<?xml version="1.0" encoding="utf-8"?>
<rss version="2.0" xml:base="https://oic.uqam.ca"  xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/">
<channel>
 <title>Observatoire de l&#039;imaginaire contemporain - vétéran</title>
 <link>https://oic.uqam.ca/fr/taxonomy/term/54592</link>
 <description>

</description>
 <language>fr</language>
<item>
 <title>Poétique du temps sculpté chez Svetlana Alexievitch. Le cas de l’ancien combattant Timérian Zinatov dans «La Fin de l’homme rouge»</title>
 <link>https://oic.uqam.ca/fr/remix/poetique-du-temps-sculpte-chez-svetlana-alexievitch-le-cas-de-lancien-combattant-timerian</link>
 <description>&lt;div class=&quot;field field-name-field-cahier-remix field-type-entityreference field-label-above&quot;&gt;
      &lt;div class=&quot;field-label&quot;&gt;Cahier ReMix: &lt;/div&gt;
    &lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;Quelque chose de la guerre... Témoins et combattants dans la littérature et au cinéma&lt;/div&gt;
      &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class=&quot;field field-name-field-individu field-type-entityreference field-label-hidden&quot;&gt;
    &lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&lt;a href=&quot;/fr/profils/mercille-brunelle-emile&quot;&gt;Mercille Brunelle, Emile&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
      &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class=&quot;field field-name-field-corps field-type-text-long field-label-hidden&quot;&gt;
    &lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item clearfix even&quot;&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;73735&quot; view_mode=&quot;embed_large&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;p&gt;Dans &lt;em&gt;La fin de l’homme rouge ou le temps du désenchantement&lt;/em&gt;, la journaliste et écrivaine biélorusse Svetlana Alexievitch fait résonner les voix de tous ceux qui, après avoir «totalement adhéré à l’idéal» (Alexievitch, 2013: 18) de la «Russie soviétique» (19), idéal dont l’âge d’or remonte au début de la Deuxième Guerre mondiale, ont fait l&#039;épreuve de son effondrement. Se faisant de plus en plus rares au cours des décennies qui ont suivi la Grande Guerre, les défenseurs de l’URSS ne pourront empêcher sa complète dissolution, dont la date officielle est le 26 décembre 1991. Malgré une ultime tentative de putsch menée par Guennadi Ianaïev et qui a lieu en août 1991, soit au moment où le Président Gorbatchev est en vacances en Crimée, Boris Eltsine «consolide son pouvoir» avant de rapidement cumuler «les fonctions de président et de Premier ministre» (Alexievitch, 2013:13), pour finalement signer les accords «de Minsk, puis d’Alma-Ata, instituant la création de la CEI (Communauté des États indépendants constituée de onze des anciennes républiques soviétiques)» (13). Cette grande transition, dont la catastrophe nucléaire de Tchernobyl en 1986 et l’instauration de la perestroïka figurent parmi les principaux précurseurs, a pour effet de propulser les «gens du socialisme» (Alexievitch, 2013:17), habitués à une «psychologie de militaires» (19) et marqués par le «culte du sacrifice et de la mort violente» (177), dans un nouveau monde où une «odeur d’argent flottait dans l’air.» (194)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Cette nouvelle vie post-soviétique qui s’amorce au cours de l’année 1991 aura tôt fait de décevoir les «maîtres d’œuvres de la perestroïka» (51), qui «croyaient qu’une fois le communisme disparu, les Russes allaient aussitôt faire l’apprentissage de la liberté…» (319) Après l’euphorie des trois premiers jours, pendant lesquels des dizaines de milliers de personnes se sont rassemblées devant la Maison-Blanche de Moscou, les membres de l’intelligentsia russe découvrent avec consternation les «nouvelles règles du jeu: si tu as de l’argent, tu es quelqu’un, si tu n’en as pas, tu n’es personne». (32) En effet, l’effondrement du communisme ne conduit pas à la concrétisation de la «démocratie rêveuse» (335) qui fut annoncée et tant attendue par les intellectuels romantiques de la «génération des cuisines&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref1_9u7yy58&quot; title=&quot;Selon le témoin qui utilise cette expression, la culture russe des années 60 est née dans les cuisines, qui ne sont plus seulement le lieu où l’on prépare la nourriture. La cuisine devient «aussi un salon, une salle à manger, un cabinet de travail et une tribune.» (30) C’est à cette époque «que les gens ont quitté les appartements communautaires et ont commencé à avoir des cuisines privées, dans lesquelles on pouvait critiquer le pouvoir, et surtout, ne pas avoir peur, parce qu’on était entre soi.» (30)&quot; href=&quot;#footnote1_9u7yy58&quot;&gt;1&lt;/a&gt;» (30) des années 1960; il marque plutôt l’entrée de tout un peuple, avec ses «rêveurs» (29) en première ligne, qui espéraient découvrir un «royaume, avec des fleuves de lait bordés de confiture» (29), dans une nouvelle ère où «les objets ont désormais autant de valeur que les idées et les mots» (40). Cette discordance entre «le temps des grandes espérances» et la mise en place d’un nouveau régime sous lequel «tout le monde court après l’argent» (33) révèle au grand jour la naïveté dont firent preuve les «fervents partisans de la perestroïka» (36) qui, en ravalant le sentiment amer de s’être fait avoir, se comparent désormais eux-mêmes à des «plantes d’intérieur» (32).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En plus de décevoir les instigateurs de la perestroïka ainsi que tous les Russes qui rêvaient de liberté, cette nouvelle vie à laquelle personne n’était adapté provoque une douleur immense chez les plus ardents défenseurs du régime soviétique, parmi lesquels nous retrouvons une foulée de vétérans de la Grande Guerre patriotique&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref2_yzzg9ha&quot; title=&quot;C’est par cette expression que les Soviétiques, et par la suite les Russes, vont désigner le conflit contre l’Allemagne pendant la Deuxième Guerre mondiale. Quant aux historiens, ils se réfèrent à cette période de la guerre par l’appellation «front de l’Est».&quot; href=&quot;#footnote2_yzzg9ha&quot;&gt;2&lt;/a&gt;. Se sentant trahis par Gorbatchev et souffrant d’une profonde nostalgie pour le passé communiste qui, malgré ses conséquences catastrophiques sur la vie humaine, donnait un sens à leur existence, plusieurs de ces «vieux réactionnaires» (Alexievitch, 2013: 150), que Svetlana Alexievitch désigne aussi par l’appellation Homo Sovieticus&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref3_omk8w44&quot; title=&quot;Bien que cette expression soit entrée dans le domaine public depuis la propagande soviétique, c’est l’écrivain dissident Alexandre Zinoviev (1983) qui l’a popularisée dans Homo Sovieticus, un roman satirique percutant.&quot; href=&quot;#footnote3_omk8w44&quot;&gt;3&lt;/a&gt; (17), iront même jusqu’à s’enlever la vie. C’est notamment le cas de Sergueï Akhromeïev, «maréchal [et] Héros de l’Union soviétique» (130), qui fut chef de l’état-major des forces armées de l’URSS de 1984 à 1988 avant d’occuper la fonction de conseiller du président à la fin de la &lt;em&gt;Perestroïka&lt;/em&gt;. Ne pouvant accepter la chute de sa Patrie ainsi que de voir détruire tout ce qu’il considérait «comme le sens même» (138) de sa vie, cet «homme sincèrement dévoué à l’idée communiste» (133), s’est pendu «dans le bureau 19a du bâtiment n° 1 du Kremlin de Moscou» (137) où son corps a été découvert par «l’officier de garde en service Koroteïev» (137) le 24 août 1991, soit au lendemain du putsch raté des 18-21 août 1991.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Mentionnons aussi le suicide de l’ancien combattant Timérian Khaboulovitch Zinatov, dont un rappel des circonstances par une publication du Parti communiste de la fédération de Russie amorce le récit de &lt;em&gt;La fin de l’homme rouge&lt;/em&gt; qui s’intitule «Où il est question de la cruauté des flammes et du salut qu’on trouve dans les nuages». Ne pouvant supporter que les vétérans de la Deuxième Guerre mondiale deviennent des «hommes d’hier qui sentent l’odeur de la pauvreté» (225) au profit de l’émergence d’une nouvelle classe sociale majoritairement composée «de prétendus hommes d’affaires, ou plutôt de gangsters» (225), Zinatov s’est jeté sous un train après avoir visité pour une dernière fois la forteresse de Brest-Litovsk qu’il a défendu lors du «premier choc de l’assaut des troupes hitlériennes au matin du 22 juin 1941» (222). Celui qui, la nuit, «restait allongé sans dormir, les yeux grands ouverts» (247), laisse pour toute lettre d’adieu quelques notes sans aucune mention ni de sa femme ni de sa fille, et dans lesquels il s’adresse directement à l’État: «Si j’étais mort à la guerre, de mes blessures, j’aurais su que je mourais pour la Patrie. Tandis que maintenant, je meurs d’une vie de chien. Qu’on inscrive cela sur ma tombe… Et ne croyez pas que j’ai perdu la tête…» (223)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Selon un article publié à l’origine dans le célèbre journal soviétique la &lt;em&gt;Pravda&lt;/em&gt;, et dont Alexievitch reprend l’essentiel dans &lt;em&gt;La fin de l’homme rouge&lt;/em&gt;, la cause de ce suicide remonterait à un incident qui indigna au plus haut point deux autres vétérans de la Grande Guerre. Vêtus de toutes leurs décorations militaires, les deux hommes ont en effet vécu un «terrible affront» (224). Alors qu’ils cherchaient un endroit où s’asseoir en attendant leur train après avoir passé la journée à visiter Moscou, ils sont entrés dans une salle vide «avec un buffet et des fauteuils confortables» avant de se faire «fort grossièrement» (224) indiquer la sortie sous prétexte que cette salle était «réservée à la classe affaires» (225). À la suite de cet évènement, l’un des deux vétérans a envoyé une lettre à la &lt;em&gt;Pravda&lt;/em&gt; dans laquelle il dresse un réquisitoire contre tous les hommes d’affaires russes richissimes, tels que «le maître d’œuvre de la perestroïka» (62), Anatoli Tchoubaïss, qui a mis en place «sous Eltsine la privatisation des grandes entreprises d’État en distribuant des bons de privatisation, les fameux &lt;em&gt;vouchers&lt;/em&gt;» (62)—, ou encore Guerman Gref, «le président de la Caisse d’épargne de la fédération de Russie» (225). Le vétéran conclut sa lettre en implorant la résurgence des souvenirs de dures épreuves militaires que les soldats soviétiques ont dû traverser afin de défendre la Patrie durant la Grande Guerre: «pourquoi nous sommes-nous battus? Pourquoi avons-nous passé des mois au fond des tranchées, sans nous déshabiller ni dormir normalement, dans l’eau jusqu’aux genoux en automne, dans la neige et le froid glacial en hiver? À Kalinine, à Yakhroma, près de Moscou… Là-bas, il n’y avait pas de pauvres et de riches…» (225)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;&lt;strong&gt;La démarche littéraire de Svetlana Alexievitch&lt;/strong&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;Dans &lt;em&gt;La fin de l’homme rouge&lt;/em&gt;, toutes ces informations de nature factuelle deviennent les composantes d’un récit qui est le produit d’une activité littéraire. En effet, avant de les intégrer au chapitre intitulé «Où il est question de la cruauté des flammes et du salut qu’on trouve dans les nuages», Svetlana Alexievitch soumet les contenus de la lettre écrite par le vétéran, ainsi que des extraits de journaux communistes relatant les circonstances entourant le suicide de Zinatov, à «des procédés tels que le montage et le découpage» (Ackerman et al.: 29), pour reprendre les mots de Frédérick Lemarchand et de Galia Ackerman, co-traductrice de plusieurs ouvrages de l’écrivaine biélorusse en France. Mais ces procédés littéraires, que nous tenons pour des opérations de «configuration narrative» (Ricœur, 1983: 128), seront utilisés par Alexievitch principalement pour remanier la temporalité de témoignages qui lui ont été livrés par les rescapés d’évènements hors du commun, par exemple la catastrophe nucléaire de Tchernobyl dans &lt;em&gt;La supplication&lt;/em&gt;, ou encore la Deuxième Guerre mondiale et la chute de l’URSS dans &lt;em&gt;La fin de l’homme rouge&lt;/em&gt;. En effet, après avoir conduit et enregistré des centaines d’entrevues, Alexievitch procède à une vaste opération de triage «pour n’en sélectionner que quelques dizaines, particulièrement poignants, et en faire finalement un “roman des voix”» (Ackerman et al.: 32). Après être passé au prisme de la configuration narrative, chacun de ces témoignages «particulièrement poignants» prendra finalement la forme d’un monologue qui, la plupart du temps, constituera un chapitre à part entière, dont la longueur variera entre vingt et cinquante pages dans &lt;em&gt;La fin de l’homme rouge&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Cette démarche littéraire de remaniement temporel des témoignages n’est pas sans rappeler la vision artistique du cinéaste russe Andreï Tarkovski, pour qui «l’essentiel du travail d’un réalisateur» (Tarkovski: 75) est de «sculpter dans le temps» (Tarkovski: 75):&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Tout comme un sculpteur, en effet, s’empare d’un bloc de marbre, et, conscient de sa forme à venir, en extrait tout ce qui ne lui appartiendra pas, de même le cinéaste s’empare d’un «bloc de temps», d’une masse énorme de faits de l’existence, en élimine tout ce dont il n’a pas besoin, et ne conserve que ce qui devra se révéler comme les composants de l’image cinématographique. Une opération de sélection en réalité commune à tous les arts. (Tarkovski: 75)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;À la manière de Tarkovski, Svetlana Alexievitch «sculpte» (204) en effet la mémoire déclarée par le témoin pour en extraire des fragments que nous qualifions de temporels, dans la mesure où c’est toujours la durée du souvenir raconté qui est explicitement visé par «l’acte poétique de mise en intrigue» (Ricœur, 1983: 49) des témoignages, pour reprendre une expression inspirée à Paul Ricœur par sa lecture de la &lt;em&gt;Poétique&lt;/em&gt; d’Aristote. Entendons ainsi par «acte poétique» le déploiement d’une «activité mimétique» (Ricœur, 1983: 72) au sens aristotélicien, c’est-à-dire «en tant qu’elle produit quelque chose, à savoir précisément l’agencement des faits par la mise en intrigue.» (Ricœur, 1983: 72) Sous cette perspective, tout récit de &lt;em&gt;La fin de l’homme rouge&lt;/em&gt; nous apparaitra dès lors comme un «agencement» de sculptures temporelles que nous tenons pour des «représentations» (Ricœur, 1983: 70) au sens «d’imitation créatrice» (66) de fragments de mémoire tels qu’ils ont été déclarés durant les témoignages enregistrés par Alexievitch.