Je ne me propose pas ici de faire une critique sauvage des membres d’Anonymous, j’aurais bien trop peur que mon ordinateur explose. Je ne voudrais pas non plus tourner en dérision l’emploi du masque de Guy Fawkes par les membres d’Occupy et autres Indignados, parce qu’il me semble se jouer là quelque chose de trop important pour le réduire, dans le rôle du vieux grincheux prématuré, à un effet de mode. Comme tout geek qui se respecte, cependant, je suis spontanément irrité lorsqu’une chose que je connais bien est recyclée à grande échelle par des gens qui, je le soupçonne, la connaissent moins bien que moi. C’est ce qu’on pourrait appeler le syndrome du t-shirt des Ramones.
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Ce désordre malgré tout programmé trouve, comme au XVIe siècle, une figure privilégiée dans le labyrinthe, image récurrente lorsqu’on évoque YouTube et la Toile. Bertrand Gervais insiste à juste titre sur la réactivation de la figure millénaire du labyrinthe pour faire face, un peu à la façon d’un atavisme imaginaire, à la perplexité contemporaine.
Dominé tout à la fois par le fragment et le détail, YouTube pousse aussi ces deux catégories chères à Calabrese jusqu’à l’hypertrophie. La fragmentation est la base même du découpage des contenus YouTube, que ce soit sous la forme d’extraits parasités d’autres médias (d’émissions télé, de films, de matchs, etc.) ou du contenu créé expressément pour sa diffusion sur le site.
C’est six ans après le célèbre Video Killed the Radio Star des Buggles qui inaugurait de façon étrangement ambivalente (le groupe s’inspirait d’une nouvelle dystopique de J. G. Ballard sur un monde d’où la musique aurait été bannie) l’avènement de l’industrie culturelle du vidéoclip et l'année même où Madonna se phagocytait elle-même pour la première fois dans les remix (pratique alors toute nouvelle) de You Can Dance que le sémiologue italien Omar Calabrese théorisait L’ère néobaroque (1987) dans une étude magistrale qui a dû souffrir un long ostracisme avant de revenir en force dans le tournant du XXIe siècle.
Umberto Eco a très bien montré, dans son chapitre «le mythe de Superman», que ce superhéros emblématique existe à l’intérieur d’une société temporellement figée afin qu’il puisse régler infiniment des crises momentanées où rien ne change vraiment en profondeur. Ce schéma représentatif marquant une période de la bande dessinée permet d’éviter les critiques d’une société, qui demeure (comme le personnage principal) inchangée.
«Le saut hors de la matrice; à la poursuite du Lapin Blanc. En laissant l'imagination errer dans les cryptes de la mémoire,on retrouve sans s'en apercevoir la vie songeuse menée dans les minuscules terriers de la maison, dans le gîte quasi animal des rêves.» (Gaston Bachelard)
Comparons deux figures du lapin qui s’inscrivent dans un contexte publicitaire: les lapins Duracell (au pluriel) qui font leur apparition dans une publicité de 1973 et le lapin Energizer (au singulier) qui apparaît une décennie plus tard, en 1989.
Pierre Huyghe dit qu'il crée des «mondes», dans lesquels il fait exister ses projets artistiques. «As I start a project, I always need to create a world. Then I want to enter this world, and my work through this world is the work.» Cette idée de créer des mondes, c'est donc un jeu de l'artiste entre l'art et la vie.
Dans le cadre de cette présentation, Marianne Cloutier propose une brève analyse de Rabbits Were Used to Prove (1999) du duo français Art Orienté Objet, où le lapin - point central de l’oeuvre - opère un passage de l’esthétique à l’éthique qui permet de questionner les liens entre faits et imaginaire scientifiques, soulignant tout à la fois les rapports complexes que notre société entretient avec l’animal, figure par excellence de l’altérité.
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