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 <title>Observatoire de l&#039;imaginaire contemporain - représentations</title>
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 <title>La prise de parole des vétérans au XXe siècle. Émergence d’un nouveau discours</title>
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 <description>&lt;div class=&quot;field field-name-field-cahier-remix field-type-entityreference field-label-above&quot;&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;Quelque chose de la guerre... Témoins et combattants dans la littérature et au cinéma&lt;/div&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot; style=&quot;color: #0462c3;&quot;&gt;Université du Québec à Montréal&lt;/div&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&lt;a href=&quot;/fr/profils/boulanger-eric&quot;&gt;Boulanger, Éric&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item clearfix even&quot;&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;73732&quot; view_mode=&quot;embed_large&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;p&gt;Dès le début du siècle dernier, la démocratisation de l’enseignement et la massification des conflits ont favorisé une pratique de masse de l’écriture&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref1_zp9m6ch&quot; title=&quot;Nous reprenons dans cet article certains éléments et concepts abordés dans notre thèse de doctorat. (Boulanger, 2022)&quot; href=&quot;#footnote1_zp9m6ch&quot;&gt;1&lt;/a&gt;. Les conscrits et les volontaires qui se sont retrouvés dans les tranchées et sur les champs de bataille avaient pour la plupart la capacité d’écrire, de laisser une trace, de jeter leur expérience sur le papier. Dans son essai consacré aux témoignages des combattants français de la Grange Guerre, le critique et ancien combattant Jean Norton Cru rappelle qu’un grand nombre de combattants étaient issus de la petite bourgeoisie de professions libérales: tantôt clercs, tantôt notaires, tantôt instituteurs, professeurs, ou encore auteurs, poètes, écrivains et artistes. (Cru, 1993: 666)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Pour la première fois, les hommes de troupe s’adonnèrent donc à l’écriture au même titre que les officiers supérieurs. Toutefois, leurs productions adoptaient d’autres visées et donnaient à lire une tout autre réalité. Une écriture psychologique et sensible de l’expérience damait le pion à une écriture traditionnelle du récit de guerre —à la fois stratégique et détachée— qui jusque-là avait été pratiquée par une poignée d’hommes liés au pouvoir: «poètes épiques, chefs de guerre, historiens et chroniqueurs», rappelle le philosophe Alain Brossat. (Brossat, 2001: 2; voir aussi Cru, 2008)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;À l’instar de l’historien français Nicolas Beaupré, nous croyons que les combattants et les vétérans développèrent deux types de pratique d’écriture pendant le premier conflit mondial. (Beaupré, 2011: 42-47) Il est indéniable que les combattants pratiquèrent une écriture de l’intime qui leur permit, d’une part, de conserver des liens affectifs avec leurs proches par le biais de la correspondance et, d’autre part, de trouver un exutoire cathartique à travers la production de carnets de route ou de journaux intimes. Toutefois, comme l’affirme Beaupré, «l’écriture de la guerre par les combattants quitta [rapidement] la sphère de l’intime pour devenir une parole publique». (Beaupré, 2011: 43) Au même titre que les romans, les récits et les essais, les supports de l’écriture ordinaire —tels les correspondances, les carnets de route et les journaux intimes— furent massivement publiés par les éditeurs qui cherchaient ainsi à répondre aux demandes d’un public friand de témoignages de guerre, tout en participant à l’effort de guerre.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La myriade de textes produits par les hommes de troupe est venue confronter le récit de guerre traditionnel pétri par la tradition épique et la tradition militaire dès le premier conflit mondial. Nombreux sont les anciens combattants qui se sont employés à témoigner des nouvelles réalités de la guerre moderne tout en prenant le contre-pied d’une parole mensongère, soit celle des discours officiels et de la tradition épique perpétuant une conception erronée de la guerre, conception qui a pendant longtemps favorisé l’adhésion des populations aux conflits et contribué à légitimer les massacres.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il apparaît clairement qu’un grand nombre de vétérans ont été animés par la volonté de communiquer une vérité chèrement acquise. Ces hommes qui ont partagé une expérience extrême, qui ont été confrontés aux mêmes souffrances et aux mêmes dilemmes moraux, en sont rapidement venus à constituer une sorte de diaspora. Nous entendons par là qu’il existe une culture commune qui instaure une communauté entre les anciens combattants, et que celle-ci est appelée à perdurer, malgré la dissémination des individus sur divers territoires.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les grands mouvements associatifs d’anciens combattants du vingtième siècle ont indéniablement favorisé la prise de parole des vétérans en créant des conditions propices, soit en permettant à ces derniers de se regrouper et de développer des liens d’égalité et de réciprocité (prolongement même de la fraternité des tranchées&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref2_iwl3lth&quot; title=&quot;Pendant l’entre-deux-guerres, le mouvement combattant français regroupait un peu plus de trois millions d’adhérents, soit le quart de l’électorat français de l’époque. (Prost: 100).&quot; href=&quot;#footnote2_iwl3lth&quot;&gt;2&lt;/a&gt;). Ils sont devenus des lieux où la parole de ces hommes —affranchie des discours institutionnels, de la culture de guerre et de la hiérarchie militaire— pouvait être accueillie et partagée, où leur identité de vétéran pouvait enfin être reconnue. Les associations ont permis aux vétérans de se réunir et de s’unir (que ce soit localement, régionalement, nationalement ou, même, internationalement), d’entretenir un esprit de fraternité et de développer des réseaux d’intérêts et d’influences qui transcendent les époques et les frontières, et ce, jusqu’à constituer une sorte de diaspora d’anciens combattants.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il ne fait aucun doute que la sociabilité&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref3_dy5uuw5&quot; title=&quot;Nous utilisons ici le terme «sociabilité» au sens où l’entend Georg Simmel, c’est-à-dire comme un cercle social égalitaire qui ne vise pas une finalité, et au sein duquel les individus sont unis par «un lien de réciprocité libéré de toute contrainte». (Rivière: 212) Voir aussi (Renou: 543, 545).&quot; href=&quot;#footnote3_dy5uuw5&quot;&gt;3&lt;/a&gt; a constitué le ciment qui unit les vétérans entre eux. En témoigne notamment l’importance que prenait le banquet lors des conventions des associations françaises de l’entre-deux-guerres, ou encore les actions sociales et les événements organisés par les associations françaises et américaines. (Prost; Gambone) Il n’en demeure pas moins que l’action militante était la raison d’être des associations. Il s’agissait d’abord de lutter pour les droits à dédommagement et la reconnaissance officielle des anciens combattants. Le concept de lutte était profondément ancré dans le quotidien et la réalité des vétérans qui durent mener bien des combats pour parvenir à améliorer leur situation&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref4_9uri526&quot; title=&quot;En témoigne, par exemple, l’histoire des vétérans français depuis le Moyen Âge jusqu’au XXe siècle, en particulier leurs luttes pour l’obtention d’une reconnaissance officielle et des droits à dédommagement. (Bois; Petiteau; Prost).&quot; href=&quot;#footnote4_9uri526&quot;&gt;4&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Rappelons toutefois que l’activisme des associations de vétérans ne s’est jamais résumé à la défense des intérêts de leurs membres. Considérant leur implication sociale comme un prolongement de leur engagement, les vétérans ont, depuis le début du siècle dernier, cherché à multiplier les projets communautaires et philanthropiques dans le but d’améliorer la société.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Persuadés que leur expérience guerrière leur conférait une légitimité historique et qu’ils étaient détenteurs d’une certaine vérité, les vétérans de tous horizons ont été animés par le désir de mettre leur parole au service de leur société, et ce, peu importe leur penchant ou leur allégeance idéologique et politique (socialiste ou conservateur, traditionaliste ou progressiste, belliciste ou pacifiste). Animées par une volonté morale, certaines associations s’employèrent à faire la promotion d’un patriotisme agressif, à sauvegarder les valeurs traditionnelles et à maintenir le &lt;em&gt;statu quo&lt;/em&gt;, alors que d’autres s’appliquèrent à promouvoir le pacifisme, à remettre en cause les décisions de l’État et à lutter contre les injustices sociales. Bien qu’il n’y ait jamais eu de consensus au sein des mouvements vétérans, et qu’ils se composèrent d’éléments hétérogènes, grâce à leur poids politique les associations ont permis néanmoins à la parole des hommes d’acquérir une résonance et de s’imposer dans l’espace public. Il est indéniable que le mouvement combattant français de l’entre-deux-guerres et le mouvement pacifiste des vétérans américains de la guerre du Vietnam ont tous deux développé des discours qui eurent une certaine portée sociale. De tels mouvements ont fortement contribué à favoriser l’émergence et le rayonnement de la parole des vétérans.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;On peut considérer la fraternité des vétérans comme la continuation des liens puissants qui unissaient ces hommes au combat. Vivant en état d’interdépendance de manière à assurer leur survie, et partageant les mêmes épreuves et les mêmes souffrances, ces derniers ont développé entre eux un attachement impalpable et un respect mutuel. Julia Eichenberg révèle que la violence expérimentée par les combattants de la Grande Guerre fut une expérience transnationale, ce qui dans une certaine mesure contribua inévitablement à rapprocher les vétérans de partout après la démobilisation. (Eichenberg, 2014) Entre ces hommes que tout avait opposés, se développa une certaine forme de respect. L’ennemi d’autrefois s’avérait être un frère de souffrance ayant expérimenté une commune misère.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le retour des combattants semble, lui aussi, avoir été vécu comme une expérience transnationale. En effet, les combattants de tous les horizons ont éprouvé les mêmes difficultés lorsqu’est venu le moment de réintégrer la vie civile. N’oublions pas que les vétérans demeurent, pour beaucoup, ceux qui en ont trop vu et qui en ont trop fait. Ce sont des hommes qui ont vécu une troublante proximité avec la mort et qui s’en trouvent, par conséquent, profondément changés, marqués par le souvenir de l’enfer, condamnés à l’enfer du souvenir et à la solitude parmi les autres. Ce sont aussi ceux qui ont accepté d’adopter des comportements brutaux et d’enfreindre les normes morales pour assurer leur survie et défendre la pérennité de la nation. Bref, l’expérience de la guerre les rend suspects et menaçants aux yeux de la population civile. Par conséquent, ils ne semblent pouvoir être compris que par ceux qui ont été confrontés à la même expérience. Aussi se sentent-ils souvent plus près de leurs anciens ennemis que de leur société d’appartenance. En témoigne, notamment, la tendance de certaines associations à adhérer à l’internationalisme vétéran pour cultiver une commémoration commune des morts, pour défendre les intérêts communs des anciens combattants et pour prévenir l’émergence de nouveaux conflits. (Eichenberg, 2014)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les traumatismes psychiques, la culpabilité, le manque de reconnaissance, ainsi que les difficultés à réintégrer les cadres spatio-temporels et les normes morales du quotidien, ont bien évidemment compliqué la réinsertion des vétérans. (Cabanes, 2006) À l’angoisse de ne pas retrouver leur place dans la vie civile, s’ajoutait celle de devoir reconstruire leur identité altérée par la brutalité et les horreurs du combat. Le décalage qui existe entre les réalités de la vie au combat et les réalités de la vie civile n’a en rien aidé la réinsertion des vétérans tout au long du siècle; ceux-ci se sont souvent heurtés aux attentes des civils qui n’avaient pour seuls référents que les représentations de la guerre perpétuées par la culture de guerre, ou encore par la tradition épique. Finalement, «le système cognitif et les valeurs [du combattant], configuraient un espace-temps qui n’était plus le même que celui de l’autre». (Himy-Piéri: 97) Tout indique que l’expérience de la guerre instaure bien souvent une véritable rupture entre le témoin et sa société d’appartenance. C’est pourquoi plusieurs vétérans se sont retrouvés en marge de la société et se sont progressivement cloîtrés dans le silence. «Le refuge du silence», rappelle Renaud Dulong, «rejoint celui du rêve dans son refus de la réalité». (Dulong: 99) Ce silence a d’ailleurs engendré de funestes conséquences tout au long du siècle dernier. Les problèmes sociaux-économiques occasionnés par le retour des vétérans de la guerre du Vietnam en sont de frappants exemples. (Rigal-Cellard) Dans un ouvrage paru en 1999, le vétéran Chuck Dean avançait qu’un peu plus de 150 000 vétérans du Vietnam s’étaient enlevé la vie depuis 1964 (Dean), alors que l’armée américaine avait enregistré 58 220 pertes lors du conflit. (DCAS, 2008)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans son essai intitulé &lt;em&gt;Partir à la guerre&lt;/em&gt;, le romancier et vétéran du Vietnam, Karl Marlantes, présente la communauté des anciens combattants comme un cercle dont les initiés seraient détenteurs d’une parole, d’une vérité encore trop peu partagée. Ce cercle, qui intègre les anciens combattants de tous les horizons, serait, selon lui, régi par un code du silence qui leur permettrait de réintégrer leur société d’appartenance. (Marlantes, 2013: 250) Notons qu’il y a ici présence d’une microsociété d’hommes qui partagent une même expérience, un même savoir, mais qui, hélas, doivent se taire pour parvenir à se réhabiliter. C’est donc dire que la parole des vétérans est une parole subversive; elle semble déranger et pousser la société hors de sa zone de confort en révélant qu’il existe tout un monde entre les discours officiels et l’expérience réelle du combattant.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En 1929, Jean Norton Cru observait déjà la dichotomie:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Sur le courage, le patriotisme, le sacrifice, la mort, on nous avait trompés, et aux premières balles nous reconnaissions tout à coup le mensonge de l’anecdote, de l’histoire, de la littérature, de l’art, des bavardages de vétérans et des discours officiels. Ce que nous voyions, ce que nous éprouvions n’avait rien de commun avec ce que nous attendions, d’après ce que nous avions lu et tout ce qu’on nous en avait dit. Non, la guerre n’est pas le fait de l’homme: telle fut l’évidence énorme qui nous écrasa. (Cru, 1993: 13-14)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans &lt;em&gt;Témoins&lt;/em&gt;, Norton Cru affirme que le choc de l’expérience agit comme un agent révélateur qui permet de percevoir le vrai visage de la guerre. «[L]e contact, le choc brutal des formidables réalités de la guerre réduisit en miettes ma conception livresque des actes et des sentiments du soldat au combat, conception historique et que naïvement, je croyais scientifique», écrit-il. (Cru, 1993: 2). Le baptême du feu constituerait à ce titre un moment charnière de l’expérience; il permettrait aux combattants de confronter une conception de la guerre apprise dans les manuels aux réalités de la guerre moderne.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Norton Cru soutient qu’une sorte de communauté découlant de la fraternité des tranchées aurait pris forme au lendemain de la Grande Guerre. Celle-ci se serait exprimée dans la parole des anciens combattants, parole qui s’emploie justement à dresser un portrait plus fidèle de la guerre.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Heureusement, l’esprit du front a survécu dans les livres. Les combattants qui ont publié leurs impressions ne sont pas les premiers venus; ils constituent, pour la plupart, une élite même parmi les intellectuels et l’on constate que la moitié d’entre eux, peut-être, a su réagir totalement ou partiellement contre la tyrannie de la tradition, su échapper aux invites d’un public affamé de gloire ou avide d’horreurs sadiques. (Cru, 2008: 112)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les témoignages de ces hommes s’enrichiraient mutuellement et exerceraient, en se regroupant, une certaine influence, voire une certaine autorité: c’est précisément ce que le philosophe Jan Patočka entend lorsqu’il parle de la «solidarité des ébranlés». Ces hommes qui ont été confrontés à «l’entier ébranlement du sens» (Schmit: 140) —tant dans leur rapport au monde technique que dans leur rapport à la politique et à l’éthique— seraient justement unis par l’expérience même de l’ébranlement.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;En fait, le seul aspect unificateur de cette solidarité se trouve dans l’ébranlement du sens donné, dans l’abîme du sens lui-même. Les ébranlés se réunissent dans l’absence d’une perte commune et dans la perte commune des fondations. C’est donc une solidarité au-delà de la solidité. (San, 2019)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il s’agirait donc pour eux de prendre la parole et de donner à voir le visage du monde tel qu’ils l’ont découvert pendant l’expérience guerrière. Ainsi, «l’homme ébranlé» serait&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;celui qui est envoyé dans le monde pour rendre témoignage à la vérité, pour l’attester par chacun de ses actes et tout son comportement, pour aider à venir à soi tout ce qui est de la même manière que lui, pour laisser être les hommes ce qu’ils sont, dans la clarté et la vérité, pour s’offrir aux choses et aux êtres comme un sol où ils pourront se déployer, et non pas pour les exploiter brutalement au profit d’intérêts arbitraires. (Patočka: 235) Voir aussi (Figuier)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il semble donc que la parole des vétérans ait été considérée par plusieurs comme une vérité dont les vétérans sont les seuls détenteurs, vérité qu’il importe de partager. Par conséquent, cette parole peut être envisagée comme une sorte de discours micro sociétal généré au sein de la diaspora des anciens combattants. Ce discours micro sociétal serait produit par un groupe d’hommes que l’expérience guerrière a propulsé dans un «monde à part&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref5_d6p4lnf&quot; title=&quot;Les vétérans sont persuadés que leur expérience leur confère une légitimité historique et la responsabilité de lutter pour faire entendre la vérité sur la guerre et ainsi contribuer à améliorer leur société.&quot; href=&quot;#footnote5_d6p4lnf&quot;&gt;5&lt;/a&gt;», il découlerait précisément d’une forme de sociabilité —au sens où l’entend Simmel— développée aux combats et perpétuée au sein des associations de vétérans.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La diaspora dont les vétérans sont les fiers représentants constitue, selon nous, une communauté parallèle à la communauté des Hommes, et c’est en son sein que s’est d’abord structurée leur parole. À la manière des &lt;em&gt;rap groups&lt;/em&gt;, cette communauté constitue un lieu d’échange qui permet aux vétérans de mettre en scène leurs souvenirs, de développer une mémoire collective, bref de donner un sens à leur expérience&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref6_hqnqczj&quot; title=&quot;Au début des années soixante-dix, l’association Vietnam Veterans Against the War, avec l’aide des psychiatres Robert Jay Lifton et Chaim F. Shatan, mettait sur pied des groupes d’entraide destinés aux vétérans de la guerre du Vietnam. Ces rap groups, composés d’une douzaine de vétérans et de quatre professionnels (psychiatres, psychologues ou psychanalystes), adoptèrent rapidement la politique de la porte ouverte. Les vétérans étaient libres de venir et de partir à leur guise. Toutefois, chacun devait y livrer son histoire. Il s’agissait de se raconter et d’écouter les autres se raconter de manière à se découvrir et à retrouver le fil de leur existence. L’acte même de raconter devait leur permettre de comprendre comment leur expérience guerrière et leur état psychologique actuel étaient intimement reliés. (Voir Lifton; Haley).&quot; href=&quot;#footnote6_hqnqczj&quot;&gt;6&lt;/a&gt;. La parole des uns permet de libérer et de nourrir celle des autres. Puisqu’ils partagent les mêmes repères, les mêmes cadres sociaux de la mémoire, les vétérans parviennent à localiser et à reconnaître leurs souvenirs à partir de la vision de l’expérience qu’ils partagent avec les membres de la diaspora. (Halbwachs) Maurice Halbwachs affirme justement que «c’est dans la mesure où [la] pensée individuelle se replace dans ces cadres et participe à [la] mémoire [collective] qu’elle serait capable de se souvenir». (Halbwachs: 6) Le silence des anciens combattants évoqué par Karl Marlantes —silence qui, nous l’avons vu, a mené quelques centaines de milliers d’entre eux à commettre l’irréparable— ne témoigne-t-il pas de l’incapacité de certains d’entre eux à intégrer le souvenir de leur expérience dans une mémoire collective déjà existante? Halbwachs soutient d’ailleurs&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;[qu’]un homme qui se souvient seul de ce dont les autres ne se souviennent pas ressemble à quelqu’un qui voit ce que les autres ne voient pas. C’est, à certains égards, un halluciné, qui impressionne désagréablement ceux qui l’entourent. Comme la société s’irrite, il se tait, et à force de se taire, il oublie les [choses] qu’autour de lui personne ne prononce plus. (167)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il rappelle aussi que la société écarte de sa mémoire tout ce qui menace sa cohésion et qu’elle remanie constamment ses souvenirs de manière à préserver son équilibre. (290)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Nous avons déjà mentionné que les vétérans éprouvent certaines difficultés à se réintégrer et à transmettre leur expérience aux populations civiles à cause du décalage qui existe entre deux espaces-temps, entre deux réalités distinctes: soit, celle du combat et celle de la vie civile. En effet, les hommes qui ont été confrontés à une expérience limite ont vu leur système cognitif s’adapter aux circonstances extrêmes et ont dû moduler leurs valeurs de manière à assurer leur survie. Par conséquent, leur comportement ne semble plus pouvoir être compris d’après les normes en vigueur au sein des sociétés civiles. (Himy-Piéri: 197). Qui plus est, l’expérience de la guerre moderne et ses nouvelles implications s’avèrent incompatibles avec la conception que s’en font les civils. Aux souvenirs des combattants s’oppose une conception erronée de la guerre que partage la majorité de la population influencée par la tradition épique. Il ne fait donc aucun doute que les cadres sociaux, qui devraient normalement être partagés entre les anciens combattants et les civils pour que la remémoration et la transmission de l’expérience soient possibles, demeurent bien souvent inconciliables. Par conséquent, pendant longtemps, combattants et civils conservèrent des souvenirs différents des conflits. C’est pourquoi la parole des vétérans qui ne corroborait pas une conception traditionnelle de la guerre fut souvent marginalisée et reléguée au rang de fabulation.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Nous croyons que les cadres mémoriels de plusieurs groupes de vétérans du siècle dernier, issus de différents conflits et de différentes nations, contribuèrent à constituer les cadres mémoriels d’un groupe beaucoup plus large —la diaspora des anciens combattants— au sein duquel se développa une mémoire collective. Qui plus est, il nous semble justement qu’un discours original, élaboré par les écrivains-vétérans du XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle, a permis à la mémoire collective développée au sein de la diaspora de pénétrer les mémoires collectives des sociétés occidentales.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Rédigés &lt;em&gt;a posteriori&lt;/em&gt;, les romans écrits par ces hommes portent un regard critique et lucide sur les événements, tout en s’affranchissant des mentalités et des codes de valeurs résultant de la culture de guerre. Le discours élaboré dans ces romans —que nous qualifions de «discours vétéran»— propose une alternative à une conception épique de l’expérience guerrière. Malgré les spécificités propres aux contextes des différents conflits qui ont jalonné le XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle —et des nuances qu’il faut par conséquent lui apporter en fonction des conflits—, ce discours ne s’est jamais transformé de manière radicale. Prenant l’expérience de la Grande Guerre comme matrice, il s’est adapté et modifié au cours des différents conflits, de manière à alimenter et renforcer une conception de la guerre plus en phase avec les réalités de l’expérience des combattants des guerres modernes.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les écrivains-vétérans ont procédé à une reconfiguration de l’expérience guerrière de manière à invalider la tradition épique, à contrer les discours démagogiques des institutions —lesquelles contribuent à mobiliser les masses et à légitimer les confits— et à en dévoiler les ressorts. Ils ont recouru à une réécriture tacticienne de l’expérience guerrière, braconnant et bricolant la tradition épique et la littérature consacrée (récit de guerre traditionnel, roman psychologique, roman réaliste, &lt;em&gt;bildungsroman&lt;/em&gt;)&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref7_njqr9kc&quot; title=&quot;Nous empruntons ici les expressions «braconner» et «bricoler» à Michel de Certeau. Elles sont liées aux termes «stratégie» et «tactique» qui jouent un rôle de premier ordre dans la pensée de Michel de Certeau, qui les définit ainsi: «J’appelle stratégie le calcul (ou la manipulation) des rapports de forces qui devient possible à partir du moment où un sujet de vouloir et de pouvoir (une entreprise, une armée, une cité, une institution scientifique) est isolable. Elle postule un lieu susceptible d’être circonscrit comme un propre et d’être la base d’où gérer les relations avec une extériorité de cibles ou de menaces (les clients ou les concurrents, les ennemis, la campagne autour de la ville, les objectifs et objets de la recherche, etc.).» Les tactiques seraient, quant à elles, «déterminée[s] par l’absence de pouvoir» et «n’aurai[ent] pour lieu que celui de l’autre»: dans ces conditions, la parole du plus faible utiliserait la parole du plus fort (en la trafiquant, en la bricolant ou en la détournant) pour consolider sa position. (Certeau: 59,60,62)&quot; href=&quot;#footnote7_njqr9kc&quot;&gt;7&lt;/a&gt;. En usant de la fiction comme tactique discursive et du roman comme tactique formelle —assurant du coup la lisibilité et la pérennité de leurs témoignages—, ils sont parvenus à transmettre leur expérience et les leçons qu’ils en ont tirées, contribuant ainsi à transformer la compréhension que les civils avaient de la guerre. Imbrication, donc, d’une nouvelle logique marginale dans un ancien modèle discursif et narratif par l’utilisation d’une nouvelle rhétorique ou, pour être plus précis, d’une nouvelle posture rhétorique qui a permis aux auteurs d’ordonner l’expérience chaotique et traumatisante de la guerre, et de restructurer leur identité narrative.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Puisqu’ils n’ont eu d’autre choix que d’abandonner les vieux modèles narratifs utilisés par la tradition épique, parce qu’incompatibles avec les nouvelles réalités de la guerre moderne et, de ce fait, avec leur expérience personnelle, les vétérans qui ont pris la plume ont élaboré une posture rhétorique afin de témoigner des conditions dans lesquelles les combattants modernes ont été appelés à évoluer. Cette posture rhétorique n’est pas sans rappeler la posture physique à laquelle les combattants ont été contraints dès la Première Guerre mondiale. Pensons ici à ces hommes qui, terrassés par la force de tir de l’artillerie moderne, ont dû apprendre à vivre au ras du sol, à ramper, à marcher à quatre pattes et à se terrer comme des bêtes pour assurer leur survie. Car, sur les champs de bataille modernes, seul l’instinct de survie semble désormais dominer les hommes: exit l’enivrement de la gloire, l’honneur et le courage. Pensons un instant à l’impuissance que ces hommes durent ressentir, aux souffrances et aux humiliations qu’ils durent endurer: des grains de sable pris au piège dans l’engrenage de l’histoire, dans le grand rouage de la guerre industrielle, victimes non seulement des armes modernes, mais, aussi, de la machine militaire à laquelle ils durent inconditionnellement se soumettre.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En 1934, Pierre Drieu La Rochelle parvenait à verbaliser avec justesse ce que d’autres vétérans avaient tenté de représenter avant lui: c’est-à-dire la honte viscérale qui découle désormais de l’expérience guerrière. Il écrit:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;J’étais étonné d’être ainsi cloué au sol; je pensais que ça ne durerait pas. Mais ça dura quatre ans. La guerre aujourd’hui, c’est d’être couché, vautré, aplati. Autrefois, la guerre, c’étaient des hommes debout. La guerre d’aujourd’hui, ce sont toutes les postures de la honte. (Drieu La Rochelle: 31)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;À l’instar de Drieu La Rochelle, nous soutenons l’hypothèse que raconter l’expérience du combattant c’est aujourd’hui adopter toutes les postures de la honte, car, depuis le début du XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle, la plupart des vétérans qui se sont risqués à témoigner fidèlement de leur expérience ont cherché à mettre de l’avant les souffrances et les humiliations auxquelles ils ont été confrontés tout en partageant leur culpabilité et en cherchant à relativiser leur responsabilité. Tout indique que la posture rhétorique de la honte permet non seulement de témoigner des nouvelles réalités de l’expérience de la guerre moderne, mais, aussi, d’établir la crédibilité des combattants par la mise en scène de leurs qualités morales, contrecarrant ainsi les représentations négatives des combattants que véhiculent bien souvent le discours pacifiste et l’imaginaire collectif. Bref, tout au long du siècle dernier, les écrivains-vétérans se sont employés, par l’usage de différents procédés —et, plus précisément, en développant un éthos discursif (l’éthos vétéran) en totale rupture avec l’éthos militaire contemporain—, à créer une image des combattants et des vétérans qui s’avère moralement acceptable afin de laver leur réputation, de gagner la confiance du public et de le faire adhérer plus facilement à une vision de la guerre fidèle à leur expérience.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En tant que contre-discours visant à influencer la société, le «discours vétéran» adopte une position subversive. Il est porteur d’une expérience, voire d’une certaine vérité, que les anciens combattants désirent transmettre aux générations futures pour faire contrepoids à une vision idéalisée de la guerre. À la fois monumentaire, éducatif, judiciaire, politique et épidictique, le «discours vétéran» permet de développer la mémoire d’une grande communauté de souffrance —la communauté des vétérans—, d’éduquer les masses, de juger les événements, de critiquer les politiques et les stratégies adoptées, mais, surtout, de formuler une identité narrative permettant aux hommes de faire la paix avec leur passé, de se racheter aux yeux des autres et de réintégrer la société civile.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;À l’instar des littératures mineures, telles que les définissent Deleuze et Guattari, la production romanesque des vétérans s’impose comme une force tranquille de changement, en ce sens qu’elle est le produit d’un groupe minoritaire et dominé qui tente par des moyens narratifs, stylistiques, énonciatifs, figuratifs et rhétoriques de remettre en question les pouvoirs dominants —qu’ils soient politiques ou littéraires— ainsi que les discours et les méthodes qu’ils génèrent pour instaurer la norme, norme qui, soit dit en passant, contribue à alimenter la marginalité des groupes minoritaires, de leurs productions littéraires et de leurs discours. (Deleuze et Guattari) Notons toutefois que cette production romanesque s’inscrit dans l’ordre de la subversion; c’est une puissance d’écriture souterraine qui n’opère en rien un affrontement direct.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les romans des vétérans de la Grande Guerre, de la Seconde Guerre mondiale et de la guerre du Vietnam n’en exercèrent pas moins un fort rayonnement au sein des sociétés occidentales. Dès les années trente, les romans écrits par les vétérans bénéficièrent d’une grande popularité. Le nombre de traductions et d’éditions/rééditions ne cessa de s’accroître au cours des années. En procédant à un dépouillement sur la base de données &lt;em&gt;WorldCat&lt;/em&gt;, qui regroupe les catalogues de la plupart des bibliothèques d’Europe et d’Amérique du Nord, ainsi que d’un certain nombre de bibliothèques d’Asie et d’Amérique du Sud, nous avons retrouvé &lt;em&gt;À l’Ouest rien de nouveau&lt;/em&gt; d’Erich Maria Remarque publié en cinquante-trois langues différentes&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref8_t77rro2&quot; title=&quot;Nous demeurons toutefois conscients des limites de la méthode employée: d’abord, à cause du caractère partiel de la base de données; ensuite, parce que, pour des raisons de politiques d’acquisition, il s’avère impossible que toutes les éditions aient été acquises par des bibliothèques; et, finalement, parce que, pour des raisons de politiques de conservation, certaines éditions ont fort probablement été retirées des rayons au cours des années. Cependant, malgré son caractère lacunaire, la méthode nous permet, dans une certaine mesure, d’observer le rayonnement des œuvres à l’étude et de dresser des tendances en ce qui a trait aux pratiques éditoriales.&quot; href=&quot;#footnote8_t77rro2&quot;&gt;8&lt;/a&gt;. Certains romans, sans pour autant atteindre la popularité du roman de Remarque, sont disponibles dans plus de dix langues. C’est le cas notamment de &lt;em&gt;The Thin Red Line&lt;/em&gt; de James Jones (dix-neuf langues), &lt;em&gt;Le soldat oublié&lt;/em&gt; de Guy Sajer (dix-huit langues), &lt;em&gt;Battle Cry&lt;/em&gt; de Leon Uris (seize langues), &lt;em&gt;The Things They Carried&lt;/em&gt; de Tim O’Brien (quatorze langues), &lt;em&gt;Born on the Fourth of July&lt;/em&gt; de Ron Kovic (treize langues), &lt;em&gt;Matterhorn&lt;/em&gt; de Karl Marlantes (dix langues) et &lt;em&gt;The Short-Timers&lt;/em&gt; de Gustav Hasford (dix langues). Pour ce qui est des éditions/rééditions, &lt;em&gt;À l’Ouest rien de nouveau&lt;/em&gt; arrive bon premier avec 310 parutions, suivi par &lt;em&gt;The Thin Red Line&lt;/em&gt; (222 parutions), &lt;em&gt;Battle Cry&lt;/em&gt; (125 parutions) et &lt;em&gt;The Things The Carried&lt;/em&gt; (75 parutions).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Tout au long du siècle dernier, les romans de guerre écrits par les vétérans ont multiplié les succès critiques et commerciaux. En Allemagne, le roman &lt;em&gt;À l’Ouest rien de nouveau&lt;/em&gt; fut rapidement vendu à plus 1,2 million d’exemplaires. (Beaupré, 2014) La deuxième édition de &lt;em&gt;Her Privates We&lt;/em&gt;, parue en 1930, fut un succès immédiat. Quinze mille exemplaires furent vendus au cours du trimestre suivant sa publication&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref9_lgxpbci&quot; title=&quot;Rappelons toutefois que l’édition originale, tirée à cinq cents exemplaires en 1929, était destinée au cercle privé de l’auteur.&quot; href=&quot;#footnote9_lgxpbci&quot;&gt;9&lt;/a&gt;. (Boyd: 18) Publié pour la première fois en 1951, &lt;em&gt;Battle Cry&lt;/em&gt;, de Leon Uris, obtint pour sa part un succès instantané. Avec plusieurs millions de copies vendues, il se retrouva parmi les best-sellers américains les plus populaires durant les années cinquante et soixante. (Lighter, 2011) &lt;em&gt;The Things They Carried&lt;/em&gt;, qui fut vendu à plus de deux millions d’exemplaires, figure quant à lui sur la liste des meilleurs livres du siècle du &lt;em&gt;New York Times&lt;/em&gt;. (O’Brien, 2011)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Au cours du siècle dernier, les romans de vétérans ont aussi profité des nombreuses adaptations cinématographiques dont ils ont été l’objet. Dès le début des années trente, &lt;em&gt;À l’Ouest rien de nouveau&lt;/em&gt; (Remarque, 1956) et &lt;em&gt;Les Croix de bois&lt;/em&gt; (Dorgelès, 1919) étaient transposés au grand écran et triomphaient sur la scène internationale&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref10_nqou83b&quot; title=&quot;Lewis Milestone, All Quiet on the Western Front, États-Unis, 1930, 152 min; Raymond Bernard, Les Croix de bois, France, 1932, 132 min.&quot; href=&quot;#footnote10_nqou83b&quot;&gt;10&lt;/a&gt;. Depuis, le nombre de romans de vétérans adaptés au cinéma a littéralement explosé. Seulement sur les vingt romans constituant le corpus de notre thèse, huit ont donné lieu à dix adaptations cinématographiques et télévisuelles&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref11_0rkn236&quot; title=&quot;Outre Milestone, il s’agit de: Raoul Walsh, Battle Cry, États-Unis, 1955, 140 min; Philip Dunn, In Love and War (The Big War), États-Unis, 1958, 11 min; Andrew Marton, The Thin Red Line, États-Unis, 1964, 94 min; Delbert Mann, All Quiet on the Western Front, États-Unis/Royaume-Uni, 1979, 150 min; Stanley Kubrick, Full Metal Jacket (The Short Timers), États-Unis / Royaume-Uni, 1987, 116 min; Oliver Stone, Born on the Fourth of July, États-Unis, 1989, 145 min; Terrence Malick, , États-Unis / Canada, 1998, 172 min; Robert Clem, Company K, États-Unis, 2004, 102 min; Damien Odoul, La Peur, France/Canada, 2015, 93 min.&quot; href=&quot;#footnote11_0rkn236&quot;&gt;11&lt;/a&gt;. Plusieurs de ces films s’imposèrent rapidement comme des incontournables du genre —nous pensons, par exemple, à &lt;em&gt;All Quiet in the Western Front&lt;/em&gt; de Lewis Milestone, mais aussi à &lt;em&gt;Full Metal Jacket&lt;/em&gt; de Stanley Kubrick, &lt;em&gt;Born on the Fourth of July&lt;/em&gt; d’Oliver Stone et &lt;em&gt;The Thin Red Line&lt;/em&gt; de Terrence Malick. En plus d’obtenir un grand succès commercial&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref12_zc9i062&quot; title=&quot;Born on the Fourth of July a remporté, par exemple, cent soixante et un millions au box-office depuis sa sortie en salle en 1989. (Box Office Mojo)&quot; href=&quot;#footnote12_zc9i062&quot;&gt;12&lt;/a&gt;, ceux-ci accumulèrent les distinctions&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref13_rjs5pfj&quot; title=&quot;En 1930, le film de Lewis Milestone remportait l’Oscar du meilleur film et de la meilleure réalisation; en 1990, le film de Stone récoltait de nombreux prix —parmi lesquels l’Oscar et le Golden Globe pour la meilleure réalisation, le Golden Globe du meilleur film dramatique et le Golden Globe du meilleur scénario (qu’il remporte conjointement avec Ron Kovic); finalement, Terrence Malick se voyait, entre autres, attribuer l’Ours d’Or au Festival international du film de Berlin en 1999.&quot; href=&quot;#footnote13_rjs5pfj&quot;&gt;13&lt;/a&gt;. Comme l’affirme Nicolas Beaupré, les adaptations cinématographiques eurent comme effet de «démultipli[er] l’audience nationale et internationale de la littérature de guerre». (Beaupré, 2011: 45). Ainsi transposés, les romans des écrivains-vétérans devenaient accessibles à un plus large public et jouissaient du même coup d’une vitrine promotionnelle non négligeable&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref14_ris6z8q&quot; title=&quot;Lors de notre dépouillement de la base de données WorldCat, nous avons observé que The Short Timers, de Gustav Hasford, et Born on the Fourth of July, de Ron Kovic, profitèrent d’un regain éditorial après la parution des films de Stanley Kubrick et d’Oliver Stone. Nous avons aussi remarqué que trois des cinq romans possédant le plus grand nombre d’éditions et de rééditions ont été adaptés au cinéma: il s’agit d’À l’Ouest rien de nouveau, de The Thin Red Line et de Battle Cry. Les deux premiers ont d’ailleurs été adaptés à deux reprises. The Things They Carried, qui occupe la cinquième place des traductions et des éditions/rééditions, est en production au moment de publier le texte.&quot; href=&quot;#footnote14_ris6z8q&quot;&gt;14&lt;/a&gt;.&lt;/em.the&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Si le «discours vétéran» s’orchestra d’abord dans les romans de guerre, il en vint rapidement à s’immiscer dans les œuvres cinématographiques et télévisuelles, tout en influençant grandement le travail de nombreux historiens&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref15_x1swh4a&quot; title=&quot;Au tournant du siècle, les productions littéraires et cinématographiques ont été grandement influencées par l’approche culturaliste qui s’est imposée dans le milieu historique, et tout particulièrement dans les recherches portant sur la Première Guerre mondiale. En effet, nombre d’historiens, qui ne comptaient pas parmi les moins influents, s’intéressèrent, pour la première fois, à l’expérience des combattants, se penchant de plus près sur l’expérience de la violence et les souffrances physiques et psychologiques ressenties par les combattants. Toutefois, comme l’indique Christophe Prochasson, «[l]’histoire dite &amp;quot;culturelle&amp;quot; de la guerre […] a encouragé les lectures empathiques, passionnées et compassionnelles du conflit et dérouté parfois l’intelligence historique». (Prochasson: 31)&quot; href=&quot;#footnote15_x1swh4a&quot;&gt;15&lt;/a&gt;. Ainsi, les historiens en sont-ils venus, dans une large mesure, à présenter les combattants comme des victimes et à imposer le témoignage comme une source incontestable de vérité. Quoi qu’il en soit, il nous semble que ce recentrage de l’histoire des conflits autour de l’expérience des combattants n’est pas étranger au regain d’intérêt que suscitent les témoignages de combattants depuis la fin des années quatre-vingt-dix. Notons aussi que les festivités de commémorations des différents conflits ont contribué à promouvoir la parole des combattants en engendrant, chaque fois, une importante activité éditoriale, télévisuelle et cinématographique —en témoignent les festivités commémoratives qui se déroulèrent en Europe en novembre 1998 et entre 2014 et 2018. Au cours des années, le «discours vétéran» trouva de nouvelles niches (cinéma, télévision, théâtre, bande dessinée, jeux de société et jeux vidéo) et inspira des créateurs de tous les horizons, proposant ainsi une alternative aux représentations épiques ou romantiques de l’expérience guerrière.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Bref, la parole des vétérans s’est progressivement imposée au sein des sociétés occidentales, et ce, jusqu’à transformer notre façon de concevoir et de raconter la guerre. Le «discours vétéran» élaboré dans les romans de guerre a permis à la mémoire collective de la diaspora des vétérans d’influencer, jusqu’à un certain point, les mémoires collectives des sociétés occidentales. Nous soutenons donc qu’il existe une manière de dire l’expérience guerrière propre aux vétérans du XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle, et que cette manière de dire transcende les spécificités des différents conflits du siècle dernier, en dépit des nuances à apporter aux contextes historiques et culturels dans lesquels émergent leurs discours (discours des associations / discours vétéran). Bien que le «discours vétéran» se soit tout particulièrement imposé avec force au cours du siècle dernier, et qu’il ait contribué à éveiller la méfiance des masses face aux discours officiels, il n’est pas parvenu à invalider et à supplanter les représentations traditionnelles de la guerre véhiculées par la tradition épique. Les représentations traditionnelles de la guerre sont toujours opérantes au sein des institutions et de la population. Deux conceptions incompatibles sont donc appelées à cohabiter. Se trouvant dans l’impossibilité de se hisser au rang de stratégie au sens où l’entend Michel de Certeau, le «discours vétéran» est condamné au rang de tactique. Puisqu’il n’a pas de lieu propre où s’instituer, il ne lui reste plus qu’à utiliser celui de l’autre. Il s’inscrit par conséquent en porte-à-faux avec les discours officiels et la tradition épique sans lesquels il semble ne pouvoir être envisageable.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;&amp;nbsp;&lt;/h4&gt;&lt;h4&gt;&lt;strong&gt;Bibliographie&lt;/strong&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Essais&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BEAUPRÉ, Nicolas. 2014. «Écrire la guerre: les littératures combattantes.» &lt;em&gt;14-18. Mission centenaire&lt;/em&gt;. (&lt;a href=&quot;https://www.academia.edu/7747556/Ecrire_la_guerre_les_litt%C3%A9ratures_combattantes._Deux_immenses_succ%C3%A8s_de_la_litt%C3%A9rature_combattante_Le_Feu_1916_de_Barbusse_et_%C3%80_l_ouest_rien_de_nouveau_1929_de_Remarque&quot;&gt;DOI&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BEAUPRÉ, Nicolas. 2011. «De quoi la littérature de guerre est-elle la source? Témoignages et fictions de la Grande Guerre sous le regard de l’historien», &lt;em&gt;Vingtième siècle. Revue d’histoire&lt;/em&gt;. Vol. 4, no 112, p.41-55.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BOIS, Jean-Pierre. 1990. &lt;em&gt;Les anciens soldats dans la société française au XVIII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle&lt;/em&gt;. Paris: Éditions Economica, 476p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;«Born on the Fourth of July» In &lt;em&gt;Box Office Mojo&lt;/em&gt;. IMDb.com, Inc. &lt;a href=&quot;https://www.boxofficemojo.com/movies/?id=bornonthefourthofjuly.htm&quot;&gt;En ligne&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BOULANGER, Éric. 2022. &lt;em&gt;Le discours vétéran dans les romans de guerre du XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle: vers une reconfiguration de l’expérience guerrière&lt;/em&gt;. Thèse de doctorat, UQAM. &lt;a href=&quot;https://archipel.uqam.ca/15344/&quot;&gt;En ligne&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BOYD, William. 2002. «Introduction.» In Frederic Manning. &lt;em&gt;Nous étions des hommes&lt;/em&gt;. Paris: Éditions Phébus, 2002, p.15-23.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BROSSAT, Alain. 2011. «Le peuple scripturaire des tranchées ou l’angle mort de W. Benjamin» In Johanne Villeneuve (dir.) &lt;em&gt;L’expérience de la guerre: entre écriture et image&lt;/em&gt;. Université du Québec à Montréal. &lt;a href=&quot;http://experiencedelaguerreecritureimage.uqam.ca/Pagetextesenligne.html&quot;&gt;En ligne&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;CABANES, Bruno. 2006. «Le retour du soldat au XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle» &lt;em&gt;Revues historiques des armées&lt;/em&gt;. No 245. &lt;a href=&quot;http://rha.revues.org/5352&quot;&gt;En ligne&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;CERTEAU, Michel de. 1990. &lt;em&gt;L’invention du quotidien: arts de faire&lt;/em&gt;. Paris: Éditions Gallimard, coll. «Folio essais», 350p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;CRU, Jean Norton. 2008 [1930]. &lt;em&gt;Du témoignage&lt;/em&gt;. Paris: Éditions Allia, 123p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;CRU, Jean Norton. 1993 [1929]. &lt;em&gt;Témoins&lt;/em&gt;. Nancy: Presses Universitaires de Nancy, 727p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;DCAS Vietnam Conflict Extract File Record Counts by Casualty Category (as of April 29, 2008)&lt;/em&gt;. &lt;a href=&quot;http://www.archives.gov/research/military/vietnam-war/casualty-statistics.html#category&quot;&gt;En ligne&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;DEAN, Chuck. 1999 [1990]. &lt;em&gt;Nam Vet. Making Peace with your Past&lt;/em&gt;. Nashville: ACW Press, 138p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;DELEUZE, Gilles et Félix GUATTARI. 1975. &lt;em&gt;Kafka. Pour une littérature mineure&lt;/em&gt;. Paris: Les Éditions de Minuit, 157p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;DULONG, Renaud, 1998. &lt;em&gt;Le témoin oculaire. Les conditions de l’attestation personnelle&lt;/em&gt;. Paris: Éditions de l’EHESS, 237p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;EICHENBERG, Julia. 2014. «Veteran’s Associations» In Ute Daniel et al. (dir.) &lt;em&gt;1914-1918-online. International Encyclopedia of the First World War&lt;/em&gt;. &lt;a href=&quot;https://encyclopedia.1914-1918-online.net/article/veterans_associations&quot;&gt;En ligne&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;FIGUIER, Richard. 2006. «Jean Norton Cru, penseur de la guerre». &lt;em&gt;Les Temps Modernes&lt;/em&gt;. Vol. 6, no 640, p.215-241.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;GAMBONE, Michael D. 2017. &lt;em&gt;Long Journeys Home. American Veterans of World War II, Korea, and Vietnam&lt;/em&gt;. College Station: Texas A&amp;amp;M University Press, 257p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;HALBWACHS, Maurice. 1994 [1925]. &lt;em&gt;Les cadres sociaux de la mémoire&lt;/em&gt;. Paris: Éditions Albin Michel, 367p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;HALEY, Sarah. 1974. «When the Patient Reports Atrocities» &lt;em&gt;Archives of General Psychiatry&lt;/em&gt;. Vol. 30, no 2, p.191-193.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;HIMY-PIÉRI, Laure. 2005. «Peut-être que les enfants poseront des questions… Réflexion sur l’art et la fiction chez Perec et Bober» In Carole Dornier et Renaud Dulong (dir.) &lt;em&gt;Esthétique du témoignage&lt;/em&gt;. Caen: Éditions de la Maison des sciences de l’homme, p.191-201.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;LIFTON, Robert Jay. 1973. &lt;em&gt;Home from the War&lt;/em&gt;. New York: Simon and Schuster, 478p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;LIGHTER, Jonathan. 2001. «&lt;em&gt;Battle Cry Revisited&lt;/em&gt;: “Don’t Worry, Mom, Everything is Going to be All Right”» &lt;em&gt;War Literature and the arts&lt;/em&gt;. Vol. 23. (&lt;a href=&quot;https://www.wlajournal.com/wlaarchive/23_1-2/lighter.pdf&quot;&gt;DOI&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;MARLANTES, Karl, 2013. &lt;em&gt;Partir à la guerre&lt;/em&gt;. 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Paris: Presses de la fondation nationale des sciences politiques, 3 volumes.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;RENOU, Gildas. 2021. «Sociabilité» In Olivier Fillieule (dir.) &lt;em&gt;Dictionnaire des mouvements sociaux&lt;/em&gt;. &lt;a href=&quot;https://www.cairn.info/dictionnaire-des-mouvements-sociaux---page-545.html&quot;&gt;En ligne&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;RIGAL-CELLARD, Bernadette. 1991. &lt;em&gt;La guerre du Vietnam et la société américaine&lt;/em&gt;. Bordeaux: Presses universitaires de Bordeaux, 276p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;RIVIÈRE, Carole Anne. 2004. «La spécificité française de la construction sociologique du concept de sociabilité». &lt;em&gt;Réseaux&lt;/em&gt;. No 123, p. 207-231.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;SAN, Emre. 2019. «Penser aujourd’hui avec Patočka. La vulnérabilité collective et la solidarité politique» In &lt;em&gt;Implications philosophiques&lt;/em&gt;. &lt;a href=&quot;https://www.implications-philosophiques.org/ethique-et politique/ethique/penser-aujourdhui-avec-patocka/&quot;&gt;En ligne&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;SCHMIT, Pierre-Étienne. 2015. «Aller à la guerre même: J. Patočka et la Grande Guerre» &lt;em&gt;Le philosophoire&lt;/em&gt;. Vol. 2, no 48, p.135-168.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Romans&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;DORGELÈS, Roland. 1919. &lt;em&gt;Les croix de bois&lt;/em&gt;. Paris: Le Livre de Poche, 437p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;DRIEU LA ROCHELLE, Pierre. 1934. &lt;em&gt;La comédie de Charleroi&lt;/em&gt;. Paris: Le Livre de Poche, 316p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;HASFORD, Gustav. 1988. &lt;em&gt;The Short Timers&lt;/em&gt;. New York: Bantam Books, 180p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;JONES, James. 1998 [1962]. &lt;em&gt;The Thin Red Line&lt;/em&gt;. New York: Delta Books, 510p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;KOVIC, Ron. 1976. &lt;em&gt;Born on the Fourth of July&lt;/em&gt;. New York: McGraw-Hill Book Company, 208p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;MANNING, Frederic. 1999 [1930]. &lt;em&gt;Her Privates We&lt;/em&gt;. Londres: Serpent’s Tail, 272p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;MARLANTES, Karl. 2011 [2010]. &lt;em&gt;Matterhorn&lt;/em&gt;. New York: Grove Press, 624p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;O’BRIEN, Tim. 2011 [1990]. &lt;em&gt;À propos de courage (The Things They Carried)&lt;/em&gt;. Traduit de l’américain par Jean-Yves Prate. Paris: Éditions Gallmeister, coll. «Totem», 262p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;O’BRIEN, Tim. 1990. &lt;em&gt;The Things They Carried&lt;/em&gt;. Boston: Houghton Mifflin / Seymour Lawrence, 273p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;REMARQUE, Erich Maria. 1956 [1929]. &lt;em&gt;À l’Ouest rien de nouveau (Im westen nichts neues)&lt;/em&gt;. Traduit de l’allemand par Alzir Hella et Olivier Bournac. Paris: Le Livre de Poche, 254p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;SAJER, Guy. 1967. &lt;em&gt;Le soldat oublié&lt;/em&gt;. Paris: Éditions Robert Laffont, 545p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;URIS, Leon. 2005 [1953]. &lt;em&gt;Battle Cry&lt;/em&gt;. New York: Avon Books, 694p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Films&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BERNARD, Raymond. 1932. &lt;em&gt;Les Croix de bois&lt;/em&gt;. France, 152min.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;CLEM, Rogert. 2004. &lt;em&gt;Company K.&lt;/em&gt; États-Unis, 102min.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;DUNNE, Philip. 1958. &lt;em&gt;In Love and War (The Big War)&lt;/em&gt;. États-Unis, 111min.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;KUBRICK, Stanley. 1987. &lt;em&gt;Full Metal Jacket (The Short Timers)&lt;/em&gt;. États-Unis / Royaume-Uni, 116min.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;MALICK, Terrence. 1998. &lt;em&gt;The Thin Red Line&lt;/em&gt;. États-Unis, 172min.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;MANN, Delbert. 1979. &lt;em&gt;All Quiet on the Western Front&lt;/em&gt;. États-Unis/Royaume-Uni, 150min.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;MARTON, Andrew. 1964. &lt;em&gt;The Thin Red Line&lt;/em&gt;. États-Unis, 94min.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;MILESTONE, Lewis. 1930. &lt;em&gt;All Quiet on the Western Front.&lt;/em&gt; États-Unis, 152min.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;ODOUL, Damien. 2015. &lt;em&gt;La Peur&lt;/em&gt;, France/Canada, 93min.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;STONE, Oliver. 1989. &lt;em&gt;Born on the Fourth of July&lt;/em&gt;, États-Unis, 145min.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;WALSH, Raoul. 1955. &lt;em&gt;Battle Cry&lt;/em&gt;, États-Unis, 140min.&lt;/p&gt;

&lt;section  class=&quot;footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed&quot; data-collapsible-show-label=&quot;Notes&quot; data-collapsible-hide-label=&quot;Notes&quot;&gt;&lt;ul class=&quot;footnotes collapsible-content&quot;&gt;&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote1_zp9m6ch&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref1_zp9m6ch&quot;&gt;1.&lt;/a&gt; Nous reprenons dans cet article certains éléments et concepts abordés dans notre thèse de doctorat. (Boulanger, 2022)&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote2_iwl3lth&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref2_iwl3lth&quot;&gt;2.&lt;/a&gt; Pendant l’entre-deux-guerres, le mouvement combattant français regroupait un peu plus de trois millions d’adhérents, soit le quart de l’électorat français de l’époque. (Prost: 100).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote3_dy5uuw5&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref3_dy5uuw5&quot;&gt;3.&lt;/a&gt; Nous utilisons ici le terme «sociabilité» au sens où l’entend Georg Simmel, c’est-à-dire comme un cercle social égalitaire qui ne vise pas une finalité, et au sein duquel les individus sont unis par «un lien de réciprocité libéré de toute contrainte». (Rivière: 212) Voir aussi (Renou: 543, 545).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote4_9uri526&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref4_9uri526&quot;&gt;4.&lt;/a&gt; En témoigne, par exemple, l’histoire des vétérans français depuis le Moyen Âge jusqu’au XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle, en particulier leurs luttes pour l’obtention d’une reconnaissance officielle et des droits à dédommagement. (Bois; Petiteau; Prost).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote5_d6p4lnf&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref5_d6p4lnf&quot;&gt;5.&lt;/a&gt; Les vétérans sont persuadés que leur expérience leur confère une légitimité historique et la responsabilité de lutter pour faire entendre la vérité sur la guerre et ainsi contribuer à améliorer leur société.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote6_hqnqczj&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref6_hqnqczj&quot;&gt;6.&lt;/a&gt; Au début des années soixante-dix, l’association &lt;em&gt;Vietnam Veterans Against the War&lt;/em&gt;, avec l’aide des psychiatres Robert Jay Lifton et Chaim F. Shatan, mettait sur pied des groupes d’entraide destinés aux vétérans de la guerre du Vietnam. Ces &lt;em&gt;rap groups&lt;/em&gt;, composés d’une douzaine de vétérans et de quatre professionnels (psychiatres, psychologues ou psychanalystes), adoptèrent rapidement la politique de la porte ouverte. Les vétérans étaient libres de venir et de partir à leur guise. Toutefois, chacun devait y livrer son histoire. Il s’agissait de se raconter et d’écouter les autres se raconter de manière à se découvrir et à retrouver le fil de leur existence. L’acte même de raconter devait leur permettre de comprendre comment leur expérience guerrière et leur état psychologique actuel étaient intimement reliés. (Voir Lifton; Haley).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote7_njqr9kc&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref7_njqr9kc&quot;&gt;7.&lt;/a&gt; Nous empruntons ici les expressions «braconner» et «bricoler» à Michel de Certeau. Elles sont liées aux termes «stratégie» et «tactique» qui jouent un rôle de premier ordre dans la pensée de Michel de Certeau, qui les définit ainsi: «J’appelle &lt;em&gt;stratégie&lt;/em&gt; le calcul (ou la manipulation) des rapports de forces qui devient possible à partir du moment où un sujet de vouloir et de pouvoir (une entreprise, une armée, une cité, une institution scientifique) est isolable. Elle postule &lt;em&gt;un lieu&lt;/em&gt; susceptible d’être circonscrit comme &lt;em&gt;un propre&lt;/em&gt; et d’être la base d’où gérer les relations avec &lt;em&gt;une extériorité&lt;/em&gt; de cibles ou de menaces (les clients ou les concurrents, les ennemis, la campagne autour de la ville, les objectifs et objets de la recherche, etc.).» Les tactiques seraient, quant à elles, «déterminée[s] par l’absence de pouvoir» et «n’aurai[ent] pour lieu que celui de l’autre»: dans ces conditions, la parole du plus faible utiliserait la parole du plus fort (en la trafiquant, en la bricolant ou en la détournant) pour consolider sa position. (Certeau: 59,60,62)&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote8_t77rro2&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref8_t77rro2&quot;&gt;8.&lt;/a&gt; Nous demeurons toutefois conscients des limites de la méthode employée: d’abord, à cause du caractère partiel de la base de données; ensuite, parce que, pour des raisons de politiques d’acquisition, il s’avère impossible que toutes les éditions aient été acquises par des bibliothèques; et, finalement, parce que, pour des raisons de politiques de conservation, certaines éditions ont fort probablement été retirées des rayons au cours des années. Cependant, malgré son caractère lacunaire, la méthode nous permet, dans une certaine mesure, d’observer le rayonnement des œuvres à l’étude et de dresser des tendances en ce qui a trait aux pratiques éditoriales.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote9_lgxpbci&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref9_lgxpbci&quot;&gt;9.&lt;/a&gt; Rappelons toutefois que l’édition originale, tirée à cinq cents exemplaires en 1929, était destinée au cercle privé de l’auteur.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote10_nqou83b&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref10_nqou83b&quot;&gt;10.&lt;/a&gt; Lewis Milestone, &lt;em&gt;All Quiet on the Western Front&lt;/em&gt;, États-Unis, 1930, 152 min; Raymond Bernard, &lt;em&gt;Les Croix de bois&lt;/em&gt;, France, 1932, 132 min.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote11_0rkn236&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref11_0rkn236&quot;&gt;11.&lt;/a&gt; Outre Milestone, il s’agit de: Raoul Walsh, &lt;em&gt;Battle Cry&lt;/em&gt;, États-Unis, 1955, 140 min; Philip Dunn, &lt;em&gt;In Love and War (The Big War)&lt;/em&gt;, États-Unis, 1958, 11 min; Andrew Marton, &lt;em&gt;The Thin Red Line&lt;/em&gt;, États-Unis, 1964, 94 min; Delbert Mann, &lt;em&gt;All Quiet on the Western Front&lt;/em&gt;, États-Unis/Royaume-Uni, 1979, 150 min; Stanley Kubrick, &lt;em&gt;Full Metal Jacket (The Short Timers)&lt;/em&gt;, États-Unis / Royaume-Uni, 1987, 116 min; Oliver Stone, &lt;em&gt;Born on the Fourth of July&lt;/em&gt;, États-Unis, 1989, 145 min; Terrence Malick, &lt;em.the line=&quot;&quot; red=&quot;&quot; thin=&quot;&quot;&gt;, États-Unis / Canada, 1998, 172 min; Robert Clem, &lt;em&gt;Company K&lt;/em&gt;, États-Unis, 2004, 102 min; Damien Odoul, &lt;em&gt;La Peur&lt;/em&gt;, France/Canada, 2015, 93 min.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote12_zc9i062&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref12_zc9i062&quot;&gt;12.&lt;/a&gt; &lt;em&gt;Born on the Fourth of July&lt;/em&gt; a remporté, par exemple, cent soixante et un millions au box-office depuis sa sortie en salle en 1989. (Box Office Mojo)&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote13_rjs5pfj&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref13_rjs5pfj&quot;&gt;13.&lt;/a&gt; En 1930, le film de Lewis Milestone remportait l’Oscar du meilleur film et de la meilleure réalisation; en 1990, le film de Stone récoltait de nombreux prix —parmi lesquels l’Oscar et le Golden Globe pour la meilleure réalisation, le Golden Globe du meilleur film dramatique et le Golden Globe du meilleur scénario (qu’il remporte conjointement avec Ron Kovic); finalement, Terrence Malick se voyait, entre autres, attribuer l’Ours d’Or au Festival international du film de Berlin en 1999.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote14_ris6z8q&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref14_ris6z8q&quot;&gt;14.&lt;/a&gt; Lors de notre dépouillement de la base de données &lt;em&gt;WorldCat&lt;/em&gt;, nous avons observé que &lt;em&gt;The Short Timers&lt;/em&gt;, de Gustav Hasford, et &lt;em&gt;Born on the Fourth of July&lt;/em&gt;, de Ron Kovic, profitèrent d’un regain éditorial après la parution des films de Stanley Kubrick et d’Oliver Stone. Nous avons aussi remarqué que trois des cinq romans possédant le plus grand nombre d’éditions et de rééditions ont été adaptés au cinéma: il s’agit d’&lt;em&gt;À l’Ouest rien de nouveau&lt;/em&gt;, de &lt;em&gt;The Thin Red Line&lt;/em&gt; et de &lt;em&gt;Battle Cry&lt;/em&gt;. Les deux premiers ont d’ailleurs été adaptés à deux reprises. &lt;em&gt;The Things They Carried&lt;/em&gt;, qui occupe la cinquième place des traductions et des éditions/rééditions, est en production au moment de publier le texte.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote15_x1swh4a&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref15_x1swh4a&quot;&gt;15.&lt;/a&gt; Au tournant du siècle, les productions littéraires et cinématographiques ont été grandement influencées par l’approche culturaliste qui s’est imposée dans le milieu historique, et tout particulièrement dans les recherches portant sur la Première Guerre mondiale. En effet, nombre d’historiens, qui ne comptaient pas parmi les moins influents, s’intéressèrent, pour la première fois, à l’expérience des combattants, se penchant de plus près sur l’expérience de la violence et les souffrances physiques et psychologiques ressenties par les combattants. Toutefois, comme l’indique Christophe Prochasson, «[l]’histoire dite &quot;culturelle&quot; de la guerre […] a encouragé les lectures empathiques, passionnées et compassionnelles du conflit et dérouté parfois l’intelligence historique». (Prochasson: 31)&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;/section&gt;&lt;/div&gt;