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;&lt;strong&gt;Le chœur de voix&lt;/strong&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;Même si la plupart des chapitres de &lt;em&gt;La fin de l’homme rouge&lt;/em&gt; sont essentiellement constitués de longs monologues, il arrive fréquemment que ces derniers soient entrecoupés par les manifestations d’un chœur de voix, qui est en fait la reconstitution, par le moyen d’un collage très élaboré de courts extraits de témoignages excédant rarement plus de quelques phrases, d’une conversation de groupe à laquelle Alexievitch a elle-même assisté. Dans «Où il est question de la cruauté des flammes et du salut qu’on trouve dans les nuages», ce chœur reprend ainsi les voix des vétérans de la Grande Guerre patriotique et des quelques proches de Zinatov qui, le jour de son enterrement, se sont retrouvés «autour d’une table»: «Il y avait beaucoup de monde, et certains étaient venus de loin, de Moscou, de Kiev, de Smolensk… Ils avaient tous mis leurs médailles et leurs décorations, comme pour le jour de la Victoire.» (Alexievitch, 2013: 226) Ainsi, après avoir procédé au montage et au découpage d’extraits de journaux communistes qui relatent les circonstances entourant la mort de Zinatov, Alexievitch répète les mêmes opérations de «configuration narrative», mais cette fois en prenant pour objet les discussions qui ont eu lieu le jour de l’enterrement. L’écrivaine enregistre les conversations avant d’en représenter, sous la forme de sculptures temporelles, plusieurs passages principalement composés de souvenirs personnels de la guerre: «je me souviens comment on enterrait nos gars… Dans des fosses. On les recouvrait avec ce qu’on avait sous la main, on saupoudrait ça de sable, et en avant! On poursuivait notre chemin. Vers un nouveau combat.» (227) Ou encore: «J’étais prêt à me tirer une balle. Mais quand on n’a pas de cartouches… On était des gamins, dix-huit, dix-neuf ans… Tous les commandants se pendaient. Avec leur ceinture, avec n’importe quoi… Ils se balançaient aux branches des sapins. C’était la fin du monde, nom de Dieu!» (228) Certains témoins n’hésiteront pas à regretter ou à critiquer le temps passé, et d’autres à se lamenter sur la vie présente: «Moi, j’étais, je suis et je resterai un communiste! Sans Staline et sans son Parti, nous n’aurions pas gagné la guerre. Cette putain de démocratie ! Je n’ose pas porter mes décorations.» (229) Ou encore: «Nous, des héros? On ne nous a jamais traités en héros… Ma femme et moi, on a élevé nos enfants dans des baraquements, ensuite, on a eu droit à une pièce dans un appartement communautaire. Aujourd’hui, on a une retraite de misère.» (229)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans &lt;em&gt;La fin de l’homme rouge&lt;/em&gt;, l’ensemble des premières manifestations de ce chœur de voix sert de transition entre les extraits de journaux remaniés et les deux monologues qui composent la majeure partie du chapitre intitulé «Où il est question de la cruauté des flammes et du salut qu’on trouve dans les nuages». La quête de l’écrivaine biélorusse, qui est de restituer une vérité dont la nature n’est pas historique, c’est-à-dire factuelle, mais émotionnelle, se révèle d’abord dans ce passage du journal à la conversation de groupe. En opérant cette transition, Alexievitch exprime en effet son ambition d’accéder, pour reprendre les mots de Tarkovski, à «l’intérieur de l’âme de chacun» (Tarkovski, 232), du terme russe doucha, dans lequel il faut entendre le siège des sentiments et de la pensée, et qui comporte, comme en français, un sens spirituel. Chez Alexievitch, l’âme est le foyer des émotions qui, au moment où la perception originaire devient un souvenir, s’y gravent comme dans un «bloc de cire», pour reprendre l’idée de Platon. Si les extraits de journaux font référence à ce qu’Alexievitch appelle «l’histoire des faits» (Alexievitch, 2015: 14) et servent tout au plus à contextualiser les récits qui leur feront suite dans ce chapitre de &lt;em&gt;La fin de l’homme rouge&lt;/em&gt;, le chœur de voix ainsi que les deux monologues contribuent quant à eux à enrichir l’histoire «des âmes» (Alexievitch, 2015: 14) au sens où l’entend l’écrivaine biélorusse, dans la mesure où les témoins sont appelés à exprimer leurs pensées et leurs sentiments en racontant leurs souvenirs personnels. Ainsi, Alexievitch substitue à la représentation historienne d’évènements du passé une utilisation purement subjective du témoignage par laquelle elle parvient à capturer les expressions de la vie intérieure des rescapés.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Cette conception russe de l’&lt;em&gt;âme&lt;/em&gt;, nous aimons la rattacher à la notion de «noyau de la mémoire profonde» que Paul Ricœur propose dans sa lecture de la théorie de la mémoire chez le philosophe Henri Bergson. (Ricœur, 2000: 571) Comme le rappelle l’auteur de &lt;em&gt;La mémoire, l’histoire, l’oubli&lt;/em&gt;, la mémoire profonde» au sens de Bergson est une «mémoire-souvenir» (Ricœur, 2000: 30), ou encore une «mémoire-représentation» (Ricœur, 2000: 561) à l’intérieur de laquelle les souvenirs se répartissent sur les «mille et mille plans de conscience différents» (Bergson, 272) étalés entre les deux pôles opposés de l’action, c’est-à-dire de la perception, et du rêve. En appliquant la théorie bergsonienne de la mémoire au cadre spécifique de &lt;em&gt;La fin de l’homme rouge&lt;/em&gt;, nous supposons qu’un souvenir se constituant principalement d’informations factuelles serait «moins &lt;em&gt;rêvé&lt;/em&gt;, c’est-à-dire plus proche de l’action et par là même plus banal, plus capable de se modeler, —comme un vêtement de confection,— sur la nouveauté de la situation présente» (Bergson: 271), en l’occurrence le témoignage. Ce sont les souvenirs appartenant à cette première catégorie qui composent la majeure partie du contenu évoqué par les premières manifestations du chœur constitué par les voix de toutes les personnes présentes le jour de l’enterrement de Zinatov.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Cependant, Alexievitch s’intéresse principalement à un autre type de souvenirs que nous qualifions avec Bergson de «purs» (Bergson, 140), et que les témoins ont beaucoup plus de difficulté à reconnaitre parce qu’ils sont conservés dans leur mémoire profonde. Très éloignés de la sphère de l’action et de la perception, les «souvenirs purs» (Bergson, 145) sont emmagasinés à l’intérieur des bornes de la rêverie, près du «noyau de la mémoire profonde» que nous tenons, en reprenant la fameuse métaphore tirée des &lt;em&gt;Confessions&lt;/em&gt; de saint Augustin, pour le plus grand des «palais» (X, VIII, 12) de la mémoire et sur les murs duquel est gravé l’ensemble de leurs empreintes émotionnelles. Ce sont précisément ces empreintes émotionnelles, dont la réactualisation nécessite la reconnaissance des «souvenirs purs» auxquels elles demeurent liées dans la mémoire profonde, que l’écrivaine cherche à capturer pendant les témoignages, pour finalement les restituer par le moyen de la configuration narrative des monologues de &lt;em&gt;La fin de l’homme rouge&lt;/em&gt;. Chez Alexievitch, la reconfiguration temporelle des souvenirs racontés est le moyen par lequel sa poétique du temps sculpté, en tant qu’activité mimétique (au sens d’Aristote&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref4_k2j9q3u&quot; title=&quot;Comme le mentionne Paul Ricoeur dans Temps et récit, le concept de mimèsis chez Aristote désigne en effet «l’activité mimétique, le processus actif d’imiter ou de représenter. Il faut donc entendre imitation ou représentation dans son sens dynamique de mise en représentation, de transposition [de l’action] dans des œuvres représentatives.» (Ricoeur, 1983: 69) Chez Alexievitch, nous postulons que c’est plutôt l’émotion elle-même que l’écrivaine biélorusse cherche ultimement à imiter, ou encore à représenter par le moyen du remaniement «poétique» du déroulement des souvenirs tels qu’ils ont été racontés au moment des témoignages.&quot; href=&quot;#footnote4_k2j9q3u&quot;&gt;4&lt;/a&gt;), atteint son point culminant, qui est la restitution de leurs empreintes émotionnelles.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Même si le passage du journal à la conversation de groupe constitue une étape importante dans le cheminement de la révélation de l’âme, il reste que le chœur de voix limite par sa polyphonie discordante l’exploration des mémoires individuelles par les témoins eux-mêmes. La prochaine et dernière phase du dévoilement de l’&lt;em&gt;âme&lt;/em&gt; consiste ainsi, au terme d’un «acte poétique de sculpture dans le temps», à représenter, ou encore à imiter des témoignages qui, en opérant le creusage de mémoires individuelles, sont parvenus à s’élever au-dessus de la discordance de la conversation de groupe. Ce caractère discordant n’est pourtant pas éludé dans l’agencement du chœur de voix, ces dernières exprimant des points de vue divergents. En effet, même si certaines voix du chœur n’hésitent pas à décrire les horreurs de la Grande Guerre patriotique, ou encore à dénoncer les millions de déportations et d’exécutions ordonnées par Staline, d’autres évoquent avec nostalgie l’époque révolue de la Patrie soviétique et de son «drapeau rouge, celui de la Victoire» (Alexievitch, 2013: 226). Pour l’écrivaine, cette nostalgie est le produit d’une mémoire «encombrée des superstitions, des partis pris et des mensonges de son temps. De ce qu’on entend à la télévision, de ce qu’on lit dans les journaux.» (664) Mais la configuration narrative des manifestations du chœur ne se contente pas de juxtaposer aléatoirement les expressions de points de vue divergents; elle suggère que les voix porteuses de mémoires aveuglées par les mensonges de leur temps, en se mélangeant à celles dont la capacité de discernement demeure inaltérée, empêchent ces dernières de creuser les mémoires à la surface desquelles elles demeurent en suspens pendant la conversation de groupe. Le témoignage individuel devient ainsi le moyen par lequel la mémoire, qu’elle soit aveuglée ou tout simplement limitée dans son exploration d’elle-même par la polyphonie discordante du chœur, parvient à tracer le chemin qui conduira les empreintes émotionnelles vers la sphère de l’action. En s’élevant du palais de l’&lt;em&gt;âme&lt;/em&gt;, ces empreintes iront rejoindre la temporalité présente dans laquelle se déverse la voix du témoin, pour finalement être représentées, ou encore imitées dans un monologue de &lt;em&gt;La fin de l’homme rouge&lt;/em&gt;. Contrairement aux représentations des pensées et des souvenirs isolés qui sont évoqués par les différentes voix du chœur, la représentation poétique des empreintes émotionnelles redécouvertes au terme du creusage d’une mémoire individuelle nécessitera, quant à elle, la configuration narrative de tout un récit de souvenirs.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;&lt;strong&gt;Approfondissement de la temporalité humaine&lt;/strong&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;Raconter les souvenirs d’une «expérience vivante et singulière» (Alexievitch, 2015: 14) devient ainsi un prétexte pour faire surgir les «sentiments» (Alexievitch, 1998: 31), «émotions» (Alexievitch, 2013:22) et impressions qui, enfouis dans le «noyau de la mémoire profonde», «restent toujours en marge» (2013: 22) de «l’histoire des faits» (2015: 14). Ce surgissement inspirera aux témoins des pensées qui porteront, comme le mentionne le témoin Irina Vassilieva dans &lt;em&gt;La fin de l’homme rouge&lt;/em&gt;, sur «les deux choses les plus importantes: l’amour et la mort» (Alexievitch, 2013: 605). Alexievitch «guette le moment où [les témoins] sont en état de choc, quand ils évoquent la mort ou l’amour. Alors leur pensée s’aiguise, ils sont tout entiers mobilisés. Et le résultat est souvent magnifique» (Alexievitch, 2015: 12).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Mais les évocations de l’amour et de la mort dans les témoignages individuels ne sont pas suffisantes pour représenter le caractère émotionnel des souvenirs, dont la restitution nécessite la «reconfiguration narrative» de la mémoire telle qu’elle a été déclarée par les témoins de &lt;em&gt;La fin de l’homme rouge&lt;/em&gt;. Dans l’esprit de la lecture de la &lt;em&gt;Poétique&lt;/em&gt; d’Aristote par Paul Ricœur dans &lt;em&gt;La métaphore vive&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Temps et récit&lt;/em&gt;, nous postulons que la poétique du temps sculpté chez Alexievitch est une opération de filtration, ou encore d’«épuration (&lt;em&gt;katharsis&lt;/em&gt;)» (49b 26-27), qui tend à approfondir, par un enrichissement de sa consistance émotionnelle, la temporalité humaine constituée par l’écoulement des souvenirs racontés lors du témoignage. Pour approfondir ce «temps de l’âme» (Ricœur, 1985: 25) qui s’est cristallisé dans la durée d’un témoignage, l’écrivaine biélorusse extrait et agence uniquement les fragments de mémoire dans lesquels les «souvenirs purs» et leurs empreintes émotionnelles sont parvenus, tels les oiseaux du colombier de Platon, à se matérialiser dans la parole du témoin. Empruntant une notion théorisée par le critique Northrop Frye dans son célèbre ouvrage intitulé &lt;em&gt;Anatomie de la critique&lt;/em&gt;, nous postulons que le point culminant de l’effet mimétique chez Alexievitch repose sur la structuration, par l’agencement de la temporalité des souvenirs racontés, d’un «&lt;em&gt;mood&lt;/em&gt;» (Frye: 80), terme que Paul Ricœur, dans &lt;em&gt;La métaphore vive&lt;/em&gt;, traduit par «valeur affective» (1975: 190) ou «état d’âme» (285). Dans la septième étude de &lt;em&gt;La métaphore vive&lt;/em&gt;, ce dernier résume l’analyse de Frye qui, en définissant la notion de &lt;em&gt;mood&lt;/em&gt;, établit un rapprochement «entre le poétique et l’hypothétique» (308): «le langage poétique, “tourné vers le dedans” et non vers “le dehors”, structure un &lt;em&gt;mood&lt;/em&gt;, un état d’âme, qui n’est rien hors du poème lui-même: il est ce qui reçoit forme du poème en tant qu’agencement de signes.» (Ricœur, 1975: 308-309) En tenant tout monologue de &lt;em&gt;La fin de l’homme rouge&lt;/em&gt; pour un «poème tragique», au sens d’Aristote, nous entendons ainsi par état d’âme, au sens de Frye, la forme poétique que la reconfiguration narrative de la temporalité des souvenirs racontés confère aux empreintes émotionnelles qui sont parvenues à se réactualiser dans le présent du témoignage.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;&lt;strong&gt;La représentation poétique des empreintes émotionnelles dans les monologues&lt;/strong&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;Afin d’identifier les formes poétiques structurées par la reconfiguration narrative des témoignages de &lt;em&gt;La fin de l’homme rouge&lt;/em&gt;, tournons-nous maintenant vers les deux monologues du chapitre intitulé «Où il est question de la cruauté des flammes et du salut qu’on trouve dans les nuages». Friedman, un vétéran russe d’origine juive de la Deuxième Guerre mondiale ayant été forcé de rejoindre, à douze ans, les rangs d’un détachement de partisans après la mort brutale de tous les membres de sa famille, offre le premier monologue. Il débute son histoire par de douloureux souvenirs d’enfance: «Je me souviens, quand j’étais petit, j’avais peur de perdre mon père… On venait arrêter les pères pendant la nuit, et ils disparaissaient dans le néant…» (Alexievitch, 2013: 231) Le témoin se souvient ensuite d’une jeune «Juive, Rosa, une jolie fille [qui] trimbalait des livres avec elle. Seize ans. Les commandants couchaient tous avec elle les uns après les autres» (231), jusqu’au jour où ils apprirent qu’elle était enceinte. Alors «on l’a emmenée au fond des bois et on l’a abattue comme un chien…» (231) Ces souvenirs de Rosa ramènent le narrateur plus loin dans son passé, vers le début de la guerre, au moment où sa famille décide de rester à Minsk, car la grand-mère, qui «avait vu les Allemands en 1918, […] assurait à tout le monde que c’étaient des gens cultivés, qu’ils ne toucheraient pas aux paisibles citoyens.» (232) Peu de temps après l’arrivée des Allemands dans leur ville, la famille doit rapidement déménager dans un guetto. Des milliers de Juifs se mettent alors à traverser «la ville… Avec des enfants, des oreillers… C’est drôle, mais j’avais emporté ma collection de papillons. Cela paraît ridicule, maintenant…» (233) Durant cette marche, Friedman ne levait pas les yeux, de peur que des amis le reconnaissent: «J’avais honte… Je me souviens de ce sentiment de honte permanent…» (233) Peu de temps après l’arrivée de sa famille dans le guetto, des «camions sont arrivés, beaucoup de camions… On en a fait descendre des enfants bien habillés, avec de jolies chaussures, des femmes avec des tabliers blancs, des hommes avec des valises coûteuses». (233-234) Ces «Juifs de Hambourg […] ne cherchaient pas à se défiler, à tromper les gardiens, à se cacher quelque part… Ils étaient résignés… […] Ils ont tous été exécutés. Des dizaines de milliers de Juifs de Hambourg…» (234) Le témoin se souvient très bien de ce jour où les Allemands «ont commencé par jeter les enfants dans une des fosses… Et ils les ont recouverts de terre. Les parents ne pleuraient pas, ils ne suppliaient pas. Ils se taisaient.» (234) Les Allemands voulurent épargner la mère de Friedman, qui était russe. Mais elle s’est accrochée au père, puis à son propre fils: «Nous l’avons tous repoussée, nous l’avons suppliée de partir… Elle a été la première à sauter dans la fosse. C’est tout ce dont je me souviens…» (234) Quelques heures après l’exécution de tous les membres de sa famille, alors qu’il est endormi et laissé pour mort dans la fosse «pleine de gens fusillés» (235), l’enfant se fit réveiller par des «paysans avec des pelles [qui] dépouillaient les cadavres de leurs bottes, de leurs chaussures… de tout ce qu’ils pouvaient leur prendre». (235)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La suite du monologue reconstitue les fragments de témoignage qui retracent les expériences du jeune Friedman à titre de partisan dans un détachement où il fut victime d’antisémitisme. Sous les conseils d’un ami de son père, Friedman décida alors de changer de nom et devint Lomeïko. Retenons surtout du reste du monologue les exécutions, par les partisans eux-mêmes, de la plupart des Juifs qui faisaient partie de leur propre détachement, et aussi une considération du témoin pour les chevaux, qui «ne se cachent pas, comme les autres animaux. Les chiens, les chats, même les vaches, se sauvent quand on veut les tuer. Les chevaux, eux, ils restent là, à attendre qu’on les exécute. C’est terrible à voir…» (236) Ces images des animaux font reconnaître à Lomeïko une nouvelle couche de souvenirs, alors qu’il se rappelle avoir «ouvert le ventre de trois chevaux morts» pour s’y cacher avec deux hommes: «On est restés là pendant deux jours, on entendait les Allemands aller et venir», jusqu’à ce que ce