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 <title>Observatoire de l&#039;imaginaire contemporain - patriarcat</title>
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 <title>Les représentations littéraires du désir féminin adolescent: l’initiation sexuelle des jeunes filles dans la culture patriarcale</title>
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 <description>&lt;div class=&quot;field field-name-body field-type-text-with-summary field-label-hidden&quot;&gt;
    &lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item even&quot; property=&quot;content:encoded&quot;&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 360px;&quot;&gt;&lt;em&gt;C’est donc encore ainsi que les choses se passent.&lt;/em&gt;&lt;br&gt;Élise Turcotte, &lt;em&gt;L’île de la Merci&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans son ouvrage &lt;em&gt;Les châteaux d’Éros ou les infortunes du sexe des femmes&lt;/em&gt;, Anne-Marie Dardigna soutient que l’oppression des femmes résulte de leur exclusion historique des domaines politique et sexuel, qui s’avèrent d’ailleurs, ajoute-t-elle, «étroitement intriqués» (Dardigna, 1980: 31). Selon la théoricienne, le sexuel, qui relève du privé, est traversé par le politique, structure dominante du domaine public. Aussi, les femmes doivent-elles, pour avoir accès à ces deux sphères régies par le pouvoir masculin, «s’inscrire dans les théories masculines, soit par la rhétorique, le langage, soit par les codes et les fantasmes» (Dardigna, 1980: 31). Les hommes s’étant historiquement appropriés le titre de sujet universel, les femmes doivent «se travestir: soit en simulacre d’homme lorsqu’il s’agit du politique, soit en simulacre de femme lorsqu’il s’agit de la sexualité» (Dardigna, 1980: 31). Ce que Dardigna évoque comme un processus de travestissement des femmes, Bourdieu le définit par ce qu’il nomme la «violence symbolique». Il s’agit de la contrainte que l’incorporation de la pensée dominante inscrit dans le corps et l’esprit des dominés. Elle s’institue «lorsque les schèmes que [le dominé] met en œuvre pour se percevoir et s’apprécier, ou pour apercevoir et apprécier les dominants […], sont le produit de l’incorporation des classements, ainsi naturalisés, dont son être social est le produit» (Bourdieu, 1998: 56). Pour sa part, Kathleen Barry désigne sous l’expression «identification masculine» la contrainte qui consiste à «intérioriser les valeurs du colonisateur et [à] participer activement à sa propre colonisation et à celle des autres membres de son sexe» (Barry, 1979: 172).&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le désir féminin, engoncé dans des schèmes sociaux androcentriques, a ainsi longtemps été occulté, subordonné au désir masculin qui, à l’opposé, domine et façonne l’ensemble des scénarios culturels (Gagnon, [1991] 2008). L’émergence d’une subjectivité féminine dans la sphère littéraire notamment a entraîné une variante sur le plan des représentations traditionnelles du désir. Dorénavant, le désir féminin ne se pose plus uniquement comme une projection masculine (Dardigna, 1980). La prise de parole des femmes permet-elle pour autant de redéfinir les conduites attendues selon le sexe dans l’expression du désir et de la sexualité?&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Selon John H. Gagnon, la pratique de la sexualité, tout comme celle du genre, résulte d’un apprentissage social et se modèle selon des prescriptions véhiculées par des scénarios culturels, lesquels imprègnent l’imaginaire de chacun et de chacune. Le sociologue Michel Bozon s’appuie sur la théorie des scripts sexuels de Gagnon afin de décortiquer les enjeux contemporains de la sexualité:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;[…] la pratique physique de la sexualité serait impossible dans l’espèce humaine sans un arsenal de prescriptions et d’apprentissages culturels, une ritualisation des interactions interpersonnelles et une élaboration mentale spécifique des individus, qui mettent le corps en route, structurent la sexualité physique et la saturent de significations. Dans le désir humain, les corps ne sont pas agis par l’instinct: ils font ce qu’ils savent (pour l’avoir appris) et savent (&lt;em&gt;i.e.&lt;/em&gt; se représentent) ce qu’ils font. (Bozon, 1999: 2)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;De plus, les scripts sexuels réservent aux acteurs sociaux des prescriptions et des expériences différenciées selon le sexe. La distinction présente entre la sexualité des hommes et celle des femmes réside dans le fait que les deux ne répondent pas aux mêmes schémas prédéterminés, reconduits par les multiples institutions sociales. C’est là précisément que la forte probabilité pour les femmes (et, dans le cas qui nous occupe, pour les jeunes adolescentes) d’être soumises à la violence symbolique devient tangible. Elles se trouvent amenées à penser leur désir, de même que l’ensemble du rapport sexuel, à partir d’un discours dont elles ont été exclues, à titre de sujets pensants et agissants, et qui relaie d’innombrables scripts hétérosexistes, façonnés par l’idéologie patriarcale dominante&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref1_fb0fly3&quot; title=&quot;Anne-Marie Dardigna soulève cette perversion de la pensée, introduite par la domination du masculin sur les structures sociales, en parlant des «corps des femmes réduits à n’avoir pour seul langage que celui concédé par les hommes, voire imaginé par eux» (Dardigna, 1980: 171).&quot; href=&quot;#footnote1_fb0fly3&quot;&gt;1&lt;/a&gt;. Car, si le monde social se targue aujourd’hui de «ne plus blâmer les jeunes filles qui ont plusieurs partenaires sexuels» (Maillochon, 1999: 278), celles-ci connaissent toujours un nombre moindre de partenaires que leurs homologues masculins. Qui plus est, leurs premières relations sexuelles, même lorsqu’elles sont mutuellement désirées, s’avèrent «presque unilatéralement marqué[es] par l’aînesse du garçon» (Maillochon, 1999: 281). L’initiation par un partenaire plus expérimenté qu’elles apparaît donc, encore aujourd’hui, comme le «standard des relations hétérosexuelles» (Maillochon, 1999: 281). Une telle dissymétrie place les jeunes adolescentes dans une position précaire par rapport à leur propre sexualité, alors que, comme le souligne Gagnon ([1991] 2008), leur innocence, la méconnaissance de leur propre désir et une représentation masculine du sexuel continuent d’être au cœur des scénarios culturels dominants.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il sera donc question de mettre au jour la représentation du personnage féminin désirant dans le texte littéraire à la fin du siècle dernier: dans quelle mesure est-il soumis à des scénarios culturels (Gagnon, [1991] 2008) établis en correspondance avec une pensée patriarcale? L’expression de son désir, ses projections intrapsychiques (ses fantasmes) de même que ses rapports à l’Autre désiré s’orientent-ils selon ces prescriptions préalablement incorporées (faisant ainsi subir au personnage désirant une violence symbolique), ou font-ils montre d’un agir transgressif? Nous nous pencherons précisément sur deux romans contemporains écrits par des femmes, soit &lt;em&gt;Aurélien, Clara, Mademoiselle et le Lieutenant anglais &lt;/em&gt;d’Anne Hébert (1995) et &lt;em&gt;L’Île de la Merci&lt;/em&gt; d’Élise Turcotte (1997). Ces romans présentent chacun un personnage d’adolescente exprimant un désir pour un homme (garçon ou adulte) et vivant une expérience sexuelle pour la première fois. Il convient de se demander si les personnages d’adolescentes mises en scène opèrent, par la subjectivité qui leur est accordée par les auteures, une distorsion sur le plan de la performance des scripts, ou si au contraire leur imaginaire demeure «colonisé» (Roussos, 2007) par les scripts sexuels dominants&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;Aurélien, Clara, Mademoiselle et le Lieutenant anglais&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref2_789e10n&quot; title=&quot;Les citations empruntées à cette œuvre seront désormais signalées par le sigle AC, suivi du folio.&quot; href=&quot;#footnote2_789e10n&quot;&gt;2&lt;/a&gt;&lt;strong&gt;: les limites de l’expression du désir féminin&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Orpheline de mère, Clara Laroche grandit dans le silence presque absolu de son père, Aurélien, au cœur de la campagne de Sainte-Clotilde. Ne sachant ni lire ni écrire à l’âge de dix ans, elle est recueillie par Mademoiselle, l’institutrice du village, qui s’empresse de lui «délivrer […] le plus rapidement possible […] toutes les connaissances amassées dans sa flamboyante tête rousse» (AC: 21). À la mort de celle-ci, munie de tout le savoir de sa «mère substitut» (Boisclair, 2011), Clara retrouve le silence dans lequel a baigné son enfance. À presque quinze ans, son désir s’éveille pour un militaire britannique venu s’installer dans la forêt près de chez elle.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Du silence originel…&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;À la suite de la mort de sa femme, Aurélien perd définitivement la foi et s’enferme dans un silence perpétuel. Comme celui-ci préfère «la vie profonde et noire où les choses ne sont jamais dites et nommées» (AC: 17) au monde réel, extérieur, «bavard et prétentieux» (AC: 17), aucun savoir patriarcal ne se trouve relayé à l’intérieur de la sphère familiale. L’enfance de Clara se déroule dans «une maison de planches mal équarries, au bord de la rivière », coupée de tous les autres habitants de Sainte-Clotilde par «une sorte d’enclos d’herbe pelée» (AC: 10). Isolée, Clara se confond avec son environnement sauvage: «Le soir, réfugiée dans son grenier, elle éprouvait parfois, dans tout son corps fourbu, sa profonde ressemblance avec l’herbe et les arbres, les bêtes et les champs, avec tout ce qui vit et meurt, sans se plaindre ni rompre aucun silence» (AC: 35). En grandissant, la jeune fille pose ses repères dans un monde répondant davantage aux lois imprévisibles de la nature qu’à celles, organisées, de la culture.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;…à la non-soumission à la culture patriarcale&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Au fil du récit, l’univers de l’adolescente n’échappe toutefois pas entièrement aux schémas prescriptifs instaurés par les lois patriarcales. Son imaginaire est bien vite habité par les contes, qui lui sont lus par Mademoiselle (AC: 22). Clara déjoue toutefois le scénario qu’ils transportent dans sa manière d’investir le désir. Si le script relayé par les contes introduit chez les jeunes filles un sentiment d’élection, Clara, elle, le récuse. Lorsqu’elle croise dans la campagne des militaires, et que ceux-ci «l’invit[ent] à faire un tour de lit avec eux» (AC: 38), elle poursuit sa route tout en leur répondant silencieusement: «Salut, salut, vous tous qui me guettez sur le chemin comme un chat guette une souris, laissez-moi passer, écartez-vous, je ne suis pas pour vous, beaux messieurs en short kaki […]» (AC: 38). Lorsqu’ils s’adressent de la sorte à l’adolescente, les soldats contribuent à reproduire la dialectique traditionnelle selon laquelle les hommes sont sujets de leur désir, alors que les femmes représentent l’objet à s’approprier (Guillaumin, 2002). Clara outrepasse les cadres de ce scénario, dans lequel elle fait figure de proie, en s’aventurant dans la forêt, soit «en pays inconnu» (AC: 40). C’est là, dans «la nouveauté absolue de l’air sur une route déserte» (AC: 40), qu’elle trouvera celui qui éveillera son désir, et qu’elle aura elle-même choisi.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Réécriture des scripts traditionnels et affirmation du désir féminin&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Au moment où l’adolescente aperçoit pour la première fois le Lieutenant, assis devant sa cabane de bois rond, son regard se pose sur lui librement, profitant du fait qu’endormi, il soit entièrement offert à sa vue: «Elle prend tout son temps pour le regarder, alors qu’il est encore sans regard pour elle, abruti de chaleur, […], offert au soleil» (AC: 44)&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref3_0876blo&quot; title=&quot;Lucie Guillemette souligne la portée agentive du regard et son importance dans la constitution du sujet féminin: «[…] l’agentivité féminine consiste d’abord en une prise de conscience, au moyen du regard, des mécanismes d’oppression enfermant la femme dans l’idéologie dominante […]» (2005b: 71).&quot; href=&quot;#footnote3_0876blo&quot;&gt;3&lt;/a&gt;. Les rôles traditionnellement réservés à chacun des sexes sont alors intervertis. En effet, si l’on s’en rapporte à l’idéologie patriarcale, le regard des hommes précède celui des femmes, modèle le corps de celles-ci et le définit selon une image fabriquée. Dans le même esprit, Clara ne transpose pas, de son côté, une image idéalisée sur le Lieutenant pour le faire correspondre au fantasme d’un prince. C’est plutôt un «jugement sévère» qui oriente son regard: «Grand, maigre, osseux, torse nu, short kaki, cet homme, sec comme une fleur pressée dans un missel, ressemble aux soldats avides de filles et d’alcool qui circulent à cœur de jour, beau temps, mauvais temps, sur les routes étroites de Valcour à Sainte-Clotilde» (AC: 45). Clara le voit ainsi tel qu’il est, et c’est donc en sa qualité d’homme «maigre» (AC: 61) et «effrayé» (AC: 55)&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref4_ezl3qyu&quot; title=&quot;Le lieutenant apparaît ainsi plutôt atypique par rapport aux autres soldats croisés par Clara.&quot; href=&quot;#footnote4_ezl3qyu&quot;&gt;4&lt;/a&gt; qu’elle le désire.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;De retour dans la maison de son père, ce trouble qu’elle avait ressenti au contact du Lieutenant et dont la source lui avait d’abord été inconnue devient tranquillement désir. Sa voix prend alors le relais du discours narratif afin d’établir «l’inventaire de sa personne» (AC: 65) et de ses connaissances. Au terme de son énumération, elle ajoute ce sentiment nouveau:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Je m’appelle Clara Laroche.&amp;nbsp;&lt;br&gt;J’ai presque quinze ans.&amp;nbsp;&lt;br&gt;[…]&amp;nbsp;&lt;br&gt;Tout ce que je sais, c’est Mademoiselle qui&lt;br&gt;est morte qui me l’a appris.&lt;br&gt;Je pèse environ cent livres.&amp;nbsp;&lt;br&gt;Je mesure cinq pieds et quelques pouces.&amp;nbsp;&lt;br&gt;Je grandis à vue d’œil,&amp;nbsp;&lt;br&gt;je suis noire comme une corneille,&amp;nbsp;&lt;br&gt;je joue de la flûte à bec.