      &lt;/div&gt;
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      &lt;div class=&quot;field-label&quot;&gt;Période historique: &lt;/div&gt;
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      &lt;/div&gt;
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      &lt;div class=&quot;field-label&quot;&gt;Champs disciplinaires: &lt;/div&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&lt;a href=&quot;/fr/taxonomy/term/54594&quot; typeof=&quot;skos:Concept&quot; property=&quot;rdfs:label skos:prefLabel&quot;&gt;éthos&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item odd&quot;&gt;&lt;a href=&quot;/fr/taxonomy/term/54596&quot; typeof=&quot;skos:Concept&quot; property=&quot;rdfs:label skos:prefLabel&quot;&gt;expérience&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&lt;a href=&quot;/fr/taxonomy/term/54595&quot; typeof=&quot;skos:Concept&quot; property=&quot;rdfs:label skos:prefLabel&quot;&gt;imaginaire collectif&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item odd&quot;&gt;&lt;a href=&quot;/fr/taxonomy/term/54592&quot; typeof=&quot;skos:Concept&quot; property=&quot;rdfs:label skos:prefLabel&quot;&gt;vétéran&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
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      &lt;div class=&quot;field-label&quot;&gt;Pour citer ce document: &lt;/div&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&lt;span class=&quot;biblio-authors&quot; &gt;&lt;a href=&quot;/fr/biblio?f%5Bauthor%5D=2731&quot; rel=&quot;nofollow&quot;&gt;Boulanger, Éric&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;. 2022. « &lt;a href=&quot;/fr/biblio/la-prise-de-parole-des-veterans-au-xxe-siecle-emergence-dun-nouveau-discours&quot;&gt;&lt;span class=&quot;biblio-title&quot; &gt;La prise de parole des vétérans au XXe siècle. Émergence d’un nouveau discours&lt;/span&gt;&lt;/a&gt; ». Dans &lt;span  style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;Quelque chose de la guerre…Témoins et combattants dans la littérature et au cinéma&lt;/span&gt;. Cahier ReMix, n° 19 (octobre 2022). Montréal, Université du Québec à Montréal : Figura, le Centre de recherche sur le texte et l&#039;imaginaire. En ligne sur le site de l’Observatoire de l’imaginaire contemporain. &amp;lt;&lt;a href=&quot;https://oic.uqam.ca/fr/remix/la-prise-de-parole-des-veterans-au-xxe-siecle-emergence-dun-nouveau-discours&quot;&gt;https://oic.uqam.ca/fr/remix/la-prise-de-parole-des-veterans-au-xxe-siecle-emergence-dun-nouveau-discours&lt;/a&gt;&amp;gt;. Consulté le 1 mai 2023.&lt;span class=&quot;Z3988&quot; title=&quot;ctx_ver=Z39.88-2004&amp;amp;rft_val_fmt=info%3Aofi%2Ffmt%3Akev%3Amtx%3Adc&amp;amp;rft.title=La+prise+de+parole+des+v%C3%A9t%C3%A9rans+au+XXe+si%C3%A8cle.+%C3%89mergence+d%E2%80%99un+nouveau+discours&amp;amp;rft.date=2022&amp;amp;rft.aulast=Boulanger&amp;amp;rft.aufirst=%C3%89ric&amp;amp;rft.pub=Figura%2C+le+Centre+de+recherche+sur+le+texte+et+l%26%23039%3Bimaginaire&amp;amp;rft.place=Montr%C3%A9al%2C+Universit%C3%A9+du+Qu%C3%A9bec+%C3%A0+Montr%C3%A9al&quot;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&amp;lt;span class=&amp;quot;biblio-authors&amp;quot; &amp;gt;Boulanger, Éric&amp;lt;/span&amp;gt;. 2022. « &amp;lt;span class=&amp;quot;biblio-title&amp;quot; &amp;gt;La prise de parole des vétérans au XXe siècle. Émergence d’un nouveau discours&amp;lt;/span&amp;gt; ». Dans &amp;lt;span  style=&amp;quot;font-style: italic;&amp;quot;&amp;gt;Quelque chose de la guerre…Témoins et combattants dans la littérature et au cinéma&amp;lt;/span&amp;gt;. Cahier ReMix, n° 19 (octobre 2022). Montréal, Université du Québec à Montréal : Figura, le Centre de recherche sur le texte et l&amp;#039;imaginaire. En ligne sur le site de l’Observatoire de l’imaginaire contemporain. &amp;amp;lt;https://oic.uqam.ca/fr/remix/la-prise-de-parole-des-veterans-au-xxe-siecle-emergence-dun-nouveau-discours&amp;amp;gt;. &amp;lt;span class=&amp;quot;Z3988&amp;quot; title=&amp;quot;ctx_ver=Z39.88-2004&amp;amp;amp;rft_val_fmt=info%3Aofi%2Ffmt%3Akev%3Amtx%3Adc&amp;amp;amp;rft.title=La+prise+de+parole+des+v%C3%A9t%C3%A9rans+au+XXe+si%C3%A8cle.+%C3%89mergence+d%E2%80%99un+nouveau+discours&amp;amp;amp;rft.date=2022&amp;amp;amp;rft.aulast=Boulanger&amp;amp;amp;rft.aufirst=%C3%89ric&amp;amp;amp;rft.pub=Figura%2C+le+Centre+de+recherche+sur+le+texte+et+l%26%23039%3Bimaginaire&amp;amp;amp;rft.place=Montr%C3%A9al%2C+Universit%C3%A9+du+Qu%C3%A9bec+%C3%A0+Montr%C3%A9al&amp;quot;&amp;gt;&amp;lt;/span&amp;gt;&lt;/div&gt;
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 <pubDate>Wed, 07 Sep 2022 16:49:33 +0000</pubDate>
 <dc:creator>Sarah Grenier</dc:creator>
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 <title>Les femmes artistes québécoises en arts visuels:  évolution de leur autoreprésentation depuis les années 1970</title>
 <link>https://oic.uqam.ca/fr/articles/les-femmes-artistes-quebecoises-en-arts-visuels-evolution-de-leur-autorepresentation-depuis</link>
 <description>&lt;div class=&quot;field field-name-body field-type-text-with-summary field-label-hidden&quot;&gt;
    &lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item even&quot; property=&quot;content:encoded&quot;&gt;&lt;p&gt;La question de la représentation des femmes a été, dès les débuts de l’art féministe, un enjeu fondamental. Les artistes femmes prennent le contrôle de leur mise en image et s’emploient à contrer leurs représentations stéréotypées. Elles contestent le fait que tout au long de l’histoire de l’art, elles aient été confinées à la position d’objet par opposition à celle de sujet. Le recours à l’autoportrait sera alors un des procédés essentiels employés par les artistes femmes pour contrer cette objectivisation. C’est pourquoi nous souhaitons explorer ce genre artistique dans le présent texte en explicitant, d’abord, les transformations qu’amène, dans l’art québécois, l’arrivée massive d’artistes femmes bien résolues à intégrer et à transformer ce milieu. Ensuite, nous analyserons l’évolution de l’autoreprésentation des artistes femmes durant les quarante dernières années.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Deux mises en garde. Premièrement, l’analyse des répercussions de la pensée féministe dans l’art ne peut pas se faire en tenant compte des seules artistes qui se revendiquent clairement de cette idéologie. Dans les années 1970, l’art des femmes et l’art féministe sont indissociables, au sens où les artistes femmes sont unies dans une lutte égalitariste visant leur inclusion dans les institutions de l’art et la reconnaissance de leur talent. De plus, l’air du temps et les valeurs sociales influencent nécessairement les sensibilités artistiques, le regard porté sur le monde par les artistes et les procédés esthétiques et formels adoptés. Ceci est vrai à toutes les époques. Deuxièmement, analyser l’art des artistes femmes selon une certaine périodisation, et notamment à partir des seuls autoportraits, que toutes n’ont pas réalisés, est nécessairement réducteur. La caractéristique première de cette production est sa diversité et son hétérogénéité. En ce sens, il est plus juste d’affirmer que nous faisons ici un survol des spécificités retenues par les spécialistes de l’art (historiens/historiennes, critiques, sociologues, etc.) que de la production artistique en elle-même, toujours plus plurielle et complexe que son analyse.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Art des femmes artistes et autoportrait&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;À la fin des années 1960 et au début des années 1970, au Québec comme dans tous les pays industrialisés, les artistes femmes s’engagent dans un combat visant leur inclusion et leur reconnaissance. Elles s’interrogent sur le fait d’être à la fois femme et artiste dans une société patriarcale, ce qui fait converger les questionnements sur le milieu de l’art et sur la société : normes esthétiques et sociales en vigueur, rôles traditionnels attribués aux femmes (artistes ou non), représentations souvent sexistes, etc. Malgré la diversité des productions des artistes femmes, plusieurs de ces dernières réintroduisent le social dans l’art en conjuguant teneur critique et innovation formelle. Elles rejettent les normes dominantes du milieu de l’art qui valorise alors un art moderniste formaliste&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref1_4yra7nn&quot; title=&quot;L’art est une sphère d’activités autonomes fonctionnant selon une logique intrinsèque au développement formel et esthétique des œuvres, de façon autotélique.&quot; href=&quot;#footnote1_4yra7nn&quot;&gt;1&lt;/a&gt;, dont les critères ont été conceptualisés par Greenberg (1965). Ces artistes femmes s’en prennent aussi à la vision binaire omniprésente dans l’histoire de l’art (figuration/abstraction, neutralité/engagement, masculin/féminin, autoréférentialité/référence au monde social, etc.). À l’encontre de cette vision, elles adoptent plutôt «une approche plus volontiers inclusive, au diapason d’une certaine complexité des êtres et des choses» (Landry, 2010: 131).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le contenu, le sens, l’expérience sociale sont réintroduits par les artistes femmes qui créent des œuvres intimement liées à leur vécu, leur compréhension du monde, leur sexe. Comme l’explique Arbour (1996: 139): «[…] l’identité de l’artiste a alors été prise comme paramètre structurant de l’œuvre d’art et de l’histoire de l’art». Le sujet femme apparaît au premier plan des productions artistiques avec l’objectif de rendre visibles et audibles leurs expériences. Cette mise de l’avant s’accompagne de la lancinante question de l’identité: Qu’est-ce qu’être femme, individuellement et collectivement?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’exploration artistique du corps féminin, de même que les pratiques photographiques et performatives d’autoreprésentation prendront donc une importance décisive dans l’art créé par les femmes. Cette présence marquée de l’autoportrait, selon Susan Bright, s’explique, en partie, par la richesse qu’offre ce procédé dans une période où les questions d’identité deviennent centrales et où le concept du «moi» est interrogé: «L’auteur d’un autoportrait présente toujours une image impossible, puisqu’il ne peut présenter à l’identique la réalité physique perçue par les autres. Cet “auto”, ce “soi-même”, est donc toujours un peu “autre”» (2010: 8). Ce décalage offre une source d’inspiration intarissable pour les artistes.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En concordance avec l’évolution des conceptions artistiques et féministes, nous pourrons observer un changement de paradigme dans la façon d’envisager et de créer les autoportraits. Les artistes femmes commencent leur combat dans un contexte de modernité artistique. Le sujet est alors perçu comme stable et universel. Le «moi» est une entité immanente, identifiable, qui peut être représentée. Les artistes femmes dans les années 1970 vont à la fois être influencées par cette conception et contribuer à sa disqualification. La vision postmoderne, au contraire, comprend le sujet, le «moi», comme une chose, complexe, floue, variable, impossible à figer ou à appréhender dans son entièreté. Le «moi» authentique n’existe pas ou il est, en partie du moins, construit. Toute représentation ou autoreprésentation est subjective, partielle, pour ne pas dire partiale. Elle cache autant qu’elle dévoile.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Découpage temporel de l’évolution des autoportraits&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il est important de préciser que la critique de la représentation par le biais de l’autoportrait commence bien avant l’influence du féminisme en art. Au niveau international, Alice Austen (à la fin du 19e siècle), Claude Cahun et plusieurs surréalistes (dans les années 1920 et 1930) sont de celles et ceux qui jouent déjà avec les codes sociaux et artistiques de la représentation picturale et photographique.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Cependant, la critique de la représentation traditionnelle des femmes va prendre une importance décisive, à la fin des années 1960 et au début des années 1970. Dans cette optique, le procédé de l’autoportrait photographique ou performatif sera une stratégie déterminante adoptée par de nombreuses artistes afin de rejeter la position d’objet, de devenir sujet/actrice et de critiquer les codes machistes de la représentation autant dans l’histoire de l’art que dans la société.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La brève histoire du féminisme en art est, souvent, découpée en trois phases dont la délimitation n’est pas tranchée et qui se superposent. Ces différentes phases nous paraissent aussi pertinentes pour éclairer l’évolution des caractéristiques dominantes des autoportraits créés par les femmes:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;[La phase] des années 1970 cherchait à valoriser les expériences particulières des femmes, celle des années 1980 a plutôt travaillé à la déconstruction des présupposés théoriques et des images, et enfin celle des années 1990 ―qui se prolonge aujourd’hui dans le courant &lt;em&gt;queer &lt;/em&gt;notamment― entérine l’idée de multiculturalisme et cherche à agir sur des points précis de cette identité multiple. (Sofio et Dumont, 2007: 33)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Autoportraits des années 1970&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans les années 1970, l’exploration des questions identitaires par les artistes femmes se fait à partir d’une réflexion sur le sexe, la sexualité et l’ethnicité. Le corps des femmes —celui des artistes et des autres femmes— est extrêmement présent dans la production artistique qui, d’ailleurs, se diversifie avec l’arrivée et l’expansion des pratiques performatives, de l’installation et de la vidéo. Comme l’explique Gourlay (2002: 132), l’idée première des artistes femmes est d’interroger leur place dans le monde artistique, social et politique, de dévoiler ce qui ne l’avait jamais été ou, pour le dire autrement, de &lt;em&gt;présenter &lt;/em&gt;diverses composantes de l’identité des femmes et de leurs activités quotidiennes au lieu de les&lt;em&gt; représenter&lt;/em&gt;, de les objectiver selon des codes artistiques et des schémas comportementaux stéréotypés et sexistes: l’icône, la déesse, la muse, la sorcière, la séductrice, etc.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En s’appropriant les moyens de production artistique et en revendiquant la valeur des œuvres créées, les artistes femmes deviennent maîtres de leurs représentations, promeuvent leurs réalités (et non une vision à la fois idéalisée et réductrice de ces dernières), insistent sur la pluralité des façons de vivre et d’incarner l’identité «femme» (quand elles ne la remettent pas complètement en cause) et luttent contre toute représentation sexiste. La performance, entre autres, permet aux artistes femmes de rejeter leur rôle assigné de figurantes, ainsi que de devenir sujets et personnes agissantes (Lamoureux, 1982: 63). Il en est de même pour la photographie:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;En s’appropriant l’appareil et en portant un regard sur elles-mêmes ou sur les autres femmes, certaines femmes photographes font basculer la notion de femme-objet, dépendante du regard de l’autre. Alors qu’elles étaient auparavant celles dont «ils» parlaient, objets de questionnement, objets de désir ou objets de domination, en se mettant en position d’énonciation, elles se constituent sujets. (Gagnon, 1990: 57)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’autoreprésentation permet à de nombreuses artistes de revendiquer l’identité «femme», de l’assumer et de la montrer. Chez certaines artistes, elle sert aussi d’outil critique à l’encontre des représentations stéréotypées de cette identité. Chez d’autres enfin, elle favorise la dissociation avec l’idée même d’une identité tributaire d’un sexe. Les autoportraits photographiques et performatifs deviennent pour plusieurs un journal intime, une autobiographie visuelle inspirée de leur quotidien, de leurs rapports affectifs (famille, amitiés, amours), de leurs activités usuelles, ainsi que de lieux de vie déterminants pour elles. Plusieurs emploient l’esthétique de la photo de famille classique ou celle de la photo de reportage avec ses clichés en rafale. Un jeu s’engage entre une «représentation» du corps et de la vie des artistes femmes, et la fiction, puisque les instants «croqués» sont mis en scène ou inventés. La sexualité est aussi une question abondamment explorée. Le corps sous toutes ses facettes est omniprésent. Comme l&#039;explique O’Reilly (2009: 13), l’intervention féministe en art, dans les années 1970, s’empare du corps, l’investit, l’explore, le déconstruit, du moins dans sa version de corps-objet, représenté à partir du regard, des fantasmes et des aprioris des hommes. Ces expérimentations, vecteurs d’affirmation de soi par les femmes artistes, sont souvent assez provocantes. Le corps devient une des arènes fondamentales du débat identitaire et un marqueur d’appartenance.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Pour ne donner que quelques exemples, Raymonde April et Cohen Sorel contribuent à transformer la tradition photographique en mettant en scène, de façon intimiste, leur perception d’elles-mêmes, de leur réalité, des personnes importantes dans leur vie. Il n’est plus question ici de sujet universel, mais bien de sphère privée et de singularité. Les performances du groupe Mauve revêtent une dimension critique plus explicite. Lors de l’exposition&lt;em&gt; Montréal plus ou moins&lt;/em&gt;, présentée au Musée des beaux-arts de Montréal en 1972, Catherine Boisvert, Ghislaine Boyer, Céline Isabelle, Thérèse Isabelle, Lise Landry et Lucie Ménard se présentent habillées en robe de mariée. La montée du bel et long escalier du parvis du musée ne sert pas à faire une entrée remarquée, comme celle des vedettes, mais plutôt à accéder à ses colonnes afin de bien les nettoyer, les astiquer. Ce collectif écrira un manifeste sur la représentation des femmes et créera, par la suite, des parodies de concours de beauté dans certains centres commerciaux. Marie Chouinard, depuis ses premières danses performatives, traite, de façon souvent provocante, la question du corps, du souffle vital, du cri, de la sexualité. Dans &lt;em&gt;Marie chien noir&lt;/em&gt; (1982), elle se dévoile au public en explorant des rituels intimes, incluant la masturbation.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Selon plusieurs théoriciennes, il est possible de diviser les œuvres des artistes femmes de l’époque en deux catégories. La première, «art féminin», s’ancre dans l’exploration de la différence, souvent considérée comme biologique, des femmes et tend à un certain «culte du féminin». Elle sera a posteriori considérée comme essentialiste. L’œuvre phare de cette catégorie est le &lt;em&gt;Diner party&lt;/em&gt; de Judy Chicago. La deuxième tendance, l’art féministe, s’exerce à critiquer la représentation de la féminité produite par la société patriarcale. Elle est dite constructiviste. Au Québec, Rose-Marie Arbour a repris cette distinction, mais en articulant différemment les deux concepts de la différence et de la dissidence:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;La dissidence fait qu’une personne ou un groupe d’individus cesse de se soumettre à une autorité établie pour s’en séparer radicalement. […] [La différence] se vit en terme de distinction plutôt que de rupture. La différence ne questionne pas les cadres institutionnels de l’art contemporain ni de la société. Elle vise ici un effet esthétique qui fait pressentir des domaines de l’intime et de la subjectivité dans un contexte de vie quotidienne. (Arbour, 1999: 123 et 133)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans le contexte particulier des autoportraits, cette distinction permet de rendre compte de deux intentions différentes: la valorisation des dimensions multiples de l’identité féminine et la déconstruction des préjugés et des stéréotypes par rapport à cette identité. Cela dit, elle escamote l’élément déterminant de cette période, soit que les artistes femmes prennent le contrôle de leur (auto)représentation. Peu importe la forme adoptée par les artistes femmes, ce geste est en soi un acte politique, du moins au sens que lui donne Rancière (1995: 65) d’un acte «qui déplace un corps du lieu qui lui était assigné ou la destination d’un lieu; qui fait voir ce qui n’avait pas lieu d’être vu, fait entendre le discours là où seul le bruit avait lieu, fait entendre comme discours ce qui n’était entendu que comme bruit».&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Autoportraits des années 1980&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Suivant le passage du modernisme au postmodernisme en art et l’influence au sein du féminisme du poststructuralisme et de la psychanalyse, l’art des femmes artistes se transforme au début des années 1980. Eu égard aux questions de l’identité, de la représentation et des autoportraits, deux idées seront vivement critiquées: un soi authentique et stable ainsi que la prétendue objectivité de la représentation ou, pour reprendre la belle expression d’Arbour (1999: 38), d’un «œil sans intermédiaire».&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le postmodernisme engendre une remise en cause du lien entre la réalité et la représentation. La représentation ne rend pas compte d’une réalité objective, mais elle constitue, d’une certaine façon, la réalité. Comme l’exprime Arbour (1999: 38): «Nous sommes ce que nous devenons à travers et par les représentations que nous nous faisons de nous-mêmes et du monde, et cette relation est en continuelle mouvance». Il existe toujours une proximité étroite entre l’art et les conditions sociales de sa production, mais la réalité sociale n’est plus ce que représente, dévoile l’art, mais plutôt ce qui rend possible une œuvre en tant qu’œuvre d’art. Ce qui devient décisif, ce n’est plus l’œuvre en elle-même, mais ses conditions de production et de monstration, qui affectent profondément son sens, le rendent instable et mouvant. Le contexte de création et de diffusion devient constitutif de l’œuvre en elle-même. En ce sens, l’important n’est plus de représenter, de montrer, mais de rendre visible le mode de construction de toute représentation.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Parallèlement à cette vision postmoderne, les principes théoriques féministes influents en art se modifient. Les questions de genre, de sexe et d’appartenance culturelle font toujours l’objet d’une exploration artistique par les artistes femmes, mais à l’encontre de toute vision essentialiste de la féminité, elles se tournent vers une critique radicale de la représentation de la &lt;em&gt;féminitude&lt;/em&gt;, cette représentation, dans une société patriarcale, étant considérée comme une des bases de l’oppression des femmes. En outre, elles rejettent les oppositions binaires, celles-ci reproduisant les hiérarchies, le sexisme et les différentes formes de discrimination et de stigmatisation: homme/femme, hétérosexuelle/homosexuelle, blanche/non blanche, etc.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’influence du féminisme en art a eu pour résultat d’impulser les questions identitaires au cœur des productions artistiques des femmes. Paradoxalement, il a aussi contribué à mettre en évidence les mécanismes de construction des identités dans et par la représentation. Il a donc fortement contribué à une critique déconstructive de toute identité homogène, stable, bien définie, en opposition à un contraire, représentable, objectivable. Le thème d’une exposition organisée par la Centrale en 1990 l’illustre bien: &lt;em&gt;Instabiliti: la question du sujet&lt;/em&gt;. Les artistes femmes, du moins majoritairement, exploreront donc dans leurs œuvres la variabilité du «moi» et la difficulté, voire l’impossibilité, de le représenter. Plusieurs dévoileront aussi les mécanismes, stratégies, procédés qui interfèrent dans toute représentation et qui, conséquemment, la rendent nécessairement subjective.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les stratégies adoptées dans les autoportraits déjouent, brisent l’approche globale, la totalisation de la représentation, et illustrent le multiple, l’irréductible et l’hétérogène. La représentation du corps féminin devient un terrain de jeu dans lequel les artistes femmes s’évertuent à mettre au jour la relation protéiforme et conflictuelle entre le sujet et les images. À la fois métaphore de la photographie et moyens de rendre visibles les dispositifs en jeu, plusieurs autoportraits donnent à voir des miroirs ou des reflets. La représentation autobiographique et intimiste des artistes femmes joue couramment avec le reflet, l’ombre, l’imprécision des images, le travestissement, la mise en relief d’une zone tellement restreinte du corps que celui-ci devient abstrait, adoptant ainsi la symbolique de l’irreprésentable. Comme l’explique Ross (1990: 20), grâce à ces stratégies «la limite qui scissure et inscrit la différence gagne en fluidité, incite à l’écart, amorce l’interstice». Il en est de même avec les performances dans lesquelles les artistes femmes, entre autres, s’inventent des identités fictives. L’identité est un phénomène construit et manipulable.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’évolution des autoportraits et de la représentation photographique intimiste des Cohen Sorel (&lt;em&gt;An Extended and Continuous Metaphore #6&lt;/em&gt;, 1983), Geneviève Cadieux (&lt;em&gt;Hear Me With yours Eyes&lt;/em&gt;, 1989) et Nicole Jolicoeur (&lt;em&gt;Déprises II&lt;/em&gt;, 1999) rend bien compte de cette exploration, par les artistes femmes, de la complexité identitaire contemporaine et des difficultés que cela occasionne pour la représentation. Cette définition de l’art des artistes femmes, proposée par Major (1996: 19), en est aussi très révélatrice:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;[…] loin d’être réduite à une idée, l’image devient une véritable identité qui se fragmente à l’infini, fluctue en fonction des rencontres et ne peut plus être circonscrite ou fixée. Le féminin dans ces histoires symbolise la transgression des interdits et l’abolition des frontières dans la fusion perpétuelle des opposées. Ni empreinte négative, ni empreinte positive… Les limites sont repoussées. Les modèles transgressés. Les corps recherchent leur intégrité. L’art invente et permet d’imaginer l’ailleurs.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Années 1990 à aujourd’hui&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Contrairement à ce que les années 1980 auraient pu laisser croire, les autoportraits n’ont pas disparu du paysage artistique. Bien au contraire, ils ont repris de l’importance (Bright, 2010: 18). Les artistes —dont les femmes— se sont réapproprié ce procédé avec des démarches extrêmement variées. La caractérisation de l’autoreprésentation actuelle est plus difficile à faire, et ce, pour deux raisons: la production artistique en générale est beaucoup plus éclatée que dans les périodes antérieures (médiums, styles, références à des questions sociales multiples, etc.) et il manque la distance historique qui facilite une lecture plus globale.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Cependant, le côté très conceptuel, théorique, abstrait, voire abscons de la pensée et de l’art des artistes féministes des années 1980 est questionné et remis en question (Dumont et Sofio, 2007: 34). En outre, selon Susan Bright (2010: 18, 19), la présence de plus en plus importante, dans l’art contemporain international, d’artistes non occidentaux favorise le retour d’un art engagé plus explicite et revalorise le corps comme lieu privilégié d’interrogation. Il faudrait ajouter à cette analyse le rôle plus important joué par des artistes d’origines diverses à l’intérieur même des champs artistiques nationaux, comme ceux du Québec et du Canada. Ces artistes abordent, à partir de leur autoreprésentation, les questions d’identités collectives dans un contexte de mondialisation croissante et de bouleversements migratoires. Ils et elles opèrent une critique de la représentation très souvent raciste ou pleine de préjugées à l’encontre de «l’autre», qu’il soit non occidental ou non identifié à la culture dite dominante.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ce retour du portrait et de l’autoportrait se caractérise par la création d’œuvres favorisant l’empathie et l’identification du spectateur. L’esthétique est moins conceptuelle, plus spontanée, directe, bricolée. Les artistes reconnaissent la difficulté de la représentation d’un « moi » authentique et global, ce qui ne les empêchent pas «d’en exprimer certains aspects à travers la figuration du visage ou du corps ou en le considérant purement comme un concept théorique qu’il s’agit de subvertir» (Bright, 2010: 21).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les démarches d’autoreprésentation utilisées par les artistes femmes sont fort variées, tout comme, d’ailleurs, les divers ancrages de la réflexion qui associe art et féminisme. Entre autres choses, l’exploration de la complexité identitaire et du dépassement de soi se poursuit dans le prolongement du poststructuralisme avec le cyberféminisme et la théorie &lt;em&gt;queer&lt;/em&gt; en art. Cependant, cette exploration se fait en autorisant la représentation du corps, sa mise en image. De plus, aux différences sexuelles et raciales explorées sans dichotomie binaire, se joignent d’autres formes d’hybridations (humains/animaux, humains/machines, humains transformés génétiquement, grâce à des prothèses ou à la chirurgie, etc.). Ce corps hybride est souvent utilisé comme allégorie des réalités identitaires, sexuelles, sociales, politiques, technologiques et scientifiques. L’objet de l’œuvre reprend de l’importance. Les artistes favorisent non plus la lourdeur théorique, mais la légèreté. Le plaisir, la mascarade, la parodie sont très présents.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les fictions performatives et photographiques, quoiqu’absolument pas nouvelles, prennent une place décisive. Cette théâtralisation permet à la fois d’introduire le scepticisme actuel à l’égard de la représentation —d’illustrer comment toute représentation est une mise en scène—, tout en donnant une grande liberté à l’artiste. La parodie, la mascarade autorisent les artistes à réaliser leurs fantasmes ou encore à traiter une question politique avec la voix de quelqu’un d’autre ou en gardant une certaine distance. Ces procédés peuvent donc être libérateurs et transgressifs. Bien souvent, les personnages adoptés figurent moins le réel que des archétypes ou des stéréotypes. Chez certaines artistes, les fictions identitaires durent assez longtemps ou reviennent constamment, créant ainsi un double, un alter ego. «L’Autre» présent en chacun de nous peut ainsi vivre, d’une certaine façon, son existence réelle.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans un autre ordre d’idées, plusieurs artistes femmes explorent, d’une part, les questions des douleurs engendrées par les guerres, les viols, les génocides, les déplacements de population et leurs répercussions psychiques, physiques et culturelles (influencées par les théories postcolonialistes et les trauma studies) et, d’autre part, les questions des marques et blessures corporelles, du vieillissement, de la maladie, du deuil (provoquées, notamment, par le vieillissement de plusieurs des artistes femmes). Dans ce cadre, la vision du corps sera celle d’un «corps déchu, lieu de sévices, de maladie, de traumatisme, le corps-poubelle» (Phelan, 2005: 24). Chez certaines artistes, l’art jouera alors un rôle thérapeutique, leur permettant d’appréhender leur réalité avec une certaine distance salutaire et d’exprimer leurs réactions, leurs émotions. Comme l’explique Susan Bright (2010: 62): «La fascination pour le corps démembré, devenu abstrait de par son examen intense, est l’inévitable corollaire du genre. C’est le moyen le plus évident de faire du corps un “autre”, un étranger, lointain et bizarre.» Les interrogations autobiographiques sur l’identité, la beauté, la réalité quotidienne prennent donc des voies nouvelles.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Pour ne donner que quelques exemples, Devora Neumark, depuis le début des années 1990, a créé plusieurs performances et interventions dans l’espace urbain qui s’inspirent d’événements intimes —comme l’expérience d’un appartement ravagé par le feu— et de réflexions liées à son identité, notamment, en tant que femme et immigrante (entre autres, &lt;em&gt;S(us)taining&lt;/em&gt;, 1996). Suzy Lake&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref2_m84j57e&quot; title=&quot;Artiste d’origine américaine qui a vécu à Montréal dans les années 1970 et qui réside depuis en Ontario.&quot; href=&quot;#footnote2_m84j57e&quot;&gt;2&lt;/a&gt; et Sylvie Cotton explorent d’une façon différente les blessures, marques, traces sur leurs corps. La première, dont l’œuvre est marquée par l’autoreprésentation et la réflexion identitaire, explore depuis quelques années les transformations de son corps qu’induit son vieillissement. En dévoilant, en gros plan, les stigmates du temps (rides, poils et autres), elle rend visible ce qu’une majorité de femmes cachent, maquillent, réparent avec pudeur et honte, et rejette l’idéal de beauté et de jeunesse perpétuelle (&lt;em&gt;Beauty At A Proper Distance&lt;/em&gt;/&lt;em&gt;Pluck&lt;/em&gt;, 2002). Sylvie Cotton, dans la série d’œuvres &lt;em&gt;Ton corps, mon atelier&lt;/em&gt; (depuis 2004), s’intéresse aux taches de naissance, grains de beauté et tatouages des gens qu’elle rencontre. Prétexte à des discussions et à des confidences, ces marques identitaires font l’objet d’un échange; l’artiste copiant, au crayon, les siennes sur le corps des participantes et participants et eux faisant de même sur le sien. Selon Cotton, le mélange des corps et des marques corporelles permet de représenter l’influence des autres dans la constitution identitaire de chacun: «Les autres sont certainement présents dans nos vies pour que nous nous transformions» (propos de Cotton reproduits dans Fullum-Locat, 2007: 63). Enfin, les très colorées Fermières obsédées créent des interventions dans l’espace public qui s’attaquent aux clichés féminins, aux conventions qui régissent les corps et les attitudes, grâce à des mises en scène parodiques et débridées: «Parce qu’elles contreviennent aux normes, parce qu’elles agissent en infraction quant aux conventions esthétiques et du genre, les Fermières obsédées sont les &lt;em&gt;bad girls&lt;/em&gt; de grand chemin qui renversent les convenances en les animant d’un revirement bienfaisant» (St-Gelais, 2010: 10).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il est donc possible de conclure que la pratique d’autoreprésentation des artistes femmes est passée d’une période de revendication du genre féminin à celle de sa déconstruction, du moins dans un contexte où il est compris de façon essentialiste, globalisante, totalisante. La majorité des artistes femmes se positionnent à l’encontre de tous les archétypes modélisants, de toutes les identités figées, de tous «les discours officiels qui constituaient le sujet dans sa différence sexuelle, socio-économique, raciale, éthique et autre» (Ross, 1990: 19).&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Cependant, comme nous avons tenté de le montrer, cette déconstruction identitaire n’a entraîné de désintérêt ni pour l’exploration de la question de la construction de l’identité ni pour l’autoreprésentation, même si le «moi» est difficile à saisir, changeant, ambigu, construit, manipulable.&amp;nbsp;&lt;br&gt;La politologue en nous ne peut s’empêcher de transposer cette réflexion artistique à la question de la représentation politique des sujets contemporains et, particulièrement, aux enjeux qu’elle soulève pour les luttes dites identitaires des mouvements sociaux, comme le féminisme. Les questions de la représentation et de l’identité collective de lutte deviennent difficiles dans un contexte où les appartenances culturelles, sexuelles et socioéconomiques sont plurielles, et les identités kaléidoscopiques et mouvantes. Cela dit, les artistes femmes actuelles explorent, par le biais de leur autoreprésentation, une dynamique identitaire écartelée entre, d’une part, la constitution d’une identité individuelle, singulière, et, d’autre part, les effets qu’ont encore les rapports de pouvoir, de domination sur la constitution de cette identité. Il nous semble qu’une majorité d’artistes femmes ne pourraient qu’être d’accord avec la façon dont Diane Lamoureux théorise une idée similaire. Reprenant l’analyse de Giddens (1991) voulant que les individus de la modernité choisissent leur identité, Lamoureux (2006) argumente que si cette option existe effectivement, elle est court-circuitée par les inégalités structurelles:&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Les rapports sociaux font en sorte que certaines identités sociales sont choisies, d’autres sont construites, d’autres encore sont assignées et que l’on peut assister autant à des malaises identitaires qu’à des révoltes identitaires. De plus, les identités se déclinent sur plusieurs registres. Le premier est celui des rapports sociaux dominants, qui organisent les places sociales occupées. Le deuxième est celui de la révolte, qui se manifeste usuellement par le rejet de l’identité assignée, sans qu’il soit possible de définir les aspirations. Le troisième est celui de la reconstruction identitaire qui suit la recomposition des rapports sociaux résultant des luttes sociales. Il s’ensuit un bricolage identitaire qui est tributaire à la fois d’un effort personnel de construction de soi en fonction des multiples rapports sociaux dans lesquels nous sommes inséréEs —ce que l’on pourrait qualifier d’identité narrative— et de modes collectifs d’existence et de relations qui sont tributaires des luttes sociales et des rapports qui s’y nouent. (Lamoureux, 2006: 210-211)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;À partir de leur outil propre —l’art—, les artistes femmes réfléchissent aux réalités contemporaines et les éclairent d’une façon différente, mais tout aussi importante, selon nous, que la théorie et la lutte sociale féministe. Nous ne pouvons qu’espérer que leur travail ait une plus grande influence sur le mouvement féministe, et ce, non seulement dans l’utilisation qui pourrait être faite des œuvres dans la sensibilisation du public, mais également dans la prise en compte des développements théoriques qu’engendre l’exploration artistique.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Références&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;ARBOUR, Rose-Marie. 1999. &lt;em&gt;L’art qui nous est contemporain&lt;/em&gt;, Montréal: Artextes.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BRIGHT, Susan. 2010. &lt;em&gt;Auto focus: L’autoportrait dans la photographie contemporaine&lt;/em&gt;, traduit par Elsa Maggion, Paris: Thames &amp;amp; Hudson.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;DUMONT, Fabienne et Séverine SOFIO. 2007. «Esquisse d’une épistémologie de la théorisation féministe en art», dans &lt;em&gt;Cahiers du genre: Genre, féminisme et valeur de l’art&lt;/em&gt;, sous la dir. de Séverine Sofio, Perin Ernel Yavuz et Pascale Molinier, no 43, p. 17-43.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;FULLUM-LOCAT, Geneviève. 2007. &lt;em&gt;L’esthétique relationnelle, une étude de cas: Les actions artistiques de Sylvie Cotton&lt;/em&gt;, mémoire de maîtrise déposé au Département d’histoire de l’art, Montréal: Université du Québec à Montréal.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;GAGNON, Lise. 1990. «Québec 70-80: À travers la photographie, les femmes et l’identité», &lt;em&gt;Esse: arts et opinions&lt;/em&gt;, no 16 (automne), p. 52-67.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;GIDDENS, Anthony. 1991. &lt;em&gt;Modernity and Self Identity: Self and Society in the Late Modern Age&lt;/em&gt;, Stanford: Stanford University Press.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;GOURLAY, Sheena. 2002. &lt;em&gt;Feminist/Art in Québec: 1975-1992&lt;/em&gt;, thèse de doctorat présentée au Humanities Program, Montréal: Université Concordia.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;GREENBERG, Clément. 1965. «Modernist Painting», &lt;em&gt;Art and Literature&lt;/em&gt;, no 4 (printemps), p. 193-201.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;LANDRY, Pierre. 2010. «L’éclatement des frontières 1965-2000», dans &lt;em&gt;Femmes artistes du XXe siècle au Québec&lt;/em&gt;, sous la dir. d’Esther Trépanier, Québec: Musée national des Beaux-arts du Québec et les Publications du Québec, p. 128-209.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;LAMOUREUX, Diane. 2006. «Les mouvements sociaux, vecteurs de l’inclusion politique», &lt;em&gt;Du tricoté serré au métissé serré? La culture publique commune au Québec en débats&lt;/em&gt;, sous la dir. de Stephan Gervais, Dimitrios Karmis et Diane Lamoureux, Québec: Presses de l’Université Laval, p. 207-226.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;LAMOUREUX, Johanne. 1982. «Performances, féminismes: Éloge de la virgule et du pluriel», dans &lt;em&gt;Art et féminisme: Musée d’art contemporain&lt;/em&gt;, sous la dir. de Rose-Marie Arbour et Pierre Murgia, Québec : Ministère des Affaires culturelles, p. 59-66.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;MAJOR, Christine. 1996. «Corps à corps avec l’œuvre», T&lt;em&gt;rans●mission: La Centrale 1996. Transmission de l’héritage des femmes en arts visuels&lt;/em&gt;, sous la dir. de Danièle Racine, Montréal: La Centrale et les Éditions du remue-ménage, p. 18-20.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;O’REILLY, Sally. 2009. &lt;em&gt;The Body in Contemporary Art&lt;/em&gt;, London: Thames &amp;amp;Hudson world of art.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;PHELAN, Peggy. 2005. «Essai», dans &lt;em&gt;Art et féminisme&lt;/em&gt;, sous la dir. d’Helena Reckitt, Paris: Phaidon, p. 14-49.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;RANCIÈRE, Jacques. 1995.&lt;em&gt; La Mésentente: politique et philosophie&lt;/em&gt;, Paris: Galilée.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;ROSS, Christine. 1990. «Le féminisme et l’instabilité de son sujet», dans &lt;em&gt;Instabili: La question du sujet&lt;/em&gt;, sous la dir. de Marie Fraser et Lesley Johnstone, Montréal: La Centrale et les Éditions du remue-ménage, p. 16-23.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;ST-GELAIS, Thérèse. 2010. «Les fermières obsédées sont là», dans &lt;em&gt;Les fermières obsédées&lt;/em&gt;, Trois-Rivières: Éditions d’art Le Sabord, p. 9-10.&lt;/p&gt;

&lt;section  class=&quot;footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed&quot; data-collapsible-show-label=&quot;Notes&quot; data-collapsible-hide-label=&quot;Notes&quot;&gt;&lt;ul class=&quot;footnotes collapsible-content&quot;&gt;&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote1_4yra7nn&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref1_4yra7nn&quot;&gt;1.&lt;/a&gt; L’art est une sphère d’activités autonomes fonctionnant selon une logique intrinsèque au développement formel et esthétique des œuvres, de façon autotélique.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote2_m84j57e&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref2_m84j57e&quot;&gt;2.&lt;/a&gt; Artiste d’origine américaine qui a vécu à Montréal dans les années 1970 et qui réside depuis en Ontario.&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;La question de la représentation des femmes a été, dès les débuts de l’art féministe, un enjeu fondamental. Les artistes femmes prennent le contrôle de leur mise en image et s’emploient à contrer leurs représentations stéréotypées. Elles contestent le fait que tout au long de l’histoire de l’art, elles aient été confinées à la position d’objet par opposition à celle de sujet. Le recours à l’autoportrait sera alors un des procédés essentiels employés par les artistes femmes pour contrer cette objectivisation. &lt;/div&gt;
      &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
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 <pubDate>Tue, 03 May 2022 15:34:42 +0000</pubDate>
 <dc:creator>Alexia Giroux</dc:creator>
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 <title>L&#039;érotisme maternel comme processus de redéfinition identitaire</title>
 <link>https://oic.uqam.ca/fr/articles/lerotisme-maternel-comme-processus-de-redefinition-identitaire</link>
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot; property=&quot;content:encoded&quot;&gt;&lt;p&gt;Bien que le questionnement sur la maternité traverse la fiction des femmes hétérosexuelles de toutes les époques, l’émergence de la perspective et de la voix de la mère elle-même est assez récente. Avant les années 1980, la mère était partout, mais toujours dans les marges (Kaplan, 1992: 3). Muse, objet de désir, la mère est celle dont on parle ou celle à propos de laquelle on écrit, rarement celle qui écrit. Lori Saint-Martin affirme, dans son ouvrage &lt;em&gt;Le nom de la mère. Mères, filles et écriture dans la littérature québécoise au féminin&lt;/em&gt;:&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Privée de représentations culturelles valorisantes […], la mère est à la fois essentielle à la reproduction biologique et sociale et oubliée comme personne, comme être humain. Matrices, reproductrices, reines du foyer, les femmes ont été longtemps tenues à distance de tout projet collectif, de toute action sociale, tandis que l’équation symbolique entre femmes et reproduction, hommes et création, les a découragées de devenir des artistes. Ainsi, au nom de la maternité qu’on leur a imposée, les femmes se sont fait interdire presque tout le reste. (1999: 13-14)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En somme, la mère était objet du discours des autres. Selon la vision de la bonne mère véhiculée par Jean-Jacques Rousseau depuis le XVIIIe siècle, la mère doit faire acte de sacrifice et être dévouée, au service de l’autre (voir Badinter, 1980). Or, les femmes ne sont pas soit mères, soit corps sexués comme le voudraient certaines représentations dichotomiques. Plusieurs sont à la fois femmes, mères, filles, amantes, etc. «Ce n’est qu’assez récemment», écrit encore Lori Saint-Martin en 1999, «que des mères viennent à l’écriture, et, qui plus est, décrivent leur expérience de mère, contribution tout à fait inédite» (1999: 32). La chercheure situe ainsi l’émergence de la voix de la mère dans les années 1980 (1999: 48). À partir de ce moment, nous voyons des récits écrits du point de vue de la mère, et de plus en plus de fictions sur la maternité.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Malgré le fait qu’un nombre grandissant de femmes tentent à la fois d’être mère et créatrice, leur situation reste souvent problématique dans un monde actuel encore inadapté aux réalités des femmes d’aujourd’hui. Il suffit, par exemple, d’ouvrir &lt;em&gt;Double Lives: Writing and Motherhood &lt;/em&gt;(Cowan, 2008), qui regroupe des essais où des mères écrivaines abordent cette question, pour voir que la double tâche demeure difficile à accomplir. Si, dans cet ouvrage, les mères écrivaines sont les auteures des textes qu’elles donnent à lire, dans le présent article, c’est un personnage maternel qui fera l’objet de l’analyse et non l’auteure de la fiction où il apparaît, bien qu’en l’occurrence l’auteure soit également mère et qu’elle écrive sur le sujet de la maternité: Nancy Huston, comme essayiste, s’inscrit en effet dans une lignée de féministes différentialistes (elle comprend également Luce Irigaray, Julia Kristeva, Hélène Cixous, etc.) qui s’est intéressée au rapport mère-fille et, de surcroît, à la dichotomie création/procréation.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Son roman &lt;em&gt;La virevolte&lt;/em&gt; (1994), qui semble se dérouler à l’époque actuelle, dans une petite ville américaine, montre comment Huston s’attache à la valorisation du corps de la femme enceinte en mettant en scène une protagoniste, Lin, qui s’est approprié sa maternité. Bien que celle-ci, qui a d’emblée accès à la subjectivité et est issue d’une classe de femmes privilégiées (qui sont éduquées, ont une situation financière relativement aisée et ont pu choisir d’avoir à la fois une carrière et des enfants), vive d’abord harmonieusement ses trois rôles de mère, de femme et de danseuse professionnelle, elle choisit, faute d’avoir réussi à trouver un modèle de conciliation harmonieuse, d’abandonner son mari et ses enfants pour se consacrer à sa carrière. La première partie du roman (intitulée «La soliste», décrit la naissance des deux fillettes ainsi que la vie conjugale et familiale heureuse du début, tandis que la deuxième, «La compagnie», traite de la désertion de la protagoniste, qui laisse ainsi son mari s’occuper de leurs deux fillettes et les élever) évoque toutefois de touchantes scènes de désir conjugal et de sensualité liés à l’enfant à naître. Cet article se propose ainsi d’explorer la question de l’érotisme maternel dans le roman &lt;em&gt;La virevolte&lt;/em&gt; de Nancy Huston. Comme le constate Valérie Caron en 2002, «[d]epuis une vingtaine d’années, une réflexion sur ce que pourrait être une maternité définie par les femmes s’est amorcée» (Caron, 2002: 126). Une telle redéfinition n’est possible, et c’est ce que je tenterai de montrer, que si l’on reconnaît que la (future) mère est également un sujet désirant et désiré. Ainsi, j’avance que, dans sa pratique littéraire, Huston cherche à transgresser le tabou entourant l’érotisme maternel et à inscrire dans l’univers fictionnel un exemple (tentative qui échouera comme on le verra) de conciliation des rôles de mère, de conjointe et de sujet féminin désirant&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref1_aqkeaxm&quot; title=&quot;Cette réflexion est issue du premier chapitre de mon mémoire de maîtrise intitulé Création-procréation et rapport mère-fille dans La virevolte et Prodige de Nancy Huston (Département de langue et littérature françaises, Université McGill, 2010).&quot; href=&quot;#footnote1_aqkeaxm&quot;&gt;1&lt;/a&gt;. Le concept d’«érotisme maternel», utilisé par Nancy Huston, est issu de sa préface à la nouvelle édition de &lt;em&gt;Mosaïque de la pornographie&lt;/em&gt; ([1982] 2004). Puisque l’auteure ne définit pas l’expression, je me permets ici de proposer ma propre interprétation. J’accorde à ce syntagme une dimension double; soit, dans un premier temps, le désir sexuel de la (future) mère et, dans un deuxième temps, la sensualité de son rapport à l’enfant à naître ou né.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vers une réinvention de la maternité&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Francine Descarries et Christine Corbeil écrivent: «Mettre au monde des enfants et être disponible pour les aimer, les nourrir, les soigner, les éduquer et… s’en séparer, telle semble avoir été pendant longtemps la seule véritable contribution sociale attendue des femmes, tout comme leur seule raison identitaire» (Descarries et Corbeil, 2002: 23). Des décennies de féminisme ont consisté à montrer que la maternité est une fonction et que l’identité des femmes ne repose pas seulement sur la possibilité d’être mère. Dans son ouvrage &lt;em&gt;Of Women Born&lt;/em&gt;, publié en 1976, Adrienne Rich formule deux définitions de la maternité: celle de la maternité-expérience, caractérisée par la relation possible de toute femme avec son pouvoir de reproduction et avec les enfants, et la maternité-institution, qui vise à garder les femmes dans le giron du pouvoir des hommes (voir Rich, 1976: 13). Rich soutient que l’institution de la maternité a privé les femmes de leur corps en les y emprisonnant et qu’elle a marginalisé le potentiel des femmes&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref2_zd205og&quot; title=&quot;Elle écrit: «This institution […] has alienated women from our bodies by incarcerating us in them. […] motherhood as institution has ghettoized and degraded female potentialities» (Rich, 1976: 13).&quot; href=&quot;#footnote2_zd205og&quot;&gt;2&lt;/a&gt;. Celles-ci sont alors en droit de se demander, à l’instar de Luce Irigaray:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Donc une mère, c’est quoi? Quelqu’une qui fait des gestes commandés, stéréotypés, qui n’a pas de langage personnel et qui n’a pas d’identité. Mais comment, pour nous les filles, avoir un rapport personnel et se constituer une identité par rapport à quelqu’une qui n’est qu’une fonction? (Irigaray, 1981: 86)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Cette dernière question est au cœur d’une réflexion qui porte à la fois sur la maternité et sur le rapport mère-fille. Toute tentative de définition du rôle de mère, écrit Anne-Marie de Vilaine (1986: 18), exige que nous «établi[ssions] un lien entre nos identités morcelées : entre la mère, la femme, la fille, la compagne d’un homme ou d’une femme, la féministe, la théoricienne, l’être que nous sommes dans la vie privée et dans la vie professionnelle…» Dans une optique de redéfinition de la maternité, c’est de la possibilité d’engendrer&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;[…] —et de créer des œuvres— que repartent de nombreuses théoriciennes (Rich, Huston, Chawaf, Hirsch) pour repenser l’ensemble des oppositions binaires (esprit/corps, bien/mal, homme/femme, etc.) sur lesquelles reposent des valeurs symboliques androcentristes périmées et qu’il est urgent de réinventer. (Saint-Martin, 2002: 152)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans un premier temps, ce processus de redéfinition passe inévitablement par le rejet des oppositions binaires (voir Saint-Martin, 1999: 34-35). En outre, Marianne Hirsch souligne l’importance de reconnaître qu’«[é]tant donné que la mère est à la fois une fille et une mère, une femme et une mère, au foyer et dans la société, puissante et vulnérable, […] le discours sur la maternité est nécessairement multiple» (1989: 196 —ma traduction)&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref3_7h2urhb&quot; title=&quot;«Inasmuch as a mother is simultaneously a daughter and a mother, a woman and a mother, in the house and in the world, powerful and powerless, […] maternal discourse is necessarily plural».&quot; href=&quot;#footnote3_7h2urhb&quot;&gt;3&lt;/a&gt;. Au lieu de ne prendre la parole qu’en tant que femme, qu’en tant que mère ou qu’en tant que créatrice, par exemple, les femmes mères et créatrices devraient pouvoir parler à partir de ces trois voix. De son côté, Elizabeth Badinter considère que, pour que les femmes puissent plus facilement incarner les trois rôles lorsqu’ils sont reliés à la maternité —«Moi pour moi, la femme, Moi pour lui, la compagne et Moi pour eux, la mère»—, il serait souhaitable que «l’immense majorité des pères ne se content[ent] pas d’être des géniteurs» (1986: 38). Heureusement, il semblerait, selon ce que Badinter constate, que l’on vive une «révolution de la pensée masculine», de sorte que&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;[…] le père, ayant jeté aux orties sa figure autoritaire, s’identifie de plus en plus à sa femme, c’est-à-dire à la mère. […] Non seulement on voit de plus en plus de pères divorcés demander la garde de leurs jeunes enfants, mais des études très récentes font état, chez les jeunes pères, d’attitudes et de désirs traditionnellement qualifiés de maternels. (1980: 433-434)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Cela dit, certains titres d’essais récents sur la maternité, comme &lt;em&gt;Le conflit, la femme et la mère&lt;/em&gt; (2010) d’Elizabeth Badinter et &lt;em&gt;The Impossibility of Motherhood: Feminism, Individualism, and the Problem of Mothering&lt;/em&gt; (1999) de Patrice DiQuinzio, sont révélateurs du fait qu’il reste difficile pour les femmes de concilier les différentes fonctions qu’elles désirent occuper.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Revendication de l’érotisme de la maternité&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Nancy Huston, dans plusieurs de ses essais, mais plus particulièrement dans Mosaïque de la pornographie&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref4_98265z0&quot; title=&quot;Voir aussi Journal de la création (1990) et Désirs et réalités (1995).&quot; href=&quot;#footnote4_98265z0&quot;&gt;4&lt;/a&gt;, s’irrite de la vision dichotomique et asymétrique du monde encouragée par le patriarcat: «L’essentiel, l’éternel, le sempiternel, l’éminemment agaçant à mon sens, c’est la scission radicale des deux images du féminin: la maman et la putain» (1982: 15). Les principaux thèmes abordés dans ses ouvrages de fiction sont l’exil, l’identité, la maternité et les relations mère-enfant. Bien que Huston reconnaisse que ses écrits abordent souvent le thème de la mère et de la relation parent-enfant, elle refuse d’être reconnue comme une auteure de la maternité: «Je ne veux pas, à aucun prix, avoir l’étiquette de la mère Huston, celle qui parle toujours de la maternité, celle qui n’a qu’une corde à son arc»&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref5_ujkw2u1&quot; title=&quot;Entrevue audio avec Nancy Huston, animée par Lorraine Pintal, émission Vous m’en lirez tant, 1er novembre 2009, Première Chaîne de Radio-Canada.&quot; href=&quot;#footnote5_ujkw2u1&quot;&gt;5&lt;/a&gt;. Une telle réduction de l’écrivaine à l’écriture de la maternité peut paraître surprenante pour ceux qui savent que Huston a voulu à une certaine époque émuler Simone de Beauvoir. Dans un court essai intitulé «Les enfants de Simone de Beauvoir», elle écrit: «Si, pour ma part, j’ai été frappée par les thèmes du temps et de l’anti-maternel chez Beauvoir, c’est que j’ai longtemps eu des obsessions identiques. Moi non plus, je ne voulais pas d’enfants; c’est un choix qui fut mien et que j’ai défendu avec tant de fougue que je le respecterai toujours» (Huston, 1995: 93). Mais avec le temps et les événements de la vie, elle a changé d’avis puisque plus tard, elle ajoute: «Et puis j’ai découvert que l’enfantement et l’écriture, loin d’être contradictoires, nous conduisent vers l’essentiel, au cœur du beau, nous font toucher à la vie dans ce qu’elle a de plus tendre et de plus violent. Avoir un enfant vous ouvre les yeux sur le monde» (Cuypers, 1999: 26). Il va sans dire que les passages qui font l’éloge de la maternité ne manquent pas dans l’œuvre de Huston.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans &lt;em&gt;La virevolte&lt;/em&gt;, l’auteure met en scène un personnage de mère désirée et désirante. Lin et Derek sont très amoureux et éprouvent tous les deux beaucoup de désir l’un pour l’autre. Même quand Lin est enceinte d’Angela, leur première fille, ils prennent plaisir à faire l’amour. L’acte sexuel est pour eux «une fête insensée»: «Plus longuement et plus langoureusement que jamais auparavant, ils s’abandonnaient à la pure pâmoison du sexe» (Huston, 1994: 69). Le corps de Lin, avant d’être un instrument pour la procréation, est objet et sujet de désir sexuel. Ainsi, la romancière montre que contrairement à ce qui se produit dans la scission maman/putain, la femme peut allier maternité et vie sexuelle de façon harmonieuse. Selon Huston, la putain est, bien sûr, d’abord celle qui vend son corps en échange de services sexuels, mais elle est aussi (et surtout, dans ce contexte) celle qui évacue la question de la fécondité quand il est question de sexualité. En fait, l’image de la putain (ou de la sorcière, puisque l’auteure emploie les deux termes de façon interchangeable) correspond à l’un des pôles de la perception polarisée des femmes: «Tout au long de l’ère chrétienne, on a eu le choix entre deux images de la féminité, l’une positive (la Vierge Marie: maternité non érotique), et l’autre négative (la sorcière: érotisme non maternel)» (Huston, [1982] 2004: 18). Pour Huston, l’essentiel n’est pas que les femmes incarnent l’une ou l’autre de ces représentations mais plutôt qu’elles puissent se situer entre les deux, dans un espace qui leur permet d’osciller entre les extrêmes. En ce sens, son utilisation du terme «putain» se distingue de la définition élaborée par Paola Tabet&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref6_2hcql5p&quot; title=&quot;Le travail de Paola Tabet, chercheure féministe française, est incontournable quand il est question de prostitution. Tabet s’est intéressée au phénomène et en a élargi la définition en le liant à ce qu’elle a appelé «le continuum de l’échange économico-sexuel».&quot; href=&quot;#footnote6_2hcql5p&quot;&gt;6&lt;/a&gt;, qui situe les femmes dans le continuum de l’échange économico-sexuel. Selon Tabet, dans un contexte de domination masculine, c’est-à-dire dans les sociétés patriarcales, les femmes sont très souvent dépendantes économiquement de leur conjoint et effectuent bien plus de la moitié des heures travaillées par le couple (cela incluant les travaux domestiques et d’entretien de la maison). De ce fait, les femmes envisagent que les actes sexuels sont considérés par les hommes comme un service compensé financièrement:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;La sexualité n’apparaît pas comme un échange réciproque entre hommes et femmes, mais comme un échange asymétrique. Non pas un échange du même avec du même, de la sexualité échangée contre de la sexualité, mais une compensation masculine pour une prestation féminine, un paiement qui pourra revêtir des formes variées […] en échange d’une sexualité largement transformée en service. (Tabet, 2004: 145)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Selon cette conception, toutes les femmes s’inscrivent dans le continuum de l’échange économico-sexuel et sont donc, à un certain degré, des putains. Si la définition proposée par Tabet fait référence à l’acte d’appropriation matérielle du corps des femmes, celle retenue par Huston se situe dans un autre registre en s’intéressant aux questions du désir sexuel et de la fécondité plutôt qu’à celles de l’échange d’argent et des rapports de force entre les sexes.