-sexualites-libertes</link>
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    &lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;Le colloque organisé par l’IREF et tenu le 11 mai 2016 a abordé les liens entre les féminismes (pensés au pluriel et impliquant convergences, dissensions et débats), la sexualité et la liberté. Autant l’appel de communications que la liste non exhaustive d’axes de réflexion proposés découlaient de notre souci d’ouverture à toutes les disciplines et à tous les types de réflexions. &lt;/div&gt;
      &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
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 <pubDate>Tue, 29 Mar 2022 20:11:58 +0000</pubDate>
 <dc:creator>Alexia Giroux</dc:creator>
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 <title>La sexualité: un lieu politique d&#039;où défaire les rapports d&#039;oppression?</title>
 <link>https://oic.uqam.ca/fr/articles/la-sexualite-un-lieu-politique-dou-defaire-les-rapports-doppression</link>
 <description>&lt;div class=&quot;field field-name-body field-type-text-with-summary field-label-hidden&quot;&gt;
    &lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item even&quot; property=&quot;content:encoded&quot;&gt;&lt;p&gt;«Féminismes, sexualité, liberté»: le titre du colloque anniversaire de l’IREF en 2016 a conjugué trois termes qui évoquent immédiatement le courant du féminisme sexe-positif. Écrire un texte pour l’occasion ne fut pas chose aisée, même si la liberté sexuelle, les représentations de la sexualité et le féminisme dit «sexe-positif» ou «pro-sexe» sont à mes yeux un important moteur de réflexion et d’action.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ce triptyque «féminismes, sexualité, liberté» a inspiré les romans que j’ai écrits, les spectacles que j’ai produits, et a nourri par ailleurs ma réflexion en tant qu’enseignante-chercheuse travaillant sur les représentations médiatiques du genre et des sexualités. Néanmoins, mon rapport à la thématique de la liberté sexuelle s’est compliqué ces dernières années. Un malaise en moi a grandi, suscité par un certain type de discours sur la liberté sexuelle en France et dans d’autres pays, sur les causes que sert ce discours, et ce qu’il sert à discréditer.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il me faudra revenir sur des éléments de contexte dans lesquels s’est développé ce discours, qui n’affecte pas que la France. Il m’a semblé nécessaire d’entamer une réflexion plus large sur la manière dont la notion de «liberté sexuelle» et les minorités sexuelles peuvent être paradoxalement instrumentalisées: d’une part, elles sont devenues objets discursifs dans le cadre d’une politique anti-migratoire aux fondements racistes; d’autre part, elles se voient dénier l’égalité des droits civiques.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L’orientation sexuelle comme variable discriminatoire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le terme de «liberté» est associé à celui d’«égalité» et de «fraternité» dans la devise inscrite au fronton de la République française. Or on ne peut pas associer «liberté» et «égalité» avec le terme de «sexualité» sans soulever une série de questions politiques: les minorités sexuelles ont été au cœur de débats très virulents sur ce sujet.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les couples de même sexe peuvent aujourd’hui se marier en France grâce à la loi qu’a défendue l’ex-ministre de la Justice, Christiane Taubira. Cette loi sur le mariage donne la possibilité aux personnes mariées d’adopter légalement les enfants nés de leur conjointe ou conjoint, en l’absence d’un autre parent légal (ou si ce parent légal renonce à l’autorité parentale devant un notaire et un juge des affaires familiales&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref1_p8ie5qs&quot; title=&quot;On constate cependant que les juges aux affaires familiales tendent à refuser l’adoption de l’enfant du conjoint aux couples d’hommes (parce qu’en l’absence de mère, les juges suspectent qu’il y a eu recours à une gestation pour autrui, interdite en France). Les couples de femmes ayant eu recours à la procréation médicalement assistée à l’étranger se voient en revanche plus facilement accorder l’adoption de l’enfant de la conjointe.&quot; href=&quot;#footnote1_p8ie5qs&quot;&gt;1&lt;/a&gt;). L’accès à la procréation médicale assistée (PMA) est toujours interdit aux couples de femmes et aux femmes célibataires; seuls les couples hétérosexuels peuvent y accéder.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La France a donc mis en place une égalité paradoxale qui remet l’hétérosexualité au centre et l’homosexualité, ainsi que le célibat, à la marge –même si la grande majorité des familles monoparentales sont composées de mères célibataires et des enfants qu’elles élèvent. D’un point de vue féministe matérialiste, on peut dire que ce sont les femmes célibataires qui contribuent le plus au renouvellement et à l’élevage de la force de travail du pays –et pourtant elles comptent parmi les populations les plus démunies économiquement. Mais une femme qui décide de faire volontairement un enfant sans homme n’a toujours pas accès à la PMA, pas plus que les lesbiennes et les gays.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La sexualité (le choix d’orientation sexuelle, de même que la liberté sexuelle) est ainsi une variable qui permet de questionner l’égalité en termes de droits civiques. Car la sexualité est liée aux relations et donc aux formes de légitimation des relations. Le mariage, par exemple, confère une légitimation sociale forte. Or le mariage sanctifie la relation entre deux personnes; le modèle du couple hétérosexuel est le modèle sur lequel doit se calquer toute relation pour acquérir cette légitimité sociale. Quand il s’agit de fonder une famille, le couple hétérosexuel procréateur reste le seul couple légitimé. Les autres devront aller en Belgique, en Espagne ou au Danemark pour procréer et devront obligatoirement se marier pour que leur compagnon ou compagne puisse légitimement être considéré comme parent.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Pourtant, grâce aux techniques médicales de contraception, la sexualité n’est plus exactement synonyme de reproduction. En France, les femmes ont acquis le droit de contrôler leur fertilité, le droit de ne plus être exploitées en tant que procréatrices. Mais l’orientation sexuelle sert encore à distinguer ceux-celles qui peuvent légalement devenir géniteurs et ceux-celles qui doivent se rendre à l’étranger pour concevoir des enfants. Ce sont principalement les gays et lesbiennes ou les célibataires des classes socioéconomiques supérieures qui ont les moyens de le faire. Cette sélection par le niveau de revenus ressemble à une forme d’eugénisme économique.