&lt;br&gt;Je crois que je suis tombée en amour avec le&amp;nbsp;&lt;br&gt;Lieutenant anglais. (AC: 66)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’intrusion de la voix de Clara dans le récit, malgré qu’elle demeure dans la sphère intime, puisque l’adolescente ne fait que penser ces mots, donne bientôt à voir un désir appuyé. L’expression de son désir, d’abord traduite par une «litanie monotone» («Je le ferai. Je le ferai. Je le ferai.» (AC: 67)), se mue en une affirmation chuchotée, comme une promesse faite à elle-même: «Je serai la femme du Lieutenant anglais» (AC: 67). Déterminée à retourner chez le Lieutenant afin d’y célébrer «ses noces» (AC: 69), elle choisit, parmi les biens que lui a légués Mademoiselle, une robe, «la plus belle», et des «souliers à talons hauts» (AC: 68). C’est ainsi, vêtue à l’image de son institutrice, dépeinte comme un sujet autonome dans le récit&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref5_nl2tn1z&quot; title=&quot;Puisque Mademoiselle exerce la profession d’institutrice, se positionnant de la sorte comme détentrice du savoir, qu’elle est la propriétaire de son domicile et de tous ses biens, il nous est possible d’avancer qu’elle occupe, selon la formule d’Isabelle Boisclair, le statut de sujet autonome: «Qu’elles soient vieilles filles, célibataires ou mariées, les femmes devenues sujets autonomes agissent pour elles-mêmes, gagnent leur vie elles-mêmes et habitent dans leur propre maison ou leur propre logement» (2000: 116).&quot; href=&quot;#footnote5_nl2tn1z&quot;&gt;5&lt;/a&gt;, que Clara se présentera au Lieutenant. Tout se passe comme si cette tenue, en même temps qu’elle l’habille, lui insufflait toute la détermination de Mademoiselle. Cette séquence illustre de manière métaphorique l’acquisition par Clara d’une subjectivité, rendue possible tant par l’intervention de Mademoiselle que par sa vie en retrait du monde conventionnel, ce qui soustrait une fois de plus son désir au scénario patriarcal.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Alors que Clara laisse toute la place à son désir (AC: 63-69), le Lieutenant tente de toutes ses forces de le contenir. Éprouvé dès l’enfance par une éducation stricte où on lui a appris que «la peur, comme la faim et la soif, le chaud et le froid, se domine et se commande à volonté» (AC: 56), il cherche, sachant ce qu’il risque en cédant à son désir, à «faire en sorte que sa faim et sa soif de la petite fille soient nulles et non avenues» (AC : 73). Son désir n’est pas à l’abri du «jugement» (AC: 88) de la société, qui le guette pour le condamner au moindre geste inapproprié. Dans ce roman, la configuration traditionnelle du désir&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref6_zorwlp2&quot; title=&quot;Nous entendons ici la configuration prescrivant des comportements à adopter selon le sexe, modelés à partir de la pensée patriarcale, où le désir féminin est posé «en miroir du désir masculin» (Dardigna, 1980: 15).&quot; href=&quot;#footnote6_zorwlp2&quot;&gt;6&lt;/a&gt; est ainsi invalidée par une trame narrative qui expose et légitime le désir féminin tout en culpabilisant celui, objectivé, de l’Autre.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Lorsque, enfin, elle se met en route pour rejoindre le Lieutenant, l’adolescente voit son désir mis à l’épreuve par la réminiscence d’un scénario au sein duquel le féminin est assujetti à la toute-puissance masculine:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Dans l’imperceptible vibration du jour et les couleurs du prisme en larges banderoles devant elle, Clara implore un dieu qu’elle ne connaît pas, tremble devant sa face cachée, prie tout bas pour que le Lieutenant ne la prenne pas comme un chat prend une chatte en lui enfonçant ses crocs dans la nuque, pour la maintenir sous lui, tandis qu’il la déchire. (AC: 78)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La présence de ce passage à cet endroit du récit n’est pas innocente: Clara, seule sur une route de campagne isolée, se rend chez un homme plus âgé qui a un passé d’abuseur&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref7_bpfbmb8&quot; title=&quot;«Tant de départs précipités déjà dans sa vie. Tant de petites filles adorées, aussitôt quittées, dans le sang de la première étreinte, alors que croît la crainte de passer en jugement pour cela, devant des juges à perruques de ficelle blanche» (AC: 87-88).&quot; href=&quot;#footnote7_bpfbmb8&quot;&gt;7&lt;/a&gt;. Si la jeune fille ignore cela, il n’en reste pas moins qu’en s’offrant de son propre gré à ce dernier, soit en se posant comme sujet désirant&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref8_omltcyl&quot; title=&quot; Le Lieutenant, s’il a déjà abusé de jeunes filles, n’a ici rien d’un prédateur. Au contraire, il échoue à faire valoir les caractéristiques constitutives de l’identité virile: «Sous tous les rapports, le Lieutenant faillit aux codes de la virilité triomphante. […] Au-delà, c’est tout le système social de prescriptions de la masculinité normative qui est montré du doigt» (Boisclair, 2011: 83).&quot; href=&quot;#footnote8_omltcyl&quot;&gt;8&lt;/a&gt;, elle désamorce une fois de plus le scénario patriarcal traditionnel.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Désir féminin/Sexualité masculine: les contradictions&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Toute désirante qu’elle soit, Clara ignore pourtant tout des codes structurant les conduites sexuelles. Ainsi, pour désigner sa rencontre sexuelle avec le Lieutenant, elle se réfère aux contes et entend «se marier» (AC: 79) avec lui. Mais comme elle doit être initiée, la relation sexuelle se déroule sous l’égide du Lieutenant. Bien que la rencontre sexuelle ait eu lieu sous l’initiative de l’adolescente, elle doit s’en remettre à ce qu’il lui montre. Au sein de ce script, le féminin est à nouveau soumis à la passivité qui traditionnellement le caractérise. L’adolescente obéit au Lieutenant, en ne criant pas et en fermant les yeux. Sa participation à l’élaboration du script interpersonnel se trouve déniée, tandis qu’elle est privée de parole et du privilège du regard. Sa méconnaissance l’incite de plus à le laisser «faire ce qu’il voulait d’elle» (AC : 80-81). La jeune fille tente ensuite d’extérioriser son désir en caressant le corps du Lieutenant, mais en vain: «Il tressaille à peine sous les doigts de Clara comme s’il s’agissait d’un souffle léger effleurant en rêve son corps endormi, son sexe désarmé» (AC: 82). Son inscription dans ce script tient du rêve, du fantasme, peut-être, mais non du réel.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La puissance du désir féminin dans &lt;em&gt;Aurélien, Clara, Mademoiselle et le Lieutenant anglais&lt;/em&gt; est indéniable, et appuyée par tout le dispositif narratif du récit: «Elle s’étonne de vouloir cela si fort, comme si sa vie en dépendait» (AC: 68). L’adolescente refuse d’être l’élue d’un désir masculin et choisit son «prince». Le désir de Clara souffre cependant de son ignorance en matière sexuelle, ce qui l’enjoint à s’en remettre au savoir-faire de ce dernier. Les quelques scénarios qui lui sont éventuellement imposés reconduisent la suprématie du masculin sur le féminin et sont relayés par une partie du savoir que lui a légué Mademoiselle. Ce savoir, s’il semble se transmettre exclusivement entre femmes dans le récit&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref9_sl88yyq&quot; title=&quot;Cette structure instaure, selon Lucie Guillemette, une «généalogie féminine» dans le récit, qui favorise l’acquisition par Clara d’une subjectivité désirante (Guillemette, 1997, citant Irigaray, 1990: 19).&quot; href=&quot;#footnote9_sl88yyq&quot;&gt;9&lt;/a&gt;, n’est pas exempt de l’emprise patriarcale sur la culture. La sexualité, dans le récit, est donc structurée, légiférée par un monde à la fois adulte et androcentré. De cette façon, bien que la force du désir et sa légitimation se situent du côté de Clara, l’élaboration des scripts interpersonnels demeure l’apanage du masculin et la connaissance qu’a la jeune fille de sa propre sexualité se trouve, au final, «colonisée» (Roussos, 2007).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;L’île de la Merci&lt;/em&gt;: les scénarios de la violence et la négation du désir féminin&lt;/strong&gt;&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref10_bog24zn&quot; title=&quot;Cette section de l’analyse de L’île de la Merci de Turcotte est partiellement tirée de mon mémoire de maîtrise en études françaises, «L’expression du désir féminin adolescent: étude des (re)configurations des normes sexuelles genrées dans quatre romans québécois contemporains». (Université de Sherbrooke, 2012).&quot; href=&quot;#footnote10_bog24zn&quot;&gt;10&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;L’île de la Merci&lt;/em&gt;, paru en 1997, est le deuxième roman de la poète, nouvelliste et romancière Élise Turcotte. L’histoire, centrée sur le personnage d’Hélène, prend place au cours de l’été de ses quinze ans, dans un environnement où les femmes sont, selon toute apparence, «promis[es] à une mort violente» (IM: 102). Aussi, alors que le désir d’Hélène pour les garçons commence furtivement à prendre forme, tout concourt à le circonscrire au sein de scripts sexuels représentant l’aboutissement extrême de la domination patriarcale, que John H. Gagnon nomme les «scripts de l’agression sexuelle et de la violence» (Gagnon, [1991] 2008). La récente découverte, dans l’île de la Merci, de corps de jeunes filles de son âge, violées et tuées, soumet l’imaginaire de l’adolescente à des scénarios où le désir féminin est invariablement nié au profit de la toute-puissance masculine. Cette subordination de la psyché féminine aux discours hégémoniques ambiants minera son initiation sexuelle, au cours de cet été particulier.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Le corps piégé&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans le roman de Turcotte, le corps féminin se trouve profondément ancré dans la honte (Côté, 2006: 52). Plutôt que d’assumer leur corps et ses désirs, les personnages féminins optent pour le retranchement dans le monde abstrait et indéfini de la conscience, et apparaissent toujours plus ou moins absents au monde. De façon générale, le corps détient une fonction précise: témoigner de sa présence au monde social. Or le corps des femmes, en tant que dépositaire d’images fabriquées par un discours hégémonique, est d’emblée défini par un entendement social qui l’exclut&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref11_eeeguji&quot; title=&quot;Selon Anne-Marie Dardigna, le corps des femmes est le «lieu privilégié de l’attentat», le siège d’une lutte prenant la forme d’un processus d’«expropriation/appropriation» faisant du sujet féminin un objet, invariablement parasité par un regard étranger (1980: 255).&quot; href=&quot;#footnote11_eeeguji&quot;&gt;11&lt;/a&gt;. Pour les personnages féminins de &lt;em&gt;L’île de la Merci&lt;/em&gt;, le fait de nier toute correspondance au corps, sorte d’intermédiaire piégé entre le dedans et le dehors, apparaît moins chargé de conséquences. Comme nous le verrons, les scripts véhiculés dans ce dehors imposent la souveraineté du désir masculin, qui fait des femmes des proies potentielles. Pour elles, obéir au corps, actualiser ses fantasmes et investir les espaces publics impliquent de s’exposer en toute conscience au danger.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Les scénarios dominants: violence et domination du féminin&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans son entreprise de décortication des schémas culturels préexistant à la sexualité humaine, Gagnon souligne l’apport d’une certaine pensée féministe selon laquelle «toutes les conduites sexuelles de tous les individus dans la société, femmes comme hommes, seraient façonnées par le pouvoir qu’ont les hommes sur les femmes». Dans cette optique, «[l]e viol ne serait que l’expression ultime de ce pouvoir patriarcal et les violeurs représenteraient l’aboutissement ultime de l’éventail des conduites des hommes envers les femmes» (Gagnon, [1991] 2008: 121). Les scripts à l’œuvre dans &lt;em&gt;L’île de la Merci&lt;/em&gt;, répondent à ces manifestations socialement perceptibles de la dynamique soumission/appropriation du corps féminin. Mais jetons d’abord un coup d’œil au scénario reconduit à l’intérieur même de la maison familiale qui, d’emblée, contribue à soutenir la négation du féminin.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le premier modèle de relation offert à Hélène est celui formé par ses parents. Étant donné qu’ils refusent désormais de se toucher et même de se côtoyer&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref12_8kfmyr7&quot; title=&quot;Viviane prend d’ailleurs la décision, dans le chapitre intitulé «L’épreuve», d’aménager un espace pour elle seule au grenier. L’investissement de ce nouveau lieu, comme métaphore de sa liberté (IM: 171), est cependant rapidement avorté: c’est là même qu’elle trouvera sa fille Lisa pendue à la fin du récit.&quot; href=&quot;#footnote12_8kfmyr7&quot;&gt;12&lt;/a&gt;, il apparaît impossible pour Hélène de reconstruire mentalement l’image de leur premier baiser: «[…] elle s’exerce encore une fois, en vain, à imaginer comment la langue de son père a pu un jour entrer dans la bouche de sa mère, comment ses bras ont pu se nouer autour d’elle, et le reste, oui le reste […]?» (IM: 66) Si Hélène réussit enfin à imaginer ses parents réunis par l’échange d’un baiser, c’est que Viviane «leur a raconté [un jour] cet épisode de long en large, à elle et à Lisa» (IM: 68). Selon Deborah L. Tolman (1994), un discours ouvert sur le désir et le sexuel transmis par des femmes aux jeunes filles les ferait, d’un côté, prendre conscience des rouages de l’idéologie patriarcale et de sa mainmise sur leur corps et leur psyché, et de l’autre, leur permettrait d’explorer les sentiments sexuels «&lt;em&gt;in ways that bring joy and agency&lt;/em&gt;» (339)&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref13_1fijrgg&quot; title=&quot;Elle cite à ce sujet Sharon Thompson: «Thompson (1990) found that daughters of women who had talked with them about pleasure and desire told narratives about first intercourse that were informed by pleasure and agency» (Tolman, 1994: 339).&quot; href=&quot;#footnote13_1fijrgg&quot;&gt;13&lt;/a&gt;. Or, dans le cas de la seule anecdote liée au sexuel narrée par la mère, la rencontre des corps n’est exprimée que sous son aspect biologique. La dimension érotique du récit de Viviane est évacuée, si bien que les interrogations de la jeune fille par rapport au désir demeurent sans réponse. Une fois encore, l’expérience charnelle du corps féminin est reléguée dans la sphère de l’indicible. Le corps féminin doit rester pur, sans désir; un objet à prendre. Aussi, le sujet désirant est-il ici strictement masculin: «En 1994, cinq ans avant la naissance d’Hélène, la langue de son père était peut-être entrée justement de façon tout à fait liquide dans la bouche de sa mère, Viviane, la fille &lt;em&gt;qu’il désirait&lt;/em&gt; depuis quelque temps […]» (IM: 66, je souligne).&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’île où prend place le récit est empreinte d’un climat d’insécurité et de violence&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref14_f6yhj60&quot; title=&quot;D’emblée, la situation de la maison familiale à proximité de la prison de Bordeaux renvoie symboliquement à un climat de violence.