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les descriptions des relations sexuelles entre Lin et Derek, qui occupent une place significative dans la première partie du roman&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref7_gixcpny&quot; title=&quot;Voir Huston, 1994: 36-37, 51-52, 94, 117 et 122.&quot; href=&quot;#footnote7_gixcpny&quot;&gt;7&lt;/a&gt;, sont très souvent érotiques, voire crues. À titre d’exemple, voici le passage racontant la relation sexuelle qui coïncide avec la conception de Marina, leur deuxième fille:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Ils ont prononcé les mots Faisons un autre enfant. […] Entièrement vêtus, ils sont debout dans leur chambre […] et, tandis que leur parviennent de la pièce à côté les ronflements réguliers d’Angela, la seule idée de créer un autre enfant suffit pour faire perler sur leur peau des gouttes de sueur. Derek se met à genoux derrière elle et baisse son collant noir jusqu’au milieu des cuisses, la touche de sa langue et de ses doigts jusqu’à ce qu’elle soit trempée et tressaillante, puis tire sa chemise blanche par-dessus ses épaules et sa tête mais laisse le collant comme il est et, lui remontant brusquement le bras derrière le dos, entre en elle profondément, de plus en plus profondément, de sorte qu’à la fin, avec des glapissements des gémissements des hennissements […]&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref8_9wz7tq2&quot; title=&quot;La citation se termine brusquement, sans ponctuation. Le fragment sert de prélude à la page suivante, qui commence par: «Elle tremble, elle tremble, recroquevillée de douleur. C’est toujours la même chose» (61). Lin se trouve alors dans la salle de répétitions, cinq minutes avant son spectacle. Tout son corps est douloureux et elle croit qu’avec une telle souffrance, elle n’arrivera pas à danser. Le passage entre le plaisir procuré par la relation charnelle coïncidant avec la conception de Marina et l’expression de la douleur liée à la danse crée un effet de surprise chez le lecteur tant la transition semble paradoxale.&quot; href=&quot;#footnote8_9wz7tq2&quot;&gt;8&lt;/a&gt; (Huston, 1994: 60)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le passage ci-dessus rend d’abord compte du désir qui existe entre les deux amants. Cependant, ce désir est exacerbé par l’idée de concevoir; c’est donc en grande partie la possibilité ou l’éventualité de devenir parents à nouveau qui éveille des pulsions sexuelles chez les partenaires. Or, ce type d’érotisme de la (pro)création (qui constitue l’un des deux pans de ma définition de l’«érotisme maternel») est aussi rarement représenté que l’érotisme lié à la grossesse et à l’enfant à naître et il me semble que l’inscription de telles scènes de plaisir charnel entre amants-parents contribue à transgresser le tabou qui, selon Huston, entoure les questions de la maternité et de l’érotisme. Bien que, dans la citation précédente, l’envie de procréer soit partagée par l’homme et la femme, c’est Derek qui prend les devants et son désir pour Lin laisse voir qu’elle est beaucoup plus qu’un corps reproducteur et beaucoup plus qu’une mère, qu’elle est tout à la fois femme, mère et amante. Elle répond à la tentative de réappropriation individuelle du corps féminin dont parle Luise von Flotow:&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;L’écriture érotique peut être vue comme une tentative de réappropriation de ce corps public et de sa réinscription dans un mode individuel, comme une tentative de déconstruction du traditionnel pour se réécrire dans une forme personnelle qui tienne compte des sensations et des émotions du corps féminin ainsi que de son pouvoir créateur et procréateur. (von Flotow, 1994: 134)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Von Flotow entend «ce corps public» comme celui de la femme rendu public par le «discours […] médiatique sur le corps standardisé et homogénéisé», le «discours socio-médical de plus en plus conservateur et alarmiste» et le «discours technologique qui promet (ou menace) de nous libérer bientôt du corps féminin en le remplaçant par de nouvelles technologies de reproduction» (1994: 133). La volonté d’«inscrire l’existence et la vie du corps féminin» dans un «mode individuel» dont parle von Flotow (1994: 133), est également manifeste chez Huston. Dans &lt;em&gt;La virevolte&lt;/em&gt; Huston met en scène la «déconstruction» de la vision traditionnelle du corps féminin pour mener à l’appropriation de ce corps par le personnage qui devient mère. Ainsi, les descriptions érotiques rendent compte du rapport entre sexualité et maternité de la protagoniste.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Comme l’écrit Huston dans la préface à la nouvelle édition de &lt;em&gt;Mosaïque de la pornographie&lt;/em&gt; publiée en 2004: «&lt;em&gt;Les mères ne sont pas vierges&lt;/em&gt;, elles ne l’ont jamais été. Les putains accouchent et les mères baisent, voilà ce qui se passe pour de vrai» ([1982] 2004: 20, l’auteure souligne). L’auteure vise à effacer la frontière entre les rôles de maman et de putain et à inscrire dans l’univers fictionnel un exemple de conciliation des rôles de mère et de sujet féminin érotique. Dans cette même préface, Nancy Huston soulève des points qui sont précisément ceux qu’elle aborde dans &lt;em&gt;La virevolte&lt;/em&gt;, paru dix ans plus tôt:&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Comment se fait-il que si peu de femmes artistes évoquent l’érotisme spécifique à la maternité? […] Rien sur l’érotisme des seins qui enflent, de tout le corps qui enfle, de la vie qui enfle à l’intérieur de soi, comme tout cela est follement excitant, comme il peut être génial de se masturber, enceinte, et de faire l’amour, enceinte […] Est-ce que parce que les mères sont censées incarner la moralité, et qu’il y a toujours quelque chose de vaguement immoral dans l’érotisme? Ou bien parce que chez nous, l’érotisme maternel est le dernier tabou […]? (Huston, [1982] 2004: 16-17, l’auteure souligne)&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref9_nf29pbu&quot; title=&quot;Pour lire une telle évocation de l’érotisme lié à la fécondité, voir un magnifique passage du Journal de la création de Nancy Huston (1990: 40-41).&quot; href=&quot;#footnote9_nf29pbu&quot;&gt;9&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Notons qu’encore récemment, lors d’un entretien consacré à la publication de son dernier roman (&lt;em&gt;Infrarouge&lt;/em&gt;, 2010), l’auteure affirmait ne pas faire l’éloge de la maternité; elle constatait simplement qu’on a, jusqu’ici, «mal écrit» sur le sujet&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref10_hxk96np&quot; title=&quot;Entretien avec Nancy Huston, animé par Marie-Andrée Lamontagne, librairie Olivieri, Montréal, 2 juin 2010.&quot; href=&quot;#footnote10_hxk96np&quot;&gt;10&lt;/a&gt;. Conséquemment, il semblerait qu’elle se soit donné comme projet d’écrire différemment sur le sujet. Le passage suivant, tiré de «La soliste», est un exemple éloquent d’érotisme maternel (du moins, du deuxième pan de ma définition, c’est-à-dire de la sensualité du rapport à l’enfant) et décrit la première tétée d’Angela: «ses lèvres se sont emparées de son mamelon et tirent: leur mouvement a la rapidité du cœur qui bat, et la férocité du sexe» (Huston, 1994: 11). Si cette description de l’allaitement est, somme toute, assez surprenante, l’effet de surprise qu’elle crée s’atténuera avec l’accumulation d’autres citations du genre&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref11_gh7mqso&quot; title=&quot;Voir aussi Huston, 1994: 29, 67, 69, 73.&quot; href=&quot;#footnote11_gh7mqso&quot;&gt;11&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Bien que le récit s’inscrive dans une volonté de valorisation du corps maternel, les descriptions qu’il en fait montrent peu d’idéalisation. La narration ne cache ni les marques de l’accouchement ni les traces de douleurs qui suivent la mise au monde d’un nourrisson:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Sa chair intérieure est toujours à vif et ses seins sont tendus et enflés, le bleu des veines visible, elle ne peut pas encore le recevoir dans la grotte d’où a jailli le bébé mais il n’est pas pressé: la vue de ce volcan, ce nœud de chair vivante brûlante et bouillonnante l’avait laissé abasourdi comme Moïse devant le buisson ardent alors ils flottent ensemble dans d’étranges limbes sensuels, trouvant le plaisir avec leur bouche, leurs doigts, leur peau, pleurant parfois sans raison. (Huston, 1994: 19)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le corps meurtri, pour avoir donné la vie, n’est pas moins objet et sujet de désir; Derek n’éprouve pas moins de désir pour sa femme maintenant qu’elle est mère. La première grossesse de Lin est source d’une jouissance presque continuelle:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Avec Angela la grossesse avait été comme neuf mois d’orgasme : une stimulation perpétuelle de ce centre brûlant de la danse, le long cône vibrant entre sexe et gorge. Penser qu’en plus, un être se fabriquait là-dedans! Penser que, tout en vaquant à ses affaires quotidiennes, son corps tricotait patiemment les chairs, entassait les cellules, organisait l’existence de tout un autre individu… jamais Lin n’avait connu pareil émerveillement. (Huston, 1994: 67)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Toutes les sphères de sa vie sont stimulées. Elle arrive même à danser jusqu’au septième mois de gestation. Ce n’est pas du tout le même phénomène qui se produit pendant la deuxième grossesse: «Cette fois-ci, encombrée, elle préfère se caresser seule pendant la journée. Les habits l’agacent, les tissus frottent et irritent sa peau, les fermetures Éclair et les élastiques y impriment des traces rouge vif» (Huston, 1994: 69-70). Lin a moins d’aisance que lorsqu’elle était enceinte d’Angela. Elle peut plus difficilement allier danse et grossesse. Cet état de choses crée une brèche dans la relation harmonieuse qu’entretenait Lin avec la maternité. L’émerveillement qu’elle a connu enceinte d’Angela se dissipe. Immobile et nue devant le miroir dans sa salle de danse, elle se regarde: «Rien ne se produit. Elle est là et c’est tout. Danser cela: le corps comme matière à déplacer, comme substance stupide et obstinée&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref12_78d5s31&quot; title=&quot;L’absence de ponctuation à la fin de la dernière phrase est délibérée de la part de l’auteure.&quot; href=&quot;#footnote12_78d5s31&quot;&gt;12&lt;/a&gt; » (Huston, 1994: 70). Ce nouvel inconfort physique servira de prélude à la suite des événements. Bien que la protagoniste vive d’abord harmonieusement ses trois rôles de mère, de femme et de danseuse professionnelle, elle choisit pourtant d’abandonner son mari et ses enfants pour se consacrer à sa carrière. Peu d’indices dans le récit laissent présager que le personnage prendra une telle décision. Toutefois, les quelques passages qui témoignent du dilemme vécu par Lin opposent l’éloignement nécessaire à l’épanouissement de sa carrière de chorégraphe et danseuse au fait d’être présente pour ses enfants. Voici un exemple du déchirement intérieur que Lin se prépare à vivre: «Ce sera sa chorégraphie la plus forte jusqu’ici, elle en est sûre… mais elle a besoin de partir si loin, si loin». Le lecteur devine tout de suite l’option privilégiée par le personnage en lisant le paragraphe suivant le passage cité: «Le premier mot de Marina, c’est Au-voir. Avant maman, avant papa, avant gâteau. Au-voir» (Huston, 1994: 74). Cela signifie alors que Lin s’absentait de plus en plus souvent et que l’harmonie du début s’étiolait petit à petit.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le roman montre ensuite la réaction du mari et des deux fillettes au départ de la mère. Tandis que Derek doit désormais occuper le double rôle de mère et de père auprès de ses deux filles, ces dernières grandissent tout en tentant à leur façon d’atteindre la subjectivité. Si, somme toute, la tentative de la protagoniste de tout concilier à long terme échoue, il n’en reste pas moins que la mère a d’abord profité de quelques mois d’harmonie totale (à titre de mère, de conjointe et de sujet désirant) et de bonheur à l’arrivée de son premier enfant, bonheur qui semble pourtant trop beau pour être vrai puisqu’il lui fait dire à son amie: «Oh, Rachel ! Je me sens tellement bien, c’est terrifiant.» S’il est vrai que l’échec de Lin à continuer sa carrière de danseuse tout en restant auprès de ses filles et de son mari est tragique, il n’empêche en rien le fait que Nancy Huston a relevé le défi de représenter l’érotisme maternel dans la fiction et ainsi de permettre au personnage de redéfinir la maternité.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vers une conciliation réussie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Comme nous venons de le montrer, Nancy Huston voit dans l’érotisme maternel une façon de déconstruire les fonctions traditionnelles associées à la maternité et de permettre aux mères de se voir représentées comme des êtres de désir et désirables. Une telle approche met de l’avant l’idée selon laquelle les femmes peuvent incarner les deux pôles de la dichotomie maman et putain sans cesser d’être une artiste, une fille, etc. Toutefois, la tentative de conciliation de la création et de la procréation amorcée par Huston dans &lt;em&gt;La virevolte&lt;/em&gt; échoue parce qu’elle ne résiste pas à l’épreuve d’une deuxième grossesse, demeurant donc très circonscrite dans le temps.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Si notre culture traditionnelle sous-entend que seules deux possibilités sont envisageables pour la créatrice qui devient mère —celles d’être ou bien mère ou bien artiste—, il existe pourtant une troisième possibilité, qui est celle de conjuguer les deux fonctions, comme le fait Lin au début du roman. Toute la trame du récit consiste justement à montrer pourquoi il est si difficile de concilier les deux. Mais, alors que la culpabilité, les inquiétudes et les questions la tarauderont toute sa vie, Lin ne remettra pas pour autant sa décision en cause, même si son départ a des conséquences néfastes pour son mari et leurs deux filles. Avec le personnage de Lin, Huston crée par ailleurs une image de mère abandonnante qui n’est pas un monstre. En même temps, elle ne minimise pas les conséquences que l’abandon peut avoir sur les enfants. À ce propos, le roman pointe aussi vers les insuffisances de ce choix, vers les sacrifices inexplicables qu’il impose. Tout se passe comme si la dichotomie qui restreignait les femmes aux seuls rôles de maman ou de «putain» au sens hustonien (ou, en d’autres termes, au rôle de mère pure et altruiste, ou à celui de sujet principalement charnel plutôt que maternel) s’est peu à peu transformée pour laisser la place à une triade qui permet aux femmes d’être à la fois mère, sujet désirant et créatrice. Lori Saint-Martin le souligne:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;À notre époque, pour la première fois peut-être, une réconciliation des deux [la procréation et la création] devient possible. Mieux, cette réconciliation même peut devenir la matière d’une œuvre. Écrire aujourd’hui en tant que mère, assimiler enfantement et création romanesque, ce n’est pas se soumettre à une équivalence réductrice selon laquelle toute femme normale est mère, ni brandir son ventre comme une ultime justification d’exister. C’est se réinventer en même temps femme ET créatrice, transformer à la fois la maternité et la fiction. (1999: 280)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Maintenant que les mères ont la possibilité de dire «je» dans les romans, il est intéressant de s’interroger sur les façons dont elles sont représentées dans la fiction romanesque et sur ce qu’elles ont à dire sur leur maternité, leur identité, leurs enfants, leurs carrières, etc. Si de tels travaux ont commencé à émerger dans les dernières décennies&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref13_cjrppjo&quot; title=&quot;Voir Le nom de la mère —Mères, filles et écriture dans la littérature québécoise au féminin (1999) de Lori Saint-Martin, ouvrage qui a grandement influencé ma pensée, et Écrire dans la maison du père: l’émergence du féminin dans la tradition littéraire du Québec (1988), de Patricia Smart.&quot; href=&quot;#footnote13_cjrppjo&quot;&gt;13&lt;/a&gt;, ils se consacrent surtout à la littérature québécoise. Quand l’on constate que la production romanesque française sur la maternité est fertile de nos jours —il ne suffit que de prendre acte du nombre de récits racontés du point de vue de la mère dans les dernières années&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref14_7l0d9kc&quot; title=&quot; Outre Nancy Huston (La virevolte, 1994; Instruments des ténèbres, 1996; L’empreinte de l’ange, 1998; Prodige, 1999; Lignes de faille, 2006; Infrarouge, 2010), évoquons Eliette Abécassis (Un heureux événement, 2005; Mère et fille, un roman, 2008), Geneviève Brisac (Weekend de chasse à la mère, 1996), Marie Darrieussecq (Le mal de mer, 1999; Le bébé, 2002; Le pays, 2005; Tom est mort, 2007), Camille Laurens (Philippe, 1995), Véronique Olmi (Bord de mer, 2001) et Karine Reysset (L’inattendue, 2003; Comme une mère, 2008). Cette liste, donnée simplement à titre indicatif, est loin d’être exhaustive.&quot; href=&quot;#footnote14_7l0d9kc&quot;&gt;14&lt;/a&gt;—, l’intérêt pour des ouvrages sur les discours et représentations de personnages maternels issus de la littérature française se fait sentir. Somme toute, plus de trente ans après l’émergence de paroles de mères littéraires, et malgré les tentatives de romancières comme Nancy Huston, il est encore peu aisé de trouver des personnages qui incarnent des modèles de conciliation réussie. Ceci dit, à constater le nombre grandissant de créatrices qui se penchent sur ce thème, j’ai toutefois bon espoir que cette tendance se renverse dans les années à venir.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Références&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BADINTER, Elizabeth. 2010. &lt;em&gt;Le conflit. La femme et la mère&lt;/em&gt;, Paris: Flammarion.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;________. 1986. «La solution: une mutation des pères…», dans Anne-Marie De Vilaine, Laurence Gavarini et Michèle Le Coadic (dir.), &lt;em&gt;Maternité en mouvement: Les femmes, la re/production et les Hommes de science&lt;/em&gt;, Grenoble et Montréal : PUG et Saint-Martin, p. 37-38.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;________. [1980] 2010. &lt;em&gt;L’amour en plus, Histoire de l’amour maternel XVIIe-XXe siècle&lt;/em&gt;, Paris: Flammarion.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;CARON, Valérie. 2002. «Le bruit des choses vivantes et Tableaux: voix et représentations inédites de la maternité dans la littérature québécoise», &lt;em&gt;Voix et Images&lt;/em&gt;, vol. 28, n° 1, (82).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;CUYPERS, Dane. 1999. «Nancy Huston vue de l’intérieur»,&lt;em&gt; Actualité des religions&lt;/em&gt;, no 1, janvier, p. 24-27.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;DESCARRIES, Francine et Christine Corbeil. 2002. &lt;em&gt;Espaces et temps de la maternité&lt;/em&gt;, Montréal: Éditions du remue-ménage.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;DIQUINZIO, Patrice. 1999. &lt;em&gt;The Impossibility of Motherhood: Feminism, Individualism, and the Problem of Mothering&lt;/em&gt;, New York/Londres: Routledge.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;HIRSCH, Marianne. 1989. &lt;em&gt;The Mother/Daughter Plo: Narrative, Psychoanalysis, Feminism&lt;/em&gt;, Bloomington: University of Indiana Press.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;HUSTON, Nancy. 2010. &lt;em&gt;Infrarouge&lt;/em&gt;, Paris/Montréal: Actes Sud/Leméac.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;________. 1995. &lt;em&gt;Désirs et réalités, textes choisis 1978-1994&lt;/em&gt;, Paris/Montréal: Actes Sud/Leméac, coll. Babel.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;________. 1994. &lt;em&gt;La virevolte&lt;/em&gt;, Paris/Montréal: Actes Sud/Leméac, coll. Babel.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;________. 1990. &lt;em&gt;Journal de la création&lt;/em&gt;, Montréal/Paris: Actes Sud/Leméac, coll. Babel.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;________. [1982] 2004. &lt;em&gt;Mosaïque de la pornographie&lt;/em&gt;, Paris: Payot.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;IRIGARAY, Luce. 1981. &lt;em&gt;Le corps-à-corps avec la mère, conférence et entretiens&lt;/em&gt;, Ottawa: Éditions de la pleine lune.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;KAPLAN, Ann E. 1992. &lt;em&gt;Motherhood and Representation: The Mother in Popular Culture and Melodrama&lt;/em&gt;, Londres: Routledge.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;RICH, Adrienne. [1976] 1986. &lt;em&gt;Of Women Born: Motherhood as Experience and Institution&lt;/em&gt;, New York: W.W. Norton &amp;amp; Company, Tenth anniversary edition.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;SAINT-MARTIN, Lori. 2002. «Le nom de la mère: le rapport mère-fille et l’écriture au féminin», dans Francine Descarries et Christine Corbeil, &lt;em&gt;Espaces et temps de la maternité&lt;/em&gt;, Montréal: Éditions du remue-ménage, p. 150-173.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;________. 1999. &lt;em&gt;Le nom de la mère. Mères, filles et écriture dans la littérature québécoise au féminin&lt;/em&gt;, Montréal: Éditions Nota bene, coll. Essais critiques.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;SMART, Patricia. 1988. &lt;em&gt;Écrire dans la maison du père: l’émergence du féminin dans la tradition littéraire du Québec&lt;/em&gt;, Montréal: Éditions Québec/Amérique.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;TABET, Paola. 2004. &lt;em&gt;La grande arnaque. Sexualité des femmes et échange économico-sexuel&lt;/em&gt;, traduction de l’italien par Josée Contréras, Paris: L’Harmattan, coll. Bibliothèque du féminisme.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;VILAINE (de), Anne-Marie. 1986. «Femmes: une autre culture?», dans Anne-Marie De Vilaine, Laurence Gavarini et Michèle Le Coadic (dir.), &lt;em&gt;Maternité en mouvement: Les femmes, la re/production et les Hommes de science&lt;/em&gt;, Grenoble et Montréal: PUG et Saint-Martin, p. 17-21.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;VON FLOTOW, Luise. 1994. «Tenter l’érotique: Anne Dandurand et l’érotisme hétérosexuel dans l’écriture au féminin contemporaine», dans Lori Saint-Martin (dir.), &lt;em&gt;L’autre lecture: la critique au féminin et les textes québécois&lt;/em&gt;, vol. 2, Montréal: XYZ, p. 129-136.&lt;/p&gt;

&lt;section  class=&quot;footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed&quot; data-collapsible-show-label=&quot;Notes&quot; data-collapsible-hide-label=&quot;Notes&quot;&gt;&lt;ul class=&quot;footnotes collapsible-content&quot;&gt;&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote1_aqkeaxm&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref1_aqkeaxm&quot;&gt;1.&lt;/a&gt; Cette réflexion est issue du premier chapitre de mon mémoire de maîtrise intitulé &lt;em&gt;Création-procréation et rapport mère-fille dans&lt;/em&gt; La virevolte&lt;em&gt; et&lt;/em&gt; Prodige &lt;em&gt;de Nancy Huston&lt;/em&gt; (Département de langue et littérature françaises, Université McGill, 2010).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote2_zd205og&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref2_zd205og&quot;&gt;2.&lt;/a&gt; Elle écrit: «T&lt;em&gt;his institution […] has alienated women from our bodies by incarcerating us in them. […] motherhood as institution has ghettoized and degraded female potentialities&lt;/em&gt;» (Rich, 1976: 13).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote3_7h2urhb&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref3_7h2urhb&quot;&gt;3.&lt;/a&gt; «&lt;em&gt;Inasmuch as a mother is simultaneously a daughter and a mother, a woman and a mother, in the house and in the world, powerful and powerless, […] maternal discourse is necessarily plural&lt;/em&gt;».&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote4_98265z0&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref4_98265z0&quot;&gt;4.&lt;/a&gt; Voir aussi &lt;em&gt;Journal de la création&lt;/em&gt; (1990) et &lt;em&gt;Désirs et réalités&lt;/em&gt; (1995).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote5_ujkw2u1&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref5_ujkw2u1&quot;&gt;5.&lt;/a&gt; Entrevue audio avec Nancy Huston, animée par Lorraine Pintal, émission &lt;em&gt;Vous m’en lirez tant&lt;/em&gt;, 1er novembre 2009, Première Chaîne de Radio-Canada.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote6_2hcql5p&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref6_2hcql5p&quot;&gt;6.&lt;/a&gt; Le travail de Paola Tabet, chercheure féministe française, est incontournable quand il est question de prostitution. Tabet s’est intéressée au phénomène et en a élargi la définition en le liant à ce qu’elle a appelé «le continuum de l’échange économico-sexuel».&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote7_gixcpny&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref7_gixcpny&quot;&gt;7.&lt;/a&gt; Voir Huston, 1994: 36-37, 51-52, 94, 117 et 122.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote8_9wz7tq2&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref8_9wz7tq2&quot;&gt;8.&lt;/a&gt; La citation se termine brusquement, sans ponctuation. Le fragment sert de prélude à la page suivante, qui commence par: «Elle tremble, elle tremble, recroquevillée de douleur. C’est toujours la même chose» (61). Lin se trouve alors dans la salle de répétitions, cinq minutes avant son spectacle. Tout son corps est douloureux et elle croit qu’avec une telle souffrance, elle n’arrivera pas à danser. Le passage entre le plaisir procuré par la relation charnelle coïncidant avec la conception de Marina et l’expression de la douleur liée à la danse crée un effet de surprise chez le lecteur tant la transition semble paradoxale.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote9_nf29pbu&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref9_nf29pbu&quot;&gt;9.&lt;/a&gt; Pour lire une telle évocation de l’érotisme lié à la fécondité, voir un magnifique passage du &lt;em&gt;Journal de la création&lt;/em&gt; de Nancy Huston (1990: 40-41).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote10_hxk96np&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref10_hxk96np&quot;&gt;10.&lt;/a&gt; Entretien avec Nancy Huston, animé par Marie-Andrée Lamontagne, librairie Olivieri, Montréal, 2 juin 2010.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote11_gh7mqso&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref11_gh7mqso&quot;&gt;11.&lt;/a&gt; Voir aussi Huston, 1994: 29, 67, 69, 73.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote12_78d5s31&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref12_78d5s31&quot;&gt;12.&lt;/a&gt; L’absence de ponctuation à la fin de la dernière phrase est délibérée de la part de l’auteure.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote13_cjrppjo&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref13_cjrppjo&quot;&gt;13.&lt;/a&gt; Voir &lt;em&gt;Le nom de la mère —Mères, filles et écriture dans la littérature québécoise au féminin&lt;/em&gt; (1999) de Lori Saint-Martin, ouvrage qui a grandement influencé ma pensée, et&lt;em&gt; Écrire dans la maison du père: l’émergence du féminin dans la tradition littéraire du Québec &lt;/em&gt;(1988), de Patricia Smart.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote14_7l0d9kc&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref14_7l0d9kc&quot;&gt;14.&lt;/a&gt;  Outre Nancy Huston (&lt;em&gt;La virevolte&lt;/em&gt;, 1994; &lt;em&gt;Instruments des ténèbres&lt;/em&gt;, 1996; &lt;em&gt;L’empreinte de l’ange&lt;/em&gt;, 1998; &lt;em&gt;Prodige&lt;/em&gt;, 1999; &lt;em&gt;Lignes de faille&lt;/em&gt;, 2006; &lt;em&gt;Infrarouge&lt;/em&gt;, 2010), évoquons Eliette Abécassis (&lt;em&gt;Un heureux événement&lt;/em&gt;, 2005; &lt;em&gt;Mère et fille, un roman&lt;/em&gt;, 2008), Geneviève Brisac (&lt;em&gt;Weekend de chasse à la mère&lt;/em&gt;, 1996), Marie Darrieussecq (&lt;em&gt;Le mal de mer&lt;/em&gt;, 1999; &lt;em&gt;Le bébé&lt;/em&gt;, 2002; &lt;em&gt;Le pays&lt;/em&gt;, 2005; &lt;em&gt;Tom est mort&lt;/em&gt;, 2007), Camille Laurens (&lt;em&gt;Philippe&lt;/em&gt;, 1995), Véronique Olmi (&lt;em&gt;Bord de mer&lt;/em&gt;, 2001) et Karine Reysset (&lt;em&gt;L’inattendue&lt;/em&gt;, 2003; &lt;em&gt;Comme une mère&lt;/em&gt;, 2008). Cette liste, donnée simplement à titre indicatif, est loin d’être exhaustive.&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;/section&gt;&lt;/div&gt;
      &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
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      &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
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      &lt;/div&gt;
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&lt;/div&gt;
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      &lt;div class=&quot;field-label&quot;&gt;Teaser: &lt;/div&gt;
    &lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;Ainsi, j’avance que, dans sa pratique littéraire, Huston cherche à transgresser le tabou entourant l’érotisme maternel et à inscrire dans l’univers fictionnel un exemple (tentative qui échouera comme on le verra) de conciliation des rôles de mère, de conjointe et de sujet féminin désirant.&lt;/div&gt;
      &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class=&quot;field field-name-field-citation-ref field-type-entityreference field-label-above&quot;&gt;
      &lt;div class=&quot;field-label&quot;&gt;Pour citer ce document: &lt;/div&gt;
    &lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&lt;span class=&quot;biblio-authors&quot; &gt;&lt;a href=&quot;/fr/biblio?f%5Bauthor%5D=7021&quot; rel=&quot;nofollow&quot;&gt;Huet, Marie-Noëlle&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;. 2013. « &lt;a href=&quot;/fr/biblio/lerotisme-maternel-comme-processus-de-redefinition-identitaire&quot;&gt;&lt;span class=&quot;biblio-title&quot; &gt;L&#039;érotisme maternel comme processus de redéfinition identitaire&lt;/span&gt;&lt;/a&gt; ». En ligne sur le site de l’Observatoire de l’imaginaire contemporain. &amp;lt;&lt;a href=&quot;https://oic.uqam.ca/fr/articles/lerotisme-maternel-comme-processus-de-redefinition-identitaire&quot;&gt;https://oic.uqam.ca/fr/articles/lerotisme-maternel-comme-processus-de-redefinition-identitaire&lt;/a&gt;&amp;gt;. Consulté le 1 mai 2023. Publication originale : (&lt;span  style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;De l&#039;assignation à l&#039;éclatement. Continuités et ruptures dans les représentations des femmes&lt;/span&gt;. 2013. Montréal : Institut de recherches et d&#039;études féministes (IREF). coll. Agora, vol. Cahier de l&#039;IREF).&lt;span class=&quot;Z3988&quot; title=&quot;ctx_ver=Z39.88-2004&amp;amp;rft_val_fmt=info%3Aofi%2Ffmt%3Akev%3Amtx%3Adc&amp;amp;rft.title=L%26%23039%3B%C3%A9rotisme+maternel+comme+processus+de+red%C3%A9finition+identitaire&amp;amp;rft.isbn=978-2-922045-42-0&amp;amp;rft.date=2013&amp;amp;rft.volume=Cahier+de+l%26%23039%3BIREF&amp;amp;rft.aulast=Huet&amp;amp;rft.aufirst=Marie-No%C3%ABlle&amp;amp;rft.pub=Institut+de+recherches+et+d%26%23039%3B%C3%A9tudes+f%C3%A9ministes+%28IREF%29&amp;amp;rft.place=Montr%C3%A9al&quot;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
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      &lt;div class=&quot;field-label&quot;&gt;Pour citer ce document (Computed): &lt;/div&gt;
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 <pubDate>Tue, 03 May 2022 15:10:56 +0000</pubDate>
 <dc:creator>Alexia Giroux</dc:creator>
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</item>
<item>
 <title>Les représentations littéraires du désir féminin adolescent: l’initiation sexuelle des jeunes filles dans la culture patriarcale</title>
 <link>https://oic.uqam.ca/fr/articles/les-representations-litteraires-du-desir-feminin-adolescent-linitiation-sexuelle-des-jeunes</link>
 <description>&lt;div class=&quot;field field-name-body field-type-text-with-summary field-label-hidden&quot;&gt;
    &lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item even&quot; property=&quot;content:encoded&quot;&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 360px;&quot;&gt;&lt;em&gt;C’est donc encore ainsi que les choses se passent.&lt;/em&gt;&lt;br&gt;Élise Turcotte, &lt;em&gt;L’île de la Merci&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans son ouvrage &lt;em&gt;Les châteaux d’Éros ou les infortunes du sexe des femmes&lt;/em&gt;, Anne-Marie Dardigna soutient que l’oppression des femmes résulte de leur exclusion historique des domaines politique et sexuel, qui s’avèrent d’ailleurs, ajoute-t-elle, «étroitement intriqués» (Dardigna, 1980: 31). Selon la théoricienne, le sexuel, qui relève du privé, est traversé par le politique, structure dominante du domaine public. Aussi, les femmes doivent-elles, pour avoir accès à ces deux sphères régies par le pouvoir masculin, «s’inscrire dans les théories masculines, soit par la rhétorique, le langage, soit par les codes et les fantasmes» (Dardigna, 1980: 31). Les hommes s’étant historiquement appropriés le titre de sujet universel, les femmes doivent «se travestir: soit en simulacre d’homme lorsqu’il s’agit du politique, soit en simulacre de femme lorsqu’il s’agit de la sexualité» (Dardigna, 1980: 31). Ce que Dardigna évoque comme un processus de travestissement des femmes, Bourdieu le définit par ce qu’il nomme la «violence symbolique». Il s’agit de la contrainte que l’incorporation de la pensée dominante inscrit dans le corps et l’esprit des dominés. Elle s’institue «lorsque les schèmes que [le dominé] met en œuvre pour se percevoir et s’apprécier, ou pour apercevoir et apprécier les dominants […], sont le produit de l’incorporation des classements, ainsi naturalisés, dont son être social est le produit» (Bourdieu, 1998: 56). Pour sa part, Kathleen Barry désigne sous l’expression «identification masculine» la contrainte qui consiste à «intérioriser les valeurs du colonisateur et [à] participer activement à sa propre colonisation et à celle des autres membres de son sexe» (Barry, 1979: 172).&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le désir féminin, engoncé dans des schèmes sociaux androcentriques, a ainsi longtemps été occulté, subordonné au désir masculin qui, à l’opposé, domine et façonne l’ensemble des scénarios culturels (Gagnon, [1991] 2008). L’émergence d’une subjectivité féminine dans la sphère littéraire notamment a entraîné une variante sur le plan des représentations traditionnelles du désir. Dorénavant, le désir féminin ne se pose plus uniquement comme une projection masculine (Dardigna, 1980). La prise de parole des femmes permet-elle pour autant de redéfinir les conduites attendues selon le sexe dans l’expression du désir et de la sexualité?&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Selon John H. Gagnon, la pratique de la sexualité, tout comme celle du genre, résulte d’un apprentissage social et se modèle selon des prescriptions véhiculées par des scénarios culturels, lesquels imprègnent l’imaginaire de chacun et de chacune. Le sociologue Michel Bozon s’appuie sur la théorie des scripts sexuels de Gagnon afin de décortiquer les enjeux contemporains de la sexualité:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;[…] la pratique physique de la sexualité serait impossible dans l’espèce humaine sans un arsenal de prescriptions et d’apprentissages culturels, une ritualisation des interactions interpersonnelles et une élaboration mentale spécifique des individus, qui mettent le corps en route, structurent la sexualité physique et la saturent de significations. Dans le désir humain, les corps ne sont pas agis par l’instinct: ils font ce qu’ils savent (pour l’avoir appris) et savent (&lt;em&gt;i.e.&lt;/em&gt; se représentent) ce qu’ils font. (Bozon, 1999: 2)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;De plus, les scripts sexuels réservent aux acteurs sociaux des prescriptions et des expériences différenciées selon le sexe. La distinction présente entre la sexualité des hommes et celle des femmes réside dans le fait que les deux ne répondent pas aux mêmes schémas prédéterminés, reconduits par les multiples institutions sociales. C’est là précisément que la forte probabilité pour les femmes (et, dans le cas qui nous occupe, pour les jeunes adolescentes) d’être soumises à la violence symbolique devient tangible. Elles se trouvent amenées à penser leur désir, de même que l’ensemble du rapport sexuel, à partir d’un discours dont elles ont été exclues, à titre de sujets pensants et agissants, et qui relaie d’innombrables scripts hétérosexistes, façonnés par l’idéologie patriarcale dominante&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref1_fb0fly3&quot; title=&quot;Anne-Marie Dardigna soulève cette perversion de la pensée, introduite par la domination du masculin sur les structures sociales, en parlant des «corps des femmes réduits à n’avoir pour seul langage que celui concédé par les hommes, voire imaginé par eux» (Dardigna, 1980: 171).&quot; href=&quot;#footnote1_fb0fly3&quot;&gt;1&lt;/a&gt;. Car, si le monde social se targue aujourd’hui de «ne plus blâmer les jeunes filles qui ont plusieurs partenaires sexuels» (Maillochon, 1999: 278), celles-ci connaissent toujours un nombre moindre de partenaires que leurs homologues masculins. Qui plus est, leurs premières relations sexuelles, même lorsqu’elles sont mutuellement désirées, s’avèrent «presque unilatéralement marqué[es] par l’aînesse du garçon» (Maillochon, 1999: 281). L’initiation par un partenaire plus expérimenté qu’elles apparaît donc, encore aujourd’hui, comme le «standard des relations hétérosexuelles» (Maillochon, 1999: 281). Une telle dissymétrie place les jeunes adolescentes dans une position précaire par rapport à leur propre sexualité, alors que, comme le souligne Gagnon ([1991] 2008), leur innocence, la méconnaissance de leur propre désir et une représentation masculine du sexuel continuent d’être au cœur des scénarios culturels dominants.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il sera donc question de mettre au jour la représentation du personnage féminin désirant dans le texte littéraire à la fin du siècle dernier: dans quelle mesure est-il soumis à des scénarios culturels (Gagnon, [1991] 2008) établis en correspondance avec une pensée patriarcale? L’expression de son désir, ses projections intrapsychiques (ses fantasmes) de même que ses rapports à l’Autre désiré s’orientent-ils selon ces prescriptions préalablement incorporées (faisant ainsi subir au personnage désirant une violence symbolique), ou font-ils montre d’un agir transgressif? Nous nous pencherons précisément sur deux romans contemporains écrits par des femmes, soit &lt;em&gt;Aurélien, Clara, Mademoiselle et le Lieutenant anglais &lt;/em&gt;d’Anne Hébert (1995) et &lt;em&gt;L’Île de la Merci&lt;/em&gt; d’Élise Turcotte (1997). Ces romans présentent chacun un personnage d’adolescente exprimant un désir pour un homme (garçon ou adulte) et vivant une expérience sexuelle pour la première fois. Il convient de se demander si les personnages d’adolescentes mises en scène opèrent, par la subjectivité qui leur est accordée par les auteures, une distorsion sur le plan de la performance des scripts, ou si au contraire leur imaginaire demeure «colonisé» (Roussos, 2007) par les scripts sexuels dominants&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;Aurélien, Clara, Mademoiselle et le Lieutenant anglais&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref2_789e10n&quot; title=&quot;Les citations empruntées à cette œuvre seront désormais signalées par le sigle AC, suivi du folio.&quot; href=&quot;#footnote2_789e10n&quot;&gt;2&lt;/a&gt;&lt;strong&gt;: les limites de l’expression du désir féminin&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Orpheline de mère, Clara Laroche grandit dans le silence presque absolu de son père, Aurélien, au cœur de la campagne de Sainte-Clotilde. Ne sachant ni lire ni écrire à l’âge de dix ans, elle est recueillie par Mademoiselle, l’institutrice du village, qui s’empresse de lui «délivrer […] le plus rapidement possible […] toutes les connaissances amassées dans sa flamboyante tête rousse» (AC: 21). À la mort de celle-ci, munie de tout le savoir de sa «mère substitut» (Boisclair, 2011), Clara retrouve le silence dans lequel a baigné son enfance. À presque quinze ans, son désir s’éveille pour un militaire britannique venu s’installer dans la forêt près de chez elle.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Du silence originel…&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;À la suite de la mort de sa femme, Aurélien perd définitivement la foi et s’enferme dans un silence perpétuel. Comme celui-ci préfère «la vie profonde et noire où les choses ne sont jamais dites et nommées» (AC: 17) au monde réel, extérieur, «bavard et prétentieux» (AC: 17), aucun savoir patriarcal ne se trouve relayé à l’intérieur de la sphère familiale. L’enfance de Clara se déroule dans «une maison de planches mal équarries, au bord de la rivière », coupée de tous les autres habitants de Sainte-Clotilde par «une sorte d’enclos d’herbe pelée» (AC: 10). Isolée, Clara se confond avec son environnement sauvage: «Le soir, réfugiée dans son grenier, elle éprouvait parfois, dans tout son corps fourbu, sa profonde ressemblance avec l’herbe et les arbres, les bêtes et les champs, avec tout ce qui vit et meurt, sans se plaindre ni rompre aucun silence» (AC: 35). En grandissant, la jeune fille pose ses repères dans un monde répondant davantage aux lois imprévisibles de la nature qu’à celles, organisées, de la culture.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;…à la non-soumission à la culture patriarcale&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Au fil du récit, l’univers de l’adolescente n’échappe toutefois pas entièrement aux schémas prescriptifs instaurés par les lois patriarcales. Son imaginaire est bien vite habité par les contes, qui lui sont lus par Mademoiselle (AC: 22). Clara déjoue toutefois le scénario qu’ils transportent dans sa manière d’investir le désir. Si le script relayé par les contes introduit chez les jeunes filles un sentiment d’élection, Clara, elle, le récuse. Lorsqu’elle croise dans la campagne des militaires, et que ceux-ci «l’invit[ent] à faire un tour de lit avec eux» (AC: 38), elle poursuit sa route tout en leur répondant silencieusement: «Salut, salut, vous tous qui me guettez sur le chemin comme un chat guette une souris, laissez-moi passer, écartez-vous, je ne suis pas pour vous, beaux messieurs en short kaki […]» (AC: 38). Lorsqu’ils s’adressent de la sorte à l’adolescente, les soldats contribuent à reproduire la dialectique traditionnelle selon laquelle les hommes sont sujets de leur désir, alors que les femmes représentent l’objet à s’approprier (Guillaumin, 2002). Clara outrepasse les cadres de ce scénario, dans lequel elle fait figure de proie, en s’aventurant dans la forêt, soit «en pays inconnu» (AC: 40). C’est là, dans «la nouveauté absolue de l’air sur une route déserte» (AC: 40), qu’elle trouvera celui qui éveillera son désir, et qu’elle aura elle-même choisi.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Réécriture des scripts traditionnels et affirmation du désir féminin&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Au moment où l’adolescente aperçoit pour la première fois le Lieutenant, assis devant sa cabane de bois rond, son regard se pose sur lui librement, profitant du fait qu’endormi, il soit entièrement offert à sa vue: «Elle prend tout son temps pour le regarder, alors qu’il est encore sans regard pour elle, abruti de chaleur, […], offert au soleil» (AC: 44)&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref3_0876blo&quot; title=&quot;Lucie Guillemette souligne la portée agentive du regard et son importance dans la constitution du sujet féminin: «[…] l’agentivité féminine consiste d’abord en une prise de conscience, au moyen du regard, des mécanismes d’oppression enfermant la femme dans l’idéologie dominante […]» (2005b: 71).&quot; href=&quot;#footnote3_0876blo&quot;&gt;3&lt;/a&gt;. Les rôles traditionnellement réservés à chacun des sexes sont alors intervertis. En effet, si l’on s’en rapporte à l’idéologie patriarcale, le regard des hommes précède celui des femmes, modèle le corps de celles-ci et le définit selon une image fabriquée. Dans le même esprit, Clara ne transpose pas, de son côté, une image idéalisée sur le Lieutenant pour le faire correspondre au fantasme d’un prince. C’est plutôt un «jugement sévère» qui oriente son regard: «Grand, maigre, osseux, torse nu, short kaki, cet homme, sec comme une fleur pressée dans un missel, ressemble aux soldats avides de filles et d’alcool qui circulent à cœur de jour, beau temps, mauvais temps, sur les routes étroites de Valcour à Sainte-Clotilde» (AC: 45). Clara le voit ainsi tel qu’il est, et c’est donc en sa qualité d’homme «maigre» (AC: 61) et «effrayé» (AC: 55)&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref4_ezl3qyu&quot; title=&quot;Le lieutenant apparaît ainsi plutôt atypique par rapport aux autres soldats croisés par Clara.&quot; href=&quot;#footnote4_ezl3qyu&quot;&gt;4&lt;/a&gt; qu’elle le désire.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;De retour dans la maison de son père, ce trouble qu’elle avait ressenti au contact du Lieutenant et dont la source lui avait d’abord été inconnue devient tranquillement désir. Sa voix prend alors le relais du discours narratif afin d’établir «l’inventaire de sa personne» (AC: 65) et de ses connaissances. Au terme de son énumération, elle ajoute ce sentiment nouveau:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Je m’appelle Clara Laroche.&amp;nbsp;&lt;br&gt;J’ai presque quinze ans.&amp;nbsp;&lt;br&gt;[…]&amp;nbsp;&lt;br&gt;Tout ce que je sais, c’est Mademoiselle qui&lt;br&gt;est morte qui me l’a appris.&lt;br&gt;Je pèse environ cent livres.&amp;nbsp;&lt;br&gt;Je mesure cinq pieds et quelques pouces.&amp;nbsp;&lt;br&gt;Je grandis à vue d’œil,&amp;nbsp;&lt;br&gt;je suis noire comme une corneille,&amp;nbsp;&lt;br&gt;je joue de la flûte à bec.&lt;br&gt;Je crois que je suis tombée en amour avec le&amp;nbsp;&lt;br&gt;Lieutenant anglais. (AC: 66)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’intrusion de la voix de Clara dans le récit, malgré qu’elle demeure dans la sphère intime, puisque l’adolescente ne fait que penser ces mots, donne bientôt à voir un désir appuyé. L’expression de son désir, d’abord traduite par une «litanie monotone» («Je le ferai. Je le ferai. Je le ferai.» (AC: 67)), se mue en une affirmation chuchotée, comme une promesse faite à elle-même: «Je serai la femme du Lieutenant anglais» (AC: 67). Déterminée à retourner chez le Lieutenant afin d’y célébrer «ses noces» (AC: 69), elle choisit, parmi les biens que lui a légués Mademoiselle, une robe, «la plus belle», et des «souliers à talons hauts» (AC: 68). C’est ainsi, vêtue à l’image de son institutrice, dépeinte comme un sujet autonome dans le récit&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref5_nl2tn1z&quot; title=&quot;Puisque Mademoiselle exerce la profession d’institutrice, se positionnant de la sorte comme détentrice du savoir, qu’elle est la propriétaire de son domicile et de tous ses biens, il nous est possible d’avancer qu’elle occupe, selon la formule d’Isabelle Boisclair, le statut de sujet autonome: «Qu’elles soient vieilles filles, célibataires ou mariées, les femmes devenues sujets autonomes agissent pour elles-mêmes, gagnent leur vie elles-mêmes et habitent dans leur propre maison ou leur propre logement» (2000: 116).&quot; href=&quot;#footnote5_nl2tn1z&quot;&gt;5&lt;/a&gt;, que Clara se présentera au Lieutenant. Tout se passe comme si cette tenue, en même temps qu’elle l’habille, lui insufflait toute la détermination de Mademoiselle. Cette séquence illustre de manière métaphorique l’acquisition par Clara d’une subjectivité, rendue possible tant par l’intervention de Mademoiselle que par sa vie en retrait du monde conventionnel, ce qui soustrait une fois de plus son désir au scénario patriarcal.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Alors que Clara laisse toute la place à son désir (AC: 63-69), le Lieutenant tente de toutes ses forces de le contenir. Éprouvé dès l’enfance par une éducation stricte où on lui a appris que «la peur, comme la faim et la soif, le chaud et le froid, se domine et se commande à volonté» (AC: 56), il cherche, sachant ce qu’il risque en cédant à son désir, à «faire en sorte que sa faim et sa soif de la petite fille soient nulles et non avenues» (AC : 73). Son désir n’est pas à l’abri du «jugement» (AC: 88) de la société, qui le guette pour le condamner au moindre geste inapproprié. Dans ce roman, la configuration traditionnelle du désir&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref6_zorwlp2&quot; title=&quot;Nous entendons ici la configuration prescrivant des comportements à adopter selon le sexe, modelés à partir de la pensée patriarcale, où le désir féminin est posé «en miroir du désir masculin» (Dardigna, 1980: 15).&quot; href=&quot;#footnote6_zorwlp2&quot;&gt;6&lt;/a&gt; est ainsi invalidée par une trame narrative qui expose et légitime le désir féminin tout en culpabilisant celui, objectivé, de l’Autre.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Lorsque, enfin, elle se met en route pour rejoindre le Lieutenant, l’adolescente voit son désir mis à l’épreuve par la réminiscence d’un scénario au sein duquel le féminin est assujetti à la toute-puissance masculine:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Dans l’imperceptible vibration du jour et les couleurs du prisme en larges banderoles devant elle, Clara implore un dieu qu’elle ne connaît pas, tremble devant sa face cachée, prie tout bas pour que le Lieutenant ne la prenne pas comme un chat prend une chatte en lui enfonçant ses crocs dans la nuque, pour la maintenir sous lui, tandis qu’il la déchire. (AC: 78)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La présence de ce passage à cet endroit du récit n’est pas innocente: Clara, seule sur une route de campagne isolée, se rend chez un homme plus âgé qui a un passé d’abuseur&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref7_bpfbmb8&quot; title=&quot;«Tant de départs précipités déjà dans sa vie. Tant de petites filles adorées, aussitôt quittées, dans le sang de la première étreinte, alors que croît la crainte de passer en jugement pour cela, devant des juges à perruques de ficelle blanche» (AC: 87-88).&quot; href=&quot;#footnote7_bpfbmb8&quot;&gt;7&lt;/a&gt;. Si la jeune fille ignore cela, il n’en reste pas moins qu’en s’offrant de son propre gré à ce dernier, soit en se posant comme sujet désirant&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref8_omltcyl&quot; title=&quot; Le Lieutenant, s’il a déjà abusé de jeunes filles, n’a ici rien d’un prédateur. Au contraire, il échoue à faire valoir les caractéristiques constitutives de l’identité virile: «Sous tous les rapports, le Lieutenant faillit aux codes de la virilité triomphante. […] Au-delà, c’est tout le système social de prescriptions de la masculinité normative qui est montré du doigt» (Boisclair, 2011: 83).&quot; href=&quot;#footnote8_omltcyl&quot;&gt;8&lt;/a&gt;, elle désamorce une fois de plus le scénario patriarcal traditionnel.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Désir féminin/Sexualité masculine: les contradictions&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Toute désirante qu’elle soit, Clara ignore pourtant tout des codes structurant les conduites sexuelles. Ainsi, pour désigner sa rencontre sexuelle avec le Lieutenant, elle se réfère aux contes et entend «se marier» (AC: 79) avec lui. Mais comme elle doit être initiée, la relation sexuelle se déroule sous l’égide du Lieutenant. Bien que la rencontre sexuelle ait eu lieu sous l’initiative de l’adolescente, elle doit s’en remettre à ce qu’il lui montre. Au sein de ce script, le féminin est à nouveau soumis à la passivité qui traditionnellement le caractérise. L’adolescente obéit au Lieutenant, en ne criant pas et en fermant les yeux. Sa participation à l’élaboration du script interpersonnel se trouve déniée, tandis qu’elle est privée de parole et du privilège du regard. Sa méconnaissance l’incite de plus à le laisser «faire ce qu’il voulait d’elle» (AC : 80-81). La jeune fille tente ensuite d’extérioriser son désir en caressant le corps du Lieutenant, mais en vain: «Il tressaille à peine sous les doigts de Clara comme s’il s’agissait d’un souffle léger effleurant en rêve son corps endormi, son sexe désarmé» (AC: 82). Son inscription dans ce script tient du rêve, du fantasme, peut-être, mais non du réel.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La puissance du désir féminin dans &lt;em&gt;Aurélien, Clara, Mademoiselle et le Lieutenant anglais&lt;/em&gt; est indéniable, et appuyée par tout le dispositif narratif du récit: «Elle s’étonne de vouloir cela si fort, comme si sa vie en dépendait» (AC: 68). L’adolescente refuse d’être l’élue d’un désir masculin et choisit son «prince». Le désir de Clara souffre cependant de son ignorance en matière sexuelle, ce qui l’enjoint à s’en remettre au savoir-faire de ce dernier. Les quelques scénarios qui lui sont éventuellement imposés reconduisent la suprématie du masculin sur le féminin et sont relayés par une partie du savoir que lui a légué Mademoiselle. Ce savoir, s’il semble se transmettre exclusivement entre femmes dans le récit&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref9_sl88yyq&quot; title=&quot;Cette structure instaure, selon Lucie Guillemette, une «généalogie féminine» dans le récit, qui favorise l’acquisition par Clara d’une subjectivité désirante (Guillemette, 1997, citant Irigaray, 1990: 19).&quot; href=&quot;#footnote9_sl88yyq&quot;&gt;9&lt;/a&gt;, n’est pas exempt de l’emprise patriarcale sur la culture. La sexualité, dans le récit, est donc structurée, légiférée par un monde à la fois adulte et androcentré. De cette façon, bien que la force du désir et sa légitimation se situent du côté de Clara, l’élaboration des scripts interpersonnels demeure l’apanage du masculin et la connaissance qu’a la jeune fille de sa propre sexualité se trouve, au final, «colonisée» (Roussos, 2007).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;L’île de la Merci&lt;/em&gt;: les scénarios de la violence et la négation du désir féminin&lt;/strong&gt;&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref10_bog24zn&quot; title=&quot;Cette section de l’analyse de L’île de la Merci de Turcotte est partiellement tirée de mon mémoire de maîtrise en études françaises, «L’expression du désir féminin adolescent: étude des (re)configurations des normes sexuelles genrées dans quatre romans québécois contemporains». (Université de Sherbrooke, 2012).&quot; href=&quot;#footnote10_bog24zn&quot;&gt;10&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;L’île de la Merci&lt;/em&gt;, paru en 1997, est le deuxième roman de la poète, nouvelliste et romancière Élise Turcotte. L’histoire, centrée sur le personnage d’Hélène, prend place au cours de l’été de ses quinze ans, dans un environnement où les femmes sont, selon toute apparence, «promis[es] à une mort violente» (IM: 102). Aussi, alors que le désir d’Hélène pour les garçons commence furtivement à prendre forme, tout concourt à le circonscrire au sein de scripts sexuels représentant l’aboutissement extrême de la domination patriarcale, que John H. Gagnon nomme les «scripts de l’agression sexuelle et de la violence» (Gagnon, [1991] 2008). La récente découverte, dans l’île de la Merci, de corps de jeunes filles de son âge, violées et tuées, soumet l’imaginaire de l’adolescente à des scénarios où le désir féminin est invariablement nié au profit de la toute-puissance masculine. Cette subordination de la psyché féminine aux discours hégémoniques ambiants minera son initiation sexuelle, au cours de cet été particulier.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Le corps piégé&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans le roman de Turcotte, le corps féminin se trouve profondément ancré dans la honte (Côté, 2006: 52). Plutôt que d’assumer leur corps et ses désirs, les personnages féminins optent pour le retranchement dans le monde abstrait et indéfini de la conscience, et apparaissent toujours plus ou moins absents au monde. De façon générale, le corps détient une fonction précise: témoigner de sa présence au monde social. Or le corps des femmes, en tant que dépositaire d’images fabriquées par un discours hégémonique, est d’emblée défini par un entendement social qui l’exclut&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref11_eeeguji&quot; title=&quot;Selon Anne-Marie Dardigna, le corps des femmes est le «lieu privilégié de l’attentat», le siège d’une lutte prenant la forme d’un processus d’«expropriation/appropriation» faisant du sujet féminin un objet, invariablement parasité par un regard étranger (1980: 255).&quot; href=&quot;#footnote11_eeeguji&quot;&gt;11&lt;/a&gt;. Pour les personnages féminins de &lt;em&gt;L’île de la Merci&lt;/em&gt;, le fait de nier toute correspondance au corps, sorte d’intermédiaire piégé entre le dedans et le dehors, apparaît moins chargé de conséquences. Comme nous le verrons, les scripts véhiculés dans ce dehors imposent la souveraineté du désir masculin, qui fait des femmes des proies potentielles. Pour elles, obéir au corps, actualiser ses fantasmes et investir les espaces publics impliquent de s’exposer en toute conscience au danger.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Les scénarios dominants: violence et domination du féminin&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans son entreprise de décortication des schémas culturels préexistant à la sexualité humaine, Gagnon souligne l’apport d’une certaine pensée féministe selon laquelle «toutes les conduites sexuelles de tous les individus dans la société, femmes comme hommes, seraient façonnées par le pouvoir qu’ont les hommes sur les femmes». Dans cette optique, «[l]e viol ne serait que l’expression ultime de ce pouvoir patriarcal et les violeurs représenteraient l’aboutissement ultime de l’éventail des conduites des hommes envers les femmes» (Gagnon, [1991] 2008: 121). Les scripts à l’œuvre dans &lt;em&gt;L’île de la Merci&lt;/em&gt;, répondent à ces manifestations socialement perceptibles de la dynamique soumission/appropriation du corps féminin. Mais jetons d’abord un coup d’œil au scénario reconduit à l’intérieur même de la maison familiale qui, d’emblée, contribue à soutenir la négation du féminin.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le premier modèle de relation offert à Hélène est celui formé par ses parents. Étant donné qu’ils refusent désormais de se toucher et même de se côtoyer&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref12_8kfmyr7&quot; title=&quot;Viviane prend d’ailleurs la décision, dans le chapitre intitulé «L’épreuve», d’aménager un espace pour elle seule au grenier. L’investissement de ce nouveau lieu, comme métaphore de sa liberté (IM: 171), est cependant rapidement avorté: c’est là même qu’elle trouvera sa fille Lisa pendue à la fin du récit.&quot; href=&quot;#footnote12_8kfmyr7&quot;&gt;12&lt;/a&gt;, il apparaît impossible pour Hélène de reconstruire mentalement l’image de leur premier baiser: «[…] elle s’exerce encore une fois, en vain, à imaginer comment la langue de son père a pu un jour entrer dans la bouche de sa mère, comment ses bras ont pu se nouer autour d’elle, et le reste, oui le reste […]?» (IM: 66) Si Hélène réussit enfin à imaginer ses parents réunis par l’échange d’un baiser, c’est que Viviane «leur a raconté [un jour] cet épisode de long en large, à elle et à Lisa» (IM: 68). Selon Deborah L. Tolman (1994), un discours ouvert sur le désir et le sexuel transmis par des femmes aux jeunes filles les ferait, d’un côté, prendre conscience des rouages de l’idéologie patriarcale et de sa mainmise sur leur corps et leur psyché, et de l’autre, leur permettrait d’explorer les sentiments sexuels «&lt;em&gt;in ways that bring joy and agency&lt;/em&gt;» (339)&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref13_1fijrgg&quot; title=&quot;Elle cite à ce sujet Sharon Thompson: «Thompson (1990) found that daughters of women who had talked with them about pleasure and desire told narratives about first intercourse that were informed by pleasure and agency» (Tolman, 1994: 339).&quot; href=&quot;#footnote13_1fijrgg&quot;&gt;13&lt;/a&gt;. Or, dans le cas de la seule anecdote liée au sexuel narrée par la mère, la rencontre des corps n’est exprimée que sous son aspect biologique. La dimension érotique du récit de Viviane est évacuée, si bien que les interrogations de la jeune fille par rapport au désir demeurent sans réponse. Une fois encore, l’expérience charnelle du corps féminin est reléguée dans la sphère de l’indicible. Le corps féminin doit rester pur, sans désir; un objet à prendre. Aussi, le sujet désirant est-il ici strictement masculin: «En 1994, cinq ans avant la naissance d’Hélène, la langue de son père était peut-être entrée justement de façon tout à fait liquide dans la bouche de sa mère, Viviane, la fille &lt;em&gt;qu’il désirait&lt;/em&gt; depuis quelque temps […]» (IM: 66, je souligne).&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’île où prend place le récit est empreinte d’un climat d’insécurité et de violence&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref14_f6yhj60&quot; title=&quot;D’emblée, la situation de la maison familiale à proximité de la prison de Bordeaux renvoie symboliquement à un climat de violence.&quot; href=&quot;#footnote14_f6yhj60&quot;&gt;14&lt;/a&gt;. Elle est devenue, depuis peu, le théâtre de la mort brutale de jeunes filles du même âge qu’Hélène. Ainsi, elle semble désormais représenter, pour plusieurs, un lieu hostile où prennent forme des scénarios des plus violents:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Maintenant qu’on y a découvert le corps d’une jeune fille [Marie-Pierre Sauvé], elle [l’île] n’est plus, pour l’instant, aux yeux d’un certain nombre de personnes du quartier, qu’un théâtre ouvert aux rêves et à la cruauté. (IM: 67)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’île, de même que le corps féminin, se révèlent, en apparence, exempts de toute souillure. Ce masque cache pourtant une faille, pour l’une comme pour l’autre. L’île camoufle un «poids mort» (IM: 67): les cadavres de jeunes innocentes. Le corps féminin, quant à lui, abrite la honte et la peur du désir (tout autant celui des hommes que le sien). Et ce qui gronde, dans les deux cas, sous le couvert de l’impassibilité, c’est le résultat de la violence à la fois physique et symbolique subie par les femmes. L’île, comme le corps, est habitée d’une matière étrangère et nocive, «[n]aturellement hanté[e] par l’idée que quelque chose de sale pourrait s’y produire» (IM: 67).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Viviane, la mère, apparaît comme la première victime de l’emprise des scénarios violents sur le développement des relations hommes/femmes. En témoigne la pensée patriarcale dominante qui traverse son discours, adressé à ses filles. Le discours hégémonique se déploie ainsi dans le lieu privé de la maison familiale tant sous forme de mises en garde («&lt;em&gt;Tu vois, dehors, nous ne sommes à l’abri de rien, Hélène&lt;/em&gt;» [IM: 51, souligné dans le texte]), d’interdictions («Sa mère ne lui a-t-elle pas souvent répété, bien avant cet événement, de ne jamais aller dans l’île, le soir, et surtout jamais seule?» [IM: 69-70]), de prescriptions («&lt;em&gt;Tu es une fille, regarde derrière toi&lt;/em&gt;» [IM: 89, souligné dans le texte]), que d’idées préconçues sur la sexualité des jeunes filles («Car ses petites filles ne feraient pas comme les autres, n’est-ce pas [en parlant de la précocité des premières expériences sexuelles]? Pas aussi tôt!» [IM: 162]). Les adolescentes, Hélène et Lisa, qui ne franchissent que rarement les limites de la maison, ne peuvent qu’introjecter le discours de la mère, lequel sous-tend une association irréductible entre la victimisation des femmes et leur présence dans les espaces publics.