fut «le silence. Et on est sortis, couverts de sang, de boyaux et de merde. À moitié fous. Il faisait nuit, la lune brillait…» (237) Lomeïko se souvient ensuite des partisans qui déshabillaient «les morts pour leur prendre jusqu’à leur caleçon. Les chiens leur dévoraient le visage, les mains.» (238) Le monologue se termine finalement par la mention d’une femme qui «avait deux enfants tout petits. Elle avait caché un partisan blessé dans sa cave. Quelqu’un l’avait dénoncée…» (238) Les Allemands «ont pendu toute la famille au milieu du village, en commençant par les enfants. Ce qu’elle a pu crier! Les êtres humains ne crient pas comme ça… Il n’y a que les bêtes… Un être humain doit-il faire de tels sacrifices? Je ne sais pas.» (238)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le monologue de Friedman est ainsi constitué d’un ensemble de fragments de témoignage que l’écrivaine biélorusse agence à la manière d’une monteuse de film, afin de structurer une «valeur affective», ou encore un «état d’âme» qui se dégage de l’ensemble du récit. Dans le langage de Ricœur, nous dirons que la structuration de cet état d’âme, en tant que point culminant de la poétique du temps sculpté, a pour effet «[d’]universaliser» (Ricœur, 1983: 85) les empreintes émotionnelles qui, dans la mémoire de Friedman, demeuraient virtuellement liées à ses souvenirs personnels de la Grande Guerre patriotique. En donnant à lire le témoignage de Friedman par le moyen d’une «sculpture» de sa temporalité, Alexievitch fait germer l’universel au cœur même du singulier dans la mesure où le témoin, à partir de sa propre mémoire individuelle, devient le porte-parole certes des survivants, mais aussi de l’ensemble des sacrifiés de la guerre, y compris de tous les Juifs qui ont été à la fois victimes d’antisémitisme de la part des Russes, exécutés par les partisans et jetés dans des fosses de cadavres par les soldats allemands. Malgré sa résonnance universelle, la «valeur affective» qui se dégage de l’ensemble du monologue de Friedman demeure une représentation poétique et singulière des empreintes émotionnelles qui ont été laissées dans le noyau de sa mémoire profonde par tous les souvenirs des tragédies auxquelles il a assisté pendant la guerre: les viols répétitifs et le meurtre de la jeune adolescente Rosa, l’exécution et l’enterrement de sa famille dans la fosse, les assassinats, par des partisans russes, de ses camarades de détachement juifs, la vue de chevaux qui attendaient passivement leur propre mise à mort, puis le cri incessant et bestial de cette mère qui fut condamnée à regarder ses deux jeunes enfants être pendus par les soldats allemands. La compassion d’un enfant juif pour la jeune Rosa, la honte qu’il ressentit alors qu’il marchait vers un guetto en tenant sa boîte de papillons, la tristesse et le désespoir qu’il dût ensuite éprouver en regardant sa mère se jeter la première dans la fosse pour ne pas être séparée de sa famille, ajoutés à sa peur constante de se faire tirer dans le dos par des partisans russes, et finalement l’effroi que lui procura le cri inhumain de cette femme qui s’écroula sous les deux petits corps pendus de ses enfants, sont ainsi universalisés dans un monologue qui nous fait entendre la douleur infligée à tout un peuple et portée par la mémoire des survivants de cette guerre.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Plus haut, les extraits de journaux remaniés se contentaient de relater les faits entourant le suicide de l’ancien combattant Zinatov; le monologue de Friedman nous suggère de tenir la source de ce suicide pour la souffrance humaine telle qu’elle a été vécue par tous les vétérans de la Grande Guerre patriotique, avant d’être finalement répudiée, voire ignorée par les nouvelles générations de Russes:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;On ne voit partout que les nouveaux héros: des banquiers et des hommes d’affaires, des mannequins et des prostituées, des managers… Les jeunes peuvent encore s’adapter, mais les vieux, eux, meurent en silence, enfermés chez eux. Ils meurent dans la misère, dans l’oubli. (Alexievitch, 2013: 69)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Pendant la nuit, alors qu’il avait les yeux rivés sur le plafond, immobile dans son lit, Zinatov devait être confronté à ses souvenirs de la mort qui, au moment même où celle-ci se déployait devant lui le 22 juin 1941 dans la forteresse de Brest-Litovsk, entrait simultanément dans l’&lt;em&gt;âme&lt;/em&gt; de l’enfant Friedman par des souvenirs différents, avant d’être captée et mise en récit, des années plus tard, par Svetlana Alexievitch. C’est du moins ainsi que le texte nous le fait entendre.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Voyons maintenant comment le second monologue vient contribuer à cette universalisation des empreintes émotionnelles. Celui-ci est livré cette fois par une femme, Lioubotchka, qui nous raconte son «histoire d’amour…» (241) Dans ce témoignage remanié, l’agencement poétique de la mémoire déclarée est le moyen par lequel l’activité mimétique atteint son point culminant, qui est la représentation des empreintes émotionnelles gravées dans l’âme de Lioubotchka par les souvenirs qu’elle conserve spécifiquement de l’amour —l’amour que Tarkovski tient pour «la valeur positive et centrale qui fait vivre l’homme». (Tarkovski: 230). Dans ce second monologue, l’agencement poétique des souvenirs articule deux «états d’âme» qui s’opposent l’un à l’autre par la signification respective qu’ils attribuent au sentiment de l’amour. La première de ces deux «valeurs affectives», qui vient justifier le commentaire de Tarkovski dans la mesure où elle confère aux émotions de Lioubotchka une signification «positive», se manifeste dès les premières phrases du monologue, lesquelles reconstituent la rencontre de la narratrice avec Ivan, dont elle tomba éperdument amoureuse: «Je ne pensais qu’au moment où j’allais le revoir. Il arrivait, il s’asseyait sur le banc, et il me regardait en souriant. “Pourquoi tu souris? —Comme ça!”» (241) La narration va ensuite à la fois approfondir et élargir la structuration de cet état d’âme, en évoquant non seulement les effets de l’amour sur l’état psychologique et les perceptions antérieures de Lioubotchka, mais aussi l’influence décisive qu’exerce sur le déroulement du témoignage la réactualisation des empreintes émotionnelles:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;On lavait le cheval dans la rivière ensemble. Il y avait du soleil. On mettait le foin à sécher, ça sentait tellement bon… […] Sans amour, j’étais une fille simple, ordinaire… jusqu’à ce que je tombe amoureuse. (242)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Puis: «Ma mémoire flanche un peu, mais mon âme se souvient de tout…» (243) Mais cette vie passée, enrichie par la perception de l’amour au temps de l’occupation allemande du petit village de son enfance, est renversée le jour où elle apprend, de la bouche de sa mère qui pleurait, que son Ivan, forcé par son grand-père, ce «vieux démon» (244) récemment «revenu de déportation» et «rempli de haine» (242), s’est engagé dans la police (243). Ivan et Lioubotchka, qui tombe rapidement enceinte, auront droit à «un an comme mari et femme» (244). Au terme de cette année paisible, des tensions commencent rapidement à se manifester dans le village alors que l’armée soviétique se met à reprendre du terrain sur les Allemands. Ivan, qui n’avait «jamais tiré sur personne» (244), était persuadé qu’ils étaient en sécurité. C’est alors qu’un jeune homme à qui Lioubotchka plaisait aussi, et qui l’invitait régulièrement aux bals pour ne danser qu’avec elle, rejoint les partisans et fomente le plan de tuer Ivan, qu’il considère comme un traître pour avoir rejoint la police allemande. Une nuit, cet ancien soupirant débarque chez Lioubotchka pour l’accuser d’avoir «choisi un Ukrainien qui était pour les Boches, de l’engeance de koulak» (245). Quelques jours plus tard, il revient de nouveau, mais cette fois pour lui annoncer la mort de son mari: «“Je viens de tuer ton mari avec ce pistolet! —Non, non! Ce n’est pas vrai! —Maintenant, tu n’as plus de mari!” J’ai cru que j’allais le tuer… lui arracher les yeux…» (245) Lioubotchka se souvient très bien du lendemain matin, où des hommes lui ont rapporté son «Ivan… Sur une luge. Allongé sur son manteau. Il avait les yeux fermés, et un visage d’enfant.» (245) Après avoir appris que les partisans en veulent à sa vie pour avoir été la femme d’un «&lt;em&gt;politzei&lt;/em&gt;» (244), Lioubotchka épouse l’assassin de son mari afin d’assurer la sécurité de son fils. Ensemble, ils auront une fille. Quoiqu’il aimât «les deux enfants de la même façon», le nouvel époux de Lioubotchka, qui était «jaloux du mort», la battait chaque nuit, avant de lui demander pardon tous les lendemains matin. (246) Ils vécurent «quinze ans ensemble, et puis il est tombé gravement malade. Il est mort très vite, en un automne.» (246) Peu de temps avant de mourir, il lui demande si elle l’a aimé, avant de lui avouer:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Moi, je n’ai aimé que toi, toute ma vie. Tellement fort que j’ai eu envie de te tuer quand j’ai appris que j’allais mourir. […] Je ne peux pas supporter l’idée que je vais mourir et que tu auras quelqu’un d’autre. Tu es si belle! (246)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;C’est cette dernière déclaration du partisan qui fait dire à son épouse que «l’amour, c’est un poison.» (244) Cette métaphore du poison, nous la tenons pour une référence directe au second «état d’âme» du monologue, qui est restitué par l’agencement poétique de tous les souvenirs assombris par l’image globalisante que Lioubotchka conserve de l’assassin de son premier mari. Deux significations contraires et universelles de l’amour se dégagent ainsi de ce second monologue. La première, qui est positive, est suggérée par la reconstitution poétique des souvenirs de la relation amoureuse entre Lioubotchka et Ivan. Quant à la seconde signification, elle est attribuable à un amour perverti par une guerre qui donne à un homme dévoré par la jalousie les moyens pratiques de posséder la femme dont il se dit éperdument amoureux.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;C’est finalement la femme de Zinatov qui conclut ce chapitre de &lt;em&gt;La fin de l’homme rouge&lt;/em&gt;, en évoquant, après le second monologue, les quelques souvenirs qu’elle garde de son mari: «La maison, la famille, cela ne l’a jamais intéressé. Il n’y avait que la forteresse, toujours la forteresse…» (247) Que nous révèle le remaniement poétique de ces quelques souvenirs racontés, sinon que Zinatov a défendu la Patrie au prix de sa «capacité d’aimer» (Tarkovski: 232), que Tarkovski tient pour «ce qu’il y a d’éternel et de spécifiquement humain», et qui «peut se développer à l’intérieur de l’âme de chacun, jusqu’à devenir le principe capable de donner un sens à sa vie» (232)? Par l’intermédiaire de Friedman, le premier monologue disait toute la souffrance contenue dans l’&lt;em&gt;âme&lt;/em&gt; de Zinatov depuis son expérience de la guerre; le second nous suggère que cette souffrance même, pour reprendre les mots de Lioubotchka, a fait de l’amour «un poison» en circonscrivant l’ensemble de sa mémoire à l’intérieur de la forteresse de Brest-Litovsk, sous les ruines de laquelle s’est perdu le souvenir de son amour pour ses proches. C’était peut-être ce souvenir que Zinatov cherchait encore désespérément la nuit, «les yeux grands ouverts» (Alexievitch, 2013: 247). Incapable d’oublier la guerre, il «a récolté les pommes de terre, il a mis ses plus beaux vêtements, et il est parti» (248) rejoindre pour une dernière fois la forteresse dans laquelle son &lt;em&gt;âme&lt;/em&gt; est demeurée captive depuis les premières heures du 22 juin 1941.&lt;/p&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;73736&quot; view_mode=&quot;embed_large&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;h4&gt;&lt;strong&gt;Bibliographie&lt;/strong&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;ACKERMAN, Galia et Frédérick LEMARCHAND. 2009. «Du bon et du mauvais usage du témoignage dans l&#039;œuvre de Svetlana Alexievitch» &lt;em&gt;Tumultes&lt;/em&gt;. No 32-33, p.29-55.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;ALEXIEVITCH, Svetlana. 2013. &lt;em&gt;La Fin de l’homme rouge ou Le temps du désenchantement&lt;/em&gt;. Trad. S. Benech. Paris: Actes Sud, coll. «Lettres russes», 544p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;ALEXIEVITCH, Svetlana. «Entretien de Svetlana Alexievitch avec Michel Eltchaninoff» In &lt;em&gt;Œuvres&lt;/em&gt;. Trad. G. Ackerman, P. Lorrain, A. Coldefy-Faucard, P. Lequesne. Paris: Actes sud, coll. «Thesaurus», p.7-15.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;ALEXIEVITCH, Svetlana. &lt;em&gt;La supplication. Tchernobyl, chronique du monde après l’apocalypse&lt;/em&gt;, Trad. A. Ackerman, P. Lorrain. Paris: J’ai lu, 250p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;ARISTOTE. 1990. &lt;em&gt;Poétique&lt;/em&gt;. Paris: Librairie Générale Française, coll. «Le Livre de Poche», 216p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;AUGUSTIN (saint). 1992 [1934]. &lt;em&gt;Les Confessions VIII-XIII&lt;/em&gt;. Trad. E. Tréhorel, G. Bouissou d’après le texte de M. Skutella. Paris: Études augustiniennes, coll. «Bibliothèque augustinienne», 690p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BERGSON, Henri. 2012 [1939]. &lt;em&gt;Matière et mémoire: Essai sur la relation du corps à l’esprit.&lt;/em&gt; Paris: Presses Universitaires de France, coll. «Quadrige», 521p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;FRYE, Northrop. 1970 [1957]. &lt;em&gt;Anatomie de la critique&lt;/em&gt;. Trad. G. Durand. Paris: Éditions Gallimard, coll. «Bibliothèque des sciences humaines», 454p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;PLATON. 1967. &lt;em&gt;Théétète—Parménide&lt;/em&gt;. Trad. É. Chambry. Paris: Garnier, coll. «GF», 309p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;RICŒUR, Paul. 1975. &lt;em&gt;La métaphore vive&lt;/em&gt;. Paris: Seuil, coll. «Points», 411p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;RICŒUR, Paul. 1983. &lt;em&gt;Temps et récit I. L’intrigue et le récit historique&lt;/em&gt;. Paris: Seuil, coll. «Points», 404p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;TARKOVSKI, Andreï. 2014 [1989]. &lt;em&gt;Le Temps scellé&lt;/em&gt;. Trad. A. Kichilov, C. H. de Brantes. Paris: Philippe Rey, coll. «Fugues», 300p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;ZINOVIEV, Alexandre. 1982. &lt;em&gt;Homo Sovieticus&lt;/em&gt;. Trad. Jacques Michaut. Paris: Julliard/L’Âge d’homme, 244p.&lt;/p&gt;

&lt;section  class=&quot;footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed&quot; data-collapsible-show-label=&quot;Notes&quot; data-collapsible-hide-label=&quot;Notes&quot;&gt;&lt;ul class=&quot;footnotes collapsible-content&quot;&gt;&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote1_9u7yy58&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref1_9u7yy58&quot;&gt;1.&lt;/a&gt; Selon le témoin qui utilise cette expression, la culture russe des années 60 est née dans les cuisines, qui ne sont plus seulement le lieu où l’on prépare la nourriture. La cuisine devient «aussi un salon, une salle à manger, un cabinet de travail et une tribune.» (30) C’est à cette époque «que les gens ont quitté les appartements communautaires et ont commencé à avoir des cuisines privées, dans lesquelles on pouvait critiquer le pouvoir, et surtout, ne pas avoir peur, parce qu’on était entre soi.» (30)&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote2_yzzg9ha&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref2_yzzg9ha&quot;&gt;2.&lt;/a&gt; C’est par cette expression que les Soviétiques, et par la suite les Russes, vont désigner le conflit contre l’Allemagne pendant la Deuxième Guerre mondiale. Quant aux historiens, ils se réfèrent à cette période de la guerre par l’appellation «front de l’Est».&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote3_omk8w44&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref3_omk8w44&quot;&gt;3.&lt;/a&gt; Bien que cette expression soit entrée dans le domaine public depuis la propagande soviétique, c’est l’écrivain dissident Alexandre Zinoviev (1983) qui l’a popularisée dans &lt;em&gt;Homo Sovieticus&lt;/em&gt;, un roman satirique percutant.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote4_k2j9q3u&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref4_k2j9q3u&quot;&gt;4.&lt;/a&gt; Comme le mentionne Paul Ricoeur dans &lt;em&gt;Temps et récit&lt;/em&gt;, le concept de &lt;em&gt;mimèsis&lt;/em&gt; chez Aristote désigne en effet «l’activité mimétique, le processus actif d’imiter ou de représenter. Il faut donc entendre imitation ou représentation dans son sens dynamique de mise en représentation, de transposition [de l’action] dans des œuvres représentatives.» (Ricoeur, 1983: 69) Chez Alexievitch, nous postulons que c’est plutôt l’émotion elle-même que l’écrivaine biélorusse cherche ultimement à imiter, ou encore à représenter par le moyen du remaniement «poétique» du déroulement des souvenirs tels qu’ils ont été racontés au moment des témoignages.&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;/section&gt;&lt;/div&gt;