&quot; href=&quot;#footnote14_f6yhj60&quot;&gt;14&lt;/a&gt;. Elle est devenue, depuis peu, le théâtre de la mort brutale de jeunes filles du même âge qu’Hélène. Ainsi, elle semble désormais représenter, pour plusieurs, un lieu hostile où prennent forme des scénarios des plus violents:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Maintenant qu’on y a découvert le corps d’une jeune fille [Marie-Pierre Sauvé], elle [l’île] n’est plus, pour l’instant, aux yeux d’un certain nombre de personnes du quartier, qu’un théâtre ouvert aux rêves et à la cruauté. (IM: 67)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’île, de même que le corps féminin, se révèlent, en apparence, exempts de toute souillure. Ce masque cache pourtant une faille, pour l’une comme pour l’autre. L’île camoufle un «poids mort» (IM: 67): les cadavres de jeunes innocentes. Le corps féminin, quant à lui, abrite la honte et la peur du désir (tout autant celui des hommes que le sien). Et ce qui gronde, dans les deux cas, sous le couvert de l’impassibilité, c’est le résultat de la violence à la fois physique et symbolique subie par les femmes. L’île, comme le corps, est habitée d’une matière étrangère et nocive, «[n]aturellement hanté[e] par l’idée que quelque chose de sale pourrait s’y produire» (IM: 67).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Viviane, la mère, apparaît comme la première victime de l’emprise des scénarios violents sur le développement des relations hommes/femmes. En témoigne la pensée patriarcale dominante qui traverse son discours, adressé à ses filles. Le discours hégémonique se déploie ainsi dans le lieu privé de la maison familiale tant sous forme de mises en garde («&lt;em&gt;Tu vois, dehors, nous ne sommes à l’abri de rien, Hélène&lt;/em&gt;» [IM: 51, souligné dans le texte]), d’interdictions («Sa mère ne lui a-t-elle pas souvent répété, bien avant cet événement, de ne jamais aller dans l’île, le soir, et surtout jamais seule?» [IM: 69-70]), de prescriptions («&lt;em&gt;Tu es une fille, regarde derrière toi&lt;/em&gt;» [IM: 89, souligné dans le texte]), que d’idées préconçues sur la sexualité des jeunes filles («Car ses petites filles ne feraient pas comme les autres, n’est-ce pas [en parlant de la précocité des premières expériences sexuelles]? Pas aussi tôt!» [IM: 162]). Les adolescentes, Hélène et Lisa, qui ne franchissent que rarement les limites de la maison, ne peuvent qu’introjecter le discours de la mère, lequel sous-tend une association irréductible entre la victimisation des femmes et leur présence dans les espaces publics.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Différenciation et affirmation d’une subjectivité&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Si le sort réservé aux femmes par les scripts dominants est constamment remis au jour par le discours prescriptif de la mère, Hélène cherche toutefois à rompre avec la présence en elle d’un féminin meurtri, toujours coupable, mais pourtant victime. Viviane a inscrit la peur dans son corps:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;N’importe quoi peut arriver à l’improviste. N’importe qui peut, un jour ou l’autre, s’approcher de trop près, se pencher, sentir le désir. Même s’il n’existe pas. Même s’il n’a jamais existé. Et n’importe qui peut renifler la peur. (IM: 56)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La représentation avec laquelle la jeune fille tente de rompre en adoptant des pratiques masculines&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref15_dtmhzqo&quot; title=&quot;Au cours de l’été, elle quitte entre autres la maison pour commencer à travailler dans un garage, lieu typiquement masculin.&quot; href=&quot;#footnote15_dtmhzqo&quot;&gt;15&lt;/a&gt; est celle d’un féminin condamné d’avance. Elle cherche ainsi à opérer une dissociation, de même qu’à s’affirmer en tant que sujet distinct. À Viviane, elle crie: «Tu n’es pas moi!» (IM: 77) Cette différenciation est impérative pour l’adolescente, qui souhaite investir ses désirs autrement.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Le désir féminin: les avenues condamnées&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Hélène, à quinze ans, s’éveille tranquillement à la sexualité et d’autres scripts, tout aussi prégnants que ceux que sa mère lui a transmis, l’incitent à passer à l’acte. Les autres filles de son âge ont déjà franchi l’étape de la «première fois», et lui ont confié qu’elles avaient «trouvé ça bien» (IM: 134). La jeune fille mesure alors son retard, «certaine d’être la seule au monde, à son âge, à n’avoir jamais donné de baiser» (IM: 68).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans les scripts qu’elle a incorporés depuis l’enfance, le désir féminin en tant que principe actif est inexistant. L’adolescente ne peut donc que répondre à un incitatif extérieur: «Il faudra bien accepter et tendre son corps vers cela [la rencontre sexuelle]. […] Il faudra bien dire oui» (IM: 68). Pour qu’Hélène puisse envisager la rencontre sexuelle comme le fruit de désirs mutuels, elle devrait d’abord reconnaître son propre désir. L’humiliation qui en découlerait prendrait la forme d’une blessure auto-infligée, puisque «c’est dans le corps que commence la honte» (IM: 29). Dès lors, si elle souhaite répondre à ses désir, il convient de projeter la source de cette honte au plus loin d’elle-même; dans le corps d’un agresseur qu’elle n’aurait pas vu venir par exemple. Ainsi raisonne-t-elle: «Il faudra bien dire oui. Même s’il serait plus simple d’y être forcée. Obligée. Ici, dans l’île, par exemple. Il vaudrait mieux plonger d’un coup sec dans l’humiliation, garder les yeux ouverts et voilà, que ce soit fait une fois pour toutes et qu’on n’en parle plus» (IM: 68).&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La culpabilité du désir fait surface lorsqu’elle entre au club de boxe où s’entraînent deux garçons d’une vingtaine d’années. Hélène se trouve rapidement rappelée au corps qu’elle a nié, tandis que ceux des garçons occupent toute sa pensée:&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;[S]es yeux sont irrémédiablement fermés, ses membres paralysés; elle n’arrive à penser à rien d’autre qu’aux shorts moites collés sur la peau des garçons, à leurs muscles, à leurs cuisses, à leurs bras, et aux cordes usées, aux fils qui pendent et qui dansent au rythme de leurs pieds. (IM: 86)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Cette attirance éprouvée à l’égard de garçons inconnus est si spontanée et puissante qu’elle obnubile l’adolescente: «Elle est si absorbée par leurs mouvements qu’elle oublie ce qui l’a poussée là, pourquoi elle est coupable et devrait se jeter aux pieds du premier venu en demandant pardon» (IM: 84). Son désir est avant tout perceptible par le regard qu’elle pose sur eux. Hélène fait montre d’agentivité, d’abord, en pénétrant dans un lieu réservé aux hommes, se disant même que «ce n’est pas parce qu’on ne lui a pas fait signe d’entrer qu’elle n’entrera pas cette fois» (IM: 84), mais elle le fait plus encore en s’appropriant l’exclusivité du premier regard, traditionnellement réservé aux hommes (Dardigna, 1980): elle est «assise devant deux garçons qui boxent sous son regard» (IM: 86). La jeune fille s’accorde de plus le loisir de détailler leur corps: «Ses yeux se posent alors sur les corps, puis remontent lentement vers les visages» (IM: 86). L’adolescente montre ainsi «&lt;em&gt;comment&lt;/em&gt; [elle est] &lt;em&gt;affamée&lt;/em&gt; [elle] &lt;em&gt;aussi&lt;/em&gt;» (IM: 86, souligné dans le texte). C’est par le biais du regard également qu’Hélène «choisi[t]» (IM: 87) un des garçons, Martin, pour vivre sa première relation.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le désir n’échappant toutefois jamais longtemps aux scripts qui le précèdent et l’ordonnent, la jeune fille réinvestit aussitôt la place désignée aux coupables: «Honte, sang, tumulte» (IM: 86). Et puis: «Qu’arriverait-il si l’un deux l’attachait à une corde? Elle n’aurait que ce qu’elle mérite» (IM: 87). L’expression de son désir se voit de plus compromise par le rappel d’anciennes prescriptions de ses parents, insérées dans la trame narrative: «Attention, tu es une fille», «C’est normal que le regard des hommes te gêne» (IM: 87).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;«La chambre de Thomas» ou l’impasse&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Lorsqu’elle se rend à l’école de Marie-Pierre Sauvé pour assister à la cérémonie organisée en sa mémoire, Hélène fait la rencontre de Thomas, «entré […] abruptement dans [sa] vie […] pour prendre la place de Martin» (IM: 115). Celui-ci l’ayant «clairement repoussée» (IM: 102), c’est au tour de Thomas d’éveiller le désir de l’adolescente: «Elle n’avait pas remarqué à quel point il était beau. Si grand. Les yeux si noirs. Elle n’avait pas pensé à lui ainsi: il est beau» (IM: 121). Elle récuse toutefois immédiatement ce sentiment: «Elle ne pourra jamais accepter qu’il soit beau, qu’il soit là, et qu’il la touche. Elle ne pourra pas accepter non plus qu’il ne le fasse pas. Elle ne pourra pas accepter d’en avoir envie. Un désir net, franc, normal» (IM: 121).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;À leur premier rendez-vous, Hélène suggère inopinément qu’ils passent la soirée chez Thomas, mais, tout de suite, la perspective de se retrouver seule avec ce garçon dans «une maison vide» (IM: 122) l’effraie: «[…] son corps à elle deviendra de plus en plus envahissant. Il va devenir géant!» (IM: 122) Cette vision d’angoisse atteste de la méconnaissance d’Hélène de son propre corps et de ses désirs. Tenue à l’écart de son corps par l’intrusion des discours ambiants dans sa psyché, la jeune fille en ignore les contours, les besoins, les limites. Elle se voit ainsi devenir immense, «géant[e]», son corps échappant à sa volonté.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Comme nous l’avons déjà mentionné, les jeunes filles sont majoritairement initiées sexuellement par un partenaire plus âgé: «Les jeunes filles perçoivent généralement ce décalage d’âge à l’avantage des garçons comme un élément positif, rassurées par la présence d’hommes plus mûrs alors qu’elles ne sont entourées que de garçons» (Maillochon, 1999: 281-282). Le désir d’Hélène est influencé par ce schéma dominant. L’adolescente aurait en effet souhaité être initiée sexuellement par Martin, le garçon plus vieux: «Elle a pris cette décision. C’est lui, ça ne peut être que lui. Et elle doit être prête pour la toute première fois» (IM: 88). Qu’Hélène découvre Thomas expérimenté («Ce n’est pas la première fois. Il sait ce qu’il fait» [IM: 124]), ne change rien à son malaise: «Elle ne voulait pas d’un garçon de son âge» (IM: 140). Le script selon lequel l’initiation sexuelle des jeunes filles se fait plus «naturellement» en présence d’un garçon plus âgé est bien ancré dans son esprit. Ainsi, si elle «se laisse [d’abord] faire» sans réagir sous les caresses de Thomas, elle est soudainement prise d’une peur panique au moment où celui-ci «se penche au-dessus [d’elle] et descend la fermeture éclair de ses jeans» (IM: 124), de sorte qu’elle s’enfuit chez elle. De retour dans sa chambre, elle rêve qu’elle «ouvre la fenêtre et se jette dans le vide» (IM: 126). La métaphore employée se révèle particulièrement significative, alors qu’il appert que la relation avec Thomas, à l’opposé de celle, fantasmée, avec Martin, ne répond pas directement à un schéma préétabli.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il n’y a pourtant pas de fuite possible: «Il faut que le changement s’opère» (IM: 141). Avant de retourner dans la chambre de Thomas, Hélène souhaite «lui montrer l’île» (IM: 141). Alors qu’elle ne parvient pas à s’imaginer dotée de pouvoir au cours de la relation intime qui se déroulera entre eux, elle se découvre capable d’agir sur ce qui se passera avant&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref16_j1xhb4t&quot; title=&quot;Cette prise de conscience de son agentivité est d’ailleurs clairement énoncée par la narration: «Une sensation de pouvoir furtif et suspect passe à travers elle» (IM: 141).&quot; href=&quot;#footnote16_j1xhb4t&quot;&gt;16&lt;/a&gt;. Aussi l’emmène-t-elle à l’endroit où a été découvert le corps de Marie-Pierre Sauvé et l’interroge: «Comment a-t-elle fait pour endurer ça? […] Qu’est-ce qui se passe avant? C’est comme un bébé en train de mourir sous les coups. Comment il endure ce qui se passe avant de mourir?» (IM: 150) «Peut-être qu’il perd connaissance», suggère Thomas (IM: 150). L’adolescente ressent un immense soulagement à cette pensée de l’esprit qui se sépare du corps sous la souffrance et incorpore d’un coup cette idée dans son imaginaire. Dans ce scénario hypothétique, la souffrance infligée par le violeur et meurtrier contraint la victime à lui abandonner définitivement son corps. De la même façon, en raison de la honte liée au désir —celle-ci étant inscrite dans le corps féminin—, Hélène se dissociera de son corps lors de «l’épreuve» de la première fois avec Thomas: «Dans la chambre de Thomas, quelques jours plus tard, Hélène flotte au-dessus de son propre corps» (IM: 151). La situation vécue par Marie-Pierre Sauvé relève d’un script de la domination élaboré sous sa forme la plus extrême. Néanmoins, le rapport au corps, s’il est modalisé différemment dans les deux cas, du plus banal au plus violent, demeure le même : le corps féminin se voit entièrement remis aux mains de l’homme. Pour Hélène cependant, il aurait pu en être autrement, puisque Thomas n’a rien de l’agresseur, et il ne reproduit pas non plus les caractéristiques de la masculinité normative. Il lui offre plutôt un rapport égalitaire, qui permettrait de réinvestir de nouvelles significations les structures présidant à l’expression du désir féminin:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Thomas aurait dû se jeter sur elle l’autre soir dans l’île. Elle aurait été forcée de dire oui, soumise à une sorte de détermination aveugle, bienveillante, et ils auraient pu faire comme des centaines d’autres avant eux […] Mais Thomas ne l’a pas fait. Thomas a attendu qu’elle se décide et qu’elle fasse le premier geste pour se retrouver ici, dans une chambre, entre quatre murs. (IM: 152)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’univers psychique de l’adolescente est toutefois invariablement imprégné des scripts dominants et l’action de s’éloigner mentalement de son corps afin de le laisser à la volonté de l’autre demeure, pour elle, un mécanisme de défense contre l’emprise de la honte sur le désir féminin.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Pendant l’acte proprement dit, Hélène doit commander à son corps les réactions appropriées. À l’inverse de Thomas, qui semble en parfaite harmonie avec son corps et ses mouvements, la jeune fille répond mécaniquement aux caresses du garçon, avec des gestes non sentis: «Elle doit faire certains gestes. C’est sûrement son tour, comme dans une chorégraphie, un kata, un échange de coups. Elle ne sait pas lesquels» (IM: 153). Sa psyché se montre même «colonisée» (Roussos, 2007) de prescriptions visant à la convaincre qu’elle aime la façon dont se déroule leur rapport: «&lt;em&gt;Tu aimes la main de Thomas. Sa bouche se promène sur toi. Tu aimes qu’il respire plus vite comme s’il aspirait et expirait son propre désir&lt;/em&gt;» (IM: 153, souligné dans le texte). La jeune fille souhaiterait malgré tout participer plus activement à ce script qui se déroule entre eux et ainsi exposer ouvertement ses désirs, comme la narration le laisse entendre: «Elle voudrait être plus forte que lui et le diriger» (IM: 153). Tout au long de la relation, elle profite de ce que Thomas ne la regarde pas pour s’évader et «percevoir l’île, le vent, le feuillage des arbres» (IM: 154). Elle traverse de cette façon son «épreuve», absente de son corps, «[s]auf que Thomas lui fait mal» (IM: 154). La douleur la confronte ainsi à la réalité de son corps, de même qu’à celle de Thomas, et du coup, tout devient «si lourd» —lourd au point où Hélène s’imagine «sous les roues d’un camion» (IM : 154). «Ce n’est pas ça», conclut-elle (IM: 154).