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Différenciation et affirmation d’une subjectivité&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Si le sort réservé aux femmes par les scripts dominants est constamment remis au jour par le discours prescriptif de la mère, Hélène cherche toutefois à rompre avec la présence en elle d’un féminin meurtri, toujours coupable, mais pourtant victime. Viviane a inscrit la peur dans son corps:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;N’importe quoi peut arriver à l’improviste. N’importe qui peut, un jour ou l’autre, s’approcher de trop près, se pencher, sentir le désir. Même s’il n’existe pas. Même s’il n’a jamais existé. Et n’importe qui peut renifler la peur. (IM: 56)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La représentation avec laquelle la jeune fille tente de rompre en adoptant des pratiques masculines&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref15_dtmhzqo&quot; title=&quot;Au cours de l’été, elle quitte entre autres la maison pour commencer à travailler dans un garage, lieu typiquement masculin.&quot; href=&quot;#footnote15_dtmhzqo&quot;&gt;15&lt;/a&gt; est celle d’un féminin condamné d’avance. Elle cherche ainsi à opérer une dissociation, de même qu’à s’affirmer en tant que sujet distinct. À Viviane, elle crie: «Tu n’es pas moi!» (IM: 77) Cette différenciation est impérative pour l’adolescente, qui souhaite investir ses désirs autrement.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Le désir féminin: les avenues condamnées&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Hélène, à quinze ans, s’éveille tranquillement à la sexualité et d’autres scripts, tout aussi prégnants que ceux que sa mère lui a transmis, l’incitent à passer à l’acte. Les autres filles de son âge ont déjà franchi l’étape de la «première fois», et lui ont confié qu’elles avaient «trouvé ça bien» (IM: 134). La jeune fille mesure alors son retard, «certaine d’être la seule au monde, à son âge, à n’avoir jamais donné de baiser» (IM: 68).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans les scripts qu’elle a incorporés depuis l’enfance, le désir féminin en tant que principe actif est inexistant. L’adolescente ne peut donc que répondre à un incitatif extérieur: «Il faudra bien accepter et tendre son corps vers cela [la rencontre sexuelle]. […] Il faudra bien dire oui» (IM: 68). Pour qu’Hélène puisse envisager la rencontre sexuelle comme le fruit de désirs mutuels, elle devrait d’abord reconnaître son propre désir. L’humiliation qui en découlerait prendrait la forme d’une blessure auto-infligée, puisque «c’est dans le corps que commence la honte» (IM: 29). Dès lors, si elle souhaite répondre à ses désir, il convient de projeter la source de cette honte au plus loin d’elle-même; dans le corps d’un agresseur qu’elle n’aurait pas vu venir par exemple. Ainsi raisonne-t-elle: «Il faudra bien dire oui. Même s’il serait plus simple d’y être forcée. Obligée. Ici, dans l’île, par exemple. Il vaudrait mieux plonger d’un coup sec dans l’humiliation, garder les yeux ouverts et voilà, que ce soit fait une fois pour toutes et qu’on n’en parle plus» (IM: 68).&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La culpabilité du désir fait surface lorsqu’elle entre au club de boxe où s’entraînent deux garçons d’une vingtaine d’années. Hélène se trouve rapidement rappelée au corps qu’elle a nié, tandis que ceux des garçons occupent toute sa pensée:&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;[S]es yeux sont irrémédiablement fermés, ses membres paralysés; elle n’arrive à penser à rien d’autre qu’aux shorts moites collés sur la peau des garçons, à leurs muscles, à leurs cuisses, à leurs bras, et aux cordes usées, aux fils qui pendent et qui dansent au rythme de leurs pieds. (IM: 86)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Cette attirance éprouvée à l’égard de garçons inconnus est si spontanée et puissante qu’elle obnubile l’adolescente: «Elle est si absorbée par leurs mouvements qu’elle oublie ce qui l’a poussée là, pourquoi elle est coupable et devrait se jeter aux pieds du premier venu en demandant pardon» (IM: 84). Son désir est avant tout perceptible par le regard qu’elle pose sur eux. Hélène fait montre d’agentivité, d’abord, en pénétrant dans un lieu réservé aux hommes, se disant même que «ce n’est pas parce qu’on ne lui a pas fait signe d’entrer qu’elle n’entrera pas cette fois» (IM: 84), mais elle le fait plus encore en s’appropriant l’exclusivité du premier regard, traditionnellement réservé aux hommes (Dardigna, 1980): elle est «assise devant deux garçons qui boxent sous son regard» (IM: 86). La jeune fille s’accorde de plus le loisir de détailler leur corps: «Ses yeux se posent alors sur les corps, puis remontent lentement vers les visages» (IM: 86). L’adolescente montre ainsi «&lt;em&gt;comment&lt;/em&gt; [elle est] &lt;em&gt;affamée&lt;/em&gt; [elle] &lt;em&gt;aussi&lt;/em&gt;» (IM: 86, souligné dans le texte). C’est par le biais du regard également qu’Hélène «choisi[t]» (IM: 87) un des garçons, Martin, pour vivre sa première relation.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le désir n’échappant toutefois jamais longtemps aux scripts qui le précèdent et l’ordonnent, la jeune fille réinvestit aussitôt la place désignée aux coupables: «Honte, sang, tumulte» (IM: 86). Et puis: «Qu’arriverait-il si l’un deux l’attachait à une corde? Elle n’aurait que ce qu’elle mérite» (IM: 87). L’expression de son désir se voit de plus compromise par le rappel d’anciennes prescriptions de ses parents, insérées dans la trame narrative: «Attention, tu es une fille», «C’est normal que le regard des hommes te gêne» (IM: 87).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;«La chambre de Thomas» ou l’impasse&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Lorsqu’elle se rend à l’école de Marie-Pierre Sauvé pour assister à la cérémonie organisée en sa mémoire, Hélène fait la rencontre de Thomas, «entré […] abruptement dans [sa] vie […] pour prendre la place de Martin» (IM: 115). Celui-ci l’ayant «clairement repoussée» (IM: 102), c’est au tour de Thomas d’éveiller le désir de l’adolescente: «Elle n’avait pas remarqué à quel point il était beau. Si grand. Les yeux si noirs. Elle n’avait pas pensé à lui ainsi: il est beau» (IM: 121). Elle récuse toutefois immédiatement ce sentiment: «Elle ne pourra jamais accepter qu’il soit beau, qu’il soit là, et qu’il la touche. Elle ne pourra pas accepter non plus qu’il ne le fasse pas. Elle ne pourra pas accepter d’en avoir envie. Un désir net, franc, normal» (IM: 121).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;À leur premier rendez-vous, Hélène suggère inopinément qu’ils passent la soirée chez Thomas, mais, tout de suite, la perspective de se retrouver seule avec ce garçon dans «une maison vide» (IM: 122) l’effraie: «[…] son corps à elle deviendra de plus en plus envahissant. Il va devenir géant!» (IM: 122) Cette vision d’angoisse atteste de la méconnaissance d’Hélène de son propre corps et de ses désirs. Tenue à l’écart de son corps par l’intrusion des discours ambiants dans sa psyché, la jeune fille en ignore les contours, les besoins, les limites. Elle se voit ainsi devenir immense, «géant[e]», son corps échappant à sa volonté.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Comme nous l’avons déjà mentionné, les jeunes filles sont majoritairement initiées sexuellement par un partenaire plus âgé: «Les jeunes filles perçoivent généralement ce décalage d’âge à l’avantage des garçons comme un élément positif, rassurées par la présence d’hommes plus mûrs alors qu’elles ne sont entourées que de garçons» (Maillochon, 1999: 281-282). Le désir d’Hélène est influencé par ce schéma dominant. L’adolescente aurait en effet souhaité être initiée sexuellement par Martin, le garçon plus vieux: «Elle a pris cette décision. C’est lui, ça ne peut être que lui. Et elle doit être prête pour la toute première fois» (IM: 88). Qu’Hélène découvre Thomas expérimenté («Ce n’est pas la première fois. Il sait ce qu’il fait» [IM: 124]), ne change rien à son malaise: «Elle ne voulait pas d’un garçon de son âge» (IM: 140). Le script selon lequel l’initiation sexuelle des jeunes filles se fait plus «naturellement» en présence d’un garçon plus âgé est bien ancré dans son esprit. Ainsi, si elle «se laisse [d’abord] faire» sans réagir sous les caresses de Thomas, elle est soudainement prise d’une peur panique au moment où celui-ci «se penche au-dessus [d’elle] et descend la fermeture éclair de ses jeans» (IM: 124), de sorte qu’elle s’enfuit chez elle. De retour dans sa chambre, elle rêve qu’elle «ouvre la fenêtre et se jette dans le vide» (IM: 126). La métaphore employée se révèle particulièrement significative, alors qu’il appert que la relation avec Thomas, à l’opposé de celle, fantasmée, avec Martin, ne répond pas directement à un schéma préétabli.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il n’y a pourtant pas de fuite possible: «Il faut que le changement s’opère» (IM: 141). Avant de retourner dans la chambre de Thomas, Hélène souhaite «lui montrer l’île» (IM: 141). Alors qu’elle ne parvient pas à s’imaginer dotée de pouvoir au cours de la relation intime qui se déroulera entre eux, elle se découvre capable d’agir sur ce qui se passera avant&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref16_j1xhb4t&quot; title=&quot;Cette prise de conscience de son agentivité est d’ailleurs clairement énoncée par la narration: «Une sensation de pouvoir furtif et suspect passe à travers elle» (IM: 141).&quot; href=&quot;#footnote16_j1xhb4t&quot;&gt;16&lt;/a&gt;. Aussi l’emmène-t-elle à l’endroit où a été découvert le corps de Marie-Pierre Sauvé et l’interroge: «Comment a-t-elle fait pour endurer ça? […] Qu’est-ce qui se passe avant? C’est comme un bébé en train de mourir sous les coups. Comment il endure ce qui se passe avant de mourir?» (IM: 150) «Peut-être qu’il perd connaissance», suggère Thomas (IM: 150). L’adolescente ressent un immense soulagement à cette pensée de l’esprit qui se sépare du corps sous la souffrance et incorpore d’un coup cette idée dans son imaginaire. Dans ce scénario hypothétique, la souffrance infligée par le violeur et meurtrier contraint la victime à lui abandonner définitivement son corps. De la même façon, en raison de la honte liée au désir —celle-ci étant inscrite dans le corps féminin—, Hélène se dissociera de son corps lors de «l’épreuve» de la première fois avec Thomas: «Dans la chambre de Thomas, quelques jours plus tard, Hélène flotte au-dessus de son propre corps» (IM: 151). La situation vécue par Marie-Pierre Sauvé relève d’un script de la domination élaboré sous sa forme la plus extrême. Néanmoins, le rapport au corps, s’il est modalisé différemment dans les deux cas, du plus banal au plus violent, demeure le même : le corps féminin se voit entièrement remis aux mains de l’homme. Pour Hélène cependant, il aurait pu en être autrement, puisque Thomas n’a rien de l’agresseur, et il ne reproduit pas non plus les caractéristiques de la masculinité normative. Il lui offre plutôt un rapport égalitaire, qui permettrait de réinvestir de nouvelles significations les structures présidant à l’expression du désir féminin:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Thomas aurait dû se jeter sur elle l’autre soir dans l’île. Elle aurait été forcée de dire oui, soumise à une sorte de détermination aveugle, bienveillante, et ils auraient pu faire comme des centaines d’autres avant eux […] Mais Thomas ne l’a pas fait. Thomas a attendu qu’elle se décide et qu’elle fasse le premier geste pour se retrouver ici, dans une chambre, entre quatre murs. (IM: 152)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’univers psychique de l’adolescente est toutefois invariablement imprégné des scripts dominants et l’action de s’éloigner mentalement de son corps afin de le laisser à la volonté de l’autre demeure, pour elle, un mécanisme de défense contre l’emprise de la honte sur le désir féminin.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Pendant l’acte proprement dit, Hélène doit commander à son corps les réactions appropriées. À l’inverse de Thomas, qui semble en parfaite harmonie avec son corps et ses mouvements, la jeune fille répond mécaniquement aux caresses du garçon, avec des gestes non sentis: «Elle doit faire certains gestes. C’est sûrement son tour, comme dans une chorégraphie, un kata, un échange de coups. Elle ne sait pas lesquels» (IM: 153). Sa psyché se montre même «colonisée» (Roussos, 2007) de prescriptions visant à la convaincre qu’elle aime la façon dont se déroule leur rapport: «&lt;em&gt;Tu aimes la main de Thomas. Sa bouche se promène sur toi. Tu aimes qu’il respire plus vite comme s’il aspirait et expirait son propre désir&lt;/em&gt;» (IM: 153, souligné dans le texte). La jeune fille souhaiterait malgré tout participer plus activement à ce script qui se déroule entre eux et ainsi exposer ouvertement ses désirs, comme la narration le laisse entendre: «Elle voudrait être plus forte que lui et le diriger» (IM: 153). Tout au long de la relation, elle profite de ce que Thomas ne la regarde pas pour s’évader et «percevoir l’île, le vent, le feuillage des arbres» (IM: 154). Elle traverse de cette façon son «épreuve», absente de son corps, «[s]auf que Thomas lui fait mal» (IM: 154). La douleur la confronte ainsi à la réalité de son corps, de même qu’à celle de Thomas, et du coup, tout devient «si lourd» —lourd au point où Hélène s’imagine «sous les roues d’un camion» (IM : 154). «Ce n’est pas ça», conclut-elle (IM: 154).&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’identité sexuée plus souple de Thomas permet la mise en place d’un script interpersonnel où les rôles ne sont pas définis d’avance&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref17_zkqpp11&quot; title=&quot;En cela, Thomas est unique dans l’entourage de l’adolescente: «Il ne ressemble à personne. Ni à Martin, ni à son père. À personne» (IM: 162).&quot; href=&quot;#footnote17_zkqpp11&quot;&gt;17&lt;/a&gt;. Le sujet féminin ne peut performer un rôle complètement passif, comme le prescrivent les scripts dominants. La première expérience sexuelle d’Hélène aurait donc pu être positive. Thomas ne s’impose pas à elle, pas plus qu’il ne lui impose une façon de procéder, et la jeune fille est à même de le constater: «Tout doit donc venir de sa volonté à elle.» (IM: 154) Ainsi, elle «enlèv[e] elle-même ses vêtements» et «écarte les jambes pour faire de la place à celui qui aime» (IM: 153-154). Le garçon ne s’impose pas, car malgré qu’il soit expérimenté, Thomas n’incarne pas une virilité triomphante (le cas échéant, il performerait toujours indifféremment le sexuel, sans égard pour sa partenaire). Ainsi, tout, au sein des scripts interpersonnels, doit être repensé, adapté à son ou sa partenaire, comme l’explique Gagnon:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;[…] nous sommes d’abord socialisés aux scénarios culturels comme spectateurs ou élèves, mais […] l’obligation de mettre ces scénarios en pratique nous contraint à les modifier de façon à satisfaire aux impératifs des situations concrètes qui comprennent, par exemple, les attentes des autres personnes qui se trouvent dans ces situations avec nous et l’ensemble des relations que nous entretenons avec elles. (Gagnon, 1999: 77)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Or, dans le cas du viol ou de toute autre situation répondant aux «scripts de l’agression sexuelle et de la violence», cette «réorganisation» n’a pas cours; la volonté d’un seul des deux individus prime et aucun dialogue («interrelation») n’est possible. C’est le danger qui est également couru lorsque les jeunes filles longuement exposées à un discours hégémonique masculin sur leur propre sexualité, sont initiées sexuellement par un partenaire de sexe mâle, plus âgé et plus expérimenté. Mais revenons à ce qui a cours dans la chambre de Thomas. Pour Hélène, l’expérience est déstabilisante, voire traumatisante, puisque, contrairement à ce qu’elle a d’abord introjecté, puis projeté, il n’y a pas d’ordre. Cette idée sera confirmée plus tard, alors qu’elle comparera son «épreuve» à la chambre du garçon, lors d’une discussion avec Lisa:&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;— C’est comme la chambre de Thomas, dit Hélène à Lisa.&lt;br&gt;— Comment ?&lt;br&gt;— Étouffant. Plein de pensées désordonnées. (IM: 159)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’attitude inclusive de Thomas lui intime d’improviser, mais face à cette demande, la jeune fille se révèle impuissante.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;center&gt;***&lt;/center&gt;&lt;p&gt;En conclusion, pour les femmes, mais en particulier pour les jeunes filles —dont la virginité, et, par extension, l’image de pureté, demeure encore une valeur à protéger—, il importe de se soumettre aux prescriptions du monde social, qui nie toujours la puissance de même que la multiplicité des désirs qu’elles portent. Si elles obéissent aux désirs de leur corps, elles se libèrent de la position d’objet passif qui leur est commandé d’occuper, prennent une part active à leur sexualité, mais risquent alors sans contredit l’ostracisme&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref18_878d2ul&quot; title=&quot;Dans une étude réalisée par Deborah L. Tolman (1994), des adolescentes hétérosexuelles rapportaient, d’une part, avoir eu des rapports sexuels sans en avoir éprouvé le désir et d’autre part, s’être obligées à «dire non» lorsqu’elles en ressentaient très fort l’envie, par peur d’être ensuite perçues comme des «putes» (slut) (1994: 33).&quot; href=&quot;#footnote18_878d2ul&quot;&gt;18&lt;/a&gt;. Dès qu’elles commencent à expérimenter le sexuel, que ces expériences soient encore de l’ordre du fantasme ou qu’elles relèvent d’un rapport sexuel à proprement parler, les adolescentes se voient confrontées à un choix dont les deux options apparaissent irréconciliables: obéir aux pulsions du corps ou obéir aux règles du code culturel. Dans l’un ou l’autre des cas, l’expression du désir et du sexuel est vécue sur un mode restrictif. L’exclusion de la parole féminine des scripts qui définissent culturellement le sexuel expose les jeunes filles à la stigmatisation de leur désir, voire, dans les cas ultimes, à leur propre victimisation. Dans &lt;em&gt;Aurélien, Clara, Mademoiselle et le Lieutenant anglais&lt;/em&gt;, un changement est amorcé. La présence en filigrane de la mère accompagne Clara tout au long du développement de son désir (Boisclair: 2011). Mademoiselle, substitut maternel, la guide également et l’influence positive de ces deux femmes permet l’acquisition par l’adolescente d’une subjectivité désirante. Le discours référentiel féminin n’est cependant pas imperméable aux scripts dominants. C’est le cas dans &lt;em&gt;L’île de la Merci&lt;/em&gt;, où Viviane, la mère, apparaît comme la première victime de l’emprise patriarcale sur l’élaboration de la pensée.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans les deux œuvres, les adolescentes sont soumises à des scripts sexuels masculins d’un «initiateur» plus expérimenté. Toutefois, les scripts interpersonnels proposés par le Lieutenant et Thomas s’avèrent foncièrement différents. Alors que le Lieutenant incite explicitement Clara à la passivité, Thomas souhaite qu’Hélène fasse les premiers pas, lui témoigne son désir. Les deux initiations se déroulent pourtant de façon similaire, dès lors que les jeunes filles répondent passivement au désir masculin. Cette similitude dans le comportement des personnages féminins, bien qu’ils soient placés dans deux contextes différents, montre bien la prégnance des discours hégémoniques qui préexistent au désir féminin. Les scénarios sexuels, véhiculés dans le social, «sont importés dans [l]es scripts intrapsychiques» de l’individu, où ils sont adaptés selon ses fantasmes, puis «scénarisés» dans l’interaction avec un ou une partenaire (Gagnon, 1999). Or l’incorporation des scripts du dominant pose un problème majeur pour tout individu minoritaire: «[…] d’autres trouvent, au contraire, les exigences de la culture aliénantes et perturbantes, mais sont tout aussi incapables de jouer les rôles impartis que de se soustraire à ces exigences et ces rôles» (Gagnon, 1999: 77). C’est le cas des adolescentes représentées dans cette analyse. Aussi est-il possible, au final, de désigner un véritable coupable, soit l’idéologie patriarcale comme structure dominante, qui ordonne l’ensemble des scripts sexuels, et légitime un discours hégémonique sur le désir et le sexuel.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Références&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BARRY, Kathleen. 1979. &lt;em&gt;Female Sexual Slavery&lt;/em&gt;, Upper Saddle River: Prentice-Hall.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BOISCLAIR, Isabelle. 2011. «Présence et voix du spectre maternel dans &lt;em&gt;Aurélien, Clara, Mademoiselle et le Lieutenant anglais&lt;/em&gt;», Ville Saint-Laurent: Fides; Sherbrooke : Université de Sherbrooke, coll. Les Cahiers Anne Hébert, no&amp;nbsp;11, p. 71-90.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;________. 2000. «Au pays de Catherine», Ville Saint-Laurent: Fides; Sherbrooke : Université de Sherbrooke, coll. Les Cahiers Anne Hébert, n 2, p. 111-123.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BOURDIEU, Pierre. 1998. &lt;em&gt;La domination masculine&lt;/em&gt;, Paris: Seuil.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BOZON, Michel. 1999. «Les significations sociales des actes sexuels», &lt;em&gt;Actes de la recherche en sciences sociales&lt;/em&gt;, vol. 128, p. 3-23.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;________. 1993. «L’entrée dans la sexualité adulte: le premier rapport et ses suites», dans Michel Bozon et Henri Leridon, Sexualité et sciences sociales, &lt;em&gt;Population&lt;/em&gt;, no&amp;nbsp;5, p. 1317-1352.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BUTLER, Judith. 2005. T&lt;em&gt;rouble dans le genre. Le féminisme et la subversion de l’identité&lt;/em&gt;, traduit de l’anglais par Cynthia Kraus, Paris: La Découverte.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;CÔTÉ, Nicole. 2006. «L’île de la Merci, ou comment éviter le désastre», &lt;em&gt;Voix et Images&lt;/em&gt;, vol. 31, no&amp;nbsp;3, p. 47-58.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;DARDIGNA, Anne-Marie. 1980. &lt;em&gt;Les châteaux d’Éros ou les infortunes du sexe des femmes&lt;/em&gt;, Paris: François Maspero.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;GAGNON, John. [1991] 2008. &lt;em&gt;Les scripts de la sexualité: essais sur les origines culturelles du désir&lt;/em&gt;, traduit de l’anglais par Marie-Hélène Bourcier avec Alain Giami, Paris: Payot.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;________. 1999. «Les usages explicites et implicites de la perspective des scripts dans les recherches sur la sexualité», &lt;em&gt;Actes de la recherche en sciences sociales&lt;/em&gt;, vol. 128, juin, p. 73-79.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;GUILLAUMIN, Colette. 2002. «Race et nature: système des marques. 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Les Cahiers Anne Hébert, no&amp;nbsp;6, p. 69-80.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;________. 1997. «La dialectique nature/culture et le discours féminin de la transgression dans &lt;em&gt;Aurélien, Clara, Mademoiselle et le Lieutenant anglais &lt;/em&gt;d’Anne Hébert», &lt;em&gt;Francophonies d’Amérique&lt;/em&gt;, n 7, p. 209-221.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;HÉBERT, Anne. 1995. &lt;em&gt;Aurélien, Clara, Mademoiselle et le Lieutenant anglais&lt;/em&gt;, Paris: Seuil, coll. Points.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;LAGRANGE, Hugues. 1997. «Conditions du passage à l’acte», &lt;em&gt;L’entrée dans la sexualité: le comportement des jeunes dans le contexte du sida&lt;/em&gt;, Paris: La Découverte, p. 157-182.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;MAILLOCHON, Florence. 1999. «Entrée dans la sexualité, sociabilité et identité sexuée», dans Yannick Lemel et Bernard Roudet (coord.), &lt;em&gt;Filles et Garçons jusqu’à l’adolescence. Socialisations différentielles&lt;/em&gt;, Paris: L’Harmattan, coll. Débats Jeunesses, p. 269-301.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;ROUSSOS, Katherine. 2007. &lt;em&gt;Décoloniser l’imaginaire. Du réalisme magique chez Maryse Condé, Sylvie Germain et Marie NDiaye&lt;/em&gt;, Paris: L’Harmattan, coll. Bibliothèque du féminisme.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;TOLMAN, Deborah L. 1994. «Doing Desire. Adolescent Girls’ Struggles for/with Sexuality»,&lt;em&gt; Gender and Society&lt;/em&gt;, septembre, vol. 8, no&amp;nbsp;3, p. 324-342.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;TURCOTTE, Élise. 1997. &lt;em&gt;L’île de la Merci&lt;/em&gt;, Montréal: Leméac.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;WAELTI-WALTERS, Jennifer. 1982. &lt;em&gt;Fairy Tales and the Female Imagination&lt;/em&gt;, Montréal: Eden Press.&lt;/p&gt;

&lt;section  class=&quot;footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed&quot; data-collapsible-show-label=&quot;Notes&quot; data-collapsible-hide-label=&quot;Notes&quot;&gt;&lt;ul class=&quot;footnotes collapsible-content&quot;&gt;&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote1_fb0fly3&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref1_fb0fly3&quot;&gt;1.&lt;/a&gt; Anne-Marie Dardigna soulève cette perversion de la pensée, introduite par la domination du masculin sur les structures sociales, en parlant des «corps des femmes réduits à n’avoir pour seul langage que celui concédé par les hommes, voire imaginé par eux» (Dardigna, 1980: 171).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote2_789e10n&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref2_789e10n&quot;&gt;2.&lt;/a&gt; Les citations empruntées à cette œuvre seront désormais signalées par le sigle AC, suivi du folio.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote3_0876blo&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref3_0876blo&quot;&gt;3.&lt;/a&gt; Lucie Guillemette souligne la portée agentive du regard et son importance dans la constitution du sujet féminin: «[…] l’agentivité féminine consiste d’abord en une prise de conscience, au moyen du regard, des mécanismes d’oppression enfermant la femme dans l’idéologie dominante […]» (2005b: 71).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote4_ezl3qyu&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref4_ezl3qyu&quot;&gt;4.&lt;/a&gt; Le lieutenant apparaît ainsi plutôt atypique par rapport aux autres soldats croisés par Clara.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote5_nl2tn1z&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref5_nl2tn1z&quot;&gt;5.&lt;/a&gt; Puisque Mademoiselle exerce la profession d’institutrice, se positionnant de la sorte comme détentrice du savoir, qu’elle est la propriétaire de son domicile et de tous ses biens, il nous est possible d’avancer qu’elle occupe, selon la formule d’Isabelle Boisclair, le statut de sujet autonome: «Qu’elles soient vieilles filles, célibataires ou mariées, les femmes devenues sujets autonomes agissent pour elles-mêmes, gagnent leur vie elles-mêmes et habitent dans leur propre maison ou leur propre logement» (2000: 116).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote6_zorwlp2&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref6_zorwlp2&quot;&gt;6.&lt;/a&gt; Nous entendons ici la configuration prescrivant des comportements à adopter selon le sexe, modelés à partir de la pensée patriarcale, où le désir féminin est posé «en miroir du désir masculin» (Dardigna, 1980: 15).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote7_bpfbmb8&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref7_bpfbmb8&quot;&gt;7.&lt;/a&gt; «Tant de départs précipités déjà dans sa vie. Tant de petites filles adorées, aussitôt quittées, dans le sang de la première étreinte, alors que croît la crainte de passer en jugement pour cela, devant des juges à perruques de ficelle blanche» (AC: 87-88).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote8_omltcyl&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref8_omltcyl&quot;&gt;8.&lt;/a&gt;  Le Lieutenant, s’il a déjà abusé de jeunes filles, n’a ici rien d’un prédateur. Au contraire, il échoue à faire valoir les caractéristiques constitutives de l’identité virile: «Sous tous les rapports, le Lieutenant faillit aux codes de la virilité triomphante. […] Au-delà, c’est tout le système social de prescriptions de la masculinité normative qui est montré du doigt» (Boisclair, 2011: 83).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote9_sl88yyq&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref9_sl88yyq&quot;&gt;9.&lt;/a&gt; Cette structure instaure, selon Lucie Guillemette, une «généalogie féminine» dans le récit, qui favorise l’acquisition par Clara d’une subjectivité désirante (Guillemette, 1997, citant Irigaray, 1990: 19).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote10_bog24zn&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref10_bog24zn&quot;&gt;10.&lt;/a&gt; Cette section de l’analyse de &lt;em&gt;L’île de la Merci &lt;/em&gt;de Turcotte est partiellement tirée de mon mémoire de maîtrise en études françaises, «L’expression du désir féminin adolescent: étude des (re)configurations des normes sexuelles genrées dans quatre romans québécois contemporains». (Université de Sherbrooke, 2012).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote11_eeeguji&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref11_eeeguji&quot;&gt;11.&lt;/a&gt; Selon Anne-Marie Dardigna, le corps des femmes est le «lieu privilégié de l’attentat», le siège d’une lutte prenant la forme d’un processus d’«expropriation/appropriation» faisant du sujet féminin un objet, invariablement parasité par un regard étranger (1980: 255).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote12_8kfmyr7&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref12_8kfmyr7&quot;&gt;12.&lt;/a&gt; Viviane prend d’ailleurs la décision, dans le chapitre intitulé «L’épreuve», d’aménager un espace pour elle seule au grenier. L’investissement de ce nouveau lieu, comme métaphore de sa liberté (IM: 171), est cependant rapidement avorté: c’est là même qu’elle trouvera sa fille Lisa pendue à la fin du récit.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote13_1fijrgg&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref13_1fijrgg&quot;&gt;13.&lt;/a&gt; Elle cite à ce sujet Sharon Thompson: «&lt;em&gt;Thompson (1990) found that daughters of women who had talked with them about pleasure and desire told narratives about first intercourse that were informed by pleasure and agency&lt;/em&gt;» (Tolman, 1994: 339).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote14_f6yhj60&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref14_f6yhj60&quot;&gt;14.&lt;/a&gt; D’emblée, la situation de la maison familiale à proximité de la prison de Bordeaux renvoie symboliquement à un climat de violence.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote15_dtmhzqo&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref15_dtmhzqo&quot;&gt;15.&lt;/a&gt; Au cours de l’été, elle quitte entre autres la maison pour commencer à travailler dans un garage, lieu typiquement masculin.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote16_j1xhb4t&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref16_j1xhb4t&quot;&gt;16.&lt;/a&gt; Cette prise de conscience de son agentivité est d’ailleurs clairement énoncée par la narration: «Une sensation de pouvoir furtif et suspect passe à travers elle» (IM: 141).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote17_zkqpp11&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref17_zkqpp11&quot;&gt;17.&lt;/a&gt; En cela, Thomas est unique dans l’entourage de l’adolescente: «Il ne ressemble à personne. Ni à Martin, ni à son père. À personne» (IM: 162).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote18_878d2ul&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref18_878d2ul&quot;&gt;18.&lt;/a&gt; Dans une étude réalisée par Deborah L. Tolman (1994), des adolescentes hétérosexuelles rapportaient, d’une part, avoir eu des rapports sexuels sans en avoir éprouvé le désir et d’autre part, s’être obligées à «dire non» lorsqu’elles en ressentaient très fort l’envie, par peur d’être ensuite perçues comme des «putes» (&lt;em&gt;slut&lt;/em&gt;) (1994: 33).&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;/section&gt;&lt;/div&gt;
      &lt;/div&gt;
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      &lt;div class=&quot;field-label&quot;&gt;Teaser: &lt;/div&gt;
    &lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;Il sera donc question de mettre au jour la représentation du personnage féminin désirant dans le texte littéraire à la fin du siècle dernier: dans quelle mesure est-il soumis à des scénarios culturels (Gagnon, [1991] 2008) établis en correspondance avec une pensée patriarcale?&lt;/div&gt;
      &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
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 <pubDate>Tue, 03 May 2022 14:37:38 +0000</pubDate>
 <dc:creator>Alexia Giroux</dc:creator>
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 <title>Regards de femmes aînées sur la vieillesse: représentations sociales et rapports au temps</title>
 <link>https://oic.uqam.ca/fr/articles/regards-de-femmes-ainees-sur-la-vieillesse-representations-sociales-et-rapports-au-temps</link>
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot; property=&quot;content:encoded&quot;&gt;&lt;p&gt;Quelque quarante ans après avoir massivement investi le travail rémunéré au cours de leur vie, toute une génération de Québécoises atteint présentement l’âge de la retraite&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref1_n5g32ni&quot; title=&quot;Une version plus longue de cet article et présentant seulement les résultats préliminaires de l’étude, soit ceux basés sur la moitié de l’échantillon total retenu, a été publiée dans la revue électronique Enfances, Familles, Générations (n° 13, 2010).&quot; href=&quot;#footnote1_n5g32ni&quot;&gt;1&lt;/a&gt;. Fait sociohistorique nouveau, les trajectoires des septuagénaires d’aujourd’hui ont été, plus que celles des hommes, bouleversées par la «double transformation» du monde du travail et de la famille (Attias-Donfut, 2009: 189). On assiste ainsi à une pluralité de parcours et de transitions entre travail et retraite: sortie précoce, préretraite (Quéniart, 2006, 2007), maintien en emploi, réinsertion tardive ou postcarrière (Lesemann, 2007; Guillemard, 2007). Sur le plan des sciences sociales et de la gérontologie, un des effets de cette incursion des femmes dans l’univers du travail est la diversification des figures féminines du vieillissement, et notamment l’émergence des représentations autour de la «mamie» moderne, active, indépendante et engagée dans plusieurs sphères publiques, qui fait contrepoids au modèle de la femme aînée traditionnelle, centrée sur les pratiques de maternage et de soins (Langevin, 2002; Charpentier et Quéniart, 2009). À cela s’ajoute plus largement l’apparition de nouvelles conceptualisations gérontologiques à propos de la «vieillesse réussie» ou du «bien vieillir» (Rowe et Kahn, 1997; Gangbè et Ducharme, 2006). Toutefois, l’avancée en âge continue d’être marquée, dans le discours et les pratiques sociales, par la persistance de représentations négatives et de stéréotypes dégradants, notamment «l’indigence et la dépendance» (Feller, 2004) des personnes aînées. En effet, dans une société dominée par la productivité et la performance, cette «population grise» a la plupart du temps été perçue comme un groupe stagnant, immobile et timoré, caractéristiques antithétiques de toute organisation sociale moderne se voulant innovante et dynamique (Pitrou, 1997). Or, faisons-nous l’hypothèse, ces conceptions dominantes semblent être en décalage avec les expériences contemporaines des femmes à l’âge de la vieillesse.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Pour pallier cette lacune, une littérature émergente fait un pas de côté face aux approches traditionnelles et met l’accent sur «la perception qu’ont les personnes âgées de leur propre vie» (Gangbè et Ducharme, 2006: 298). Car, faut-il l’avouer, nous connaissons peu la réalité des aînés, et encore moins celle des femmes vieillissantes. C’est à partir de ce constat que nous nous sommes intéressées aux femmes âgées et à leurs représentations sociales de la vieillesse. En continuité avec les travaux précédents de Charpentier et Quéniart (2007, 2009, 2010), cet article émane d’une recherche sur le rôle des femmes aînées dans la transmission intergénérationnelle, et ce, tant au sein de la sphère privée que de la sphère publique&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref2_gx4o6nz&quot; title=&quot;Le projet de recherche (CRSH 2008-2011) s’intitulait «Les femmes aînées dans l’espace public et privé: quels héritages, legs, transmission?», sous la direction de Michèle Charpentier et Anne Quéniart.&quot; href=&quot;#footnote2_gx4o6nz&quot;&gt;2&lt;/a&gt;. De fait, même si l’objectif premier de cette étude ne concerne pas les représentations sociales du vieillissement, ces questions se sont imposées dans les récits des femmes âgées; c’est pourquoi nous nous proposons ici de défricher, à titre exploratoire, ces thèmes. Après avoir brièvement décrit le contexte sociohistorique et l’approche théorique dans lesquels s’inscrivent nos travaux, nous nous intéresserons essentiellement aux représentations sociales qu’entretiennent les femmes aînées à propos de la vieillesse. Plus spécifiquement, nous nous attarderons sur les évocations des expressions «femmes âgées» et «femmes aînées» dans un premier temps, et dans un deuxième temps, sur les façons dont elles négocient le processus du vieillir dans une société où la jeunesse est signe de vitalité et de performance. Dans un troisième temps, l’accent sera mis sur les représentations de leur rapport au temps à l’âge de la retraite. Nous conclurons enfin cet article sur une réflexion plus holistique et soulèverons quelques enjeux relatifs à la gestion et à l’utilisation du temps aux troisième et quatrième âges.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. Considérations théoriques&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’allongement de l’espérance de vie, la diminution du nombre d’enfants par famille, les progrès dans le domaine biomédical ainsi que l’amélioration des conditions de vie depuis le dernier siècle sont quelques-uns des changements qui ont eu des impacts considérables non seulement sur les modalités de vieillissement des populations, mais aussi sur «les vécus» de la vieillesse. Il y a cinquante ans, la retraite définissait une frontière autour de 60-65 ans qui désignait les personnes âgées ou du troisième âge; aujourd’hui, la vieillesse se décuple en des «vieillesses» multiples, amenant ainsi l’étude de «nouveaux âges» dans le continuum du vieillir (Lalive d’Épinay, 2008). En d’autres termes, les repères marquant la vieillesse traditionnelle s’étiolent, les trajectoires se pluralisent en fonction des âges et des générations et façonnent les diverses étapes de la vie, ou encore les «temps de vie», pour emprunter l’expression de Houde (1999). Par ailleurs, sur le plan des dynamiques familiales, avec la transformation des institutions et des cadres de socialisation et les changements démographiques subséquents, nous observons un élargissement de la parentèle et une solidarité intergénérationnelle qui tend à s’accroître (Loriaux, 1995). Toutefois, les relations filiales au sein des réseaux familiaux ont, quant à elles, changé de modes: anciennement basées sur le sentiment d’appartenance à la fratrie ou à une descendance, elles apparaissent aujourd’hui plus «négociables et sélectives» (Tassé, 2002: 205). Plus encore, comme l’évoque Gaudet (2009: 128), «le poids des traditions n’est plus suffisant pour tisser des liens. La famille devient de plus en plus affective, voire plus forte, car les liens électifs sont plus riches, mais paradoxalement plus fragiles à la fois, car la force de la tradition ne résiste pas à certains conflits».&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En toile de fond de ces considérations théoriques, les rapports sociaux de sexe, transversaux à toutes les sphères du social, déterminent aussi l’expérience du vieillissement. Notre recherche s’inscrit ainsi dans les tentatives récentes de rapprochements théoriques et pratiques entre les études féministes et la gérontologie. Nous estimons en ce sens que les facteurs structuraux de notre société patriarcale marquent encore les discours, les institutions et les pratiques sociales, entraînant des conséquences réelles pour les femmes, particulièrement au grand âge, et ce, sur le plan des conditions socioéconomiques, de la santé, etc. Dans le cadre de notre étude, l’approche féministe s’avère d’autant plus pertinente qu’elle reconnaît la spécificité du vécu des femmes, à savoir leurs trajectoires individuelles et collectives, lesquelles sont analysées à l’aune du continuum d’inégalités systémiques qui marquent la vie des femmes et leur avancement en âge. Enfin, notre posture féministe nous permet de considérer tant leur agentivité que les impacts des rapports de sexe sur leur vieillissement.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. Précisions méthodologiques&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Utilisant une méthodologie qualitative et privilégiant le point de vue des principales concernées, notre cueillette de données se fait par le biais d’entrevues semi-structurées, menées auprès d’une trentaine de femmes âgées de 65 ans et plus&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref3_7n0mm7b&quot; title=&quot;Précisons que le recrutement a été effectué par des sources multiples, en fonction des différents milieux de vie des aînées: associations d’aînés et groupes de femmes, résidences pour personnes âgées, paroisses et journaux de quartier, milieux de travail typiquement féminins, etc. Outre les informations visant à brosser un portrait sociodémographique de notre échantillon, l’entrevue aborde des thèmes qui s’articulent autour de deux dimensions. La première s’intéresse aux représentations des femmes aînées et des grands-mères: perceptions et images des femmes aînées, places et rôles dans la société; la deuxième vise à explorer la dynamique de la transmission intergénérationnelle: nature, type, valeurs et savoirs transmis, modes de transmission (directe/indirecte, imitation/incitation/imposition, etc.), sens de la transmission (vision du monde, mémoire, éducation), facteurs incitatifs et contraignants, etc.&quot; href=&quot;#footnote3_7n0mm7b&quot;&gt;3&lt;/a&gt;. Toutes les entrevues jusqu’ici réalisées ont été retranscrites et codées afin de générer des thèmes (anticipés et émergents) et d’en dégager le sens, en accord avec l’analyse par théorisation ancrée, qui vise l’élaboration d’une théorie enracinée dans la réalité empirique des faits sociaux peu étudiés (Laperrière, 1998; Paillé, 1994). Nous avons par la suite regroupé ces thèmes sous des catégories conceptuelles et mis celles-ci en relations pour ensuite élaborer des hypothèses interprétatives et les confronter avec les théories explicatives globales. Enfin, nous avons réalisé une analyse transversale du matériau afin d’établir l’existence ou l’absence de récurrences dans les contenus des discours. L’échantillon d’aînées sur lequel se base cette analyse exploratoire se compose de 25 femmes issues de trois cohortes d’âges: neuf répondantes sont âgées entre 65 et 74 ans (catégorie 1), dix ont entre 75 et 84 ans (catégorie 2) et finalement, six femmes sont âgées de 85 ans et plus (catégorie 3). Sur le plan socioéconomique, huit femmes disposent de revenus modestes à faibles, quatorze se situent dans la classe moyenne et trois vivent au sein de milieux sociaux plus nantis. La majorité des femmes sont soit mariées (9), soit veuves (9), les autres sont célibataires (3) et divorcées ou séparées (4). Hormis les trois femmes célibataires, les 22 autres ont des enfants adultes et 20 ont des petits-enfants d’âges variés. Sur le plan des trajectoires et de la formation scolaire, huit des neuf femmes de la première génération (65-74 ans) détiennent un diplôme postsecondaire et la neuvième a bénéficié de formation au sein de son entreprise, lui permettant ainsi d’accéder à un poste de professionnelle. Toutes ont donc occupé un emploi rémunéré en ayant une famille —elles sont mariées, veuves, et trois sont divorcées— et s’inscrivent dans les classes sociales moyennes à élevées. Enfin, elles se disent socialement engagées, en s’impliquant au sein de leur communauté ou en poursuivant leur activité professionnelle sous forme de bénévolat. Finalement, les femmes appartenant aux catégories 2 (75-84 ans) et 3 (85 ans et plus)&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref4_hfj1c39&quot; title=&quot;Compte tenu du nombre limité d’entrevues réalisées, aucune différence significative ne distingue les trajectoires des répondantes appartenant de l’un ou l’autre des groupes d’âge.&quot; href=&quot;#footnote4_hfj1c39&quot;&gt;4&lt;/a&gt; possèdent une trajectoire similaire: elles sont mariées ou veuves et ont, pour la plupart, occupé un travail traditionnellement féminin (secrétaire, technicienne, aide familiale et ouvrière en usine) avant de se marier. Ainsi, comme le dictait les normes sociales de l’époque, elles ont été femmes au foyer et se sont consacrées à leur famille et à leurs proches. Seules trois femmes de 75 ans et plus sont restées célibataires, sans descendance; pour gagner leur vie, deux ont œuvré comme aide familiale et la troisième, comme infirmière.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3. Représentations du vieillir des femmes âgées&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans un premier temps, l’analyse des représentations sociales&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref5_zxscrz6&quot; title=&quot;Rappelons succinctement que les représentations sociales sont des «univers d’opinions» et des «connaissances de sens commun» qui servent de régulateur des lieux communs (Maisonneuve, 1973: 213). Elles permettent de donner un sens à ses propres pensées, comportements et pratiques, comme à celles des autres et, ce faisant, de se situer en tant qu’individu au sein d’un ensemble social organisé (Jodelet, 1989).&quot; href=&quot;#footnote5_zxscrz6&quot;&gt;5&lt;/a&gt; de la vieillesse des répondantes nous a permis de dégager leur vision d’elles-mêmes en tant que femme vieillissante. Un des premiers constats, toutes catégories d’âges et de statuts sociaux confondus, est la réfutation ou la mise à distance du terme «femme aînée». Pour plusieurs répondantes, l’expression est synonyme de femme isolée, passive et inactive. En cela, elle renvoie à des représentations négatives: femme malade, femme à mobilité réduite, femme habitant en centre d’hébergement, etc.:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Quelqu’un assis derrière une fenêtre, puis attendre, c’est comme une prison [les centres d’hébergement]. Ils vont faire du bingo, ils font un petit peu de ceci, de cela. (Laure, 65 ans.)&lt;br&gt; &lt;br&gt;Ils sont assis sur une chaise [les aînés], puis [ils] attendent, […] pour moi, c’est ça, une vraie aînée, qui ne peut pas avancer rien. (Jeanine, 70 ans.)&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;[Une femme aînée], c’est quelqu’un avec de l’ostéoporose. (Barbara, 67 ans.)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Même âgée de 91 ans, Josette hésite aussi à s’identifier à une «vieille madame» puisqu’elle n’est pas malade (elle se déplace pourtant à l’aide d’une marchette). Une scission se crée ainsi dans l’esprit de plusieurs répondantes entre les femmes âgées, relativement autonomes, et les femmes aînées, ou «malades». Nous constatons que les conceptions traditionnelles de la vieillesse, qui l’amalgament d’emblée à la perte de capacités physiques et cognitives, à la fragilité et à la dépendance, sinon à la maladie, entrent en contradiction avec les récits expérientiels du vieillir. C’est notamment ce que Grenier (2009) met en relief lorsqu’elle montre comment les femmes âgées bénéficiant de services de santé publics réfutent la notion de «fragilité» basée uniquement sur des indicateurs biomédicaux et cliniques, qui en élude les dimensions cognitive et émotionnelle. Par ailleurs, d’autres répondantes mentionnent ne pas «se sentir» comme une femme aînée; elles n’ont «pas le temps de vieillir» ni «d’avoir des bobos et de s’ennuyer». Pour elles, la vieillesse est associée au ralentissement, à une inactivité tant sociale que physique et psychologique; or, elles n’ont pas le sentiment «d’être vieilles»:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;C’est drôle, mais on se sent pas aînée tant que ça, on vit notre vie, je te dis mon âge, puis je me sens pas cet âge-là. (Denise, 85 ans.)&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Je ne me vois pas, moi, comme [une] personne âgée. De cœur, non, je ne me sens pas là-dedans. (Bernadette, 76 ans.)&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Je ne me considère pas encore comme une femme aînée... (Aline, 77 ans.)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En outre, si la plupart refusent de s’identifier à l’expression «femmes aînées» et ne se perçoivent pas de la sorte, c’est souvent parce que «femmes aînées» renvoie à l’image d’une «vieille femme» cloîtrée et placée en marge de la société. Certaines déplorent à ce propos que la vieillesse soit appréhendée comme un fardeau social, et les personnes âgées comme «des poids morts» pour la société. D’autres critiquent l’exclusion sociale que vivent les personnes âgées, et cette exclusion est imputée à la non-reconnaissance de leurs apports à la société, voire à l’occultation de leur bagage expérientiel. Cette mise à distance du terme «femme aînée» peut être aussi appréhendée comme une résistance à considérer la vieillesse comme un processus structurant toutes les dimensions de leur vie: leur identité de femme, leur place et rôle dans l’organisation sociale, position trop souvent d’à-côté, limitrophe et périphérique à l’action et à l’agir citoyens. Elles s’excluent donc sciemment de la catégorie homogénéisée «femmes âgées» en raison des représentations sociales dominantes et péjoratives attribuées aux personnes âgées, et aux femmes plus particulièrement (Perrig-Chiello, 2001).&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;&lt;strong&gt;3.1 Bien vieillir pour subvertir la vieillesse&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Pour échapper à ce «ressenti» de la vieillesse et aux images stéréotypées sous-jacentes, il faut rester actives, affirment les répondantes, maintenir une vivacité d’esprit et faire preuve de disponibilité. Quelques témoignages mettent l’accent sur l’importance de préserver une acuité intellectuelle et une posture d’ouverture sur le monde, attitude permettant d’échapper au recroquevillement sur soi-même et à la taciturnité, autre représentation négative associée à la vieillesse. Plus largement, plusieurs ont mentionné vouloir rester «vivantes», maintenir leurs réseaux sociaux et préserver une curiosité citoyenne. Elles souhaitent poursuivre des projets variés, entretenir des passions et continuer leurs activités (professionnelles, d’engagement social, familiales, etc.). Les divers témoignages ci-après illustrent ces notions:&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Quand l’esprit se referme sur lui-même, c’est là qu’on devient toute ratatinée. […] Ce que j’aime bien chez certaines femmes, c’est celles qui demeurent actives, physiquement, intellectuellement, et qui ne sont pas juste centrées sur elles-mêmes. Pour moi, c’est important de rester ouvert aux autres personnes et à ce qui se passe dans le monde. (Claire, 72 ans.)&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Quand on reste replié sur soi, là on vieillit. (Adèle, 73 ans.)&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Je suis passionnée par ce que je fais, je sais que c’est utile, puis ça me passionne, alors j’en vois des femmes autour de moi qui ont mon âge et qui continuent de faire des choses intéressantes. (Odette, 73 ans.)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Pour certaines septuagénaires, bien vieillir indique non seulement une vie active, mais comporte aussi un caractère esthétique. «Moi, je ne vieillis pas. […] Moi, je veux faire une belle vieille!», s’exclame Bernadette (76 ans) pour signifier que le temps ne semble pas avoir d’emprise sur elle. Veiller à son apparence physique, maintenir une bonne condition physique ainsi qu’une vie sociale sont des dimensions importantes mises de l’avant par les répondantes:&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Des femmes de mon âge […] qui aiment encore se pomponner, aller à la coiffeuse, se faire faire les ongles, aller magasiner, sortir, prendre un verre de vin en mangeant… (Jeanine, 70 ans.)&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;J’aime bien les femmes qui font des exercices, et toutes sortes d’affaires pour se garder en forme. (Lise, 93 ans.)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le «prendre soin de soi au féminin» apparaît ainsi associé non seulement aux normes sociales sexuées, mais aussi aux capacités de mobilité, de vitalité et de plaisir qui caractérisent typiquement la jeunesse. En revanche, plus les répondantes avancent en âge, plus l’accent est mis sur l’importance d’être en santé. De fait, nous observons que pour les répondantes âgées de 80 ans et plus, la santé, la forme physique et l’autonomie deviennent centrales dans leur définition de soi comme femme vieillissante. Par exemple, Josette, 91 ans, affirme qu’en dépit d’une fracture de la hanche, nécessitant des soins quotidiens, elle est «toujours debout», signifiant que malgré une mobilité amoindrie au cours des années, son autonomie demeure un facteur nodal dans sa représentation d’elle-même. En résumé, les répondantes concentrent leurs représentations du vieillir autour des valeurs positives d’autonomie, d’indépendance et de maintien de la santé physique et intellectuelle, état permettant de préserver une vitalité d’esprit. Ces caractéristiques associées à leur processus du vieillir leur permettent non seulement de résister aux représentations négatives considérant la vieillesse comme un problème social, mais surtout de «rester dans la vie», dans le continuum de leur existence et des projets anticipés, et non en rupture ou en marge du temps et des réalités contemporaines.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;&lt;strong&gt;3.2 Représentations du vieillir: accepter le passage du temps&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les répondantes ayant évoqué le vieillissement de façon plus spécifique en parlent comme d’une phase, d’une étape inévitable à laquelle il faut s’ajuster et, surtout, que l’on doit «accepter», comme y fait allusion Loraine, 77 ans: «[Il faut] accepter notre vieillesse… Accepter que notre corps change, accepter les bobos, les inconvénients, il faut accepter qu’on est rendues là.» Pour Loraine, comme pour d’autres qui ont abordé ce thème, il s’agit non seulement d’intégrer sur le plan psychologique l’avancement en âge, mais aussi les changements physiques et l’apparition des marqueurs corporels. Les transformations du corps sollicitent en l’occurrence directement les représentations qu’on a de soi-même et, en cela, «accepter la vieillesse», c’est rechercher une «congruence entre l’image de soi et l’image corporelle, [car] ce n’est pas le corps qui doit s’adapter à l’image de soi, mais l’image de soi qu’il faut accepter de voir transformée» (Vanneinwenhove, 2009: 77). Image de soi et identité doivent ainsi être mises en consonance de manière à intégrer l’idée du temps qui passe et, avec lui, l’inéluctable «limite de l’existence» (Charton, 2005: 54): «Quand tu l’acceptes [la vieillesse], tu vis bien. Tu profites plus de tous les moments parce qu’on sait, a beau dire, [mais] on ne va pas durer tout le temps. On est chanceuses» (Denise, 85 ans). Le rapport serein au temps futur invoqué par plusieurs répondantes apparaît aussi lié au fait de percevoir son existence comme étant encore significative, autrement dit au sentiment que le chemin devant soi n’est pas futile mais qu’il s’inscrit, au contraire, dans une continuité cohérente avec la trajectoire jusqu’ici parcourue (Houde, 2003). Le prolongement de l’engagement collectif semble aussi permettre ce continuum qui donne un sens au présent: «Ce n’est pas le chèque qui est important», mentionne Odette (73 ans) en parlant du travail qu’elle effectue à temps très partiel, «je sens que je suis encore bien vivante et active et, pour moi, c’est ça qui est important». Enfin, se sentir aimée et être en santé restent aussi essentiels pour appréhender avec quiétude les années de la vieillesse:&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Je me vois encore avec un bel avenir […] parce que je suis relativement en bonne santé. […] J’ai laissé ma maison, je reste chez mon garçon, et puis je suis bien heureuse-là, je me sens aimée, c’est de même que je pense que je vais finir ma vie. (Bernadette, 76 ans.)&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La façon de concevoir cette dernière phase du vieillir, qu’Erickson&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref6_jddp276&quot; title=&quot;Dans sa modélisation du développement humain, Erickson propose huit étapes. Voir Aumond, 1987.&quot; href=&quot;#footnote6_jddp276&quot;&gt;6&lt;/a&gt; nomme l’intégrité personnelle, comme une période réflexive où l’individu peut soit éprouver un sentiment d’accomplissement lié au fait d’avoir eu «une vie bien remplie» ou, au contraire, être envahi par un sentiment de désespoir (Houde, 2003: 99), apparaît également tributaire de l’état de santé physique, cognitif, relationnel et socioémotif des personnes âgées. Par conséquent, l’âge des répondantes et leurs conditions de vie influencent forcément leur rapport à la vieillesse et au «bien vieillir». Contrairement à Bernadette, qui est entourée de sa famille et qui n’a pas de problème de mobilité, Lise, une veuve de 93 ans vivant dans une résidence pour personnes âgées, mentionne qu’elle ne souhaite pas vivre jusqu’à 100 ans en raison de sa condition physique altérée par son grand âge. Elle semble toutefois satisfaite de ce qu’elle a accompli dans sa vie: «Je suis heureuse malgré tout. J’ai fait ma vie, je suis rendue à 93 ans, mais j’ai fait une belle vie avec mes enfants puis tout ça. Donc, qu’est-ce que tu veux de plus? Mon temps est échu, mon temps est fini ni plus ni moins.» À cette étape-ci de sa vie, Lise fait le point sur le temps passé et sur les expériences qui l’ont accompagnée. Si la vieillesse apparaît être un moment propice pour effectuer un bilan personnel et mener une réflexion sur son existence (Aumond, 1987), le regard résigné que Lise pose sur le temps à venir est imprégné d’un sentiment de finitude, du sentiment d’un temps de vie qui se prolonge, mais qu’elle estime néanmoins achevé.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;À travers ces quelques témoignages, nous avons eu l’occasion de voir qu’il existe diverses façons «d’habiter ce temps de la vieillesse» (Houde, 2003: 95). Au-delà de l’âge, le rapport à la santé, physique et mentale, façonne l’expérience de la vieillesse et le rapport au temps présent et futur. Pour celles qui n’ont pas atteint le «quatrième âge», accepter le passage du temps inclut à la fois des dimensions identitaires et relationnelles, c’est-à-dire que cela implique de s’approprier une image de soi vieillissante et d’inscrire ce temps du vieillir dans une vision du monde qui continue de donner un sens à la vie. Pour les plus âgées, le rapport au temps à cette période de la grande vieillesse semble s’opérer à travers «la séquence et les ruptures des âges» (Charton, 2005: 54). De fait, les diverses étapes du vieillir et les changements expérientiels associés au vieillissement, qu’ils soient d’ordre physique, matériel, psychologique ou autre, rendent manifestes la fin d’un parcours de vie où le temps devant soi apparaît désormais réduit. Toutefois, pour développer ce sentiment de sagesse à la mesure du temps passé et à venir, il apparaît nécessaire de prendre du recul par rapport aux représentations sociales péjoratives de la vieillesse ou encore avec certaines pratiques discursives et médiatiques infantilisantes. En cela, bien vieillir ou simplement vieillir n’est pas un état statique, mais une évolution dynamique mettant en jeu une série de facteurs d’ordre sociohistorique, culturel, symbolique et identitaire. Les représentations de la vieillesse se transforment donc constamment, sous l’influence conjointe des normes, des valeurs et des pratiques sociétales ainsi que des perceptions des individus —ici les femmes— menant à la formation d’identités composites du vieillir. Mais quelle que soit la recomposition identitaire que les femmes effectuent, une chose est certaine: l’entrée dans la vieillesse n’est pas, pour nos répondantes, une «mort sociale» pour reprendre l’expression utilisée par Guillemard (2002) à propos des représentations de la retraite. Au contraire, pour plusieurs, l’entrée dans la vieillesse crée un nouvel espace-temps, une interface salutaire s’immisçant entre le mitan de la vie et le grand âge. C’est sur cette période de la «maturescence» et ce nouveau rapport au temps invoqué par Houde (2003: 96) que nous nous attarderons dans la dernière section et en conclusion de cet article.