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;J’en viens à l’importance d’introduire ici le terme de féminisme, lorsqu’il est question de sexualité et de liberté. Les opposants à la loi Taubira&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref2_pfsw7an&quot; title=&quot;Loi d’ouverture du mariage aux couples de même sexe qui fut votée après le 17 mai 2013 suite à de longs et houleux débats (voir : http://www.gouvernement.fr/action/le-mariage-pour-tous).&quot; href=&quot;#footnote2_pfsw7an&quot;&gt;2&lt;/a&gt;, rassemblés par l’organisation qui s’est intitulée «La manif pour tous» (façon de détourner le concept de «mariage pour tous» afin de s’y opposer) ont clamé que les gays et lesbiennes réclamaient un «droit à l’enfant»; cela leur semblait inconcevable qu’on puisse réclamer comme un droit l’accès à la procréation médicalement assistée. Ils ne se sont pas questionnés sur le fait que les couples hétérosexuels ayant des problèmes de fertilité étaient &lt;em&gt;de facto &lt;/em&gt;dans la même position que les couples de même sexe et les célibataires, tandis que l’accès aux matériaux et technologies permettant la procréation est accordé à ceux-là mais pas à ceux-ci. Ils ne se sont pas questionnés, puisque même en l’absence de capacité biologique du couple hétérosexuel à concevoir de façon dite «naturelle», ce couple reste le seul considéré comme légitime pour procréer, à la fois par la loi et par la société.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La sexualité, l’orientation sexuelle, est un critère qui sert donc encore aujourd’hui à distinguer deux catégories: les personnes qui sont légitimement et légalement habilitées à se reproduire, et celles qui ne le sont pas. Et pourtant, les plus fervents détracteurs de la loi Taubira ont accusé l’homosexualité de conduire à la fin de l’humanité puisque les homosexuels-les ne peuvent se reproduire entre eux; en même temps, on les empêchait légalement d’accéder aux technologies médicales de la procréation. Ces personnes affirmaient défendre les droits de l’enfant, tout en voulant par ailleurs empêcher les familles homoparentales déjà existantes de bénéficier de la même protection sociale et juridique que les familles hétéroparentales.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Durant la longue année qu’a duré le débat sur la loi sur le «mariage pour tous», la ministre de la Justice, Christiane Taubira, combattait dans l’arène de l’Assemblée nationale, avec tous ses mots en rangées de soldats, bataillons d’arguments et phrases de poètes. De sa voix infatigable, le menton levé et le verbe tendu, elle se battait.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Sur la place Denfert-Rochereau à Paris, où j’habitais alors, se massaient régulièrement des centaines de personnes lors de ce qu’ils ont appelé les «Manifs pour tous». Des personnes souriantes formant une foule colorée de bleu et rose, une foule confiante dans la certitude qu’elle était rassemblée pour le meilleur, pour l’avenir, pour les enfants. Les enfants étaient nombreux d’ailleurs, emmenés là par leurs parents comme à la kermesse, tenant haut des ballons, heureux d’être perchés sur les épaules de papa et maman, sans se douter de rien, parce que c’étaient des enfants. Des &lt;em&gt;selfie&lt;/em&gt; en famille étaient pris à ces occasions, les gens ont posté sur Facebook des photos en souvenir de ces manifs sous un ciel clair et un soleil éclatant. La bonne humeur, la certitude qu’ils défendaient l’avenir des enfants, la logique implacable de l’argumentaire «les homos sont avec nous», «les homos ne sont pas pour le mariage», tout cela était sans doute très loin, dans l’imaginaire des manifestants, très loin de la violence que j’ai reçue en plein cœur chaque fois que je les voyais sous mes fenêtres, avec leur pancartes et leurs slogans, ou lorsque je marchais sur un de ces tags imprimés en bleu et rose sur le trottoir et que les pluies d’automne ne parvenaient pas à effacer: le slogan «pour une humanité durable» inscrit sous la silhouette d’un homme, d’une femme, d’un garçonnet et d’une fillette, se tenant tous par la main en ribambelle, censément symbolique de la famille idéale.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans mon pays et dans bien d’autres, lorsqu’on introduit la variable de la sexualité, Égalité et Liberté marchent sur la tête&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref3_ib3d380&quot; title=&quot;Dans le sens que tout est sens dessus-dessous, que les choses tournent à l’inverse du bon sens, de la logique, de la justice…&quot; href=&quot;#footnote3_ib3d380&quot;&gt;3&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Et tandis que les minorités sexuelles se voient dénier l’égalité des droits civiques, la notion de liberté sexuelle et la liberté d’orientation sexuelle sont instrumentalisées dans le cadre de politiques anti-migratoires, et servent de valeurs-boucliers aux discours racistes.&lt;br&gt;Afin d’illustrer ce phénomène, je prendrai le cas de l’Allemagne avant d’en revenir à la France et au malaise, évoqué plus haut, que suscite en moi la façon dont la «liberté sexuelle» est mobilisée aujourd’hui afin de disqualifier tout un pan de la population.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La liberté sexuelle comme «valeur nationale»?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’Allemagne impose depuis 2008 un &lt;em&gt;Einbürgerungstest&lt;/em&gt; (test d’accès à la citoyenneté), qui concerne les candidats à l’immigration. Il constitue la dernière étape du parcours de demande d’accès à la citoyenneté allemande et porte sur les compétences linguistiques en allemand, la connaissance de l’histoire de l’Allemagne, et les qualifications du candidat pour le marché du travail allemand. On exige des migrants extra-européens un certain niveau de langue allemande et de la culture allemande afin de pouvoir rester sur le sol allemand. Cette compétence n’est pas exigée des migrants intra-européens; ainsi, sans parler un mot d’allemand, des colonies de jeunes Français vivent aujourd’hui à Berlin, ville qui attire la jeunesse, les musiciens et les artistes. Il n’est pas nécessaire de parler l’allemand pour vivre à Berlin, ville cosmopolite, vous diront la plupart de ces jeunes Français. Les jeunes Turcs, eux, vous diront qu’il leur faut prendre des cours de langue et de culture allemande pour espérer pouvoir rester dans le pays.