&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’identité sexuée plus souple de Thomas permet la mise en place d’un script interpersonnel où les rôles ne sont pas définis d’avance&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref17_zkqpp11&quot; title=&quot;En cela, Thomas est unique dans l’entourage de l’adolescente: «Il ne ressemble à personne. Ni à Martin, ni à son père. À personne» (IM: 162).&quot; href=&quot;#footnote17_zkqpp11&quot;&gt;17&lt;/a&gt;. Le sujet féminin ne peut performer un rôle complètement passif, comme le prescrivent les scripts dominants. La première expérience sexuelle d’Hélène aurait donc pu être positive. Thomas ne s’impose pas à elle, pas plus qu’il ne lui impose une façon de procéder, et la jeune fille est à même de le constater: «Tout doit donc venir de sa volonté à elle.» (IM: 154) Ainsi, elle «enlèv[e] elle-même ses vêtements» et «écarte les jambes pour faire de la place à celui qui aime» (IM: 153-154). Le garçon ne s’impose pas, car malgré qu’il soit expérimenté, Thomas n’incarne pas une virilité triomphante (le cas échéant, il performerait toujours indifféremment le sexuel, sans égard pour sa partenaire). Ainsi, tout, au sein des scripts interpersonnels, doit être repensé, adapté à son ou sa partenaire, comme l’explique Gagnon:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;[…] nous sommes d’abord socialisés aux scénarios culturels comme spectateurs ou élèves, mais […] l’obligation de mettre ces scénarios en pratique nous contraint à les modifier de façon à satisfaire aux impératifs des situations concrètes qui comprennent, par exemple, les attentes des autres personnes qui se trouvent dans ces situations avec nous et l’ensemble des relations que nous entretenons avec elles. (Gagnon, 1999: 77)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Or, dans le cas du viol ou de toute autre situation répondant aux «scripts de l’agression sexuelle et de la violence», cette «réorganisation» n’a pas cours; la volonté d’un seul des deux individus prime et aucun dialogue («interrelation») n’est possible. C’est le danger qui est également couru lorsque les jeunes filles longuement exposées à un discours hégémonique masculin sur leur propre sexualité, sont initiées sexuellement par un partenaire de sexe mâle, plus âgé et plus expérimenté. Mais revenons à ce qui a cours dans la chambre de Thomas. Pour Hélène, l’expérience est déstabilisante, voire traumatisante, puisque, contrairement à ce qu’elle a d’abord introjecté, puis projeté, il n’y a pas d’ordre. Cette idée sera confirmée plus tard, alors qu’elle comparera son «épreuve» à la chambre du garçon, lors d’une discussion avec Lisa:&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;— C’est comme la chambre de Thomas, dit Hélène à Lisa.&lt;br&gt;— Comment ?&lt;br&gt;— Étouffant. Plein de pensées désordonnées. (IM: 159)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’attitude inclusive de Thomas lui intime d’improviser, mais face à cette demande, la jeune fille se révèle impuissante.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;center&gt;***&lt;/center&gt;&lt;p&gt;En conclusion, pour les femmes, mais en particulier pour les jeunes filles —dont la virginité, et, par extension, l’image de pureté, demeure encore une valeur à protéger—, il importe de se soumettre aux prescriptions du monde social, qui nie toujours la puissance de même que la multiplicité des désirs qu’elles portent. Si elles obéissent aux désirs de leur corps, elles se libèrent de la position d’objet passif qui leur est commandé d’occuper, prennent une part active à leur sexualité, mais risquent alors sans contredit l’ostracisme&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref18_878d2ul&quot; title=&quot;Dans une étude réalisée par Deborah L. Tolman (1994), des adolescentes hétérosexuelles rapportaient, d’une part, avoir eu des rapports sexuels sans en avoir éprouvé le désir et d’autre part, s’être obligées à «dire non» lorsqu’elles en ressentaient très fort l’envie, par peur d’être ensuite perçues comme des «putes» (slut) (1994: 33).&quot; href=&quot;#footnote18_878d2ul&quot;&gt;18&lt;/a&gt;. Dès qu’elles commencent à expérimenter le sexuel, que ces expériences soient encore de l’ordre du fantasme ou qu’elles relèvent d’un rapport sexuel à proprement parler, les adolescentes se voient confrontées à un choix dont les deux options apparaissent irréconciliables: obéir aux pulsions du corps ou obéir aux règles du code culturel. Dans l’un ou l’autre des cas, l’expression du désir et du sexuel est vécue sur un mode restrictif. L’exclusion de la parole féminine des scripts qui définissent culturellement le sexuel expose les jeunes filles à la stigmatisation de leur désir, voire, dans les cas ultimes, à leur propre victimisation. Dans &lt;em&gt;Aurélien, Clara, Mademoiselle et le Lieutenant anglais&lt;/em&gt;, un changement est amorcé. La présence en filigrane de la mère accompagne Clara tout au long du développement de son désir (Boisclair: 2011). Mademoiselle, substitut maternel, la guide également et l’influence positive de ces deux femmes permet l’acquisition par l’adolescente d’une subjectivité désirante. Le discours référentiel féminin n’est cependant pas imperméable aux scripts dominants. C’est le cas dans &lt;em&gt;L’île de la Merci&lt;/em&gt;, où Viviane, la mère, apparaît comme la première victime de l’emprise patriarcale sur l’élaboration de la pensée.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans les deux œuvres, les adolescentes sont soumises à des scripts sexuels masculins d’un «initiateur» plus expérimenté. Toutefois, les scripts interpersonnels proposés par le Lieutenant et Thomas s’avèrent foncièrement différents. Alors que le Lieutenant incite explicitement Clara à la passivité, Thomas souhaite qu’Hélène fasse les premiers pas, lui témoigne son désir. Les deux initiations se déroulent pourtant de façon similaire, dès lors que les jeunes filles répondent passivement au désir masculin. Cette similitude dans le comportement des personnages féminins, bien qu’ils soient placés dans deux contextes différents, montre bien la prégnance des discours hégémoniques qui préexistent au désir féminin. Les scénarios sexuels, véhiculés dans le social, «sont importés dans [l]es scripts intrapsychiques» de l’individu, où ils sont adaptés selon ses fantasmes, puis «scénarisés» dans l’interaction avec un ou une partenaire (Gagnon, 1999). Or l’incorporation des scripts du dominant pose un problème majeur pour tout individu minoritaire: «[…] d’autres trouvent, au contraire, les exigences de la culture aliénantes et perturbantes, mais sont tout aussi incapables de jouer les rôles impartis que de se soustraire à ces exigences et ces rôles» (Gagnon, 1999: 77). C’est le cas des adolescentes représentées dans cette analyse. Aussi est-il possible, au final, de désigner un véritable coupable, soit l’idéologie patriarcale comme structure dominante, qui ordonne l’ensemble des scripts sexuels, et légitime un discours hégémonique sur le désir et le sexuel.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Références&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BARRY, Kathleen. 1979. &lt;em&gt;Female Sexual Slavery&lt;/em&gt;, Upper Saddle River: Prentice-Hall.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BOISCLAIR, Isabelle. 2011. «Présence et voix du spectre maternel dans &lt;em&gt;Aurélien, Clara, Mademoiselle et le Lieutenant anglais&lt;/em&gt;», Ville Saint-Laurent: Fides; Sherbrooke : Université de Sherbrooke, coll. Les Cahiers Anne Hébert, no&amp;nbsp;11, p. 71-90.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;________. 2000. «Au pays de Catherine», Ville Saint-Laurent: Fides; Sherbrooke : Université de Sherbrooke, coll. Les Cahiers Anne Hébert, n 2, p. 111-123.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BOURDIEU, Pierre. 1998. &lt;em&gt;La domination masculine&lt;/em&gt;, Paris: Seuil.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BOZON, Michel. 1999. «Les significations sociales des actes sexuels», &lt;em&gt;Actes de la recherche en sciences sociales&lt;/em&gt;, vol. 128, p. 3-23.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;________. 1993. «L’entrée dans la sexualité adulte: le premier rapport et ses suites», dans Michel Bozon et Henri Leridon, Sexualité et sciences sociales, &lt;em&gt;Population&lt;/em&gt;, no&amp;nbsp;5, p. 1317-1352.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BUTLER, Judith. 2005. T&lt;em&gt;rouble dans le genre. Le féminisme et la subversion de l’identité&lt;/em&gt;, traduit de l’anglais par Cynthia Kraus, Paris: La Découverte.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;CÔTÉ, Nicole. 2006. «L’île de la Merci, ou comment éviter le désastre», &lt;em&gt;Voix et Images&lt;/em&gt;, vol. 31, no&amp;nbsp;3, p. 47-58.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;DARDIGNA, Anne-Marie. 1980. &lt;em&gt;Les châteaux d’Éros ou les infortunes du sexe des femmes&lt;/em&gt;, Paris: François Maspero.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;GAGNON, John. [1991] 2008. &lt;em&gt;Les scripts de la sexualité: essais sur les origines culturelles du désir&lt;/em&gt;, traduit de l’anglais par Marie-Hélène Bourcier avec Alain Giami, Paris: Payot.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;________. 1999. «Les usages explicites et implicites de la perspective des scripts dans les recherches sur la sexualité», &lt;em&gt;Actes de la recherche en sciences sociales&lt;/em&gt;, vol. 128, juin, p. 73-79.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;GUILLAUMIN, Colette. 2002. «Race et nature: système des marques. Idée de groupe naturel et rapports sociaux», &lt;em&gt;L’idéologie raciste&lt;/em&gt;, Paris: Gallimard, coll. Folio.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;GUILLEMETTE, Lucie. 2005a. «Les figures féminines de l’adolescence dans l’œuvre romanesque d’Anne Hébert. Entre le mythe du prince charmant et l’agentivité», &lt;em&gt;Globe. Revue internationale d’études québécoise&lt;/em&gt;, vol. 8, no&amp;nbsp;2, p. 153-177.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;________. 2005b. «L’adolescente et les marques d’agentivité dans&lt;em&gt; Le temps sauvage&lt;/em&gt; d’Anne Hébert: une expérience de l’altérité», Ville Saint-Laurent: Fides; Sherbrooke: Université de Sherbrooke, coll. Les Cahiers Anne Hébert, no&amp;nbsp;6, p. 69-80.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;________. 1997. «La dialectique nature/culture et le discours féminin de la transgression dans &lt;em&gt;Aurélien, Clara, Mademoiselle et le Lieutenant anglais &lt;/em&gt;d’Anne Hébert», &lt;em&gt;Francophonies d’Amérique&lt;/em&gt;, n 7, p. 209-221.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;HÉBERT, Anne. 1995. &lt;em&gt;Aurélien, Clara, Mademoiselle et le Lieutenant anglais&lt;/em&gt;, Paris: Seuil, coll. Points.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;LAGRANGE, Hugues. 1997. «Conditions du passage à l’acte», &lt;em&gt;L’entrée dans la sexualité: le comportement des jeunes dans le contexte du sida&lt;/em&gt;, Paris: La Découverte, p. 157-182.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;MAILLOCHON, Florence. 1999. «Entrée dans la sexualité, sociabilité et identité sexuée», dans Yannick Lemel et Bernard Roudet (coord.), &lt;em&gt;Filles et Garçons jusqu’à l’adolescence. Socialisations différentielles&lt;/em&gt;, Paris: L’Harmattan, coll. Débats Jeunesses, p. 269-301.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;ROUSSOS, Katherine. 2007. &lt;em&gt;Décoloniser l’imaginaire. Du réalisme magique chez Maryse Condé, Sylvie Germain et Marie NDiaye&lt;/em&gt;, Paris: L’Harmattan, coll. Bibliothèque du féminisme.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;TOLMAN, Deborah L. 1994. «Doing Desire. Adolescent Girls’ Struggles for/with Sexuality»,&lt;em&gt; Gender and Society&lt;/em&gt;, septembre, vol. 8, no&amp;nbsp;3, p. 324-342.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;TURCOTTE, Élise. 1997. &lt;em&gt;L’île de la Merci&lt;/em&gt;, Montréal: Leméac.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;WAELTI-WALTERS, Jennifer. 1982. &lt;em&gt;Fairy Tales and the Female Imagination&lt;/em&gt;, Montréal: Eden Press.&lt;/p&gt;

&lt;section  class=&quot;footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed&quot; data-collapsible-show-label=&quot;Notes&quot; data-collapsible-hide-label=&quot;Notes&quot;&gt;&lt;ul class=&quot;footnotes collapsible-content&quot;&gt;&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote1_fb0fly3&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref1_fb0fly3&quot;&gt;1.&lt;/a&gt; Anne-Marie Dardigna soulève cette perversion de la pensée, introduite par la domination du masculin sur les structures sociales, en parlant des «corps des femmes réduits à n’avoir pour seul langage que celui concédé par les hommes, voire imaginé par eux» (Dardigna, 1980: 171).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote2_789e10n&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref2_789e10n&quot;&gt;2.&lt;/a&gt; Les citations empruntées à cette œuvre seront désormais signalées par le sigle AC, suivi du folio.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote3_0876blo&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref3_0876blo&quot;&gt;3.&lt;/a&gt; Lucie Guillemette souligne la portée agentive du regard et son importance dans la constitution du sujet féminin: «[…] l’agentivité féminine consiste d’abord en une prise de conscience, au moyen du regard, des mécanismes d’oppression enfermant la femme dans l’idéologie dominante […]» (2005b: 71).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote4_ezl3qyu&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref4_ezl3qyu&quot;&gt;4.&lt;/a&gt; Le lieutenant apparaît ainsi plutôt atypique par rapport aux autres soldats croisés par Clara.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote5_nl2tn1z&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref5_nl2tn1z&quot;&gt;5.&lt;/a&gt; Puisque Mademoiselle exerce la profession d’institutrice, se positionnant de la sorte comme détentrice du savoir, qu’elle est la propriétaire de son domicile et de tous ses biens, il nous est possible d’avancer qu’elle occupe, selon la formule d’Isabelle Boisclair, le statut de sujet autonome: «Qu’elles soient vieilles filles, célibataires ou mariées, les femmes devenues sujets autonomes agissent pour elles-mêmes, gagnent leur vie elles-mêmes et habitent dans leur propre maison ou leur propre logement» (2000: 116).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote6_zorwlp2&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref6_zorwlp2&quot;&gt;6.&lt;/a&gt; Nous entendons ici la configuration prescrivant des comportements à adopter selon le sexe, modelés à partir de la pensée patriarcale, où le désir féminin est posé «en miroir du désir masculin» (Dardigna, 1980: 15).