      &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class=&quot;field field-name-field-taxonomie-epoque field-type-taxonomy-term-reference field-label-above&quot;&gt;
      &lt;div class=&quot;field-label&quot;&gt;Période historique: &lt;/div&gt;
    &lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&lt;a href=&quot;/fr/taxonomy/term/97&quot; typeof=&quot;skos:Concept&quot; property=&quot;rdfs:label skos:prefLabel&quot;&gt;XXe siècle&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
      &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class=&quot;field field-name-field-taxonomie-provenance field-type-taxonomy-term-reference field-label-above&quot;&gt;
      &lt;div class=&quot;field-label&quot;&gt;Contexte géographique: &lt;/div&gt;
    &lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&lt;a href=&quot;/fr/taxonomy/term/398&quot; typeof=&quot;skos:Concept&quot; property=&quot;rdfs:label skos:prefLabel&quot;&gt;URSS (ex-)&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
      &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class=&quot;field field-name-field-taxonomie-problematiques field-type-taxonomy-term-reference field-label-above&quot;&gt;
      &lt;div class=&quot;field-label&quot;&gt;Problématiques: &lt;/div&gt;
    &lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&lt;a href=&quot;/fr/taxonomy/term/54599&quot; typeof=&quot;skos:Concept&quot; property=&quot;rdfs:label skos:prefLabel&quot;&gt;configuration narrative&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item odd&quot;&gt;&lt;a href=&quot;/fr/taxonomy/term/228&quot; typeof=&quot;skos:Concept&quot; property=&quot;rdfs:label skos:prefLabel&quot;&gt;temps&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&lt;a href=&quot;/fr/taxonomy/term/54598&quot; typeof=&quot;skos:Concept&quot; property=&quot;rdfs:label skos:prefLabel&quot;&gt;vérité émotionnelle&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
      &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class=&quot;field field-name-field-taxonomie-genre field-type-taxonomy-term-reference field-label-above&quot;&gt;
      &lt;div class=&quot;field-label&quot;&gt;Objets et pratiques culturelles: &lt;/div&gt;
    &lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&lt;a href=&quot;/fr/taxonomy/term/54558&quot; typeof=&quot;skos:Concept&quot; property=&quot;rdfs:label skos:prefLabel&quot;&gt;témoignage&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item odd&quot;&gt;&lt;a href=&quot;/fr/taxonomy/term/203&quot; typeof=&quot;skos:Concept&quot; property=&quot;rdfs:label skos:prefLabel&quot;&gt;voix&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
      &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class=&quot;field field-name-field-taxonomie-fig-imag field-type-taxonomy-term-reference field-label-above&quot;&gt;
      &lt;div class=&quot;field-label&quot;&gt;Figures et Imaginaires: &lt;/div&gt;
    &lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&lt;a href=&quot;/fr/taxonomy/term/54597&quot; typeof=&quot;skos:Concept&quot; property=&quot;rdfs:label skos:prefLabel&quot;&gt;Grande Guerre patriotique&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item odd&quot;&gt;&lt;a href=&quot;/fr/taxonomy/term/832&quot; typeof=&quot;skos:Concept&quot; property=&quot;rdfs:label skos:prefLabel&quot;&gt;témoin&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&lt;a href=&quot;/fr/taxonomy/term/54592&quot; typeof=&quot;skos:Concept&quot; property=&quot;rdfs:label skos:prefLabel&quot;&gt;vétéran&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
      &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class=&quot;field field-name-field-individu-alt-1 field-type-entityreference field-label-above&quot;&gt;
      &lt;div class=&quot;field-label&quot;&gt;Auteur(s) et artiste(s) référencés: &lt;/div&gt;
    &lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;Alexievitch, Svetlana&lt;/div&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item odd&quot;&gt;Tarkovski, Andreï&lt;/div&gt;
      &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class=&quot;field field-name-field-citation-ref field-type-entityreference field-label-above&quot;&gt;
      &lt;div class=&quot;field-label&quot;&gt;Pour citer ce document: &lt;/div&gt;
    &lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&lt;span class=&quot;biblio-authors&quot; &gt;&lt;a href=&quot;/fr/biblio?f%5Bauthor%5D=7094&quot; rel=&quot;nofollow&quot;&gt;Brunelle, Emile Mercille&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;. 2022. « &lt;a href=&quot;/fr/biblio/poetique-du-temps-sculpte-chez-svetlana-alexievitch-le-cas-de-lancien-combattant-timerian&quot;&gt;&lt;span class=&quot;biblio-title&quot; &gt;Poétique du temps sculpté chez Svetlana Alexievitch. Le cas de l’ancien combattant Timérian Zinatov dans &quot;La Fin de l’homme rouge&quot;&lt;/span&gt;&lt;/a&gt; ». Dans &lt;span  style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;Quelque chose de la guerre…Témoins et combattants dans la littérature et au cinéma&lt;/span&gt;. Cahier ReMix, n° 19 (octobre 2022). Montréal, Université du Québec à Montréal : Figura, le Centre de recherche sur le texte et l&#039;imaginaire. En ligne sur le site de l’Observatoire de l’imaginaire contemporain. &amp;lt;&lt;a href=&quot;https://oic.uqam.ca/fr/remix/poetique-du-temps-sculpte-chez-svetlana-alexievitch-le-cas-de-lancien-combattant-timerian&quot;&gt;https://oic.uqam.ca/fr/remix/poetique-du-temps-sculpte-chez-svetlana-alexievitch-le-cas-de-lancien-combattant-timerian&lt;/a&gt;&amp;gt;. Consulté le 1 mai 2023.&lt;span class=&quot;Z3988&quot; title=&quot;ctx_ver=Z39.88-2004&amp;amp;rft_val_fmt=info%3Aofi%2Ffmt%3Akev%3Amtx%3Adc&amp;amp;rft.title=Po%C3%A9tique+du+temps+sculpt%C3%A9+chez+Svetlana+Alexievitch.+Le+cas+de+l%E2%80%99ancien+combattant+Time%CC%81rian+Zinatov+dans+%26quot%3BLa+Fin+de+l%E2%80%99homme+rouge%26quot%3B&amp;amp;rft.date=2022&amp;amp;rft.aulast=Brunelle&amp;amp;rft.aufirst=Emile&amp;amp;rft.pub=Figura%2C+le+Centre+de+recherche+sur+le+texte+et+l%26%23039%3Bimaginaire&amp;amp;rft.place=Montr%C3%A9al%2C+Universit%C3%A9+du+Qu%C3%A9bec+%C3%A0+Montr%C3%A9al&quot;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
      &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class=&quot;field field-name-field-node-id field-type-computed field-label-above&quot;&gt;
      &lt;div class=&quot;field-label&quot;&gt;Node ID: &lt;/div&gt;
    &lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;73738&lt;/div&gt;
      &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class=&quot;field field-name-field-field-citation-ref-compute field-type-computed field-label-above&quot;&gt;
      &lt;div class=&quot;field-label&quot;&gt;Pour citer ce document (Computed): &lt;/div&gt;
    &lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&amp;lt;span class=&amp;quot;biblio-authors&amp;quot; &amp;gt;Brunelle, Emile Mercille&amp;lt;/span&amp;gt;. 2022. « &amp;lt;span class=&amp;quot;biblio-title&amp;quot; &amp;gt;Poétique du temps sculpté chez Svetlana Alexievitch. Le cas de l’ancien combattant Timérian Zinatov dans &amp;quot;La Fin de l’homme rouge&amp;quot;&amp;lt;/span&amp;gt; ». Dans &amp;lt;span  style=&amp;quot;font-style: italic;&amp;quot;&amp;gt;Quelque chose de la guerre…Témoins et combattants dans la littérature et au cinéma&amp;lt;/span&amp;gt;. Cahier ReMix, n° 19 (octobre 2022). Montréal, Université du Québec à Montréal : Figura, le Centre de recherche sur le texte et l&amp;#039;imaginaire. En ligne sur le site de l’Observatoire de l’imaginaire contemporain. &amp;amp;lt;https://oic.uqam.ca/fr/remix/poetique-du-temps-sculpte-chez-svetlana-alexievitch-le-cas-de-lancien-combattant-timerian&amp;amp;gt;. &amp;lt;span class=&amp;quot;Z3988&amp;quot; title=&amp;quot;ctx_ver=Z39.88-2004&amp;amp;amp;rft_val_fmt=info%3Aofi%2Ffmt%3Akev%3Amtx%3Adc&amp;amp;amp;rft.title=Po%C3%A9tique+du+temps+sculpt%C3%A9+chez+Svetlana+Alexievitch.+Le+cas+de+l%E2%80%99ancien+combattant+Time%CC%81rian+Zinatov+dans+%26quot%3BLa+Fin+de+l%E2%80%99homme+rouge%26quot%3B&amp;amp;amp;rft.date=2022&amp;amp;amp;rft.aulast=Brunelle&amp;amp;amp;rft.aufirst=Emile&amp;amp;amp;rft.pub=Figura%2C+le+Centre+de+recherche+sur+le+texte+et+l%26%23039%3Bimaginaire&amp;amp;amp;rft.place=Montr%C3%A9al%2C+Universit%C3%A9+du+Qu%C3%A9bec+%C3%A0+Montr%C3%A9al&amp;quot;&amp;gt;&amp;lt;/span&amp;gt;&lt;/div&gt;
      &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
</description>
 <pubDate>Wed, 07 Sep 2022 18:29:22 +0000</pubDate>
 <dc:creator>Sarah Grenier</dc:creator>
 <guid isPermaLink="false">73738 at https://oic.uqam.ca</guid>
 <comments>https://oic.uqam.ca/fr/remix/poetique-du-temps-sculpte-chez-svetlana-alexievitch-le-cas-de-lancien-combattant-timerian#comments</comments>
</item>
<item>
 <title>La prise de parole des vétérans au XXe siècle. Émergence d’un nouveau discours</title>
 <link>https://oic.uqam.ca/fr/remix/la-prise-de-parole-des-veterans-au-xxe-siecle-emergence-dun-nouveau-discours</link>
 <description>&lt;div class=&quot;field field-name-field-cahier-remix field-type-entityreference field-label-above&quot;&gt;
      &lt;div class=&quot;field-label&quot;&gt;Cahier ReMix: &lt;/div&gt;
    &lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;Quelque chose de la guerre... Témoins et combattants dans la littérature et au cinéma&lt;/div&gt;
      &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class=&quot;field field-name-field-institution field-type-taxonomy-term-reference field-label-hidden&quot;&gt;
    &lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item even&quot; style=&quot;color: #0462c3;&quot;&gt;Université du Québec à Montréal&lt;/div&gt;
      &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class=&quot;field field-name-field-individu field-type-entityreference field-label-hidden&quot;&gt;
    &lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&lt;a href=&quot;/fr/profils/boulanger-eric&quot;&gt;Boulanger, Éric&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
      &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class=&quot;field field-name-field-corps field-type-text-long field-label-hidden&quot;&gt;
    &lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item clearfix even&quot;&gt;&lt;div class=&quot;drupal-embed&quot; embed_type=&quot;node&quot; nid=&quot;73732&quot; view_mode=&quot;embed_large&quot;&gt;a&lt;/div&gt;&lt;p&gt;Dès le début du siècle dernier, la démocratisation de l’enseignement et la massification des conflits ont favorisé une pratique de masse de l’écriture&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref1_zp9m6ch&quot; title=&quot;Nous reprenons dans cet article certains éléments et concepts abordés dans notre thèse de doctorat. (Boulanger, 2022)&quot; href=&quot;#footnote1_zp9m6ch&quot;&gt;1&lt;/a&gt;. Les conscrits et les volontaires qui se sont retrouvés dans les tranchées et sur les champs de bataille avaient pour la plupart la capacité d’écrire, de laisser une trace, de jeter leur expérience sur le papier. Dans son essai consacré aux témoignages des combattants français de la Grange Guerre, le critique et ancien combattant Jean Norton Cru rappelle qu’un grand nombre de combattants étaient issus de la petite bourgeoisie de professions libérales: tantôt clercs, tantôt notaires, tantôt instituteurs, professeurs, ou encore auteurs, poètes, écrivains et artistes. (Cru, 1993: 666)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Pour la première fois, les hommes de troupe s’adonnèrent donc à l’écriture au même titre que les officiers supérieurs. Toutefois, leurs productions adoptaient d’autres visées et donnaient à lire une tout autre réalité. Une écriture psychologique et sensible de l’expérience damait le pion à une écriture traditionnelle du récit de guerre —à la fois stratégique et détachée— qui jusque-là avait été pratiquée par une poignée d’hommes liés au pouvoir: «poètes épiques, chefs de guerre, historiens et chroniqueurs», rappelle le philosophe Alain Brossat. (Brossat, 2001: 2; voir aussi Cru, 2008)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;À l’instar de l’historien français Nicolas Beaupré, nous croyons que les combattants et les vétérans développèrent deux types de pratique d’écriture pendant le premier conflit mondial. (Beaupré, 2011: 42-47) Il est indéniable que les combattants pratiquèrent une écriture de l’intime qui leur permit, d’une part, de conserver des liens affectifs avec leurs proches par le biais de la correspondance et, d’autre part, de trouver un exutoire cathartique à travers la production de carnets de route ou de journaux intimes. Toutefois, comme l’affirme Beaupré, «l’écriture de la guerre par les combattants quitta [rapidement] la sphère de l’intime pour devenir une parole publique». (Beaupré, 2011: 43) Au même titre que les romans, les récits et les essais, les supports de l’écriture ordinaire —tels les correspondances, les carnets de route et les journaux intimes— furent massivement publiés par les éditeurs qui cherchaient ainsi à répondre aux demandes d’un public friand de témoignages de guerre, tout en participant à l’effort de guerre.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La myriade de textes produits par les hommes de troupe est venue confronter le récit de guerre traditionnel pétri par la tradition épique et la tradition militaire dès le premier conflit mondial. Nombreux sont les anciens combattants qui se sont employés à témoigner des nouvelles réalités de la guerre moderne tout en prenant le contre-pied d’une parole mensongère, soit celle des discours officiels et de la tradition épique perpétuant une conception erronée de la guerre, conception qui a pendant longtemps favorisé l’adhésion des populations aux conflits et contribué à légitimer les massacres.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il apparaît clairement qu’un grand nombre de vétérans ont été animés par la volonté de communiquer une vérité chèrement acquise. Ces hommes qui ont partagé une expérience extrême, qui ont été confrontés aux mêmes souffrances et aux mêmes dilemmes moraux, en sont rapidement venus à constituer une sorte de diaspora. Nous entendons par là qu’il existe une culture commune qui instaure une communauté entre les anciens combattants, et que celle-ci est appelée à perdurer, malgré la dissémination des individus sur divers territoires.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les grands mouvements associatifs d’anciens combattants du vingtième siècle ont indéniablement favorisé la prise de parole des vétérans en créant des conditions propices, soit en permettant à ces derniers de se regrouper et de développer des liens d’égalité et de réciprocité (prolongement même de la fraternité des tranchées&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref2_iwl3lth&quot; title=&quot;Pendant l’entre-deux-guerres, le mouvement combattant français regroupait un peu plus de trois millions d’adhérents, soit le quart de l’électorat français de l’époque. (Prost: 100).&quot; href=&quot;#footnote2_iwl3lth&quot;&gt;2&lt;/a&gt;). Ils sont devenus des lieux où la parole de ces hommes —affranchie des discours institutionnels, de la culture de guerre et de la hiérarchie militaire— pouvait être accueillie et partagée, où leur identité de vétéran pouvait enfin être reconnue. Les associations ont permis aux vétérans de se réunir et de s’unir (que ce soit localement, régionalement, nationalement ou, même, internationalement), d’entretenir un esprit de fraternité et de développer des réseaux d’intérêts et d’influences qui transcendent les époques et les frontières, et ce, jusqu’à constituer une sorte de diaspora d’anciens combattants.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il ne fait aucun doute que la sociabilité&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref3_dy5uuw5&quot; title=&quot;Nous utilisons ici le terme «sociabilité» au sens où l’entend Georg Simmel, c’est-à-dire comme un cercle social égalitaire qui ne vise pas une finalité, et au sein duquel les individus sont unis par «un lien de réciprocité libéré de toute contrainte». (Rivière: 212) Voir aussi (Renou: 543, 545).