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Comme l’Allemagne est un état fédéral, certains &lt;em&gt;Länder&lt;/em&gt; avaient d’abord rédigé leur version de ce test (il n’y avait pas de test fédéral avant 2008). Le test du &lt;em&gt;Land&lt;/em&gt; du Baden-Württemberg a soulevé une polémique en 2007. Originellement destiné aux migrants de pays musulmans (plus précisément les ressortissants des 57 pays de l’Organisation de la coopération islamique), il a été finalement appliqué à tous les migrants musulmans, quel que soit leur pays d’origine. Les candidats musulmans à l’immigration (majoritairement des Turcs en Allemagne) faisaient donc l’objet d’un examen visant à évaluer s’ils avaient assimilé les «valeurs» du pays d’accueil. Parmi les 30 questions aux candidats à l’immigration (toujours posées à l’oral ou sous forme de conversation) du test d’accès à la citoyenneté de ce &lt;em&gt;Land&lt;/em&gt;, certaines portaient sur leur conception des rôles homme/femme, et sur ce qu’ils pensaient de l’homosexualité. On pouvait leur poser par exemple des questions du type : «comment réagiriez-vous si votre fils était homosexuel?». Ce qui construit en creux l’Allemagne comme pays d’ouverture et de tolérance et le candidat migrant musulman comme potentiellement arriéré, rétrograde et conservateur.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ce test a été beaucoup critiqué en Allemagne car il était stigmatisant pour les migrants musulmans. La nouvelle ministre du Baden-Württenberg, Bilkay Önay, d’origine turque, l’a aboli (il existe donc depuis 2008 un &lt;em&gt;Einbürgerungstest&lt;/em&gt; effectif dans toute l’Allemagne, pour tous les migrants-es extra-européens, et qui ne comporte pas de question relative à l’orientation sexuelle).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il faut noter que l’Allemagne vient à peine, en 2013, d’accorder aux homosexuels-les le droit d’adopter l’enfant de leur conjoint-e. Par ailleurs, le contrat d’union civile par lequel les gays et lesbiennes peuvent s’unir depuis 2001 (&lt;em&gt;Eingetragene Lebenspartnerschaft Gesetz&lt;/em&gt;) n’équivaut pas au mariage (car pour modifier le droit au mariage, l’Allemagne devrait ouvrir sa constitution, ce qu’elle refuse de faire). L’accès à la Procréation Médicalement Assistée (PMA) n’est pas accordé aux homosexuels-les. L’insémination artificielle pour les femmes célibataires n’est pas légalement interdite, mais les gynécologues ne la pratiquent généralement pas.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ce cas m’amène au cœur du sujet qui me préoccupe: la liberté sexuelle, la liberté des femmes à disposer de leur corps (qui est historiquement une valeur centrale du mouvement féministe), sert aujourd’hui à alimenter une rhétorique islamophobe omniprésente dans les discours médiatiques, politiques et profanes.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Certains discours qui conjuguent aujourd’hui «liberté» et «sexualité» en France le font d’une manière inquiétante. Il faut revenir aux attentats du 13 novembre 2015 à Paris, un épisode traumatique pour le pays entier, et qui a donné lieu à un flux énorme de discours dans les médias et sur les réseaux sociaux. À l’heure où j’écris ce texte, nous venons de commémorer la date anniversaire de ces événements tragiques, un an après. Durant les mois qui ont suivi ces attentats, le pays entier avait besoin d’en parler, de se situer par rapport à cet événement, de comprendre et de dire son ressenti. C’était une grande catharsis après un traumatisme violent.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Parmi ce flot multiple et polyphonique de discours, a émergé un type de rhétorique que l’on retrouvait dans la bouche ou sous la plume de personnalités politiques, de journalistes, mais aussi de simples citoyens. Ce type de discours pourrait se résumer ainsi: «&lt;em&gt;C’est la République qui est attaquée, ce sont &lt;u&gt;nos&lt;/u&gt; valeurs et &lt;u&gt;notre&lt;/u&gt; mode de vie&lt;/em&gt;». Le «nous» en question désignait en réalité, implicitement, les gens qui boivent des bières en terrasse des bistrots parisiens. Ce «nous» assimilant la France et la République à un certain mode de vie hédoniste et consumériste allait de pair avec une célébration de la «liberté» française, qui désignait là explicitement la liberté pour les jeunes de fréquenter les terrasses et la liberté pour les femmes de porter des minijupes. Le sous-texte de ce discours, son contenu implicite, pourrait être résumé ainsi: «&lt;em&gt;“&lt;u&gt;Nous&lt;/u&gt;” en France, on est libres de porter des minijupes. “Nous” en France on ne porte pas le voile&lt;/em&gt;». Ce type de discours relègue hors de la communauté nationale toute une partie de la population. Et la liberté, devenue synonyme de liberté sexuelle, est réduite à la liberté de reluquer des filles en minijupe tout en buvant des verres en terrasse.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;On a alors pu lire sur les réseaux sociaux des déclarations de simples individus, ou d’artistes (le plus souvent d’hommes cisgenres hétérosexuels) affirmant que ces attaques terroristes visaient la culture française (entendue au sens de culture hédoniste et de liberté sexuelle) et clamant haut et fort leur passion pour le sexe, revendiquant explicitement leur plaisir de faire l’amour aux femmes, décrivant par le menu leurs pratiques sexuelles, expliquant que c’était une liberté et que les terroristes voulaient leur interdire cet hédonisme et cette liberté. Cette glorification de la liberté sexuelle est alors érigée en valeur fondamentale de la France –tout comme la valeur de la liberté d’expression lors des attentats contre le journal &lt;em&gt;Charlie Hebdo&lt;/em&gt; en janvier 2015.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ainsi, liberté d’expression et liberté sexuelle sont érigées comme des valeurs fondamentales de la France visée par les terroristes. Ce qui me semble problématique (outre le fait que le colonialisme, l’impérialisme et les interventions militaires de la France en Syrie, par exemple, sont oblitérées de ce type de discours), c’est que la valeur de liberté sexuelle devient le droit pour les hommes hétéros de parler des femmes françaises comme (au mieux) des partenaires sexuelles potentielles ou (au pire) comme des objets sexuels à qui il faut garantir, voire imposer, la liberté de porter des minijupes et de coucher avec eux.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans ce contexte, il devient difficile de parler de liberté sexuelle, les discours du féminisme sexe-positif sont pris dans un étau. Dans ce contexte, la liberté sexuelle me semble une valeur hégémonique occidentale appliquée contre toutes les catégories de population qui ne sont pas blanches, athées, hétérosexuelles, hédonistes et capitalistes.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Que peut être un féminisme «sexe-positif» dans un tel contexte?&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Je reste convaincue qu’on peut toujours travailler sur les rapports d’oppression à partir du langage, du discours et des représentations du sexuel. La question que je me pose, c’est celle des stratégies.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La sexualité comme lieu politique d’où défaire les rapports d’oppression?