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote7_bpfbmb8&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref7_bpfbmb8&quot;&gt;7.&lt;/a&gt; «Tant de départs précipités déjà dans sa vie. Tant de petites filles adorées, aussitôt quittées, dans le sang de la première étreinte, alors que croît la crainte de passer en jugement pour cela, devant des juges à perruques de ficelle blanche» (AC: 87-88).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote8_omltcyl&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref8_omltcyl&quot;&gt;8.&lt;/a&gt;  Le Lieutenant, s’il a déjà abusé de jeunes filles, n’a ici rien d’un prédateur. Au contraire, il échoue à faire valoir les caractéristiques constitutives de l’identité virile: «Sous tous les rapports, le Lieutenant faillit aux codes de la virilité triomphante. […] Au-delà, c’est tout le système social de prescriptions de la masculinité normative qui est montré du doigt» (Boisclair, 2011: 83).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote9_sl88yyq&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref9_sl88yyq&quot;&gt;9.&lt;/a&gt; Cette structure instaure, selon Lucie Guillemette, une «généalogie féminine» dans le récit, qui favorise l’acquisition par Clara d’une subjectivité désirante (Guillemette, 1997, citant Irigaray, 1990: 19).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote10_bog24zn&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref10_bog24zn&quot;&gt;10.&lt;/a&gt; Cette section de l’analyse de &lt;em&gt;L’île de la Merci &lt;/em&gt;de Turcotte est partiellement tirée de mon mémoire de maîtrise en études françaises, «L’expression du désir féminin adolescent: étude des (re)configurations des normes sexuelles genrées dans quatre romans québécois contemporains». (Université de Sherbrooke, 2012).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote11_eeeguji&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref11_eeeguji&quot;&gt;11.&lt;/a&gt; Selon Anne-Marie Dardigna, le corps des femmes est le «lieu privilégié de l’attentat», le siège d’une lutte prenant la forme d’un processus d’«expropriation/appropriation» faisant du sujet féminin un objet, invariablement parasité par un regard étranger (1980: 255).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote12_8kfmyr7&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref12_8kfmyr7&quot;&gt;12.&lt;/a&gt; Viviane prend d’ailleurs la décision, dans le chapitre intitulé «L’épreuve», d’aménager un espace pour elle seule au grenier. L’investissement de ce nouveau lieu, comme métaphore de sa liberté (IM: 171), est cependant rapidement avorté: c’est là même qu’elle trouvera sa fille Lisa pendue à la fin du récit.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote13_1fijrgg&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref13_1fijrgg&quot;&gt;13.&lt;/a&gt; Elle cite à ce sujet Sharon Thompson: «&lt;em&gt;Thompson (1990) found that daughters of women who had talked with them about pleasure and desire told narratives about first intercourse that were informed by pleasure and agency&lt;/em&gt;» (Tolman, 1994: 339).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote14_f6yhj60&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref14_f6yhj60&quot;&gt;14.&lt;/a&gt; D’emblée, la situation de la maison familiale à proximité de la prison de Bordeaux renvoie symboliquement à un climat de violence.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote15_dtmhzqo&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref15_dtmhzqo&quot;&gt;15.&lt;/a&gt; Au cours de l’été, elle quitte entre autres la maison pour commencer à travailler dans un garage, lieu typiquement masculin.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote16_j1xhb4t&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref16_j1xhb4t&quot;&gt;16.&lt;/a&gt; Cette prise de conscience de son agentivité est d’ailleurs clairement énoncée par la narration: «Une sensation de pouvoir furtif et suspect passe à travers elle» (IM: 141).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote17_zkqpp11&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref17_zkqpp11&quot;&gt;17.&lt;/a&gt; En cela, Thomas est unique dans l’entourage de l’adolescente: «Il ne ressemble à personne. Ni à Martin, ni à son père. À personne» (IM: 162).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote18_878d2ul&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref18_878d2ul&quot;&gt;18.&lt;/a&gt; Dans une étude réalisée par Deborah L. Tolman (1994), des adolescentes hétérosexuelles rapportaient, d’une part, avoir eu des rapports sexuels sans en avoir éprouvé le désir et d’autre part, s’être obligées à «dire non» lorsqu’elles en ressentaient très fort l’envie, par peur d’être ensuite perçues comme des «putes» (&lt;em&gt;slut&lt;/em&gt;) (1994: 33).&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;/section&gt;&lt;/div&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;Il sera donc question de mettre au jour la représentation du personnage féminin désirant dans le texte littéraire à la fin du siècle dernier: dans quelle mesure est-il soumis à des scénarios culturels (Gagnon, [1991] 2008) établis en correspondance avec une pensée patriarcale?&lt;/div&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&lt;span class=&quot;biblio-authors&quot; &gt;&lt;a href=&quot;/fr/biblio?f%5Bauthor%5D=1859&quot; rel=&quot;nofollow&quot;&gt;Frenette, Catherine Dussault&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;. 2013. « &lt;a href=&quot;/fr/biblio/les-representations-litteraires-du-desir-feminin-adolescent-linitiation-sexuelle-des-jeunes&quot;&gt;&lt;span class=&quot;biblio-title&quot; &gt;Les représentations littéraires du désir féminin adolescent: l’initiation sexuelle des jeunes filles dans la culture patriarcale&lt;/span&gt;&lt;/a&gt; ». En ligne sur le site de l’Observatoire de l’imaginaire contemporain. &amp;lt;&lt;a href=&quot;https://oic.uqam.ca/fr/articles/les-representations-litteraires-du-desir-feminin-adolescent-linitiation-sexuelle-des-jeunes&quot;&gt;https://oic.uqam.ca/fr/articles/les-representations-litteraires-du-desir-feminin-adolescent-linitiation-sexuelle-des-jeunes&lt;/a&gt;&amp;gt;. Consulté le 1 mai 2023. Publication originale : (&lt;span  style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;De l&#039;assignation à l&#039;éclatement. Continuités et ruptures dans les représentations des femmes&lt;/span&gt;. 2013. Montréal : Institut de recherches et d&#039;études féministes (IREF). coll. Agora, vol. Cahier de l&#039;IREF).&lt;span class=&quot;Z3988&quot; title=&quot;ctx_ver=Z39.88-2004&amp;amp;rft_val_fmt=info%3Aofi%2Ffmt%3Akev%3Amtx%3Adc&amp;amp;rft.title=Les+repr%C3%A9sentations+litt%C3%A9raires+du+d%C3%A9sir+f%C3%A9minin+adolescent%3A+l%E2%80%99initiation+sexuelle+des+jeunes+filles+dans+la+culture+patriarcale&amp;amp;rft.isbn=978-2-922045-42-0&amp;amp;rft.date=2013&amp;amp;rft.volume=Cahier+de+l%26%23039%3BIREF&amp;amp;rft.aulast=Frenette&amp;amp;rft.aufirst=Catherine&amp;amp;rft.pub=Institut+de+recherches+et+d%26%23039%3B%C3%A9tudes+f%C3%A9ministes+%28IREF%29&amp;amp;rft.place=Montr%C3%A9al&quot;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
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 <pubDate>Tue, 03 May 2022 14:37:38 +0000</pubDate>
 <dc:creator>Alexia Giroux</dc:creator>
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 <title>Colonisation et sexualisation des jeunes filles</title>
 <link>https://oic.uqam.ca/fr/articles/colonisation-et-sexualisation-des-jeunes-filles</link>
 <description>&lt;div class=&quot;field field-name-body field-type-text-with-summary field-label-hidden&quot;&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot; property=&quot;content:encoded&quot;&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 360px;&quot;&gt;Les Occidentaux n’ont pas besoin de payer une police pour&amp;nbsp;&lt;br&gt;forcer les femmes à obéir, il leur suffit de faire circuler des&amp;nbsp;&lt;br&gt;images pour que les femmes s’esquintent à leur ressembler.&lt;br&gt;Fatema Mernissi&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref1_8qbmomq&quot; title=&quot;Le Harem et l’Occident, cité dans Florence Montreynaud, La publicité sexiste et ses effets pervers, novembre 2001. En ligne: http://www.lameute.fr/doc_analyses/texte1a.php3 (consulté le 4 janvier 2013)&quot; href=&quot;#footnote1_8qbmomq&quot;&gt;1&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Lorsque l’on aborde un phénomène aussi complexe et hétérogène que le processus de sexualisation des jeunes, il est important de le comprendre et de le décortiquer en prenant garde de ne pas confondre ses origines, les valeurs qu’il sous-tend, ses mécanismes, ses impacts et la perception des personnes concernées. Par ailleurs, si ce phénomène est inégalitaire et induit de la violence, il convient d’identifier les facteurs qui le favorisent et ceux qui le neutralisent, afin de mettre en place des solutions de remplacement. La culture ultra-sexualisée des sociétés occidentales ou occidentalisées modernes s’inscrit dans une longue tradition patriarcale de contrôle du corps et de l’imaginaire des femmes et se caractérise, dans son état actuel, par une complicité accrue avec le système capitaliste.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Basé sur nos expériences de terrain en tant qu’intervenantes au Service de leadership du Y des femmes de Montréal et nos recherches critiques, cet article est l’occasion de révéler quelques-uns des mécanismes sexualisateurs présents dans les représentations culturelles, médiatiques et publicitaires ainsi que leurs liens avec les discriminations et les violences auxquelles les jeunes filles sont confrontées.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sexualisation: un processus historique de colonisation androcentriste&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Une socialisation différenciée&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La socialisation différenciée est le processus par lequel l’individu intériorise les normes sociales (place, rôle, droits, etc.), physiques (taille, poids, couleur, etc.), culturelles (référents, repères, valeurs, etc.) et comportementales (attitude, interaction, réaction, etc.) propres à l’identité sociale forgée par l’idéologie dominante pour son sexe biologique. Cette attribution extérieure, en interaction avec l’itinéraire individuel, influence considérablement la personne. Nous rappellerons, aussi longtemps qu’il le faudra, qu’au milieu du siècle dernier Beauvoir écrivait déjà: «On ne naît pas femme, on le devient.» En Occident, les jeunes filles ont longtemps été écartées de l’éducation et ont bénéficié d’une socialisation à dominante érotico-domestique, ayant pour corollaires la soumission au père, au mari et au fils, et la reproduction. La majorité des modèles féminins conservateurs toujours présents au 21e siècle relèvent de cette constante modalité tridimensionnelle: aimer, prendre soin des autres (l’épouse, la mère, l’aidante naturelle) et s’occuper du foyer (la domestique ou la maîtresse de maison). Aujourd’hui, la socialisation des filles occidentales se différencie surtout par la sexualisation dont elles sont à la fois victimes et productrices. D’une part, ces mécanismes de sexualisation, de restriction identitaire à un capital sexuel hétéronormé leur préexistent: la sexualité féminine, lorsqu’elle est mise en scène dans l’industrie médiatique et culturelle, l’est selon des canons hétérosexuels masculins. D’autre part, les filles contribuent, par le biais de leurs pratiques de consommation (vêtements, musique, etc.) et de leurs comportements (maquillage, passivité, allures et attitudes hyper féminines, poses &lt;em&gt;sexys &lt;/em&gt;sur les réseaux sociaux, etc.) à légitimer cette sexualisation, à la soutenir et à la renforcer. Selon nous, cette transformation peut être vue comme l’un des premiers pas vers l’exploitation sexuelle de leurs corps. En passant par l’instrumentalisation de l’image des femmes, par sa marchandisation, son contrôle et son exploitation sexuelle et misogyne, la sexualisation s’inscrit au rang des archétypes d’un traitement social inégalitaire et discriminatoire qui force les filles, de plus en plus jeunes, à l’internalisation de normes «correctives»&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref2_xt1sp52&quot; title=&quot;Une femme doit se corriger en permanence car elle ne sera jamais assez belle, assez maigre, assez épilée, assez bonne mère, etc.&quot; href=&quot;#footnote2_xt1sp52&quot;&gt;2&lt;/a&gt; et à leur cloisonnement à des rôles et «choix» limités.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Si à la naissance nous sommes tous et toutes des êtres sexués, personne ne naît sexualisé. La sexualisation est un processus extérieur à la personne, laquelle va éventuellement renforcer les attentes qui lui sont adressées selon son sexe. Dans les dernières années, cette sexualisation a été produite massivement par les publicitaires, suivis de près par l’industrie culturelle de masse et celle du divertissement. La culture sexualisée, hypersexualisation ou pornographisation, correspond à ce phénomène social et se caractérise par une surabondance de thématiques sexualisées dans les médias et dans les relations interpersonnelles (Attwood, 2006). La sexualisation précoce découle, pour sa part, de cette invasion de l’espace public par les stratégies de marketing qui le saturent avec une vision restreinte de la sexualité ciblant et sexualisant même l’univers des tout-petits (Goldfarb &amp;amp; Tardieu-Bertheau, 2010).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les rapports sociaux de sexe sont encore inégalitaires au Québec en 2011, les femmes continuent d’être moins payées que les hommes, d’être plus souvent violées et agressées, et les fillettes continuent de se voir offrir des lieux &lt;em&gt;d’agentivité &lt;/em&gt;restreints. D’ailleurs, le gouvernement reconnaît dans son plan d’action 2011-2015 &lt;em&gt;Pour que l’égalité de droit devienne une égalité de fait &lt;/em&gt;que:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;[l]a sexualisation de l’espace public (ou hypersexualisation) renforce la vision stéréotypée des rapports hommes-femmes dans l’opinion populaire. Ce phénomène inquiète particulièrement vu ses conséquences sur les rapports amoureux des jeunes: précocité des relations sexuelles, pratiques sexuelles inspirées de la pornographie, mode vestimentaire qui sexualise même les très jeunes filles, obsession de l’image corporelle. (CSF, 2010: 4)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Avant cela, l’Association américaine de psychologie (APA, 2007) avait déjà émis un avis de mobilisation et de sensibilisation autour des problématiques de santé mentale et sexuelle engendrées par la sexualisation des jeunes et des enfants.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;La sexualisation: un système de valeurs&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En tant qu’artéfact, industrie lucrative et modèle culturel, la sexualisation de l’espace social est le reflet de certaines valeurs androcentristes et participe de l’ordre social dominant. Les normes sexistes qu’elle induit normalisent des inégalités et des violences contre les femmes et les filles en ne proposant qu’un éventail réduit de référents et de modèles relatifs à l’univers féminin. Tel un serpent se mordant la queue, les discours capitalistes et misogynes tentent de justifier l’érection de la valeur &lt;em&gt;sexy&lt;/em&gt; au rang des besoins essentiels. Or, pour les filles, il s’agit plutôt d’une stratégie récupérée à l’intérieur d’un cadre d’options limitées, pour répondre à leurs besoins de connexion et de valorisation : être reconnues, considérées, visibles aux yeux du monde.