&quot; href=&quot;#footnote3_dy5uuw5&quot;&gt;3&lt;/a&gt; a constitué le ciment qui unit les vétérans entre eux. En témoigne notamment l’importance que prenait le banquet lors des conventions des associations françaises de l’entre-deux-guerres, ou encore les actions sociales et les événements organisés par les associations françaises et américaines. (Prost; Gambone) Il n’en demeure pas moins que l’action militante était la raison d’être des associations. Il s’agissait d’abord de lutter pour les droits à dédommagement et la reconnaissance officielle des anciens combattants. Le concept de lutte était profondément ancré dans le quotidien et la réalité des vétérans qui durent mener bien des combats pour parvenir à améliorer leur situation&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref4_9uri526&quot; title=&quot;En témoigne, par exemple, l’histoire des vétérans français depuis le Moyen Âge jusqu’au XXe siècle, en particulier leurs luttes pour l’obtention d’une reconnaissance officielle et des droits à dédommagement. (Bois; Petiteau; Prost).&quot; href=&quot;#footnote4_9uri526&quot;&gt;4&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Rappelons toutefois que l’activisme des associations de vétérans ne s’est jamais résumé à la défense des intérêts de leurs membres. Considérant leur implication sociale comme un prolongement de leur engagement, les vétérans ont, depuis le début du siècle dernier, cherché à multiplier les projets communautaires et philanthropiques dans le but d’améliorer la société.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Persuadés que leur expérience guerrière leur conférait une légitimité historique et qu’ils étaient détenteurs d’une certaine vérité, les vétérans de tous horizons ont été animés par le désir de mettre leur parole au service de leur société, et ce, peu importe leur penchant ou leur allégeance idéologique et politique (socialiste ou conservateur, traditionaliste ou progressiste, belliciste ou pacifiste). Animées par une volonté morale, certaines associations s’employèrent à faire la promotion d’un patriotisme agressif, à sauvegarder les valeurs traditionnelles et à maintenir le &lt;em&gt;statu quo&lt;/em&gt;, alors que d’autres s’appliquèrent à promouvoir le pacifisme, à remettre en cause les décisions de l’État et à lutter contre les injustices sociales. Bien qu’il n’y ait jamais eu de consensus au sein des mouvements vétérans, et qu’ils se composèrent d’éléments hétérogènes, grâce à leur poids politique les associations ont permis néanmoins à la parole des hommes d’acquérir une résonance et de s’imposer dans l’espace public. Il est indéniable que le mouvement combattant français de l’entre-deux-guerres et le mouvement pacifiste des vétérans américains de la guerre du Vietnam ont tous deux développé des discours qui eurent une certaine portée sociale. De tels mouvements ont fortement contribué à favoriser l’émergence et le rayonnement de la parole des vétérans.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;On peut considérer la fraternité des vétérans comme la continuation des liens puissants qui unissaient ces hommes au combat. Vivant en état d’interdépendance de manière à assurer leur survie, et partageant les mêmes épreuves et les mêmes souffrances, ces derniers ont développé entre eux un attachement impalpable et un respect mutuel. Julia Eichenberg révèle que la violence expérimentée par les combattants de la Grande Guerre fut une expérience transnationale, ce qui dans une certaine mesure contribua inévitablement à rapprocher les vétérans de partout après la démobilisation. (Eichenberg, 2014) Entre ces hommes que tout avait opposés, se développa une certaine forme de respect. L’ennemi d’autrefois s’avérait être un frère de souffrance ayant expérimenté une commune misère.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le retour des combattants semble, lui aussi, avoir été vécu comme une expérience transnationale. En effet, les combattants de tous les horizons ont éprouvé les mêmes difficultés lorsqu’est venu le moment de réintégrer la vie civile. N’oublions pas que les vétérans demeurent, pour beaucoup, ceux qui en ont trop vu et qui en ont trop fait. Ce sont des hommes qui ont vécu une troublante proximité avec la mort et qui s’en trouvent, par conséquent, profondément changés, marqués par le souvenir de l’enfer, condamnés à l’enfer du souvenir et à la solitude parmi les autres. Ce sont aussi ceux qui ont accepté d’adopter des comportements brutaux et d’enfreindre les normes morales pour assurer leur survie et défendre la pérennité de la nation. Bref, l’expérience de la guerre les rend suspects et menaçants aux yeux de la population civile. Par conséquent, ils ne semblent pouvoir être compris que par ceux qui ont été confrontés à la même expérience. Aussi se sentent-ils souvent plus près de leurs anciens ennemis que de leur société d’appartenance. En témoigne, notamment, la tendance de certaines associations à adhérer à l’internationalisme vétéran pour cultiver une commémoration commune des morts, pour défendre les intérêts communs des anciens combattants et pour prévenir l’émergence de nouveaux conflits. (Eichenberg, 2014)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les traumatismes psychiques, la culpabilité, le manque de reconnaissance, ainsi que les difficultés à réintégrer les cadres spatio-temporels et les normes morales du quotidien, ont bien évidemment compliqué la réinsertion des vétérans. (Cabanes, 2006) À l’angoisse de ne pas retrouver leur place dans la vie civile, s’ajoutait celle de devoir reconstruire leur identité altérée par la brutalité et les horreurs du combat. Le décalage qui existe entre les réalités de la vie au combat et les réalités de la vie civile n’a en rien aidé la réinsertion des vétérans tout au long du siècle; ceux-ci se sont souvent heurtés aux attentes des civils qui n’avaient pour seuls référents que les représentations de la guerre perpétuées par la culture de guerre, ou encore par la tradition épique. Finalement, «le système cognitif et les valeurs [du combattant], configuraient un espace-temps qui n’était plus le même que celui de l’autre». (Himy-Piéri: 97) Tout indique que l’expérience de la guerre instaure bien souvent une véritable rupture entre le témoin et sa société d’appartenance. C’est pourquoi plusieurs vétérans se sont retrouvés en marge de la société et se sont progressivement cloîtrés dans le silence. «Le refuge du silence», rappelle Renaud Dulong, «rejoint celui du rêve dans son refus de la réalité». (Dulong: 99) Ce silence a d’ailleurs engendré de funestes conséquences tout au long du siècle dernier. Les problèmes sociaux-économiques occasionnés par le retour des vétérans de la guerre du Vietnam en sont de frappants exemples. (Rigal-Cellard) Dans un ouvrage paru en 1999, le vétéran Chuck Dean avançait qu’un peu plus de 150 000 vétérans du Vietnam s’étaient enlevé la vie depuis 1964 (Dean), alors que l’armée américaine avait enregistré 58 220 pertes lors du conflit. (DCAS, 2008)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans son essai intitulé &lt;em&gt;Partir à la guerre&lt;/em&gt;, le romancier et vétéran du Vietnam, Karl Marlantes, présente la communauté des anciens combattants comme un cercle dont les initiés seraient détenteurs d’une parole, d’une vérité encore trop peu partagée. Ce cercle, qui intègre les anciens combattants de tous les horizons, serait, selon lui, régi par un code du silence qui leur permettrait de réintégrer leur société d’appartenance. (Marlantes, 2013: 250) Notons qu’il y a ici présence d’une microsociété d’hommes qui partagent une même expérience, un même savoir, mais qui, hélas, doivent se taire pour parvenir à se réhabiliter. C’est donc dire que la parole des vétérans est une parole subversive; elle semble déranger et pousser la société hors de sa zone de confort en révélant qu’il existe tout un monde entre les discours officiels et l’expérience réelle du combattant.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En 1929, Jean Norton Cru observait déjà la dichotomie:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Sur le courage, le patriotisme, le sacrifice, la mort, on nous avait trompés, et aux premières balles nous reconnaissions tout à coup le mensonge de l’anecdote, de l’histoire, de la littérature, de l’art, des bavardages de vétérans et des discours officiels. Ce que nous voyions, ce que nous éprouvions n’avait rien de commun avec ce que nous attendions, d’après ce que nous avions lu et tout ce qu’on nous en avait dit. Non, la guerre n’est pas le fait de l’homme: telle fut l’évidence énorme qui nous écrasa. (Cru, 1993: 13-14)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans &lt;em&gt;Témoins&lt;/em&gt;, Norton Cru affirme que le choc de l’expérience agit comme un agent révélateur qui permet de percevoir le vrai visage de la guerre. «[L]e contact, le choc brutal des formidables réalités de la guerre réduisit en miettes ma conception livresque des actes et des sentiments du soldat au combat, conception historique et que naïvement, je croyais scientifique», écrit-il. (Cru, 1993: 2). Le baptême du feu constituerait à ce titre un moment charnière de l’expérience; il permettrait aux combattants de confronter une conception de la guerre apprise dans les manuels aux réalités de la guerre moderne.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Norton Cru soutient qu’une sorte de communauté découlant de la fraternité des tranchées aurait pris forme au lendemain de la Grande Guerre. Celle-ci se serait exprimée dans la parole des anciens combattants, parole qui s’emploie justement à dresser un portrait plus fidèle de la guerre.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;Heureusement, l’esprit du front a survécu dans les livres. Les combattants qui ont publié leurs impressions ne sont pas les premiers venus; ils constituent, pour la plupart, une élite même parmi les intellectuels et l’on constate que la moitié d’entre eux, peut-être, a su réagir totalement ou partiellement contre la tyrannie de la tradition, su échapper aux invites d’un public affamé de gloire ou avide d’horreurs sadiques. (Cru, 2008: 112)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les témoignages de ces hommes s’enrichiraient mutuellement et exerceraient, en se regroupant, une certaine influence, voire une certaine autorité: c’est précisément ce que le philosophe Jan Patočka entend lorsqu’il parle de la «solidarité des ébranlés». Ces hommes qui ont été confrontés à «l’entier ébranlement du sens» (Schmit: 140) —tant dans leur rapport au monde technique que dans leur rapport à la politique et à l’éthique— seraient justement unis par l’expérience même de l’ébranlement.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;En fait, le seul aspect unificateur de cette solidarité se trouve dans l’ébranlement du sens donné, dans l’abîme du sens lui-même. Les ébranlés se réunissent dans l’absence d’une perte commune et dans la perte commune des fondations. C’est donc une solidarité au-delà de la solidité. (San, 2019)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il s’agirait donc pour eux de prendre la parole et de donner à voir le visage du monde tel qu’ils l’ont découvert pendant l’expérience guerrière. Ainsi, «l’homme ébranlé» serait&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;celui qui est envoyé dans le monde pour rendre témoignage à la vérité, pour l’attester par chacun de ses actes et tout son comportement, pour aider à venir à soi tout ce qui est de la même manière que lui, pour laisser être les hommes ce qu’ils sont, dans la clarté et la vérité, pour s’offrir aux choses et aux êtres comme un sol où ils pourront se déployer, et non pas pour les exploiter brutalement au profit d’intérêts arbitraires. (Patočka: 235) Voir aussi (Figuier)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il semble donc que la parole des vétérans ait été considérée par plusieurs comme une vérité dont les vétérans sont les seuls détenteurs, vérité qu’il importe de partager. Par conséquent, cette parole peut être envisagée comme une sorte de discours micro sociétal généré au sein de la diaspora des anciens combattants. Ce discours micro sociétal serait produit par un groupe d’hommes que l’expérience guerrière a propulsé dans un «monde à part&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref5_d6p4lnf&quot; title=&quot;Les vétérans sont persuadés que leur expérience leur confère une légitimité historique et la responsabilité de lutter pour faire entendre la vérité sur la guerre et ainsi contribuer à améliorer leur société.&quot; href=&quot;#footnote5_d6p4lnf&quot;&gt;5&lt;/a&gt;», il découlerait précisément d’une forme de sociabilité —au sens où l’entend Simmel— développée aux combats et perpétuée au sein des associations de vétérans.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La diaspora dont les vétérans sont les fiers représentants constitue, selon nous, une communauté parallèle à la communauté des Hommes, et c’est en son sein que s’est d’abord structurée leur parole. À la manière des &lt;em&gt;rap groups&lt;/em&gt;, cette communauté constitue un lieu d’échange qui permet aux vétérans de mettre en scène leurs souvenirs, de développer une mémoire collective, bref de donner un sens à leur expérience&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref6_hqnqczj&quot; title=&quot;Au début des années soixante-dix, l’association Vietnam Veterans Against the War, avec l’aide des psychiatres Robert Jay Lifton et Chaim F. Shatan, mettait sur pied des groupes d’entraide destinés aux vétérans de la guerre du Vietnam. Ces rap groups, composés d’une douzaine de vétérans et de quatre professionnels (psychiatres, psychologues ou psychanalystes), adoptèrent rapidement la politique de la porte ouverte. Les vétérans étaient libres de venir et de partir à leur guise. Toutefois, chacun devait y livrer son histoire. Il s’agissait de se raconter et d’écouter les autres se raconter de manière à se découvrir et à retrouver le fil de leur existence. L’acte même de raconter devait leur permettre de comprendre comment leur expérience guerrière et leur état psychologique actuel étaient intimement reliés. (Voir Lifton; Haley).&quot; href=&quot;#footnote6_hqnqczj&quot;&gt;6&lt;/a&gt;. La parole des uns permet de libérer et de nourrir celle des autres. Puisqu’ils partagent les mêmes repères, les mêmes cadres sociaux de la mémoire, les vétérans parviennent à localiser et à reconnaître leurs souvenirs à partir de la vision de l’expérience qu’ils partagent avec les membres de la diaspora. (Halbwachs) Maurice Halbwachs affirme justement que «c’est dans la mesure où [la] pensée individuelle se replace dans ces cadres et participe à [la] mémoire [collective] qu’elle serait capable de se souvenir». (Halbwachs: 6) Le silence des anciens combattants évoqué par Karl Marlantes —silence qui, nous l’avons vu, a mené quelques centaines de milliers d’entre eux à commettre l’irréparable— ne témoigne-t-il pas de l’incapacité de certains d’entre eux à intégrer le souvenir de leur expérience dans une mémoire collective déjà existante? Halbwachs soutient d’ailleurs&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;[qu’]un homme qui se souvient seul de ce dont les autres ne se souviennent pas ressemble à quelqu’un qui voit ce que les autres ne voient pas. C’est, à certains égards, un halluciné, qui impressionne désagréablement ceux qui l’entourent. Comme la société s’irrite, il se tait, et à force de se taire, il oublie les [choses] qu’autour de lui personne ne prononce plus. (167)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il rappelle aussi que la société écarte de sa mémoire tout ce qui menace sa cohésion et qu’elle remanie constamment ses souvenirs de manière à préserver son équilibre. (290)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Nous avons déjà mentionné que les vétérans éprouvent certaines difficultés à se réintégrer et à transmettre leur expérience aux populations civiles à cause du décalage qui existe entre deux espaces-temps, entre deux réalités distinctes: soit, celle du combat et celle de la vie civile. En effet, les hommes qui ont été confrontés à une expérience limite ont vu leur système cognitif s’adapter aux circonstances extrêmes et ont dû moduler leurs valeurs de manière à assurer leur survie. Par conséquent, leur comportement ne semble plus pouvoir être compris d’après les normes en vigueur au sein des sociétés civiles. (Himy-Piéri: 197). Qui plus est, l’expérience de la guerre moderne et ses nouvelles implications s’avèrent incompatibles avec la conception que s’en font les civils. Aux souvenirs des combattants s’oppose une conception erronée de la guerre que partage la majorité de la population influencée par la tradition épique. Il ne fait donc aucun doute que les cadres sociaux, qui devraient normalement être partagés entre les anciens combattants et les civils pour que la remémoration et la transmission de l’expérience soient possibles, demeurent bien souvent inconciliables. Par conséquent, pendant longtemps, combattants et civils conservèrent des souvenirs différents des conflits. C’est pourquoi la parole des vétérans qui ne corroborait pas une conception traditionnelle de la guerre fut souvent marginalisée et reléguée au rang de fabulation.