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Au sein des mouvements féministes, les liens entre sexualité et rapports d’oppression font depuis longtemps l’objet d’une discussion serrée. La question des sexualités minoritaires-minorisées, du travail du sexe et de la pornographie notamment, donnent lieu à des conflits définitoires majeurs et des clivages relatifs aux enjeux et stratégies de la lutte féministe. En témoigne par exemple le clivage des années 1970 entre les lesbiennes politiques et les féministes, qui considèrent alors que l’orientation sexuelle est d’ordre personnel et lui dénient son caractère politique, son pouvoir de remise en cause des rapports d’oppression hétérosexistes.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ce conflit politique conduisit notamment à la scission du comité de rédaction et à l’arrêt de publication de la revue&lt;em&gt; Questions féministes&lt;/em&gt; en 1980, après la publication de l’article de Monique Wittig intitulé «La pensée straight».&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Partant de la célèbre citation de Simone de Beauvoir, «on ne naît pas femme, on le devient»&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref4_qs5bhrp&quot; title=&quot;Au sujet des limites du constructivisme de Beauvoir sur la question de l’hétérosexualité, voir notamment Chetcuti (2009).&quot; href=&quot;#footnote4_qs5bhrp&quot;&gt;4&lt;/a&gt;, Monique Wittig pousse la réflexion pour démontrer que «ce qui fait une femme, c’est une relation sociale particulière à un homme, relation que nous avons autrefois appelée de servage, relation qui implique des obligations personnelles et physiques aussi bien que des obligations économiques ⦋…⦎, relation à laquelle les lesbiennes échappent en refusant de devenir ou de rester hétérosexuelles» (2013 ⦋1980⦎: 56). Wittig en conclut (dans un autre texte) que «les lesbiennes ne sont pas des femmes» (67), ajoutant en post-scriptum: «n’est pas davantage une femme d’ailleurs toute femme qui n’est pas dans la dépendance personnelle d’un homme» (1980: 53)&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref5_cq1sn0y&quot; title=&quot;Post-scriptum absent dans la version du texte parue dans le recueil La pensée straight (2013).&quot; href=&quot;#footnote5_cq1sn0y&quot;&gt;5&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’hétérosexualité est alors dévoilée comme un régime politique, que Wittig théorise avec la notion de &lt;em&gt;contrat social&lt;/em&gt;, empruntée à Jean-Jacques Rousseau. Le &lt;em&gt;contrat social&lt;/em&gt; est une forme d’association qui «défend et protège de toute la force commune la personne et les biens de chaque associé, et par laquelle chacun s’unissant à tous n’obéit pourtant qu’à lui-même et reste aussi libre qu’auparavant» (58). Le &lt;em&gt;contrat social&lt;/em&gt;, qu’il faut redéfinir «tant que les contractants ne sont pas satisfaits» (63), est un horizon politique, une utopie. Wittig rappelle que la promesse rousseauiste d’un contrat social devant s’accomplir pour le bien de chacun et de tous ne s’est historiquement jamais réalisée, mais elle reprend cette notion en expliquant que puisque l’hétérosexualité est la norme, le contrat social actuel est un &lt;em&gt;contrat hétérosexuel&lt;/em&gt;. Ainsi, «vivre en société c’est vivre en hétérosexualité» (61). Or, dans ce contrat social hétérosexuel, la classe des femmes est en situation de servage, en situation subalterne. Pour Wittig, redéfinir le contrat social implique donc de «rompre avec le contrat hétérosexuel, former par exemple des “associations volontaires”, dans lesquelles la liberté de chacune est essentielle. C’est échapper à la classe des femmes, comme les serfs fugitifs qui allaient ailleurs former des “associations volontairesˮ» (&lt;em&gt;Ibid.&lt;/em&gt;).&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Wittig définit ainsi le lesbianisme «comme une position politique et non comme une “sexualitéˮ différente»&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref6_ipgyw1k&quot; title=&quot;Je reprends les termes de la «Lettre au mouvement féministe» du 1er mars 1981, republiée dans la revue Miroirs-miroirs (2015).&quot; href=&quot;#footnote6_ipgyw1k&quot;&gt;6&lt;/a&gt;. En cela, elle se distingue du courant majoritaire au sein du féminisme matérialiste de son époque. Une scission au sein du féminisme se crée alors autour de cette question de la sexualité.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Wittig avait vu le danger et l’impasse qui consistent à réduire la sexualité à la simple question de la liberté d’orientation sexuelle, d’en parler comme d’un choix individuel sans portée politique. Wittig montre qu’il faut adjoindre aux termes de liberté et de sexualité le terme de féminisme (comme dans le titre du colloque-anniversaire de l’IREF qui fait l’objet de la présente publication). Parce que l’équation «sexualité et liberté» n’implique pas que la liberté sexuelle, ce sont les termes d’un enjeu politique majeur, l’équation au fondement d’un débat qui remet en cause les rapports de pouvoir et d’exploitation qui structurent la société.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ce débat féministe autour de la dimension politique du lesbianisme et le débat féministe autour du travail du sexe et de la pornographie sont corrélés. Ces deux débats concernent (notamment, mais pas exclusivement) la dimension politique de la sexualité. Ils touchent le droit de chacun-e à disposer de son corps, la question de l’autodétermination, mais aussi les rapports de production et d’oppression.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;C’est pourquoi, à partir d’une posture qui est celle du lesbianisme politique, à partir d’une volonté qui est celle de réfléchir aux rapports d’oppression et d’exploitation, je me pose aujourd’hui des questions au sujet des stratégies et des enjeux du féminisme dit «pro-sexe» ou «sexe-positif».&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le grand&lt;em&gt; backlash&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le féminisme dit sexe-positif en France vit aujourd’hui, à mon avis une période de &lt;em&gt;backlash&lt;/em&gt;, ou de ressac. Ce ne sont pas tellement les opposants aux valeurs et au combat de ce courant du féminisme qui m’inquiètent. Les abolitionnistes, censeurs et conservateurs me semblent moins menaçants aujourd’hui que la façon dont certains principes au fondement du féminisme sexe-positif sont utilisés, ceux qui les utilisent, et ce que ces principes servent à promouvoir et à discréditer aujourd’hui.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Par féminisme «pro-sexe», je désigne en premier lieu les féministes américaines qui ont réagi durant la période des &lt;em&gt;sex wars&lt;/em&gt; contre le mouvement féministe abolitionniste qui militait contre le travail du sexe et la pornographie. Le mouvement abolitionniste et pour la censure, qu’on a appelé parfois trop hâtivement «anti-sexe», a suscité en réponse le mouvement qu’on a appelé «pro-sexe», ou sexe-positif, termes que j’utiliserai ici de façon interchangeable (je ne reviendrai pas sur l’histoire de ce mouvement).