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4. Le temps de la vieillesse: entre le temps pour soi et le temps aux autres&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Vieillir sollicite d’autres dimensions de la vie que celles reliées aux représentations sociales de la vieillesse et à son identité de femmes âgées; la vieillesse ouvre une nouvelle fenêtre sur la temporalité; le rapport au temps se modifie à l’aune des trajectoires, elles-mêmes en changement à l’âge de la retraite. En effet, ralentir ou prendre congé du travail salarié permet d’oblitérer les rôles sociaux jusqu’ici endossés au sein des sphères privée et publique; l’individu s’engage dans une «transition biographique» importante où l’accent est mis sur la reconsidération des priorités personnelles et l’établissement de nouveaux projets de vie (Pennec, 2004: 99). Plus de la moitié des répondantes qui viennent de prendre leur retraite ou qui se remémorent cette période, ont mentionné ce temps de répit qui s’aménage à la suite d’un parcours au cours duquel le travail domestique, l’éducation et les soins aux enfants et aux proches avaient accaparé la majorité, sinon la totalité (pour deux d’entre elles) de leur temps. C’est souvent le départ des enfants de la maison qui laisse &lt;em&gt;a posteriori&lt;/em&gt; l’occasion de s’occuper de soi-même, de penser à soi et de se divertir avec de «petits plaisirs». Certaines évoquent en ce sens la réalisation de voyages, l’accomplissement de rêves inassouvis ou encore leurs désirs d’investir dans de nouvelles passions:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Je peux faire des rêves, puis accomplir ce que je veux. […] Je fais des voyages, je n’en refuse aucun. Je n’en ai pas fait beaucoup dans le temps que j’élevais ma famille. (Pierrette, 73 ans)&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Je prends des cours d’aquarelle […] Il y a ce côté expression, cette sensibilité et expression de la beauté que je souhaite développer. (Odette, 73 ans)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La notion de voyage apparaît corollaire d’un désir de liberté, d’extériorité et de réalisation personnelle. De plus, le fait de vouloir se divertir est ici révélateur d’un nouveau regard sur soi et sur ses intérêts personnels dans le cadre d’une temporalité qui échappe dorénavant aux impératifs du devoir maternel ou familial. Les urgences quotidiennes propres au mitan de la vie se font évanescentes; on vit davantage dans l’«ici et maintenant» en optimisant le temps présent (Houde, 2003). Ce cycle de vie où le temps devient de plus en plus poreux, de moins en moins structuré par les obligations de la vie adulte, correspond, dans tous les récits, à la période de la retraite ou de la préretraite, que ce soit celle des femmes elles-mêmes (si elles ont eu un travail rémunéré) ou celle du conjoint (si elles sont restées au foyer). Ainsi, pour ces répondantes, qui sont mariées et qui disposent des conditions matérielles nécessaires à l’édification de tels projets, la mise au rancart des responsabilités familiales et le retrait du marché du travail permettent de «faire une belle vie», comme disait l’une d’entre elles. Cette «[mise] à distance de l’organisation antérieure des temps» (Pennec, 2004: 10) offre au surplus l’opportunité d’investir de nouveaux champs d’activité, par exemple les arts ou les études, jadis mises de côté. Enfin, dans tous ces récits, c’est la retraite qui semble être l’«acte repère» ou l’«acte inaugural» à partir duquel naît ce désir d’exploration d’un nouvel horizon de vie (Charton, 2005: 71). En effet, si le troisième âge et, de façon corolaire, la retraite, «paraissent] ouvrir sur un âge de liberté» (Lalive d’Épinay, 1995: 339), cette redéfinition du rapport aux temps demeure largement conditionnée par les positions sociales des répondantes. Issues de milieux socioéconomiques variant de moyens à plus nantis, mariées ou veuves, ces femmes en tête de la génération pivot décrite par Attias-Donfut (2000), âgées entre 65 et 75 ans, ont eu la possibilité de faire des études postsecondaires et de mener une vie professionnelle. Ayant profité des changements sociaux en matière de travail, de famille et d’éducation, plusieurs ont refusé de se cantonner dans les pratiques exclusives de maternage et du prendre soin; leurs parcours de vie sont donc marqués par plus d’individualisation et de mobilité sociale (Attias-Donfut 2009). Par conséquent, elles disposent aujourd’hui de meilleures conditions socioéconomiques que les femmes des générations antérieures et aménagent leur retraite dans une perspective de redéfinition d’espaces personnels, conjugaux et familiaux. Le temps consacré aux petits-enfants et à la famille demeure toujours présent, mais il ne mobilise pas «tout» leur temps; un esprit d’autonomie et d’indépendance marque la culture familiale de ces femmes.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En revanche, pour une majorité de répondantes des catégories 2 et 3, soit celles âgées de 75 ans et plus, les moments consacrés aux proches apparaissent monopoliser une grande part de leurs activités et instants de loisir, sinon la presque totalité de leur temps. Se distanciant donc des plus jeunes répondantes réclamant du temps à soi, des activités et des loisirs personnels, leurs discours et leurs temps libres restent focalisés sur les engagements aux proches et les responsabilités familiales. Leurs témoignages semblent ainsi refléter une «culture de mutualité» où la réciprocité dans l’échange des ressources, des soins, des services entre les générations s’effectue de façon continue (Brannen, 2006), ou selon Attias-Donfut (2009), de manière directe. Autrement dit, l’accent est mis sur la réciprocité bilatérale de l’entraide familiale et sur le soutien mutuel entre les membres de la parenté, lequel est considéré comme fondamental, voire appréhendé comme une pratique normative:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;S’il arrive de quoi, tu n’as pas besoin de chercher 56 voisins, t’appelles ta sœur, t’appelles, c’est comme ça. (Jeanine, 70 ans)&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Je trouve qu’ils ont besoin de moi autant que moi [d’eux]. Si ma fille se chicane avec son mari, elle s’en va voir maman. Mes petits-enfants, c’est pareil. [...] À chaque soir, je m’en vais les embrasser et puis je m’en reviens à la maison. (Pauline, 65 ans)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Pour ces répondantes, issues des milieux socioéconomiques modestes et moyens, c’est l’institution familiale qui «soutient le temps», tant présent que futur (Roussel, 1989, cité dans Charton, 2005: 66). C’est dans cette perspective de solidarité intergénérationnelle que les temps sociaux de plusieurs des femmes interrogées restent quasi-exclusivement occupés par les pratiques de «grand-parentage» (Attias-Donfut et Segalen, 2002) ainsi que par «le travail du proche» (Pennec, 2009).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En somme, entre temps pour soi et temps pour les autres, le rapport au temps des répondantes se scinde en deux logiques différentes: selon leur âge et leur génération d’appartenance. Les femmes de la première cohorte de la génération des baby-boomers ont investi leurs parcours et se permettent dorénavant plus de projets autonomes et personnels. Partagé entre rôle traditionnel et rôles nouveaux au sein du privé, leur rapport au temps, notamment au moment de la retraite, est davantage vécu «comme un projet de maîtrise de l’existence» (Charon, 2005: 66). Le temps consacré à autrui est par conséquent arbitré dans une pluralité de temps sociaux à orchestrer —temps personnel, conjugal, familial et intergénérationnel. Pour les répondantes âgées de 75 et plus, la division sexuelle de l’espace et du travail, le rôle d’aidante et de soignante, les tâches de l’intérieur ainsi que le travail du proche (Pennec, 2009) caractérisent leur existence; plus encore, ces rôles participent à la définition de soi en tant que femme âgée. À la vieillesse et au grand âge, leur parcours et rapport au temps se placent sous une «logique de continuité et de tradition», dans le sillage des normes et des rôles familiaux bien circonscrits (Charton, 2005: 72). Le soutien à la famille et le travail sororal demeurent ainsi une valeur nodale canalisant la majorité de leur temps; leur trajectoire est sous-jacente au fonctionnement des organisations sociales traditionnelles.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En filigrane de ces deux cas de figure, nous observons néanmoins que la trame temporelle du vieillir, que ce soit au troisième ou au quatrième âge, demeure inévitablement médiatisée par le souci d’autrui. En effet, même si ce temps consacré aux autres se vit et s’articule différemment, l’engagement de proximité, tel que défini par Pennec (2002)&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref7_xjusyt6&quot; title=&quot;L’engagement de proximité fait référence «aux engagements pratiqués au quotidien. La sphère retenue est celle de la proximité au sens du réseau des personnes considérées comme faisant partie des proches et au sens de la distance spatiale. Cette proximité conjugue ainsi le privé et le public, au sein de plusieurs collectifs d’appartenance entre famille, voisinage, amis, associations, etc.» (Pennec, 2002: 97).&quot; href=&quot;#footnote7_xjusyt6&quot;&gt;7&lt;/a&gt;, continue d’occuper une place considérable dans la vie des femmes âgées. Nous convenons donc avec Pennec que «[même] si les femmes de cette génération [pivot] manifestent cette volonté d’exister hors de la sphère familiale, les services d’entraide intergénérationnelle continuent d’exercer sur elles une force de rappel vers les fonctions domestiques et de soin» (Pennec, 2009: 149). Cet état de fait n’est pas surprenant, puisque le domaine du privé, de la famille et du travail émotif demeure encore l’apanage des femmes; les pressions sociales et familiales, et même politiques, restent fortes pour qu’elles continuent à offrir tant de temps à autrui.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;5. Conclusion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’étude des récits montre non seulement comment la temporalité intervient dans les représentations sociales des femmes aînées, mais aussi de quelle façon cette séquence du vieillir est mise en œuvre et actualisée aux troisième et quatrième âges. Au regard d’une vieillesse de plus en plus polymorphe, les représentations de la vieillesse vacillent toutefois entre deux pôles, à savoir l’image de l’aîné fringant et actif et celle du «vieux» ou de la «vieille» vivant en marge et dépendant (Caradec, 2004); ce sont ces dernières évocations qui apparaissent prégnantes dans l’imaginaire des femmes aînées. Rappelons que ces préconceptions sur la vieillesse fournissent une vision partielle et grossière de la situation et des réalités des personnes aînées, ce qui est d’ailleurs le propre de la stéréotypie. Les récits montrent comment les femmes âgées récusent en bloc ces préjugés homogénéisants à propos de la vieillesse, laquelle, au contraire, se vit et «s’inscrit dans des rythmes multiples» (Houde, 2003: 96), créant par le fait même une atomisation des temps sociaux pour certaines d’entre elles.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Aujourd’hui plus que jamais, de nouvelles temporalités se sont immiscées dans la vie des femmes. Après le retrait du travail salarié et le départ des enfants du foyer, le rapport au temps s’arbitre entre le temps pour soi et le temps pour autrui; temps disponible que l’on choisit de se réapproprier, d’investir ou de donner. Et ce sont les différentes configurations des relations familiales, reflétant tantôt des pratiques de réciprocité directe et indirecte, tantôt des schèmes d’entraide discontinus, qui influencent cette partition des temps sociaux. Considérant cette «nouvelle culture du vieillissement», ce sont les femmes, plus que les hommes, qui restent les premières interpellées et invitées à investir le temps laissé vacant au moment de leur retraite (Attias-Donfut, 2009: 190). Si celles qui bénéficient des conditions matérielles nécessaires réinvestissent ces espaces dans une logique d’individualité et de loisirs, les femmes demeurent néanmoins «les chevilles ouvrières» (Pitrou, 1997: 149), les gardiennes de la parentèle et des liens filiaux. Qui plus est, avec l’allongement de l’espérance de vie et, par conséquent, l’émergence de rapports multigénérationnels et de plus longue durée, les femmes âgées risquent de poursuivre leur engagement de proximité pendant longtemps; autrement dit, elles risquent de donner beaucoup plus de temps qu’elles n’en recevront (Bengston et Martin, 2001).&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ainsi, le temps consacré à autrui continue d’informer non seulement les trajectoires personnelles et professionnelles des femmes, mais aussi leur appréhension et conjugaison des espaces-temps de la vieillesse. Dans les années à venir, n’est-il pas à craindre, avec l’effritement des ressources publiques dans une société vieillissante, que le temps disponible devienne, lui aussi, de plus en plus accaparé par ce rôle «d’aidante naturelle», position que les femmes ont d’ailleurs toujours occupée au sein des réseaux familiaux? De surcroît, puisque le vieillissement de la population et la longévité se conjuguent au féminin, mettant ainsi en scène plusieurs générations de femmes, leurs fonctions de pivots seront accrues pour plus de temps et auprès de plus de personnes (Pennec, 2009). En l’occurrence, si nous estimons que le «souci du proche est politique» (Pennec, 2009: 158), le rapport au temps des femmes âgées nous apparaît, lui aussi, éminemment lié dans ces mêmes enjeux.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Références&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;ATTIAS-DONFUT, Claudine. 2009. «Les grands-mères au centre des solidarités familiales», dans Michèle Charpentier et Anne Quéniart (dir.), &lt;em&gt;Vieilles et après! 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Quéniart (dir.), &lt;em&gt;Pas de retraite pour l’engagement citoyen&lt;/em&gt;, Québec: Presses de l’Université du Québec, p. 25-39.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;LORIAUX, Michel. 1995. «Les conséquences de la révolution démographique et du vieillissement sociétal: restructuration des âges et modification des rapports entre générations», &lt;em&gt;Sociologie et sociétés&lt;/em&gt;, vol. 27, no 2, p. 9-26.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;MAISONNEUVE, Jean. 1973. &lt;em&gt;Introduction à la psychosociologie&lt;/em&gt;, Paris: Presses Universitaires de France.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;MAUGER, Gérard. 2009. «Générations et rapports de générations», dans Anne Quéniart et Roch Hurtubise (dir.), &lt;em&gt;L’intergénérationnel. Regards pluridisciplinaires&lt;/em&gt;, Rennes: Éditions de l’École nationale de Santé Publique, p. 17-36.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;PAILLÉ, Pierre. 1994. «L’analyse par théorisation ancrée», &lt;em&gt;Cahiers de recherche sociologique&lt;/em&gt;, no 23, p. 147-181.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;PENNEC, Simone. 2004. «Les tensions entre engagements privés et engagements collectifs, des variations au cours du temps selon le genre et les groupes sociaux», &lt;em&gt;Lien social et Politiques-RIAC&lt;/em&gt;, no 51, p. 97-107.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;________. 2009. «Des générations de femmes aux multiples engagements: du quotidien à la longue durée», dans Michèle Charpentier et Anne Quéniart (dir.), &lt;em&gt;Vieilles et après! Femmes, Vieillissement et société&lt;/em&gt;, Montréal: Éditions du remue-ménage, p. 139-163.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;PERRIG-CHIELLO, Pasqualina. 2001. «Images sexuées de la vieillesse: entre stéréotypes sociaux et autodéfinition», &lt;em&gt;Retraite et société&lt;/em&gt;, no 34, p. 70-87.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;PITROU, Agnès. 1997. «Vieillesse et famille: qui soutient l’autre?», &lt;em&gt;Lien social et Politiques&lt;/em&gt;, no 38, p. 145-158.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;QUÉNIART, Anne. 2007. «Prendre sa retraite avant 65 ans: pourquoi et pour quoi faire?», dans Michèle Charpentier et Anne Quéniart (dir.), &lt;em&gt;Vieillissement, retraite et engagement citoyen&lt;/em&gt;, Québec: Presses de l’Université du Québec, p. 41-55.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;________. 2006. &lt;em&gt;Retraitées avant 65 ans: regards d’une une nouvelle génération&lt;/em&gt;, Montréal: Ville de Montréal/Service aux collectivités de l’UQAM, Rapport de recherche.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;QUÉNIART, Anne et Michèle CHARPENTIER. 2009. «’Agir, c’est changer les choses, c’est être dans la vie!’: origine et sens de l’engagement chez les femmes aînées», dans Michèle Charpentier et Anne Quéniart (dir.), &lt;em&gt;Vieilles et après! Femmes, Vieillissement et société&lt;/em&gt;, Montréal: Éditions du remue-ménage, p. 167-188.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;ROWE, John and Robert KAHN. 1997. «Successful Ageing», &lt;em&gt;The Gerontologist&lt;/em&gt;, vol. 37, no 4, p. 433-440.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;TASSÉ, Louise. 2002. «La solidarité sociale et les liens intergénérationnels: notes de recherche», &lt;em&gt;Nouvelles pratiques sociales&lt;/em&gt;, vol. 15, no 1, p. 200-211.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;VANNEINWENHOVE, Thomas. 2009. «Les baby-boomers, hommes, femmes, et leurs cheveux blancs: une étude exploratoire originale», dans M. Charpentier et A. Quéniart (dir.), &lt;em&gt;Vieilles et après! Femmes, Vieillissement et société&lt;/em&gt;, Montréal: Éditions du remue-ménage, p. 71-90.&lt;/p&gt;

&lt;section  class=&quot;footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed&quot; data-collapsible-show-label=&quot;Notes&quot; data-collapsible-hide-label=&quot;Notes&quot;&gt;&lt;ul class=&quot;footnotes collapsible-content&quot;&gt;&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote1_n5g32ni&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref1_n5g32ni&quot;&gt;1.&lt;/a&gt; Une version plus longue de cet article et présentant seulement les résultats préliminaires de l’étude, soit ceux basés sur la moitié de l’échantillon total retenu, a été publiée dans la revue électronique&lt;em&gt; Enfances, Familles, Générations &lt;/em&gt;(n° 13, 2010).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote2_gx4o6nz&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref2_gx4o6nz&quot;&gt;2.&lt;/a&gt; Le projet de recherche (CRSH 2008-2011) s’intitulait «Les femmes aînées dans l’espace public et privé: quels héritages, legs, transmission?», sous la direction de Michèle Charpentier et Anne Quéniart.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote3_7n0mm7b&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref3_7n0mm7b&quot;&gt;3.&lt;/a&gt; Précisons que le recrutement a été effectué par des sources multiples, en fonction des différents milieux de vie des aînées: associations d’aînés et groupes de femmes, résidences pour personnes âgées, paroisses et journaux de quartier, milieux de travail typiquement féminins, etc. Outre les informations visant à brosser un portrait sociodémographique de notre échantillon, l’entrevue aborde des thèmes qui s’articulent autour de deux dimensions. La première s’intéresse aux représentations des femmes aînées et des grands-mères: perceptions et images des femmes aînées, places et rôles dans la société; la deuxième vise à explorer la dynamique de la transmission intergénérationnelle: nature, type, valeurs et savoirs transmis, modes de transmission (directe/indirecte, imitation/incitation/imposition, etc.), sens de la transmission (vision du monde, mémoire, éducation), facteurs incitatifs et contraignants, etc.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote4_hfj1c39&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref4_hfj1c39&quot;&gt;4.&lt;/a&gt; Compte tenu du nombre limité d’entrevues réalisées, aucune différence significative ne distingue les trajectoires des répondantes appartenant de l’un ou l’autre des groupes d’âge.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote5_zxscrz6&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref5_zxscrz6&quot;&gt;5.&lt;/a&gt; Rappelons succinctement que les représentations sociales sont des «univers d’opinions» et des «connaissances de sens commun» qui servent de régulateur des lieux communs (Maisonneuve, 1973: 213). Elles permettent de donner un sens à ses propres pensées, comportements et pratiques, comme à celles des autres et, ce faisant, de se situer en tant qu’individu au sein d’un ensemble social organisé (Jodelet, 1989).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote6_jddp276&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref6_jddp276&quot;&gt;6.&lt;/a&gt; Dans sa modélisation du développement humain, Erickson propose huit étapes. Voir Aumond, 1987.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote7_xjusyt6&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref7_xjusyt6&quot;&gt;7.&lt;/a&gt; L’engagement de proximité fait référence «aux engagements pratiqués au quotidien. La sphère retenue est celle de la proximité au sens du réseau des personnes considérées comme faisant partie des proches et au sens de la distance spatiale. Cette proximité conjugue ainsi le privé et le public, au sein de plusieurs collectifs d’appartenance entre famille, voisinage, amis, associations, etc.» (Pennec, 2002: 97).&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;/section&gt;&lt;/div&gt;
      &lt;/div&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item odd&quot;&gt;&lt;a href=&quot;/fr/taxonomy/term/167&quot; typeof=&quot;skos:Concept&quot; property=&quot;rdfs:label skos:prefLabel&quot;&gt;femme&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item odd&quot;&gt;&lt;a href=&quot;/fr/taxonomy/term/54546&quot; typeof=&quot;skos:Concept&quot; property=&quot;rdfs:label skos:prefLabel&quot;&gt;représentations&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
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      &lt;div class=&quot;field-label&quot;&gt;Champs disciplinaires: &lt;/div&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&lt;a href=&quot;/fr/taxonomy/term/802&quot; typeof=&quot;skos:Concept&quot; property=&quot;rdfs:label skos:prefLabel&quot;&gt;sciences sociales&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&lt;a href=&quot;/fr/taxonomy/term/53798&quot; typeof=&quot;skos:Concept&quot; property=&quot;rdfs:label skos:prefLabel&quot;&gt;études féministes&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&lt;a href=&quot;/fr/taxonomy/term/54481&quot; typeof=&quot;skos:Concept&quot; property=&quot;rdfs:label skos:prefLabel&quot;&gt;Cahiers de l&amp;#039;IREF&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
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      &lt;div class=&quot;field-label&quot;&gt;Teaser: &lt;/div&gt;
    &lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;De fait, même si l’objectif premier de cette étude ne concerne pas les représentations sociales du vieillissement, ces questions se sont imposées dans les récits des femmes âgées; c’est pourquoi nous nous proposons ici de défricher, à titre exploratoire, ces thèmes. Après avoir brièvement décrit le contexte sociohistorique et l’approche théorique dans lesquels s’inscrivent nos travaux, nous nous intéresserons essentiellement aux représentations sociales qu’entretiennent les femmes aînées à propos de la vieillesse.&lt;/div&gt;
      &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
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      &lt;div class=&quot;field-label&quot;&gt;Pour citer ce document: &lt;/div&gt;
    &lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&lt;span class=&quot;biblio-authors&quot; &gt;&lt;a href=&quot;/fr/biblio?f%5Bauthor%5D=7043&quot; rel=&quot;nofollow&quot;&gt;Charpentier, Michèle&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;/fr/biblio?f%5Bauthor%5D=7044&quot; rel=&quot;nofollow&quot;&gt;Isabelle  Marchand&lt;/a&gt; et &lt;a href=&quot;/fr/biblio?f%5Bauthor%5D=7045&quot; rel=&quot;nofollow&quot;&gt;Anne  Quéniart&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;. 2013. « &lt;a href=&quot;/fr/biblio/regards-de-femmes-ainees-sur-la-vieillesse-representations-sociales-et-rapports-au-temps&quot;&gt;&lt;span class=&quot;biblio-title&quot; &gt;Regards de femmes aînées sur la vieillesse: représentations sociales et rapports au temps&lt;/span&gt;&lt;/a&gt; ». En ligne sur le site de l’Observatoire de l’imaginaire contemporain. &amp;lt;&lt;a href=&quot;https://oic.uqam.ca/fr/articles/regards-de-femmes-ainees-sur-la-vieillesse-representations-sociales-et-rapports-au-temps&quot;&gt;https://oic.uqam.ca/fr/articles/regards-de-femmes-ainees-sur-la-vieillesse-representations-sociales-et-rapports-au-temps&lt;/a&gt;&amp;gt;. Consulté le 1 mai 2023. Publication originale : (&lt;span  style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;De l&#039;assignation à l&#039;éclatement. Continuités et ruptures dans les représentations des femmes&lt;/span&gt;. 2013. Montréal : Institut de recherches et d&#039;études féministes (IREF). coll. Agora, vol. Cahier de l&#039;IREF).&lt;span class=&quot;Z3988&quot; title=&quot;ctx_ver=Z39.88-2004&amp;amp;rft_val_fmt=info%3Aofi%2Ffmt%3Akev%3Amtx%3Adc&amp;amp;rft.title=Regards+de+femmes+a%C3%AEn%C3%A9es+sur+la+vieillesse%3A+repr%C3%A9sentations+sociales+et+rapports+au+temps&amp;amp;rft.isbn=978-2-922045-42-0&amp;amp;rft.date=2013&amp;amp;rft.volume=Cahier+de+l%26%23039%3BIREF&amp;amp;rft.aulast=Charpentier&amp;amp;rft.aufirst=Mich%C3%A8le&amp;amp;rft.au=Marchand%2C+Isabelle&amp;amp;rft.au=Qu%C3%A9niart%2C+Anne&amp;amp;rft.pub=Institut+de+recherches+et+d%26%23039%3B%C3%A9tudes+f%C3%A9ministes+%28IREF%29&amp;amp;rft.place=Montr%C3%A9al&quot;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
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      &lt;div class=&quot;field-label&quot;&gt;Pour citer ce document (Computed): &lt;/div&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&amp;lt;span class=&amp;quot;biblio-authors&amp;quot; &amp;gt;Charpentier, Michèle, Isabelle  Marchand et Anne  Quéniart&amp;lt;/span&amp;gt;. 2013. « &amp;lt;span class=&amp;quot;biblio-title&amp;quot; &amp;gt;Regards de femmes aînées sur la vieillesse: représentations sociales et rapports au temps&amp;lt;/span&amp;gt; ». En ligne sur le site de l’Observatoire de l’imaginaire contemporain. &amp;amp;lt;https://oic.uqam.ca/fr/articles/regards-de-femmes-ainees-sur-la-vieillesse-representations-sociales-et-rapports-au-temps&amp;amp;gt;.  Publication originale : (&amp;lt;span  style=&amp;quot;font-style: italic;&amp;quot;&amp;gt;De l&amp;#039;assignation à l&amp;#039;éclatement. Continuités et ruptures dans les représentations des femmes&amp;lt;/span&amp;gt;. 2013. Montréal : Institut de recherches et d&amp;#039;études féministes (IREF). coll. Agora, vol. Cahier de l&amp;#039;IREF).&amp;lt;span class=&amp;quot;Z3988&amp;quot; title=&amp;quot;ctx_ver=Z39.88-2004&amp;amp;amp;rft_val_fmt=info%3Aofi%2Ffmt%3Akev%3Amtx%3Adc&amp;amp;amp;rft.title=Regards+de+femmes+a%C3%AEn%C3%A9es+sur+la+vieillesse%3A+repr%C3%A9sentations+sociales+et+rapports+au+temps&amp;amp;amp;rft.isbn=978-2-922045-42-0&amp;amp;amp;rft.date=2013&amp;amp;amp;rft.volume=Cahier+de+l%26%23039%3BIREF&amp;amp;amp;rft.aulast=Charpentier&amp;amp;amp;rft.aufirst=Mich%C3%A8le&amp;amp;amp;rft.au=Marchand%2C+Isabelle&amp;amp;amp;rft.au=Qu%C3%A9niart%2C+Anne&amp;amp;amp;rft.pub=Institut+de+recherches+et+d%26%23039%3B%C3%A9tudes+f%C3%A9ministes+%28IREF%29&amp;amp;amp;rft.place=Montr%C3%A9al&amp;quot;&amp;gt;&amp;lt;/span&amp;gt;&lt;/div&gt;
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&lt;/div&gt;
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 <pubDate>Tue, 03 May 2022 12:46:38 +0000</pubDate>
 <dc:creator>Alexia Giroux</dc:creator>
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</item>
<item>
 <title>Récurrences dans les représentations du féminin dans la presse écrite chez les galeristes montréalaises Lavigueur, Lefort et Millman</title>
 <link>https://oic.uqam.ca/fr/articles/recurrences-dans-les-representations-du-feminin-dans-la-presse-ecrite-chez-les-galeristes</link>
 <description>&lt;div class=&quot;field field-name-body field-type-text-with-summary field-label-hidden&quot;&gt;
    &lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item even&quot; property=&quot;content:encoded&quot;&gt;&lt;p&gt;À ce jour, seulement quelques auteurs québécois ont étudié les femmes galeristes montréalaises actives du début des années quarante au début des années soixante (Lafleur, 2011; Marcotte, 2000; Pageot, 2008; Robillard, 1985; Sicotte, 1996 ainsi que Sicotte et Galerie Leonard &amp;amp; Bina Ellen, 1996). À deux exceptions près, toutes les études recensées se penchent sur un cas unique&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref1_ytlkoxq&quot; title=&quot;Julie Marcotte et Yves Robillard traitaient de la galeriste Denyse Delrue, qui a entre autres fondé les première et seconde Galerie Denyse Delrue (respectivement en 1957 et 1959), alors qu’Hélène Sicotte, individuellement d’abord, puis conjointement avec la Galerie Leonard &amp;amp; Bina Ellen, s’intéressait à Agnès Lefort, dont il sera question dans cet article.&quot; href=&quot;#footnote1_ytlkoxq&quot;&gt;1&lt;/a&gt; en traitant l’expérience individuelle de chacune de ces femmes comme marginale et en faisant abstraction du phénomène qui émergeait alors. Pourtant, ces études, comme plusieurs autres consacrées à l’art québécois de l’époque (Robert, 1977; Viau, 1964 entre autres), mentionnent la présence de femmes au sein du milieu des galeries d’art, alors que dans la majorité des autres sphères professionnelles, toute présence féminine était encore peu tolérée.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Notre recherche vise à pallier quelque peu cette lacune en abordant la situation des femmes fondatrices et gestionnaires d’une galerie d’art à Montréal durant les décennies 1940, 1950 et début 1960. Dans ces quelques pages, nous nous intéressons aux représentations véhiculées dans les journaux et périodiques de l’époque (ainsi que quelques imprimés plus récents) de trois de ces femmes galeristes actives entre 1941 et 1961. Notre intention est de vérifier si les représentations qui y sont véhiculées participent de la minimisation du rôle de ces femmes dans l’histoire de l’art au Québec et, plus largement, d’une vision traditionnelle du rôle des femmes au sein de la société québécoise. L’analyse des commentaires sur les parcours de trois galeristes, soit Rose Millman, Agnès Lefort et Jessie Lavigueur, nous permettra de dégager certaines représentations récurrentes dans les portraits qui sont faits d’elles.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Pour mieux situer ces femmes galeristes dans le contexte où elles amorcent leurs activités, rappelons brièvement que le consensus social assigne aux femmes le rôle d’épouse et de mère, alors que leur participation au marché du travail est fortement décriée par les élites d’alors, sauf en cas d’extrême nécessité. Dans le même ordre d’idées, soulignons que, jusqu’en 1964, les femmes mariées ont approximativement les mêmes droits qu’une personne mineure et doivent, si elles souhaitent exercer une profession au Québec, obtenir le consentement de leur mari. Un statut particulier est par ailleurs consenti aux femmes mariées qui exercent le métier de marchande publique, ce qui leur permet de gérer seule un commerce. Ce statut, qui accorde aux femmes mariées un recouvrement partiel de leur capacité juridique, soit dans les limites de l’exercice des responsabilités liées à leur commerce (Dumont et Toupin, 2003: 129), ne les exempte pas de l’obligation d’obtenir l’autorisation maritale. Relativement à cette incapacité juridique des femmes mariées, la &lt;em&gt;Déclaration de société&lt;/em&gt; produite par Lefort et conservée aux archives de la Cour Supérieure de Montréal comprend cette mention: «Je suis célibataire», attestant du fait qu’elle peut légalement établir et gérer un commerce.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Bref, l’adhésion à l’idéologie traditionnelle qui confine les femmes dans le rôle de «reine du foyer», gardienne des valeurs morales et chrétiennes, constitue en l’occurrence l’univers normatif dans lequel évolue encore la société canadienne-française (Barry, 1977: 43). En aucun cas n’est-il accepté que l’exercice d’une carrière puisse exempter les femmes de leur charge de travail domestique et, conséquemment, de leur rôle de «reine du foyer» (Carrière, 1942: 26). Très souvent, les femmes mariées en emploi sont exposées à de virulentes critiques, puisque le travail féminin est donné comme cause de la désorganisation familiale et accusé d’avoir pour effets d’augmenter la prostitution, l’alcoolisme et la délinquance juvénile (Barry, 1977: 47). Francine Barry (1977: 47) rapporte que, selon ce même discours, on considérait que le travail pouvait conduire les femmes à l’épuisement physique et moral, et l’addition de tâches professionnelles aux responsabilités domestiques pouvait affecter leurs capacités maternelles, tant physiques qu’émotionnelles.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Plusieurs études démontrent&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref2_ci96k2q&quot; title=&quot;À ce sujet, voir entre autres L’école rose… Et les cols roses : la reproduction de la division sociale des sexes de Francine Descarries-Bélanger (1980), ainsi que Les Canadiennes et la Seconde Guerre mondiale de Ruth Roach Pierson (1983).&quot; href=&quot;#footnote2_ci96k2q&quot;&gt;2&lt;/a&gt; que les femmes qui travaillent ont longtemps été cantonnées dans un nombre restreint de catégories professionnelles liées à la sphère domestique ainsi qu’aux valeurs «naturellement» féminines de don de soi (aide-ménagère, institutrice, infirmière, secrétaire, etc.) (Arbour, 1982: 7). Elles abandonnent généralement le travail lorsqu’elles se marient afin de se consacrer exclusivement au foyer et à la famille (Strong-Boag, 1994: 10), bien que Guy Rocher (1962: 127) constate, sur la question, une plus grande ouverture d’esprit chez les Canadiens anglais que chez les Canadiens français. Cette information s’appuie sur le fait que Millman, la première femme à avoir fondé en 1941, une galerie d’art commerciale à Montréal, était anglophone.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Toutefois, l’avènement de la Seconde Guerre mondiale bouleverse temporairement le statut du travail féminin rémunéré à travers le Canada. Lors de ce conflit armé, les Canadiennes sont appelées à participer à l’effort de guerre dans leurs activités domestiques, mais également par l’occupation d’un emploi. Bien qu’au Québec, les autorités religieuses et syndicales, ainsi que certains politiciens nationalistes, se prononcent contre l’emploi des femmes à l’extérieur du foyer, le gouvernement fédéral met en place des mesures afin de favoriser l’arrivée massive (mais provisoire) des femmes sur le marché du travail (Collectif Clio, 1992: 388). Le gouvernement fait d’abord appel aux jeunes femmes célibataires pour exécuter un travail à temps plein, mais la main-d’œuvre s’avère insuffisante et bientôt, on fait également appel aux femmes mariées sans enfant pour travailler à temps partiel, puis, finalement, aux mères (Pierson, 1983: 9; 12). Pour ce faire, l’État entreprend des campagnes de recrutement à l’échelle nationale, à la radio ainsi que dans les journaux, en plus de modifier des lois et d’établir un système de garderies pour les mères travailleuses (Pierson, 1983: 10-14). Toutefois, ces mesures ne sont que transitoires et, dès la fin de la guerre, le nombre d’emplois disponibles pour les femmes diminue (puisqu’on préconise l’embauche d’anciens combattants), les subventions aux garderies prennent fin, et on prône le retour des travailleuses à leur ménage à travers une propagande médiatisée romançant la vie des femmes au foyer (Pierson, 1983: 27; 29). Cette position de valorisation du rôle des femmes au foyer est entre autres perceptible dans le journal &lt;em&gt;La Presse&lt;/em&gt; et dans le magazine &lt;em&gt;Revue moderne&lt;/em&gt;&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref3_7yry38z&quot; title=&quot; Sur le sujet, voir le mémoire de maîtrise en histoire de Marie-Anne Sauvé, «La représentation du travail rémunéré des femmes pendant la Seconde Guerre mondiale, à travers le journal La Presse, Québec, 1939 à 1945», déposé en 1986 à l’Université du Québec à Montréal, ainsi que l’étude de Jocelyne Valois, «La presse féminine et le rôle social de la femme» (1967), qui se trouve en bibliographie.&quot; href=&quot;#footnote3_7yry38z&quot;&gt;3&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Judy K. Collischan Van Wagner (1984: 4-5) voit un lien entre l’événement de la Seconde Guerre mondiale et l’émergence des femmes galeristes, du moins aux États-Unis. Elle constate que des femmes se sont alors rapprochées de la sphère de la diffusion artistique (en devenant galeristes, écrivaines et critiques) et comprend ce phénomène comme une conséquence de l’entrée massive des femmes sur le marché de l’emploi en raison de l’industrie de guerre. Et cela, dans un contexte où plusieurs artistes d’avant-garde s’exilent d’Europe vers l’Amérique du Nord pour éviter les atrocités de la guerre. Cette explication semble également pertinente pour Montréal, puisque la première galerie fondée par une femme l’a été en 1941. De surcroît, plusieurs artistes modernes, français pour la plupart, ont choisi de venir s’établir au Québec pour la durée de la guerre.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il est aussi intéressant de constater que l’accession des femmes à l’enseignement supérieur dans le domaine des beaux-arts est plus aisée que pour les autres formations professionnelles. Katia Tremblay (1993: 176) suggère que c’est parce que, dans les mœurs populaires, on accorde «naturellement» aux femmes une sensibilité artistique et une créativité liées à leur sexe. Entre le krach boursier de 1929 et la Seconde Guerre mondiale plus particulièrement, l’art est effectivement perçu par plusieurs comme un loisir féminin dont la principale fonction est la décoration (Arbour, 1994: 7). Mais si les femmes sont plus facilement admises dans les institutions de formation artistique que dans toute autre institution d’enseignement, l’accès aux hautes reconnaissances leur est généralement refusé. Ainsi, l’artiste Jori Smith s’est vu nier l’accès, en des termes des plus explicites, une bourse à l’École des beaux-arts de Montréal à cause de son sexe: «[…] nous ne pouvons pas nous permettre de vous donner cette bourse, parce que vous êtes une femme, et que vous vous marierez, et que vous arrêterez alors de peindre» (Strong-Boag, 1994: 8).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Progressivement, les mœurs changent et il devient courant que des femmes travaillent après leurs études, et ce jusqu’à leur mariage. Certaines femmes travaillent à servir la clientèle dans des boutiques, quelques-unes gèrent même des commerces; ces dernières forment toutefois une très faible minorité de la main-d’œuvre féminine au Québec. Gabrielle Carrière, en 1942, publie un livre traitant des différentes possibilités de carrière qui s’offrent aux femmes québécoises; bien que l’opinion de l’auteure soit marginale pour l’époque, elle témoigne d’un début d’ouverture d’esprit au sein de la population. Carrière souhaite alors orienter les jeunes filles vers des professions qui leur conviennent, grâce à un argumentaire qui lie, dans chaque cas, la carrière examinée aux compétences féminines qu’elle nécessite.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Pour ce qui est des femmes travaillant auprès de la clientèle dans un commerce, Carrière (1942: 126) évoque —tout de suite après la maîtrise des deux langues officielles et des bases en calcul arithmétique— la primauté de la politesse, de l’écoute, du tact et de la patience avec la clientèle, un certain goût esthétique pour composer des étalages plaisants à l’œil, une apparence soignée et élégante ainsi qu’une «parole persuasive». De plus, selon elle, certains types de commerces auraient avantage à employer des femmes plutôt que des hommes, des commerces comme les boutiques de vêtements, de lingerie féminine, d’accessoires féminins, de tissus, de mercerie ainsi que de fournitures pour bébés (Carrière, 1942: 128).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Pour celles qui souhaitent établir un commerce, Carrière mentionne la nécessité d’avoir amassé un certain capital et l’importance d’établir leur boutique dans un quartier propice à la marchandise offerte (Carrière, 1942: 128). Elle affirme d’ailleurs que certains commerces peuvent aussi bien être gérés par une femme que par un homme; les magasins d’objets d’art en font partie (Carrière, 1942: 129).&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Peu à peu, la participation des femmes à la population active suscite moins de controverse, dans la mesure toutefois où deux conditions principales sont rencontrées: il faut que leur travail ne remette pas en cause leur rôle fondamental de mère et d’épouse et que leurs occupations professionnelles fassent appel à des qualités jugées typiquement féminines. Encore en 1960, Fernande Saint-Martin, éditrice de la revue &lt;em&gt;Châtelaine&lt;/em&gt;, construit son argumentaire en faveur du travail des femmes sur la base d’une telle perception:&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Il importe que la femme cultive avec une perfection toujours plus grande l’élégance et la beauté, ainsi que les divers arts ménagers qui perpétuent dans notre vie quotidienne les plus belles traditions françaises. D’autre part, les beaux-arts et la politique, l’éducation, la science et les problèmes sociaux ne sont plus aujourd’hui une chasse gardée au sexe fort; il est bon aussi que «l’honnête femme ait des lumières sur tout», puisque son sort et celui de ses enfants sont liés au destin du monde. (Saint-Martin, 1960: 1)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;De manière plus directe, Saint-Martin affirme: «[…] si les femmes sont aptes à poursuivre les mêmes études que les hommes, le problème demeure de savoir si cette formation est suffisante pour répondre aux fonctions premières de la femme, la maternité, le mariage, la responsabilité du groupe familial» (Saint-Martin, 1961: 1). Il est intéressant de souligner que Saint-Martin, quelques années auparavant, soit en 1955, avait participé avec son époux le peintre Guido Molinari à la fondation de la galerie d’art L’Actuelle à Montréal, la première galerie commerciale canadienne à diffuser exclusivement de l’art non figuratif. Les propos de Saint-Martin témoignent donc d’une période d’ouverture pour les femmes à une multiplicité de possibilités, mais également d’un besoin de s’appuyer sur une certaine tradition, liée à la fonction jugée naturellement féminine de transmission (éducation) et de reproduction. En nommant en premier l’apprentissage des beaux-arts parmi les domaines accessibles aux femmes, Saint-Martin utilise une stratégie qui lui permet d’apporter des idées nouvelles tout en les inscrivant dans une tradition où l’on présuppose qu’une sensibilité artistique ainsi qu’une créativité sont naturelles aux femmes.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La diffusion artistique et la profession de galeriste&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Esther Trépanier relève que les critiques des années 1910 et 1920 constatent qu’une partie du public des expositions à caractère artistique est constituée de femmes provenant de milieux aisés et bénéficiant d’une certaine culture. Certaines d’entre elles jouent aussi le rôle de mécène ou de bénévole dans l’organisation d’expositions, mais la plupart se satisfont de leur mission d’«éducatrice» par rapport à la chose artistique dans la sphère domestique (Trépanier, 1997: 68). Trépanier note aussi que certaines de ces femmes, anglophones pour la plupart, utilisent leur domicile durant les décennies 1910 et 1920 pour tenir des expositions de quelques jours&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref4_l3m1bad&quot; title=&quot;Esther Trépanier énumère ces expositions : Mlle Patricia Irwin expose au 40, rue Drummond, des œuvres de Charles de Belle (1873-1939) en 1915; Lady Mortimer Davis organise une exposition à son domicile de l’avenue des Pins en 1923; Mme E. Maxwell présente une exposition au 312, rue Peel, en 1925; et Mme Chowne expose en 1925 les œuvres d’une douzaine d’artistes canadiens (certains ne sont alors pas reconnus comme traditionnalistes) au 40, McGill College (Trépanier, 1997: 70-71).&quot; href=&quot;#footnote4_l3m1bad&quot;&gt;4&lt;/a&gt;. Le phénomène doit être assez répandu puisque la critique journalistique s’intéresse à de telles expositions. Toutefois, à l’exception des expositions caritatives organisées bénévolement par ces femmes&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref5_wcukw8u&quot; title=&quot;Par exemple, Trépanier recense la couverture médiatique, en octobre 1923, d’une exposition organisée pour l’Hôpital Notre-Dame par Mme Athanase David (Trépanier, 1997: 79).&quot; href=&quot;#footnote5_wcukw8u&quot;&gt;5&lt;/a&gt;, ces initiatives artistiques sporadiques ne sauraient être comparées à une activité de commerce, les œuvres étant bien souvent uniquement offertes à l’appréciation visuelle des visiteurs et non mises en vente. Celles qui organisent de telles expositions ne sont pas alors considérées comme des entrepreneures, mais comme des femmes exerçant leur rôle «spécifiquement féminin» d’élévation morale, et ce, par l’art et le bon goût (Trépanier, 1997: 71).&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Au cours des décennies suivantes, une plus grande ouverture à la présence des femmes dans le milieu artistique devient perceptible, mais toujours à travers des balises précises; leur rôle reste indissociablement relié à l’expression d’une «nature» féminine ou, à tout le moins, à celle de traits féminins (Arbour, 2000: 4-5). Dans le discours de la critique des années 1950 et 1960, ces caractéristiques dites féminines sont chargées d’une valeur positive lorsqu’il est question des femmes artistes tenantes de l’abstraction gestuelle (Arbour, 2000: 5); nous supposons donc que, durant cette même période, un discours et des stratégies similaires s’instaurent pour légitimer la présence de femmes galeristes. Rose-Marie Arbour (2000: 6) remarque, au sujet des femmes artistes, que l’interprétation de leurs œuvres par la critique de l’époque est construite autour d’une mise en parallèle de ces œuvres avec des valeurs morales ou psychologiques traditionnellement féminines, tels le don de soi, l’intuition et le sens de la communication. Ces caractéristiques se trouvent également énumérées et valorisées par la presse écrite au sujet des galeristes de notre corpus. Par exemple, Claude-Lyse Gagnon (1960: 104) se prononce ainsi sur la question: «Aujourd’hui, trois ou quatre femmes dirigent des Galeries. Elles se montrent […] devinatrices (sic) à souhait et personnes de goût». On peut penser que l’adjonction d’un registre de valeurs et d’aptitudes dites féminines permet de justifier la présence de femmes dans le milieu professionnel de la diffusion des arts visuels. La presse écrite tente également de situer l’activité de galeriste dans la continuité des professions qualifiées de féminines. En effet, on insiste à de nombreuses reprises sur l’expérience préalable de Lefort dans l’enseignement des arts, notamment auprès des enfants, mais également sur son passé d’assistanat de recherches pour un renommé savant, possiblement avec l’objectif d’inscrire, d’une autre manière, sa profession de galeriste dans la perpétuation des rôles féminins de soutien et d’éducation. D’autres auteurs suggèrent un parallèle entre le bénévolat au sein d’œuvres de bienfaisance et l’activité de galeriste, en soulignant que l’éducation du public ou le soutien de jeunes artistes constituent des gestes d’altruisme. Ainsi, comparant les peintres modernes à des êtres démunis et rejetés, Lorrain (1955: 3) n’est pas loin de décrire la galerie de Lefort comme une œuvre caritative: «Quand on est un peintre moderne, c’est-à-dire souvent incompris et même ridiculisé des masses […] c’est, à Montréal, chez Agnès Lefort que de préférence on expose.» Certains utilisent un registre lexical qui fait état de l’utilité sociale de l’activité de la galeriste (dans ce cas, celle de Lavigueur): « […] this type of exhibition fills an urgent need in a district that has neither an art gallery, nor organized facilities for enjoying painting» (Hodkinson, 1960, p. 42). Enfin, un article s’intéresse à la générosité de Lefort envers les artistes qu’elle expose, autre vertu jugée féminine, en plus de lui attribuer des qualités liées au maternage: «S’il est quelqu’un qui protège les peintres, les lance, leur “donne leur chance” comme on dit couramment, c’est Agnès Lefort» (Oligny, 1961 : 2).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans le même ordre d’idées, Trépanier (1997: 71) affirme que, dès les années 1910 et 1920, on attribuait aux femmes une responsabilité de sensibilisation à l’art et au bon goût, tout en y ajoutant une précision importante: «[…] c’est à elle[s] qu’il incombe d’utiliser, dans la décoration intérieure, des objets d’art qui contribueront à l’élévation du “bon goût” des membres de [leur] famille et de [leur] réseau d’amis, et à la rentabilité de &lt;em&gt;l’art de chez nous&lt;/em&gt;» (nous soulignons). Ainsi, l’œuvre d’art n’est pas uniquement considérée comme un objet décoratif, mais devient aussi une « instance d’élévation morale et nationale» (Trépanier, 1997: 71); le rôle des femmes en devient un, conséquemment, de transmission d’une culture canadienne-française et des valeurs qui y sont liées.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En somme, tant que leurs activités s’inscrivent dans une certaine tradition (comme leur participation à la diffusion d’œuvres pour des causes caritatives ou encore leur rôle de sensibilisation au bon goût), il devient possible pour des femmes d’exercer le métier de galeriste. Mais, plus important encore, il devient même acceptable et légitime pour ces femmes de présenter une production artistique canadienne avant-gardiste, alors que la majorité des galeries montréalaises de l’époque exposent plutôt un art européen traditionnel et consacré&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref6_btbe300&quot; title=&quot;En effet, la plupart des galeries d’art exposent l’art de maîtres anciens européens, et peu osent exposer la production d’artistes canadiens ou encore celle d’artistes actifs. Le peu de risque associé à la vente du premier type de marchandise est lié au concept de rareté (un artiste décédé ne produira jamais davantage, et la provenance éloignée des œuvres contribue également à cette rareté) et à l’absence de nécessité de susciter chez le public un changement de valeurs esthétiques (Becker, 1988: 128). Par conséquent, la mise en marché d’œuvres avant-gardistes produites par des artistes canadiens, comme le font les galeristes de notre corpus, comporte un risque bien plus élevé.&quot; href=&quot;#footnote6_btbe300&quot;&gt;6&lt;/a&gt;. Autrement dit, leur soumission aux rôles conventionnels féminins entraînerait une relative acceptation (ou légitimation), dans la presse écrite, des œuvres modernes qu’elles exposent. Le choc causé par la présentation d’œuvres d’avant-garde dont le style n’est pas encore apprécié ni de la critique ni du public se trouve amoindri, voire excusé par le fait que ces femmes galeristes tentent d’éduquer le public en jouant leur rôle de femme, en participant à la sensibilisation du public à l’esthétique et en soutenant les artistes canadiens.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La première à exposer l’avant-garde canadienne est Millman, qui va jusqu’à octroyer le nom «Dominion» à sa galerie commerciale pour témoigner de cette particularité. Elle accueille sur ses cimaises plusieurs expositions de peintres québécois modernes et, en 1943, elle est la première galeriste à exposer &lt;em&gt;Abstraction verte&lt;/em&gt;, l’œuvre que Paul-Émile Borduas considérera comme son premier tableau automatiste. À travers sa programmation, Lefort souhaite pour sa part diffuser le travail de l’avant-garde canadienne et participer à la popularisation du médium de l’estampe afin de stimuler la vente d’œuvres auprès d’un public moins fortuné. Quant à Lavigueur, durant la courte existence de sa galerie d’exposition, elle y présente uniquement le travail d’artistes canadiens.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ces apports notables des femmes galeristes à la diffusion artistique sont toutefois minimisés par certains membres de la presse écrite de l’époque qui continuent de leur attribuer un rôle traditionnel féminin plutôt que de les considérer en tant qu’agentes influentes du milieu et du marché de l’art. Par exemple, une journaliste explique en 1960, au sujet de Renée Lesieur, directrice de la galerie L’Atelier de Québec, qu’elle est «[c]onsciente de son rôle féminin, qui est de s’intéresser au beau et de le diffuser» (Allaire, 1960: 4). De notre étude de la représentation des femmes galeristes de l’époque, nous avons dégagé certains aspects récurrents qui traduisent, comme dans le précédent exemple, une conception connotée de la féminité. Chacun d’entre eux peut être exemplifié par les représentations de Lavigueur, de Millman et de Lefort dans la presse écrite. Cet ordre de présentation des galeristes ne suit pas la chronologie d’ouverture des espaces d’exposition, mais se fonde plutôt sur l’éloignement progressif de ces femmes de l’espace domestique dans l’exercice de leurs fonctions. Les effets des représentations quant à la place de ces galeristes dans l’histoire de l’art seront tirés en conclusion.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jessie Lavigueur&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le cas de la Galerie de Jessie Lavigueur révèle explicitement la manière dont la presse tend à interpréter la gestion d’une galerie par une femme, puisque Lavigueur l’installe dans sa résidence privée et que la presse écrite approuve cette initiative davantage qu’elle ne la questionne ou la critique. C’est sans vocation commerciale que Lavigueur ouvre sa galerie en 1960, c’est-à-dire que les œuvres qui y sont présentées ne sont pas à vendre. Elle utilise quelques pièces de son domicile pour exposer des œuvres récentes d’artistes canadiens. La presse écrite de l’époque (surtout la presse populaire) commente l’ouverture de cette galerie en accueillant avec joie un nouveau lieu de diffusion pour l’art. Elle insiste sur le fait que cette galerie est fondée à l’initiative d’une mère au foyer et qu’il est audacieux d’ouvrir un espace d’exposition qui soit à ce point éloigné du centre artistique montréalais que constitue le pourtour du Musée des beaux-arts. De son propre aveu, Lavigueur se qualifie de femme au foyer ordinaire; un article va même jusqu’à réutiliser ce qualificatif dans son titre: «&lt;em&gt;Home Becomes Art Gallery: Art Exhibition Opened by Ordinary Housewife&lt;/em&gt;» (Hodkinson, 1960: 42). Dans ce même article, on mentionne la surprise du milieu artistique face à la démarche entreprise par Lavigueur, une maîtresse de maison apparemment peu liée au milieu des connaisseurs de l’art. Certains articles s’intéressent particulièrement aux qualités de femme au foyer manifestées par Lavigueur, mentionnant entre autres son implication communautaire remarquable et le nom des membres de sa petite famille.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En axant leurs commentaires sur le statut de femme au foyer de cette galeriste, les journalistes inscrivent son activité dans la catégorie des passe-temps et loisirs. Ainsi, ils ne considèrent pas, même hypothétiquement, cette activité comme professionnelle. Les propos de la galeriste cités dans les médias imprimés vont également dans ce sens. En effet, les commentaires de Lavigueur sur les œuvres qu’elle expose et rapportés par les journalistes ne portent pas sur l’intérêt d’une démarche artistique ni sur l’évolution stylistique d’un artiste, mais bien sur la capacité des œuvres présentées à agrémenter le décor d’un domicile: «&lt;em&gt;[Lavigueur] wanted to prove to home-lovers how pieces of modern sculpture enhance the beauty of a room&lt;/em&gt;» (Hodkinson, 1960: 42). D’autres articles indiquent que le mari de Lavigueur ainsi que leurs deux enfants sont très enthousiastes de la transformation d’une partie de leur demeure en galerie d’art; ces brèves mentions suffisent à informer le lecteur du consentement de l’époux à l’ouverture de la galerie, mais également à rassurer le lectorat du fait que ce projet ne nuit aucunement à Lavigueur dans l’accomplissement de ses rôles de «reine» du foyer et de mère&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref7_c2p0p9x&quot; title=&quot;Voir entre autres les articles «Galerie dans le salon» publié dans Le Petit Journal en 1960 et «Housewife Opens Suburb Home for Art Show» publié la même année dans le Winnipeg Free Press. Le titre d’une section de ce dernier article, «Family Interested», est significatif de l’importance accordée par la presse écrite à l’approbation familiale du projet.&quot; href=&quot;#footnote7_c2p0p9x&quot;&gt;7&lt;/a&gt;. Dans un autre article, il est mentionné que l’intérêt que porte la galeriste à la peinture date d’il y a déjà quelques années, alors qu’elle avait ressenti un profond besoin de sortir de la maison («to get out of the house») (Hodkinson, 1960: 42). Elle avait suivi plusieurs cours d’expression orale et d’art dramatique, en plus de s’impliquer dans des groupes de lectures et d’appréciation artistique. À la lecture de ces passages, on ne peut s’empêcher de penser à l’indéfinissable malaise de &lt;em&gt;La femme mystifiée&lt;/em&gt; (ou &lt;em&gt;The Feminine Mystique&lt;/em&gt;) décrite par Betty Friedan en 1963&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref8_i6ltyyj&quot; title=&quot;Betty Friedan étudie à l’intérieur de son ouvrage un phénomène qui atteindrait plusieurs femmes au foyer américaines et qu’elle nomme (ou plutôt ne nomme pas) «l’indéfinissable malaise» («the problem that has no name»). Cet indéfinissable malaise implique que ces femmes sont malheureuses et sous l’emprise d’un sentiment mélancolique, malgré le fait qu’elles mènent un mariage et une vie de famille convenables et qu’elles connaissent un certain niveau de confort matériel. Friedan indique que ces femmes se retrouvent alors blasées par leur situation de femme au foyer, qu’elles ne trouvent ni stimulante ni épanouissante. Cette situation —cette vie— ne leur convient plus, mais elles se retrouvent emprisonnées dans un rôle que la société leur a attribué.&quot; href=&quot;#footnote8_i6ltyyj&quot;&gt;8&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’univers domestique de Lavigueur se retrouve également dans les photographies qui accompagnent généralement les articles à son sujet. À titre d’exemple, l’une d’entre elles la montre installée dans un divan surchargé de coussins décoratifs, tenant d’un bras son chien, symbole de la cellule familiale et domestique, et de l’autre, un petit tableau qu’elle expose (Hodkinson, 1960: 42). Une attention particulière est accordée à l’apparence de la galeriste, qui arbore une coiffure élégante, un sourire avenant, un rang de perles et des boucles d’oreilles assorties. La légende de cette photographie se lit comme suit: «&lt;em&gt;Mrs. Jessie Lavigueur with her dog, Tuffy, in the lounge of her home which has been converted into a temporary art gallery showing work by five Canada’s leading artists. Mrs. Lavigueur believes that this is an ideal way of acquainting leading artists. Mrs. Lavigueur holds Gentile Tondino’s “Head of a Woman”&lt;/em&gt;» (Hodkinson, 1960: 42) / Mme Jessie Lavigueur avec son chien, Tuffy, dans son salon converti en galerie d’art temporaire afin d’exposer les œuvres de cinq importants artistes canadiens. Mme Lavigueur croit qu’il s’agit de la meilleure façon de découvrir des artistes de premier plan. Mme Lavigueur tient «Tête de femme» de Gentile Tondino (notre traduction). Il nous apparaît important de souligner que la mention de l’œuvre dans l’image constitue la dernière information inscrite en légende, alors que le lecteur est, dès la première phrase, déjà en mesure de connaître le nom du chien photographié, ce qui est révélateur du degré d’importance accordé à l’œuvre en soi, qui se trouve ainsi réduite à un détail quasi ornemental, voire anecdotique. Une autre photographie de Lavigueur la représente encore impeccablement coiffée, dans une tenue distinguée et parée de bijoux (Gladu, 1960: 101). Elle y tient encore un tableau qu’elle expose sur ses murs mais, cette fois-ci, la position de la galeriste et son habillement offrent une similitude notable avec le sujet du tableau lui-même (il s’agit d’un portrait de femme peint par Jean-Paul Lemieux), qui devient en quelque sorte le miroir, la réflexion de la galeriste. Cela ouvre la porte à plusieurs analogies possibles, notamment entre la parfaite reine du foyer et l’œuvre d’art, ayant toutes deux pour principales fonctions l’embellissement de la sphère domestique.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Rose Millman&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Rose Millman ouvre sa première galerie, la Dominion Gallery of Fine Art, en 1941, soit près de vingt ans avant que Lavigueur ne fasse de même. La galerie de Millman est toutefois un espace à vocation commerciale, c’est-à-dire que la galeriste loue un local (d’un point de vue législatif, son mari est le signataire du bail) où sont exposées et mises en vente des œuvres d’art. Millman s’associe à Max Stern en 1944, puis lui vend ses parts de la galerie en janvier 1947. Les commentaires diffusés au sujet de Millman dans la presse ont, pour la plupart, été publiés tardivement, surtout dans des écrits visant à retracer l’historique de la Galerie Dominion. Millman est alors taxée d’amateurisme dans la gestion de sa galerie, en comparaison à Stern, qui détient un doctorat en histoire de l’art et a donc une formation académique plus appropriée que Millman pour exercer la profession de galeriste. Édith-Anne Pageot relève que cette critique est probablement influencée par un préjugé fondé sur le sexe de Millman, puisque les hommes galeristes de l’époque n’essuient pas un tel reproche, et ce, même s’ils n’ont pas de doctorat en histoire de l’art (Pageot, 2008: 194). Alors que certains auteurs présentent cet amateurisme comme étant une force positive, d’autres le voient de manière négative, incitant à considérer l’arrivée de Stern comme salvatrice pour l’avenir de la galerie. Ainsi, Dorothy Eber écrit en 1966: «&lt;em&gt;Mrs. Millman was an amateur in the gallery business, but had a strong interest in Canadian painting and promoted it&lt;/em&gt;» (1966: 21) / Mme Millman était une amateur dans le milieu des galeries, mais elle montrait un intérêt marqué pour la peinture canadienne et la mettait de l’avant (notre traduction). Lou Seligson, en 1972, raconte plutôt: «&lt;em&gt;The late Mrs. Rose Millman, an amateur, was so astonished at Max Stern’s expert art comments that she offered him a partnership&lt;/em&gt;» (Seligson, 1972: 5) / Feu Mme Rose Millman, une amateur, fut si surprise des commentaires experts de Max Stern qu’elle lui offrit un partenariat (notre traduction). D’autres écrits publiés dans des journaux, mal informés, effacent complètement la présence de Millman à la Dominion, ou vont jusqu’à attribuer la fondation de la galerie à Stern&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref9_1znl20w&quot; title=&quot;L’article de Tourangeau (1982: C20) est représentatif de cette désinformation: «Aussi s’est-il [Max Stern] empressé dès son arrivée à Montréal de fonder, en 1941, une galerie […]». Voir également Aquin, 1992 : 25 et Conlogue, 1992 : C3.&quot; href=&quot;#footnote9_1znl20w&quot;&gt;9&lt;/a&gt;. Certains mentionnent la présence de Millman pour l’écarter aussitôt et mettre en évidence le rôle de Stern à la galerie&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref10_n7hppiu&quot; title=&quot;Voir à titre d’exemple l’article de Houle, qui présente un historique de la Galerie Dominion et élude la figure de Millman en ne la nommant qu’à deux reprises, pour les années 1941 et 1942, même si elle en a été la gestionnaire et co-propriétaire jusqu’en 1947 (1992-1993: 54).&quot; href=&quot;#footnote10_n7hppiu&quot;&gt;10&lt;/a&gt;. Au sujet de cet oubli historique de la figure de Millman, il faut considérer deux aspects susceptibles de l’expliquer. Premièrement, Millman décède en 1960 et n’est plus propriétaire de la Dominion depuis 1947&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref11_hitkaaj&quot; title=&quot;Millman dirige ensuite la West End Art Gallery, de 1948 à 1954, mais cette galerie ainsi que la réception critique de ses expositions ont été, jusqu’à maintenant, très peu étudiés. Nous souhaitons pouvoir pousser plus loin nos recherches sur le sujet, mais il semblerait que la presse écrite, au moment de la gestion par Millman de la West End, commente les expositions qui y sont présentées sans traiter de la galeriste.