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En outre, en tant que système de valeurs hégémonique, la sexualisation est une forme de colonisation. Elle est une prescription imposée qui encourage les femmes, dès le plus jeune âge, à adhérer à des modèles réducteurs, souvent irréalistes. Celles qui résistent à cette injonction courent le risque d’être stigmatisées, socialement peu acceptées, taxées d’anormales, de se voir complètement rabattues dans l’ordre hiérarchique ou encore d’être des «&lt;em&gt;nobody&lt;/em&gt;» (ni remarquables, ni remarquées), comme disent les jeunes avec lesquelles nous travaillons. Plus qu’une suggestion, la sexualisation est la normalisation d’une image sociale et d’un mode de vie; elle est à la fois subordination et modification de la perception que l’individu a de ses propres besoins et de ceux des autres. Elle englobe plusieurs formes de violence.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;De l’invisibilité politique et historique à la surexposition sexuelle&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les femmes et les jeunes filles sont passées d’une invisibilité politique et historique portée par le patriarcat à une surmédiatisation et une surexploitation de leur image sexualisée. Dès les années 1920, les visages et corps des vedettes sont utilisés comme signe, «marque», pour vendre des produits à grande échelle. Aux injonctions d’amour, de soins et de soumission, se sont ajoutées celles de la désirabilité et de la disponibilité sexuelle ainsi que celles de la transformation du corps des femmes en valeur symbolique ou en produit consommable. Le concept de la consommatrice adolescente est élaboré pendant le boom démographique qui suit la Deuxième Guerre mondiale, dans une volonté de développer des nouveaux marchés. La stratégie utilisée consiste en la création d’un&lt;em&gt; style de vie adolescent&lt;/em&gt; et la manipulation des insécurités des filles à partir de l’exploitation de leur désir légitime de reconnaissance et de visibilité (Cook, 2004). L’apparition du roman &lt;em&gt;Lolita&lt;/em&gt; de Vladimir Nabokov en 1955 a pour effet de cimenter dans l’imaginaire collectif la représentation des jeunes adolescentes en plein développement physique comme d’irrésistibles nymphettes manipulatrices d’hommes (Goldfarb, 2009). Dans les années 1990, alors que l’industrie pornographique est en pleine expansion, le mouvement musical et culturel initié par les groupes punks féministes rassemblés sous le nom de Riot Grrrls défrayait la chronique. Des milliers de jeunes filles se reconnaissaient dans leur critique des modèles traditionnels de féminité et dans leur volonté de réinventer leur liberté et de mettre en valeur leur créativité. Cinq ans plus tard, cette rébellion était récupérée et dénaturée par le plan de marketing du &lt;em&gt;Girl power&lt;/em&gt;, massivement réintroduit par les fameuses &lt;em&gt;Spice Girls&lt;/em&gt;, cinq archétypes de fantasmes masculins, des filles affichant une liberté néolibérale: être consommatrices, &lt;em&gt;sexys&lt;/em&gt; et amoureuses ! À partir des années 2000, la catégorie nommée &lt;em&gt;tweens&lt;/em&gt; (8-12 ans) est développée et les enfants commencent à être ciblés comme consommateurs. En 2011, le marketing cible les petites filles dès la naissance et les sexualise de plus en plus tôt. La sexualisation des fillettes, et même des poupons, est donc en train de devenir omniprésente dans l’univers référentiel collectif.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Aujourd’hui, qu’elles soient ouvrières, cols roses, vedettes dans l’industrie du divertissement ou encore reines des produits de beauté; que leurs corps dénudés soient utilisés pour vendre des produits correcteurs ou amincissants que d’autres femmes,&lt;em&gt; imparfaites&lt;/em&gt;, seront encouragées à consommer; qu’elles soient des danseuses «chaudes et ouvertes» entourant un homme incarnant un pimp (proxénète) dans un clip vidéo dont il récoltera les profits; les femmes ne semblent avoir comme pouvoir que celui de s’adapter à l’injonction sexuelle, et comme latitude, que celle de tirer «avantage» d’une situation désavantageuse. La popularité de ces produits culturels que représentent les chanteuses et les performeuses &lt;em&gt;sexys&lt;/em&gt; comme Beyoncé, Britney Spears ou encore Niki Minaj, coïncide, faut-il le réaliser, avec la résurgence d’un ressac antiféministe. Ainsi, alors que les femmes continuent d’être discriminées et exposées, l’idéologie dominante cherche à faire croire qu’il n’y a plus qu’un seul combat à mener: celui de la performance individuelle et de la &lt;em&gt;sexytude&lt;/em&gt;&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref3_38d1usf&quot; title=&quot;Nous avons inventé ce terme pour décrire le comportement normatif soutenu et encouragé par la société patriarcale qui ordonne, organise et/ou oriente la féminité (publique et intériorisée) autour de la notion «sexy».&quot; href=&quot;#footnote3_38d1usf&quot;&gt;3&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;On peut ainsi distinguer une contradiction profonde à l’intérieur du phénomène de la sexualisation contemporaine: elle est une norme restrictive qui est malgré tout présentée comme une forme de libération des femmes et d’affirmation de soi. En plus de répondre à des intérêts sexistes et patriarcaux, elle est ainsi devenue une des armes privilégiées du capitalisme. Autrement dit, la sexualisation est le produit d’une idéologie conservatrice et consumériste, mais elle est également ce qui la produit (Boulebsol &amp;amp; Goldfarb, 2010). De là l’importance d’être vigilants-es face au décalage qui existe aujourd’hui entre des accords de principe (reconnaissance de l’égalité et de l’équité entre les femmes et les hommes) et les réalités organisationnelles, économiques et sociales qui, au jour le jour, sont responsables du renforcement d’écarts entre les sexes qui, au demeurant, ne cessent d’être banalisés.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Hypersexualisation: industries culturelles de masse et publicités sexistes dans l’espace social&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les représentations sociales forgées par les stratégies marketing et commerciales des industries culturelles et publicitaires, assument aujourd’hui le rôle de leviers essentiels de la socialisation différenciée. Par le biais d’un sexisme ordinaire, elles contribuent activement à la production de représentations limitées et régulièrement dégradantes de l’image et du rôle des femmes. Sexiste et souvent raciste, la sexualisation laisse très peu de place à d’autres modèles d’identification et envahit, surtout par le biais de la publicité, l’espace social. Ainsi, il n’est pas rare de voir dans la même journée une femme presque nue ou en position porno-suggestive sur un autobus pour vanter un parfum; en quatrième de couverture d’un magazine, pour promouvoir des vêtements que manifestement elle ne porte que peu; sur l’emblème d’un restaurant se prétendant «sensuel»; ou encore lors d’une publicité télé pour un hamburger aussi «délicieux» qu’une femme, semble-t-il. En 2008, le Conseil du statut de la femme déposait son rapport «Le sexe dans les médias: obstacles aux rapports égalitaires» et tentait de sensibiliser dirigeants et population sur les dangers du sexisme médiatique, de son imbrication dans l’imaginaire collectif et de sa contribution aux pratiques individuelles inégalitaires. Lorsque l’on sait qu’aux États-Unis, les jeunes âgés de 8 à 18 ans passent, chaque jour, en moyenne 7 heures et 38 minutes devant un écran (Kaiser Family Foundation, 2010), il y a lieu de s’inquiéter des contenus qui leur sont proposés et de leurs impacts potentiels. Par exemple, on sait que dans les films émanant d’Hollywood, près de 40% des adolescentes, comparativement à 6,7% des adolescents, sont habillées de vêtements sexualisés et que ce pourcentage dépasse ce qui a été observé dans le cas des jeunes femmes adultes par les auteurs de l’étude (Smith &amp;amp; Choueiti, 2011). Or, Descarries (2009), Bouchard &amp;amp; Bouchard (2003) et d’autres chercheures ont bel et bien démontré l’influence des médias sur la construction identitaire des jeunes. Rien, ici, n’est anodin.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Nous rejoignons McAllister (2007) qui évoque une «consommation spectaculaire intégrée»&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref4_gh6pz65&quot; title=&quot;Cette notion réfère à l’intégration de la marchandisation de produits très divers. Par exemple, l’apparition d’un film de Disney va aussi générer la production de poupées, des accessoires pour la chambre à coucher, des jeux vidéo, des gâteaux d’anniversaire, des livres pour les enfants et bien d’autres.&quot; href=&quot;#footnote4_gh6pz65&quot;&gt;4&lt;/a&gt; pour désigner l’ampleur et la diversité des stratégies commerciales déployées simultanément, un monstre qui avale les singularités et recrache une uniformisation déséquilibrée. Plus que des produits, ce sont en l’occurrence de véritables styles de vie qui sont achetés. De la même manière que l’apposition d’une marque connue apporte une valeur somptuaire ou symbolique à l’objet commercialisé, la juxtaposition de l’image d’une femme sexualisée à celle de l’objet semble garantir au client l’accès à ce genre de femmes ou, à la cliente, la possibilité de leur ressembler, sinon d’en devenir une. Dans tous les cas, la sexualisation apporte une plus-value puisqu’elle vend la disponibilité sexuelle des femmes et, de plus en plus, celle des jeunes filles.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Bref, au 21e siècle, la sexualisation passe essentiellement par l’exploitation sexuelle de l’image des filles et des femmes à des fins commerciales. Elle consiste à réifier le corps pour mieux l’exploiter, à valoriser l’apparence au détriment des compétences. Elle est un nouvel espace de domination pour des intérêts corporatifs (Agger, 2006). Ainsi, il y a lieu de reconnaître que le capitalisme entretient une complicité ou consubstantialité (Kergoat, 2001) avec d’autres systèmes discriminatoires comme le patriarcat, la sexualisation, le racisme ou le sexisme. Tous ont pour résultat de priver un groupe de leurs droits et d’attribuer des privilèges à un autre dans le but d’accroître ces mêmes privilèges, tout ceci à l’intérieur d’une structure de sens arbitraire imposée par la force et dressée comme norme et logique de vie. Prenons l’exemple des petites princesses de Disney, un sujet exploré par l’écrivaine Peggy Orenstein (2010) dans son livre &lt;em&gt;Cinderella ate my daughter&lt;/em&gt;. Après avoir mené une recherche exhaustive et de nombreux entretiens avec, entre autres, des psychologues, des historiennes et des parents, elle comprend l’impact négatif de la fixation des petites filles de trois à cinq ans sur les princesses de Disney. Lorsque l’univers des petites filles est envahi par plus de 25 000 produits rose bonbon sur le marché associés aux «princesses», les filles reçoivent le message qu’il s’agit là de la seule expression correcte de la féminité. En conséquence, leurs perceptions concernant leur place et leur rôle dans le monde et la conception de leur corps et de leur sexualité sont figées dans un moule unique taillé par et pour d’autres. Cette destinée monolithique risque de leur causer du tort, d’une part, parce qu’elle se caractérise par un sexisme habituel, que les femmes apprennent à tolérer et valoriser dès leur plus jeune âge, et d’autre part, parce qu’elle les condamne à une insatisfaction grandissante qui les conduira à toujours se corriger pour être aussi belles qu’une princesse et souvent à se conformer à cet idéal pour s’assurer de trouver un prince charmant. Ces mythes, bâtis sur la promotion de la dépendance affective et sur la défense du culte hétérocentriste de la masculinité, participent à tracer le sentier des rapports de sexe inégaux et de la domination masculine. Ainsi, les entreprises sexualisatrices continuent de s’enrichir sans prendre en considération les impacts négatifs, tant au niveau individuel que collectif, que leurs procédés entraînent, ni même les stéréotypes qu’ils nourrissent (Lamb &amp;amp; Brown, 2006).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Production, diffusion et réception d’images, de produits et de messages sexualisés&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les stratégies médiatiques et commerciales qui sont les leviers de cette sexualisation, soutiennent et renforcent les distinctions de genre déjà présentes dans l’espace social en orientant assez systématiquement l’identité masculine vers la conquête, la vigueur et le jeu, et l’identité féminine vers la séduction, les soins, l’apparence et les canons de beauté (être belle et désirable en tout temps). Inspirée des théories de Goffman (1979) et de Herne (1993), la Meute-MédiAction a développé, il y a quelques années, un atelier de sensibilisation au sexisme dans les médias&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref5_ek9b20n&quot; title=&quot;Cet atelier a été repris et documenté ultérieurement par le Y des femmes de Montréal dans son Guide d’accompagnement à la formation sur la sexualisation des jeunes (2009).&quot; href=&quot;#footnote5_ek9b20n&quot;&gt;5&lt;/a&gt;. Celui-ci propose une sémiologie de l’image qui analyse les codes distincts utilisés dans la mise en scène de photos: l’environnement, les actions, les mains, les vêtements, le corps, la position, le cou et la poitrine ainsi que le visage. Analysés à partir de cette perspective, on peut voir clairement que les messages transmis de façon répétitive par les images médiatiques sont entre autres: que les femmes sont perfectibles car elles ne sont jamais assez belles, qu’elles doivent être &lt;em&gt;sexys&lt;/em&gt;, qu’elles ont peu de valeur au-delà de leur apparence, qu’elles sont au service des produits et des désirs de l’homme.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les représentations ultra-sexualisées des femmes et des filles fabriquées par les industries occidentales, aussi bien en tant que produit que vecteur de vente ou d’identification, ont de lourdes conséquences sur la vie sociale et les destins individuels. Ces images autorisent et révèlent à la fois des idéaux types différenciés selon les sexes, les classes et les ethnies, et des messages socialisants forts qui orientent les perceptions des personnes.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Représentations sociales et représentations mentales&amp;nbsp;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le processus de sexualisation est actualisé par différents vecteurs. Le premier a lieu par l’entremise de la société: les valeurs dominantes et la culture communiquée par les médias signalent que les images sexualisées sont bonnes et dignes d’émulation. Le deuxième vecteur est d’ordre interpersonnel et a lieu quand les pairs, la famille et les autres encouragent une perception de soi en tant qu’objet sexuel. Le dernier vecteur passe par l’individu. L’auto-sexualisation se produit quand la désirabilité sociale d’un comportement et d’une apparence sexualisés encourage la poursuite de ces activités (APA, 2007).