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En France s’est développé aussi un mouvement de travailleuses et travailleurs du sexe en réaction aux lois de prohibition de la prostitution et aux discours féministes abolitionnistes. Ce mouvement produit des ouvrages, s’est doté d’organismes comme le STRASS (le Syndicat des travailleuses et travailleurs du sexe) et compte des activistes qui s’expriment dans les médias. Il vise notamment à améliorer les droits, la considération sociale et les conditions de travail des travailleuses et travailleurs du sexe.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Par ailleurs, nombre d’artistes et d’auteurs-es ont travaillé sur la dimension politique du sexuel à travers une approche féministe ou &lt;em&gt;queer&lt;/em&gt; −par la création visuelle, l’écriture littéraire, la performance, la recherche chorégraphique. Il s’agit alors de tordre les barreaux sémantiques qui encagent les corps et sexualités non hétéronormées et leur assignent une position altérisée, minoritaire, déviante, voire délictueuse.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le postulat commun à ces travaux, œuvres et recherches est la conviction que l’on peut, dans l’espace d’un texte ou d’une œuvre visuelle, ou le temps d’un spectacle, abolir la &lt;em&gt;marque du genre&lt;/em&gt;&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref7_r1z23q5&quot; title=&quot; Monique Wittig, « La marque du genre », dans &amp;nbsp;La pensée straight, 2013 (2001), p. 115-125 (texte initialement publié en anglais sous le titre «The Mark of Gender», dans Feminist Issues, n° 2, 1985).&quot; href=&quot;#footnote7_r1z23q5&quot;&gt;7&lt;/a&gt; qui assigne certaines catégories à une posture subalterne, la conviction, autrement dit, que l’on peut saper les rapports d’oppression en partant du sexuel et de ses représentations. Que l’on peut changer les regards sur les corps et les sexualités, pour qu’ils soient perçus et conçus hors des lectures majoritaires et des rapports de production hégémoniques.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ce sont des expériences sémiopolitiques, des tentatives de décodage-recodage des représentations de la sexualité, de resémantisation des signifiants du sexuel, réalisées en littérature ou sur scène, dans des perspectives féministes et &lt;em&gt;queer&lt;/em&gt;. Selon le contexte de réception, se pose la question de la dimension subversive de ces images, textes et performances qui s’emparent du sexuel. Car la potentialité subversive varie selon les publics et les contextes de réception, et selon le degré d’ouverture ou de clôture sémiotique des œuvres (leur caractère polysémique ou univoque).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Mais, au-delà du sempiternel débat sur le caractère subversif de telle ou telle œuvre ou discours, comment la politique des représentations du sexuel s’articule-t-elle avec la lutte contre les rapports de production et d’oppression matérielle?&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Quel est d’abord le lien entre l’espace de la scène, des arts, de la recherche, et la lutte politique, sociale, juridique, des travailleuses et des travailleurs du sexe?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il existe des liens concrets, comme le fait que, dans certains spectacles, œuvres, travaux, les interprètes ou auteurs-es exercent par ailleurs une activité de travailleuse ou travailleur du sexe. L’expérience de chacun-e est singulière et ne peut être représentative de l’ensemble des parcours et réalités de tous-tes des travailleuses et travailleurs du sexe, mais ils et elles proposent une réflexion sur ce qu’est le travail du sexe, depuis leur position située.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’autre lien concret, c’est la participation de certaines artistes au débat d’idées dans le champ du féminisme sexe-positif, artistes qui s’engagent pour les droits des travailleuses et travailleurs du sexe. Des performeuses et performeurs, artistes, auteurs-es, metteurs-es en scène, vidéastes et réalisateurs-trices véhiculent un discours politique en tant que personnalités publiques.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;On peut se demander si la création artistique, par exemple, contribue à changer réellement les conditions des travailleuses et travailleurs du sexe. Cela renvoie au débat (sans issue) sur ce qui détermine en dernière instance les rapports de domination: la base (les rapports d’exploitation) ou bien la superstructure (la culture, le langage, le symbolique, etc.)?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Je reste convaincue que ce n’est pas inutile de travailler sur les représentations, convaincue que le langage et les représentations ne sont pas déconnectés du matériel, des logiques d’exploitation. Le langage contribue à forger nos cadres d’expérience du réel. Les populations stigmatisées dans le langage sont souvent celles qui sont exploitées matériellement, qui font aussi l’objet de violences économiques et physiques.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Lutter sur le terrain des représentations afin d’agir sur les cadres d’expérience du réel, pour agir donc sur la réalité, cela reste néanmoins une question délicate. On peut défendre l’idée (que défendait Wittig) qu’en travaillant sur le langage, on peut agir sur le réel, c’est-à-dire que les œuvres produites sur nos sexualités (œuvres littéraires, œuvres visuelles) ont une incidence sur la façon dont seront perçus, considérés et traités les vécus minoritaires et minorisés. Il reste à définir dans quelle mesure de telles œuvres agissent sur les rapports de production et d’exploitation.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il me semble qu’en travaillant à déstigmatiser le travail du sexe, la nudité, le travail pornographique et les sexualités alternatives dans le langage et les représentations, on n’a pas pour autant mis fin aux logiques d’exploitation. On a assisté, en France et ailleurs en Occident, à l’absorption capitaliste et à la médiatisation d’une version «allégée» des discours et des représentations féministes sexe-positives. Les femmes libérées sexuellement et qui montrent leur corps, des filles qui revendiquent l’empowerment par la nudité, cela n’a pas déstructuré profondément le capitalisme ni le patriarcat. Cela ne signifie pas la même chose et n’a pas le même coût non plus selon qu’on est blanche ou pas. Athée ou pas. Selon qu’on vient de tel ou tel milieu social.