&quot; href=&quot;#footnote11_hitkaaj&quot;&gt;11&lt;/a&gt;, alors que Stern gère cette galerie jusqu’à son décès en 1987. Sur la durée totale d’existence de la Dominion, Stern a été bien plus longtemps présent que Millman et a ainsi pu davantage témoigner de sa propre expérience à la galerie, à travers des entretiens et autres articles qui ont nourri sa fortune critique. Deuxièmement, en utilisant, tel que le fait Arbour (2000: 9), la théorie du récit pour articuler l’impact du genre chez l’artiste, nous pouvons supposer que la mythification de cette galerie, à la vocation avant-gardiste pour son époque et à la longévité exceptionnelle, se doit d’avoir pour héros un personnage masculin, indifféremment de son sexe biologique. Le héros doit perdurer tout au long du récit, ce qui confine d’emblée la personne de Millman à un rôle de soutien, tout au plus, dans l’écriture de l’histoire de la Dominion. En ce sens, l’étude de Pageot (2008: 202-203) démontre qu’une partie de l’apport de Millman consiste en la lucidité avec laquelle elle faisait appel à la collaboration d’hommes avisés du milieu pour l’aider à diriger sa galerie&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref12_p07y5ii&quot; title=&quot;Nous pensons à Stern, mais également à l’historien et critique d’art Maurice Gagnon qui a organisé plusieurs expositions à la Dominion et aurait conseillé à Millman de défendre l’art vivant canadien.&quot; href=&quot;#footnote12_p07y5ii&quot;&gt;12&lt;/a&gt;, même si sa volonté de promouvoir l’art d’avant-garde canadien est indéniable, tout comme le fait qu’elle ait été une pionnière en tant que première galeriste montréalaise. Un autre article souligne sa capacité «féminine» d’écoute, voire d’obéissance, quoique détournée, et apporte une certaine nuance à ce statut de pionnière: «&lt;em&gt;Her daughter-in-law Florence Millman recounted the story in an interview this week: “After she had bought more art one day, my father-in-law said: ‘Either you open a gallery, or I move out !’ So two or three days later she did exactly that”&lt;/em&gt;» (Duncan, 1992: J5) / Sa bru Florence Millman a raconté dans une entrevue cette semaine: «un jour après qu’elle ait acheté une nouvelle œuvre, mon beau-père lui a dit: ‘’ou bien tu ouvres une galerie d’art, ou bien je déménage!’’ Deux ou trois jours plus tard, c’est ce qu’elle fit» (notre traduction). Ces commentaires représentent Millman comme une femme ayant bénéficié du soutien et du conseil d’hommes l’entourant pour parvenir à tenir sa galerie, et non pas en pionnière, le témoignage de sa belle-fille la privant en quelque sorte de l’initiative de la fondation.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Un autre exemple intéressant de l’absence de la figure de Millman se trouve dans un reportage de la revue &lt;em&gt;Châtelaine&lt;/em&gt; datant d’octobre 1962. Il y est question des femmes peintres du Québec et un paragraphe est consacré aux femmes galeristes, mais le nom de Millman ne se trouve pas mentionné; on attribue plutôt le statut de première directrice de galerie montréalaise à Lefort (Lasnier, 1962: 105). Dans ce cas précis, il semblerait que cette absence de reconnaissance soit représentative du manque de liens entre les deux groupes distincts formant le paysage artistique montréalais de l’époque, scindé par la frontière linguistique (Forster, 1951: 60). Alors que dans la majorité des cas, l’omission ou la discréditation de Millman dans les médias imprimés est liée à son sexe, dans ce dernier cas son absence serait due au fait qu’elle était anglophone.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Agnès Lefort&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En 1950, soit neuf ans après la fondation de la Galerie Dominion par Millman, Agnès Lefort ouvre la Galerie Agnès Lefort, galerie commerciale qu’elle dirige jusqu’en 1961, année où elle se retire et vend son entreprise à Mira Godard. À de nombreuses reprises, Lefort a été décrite physiquement dans des articles ou des entrevues publiées par divers journaux et périodiques, de son vivant mais aussi à la suite de son décès. La délicatesse, la beauté ainsi que l’élégance de Lefort retiennent particulièrement l’attention des auteurs et journalistes. Plus d’une fois, elle est physiquement comparée à une porcelaine de Dresde à cause de sa délicatesse, de sa petitesse, de la fine ossature de son visage, du calme et de la douceur du ton de sa voix, ainsi que du raffinement de ses tenues (Haworth, 1964: 124; Vaillancourt, 1958: 40; Sarrazin, 1961: 26; Montbizon, 1964: 26 entre autres).&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Une journaliste signale à l’époque l’apparente discordance entre le physique menu de Lefort et sa réussite professionnelle (Vaillancourt, 1958: 40), laissant entendre qu’une femme ne pourrait réussir à mener une telle profession que si elle renonçait, partiellement du moins, à ses qualités et (at)traits féminins. Les propos de la journaliste s’articulent ainsi:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Délicate et fine, Agnès Lefort ne correspond nullement à l’idée que l’on pourrait se faire d’une femme de carrière. Surtout d’une femme de carrière qui a du succès. On &lt;em&gt;imagine&lt;/em&gt; pourtant le sérieux, l’énergie et l’autorité qu’il faut apporter à une entreprise de ce genre. Il n’est pas exagéré de dire qu’Agnès Lefort a mis le meilleur d’elle-même dans sa Galerie, ses connaissances et ses dons artistiques, comme ses qualités les plus&lt;em&gt; authentiquement&lt;/em&gt; féminines. (Vaillancourt, 1958: 40 —nous soulignons)&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’auteure mentionne les traits dits masculins auxquels Lefort a certainement dû correspondre pour établir et gérer sa galerie, mais elle insiste aussi sur le fait qu’ils ne peuvent être qu’imaginés, puisque le physique et l’attitude de la galeriste témoignent de son authentique féminité.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;À plusieurs reprises, on évoque également Babette, le chien chihuahua de Lefort. Par l’utilisation d’un registre lexical maternel, il se retrouve presque à tout coup assimilé à l’enfant que Lefort n’a jamais eu, comme en témoigne cet extrait: «À la Galerie Agnès Lefort, nous avons été, mon photographe et moi, reçus, non seulement par la maîtresse de céans, mais par “la jeune fille de la maison”, Babette» (Oligny, 1961: 2). Cette intrusion dans l’univers privé, «familial», de Lefort pourrait participer à inscrire son travail dans la filiation des activités de diffusion artistique auxquelles les femmes pouvaient se consacrer, conformément au rôle social qui leur était attribué —soit, contraint à la sphère domestique— au début du XXe siècle.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Certains articles traitant de Lefort et de sa galerie sont également accompagnés d’une photographie qui la présente tenant dans ses bras son animal domestique, aux côtés d’une ou de plusieurs œuvres qu’elle expose (Gagnon, 1960: 104; Oligny, 1961: 2; Vaillancourt 1958: 40). Pour chacune de ces photographies répertoriées, les journalistes omettent, dans leurs légendes d’accompagnement, le nom des peintres dont on aperçoit les toiles, en orientant plutôt leur commentaire sur la présence du chien de Lefort dans l’image. Les autres photographies de Lefort publiées dans la presse écrite la montrent tantôt posant devant des toiles qu’elle expose, tantôt en mouvement devant une toile, aux côtés d’une personne, comme si elle lui indiquait quelque détail ou expliquait quelque démarche artistique.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Quelques auteurs créent plutôt des rapprochements entre la profession de galeriste de Lefort et les tâches quotidiennes des femmes au foyer, comme dans cette citation reprise dans le périodique féminin&lt;em&gt; Chic&lt;/em&gt;: «Je conduis ma galerie comme je conduirais ma cuisine […]» («Devenue marchande, pour faire œuvre d’éducation», 1954: 6). D’autres situent son activité de galeriste dans le prolongement du rôle d’hôtesse avenante attribué aux femmes au foyer, rôle qu’on oppose à l’attitude hautaine et condescendante qui serait habituellement associée aux directeurs de galeries (Cheyne, 1955: 10; Desrameaux, 1956: 7).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En somme, les traits tant physiques que caractériels liés à la «nature» féminine de Lefort ont été abondamment décrits dans la presse écrite. Dans certains cas, on utilisait ces représentations pour faire remarquer que Lefort avait réussi à gérer une galerie avec succès, en usant certainement de qualités dites masculines, mais sans que sa féminité n’ait été entamée. Dans d’autres cas, comme il l’a été démontré en première partie de cet article, ce sont plutôt ses qualités féminines telles l’altruisme et le don de soi qui ont été utilisées pour expliquer son succès.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les représentations de Lavigueur, Millman et Lefort dans les médias ont très certainement participé à la construction (ou l’absence de construction) d’un discours autour de ces figures et de leur apport à la discipline de l’histoire de l’art. Leur inscription par la critique dans une certaine continuité historique avec les Montréalaises organisant des expositions durant les années 1910 et 1920 dans des objectifs de bienfaisance ou pour sensibiliser le public à l’art et au bon goût a certainement influencé la perception du rôle de ces femmes dans l’histoire de l’art au Québec. D’une part, cette mise en valeur de la poursuite d’une tradition a permis que des femmes puissent exercer l’occupation de galeriste sans que cette situation ne soit dénoncée ou critiquée dans la presse écrite. De surcroît, au nom de cette tradition féminine, les femmes galeristes ont pu se permettre de présenter des pratiques artistiques que la majorité des autres galeries commerciales n’osaient pas encore exposer. L’art canadien a pu être diffusé par ces femmes à cause du rôle traditionnel de transmission et de mise en valeur d’une culture nationale qui leur était attribué, la non figuration gestuelle étant par ailleurs liée à la supposée sensibilité féminine. D’autre part, cette inscription dans une tradition féminine a certainement causé une dévalorisation de leurs apports spécifiques à l’histoire de l’art.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Se sentant inconfortable dans la fonction de mère au foyer, restreinte à la cellule domestique, Lavigueur a décidé d’élargir ses frontières en créant un espace d’émancipation où elle pouvait se consacrer à une activité de diffusion artistique qui la stimulait. La presse écrite a certes salué cette initiative, mais la qualifiait toujours d’activité de loisir en prolongement du rôle de femme au foyer de Lavigueur. Quant à Millman, au-delà du silence qui entoure son implication dans la création et la gestion des galeries Dominion et West End, elle a été qualifiée par la presse écrite d’«amateure» (parfois de manière péjorative) et de femme ayant su s’entourer d’hommes bien renseignés. Or, tout nous incite à considérer que son apport venait au contraire de son attachement à l’art&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref13_r8riw6t&quot; title=&quot;Le terme «amateur», tant en français qu’en anglais, peut être compris en opposition à « professionnel » (il désigne alors une personne inexpérimentée qui exerce une activité à titre de loisir), mais peut aussi qualifier une personne démontrant un profond intérêt envers quelque chose.&quot; href=&quot;#footnote13_r8riw6t&quot;&gt;13&lt;/a&gt;, et ce, à une époque où les galeristes étaient plutôt des marchands de tableaux. Pour ce qui est de Lefort, l’évocation de ses traits physiques venait rappeler que, malgré ses capacités de gestionnaire et le succès qu’elle avait atteint, il s’agissait incontestablement d’une femme.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Finalement, bien que les représentations de ces trois galeristes témoignent de diverses facettes de la représentation sociale du féminin de l’époque, le fait que des articles leur soient consacrés rend tout de même compte d’une certaine reconnaissance de leur présence dans le paysage des arts visuels montréalais. Néanmoins, cette reconnaissance nous apparaît fondée sur une conception traditionnelle du rôle des femmes, conception qu’elle contribue à reproduire dans la mesure où elle fait fi de leur démarche non conventionnelle et de leurs apports à l’histoire de l’art au Québec.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Références&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;ALLAIRE, Emilia. 1960. «L’ATELIER, galerie d’art reçoit les Habitués des “Jeudis”», &lt;em&gt;Le Temps&lt;/em&gt; (Québec), 28 avril, p. 14.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;AQUIN, Stéphane. 1992. «Chasse-galeries. 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En ligne:&amp;nbsp;&lt;a href=&quot;http://classiques.uqac.ca/contemporains/arbour_rose_marie/champ_art_moderne/champ_art_moderne.pdf&quot;&gt;http://classiques.uqac.ca/contemporains/arbour_rose_marie/champ_art_mode...&lt;/a&gt; (consulté le 29 novembre 2012)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BARRY, Francine. 1977. &lt;em&gt;Le travail de la femme au Québec: L’évolution de 1940 à 1970&lt;/em&gt;, Montréal: Les Presses de l’Université du Québec.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BECKER, Howard S. 1988. &lt;em&gt;Les Mondes de l’art&lt;/em&gt;. Trad. de l’anglais par Jeanne Bouniort, Paris: Flammarion.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;CARRIÈRE, Gabrielle. 1942. &lt;em&gt;Comment gagner sa vie. 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Aspects historiques&lt;/em&gt;, éd. corr., Montréal: Éditions du Boréal Express.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;LORANGER, Louis J. 1899. «De l’incapacité légale de la femme mariée», thèse de doctorat en droit, Québec: Université Laval.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;LORRAIN, Roland. 1955. «Agnès Lefort. Peintresse —Animatrice d’avant garde», &lt;em&gt;Le Devoir du dimanche. Supplément pour la famille&lt;/em&gt; (Montréal), 24 septembre, p. 3; 12-13.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;MARCOTTE, Julie. 2000. &lt;em&gt;Les galeries Denyse Delrue (1957-1984)&lt;/em&gt;, mémoire de maîtrise en étude des arts, Montréal: Université du Québec à Montréal.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;MONTBIZON, Rea. 1964. «A Visit with Agnes Lefort», &lt;em&gt;The Gazette&lt;/em&gt; (Montréal), 19 septembre, p. 26.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;OLIGNY, Odette. 1961. «Pour Agnès Lefort, le peintre doit être avant tout un créateur», &lt;em&gt;La Patrie du dimanche &lt;/em&gt;(Montréal), 19 mars, p. 2.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;PAGEOT, Édith-Anne. 2008. «Une voix féminine dans l’espace public. La Galerie Dominion, 1941-1956», &lt;em&gt;Globe, revue internationale d’études québécoises&lt;/em&gt;, vol. 11, no 2, p. 185-203.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;PIERSON, Ruth Roach. 1983. &lt;em&gt;Les Canadiennes et la Seconde Guerre mondiale&lt;/em&gt;, Ottawa: Société historique du Canada.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;ROBERT, Guy. 1977. &lt;em&gt;L’art au Québec depuis 1940&lt;/em&gt;, Montréal: La Presse.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;ROBILLARD, Yves. 1985. «L’histoire des galeries Denyse Delrue», &lt;em&gt;Cahiers des arts visuels au Québec&lt;/em&gt;, no 27 (automne). Montréal: Éditions Cahiers, p. 3-15.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;ROCHER, Guy. 1962. «Les modèles et le statut de la femme canadienne-française», &lt;em&gt;Revue internationale des sciences sociales&lt;/em&gt;, vol. 14, no 1, p. 132-138. Édition numérique réalisée le 16 septembre 2004 à Chicoutimi (Québec) pour &lt;em&gt;Les Classiques des sciences sociales&lt;/em&gt;. En ligne: &lt;a href=&quot;http://classiques.uqac.ca/contemporains/unesco_riss/images_femme_societe/images_de_la_femme.pdf&quot;&gt;http://classiques.uqac.ca/contemporains/unesco_riss/images_femme_societe...&lt;/a&gt;, p. 125-131 (consulté le 29 novembre 2012)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;SAINT-MARTIN, Fernande. 1960. «La Châtelaine d’aujourd’hui», &lt;em&gt;Châtelaine&lt;/em&gt;, octobre, p. 1.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;________. 1961. «Comment éduquer nos filles?», &lt;em&gt;Châtelaine&lt;/em&gt;, novembre, p. 1.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;SARRAZIN, Jean. 1961. «La confiance des artistes reste le meilleur souvenir d’Agnès Lefort», &lt;em&gt;Le Nouveau Journal&lt;/em&gt; (Montréal), 23 septembre, p. 26.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;SELIGSON, Lou. 1972. «Max Stern: Big Gun in the World of Art», &lt;em&gt;The Montreal Star&lt;/em&gt; (Montréal), 3 novembre, p. 5.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;SICOTTE, Hélène. 1996. &lt;em&gt;La Galerie Agnès Lefort: les années fondatrices: 1950-1961&lt;/em&gt;, Montréal: H. Sicotte.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;SICOTTE, Hélène (commissaire) et GALERIE LEONARD &amp;amp; BINA ELLEN, Montréal. 1996. L&lt;em&gt;a galerie Agnès Lefor : Montréal 1950-1961. The Agnès Lefort Gallery: Montreal 1950-1961&lt;/em&gt;, catalogue d’exposition (Montréal, Galerie Leonard &amp;amp; Bina Ellen, 23 avril - 1er juin 1996), Montréal: Galerie Leonard &amp;amp; Bina Ellen.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;

&lt;section  class=&quot;footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed&quot; data-collapsible-show-label=&quot;Notes&quot; data-collapsible-hide-label=&quot;Notes&quot;&gt;&lt;ul class=&quot;footnotes collapsible-content&quot;&gt;&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote1_ytlkoxq&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref1_ytlkoxq&quot;&gt;1.&lt;/a&gt; Julie Marcotte et Yves Robillard traitaient de la galeriste Denyse Delrue, qui a entre autres fondé les première et seconde Galerie Denyse Delrue (respectivement en 1957 et 1959), alors qu’Hélène Sicotte, individuellement d’abord, puis conjointement avec la Galerie Leonard &amp;amp; Bina Ellen, s’intéressait à Agnès Lefort, dont il sera question dans cet article.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote2_ci96k2q&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref2_ci96k2q&quot;&gt;2.&lt;/a&gt; À ce sujet, voir entre autres &lt;em&gt;L’école rose… Et les cols roses : la reproduction de la division sociale des sexes &lt;/em&gt;de Francine Descarries-Bélanger (1980), ainsi que&lt;em&gt; Les Canadiennes et la Seconde Guerre mondiale&lt;/em&gt; de Ruth Roach Pierson (1983).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote3_7yry38z&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref3_7yry38z&quot;&gt;3.&lt;/a&gt;  Sur le sujet, voir le mémoire de maîtrise en histoire de Marie-Anne Sauvé, «La représentation du travail rémunéré des femmes pendant la Seconde Guerre mondiale, à travers le journal &lt;em&gt;La Presse&lt;/em&gt;, Québec, 1939 à 1945», déposé en 1986 à l’Université du Québec à Montréal, ainsi que l’étude de Jocelyne Valois, «La presse féminine et le rôle social de la femme» (1967), qui se trouve en bibliographie.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote4_l3m1bad&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref4_l3m1bad&quot;&gt;4.&lt;/a&gt; Esther Trépanier énumère ces expositions : Mlle Patricia Irwin expose au 40, rue Drummond, des œuvres de Charles de Belle (1873-1939) en 1915; Lady Mortimer Davis organise une exposition à son domicile de l’avenue des Pins en 1923; Mme E. Maxwell présente une exposition au 312, rue Peel, en 1925; et Mme Chowne expose en 1925 les œuvres d’une douzaine d’artistes canadiens (certains ne sont alors pas reconnus comme traditionnalistes) au 40, McGill College (Trépanier, 1997: 70-71).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote5_wcukw8u&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref5_wcukw8u&quot;&gt;5.&lt;/a&gt; Par exemple, Trépanier recense la couverture médiatique, en octobre 1923, d’une exposition organisée pour l’Hôpital Notre-Dame par Mme Athanase David (Trépanier, 1997: 79).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote6_btbe300&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref6_btbe300&quot;&gt;6.&lt;/a&gt; En effet, la plupart des galeries d’art exposent l’art de maîtres anciens européens, et peu osent exposer la production d’artistes canadiens ou encore celle d’artistes actifs. Le peu de risque associé à la vente du premier type de marchandise est lié au concept de rareté (un artiste décédé ne produira jamais davantage, et la provenance éloignée des œuvres contribue également à cette rareté) et à l’absence de nécessité de susciter chez le public un changement de valeurs esthétiques (Becker, 1988: 128). Par conséquent, la mise en marché d’œuvres avant-gardistes produites par des artistes canadiens, comme le font les galeristes de notre corpus, comporte un risque bien plus élevé.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote7_c2p0p9x&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref7_c2p0p9x&quot;&gt;7.&lt;/a&gt; Voir entre autres les articles «Galerie dans le salon» publié dans &lt;em&gt;Le Petit Journal&lt;/em&gt; en 1960 et «Housewife Opens Suburb Home for Art Show» publié la même année dans le &lt;em&gt;Winnipeg Free Press&lt;/em&gt;. Le titre d’une section de ce dernier article, «Family Interested», est significatif de l’importance accordée par la presse écrite à l’approbation familiale du projet.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote8_i6ltyyj&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref8_i6ltyyj&quot;&gt;8.&lt;/a&gt; Betty Friedan étudie à l’intérieur de son ouvrage un phénomène qui atteindrait plusieurs femmes au foyer américaines et qu’elle nomme (ou plutôt ne nomme pas) «l’indéfinissable malaise» («the problem that has no name»). Cet indéfinissable malaise implique que ces femmes sont malheureuses et sous l’emprise d’un sentiment mélancolique, malgré le fait qu’elles mènent un mariage et une vie de famille convenables et qu’elles connaissent un certain niveau de confort matériel. Friedan indique que ces femmes se retrouvent alors blasées par leur situation de femme au foyer, qu’elles ne trouvent ni stimulante ni épanouissante. Cette situation —cette vie— ne leur convient plus, mais elles se retrouvent emprisonnées dans un rôle que la société leur a attribué.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote9_1znl20w&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref9_1znl20w&quot;&gt;9.&lt;/a&gt; L’article de Tourangeau (1982: C20) est représentatif de cette désinformation: «Aussi s’est-il [Max Stern] empressé dès son arrivée à Montréal de fonder, en 1941, une galerie […]». Voir également Aquin, 1992 : 25 et Conlogue, 1992 : C3.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote10_n7hppiu&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref10_n7hppiu&quot;&gt;10.&lt;/a&gt; Voir à titre d’exemple l’article de Houle, qui présente un historique de la Galerie Dominion et élude la figure de Millman en ne la nommant qu’à deux reprises, pour les années 1941 et 1942, même si elle en a été la gestionnaire et co-propriétaire jusqu’en 1947 (1992-1993: 54).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote11_hitkaaj&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref11_hitkaaj&quot;&gt;11.&lt;/a&gt; Millman dirige ensuite la West End Art Gallery, de 1948 à 1954, mais cette galerie ainsi que la réception critique de ses expositions ont été, jusqu’à maintenant, très peu étudiés. Nous souhaitons pouvoir pousser plus loin nos recherches sur le sujet, mais il semblerait que la presse écrite, au moment de la gestion par Millman de la West End, commente les expositions qui y sont présentées sans traiter de la galeriste.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote12_p07y5ii&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref12_p07y5ii&quot;&gt;12.&lt;/a&gt; Nous pensons à Stern, mais également à l’historien et critique d’art Maurice Gagnon qui a organisé plusieurs expositions à la Dominion et aurait conseillé à Millman de défendre l’art vivant canadien.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote13_r8riw6t&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref13_r8riw6t&quot;&gt;13.&lt;/a&gt; Le terme «amateur», tant en français qu’en anglais, peut être compris en opposition à « professionnel » (il désigne alors une personne inexpérimentée qui exerce une activité à titre de loisir), mais peut aussi qualifier une personne démontrant un profond intérêt envers quelque chose.&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;/section&gt;&lt;/div&gt;
      &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
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      &lt;div class=&quot;field-label&quot;&gt;Année de parution: &lt;/div&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&lt;span class=&quot;date-display-single&quot; property=&quot;dc:date&quot; datatype=&quot;xsd:dateTime&quot; content=&quot;2013-01-01T00:00:00-05:00&quot;&gt;2013&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
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      &lt;div class=&quot;field-label&quot;&gt;Période historique: &lt;/div&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&lt;a href=&quot;/fr/taxonomy/term/101&quot; typeof=&quot;skos:Concept&quot; property=&quot;rdfs:label skos:prefLabel&quot;&gt;1940-1960&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item odd&quot;&gt;&lt;a href=&quot;/fr/taxonomy/term/97&quot; typeof=&quot;skos:Concept&quot; property=&quot;rdfs:label skos:prefLabel&quot;&gt;XXe siècle&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item odd&quot;&gt;&lt;a href=&quot;/fr/taxonomy/term/167&quot; typeof=&quot;skos:Concept&quot; property=&quot;rdfs:label skos:prefLabel&quot;&gt;femme&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item odd&quot;&gt;&lt;a href=&quot;/fr/taxonomy/term/180&quot; typeof=&quot;skos:Concept&quot; property=&quot;rdfs:label skos:prefLabel&quot;&gt;création&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&lt;a href=&quot;/fr/taxonomy/term/919&quot; typeof=&quot;skos:Concept&quot; property=&quot;rdfs:label skos:prefLabel&quot;&gt;discours&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item odd&quot;&gt;&lt;a href=&quot;/fr/taxonomy/term/54546&quot; typeof=&quot;skos:Concept&quot; property=&quot;rdfs:label skos:prefLabel&quot;&gt;représentations&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
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&lt;/div&gt;
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      &lt;div class=&quot;field-label&quot;&gt;Contexte géographique: &lt;/div&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&lt;a href=&quot;/fr/taxonomy/term/24&quot; typeof=&quot;skos:Concept&quot; property=&quot;rdfs:label skos:prefLabel&quot;&gt;Canada&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item odd&quot;&gt;&lt;a href=&quot;/fr/taxonomy/term/26&quot; typeof=&quot;skos:Concept&quot; property=&quot;rdfs:label skos:prefLabel&quot;&gt;Québec&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&lt;a href=&quot;/fr/taxonomy/term/53490&quot; typeof=&quot;skos:Concept&quot; property=&quot;rdfs:label skos:prefLabel&quot;&gt;Montréal&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
      &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
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      &lt;div class=&quot;field-label&quot;&gt;Champs disciplinaires: &lt;/div&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&lt;a href=&quot;/fr/taxonomy/term/55&quot; typeof=&quot;skos:Concept&quot; property=&quot;rdfs:label skos:prefLabel&quot;&gt;arts&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
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&lt;/div&gt;
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      &lt;div class=&quot;field-label&quot;&gt;Type de publication: &lt;/div&gt;
    &lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&lt;a href=&quot;/fr/taxonomy/term/54481&quot; typeof=&quot;skos:Concept&quot; property=&quot;rdfs:label skos:prefLabel&quot;&gt;Cahiers de l&amp;#039;IREF&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
      &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
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      &lt;div class=&quot;field-label&quot;&gt;Teaser: &lt;/div&gt;
    &lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;Notre recherche vise à pallier quelque peu cette lacune en abordant la situation des femmes fondatrices et gestionnaires d’une galerie d’art à Montréal durant les décennies 1940, 1950 et début 1960. Dans ces quelques pages, nous nous intéressons aux représentations véhiculées dans les journaux et périodiques de l’époque (ainsi que quelques imprimés plus récents) de trois de ces femmes galeristes actives entre 1941 et 1961. &lt;/div&gt;
      &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class=&quot;field field-name-field-citation-ref field-type-entityreference field-label-above&quot;&gt;
      &lt;div class=&quot;field-label&quot;&gt;Pour citer ce document: &lt;/div&gt;
    &lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&lt;span class=&quot;biblio-authors&quot; &gt;&lt;a href=&quot;/fr/biblio?f%5Bauthor%5D=7042&quot; rel=&quot;nofollow&quot;&gt;Lafleur, Geneviève&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;. 2013. « &lt;a href=&quot;/fr/biblio/recurrences-dans-les-representations-du-feminin-dans-la-presse-ecrite-chez-les-galeristes&quot;&gt;&lt;span class=&quot;biblio-title&quot; &gt;Récurrences dans les représentations du féminin dans la presse écrite chez les galeristes montréalaises Lavigueur, Lefort et Millman&lt;/span&gt;&lt;/a&gt; ». En ligne sur le site de l’Observatoire de l’imaginaire contemporain. &amp;lt;&lt;a href=&quot;https://oic.uqam.ca/fr/articles/recurrences-dans-les-representations-du-feminin-dans-la-presse-ecrite-chez-les-galeristes&quot;&gt;https://oic.uqam.ca/fr/articles/recurrences-dans-les-representations-du-feminin-dans-la-presse-ecrite-chez-les-galeristes&lt;/a&gt;&amp;gt;. Consulté le 1 mai 2023. Publication originale : (&lt;span  style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;De l&#039;assignation à l&#039;éclatement. Continuités et ruptures dans les représentations des femmes&lt;/span&gt;. 2013. Montréal : Institut de recherches et d&#039;études féministes (IREF). coll. Agora, vol. Cahier de l&#039;IREF).&lt;span class=&quot;Z3988&quot; title=&quot;ctx_ver=Z39.88-2004&amp;amp;rft_val_fmt=info%3Aofi%2Ffmt%3Akev%3Amtx%3Adc&amp;amp;rft.title=R%C3%A9currences+dans+les+repr%C3%A9sentations+du+f%C3%A9minin+dans+la+presse+%C3%A9crite+chez+les+galeristes+montr%C3%A9alaises+Lavigueur%2C+Lefort+et+Millman&amp;amp;rft.isbn=978-2-922045-42-0&amp;amp;rft.date=2013&amp;amp;rft.volume=Cahier+de+l%26%23039%3BIREF&amp;amp;rft.aulast=Lafleur&amp;amp;rft.aufirst=Genevi%C3%A8ve&amp;amp;rft.pub=Institut+de+recherches+et+d%26%23039%3B%C3%A9tudes+f%C3%A9ministes+%28IREF%29&amp;amp;rft.place=Montr%C3%A9al&quot;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
      &lt;/div&gt;
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&lt;/div&gt;
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      &lt;div class=&quot;field-label&quot;&gt;Pour citer ce document (Computed): &lt;/div&gt;
    &lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&amp;lt;span class=&amp;quot;biblio-authors&amp;quot; &amp;gt;Lafleur, Geneviève&amp;lt;/span&amp;gt;. 2013. « &amp;lt;span class=&amp;quot;biblio-title&amp;quot; &amp;gt;Récurrences dans les représentations du féminin dans la presse écrite chez les galeristes montréalaises Lavigueur, Lefort et Millman&amp;lt;/span&amp;gt; ». En ligne sur le site de l’Observatoire de l’imaginaire contemporain. &amp;amp;lt;https://oic.uqam.ca/fr/articles/recurrences-dans-les-representations-du-feminin-dans-la-presse-ecrite-chez-les-galeristes&amp;amp;gt;.  Publication originale : (&amp;lt;span  style=&amp;quot;font-style: italic;&amp;quot;&amp;gt;De l&amp;#039;assignation à l&amp;#039;éclatement. Continuités et ruptures dans les représentations des femmes&amp;lt;/span&amp;gt;. 2013. Montréal : Institut de recherches et d&amp;#039;études féministes (IREF). coll. Agora, vol. Cahier de l&amp;#039;IREF).&amp;lt;span class=&amp;quot;Z3988&amp;quot; title=&amp;quot;ctx_ver=Z39.88-2004&amp;amp;amp;rft_val_fmt=info%3Aofi%2Ffmt%3Akev%3Amtx%3Adc&amp;amp;amp;rft.title=R%C3%A9currences+dans+les+repr%C3%A9sentations+du+f%C3%A9minin+dans+la+presse+%C3%A9crite+chez+les+galeristes+montr%C3%A9alaises+Lavigueur%2C+Lefort+et+Millman&amp;amp;amp;rft.isbn=978-2-922045-42-0&amp;amp;amp;rft.date=2013&amp;amp;amp;rft.volume=Cahier+de+l%26%23039%3BIREF&amp;amp;amp;rft.aulast=Lafleur&amp;amp;amp;rft.aufirst=Genevi%C3%A8ve&amp;amp;amp;rft.pub=Institut+de+recherches+et+d%26%23039%3B%C3%A9tudes+f%C3%A9ministes+%28IREF%29&amp;amp;amp;rft.place=Montr%C3%A9al&amp;quot;&amp;gt;&amp;lt;/span&amp;gt;&lt;/div&gt;
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 <pubDate>Tue, 03 May 2022 12:08:43 +0000</pubDate>
 <dc:creator>Alexia Giroux</dc:creator>
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 <title>Répercussions du discours antiféministe dans les médias sur le mouvement des femmes québécois</title>
 <link>https://oic.uqam.ca/fr/articles/repercussions-du-discours-antifeministe-dans-les-medias-sur-le-mouvement-des-femmes</link>
 <description>&lt;div class=&quot;field field-name-body field-type-text-with-summary field-label-hidden&quot;&gt;
    &lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item even&quot; property=&quot;content:encoded&quot;&gt;&lt;p&gt;Au cours des dernières décennies, le mouvement des femmes québécois a connu des transformations importantes et celles-ci ont été expliquées par des causes internes (dynamiques entre les groupes de femmes, changements de &lt;em&gt;leaders&lt;/em&gt; politiques, etc.) ainsi que par des causes externes (mondialisation, néolibéralisme et montée des conservatismes, médias). Toutefois, nous croyons qu’il est aussi essentiel d’étudier la relation entre un mouvement social et le contre-mouvement qui y est associé, dans le cas présent le mouvement des femmes et l’antiféminisme.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’approche des contre-mouvements dans la théorie de la mobilisation des ressources permet en effet une compréhension dynamique du phénomène, en tenant compte des interactions entre le mouvement initial et le contre-mouvement, du rôle des élites, de la capacité d’adopter de nouvelles stratégies et de nouvelles actions ainsi que du processus d’influence entre ceux-ci (Sommier, 2009: 159). Cette approche repose sur l’idée que tout mouvement social qui a une certaine visibilité et qui connaît du succès créera les conditions nécessaires à l’émergence et à la mobilisation d’un contre-mouvement (Zald et Useem, 1986: 247-248; Meyer et Staggenborg, 1996: 1630). Ces dernières sont au nombre de trois: le succès du mouvement social initial, la menace des privilèges d’une partie de la population et la disponibilité d’alliés du contre-mouvement, tels que des acteurs politiques, des personnes du domaine des affaires, etc. (Meyer et Staggenborg, 1996: 1635). Un contre-mouvement «se place donc à la fois en réaction à un mouvement initial et en dépendance à son égard. Deux perspectives d’analyse sont ainsi tracées: les conditions d’émergence et les interactions qu’il noue avec son mentor» (Sommier, 2009: 155). Par conséquent, les interactions entre le contre-mouvement et le mouvement initial influencent les valeurs, les objectifs, les tactiques et les modes d’action des deux mouvements. (Sommier, 2009: 157). Un contre-mouvement grandit et améliore sa situation lorsqu’il parvient à montrer les effets dangereux et nuisibles du mouvement initial (Zald et Useem 1986: 248). Le mouvement initial tente de neutraliser, confronter et discréditer le contre-mouvement qui s’oppose à lui, car lorsque ce dernier connaît du succès, le mouvement initial est obligé d’être en mode défensif pour tenter de maintenir le&lt;em&gt; statu quo&lt;/em&gt; (Sommier, 2009: 159). Comme l’opposition entre ces deux mouvements se développe continuellement, la nature des interactions entre ceux-ci évolue également (Meyer et Staggenborg 1996: 1645).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ce texte présente les résultats d’une recherche menée dans le cadre de notre mémoire de maîtrise&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref1_akpddq5&quot; title=&quot;Comment comprendre les transformations du mouvement des femmes? Analyse des répercussions de l’antiféminisme au Québec, mémoire de maîtrise (science politique), Université de Montréal, 2011.&quot; href=&quot;#footnote1_akpddq5&quot;&gt;1&lt;/a&gt;, qui portait sur les transformations du mouvement des femmes et les répercussions du discours antiféministe sur lui. L’objectif du présent texte&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref2_w6kfxur&quot; title=&quot;Je tiens à remercier Krystelle Chrétien et Julie Robillard pour la relecture de ce texte et leurs commentaires.&quot; href=&quot;#footnote2_w6kfxur&quot;&gt;2&lt;/a&gt; est d’analyser les interactions entre le mouvement des femmes québécois et le contre-mouvement masculiniste telles qu’elles sont révélées par l’analyse d’articles de la presse écrite. Ainsi, après une brève présentation de nos résultats sur la présence des discours antiféministes dans les médias, nous traiterons de l’argumentaire masculiniste qui est présent dans les deux journaux retenus, pour enfin aborder la question des répercussions de ces discours sur le mouvement des femmes québécois.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Pour mieux situer le cadre de notre analyse, précisions que nous étudions les articles portant sur les thématiques masculinistes&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref3_3c4wu7b&quot; title=&quot;Au Québec, l’antiféminisme prend une forme masculiniste; c’est donc pour cette raison que nous parlons de thématiques masculinistes. Pour plus de détails, voir Blais et Dupuis-Déri, 2008.&quot; href=&quot;#footnote3_3c4wu7b&quot;&gt;3&lt;/a&gt; qui sont parus dans &lt;em&gt;La Presse&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Le Soleil &lt;/em&gt;entre 1985 et 2009. Si nous avons fait débuter la période couverte par notre analyse en 1985, c’est afin de vérifier l’hypothèse selon laquelle la tuerie de Polytechnique a réellement eu des répercussions sur l’émergence (ou la résurgence) de l’antiféminisme au Québec. Elle se termine en 2009 pour inclure les actions du groupe Fathers-4-Justice, qui ont débuté vers 2005 au Québec. Les thématiques retenues pour colliger les articles sont: condition et identité masculine; suicide des hommes; droits des pères divorcés; difficultés scolaires des garçons; violence conjugale et dérives du féminisme.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Pour repérer et analyser les réactions du mouvement des femmes à ces discours antiféministes, nous avons analysé diverses publications diffusées par la Fédération des femmes du Québec (rapports d’activités, la &lt;em&gt;Petite Presse&lt;/em&gt; et le &lt;em&gt;Féminisme en bref&lt;/em&gt;) au cours de cette même période.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Discours antiféministes dans les médias au Québec&amp;nbsp;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Nous avons trouvé 219 articles (voir Graphique 1) portant sur des thématiques masculinistes dans &lt;em&gt;Le Soleil &lt;/em&gt;et 283 dans &lt;em&gt;La Presse&lt;/em&gt;, ce qui représente un total de 502 articles parus entre 1985 et 2009.&lt;/p&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;73453&quot; view_mode=&quot;embed_large&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;p&gt;Le premier constat pouvant être fait est que très peu, voire aucun article portant sur des thématiques masculinistes n’a été publié dans les deux quotidiens avant les années 1990. Les premiers articles recensés dans&lt;em&gt; La Presse &lt;/em&gt;ont été publiés en 1988 et ceux retrouvés dans &lt;em&gt;Le Soleil&lt;/em&gt;, en 1992. Nous observons toutefois qu’à partir des années 1990, le nombre d’articles augmente graduellement et que celui-ci atteint des sommets beaucoup plus importants au cours des années 2000. Plusieurs auteures ont affirmé que la tuerie de l’École Polytechnique du 6 décembre 1989 avait été déterminante dans la montée des discours antiféministes. Diane Lamoureux (2008: 16) estime qu’il y a une «montée de l’antiféminisme dans le discours public à partir des événements de Polytechnique» et Micheline Dumont (2008: 198) affirme que «cet événement a marqué le début d’un antiféminisme ouvert et tonitruant». Mélissa Blais et Francis Dupuis-Déri (2008: 24) considèrent, pour leur part, que Polytechnique «agira, au final, comme catalyseur de la mouvance masculiniste qui se constituera en véritable mouvement social dans les années 1990».&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Nos données ne nous permettent toutefois pas de confirmer que la tragédie de Polytechnique a réellement joué un rôle catalyseur dans la diffusion des discours antiféministes par les médias, du moins pas à partir de ce que nous révèle l’analyse de la presse écrite, puisque c’est beaucoup plus tardivement que le nombre d’articles sur les thématiques masculinistes connaîtra une croissance importante. C’est effectivement durant les années 2000, avec des sommets entre 2002 et 2005, que se publie le plus grand nombre d’articles portant sur des thématiques masculinistes; il faut donc trouver d’autres facteurs pour expliquer cette croissance.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les graphiques 2 et 3&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref4_3doas6y&quot; title=&quot;Il faut prendre en considération qu’un article peut contenir plusieurs thématiques, ce qui explique que ces données ne correspondent pas au nombre total d’articles qui composent le corpus.&quot; href=&quot;#footnote4_3doas6y&quot;&gt;4&lt;/a&gt;montrent que les thématiques masculinistes, comme l’importance qui leur est accordée, n’évoluent pas de façon similaire et que des variations importantes s’observent d’une année à l’autre.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;73454&quot; view_mode=&quot;embed_large&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;73455&quot; view_mode=&quot;embed_large&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;p&gt;Comme l’évolution des thématiques n’est pas constante ou progressive, il est possible d’envisager qu’elle est généralement liée à des événements ou à des actions spécifiques. Ceci se vérifie plus spécialement pour les sujets portant sur la condition masculine, les droits des pères et la réussite scolaire des garçons. Par exemple, dans les deux journaux analysés, la thématique des droits des pères occupe un espace particulièrement important en 1997-1998, comme en 2005-2006. Or, les années 1997 et 1998 sont marquées par un projet de loi sur les pensions alimentaires, par un rapport sur la refonte de la Loi sur le divorce et par la mise sur pied d’un comité sur la garde des enfants. À partir de 2005 et dans les années qui suivent, la thématique des droits des pères est beaucoup plus présente dans les médias, vraisemblablement en raison des différentes actions d’éclat du groupe Fathers-4-Justice et des démêlés avec la justice de certains membres de cette organisation. La présence du discours antiféministe dans les médias peut donc être interprétée comme intimement liée aux actions menées par les groupes masculinistes et à leur capacité de faire parler de ces thématiques.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Orientation du contenu&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans les deux quotidiens, nous notons que la thématique de la condition masculine est celle qui revient le plus souvent. En effet, elle se retrouve dans 51,6 % des articles relevés dans &lt;em&gt;La Presse &lt;/em&gt;et dans 44,3 % de ceux du &lt;em&gt;Soleil&lt;/em&gt;. Les thématiques de la réussite scolaire des garçons et des droits des pères arrivent respectivement en 2e et 3e positions. Les deux thématiques les moins présentes sont celles du suicide des hommes et de la violence conjugale. Enfin, l’idée que le féminisme est allé trop loin se retrouve dans 30 % des articles de &lt;em&gt;La Presse&lt;/em&gt; et dans 20,5 % des articles du &lt;em&gt;Soleil&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Chacun des articles recensés pour notre étude est classé selon l’orientation globale de son contenu et de l’argumentaire qui y était utilisé. Ainsi, l’orientation d’un article est établie comme étant neutre, masculiniste, féministe ou bien à la fois féministe et masculiniste. Dans &lt;em&gt;La Presse&lt;/em&gt;, 47,4 % des articles relevés ont un contenu masculiniste, 10,9 % ont un contenu féministe, 32,9 % sont neutres et 8,8 % ont un contenu qui est à la fois masculiniste et féministe. En ce qui concerne &lt;em&gt;Le Soleil&lt;/em&gt;, 39,3 % des articles relevés ont un contenu masculiniste et 10 % un contenu féministe, 43,8 % sont neutres, et 6,9 % ont un contenu à la fois masculiniste et féministe. L’une des raisons qui peuvent expliquer la différence de l’orientation de contenu entre les deux journaux est qu’un plus grand nombre d’articles provenant de la &lt;em&gt;Presse canadienne&lt;/em&gt; est présent dans &lt;em&gt;Le Soleil&lt;/em&gt;. Dans&lt;em&gt; La Presse&lt;/em&gt;, une très grande majorité des articles sont écrits par des journalistes, chroniqueurs ou éditorialistes engagés par le journal ou sont des articles d’opinion, ce qui a pour conséquence que nous y retrouvons moins d’articles de la &lt;em&gt;Presse canadienne&lt;/em&gt;. Les textes provenant de&lt;em&gt; La Presse canadienne&lt;/em&gt; ont généralement un contenu plus neutre. Dans l’ensemble, nous constatons que l’orientation des articles est rarement féministe et que c’est l’argumentaire masculiniste qui est le plus utilisé. Aussi, même si beaucoup de textes sont neutres, les thématiques masculinistes sont tout de même présentes dans les médias, que ce soit à cause d’actions de la part de groupes (membre de Fathers-4-Justice sur le pont Jacques-Cartier) qui sont rapportées dans l’actualité ou à cause d’événements (un colloque sur la condition masculine).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Argumentaire masculiniste&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le discours masculiniste ne remet pas systématiquement en question les avancées du mouvement des femmes; il dénonce toutefois le «pouvoir excessif» des femmes. Selon cette perspective, ou l’égalité entre les femmes et les hommes serait déjà atteinte, ou les inégalités se seraient maintenant inversées; le masculinisme se présente en l’occurrence comme une forme de rééquilibrage de la société après les bouleversements engendrés par le féminisme (Blais et Dupuis-Déri, 2008: 11-12; Lamoureux, 2006: 42-45; Trat, Lamoureux et Pfefferkorn, 2006: 22). Il s’agit donc généralement d’un discours sur la situation des hommes qui est alarmiste et qui fait référence à plusieurs problématiques pour appuyer la thèse de leur désarroi: le suicide des hommes, la réussite scolaire des garçons, la violence conjugale et les droits des pères (Blais et Dupuis-Déri, 2008: 11-13, 30).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Comme nous l’avons déjà mentionné, nos données montrent que le thème de la condition masculine est celui qui est le plus présent dans les articles et qu’il s’agit du thème central du discours masculiniste. En effet, il existe plusieurs liens entre cette thématique et les autres. L’accent est surtout mis sur le malheur, la souffrance, le désarroi et les questionnements des hommes. Cet extrait d’une chronique d’Yves Boisvert (2004: A5) dans &lt;em&gt;La Presse&lt;/em&gt; présente bien l’argumentaire masculiniste sur la condition masculine:&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;L’homme ne sait plus qui il est. Il ne sait plus où est sa place. Il est silencieux, mais il n’en pense pas moins. Les enquêtes le disent. Jusque dans les replis de sa vie quotidienne, l’homme fait face au désarroi.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Il a été domestiqué par la révolution féministe. Mais on lui demande en même temps de conserver cette aptitude ancestrale pour bûcher une corde de bois et reclouer la patte du lit du petit dernier.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;L’homme est à un tournant de son histoire. Il le sent. Il souffre. Il se demande ce qu’il y a dans ce rapport sur la condition masculine, remis récemment au ministre de la Santé.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Des liens explicites sont ainsi établis entre la condition des hommes et le féminisme. Dans certains articles, il est parfois question de la perte de pouvoir et de privilèges subie par les hommes à la suite de changements engendrés par le féminisme. Selon certains, les hommes n’avaient pas choisi cette position de pouvoir ni ces privilèges et sont par conséquent des victimes de tous ces bouleversements. Un autre aspect central de l’argumentaire masculiniste sur la condition masculine est le manque de représentations positives des hommes. Que ce soit dans les publicités ou dans la société en général, leur image serait toujours négative (pauvre type maladroit et incapable de faire quoi que ce soit, père absent, pédophile, violeur, violent, etc.), alors que celle des femmes serait positive et liée à la réussite.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En ce qui a trait au suicide, même si un grand nombre d’articles sur le sujet peuvent être considérés comme neutres, il existe un argumentaire masculiniste sur la question. L’idée du manque de représentations positives des hommes revient aussi dans cette thématique, puisque cette absence ferait en sorte que leur souffrance ne serait pas prise au sérieux. De même, un lien est établi entre le suicide et la situation des hommes divorcés: quelques articles affirment qu’une majorité des suicides masculins au Québec seraient commis par des pères divorcés ou séparés, bien que cette affirmation ne soit pas appuyée ni par des statistiques ni par des études. On allègue également que le féminisme aurait fait perdre aux hommes leur place au sein de la famille et que les changements observés dans les rapports entre femmes et hommes auraient entraîné des problèmes identitaires chez ces derniers, ce qui expliquerait en partie le suicide des hommes. Or, le suicide est un phénomène complexe avec de multiples causes. Plusieurs études et données contredisent clairement les affirmations faites par les masculinistes au sujet du suicide des hommes (Dupuis-Déri, 2008).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La thématique des droits des pères divorcés ou séparés est celle où l’argumentaire masculiniste s’avère le plus important. Le point de départ de celui-ci est que les hommes n’auraient pas les mêmes droits que les mères et que ces dernières seraient favorisées par le système juridique et par le gouvernement en ce qui concerne la garde des enfants. Suite à l’émancipation des femmes, aux gains du mouvement des femmes et aux transformations des rôles familiaux qui en découlent, les masculinistes affirment que plusieurs hommes seraient exclus de la famille, surtout après un divorce. Cet extrait de &lt;em&gt;La Presse &lt;/em&gt;montre bien le fil conducteur de l’argumentaire utilisé:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Pour être bref, autant pour le père marié que pour le père divorcé, l’équité parentale, ce n’est pas pour demain. Le père divorcé, lui, ne fait carrément pas partie de la famille dans notre société prétendant vouloir abolir les iniquités entre hommes et femmes. La fête des Pères devra peut-être bientôt changer de nom pour la fête du Guichet automatique. (Ménard, 1997: B3)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Un autre élément de cet argumentaire est que plusieurs hommes seraient victimes de fausses accusations de la part de leur conjointe ou de leur ex-conjointe dans le but de les empêcher d’obtenir la garde de leurs enfants.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le thème de la réussite scolaire revient de façon récurrente dans l’argumentaire masculiniste, reposant sur l’idée qu’il existerait une différence entre les garçons et les filles sur le plan de l’apprentissage et du comportement. D’autres causes sont aussi mises de l’avant pour expliquer les difficultés scolaires des garçons, comme le manque de modèles masculins (à l’école et dans la société) ainsi qu’une trop grande féminisation de l’école. Selon certains, le féminisme serait responsable de ces problèmes, notamment du mépris des valeurs masculines:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Qu’est-ce donc qui a changé? Le nouveau facteur, dont le Conseil ne parle pas, est peut-être le féminisme, ou plus précisément un certain féminisme primaire et radical qui a engendré le mépris des valeurs masculines. Toute la société, l’école au premier chef, est imprégnée de cette mentalité qui voit la masculinité comme une tare et tourne en ridicule les comportements masculins traditionnels. (Gagnon, 1999: B3)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Des solutions sont parfois proposées pour régler ce problème, comme l’augmentation du nombre d’enseignants masculins, un temps de récréation plus long et plus d’activités physiques, ainsi que la non-mixité des classes.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Lorsqu’il est question de la thématique de la violence conjugale, nous retrouvons plusieurs des arguments qui sont utilisés dans les autres thématiques. L’image négative des hommes que l’on dit véhiculée dans la société est encore une fois dénoncée. L’argument utilisé est que ceux-ci seraient toujours présentés comme des agresseurs et les femmes, comme des victimes ou comme des personnes qui se défendent. Le discours masculiniste insiste sur l’idée qu’il y aurait plutôt une symétrie de la violence, c’est-à-dire que les femmes seraient aussi violentes que les hommes, sinon plus. Les statistiques sur le sujet seraient, selon eux, faussées, car les hommes seraient victimes de fausses accusations de violence conjugale et défavorisés par un système qui privilégie les femmes. Encore une fois, aucune étude n’indique que c’est le cas. Ainsi, selon des masculinistes, seules les femmes « profitent » des fonds consacrés à la violence conjugale; les féministes auraient instrumentalisé le discours sur la violence conjugale et développé, aux dires de certains, une industrie qui «profite» aux femmes et aux féministes. Un texte d’Yves Pageau (2003 : A23) publié dans &lt;em&gt;La Presse&lt;/em&gt; illustre bien ces arguments:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;L’idée que des hommes soient parfois la victime de leur conjointe bouscule, en effet, les bases d’une industrie importante. Il faut bien le reconnaître que l’objectif du féminisme consiste à broyer les hommes présumés toujours coupables et à accorder aux femmes, présumées toujours victimes, les moyens de se soustraire à la justice en portant de fausses allégations à l’endroit de leur conjoint.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Finalement, la dernière thématique que nous avons étudiée est cette idée que le féminisme serait allé trop loin (les «dérives du féminisme»). Cette thématique est généralement présente dans l’argumentaire développé à propos des autres sujets: les hommes seraient dorénavant victimes de sexisme. De plus, le féminisme est fréquemment présenté comme un mouvement qui était nécessaire dans le passé, mais qui est maintenant néfaste autant pour les hommes que pour les femmes. Il serait passé d’un mouvement nécessaire à un mouvement anti-hommes dont l’objectif est de détruire ces derniers.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ce bref survol de l’argumentaire masculiniste illustre que les mêmes arguments sont souvent utilisés afin d’appuyer les idées et les valeurs véhiculées par ce contre-mouvement. En effet, le suicide des hommes, les difficultés scolaires des garçons, la problématique des droits des pères et la violence conjugale sont souvent expliqués par des arguments qui invoquent l’utilisation d’images négatives des hommes et de la masculinité, les problèmes liés à une identité masculine bousculée par le féminisme et ses avancées de même que l’implantation de mesures et politiques gouvernementales qui seraient plus favorables aux femmes.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Répercussions sur le mouvement des femmes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Afin de bien comprendre les interactions entre le mouvement des femmes et le mouvement masculiniste, il est nécessaire d’analyser les réactions de ce premier face aux discours du second. Comme nous l’avons mentionné plus tôt, nous avons analysé diverses publications de la Fédération des femmes du Québec (FFQ) de 1985 à 2009. La période de 1985 à 1989 est surtout marquée par des consultations gouvernementales, par le débat sur la souveraineté du Québec et par l’Accord du Lac Meech, en plus de plusieurs dossiers liés à la condition féminine. De 1990 à 2000, d’autres dossiers et sujets font leur apparition à l’ordre du jour de la FFQ. Il est notamment question des difficultés internes au sein de l’organisation, de la Marche du pain et des roses ainsi que de la Marche mondiale des femmes. À partir de 1996, la priorité de la FFQ devient la lutte contre la pauvreté, et le sujet «femmes du monde» et celui d’un «Québec féminin pluriel» sont plus présents. C’est aussi à partir du milieu des années 1990 que le néolibéralisme et la montée de la droite et des intégrismes commencent à être une préoccupation majeure pour l’organisation.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Durant les années 2000, la Marche mondiale des femmes continue d’occuper une place importante, ainsi que les dossiers de la lutte contre la pauvreté et la violence. Toutefois, c’est dans les années 2000 que la FFQ réagit pour la première fois dans ses publications à la montée de l’antiféminisme et des discours masculinistes. Même si nous observons une augmentation des discours antiféministes dans les quotidiens retenus durant les années 1990, celle-ci ne donne lieu à aucune déclaration de la FFQ avant 2003. La première mention du masculinisme est faite dans le rapport annuel de 2002-2003, alors que le comité Communications indique que les journalistes ont posé des questions sur le masculinisme à plusieurs reprises au cours de l’année (Fédération des femmes du Québec, 2003a: 11). C’est aussi à partir de 2003 que la FFQ parle de la montée de l’antiféminisme et l’associe régulièrement à la progression de la droite (Fédération des femmes du Québec, 2003b: 30). Il est difficile d’expliquer pourquoi la FFQ a attendu jusqu’à ce moment pour réagir dans ses publications à la montée de l’antiféminisme. Il est possible que la Marche mondiale des femmes ait exigé beaucoup de temps et de ressources pour l’organisation avant et après l’événement, ce qui a laissé peu de place pour réagir à cette montée de l’antiféminisme et pour élaborer des stratégies destinées à la bloquer.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’année 2004 marque un tournant; la mouvance antiféministe devient alors une préoccupation considérable pour les membres de la FFQ. Dans le Rapport d’activités 2003-2004, il est stipulé que les membres sont préoccupées par la montée de l’antiféminisme et que la FFQ devrait en tenir compte (Fédération des femmes du Québec, 2004: 35-36). Ce contexte influence donc directement les stratégies et les actions de la FFQ pour les années suivantes. À la suite de l’adoption de cette proposition au congrès, la FFQ commence à s’impliquer en participant à des journées de réflexions sur les revendications féministes et les médias au cours desquelles il est notamment question du discours antiféministe dans les médias québécois (Fédération des femmes du Québec, 2004: 36). Ce contexte influence aussi les revendications québécoises de la Marche mondiale des femmes de 2005, qui sont adaptées à cette nouvelle réalité, c’est-à-dire à une montée de la droite politique et à une progression de l’antiféminisme (Fédération des femmes du Québec, 2005: 13). C’est également en 2005, dans le prolongement des journées de réflexion, que la FFQ s’engage avec d’autres groupes de femmes pour contrer cette montée de l’antiféminisme (Fédération des femmes du Québec, 2005: 49). Finalement, nous observons qu’en 2006 et dans les années qui suivent, la FFQ entreprend diverses actions qui ont comme objectifs de réagir à la montée de l’antiféminisme et de la bloquer. Mentionnons notamment, la création de la liste de discussion RebELLEs, qui vise à «contribuer à briser l’isolement des jeunes qui s’identifient comme féministes dans un contexte de ressac antiféministe, particulièrement celles vivant hors des grands centres urbains et qui ont moins d’espace de collectivisation» (Fédération des femmes du Québec, 2006: 7). Un autre exemple est le Groupe des 13&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref5_njxntcr&quot; title=&quot;Il s’agit d’un lieu de concertation réunissant les groupes de femmes nationaux et le Réseau des Tables régionales de groupes de femmes (Fédération des femmes du Québec 2006 : 50).&quot; href=&quot;#footnote5_njxntcr&quot;&gt;5&lt;/a&gt;, dont la FFQ fait partie, qui a mis en place un comité sur la montée de l’antiféminisme (Fédération des femmes du Québec, 2006: 50). À partir de 2006, nous constatons donc que plusieurs actions sont menées par la FFQ en réaction à cette montée de l’antiféminisme, tandis que des stratégies sont développées pour tenir compte de cette situation.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En analysant les publications de la FFQ, nous observons que durant les années 2000, la montée de l’antiféminisme occupe une place de plus en plus importante au sein de ses préoccupations. Au début, le sujet est mentionné seulement lorsqu’il est question de la montée de la droite, afin d’expliquer un changement du contexte social, politique et économique au Québec. Le milieu des années 2000 marque un tournant important dans la manière dont est traitée la montée de l’antiféminisme. Ce phénomène occupe dès lors une place centrale dans les analyses de la FFQ et les conséquences précises de cette montée sur le mouvement des femmes sont prises en considération.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’objectif de ce texte était de comprendre les interactions entre le mouvement des femmes québécois et le contre-mouvement masculiniste. Selon l’approche des contre-mouvements, l’émergence d’un contre-mouvement a, nous l’avons mentionné en introduction, une influence qui ne peut être négligée sur les valeurs, les objectifs, les stratégies et les actions de chacun (Sommier, 2009: 157). Le contre-mouvement cherche constamment à améliorer sa situation en critiquant les effets nuisibles et pervers du mouvement auquel il s’oppose, tandis que celui-ci est forcé à prendre une position défensive afin de neutraliser, de confronter et de discréditer les prétentions du premier tout en défendant et en préservant ses propres acquis (Zald et Useem 1986: 148; Sommier, 2009: 159). C’est ce que confirment clairement les résultats de notre analyse des discours masculinistes recensés dans &lt;em&gt;Le Soleil&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;La Presse.&lt;/em&gt; Il est manifeste que le contre-mouvement masculiniste essaie effectivement de discréditer le mouvement des femmes en montrant ses effets «négatifs» et «nuisibles» pour les hommes et qu’il intensifie sa présence médiatique au fil des ans. Quant à la FFQ, si elle tarde à prendre explicitement acte de la présence de l’antiféminisme, elle lui accorde néanmoins de plus en plus d’importance à partir du milieu des années 2000. Cela concorde avec l’augmentation considérable de la diffusion du discours masculiniste dans les médias, augmentation qui force vraisemblablement la FFQ à réagir et à cibler nombre de ses interventions contre le mouvement masculiniste. Cette situation force le mouvement des femmes à se replier sur une position défensive depuis les années 2000.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Notre étude confirme donc la montée d’un discours antiféministe dans la presse écrite au Québec. Certes, le sujet de l’antiféminisme au Québec avait déjà été étudié, mais il était plutôt question de l’émergence du masculinisme, de son argumentaire, de ses stratégies ou de l’importance des médias dans la diffusion de ses idées. Toutefois, la plupart de ces analyses ne se basaient pas sur des données empiriques et il était donc difficile de mesurer l’ampleur de la présence du discours masculiniste dans les médias. Or, notre recherche permet de démontrer empiriquement la présence de thématiques masculinistes dans deux importants journaux de la presse écrite québécoise. Nos résultats montrent également que c’est seulement à partir du milieu des années 1990 qu’il y a une augmentation significative, mais graduelle, du nombre d’articles portant sur des thématiques masculinistes et que c’est véritablement dans les années 2000 que ce discours occupe une place importante dans les journaux analysés. Ainsi, si nos données ne nous permettent pas de confirmer, comme certains auteurs l’ont affirmé, le rôle joué par la tragédie de Polytechnique dans la diffusion du discours antiféministe dans la presse écrite, nos résultats confirment toutefois ce que Mélissa Blais et Francis Dupuis-Déri (2008: 27) ont avancé, à savoir que «le mouvement masculiniste est particulièrement actif et dynamique surtout depuis le début des années 2000». Finalement, l’approche des contre-mouvements nous aura permis d’étudier les interactions entre le mouvement des femmes et le masculinisme, ainsi que les répercussions du dernier sur le premier.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans leur analyse du mouvement masculiniste, Mélissa Blais et Francis Dupuis-Déri (2008: 252) constatent que «plusieurs considèrent qu’il s’agit là d’un phénomène marginal, porté par quelques individus plus ou moins sains d’esprit, qui ont recours à l’activisme politique pour métaboliser leur crise personnelle et leur dérive psychologique». Cependant, malgré le nombre peu élevé de militants connus du public, leur discours et leurs arguments sont largement diffusés dans les médias, parfois même par des journalistes qui ne se considèrent pas comme étant masculinistes. Par conséquent, le mythe selon lequel l’égalité entre les hommes et les femmes serait atteinte, ou pire, celui affirmant que le mouvement des femmes serait allé trop loin, apparaît de plus en plus présent depuis les années 2000 dans les médias examinés. Cela est inquiétant dans la mesure où plusieurs recherches montrent que les femmes, particulièrement les jeunes, refusent de s’affirmer féministes, même si beaucoup d’entre elles sont conscientes des inégalités qui persistent et sont favorables aux valeurs féministes (Aronson, 2003; Baker Beck, 1998; Roy, Weibust et Miller, 2007). Il serait intéressant d’étudier à quel point cette image négative du mouvement des femmes et des féministes véhiculée par le discours antiféministe participe à ce rejet du féminisme et à l’acceptation du mythe de «l’égalité déjà-là».&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Aussi, nous croyons qu’il est essentiel d’étudier plus en détail l’antiféminisme au Québec et d’y réagir. Dans un contexte politique et économique défavorable aux femmes et au mouvement des femmes, il est crucial de produire un contre-discours qui montre que l’égalité entre les femmes et les hommes n’est pas atteinte et que des inégalités importantes persistent. Malgré un nombre grandissant de recherches sur le sujet, il reste encore du chemin à faire afin de mieux comprendre les conséquences du contre-mouvement masculiniste sur la société et sur le mouvement des femmes. Une meilleure compréhension de la situation actuelle permettrait pour le moins à ce dernier d’être davantage proactif pour ne pas être &lt;em&gt;acculé &lt;/em&gt;à des &lt;em&gt;positions défensives &lt;/em&gt;limitant ses capacités d’initiatives et d’intervention.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Références&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;ARONSON, Pamela. 2003. «Feminists or “Postfeminists”»?: Young Women’s Attitudes toward Feminism and Gender Relations», &lt;em&gt;Gender and Society&lt;/em&gt;, vol. 17, no 6, p. 903-922.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BAKER BECK, Debra. 1998. «The “F” Word: How the Media Frame Feminism», &lt;em&gt;NWSA Journal&lt;/em&gt;, vol. 10, no 1, p. 139-153.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BLAIS, Mélissa et Francis DUPUIS-DÉRI (dir.). 2008. &lt;em&gt;Le mouvement masculiniste au Québec. L’antiféminisme démasqué&lt;/em&gt;, Montréal: Éditions du remue-ménage.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BOISVERT, Yves. 2004. «La condition masculine», &lt;em&gt;La Presse&lt;/em&gt; (Montréal), 14 avril, p. A5.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;DUMONT, Micheline. 2008. &lt;em&gt;Le féminisme québécois raconté à Camille&lt;/em&gt;, Montréal: Éditions du remue-ménage.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;DUPUIS-DÉRI, Francis. 2008. «Le chant des vautours : de la récupération du suicide des hommes par les antiféministes», dans Mélissa Blais et Francis Dupuis-Déri, dir., &lt;em&gt;Le mouvement masculiniste au Québec. L’antiféminisme démasqué&lt;/em&gt;, Montréal: Éditions du remue-ménage, p. 145-177.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;FÉDÉRATION DES FEMMES DU QUÉBEC. 2003a. &lt;em&gt;Rapport d’activités 2002-2003&lt;/em&gt;, 1er juin 2003.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;________. 2003b. «Plateforme féministe». &lt;em&gt;Le Féminisme en bref&lt;/em&gt;, vol. 13, no 1, p. 1-52.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;________. 2004. &lt;em&gt;Rapport d’activités 2003-2004&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;________. 2005. &lt;em&gt;Rapport d’activités 2004-2005&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;________. 2006. &lt;em&gt;Rapport d’activités 2005-2006&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;GAGNON, Lysianne. 1999. «La misère scolaire des garçons», &lt;em&gt;La Presse (&lt;/em&gt;Montréal), 16 octobre, p. B3.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;LAMOUREUX, Diane. 2006. «Les nouveaux visages de l’antiféminisme en Amérique du Nord», dans &lt;em&gt;L’autonomie des femmes en question: antiféminismes et résistances en Amérique et en Europe&lt;/em&gt;, sous la dir. de Josette Trat, Diane Lamoureux et Roland Pfefferkorn, Paris: L’Harmattan, p. 31-50.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;________. 2008. «Québec 2001: un tournant pour les mouvements sociaux québécois?», dans Francis Dupuis-Déri, dir., &lt;em&gt;Québec en mouvements: idées et pratiques militantes contemporaines&lt;/em&gt;. Montréal: Lux éditeur, p. 11-34.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;MÉNARD, Serge. 1997. «Le père divorcé fait-il toujours partie de la famille?», &lt;em&gt;La Presse &lt;/em&gt;(Montréal), 14 juin, p. B3.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;MEYER, David S. et Suzanne STAGGENBORG. 1996. «Movements, Countermovements, and the Structure of Political Opportunity»,&lt;em&gt; The American Journal of Sociology&lt;/em&gt;, vol. 101, no 6, p. 1628-1660.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;PAGEAU, Yves. 2003. «Le crime au féminin —La criminalité n’a pas vraiment de sexe»,&lt;em&gt; La Presse&lt;/em&gt; (Montréal), 12 novembre, p. A23.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;ROY, Robin E., Kristin S. WEIBUST et Carol T. MILLER. 2007. «Effects of Stereotypes about Feminists on Feminist Self-identification , &lt;em&gt;Psychology of Women Quarterly&lt;/em&gt;, vol. 31, no 2, p. 146-156.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;SOMMIER, Isabelle. 2009. «Contre-mouvement», dans &lt;em&gt;Dictionnaire des mouvements sociaux&lt;/em&gt;, sous la dir. d’Olivier Fillieule, Lilian Mathieu et Cécile Péchu, Paris: Presses de SciencePo, p. 154-159.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;TRAT, Josette, Diane LAMOUREUX et Roland PFEFFERKORN (dir.). 2006. &lt;em&gt;L’autonomie des femmes en question: antiféminismes et résistances en Amérique et en Europe&lt;/em&gt;, Paris: L’Harmattan.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;ZALD, Mayer N. et Bert USEEM. 1986. «Movement and Countermovement Interaction: Mobilization, Tactics, and State Involvement», dans &lt;em&gt;Social Movements in an Organizational Society&lt;/em&gt;, sous la dir. de Mayer N. Zald et John D. McCarty, New Brunswick, NJ: Transaction Books, p. 247-271.&lt;/p&gt;