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Nous croyons que les cadres mémoriels de plusieurs groupes de vétérans du siècle dernier, issus de différents conflits et de différentes nations, contribuèrent à constituer les cadres mémoriels d’un groupe beaucoup plus large —la diaspora des anciens combattants— au sein duquel se développa une mémoire collective. Qui plus est, il nous semble justement qu’un discours original, élaboré par les écrivains-vétérans du XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle, a permis à la mémoire collective développée au sein de la diaspora de pénétrer les mémoires collectives des sociétés occidentales.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Rédigés &lt;em&gt;a posteriori&lt;/em&gt;, les romans écrits par ces hommes portent un regard critique et lucide sur les événements, tout en s’affranchissant des mentalités et des codes de valeurs résultant de la culture de guerre. Le discours élaboré dans ces romans —que nous qualifions de «discours vétéran»— propose une alternative à une conception épique de l’expérience guerrière. Malgré les spécificités propres aux contextes des différents conflits qui ont jalonné le XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle —et des nuances qu’il faut par conséquent lui apporter en fonction des conflits—, ce discours ne s’est jamais transformé de manière radicale. Prenant l’expérience de la Grande Guerre comme matrice, il s’est adapté et modifié au cours des différents conflits, de manière à alimenter et renforcer une conception de la guerre plus en phase avec les réalités de l’expérience des combattants des guerres modernes.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les écrivains-vétérans ont procédé à une reconfiguration de l’expérience guerrière de manière à invalider la tradition épique, à contrer les discours démagogiques des institutions —lesquelles contribuent à mobiliser les masses et à légitimer les confits— et à en dévoiler les ressorts. Ils ont recouru à une réécriture tacticienne de l’expérience guerrière, braconnant et bricolant la tradition épique et la littérature consacrée (récit de guerre traditionnel, roman psychologique, roman réaliste, &lt;em&gt;bildungsroman&lt;/em&gt;)&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref7_njqr9kc&quot; title=&quot;Nous empruntons ici les expressions «braconner» et «bricoler» à Michel de Certeau. Elles sont liées aux termes «stratégie» et «tactique» qui jouent un rôle de premier ordre dans la pensée de Michel de Certeau, qui les définit ainsi: «J’appelle stratégie le calcul (ou la manipulation) des rapports de forces qui devient possible à partir du moment où un sujet de vouloir et de pouvoir (une entreprise, une armée, une cité, une institution scientifique) est isolable. Elle postule un lieu susceptible d’être circonscrit comme un propre et d’être la base d’où gérer les relations avec une extériorité de cibles ou de menaces (les clients ou les concurrents, les ennemis, la campagne autour de la ville, les objectifs et objets de la recherche, etc.).» Les tactiques seraient, quant à elles, «déterminée[s] par l’absence de pouvoir» et «n’aurai[ent] pour lieu que celui de l’autre»: dans ces conditions, la parole du plus faible utiliserait la parole du plus fort (en la trafiquant, en la bricolant ou en la détournant) pour consolider sa position. (Certeau: 59,60,62)&quot; href=&quot;#footnote7_njqr9kc&quot;&gt;7&lt;/a&gt;. En usant de la fiction comme tactique discursive et du roman comme tactique formelle —assurant du coup la lisibilité et la pérennité de leurs témoignages—, ils sont parvenus à transmettre leur expérience et les leçons qu’ils en ont tirées, contribuant ainsi à transformer la compréhension que les civils avaient de la guerre. Imbrication, donc, d’une nouvelle logique marginale dans un ancien modèle discursif et narratif par l’utilisation d’une nouvelle rhétorique ou, pour être plus précis, d’une nouvelle posture rhétorique qui a permis aux auteurs d’ordonner l’expérience chaotique et traumatisante de la guerre, et de restructurer leur identité narrative.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Puisqu’ils n’ont eu d’autre choix que d’abandonner les vieux modèles narratifs utilisés par la tradition épique, parce qu’incompatibles avec les nouvelles réalités de la guerre moderne et, de ce fait, avec leur expérience personnelle, les vétérans qui ont pris la plume ont élaboré une posture rhétorique afin de témoigner des conditions dans lesquelles les combattants modernes ont été appelés à évoluer. Cette posture rhétorique n’est pas sans rappeler la posture physique à laquelle les combattants ont été contraints dès la Première Guerre mondiale. Pensons ici à ces hommes qui, terrassés par la force de tir de l’artillerie moderne, ont dû apprendre à vivre au ras du sol, à ramper, à marcher à quatre pattes et à se terrer comme des bêtes pour assurer leur survie. Car, sur les champs de bataille modernes, seul l’instinct de survie semble désormais dominer les hommes: exit l’enivrement de la gloire, l’honneur et le courage. Pensons un instant à l’impuissance que ces hommes durent ressentir, aux souffrances et aux humiliations qu’ils durent endurer: des grains de sable pris au piège dans l’engrenage de l’histoire, dans le grand rouage de la guerre industrielle, victimes non seulement des armes modernes, mais, aussi, de la machine militaire à laquelle ils durent inconditionnellement se soumettre.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En 1934, Pierre Drieu La Rochelle parvenait à verbaliser avec justesse ce que d’autres vétérans avaient tenté de représenter avant lui: c’est-à-dire la honte viscérale qui découle désormais de l’expérience guerrière. Il écrit:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left: 40px;&quot;&gt;J’étais étonné d’être ainsi cloué au sol; je pensais que ça ne durerait pas. Mais ça dura quatre ans. La guerre aujourd’hui, c’est d’être couché, vautré, aplati. Autrefois, la guerre, c’étaient des hommes debout. La guerre d’aujourd’hui, ce sont toutes les postures de la honte. (Drieu La Rochelle: 31)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;À l’instar de Drieu La Rochelle, nous soutenons l’hypothèse que raconter l’expérience du combattant c’est aujourd’hui adopter toutes les postures de la honte, car, depuis le début du XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle, la plupart des vétérans qui se sont risqués à témoigner fidèlement de leur expérience ont cherché à mettre de l’avant les souffrances et les humiliations auxquelles ils ont été confrontés tout en partageant leur culpabilité et en cherchant à relativiser leur responsabilité. Tout indique que la posture rhétorique de la honte permet non seulement de témoigner des nouvelles réalités de l’expérience de la guerre moderne, mais, aussi, d’établir la crédibilité des combattants par la mise en scène de leurs qualités morales, contrecarrant ainsi les représentations négatives des combattants que véhiculent bien souvent le discours pacifiste et l’imaginaire collectif. Bref, tout au long du siècle dernier, les écrivains-vétérans se sont employés, par l’usage de différents procédés —et, plus précisément, en développant un éthos discursif (l’éthos vétéran) en totale rupture avec l’éthos militaire contemporain—, à créer une image des combattants et des vétérans qui s’avère moralement acceptable afin de laver leur réputation, de gagner la confiance du public et de le faire adhérer plus facilement à une vision de la guerre fidèle à leur expérience.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En tant que contre-discours visant à influencer la société, le «discours vétéran» adopte une position subversive. Il est porteur d’une expérience, voire d’une certaine vérité, que les anciens combattants désirent transmettre aux générations futures pour faire contrepoids à une vision idéalisée de la guerre. À la fois monumentaire, éducatif, judiciaire, politique et épidictique, le «discours vétéran» permet de développer la mémoire d’une grande communauté de souffrance —la communauté des vétérans—, d’éduquer les masses, de juger les événements, de critiquer les politiques et les stratégies adoptées, mais, surtout, de formuler une identité narrative permettant aux hommes de faire la paix avec leur passé, de se racheter aux yeux des autres et de réintégrer la société civile.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;À l’instar des littératures mineures, telles que les définissent Deleuze et Guattari, la production romanesque des vétérans s’impose comme une force tranquille de changement, en ce sens qu’elle est le produit d’un groupe minoritaire et dominé qui tente par des moyens narratifs, stylistiques, énonciatifs, figuratifs et rhétoriques de remettre en question les pouvoirs dominants —qu’ils soient politiques ou littéraires— ainsi que les discours et les méthodes qu’ils génèrent pour instaurer la norme, norme qui, soit dit en passant, contribue à alimenter la marginalité des groupes minoritaires, de leurs productions littéraires et de leurs discours. (Deleuze et Guattari) Notons toutefois que cette production romanesque s’inscrit dans l’ordre de la subversion; c’est une puissance d’écriture souterraine qui n’opère en rien un affrontement direct.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les romans des vétérans de la Grande Guerre, de la Seconde Guerre mondiale et de la guerre du Vietnam n’en exercèrent pas moins un fort rayonnement au sein des sociétés occidentales. Dès les années trente, les romans écrits par les vétérans bénéficièrent d’une grande popularité. Le nombre de traductions et d’éditions/rééditions ne cessa de s’accroître au cours des années. En procédant à un dépouillement sur la base de données &lt;em&gt;WorldCat&lt;/em&gt;, qui regroupe les catalogues de la plupart des bibliothèques d’Europe et d’Amérique du Nord, ainsi que d’un certain nombre de bibliothèques d’Asie et d’Amérique du Sud, nous avons retrouvé &lt;em&gt;À l’Ouest rien de nouveau&lt;/em&gt; d’Erich Maria Remarque publié en cinquante-trois langues différentes&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref8_t77rro2&quot; title=&quot;Nous demeurons toutefois conscients des limites de la méthode employée: d’abord, à cause du caractère partiel de la base de données; ensuite, parce que, pour des raisons de politiques d’acquisition, il s’avère impossible que toutes les éditions aient été acquises par des bibliothèques; et, finalement, parce que, pour des raisons de politiques de conservation, certaines éditions ont fort probablement été retirées des rayons au cours des années. Cependant, malgré son caractère lacunaire, la méthode nous permet, dans une certaine mesure, d’observer le rayonnement des œuvres à l’étude et de dresser des tendances en ce qui a trait aux pratiques éditoriales.&quot; href=&quot;#footnote8_t77rro2&quot;&gt;8&lt;/a&gt;. Certains romans, sans pour autant atteindre la popularité du roman de Remarque, sont disponibles dans plus de dix langues. C’est le cas notamment de &lt;em&gt;The Thin Red Line&lt;/em&gt; de James Jones (dix-neuf langues), &lt;em&gt;Le soldat oublié&lt;/em&gt; de Guy Sajer (dix-huit langues), &lt;em&gt;Battle Cry&lt;/em&gt; de Leon Uris (seize langues), &lt;em&gt;The Things They Carried&lt;/em&gt; de Tim O’Brien (quatorze langues), &lt;em&gt;Born on the Fourth of July&lt;/em&gt; de Ron Kovic (treize langues), &lt;em&gt;Matterhorn&lt;/em&gt; de Karl Marlantes (dix langues) et &lt;em&gt;The Short-Timers&lt;/em&gt; de Gustav Hasford (dix langues). Pour ce qui est des éditions/rééditions, &lt;em&gt;À l’Ouest rien de nouveau&lt;/em&gt; arrive bon premier avec 310 parutions, suivi par &lt;em&gt;The Thin Red Line&lt;/em&gt; (222 parutions), &lt;em&gt;Battle Cry&lt;/em&gt; (125 parutions) et &lt;em&gt;The Things The Carried&lt;/em&gt; (75 parutions).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Tout au long du siècle dernier, les romans de guerre écrits par les vétérans ont multiplié les succès critiques et commerciaux. En Allemagne, le roman &lt;em&gt;À l’Ouest rien de nouveau&lt;/em&gt; fut rapidement vendu à plus 1,2 million d’exemplaires. (Beaupré, 2014) La deuxième édition de &lt;em&gt;Her Privates We&lt;/em&gt;, parue en 1930, fut un succès immédiat. Quinze mille exemplaires furent vendus au cours du trimestre suivant sa publication&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref9_lgxpbci&quot; title=&quot;Rappelons toutefois que l’édition originale, tirée à cinq cents exemplaires en 1929, était destinée au cercle privé de l’auteur.&quot; href=&quot;#footnote9_lgxpbci&quot;&gt;9&lt;/a&gt;. (Boyd: 18) Publié pour la première fois en 1951, &lt;em&gt;Battle Cry&lt;/em&gt;, de Leon Uris, obtint pour sa part un succès instantané. Avec plusieurs millions de copies vendues, il se retrouva parmi les best-sellers américains les plus populaires durant les années cinquante et soixante. (Lighter, 2011) &lt;em&gt;The Things They Carried&lt;/em&gt;, qui fut vendu à plus de deux millions d’exemplaires, figure quant à lui sur la liste des meilleurs livres du siècle du &lt;em&gt;New York Times&lt;/em&gt;. (O’Brien, 2011)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Au cours du siècle dernier, les romans de vétérans ont aussi profité des nombreuses adaptations cinématographiques dont ils ont été l’objet. Dès le début des années trente, &lt;em&gt;À l’Ouest rien de nouveau&lt;/em&gt; (Remarque, 1956) et &lt;em&gt;Les Croix de bois&lt;/em&gt; (Dorgelès, 1919) étaient transposés au grand écran et triomphaient sur la scène internationale&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref10_nqou83b&quot; title=&quot;Lewis Milestone, All Quiet on the Western Front, États-Unis, 1930, 152 min; Raymond Bernard, Les Croix de bois, France, 1932, 132 min.&quot; href=&quot;#footnote10_nqou83b&quot;&gt;10&lt;/a&gt;. Depuis, le nombre de romans de vétérans adaptés au cinéma a littéralement explosé. Seulement sur les vingt romans constituant le corpus de notre thèse, huit ont donné lieu à dix adaptations cinématographiques et télévisuelles&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref11_0rkn236&quot; title=&quot;Outre Milestone, il s’agit de: Raoul Walsh, Battle Cry, États-Unis, 1955, 140 min; Philip Dunn, In Love and War (The Big War), États-Unis, 1958, 11 min; Andrew Marton, The Thin Red Line, États-Unis, 1964, 94 min; Delbert Mann, All Quiet on the Western Front, États-Unis/Royaume-Uni, 1979, 150 min; Stanley Kubrick, Full Metal Jacket (The Short Timers), États-Unis / Royaume-Uni, 1987, 116 min; Oliver Stone, Born on the Fourth of July, États-Unis, 1989, 145 min; Terrence Malick, , États-Unis / Canada, 1998, 172 min; Robert Clem, Company K, États-Unis, 2004, 102 min; Damien Odoul, La Peur, France/Canada, 2015, 93 min.&quot; href=&quot;#footnote11_0rkn236&quot;&gt;11&lt;/a&gt;. Plusieurs de ces films s’imposèrent rapidement comme des incontournables du genre —nous pensons, par exemple, à &lt;em&gt;All Quiet in the Western Front&lt;/em&gt; de Lewis Milestone, mais aussi à &lt;em&gt;Full Metal Jacket&lt;/em&gt; de Stanley Kubrick, &lt;em&gt;Born on the Fourth of July&lt;/em&gt; d’Oliver Stone et &lt;em&gt;The Thin Red Line&lt;/em&gt; de Terrence Malick. En plus d’obtenir un grand succès commercial&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref12_zc9i062&quot; title=&quot;Born on the Fourth of July a remporté, par exemple, cent soixante et un millions au box-office depuis sa sortie en salle en 1989. (Box Office Mojo)&quot; href=&quot;#footnote12_zc9i062&quot;&gt;12&lt;/a&gt;, ceux-ci accumulèrent les distinctions&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref13_rjs5pfj&quot; title=&quot;En 1930, le film de Lewis Milestone remportait l’Oscar du meilleur film et de la meilleure réalisation; en 1990, le film de Stone récoltait de nombreux prix —parmi lesquels l’Oscar et le Golden Globe pour la meilleure réalisation, le Golden Globe du meilleur film dramatique et le Golden Globe du meilleur scénario (qu’il remporte conjointement avec Ron Kovic); finalement, Terrence Malick se voyait, entre autres, attribuer l’Ours d’Or au Festival international du film de Berlin en 1999.&quot; href=&quot;#footnote13_rjs5pfj&quot;&gt;13&lt;/a&gt;. Comme l’affirme Nicolas Beaupré, les adaptations cinématographiques eurent comme effet de «démultipli[er] l’audience nationale et internationale de la littérature de guerre». (Beaupré, 2011: 45). Ainsi transposés, les romans des écrivains-vétérans devenaient accessibles à un plus large public et jouissaient du même coup d’une vitrine promotionnelle non négligeable&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref14_ris6z8q&quot; title=&quot;Lors de notre dépouillement de la base de données WorldCat, nous avons observé que The Short Timers, de Gustav Hasford, et Born on the Fourth of July, de Ron Kovic, profitèrent d’un regain éditorial après la parution des films de Stanley Kubrick et d’Oliver Stone. Nous avons aussi remarqué que trois des cinq romans possédant le plus grand nombre d’éditions et de rééditions ont été adaptés au cinéma: il s’agit d’À l’Ouest rien de nouveau, de The Thin Red Line et de Battle Cry. Les deux premiers ont d’ailleurs été adaptés à deux reprises. The Things They Carried, qui occupe la cinquième place des traductions et des éditions/rééditions, est en production au moment de publier le texte.