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;bell hooks, dans son ouvrage &lt;em&gt;Ne suis-je pas une femme? Femmes noires et féminisme&lt;/em&gt; (1981), explique que les femmes noires ont été exploitées sexuellement, tout en étant considérées par les Blancs (et les Blanches) comme responsables de l’exploitation sexuelle qu’elles subissaient en tant que femmes esclaves, et qu’elles ont continué à subir par la suite. La respectabilité, la pudeur et la vertu étaient considérées comme des caractéristiques de femmes blanches. Les femmes noires étaient une force de travail gratuite mais aussi des reproductrices forcées, à qui l’on déniait le statut d’être humain. bell hooks cite nombre de témoignages qui montrent qu’encore aujourd’hui, les femmes noires sont considérées comme plus sexuelles que les autres, plus lascives, de moindre vertu et de moindre valeur morale. Elle publie cet ouvrage en 1981, mais il me semble que ce dont elle parle perdure dans la façon dont les femmes noires sont représentées dans les médias et la publicité aujourd’hui. La sexualité est là, toujours, avec le stéréotype de la femme lascive, de la tentatrice, de la femme plus proche d’un instinct sexuel animal et moins proche de la «civilisation» que la femme blanche. Dans une étude du magazine &lt;em&gt;Vogue &lt;/em&gt;datant de 2008, Nana Adusei-Poku (2010), chercheuse en études postcoloniales, montre que les femmes noires dans les magazines de mode sont sous-représentées et que lorsqu’un numéro spécial est dédié aux mannequins noires, c’est pour les représenter dénudées, parées de fourrures léopard, allongées parmi des fruits exotiques.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ni les enjeux ni les coûts ne sont les mêmes, pour les femmes blanches et pour les femmes noires, les femmes arabes, les femmes autochtones des pays colonisés, quand il s’agit de s’exprimer sur la sexualité, de militer pour ce qu’on appelle la &lt;em&gt;libération sexuelle&lt;/em&gt;, de produire des œuvres littéraires, théâtrales ou cinématographiques qui parlent de leur sexualité.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Cela m’amène à l’autre question délicate posée par une écrivaine française, Lola Lafon, celle de la «prison de chair».&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La &lt;em&gt;prison de chair&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans un texte intitulé «Le chant des batailles désertées» publié en 2010, Lola Lafon se questionne sur le féminisme sexe-positif, sans pour autant le nommer explicitement ainsi. Les productions textuelles ou visuelles à caractère sexuellement explicite –telles que celles issues du mouvement sexe-positif– ne contribuent-elles pas à ramener encore la catégorie des femmes et les minorités sexuelles et de genre au corps et à la sexualité, à cette «maison de chair» où les femmes notamment ont toujours été cantonnées?&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Lola Lafon (2010) écrit ceci:&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;À peine libéré d’une sexualité normée et moralisée, notre corps est entré dans l’ère du libérable obligatoire. Libérable de sa graisse, de traits jugés inégaux, à plastifier, de névroses le traversant ou d’ovaires paresseux. Et voilà chacune penchée sur son «soi», le massant d’huiles essentielles et guettant religieusement la provenance des nourritures proposées à ses entrailles et différents orifices et s’employant anxieusement à lui procurer un nombre suffisant d’orgasmes, à ce corps en «fonctionnement-production» maximal, signe extérieur d’équilibre obligatoire. Car il s’agit avant tout d’être épanouie, nouveau dogme qui semble interdire le désordre quel qu’il soit. À notre chevet, nous voilà devenues nos propres nourrissons.&amp;nbsp;&lt;br&gt;Pouvoir enfin débattre du genre, de la prostitution et avoir un accès déculpabilisé à la pornographie, tout ça a un instant semblé créer de nouveaux(elles) êtres désentravé(e)s, loin d’un féminisme plus victimaire. Mais…Subversives, les femmes qui commentent inlassablement leur sexe, leur désir, comme enfermées dans une maison de chair, autophage, bientôt? Sous des apparences joyeusement trash, revoilà l’injonction éternelle faite aux femmes de retourner à leur corps, au-dedans… Me voilà remise à ma place, enfermée face à mon sexe, cette place qui a toujours été la nôtre, où les femmes sont attendues et contenues, cette maison trop chaude: l’intime. La radicalité féministe aujourd’hui semble tourner presqu’uniquement [sic] autour de ce qu’on fait, ou pas, à et avec son corps. Et quand il relève la tête de son corps, le féminisme, il fait quoi?&lt;br&gt;Il demande à l’Empire de lui faire une place, en marge ou bien au centre.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Pourquoi donc retourner dans la prison de chair? Peut-on en tordre les barreaux?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il s’agir d’abord, pour les sujets minorisés, de se réapproprier leur corps, qui est défini, possédé, parlé par d’autres. Il me semble qu’au fondement de la démarche militante sexe-positive, au-delà de la réaction au mouvement féministe abolitionniste et pour la censure de la pornographie, il existe un besoin, une envie de beaucoup de femmes, lesbiennes, travailleuses du sexe, de dire leur vécu, leur expérience du corps, de prendre la parole plutôt que d’être racontés-es et représentés-es par d’autres en des termes et avec des images dans lesquels elles ne se reconnaissent pas, voire qui insultent leur être et qui servent des politiques publiques qui dégradent encore plus leurs conditions d’existence. Je pense par exemple à la récente loi française sur la pénalisation des clients de la prostitution qui –les travailleuses du sexe l’ont dit et redit et les sociologues qui ont écouté et observé l’ont dit aussi– contribue à fragiliser encore plus les prostituées: parce que leurs clients commettent un acte illégal, cela force les prostituées à se cacher encore plus qu’avant pour exercer. Dans la clandestinité totale, elles ont encore moins de pouvoir de négociation vis-à-vis des clients.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il s’agit, pour les personnes issues des minorités sexuelles et de genre, comme pour celles et ceux qui sont travailleuses et travailleurs du sexe, de défendre une expertise propre devant les questions politiques, juridiques et sociales qui traversent leurs vécus et pratiques. Il y a la volonté de parler &lt;em&gt;pour soi &lt;/em&gt;plutôt que de laisser autrui parler &lt;em&gt;de soi&lt;/em&gt;. C’est ce qu’ont en commun, je crois, les féministes qui font du porno &lt;em&gt;queer&lt;/em&gt; alternatif et qui sont loin de l’industrie pornographique &lt;em&gt;mainstream&lt;/em&gt;, et les travailleuses du sexe, prostituées, dont l’expérience est différente.