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’auto-sexualisation ne résulte pas d’un trouble psychologique, bien qu’elle puisse avoir de sérieux impacts sur la santé mentale. Les filles ne naissent pas plus &lt;em&gt;sexys&lt;/em&gt; que les garçons. Elles ne sont pas plus prédéterminées qu’eux à la reproduction ni à l’offre de soins, mais elles sont éduquées pour se comporter ainsi afin de remplir les attentes sociales. Par ailleurs, si l’on tient compte du fait que les filles ne sont pas que des victimes passives de l’influence sociale et des pairs, mais aussi des productrices actives de leur vécu, le processus d’auto-sexualisation mérite d’être analysé plus profondément. Selon l’échelle de déduction d’Argyris (cité dans Senge, 1990), les personnes sélectionnent, sur la base de faits observables et d’expériences, certaines images et certains faits auxquels elles ajoutent du sens. À partir de ces significations, elles élaborent des hypothèses, puis tracent des conclusions. Par ce procédé, elles adoptent des croyances à propos du monde et de leur place dans la société et agissent en fonction de ces croyances et ce dans le but de satisfaire leurs besoins de compréhension. Ce processus va restreindre&lt;em&gt; l’agentivité&lt;/em&gt; et le libre arbitre des filles et des femmes.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Mannoni (2001) nous rappelle qu’il est possible de simplifier les niveaux d’interactions psychosociales du système des représentations en trois dimensions majeures de la vie collective et individuelle. En premier lieu, les représentations sociales: des informations qui influencent les individus, des produits historiquement et culturellement fabriqués (images extérieures porteuses de sens); ensuite, les représentations mentales: selon des facultés neurocognitives, issus des souvenirs, de l’imagination, des référents, des symboles, etc. (images intérieures porteuses de signification); enfin, les conduites sociales : selon un ordre établi et dominant qui est à la fois ce qui produit les représentations et le produit même de représentations mentales et sociales données. Pour Lameyre (1993), l’être humain «joue sur tous les claviers de la représentation mentale, son art consistant à choisir le plus pertinent dans la situation réelle ou imaginée où il se trouve» (cité dans Mannoni, 2001: 13). Quant aux représentations sociales, par l’intermédiaire d’images sexualisées accessibles au plus grand nombre, elles servent à délimiter la place attribuée aux femmes et constituent une entrave au développement de leur potentialité.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les modèles mentaux &lt;em&gt;sexualisants&lt;/em&gt; et leur impact sur les jeunes&amp;nbsp;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Colonisées dès leur plus jeune âge, plusieurs jeunes filles assimilent les préceptes sexistes et adoptent les stratégies valorisées par la culture que Levy (2005) nomme &lt;em&gt;raunch&lt;/em&gt; (vulgaire) sans avoir conscience ni des conséquences ni de la possibilité de faire autrement. Le culte du «&lt;em&gt;sexy&lt;/em&gt;» est lié à la consommation d’une image, pas au désir de connexion ou de plaisir sexuel. «&lt;em&gt;Hot&lt;/em&gt;» n’est pas selon Levy la même chose que «beau», qui a toujours été considéré comme quelque chose de valeur, puisque «&lt;em&gt;hot&lt;/em&gt;» signifie populaire, disponible et reconnaissante de toute attention envers son corps. Slater &amp;amp; Tiggemann (2002), parmi d’autres chercheurs, ont trouvé que les filles de douze ans accordent davantage importance sur leur apparence que sur leurs compétences. Si elles ne disposent pas d’autres modèles ou occasions positives de socialiser, comment peuvent-elles en tel cas se sentir «aimables», c’est-à-dire développer une bonne estime personnelle, sentir qu’elles méritent d’être aimées et appréciées indépendamment du degré de conformité avec les conduites sociales, et qu’elles sont aptes à entreprendre toutes sortes de projets intellectuels si elles le souhaitent? Influencées par une hégémonie dichotomique tantôt érotico-domestique, tantôt &lt;em&gt;sexy&lt;/em&gt;, les jeunes filles sont à la fois encouragées à se comporter comme des petites filles innocentes et simultanément à adopter des stratégies de &lt;em&gt;sex-duction&lt;/em&gt; (Boulebsol, 2010) pour obtenir légitimité et popularité, présentées alors comme les conditions ultimes de leur développement.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Sexualisation et identité personnelle&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Une condition préalable à l’auto-sexualisation est l’auto-objectivation, un processus par lequel les filles intériorisent et souscrivent à une perspective &lt;em&gt;objectivante&lt;/em&gt;. Selon Tolman (2002), les jeunes filles sont encouragées à adopter une apparence et un comportement &lt;em&gt;sexys&lt;/em&gt; avant de sentir l’émoi sexuel et d’avoir la capacité critique de prendre des décisions responsables quant aux risques de l’intimité sexuelle. En conséquence, leur identité repose sur le paraître, la domestication du corps et l’impératif «canonique» de beauté. Les intérêts intellectuels sont déplacés vers le «projet corporel» (Brumberg, 1998) et, dans certains cas, on note un recul scolaire. Les jeunes filles cherchent à devenir de &lt;em&gt;bons objets&lt;/em&gt; en se conformant aux standards proposés et en contrôlant la désirabilité de leur corps. Leurs propres désirs, leur santé, leur bien-être, leurs compétences et leur réussite passent alors au deuxième plan. L’auto-sexualisation et l’auto-objectivation peuvent provoquer honte, anxiété et dégoût de soi, car les filles n’arrivent que rarement à être à la hauteur des standards dominants. Malheureusement, les personnes honteuses vont se croire déficientes dans leur totalité et le sentiment d’insatisfaction à l’égard de leur corps peut mener à des diètes dangereuses ou à la chirurgie esthétique (implants mammaires, liposuccion, etc.) (Goldfarb, 2009).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Sexualisation et violences interpersonnelles&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il n’est pas rare que la sexualité soit davantage perçue et aussi vécue par les jeunes selon des diktats externes plutôt que selon des orientations personnelles, internes, vouées à produire un plaisir ressenti. Codifiée par la&lt;em&gt; pornographisation&lt;/em&gt; sociale, qui transforme la fiction pornographique en «réalité», la sexualité devient une mise en scène servile qui banalise la violence sexuelle. De la même manière, pour plusieurs jeunes, la valeur de l’acte sexuel ne semble plus intrinsèque, mais associée au statut social symbolique qu’il peut conférer.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les jeunes sous-estiment parfois les conséquences de l’activité sexuelle (Millstein &amp;amp; Halpern-Flesher, 2002) et il peut leur être difficile de considérer à la fois les risques de grossesse précoce, l’exposition à des infections transmissibles sexuellement et leur vulnérabilité dans le contexte de situations douteuses. Comme la précocité sexuelle est associée chez les garçons à une bonne estime de soi et chez les filles à une faible estime de soi (Garriguet, 2005), on peut concevoir aussi un lien entre sexualisation et violence interpersonnelle. Quelques études, dont celle de Escobar-Chaves et al. (2005), soutiennent d’ailleurs que plus la première relation sexuelle est précoce, plus les probabilités qu’elle se passe dans une situation coercitive sont élevées et les occasions de subir d’autres formes de violence deviennent plus fréquentes (Goldfarb, 2009).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Lors de ses recherches de terrain auprès des enfants du primaire en Angleterre, Renold (2002) avait observé des jeunes garçons harcelant des filles sexuellement par le biais de commentaires sexistes, mais aussi par des gestes sexuels déplacés et inappropriés. Pour cette chercheure, les jeunes garçons font recours au harcèlement sexuel et à la violence dans la production de «masculinités hétérosexuelles hégémoniques». Les témoignages des jeunes filles qui ont participé à plusieurs de nos groupes de discussion confirment ses assertions. L’objectivation des filles commence très tôt dans leur vie, et ce indépendamment de leur comportement (Thorne, 1993). De plus, même si le patriarcat est un système qui octroie des privilèges aux hommes, ce sont parfois des femmes qui deviennent &lt;em&gt;les chiens de garde&lt;/em&gt; de ce système. Ceci est visible, entre autres, dans l’économie relationnelle à l’école où les filles se surveillent entre elles pour assurer une conformité mutuelle aux standards de désirabilité (Nichter, 2001). Celles qui menacent le &lt;em&gt;statu quo&lt;/em&gt; risquent d’être sexualisées de façon négative (Brown, 2008). Lors de nos focus groupes, par exemple, les jeunes filles ont évoqué fréquemment et avec angoisse la question de la réputation et leur peur d’acquérir une image de «putes», expression clairement péjorative dans leur bouche. En même temps, elles sont encouragées à adopter des comportements ouvertement sexuels. Elles doivent être innocentes et virginales et, simultanément, paraître expérimentées —mission clairement impossible. Pour atteindre une popularité enviable (capital symbolique important à l’école secondaire), elles doivent être sexys, poursuivre les garçons populaires (sportifs), être méchantes, en compétition avec d’autres filles, et rejeter les garçons qui ne sont pas populaires (Goldfarb, 2009).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Or, contrairement aux prétentions de certaines théories, il s’agit de comportements encouragés par la culture et non d’un atavisme émanant de la nature des femmes. Les films destinés aux adolescentes offrent de très bons exemples de ce genre de production et de diffusion de stéréotypes. L’industrie du disque (musique, vidéoclips, performance, etc.) qui cible également les jeunes et qui fait partie de plus en plus de leur quotidien, contribue largement à la banalisation des référents et des comportements sexistes. Dr. Michael Rich, porte-parole de l’American Academy of Pediatrics, écrit à ce sujet:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Ce genre de violence et de coercition dans les fréquentations et les relations sexuelles sont représentées dans la musique comme des comportements «normaux». Je vois une acceptation chez les adolescents —filles et garçons— de la nature de l’objectivation sexuelle prônée dans ce type de musique. Celle-ci véhicule l’idée qu’il est acceptable d’être utilisé sexuellement et sans engagement affectif. (Rich, 2005: 329-331 —notre traduction.)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Leviers de prévention&amp;nbsp;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En 2011, une grande marque de pharmacie déposait dans une de ses vitrines montréalaises, sous le regard de tous et toutes, enfants comme adultes, des objets et des produits destinés manifestement à un public stéréotypé de petites filles (rose, cœur, maquillage, etc.) et sur lesquels trônait le lapin&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref6_gm647ul&quot; title=&quot;Le lapin, animal à connotation sexuelle, est représenté avec un nœud de papillon, signe à la fois de la masculinité (ce qui exclut les femmes du lectorat) et de la richesse (ce qui suppose que sexe et argent vont de pair).&quot; href=&quot;#footnote6_gm647ul&quot;&gt;6&lt;/a&gt; effigie de la marque Playboy, présage de la nature de la sexualité future de cette très jeune clientèle. Fondé en 1953, faut-il le rappeler, Playboy, d’abord un magazine dit «masculin» exploitant l’image de femmes nues, est devenu une véritable industrie capitaliste (édition, télévision, Internet, pornographie et produits dérivés) du «tout sexuel» au service de la domination masculine. C’est pour cette raison que plusieurs groupes se sont offusqués de la voir associée à des objets pour enfants ou plus exactement pour petites filles. À la demande de retrait de ces produits, la personne responsable des communications a répondu ainsi: «Sachez cependant que bien que ces produits portent l’effigie du lapin Playboy, ils n’ont aucune connotation sexuelle. Ces produits sont plutôt très ordinaires: parfum, coussin, etc.». Voilà une remarque qui en dit long sur le consensus contradictoire auquel les industriels nous invitent: bien que ce soit sexuel, cela ne l’est pas et ça serait aux filles de s’en rendre compte! Une idée récurrente et trop populaire dans certaines argumentations concernant les filles voudrait que celles-ci ne soient pas des victimes (au sens de discriminées), mais plutôt des agentes capables de négocier leurs identités en tout temps. À nos yeux et comme nous avons essayé de le montrer dans le présent essai, elles sont effectivement discriminées et négocient surtout leurs stratégies de résilience et d’adaptation à l’intérieur d’une société où l’idéologie néolibérale et patriarcale domine.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il nous faut donc donner des repères, des modèles, des occasions, des outils et des stratégies aux jeunes filles pour qu’elles puissent se forger une identité positive. À travers les programmes de prévention de la violence auprès des jeunes du Y des femmes de Montréal, nous avons compris que certaines d’entre elles manquent parfois de leviers pour une émancipation réelle. Elles ont également une propension à sacrifier une partie d’elles-mêmes pour répondre à des standards de désirabilité sociale et surtout, elles ne disposent pas toujours des outils et des stratégies pour répondre à leurs besoins, ni de modèles positifs variés auxquels s’identifier pour forger leur personnalité. Elles semblent prises au piège dans des espaces de restriction de leur&lt;em&gt; agentivité&lt;/em&gt; et dans des mécanismes inégalitaires de régulation sociale.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Une éducation sexuelle et affective adaptée à leurs besoins et à leur situation pourrait venir renseigner les jeunes, filles et garçons, non seulement sur les manières dont fonctionnent leurs corps, mais surtout sur les notions de relations interpersonnelles équitables, de plaisir, de respect ainsi que de conscience de soi et des autres. L’enseignement de l’histoire des rapports sociaux de sexe au secondaire serait un moyen de débanaliser certaines violences, d’inscrire l’histoire des femmes au rang des disciplines aussi importantes que celles des hommes et de permettre aux jeunes d’accéder à de nouveaux espaces d’identification.