&quot; href=&quot;#footnote14_ris6z8q&quot;&gt;14&lt;/a&gt;.&lt;/em.the&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Si le «discours vétéran» s’orchestra d’abord dans les romans de guerre, il en vint rapidement à s’immiscer dans les œuvres cinématographiques et télévisuelles, tout en influençant grandement le travail de nombreux historiens&lt;a class=&quot;see-footnote&quot; id=&quot;footnoteref15_x1swh4a&quot; title=&quot;Au tournant du siècle, les productions littéraires et cinématographiques ont été grandement influencées par l’approche culturaliste qui s’est imposée dans le milieu historique, et tout particulièrement dans les recherches portant sur la Première Guerre mondiale. En effet, nombre d’historiens, qui ne comptaient pas parmi les moins influents, s’intéressèrent, pour la première fois, à l’expérience des combattants, se penchant de plus près sur l’expérience de la violence et les souffrances physiques et psychologiques ressenties par les combattants. Toutefois, comme l’indique Christophe Prochasson, «[l]’histoire dite &amp;quot;culturelle&amp;quot; de la guerre […] a encouragé les lectures empathiques, passionnées et compassionnelles du conflit et dérouté parfois l’intelligence historique». (Prochasson: 31)&quot; href=&quot;#footnote15_x1swh4a&quot;&gt;15&lt;/a&gt;. Ainsi, les historiens en sont-ils venus, dans une large mesure, à présenter les combattants comme des victimes et à imposer le témoignage comme une source incontestable de vérité. Quoi qu’il en soit, il nous semble que ce recentrage de l’histoire des conflits autour de l’expérience des combattants n’est pas étranger au regain d’intérêt que suscitent les témoignages de combattants depuis la fin des années quatre-vingt-dix. Notons aussi que les festivités de commémorations des différents conflits ont contribué à promouvoir la parole des combattants en engendrant, chaque fois, une importante activité éditoriale, télévisuelle et cinématographique —en témoignent les festivités commémoratives qui se déroulèrent en Europe en novembre 1998 et entre 2014 et 2018. Au cours des années, le «discours vétéran» trouva de nouvelles niches (cinéma, télévision, théâtre, bande dessinée, jeux de société et jeux vidéo) et inspira des créateurs de tous les horizons, proposant ainsi une alternative aux représentations épiques ou romantiques de l’expérience guerrière.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Bref, la parole des vétérans s’est progressivement imposée au sein des sociétés occidentales, et ce, jusqu’à transformer notre façon de concevoir et de raconter la guerre. Le «discours vétéran» élaboré dans les romans de guerre a permis à la mémoire collective de la diaspora des vétérans d’influencer, jusqu’à un certain point, les mémoires collectives des sociétés occidentales. Nous soutenons donc qu’il existe une manière de dire l’expérience guerrière propre aux vétérans du XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle, et que cette manière de dire transcende les spécificités des différents conflits du siècle dernier, en dépit des nuances à apporter aux contextes historiques et culturels dans lesquels émergent leurs discours (discours des associations / discours vétéran). Bien que le «discours vétéran» se soit tout particulièrement imposé avec force au cours du siècle dernier, et qu’il ait contribué à éveiller la méfiance des masses face aux discours officiels, il n’est pas parvenu à invalider et à supplanter les représentations traditionnelles de la guerre véhiculées par la tradition épique. Les représentations traditionnelles de la guerre sont toujours opérantes au sein des institutions et de la population. Deux conceptions incompatibles sont donc appelées à cohabiter. Se trouvant dans l’impossibilité de se hisser au rang de stratégie au sens où l’entend Michel de Certeau, le «discours vétéran» est condamné au rang de tactique. Puisqu’il n’a pas de lieu propre où s’instituer, il ne lui reste plus qu’à utiliser celui de l’autre. Il s’inscrit par conséquent en porte-à-faux avec les discours officiels et la tradition épique sans lesquels il semble ne pouvoir être envisageable.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;&amp;nbsp;&lt;/h4&gt;&lt;h4&gt;&lt;strong&gt;Bibliographie&lt;/strong&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Essais&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BEAUPRÉ, Nicolas. 2014. «Écrire la guerre: les littératures combattantes.» &lt;em&gt;14-18. Mission centenaire&lt;/em&gt;. (&lt;a href=&quot;https://www.academia.edu/7747556/Ecrire_la_guerre_les_litt%C3%A9ratures_combattantes._Deux_immenses_succ%C3%A8s_de_la_litt%C3%A9rature_combattante_Le_Feu_1916_de_Barbusse_et_%C3%80_l_ouest_rien_de_nouveau_1929_de_Remarque&quot;&gt;DOI&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BEAUPRÉ, Nicolas. 2011. «De quoi la littérature de guerre est-elle la source? Témoignages et fictions de la Grande Guerre sous le regard de l’historien», &lt;em&gt;Vingtième siècle. Revue d’histoire&lt;/em&gt;. Vol. 4, no 112, p.41-55.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BOIS, Jean-Pierre. 1990. &lt;em&gt;Les anciens soldats dans la société française au XVIII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle&lt;/em&gt;. Paris: Éditions Economica, 476p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;«Born on the Fourth of July» In &lt;em&gt;Box Office Mojo&lt;/em&gt;. IMDb.com, Inc. &lt;a href=&quot;https://www.boxofficemojo.com/movies/?id=bornonthefourthofjuly.htm&quot;&gt;En ligne&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BOULANGER, Éric. 2022. &lt;em&gt;Le discours vétéran dans les romans de guerre du XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle: vers une reconfiguration de l’expérience guerrière&lt;/em&gt;. Thèse de doctorat, UQAM. &lt;a href=&quot;https://archipel.uqam.ca/15344/&quot;&gt;En ligne&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BOYD, William. 2002. «Introduction.» In Frederic Manning. &lt;em&gt;Nous étions des hommes&lt;/em&gt;. Paris: Éditions Phébus, 2002, p.15-23.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BROSSAT, Alain. 2011. «Le peuple scripturaire des tranchées ou l’angle mort de W. Benjamin» In Johanne Villeneuve (dir.) &lt;em&gt;L’expérience de la guerre: entre écriture et image&lt;/em&gt;. Université du Québec à Montréal. &lt;a href=&quot;http://experiencedelaguerreecritureimage.uqam.ca/Pagetextesenligne.html&quot;&gt;En ligne&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;CABANES, Bruno. 2006. «Le retour du soldat au XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle» &lt;em&gt;Revues historiques des armées&lt;/em&gt;. No 245. &lt;a href=&quot;http://rha.revues.org/5352&quot;&gt;En ligne&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;CERTEAU, Michel de. 1990. &lt;em&gt;L’invention du quotidien: arts de faire&lt;/em&gt;. Paris: Éditions Gallimard, coll. «Folio essais», 350p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;CRU, Jean Norton. 2008 [1930]. &lt;em&gt;Du témoignage&lt;/em&gt;. Paris: Éditions Allia, 123p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;CRU, Jean Norton. 1993 [1929]. &lt;em&gt;Témoins&lt;/em&gt;. Nancy: Presses Universitaires de Nancy, 727p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;DCAS Vietnam Conflict Extract File Record Counts by Casualty Category (as of April 29, 2008)&lt;/em&gt;. &lt;a href=&quot;http://www.archives.gov/research/military/vietnam-war/casualty-statistics.html#category&quot;&gt;En ligne&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;DEAN, Chuck. 1999 [1990]. &lt;em&gt;Nam Vet. Making Peace with your Past&lt;/em&gt;. Nashville: ACW Press, 138p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;DELEUZE, Gilles et Félix GUATTARI. 1975. &lt;em&gt;Kafka. Pour une littérature mineure&lt;/em&gt;. Paris: Les Éditions de Minuit, 157p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;DULONG, Renaud, 1998. &lt;em&gt;Le témoin oculaire. Les conditions de l’attestation personnelle&lt;/em&gt;. Paris: Éditions de l’EHESS, 237p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;EICHENBERG, Julia. 2014. «Veteran’s Associations» In Ute Daniel et al. (dir.) &lt;em&gt;1914-1918-online. International Encyclopedia of the First World War&lt;/em&gt;. &lt;a href=&quot;https://encyclopedia.1914-1918-online.net/article/veterans_associations&quot;&gt;En ligne&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;FIGUIER, Richard. 2006. «Jean Norton Cru, penseur de la guerre». &lt;em&gt;Les Temps Modernes&lt;/em&gt;. Vol. 6, no 640, p.215-241.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;GAMBONE, Michael D. 2017. &lt;em&gt;Long Journeys Home. American Veterans of World War II, Korea, and Vietnam&lt;/em&gt;. College Station: Texas A&amp;amp;M University Press, 257p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;HALBWACHS, Maurice. 1994 [1925]. &lt;em&gt;Les cadres sociaux de la mémoire&lt;/em&gt;. Paris: Éditions Albin Michel, 367p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;HALEY, Sarah. 1974. «When the Patient Reports Atrocities» &lt;em&gt;Archives of General Psychiatry&lt;/em&gt;. Vol. 30, no 2, p.191-193.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;HIMY-PIÉRI, Laure. 2005. «Peut-être que les enfants poseront des questions… Réflexion sur l’art et la fiction chez Perec et Bober» In Carole Dornier et Renaud Dulong (dir.) &lt;em&gt;Esthétique du témoignage&lt;/em&gt;. Caen: Éditions de la Maison des sciences de l’homme, p.191-201.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;LIFTON, Robert Jay. 1973. &lt;em&gt;Home from the War&lt;/em&gt;. New York: Simon and Schuster, 478p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;LIGHTER, Jonathan. 2001. «&lt;em&gt;Battle Cry Revisited&lt;/em&gt;: “Don’t Worry, Mom, Everything is Going to be All Right”» &lt;em&gt;War Literature and the arts&lt;/em&gt;. Vol. 23. (&lt;a href=&quot;https://www.wlajournal.com/wlaarchive/23_1-2/lighter.pdf&quot;&gt;DOI&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;MARLANTES, Karl, 2013. &lt;em&gt;Partir à la guerre&lt;/em&gt;. Paris: Calmann-Lévy, 296p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;PATOČKA, Jan. 1990. «Les Fondements spirituels de la vie contemporaine» In &lt;em&gt;Liberté et Sacrifice, Écrits politiques&lt;/em&gt;. Grenoble: Jérôme Millon, p.215-241.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;PETITEAU, Natalie. 2003. &lt;em&gt;Lendemains d’Empire. Les soldats de Napoléon dans la France du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle&lt;/em&gt;. Paris: La Boutique de l’Histoire, 400p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;PROCHASSON, Christophe. 2008. &lt;em&gt;14-18. Retours d’expériences&lt;/em&gt;. Paris: Éditions Tallandier, 431p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;PROST, Antoine. 2014. &lt;em&gt;Les anciens combattants 1914-1949&lt;/em&gt;. Paris: Gallimard, coll. «Folio», 331p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;PROST, Antoine. 1977. &lt;em&gt;Les Anciens Combattants et la société française 1914-1939&lt;/em&gt;. Paris: Presses de la fondation nationale des sciences politiques, 3 volumes.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;RENOU, Gildas. 2021. «Sociabilité» In Olivier Fillieule (dir.) &lt;em&gt;Dictionnaire des mouvements sociaux&lt;/em&gt;. &lt;a href=&quot;https://www.cairn.info/dictionnaire-des-mouvements-sociaux---page-545.html&quot;&gt;En ligne&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;RIGAL-CELLARD, Bernadette. 1991. &lt;em&gt;La guerre du Vietnam et la société américaine&lt;/em&gt;. Bordeaux: Presses universitaires de Bordeaux, 276p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;RIVIÈRE, Carole Anne. 2004. «La spécificité française de la construction sociologique du concept de sociabilité». &lt;em&gt;Réseaux&lt;/em&gt;. No 123, p. 207-231.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;SAN, Emre. 2019. «Penser aujourd’hui avec Patočka. La vulnérabilité collective et la solidarité politique» In &lt;em&gt;Implications philosophiques&lt;/em&gt;. &lt;a href=&quot;https://www.implications-philosophiques.org/ethique-et politique/ethique/penser-aujourdhui-avec-patocka/&quot;&gt;En ligne&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;SCHMIT, Pierre-Étienne. 2015. «Aller à la guerre même: J. Patočka et la Grande Guerre» &lt;em&gt;Le philosophoire&lt;/em&gt;. Vol. 2, no 48, p.135-168.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Romans&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;DORGELÈS, Roland. 1919. &lt;em&gt;Les croix de bois&lt;/em&gt;. Paris: Le Livre de Poche, 437p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;DRIEU LA ROCHELLE, Pierre. 1934. &lt;em&gt;La comédie de Charleroi&lt;/em&gt;. Paris: Le Livre de Poche, 316p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;HASFORD, Gustav. 1988. &lt;em&gt;The Short Timers&lt;/em&gt;. New York: Bantam Books, 180p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;JONES, James. 1998 [1962]. &lt;em&gt;The Thin Red Line&lt;/em&gt;. New York: Delta Books, 510p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;KOVIC, Ron. 1976. &lt;em&gt;Born on the Fourth of July&lt;/em&gt;. New York: McGraw-Hill Book Company, 208p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;MANNING, Frederic. 1999 [1930]. &lt;em&gt;Her Privates We&lt;/em&gt;. Londres: Serpent’s Tail, 272p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;MARLANTES, Karl. 2011 [2010]. &lt;em&gt;Matterhorn&lt;/em&gt;. New York: Grove Press, 624p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;O’BRIEN, Tim. 2011 [1990]. &lt;em&gt;À propos de courage (The Things They Carried)&lt;/em&gt;. Traduit de l’américain par Jean-Yves Prate. Paris: Éditions Gallmeister, coll. «Totem», 262p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;O’BRIEN, Tim. 1990. &lt;em&gt;The Things They Carried&lt;/em&gt;. Boston: Houghton Mifflin / Seymour Lawrence, 273p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;REMARQUE, Erich Maria. 1956 [1929]. &lt;em&gt;À l’Ouest rien de nouveau (Im westen nichts neues)&lt;/em&gt;. Traduit de l’allemand par Alzir Hella et Olivier Bournac. Paris: Le Livre de Poche, 254p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;SAJER, Guy. 1967. &lt;em&gt;Le soldat oublié&lt;/em&gt;. Paris: Éditions Robert Laffont, 545p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;URIS, Leon. 2005 [1953]. &lt;em&gt;Battle Cry&lt;/em&gt;. New York: Avon Books, 694p.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Films&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;BERNARD, Raymond. 1932. &lt;em&gt;Les Croix de bois&lt;/em&gt;. France, 152min.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;CLEM, Rogert. 2004. &lt;em&gt;Company K.&lt;/em&gt; États-Unis, 102min.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;DUNNE, Philip. 1958. &lt;em&gt;In Love and War (The Big War)&lt;/em&gt;. États-Unis, 111min.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;KUBRICK, Stanley. 1987. &lt;em&gt;Full Metal Jacket (The Short Timers)&lt;/em&gt;. États-Unis / Royaume-Uni, 116min.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;MALICK, Terrence. 1998. &lt;em&gt;The Thin Red Line&lt;/em&gt;. États-Unis, 172min.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;MANN, Delbert. 1979. &lt;em&gt;All Quiet on the Western Front&lt;/em&gt;. États-Unis/Royaume-Uni, 150min.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;MARTON, Andrew. 1964. &lt;em&gt;The Thin Red Line&lt;/em&gt;. États-Unis, 94min.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;MILESTONE, Lewis. 1930. &lt;em&gt;All Quiet on the Western Front.&lt;/em&gt; États-Unis, 152min.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;ODOUL, Damien. 2015. &lt;em&gt;La Peur&lt;/em&gt;, France/Canada, 93min.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;STONE, Oliver. 1989. &lt;em&gt;Born on the Fourth of July&lt;/em&gt;, États-Unis, 145min.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;WALSH, Raoul. 1955. &lt;em&gt;Battle Cry&lt;/em&gt;, États-Unis, 140min.&lt;/p&gt;