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Parler &lt;em&gt;pour soi&lt;/em&gt; touche à la politique de la représentation; or la représentation reste problématique. Car une expérience ne peut incarner toutes les autres, les personnes que les médias sollicitent ne peuvent incarner la pluralité des vécus LGBT ou la pluralité des vécus et des conditions de travail des travailleuses du sexe. Par ailleurs, les travailleuses du sexe peuvent difficilement s’exprimer dans les médias sur ces conditions de travail sans donner des munitions aux arguments des abolitionnistes, qui parlent systématiquement à leur place. Elles sont prises en étau entre les artistes &lt;em&gt;queer&lt;/em&gt; féministes «sexe-positives» qui parlent du travail du sexe en général mais parfois sans connaître les conditions de travail réelles, et les discours abolitionnistes qui soutiennent des lois qui dégradent leurs conditions de travail et empirent les logiques d’exploitation. Et les féministes «pro-sexe» en général sont prises dans une double impasse: d’un côté la récupération néolibérale de la libération des corps et des sexualités, de l’autre l’érection de la liberté sexuelle comme valeur «occidentale» servant à discréditer les populations qui ne sont pas hédonistes, athées et court vêtues.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Comment faire usage du langage donc, comment faire usage du discours pour changer les cadres d’expérience du réel?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il n’existe pas de réponses sous forme de mode d’emploi. J’ai l’idée qu’on peut commencer par essayer de parler pour soi autant que pour les autres, à se demander toujours qui on oublie en parlant et ce que révèle cet oubli –le tout en veillant à ne pas parler à la place des autres. Embrasser la complexité, saisir le réel dans tout ce qu’il a de dense, de compliqué, d’invivable. Nommer les étaux et les impasses dans lesquels nous sommes prises. Ne pas évacuer la question de la liberté sexuelle, mais travailler dessus en superposant les grilles de lecture pour penser les autres oppressions qui y sont liées. Ne pas renoncer aux utopies politiques parce que le contrat social se fait et se refait chaque jour, au quotidien. Je conclurai en citant une phrase de bell hooks, issue d’un entretien qu’elle a donné en 2015 et qui nous incite au changement de paradigme, qui constate combien il est nécessaire que les différents courants du féminisme se questionnent en permanence et se remettent en cause mutuellement, afin de rester un moteur de changement social:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Mon engagement militant envers le féminisme demeure fort. La raison principale en est que le féminisme est le mouvement social contemporain qui s’est le plus remis en question. […] c’est l’un des aspects les plus remarquables et formidables aspects du mouvement féministe contemporain. […] Le féminisme a changé son paradigme, cela ne s’est pas fait sans hostilité, cela ne s’est pas fait sans que certaines femmes se sentent comme si on leur imposait la question de la race. Ce changement m’émerveille encore&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref8_uo5b9yc&quot; title=&quot;Citation originale: “My militant commitment to feminism remains strong, and the main reason is that feminism has been the contemporary social movement that has most embraced self-interrogation. When we, women of color, began to tell white women that females were not a homogenous group, that we had to face the reality of racial difference, many white women stepped up to the plate. I’m a feminist in solidarity with white women today for that reason, because I saw these women grow in their willingness to open their minds and change the whole direction of feminist thought, writing and action. This continues to be one of the most remarkable, awesome aspects of the contemporary feminist movement. The left has not done this, radical black men have not done this, where someone comes in and says, “Look, what you’re pushing, the ideology, is all messed up. You’ve got to shift your perspective.” Feminism made that paradigm shift, though not without hostility, not without some women feeling we were forcing race on them. This change still amazes me.” bell hooks: Buddhism, the Beats and Loving Blackness, By George Yancy and bell hooks December 10, 2015, consulté le 11/10/2016.&quot; href=&quot;#footnote8_uo5b9yc&quot;&gt;8&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Références&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;ADUSEI-POKU, Nada. 2010. «White Issues, Italian Vogue’s ʽall blackʼ Issue and the Visual Imaginary», in &lt;em&gt;Perspektive -Medium- Macht. Zur kulturellen Codierung neuzeitlicher Geschlechterdispositionen&lt;/em&gt;, sous la dir. de Ann-Kristin DÜBER et Falko SCHNICKE, Würzburg, p. 175-201.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;CHETCUTI, Natacha. 2009. «De “On ne naît pas femme” … à “On n’est pas femme”. De Simone de Beauvoir à Monique Wittig», &lt;em&gt;Genre, sexualité et société&lt;/em&gt;, n° 1, en ligne: &lt;a href=&quot;http://gss.revues.org/477&quot;&gt;http://gss.revues.org/477&lt;/a&gt; .&lt;/p&gt;&lt;p&gt;hooks, bell. 2016 (1981). &lt;em&gt;Ne suis-je pas une femme? Femmes noires et féminisme&lt;/em&gt;, traduction de l’anglais par Olga Potot, Roubaix (France): Cambourakis.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;LAFON, Lola. 2010. «Le chant des batailles désertées», &lt;em&gt;NRF&lt;/em&gt;, en ligne: &lt;a href=&quot;http://lolalafon.toile-libre.org/blog/?p=639&quot;&gt;http://lolalafon.toile-libre.org/blog/?p=639&lt;/a&gt; .&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;WITTIG, Monique. 2013 (2001). &lt;em&gt;La pensée straight&lt;/em&gt;, trad. de l’anglais par Marie-Hélène/Sam. Bourcier, Paris: Amsterdam.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;__________. 1980. «La pensée straight»,&lt;em&gt; Questions féministes&lt;/em&gt;, n° 7, p. 45-53.&lt;br&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;