&lt;section  class=&quot;footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed&quot; data-collapsible-show-label=&quot;Notes&quot; data-collapsible-hide-label=&quot;Notes&quot;&gt;&lt;ul class=&quot;footnotes collapsible-content&quot;&gt;&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote1_akpddq5&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref1_akpddq5&quot;&gt;1.&lt;/a&gt; &lt;em&gt;Comment comprendre les transformations du mouvement des femmes? Analyse des répercussions de l’antiféminisme au Québec&lt;/em&gt;, mémoire de maîtrise (science politique), Université de Montréal, 2011.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote2_w6kfxur&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref2_w6kfxur&quot;&gt;2.&lt;/a&gt; Je tiens à remercier Krystelle Chrétien et Julie Robillard pour la relecture de ce texte et leurs commentaires.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote3_3c4wu7b&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref3_3c4wu7b&quot;&gt;3.&lt;/a&gt; Au Québec, l’antiféminisme prend une forme masculiniste; c’est donc pour cette raison que nous parlons de thématiques masculinistes. Pour plus de détails, voir Blais et Dupuis-Déri, 2008.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote4_3doas6y&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref4_3doas6y&quot;&gt;4.&lt;/a&gt; Il faut prendre en considération qu’un article peut contenir plusieurs thématiques, ce qui explique que ces données ne correspondent pas au nombre total d’articles qui composent le corpus.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote5_njxntcr&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref5_njxntcr&quot;&gt;5.&lt;/a&gt; Il s’agit d’un lieu de concertation réunissant les groupes de femmes nationaux et le Réseau des Tables régionales de groupes de femmes (Fédération des femmes du Québec 2006 : 50).&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;/section&gt;&lt;/div&gt;
      &lt;/div&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;Ce texte présente les résultats d’une recherche menée dans le cadre de notre mémoire de maîtrise, qui portait sur les transformations du mouvement des femmes et les répercussions du discours antiféministe sur lui. L’objectif du présent texte est d’analyser les interactions entre le mouvement des femmes québécois et le contre-mouvement masculiniste telles qu’elles sont révélées par l’analyse d’articles de la presse écrite.&lt;/div&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&lt;span class=&quot;biblio-authors&quot; &gt;&lt;a href=&quot;/fr/biblio?f%5Bauthor%5D=7041&quot; rel=&quot;nofollow&quot;&gt;Goulet, Émilie&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;. 2013. « &lt;a href=&quot;/fr/biblio/repercussions-du-discours-antifeministe-dans-les-medias-sur-le-mouvement-des-femmes-quebecois&quot;&gt;&lt;span class=&quot;biblio-title&quot; &gt;Répercussions du discours antiféministe dans les médias sur le mouvement des femmes québécois&lt;/span&gt;&lt;/a&gt; ». En ligne sur le site de l’Observatoire de l’imaginaire contemporain. &amp;lt;&lt;a href=&quot;https://oic.uqam.ca/fr/articles/repercussions-du-discours-antifeministe-dans-les-medias-sur-le-mouvement-des-femmes&quot;&gt;https://oic.uqam.ca/fr/articles/repercussions-du-discours-antifeministe-dans-les-medias-sur-le-mouvement-des-femmes&lt;/a&gt;&amp;gt;. Consulté le 1 mai 2023. Publication originale : (&lt;span  style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;De l&#039;assignation à l&#039;éclatement. Continuités et ruptures dans les représentations des femmes&lt;/span&gt;. 2013. Montréal : Institut de recherches et d&#039;études féministest de recherches et d&#039;études féministes (IREF)t. coll. Agora, vol. Cahier de l&#039;IREF).&lt;span class=&quot;Z3988&quot; title=&quot;ctx_ver=Z39.88-2004&amp;amp;rft_val_fmt=info%3Aofi%2Ffmt%3Akev%3Amtx%3Adc&amp;amp;rft.title=R%C3%A9percussions+du+discours+antif%C3%A9ministe+dans+les+m%C3%A9dias+sur+le+mouvement+des+femmes+qu%C3%A9b%C3%A9cois&amp;amp;rft.isbn=978-2-922045-42-0&amp;amp;rft.date=2013&amp;amp;rft.volume=Cahier+de+l%26%23039%3BIREF&amp;amp;rft.aulast=Goulet&amp;amp;rft.aufirst=%C3%89milie&amp;amp;rft.pub=Institut+de+recherches+et+d%26%23039%3B%C3%A9tudes+f%C3%A9ministest+de+recherches+et+d%26%23039%3B%C3%A9tudes+f%C3%A9ministes+%28IREF%29t&amp;amp;rft.place=Montr%C3%A9al&quot;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
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 <pubDate>Mon, 02 May 2022 19:06:40 +0000</pubDate>
 <dc:creator>Alexia Giroux</dc:creator>
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 <title>Colonisation et sexualisation des jeunes filles</title>
 <link>https://oic.uqam.ca/fr/articles/colonisation-et-sexualisation-des-jeunes-filles</link>
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot; property=&quot;content:encoded&quot;&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 360px;&quot;&gt;Les Occidentaux n’ont pas besoin de payer une police pour&amp;nbsp;&lt;br&gt;forcer les femmes à obéir, il leur suffit de faire circuler des&amp;nbsp;&lt;br&gt;images pour que les femmes s’esquintent à leur ressembler.&lt;br&gt;Fatema Mernissi&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref1_8qbmomq&quot; title=&quot;Le Harem et l’Occident, cité dans Florence Montreynaud, La publicité sexiste et ses effets pervers, novembre 2001. En ligne: http://www.lameute.fr/doc_analyses/texte1a.php3 (consulté le 4 janvier 2013)&quot; href=&quot;#footnote1_8qbmomq&quot;&gt;1&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Lorsque l’on aborde un phénomène aussi complexe et hétérogène que le processus de sexualisation des jeunes, il est important de le comprendre et de le décortiquer en prenant garde de ne pas confondre ses origines, les valeurs qu’il sous-tend, ses mécanismes, ses impacts et la perception des personnes concernées. Par ailleurs, si ce phénomène est inégalitaire et induit de la violence, il convient d’identifier les facteurs qui le favorisent et ceux qui le neutralisent, afin de mettre en place des solutions de remplacement. La culture ultra-sexualisée des sociétés occidentales ou occidentalisées modernes s’inscrit dans une longue tradition patriarcale de contrôle du corps et de l’imaginaire des femmes et se caractérise, dans son état actuel, par une complicité accrue avec le système capitaliste.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Basé sur nos expériences de terrain en tant qu’intervenantes au Service de leadership du Y des femmes de Montréal et nos recherches critiques, cet article est l’occasion de révéler quelques-uns des mécanismes sexualisateurs présents dans les représentations culturelles, médiatiques et publicitaires ainsi que leurs liens avec les discriminations et les violences auxquelles les jeunes filles sont confrontées.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sexualisation: un processus historique de colonisation androcentriste&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Une socialisation différenciée&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La socialisation différenciée est le processus par lequel l’individu intériorise les normes sociales (place, rôle, droits, etc.), physiques (taille, poids, couleur, etc.), culturelles (référents, repères, valeurs, etc.) et comportementales (attitude, interaction, réaction, etc.) propres à l’identité sociale forgée par l’idéologie dominante pour son sexe biologique. Cette attribution extérieure, en interaction avec l’itinéraire individuel, influence considérablement la personne. Nous rappellerons, aussi longtemps qu’il le faudra, qu’au milieu du siècle dernier Beauvoir écrivait déjà: «On ne naît pas femme, on le devient.» En Occident, les jeunes filles ont longtemps été écartées de l’éducation et ont bénéficié d’une socialisation à dominante érotico-domestique, ayant pour corollaires la soumission au père, au mari et au fils, et la reproduction. La majorité des modèles féminins conservateurs toujours présents au 21e siècle relèvent de cette constante modalité tridimensionnelle: aimer, prendre soin des autres (l’épouse, la mère, l’aidante naturelle) et s’occuper du foyer (la domestique ou la maîtresse de maison). Aujourd’hui, la socialisation des filles occidentales se différencie surtout par la sexualisation dont elles sont à la fois victimes et productrices. D’une part, ces mécanismes de sexualisation, de restriction identitaire à un capital sexuel hétéronormé leur préexistent: la sexualité féminine, lorsqu’elle est mise en scène dans l’industrie médiatique et culturelle, l’est selon des canons hétérosexuels masculins. D’autre part, les filles contribuent, par le biais de leurs pratiques de consommation (vêtements, musique, etc.) et de leurs comportements (maquillage, passivité, allures et attitudes hyper féminines, poses &lt;em&gt;sexys &lt;/em&gt;sur les réseaux sociaux, etc.) à légitimer cette sexualisation, à la soutenir et à la renforcer. Selon nous, cette transformation peut être vue comme l’un des premiers pas vers l’exploitation sexuelle de leurs corps. En passant par l’instrumentalisation de l’image des femmes, par sa marchandisation, son contrôle et son exploitation sexuelle et misogyne, la sexualisation s’inscrit au rang des archétypes d’un traitement social inégalitaire et discriminatoire qui force les filles, de plus en plus jeunes, à l’internalisation de normes «correctives»&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref2_xt1sp52&quot; title=&quot;Une femme doit se corriger en permanence car elle ne sera jamais assez belle, assez maigre, assez épilée, assez bonne mère, etc.&quot; href=&quot;#footnote2_xt1sp52&quot;&gt;2&lt;/a&gt; et à leur cloisonnement à des rôles et «choix» limités.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Si à la naissance nous sommes tous et toutes des êtres sexués, personne ne naît sexualisé. La sexualisation est un processus extérieur à la personne, laquelle va éventuellement renforcer les attentes qui lui sont adressées selon son sexe. Dans les dernières années, cette sexualisation a été produite massivement par les publicitaires, suivis de près par l’industrie culturelle de masse et celle du divertissement. La culture sexualisée, hypersexualisation ou pornographisation, correspond à ce phénomène social et se caractérise par une surabondance de thématiques sexualisées dans les médias et dans les relations interpersonnelles (Attwood, 2006). La sexualisation précoce découle, pour sa part, de cette invasion de l’espace public par les stratégies de marketing qui le saturent avec une vision restreinte de la sexualité ciblant et sexualisant même l’univers des tout-petits (Goldfarb &amp;amp; Tardieu-Bertheau, 2010).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les rapports sociaux de sexe sont encore inégalitaires au Québec en 2011, les femmes continuent d’être moins payées que les hommes, d’être plus souvent violées et agressées, et les fillettes continuent de se voir offrir des lieux &lt;em&gt;d’agentivité &lt;/em&gt;restreints. D’ailleurs, le gouvernement reconnaît dans son plan d’action 2011-2015 &lt;em&gt;Pour que l’égalité de droit devienne une égalité de fait &lt;/em&gt;que:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;[l]a sexualisation de l’espace public (ou hypersexualisation) renforce la vision stéréotypée des rapports hommes-femmes dans l’opinion populaire. Ce phénomène inquiète particulièrement vu ses conséquences sur les rapports amoureux des jeunes: précocité des relations sexuelles, pratiques sexuelles inspirées de la pornographie, mode vestimentaire qui sexualise même les très jeunes filles, obsession de l’image corporelle. (CSF, 2010: 4)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Avant cela, l’Association américaine de psychologie (APA, 2007) avait déjà émis un avis de mobilisation et de sensibilisation autour des problématiques de santé mentale et sexuelle engendrées par la sexualisation des jeunes et des enfants.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;La sexualisation: un système de valeurs&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En tant qu’artéfact, industrie lucrative et modèle culturel, la sexualisation de l’espace social est le reflet de certaines valeurs androcentristes et participe de l’ordre social dominant. Les normes sexistes qu’elle induit normalisent des inégalités et des violences contre les femmes et les filles en ne proposant qu’un éventail réduit de référents et de modèles relatifs à l’univers féminin. Tel un serpent se mordant la queue, les discours capitalistes et misogynes tentent de justifier l’érection de la valeur &lt;em&gt;sexy&lt;/em&gt; au rang des besoins essentiels. Or, pour les filles, il s’agit plutôt d’une stratégie récupérée à l’intérieur d’un cadre d’options limitées, pour répondre à leurs besoins de connexion et de valorisation : être reconnues, considérées, visibles aux yeux du monde.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En outre, en tant que système de valeurs hégémonique, la sexualisation est une forme de colonisation. Elle est une prescription imposée qui encourage les femmes, dès le plus jeune âge, à adhérer à des modèles réducteurs, souvent irréalistes. Celles qui résistent à cette injonction courent le risque d’être stigmatisées, socialement peu acceptées, taxées d’anormales, de se voir complètement rabattues dans l’ordre hiérarchique ou encore d’être des «&lt;em&gt;nobody&lt;/em&gt;» (ni remarquables, ni remarquées), comme disent les jeunes avec lesquelles nous travaillons. Plus qu’une suggestion, la sexualisation est la normalisation d’une image sociale et d’un mode de vie; elle est à la fois subordination et modification de la perception que l’individu a de ses propres besoins et de ceux des autres. Elle englobe plusieurs formes de violence.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;De l’invisibilité politique et historique à la surexposition sexuelle&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les femmes et les jeunes filles sont passées d’une invisibilité politique et historique portée par le patriarcat à une surmédiatisation et une surexploitation de leur image sexualisée. Dès les années 1920, les visages et corps des vedettes sont utilisés comme signe, «marque», pour vendre des produits à grande échelle. Aux injonctions d’amour, de soins et de soumission, se sont ajoutées celles de la désirabilité et de la disponibilité sexuelle ainsi que celles de la transformation du corps des femmes en valeur symbolique ou en produit consommable. Le concept de la consommatrice adolescente est élaboré pendant le boom démographique qui suit la Deuxième Guerre mondiale, dans une volonté de développer des nouveaux marchés. La stratégie utilisée consiste en la création d’un&lt;em&gt; style de vie adolescent&lt;/em&gt; et la manipulation des insécurités des filles à partir de l’exploitation de leur désir légitime de reconnaissance et de visibilité (Cook, 2004). L’apparition du roman &lt;em&gt;Lolita&lt;/em&gt; de Vladimir Nabokov en 1955 a pour effet de cimenter dans l’imaginaire collectif la représentation des jeunes adolescentes en plein développement physique comme d’irrésistibles nymphettes manipulatrices d’hommes (Goldfarb, 2009). Dans les années 1990, alors que l’industrie pornographique est en pleine expansion, le mouvement musical et culturel initié par les groupes punks féministes rassemblés sous le nom de Riot Grrrls défrayait la chronique. Des milliers de jeunes filles se reconnaissaient dans leur critique des modèles traditionnels de féminité et dans leur volonté de réinventer leur liberté et de mettre en valeur leur créativité. Cinq ans plus tard, cette rébellion était récupérée et dénaturée par le plan de marketing du &lt;em&gt;Girl power&lt;/em&gt;, massivement réintroduit par les fameuses &lt;em&gt;Spice Girls&lt;/em&gt;, cinq archétypes de fantasmes masculins, des filles affichant une liberté néolibérale: être consommatrices, &lt;em&gt;sexys&lt;/em&gt; et amoureuses ! À partir des années 2000, la catégorie nommée &lt;em&gt;tweens&lt;/em&gt; (8-12 ans) est développée et les enfants commencent à être ciblés comme consommateurs. En 2011, le marketing cible les petites filles dès la naissance et les sexualise de plus en plus tôt. La sexualisation des fillettes, et même des poupons, est donc en train de devenir omniprésente dans l’univers référentiel collectif.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Aujourd’hui, qu’elles soient ouvrières, cols roses, vedettes dans l’industrie du divertissement ou encore reines des produits de beauté; que leurs corps dénudés soient utilisés pour vendre des produits correcteurs ou amincissants que d’autres femmes,&lt;em&gt; imparfaites&lt;/em&gt;, seront encouragées à consommer; qu’elles soient des danseuses «chaudes et ouvertes» entourant un homme incarnant un pimp (proxénète) dans un clip vidéo dont il récoltera les profits; les femmes ne semblent avoir comme pouvoir que celui de s’adapter à l’injonction sexuelle, et comme latitude, que celle de tirer «avantage» d’une situation désavantageuse. La popularité de ces produits culturels que représentent les chanteuses et les performeuses &lt;em&gt;sexys&lt;/em&gt; comme Beyoncé, Britney Spears ou encore Niki Minaj, coïncide, faut-il le réaliser, avec la résurgence d’un ressac antiféministe. Ainsi, alors que les femmes continuent d’être discriminées et exposées, l’idéologie dominante cherche à faire croire qu’il n’y a plus qu’un seul combat à mener: celui de la performance individuelle et de la &lt;em&gt;sexytude&lt;/em&gt;&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref3_38d1usf&quot; title=&quot;Nous avons inventé ce terme pour décrire le comportement normatif soutenu et encouragé par la société patriarcale qui ordonne, organise et/ou oriente la féminité (publique et intériorisée) autour de la notion «sexy».&quot; href=&quot;#footnote3_38d1usf&quot;&gt;3&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;On peut ainsi distinguer une contradiction profonde à l’intérieur du phénomène de la sexualisation contemporaine: elle est une norme restrictive qui est malgré tout présentée comme une forme de libération des femmes et d’affirmation de soi. En plus de répondre à des intérêts sexistes et patriarcaux, elle est ainsi devenue une des armes privilégiées du capitalisme. Autrement dit, la sexualisation est le produit d’une idéologie conservatrice et consumériste, mais elle est également ce qui la produit (Boulebsol &amp;amp; Goldfarb, 2010). De là l’importance d’être vigilants-es face au décalage qui existe aujourd’hui entre des accords de principe (reconnaissance de l’égalité et de l’équité entre les femmes et les hommes) et les réalités organisationnelles, économiques et sociales qui, au jour le jour, sont responsables du renforcement d’écarts entre les sexes qui, au demeurant, ne cessent d’être banalisés.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Hypersexualisation: industries culturelles de masse et publicités sexistes dans l’espace social&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les représentations sociales forgées par les stratégies marketing et commerciales des industries culturelles et publicitaires, assument aujourd’hui le rôle de leviers essentiels de la socialisation différenciée. Par le biais d’un sexisme ordinaire, elles contribuent activement à la production de représentations limitées et régulièrement dégradantes de l’image et du rôle des femmes. Sexiste et souvent raciste, la sexualisation laisse très peu de place à d’autres modèles d’identification et envahit, surtout par le biais de la publicité, l’espace social. Ainsi, il n’est pas rare de voir dans la même journée une femme presque nue ou en position porno-suggestive sur un autobus pour vanter un parfum; en quatrième de couverture d’un magazine, pour promouvoir des vêtements que manifestement elle ne porte que peu; sur l’emblème d’un restaurant se prétendant «sensuel»; ou encore lors d’une publicité télé pour un hamburger aussi «délicieux» qu’une femme, semble-t-il. En 2008, le Conseil du statut de la femme déposait son rapport «Le sexe dans les médias: obstacles aux rapports égalitaires» et tentait de sensibiliser dirigeants et population sur les dangers du sexisme médiatique, de son imbrication dans l’imaginaire collectif et de sa contribution aux pratiques individuelles inégalitaires. Lorsque l’on sait qu’aux États-Unis, les jeunes âgés de 8 à 18 ans passent, chaque jour, en moyenne 7 heures et 38 minutes devant un écran (Kaiser Family Foundation, 2010), il y a lieu de s’inquiéter des contenus qui leur sont proposés et de leurs impacts potentiels. Par exemple, on sait que dans les films émanant d’Hollywood, près de 40% des adolescentes, comparativement à 6,7% des adolescents, sont habillées de vêtements sexualisés et que ce pourcentage dépasse ce qui a été observé dans le cas des jeunes femmes adultes par les auteurs de l’étude (Smith &amp;amp; Choueiti, 2011). Or, Descarries (2009), Bouchard &amp;amp; Bouchard (2003) et d’autres chercheures ont bel et bien démontré l’influence des médias sur la construction identitaire des jeunes. Rien, ici, n’est anodin.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Nous rejoignons McAllister (2007) qui évoque une «consommation spectaculaire intégrée»&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref4_gh6pz65&quot; title=&quot;Cette notion réfère à l’intégration de la marchandisation de produits très divers. Par exemple, l’apparition d’un film de Disney va aussi générer la production de poupées, des accessoires pour la chambre à coucher, des jeux vidéo, des gâteaux d’anniversaire, des livres pour les enfants et bien d’autres.&quot; href=&quot;#footnote4_gh6pz65&quot;&gt;4&lt;/a&gt; pour désigner l’ampleur et la diversité des stratégies commerciales déployées simultanément, un monstre qui avale les singularités et recrache une uniformisation déséquilibrée. Plus que des produits, ce sont en l’occurrence de véritables styles de vie qui sont achetés. De la même manière que l’apposition d’une marque connue apporte une valeur somptuaire ou symbolique à l’objet commercialisé, la juxtaposition de l’image d’une femme sexualisée à celle de l’objet semble garantir au client l’accès à ce genre de femmes ou, à la cliente, la possibilité de leur ressembler, sinon d’en devenir une. Dans tous les cas, la sexualisation apporte une plus-value puisqu’elle vend la disponibilité sexuelle des femmes et, de plus en plus, celle des jeunes filles.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Bref, au 21e siècle, la sexualisation passe essentiellement par l’exploitation sexuelle de l’image des filles et des femmes à des fins commerciales. Elle consiste à réifier le corps pour mieux l’exploiter, à valoriser l’apparence au détriment des compétences. Elle est un nouvel espace de domination pour des intérêts corporatifs (Agger, 2006). Ainsi, il y a lieu de reconnaître que le capitalisme entretient une complicité ou consubstantialité (Kergoat, 2001) avec d’autres systèmes discriminatoires comme le patriarcat, la sexualisation, le racisme ou le sexisme. Tous ont pour résultat de priver un groupe de leurs droits et d’attribuer des privilèges à un autre dans le but d’accroître ces mêmes privilèges, tout ceci à l’intérieur d’une structure de sens arbitraire imposée par la force et dressée comme norme et logique de vie. Prenons l’exemple des petites princesses de Disney, un sujet exploré par l’écrivaine Peggy Orenstein (2010) dans son livre &lt;em&gt;Cinderella ate my daughter&lt;/em&gt;. Après avoir mené une recherche exhaustive et de nombreux entretiens avec, entre autres, des psychologues, des historiennes et des parents, elle comprend l’impact négatif de la fixation des petites filles de trois à cinq ans sur les princesses de Disney. Lorsque l’univers des petites filles est envahi par plus de 25 000 produits rose bonbon sur le marché associés aux «princesses», les filles reçoivent le message qu’il s’agit là de la seule expression correcte de la féminité. En conséquence, leurs perceptions concernant leur place et leur rôle dans le monde et la conception de leur corps et de leur sexualité sont figées dans un moule unique taillé par et pour d’autres. Cette destinée monolithique risque de leur causer du tort, d’une part, parce qu’elle se caractérise par un sexisme habituel, que les femmes apprennent à tolérer et valoriser dès leur plus jeune âge, et d’autre part, parce qu’elle les condamne à une insatisfaction grandissante qui les conduira à toujours se corriger pour être aussi belles qu’une princesse et souvent à se conformer à cet idéal pour s’assurer de trouver un prince charmant. Ces mythes, bâtis sur la promotion de la dépendance affective et sur la défense du culte hétérocentriste de la masculinité, participent à tracer le sentier des rapports de sexe inégaux et de la domination masculine. Ainsi, les entreprises sexualisatrices continuent de s’enrichir sans prendre en considération les impacts négatifs, tant au niveau individuel que collectif, que leurs procédés entraînent, ni même les stéréotypes qu’ils nourrissent (Lamb &amp;amp; Brown, 2006).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Production, diffusion et réception d’images, de produits et de messages sexualisés&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les stratégies médiatiques et commerciales qui sont les leviers de cette sexualisation, soutiennent et renforcent les distinctions de genre déjà présentes dans l’espace social en orientant assez systématiquement l’identité masculine vers la conquête, la vigueur et le jeu, et l’identité féminine vers la séduction, les soins, l’apparence et les canons de beauté (être belle et désirable en tout temps). Inspirée des théories de Goffman (1979) et de Herne (1993), la Meute-MédiAction a développé, il y a quelques années, un atelier de sensibilisation au sexisme dans les médias&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref5_ek9b20n&quot; title=&quot;Cet atelier a été repris et documenté ultérieurement par le Y des femmes de Montréal dans son Guide d’accompagnement à la formation sur la sexualisation des jeunes (2009).&quot; href=&quot;#footnote5_ek9b20n&quot;&gt;5&lt;/a&gt;. Celui-ci propose une sémiologie de l’image qui analyse les codes distincts utilisés dans la mise en scène de photos: l’environnement, les actions, les mains, les vêtements, le corps, la position, le cou et la poitrine ainsi que le visage. Analysés à partir de cette perspective, on peut voir clairement que les messages transmis de façon répétitive par les images médiatiques sont entre autres: que les femmes sont perfectibles car elles ne sont jamais assez belles, qu’elles doivent être &lt;em&gt;sexys&lt;/em&gt;, qu’elles ont peu de valeur au-delà de leur apparence, qu’elles sont au service des produits et des désirs de l’homme.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les représentations ultra-sexualisées des femmes et des filles fabriquées par les industries occidentales, aussi bien en tant que produit que vecteur de vente ou d’identification, ont de lourdes conséquences sur la vie sociale et les destins individuels. Ces images autorisent et révèlent à la fois des idéaux types différenciés selon les sexes, les classes et les ethnies, et des messages socialisants forts qui orientent les perceptions des personnes.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Représentations sociales et représentations mentales&amp;nbsp;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le processus de sexualisation est actualisé par différents vecteurs. Le premier a lieu par l’entremise de la société: les valeurs dominantes et la culture communiquée par les médias signalent que les images sexualisées sont bonnes et dignes d’émulation. Le deuxième vecteur est d’ordre interpersonnel et a lieu quand les pairs, la famille et les autres encouragent une perception de soi en tant qu’objet sexuel. Le dernier vecteur passe par l’individu. L’auto-sexualisation se produit quand la désirabilité sociale d’un comportement et d’une apparence sexualisés encourage la poursuite de ces activités (APA, 2007).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’auto-sexualisation ne résulte pas d’un trouble psychologique, bien qu’elle puisse avoir de sérieux impacts sur la santé mentale. Les filles ne naissent pas plus &lt;em&gt;sexys&lt;/em&gt; que les garçons. Elles ne sont pas plus prédéterminées qu’eux à la reproduction ni à l’offre de soins, mais elles sont éduquées pour se comporter ainsi afin de remplir les attentes sociales. Par ailleurs, si l’on tient compte du fait que les filles ne sont pas que des victimes passives de l’influence sociale et des pairs, mais aussi des productrices actives de leur vécu, le processus d’auto-sexualisation mérite d’être analysé plus profondément. Selon l’échelle de déduction d’Argyris (cité dans Senge, 1990), les personnes sélectionnent, sur la base de faits observables et d’expériences, certaines images et certains faits auxquels elles ajoutent du sens. À partir de ces significations, elles élaborent des hypothèses, puis tracent des conclusions. Par ce procédé, elles adoptent des croyances à propos du monde et de leur place dans la société et agissent en fonction de ces croyances et ce dans le but de satisfaire leurs besoins de compréhension. Ce processus va restreindre&lt;em&gt; l’agentivité&lt;/em&gt; et le libre arbitre des filles et des femmes.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Mannoni (2001) nous rappelle qu’il est possible de simplifier les niveaux d’interactions psychosociales du système des représentations en trois dimensions majeures de la vie collective et individuelle. En premier lieu, les représentations sociales: des informations qui influencent les individus, des produits historiquement et culturellement fabriqués (images extérieures porteuses de sens); ensuite, les représentations mentales: selon des facultés neurocognitives, issus des souvenirs, de l’imagination, des référents, des symboles, etc. (images intérieures porteuses de signification); enfin, les conduites sociales : selon un ordre établi et dominant qui est à la fois ce qui produit les représentations et le produit même de représentations mentales et sociales données. Pour Lameyre (1993), l’être humain «joue sur tous les claviers de la représentation mentale, son art consistant à choisir le plus pertinent dans la situation réelle ou imaginée où il se trouve» (cité dans Mannoni, 2001: 13). Quant aux représentations sociales, par l’intermédiaire d’images sexualisées accessibles au plus grand nombre, elles servent à délimiter la place attribuée aux femmes et constituent une entrave au développement de leur potentialité.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les modèles mentaux &lt;em&gt;sexualisants&lt;/em&gt; et leur impact sur les jeunes&amp;nbsp;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Colonisées dès leur plus jeune âge, plusieurs jeunes filles assimilent les préceptes sexistes et adoptent les stratégies valorisées par la culture que Levy (2005) nomme &lt;em&gt;raunch&lt;/em&gt; (vulgaire) sans avoir conscience ni des conséquences ni de la possibilité de faire autrement. Le culte du «&lt;em&gt;sexy&lt;/em&gt;» est lié à la consommation d’une image, pas au désir de connexion ou de plaisir sexuel. «&lt;em&gt;Hot&lt;/em&gt;» n’est pas selon Levy la même chose que «beau», qui a toujours été considéré comme quelque chose de valeur, puisque «&lt;em&gt;hot&lt;/em&gt;» signifie populaire, disponible et reconnaissante de toute attention envers son corps. Slater &amp;amp; Tiggemann (2002), parmi d’autres chercheurs, ont trouvé que les filles de douze ans accordent davantage importance sur leur apparence que sur leurs compétences. Si elles ne disposent pas d’autres modèles ou occasions positives de socialiser, comment peuvent-elles en tel cas se sentir «aimables», c’est-à-dire développer une bonne estime personnelle, sentir qu’elles méritent d’être aimées et appréciées indépendamment du degré de conformité avec les conduites sociales, et qu’elles sont aptes à entreprendre toutes sortes de projets intellectuels si elles le souhaitent? Influencées par une hégémonie dichotomique tantôt érotico-domestique, tantôt &lt;em&gt;sexy&lt;/em&gt;, les jeunes filles sont à la fois encouragées à se comporter comme des petites filles innocentes et simultanément à adopter des stratégies de &lt;em&gt;sex-duction&lt;/em&gt; (Boulebsol, 2010) pour obtenir légitimité et popularité, présentées alors comme les conditions ultimes de leur développement.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Sexualisation et identité personnelle&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Une condition préalable à l’auto-sexualisation est l’auto-objectivation, un processus par lequel les filles intériorisent et souscrivent à une perspective &lt;em&gt;objectivante&lt;/em&gt;. Selon Tolman (2002), les jeunes filles sont encouragées à adopter une apparence et un comportement &lt;em&gt;sexys&lt;/em&gt; avant de sentir l’émoi sexuel et d’avoir la capacité critique de prendre des décisions responsables quant aux risques de l’intimité sexuelle. En conséquence, leur identité repose sur le paraître, la domestication du corps et l’impératif «canonique» de beauté. Les intérêts intellectuels sont déplacés vers le «projet corporel» (Brumberg, 1998) et, dans certains cas, on note un recul scolaire. Les jeunes filles cherchent à devenir de &lt;em&gt;bons objets&lt;/em&gt; en se conformant aux standards proposés et en contrôlant la désirabilité de leur corps. Leurs propres désirs, leur santé, leur bien-être, leurs compétences et leur réussite passent alors au deuxième plan. L’auto-sexualisation et l’auto-objectivation peuvent provoquer honte, anxiété et dégoût de soi, car les filles n’arrivent que rarement à être à la hauteur des standards dominants. Malheureusement, les personnes honteuses vont se croire déficientes dans leur totalité et le sentiment d’insatisfaction à l’égard de leur corps peut mener à des diètes dangereuses ou à la chirurgie esthétique (implants mammaires, liposuccion, etc.) (Goldfarb, 2009).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Sexualisation et violences interpersonnelles&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il n’est pas rare que la sexualité soit davantage perçue et aussi vécue par les jeunes selon des diktats externes plutôt que selon des orientations personnelles, internes, vouées à produire un plaisir ressenti. Codifiée par la&lt;em&gt; pornographisation&lt;/em&gt; sociale, qui transforme la fiction pornographique en «réalité», la sexualité devient une mise en scène servile qui banalise la violence sexuelle. De la même manière, pour plusieurs jeunes, la valeur de l’acte sexuel ne semble plus intrinsèque, mais associée au statut social symbolique qu’il peut conférer.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les jeunes sous-estiment parfois les conséquences de l’activité sexuelle (Millstein &amp;amp; Halpern-Flesher, 2002) et il peut leur être difficile de considérer à la fois les risques de grossesse précoce, l’exposition à des infections transmissibles sexuellement et leur vulnérabilité dans le contexte de situations douteuses. Comme la précocité sexuelle est associée chez les garçons à une bonne estime de soi et chez les filles à une faible estime de soi (Garriguet, 2005), on peut concevoir aussi un lien entre sexualisation et violence interpersonnelle. Quelques études, dont celle de Escobar-Chaves et al. (2005), soutiennent d’ailleurs que plus la première relation sexuelle est précoce, plus les probabilités qu’elle se passe dans une situation coercitive sont élevées et les occasions de subir d’autres formes de violence deviennent plus fréquentes (Goldfarb, 2009).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Lors de ses recherches de terrain auprès des enfants du primaire en Angleterre, Renold (2002) avait observé des jeunes garçons harcelant des filles sexuellement par le biais de commentaires sexistes, mais aussi par des gestes sexuels déplacés et inappropriés. Pour cette chercheure, les jeunes garçons font recours au harcèlement sexuel et à la violence dans la production de «masculinités hétérosexuelles hégémoniques». Les témoignages des jeunes filles qui ont participé à plusieurs de nos groupes de discussion confirment ses assertions. L’objectivation des filles commence très tôt dans leur vie, et ce indépendamment de leur comportement (Thorne, 1993). De plus, même si le patriarcat est un système qui octroie des privilèges aux hommes, ce sont parfois des femmes qui deviennent &lt;em&gt;les chiens de garde&lt;/em&gt; de ce système. Ceci est visible, entre autres, dans l’économie relationnelle à l’école où les filles se surveillent entre elles pour assurer une conformité mutuelle aux standards de désirabilité (Nichter, 2001). Celles qui menacent le &lt;em&gt;statu quo&lt;/em&gt; risquent d’être sexualisées de façon négative (Brown, 2008). Lors de nos focus groupes, par exemple, les jeunes filles ont évoqué fréquemment et avec angoisse la question de la réputation et leur peur d’acquérir une image de «putes», expression clairement péjorative dans leur bouche. En même temps, elles sont encouragées à adopter des comportements ouvertement sexuels. Elles doivent être innocentes et virginales et, simultanément, paraître expérimentées —mission clairement impossible. Pour atteindre une popularité enviable (capital symbolique important à l’école secondaire), elles doivent être sexys, poursuivre les garçons populaires (sportifs), être méchantes, en compétition avec d’autres filles, et rejeter les garçons qui ne sont pas populaires (Goldfarb, 2009).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Or, contrairement aux prétentions de certaines théories, il s’agit de comportements encouragés par la culture et non d’un atavisme émanant de la nature des femmes. Les films destinés aux adolescentes offrent de très bons exemples de ce genre de production et de diffusion de stéréotypes. L’industrie du disque (musique, vidéoclips, performance, etc.) qui cible également les jeunes et qui fait partie de plus en plus de leur quotidien, contribue largement à la banalisation des référents et des comportements sexistes. Dr. Michael Rich, porte-parole de l’American Academy of Pediatrics, écrit à ce sujet:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Ce genre de violence et de coercition dans les fréquentations et les relations sexuelles sont représentées dans la musique comme des comportements «normaux». Je vois une acceptation chez les adolescents —filles et garçons— de la nature de l’objectivation sexuelle prônée dans ce type de musique. Celle-ci véhicule l’idée qu’il est acceptable d’être utilisé sexuellement et sans engagement affectif. (Rich, 2005: 329-331 —notre traduction.)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Leviers de prévention&amp;nbsp;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En 2011, une grande marque de pharmacie déposait dans une de ses vitrines montréalaises, sous le regard de tous et toutes, enfants comme adultes, des objets et des produits destinés manifestement à un public stéréotypé de petites filles (rose, cœur, maquillage, etc.) et sur lesquels trônait le lapin&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref6_gm647ul&quot; title=&quot;Le lapin, animal à connotation sexuelle, est représenté avec un nœud de papillon, signe à la fois de la masculinité (ce qui exclut les femmes du lectorat) et de la richesse (ce qui suppose que sexe et argent vont de pair).&quot; href=&quot;#footnote6_gm647ul&quot;&gt;6&lt;/a&gt; effigie de la marque Playboy, présage de la nature de la sexualité future de cette très jeune clientèle. Fondé en 1953, faut-il le rappeler, Playboy, d’abord un magazine dit «masculin» exploitant l’image de femmes nues, est devenu une véritable industrie capitaliste (édition, télévision, Internet, pornographie et produits dérivés) du «tout sexuel» au service de la domination masculine. C’est pour cette raison que plusieurs groupes se sont offusqués de la voir associée à des objets pour enfants ou plus exactement pour petites filles. À la demande de retrait de ces produits, la personne responsable des communications a répondu ainsi: «Sachez cependant que bien que ces produits portent l’effigie du lapin Playboy, ils n’ont aucune connotation sexuelle. Ces produits sont plutôt très ordinaires: parfum, coussin, etc.». Voilà une remarque qui en dit long sur le consensus contradictoire auquel les industriels nous invitent: bien que ce soit sexuel, cela ne l’est pas et ça serait aux filles de s’en rendre compte! Une idée récurrente et trop populaire dans certaines argumentations concernant les filles voudrait que celles-ci ne soient pas des victimes (au sens de discriminées), mais plutôt des agentes capables de négocier leurs identités en tout temps. À nos yeux et comme nous avons essayé de le montrer dans le présent essai, elles sont effectivement discriminées et négocient surtout leurs stratégies de résilience et d’adaptation à l’intérieur d’une société où l’idéologie néolibérale et patriarcale domine.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il nous faut donc donner des repères, des modèles, des occasions, des outils et des stratégies aux jeunes filles pour qu’elles puissent se forger une identité positive. À travers les programmes de prévention de la violence auprès des jeunes du Y des femmes de Montréal, nous avons compris que certaines d’entre elles manquent parfois de leviers pour une émancipation réelle. Elles ont également une propension à sacrifier une partie d’elles-mêmes pour répondre à des standards de désirabilité sociale et surtout, elles ne disposent pas toujours des outils et des stratégies pour répondre à leurs besoins, ni de modèles positifs variés auxquels s’identifier pour forger leur personnalité. Elles semblent prises au piège dans des espaces de restriction de leur&lt;em&gt; agentivité&lt;/em&gt; et dans des mécanismes inégalitaires de régulation sociale.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Une éducation sexuelle et affective adaptée à leurs besoins et à leur situation pourrait venir renseigner les jeunes, filles et garçons, non seulement sur les manières dont fonctionnent leurs corps, mais surtout sur les notions de relations interpersonnelles équitables, de plaisir, de respect ainsi que de conscience de soi et des autres. L’enseignement de l’histoire des rapports sociaux de sexe au secondaire serait un moyen de débanaliser certaines violences, d’inscrire l’histoire des femmes au rang des disciplines aussi importantes que celles des hommes et de permettre aux jeunes d’accéder à de nouveaux espaces d’identification.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le pouvoir et l’&lt;em&gt;agentivité&lt;/em&gt; réels des femmes et des filles ne se mesurent pas à l’ampleur de leur «présence» dans les stratégies de marketing des industries culturelles de masse ou de l’espace socio-publicitaire. Tout comme ils ne se mesurent pas à leur &lt;em&gt;sexytude&lt;/em&gt;, à leur adaptation à une colonisation androcentriste ou encore à la mise en place de stratégies de résilience. L’égalité se mesure bien au contraire à la qualité de leur vie, à leur accès aux mêmes droits que toute autre personne, c’est-à-dire aux hommes. Et ce, quelle que soit leur communauté, et sans avoir à vivre de discriminations ou de violences. La diversité et la richesse des femmes ne sont pas représentées à leur juste valeur, mais selon une norme imposée comme prévalant sur les autres, c’est-à-dire: être &lt;em&gt;sexy&lt;/em&gt;.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;James Scott (1990) cite dans son livre &lt;em&gt;Domination and the Arts of Resistance &lt;/em&gt;un proverbe éthiopien: «Quand le grand seigneur passe, le paysan sage tire une profonde révérence et pète silencieusement» (notre traduction). Cette histoire nous rappelle avec humour que les humains ont besoin d’avoir une certaine influence sur leur environnement et inventeront ou trouveront toujours les moyens pour l’exercer. Même dans les conditions les plus difficiles de carence de pouvoir, les personnes tenteront d’occuper l’espace d’action —&lt;em&gt;l’agentivité&lt;/em&gt;— qui leur est laissé. Lorsque la société autorise la répétition &lt;em&gt;ad nauseam&lt;/em&gt; de l’idée selon laquelle le seul «vrai» pouvoir des filles et des femmes dépend de leur apparence et de leur sexualité, ces dernières auront tendance à vouloir occuper cet espace de pouvoir, alors perçu comme le seul choix ou comme une destinée naturelle.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Plus l’être humain est conscient et dispose de modèles d’identification et d’outils d’adaptation variés, plus il aura la possibilité de choisir réellement lequel de ces modèles ou outils correspond le mieux à ce qu’il veut, à ce qu’il est ou à ce qu’il veut devenir. De la même manière, les individus ont besoin de s’affilier, de répondre à leur besoin d’appartenance. Il est important de s’inscrire dans une histoire commune, de partager des référents, etc. Or, une jeune fille au Québec aujourd’hui doit fournir un effort particulier pour connaître l’histoire des femmes, qui est très peu enseignée dans les cursus scolaires généraux. Elle doit trouver des sources d’inspiration en dehors des médias traditionnels et dominants si elle veut croire qu’elle a d’autres possibilités d’épanouissement que celles d’être &lt;em&gt;sexy&lt;/em&gt;, aimante ou soignante.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Références&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;AGGER, Ben. 2006. &lt;em&gt;Critical Social Theories: An Introduction&lt;/em&gt;, Boulder, CO: Paradigm Publishers.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;AMERICAN PSYCHOLOGICAL ASSOCIATION. 2007. &lt;em&gt;Report of the APA Task Force on the Sexualization of Girls&lt;/em&gt;, Washington D.C.: American Psychological Association.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;ATTWOOD, Fiona. 2006. «Sexed Up: Theorizing the Sexualization of Culture»,&lt;em&gt; Sexualities&lt;/em&gt;, vol. 9, no 1, p. 77-94.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BOUCHARD, Pierrette et Natasha BOUCHARD. 2003. &lt;em&gt;«Miroir, miroir...» La précocité provoquée de l’adolescence et ses effets sur la vulnérabilité des filles&lt;/em&gt;. 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Que sais-je.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;McALLISTER, Matthew. 2007. «“Girls With a Passion for Fashion” The Bratz Brand as Integrated Spectacular Consumption», &lt;em&gt;Journal of Children and Media&lt;/em&gt;, vol. 1, p. 38.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;MILLSTEIN, Susan et Bonnie HALPERN-FLESHER. 2002. «Perceptions of Risk and Vulnerability». &lt;em&gt;Journal of Adolescent Health&lt;/em&gt;, vol. 31W, p. 10-27.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;NICHTER, Mimi. 2001. &lt;em&gt;Fat Talk: What Girls and Their Parents Say about Dieting&lt;/em&gt;, Cambridge, MA: Harvard University Press.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;RENOLD, Emma. 2002. «Presumed Innocence: (Hetero)Sexual, Heterosexist and Homophobic Harassment among Primary School Girls and Boys», &lt;em&gt;Childhood&lt;/em&gt;, 9, p. 415-434.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;RICH, Michael. 2005. «Sex Screen: The Dilemma of Media Exposure and Sexual Behavior». &lt;em&gt;Pediatrics&lt;/em&gt;, vol. 116, Supplement 1, July 1, p. 329-331.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;SCOTT, James. 1990. &lt;em&gt;Domination and the Arts of Resistance: Hidden Transcripts&lt;/em&gt;, New Haven &amp;amp; London: Yale University Press.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;SENGE, Peter. 1990. &lt;em&gt;The Fifth Discipline: The Art &amp;amp; Practice of the Learning Organization&lt;/em&gt;, New York: Doubleday Currency.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;SLATER, Amy et Marika TIGGEMANN. 2002. «A Test of Objectification Theory in Adolescent Girls», &lt;em&gt;Sex Roles&lt;/em&gt;, vol. 46, nos 9/10, p. 343-349.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;SMITH, Stacy et Marc CHOUEITI. 2011. «Gender Inequality in Cinematic Content? A Look at Females on Screen &amp;amp; Behind-the-camera in Top-Grossing 2008 Films». &lt;em&gt;Annenberg School for Communication &amp;amp; Journalism&lt;/em&gt;, University of Southern California. En ligne:&amp;nbsp;&lt;br&gt;&lt;a href=&quot;http://annenberg.usc.edu/News%20and%20Events/News/~/media/PDFs/smith_rpt_apr11.ashx&quot;&gt;http://annenberg.usc.edu/News%20and%20Events/News/~/media/PDFs/smith_rpt...&lt;/a&gt;&lt;br&gt;(consulté le 12 janvier 2012)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;THORNE, Barrie. 1993. &lt;em&gt;Gender Play: Girls and Boys in School&lt;/em&gt;, New Brunswick, NJ: Rutgers University Press.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;TOLMAN, Deborah L. 2002. &lt;em&gt;Dilemmas of Desire: Teenage Girls Talk about Sexuality&lt;/em&gt;, Cambridge, MA: Harvard University Press.&lt;/p&gt;

&lt;section  class=&quot;footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed&quot; data-collapsible-show-label=&quot;Notes&quot; data-collapsible-hide-label=&quot;Notes&quot;&gt;&lt;ul class=&quot;footnotes collapsible-content&quot;&gt;&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote1_8qbmomq&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref1_8qbmomq&quot;&gt;1.&lt;/a&gt; &lt;em&gt;Le Harem et l’Occident&lt;/em&gt;, cité dans Florence Montreynaud, &lt;em&gt;La publicité sexiste et ses effets pervers&lt;/em&gt;, novembre 2001. En ligne: &lt;a href=&quot;http://www.lameute.fr/doc_analyses/texte1a.php3&quot;&gt;http://www.lameute.fr/doc_analyses/texte1a.php3&lt;/a&gt; (consulté le 4 janvier 2013)&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote2_xt1sp52&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref2_xt1sp52&quot;&gt;2.&lt;/a&gt; Une femme doit se corriger en permanence car elle ne sera jamais assez belle, assez maigre, assez épilée, assez bonne mère, etc.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote3_38d1usf&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref3_38d1usf&quot;&gt;3.&lt;/a&gt; Nous avons inventé ce terme pour décrire le comportement normatif soutenu et encouragé par la société patriarcale qui ordonne, organise et/ou oriente la féminité (publique et intériorisée) autour de la notion «sexy».&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote4_gh6pz65&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref4_gh6pz65&quot;&gt;4.&lt;/a&gt; Cette notion réfère à l’intégration de la marchandisation de produits très divers. Par exemple, l’apparition d’un film de Disney va aussi générer la production de poupées, des accessoires pour la chambre à coucher, des jeux vidéo, des gâteaux d’anniversaire, des livres pour les enfants et bien d’autres.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote5_ek9b20n&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref5_ek9b20n&quot;&gt;5.&lt;/a&gt; Cet atelier a été repris et documenté ultérieurement par le Y des femmes de Montréal dans son Guide d’accompagnement à la formation sur la sexualisation des jeunes (2009).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote6_gm647ul&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref6_gm647ul&quot;&gt;6.&lt;/a&gt; Le lapin, animal à connotation sexuelle, est représenté avec un nœud de papillon, signe à la fois de la masculinité (ce qui exclut les femmes du lectorat) et de la richesse (ce qui suppose que sexe et argent vont de pair).&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;/section&gt;&lt;/div&gt;
      &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item odd&quot;&gt;&lt;a href=&quot;/fr/taxonomy/term/53401&quot; typeof=&quot;skos:Concept&quot; property=&quot;rdfs:label skos:prefLabel&quot;&gt;Imaginaire de la théorie&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&lt;a href=&quot;/fr/taxonomy/term/53405&quot; typeof=&quot;skos:Concept&quot; property=&quot;rdfs:label skos:prefLabel&quot;&gt;Penser le contemporain&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item odd&quot;&gt;&lt;a href=&quot;/fr/taxonomy/term/1371&quot; typeof=&quot;skos:Concept&quot; property=&quot;rdfs:label skos:prefLabel&quot;&gt;médias sociaux&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&lt;a href=&quot;/fr/taxonomy/term/54558&quot; typeof=&quot;skos:Concept&quot; property=&quot;rdfs:label skos:prefLabel&quot;&gt;témoignage&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
      &lt;/div&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&lt;a href=&quot;/fr/taxonomy/term/1102&quot; typeof=&quot;skos:Concept&quot; property=&quot;rdfs:label skos:prefLabel&quot;&gt;sexualités&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item odd&quot;&gt;&lt;a href=&quot;/fr/taxonomy/term/54507&quot; typeof=&quot;skos:Concept&quot; property=&quot;rdfs:label skos:prefLabel&quot;&gt;colonisation&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&lt;a href=&quot;/fr/taxonomy/term/54546&quot; typeof=&quot;skos:Concept&quot; property=&quot;rdfs:label skos:prefLabel&quot;&gt;représentations&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item odd&quot;&gt;&lt;a href=&quot;/fr/taxonomy/term/54505&quot; typeof=&quot;skos:Concept&quot; property=&quot;rdfs:label skos:prefLabel&quot;&gt;binarité&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item odd&quot;&gt;&lt;a href=&quot;/fr/taxonomy/term/246&quot; typeof=&quot;skos:Concept&quot; property=&quot;rdfs:label skos:prefLabel&quot;&gt;féminisme&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&lt;a href=&quot;/fr/taxonomy/term/54542&quot; typeof=&quot;skos:Concept&quot; property=&quot;rdfs:label skos:prefLabel&quot;&gt;patriarcat&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&lt;a href=&quot;/fr/taxonomy/term/24&quot; typeof=&quot;skos:Concept&quot; property=&quot;rdfs:label skos:prefLabel&quot;&gt;Canada&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item odd&quot;&gt;&lt;a href=&quot;/fr/taxonomy/term/26&quot; typeof=&quot;skos:Concept&quot; property=&quot;rdfs:label skos:prefLabel&quot;&gt;Québec&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
      &lt;/div&gt;
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      &lt;div class=&quot;field-label&quot;&gt;Champs disciplinaires: &lt;/div&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&lt;a href=&quot;/fr/taxonomy/term/53798&quot; typeof=&quot;skos:Concept&quot; property=&quot;rdfs:label skos:prefLabel&quot;&gt;études féministes&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item odd&quot;&gt;&lt;a href=&quot;/fr/taxonomy/term/802&quot; typeof=&quot;skos:Concept&quot; property=&quot;rdfs:label skos:prefLabel&quot;&gt;sciences sociales&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&lt;a href=&quot;/fr/taxonomy/term/54561&quot; typeof=&quot;skos:Concept&quot; property=&quot;rdfs:label skos:prefLabel&quot;&gt;travail social&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item odd&quot;&gt;&lt;a href=&quot;/fr/taxonomy/term/390&quot; typeof=&quot;skos:Concept&quot; property=&quot;rdfs:label skos:prefLabel&quot;&gt;sociologie&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
      &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
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      &lt;div class=&quot;field-label&quot;&gt;Type de publication: &lt;/div&gt;
    &lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&lt;a href=&quot;/fr/taxonomy/term/54481&quot; typeof=&quot;skos:Concept&quot; property=&quot;rdfs:label skos:prefLabel&quot;&gt;Cahiers de l&amp;#039;IREF&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
      &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
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      &lt;div class=&quot;field-label&quot;&gt;Teaser: &lt;/div&gt;