&lt;section  class=&quot;footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed&quot; data-collapsible-show-label=&quot;Notes&quot; data-collapsible-hide-label=&quot;Notes&quot;&gt;&lt;ul class=&quot;footnotes collapsible-content&quot;&gt;&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote1_zp9m6ch&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref1_zp9m6ch&quot;&gt;1.&lt;/a&gt; Nous reprenons dans cet article certains éléments et concepts abordés dans notre thèse de doctorat. (Boulanger, 2022)&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote2_iwl3lth&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref2_iwl3lth&quot;&gt;2.&lt;/a&gt; Pendant l’entre-deux-guerres, le mouvement combattant français regroupait un peu plus de trois millions d’adhérents, soit le quart de l’électorat français de l’époque. (Prost: 100).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote3_dy5uuw5&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref3_dy5uuw5&quot;&gt;3.&lt;/a&gt; Nous utilisons ici le terme «sociabilité» au sens où l’entend Georg Simmel, c’est-à-dire comme un cercle social égalitaire qui ne vise pas une finalité, et au sein duquel les individus sont unis par «un lien de réciprocité libéré de toute contrainte». (Rivière: 212) Voir aussi (Renou: 543, 545).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote4_9uri526&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref4_9uri526&quot;&gt;4.&lt;/a&gt; En témoigne, par exemple, l’histoire des vétérans français depuis le Moyen Âge jusqu’au XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle, en particulier leurs luttes pour l’obtention d’une reconnaissance officielle et des droits à dédommagement. (Bois; Petiteau; Prost).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote5_d6p4lnf&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref5_d6p4lnf&quot;&gt;5.&lt;/a&gt; Les vétérans sont persuadés que leur expérience leur confère une légitimité historique et la responsabilité de lutter pour faire entendre la vérité sur la guerre et ainsi contribuer à améliorer leur société.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote6_hqnqczj&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref6_hqnqczj&quot;&gt;6.&lt;/a&gt; Au début des années soixante-dix, l’association &lt;em&gt;Vietnam Veterans Against the War&lt;/em&gt;, avec l’aide des psychiatres Robert Jay Lifton et Chaim F. Shatan, mettait sur pied des groupes d’entraide destinés aux vétérans de la guerre du Vietnam. Ces &lt;em&gt;rap groups&lt;/em&gt;, composés d’une douzaine de vétérans et de quatre professionnels (psychiatres, psychologues ou psychanalystes), adoptèrent rapidement la politique de la porte ouverte. Les vétérans étaient libres de venir et de partir à leur guise. Toutefois, chacun devait y livrer son histoire. Il s’agissait de se raconter et d’écouter les autres se raconter de manière à se découvrir et à retrouver le fil de leur existence. L’acte même de raconter devait leur permettre de comprendre comment leur expérience guerrière et leur état psychologique actuel étaient intimement reliés. (Voir Lifton; Haley).&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote7_njqr9kc&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref7_njqr9kc&quot;&gt;7.&lt;/a&gt; Nous empruntons ici les expressions «braconner» et «bricoler» à Michel de Certeau. Elles sont liées aux termes «stratégie» et «tactique» qui jouent un rôle de premier ordre dans la pensée de Michel de Certeau, qui les définit ainsi: «J’appelle &lt;em&gt;stratégie&lt;/em&gt; le calcul (ou la manipulation) des rapports de forces qui devient possible à partir du moment où un sujet de vouloir et de pouvoir (une entreprise, une armée, une cité, une institution scientifique) est isolable. Elle postule &lt;em&gt;un lieu&lt;/em&gt; susceptible d’être circonscrit comme &lt;em&gt;un propre&lt;/em&gt; et d’être la base d’où gérer les relations avec &lt;em&gt;une extériorité&lt;/em&gt; de cibles ou de menaces (les clients ou les concurrents, les ennemis, la campagne autour de la ville, les objectifs et objets de la recherche, etc.).» Les tactiques seraient, quant à elles, «déterminée[s] par l’absence de pouvoir» et «n’aurai[ent] pour lieu que celui de l’autre»: dans ces conditions, la parole du plus faible utiliserait la parole du plus fort (en la trafiquant, en la bricolant ou en la détournant) pour consolider sa position. (Certeau: 59,60,62)&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote8_t77rro2&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref8_t77rro2&quot;&gt;8.&lt;/a&gt; Nous demeurons toutefois conscients des limites de la méthode employée: d’abord, à cause du caractère partiel de la base de données; ensuite, parce que, pour des raisons de politiques d’acquisition, il s’avère impossible que toutes les éditions aient été acquises par des bibliothèques; et, finalement, parce que, pour des raisons de politiques de conservation, certaines éditions ont fort probablement été retirées des rayons au cours des années. Cependant, malgré son caractère lacunaire, la méthode nous permet, dans une certaine mesure, d’observer le rayonnement des œuvres à l’étude et de dresser des tendances en ce qui a trait aux pratiques éditoriales.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote9_lgxpbci&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref9_lgxpbci&quot;&gt;9.&lt;/a&gt; Rappelons toutefois que l’édition originale, tirée à cinq cents exemplaires en 1929, était destinée au cercle privé de l’auteur.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote10_nqou83b&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref10_nqou83b&quot;&gt;10.&lt;/a&gt; Lewis Milestone, &lt;em&gt;All Quiet on the Western Front&lt;/em&gt;, États-Unis, 1930, 152 min; Raymond Bernard, &lt;em&gt;Les Croix de bois&lt;/em&gt;, France, 1932, 132 min.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote11_0rkn236&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref11_0rkn236&quot;&gt;11.&lt;/a&gt; Outre Milestone, il s’agit de: Raoul Walsh, &lt;em&gt;Battle Cry&lt;/em&gt;, États-Unis, 1955, 140 min; Philip Dunn, &lt;em&gt;In Love and War (The Big War)&lt;/em&gt;, États-Unis, 1958, 11 min; Andrew Marton, &lt;em&gt;The Thin Red Line&lt;/em&gt;, États-Unis, 1964, 94 min; Delbert Mann, &lt;em&gt;All Quiet on the Western Front&lt;/em&gt;, États-Unis/Royaume-Uni, 1979, 150 min; Stanley Kubrick, &lt;em&gt;Full Metal Jacket (The Short Timers)&lt;/em&gt;, États-Unis / Royaume-Uni, 1987, 116 min; Oliver Stone, &lt;em&gt;Born on the Fourth of July&lt;/em&gt;, États-Unis, 1989, 145 min; Terrence Malick, &lt;em.the line=&quot;&quot; red=&quot;&quot; thin=&quot;&quot;&gt;, États-Unis / Canada, 1998, 172 min; Robert Clem, &lt;em&gt;Company K&lt;/em&gt;, États-Unis, 2004, 102 min; Damien Odoul, &lt;em&gt;La Peur&lt;/em&gt;, France/Canada, 2015, 93 min.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote12_zc9i062&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref12_zc9i062&quot;&gt;12.&lt;/a&gt; &lt;em&gt;Born on the Fourth of July&lt;/em&gt; a remporté, par exemple, cent soixante et un millions au box-office depuis sa sortie en salle en 1989. (Box Office Mojo)&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote13_rjs5pfj&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref13_rjs5pfj&quot;&gt;13.&lt;/a&gt; En 1930, le film de Lewis Milestone remportait l’Oscar du meilleur film et de la meilleure réalisation; en 1990, le film de Stone récoltait de nombreux prix —parmi lesquels l’Oscar et le Golden Globe pour la meilleure réalisation, le Golden Globe du meilleur film dramatique et le Golden Globe du meilleur scénario (qu’il remporte conjointement avec Ron Kovic); finalement, Terrence Malick se voyait, entre autres, attribuer l’Ours d’Or au Festival international du film de Berlin en 1999.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote14_ris6z8q&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref14_ris6z8q&quot;&gt;14.&lt;/a&gt; Lors de notre dépouillement de la base de données &lt;em&gt;WorldCat&lt;/em&gt;, nous avons observé que &lt;em&gt;The Short Timers&lt;/em&gt;, de Gustav Hasford, et &lt;em&gt;Born on the Fourth of July&lt;/em&gt;, de Ron Kovic, profitèrent d’un regain éditorial après la parution des films de Stanley Kubrick et d’Oliver Stone. Nous avons aussi remarqué que trois des cinq romans possédant le plus grand nombre d’éditions et de rééditions ont été adaptés au cinéma: il s’agit d’&lt;em&gt;À l’Ouest rien de nouveau&lt;/em&gt;, de &lt;em&gt;The Thin Red Line&lt;/em&gt; et de &lt;em&gt;Battle Cry&lt;/em&gt;. Les deux premiers ont d’ailleurs été adaptés à deux reprises. &lt;em&gt;The Things They Carried&lt;/em&gt;, qui occupe la cinquième place des traductions et des éditions/rééditions, est en production au moment de publier le texte.&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;footnote&quot; id=&quot;footnote15_x1swh4a&quot;&gt;&lt;a class=&quot;footnote-label&quot; href=&quot;#footnoteref15_x1swh4a&quot;&gt;15.&lt;/a&gt; Au tournant du siècle, les productions littéraires et cinématographiques ont été grandement influencées par l’approche culturaliste qui s’est imposée dans le milieu historique, et tout particulièrement dans les recherches portant sur la Première Guerre mondiale. En effet, nombre d’historiens, qui ne comptaient pas parmi les moins influents, s’intéressèrent, pour la première fois, à l’expérience des combattants, se penchant de plus près sur l’expérience de la violence et les souffrances physiques et psychologiques ressenties par les combattants. Toutefois, comme l’indique Christophe Prochasson, «[l]’histoire dite &quot;culturelle&quot; de la guerre […] a encouragé les lectures empathiques, passionnées et compassionnelles du conflit et dérouté parfois l’intelligence historique». (Prochasson: 31)&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;/section&gt;&lt;/div&gt;
      &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class=&quot;field field-name-field-taxonomie-epoque field-type-taxonomy-term-reference field-label-above&quot;&gt;
      &lt;div class=&quot;field-label&quot;&gt;Période historique: &lt;/div&gt;
    &lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&lt;a href=&quot;/fr/taxonomy/term/97&quot; typeof=&quot;skos:Concept&quot; property=&quot;rdfs:label skos:prefLabel&quot;&gt;XXe siècle&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
      &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class=&quot;field field-name-field-taxonomie-savoirs field-type-taxonomy-term-reference field-label-above&quot;&gt;
      &lt;div class=&quot;field-label&quot;&gt;Champs disciplinaires: &lt;/div&gt;
    &lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&lt;a href=&quot;/fr/taxonomy/term/78&quot; typeof=&quot;skos:Concept&quot; property=&quot;rdfs:label skos:prefLabel&quot;&gt;littérature&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
      &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class=&quot;field field-name-field-taxonomie-problematiques field-type-taxonomy-term-reference field-label-above&quot;&gt;
      &lt;div class=&quot;field-label&quot;&gt;Problématiques: &lt;/div&gt;
    &lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&lt;a href=&quot;/fr/taxonomy/term/54594&quot; typeof=&quot;skos:Concept&quot; property=&quot;rdfs:label skos:prefLabel&quot;&gt;éthos&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item odd&quot;&gt;&lt;a href=&quot;/fr/taxonomy/term/54596&quot; typeof=&quot;skos:Concept&quot; property=&quot;rdfs:label skos:prefLabel&quot;&gt;expérience&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&lt;a href=&quot;/fr/taxonomy/term/54595&quot; typeof=&quot;skos:Concept&quot; property=&quot;rdfs:label skos:prefLabel&quot;&gt;imaginaire collectif&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item odd&quot;&gt;&lt;a href=&quot;/fr/taxonomy/term/54546&quot; typeof=&quot;skos:Concept&quot; property=&quot;rdfs:label skos:prefLabel&quot;&gt;représentations&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
      &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class=&quot;field field-name-field-taxonomie-fig-imag field-type-taxonomy-term-reference field-label-above&quot;&gt;
      &lt;div class=&quot;field-label&quot;&gt;Figures et Imaginaires: &lt;/div&gt;
    &lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&lt;a href=&quot;/fr/taxonomy/term/826&quot; typeof=&quot;skos:Concept&quot; property=&quot;rdfs:label skos:prefLabel&quot;&gt;guerre&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item odd&quot;&gt;&lt;a href=&quot;/fr/taxonomy/term/54592&quot; typeof=&quot;skos:Concept&quot; property=&quot;rdfs:label skos:prefLabel&quot;&gt;vétéran&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
      &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class=&quot;field field-name-field-citation-ref field-type-entityreference field-label-above&quot;&gt;
      &lt;div class=&quot;field-label&quot;&gt;Pour citer ce document: &lt;/div&gt;
    &lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&lt;span class=&quot;biblio-authors&quot; &gt;&lt;a href=&quot;/fr/biblio?f%5Bauthor%5D=2731&quot; rel=&quot;nofollow&quot;&gt;Boulanger, Éric&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;. 2022. « &lt;a href=&quot;/fr/biblio/la-prise-de-parole-des-veterans-au-xxe-siecle-emergence-dun-nouveau-discours&quot;&gt;&lt;span class=&quot;biblio-title&quot; &gt;La prise de parole des vétérans au XXe siècle. Émergence d’un nouveau discours&lt;/span&gt;&lt;/a&gt; ». Dans &lt;span  style=&quot;font-style: italic;&quot;&gt;Quelque chose de la guerre…Témoins et combattants dans la littérature et au cinéma&lt;/span&gt;. Cahier ReMix, n° 19 (octobre 2022). Montréal, Université du Québec à Montréal : Figura, le Centre de recherche sur le texte et l&#039;imaginaire. En ligne sur le site de l’Observatoire de l’imaginaire contemporain. &amp;lt;&lt;a href=&quot;https://oic.uqam.ca/fr/remix/la-prise-de-parole-des-veterans-au-xxe-siecle-emergence-dun-nouveau-discours&quot;&gt;https://oic.uqam.ca/fr/remix/la-prise-de-parole-des-veterans-au-xxe-siecle-emergence-dun-nouveau-discours&lt;/a&gt;&amp;gt;. Consulté le 1 mai 2023.&lt;span class=&quot;Z3988&quot; title=&quot;ctx_ver=Z39.88-2004&amp;amp;rft_val_fmt=info%3Aofi%2Ffmt%3Akev%3Amtx%3Adc&amp;amp;rft.title=La+prise+de+parole+des+v%C3%A9t%C3%A9rans+au+XXe+si%C3%A8cle.+%C3%89mergence+d%E2%80%99un+nouveau+discours&amp;amp;rft.date=2022&amp;amp;rft.aulast=Boulanger&amp;amp;rft.aufirst=%C3%89ric&amp;amp;rft.pub=Figura%2C+le+Centre+de+recherche+sur+le+texte+et+l%26%23039%3Bimaginaire&amp;amp;rft.place=Montr%C3%A9al%2C+Universit%C3%A9+du+Qu%C3%A9bec+%C3%A0+Montr%C3%A9al&quot;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
      &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class=&quot;field field-name-field-node-id field-type-computed field-label-above&quot;&gt;
      &lt;div class=&quot;field-label&quot;&gt;Node ID: &lt;/div&gt;
    &lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;73733&lt;/div&gt;
      &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class=&quot;field field-name-field-field-citation-ref-compute field-type-computed field-label-above&quot;&gt;
      &lt;div class=&quot;field-label&quot;&gt;Pour citer ce document (Computed): &lt;/div&gt;
    &lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;
          &lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&amp;lt;span class=&amp;quot;biblio-authors&amp;quot; &amp;gt;Boulanger, Éric&amp;lt;/span&amp;gt;. 2022. « &amp;lt;span class=&amp;quot;biblio-title&amp;quot; &amp;gt;La prise de parole des vétérans au XXe siècle. Émergence d’un nouveau discours&amp;lt;/span&amp;gt; ». Dans &amp;lt;span  style=&amp;quot;font-style: italic;&amp;quot;&amp;gt;Quelque chose de la guerre…Témoins et combattants dans la littérature et au cinéma&amp;lt;/span&amp;gt;. Cahier ReMix, n° 19 (octobre 2022). Montréal, Université du Québec à Montréal : Figura, le Centre de recherche sur le texte et l&amp;#039;imaginaire. En ligne sur le site de l’Observatoire de l’imaginaire contemporain. &amp;amp;lt;https://oic.uqam.ca/fr/remix/la-prise-de-parole-des-veterans-au-xxe-siecle-emergence-dun-nouveau-discours&amp;amp;gt;. &amp;lt;span class=&amp;quot;Z3988&amp;quot; title=&amp;quot;ctx_ver=Z39.88-2004&amp;amp;amp;rft_val_fmt=info%3Aofi%2Ffmt%3Akev%3Amtx%3Adc&amp;amp;amp;rft.title=La+prise+de+parole+des+v%C3%A9t%C3%A9rans+au+XXe+si%C3%A8cle.+%C3%89mergence+d%E2%80%99un+nouveau+discours&amp;amp;amp;rft.date=2022&amp;amp;amp;rft.aulast=Boulanger&amp;amp;amp;rft.aufirst=%C3%89ric&amp;amp;amp;rft.pub=Figura%2C+le+Centre+de+recherche+sur+le+texte+et+l%26%23039%3Bimaginaire&amp;amp;amp;rft.place=Montr%C3%A9al%2C+Universit%C3%A9+du+Qu%C3%A9bec+%C3%A0+Montr%C3%A9al&amp;quot;&amp;gt;&amp;lt;/span&amp;gt;&lt;/div&gt;
      &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
</description>
 <pubDate>Wed, 07 Sep 2022 16:49:33 +0000</pubDate>
 <dc:creator>Sarah Grenier</dc:creator>
 <guid isPermaLink="false">73733 at https://oic.uqam.ca</guid>
 <comments>https://oic.uqam.ca/fr/remix/la-prise-de-parole-des-veterans-au-xxe-siecle-emergence-dun-nouveau-discours#comments</comments>
</item>
</channel>
</rss>