&lt;section  class=&quot;footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed&quot; data-collapsible-show-label=&quot;Notes&quot; data-collapsible-hide-label=&quot;Notes&quot;&gt;&lt;ul class=&quot;footnotes collapsible-content&quot;&gt;&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote1_p8ie5qs&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref1_p8ie5qs&quot;&gt;1.&lt;/a&gt; On constate cependant que les juges aux affaires familiales tendent à refuser l’adoption de l’enfant du conjoint aux couples d’hommes (parce qu’en l’absence de mère, les juges suspectent qu’il y a eu recours à une gestation pour autrui, interdite en France). Les couples de femmes ayant eu recours à la procréation médicalement assistée à l’étranger se voient en revanche plus facilement accorder l’adoption de l’enfant de la conjointe.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote2_pfsw7an&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref2_pfsw7an&quot;&gt;2.&lt;/a&gt; Loi d’ouverture du mariage aux couples de même sexe qui fut votée après le 17 mai 2013 suite à de longs et houleux débats (voir : &lt;a href=&quot;http://www.gouvernement.fr/action/le-mariage-pour-tous&quot;&gt;http://www.gouvernement.fr/action/le-mariage-pour-tous&lt;/a&gt;).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote3_ib3d380&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref3_ib3d380&quot;&gt;3.&lt;/a&gt; Dans le sens que tout est sens dessus-dessous, que les choses tournent à l’inverse du bon sens, de la logique, de la justice…&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote4_qs5bhrp&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref4_qs5bhrp&quot;&gt;4.&lt;/a&gt; Au sujet des limites du constructivisme de Beauvoir sur la question de l’hétérosexualité, voir notamment Chetcuti (2009).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote5_cq1sn0y&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref5_cq1sn0y&quot;&gt;5.&lt;/a&gt; Post-scriptum absent dans la version du texte parue dans le recueil &lt;em&gt;La pensée straight &lt;/em&gt;(2013).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote6_ipgyw1k&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref6_ipgyw1k&quot;&gt;6.&lt;/a&gt; Je reprends les termes de la «Lettre au mouvement féministe» du 1er mars 1981, republiée dans la revue &lt;em&gt;Miroirs-miroirs&lt;/em&gt; (2015).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote7_r1z23q5&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref7_r1z23q5&quot;&gt;7.&lt;/a&gt;  Monique Wittig, « La marque du genre », dans &amp;nbsp;&lt;em&gt;La pensée straight&lt;/em&gt;, 2013 (2001), p. 115-125 (texte initialement publié en anglais sous le titre «&lt;em&gt;The Mark of Gender&lt;/em&gt;», dans &lt;em&gt;Feminist Issues&lt;/em&gt;, n° 2, 1985).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote8_uo5b9yc&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref8_uo5b9yc&quot;&gt;8.&lt;/a&gt; Citation originale: “My militant commitment to feminism remains strong, and the main reason is that feminism has been the contemporary social movement that has most embraced self-interrogation. When we, women of color, began to tell white women that females were not a homogenous group, that we had to face the reality of racial difference, many white women stepped up to the plate. I’m a feminist in solidarity with white women today for that reason, because I saw these women grow in their willingness to open their minds and change the whole direction of feminist thought, writing and action. This continues to be one of the most remarkable, awesome aspects of the contemporary feminist movement. The left has not done this, radical black men have not done this, where someone comes in and says, “Look, what you’re pushing, the ideology, is all messed up. You’ve got to shift your perspective.” Feminism made that paradigm shift, though not without hostility, not without some women feeling we were forcing race on them. This change still amazes me.” &lt;a href=&quot;http://opinionator.blogs.nytimes.com/2015/12/10/bell-hooks-buddhism-the-beats-and-loving-blackness/&quot;&gt;bell hooks: Buddhism, the Beats and Loving Blackness&lt;/a&gt;, By George Yancy and bell hooks December 10, 2015, consulté le 11/10/2016.&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
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    &lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;Ce triptyque «féminismes, sexualité, liberté» a inspiré les romans que j’ai écrits, les spectacles que j’ai produits, et a nourri par ailleurs ma réflexion en tant qu’enseignante-chercheuse travaillant sur les représentations médiatiques du genre et des sexualités. Néanmoins, mon rapport à la thématique de la liberté sexuelle s’est compliqué ces dernières années. Un malaise en moi a grandi, suscité par un certain type de discours sur la liberté sexuelle en France et dans d’autres pays, sur les causes que sert ce discours, et ce qu’il sert à discréditer. 

Il me faudra revenir sur des éléments de contexte dans lesquels s’est développé ce discours, qui n’affecte pas que la France. Il m’a semblé nécessaire d’entamer une réflexion plus large sur la manière dont la notion de «liberté sexuelle» et les minorités sexuelles peuvent être paradoxalement instrumentalisées: d’une part, elles sont devenues objets discursifs dans le cadre d’une politique anti-migratoire aux fondements racistes; d’autre part, elles se voient dénier l’égalité des droits civiques.&lt;/div&gt;
      &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
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      &lt;div class=&quot;field-label&quot;&gt;Pour citer ce document: &lt;/div&gt;
    &lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&lt;span class=&quot;biblio-authors&quot; &gt;&lt;a href=&quot;/fr/biblio?f%5Bauthor%5D=6992&quot; rel=&quot;nofollow&quot;&gt;Delorme, Wendy&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;. 2017. « &lt;a href=&quot;/fr/biblio/la-sexualite-un-lieu-politique-dou-defaire-les-rapports-doppression&quot;&gt;&lt;span class=&quot;biblio-title&quot; &gt;La sexualité: un lieu politique d&#039;où défaire les rapports d&#039;oppression?&lt;/span&gt;&lt;/a&gt; ». En ligne sur le site de l’Observatoire de l’imaginaire contemporain. &amp;lt;&lt;a href=&quot;https://oic.uqam.ca/fr/articles/la-sexualite-un-lieu-politique-dou-defaire-les-rapports-doppression&quot;&gt;https://oic.uqam.ca/fr/articles/la-sexualite-un-lieu-politique-dou-defaire-les-rapports-doppression&lt;/a&gt;&amp;gt;. Consulté le 1 mai 2023. Publication originale : (&lt;span  style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;Féminismes, sexualités, libertés&lt;/span&gt;. 2017. Montréal : Institut de recherches et d&#039;études féministes (IREF). coll. Agora, vol. Cahier de l&#039;IREF).&lt;span class=&quot;Z3988&quot; title=&quot;ctx_ver=Z39.88-2004&amp;amp;rft_val_fmt=info%3Aofi%2Ffmt%3Akev%3Amtx%3Adc&amp;amp;rft.title=La+sexualit%C3%A9%3A+un+lieu+politique+d%26%23039%3Bo%C3%B9+d%C3%A9faire+les+rapports+d%26%23039%3Boppression%3F&amp;amp;rft.isbn=978-2-922045-50-5&amp;amp;rft.date=2017&amp;amp;rft.volume=Cahier+de+l%26%23039%3BIREF&amp;amp;rft.aulast=Delorme&amp;amp;rft.aufirst=Wendy&amp;amp;rft.pub=Institut+de+recherches+et+d%26%23039%3B%C3%A9tudes+f%C3%A9ministes+%28IREF%29&amp;amp;rft.place=Montr%C3%A9al&quot;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
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      &lt;div class=&quot;field-label&quot;&gt;Pour citer ce document (Computed): &lt;/div&gt;
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      &lt;/div&gt;
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 <pubDate>Tue, 22 Feb 2022 20:16:46 +0000</pubDate>
 <dc:creator>Alexia Giroux</dc:creator>
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