    &lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;Basé sur nos expériences de terrain en tant qu’intervenantes au Service de leadership du Y des femmes de Montréal et nos recherches critiques, cet article est l’occasion de révéler quelques-uns des mécanismes sexualisateurs présents dans les représentations culturelles, médiatiques et publicitaires ainsi que leurs liens avec les discriminations et les violences auxquelles les jeunes filles sont confrontées.&lt;/div&gt;
      &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class=&quot;field field-name-field-citation-ref field-type-entityreference field-label-above&quot;&gt;
      &lt;div class=&quot;field-label&quot;&gt;Pour citer ce document: &lt;/div&gt;
    &lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&lt;span class=&quot;biblio-authors&quot; &gt;&lt;a href=&quot;/fr/biblio?f%5Bauthor%5D=7037&quot; rel=&quot;nofollow&quot;&gt;Boulebsol, Carole&lt;/a&gt; et &lt;a href=&quot;/fr/biblio?f%5Bauthor%5D=7038&quot; rel=&quot;nofollow&quot;&gt;Carole  Goldfarb&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;. 2013. « &lt;a href=&quot;/fr/biblio/colonisation-et-sexualisation-des-jeunes-filles&quot;&gt;&lt;span class=&quot;biblio-title&quot; &gt;Colonisation et sexualisation des jeunes filles&lt;/span&gt;&lt;/a&gt; ». En ligne sur le site de l’Observatoire de l’imaginaire contemporain. &amp;lt;&lt;a href=&quot;https://oic.uqam.ca/fr/articles/colonisation-et-sexualisation-des-jeunes-filles&quot;&gt;https://oic.uqam.ca/fr/articles/colonisation-et-sexualisation-des-jeunes-filles&lt;/a&gt;&amp;gt;. Consulté le 1 mai 2023. Publication originale : (&lt;span  style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;De l&#039;assignation à l&#039;éclatement. Continuités et ruptures dans les représentations des femmes&lt;/span&gt;. 2013. Montréal : Institut de recherches et d&#039;études féministes (IREF). coll. Agora, vol. Cahier de l&#039;IREF).&lt;span class=&quot;Z3988&quot; title=&quot;ctx_ver=Z39.88-2004&amp;amp;rft_val_fmt=info%3Aofi%2Ffmt%3Akev%3Amtx%3Adc&amp;amp;rft.title=Colonisation+et+sexualisation+des+jeunes+filles&amp;amp;rft.isbn=978-2-922045-42-0&amp;amp;rft.date=2013&amp;amp;rft.volume=Cahier+de+l%26%23039%3BIREF&amp;amp;rft.aulast=Boulebsol&amp;amp;rft.aufirst=Carole&amp;amp;rft.au=Goldfarb%2C+Carole&amp;amp;rft.pub=Institut+de+recherches+et+d%26%23039%3B%C3%A9tudes+f%C3%A9ministes+%28IREF%29&amp;amp;rft.place=Montr%C3%A9al&quot;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
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      &lt;div class=&quot;field-label&quot;&gt;Pour citer ce document (Computed): &lt;/div&gt;
    &lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&amp;lt;span class=&amp;quot;biblio-authors&amp;quot; &amp;gt;Boulebsol, Carole et Carole  Goldfarb&amp;lt;/span&amp;gt;. 2013. « &amp;lt;span class=&amp;quot;biblio-title&amp;quot; &amp;gt;Colonisation et sexualisation des jeunes filles&amp;lt;/span&amp;gt; ». En ligne sur le site de l’Observatoire de l’imaginaire contemporain. &amp;amp;lt;https://oic.uqam.ca/fr/articles/colonisation-et-sexualisation-des-jeunes-filles&amp;amp;gt;.  Publication originale : (&amp;lt;span  style=&amp;quot;font-style: italic;&amp;quot;&amp;gt;De l&amp;#039;assignation à l&amp;#039;éclatement. Continuités et ruptures dans les représentations des femmes&amp;lt;/span&amp;gt;. 2013. Montréal : Institut de recherches et d&amp;#039;études féministes (IREF). coll. Agora, vol. Cahier de l&amp;#039;IREF).&amp;lt;span class=&amp;quot;Z3988&amp;quot; title=&amp;quot;ctx_ver=Z39.88-2004&amp;amp;amp;rft_val_fmt=info%3Aofi%2Ffmt%3Akev%3Amtx%3Adc&amp;amp;amp;rft.title=Colonisation+et+sexualisation+des+jeunes+filles&amp;amp;amp;rft.isbn=978-2-922045-42-0&amp;amp;amp;rft.date=2013&amp;amp;amp;rft.volume=Cahier+de+l%26%23039%3BIREF&amp;amp;amp;rft.aulast=Boulebsol&amp;amp;amp;rft.aufirst=Carole&amp;amp;amp;rft.au=Goldfarb%2C+Carole&amp;amp;amp;rft.pub=Institut+de+recherches+et+d%26%23039%3B%C3%A9tudes+f%C3%A9ministes+%28IREF%29&amp;amp;amp;rft.place=Montr%C3%A9al&amp;quot;&amp;gt;&amp;lt;/span&amp;gt;&lt;/div&gt;
      &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
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 <pubDate>Mon, 02 May 2022 16:11:11 +0000</pubDate>
 <dc:creator>Alexia Giroux</dc:creator>
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 <comments>https://oic.uqam.ca/fr/articles/colonisation-et-sexualisation-des-jeunes-filles#comments</comments>
</item>
<item>
 <title>Politiques fascistes du corps féminin: santé, beauté, maternité</title>
 <link>https://oic.uqam.ca/fr/articles/politiques-fascistes-du-corps-feminin-sante-beaute-maternite</link>
 <description>&lt;div class=&quot;field field-name-body field-type-text-with-summary field-label-hidden&quot;&gt;
    &lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item even&quot; property=&quot;content:encoded&quot;&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 360px;&quot;&gt;En histoire, les femmes sont invisibles&amp;nbsp;&lt;br&gt;à moins de les regarder bien en face.&amp;nbsp;&lt;br&gt;Eve Rosenhaft&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref1_1gx96li&quot; title=&quot; Citée par Jill Stephenson, 2000: 5 —ma traduction. Mes remerciements à Isabelle Courcy et aux lectrices du comité scientifique pour la lecture attentive de ce texte.&quot; href=&quot;#footnote1_1gx96li&quot;&gt;1&lt;/a&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;D’énormes difficultés surgissent dès que l’on s’engage à définir le fascisme: ses frontières sont floues et d’illustres historiens refusent d’admettre que le fascisme italien et le nazisme allemand relèvent du même phénomène&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref2_3zqasgf&quot; title=&quot;On pense par exemple à Renzo De Felice. Il existe à notre sens une «famille politique des fascismes, une famille européenne qui a connu différentes variantes, qui n’exclut certes pas la spécificité de chaque régime, mais qui constitue néanmoins leur matrice commune» (Traverso, 2008). Notons que les polémiques provoquées par la médiatisation de certaines thèses de De Felice, que ce soit celle du «consensus» suscité par le fascisme ou de sa singularité « absolue », sont toujours aussi intenses (voir Matard-Bonucci, 2008).&quot; href=&quot;#footnote2_3zqasgf&quot;&gt;2&lt;/a&gt;. De même, des régimes pas vraiment fascistes ont emprunté dans les années trente quelques éléments «de décor» pour se donner des signes extérieurs de puissance. Mais il existe un phénomène général qu’on peut qualifier de «Fascisme», quitte à le mettre au pluriel pour tenir compte des différences nationales. Ainsi, le régime de Vichy&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref3_ustg88n&quot; title=&quot;Le Régime de Vichy assure le gouvernement français de juillet 1940 à août 1944, sous la gouverne du maréchal Philippe Pétain, durant l’occupation allemande de la France. Ce régime, qui met fin à la République, tire son nom de la ville de Vichy où se situe son siège (on le désigne parfois aussi par l’appellation «Gouvernement de Vichy», voire simplement «Vichy»). Cette parenthèse dans la démocratie républicaine a une place particulière dans l’histoire française et son caractère fasciste ou fascisant fait l’objet de débats. La base de l’argumentation est la loi constitutionnelle votée le 10 juillet 1940 constituée d’un article unique ayant pour objet d’attribuer les pleins pouvoirs au Maréchal Pétain.&quot; href=&quot;#footnote3_ustg88n&quot;&gt;3&lt;/a&gt; ne semble pas fasciste à ses débuts, mais il le devient lorsqu’il se transforme en État policier (Paxton, 1994)&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref4_zi7eyz6&quot; title=&quot;Malgré la thèse française classique à l’effet que «le fascisme français n’a pas existé», on ne peut nier «l’imprégnation fasciste» ni son déploiement dans le régime de Vichy, peu importe s’il se met en place uniquement grâce à l’occupation allemande ou en conjonction avec un état d’esprit propre à la droite française. Nous laissons ce débat aux historiens et historiennes.&quot; href=&quot;#footnote4_zi7eyz6&quot;&gt;4&lt;/a&gt;. On peut aussi inclure dans le groupe l’Espagne de Franco et le Portugal de Salazar, qui ne seront pas abordés ici faute d’espace. Ce texte traite du fascisme historique de la période 1922-1945: il s’attarde aux politiques fascistes qui touchent le corps féminin et qui viennent appuyer la domination traditionnelle des femmes et ce, malgré les projets révolutionnaires à l’origine de ces régimes.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les historiens qui ont renouvelé l’interprétation du fascisme au cours des vingt dernières années en adoptant une perspective comparative affirment:&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Le fascisme fut à la fois une révolution, une idéologie, une vision du monde et une culture. Une révolution, car il ne regardait pas vers le passé, mais voulait bâtir une société nouvelle. Une idéologie, car il concevait le nationalisme comme une alternative moderne aussi bien au socialisme qu’au libéralisme. Une vision du monde, puisqu’il inscrivait son projet politique dans une philosophie de l’histoire. Et une culture, puisqu’il voulait transformer l’imaginaire collectif, modifier les styles de vie, supprimer tout clivage entre vie privée et vie publique. (Traverso, 2008)&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Selon l’historien George Mosse, qui considère l’histoire culturelle comme un domaine bien plus vaste que l’histoire des idées, il faut, pour comprendre le fascisme, prendre en compte ses représentations, ses pratiques et sa capacité de donner forme aux sentiments populaires, bref ses implications dans l’imaginaire collectif (Mosse, 1996; 2003). Mon ambition n’est toutefois pas de proposer un modèle du fascisme, mais de cerner certaines modalités de circulation de la culture politique d’un régime à l’autre, des emprunts, des contradictions et des singularités nationales au-delà de l’appartenance à une culture politique commune (Matard-Bonucci, 2008 : 10) ou à un imaginaire politique commun (Burrin, 2000: 49-71). Ces moments historiques qu’ont été les fascismes fournissent l’occasion d’étudier de façon privilégiée des processus de répression qui imposent des idées et des visions de ce que doivent être les différences entre les sexes.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;La virilité et son altérité&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La pierre angulaire de cette vision repose sur la construction du culte de la virilité (Mosse, 1997): en Italie par exemple, le fascisme véhicule un culte de la virilité et le Duce est son «athlète politique» (Gori, 2004: 9)! Cette esthétique de la virilité, du corps et du sport, a sa contrepartie féminine&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref5_mo9dwub&quot; title=&quot;D’autres l’ont exprimé avant lui (dont nombre de féministes), mais c’est Pierre Bourdieu qui souligne que la masculinité et la féminité ne peuvent pas être pensés de manière séparée : c’est avant tout dans l’opposition avec le féminin que le masculin peut se construire et s’exprimer: «La virilité […], est une notion éminemment relationnelle, construite devant et pour les autres hommes contre la féminité, dans une sorte de peur du féminin, et d’abord en soi-même» (Bourdieu, 1998 : 59).&quot; href=&quot;#footnote5_mo9dwub&quot;&gt;5&lt;/a&gt;:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;La culture fasciste exalte l’action, la virilité, la jeunesse, le combat, en les traduisant dans une certaine image du corps, dans des gestes, des emblèmes, des symboles qui devraient redéfinir l’identité nationale. Toutes ces valeurs exigent leur antithèse, qui se décline en une multiplicité de figures négatives de l’altérité : l’altérité de genre des homosexuels et des femmes n’acceptant pas une position subalterne; l’altérité sociale des criminels; l’altérité politique des anarchistes, communistes et subversifs; l’altérité raciale des Juifs et des peuples colonisés. … Judéité, homosexualité et féminité sont les figures négatives par excellence permettant à l’esthétique fasciste d’élaborer ses mythes positifs de la virilité, de la santé, de l’hygiène physique et morale. (Traverso, 2008)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le culte de la virilité, dans lequel les hommes étaient invités à suivre l’exemple du Duce, dont le corps athlétique incarnait l’idéal de la virilité latine (Gori, 2004; 2006), construit en miroir une féminité idéalisée où les femmes doivent «donner pour fins à leurs vies les sublimes valeurs de la maternité et de la famille, jusqu’au sacrifice», en suivant l’exemple des vertueuses matrones de l’époque romaine. Mais les interventions des régimes fascistes en matière de différence sexuelle ne se limitent pas à un seul espace, c’est pourquoi la trilogie «Santé, beauté, maternité», que je propose d’adopter, guidera cet aperçu des différentes sphères d’influence des politiques fascistes du corps féminin.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;&lt;strong&gt;1. Santé&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 0.8125rem;&quot;&gt;La question de la santé concerne l’hygiène publique, l’école et les organisations de jeunesse. Dans les organisations de jeunesse, en Italie comme en Allemagne, les jeunes apprennent la vie en collectivité: on leur inculque le culte du régime et du chef, tout en leur donnant une éducation physique et paramilitaire.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Cela s’inscrit dans un contexte de réformes de l’hygiène publique et de propagande sur la santé visant, entre autres, à diminuer la mortalité infantile. C’est ainsi que sont mises en place des normes concernant la pasteurisation du lait et, en Italie, des centres de conseils pour garder les enfants en bonne santé, des cours de santé et d’hygiène dans les écoles primaires. De façon générale, dans l’Europe des années 1920 et 1930, la propagande sur la santé a pour objectif de «sensibiliser le public à porter une attention plus soutenue aux règlementations sur la santé et l’inciter à respecter les règles établies en la matière» (Pinnelli et Mancini, 1998: 347).&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Éducation physique&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Un État fasciste touche directement tous les jeunes d’une Nation par l’école, les organisations de jeunesse et le service militaire qui modèlent les comportements hors de toute influence familiale et sociale contraire (Cointet-Labrousse, 1999: 120-121). Les organisations de jeunesse font la part belle aux exercices de gymnastique ou d’athlétisme. En Italie, on forme des profs d’éducation physique à toute allure et on programme des cours de natation pour améliorer l’hygiène du même coup. L’embrigadement des jeunes débute dès la maternelle, avec les &lt;em&gt;Balilla&lt;/em&gt; (ou Fils de la louve) qui défilent en uniforme noir, saluent à la romaine, assistent aux manifestations du régime, s’entraînent avec des fusils de bois. En France, dès 1934 est créée au sein des Croix de feu la SPES (Société de préparation et d’éducation sportive), qui avait pour but de «rendre aux enfants le goût de l’éducation physique liée aux valeurs morales et le développer ensuite vers la compétition» (Dietschy, 2008: 78).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En Italie, ce sont les institutions scolaires qui, dans un premier temps, vont instaurer la gymnastique à l’école pour les filles, en dépit des préjugés du temps : le sport féminin est choquant, car synonyme d’exhibition publique du corps. Les rencontres de gymnastique féminine —comme celle de Turin en 1902 —«sont considérées par les bien-pensants comme des spectacles indécents qu’il faudrait abolir». Cela n’empêche pas certaines aristocrates de développer une passion pour la bicyclette, «suivant en cela l’exemple de la reine Marguerite de Savoie qui pratiquait le vélo, l’athlétisme et l’alpinisme», comme le fait remarquer Gigliola Gori, citant encore le cas de Luigiana Serponi qui, en 1914, «court le 100 mètres en 16 secondes, ce qui est un bon temps si l’on pense à l’habit long et encombrant qu’elle revêtait au nom de la décence» (2006: 2). Ces exemples restent toutefois anecdotiques et montrent que le sport féminin a un caractère exceptionnel au début du XXe siècle.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’embrigadement des jeunes concerne aussi les fillettes et les jeunes filles allemandes enrôlées dans des formations parallèles à celles des garçons. À dix ans, elles entrent dans le &lt;em&gt;Jungmädel &lt;/em&gt;(«Jeunes vierges »); de quatorze à dix-huit ans, elles sont membres du &lt;em&gt;Bund deutscher Mädel&lt;/em&gt;, c’est-à-dire de la «Ligue des jeunes filles allemandes», puis, jusqu’à vingt-et-un ans, elles prolongent leur formation dans la section &lt;em&gt;Glaube und Schönheit&lt;/em&gt; («Foi et Beauté»). En uniforme dessiné par Hitler (chemisier blanc et jupette bleue), elles font des exercices en plein air afin de se préparer elles aussi aux combats à venir par des cours de secourisme et de défense passive&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref6_r8kjx2j&quot; title=&quot;Ce terme englobe un ensemble de mesures de protection des populations en cas de guerre telles l’information et la sensibilisation, la mise en place d’un réseau de surveillance et d’alerte ou la construction d’abris souterrains.&quot; href=&quot;#footnote6_r8kjx2j&quot;&gt;6&lt;/a&gt; (León et Scot, 1997: 170).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La santé mentale et physique des jeunes filles est l’un des critères fondamentaux de la Ligue des jeunes filles allemandes (Reese, 2006: 44). Les témoignages recueillis par l’historienne Dagmar Reese insistent très peu sur l’éducation idéologique au programme des BDM et beaucoup sur les activités culturelles et sportives, les jeux et les compétitions (2006: 60-61). Les jeunes filles avaient l’impression de former un type distinctif de filles ou de femmes actives par rapport à leurs grandes sœurs ou aux «dames».&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Le sport au féminin&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les organisations de jeunesse italiennes, qui faisaient le pont entre l’appareil scolaire et l’appareil de loisirs, étaient orientées «vers une sorte de scoutisme permettant d’inculquer aux enfants et aux adolescentes les vertus domestiques, les exercices corporels consistant essentiellement en gymnastique et danse rythmique et un peu d’athlétisme […]. De fait, la femme idéale que cherchait à produire le fascisme n’était pas à proprement parler sportive» (Dietschy, 2008: 72). Les politiques du corps féminin adoptées par les régimes insistent d’abord avant tout sur la beauté et la maternité, mais laissent une place, certes limitée, au modèle sportif.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Celui-ci constitue d’ailleurs un bon indicateur de la contradiction de la politique du genre des régimes fascistes. En effet, comme le souligne Gigliola Gori (2004) à propos du modèle italien, après le féminisme initial des premières années du régime, celui-ci insista sur la maternité et, dans le même temps, exigea l’engagement des femmes dans la société; or, cette contradiction se retrouva dans le domaine du sport:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;En 1936, le régime pouvait se flatter de compter 5 000 athlètes féminines pratiquant essentiellement l’athlétisme, le basket-ball, la gymnastique et le roller-skating et se glorifier de la médaille d’or d’Ondina Valla au 80 mètres haies des Jeux de Berlin mais ces chiffres étaient en baisse par rapport à la fin des années 1920. De fait, l’activité des jeunes filles fut volontairement contrôlée: il fallait éviter qu’elles fussent gagnées par l’esprit de compétition et la masculinité propres au sport. (Dietschy, 2008: 72)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Reflets de ces tensions, les compétitions réunissant dans des concours sportifs l’élite des Groupes Universitaires Fascistes (GUF) leur furent interdits de 1934 à 1938, alors que des footballeuses milanaises reçurent l’autorisation de jouer à condition de ne jamais se produire en public (De Grazia, 1993).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;De plus, des débats qui n’étaient pas le seul apanage de l’Italie mobilisaient les médecins réunis dans la Federazione Italiana Medici dello Sport pour déterminer si la pratique sportive ne menaçait pas la fertilité des femmes (Gori, 2004). C’est à se demander si les performances sportives des femmes n’étaient pas une menace, non pas à la fertilité, mais à l’ordre établi de la domination masculine reposant sur la supériorité physique. C’est ainsi que l’Académie d’Orvieto, en formant des jeunes filles au métier d’enseignantes en éducation physique, favorise une certaine forme d’émancipation. L’Académie féminine nationale d’éducation physique, fondée en 1932 à Orvieto, «formait en trois ans au métier d’enseignante en éducation physique des jeunes filles ayant terminé leurs études secondaires, munies d’un certificat de bonne santé (les lunettes étaient interdites, les trop maigres et les trop grasses exclues) et admises sur concours» (Valici, 2000). L’Académie formait:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;[…] des sportives capables d’auto-discipline, oui, mais des championnes, non. Grâce et légèreté, oui. Biceps et esprit de compétition, non. Le corps doit se renforcer et s’assouplir afin de mieux servir la reproduction. L’esprit aussi doit se muscler —sans excès— afin de mieux accepter la hiérarchie, la coopération, le sens du devoir. Reste qu’une formation qui permet aux jeunes filles d’échapper à la culture locale et familiale, de pratiquer une discipline moderne comme le sport, de s’auto-organiser hors de l’autorité parentale, de prendre conscience de leurs propres capacités et d’être sûres d’entrer dans le marché du travail, bref de s’émanciper, va en sens contraire des buts recherchés par le régime. (Valici, 2000)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Avec l’arrivée au pouvoir du fascisme en Italie, la culture du corps s’affirme de façon significative. Bien que l’activité physique féminine ait suscité moins d’études que sa contrepartie masculine, Gori (2006) a bien montré les principes esthétiques contradictoires imposés par le fascisme au corps des femmes, tantôt agile et mince, tantôt grassouillet et doux, tantôt fort et musclé, selon les temps et les événements. L’analyse dévoile aussi une indéniable tension entre maternité et femme idéale ou idéalisée, tandis que le discours est parcouru d’apparentes contradictions:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;La bonne épouse et bonne mère qui n’a d’autre préoccupation que de donner de beaux enfants au pays est la face d’une médaille dont le revers est tout aussi important: former une jeunesse —féminine comme masculine— volontaire et énergique, porteuse de l’ordre révolutionnaire et capable d’en être les rouages militants. La contradiction n’est qu’apparente: pilier familial, productrice d’enfants ou porte-parole des valeurs du fascisme, la femme ne doit pas être passive, mais agir pour le bien commun, participer à la réussite du régime. (Valici, 2000)&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;&lt;strong&gt;2. Beauté&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le fascisme réserve l’activité politique aux hommes et le rôle de la femme est exclusivement déterminé par sa fonction d’épouse, de mère et d’éducatrice. L’éloignement des femmes de la «chose politique» n’empêche toutefois pas l’existence de débats extrêmement animés sur les formes corporelles les plus adaptées aux femmes fascistes:&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;À côté du modèle plus traditionnel de la femme soumise, modeste et naïve, émerge, dans les années 1920, un autre modèle de féminité, celui de la femme saine et forte, représentée par les sportives professionnelles. Les organisations fascistes aussi bien que les magazines féminins invitent alors les filles à abandonner leur vie paresseuse et fragile et à se lancer dans des activités plus dynamiques. (Marzano, 2009: 106)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les modèles fascistes de féminité connaissent des changements selon les époques. Il y a donc différents modèles moraux et esthétiques, étant données les ambiguïtés des politiques fascistes. Gori (2004: 54-74) identifie trois modèles italiens: la femme révolutionnaire du fascisme des débuts 1919-1924; la nouvelle femme, épouse et mère 1925-1935, dont on peut se faire une image avec le rôle incarné par Sophia Loren dans le film &lt;em&gt;Une journée particulière&lt;/em&gt;, mère épuisée de six enfants; la femme militarisée des années de guerre 1936-1945. En même temps, la culture ambiante véhicule aussi d’autres modèles, plus «hollywoodiens». Ces modèles coexistent et dominent tour à tour les discours, surtout en Italie. Il y a là aussi des particularités nationales où la femme de Vichy est fort différente de la jeune Allemande, mais où elles se rejoignent dans la béatitude de la maternité.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Relativement à l’aspect physique, le Troisième Reich promeut des canons de beauté dits «aryens»: des femmes blondes, belles, grandes, sveltes et robustes à la fois. Cette image est diffusée à travers la publicité autant que l’art officiel, puisant dans l’art antique, et plus spécifiquement dans les statues gréco-romaines. Monique Moser-Verrey note qu’«on ravive, au cours des années trente, des thèmes mythologiques tels le jugement de Paris, le rapt d’Europe et les amours de Léda». Elle écrit encore que, peu importe qu’on les nomme «Femmes nouvelles» vulnérables, «mères de la race» assujetties ou athlètes de seconde zone, «les Allemandes de l’entre-deux-guerres ne jouissent au fond d’aucune considération véritable et surtout elles sont ballottées entre des images et des rôles contradictoires» (Moser-Verrey, 1991: 26-28).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Quant aux Françaises, elles sont aussi tiraillées par des modèles esthétiques mis au service du (de la) politique. Les modèles de féminité changent au fil du temps et des régimes qu’ils servent. Ainsi, la France des années 1920 voit émerger le style de la garçonne&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref7_f9p1ra8&quot; title=&quot;En référence au roman La Garçonne, de Victor Margueritte. Énorme best-seller qui fit couler beaucoup d’encre et fit scandale: un an après sa parution, plus de 150 articles avaient été publiés à son sujet. Le personnage principal du récit, Monique, s’habille comme un garçon, a les cheveux courts coupés au carré, fume la cigarette, se drogue et a des maîtresses. Ce livre fut qualifié de pornographique et sa portée sociale et politique, l’égalité de l’homme et de la femme, ne fut pas non plus appréciée. L’émoi fut tel que l’on retira à Victor Margueritte la Légion d’honneur: il fut déchu de son titre de chevalier. (Source: http://www.kb.nl/bc/koopman/1919-1925/c17-fr.html — consulté le 19 mai 2011)&quot; href=&quot;#footnote7_f9p1ra8&quot;&gt;7&lt;/a&gt;, mais cette représentation est reléguée dans l’ombre des déesses de la fécondité en 1940. Les textes et les images de la propagande de Vichy le montrent jusqu’à la saturation:&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Une femme sans enfants n’existe pas, excepté sous le visage de la religieuse ou de son double laïc, l’assistante sociale; les petites filles s’entraînent avec leurs poupées à répéter le seul rôle qu’elles auront à jouer —«Maintenant un jeu, plus tard une mission», dit la légende d’une affiche du Commissariat général à la famille—, et les déesses de la fécondité de Maillol&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref8_o9kehhi&quot; title=&quot;Aristide Maillol (1861-1944), sculpteur et peintre français d’origine catalane connu pour ses représentations de femmes aux formes voluptueuses.&quot; href=&quot;#footnote8_o9kehhi&quot;&gt;8&lt;/a&gt; dominent la représentation plastique du corps féminin reléguant dans l’ombre la silhouette mince de la garçonne. (Gervereau, 1990, cité dans Muel-Dreyfus, 1996: 128)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Italiennes, Allemandes et Françaises sont ramenées au rôle traditionnel de matrices de la nation et confinées à l’espace domestique, notamment par les politiques natalistes et celles concernant le travail des femmes.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;&lt;strong&gt;3. Maternité&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;L’interdiction du travail des femmes et le discours sur la maternité&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La question du travail des femmes est intimement liée à celle de la maternité et, plus largement, à la place des femmes dans la société: «Le discours idéologique sur la maternité est souvent d’abord un plaidoyer contre le travail des femmes. Le natalisme n’est pas seulement un parti pris démographique, c’est aussi une idéologie de la domination» (Maruani citée dans Muel-Dreyfus, 1996: 126). En France, sous le régime de Vichy, la maternité est présentée comme un devoir civique «qui ne laisse aucune place au désir individuel: les femmes sont réquisitionnées pour procréer» (Ferrand, 2004: 33) et l’avortement est non plus seulement réprimé, mais considéré comme un «crime de haute trahison, puni de la peine de mort» (Muel-Dreyfus, 1996; Ferrand, 2004: 33).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En effet, comme l’écrit encore Muel-Dreyfus: «la défense et promotion du, “métier de mère” et du retour de la mère au foyer —c’est-à-dire l’imposition des équivalences femme = mère, espace féminin = espace domestique— ne se déploie pas seulement au plan symbolique … mais s’incarne dans un vaste arsenal juridique aux effets potentiels bien réels» (1996: 123). Ces lois concernent la famille, l’éducation, le travail ou la santé avec, dans ses premières lois d’exclusion, l’acte relatif au travail féminin (octobre 1940): «Le gouvernement interdit l’embauche des femmes mariées dans la fonction publique et parapublique, met en congé sans solde les mères de trois enfants dont le mari travaille, et à la retraite les femmes de plus de cinquante ans» (Battagliola, 2008: 75). De telles lois ont caractérisé également la politique nazie du travail féminin (loi qui fut infléchie en raison des besoins de main-d’œuvre de l’économie de guerre), et ce dès 1933, où seront émis les premiers interdits concernant le travail des femmes. Les spécialistes insistent sur «la fonction centrale de la politique de l’emploi féminin dans le renforcement de la domination masculine et sur l’articulation permanente des discours et pratiques portant sur la production et sur la reproduction» (Muel-Dreyfus, 1996: 126). À ces mesures juridiques et répressives s’ajoutent une propagande intense «ainsi que la célébration de fêtes investies d’une forte charge symbolique, comme la fête des Mères», proclamée fête nationale en France à partir de 1941 (Battagliola, 2008: 76).&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Sous le régime de Vichy, «souci nataliste, défense et glorification du métier de mère et politiques de l’emploi féminin ne sont pas contradictoires; le travail des femmes est placé sous le signe du “salaire d’appoint” et, […]&amp;nbsp;il obéit à la logique de l’&lt;em&gt;armée de réserve&lt;/em&gt;» (Muel-Dreyfus, 1996: 126 —en italique dans le texte). En 1934, Mussolini avait déclaré que «le travail féminin, pourvu qu’il ne soit pas un obstacle direct, distrait de l’enfantement». Quelques années plus tard, le régime décrétait que le travail virilisait les femmes, les rendait stériles et dégradait la morale et la race. Avec l’entrée en guerre de l’Italie, cependant, les femmes firent leur entrée en masse dans le monde du travail, même dans les usines où elles prirent la place des ouvriers mobilisés (Tacchi, 2004: 148). On voit bien comment ce discours sur le travail des femmes est modulé selon les besoins du régime, peu importe la nation.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Les politiques natalistes&amp;nbsp;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La révolution envisagée par Mussolini concerne uniquement les hommes:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Les femmes, elles, doivent se contenter d’incarner le rôle de l’épouse fidèle et de la mère exemplaire. Leur tâche principale consiste d’ailleurs à mettre au monde des enfants et à les éduquer selon les valeurs promues par le fascisme afin non seulement de pallier la «crise démographique» que traverse la nation, mais aussi de contribuer à la régénérescence du pays. (Marzano, 2009: 106)&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Cela n’est pas sans rappeler la propagande nataliste vichyste dont l’objectif n’est «pas seulement le repeuplement, mais aussi l’éradication de la lutte des classes, par la substitution d’une mystique familiale et corporatiste»; ainsi jumelés, corporatisme et natalisme sont enrôlés «comme de puissants agents de contrôle social, destinés à assurer une paix sociale restée jusque-là illusoire» (Jennings, 2002: 102). Vichy, on l’aura compris, «aime mieux les femmes, enceintes de préférence, en chaussons dans leur cuisine» (Paxton, 1997: 166).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le régime de Vichy fonde le ministère ou commissariat d’État de la Famille en 1940 (or, pour Vichy, famille rime avec natalité). Quoique l’avortement ait été proscrit depuis longtemps, une loi du 15 février 1942 le transforme en crime d’État&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref9_77eilcm&quot; title=&quot;L’avortement représentait la trahison: «Ces femmes […]&amp;nbsp;étaient les saboteurs symboliques de la France. Par leurs crimes, elles s’attaquaient au corps maternel et reproducteur de la France» (Pollard, 2004: 215).&quot; href=&quot;#footnote9_77eilcm&quot;&gt;9&lt;/a&gt; (voir Muel-Dreyfuss, 1996: 324):&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Le 30 juillet 1943, cette réforme amena à la guillotine une femme accusée d’avoir effectué des avortements, événement porté à l’écran par Claude Chabrol dans &lt;em&gt;Une Affaire de femmes&lt;/em&gt;. Et c’est bien Vichy qui normalisa l’idéal nataliste catholique en 1943, en donnant l’ordre aux tribunaux de punir l’adultère. Vichy accorda en outre une panoplie de bénéfices fiscaux aux familles nombreuses et aux femmes restant au foyer. (Jennings, 2002: 106-107)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La loi, par un ensemble d’avantages réels et de mesures efficaces, «favorise le mariage, facilite la fondation des foyers, soutient la maternité, assiste les familles nombreuses, retient la mère au foyer, protège l’enfance» (Cointet-Labrousse, 1999: 180). Le ravitaillement accorde, par exemple, des avantages réels aux femmes enceintes. Les outils de propagande qui accompagnent ces mesures sont parfois assez lourds et on peut interroger leur efficacité:&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Un tract destiné aux femmes, intitulé «Maman», décrivant les joies de la maternité, présenta par exemple une série d’illustrations sur la mère de Jésus, et une autre sur «la Maman des bêtes», où l’on voit une énorme truie allaitant ses porcelets —image&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref10_8yopwzz&quot; title=&quot;Cette image animalière sera toutefois reprise pour dénoncer cette «maternité obligatoire, comme pour les vaches et les lapines» (Macciocchi, 1976: 131).&quot; href=&quot;#footnote10_8yopwzz&quot;&gt;10&lt;/a&gt; dont on pourra questionner l’efficacité comme exaltation de la maternité. (Jennings, 2002: 111)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Outre les brochures et les réseaux de propagande, la fête des Mères permet en France de relever un ton natalo-corporatiste très net:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Tout comme l’obsession démographique, la fête des Mères ne fut nullement une invention de Vichy. Mais elle aussi allait être sujette à une transformation et à une codification de 1940 à 1944. Pour la première fois, elle devint véritablement une fête nationale, célébrée dans toutes les écoles, et accompagnée de compétitions où les mères les plus prolifiques furent récompensées par des médailles d’or, de bronze et d’argent. (Jennings, 2002: 104-105)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En ce qui concerne les femmes allemandes, on a dit que la politique nazie se résumait aux 3 K (&lt;em&gt;Kindern, Küche, Kirche&lt;/em&gt; / Enfants, Cuisine, Église). Bien que simpliste, cette formule semble coïncider avec les analyses historiques. En 1935, Hitler déclare que «la femme aussi a son champ de bataille : avec chaque enfant qu’elle met au monde, elle combat pour la nation allemande» (Muel-Dreyfuss, 1996: 320). Ainsi, les trois K symbolisent la place que les régimes fascistes attribuent aux femmes et forment la base d’un système d’exploitation sexué. C’est un discours conservateur qui justifie des mesures contre les femmes, à la façon des régimes qui, encouragés par l’encyclique &lt;em&gt;Quadragesimo Anno&lt;/em&gt; (1931), ont autorisé dans les années trente le licenciement des femmes mariées, «dans les familles où l’homme pouvait garantir le revenu» (De Leeuw, 1995: 131).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les discours et représentations sur la normativité de genre se sont construits historiquement jusqu’à devenir des stéréotypes (Mosse, 1997). Ainsi, les idées évoquées ici sur le corps féminin nous paraissent aujourd’hui d’une grande banalité. C’est oublier qu’en dehors des milieux progressistes et académiques qui nous protègent d’une certaine forme de bêtise, dans les conversations de brasserie comme chez certains chroniqueurs, la même rhétorique, les mêmes arguments, les mêmes contraintes sont imposées aux femmes sous le déguisement du choix. En effet, et pour ne prendre que cet exemple, la maternité n’est pas qu’un choix (et tant mieux lorsqu’elle résulte d’un choix), elle est aussi une contrainte.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Concernant le travail des femmes, rappelons cette idée que l’on entend proposée, notamment en temps de chômage, d’un «retour au foyer» des femmes:&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;[…]&amp;nbsp;de façon épisodique et récurrente, technocrates et gouvernants de tous bords imaginent qu’«elles» pourraient bien, à la faveur de quelque allocation ou salaire maternel déguisé, se retirer du marché du travail et laisser la place aux hommes. Mais de quelle(s) place(s) s’agit-il, au juste? Les hommes au chômage viendraient-ils «remplacer» les femmes dans les emplois qui leur sont traditionnellement dévolus: infirmières, secrétaires, caissières, femmes de ménage? […]&amp;nbsp;Les discours récurrents sur le «retour au foyer» ont une fonction symbolique forte: celle de légitimer des inégalités en tous genres. Suggérer l’idée que les femmes puissent se retirer silencieusement du marché de l’emploi, pour se réfugier dans l’inactivité, signifie bien que leur droit en la matière est toujours contingent —toujours soumis aux contingences du moment. Et que leur chômage à elles est moins grave que leur chômage à eux. (Maruani, 1997: 20)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Quoi de plus normal que les femmes et les hommes, renvoyés à une différence naturelle, remplissent des fonctions différentes dans la société? Il est troublant de constater que les femmes n’ont pas été que des victimes des fascismes, mais des sujets agissants et complices de leur propre domination, même s’il est difficile de le dire&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref11_iq0nppe&quot; title=&quot;37 ans après l’analyse de Maria-Antonietta Macciocchi. Voir Macciocchi, 1976.&quot; href=&quot;#footnote11_iq0nppe&quot;&gt;11&lt;/a&gt;. Mais n’est-il pas aussi troublant de constater que des pans de l’idéologie fasciste s’accrochent aux valeurs traditionnelles sécurisantes, se fixent au langage (De Leeuw, 1995: 148) et se transportent jusqu’à nous, ici, plus de 90 ans après l’installation d’un premier régime fasciste?&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Références&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;ASSOULINE, Pierre. 2006. «Le fascisme français n’a pas existé», &lt;em&gt;La République des livres&lt;/em&gt;, 26 mai 2006. En ligne: &lt;a href=&quot;http://passouline.blog.lemonde.fr/2006/05/27/2006_05_le_fascisme_fra/&quot;&gt;http://passouline.blog.lemonde.fr/2006/05/27/2006_05_le_fascisme_fra/&lt;/a&gt; (consulté le 2 juin 2011)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BATTAGLIOLA, Françoise. 2008. &lt;em&gt;Histoire du travail des femmes&lt;/em&gt;, 3e édition, Paris: La Découverte, coll. Repères.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BOURDIEU, Pierre. 1998. &lt;em&gt;La domination masculine&lt;/em&gt;, Paris: Seuil.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BURRIN, Philippe. 2000. &lt;em&gt;Fascisme, nazisme, autoritarisme&lt;/em&gt;, Paris: Seuil, coll. Points Histoire.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;COINTET-LABROUSSE, Michèle. 1999. &lt;em&gt;Vichy et le fascisme&lt;/em&gt;, Bruxelles: éditions Complexe, coll. Questions au XXe siècle.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;DE FELICE, Renzo. 2002. &lt;em&gt;Brève histoire du fascisme&lt;/em&gt;, trad. de Jérôme Nicolas, préface de Pierre Milza, Paris: Audibert.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;DE GRAZIA, Victoria. 1993. &lt;em&gt;How Fascism Ruled Women: Italy, 1922-1945&lt;/em&gt;, Berkeley / Los Angeles: University of California Press.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;DE LEEUW, Jo. 1995. «De la famille à la communauté du peuple: le rôle des femmes dans l’idéologie fasciste, hier et aujourd’hui», dans &lt;em&gt;L’extrême droite contre les femmes&lt;/em&gt;, sous la dir. de Jo De Leeuw et Hedwige Peemans-Poullet, Bruxelles: Éditions Luc Pire, p. 115-152.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;DIETSCHY, Paul. 2008. «Sport, éducation physique et fascisme sous le regard de l’historien», &lt;em&gt;Revue d’histoire moderne et contemporaine&lt;/em&gt;, 2008/3 n° 55-3, p. 61-84.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;FERRAND, Michèle. 2004. &lt;em&gt;Féminin Masculin&lt;/em&gt;, Paris: Éditions la Découverte, coll. Repères.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;GENTILE, Emilio. 2006. «Fascisme, totalitarisme et religion politique: Définitions et réflexions critiques sur les critiques d’une interprétation», &lt;em&gt;Raisons politiques&lt;/em&gt;, no 22, mai, p. 119-173.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;GERVEREAU, Laurent. 1990. «Y a-t-il un style de Vichy ?», dans L. Gervereau et D. Peschanski, &lt;em&gt;La Propagande sous Vichy, 1940-1944&lt;/em&gt;, Paris: Publications de la BDIC, p. 110-147.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;GORI, Gigliola. 2006. «Féminité et esthétique sportive dans l’Italie fasciste», &lt;em&gt;CLIO. Histoire, femmes et sociétés&lt;/em&gt;, no 23, p. 93-118. En ligne: &lt;a href=&quot;http://clio.revues.org/index1869.html&quot;&gt;http://clio.revues.org/index1869.html&lt;/a&gt; (consulté le 5 octobre 2011)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;________. 2004. &lt;em&gt;Italian Fascism and the Female Body: Sport, Submissive Women and Strong Mothers&lt;/em&gt;, New York: Routledge.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;GUILLAUMIN, Colette. 1995. «Le naturalisme, les orientations politiques et les femmes», dans &lt;em&gt;L’extrême droite contre les femmes&lt;/em&gt;, sous la dir. de Jo De Leeuw et Hedwige Peemans-Poullet, Bruxelles : Éditions Luc Pire, p. 153-162.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;JENNINGS, Éric. 2002. «Discours corporatiste, propagande nataliste, et contrôle social sous Vichy», &lt;em&gt;Revue d’histoire moderne et contemporaine&lt;/em&gt;, no 49-4, p. 101-131.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;KOONZ, Claudia. 1989. &lt;em&gt;Les mères-patrie du IIIe Reich, les femmes et le nazisme&lt;/em&gt;, Paris: Lieu commun.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;LEÓN, Enrique et Jean-Paul SCOT. 1997. &lt;em&gt;Le nazisme des origines à 1945&lt;/em&gt;, Armand Colin, coll. Cursus.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;LYTTELTON, Adrian. 1976. «Italian Fascism», dans Walter Laqueur, ed., &lt;em&gt;Fascism, a Reader’s Guide. Analyses, Interpretations, Bibliography&lt;/em&gt;, Berkeley / Los Angeles: University of California Press, p. 125-150.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;MACCIOCCHI, Maria-Antonietta. 1976. «Les femmes et la traversée du fascisme», dans &lt;em&gt;Éléments pour une analyse du fascisme, tome I&lt;/em&gt;, Paris: Union générale d’édition (10/18), p. 128-278.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;MARUANI, Margaret. 1997. «Les temps modernes de l’emploi féminin», &lt;em&gt;Le monde diplomatique&lt;/em&gt;, septembre, p. 20.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;MARZANO, Michela. 2009. &lt;em&gt;Le fascisme. Un encombrant retour&lt;/em&gt;, Paris : Larousse, coll. essais et documents.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;MATARD-BONUCCI, Marie-Anne. 2008. «Lectures et relectures du fascisme italien», &lt;em&gt;Revue d’histoire moderne et contemporaine&lt;/em&gt;, vol. 3, n° 55-3, p. 5-10.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;MOSER-VERREY, Monique. 1991. «Les femmes du troisième Reich», &lt;em&gt;Recherches féministes&lt;/em&gt;, vol. 4, n° 2, p. 25-44.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;MOSSE, George L. 1997. &lt;em&gt;L’image de l’homme. L’invention de la virilité moderne&lt;/em&gt;, Paris Abbeville: Tempo. Traduction de &lt;em&gt;The Image of Man: the Creation of Modern Masculinity&lt;/em&gt;, New York: Oxford University Press, 1996.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;________. 1996. «Fascist Aesthetics and Society: Some Considerations», &lt;em&gt;Journal of Contemporary History&lt;/em&gt;, vol. 31, no 2, p. 245-252.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;MUEL-DREYFUS, Francine. 1996. &lt;em&gt;Vichy et l’éternel féminin. Contribution à une sociologie politique de l’ordre des corps&lt;/em&gt;, Paris: Seuil, coll. XXe siècle.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;NOLTE, Ernst. 1966. &lt;em&gt;Three Faces of Fascism: Action Française, Italian Fascism, National Socialism&lt;/em&gt;, New York: Henry Holt &amp;amp; Company.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;PASSMORE, Kevin, ed. 2003. &lt;em&gt;Women, Gender and Fascism in Europe, 1919-1945&lt;/em&gt;, New Brunswick, NJ: Rutgers University Press.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;PAXTON, Robert O. 1997. &lt;em&gt;La France de Vichy 1940-1944&lt;/em&gt;, Paris: Seuil, coll. L’Univers historique.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;________. 1994. «Les fascismes», &lt;em&gt;Conférences Marc Bloch&lt;/em&gt;, XVIe Conférence Marc-Bloch, 13 juin. En ligne: &lt;a href=&quot;http://cmb.ehess.fr/document51.html&quot;&gt;http://cmb.ehess.fr/document51.html&lt;/a&gt; (consulté le 11 février 2011)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;PIE XI. 1931. &lt;em&gt;Lettre encyclique Quadragesimo Anno&lt;/em&gt;, Montréal, École sociale populaire: Secrétariat de l’É.S.P. / Montréal: L’Action paroissiale. En ligne:&amp;nbsp;&lt;a href=&quot;http://lesbonstextes.ifastnet.com/pxiquadragesimoanno.htm&quot;&gt;http://lesbonstextes.ifastnet.com/pxiquadragesimoanno.htm&lt;/a&gt; (consulté le 8 juin 2011)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;PINNELLI, Antonella et Paola MANCINI. 1998. «Mortalité par cause de décès en Italie de 1887 à 1940». Actes du colloque &lt;em&gt;Morbidité, Mortalité: problèmes de mesure, facteurs d’évolution, essai de prospective&lt;/em&gt;, Association internationale des démographes de langue française, no 8, p. 337-349.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;POLLARD, Miranda. 2004. «Vichy et l’avortement : le contrôle du corps et le nouvel ordre moral dans la vie quotidienne», dans &lt;em&gt;La France sous Vichy : autour de Robert O. Paxton&lt;/em&gt;, sous la dir. de S. Fishman, J.-P. Azéma et Robert O. Paxton, Bruxelles: Éditions Complexe, coll. Histoire du temps présent, p. 205-219.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;REESE, Dagmar. 2006. &lt;em&gt;Growing Up Female in Nazi Germany&lt;/em&gt;, transl. by William Templer, Ann Arbor, MI: University of Michigan Press.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;SENNEBOGEN, Waltraud. 2009. «Publicité et propagande dans l’Allemagne national-socialiste et l’Italie fasciste», &lt;em&gt;Vingtième Siècle. Revue d’histoire&lt;/em&gt;, 2009/1, n° 101, p. 49-60.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;STEPHENSON, Jill. 2000. &lt;em&gt;Women in Nazi Germany&lt;/em&gt;, Don Mills, Ont.: Longman.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;STERNHELL, Zeev. 1987. &lt;em&gt;Ni droite, ni gauche. L’idéologie fasciste en France. Nouvelle édition refondue et augmentée&lt;/em&gt;, Bruxelles: Éditions Complexe, coll. Historiques.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;TACCHI, Francesca. 2004. &lt;em&gt;Histoire illustrée du fascisme&lt;/em&gt;, préf. de P. Milza, trad. de Étienne Schelstraete, Paris: Éditions Place des Victoires.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;THALMANN, Rita. 1982. &lt;em&gt;Etre femme sous le IIIe Reich&lt;/em&gt;, Paris: Laffont.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;THÉBAUD, Françoise. 1986. «Maternité et famille entre les deux guerres : Idéologies et politique familiale», dans Femmes et fascismes, sous la dir. de Rita Thalmann, Paris: Tierce, p. 85-97.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;TRAVERSO, Enzo. 2008. «Interpréter le fascisme», &lt;em&gt;La Revue Internationale des Livres et des Idées&lt;/em&gt;, no 3, janvier-février 2008. En ligne: &lt;a href=&quot;http://www.revuedeslivres.net/articles.php?idArt=99&quot;&gt;http://www.revuedeslivres.net/articles.php?idArt=99&lt;/a&gt; (consulté le 2 juin 2011)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;TREVES, Anna. 2007. «L’Italie, de la surnatalité aux &amp;nbsp;&#039;&#039;berceaux vides&#039;&#039;. Réalités, représentations et politiques démographiques (1945-2005)», &lt;em&gt;Vingtième Siècle. Revue d’histoire&lt;/em&gt;, 2007/3, n° 95, p. 45-61.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;VALICI, Sabine. 2000. Recension de «Lucia MOTTI e Marilena ROSSI CAPONERI (dir.), &lt;em&gt;Accademiste a orvieto. Donne ed educazione fisica nell’Italia fascista 1932-1943&lt;/em&gt;, Ministero per i beni culturali e ambientali, Archivio di Stato di Terni, Sezione di Orvieto, Fondazione Istituto Gramsci, Archivio storico delle donne, ed. Quattroemme, 1996, 253 p.», &lt;em&gt;CLIO. Histoire, femmes et sociétés&lt;/em&gt;, no 11. En ligne: &lt;a href=&quot;http://clio.revues.org/236&quot;&gt;http://clio.revues.org/236&lt;/a&gt; (consulté le 28 février 2012)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;VANDROMME, Pol. 2002. &lt;em&gt;L’Europe en chemise: l’extrême-droite dans l’entre-deux guerres&lt;/em&gt;, Puiseaux (France): Pardès.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;VENNER, Dominique. 2003. «Qu’est-ce que le fascisme ? Entretien avec Emilio Gentile», &lt;em&gt;Nouvelle Revue d’Histoire&lt;/em&gt;, no 6, mai-juin, p. 28- 31.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;WINOCK, Michel. 2006. «Retour sur le fascisme français», &lt;em&gt;Vingtième Siècle. Revue d’histoire&lt;/em&gt; 2/2006 no 90, p. 3-27. En ligne : &lt;a href=&quot;http://www.cairn.info/revue-vingtieme-siecle-revue-d-histoire-2006-2-page-3.htm&quot;&gt;www.cairn.info/revue-vingtieme-siecle-revue-d-histoire-2006-2-page-3.htm&lt;/a&gt;. (consulté le 2 juin 2011)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;________. 1999, «Le fascisme, c’est la guerre»,&lt;em&gt; L’Histoire&lt;/em&gt;, no 235, septembre, p. 50-57.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;br&gt;&lt;strong&gt;Filmographie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;CHABROL, Claude. 1988. &lt;em&gt;Une affaire de femmes&lt;/em&gt;. DVD, coul., son, 108 min. Chicago, Ill.: Home Vision Entertainment.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;SCOLA, Ettore. 1977. &lt;em&gt;Une journée particulière&lt;/em&gt;, v.f. de &lt;em&gt;Una Giornata particolar&lt;/em&gt;. VHS, coul. et n&amp;amp;b, 105 min. Rome: Champion; Montréal: Canafox Films.&lt;/p&gt;

&lt;section  class=&quot;footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed&quot; data-collapsible-show-label=&quot;Notes&quot; data-collapsible-hide-label=&quot;Notes&quot;&gt;&lt;ul class=&quot;footnotes collapsible-content&quot;&gt;&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote1_1gx96li&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref1_1gx96li&quot;&gt;1.&lt;/a&gt;  Citée par Jill Stephenson, 2000: 5 —ma traduction. Mes remerciements à Isabelle Courcy et aux lectrices du comité scientifique pour la lecture attentive de ce texte.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote2_3zqasgf&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref2_3zqasgf&quot;&gt;2.&lt;/a&gt; On pense par exemple à Renzo De Felice. Il existe à notre sens une «famille politique des fascismes, une famille européenne qui a connu différentes variantes, qui n’exclut certes pas la spécificité de chaque régime, mais qui constitue néanmoins leur matrice commune» (Traverso, 2008). Notons que les polémiques provoquées par la médiatisation de certaines thèses de De Felice, que ce soit celle du «consensus» suscité par le fascisme ou de sa singularité « absolue », sont toujours aussi intenses (voir Matard-Bonucci, 2008).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote3_ustg88n&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref3_ustg88n&quot;&gt;3.&lt;/a&gt; Le Régime de Vichy assure le gouvernement français de juillet 1940 à août 1944, sous la gouverne du maréchal Philippe Pétain, durant l’occupation allemande de la France. Ce régime, qui met fin à la République, tire son nom de la ville de Vichy où se situe son siège (on le désigne parfois aussi par l’appellation «Gouvernement de Vichy», voire simplement «Vichy»). Cette parenthèse dans la démocratie républicaine a une place particulière dans l’histoire française et son caractère fasciste ou &lt;em&gt;fascisant&lt;/em&gt; fait l’objet de débats. La base de l’argumentation est la loi constitutionnelle votée le 10 juillet 1940 constituée d’un article unique ayant pour objet d’attribuer les pleins pouvoirs au Maréchal Pétain.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote4_zi7eyz6&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref4_zi7eyz6&quot;&gt;4.&lt;/a&gt; Malgré la thèse française classique à l’effet que «le fascisme français n’a pas existé», on ne peut nier «l’imprégnation fasciste» ni son déploiement dans le régime de Vichy, peu importe s’il se met en place uniquement grâce à l’occupation allemande ou en conjonction avec un état d’esprit propre à la droite française. Nous laissons ce débat aux historiens et historiennes.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote5_mo9dwub&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref5_mo9dwub&quot;&gt;5.&lt;/a&gt; D’autres l’ont exprimé avant lui (dont nombre de féministes), mais c’est Pierre Bourdieu qui souligne que la masculinité et la féminité ne peuvent pas être pensés de manière séparée : c’est avant tout dans l’opposition avec le féminin que le masculin peut se construire et s’exprimer: «La virilité […], est une notion éminemment relationnelle, construite devant et pour les autres hommes contre la féminité, dans une sorte de peur du féminin, et d’abord en soi-même» (Bourdieu, 1998 : 59).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote6_r8kjx2j&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref6_r8kjx2j&quot;&gt;6.&lt;/a&gt; Ce terme englobe un ensemble de mesures de protection des populations en cas de guerre telles l’information et la sensibilisation, la mise en place d’un réseau de surveillance et d’alerte ou la construction d’abris souterrains.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote7_f9p1ra8&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref7_f9p1ra8&quot;&gt;7.&lt;/a&gt; En référence au roman &lt;em&gt;La Garçonne&lt;/em&gt;, de Victor Margueritte. Énorme best-seller qui fit couler beaucoup d’encre et fit scandale: un an après sa parution, plus de 150 articles avaient été publiés à son sujet. Le personnage principal du récit, Monique, s’habille comme un garçon, a les cheveux courts coupés au carré, fume la cigarette, se drogue et a des maîtresses. Ce livre fut qualifié de pornographique et sa portée sociale et politique, l’égalité de l’homme et de la femme, ne fut pas non plus appréciée. L’émoi fut tel que l’on retira à Victor Margueritte la Légion d’honneur: il fut déchu de son titre de chevalier. (Source: &lt;a href=&quot;http://www.kb.nl/bc/koopman/1919-1925/c17-fr.html&quot;&gt;http://www.kb.nl/bc/koopman/1919-1925/c17-fr.html&lt;/a&gt; — consulté le 19 mai 2011)&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote8_o9kehhi&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref8_o9kehhi&quot;&gt;8.&lt;/a&gt; Aristide Maillol (1861-1944), sculpteur et peintre français d’origine catalane connu pour ses représentations de femmes aux formes voluptueuses.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote9_77eilcm&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref9_77eilcm&quot;&gt;9.&lt;/a&gt; L’avortement représentait la trahison: «Ces femmes […]&amp;nbsp;étaient les saboteurs symboliques de la France. Par leurs crimes, elles s’attaquaient au corps maternel et reproducteur de la France» (Pollard, 2004: 215).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote10_8yopwzz&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref10_8yopwzz&quot;&gt;10.&lt;/a&gt; Cette image animalière sera toutefois reprise pour dénoncer cette «maternité obligatoire, comme pour les vaches et les lapines» (Macciocchi, 1976: 131).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote11_iq0nppe&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref11_iq0nppe&quot;&gt;11.&lt;/a&gt; 37 ans après l’analyse de Maria-Antonietta Macciocchi. Voir Macciocchi, 1976.&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;/section&gt;&lt;/div&gt;
      &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
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      &lt;div class=&quot;field-label&quot;&gt;Numéro de la publication: &lt;/div&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&lt;span class=&quot;date-display-single&quot; property=&quot;dc:date&quot; datatype=&quot;xsd:dateTime&quot; content=&quot;2013-01-01T00:00:00-05:00&quot;&gt;2013&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
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          &lt;div class=&quot;field-item odd&quot;&gt;&lt;a href=&quot;/fr/taxonomy/term/53400&quot; typeof=&quot;skos:Concept&quot; property=&quot;rdfs:label skos:prefLabel&quot;&gt;Archéologie du contemporain&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&lt;a href=&quot;/fr/taxonomy/term/53405&quot; typeof=&quot;skos:Concept&quot; property=&quot;rdfs:label skos:prefLabel&quot;&gt;Penser le contemporain&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
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      &lt;div class=&quot;field-label&quot;&gt;Champs disciplinaires: &lt;/div&gt;
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      &lt;div class=&quot;field-label&quot;&gt;Type de publication: &lt;/div&gt;
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      &lt;div class=&quot;field-label&quot;&gt;Teaser: &lt;/div&gt;
    &lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;Ce texte traite du fascisme historique de la période 1922-1945: il s’attarde aux politiques fascistes qui touchent le corps féminin et qui viennent appuyer la domination traditionnelle des femmes et ce, malgré les projets révolutionnaires à l’origine de ces régimes.&lt;/div&gt;
      &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
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      &lt;div class=&quot;field-label&quot;&gt;Pour citer ce document: &lt;/div&gt;
    &lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&lt;span class=&quot;biblio-authors&quot; &gt;&lt;a href=&quot;/fr/biblio?f%5Bauthor%5D=6991&quot; rel=&quot;nofollow&quot;&gt;Désy, Caroline&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;. 2013. « &lt;a href=&quot;/fr/biblio/politiques-fascistes-du-corps-feminin-sante-beaute-maternite&quot;&gt;&lt;span class=&quot;biblio-title&quot; &gt;Politiques fascistes du corps féminin: santé, beauté, maternité&lt;/span&gt;&lt;/a&gt; ». En ligne sur le site de l’Observatoire de l’imaginaire contemporain. &amp;lt;&lt;a href=&quot;https://oic.uqam.ca/fr/articles/politiques-fascistes-du-corps-feminin-sante-beaute-maternite&quot;&gt;https://oic.uqam.ca/fr/articles/politiques-fascistes-du-corps-feminin-sante-beaute-maternite&lt;/a&gt;&amp;gt;. Consulté le 1 mai 2023. Publication originale : (&lt;span  style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;De l&#039;assignation à l&#039;éclatement. Continuités et ruptures dans les représentations des femmes&lt;/span&gt;. 2013. Montréal : Institut de recherches et d&#039;études féministes (IREF). coll. Agora, vol. Cahier de l&#039;IREF).&lt;span class=&quot;Z3988&quot; title=&quot;ctx_ver=Z39.88-2004&amp;amp;rft_val_fmt=info%3Aofi%2Ffmt%3Akev%3Amtx%3Adc&amp;amp;rft.title=Politiques+fascistes+du+corps+f%C3%A9minin%3A+sant%C3%A9%2C+beaut%C3%A9%2C+maternit%C3%A9&amp;amp;rft.isbn=978-2-922045-42-0&amp;amp;rft.date=2013&amp;amp;rft.volume=Cahier+de+l%26%23039%3BIREF&amp;amp;rft.aulast=D%C3%A9sy&amp;amp;rft.aufirst=Caroline&amp;amp;rft.pub=Institut+de+recherches+et+d%26%23039%3B%C3%A9tudes+f%C3%A9ministes+%28IREF%29&amp;amp;rft.place=Montr%C3%A9al&quot;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
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      &lt;div class=&quot;field-label&quot;&gt;Pour citer ce document (Computed): &lt;/div&gt;
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 <pubDate>Mon, 02 May 2022 15:08:46 +0000</pubDate>
 <dc:creator>Alexia Giroux</dc:creator>
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 <title>Féminismes et luttes contre l&#039;homophobie: de l&#039;apprentissage à la subversion des codes</title>
 <link>https://oic.uqam.ca/fr/publications/feminismes-et-luttes-contre-lhomophobie-de-lapprentissage-a-la-subversion-des-codes</link>
 <description>&lt;div class=&quot;field field-name-field-resume field-type-text-long field-label-hidden&quot;&gt;
    &lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;En 1903, à Berlin, Anna Rueling appelait le mouvement homosexuel et le mouvement des femmes à s’entraider puisque tous deux luttaient pour la liberté et l’autodétermination individuelle. Plus d’un siècle plus tard, quelles convergences peut-on observer entre féminismes et luttes contre l’homophobie? Sur le plan de la pensée, quels rapprochements contemporains peut-on établir entre le champ des études féministes et celui de la diversité sexuelle et de genre? Comment s’articule l’intersection entre ces deux systèmes de différenciation hiérarchique que sont le sexisme et l’hétérosexisme? Quels théories et concepts y circulent de manière transversale, et avec quelles redéfinitions? 

Ces questions ont guidé l’organisation du colloque «Féminismes et luttes contre l’homophobie: zones de convergence» tenu dans le cadre du congrès de l’ACFAS 2014 à l’Université Concordia, Montréal, le 16 mai 2014. &lt;/div&gt;
      &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
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 <pubDate>Fri, 18 Mar 2022 14:49:47 +0000</pubDate>
 <dc:creator>Alexia Giroux</dc:creator>
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