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le pouvoir et l’&lt;em&gt;agentivité&lt;/em&gt; réels des femmes et des filles ne se mesurent pas à l’ampleur de leur «présence» dans les stratégies de marketing des industries culturelles de masse ou de l’espace socio-publicitaire. Tout comme ils ne se mesurent pas à leur &lt;em&gt;sexytude&lt;/em&gt;, à leur adaptation à une colonisation androcentriste ou encore à la mise en place de stratégies de résilience. L’égalité se mesure bien au contraire à la qualité de leur vie, à leur accès aux mêmes droits que toute autre personne, c’est-à-dire aux hommes. Et ce, quelle que soit leur communauté, et sans avoir à vivre de discriminations ou de violences. La diversité et la richesse des femmes ne sont pas représentées à leur juste valeur, mais selon une norme imposée comme prévalant sur les autres, c’est-à-dire: être &lt;em&gt;sexy&lt;/em&gt;.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;James Scott (1990) cite dans son livre &lt;em&gt;Domination and the Arts of Resistance &lt;/em&gt;un proverbe éthiopien: «Quand le grand seigneur passe, le paysan sage tire une profonde révérence et pète silencieusement» (notre traduction). Cette histoire nous rappelle avec humour que les humains ont besoin d’avoir une certaine influence sur leur environnement et inventeront ou trouveront toujours les moyens pour l’exercer. Même dans les conditions les plus difficiles de carence de pouvoir, les personnes tenteront d’occuper l’espace d’action —&lt;em&gt;l’agentivité&lt;/em&gt;— qui leur est laissé. Lorsque la société autorise la répétition &lt;em&gt;ad nauseam&lt;/em&gt; de l’idée selon laquelle le seul «vrai» pouvoir des filles et des femmes dépend de leur apparence et de leur sexualité, ces dernières auront tendance à vouloir occuper cet espace de pouvoir, alors perçu comme le seul choix ou comme une destinée naturelle.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Plus l’être humain est conscient et dispose de modèles d’identification et d’outils d’adaptation variés, plus il aura la possibilité de choisir réellement lequel de ces modèles ou outils correspond le mieux à ce qu’il veut, à ce qu’il est ou à ce qu’il veut devenir. De la même manière, les individus ont besoin de s’affilier, de répondre à leur besoin d’appartenance. Il est important de s’inscrire dans une histoire commune, de partager des référents, etc. Or, une jeune fille au Québec aujourd’hui doit fournir un effort particulier pour connaître l’histoire des femmes, qui est très peu enseignée dans les cursus scolaires généraux. Elle doit trouver des sources d’inspiration en dehors des médias traditionnels et dominants si elle veut croire qu’elle a d’autres possibilités d’épanouissement que celles d’être &lt;em&gt;sexy&lt;/em&gt;, aimante ou soignante.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Références&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;AGGER, Ben. 2006. &lt;em&gt;Critical Social Theories: An Introduction&lt;/em&gt;, Boulder, CO: Paradigm Publishers.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;AMERICAN PSYCHOLOGICAL ASSOCIATION. 2007. &lt;em&gt;Report of the APA Task Force on the Sexualization of Girls&lt;/em&gt;, Washington D.C.: American Psychological Association.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;ATTWOOD, Fiona. 2006. «Sexed Up: Theorizing the Sexualization of Culture»,&lt;em&gt; Sexualities&lt;/em&gt;, vol. 9, no 1, p. 77-94.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BOUCHARD, Pierrette et Natasha BOUCHARD. 2003. &lt;em&gt;«Miroir, miroir...» La précocité provoquée de l’adolescence et ses effets sur la vulnérabilité des filles&lt;/em&gt;. 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Les sciences sociales contemporaines, p. 16.&amp;nbsp;&lt;a href=&quot;http://classiques.uqac.ca/contemporains/lemieux_raymond/necessite_imaginaire/necessite_imaginaire.html&quot;&gt;http://classiques.uqac.ca/contemporains/lemieux_raymond/necessite_imagin...&lt;/a&gt; (consulté le 4 janvier 2013)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;LEVY, Ariel. 2005. &lt;em&gt;Feminist Chauvinist Pigs: Women and the Rise of Raunch Culture&lt;/em&gt;, New York: Free Press.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;MANNONI, Pierre. 2001. &lt;em&gt;Les représentations sociales&lt;/em&gt;, Paris: PUF, coll. Que sais-je.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;McALLISTER, Matthew. 2007. «“Girls With a Passion for Fashion” The Bratz Brand as Integrated Spectacular Consumption», &lt;em&gt;Journal of Children and Media&lt;/em&gt;, vol. 1, p. 38.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;MILLSTEIN, Susan et Bonnie HALPERN-FLESHER. 2002. «Perceptions of Risk and Vulnerability». &lt;em&gt;Journal of Adolescent Health&lt;/em&gt;, vol. 31W, p. 10-27.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;NICHTER, Mimi. 2001. &lt;em&gt;Fat Talk: What Girls and Their Parents Say about Dieting&lt;/em&gt;, Cambridge, MA: Harvard University Press.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;RENOLD, Emma. 2002. «Presumed Innocence: (Hetero)Sexual, Heterosexist and Homophobic Harassment among Primary School Girls and Boys», &lt;em&gt;Childhood&lt;/em&gt;, 9, p. 415-434.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;RICH, Michael. 2005. «Sex Screen: The Dilemma of Media Exposure and Sexual Behavior». &lt;em&gt;Pediatrics&lt;/em&gt;, vol. 116, Supplement 1, July 1, p. 329-331.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;SCOTT, James. 1990. &lt;em&gt;Domination and the Arts of Resistance: Hidden Transcripts&lt;/em&gt;, New Haven &amp;amp; London: Yale University Press.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;SENGE, Peter. 1990. &lt;em&gt;The Fifth Discipline: The Art &amp;amp; Practice of the Learning Organization&lt;/em&gt;, New York: Doubleday Currency.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;SLATER, Amy et Marika TIGGEMANN. 2002. «A Test of Objectification Theory in Adolescent Girls», &lt;em&gt;Sex Roles&lt;/em&gt;, vol. 46, nos 9/10, p. 343-349.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;SMITH, Stacy et Marc CHOUEITI. 2011. «Gender Inequality in Cinematic Content? A Look at Females on Screen &amp;amp; Behind-the-camera in Top-Grossing 2008 Films». &lt;em&gt;Annenberg School for Communication &amp;amp; Journalism&lt;/em&gt;, University of Southern California. En ligne:&amp;nbsp;&lt;br&gt;&lt;a href=&quot;http://annenberg.usc.edu/News%20and%20Events/News/~/media/PDFs/smith_rpt_apr11.ashx&quot;&gt;http://annenberg.usc.edu/News%20and%20Events/News/~/media/PDFs/smith_rpt...&lt;/a&gt;&lt;br&gt;(consulté le 12 janvier 2012)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;THORNE, Barrie. 1993. &lt;em&gt;Gender Play: Girls and Boys in School&lt;/em&gt;, New Brunswick, NJ: Rutgers University Press.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;TOLMAN, Deborah L. 2002. &lt;em&gt;Dilemmas of Desire: Teenage Girls Talk about Sexuality&lt;/em&gt;, Cambridge, MA: Harvard University Press.&lt;/p&gt;

&lt;section  class=&quot;footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed&quot; data-collapsible-show-label=&quot;Notes&quot; data-collapsible-hide-label=&quot;Notes&quot;&gt;&lt;ul class=&quot;footnotes collapsible-content&quot;&gt;&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote1_8qbmomq&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref1_8qbmomq&quot;&gt;1.&lt;/a&gt; &lt;em&gt;Le Harem et l’Occident&lt;/em&gt;, cité dans Florence Montreynaud, &lt;em&gt;La publicité sexiste et ses effets pervers&lt;/em&gt;, novembre 2001. En ligne: &lt;a href=&quot;http://www.lameute.fr/doc_analyses/texte1a.php3&quot;&gt;http://www.lameute.fr/doc_analyses/texte1a.php3&lt;/a&gt; (consulté le 4 janvier 2013)&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote2_xt1sp52&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref2_xt1sp52&quot;&gt;2.&lt;/a&gt; Une femme doit se corriger en permanence car elle ne sera jamais assez belle, assez maigre, assez épilée, assez bonne mère, etc.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote3_38d1usf&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref3_38d1usf&quot;&gt;3.&lt;/a&gt; Nous avons inventé ce terme pour décrire le comportement normatif soutenu et encouragé par la société patriarcale qui ordonne, organise et/ou oriente la féminité (publique et intériorisée) autour de la notion «sexy».&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote4_gh6pz65&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref4_gh6pz65&quot;&gt;4.&lt;/a&gt; Cette notion réfère à l’intégration de la marchandisation de produits très divers. Par exemple, l’apparition d’un film de Disney va aussi générer la production de poupées, des accessoires pour la chambre à coucher, des jeux vidéo, des gâteaux d’anniversaire, des livres pour les enfants et bien d’autres.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote5_ek9b20n&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref5_ek9b20n&quot;&gt;5.&lt;/a&gt; Cet atelier a été repris et documenté ultérieurement par le Y des femmes de Montréal dans son Guide d’accompagnement à la formation sur la sexualisation des jeunes (2009).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote6_gm647ul&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref6_gm647ul&quot;&gt;6.&lt;/a&gt; Le lapin, animal à connotation sexuelle, est représenté avec un nœud de papillon, signe à la fois de la masculinité (ce qui exclut les femmes du lectorat) et de la richesse (ce qui suppose que sexe et argent vont de pair).&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;/section&gt;&lt;/div&gt;
      &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item odd&quot;&gt;&lt;a href=&quot;/fr/taxonomy/term/53401&quot; typeof=&quot;skos:Concept&quot; property=&quot;rdfs:label skos:prefLabel&quot;&gt;Imaginaire de la théorie&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&lt;a href=&quot;/fr/taxonomy/term/53405&quot; typeof=&quot;skos:Concept&quot; property=&quot;rdfs:label skos:prefLabel&quot;&gt;Penser le contemporain&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&lt;a href=&quot;/fr/taxonomy/term/54558&quot; typeof=&quot;skos:Concept&quot; property=&quot;rdfs:label skos:prefLabel&quot;&gt;témoignage&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
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      &lt;div class=&quot;field-label&quot;&gt;Teaser: &lt;/div&gt;
    &lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;Basé sur nos expériences de terrain en tant qu’intervenantes au Service de leadership du Y des femmes de Montréal et nos recherches critiques, cet article est l’occasion de révéler quelques-uns des mécanismes sexualisateurs présents dans les représentations culturelles, médiatiques et publicitaires ainsi que leurs liens avec les discriminations et les violences auxquelles les jeunes filles sont confrontées.&lt;/div&gt;
      &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
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      &lt;div class=&quot;field-label&quot;&gt;Pour citer ce document: &lt;/div&gt;
    &lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&lt;span class=&quot;biblio-authors&quot; &gt;&lt;a href=&quot;/fr/biblio?f%5Bauthor%5D=7037&quot; rel=&quot;nofollow&quot;&gt;Boulebsol, Carole&lt;/a&gt; et &lt;a href=&quot;/fr/biblio?f%5Bauthor%5D=7038&quot; rel=&quot;nofollow&quot;&gt;Carole  Goldfarb&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;. 2013. « &lt;a href=&quot;/fr/biblio/colonisation-et-sexualisation-des-jeunes-filles&quot;&gt;&lt;span class=&quot;biblio-title&quot; &gt;Colonisation et sexualisation des jeunes filles&lt;/span&gt;&lt;/a&gt; ». En ligne sur le site de l’Observatoire de l’imaginaire contemporain. &amp;lt;&lt;a href=&quot;https://oic.uqam.ca/fr/articles/colonisation-et-sexualisation-des-jeunes-filles&quot;&gt;https://oic.uqam.ca/fr/articles/colonisation-et-sexualisation-des-jeunes-filles&lt;/a&gt;&amp;gt;. Consulté le 1 mai 2023. Publication originale : (&lt;span  style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;De l&#039;assignation à l&#039;éclatement. Continuités et ruptures dans les représentations des femmes&lt;/span&gt;. 2013. Montréal : Institut de recherches et d&#039;études féministes (IREF). coll. Agora, vol. Cahier de l&#039;IREF).&lt;span class=&quot;Z3988&quot; title=&quot;ctx_ver=Z39.88-2004&amp;amp;rft_val_fmt=info%3Aofi%2Ffmt%3Akev%3Amtx%3Adc&amp;amp;rft.title=Colonisation+et+sexualisation+des+jeunes+filles&amp;amp;rft.isbn=978-2-922045-42-0&amp;amp;rft.date=2013&amp;amp;rft.volume=Cahier+de+l%26%23039%3BIREF&amp;amp;rft.aulast=Boulebsol&amp;amp;rft.aufirst=Carole&amp;amp;rft.au=Goldfarb%2C+Carole&amp;amp;rft.pub=Institut+de+recherches+et+d%26%23039%3B%C3%A9tudes+f%C3%A9ministes+%28IREF%29&amp;amp;rft.place=Montr%C3%A9al&quot;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
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      &lt;div class=&quot;field-label&quot;&gt;Pour citer ce document (Computed): &lt;/div&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&amp;lt;span class=&amp;quot;biblio-authors&amp;quot; &amp;gt;Boulebsol, Carole et Carole  Goldfarb&amp;lt;/span&amp;gt;. 2013. « &amp;lt;span class=&amp;quot;biblio-title&amp;quot; &amp;gt;Colonisation et sexualisation des jeunes filles&amp;lt;/span&amp;gt; ». En ligne sur le site de l’Observatoire de l’imaginaire contemporain. &amp;amp;lt;https://oic.uqam.ca/fr/articles/colonisation-et-sexualisation-des-jeunes-filles&amp;amp;gt;.  Publication originale : (&amp;lt;span  style=&amp;quot;font-style: italic;&amp;quot;&amp;gt;De l&amp;#039;assignation à l&amp;#039;éclatement. Continuités et ruptures dans les représentations des femmes&amp;lt;/span&amp;gt;. 2013. Montréal : Institut de recherches et d&amp;#039;études féministes (IREF). coll. Agora, vol. Cahier de l&amp;#039;IREF).&amp;lt;span class=&amp;quot;Z3988&amp;quot; title=&amp;quot;ctx_ver=Z39.88-2004&amp;amp;amp;rft_val_fmt=info%3Aofi%2Ffmt%3Akev%3Amtx%3Adc&amp;amp;amp;rft.title=Colonisation+et+sexualisation+des+jeunes+filles&amp;amp;amp;rft.isbn=978-2-922045-42-0&amp;amp;amp;rft.date=2013&amp;amp;amp;rft.volume=Cahier+de+l%26%23039%3BIREF&amp;amp;amp;rft.aulast=Boulebsol&amp;amp;amp;rft.aufirst=Carole&amp;amp;amp;rft.au=Goldfarb%2C+Carole&amp;amp;amp;rft.pub=Institut+de+recherches+et+d%26%23039%3B%C3%A9tudes+f%C3%A9ministes+%28IREF%29&amp;amp;amp;rft.place=Montr%C3%A9al&amp;quot;&amp;gt;&amp;lt;/span&amp;gt;&lt;/div&gt;
      &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
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 <pubDate>Mon, 02 May 2022 16:11:11 +0000</pubDate>
 <dc:creator>Alexia Giroux</dc:creator>
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 <title>De l&#039;assignation à l&#039;éclatement. Continuités et ruptures dans les représentations des femmes</title>
 <link>https://oic.uqam.ca/fr/publications/de-lassignation-a-leclatement-continuites-et-ruptures-dans-les-representations-des</link>
 <description>&lt;div class=&quot;field field-name-field-resume field-type-text-long field-label-hidden&quot;&gt;
    &lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;Les auteures explorent, à partir de leurs disciplines et ancrages, diverses facettes de l’expérience des femmes, telle qu’elle nous est présentée dans: les discours de presse, les médias, les politiques, la fiction, les pratiques créatrices, les préconceptions et le passage du temps. &lt;/div&gt;
      &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
</description>
 <pubDate>Tue, 15 Mar 2022 13:30:03 +0000</pubDate>
 <dc:creator>Alexia Giroux</dc:creator>
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